Le devoir, 15 juin 2013, Cahier B
[" I_ V ,i 'i Le pouvoir du « complexe militaro-industriel » inquiétait déjà Eisenhower Page b 3 Bernard Descôteaux dresse un bilan du semestre politique Page b 4 Michel David et les collisions autour de l\u2019aide médicale à mourir Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 20IS Les chantiers de la « laïcité islamique » GUY TAILLEFER La conjoncture a voulu que l\u2019Iran tienne une élection présidentielle au moment où souffle sur la place Taksim, à Istanbul, et dans des dizaines de villes de la Turquie un vent de révolte contre le gouvernement du premier ministre Recep Erdogan.On savait déjà qu\u2019en Iran, les élections tenues vendredi allaient se dérouler à l\u2019intérieur de balises strictement fixées par la mollarchie, décidée à ne pas laisser se reformer le large mouvement de contestation, le Mouvement vert, qui a surgi des élections volées de 2009 (dans quelle mesure aura-t-elle pu, toutefois, véritablement contenir l\u2019opposition réformiste ?).On n\u2019avait pas prévu, en revanche, de voir la situation se corser ainsi dans la Turquie voisine, laboratoire démocratique de r«islam politique modéré».Le «modèle turc», vaste supercherie?La Turquie donne-t-elle, pire encore, des signes d\u2019« iranisation » au vu du penchant d\u2019Erdogan pour l\u2019islamisation de la vie publique ?Si Erdogan, premier ministre depuis dix ans et réélu en 2011 avec 50% des voix, devient manifestement autoritaire et intolérant, le politologue ca-nado-iranien Nader Hashemi, directeur du Centre d\u2019études sur le Proche-Orient de l\u2019Université de Denver, fait valoir que ce qui se passe en Turquie «illustre la force de la démocrçtie turque, et non pas sa faiblesse».Sous l\u2019Etat laïque kémaliste, dit-il, ces manifestations auraient donné lieu à une répression impitoyable et à un bain de sang.M.Hashemi défend l\u2019idée controversée \u2014 pour ne pas dire contradictoire \u2014 de « laïcité islamique».Dans son dernier livre.Islam, Secularism and Liberal Democracy (2012), il conteste l\u2019idée répandue parmi les politologues que religion en politique et développement libéral et démocratique sont «structurellement incompatibles».Une laïcité islamique est possible, plaide-t-il.«Pas seulement possible, mais nécessaire à l\u2019avancement de la démocratie libérale dans les sociétés musulmanes.» Y a-t-il des rapprochements malheureux à faire entre l\u2019Iran et la Turquie, avec ce qui se passe actuellement?Je ne crois pas qu\u2019il y ait beaucoup de similarités.Les deux pays sont très différents.La Turquie est une démocratie émergente, alors que l\u2019Iran est de plus en plus soumise à un système politique autoritaire.La Turquie est une société beaucoup plus ouverte et démocratique qu\u2019elle ne l\u2019était il y a 20 ans.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019existe pas beaucoup de mécontentement dans la population turque à l\u2019égard d\u2019Erdogan.L\u2019homme est devenu arrogant et méprisant.Ce que je lis fondamentalement dans les manifestations de Taksim, c\u2019est un appel de la Turquie urbaine et de sa classe moyenne montante à se faire respecter par leur gouvernement élu.Les gens réclament le respect de leurs droits citoyens, ils veulent avoir leur mot à dire dans les décisions qui affectent leur vie.En fait, les premières manifestations ont éclaté en opposition à un projet de centre commercial, et non pas à celui d\u2019une mosquée.La peur de la charla voisine la colère à l\u2019égard des promoteurs et des entrepreneurs appuyés par le gouvernement Erdogan.Les gaz lacrymogènes et les canons à eau ne feront pas disparaître les revendications.Je crois qu\u2019il faut faire bien attention à ne pas tirer la conclusion de ce qui se passe en Turquie qu\u2019elle n\u2019a finalement rien à offrir en termes démocratiques à l\u2019ensemble du monde musulman.Ce qui s\u2019y passe est le signe de plus de démocratie, pas de moins.Comment les Iraniens réagissent-lls aux événements en Turquie?La Turquie est un pays frontalier.Les Iraniens n\u2019ont pas besoin de visa pour s\u2019y rendre, ils y vont souvent en vacances.Ils ont accès à un mode de vie qui leur est nié en Iran.Comment réagissent-ils aux récents événements ?Ils auraient préféré que la police iranienne se contente de gaz lacrymogènes et de canons à eau il y a quatre ans, plutôt que de balles de fusil, d\u2019arrestations massives et de torture.Comment voyez-vous les choses évoluer en Iran?Le régime théocratique traverse une très grande crise de légitimité.Ses appuis ont considérablement diminué, se réduisant à un petit pourcentage de la population.La plupart des VOIR PAGE B 2 : CHANTIERS «Le Québec va mieux», a déclaré Pauline Marois à l\u2019Assemblée nationale au terme de la présente session.Peut-être.Ce n\u2019est toutefois pas le cas du gouvernement Marois, dont le taux d\u2019insatisfaction est au zénith.La glissade du Parti québécois s\u2019est poursuivie avec des intentions de vote chutant à 25% dans un dernier sondage.Mais les indécrottables optimistes ne manquent pas dans l\u2019entourage de la chef pé-quiste : ils notent qu\u2019une fois au fond du haril, le gouvernement ne peut que remonter dans la faveur populaire.Ils prédisent même qu\u2019en décembre, le PQ sera en territoire majoritaire.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Le gouvernement Marois n\u2019avait pas mal commencé l\u2019année avec la conclusion du Sommet de l\u2019enseignement supérieur, le sommet de tous les dangers que le ministre néophyte Pierre Duchesne devait absolument mener à bien.«La crise est derrière nous», répétait Pauline Marois dans ses discours après le sommet.Or le gouvernement s\u2019est empressé de remettre le printemps érable à l\u2019ordre du jour en créant la Commission spéciale d\u2019examen des événements du printemps 2012.Le gouvernement Marois montre ainsi une de ses tares: un manque de cohérence stratégique.Si la crise est bel et bien derrière nous, pourquoi en parler encore ?Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, en a même rajouté en nommant l\u2019ancienne présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, qui avait pris fait et cause pour les étudiants, membre de cette commission.La même absence de cohérence est apparue quand la ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, convaincue que le tout passerait comme lettre à la poste, a annoncé en mars qu\u2019elle serrait la vis aux assistés sociaux afin de les inciter à se trouver du travail.Or, au même moment, Québec dénonçait le resserrement des règles de l\u2019assurance-emploi qu\u2019Ottawa jus- tifiait avec les mêmes arguments qu\u2019Agnès Maltais.Posant un geste de gouvernance souverainiste, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes et à la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, annonçait la création d\u2019une Commission d\u2019examen sur l\u2019assurance-emploi prési- jet issu des communautés mic-maques de la Baie-des-Chaleurs, projet que le milieu appuie fortement.Ils ont dû faire marche arrière.Le projet de loi 14 visant à renforcer le français au Québec n\u2019a pas été la locomotive qu\u2019espérait le gouvernement Marois dans l\u2019opinion publique.La Coalition avenir Québec a forcé la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, à faire maints compromis.Son étude article par article, dont on ne sait si elle aboutira, a été reportée à l\u2019automne dans l\u2019indifférence quasi générale.Pièce maîtresse de la stratégie économique, la Banque de développement économique du Québec n\u2019a pu voir le jour, libéraux et caquistes s\u2019étant opposés à l\u2019adop- JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE projet de charte des valeurs québécoises \u2014 charte qui n\u2019en sera pas une mais plutôt une déclaration \u2014, mais surtout ses propositions en matiçre de neutralité religieuse de l\u2019État, dont l\u2019interdiction faite à l,a plupart des employés de l\u2019État de porter des signes religieux ostensibles.Certains au gouvernement voient d\u2019ailleurs d\u2019un mauvais œil que les consultations sur ce sujet sensible se déroulent en même temps que l\u2019étude du projet de loi 14 qui a déjà suscité sa part de débats.Quand on sait ce qu\u2019un simple turban peut entraîner comme controverses, on peut croire que l\u2019interdiction du hidjab dans les garderies ne passera pas inaperçue.Le ministre de la Santé et des Services sociaux.Réjean Hébert, tiendra des consulta- Marois affirme que ses ministres, qui, pour la plupart, n\u2019avaient pas\tblanc sur Lassu- rance autonomie.Les sondages internes du d\u2019expérience ministérielle, sont aguerris.Le temps de l\u2019hyperactivité brouillonne serait révolu.dée par Gilles Duceppe et Rita Dionne-Marsolais.H s\u2019agissait d\u2019une opération politique sur laquelle le gouvernement Marois tablait, mais qui s\u2019avère un exercice parfaitement confidentiel.Les libéraux en hauteur De leur côté, les libéraux ont pris leur rôle d\u2019opposition au pied de la lettre.Mais ils n\u2019ont pas tou-jours su lier le plancher des vaches \u2014 les travaux parlementaires \u2014 avec les hauteurs où évolue leur chef Philippe Couillard.Ils ont trébuché avec leur défense A\u2019«élections à date juive», pour reprendre le mot de Sébastien Bo-vet, d\u2019ICI Radio-Canada.Habile, le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, a réussi à les faire mal paraître.Leur opposition aux contrats de gré à gré pour les projets d\u2019éoliennes a entraîné une levée de boucliers en Gaspésie : les libéraux bloquaient ainsi un pro- tion du projet de loi qui la mettait en place.Le piinistre des Pi-nances et de l\u2019Économie, Nicolas Marceau, a toutefois mis en place un nouveau régime de redevances pour l\u2019exploitation minière, beaucoup plus modeste que promis.La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouel-let, a finalement déposé son projet sur les mines.Vendredi, Pauline Marois a reconnu que son gouvernement avait présenté un trop grand nombre de projets de loi majeurs, que ses ministres avaient tiré dans plusieurs directions à la fois.Elle-même avait voulu se montrer volontariste et active.Elle affirme toutefois que ses ministres, qui, pour la plupart, n\u2019avaient pas d\u2019expérience ministérielle, sont aguerris.Le temps de l\u2019hyperactivité brouillonne serait révolu.Or l\u2019automne s\u2019avère très chargé, même si la première ministre vise la simplification du message gouvernemental.Bernard Drainville présentera son gouvernement indiquent que l\u2019idée est bien reçue.En revanche, la facture qui y est associée pourrait être plus difficile à avaler.Dernière étape L\u2019automne, c\u2019est la dernière étape en vue des prochaines élections qui, s\u2019il faut en croire Eran-çois Legault, qui est prêt à jouer son va-tout, auront lieu au printemps lors du dépôt du budget.Le gouvernement Marois aura quatre mojs pour se remettre à flot.