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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2013-06-29, Collections de BAnQ.

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[" Style libre pour un Montréal complètement cirque caméléon Page e 3 % 5 Claude-Emmanuelle Yance, écrire le plus grand mystère qui soit Page e 7 Culture livres CAHIER E > LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL I 1 Fats Waller dans la joie et le mouvement Jason Moran revisite le répertoire légendaire en le dopant à l\u2019afrobeat, au R&B et au hip-hop CHRISTIAN TIFFET «i mes yeux, Fats Waller incarne parfaitement une des fonctions premières du Jazz, celle de se sentir bien [«feeling good»] et d\u2019avoir envie de danser )) Jason Moran Artiste jazz\ten 2011 selon les lecteurs du célèbre magazine Downbeat, le pianiste Jason Moran s\u2019attaque à un morceau de choix cette semaine au Festival international de jazz de Montréal: une plongée éclatée \u2014 et résolument contemporaine \u2014 dans l\u2019œuvre foisonnante de Fats Waller.Gros party en perspective.si la salle le permet.GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ e théâtre Jean-Du-ceppe n\u2019est pas nécessairement le lieu le plus funky en ville, avec ses longues rangées de sièges bien sages.N\u2019empêche que c\u2019est là que Jason Moran promet la plus grosse fête musicale ce samedi.«C\u2019est un show où tu amènes ta date, tu prends un verre et tu danses sur du Fats Waller dopé à Vafroheat, au R&B et au hip-hop.» Compris?Pour ce qui est de danser entre deux fauteuils de Duceppe, c\u2019est à voir.Mais Jason Moran sait à tout le moins que l\u2019œuvre qu\u2019il a créée en 2011 à l\u2019invitation du New York Harlem Stage Gatehouse a le mordant qu\u2019il faut pour soulever une foule.Downbeat racontait qu\u2019à la première, les spectateurs ont repoussé les chaises sur le côté pour créer une vaste piste de danse immédiatement prise d\u2019assaut.La scène était chauffée par une quinzaine de musiciens et danseurs réunis autour EVA HAMBACH AFP Le pianiste Jason Moran du piano de Moran et du micro de la chanteuse Meshell Nde-geocello.Le New York Times notait dans son compte rendu la bonne humeur contagieuse d\u2019une foule bigarrée comprenant des couples de tous acabits et de toutes allégeances, blancs, noirs, jeunes, vieux.«Fats Waller compte énormément dans l\u2019histoire du jazz, ra^ conte Moran en entretien.A mes yeux, il incarne parfaitement une des fonctions premières du jazz, celle de se sentir bien [«feeling good»] et d\u2019avoir envie de danser.» Assurément l\u2019un des jazzmen les plus appréciés et les plus respectés de l\u2019époque (avec Brad Mehldau, Robert Glasper et Vijay lyer, notamment), Moran a été approché par le Harlem Stage dans le cadre d\u2019une série que l\u2019organisme réserve aux pianistes ayant vécu et marqué Harlem \u2014 le Harlem Stage soutient des «artistes visionnaires de couleur» en commandant et en diffusant des œuvres qui «répondent aux conditions sociales et politiques qui façonnent nos vies».La proposition de s\u2019attaquer au répertoire de Waller a immédiatement séduit Moran, que l\u2019on sait ouvert à tous les défis musicaux \u2014 et enclin au partage de l\u2019espace artistique avec plusieurs disciplines.Mais pas question de jouer Waller à la Waller des années 30: Jason Moran tenait à ce que son projet ait les deux pieds dans le présent musical.D\u2019où le mélange de hip-hop, de Motown, de funk, de house, de R&B, d\u2019afrobeat, le tout servi avec une touche New Orleans, des éléments de clavier stride (on parle de Fats Waller, tout de même) et une «urbanité soul-jazz», dhât Downbeat.Fragments «Peu importe ce qu\u2019on ajoute, je garde toujours les lignes de piano très fortes, très claires, explique Jason Moran.C\u2019est ce qui tient le tout, et ça rappelle à quel point Fats Waller était un virtuose.» Ça oui: on se souvient beaucoup de Waller pour ses chansons, mais on oublie parfois que le pianiste a laissé une empreinte indélébile chez nombre de successeurs.