Économie et identité seront les piliers du message gouvernemental.Pour ce qui est de l\u2019économie, on croise les doigts en espérant qu\u2019une croissance plus forte que prévu damera le pion à l\u2019opposition.En matière de laïcité, le gouvernement croit que l\u2019opinion publique est derrière lui, et les « bien-pensants», comme certains les désignent dans l\u2019entourage de la première ministre, n\u2019auront pas le dessus.Ne reste plus qu\u2019à arrêter une stratégie.Le Devoir B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 20IS PERSPECTIVES De la bonne gouvernance souverainiste Michel é David Pour une fois que le gouvernement Ma-rois serait en mesure de présenter un exemple convaincant de bonne «gouvernance souverainiste », il doit impérativement s\u2019en abstenir.11 paraîtrait odieux d\u2019utiliser l\u2019aide médicale à mourir pour illustrer une incompatibilité de valeurs entre le Québec et le reste du Canada, mais c\u2019est très précisément ce que pourrait démontrer le projet de loi que la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon, a présenté mercredi dernier.Assurément, il n\u2019y aura unanimité nulle part, mais l\u2019accueil généralement positif qui a été réservé au projet de même que les premières réactions des partis d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale permettent de croire qu\u2019un assez large consensus pourra se dégager au sein de la société québécoise, à tout le moins sur les principes qui le sous-tendent.Comme chacun le sait, c\u2019est dans les détails que le diable se cache.C\u2019est une tout autre histoire à Ottawa.Les faucons du caucus conservateur pressent déjà le gouvernement Harper de contester devant les tribunaux ce qu\u2019ils perçoivent comme de l\u2019euthanasie déguisée, et le ministre de la Justice, Rob Nicholson, a indiqué qu\u2019il entendait se pencher sur le dossier.Québec aura beau invoquer sa compétence en matière de santé et s\u2019appuyer sur un solide rapport d\u2019experts juridiques, il y a un risque élevé de collision.Sagement, Thomas Mulcair a dit préférer lire le projet avant de le commenter.Quant à Justin Trudeau, il a été désespérément égal à lui-même, démontrant encore une fois qu\u2019il a autant de mal à se faire une opinion qu\u2019à s\u2019exprimer correctement en français.«J\u2019ai bien des questions au niveau moral, légal, et j\u2019ai des conflits moi-même à l\u2019intérieur de ma propre position», a-t-il expliqué.On a bien compris qu\u2019il attendra de voir dans quel sens le vent va tourner avant de prendre position.On exagère souvent les clivages entre Québécois et Canadiens.En réalité, les valeurs qu\u2019ils partagent sont bien plus nombreuses que celles qui les séparent, mais il y a certaines différences.On avait déjà été en mesure de le constater dans le dossier de l\u2019avortement, comme nous l\u2019ont rappelé récemment les réactions au décès du docteur Henry Morgentaler.Sans parler de l\u2019incident du turban, qui a provoqué dans le ROC l\u2019indignation habituelle devant l\u2019intolérance qui est apparemment inscrite dans noç gènes.A la différence de la commission chargée de faire l\u2019examen de la réforme de l\u2019assu-rance-emploi, présidée par Gilles Duceppe, qui débouchera inévitablement sur un projet de rapatriement de pouvoir, personne ne pourra cependant accuser le gouvernement Marois de partisanerie dans le dossier de l\u2019aide à mourir.La commission itinérante qui a sillonné le Québec pendant des mois avait été créée par le gouvernement Charest et elle était coprésidée par un libéral et une péquiste.Son rapport a fait l\u2019unanimité parmi les membres de l\u2019Assemblée nationale et personne ne peut douter de la sincérité des intentions de Hivon, qui a mené le dossier de façon très digne depuis le début.11 est évident que l\u2019approche des élections va rendre la collaboration entre les partis de plus en plus difficile, mais ils seraient tous perdants s\u2019ils n\u2019arrivaient pas à s\u2019entendre sur une question qui devrait transcender les lignes partisanes.11 ne faut cependant jurer de rien.La hantise de faire le jeu des souverainistes est rendue telle chez les libéraux qu\u2019ils n\u2019osent même plus réitérer les demandes qu\u2019ils ont eux-mêmes présentées dans le passé.Hier, à l\u2019Assemblée nationale, ils ont refusé de débattre une motion présentée par le ministre des Affaires intergouvemementales canadiennes, Alexandre Cloutier, qui exigeait qu\u2019Ottawa «transfère en bloc le financement prévu pour les infrastructures afin de respecter les compétences exclusives du Québec et d\u2019éviter les dédoublements ».Le leader parlementaire de l\u2019opposition, Pierre Moreau, a reconnu que cette motion correspondait parfaitement aux positions traditionnelles de son parti, ajoutant toutefois qu\u2019il n\u2019était plus question d\u2019appuyer des initiatives qui pourraient être associées à la « gouvernance souverainiste».Si le PLQ doit maintenant renoncer à toute demande qui risque de se heurter à un refus d\u2019Ottawa, sous prétexte que cela pourrait apporter de l\u2019eau au moulin souverainiste, il y a lieu de s\u2019interroger sérieusement sur les velléités de réouverture du dossier constitutionnel manifestées par Philippe Couillard.A entendre les propos pour le moins approximatifs tenus vendredi par Jean-Marc Fournier, il est loin d\u2019être évident que le grand renouvellement des idées promis par le nouveau chef du PLQ débouchera sur une nouvelle politique constitutionnelle.«Il va y avoir des dimensions qui concernent le Canada et les autres provinces», a simplement dit M.Fournier.On aurait cru entendre François Legault tenter de définir la sienne ! mdavid@ledevoir.com Aux sources de la laïcité La philosophe Catherine Kintzler renvoie dos à dos l\u2019intégrisme laïque et la laïcité « ouverte » CHRISTIAN RIOUX à Paris Avez-vous remarqué qu\u2019il n\u2019y a plus de débat sur le voile islamique en France ?C\u2019est une affaire réglée ! » Alors que le turban au soccer déchire la société québécoise et que les fêtes juives font irruption jusque dans le choix de la date des élections, ces débats semblent largement apaisés en France.Tout cela depuis l\u2019adoption de la loi de 2004 qui a interdit le port de signes religieux à l\u2019école.Les opposants avaient pourtant annoncé la guerre civile, la multiplication des écoles privées musulmanes et des conflits de toutes sortes.«Rien de tout cela ne s\u2019est produit», dit Catherine Kintzler.Cette philosophe spécialiste de l\u2019esthétique qui ensei^e à l\u2019Université de Lille s\u2019est intéressée à la laïcité dès les premiers débqts seule port du voile à la fin des années 1980.A cette époque, la philosophe trouvait que les Français avaient tendance à brandir la laïcité à la manière d\u2019un vieux gri-gri.«J\u2019en avais assez de cette piété laïque.Les opposants avaient beau jeu de dire que nous pratiquions une religion laïque.J\u2019ai donc voulu remonter aux origines.» Si le mot « laïcité » apparaît vers 1910, dans le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson, son idée remonte à la Révolution.Kintzler en décèle même les prémisses chez ce grand théoricien des Lumières, John Locke.C\u2019est lui qui a posé les bases du régime de tolérance qui a particulièrement influencé les pays anglo-saxons, dit-elle.«Dans sa Lettre sur la tolérance, Locke définit même la séparation des Eglises et de l\u2019Etat.Ce n\u2019est pas la laïcité qui a inventé cette idée.Pourtant, si les penseurs de la laïcité ont rejeté Locke, c\u2019est parce qu\u2019il dit qu\u2019on ne peut pas admettre les athées dans l\u2019association politique.Pour lui, l\u2019athée n\u2019y a pas sa place puisqu\u2019on ne peut pas avoir avec lui de rapport fiduciaire.Les serments, faits au nom d\u2019une puissance transcendante, ne peuvent pas marcher.» Si Locke n\u2019invente pas la laïcité, il a l\u2019intelligence d\u2019indiquer les limites de son propre système de tolérance, dit Kintzler.«Locke admet qu\u2019avec la non-croyance, son système ne marche plus et qu\u2019il faut trouver autre chose.Il a compris que, si la loi est fondée sur une forme de foi, en Dieu ou en l\u2019Etat, l\u2019athée sera toujours inassimilable.Si vous inversez son raisonnement, vous trouvez donc la laïcité.Car la laïcité est structurée par la question de la non-croyance.Il a tout compris.Merci Locke ! » Condorcet Locke formule le problème mais ne le résout pas.11 faudra attendre Nicolas de Condorcet et la Révolution française pour affirmer que «le citoyen n\u2019a pas à croire.Il n\u2019a qu\u2019à raisonner», dit Kintzler.Contrairement au régime de la tolérance, dit-elle, «la laïcité va légiférer pour tous les hommes, y compris ceux qui n\u2019existent pas encore.Elle va embrasser dans son raisonnement toutes les religions, y compris celles qu\u2019on ne connaît pas».Au heu de jurer sur la Bible, sur le Coran ou sur son honneur, comme on le fait toujours dqns les tribunaux fédéraux canadiens, dans un Etat laïque il suffit de dire «Je le jure ! », rien de plus.Car le magistrat laïque ne peut pas savoir sur quoi vous jurez.11 n\u2019a d\u2019ailleurs pas à le savoir.Entre la tolérance de Locke et la laïcité de Condorcet, il y a donc des différences, précise la philosophe.«La pensée laïque dira que l\u2019association politique n\u2019a pas besoin de référence à autre chose qu\u2019à elle-même et ne se réfère à aucune transcendance.Même le nom de Dieu sera banni du vocabulaire politique \u2014 le seul président à l\u2019avoir prononcé en France fut Nicolas Sarkozy! L\u2019association laïque sera indifférente à toute religion et ne reconnaîtra aucun culte, exactement comme la justice a les yeux bandés.Alors que la tolérance fait défiler les religions (musulmans, sikhs.JON HAYWARD LA PRESSE CANADIENNE Au lieu de jurer sur la Bible, sur le Coran ou sur son honneur, comme on le fait toujours dans les tribunaux fédéraux canadiens, dans un Etat laïque il suffit de dire «Je le jure ! », rien de plus.Car le magistrat laïque ne peut pas savoir sur quoi vous jurez.Il n\u2019a d\u2019ailleurs pas à le savoir.catholiques, etc.) et cherche des compromis entre elles, la laïcité n\u2019est pas un défilé d\u2019opinions.» Deux pôles en équilibre Si l\u2019on voulait résumer la pensée complexe de Catherine Kintzler, on pourrait dire que la laïcité se traduit par un équilibre fragile entre deux pôles indissociables.« Ce qui participe de la puissance publique est astreint à l\u2019abstention, à la discrétion et au respect de toutes les consciences, dit Kintzler.Il faut donc suspendre toute expression religieuse chez ses agents.Mais à quoi bon s\u2019astreindre à cette obligation si ce n\u2019est pas producteur de liberté ?En contrepartie et en vertu de cette abstention, dans la société civile, les manifestations religieuses sont libres et soumises au seul droit commun.» Catherine Kintzler admet que le système de tolérance à l\u2019anglo-saxonne fonctionne généralement plutôt bien et que les différences sont souvent minimes avec la laïcité.«Mais la tolérance a ses limites, car elle réclame un consensus.A partir du moment où une communauté décide de briser ce consensus, le régime de tolérance n\u2019est pas bien armé pour maintenir la cohésion sociale.» N\u2019est-ce pas ce qu\u2019ont démontré les controverses sur le kirpan à l\u2019école et sur la prière au conseil municipal de Saguenay ?Raser les calvaires?Catherine Kintzler n\u2019a rien de ces « laïcards » qui veulent appliquer la laïcité partout et bannir la religion des lieux publics pour la repousser dans l\u2019ordre du privé et de l\u2019intime.«A ce compte, pourquoi ne pas raser les calvaires et débaptiser la moitié des villes françaises ?dit-elle Au contraire, si la laïcité existe, c\u2019est pour garantir la pleine liberté d\u2019expression religieuse.» La seconde dérive consiste à étendre le principe de libre affichage des religions partout, y Si Locke n\u2019invente pas la laïcité, il a l\u2019intelligence d\u2019indiquer les limites de son propre système de tolérance compris dans la puissance publique.C\u2019est la laïcité «ouverte» ou «plurielle».«Même si la laïcité \u201couverte\u201d a l\u2019air sympa, il faut comprendre que c\u2019est l\u2019abstention de la puissance publique qui garantit la plus large liberté d\u2019opinion et d\u2019affichage.Les religions y ont tout intérêt, car cette abstention stricte les protège des ingérences de l\u2019Etat.Comme elle protège l\u2019Etat des religions et les religions les unes des autres.C\u2019est pourquoi, par exemple, je me suis toujours opposée à ces professeurs qui expliquaient aux jeunes filles portant le voile que l\u2019islam n\u2019en faisait pas une obligation.Ce que dit la religion aux croyants ne concerne pas la puissance publique!» Ce qui ne veut pas dire qu\u2019on ne doit pas étudier l\u2019héritage rehgieux à l\u2019école.Mais comment Kintzler explique-t-elle l\u2019interdiction de la burqa en France et en Belgique ?Cela n\u2019a rien à voir avec la laïcité, réplique-t-elle.Le voile intégral a été interdit pour la seule raison qu\u2019il représentait un masque et non pas parce que c\u2019était un signe rehgieux ou d\u2019oppression des femmes.Enfin, pourquoi étendre la laïcité aux enfants de l\u2019école pubhque qui ne sont pas des fonctionnaires?Il s\u2019agit en effet d\u2019une exception, admet la philosophe.«Cette exception est unique et elle s\u2019explique pour la seule raison qu\u2019à l\u2019école publique, vous avez affaire à des libertés en voie de constitution.Comme elle a pour fin la liberté et non pas la soumission à la société, l\u2019école de la République est un lieu où l\u2019on entre sans signe distinctif » Le philosophe irlandais Philip Pettit, que connaît bien Catherine Kintzler, lui a déjà glissé à l\u2019oreille cette amusante comparaison: «Nous, les Anglo-Saxons, notre numération commence avec le chiffre 1.Puis, nous additionnons les religions.Vous, les Français, avec la laïcité, vous avez inventé le zéro.» Le Devoir CHANTIERS SUITE DE LA PAGE B 1 Iraniens aspirent à une forme de démocratie libérale accordée aux normes culturelles de la société.Les perspectives démocratiques sont mauvaises à court terme, mais je suis optimiste à long terme.Le défi pour les forces démocratiques est de remporter les batailles importantes à l\u2019interne pour permettre à leurs idées de prendre leur place et de s\u2019institutionnaliser.C\u2019est le grand débat: comment faire avancer le projet démocratique dans le contexte d\u2019un régime profondément autoritaire.En tout cas, les réformateurs iraniens ont choisi la voie de la résilience.Ils ne veulent pas d\u2019un bain de sang sjrien.Il y a trois niveaux d\u2019analyse.À l\u2019échelle intérieure et régionale, le contexte a changé à l\u2019appui de la démocratie.Le régime a complètement perdu la bataille des idées auprès de la population.Régionalement, quoi qu\u2019on en dise, et bien que le conflit syrien présente de nombreux dangers, le printemps arabe a redessiné l\u2019horizon politique au Proche-Orient au profit des démocrates.Cependant, le contexte international nuit à la démocratisation de la société iranienne, surtout à cause de la menace d\u2019une attaque militaire.Cette menace est une MARCO LONGARI AGENCE ERANCE-PRESSE Un manifestant est posté à l\u2019entrée du parc Gezi, près de la place Taksim.Pour le professeur Hashemi, les événements turcs sont le signe d\u2019une démocratie plus forte que faible.carte utile au régime.Ensuite, les sanctions occidentales ont un effet draconien sur la société.Cela crée beaucoup d\u2019apathie politique.Les gens sont en mode survie.Définissez ce que vous appeiez «iaïcité isiamique».Je la définis comme une tentative de réconciliation de la pensée politique islamiquç avec la notion de séparation de l\u2019Etat et de la reli- gion.L\u2019un des défis que les mouvements politiques islamiques modernes ont à relever est de réconcilier l\u2019idée qu\u2019Etat et religion devraient être séparés avec l\u2019héritage politique et idéologique particulier des sociétés musulmanes.L\u2019histoire occidentale n\u2019est pas l\u2019histoire universelle.L\u2019apparition de cette nouvelle tendance de laïcité islamique qu\u2019on a vue se développer depuis environ 20 ans \u2014 en Turquie, en Iran avec le Mouvement vert, en Tunisie, en Indonésie \u2014, cette idée que l\u2019identité religieuse et une forme de démocratie laïque ne sont pas incompatibles, fait son chemin.C\u2019est un développement important et récent.Il faut la distinguer évidemment de la laïcité à la française.C\u2019est plutôt une forme de laïcité à l\u2019américaine, comme celle d\u2019ailleurs dont dit explicitement s\u2019inspirer le Parti pour la justice et le développement (AKR centre droit) de Recep Erdogan.Pour les sociétés musulmanes, le chemin vers la démocratie va nécessairement devoir inclure le politique rehgieux.Je crois que les partis et les intellectuels rehgieux ont un rôle capital à jouer dans la démocratisation de leurs pays, pourvu qu\u2019ils réconcilient leurs théologies politiques avec les normes universelles de droits de la personne et les revendications démocratiques modernes.Cela est en train de se produire \u2014 graduellement, bien entendu, mais les manifestations sont indéniables.Le Devoir Hoir le site Web Quantara.de pour obtenir un tableau plus détaillé du point de vue de Nader Hashemi, à l\u2019adresse suivante: en.qantara.de/Muslims-Multiple-Modernities/20700c22880iOp/ LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 2013 B 3 PERSPECTIVES La démocratie américaine éprouvée par les yottabits et les métadonnées Sans être inédits dans l\u2019histoire des Etats-Unis, les programmes de surveillance de la population révélés par Edward Snowden marquent un tournant sans précédent dans l\u2019éternel débat entre liberté et sécurité.Cette émergence d\u2019un «complexe militaro-industriel sécuritaire » défie la démocratie américaine.MARIE-CHRISTINE BONZOM à Washington De tous les discours de leurs présidents depuis le début de 1r République, les enfants des Etats-Unis ont au menu de leurs lectures scolaires obligatoires l\u2019allocution d\u2019Abraham Lincoln à Gettysburg, prononcée quelques mois après la terrible bataille qui avait fait prés de 8000 morts et plus de 27 000 blessés pendant les trois premiers jours de juillet 1863.Inaugurant le cimetière national qui serait le dernier repos des soldats nordistes et sudistes morts dans ce combat fratricide, Lincoln en appelait aux principes fondateurs du pays en évoquant «une nouvelle nation, conçue dans la liberté et consacrée à Vidée que tous les hommes sont nés égaux».Si cette, allocution du 16® président des Etats-Unis mérite de figurer au programme scolaire, l\u2019un des discours du 32® devrait être lu par chaque enfant américain, de même que par chaque adulte : le discours d\u2019adieu de Dwight Eisenhower, prononcé le 17 janvier 1961 depuis le bureau ovale à la fin de son dernier mandat.Après tout, combien de présidents et de généraux finissent leur dernier dis-cours officiel par le mot «amour»?Rompant le moule des discours d\u2019adieu lénifiants adopté par ses prédécesseurs et ses successeurs qqi, comme tant d\u2019autres chefs d\u2019Etat, font à cette occasion un bilan très embelli de leur prestation au pouvoir, ce héros de la libération de l\u2019Europe face au nazisme mettait en garde ses compatriotes contre les risques de la superpuissance américaine pour leur propre démocratie.Bien que «fier» à juste titre de la victoire américaine et de sa nouvelle «prééminence» dans le monde, «Ike» prévenait que «l\u2019autorité et le prestige de l\u2019Amérique dépendent, pas simplement de son progrès matériel sans équivalent, de ses richesses et de sa force militaire, mais aussi de la façon dont nous employons notre pouvoir dans l\u2019intérét de la paix et du mieux-étre de l\u2019humanité».Risque d\u2019abus Or, dans ce discours visionnaire, Eisenhower situe le risque d\u2019abus de pouvoir et de dérive antidémocratique dans le gouvernement américain lui-même, surtout dans son évolution depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.La «potentialité de la désastreuse émergence d\u2019un pouvoir mal placé» provient, souligne-t-il ainsi, du «complexe militaro-industriel », c\u2019est-à-dire de «la conjonction d\u2019un immense establishment militaire et d\u2019une vaste industrie de l\u2019armement» qui e^t «nouvelle» dans l\u2019histoire des Etats-Unis.Si le discours d\u2019adieu d\u2019Eisenho-wer est connu pour la création de l\u2019expression «complexe militaro-industriel», il est aussi crucial pour la mise en garde qu\u2019il lance à propos du rôle grandissant de l\u2019informatique et des scientifiques au sein et autour du gouvernement fédéral américain.«La révolution technologique des récentes décennies est largement responsable des changements considérables observés dans notre position militaro-industrielle», note-t-il.Ike s\u2019inquiète de la corruption de «l\u2019université libre, source historique des idées libres et de la découverte scientifique» par la combinaison de l\u2019argent des entreprises et des «contrats du gouvernement».Il s\u2019inquiète aussi de l\u2019avènement de «nou-vequx ordinateurs électroniques».A ses compatriotes et à ses successeurs, le 32® président conseille la «vigilance» devant les «graves implications» du phénomène pour «la structure même de notre société».«Nous ne devons jamais laisser le poids» du complexe militaro-industriel «mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques» et entraîner «la perte de notre héritage politique et spirituel», exhorte-t-il.Devant toute crise «étrangère ou intérieure, grande ou petite», l\u2019homme qui venait d\u2019aider à vain- '\t.\t(h.AGENCE ERANCE-PRESSE D\u2019abord général de l\u2019armée américaine, puis président des Etats-Unis, Dwight Eisenhower (à gauche) prévenait déjà en 1961 ses compatriotes du danger d\u2019un complexe militaro-industriel trop puissant.a La tâche de ceux qui ont les qualités d\u2019homme d\u2019État est de façonner, d\u2019équilibrer et d\u2019intégrer toutes ces forces, nouvelles et anciennes, dans le cadre des principes de notre système démocratique )) Dwight Eisenhower, 32® président des États-Unis, dans un discours prononcé en 1961 cre une menace existentielle pour la liberté et la démocratie avertissait enfin que «la tâche de ceux qui ont les qualités d\u2019homme d\u2019Etat est de façonner, d\u2019équilibrer et d\u2019intégrer toutes ces forces, nouvelles et anciennes, dans le cadre des principes de notre système démocratique et en visant toujours les objectifs suprêmes de notre société libre».Cinquante-deux ans plus tard, la démocratie américaine est menacée de devenir l\u2019otage des «métadonnées» (ces agrégations d\u2019informations de tout type, concrètes ou virtuelles) et des yottabits (cette mesure électronique des données utilisée par l\u2019Agence nationale de sécurité \u2014 National Security Agency, ou NSA \u2014 qui ouvre des perspectives de stockage quasi infinies puisqu\u2019un yottabit équivaut à 1024 bits, ou 5100 pages de texte).Cinquante-deuN ans plus tard, le 44® président des Etats-Unis affirme que son gouvernement «a trouvé le bon équilibre» entre sécurité et liberté, tandis que des républicains d\u2019un autre acabit que celui d\u2019Eisen-hower applaudissent à l\u2019extraordinaire expansion de la surveillance de la population ordonnée par le gouvernement Obama et divulguée par Edward Snowden.Michael Hayden, directeur de la NSA sous George W.Bush jusqu\u2019en 2005, se félicite d\u2019ailleurs de «l\u2019incroyable continuité» entre Barack Obama et son prédécesseur sur la base de la loi Patriote, le texte voulu par George W.Bush et adopté à la hâte par le Congrès sous l\u2019émotion des attentats du 11 septembre 2001.«Ce sont deux présidents très différents qui font essentiellement la même chose en ce qui concerne la surveillance, sauf que Barack Obama l\u2019a encore étendue», lance l\u2019ancien patron de la NSA.Ce Michael Hayden est le même contre lequel le sénateur Obama avait voté en 2006 quand W l\u2019avait nommé à la tête de la CIA, pour protester contre les opérations de surveillance de la NSA! Un an auparavant, le jeune sénateur s\u2019était opposé, en vain, à une modification à la loi Patriote qui autorisait des écoutes sans mandat judiciaire préalable, en invoquant «le besoin de protéger les Américains innocents contre une surveillance non nécessaire et d\u2019assurer que le droit de regard du gouvernement se fonde sur des soupçons individualisés, ce qui est un principe fondamental de notre système juridique».D\u2019autres personnages plus que douteux du point de vue des libertés civiles, tels que Karl Rove et John Negroponte, accourent aussi pour défendre le président Obama.Minimisant l\u2019intrusion que représente l\u2019espionnage des lignes téléphoniques, d\u2019Internet ou des cartes bancaires, John Negroponte, premier directeur national de l\u2019espionnage, un poste créé par W après les attentats de 2001, garantit que «c\u2019est juste comme si on regardait l\u2019extérieur d\u2019une enveloppe envoyée par courrier».