«Il a transcendé magistralement le style des instrumentistes stride de Harlem en développant l\u2019usage d\u2019une main gauche puissante qui assure une profonde assise rythmique», note le Dictionnaire du jazz (Bouquins) dans son entrée sur le musicien né en 1904 et décédé à 39 ans (d\u2019une pneumonie contractée dans un train à l\u2019arrêt.).Il avait une touche subtile ou grasse, selon le besoin.Le swing, lui, était constant.Mais il faudra être attentif pour reconnaître la musique VOIR PAGE E 4 : MORAN .\tïi.TV-.TROIS KILOMETRES DE SENTIERS OEUVRES D\u2019ART EN FORÊT PROGRAMMATION MULTIDISCIPLINAIRE.LIEU UNIQUE A DECOUVRIR .; ' ¦ ^'1, ¦NATURE TERRITOIRE LES JARDINS DU PRÉCAMBRIEN DU 6 JUILLET AU 20 OCTOBRE 2013 A VAL-DAVID LIEUX LIEUES A NE PAS MANQUER \u2022 Venez voir les artistes en création du 6 au 14 juillet www.jardinsduprecambrien.com 819 322-7167 ou 1 877 858-1222 SYMPOSIUM INTERNATIOKAL D\u2019ART-NATCIÏ^ MU^étSëlPLINAtRE E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 CULTURE Blues de drapeau Odile Tremblay Ce jour-là, il y avait comme un os.L\u2019os de la commission Charbonneau grignoté en feuilleton dans les chaumières, mois après mois, en plaisir coupable.Mais après que le sourire sibyllin de la juge se fut effacé du petit écran \u2014 comme celui du chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles \u2014, on a baissé la tête, ouais, pas de quoi pavoiser, en se trouvant beaux pis fins.Trop de compatriotes ont développé des tendinites sous le poids des enveloppes brunes.Et on le sait bien, allez, que la gangrène du manque d\u2019éthique dépasse le monde de la finance, de la politique ou de la construction, pour atteindre le cœur de la bête sociale.Alors, festoyer à la Saint-Jean, sous un orage qui gronde par-dessus le marché, façon trompettes du Jugement dernier, en semant de sinistres pannes de courant.Pas tentant! D\u2019ailleurs, qui pourrait trouver les mots pour percer notre brouillard ?En cette première Eête nationale depuis l\u2019élection d\u2019un parti souverainiste, après neuf ans de règne libéral, on se serait souhaité davantage que des vœux de liberté de Pauline, Marois, assaisonnés de souvenirs d\u2019enfance.A la télé, sa voix mal assurée se serait voulue rassurante.Non, ce n\u2019était pas ça! On a suivi la fête pourtant.Sur le site, la pluie avait cessé.Et Guy A.lœpage savait y faire.On pensera ce qu\u2019on voudra de son Tout le monde en parle aux invités qui cachent leur trac en riant trop fort à pleines rangées de dents.N\u2019empêche ! Si lui et son fou roulent des mécaniques comme les rois du stade avant d\u2019entrer en piste, c\u2019est qu\u2019ils possèdent le pouvoir, né de la popularité et de l\u2019influence.Oprah Winfrey à l\u2019échelle Québec.Big! Big! Big! Du coup, lundi soir, au spectacle de la Saint-Jean, dans notre ville alors sans maire, ce même Guy A.Lepage en maître de cérémonie trouvait pleine légitimité pour solliciter une plus haute mission : celle de guide de la nation.Il s\u2019en acquitte fort bien depuis cinq ans, remarquez.Mais sous un Québec en blues, ça se remarque davantage.À le voir appliquer la pommade sur les plaies vives des derniers scandales, réveiller les ardeurs nationalistes engourdies, dénoncer, aligner son monde, lancer des mises en garde, on sentait l\u2019aisance du chef de clan, adoubé comme tel.Patinant malgré tout comme Elvis Gratton à l\u2019heure de définir le Québec et ses habitants : «Moi, mon Québec, je le veux en français d\u2019abord.Je le veux égalitaire et solidaire.Je le veux laïque en public et ce que vous voudrez en privé, respectueux des différences, mais fier de ses racines, accueillant envers les autres, mais maî- Les plaies laissées au Québec par les derniers scandales ont pu refroidir les envies de festoyer à la Fête nationale.FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Un peuple qui cesse de croire en lui roule comme une voiture vers l\u2019accotement mou, pendant une grève des employés de la voirie très chez lui.» Tout un programme ! Mais une fois la table servie aux nobles idéaux, on saluait son exercice de haute voltige.Eallait le voir mettre son monde en garde contre la xénophobie, l\u2019encourager à défendre le français et à mieux le parler, tout en rendant à l\u2019anglais son statut de langue planétaire, dénoncer la mise à sac de nos ressources naturelles et les mauvais citoyens qui cachent leur bas de laine aux îles Caïman pour fuir l\u2019impôt.Ses mots frayaient leur chemin entre les raps de Samian, les chants de Richard Séguin, les vire-langue de Raôul Duguay, l\u2019hommage à Dédé Eor-tin.Clou du show: le classique des Co-locs Tassez-vous de d\u2019là, entre désespoir et compassion, entre poing fermé et main tendue, avec le fameux refrain en wolof.Tous ensemble vers des lendemains possibles, peut-être.En chansons comme en paroles.L\u2019audience avait envie d\u2019y croire.N\u2019empêche : il fut un temps où des politiciens, Lévesque ou Bouchard, savaient toucher leur peuple dans les moments difficiles, désamorcer les mines, insuffler de l\u2019espoir.Aujourd\u2019hui, seul notre plus célèbre animateur de talk-show revendique le pouvoir du verbe.D\u2019autres lui ont laissé le champ libre, lœs mêmes qui n\u2019inspirent plus grand monde.Car le vide du discours politique perçait en silence.Comme une démission d\u2019en haut un soir de Saint-Jean.L\u2019acronyme PQ n\u2019ét^it pas souvent mentionné.Un blues, là aussi.A la Eête du Canada, Harper, mal en point, ne pavoisera pas fort non plus.Ça console un peu.En attendant Louis Cyr On dira ce qu\u2019on voudra.Un peuple qui cesse de croire en lui roule comme une voiture vers l\u2019accotement mou, pendant une grève des employés de la voirie.La fierté, c\u2019est le premier moteur.Eaut pas qu\u2019il tombe en panne.Prenez le film Louis Cyr de Daniel Roby, attendu le 12 juillet comme le Messie, susceptible de réconcilier le public avec son cinéma.Depuis le début de l\u2019année, nos films maison ont atteint la part de marché de 2,47% aux guichets.Infime poussière ! « Une chute de 10 % par rapport à 2012 à pareille date», m\u2019explique Pascale Dubé de Cinéac, la gardienne des statistiques.Or 2012 était un cru catastrophe côté chiffres.D\u2019où ce poids d\u2019attentes sur les épaules baraquées d\u2019Antoine Bertrand, alias Louis Cyr.Le film devrait atteindre son but: remplir nos salles.A lui la recette gagnante : les acteurs, l\u2019émotion, le cadre historique, l\u2019efficacité du tour de main, etc.Mais par-dessus tout, il offre aux Québécois un héros tout chaud sur un plateau d\u2019argent.Analphabète, le champion, mais si fort, côté muscles, côté volonté.Il saura porter son peuple, c\u2019est sûr.Pouvoir s\u2019identifier à un gagnant, honnête en plus, pensez donc ! Chromothérapie Petite suggestion de sortie : allez en famille (les enfants en raffolent), ou entre adultes, sous influence ou pas, voir l\u2019expo de l\u2019Américain Dale Chihuly au Musée des beaux-arts de Montréal.Pour l\u2019arc-en-ciel complet de la couleur, pour l\u2019exubérance, pour la poésie de ses œuvres de verre, pour la bonne humeur à rattraper.On croirait entrer dans un aquarium aux algues gigantesques, aux fleurs, aux méduses lumineuses.Parfois, le plafond se transforme en vitrail organique.Ailleurs, on pénètre dans une forêt de verre, avant de dériver avec une barque remplie d\u2019offrandes en partance pour Cythère.Car il faut prendre l\u2019air et une escapade au musée, c\u2019est moins cher du billet qu\u2019un voyage sur la Lune, où l\u2019on brûle si souvent de s\u2019envoler.otremblay@ledevoir.com Cette chronique s\u2019interrompt durant cinq semaines sur la route des vacances d\u2019été.A bientôt! MUSIQUE CLASSIQUE Le sacre du concert chez soi CHRISTOPHE HUSS Profitons-en tant que ça dure.Les DVD et Blu-ray de grands concerts se multiplient sans que le marché