«Il y a toujours eu une grande différence entre ce que Barack Obama dit et ce qu\u2019il fait», indique au Devoir Christopher Hedges, ancien journaliste du New York Times et auteur de plusieurs ouvrages publiés par le Nation Institute, un centre de réflexion situé à la gauche du Parti démocrate.«En fait, l\u2019assaut contre les libertés civiles est pire maintenant que sous le gouvernement Bush », ajoute-t-il.Le Huffington Post placarde d\u2019ailleurs sur son site Internet une photo composée des visages de George Bush et de Barack Obama avec, comme légende, le nom de l\u2019individu qui en résulte: George W.Obama.Internet, outil d\u2019espionnage Quant à Internet, longtemps promu au public comme une fenêtre sur le monde, mais conçu après le départ d\u2019Eisenhower de la Maison-Blanche par le « complexe militaro-industriel» avec l\u2019aide complaisante des mathématiciens de la «libre université», il s\u2019avère, souligne M.Hedges, «un outil très efficace pour l\u2019espionnage du peuple et pour le renforcement des pouvoirs du système sécuritaire».Susan Landau, mathématicienne et ingénieure chez Sun Microsystems qui a mal tourné puisqu\u2019elle dénonce dans ses livres les risques d\u2019abus posés par les nouvelles technologies d\u2019espionnage, indique pour sa part que les fameuses métadonnées et les fameux yottabits «révèlent énormément de choses, beaucoup plus que le simple fait de lire l\u2019extérieur d\u2019une enveloppe postale, et [que] parfois ils en disent même plus long que le contenu d\u2019une conversation téléphonique».Plus grave encore, la surveillance divulguée par Edward Snow- den s\u2019appuie sur une interprétation secrète de la loi Patriote effectuée par le gouvernement américain avec la caution d\u2019une cour spéciale et secrète, véritable chambre d\u2019enregistrement puisqu\u2019elle ne semble pas avoir rejeté une seule requête de l\u2019exécutif depuis 2001.«L\u2019interprétation secrète d\u2019une loi n\u2019a pas sa place dans une démocratie.Ça revient à avoir des lois secrètes», s\u2019insurge Susan Landau.Même l\u2019un des auteurs de la loi Patriote, le député Jim Sensen-brenner, estime que la NSA «dépasse les limites».«Si je crois que la loi Patriote établit un équilibre adéquat entre sécurité nationale et droits civils, j\u2019ai toujours été inquiet des abus potentiels.Or la saisie des données téléphoniques de millions d\u2019innocents est excessive et contraire aux valeurs américaines», déclare cet apprenti sorcier d\u2019un nouveau genre.La société américaine va désormais «au-delà du monde orwel-lien», considère l\u2019American Civil Liberties Union (ACLU) dans une allusion au romancier britannique George Orwell, qui avait envisagé un système gouvernemental de surveillance de la population dénommé Big Brother dans son roman d\u2019anticipation 1984.La plus ancienne organisation américaine de défense des droits de la personne poursuit le gouvernement Obama en justice, considérant les opérations de surveillance du public comme des «violations sans précédent de la Constitution des Etats-Unis», lesquelles n\u2019ajoutent par ailleurs rien à l\u2019efficacité de la lutte contre le terrorisme.L\u2019ACLU fait ainsi partie d\u2019une coalition hétéroclite et inédite de contestataires qui comprend des gens aussi différents que le sénateur républicain de tendance li-bertarienne Rand Paul, son collègue indépendant de tendance socialiste Bernie Sanders, le démocrate de gauche Ron Wyden ou encore le républicain proche du Tea Party Ted Cruz.Mais ces élus soulignent que, comme les sénateurs ont promis à l\u2019exécutif le secret en échange d\u2019informations sur ces activités secrètes d\u2019espionnage, ils ne peuvent pas aller plus loin dans leurs critiques et dans leurs descriptions d\u2019une surveillance qu\u2019ils jugent pourtant contraire à la Constitution.Le «complexe» hors de contrôle Ce que Dwight Eisenhower redoutait en 1961 s\u2019est donc matérialisé.D\u2019autant que le scandale de la NSA, venant juste après ceux du harcèlement de mouvements conservateurs par le fisc et des écoutes de journalistes de l\u2019Associa-ted Press et de Fox par le FBI, fait craindre un gouvernement sujet à la paranoïa vis-à-vis de l\u2019opposition et des médias.Le «complexe militaro-industriel et sécuritaire» peut-il encore être contrôlé?Susan Landau prône une commission d\u2019enquête semblable à la commission Church, un groupe parlementaire dirigé en 1975 et 1976 par Frank Church qui avait conclu que la NSA, la CIA et le FBI étaient des «éléphants voyous» et qui avait notamment conduit à l\u2019arrêt de la sur-veillapce des télégrammes arrivant aux Etats-Unis et en partant.Mais la commission Church avait aussi abouti à la création de la cour secrète à laquelle le gouvernement Obama demande aujourd\u2019hui des autorisations d\u2019espionnage du public au nom du combat contre al-Qàïda et ses émules.«Justifier cette surveillance par la lutte contre le terrorisme est absurde! s\u2019exclame Chris Hedges.J\u2019ai couvert al-Qaïda pour le New York Times et je peux vous dire que ses militants savent depuis longtemps qu\u2019ils sont surveillés», explique le membre du Nation Institute.«L\u2019Etat sécuritaire joue sur la peur et l\u2019emploie pour s\u2019attribuer des formes extraordinaires de pouvoir qu\u2019il ne devrait jamais avoir dans une démocratie», poursuit-il.Faute d\u2019une forte mobilisation du peuple américain contre ces abus, les jours du «complexe militaro-industriel et sécuritaire » s\u2019annoncent florissants.«Il n\u2019y a aucun moyen de contrôler tout cet appareil parce que les pouvoirs judiciaire et législatif ont abdiqué ou adhéré au diktat de la sécurité nationale et parce que le système ancien de séparation des pouvoirs s\u2019est effondré, tandis que la liberté de la presse est bafouée», déplore M.Hedges.Collaboratrice Le Devoir Dans l\u2019œil des espions A ' X Manon CORNELLIER à Ottawa Sommes-nous ou non surveillés, ne serait-ce que par accident, par une des agences de renseignement du gouvernement canadien?Il semble que oui, mais ne comptez pas sur le Parlement pour faire toute la lumière sur cette affaire, il n\u2019en a pas les moyens.Le Globe and Mail révélait lundi dernier que le ministre de la Défense, Peter MacKay, avait autorisé le Centre de la sécurité des télécommunications (CST) à poursuivre un programme lancé en 2005 et qui permet de puiser dans des registres d\u2019appels téléphoniques et de communications en ligne \u2014 ce qu\u2019on appelle des métadonnées \u2014 pour déceler des tendances révélant des activités suspectes.Et, bien sûr, trouver des réseaux terroristes, l\u2019argument passe-partout depuis les attentats du 11 septembre 2011.Le CST ne peut, selon la loi, cibler des personnes en sol canadien ni aucun Canadien à l\u2019étranger.Mais des Canadiens peuvent se retrouver mêlés à des enquêtes sur des cibles étrangères.Même le chien de garde du Centre, le commissaire du CST, en convient.On nous assure toutefois qu\u2019il purge ses dossiers des informations personnelles des Canadiens.Sauf que.Depuis l\u2019adoption de la loi antiterroriste, le Centre peut, quand il pense que certaines de ses enquêtes peuvent conduire à des prises collatérales, obtenir l\u2019autorisation du ministre de la Défense pour aller de l\u2019avant.En 2011-2012, huit autorisations ministérielles dont on ne peut connaître la teneur étaient en vigueur.La loi impose des critères assez stricts pour l\u2019émission de ces autorisations, et le commissaire s\u2019assure que la mise en œuvre des directives respecte les conditions qu\u2019on y retrouve.Mais le commissaire ne juge pas de la justesse des directives elles-mêmes.Personne, en fait, ne le fait.?Le programme de collecte de métadonnées n\u2019était toutefois pas totalement secret.En 2006, le commissaire de l\u2019époque indiquait dans son rapport annuel qu\u2019il comptait se pencher sur ce dossier, mais ses conclusions n\u2019ont jamais été rendues publiques.Dans une déclaration publiée jeudi, le commissaire actuel, Robert Décary, a donc tenu à dire qu\u2019il avait «examiné les activités du Centre concernant les métadonnées» et qu\u2019elles lui sont apparues «conformes à la loi et assujetties à des mesures détaillées et satisfaisantes en vue de protéger la vie privée des Canadiens».Mais à la lumière des fuites des dernières semaines sur les programmes secrets de surveillance américains, la révélation du Globe a provoqué l\u2019émoi à Ottawa.Les questions ont fusé, mais on n\u2019en sait pas beaucoup plus, une semaine plus tard.On ignore, entre autres, comment le CST obtient cette information et auprès de qui.Les partisans de ce programme, dont le ministre, insistent sur la distinction à faire entre la collecte de métadonnées et l\u2019interception du contenu des communications en question, ce qui porterait atteinte à la vie privée des gens.La commissaire à la vie privée, Jennifer Stoddart, ne souscrit pas à cet argument qu\u2019on lui sert depuis 2006.Les registres téléphoniques et de communications en ligne révèlent beaucoup de choses sur les gens, des personnes qu\u2019ils connaissent jusqu\u2019aux sujets qui les intéressent.Cela est en soi une information personnelle.?Le CST n\u2019agit pas à l\u2019abri de tous les regards.Le commissaire, toujours un juge à la retraite dont personne ne doute de l\u2019intégrité, a de vrais pouvoirs pour enquêter sur ses agissements.Le problème est que la plupart de ses recommandations sont secrètes, ce qui rend impossible d\u2019en vérifier la mise en œuvre.Ses rapports publics, déposés au Parlement, sont avares de détails, ce qui peut se comprendre quand il s\u2019agit d\u2019activités de renseignement, mais ce qui fait en sorte qu\u2019on ne sait à peu près rien des autorisations ministérielles accordées au cours d\u2019une année, sauf leur nombre.Le ministre, lui, n\u2019en rend pas compte au Parlement, pas même à huis clos auprès de députés et de sénateurs à qui on pourrait accorder la cote de sécurité nécessaire.Cela a pour conséquence de forcer tout le monde à le croire sur parole quand il se fait rassurant en public.Trouver le juste équilibre entre la protection d\u2019informations sensibles et une saine transparence démocratique n\u2019est pas toujours évident, mais il est clair qu\u2019il manque quelques maillons aux mécanismes de reddition de comptes en matière d\u2019activités de renseignement.Concilier protection de la vie privée et sécurité nationale n\u2019est pas plus simple.Heureusement, M™® Stoddart compte bien tenter de faire la lumière sur l\u2019impact possible des programmes de collecte de métadonnées fédéral et américain et, contrairement aux parlementaires, elle a la cote de sécurité nécessaire pour obtenir l\u2019information qu\u2019elle recherche.C\u2019est toujours cela de pris, mais ça reste insuffisant.D\u2019ailleurs, même M.Décary reconnaît que «le débat public aurait tout à gagner d\u2019un complément d\u2019information sur la façon dont il vérifie si le Centre se conforme à la loi et protège la vie privée des Canadiens dans la conduite de ses activités.