suive réellement cette inflation.Là fête s\u2019arrêtera un jour, et pour longtemps.Le DVD et sa version de luxe, le Blu-ray, sont des produits désormais aboutis et à maturité qui permettent d\u2019être dans son salon à l\u2019écoute des grandes scènes du monde.Grâce au distributeur Naxos, de nombreuses parutions européennes sont offertes.Mais on ne peut que regretter le prix de vente élevé d\u2019un peu plus de 40$ le Blu-ray.Certes, par rapport à un billet de concert, cela reste très compétitif, mais par rapport à la consommation de concerts ou d\u2019opéras au cinéma ou par Internet, à travers des banques de vidéos à la demande comme Medici.tv, ou des salles de concert virtuelles, telle la Philharmonie de Berlin, cela risque d\u2019être un peu cher et vraiment pénalisant à court ou moyen terme.En tout cas, il y a de quoi profiter de l\u2019instant présent.Voici quelques idées.Stravinski: Le sacre du printemps, L\u2019oiseau de feu (suite).Paavo Jàrvi (Electric Picture, 2012) Impeccable parution venant à point nommé pour le centenaire du Sacre du printemps.Paavo Jàrvi et l\u2019Orchestre de Paris concilient soin du détail et animalité, dans une vision puissante mais organique, contrairement à la version discographique de Philippe Jordan (ÇD Naïve) qui vient de GEWANDHAU ORCHESTER CHAILLY 1 faire fureur en Erance mais qui se délite dans une quête narcissique de l\u2019originalité.Le tempo de la fin est de ceux que Stravinski critiquait comme étant trop lent, mais que lui-même adoptait dans son dernier enregistrement! Mahler: Symphonie n° 4.Riccardo Chailly (Accentus, 2012) et Claudio Abbado (Eqroarts, 2006) À un mois d\u2019écart, un même distributeur, Naxos, met sur le marché deux Blu-ray de deux chefs italiens dirigeant la même symphonie de Mahler, dans deux films du même producteur (Paul Smaczny), chez deux éditeurs différents ! Du point de vue sonore, c\u2019est jeu égal.Dans l\u2019image, le concert de Chailly à Leipzig est trop caricaturalement contrasté, alors que celui d\u2019Abbado, avec l\u2019Orchestre Gustav Mahler, au Musikverein de Vienne, est idéalement éclairé.Le réalisateur Hans Hulscher (Abbado) montre davantage l\u2019interaction du chef et des musiciens.In-terprétativement, la Quatrième de Chailly est bonhomme, moelleuse et très détaillée.Celle d\u2019Abbado est hédoniste, plus surprenante et cursive.Les sopranos Juliane Banse (Abbado) et Christina Lands-hamer (Çhailly) font jeu égal.Abbado l\u2019emporte pour l\u2019image plus douce et, d\u2019une courte tête, pour la musique plus pétillante.Avantage décisif: son Blu-ray reprend le concert complet avec un superbe Pelléas et Mélisande de Schoenberg.Bruckner: Symphonie n° 4.Daniel Barenboim (Accentus, 2010), Christian Thielemann (CMajor, 2008), Franz Welser-Môst (Arthaus, 2012) Trois Blu-ray de la même symphonie en trois mois ! Ba-renboïm est filmé à la Philhar-monie de Berlin avec sa Staatskapelle, Thielemann à Baden-Baden avec le Philharmonique de Munich et Welser-Môst à St Elorian avec Cleve- land.Welser-Môst se disqualifie d\u2019emblée par l\u2019emploi de la dernière partition à la mode (édition Korstvedt) qu\u2019un noyau de lobbyistes essaie de faire passer pour intéressante.Barenboïm, grand bruckné-rien pourtant, déçoit dans un concert où les plans sonores s\u2019assemblent de bric et de broc, avec de grands ratages (le crescendo initial du finale).Thielemann a l\u2019avantage de coupler deux symphonies (n^\u2019^ 4 et 7).L\u2019image est un peu froide, trop contrastée et le son, globalisant.Le côté pataud narcissique de Thielemann nous amène à ignorer les trois nouveautés pour, plutôt, découvrir l\u2019art de Gerd Schaller en CD.Mariss Jansons dirige Beethoven et Strauss (Arthaus, 2011) À la Philharmonie de Munich en 2011, un concert réunissant le 5'\u2019 Concerto de Beethoven avec Mitsuko Uchida et Une vie de héros de Richard Strauss.C\u2019est un concert et.BEETHOVEN donc, Uchida n\u2019est pas aussi impeccable qu\u2019en studio.Je préfère aussi l\u2019art du trille d\u2019un Till Eellner, mais le nombre de subtilités a de quoi nourrir de nombreuses réécoutes.Uchida nous offre même une Sarabande de Bach hors du temps, en bis.Dans Une vie de héros, Jansons, moins sensuel que Kempe ou Karajan (en (JD), laisse s\u2019exprimer la puissance et la matière de cet orchestre magnifique.Petit défaut, là aussi : une température d\u2019images un peu froide avec des contrastes creusés, auxquels s\u2019ajoutent de curieux cadrages de Jansons dans Strauss.Ce n\u2019est pas renversant, mais globalement l\u2019affiche tient ses promesses.Harnoncourt dirige la Missa soiemnis de Beethoven (CMajor, 2012) Nikolaus Harnoncourt est le grand sacrifié de l\u2019effondrement des majors du disque classique.L\u2019élan s\u2019est interrompu avec le sabordage de OLEMNIS PETERSEN ¦ KULMAN ¦ GORA \u2022 FINLEY ROYAL CONCERTGEBOUW ifin] ORCHESTRA AMSTERDfAM == KOLAUS HARNONCOURT RCO Warner en 2000.BMG n\u2019a jamais eu cette même complicité avec lui et aujourd\u2019hui Sony Classical ne distribue même plus ses enregistrements en Amérique du Nord ! Un concert de la Missa soiemnis de 2012 avec le Concertge-bouw d\u2019Amsterdam est donc pain béni.Comme dans son enregistrement audio, Harnoncourt allie comme personne monumentalité et prière.On notera la présence du Canadien Gerald Einley dans l\u2019excellent quatuor de solistes \u2014 tous des chanteurs, pas des forts en gueule.Le son est excellent, l\u2019image, très correcte.Le Blu-ray (ou DVD) de Harnoncourt est à conseiller, aux côtés du Sacre du printemps de Paavo Jàrvi, après le Mahler d\u2019Abbado et avant le concert de Mariss Jansons.Le Devoir DVoir ' Des extraits de quatre DVD à ledevoir.ccym/culture/musique LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 E 3 CULTURE.ARTS DE LA SCENE Le cirque façon caméléon Montréal complètement cirque plonge en style libre, sans figures imposées ISABELLE PARE Déjà quatre ans qu\u2019une vague de cirque déferle tous les étés à Montréal, mais cette fois, Montréal complètement cirque (MCC) sort de ses gonds pour squatter du côté des arts visuels, du théâtre, de la poésie, pour livrer les formes les plus libres et les plus inattendues.Façon caméléon, le cirque s\u2019amuse à gambader loin de la piste du cirque traditionnel.On le verra avec les jongleurs britanniques inspirés par Pina Bausch, avec un clown existentialiste rompu au butô, avec les acrobates antipropagande à moitié nus venus de l\u2019Australie et le cirque sensoriel décliné sur des lieder de Schubert.Purée ! Le cirque de cette quatrième édition de Montréal complètement cirque (MCC) met son propre genre au défi, tout en offrant une série de propositions qui renvoient aux origines de la piste.Devenu un incontournable de l\u2019été et un nouveau joueur dans l\u2019échiquier culturel montréalais, le festival de cirque produit par la Tohu se prépare à déballer 14 spectacles venus de trois continents dans 12 salles différentes, sept premières nord-américaines et une toute nouvelle cohorte de troupes québécoises, avec quatre créations complètement hétéroclites.On exploitera la veine cabaret dans le grand Music-hall de la Baronne, une rencontre entre théâtre et cirque créée par Jeannot Painchaud, signée par Rémy Girard et mise en scène par Denis Bouchard, pour marquer les 20 ans du Cirque Eloize.«C\u2019est en fait un spectacle mi-théâtre mi-cirque, comme l\u2019étaient les shows de cabaret à l\u2019époque.Les chansons sont interprétées en direct par toute une série de personnages, dont la Baronne, Renaud, le maître de cérémonie.Manuel, l\u2019homme à tout faire, et la nièce.Le cirque de cette quatrième édition de MCC met son propre genre au défi Désirée», explique Denis Bouchard.L\u2019idée : évacuer la notion d\u2019une succession de numéros pour livrer un hybride où acrobates et musiciens s\u2019entremêlent.