[.] Bien qu\u2019il ne m\u2019incombe pas de divulguer le mode de fonctionnement du Centre, j\u2019encourage le gouvernement à être le plus transparent possible ».mcornellier@ledevoir.corn B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 20IS EDITORIAL GOUVERNEMENT MAROIS OÙ donc loge-t-il ?Ce vendredi, l\u2019Assemblée nationale a suspendu ses travaux pour la période estivale.Comme il se doit, l\u2019opposition a fait porter tous les maux du Québec sur les épaules du gouvernement Marois tandis que celui-ci s\u2019autocongratulait.En réalité, tout n\u2019est pas si noir ni si rose.Bilan de ce premier semestre politique de 2013.L K Bernard Descôteaux a joute politique prend une telle place à l\u2019Assemblée nationale qu\u2019elle fait oublier trop souvent le travail parlementaire, lequel se déroule loin des caméras, en commission parlementaire.On y travaille studieusement, manches relevées, crayons à la main.Il y a parfois des tensions, puisque c\u2019est le propre de la politique de confronter des points de vue, des visions ou des idéologies opposés.Il y aura parfois impasse.Ce fut le cas ce printemps avec le projet de loi créant la Banque de développement économique du Québec et avec le projet 14 modifiant la Charte de la langue française resté en plan et dont l\u2019adoption à l\u2019automne apparaît bien incertaine.On arrive par contre à réaliser des consensus.Deux succès sont à souligner.D\u2019abord, l\u2019adoption à l\u2019unani-mité, tout juste avant l\u2019ajournement, de la loi sur les élections à date fixe attendue depuis des années.Puis, le dépôt du projet de loi 52 sur les soins médicaux en fin de vie, appelé aussi aide médicale à mourir.Exemplaire aura été la démarche suivie par les députés, qui depuis près ^\t~ de trois ans mènent un débat de société avec le respect et le doigté qui s\u2019imposent.Ils ont su r\tmettre de côté la partisanerie qui empoisonne si souvent le climat à l\u2019Assemblée nationale.La réalité est toutefois qu\u2019il y eut plus '\t-\td\u2019échecs que de succès dans cette session.Pour une part, cela tient à la situation minoritaire du gouvernement, qui doit affronter trois partis d\u2019opposition dont aucun n\u2019a de véritable intérêt à le soutenir.L\u2019illustrent bien les stratégies déployées par chacun dans le débat sur le projet de loi 14, où ont dominé les intérêts partisans à court terme des uns et des autres.Le Parti libéral s\u2019est ainsi opposé radicalement à tout renforcement de la Charte de la langue française, pensant à son électorat anglophone.La Coalition avenir Québec a joué sur les deux tableaux, limitant son appui à quelques articles du projet pour manifester un minimum de préoccupations pour l\u2019avenir du français.L\u2019électorat éclectique de ce parti, composé d\u2019électeurs péquistes et de libéraux insatisfaits, le force à chercher de plaire à Dieu et à son père en même temps.Quant au gouvernemenL à défaut de pouvoir faire adopter sa loi, il se sert de l\u2019obstruction de l\u2019opposition pour montrer que le Parti québécois est le seul à se préoccuper de la situation du français.?Néanmoins, le gouvernement Marois est aussi responsable de ses propres malheurs.Cherchant à montrer qu\u2019il pouvait tenir ses promesses électorales dans le peu de temps qu\u2019il dispose avant que l\u2019opposition ne le fasse tomber, il a multiplié les projets de loi et les nouvelles politiques.Mais, on le sait, qui trop embrasse mal étreint.Dans plusieurs cas, il n\u2019a su les mener à terme.Il en est ressorti une impression d\u2019improvisation dont les partis d\u2019opposition n\u2019ont eu de cesse de dénoncer sur le mode «le gouvernement Marois recule une autre fois».Plusieurs mesures ont ainsi dû être reportées à la session d\u2019automne, dont les projets de loi sur la langue, le projet sur le régime minier, ainsi que ceux sur les valeurs québécoises (autrefois appelé projet de loi sur la laïcité) et sur l\u2019assurance autonomie.De beaux débats sont à venir.La première ministre Pauline Marois a convenu vendredi que son gouvernement a voulu trop en faire.Ce qui l\u2019aura fait cependant le plus mal paraître sont ses trop nombreuses valses-hésitations alors que les ministres nous exposaient publiquement leurs tourments à devoir diluer ou renoncer à leurs engagements électoraux devant la réalité budgétaire et économique du Québec.L\u2019illustre la politique sur les redevances minières, où la montagne a accouché d\u2019une souris.Ce gouvernement semble incapable de se définir.Dans les faits, on ne saurait dire s\u2019il est vert ou pas, s\u2019il est pour ou contre les pétrolières, s\u2019il est pour ou contre les assistés sociaux, s\u2019il est social-démocrate ou pas, s\u2019il est souverainiste ou pas.Cela peut n\u2019être qu\u2019une impression, mais elle est en train de s\u2019incruster irrémédiablement dans l\u2019esprit des électeurs comme le montre la persistance de leur insatisfaction.Le fait d\u2019être minoritaire n\u2019explique pas tout.Avoir de la cohésion et de la cohérence, cela se peut.Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper nous l\u2019a démontré.A M\u201c® Marois de nous dire où donc loge le sien.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCOTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directeur de Tinformation ROLAND-YVES CARIGNAN Directeurs adjoints de Pinformation PIERRE BEAULIEU, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, PAUL CAUCHON Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET U TifA AuloRiSt (.f TuRSAm A O îp C C ^ (2 » *.\t\t \t-nllXld\t \t\t \t'Br\t 'oL\u2018\\Ç ET V/OL»?PiTfÿ ÛUlf\tt5fA\u2018|ANT P£ rpAepfR UnBAI-LûM îoccfiz AyJtc v/sTRf rfn awf VouÇ LETTRES « Négos sous influence » ou propos tendancieux ?Nous réagissons aux propos pour le moins tendancieux de l\u2019éditorialiste du Defofr Jean-Robert Sansfaçon, publié ce jeudi 14 juin, sur les négociations en cours dans l\u2019industrie de la construction.Un peu plus et l\u2019exercice collectif du processus de négociations dans cette industrie n\u2019aurait aucune raison d\u2019être, compte tenu du fait qu\u2019il se réalise «sous influence».«Ce qu\u2019on sait moins chez les travailleurs, et qui importe aussi, écrit le journaliste, c\u2019est le rôle que peut jouer la corruption au plus haut niveau dans ces relations de travail», écrit M.Sansfaçon, qui ajoute: «la démocratie est une vue de l\u2019esprit au sein des grands syndicats de la construction ».Prenant appui sur le cas de deux ou trois individus dont les agissements soulèvent un questionnement légitime \u2014 mais dont aucun n\u2019a jusqu\u2019ici été reconnu coupable de quoi que ce soit \u2014, M.Sansfaçon s\u2019en prend à l\u2019ensemble des représentants des 175000 travailleurs et travailleuses de la construction, qui se feraient élire «par la force des bras».Peut-on penser une seule seconde que ces 175000 travailleuses et travailleurs sont à ce point naïfs qu\u2019ils n\u2019hésitent pas à remettre le sort de leurs conditions de travail entre les mains d\u2019une équipe de négociation qui les trahirait à la moindre occasion?Nous invitons M.Sansfaçon à visiter les chantiers, à discuter avec ceux et celles qui réussissent, à bout de bras, à construire hôpitaux, écoles, barrages hydroélectriques, routes, gratte-ciel et autres infrastructures.Il comprendra peut-être alors que la vie syndicale n\u2019a rien d\u2019une structure totalitaire et que les enjeux de négociation, loin d\u2019être un «grand bluff», touchent de très près le quotidien des 175000 personnes.Pour ne prendre qu\u2019un exemple, l\u2019enjeu de l\u2019embauche de la main-d\u2019œuvre locale et régionale, contre l\u2019envie des entrepreneurs de charrier le personnel dont ils ont besoin à travers tout le Québec, touche intimement la vie de dizaines de milliers de familles.Traiter cette question de «bluff» frise la malhonnêteté.Nous ne jugerons pas plus stratégique de signer «rapidement» un contrat de travail pour nous faire oublier.Nous signerons la nouvelle convention collective lorsque les principaux concernés, les travailleurs et travailleuses eux-mêmes, le jugeront approprié.Et en termes de «putréfaction avancée», nous laissons les lecteurs juger par eux-mêmes la qualité de l\u2019information qu\u2019on leur livre.Michel Arsenault et Daniel Boyer Respectivement président et secrétaire général de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec Le 14 juin 2013.La place du soccer Si le sport organisé peut être un bon moyen d\u2019intégration, il est ces temps-ci le théâtre d\u2019une guerre de clochers pas trop plaisante.Le zèle expéditif de l\u2019Associa- tion canadienne de soccer à surpolitiser le litige l\u2019a transformé en affrontement fédé-ral-provincial.L\u2019argument de la Eédéra-tion québécoise de soccer sur la sécurité çst boiteux.Il n\u2019est même pas démontré.A ce compte-là, on pourrait tout aussi bien dire qu\u2019il serait plus sécuritaire qu\u2019un jeune sikh baptisé \u2014 une minorité dans la minorité aux dernières nouvelles \u2014 garde ses longs cheveux dans son tur-Ijan.De toute façon, ça ne change rien.Etant donné que le litige implique une minorité ethnoreligieuse, les faits ont été interprétés et réinterprétés.Ce serait une manifestation de xénophobie rampante d\u2019un côté, et de l\u2019autre, une défense de la laïcité et de l\u2019identité québécoise.En fait, il est quand même ironique de placer le soccer dans une question de défense culturelle ou identitaire.Personnellement, je suis bien trop jeune pour avoir connu le hockey pomme de route, mais je suis d\u2019une génération où le soccer était une activité fréquente en éducation physique et encore plus dans la cour de récréation.Pourtant, la reconnaissance de son aspect organisé en est encore à ses débuts.D\u2019ailleurs, après plus de 20 ans d\u2019existence, l\u2019Impact n\u2019a toujours pas l\u2019importance des Expos.Soyons honnêtes, il n\u2019y a pas ici une tradition du soccer comparable à celle du hockey, et l\u2019intérêt grandissant pour ce sport est en bonne partie redevable aux communautés culturelles.Bref, on n\u2019est peut-être pas sur le terrain le plus honnête pour confronter le multiculturalisme au nom de l\u2019identité québécoise.Antoine Desgagné Charlesbourg, le 13 juin 2013 REVUE DE PRESSE Turban : Québec s\u2019en prend plein la tête GUILLAUME BOURGAULT-COTE Si Pauline Marois jouait au soccer et que ses entraîneurs étaient des chroniqueurs anglo-canadiens, elle passerait assurément le reste de la saison sur le banc.Avec ou sans turban.La sortie de la première ministre pour défendre la décision de la Pédération de soccer québécoise (PSQ) de bannir le turban \u2014 et pourfendre la réplique de l\u2019Association canadienne de soccer (ACS) \u2014 n\u2019a pas été exactement bien reçue au-delà des frontières québécoises.En éditorial, le Globe and Mail disait mercredi qu\u2019il ne fallait pas s\u2019attendre à autre chose de la part de M\u201c® Marois, chef de file d\u2019un mouvement nationaliste constamment sur la défensive et à la recherche de menaces à dénoncer.Pour le Globe, la sortie de M\u201c® Marois s\u2019inscrit manifestement dans une dynamique d\u2019affrontement avec le Canada.En soutenant que la PSQ est «autonome et n\u2019est pas assujettie à l\u2019ACS», la première ministre s\u2019est servi de la première controverse disponible pour l\u2019intégrer à la trame narrative de l\u2019indépendance du Québec, sans se soucier de savoir si cette controverse avait des relents de xénophobie.Une attitude qui tient du réflexe chez les leaders souverainistes, dit-on en jugeant le tout « déconcertant et pénible ».«Le consensus, c\u2019est que l\u2019interdiction est un symptôme du malaise du Québec avec les accommodements raisonnables, écrit le Globe.Et le résultat, c\u2019est que de jeunes joueurs sikhs ne pourront jouer au soccer récréatif cet été au Québec».Dans une analyse publiée sur le site de la CBC, Michelle Gagnon situe elle aussi la sortie de Pauline Marois dans un cadre nationaliste.