«On essaie d\u2019amener le cirque dans notre univers et le théâtre ailleurs», ajoute-t-il.Autre venue attendue au théâtre Outremont: celle des Britanniques du Gandini Juggling.Neuf jongleurs émules de Pina Bausch, qui rendront hommage à la papesse de la danse contemporaine avec 80 pommes entre ciel et terre.On ne peut plus loin des habituelles routines de jonglerie avec quilles ou cerceaux, àfirme Scan Gangini, cofondateur avec sa femme de cette troupe déjantée.«Il y a tellement à faire pour sortir la jonglerie des sentiers battus! Il y a plein de nouveaux vocabulaires.C\u2019est un art en pleine révolution.Nous, on a travaillé avec un dramaturge pour cette parade bauschienne, mais on ne pensait pas que son fantôme serait si présent!», dit-il.Incartades Côté révision des genres, il faudrait aussi musarder du côté des clowns, puisque cette édition y consacre tout un volet.Dans la veine révolutionnaire, Ludor Citrik, clown abrasif qui fait un tabac en France, devrait lui aussi ajouter sa pierre à cette vague anti-conformiste.Dans Qui sommes-je ?ce critique acerbe incarne un bébé naissant à qui l\u2019on enseigne les rudiments de la vie sociale.Mais le bouffon trash, qui ne craint pas d\u2019amener la clownerie du côté de la violence et de la porno, tourne tout en dérision, varlope la dictature des conventions à grands coups de rires jaunes et grinçants.«On s\u2019est questionnés sur ce que voulait éduquer un humain.L\u2019idée n\u2019est pas de dénoncer les règles, mais de créer la liberté dans la dictature du convenable», explique Cédric Paga, qu\u2019incarne ce maître du désordre.Ce volet clown accueillera aussi les Espagnols d\u2019Escar-lata Circus, qui feront du pugi- - nn.PHOTOS SOURCE MONTREAL COMPLETEMENT CIRQUE La troupe Flip FabriQue vivra ses retrouvailles à la Tohu avec Attrape-moi, alors que les travailleurs 6!Iron Workers s\u2019élanceront du haut des gratte-ciel dans la Satosphère.Anticonformiste et abrasif, le clown Ludor Citrik bousculera les conventions dans Qui sommes-je?lat sur un ring de boxe, ainsi que Catherine Germain, une clown française appelée en renfort pour remplacer un éminent scientifique et fait mine de réinventer le monde dans Le 6^ jour.Outre le Music-hall de la Baronne, les Québécois seront aussi en force avec quatre autres créations, dont celle de la jeune troupe de Québec Flip FabriQue, qui installera ses quartiers à la Tohu avec Attrape-moi.^ La bande qui a grandi à l\u2019École de cirque de Québec se retrouve après dix ans et recrée un genre de The Big Chill version circassienne.«Nous sommes notre propre inspiration.On parle de nos vies, de nos retrouvailles», dit Bruno Gagnon.Parmi les nou- veaux venus.Nord Nord Est, une autre troupe qui tente la greffe du cirque, du théâtre et de la poésie.L\u2019essai a accouché du Voyage d\u2019hiver, un spectacle multimédia que présentera l\u2019Espace Go, où les airs d\u2019opéra de Schubert et le spoken word auront droit de cité.Une autre incartade très intéressante aussi que celle de Fabrique Métamorphosis, une création faite sur mesure pour la Satosphère où le cirque fera la rencontre des arts numériques.Ironworkers 777 élèvera les spectateurs au haut des gratte-ciel, où les images de chute libre achèveront de parfaire l\u2019illusion.Enfin, le studio de l\u2019École nationale de cirque accueillera la jeune dis-tribution de Céans dans Croisé, un spectacle en noir et blanc à l\u2019esthétique léchée.De l\u2019autre bout de la planète, les Australiens déjantés de la troupe Acrobat débarquent avec Propaganda, une œuvre brute en forme d\u2019anti-slogan, offerte par deux acrobates à moitié nus qui passent à la trappe tous les commandements.Du cirque genre carré rouge, avec des formules-chocs et sarcastiques.Les fameux acrobates de Circa sont aussi de retour avec S, œuvre qui fait appel aux sens et à la séduction qui sera présentée en première nord-américaine au Théâtre du Nouveau Monde.Une prestation tout en muscles est aussi à prévoir dans Face nord de la troupe française Un loup pour l\u2019homme, troupe française où quatre mecs jouent du coude.Pour revenir à l\u2019âme du cirque, il faudra aller du côté du petit chapiteau dressé à côté de la Tohu pour voir David Dimitri dans L\u2019homme cirque.Un phénomène suisse, 100% cirque traditionnel, où Dimitri joue à la fois le funambule, l\u2019homme canon, l\u2019acrobate, le musicien et dresse son chapiteau seul, sans complices.Bref, un vrai retour aux sources.Le Devoir MONTRÉAL COMPLETEMENT CIRQUE Du 3 au 14 juillet.Information et programmation : 514 285-9175, montrealcomple-tementcirque.com DANSE La 2Torte à gauche fête 10 ans de partages esthétiques FRÉDÉRIQUE DOYON Peu de collectifs en danse survivent à l\u2019épreuve du temps et des carrières qui s\u2019envolent.Compagnie sans créateur fixe et souvent hors circuit de diffusion habituelle, La 2® Porte à gauche (L2PAG) passe le cap de ses dix ans en remettant au menu la danse-événement qui l\u2019a fait naître : le Bal moderne entame une tournée de l\u2019île de Montréal, dès le juillet.Les deux chorégraphes fondateurs, Marie Béland et Fré-dérick Gravel, ont le vent dans les voiles avec leurs compagnies respectives (ma-ribé - sors de ce corps, Grou-ped\u2019artGravelArtGroup), ce qui ne les empêche pas d\u2019avoir renouvelé leurs vœux envers le laboratoire collaboratif qu\u2019est devenue L2PAG, lors des remaniements de l\u2019équipe administrative et artistique qui, outre ses cofondateurs, compte aussi Katya Montaignac et Rachel Billet.Le terme «collectif» a cédé le pas à « plateforme de création», sa mission s\u2019est aiguisée mais reste fondamentalement la même qu\u2019à ses débuts : investir des lieux inusités pour explorer de nouveaux rapports avec les spectateurs et stimuler la collaboration artistique.«L\u2019idée était de créer une deuxième voie à la principale.MARC ANDRE LABELLE Le Bal moderne, né sous la gouverne de Michel Reilhac, permet d\u2019entraîner le public dans de courtes chorégraphies.d\u2019offrir des solutions de remplacement aux schémas traditionnels et en réponse à la saturation du public en salle, du système de financement», explique Katya Montaignac, membre de l\u2019équipe depuis 2006 et directrice générale depuis septembre dernier.Ainsi, Danse à 10 (2011) invitait huit chorégraphes à investir un bar de danseuses nues.7 1/2 à part (2008) et 9 1/2 (2009) ont réuni 12 créateurs en colocation artistique dans un appartement.Et ils étaient 60 artistes à occuper les vitrines du magasin La Baie pendant une semaine en 2005.Èntre autres projets.Chaque fois, la vision de chacun s\u2019exprime \u2014 L2PAG ne fait pas dans la création collective \u2014, mais les idées et questionnements se croisent et s\u2019entrechoquent.«L\u2019organisme joue un rôle dans la communauté en permettant à des chorégraphes de réfléchir ensemble à leur art, indique celle qui œuvre aussi comme dramaturge et critique à ses heures.Tous nos événements ont entraîné des rebondissements indéniables pour les artistes impliqués.» Écoute pour voir d\u2019Emmanuel Jouthe, qui a fi*ayé jusqu\u2019au Festival TransAmériques, est né dans le cadre de 71/2 à part, rappelle-t-elle.Idem pom Petites pièces de poche des Sœurs Schmutt, qui ont émergé dans 9 1/2 à part.Même le solo Snakeskin de Benoît La-chambre plonge certaines racines dans Danse à 10.10 bals, un blogue Jolie boucle historique, le Bal moderne par lequel L2PAG a démarré ses activités artistiques en 2004 entame une tournée de l\u2019île de Montréal en collaboration avec les maisons de la cul- ture.Le concept, qui permet d\u2019entraîner le public dans de courtes chorégraphies, est né en France en 1992 sous la gouverne de Michel Reilhac et a essaimé partout en Europe depuis.Avec l\u2019autorisation de son concepteur, L2PAG en a répandu quelque 25 moutures signées d\u2019autant de chorégraphes, sur le territoire québécois.