«Selon ce gouvernement, la décision de bannir le turban méritait d\u2019être soutenue simplement parce que c\u2019est une décision québécoise.» Au nom de l\u2019autonomie de la PSQ, M\u201c® Marois est ainsi intervenue pour défendre une décision que plusieurs qualifient «d\u2019insensée, de ridicule», aux accents de «préjugés».Il ne suffit pas qu\u2019une décision soit prise au Québec pour qu\u2019elle soit bonne, dit Michelle Gagnon.La journaliste aborde aussi le dossier sous l\u2019angle religieux, soulignant qu\u2019une défense tous azimuts de la laïcité peut parfois «paraître aussi dogmatique que ce qu\u2019était l\u2019Eglise catholique» dans le Québec d\u2019avant la Révolution tranquille.Encadrer la place de la religion dans la sphère publique est une chose, poursuit Michelle Gagnon, mais sur un terrain de soccer où jouent des enfants ?Tradition française vs tradition anglaise C\u2019est par cette lorgnette qu\u2019Andrew Coyne (Postmedia) pose son regard.Le chroniqueur estime qu\u2019il n\u2019y a absolument aucun argument sérieux appuyant la décision d\u2019interdire le turban: aucune blessure rapportée, aucune preuve présentée.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019aucune autre association n\u2019interdit le turban, notait Coyne avant que la PIPA (Pédération internationale de football association) n\u2019officialise vendredi sa position à cet égard.Dans les circonstances, la décision de la PSQ relève forcément de la «complexe subtilité des accommodements raisonnables», dit Andrew Coyne.«La controverse reflète différentes notions de la place que doit occuper la religion dans un Etat laïque», écrit-il.Le (Canada hors Québec «a ses racines dans le pluralisme anglais, qui prône un traitement équitable des religions dans l\u2019espace public, alors que le Québec est plus près de la tradition française, qui bannit les signes de religion dans l\u2019espace public», souligne Coyne.Il situe ainsi la position du Québec non pas comme une «manifestation d\u2019intolérance», mais comme l\u2019expression d\u2019une laïcité «qui traite chaque religion avec la même froideur» \u2014 malgré des incohérences comme la présence du crucifix à l\u2019Assemblée nationale, note-t-il.Ceux qui ont fait valoir cette semaine qu\u2019il n\u2019est pas davantage permis de porter une casquette de baseball pour jouer au soccer ne saisissent en rien l\u2019importance de la religion dans la vie des croyants, dans leur culture, dans leur identité, ajoute Andrew Coyne.«Pour les parents des enfants [touchés par la décision du Québec], l\u2019interdiction de porter un turban revient à dire que les sikhs ne sont pas admis ici.» Dans un premier éditorial publié dimanche dernier sur le sujet, le Globe and Mail ajoutait un autre élément à la réflexion : la nécessité pour le monde du soccer de se pencher sur la question des commotions cérébrales (un dossier que le Globe suit depuis longtemps).La PSQ «perd du temps et de l\u2019énergie à combattre les dangers imaginaires» du port du turban alors que de réels enjeux de sécurité se posent pour des joueurs qui frappent le ballon avec leur tête et encaissent différents contacts au cours d\u2019un match, souligne le quotidien.Il rappelle notamment que le port d\u2019un casque protecteur est permis par la PIPA (les casques autorisés ressemblent à un large bandeau rembourré).Réformons le Sénat! Les déboires du gouvernement conservateur et le dossier du Sénat ont continué d\u2019alimenter la chronique au cours de la dernière semaine.On note au passage un texte publié dans le numéro estival du magazine The Walrus, où l\u2019auteur plaide pour une réforme du Sénat.«Ceux qui observent attentivement le travail du Sénat depuis quelques années doivent être convaincus qu\u2019il ne joue pas le rôle prévu par notre Constitution», écrit-on.L\u2019auteur dénonce le manque de «responsabilité individuelle» des sénateurs et un processus qui permet des «nominations déplacées et parfois absurdes».D\u2019où la nécessité, dit-il, d\u2019avoir un Sénat élu qui permettrait à la Chambre haute d\u2019être «plus utile et plus représentative».Petite précision : le texte ne parle pas des problèmes des sénateurs Duffy, Wallin ou Brazeau, mais d\u2019un débat qui faisait rage.en 1907.C\u2019est le député Robert Laird Borden (qui sera premier ministre de 1911 à 1920) qui s\u2019exprimait ainsi.Comme quoi plus ça change.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 20IS B 5 IDEES Disparition du programme Arts et lettres La liquidation de l\u2019héritage culturel JEAN LAROSE Professeur honoraire à l\u2019UdM, cofondateur de globesonore.org On trouvera la version complète de ce texte sur LeDevoir.com.peine élu, s\u2019en souvient-on, pour empêcher que l\u2019éducation devienne une simple marchan- Adise, le Parti québécois déshérite la jeunesse étudiante d\u2019une part essentielle de la culture nationale au profit du marché des biens culturels.La décision de remplacer au cégep le programme Arts et lettres par un programme Culture et communication n\u2019est pas un simple changement de nom, c\u2019est une rupture historique.Quels citoyens, quels écrivains, quejs professeurs de français notre ministre de l\u2019Éducation espère-t-il d\u2019une formation dominée par la communication?[.] La vie quotidienne offre mille exemples, et de toutes parts affluent les études qui prouvent que la culture médiatico-numérique crée une véritable dépendance.Celle-ci nous affecte tous, mais elle est particulièrement désastreuse pour les jeunes esprits.On traite pour déficit de l\u2019attention qn nombre incroyable d\u2019enfants (4 sur 10 aux États-Unis).Augmentons la dose, décide le ministre! [.] Détruisons le dernier bastion qui résiste au pré-sentisme, le dernier refuge de la solitude studieuse, de la lecture suivie, de la pensée concentrée lentement instruite par les œuvres d\u2019hier ! Assez de ces vieilleries qui ennuient nos futurs créateurs-entrepreneurs ! On prétend, bien entendu, qu\u2019on inculquera aux élèves le sens critique par rapport au système.Est-ce qu\u2019ils se croient eux-mêmes, ceux qui disent cela?Est-ce qu\u2019ils ont des enfants?Est-ce qu\u2019ils ont l\u2019expérience de la dépendance à la connexion ?En réalité, comme la littérature est justement une discipline qui nourrit le sens critique, c\u2019est à se demander si ce n\u2019est pas pour cela qu\u2019on la dégrade.Le ministre emploie un drôle de mot: Communication serait un programme plus «ras-sembleur» que Lettres.Il veut dire plus susceptible d\u2019unifier, de fabriquer du consensus.C\u2019est juste, la littérature désassemble, elle encourage la singularité individuelle, la marginalité irréductible.Elle gâche la bonne conscience d\u2019appartenir au bon parti.Mais dans notre tradition, la langue bttéraire est aussi l\u2019instrument redoutable des critiques du pouvoir et du consensus social.Il paraît qu\u2019on lira encore des livres, en Culture et communication.Eaut voir lesquels.L\u2019économie numérique n\u2019est pas contre les bvres.S\u2019ils rapportent.Il n\u2019est possible de faire beaucoup d\u2019argent avec la culture qu\u2019en mettant continuellement sur le marché des produits nouveaux et vite désuets.Or, les œuvres du passé \u2014 tout le domaine public \u2014 n\u2019ont pas de valeur marchande.On se bouscule sur le Web pour nous donner tout Balzac, d\u2019un cbc.[.] Tout Saint-De-nys Carneau, clic.[.] Sérieusement, pour comprendre ce qu\u2019on appellera bttérature en Culture et communication, écoutons un maître de la culture d\u2019aujourd\u2019hui, le patron d\u2019une grande entreprise du complexe médlatlco-numérlque, Jeff Bezos, président A\u2019Amazon.Éditeurs «cultivés» Évidemment, en bon milbardaire médiatico-numérique, Jeff Bezos lutte pour la démocratje culturelle.Comme notre actuel ministre de l\u2019Éducation [.], le président d\u2019Amazon parle le langage critique de la sociologie de la culture.Il défend le petit, le sans-grade, contre ïestablishment culturel (il réussit presque à nous faire oubber que Xestablishment, c\u2019est lui).Quel éditeur traditionnel, demande Jeff, aurait osé publier Fifty Shades of Greyl Ce bvre est mal écrit; son héroïne, épaisse dans le plus mince; l\u2019histoire, niaiseuse: une femme se bbère de ses préjugés féministes en découvrant la jouissance sous la domination d\u2019un jeune et riche entrepreneur.Mais qui êtes-vous pour en juger?Qui décide qu\u2019un livre est bien écrit?Arrière, élite méprisante des gens «cultivés»! La prétendue expertise littéraire des éditeurs traditionnels, dit Jeff, masque en fait leurs préjugés de classe ; pour défendre leurs privilèges, ils freinent l\u2019innovation.La démocratie culturelle du Web libérera l\u2019écrivain méconnu des éditeurs «cultivés», en lui permettant A\u2019«intégrer la production» de ses bvres à leur «mise en marché».[.] En Culture et communication, la littérature sera l\u2019obstacle ébtiste et passéiste dont U faudra se bbérer afin que les biventeurs de boutons à quatre trous puissent créer et vendre beaucoup de b-vres informes et payants à des lecteurs eux-mêmes bbérés de la culture ancieime, pour éviter qu\u2019Us ne disposent de pobits de comparaison btté-raires et de jugement politique.Au jeune poète qui espère Regards et jeux dans l\u2019espace, on apprendra à gérer son profil en ligne, à planifier la mise en marché de son œuvre future avec sa production.Certes, il y aura des résistants, des professeurs voués à la vraie bttérature.Mais la direction est donnée.La pente, irrésistible.Il fut un temps, au Parti québécois, où l\u2019on esti- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Détruisons le dernier bastion qui résiste au présentisme, le dernier refuge de la solitude studieuse, de la lecture suivie, de la pensée concentrée lentement instruite par les œuvres d\u2019hier! mait que dans l\u2019identité nationale comptait non seulement Joseph-Armand Bombardier, mais aussi Gaston Mbon.Güles Vigneault n\u2019était pas un entrepreneur culturel pour René Lévesque, ses poèmes n\u2019étaient pas des «produits artistiques».Jacques Parizeau n\u2019aurait pas douté que les lettres favorisent «le développement intégral de la personne».Bernard Landry n\u2019aurait pas eu la simplicité de croire que Communication est plus « rassembleur» que Lettres.Pourtant, ü y a longtemps que ces conceptions grossières travablent le Parti souverabbste.Les politiques qui furent élus en 76 avaient lu.Ils avaient encore la naïveté de trouver le français beau et précieux (en ce temps-là, un ministre pouvait s\u2019exprbner sans fabe deux fautes de français par phrase).Le rêve souveraiibste ne se serait jamais organisé en Parti québécois sans la volonté de préserver ce patrimoine \u2014 notre langue ibustrée par nos écrivains \u2014 et de le développer, et d\u2019abord en luttant contre l\u2019abénation linguistique.On ne le crobait pas aujourd\u2019hui, mais le PQ n\u2019a pas été créé seulement pour ne pas laisser aux Anglais les bonnes occasions de faire de l\u2019argent.Ce fut naguère un parti de vi-sionnabes brillants et éloquents, désbeux non seulement d\u2019enrichb les Québécois, mais de les déibaiser.De les bbérer de l\u2019abénation culturelle autant que du chantage économique.Les deux combats abaient de pab.Esprit de colonisé Mais on dbait qu\u2019au PQ, on a cessé de penser à cela.Comme si le simple fait d\u2019avob élu des sou-verabiistes en 76 et passé la loi 101 avait désabéné les Québécois pour de bon.Hélas, ü ne suffit pas d\u2019êbe souverainiste poiu penser souverabiement.Au contrabe, chaque fois que le PQ a été au pou-vob, un «esprit de colonisé» inconscient et diuable a contrarié la lutte contre l\u2019abénation culturebe.Et même, dans les réformes successives de l\u2019éducation, il a toujoius été plus fort que l\u2019esprit souverain.Le changement de la formation en lettres pour une formation en communication marque justement un retour en force de l\u2019esprit de colonisé, et en même temps que la déshérence officielle du pabimobie bttérabe, une régression de la culture politique souverabiiste que tant de nos mebleius écrivabis avaient inspbée et noiurie.Rappelons quelques étapes.Si le gouvernement d\u2019une nation dont la devise est «Je me souviens» retbe à son patrimoine bttérabe la dernière petite place qu\u2019il occupait encore dans la formation générale, c\u2019est en vérité au bout d\u2019une longue série d\u2019étourderies commises avec de bonnes bitentions et des idées fausses.Il y a deux générations, poiu corriger l\u2019bijustice qui réservait le patrimoine classique à l\u2019élite, au beu d\u2019ouvrb celui-ci à tout le monde, on l\u2019a enlevé à tout le monde.Plus tard, le PQ légbérant pour sauver le bançais, ébangement n\u2019a pas fait le rapport avec sa langue mère, le latin.On a sauvé l\u2019arbre et coupé ses racbies.Aberration, de bbérer le français dans l\u2019espace public et de refouler sa soiuce hors de l\u2019éducation, de l\u2019bnposer aux néo-Québécois tout en fermant aux futurs auteurs le trésor Ibiguistique où s\u2019étaient formés depuis toujours les écrivains de langue française.Un petit peuple doit lutter plus fort qu\u2019un autre pour conserver sa lan^e.Au beu de suivre l\u2019exemple admbable des Jubs, qui ont en même temps créé un état moderne et ressuscité l\u2019hébreu, nous avons jeté la langue mère du français comme si nous étions assez forts pour nous payer ça.Typique du colonisé.Il y a une génération, les baby-boomers déclarèrent à leurs enfants : nous avons connu la culture de vos grands-pères, lettres classiques et modernes, nous l\u2019avons jugée élitiste et bourgeoise, et nous nous en sommes bbérés.Après nous, grâce à nous, vous n\u2019avez plus besoin de connaître ce que l\u2019humanité a pensé et écrit avant.(Ici, mettre une date, la plus récente possible) .Pour votre bien, nous vous déshéritons, maudits chanceux! Et on a réduit l\u2019enseignement de la bttérature française à presque rien.Mabitenant, la suppression du programme Arts et lettres achève la bqul-dation de l\u2019héritage.C\u2019était bien la pebie de résister à l\u2019anglais pendant deux siècles.On peut douter que les étudiants manbestent contre un changement qui les déshérite de la bttérature.La génération «carré rouge» semble tebe-ment bnprégnée de présentisme qu\u2019ebe ne s\u2019apercevra pas qu\u2019on la vole.Ce fut d\u2019ailleurs toute l\u2019ambiguïté du mouvement: révolte contre la dictature du marché qui ferait de l\u2019éducation une marchandise, bidbférence au présentisme qui impose à l\u2019école une culture définie par le marché.Ironie de l\u2019histofre, ce sont les sociologues qui ont fait la job de bras du capitabsme médiatico-numérique.Y a-t-il encore des intellectuels pour croire que la bttérature fait partie du capital culturel de la classe dominante?Qui ne voit maintenant que les sociolo^es de la culture, Boiudieu en tête, ont été les «idiots utiles» du capitabsme?Qu\u2019bs ont désenchanté et discrédité poiu lui une culture qui pensait trop, durait trop et rapportait peu, laissant toute la place à une autre qui divertit, passe vite et rapporte énormément?Les soi-disant progressistes, qui ont dégoûté des lettres deux générations d\u2019élèves en réduisant celles-ci au capital sjunbobque de la classe dombiante, auront été les dupes de l\u2019histoire.Qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas close.Combien de temps encore ce gouvernement-là tolérera-t-il l\u2019existence de départements de bttérature dans nos universités?La culture St-Hubert David Desjardins Cy est peut-être parce qu\u2019ils passent le ^ plus clafr de leiu temps dans la peau des autres que ces comédiens m\u2019ont semblé si enthousiastes de parler d\u2019eux-mêmes.Mais ils l\u2019étaient plus encore de due ce beu secret, derrière la scène, où se rencontrent leur jubilation et une certaine misère.Mixture douce-amère de cette possibibté de toucher le cœur et l\u2019esprit des gens, mais dans des conditions un peu dégueulasses, et qu\u2019on appelle la relève théâtrale.C\u2019était pendant le Carrefour international de théâtre de Québec, ça s\u2019appelait le NoShow.Une production conjointe, des comédiens qui viennent des deux bords de la 20, mise en scène par Alexandre Eecteau.Une création qui nous met le nez dans notre caca dès le départ en nous bivi-tant à donner le montant qui nous semble juste poiu payer notre billet.Question sous-entendue : ça vaut combien, selon vous, le théâtre ?On avait donc le choix: rien du tout, comme à la messe, 15$ comme au cinéma, 80$ comme dans un concert de rock et plus de 100$ comme au hockey.J\u2019ai donné 35$.C\u2019est le prix d\u2019un billet pour un spectacle donné par un quatuor à cordes.C\u2019était aussi le montant qui me faisait me sentir bien.Pas trop cheap.Puisque je ne suis pas critique de théâtre, je ne m\u2019étendrai pas sur le bien que j\u2019ai pensé de la pièce, ni sur les mibe pérbs que ses artisans ont volontairement placés sur leur route en faisant éclater le cadre en mble morceaux, ni siu les moments où j\u2019ai tiqué.Si j\u2019avais à résumer cet ovni de théâtre réabté dont les mécanismes s\u2019avèrent généralement efficaces, je dfrais que c\u2019est un cri de vérité, un rideau levé sur la précarité des comédiens qui ne sont pas Claude Legault.J\u2019ajouterais que c\u2019est avant tout, et surtout, un spectacle sur notre rapport au spectacle.Par là, j\u2019entends le fourre-tout trop commode qui comprend l\u2019art et le divertissement.Parce que c\u2019est à cela que ramène la prémisse du spectacle (sur le montant à payer), et qui n\u2019a cessé de me tarauder tout au long : comment en venons-nous, individuellement, à décider du juste prix des choses?C\u2019est donc un spectacle sur notre rapport au spectacle, et au fric, évidemment.Parce que cette possibilité de verser le montant qu\u2019on croit juste au départ génère la plus importante réflexion de l\u2019ensemble, qui nous ha-bitç par la suite pendant plusieurs jours.Étrangement, ce n\u2019est pas aux gens qui ne vont jamais au théâtre que j\u2019ai d\u2019abord songé pour définfr la valeur qu\u2019on accorde au genre.Mais plutôt à ceux qui, au terme de chaque pièce, se lèvent pour ovationner les comédiens.Peu importe qu\u2019ils aient vraiment aimé ou non.Parce que j\u2019ai toujours pensé qu\u2019bs cherchaient à se convabicre que leiu argent a été bien bivesti.Et pour qu\u2019il soit bien dépensé, l\u2019argent doit avofr au moins diverti.Être bousculé ne suffit pas.Me suivez-vous?Ce que je suis en train d\u2019essayer de due, c\u2019est qu\u2019il faut un repère poiu que le public soit satisfait.Et que si le spectacle ne lui en fournit pas, sa réaction à la fin servua de balise, de réconfort.Quitte à faire semblant, à exagérer.C\u2019est pour cela que vous n\u2019arriverez jamais à traîner beaucoup plus de monde qu\u2019il y en a déjà pour vou du nouveau théâtre quand les gens se bousculent pour aber vou le spectacle de Louis-José Houde à 55$, justement parce qu\u2019il est identique au précédent.Pas mauvais.Juste pareil à l\u2019autre.On sait qu\u2019on va rire.On sait qu\u2019on va sortu content, sans faue d\u2019effort ni rien.C\u2019est comme aber manger au St-Hubert.Mais l\u2019art n\u2019est pas un fast-food.Et c\u2019est justement poiu cela qu\u2019il n\u2019a pas la même valeiu dans l\u2019esprit de la majorité du pubbc qui lui préfère de loin les certitudes d\u2019un divertissement qui le reconduit dans les ornières du connu par cœur.Le problème, ce n\u2019est pas l\u2019art.Ni le divertissement.Le bobo, on l\u2019a à notre culture.Moi non plus Ça n\u2019a rien à vofr.Mais puisque tout le monde parle de turban, d\u2019intolérance et tout, je m\u2019en voudrais de ne pas m\u2019en mêler un peu.Quitte à dire n\u2019importe quoi.Comme cette chroniqueuse qui s\u2019est permise de dédouaner tout le Québec d\u2019un coup de baguette magique.Shazam! Nous ne sommes pas racistes puisque Karim Ouellet (un Noir !) a reçu le prix Éébx Leclerc et que Sugar Sammy (un Indien ET un Anglo !) a remporté l\u2019Olivier de l\u2019humoriste de l\u2019année.Tenez, moi.Suis en ville quand une femme me klaxonne pour m\u2019engueuler parce que je roule à vélo dans le sens des autos.Ebe me dit, avec un accent arabe gros comme ça, que c\u2019est pas bien, que je dois rouler face au trafic.J\u2019essaie de lui expbquer que c\u2019est le contrafre, mais ebe me crie: «Tu connais rien à la loi, tu connais rien à rien.» Juste vous dire que je ne suis tellement pas raciste, moi non plus, que je n\u2019ai fait aucun commentaire spécial.Sinon de lui dire de retourner d\u2019où elle venait.Si j\u2019en juge par le che-mbi qu\u2019ebe prenait, ce devait être Beauport.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste) , information générale : Mane-Andree Chouinard {chef de division), Dominique Reny (adjointe au directeur de l information), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien DeghseésoceeteJ et Jean Dion (sports) , information politique Marco Fortier (chef de division), Michel Dav\\d(chroniqueur), Helene Buzzetti et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Robert Dutnsac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter) , information culturelle Louise-Maude Rioux Soucy (chef de division), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et Isabelle Pare (reporters), Jubé Carpentier (pupitre) , information économique Gerard Berube (adjoint au directeur de l information), Marco Belau* Cinno, François Desjardins et Enc Desrosiers {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy 'TaiWeier (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm et Louis Gagne (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier, Karl Rettino-Parazelli et Genevieve Tremblay (assistants) , correction : Andre^ne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Elorence Eerrans (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur) fbAeaxoxv Derome (Montreal), Monique Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Claire Breton, Jean de Billy, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Amehe Maltais, Claire Paquet, Catherine Pelletier, Chantal RamviUe, Nadia Sebai, (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Ehse Girard (secretaire) PRODUCTION Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Carohne Guunond, Yannick Monn, Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Jean-Robert Divers (responsable de la promotion),ls/iaxira-0\\rvier Leclerc (responsable duservice a la clientele), Manon Blanchette, Nathahe Eihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables) ,G\\a\\id'sXX/s.Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentina Draghici, Cehne Euro y, Ghislaine Lafleur et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 JUIN 20IS PHILOSOPHIE Simone de Beauvoir souhaiterait une décriminalisation de la prostitution L\u2019auteure du Deuxième sexe dénoncerait tout cadre juridique, comme celui du Canada, exigeant que les «travailleuses du sexe» se retrouvent à exercer leur métier de façon isolée Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.VIVIANE NAMASTE Professeure titulaire Institut Simone de Beauvoir Université Concordia La prostitution au Canada fait les manchettes des journaux ces temps-ci puisqu\u2019un cas présentement devant la Cour suprême en soulève l\u2019aspect juridique et social.Que dirait la philosophe féministe Simone de Beauvoir (1908-1986) sur cette question?Pourquoi et comment est-il pertinent non seulement de considérer la philosophie, mais plus précisément une philosophe féministe en analysant la prostitution?Osons la philosophie avec notre chère Simone de Beauvoir et considérons ce qu\u2019elle dirait à l\u2019égard des lois canadiennes sur la prostitution.Il y a un débat sur la prostitution actuellement chez les féministes.Certaines prônent Beauvoir prônerait la mise en place d\u2019un nouveau contexte juridique dans lequel les femmes n\u2019hésiteraient plus à se confier à la police une position dite abolitionniste, voyant dans la prostitution l\u2019exploitation de la femme et un symbole primordial de son oppression; elles visent son interdiction totale.S\u2019opposent à ces abolitionnistes d\u2019autres féministes (oui, il y a plusieurs tjqies de féministes!), qui, elles, revendiquent les concepts clés d\u2019autonomie coiporelle et le droit au libre-choix afin de fonder une position qui défend le droit de pratiquer le travail du sexe.En ce moment, l\u2019encadrement juridique de la prostitution se pose devant la Cour suprême.Rappelons qu\u2019au Canada, l\u2019échange de services sexuels contre de l\u2019argent est une activité tout à fait légale.En revanche, presque toutes les activités entourant la prostitution sont criminalisées : tenir une maison de débauche, vivre des fruits de la prostitution ou communiquer dans le but de faire de la prostitution.Trois militantes \u2014 Terry Jean Bedford, Amy Lebovitch et Valerie Scott \u2014 contestent ces lois et avancent l\u2019argument selon lequel celles-ci violent leurs droits fondamentaux, notamment le droit de la sécurité de la personne inscrit dans la Chartre canadienne.La Cour suprême entend évaluer la constitutionnalité de ces lois.Quelle forme de féminisme Simone de Beauvoir aurait-elle défendue?Quelle analyse peut-on faire sur le sujet à partir de sa pensée ?Les savoirs engagés Premièrement, Simone de Beauvoir s\u2019introduirait-elle dans ce débat?Si l\u2019on se fie à ses écrits, mais aussi à ses engagements, c\u2019est évident.A plusieurs reprises, notre philosophe a pris position publiquement afin d\u2019intervenir dans les affaires politiques et juridiques.Dans une cause célèbre, elle a rédigé la préface d\u2019un livre de l\u2019avocate Gisèle Halimi à l\u2019égard de Djamila Boupa-cha, une jeune Algérienne tor- turée pendant la guerre d\u2019Algérie.Dans un autre registre, en 1971, elle a rédigé un texte.Le manifeste des 343 salopes, qui comprenait les noms de 343 fempies avouant avoir avorté.A l\u2019époque, l\u2019avortement était illégal en Erance et le texte en revendiquait un accès libre, tout comme pour la contraception.Qn voit bien que Simone de Beauvoir a fait des revendications politiques.En effet, sa production écrite critiquait des lois qui mettaient en danger la sécurité des femmes.L\u2019écriture et la production du savoir sont mobilisées chez elle pour contrer les violences de l\u2019État.Le livre le plus connu de Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe (1949), constitue un survol impressionnant de la philosophie, de la littérature, de l\u2019histoire et de la mjAhologie.Cela conduit la philosophe à développer la thèse selon laquelle la femme est {\u2019«Autre», celle qui n\u2019est jamais considérée à part entière comme égale à l\u2019homme.Qu\u2019on parle de l\u2019histoire, de la philosophie ou même de la biologie, Beauvoir démontre dans quelle mesure les fondements philosophiques de la science ne prennent en compte que la situation matérielle des hommes.En bonne philosophe, elle met en relief le fait que la production du savoir est elle-même «contrainte».Le premier tome présente les théories biolo-^ques, anthropologiques, historiques et culturelles.Dans le deuxième, l\u2019auteure analyse les conditions actuelles d\u2019existence des femmes (leur formation, leur situation et les justifications de leur position inférieure), avant de proposer sa théorie de la libération de la femme.Cette oeuvre comprend un chapitre sur le sujet qui nous occupe ici : la prostitution.Rappelons que, dans la philosophie existentialiste, on ne s\u2019arrête pas sur l\u2019essence des personnes mais plutôt sur les conditions actuelles dans lesquelles elles vivent.Comme Beauvoir l\u2019écrit dans son essai Pour une morale de l\u2019ambiguïté: «C\u2019est dans la connaissance des conditions authentiques de notre vie qu\u2019il nous faut puiser la force de vivre et les raisons d\u2019agir.» Examinant les conditions du travail des prostituées, Simone de Beauvoir met l\u2019accent sur la stigmatisation profonde dont elles sont victimes, privées qu\u2019elles sont des droits de la personne et du respect accordé aux autres femmes.Pourtant, elle ne condamne pas celles qui travaillent comme prostituées.Reconnaissant leurs conditions matérielles, elle écrit: «Ce n\u2019est pas leur situation morale et psychologique qui rend pénible l\u2019existence des prostituées.C\u2019est leur condition matérielle qui est dans la plupart des cas déplorable.» La solidarité Refusant le discours qui «psy-chologise» les victimes de la prostitution, Simone de Beauvoir souligne également la solidarité qui existe entre elles, soutenant que ces femmes construisent un «contre-univers» dans lequel elles retrouvent la dignité ILLUSTRATION TIFFET I ) î PEDRO RUIZ LE DEVOIR Viviane Namaste : « L\u2019écriture et ia production du savoir sont mo-biiisées chez Beauvoir pour contrer ies vioiences de i\u2019Etat » humaine.Elle constate que la plupart des prostituées sont «intégrées à une société qui réclame leurs services».Ici, le choix du langage n\u2019est pas innocent : Beauvoir qualifie le travail des prostituées de «service» \u2014 et ce, des décennies avant le discours féministe qui désignera les « travailleuses du sexe», une expression qui commencera à être utilisée au cours des années 1980.Le recours à ce concept de service sexuel indique que, pour Beauvoir, les prostituées travaillent comme les autres ferpmes.A cet égard, on peut imaginer que Simone de Beauvoir refuserait la position abolitionniste féministe sur la prostitution.Au contraire, elle revendiquerait le droit des femmes à travailler en toute liberté.De plus, sa valorisation de leur solidarité la conduirait à critiquer des lois, comme celle sur les maisons de débauche, qui empêchent plusieurs femmes de travailler ensemble, dans la même maison, afin d\u2019accroître leur sécurité.Beauvoir dénoncerait en définitive tout cadre juridique (tel que celui en place au Canada) exigeant que les « travailleuses du sexe » se retrouvent à exercer leur métier de manière isolée.Son acceptation de la prostitution comme «service» ne signifie pas qu\u2019elle tolérerait les injustices qui accablent ces TELE-QUEBEC Tiré de Simone de Beauvoir, une femme actuelle, Télé-Québec, mars 2010.Selon la philosophe, la plupart des prostituées sont «intégrées à une société qui réclame leurs services».Ici, le choix du langage n\u2019est pas innocent: Beauvoir qualifie leur travail de «service», et ce, des décennies avant le discours féministe qui désignera les «travailleuses du sexe», une expression qui commence à être utilisée dans les années 1980.femmes.Cela ne l\u2019a pas empêchée, en son temps, de dénoncer le fait que la «basse prostitution» soit «soumise à l\u2019arbitraire de la police».Solidaire des femmes les plus pauvres et les plus visibles \u2014 celles qui travaillent dans la rue \u2014, Simone de Beauvoir reconnaît que le cadre juridique les criminalise et les expose à la violence et au mépris de la part des autorités policières.Données impressionnantes En tenant compte de cette fine compréhension des rapports entre prostituées et policiers et devant la situation actuelle de la prostitution de rue au Canada, Simone de Beauvoir prônerait la mise en place d\u2019un nouveau contexte juridique dans lequel les femmes n\u2019hésiteraient plus à se confier à la police, chose impossible si les activités liées à la prostitution (telles que les communications) restent considérées comme criminelles.De plus, comme scientifique, chercheuse et philosophe existentialiste, Simone de Beauvoir plongerait dans le dossier présenté devant le tribunal dans le cas R.v.Bedford.L\u2019ampleur des données est impressionnante : 25000 pages comprenant des expertises, des témoignages de groupes communautaires ainsi que de prostituées de rue.Lorsque l\u2019affaire a été entendue en Cour supérieure de l\u2019Qntario, la juge Himel a évalué toute cette documentation, concluant que les lois actuelles créent des conditions risquées pour les femmes, qui se retrouvent vulnérables devant la violence.Nos lois sur les maisons de débauche interdisent à plusieurs femmes de travailler ensemble, les forçant à l\u2019isolement; celles sur la communication nuisent au bon dépistage des clients puisque les travailleuses sont limitées dans leurs communications.Enfin, la législation sur les tierces parties empêche les travailleuses d\u2019embaucher un chauffeur (puisqu\u2019il serait considéré comme un proxénète) .Cela aussi favorise l\u2019isolement des travailleuses.Beauvoir apprécierait la quantité de l\u2019information colligée, mais aussi sa qualité, car, ainsi, on peut mieux comprendre «les conditions d\u2019existence» de ces femmes.L\u2019enjeu intellectuel, ici, est d\u2019analyser «les conditions authentiques de notre vie».Ces données nous font comprendre comment les lois canadiennes créent des conditions où les femmes sont à risque et comment leurs droits à la sécurité de la personne sont, en somme, bafoués.La logique s\u2019apparente à l\u2019argumentation développée par Simone de Beauvoir dans le cas de l\u2019avortement, où, en se fondant sur les données empiriques documentant les conditions de vie quotidiennes, elle dénoncerait un cadre légal stigmatisant les femmes et les privant de leurs droits fondamentaux.Qui est l\u2019«Autre»?Qutre ses propos en appui à la liberté des femmes \u2014 ce qui comprend celle des travailleuses du sexe \u2014, le cadre théorique développé par Simone de Beauvoir soulève des questions fondamentales en ce qui a trait à la subjectivité humaine.Analysant les conditions existentielles des femmes, la philosophe constate dans quelle mesure elles sont positionnées comme étant {\u2019«Autre» de l\u2019homme.Ce souci théorique apparaît également dans les débats féministes actuels sur la prostitution.En effet, Beauvoir nous fait comprendre qu\u2019une position féministe ne considérant la prostitution que sous l\u2019angle de l\u2019exploitation entretient la division \u2014 peut-être involontairement, certes \u2014 entre les féministes et les travailleuses du sexe.La volonté de certaines féministes d\u2019abolir la prostitution po-sitionne-t-elle les travailleuses du sexe comme étant «Autres» ?Autrement dit des travailleuses à part, incapables de donner leur consentement aux relations sexuelles (rémunérées ou pas), simples victimes de l\u2019idéologie paùiarcale?Beauvoir nous oblige à nous interroger sur le sujet, à mieux comprendre le fondement implicite et théorique de !\u2019« Autre» et à mieux cerner la construction épistémologique du «nous».La Cour suprême se penche actuellement sur la constitutionnalité des lois canadiennes sur la prostitution.Grâce aux thèses de Simone de Beauvoir, nous sommes mieux en mesure de saisir la discrimination vécue par les travailleuses du sexe.Sa pensée nous encourage aussi à considérer la construction de r«Autre» dans nos lois, nos systèmes politiques, nos mythes et nos histoires.En somme, pour cette grande philosophe, l\u2019abolition des lois soumettant les femmes à la violence représente un pas important pour leur libération, ce passage essentiel d\u2019un «Autre» vers un sujet pleinement reconnu devant le droit et la société.Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille @ledevoir.com Pour lire ou relire tous les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire depuis 2006: ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo."]
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