«Pour le grand public, c\u2019est une façon de rencontrer trois ou quatre chorégraphes, de voir comment ils présentent et transmettent la danse», souligne Katya Montaignac.Outre ces dix bals en rafale estivale, L2PAG a aussi lancé un blogue (la2eporteagauche-blogue.wordpress.corn) où elle partage ses réflexions actuelles et passées, consignées au fil des années et des événements.Ceux qui ont vu et aimé le MixOff du dernier OFFTA, qui jumelait la chorégraphe Marie Béland et le metteur en scène Olivier Choi-nière, seront ravis d\u2019apprendre que le projet se poursuit, s\u2019enrichit d\u2019autres jumelages pour décortiquer la figure du couple dans une nouvelle mouture présentée en janvier prochain.A suivre.Le Devoir DVoir aussi > Un aperçu du Bal moderne en vidéo à ledevoir.com/culture/danse Les bals de l\u2019été l^Quillet 2013 à 16 h 30: les chorégraphes Katie Ward, Emmdie Ruest et Marie Béland ont rendez-vous au parc Centennial.l^Quillet 2013 à 19 h 45: Hélène Langevin, Andrew Turner et Atypique - Le Collectif entraîneront le public à la polyvalente de Pierrefonds.2 août 2013 à 19 h : les chorégraphes Emmalie Ruest, Geneviève Gagné et Andrew Turner seront au parc Verdun.10 août 2013 à 19 h 15:1e parc Beaudet accueille Emmalie Ruest, Geneviève Gagné, Andrew Turner.24 août 2013 à 15 h: Emmalie Ruest, Marie Béland, Andrew Turner feront danser le public sur le site du collège Gérald-Godin.24 août 2013 à 19 h : c\u2019est au tour d\u2019Hélène Langevin, Geneviève Gagné et Milan Gervais de mener la danse au Centre Henri-Lemieux.8 septembre 2013 à 11 h : le parc Wilfrid-Bastien tinvite Emmalie Ruest, Geneviève Gagné, Andrew Turner.20 septembre 2013 à 19 h : Emmalie Ruest, Hélène Langevin et Andrew Turner récidivent devant le métro Mont-Royal.28 septembre 2013 à 14 h 30: le parc Jarry danse avec Emmdie Ruest, Geneviève Gagné et Atypique -Le Collectif. E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 CULTURE.FESTIVAL DE JAZZ DE MONTREAL Cuba sous les doigts Le pianiste Harold Lopez Nussa est de retour à Montréal pour une soirée alliant solo et trio YVES BERNARD Harold Lopez Nussa fait partie de la forte relève du piano cubain.De formation classique, il est littéralement tombé dans le jazz par la suite, mais il y a la sensibilité et les arômes de son île qui ressortent tout naturellement.S\u2019il n\u2019est pas toujours le plus exubérant des pianistes, il peut néanmoins plonger dans le rythme et s\u2019adapter à plusieurs formules, comme il le fera lundi soir à la Cinquième salle de la Place des Arts, alors qu\u2019il se produira d\u2019abord en solo, puis en trio : une troisième apparition en quatre ans sous son nom au FIJM.11 explique le programme : «En solo, je proposerai un souvenir de la musique que j\u2019ai fait par moments avec quelques titres du répertoire du trio lorsque la musique s\u2019y prête.Lorsque je compose, je pense d\u2019abord ma musique au piano, puis les autres instruments suivent peu à peu.En trio, nous ferons une partie du répertoire de notre prochain disque, qui est presque terminé.» Le titre est trouvé.' New Day.Ce «nouveau jour» laisse-t-il présager plusieurs différences avec El pais de las maravillas, l\u2019album précédent?«Il est un peu plus électrique et j\u2019y joue PHILIPPE MERLE AGENCE ERANCE-PRESSE Harold Lopez Nussa aime du jazz la liberté de pouvoir improviser et jouer sans que tout soit planifié.aussi du fender rhodes.C\u2019est la première fois que je fais ça dans un disque, répond Harold Lopez Nussa.que ma musique y est parfois plus expérimentale.Il y a aussi plus de percussions.Elles sont plus intégrées à la batterie et au cajôn flamenco, mais d\u2019un point de vue cubain.» Cette ouverture est manifeste dans El pais de las maravillas, le pays des merveilles que Lopez Nussa a livré en 2011.D\u2019entrée de jeu, des claquements de mains, des sifflets, des voix scandées et chantées donnent le ton à une musique aux inflexions flamencas.Le pianiste se fait rythmique, mais livre aussi une sensibilité parfois plus classique.11 deviendra plus impressionniste ou plus dansant, souvent très jazz.11 offrira quelques douces ballades très mélodiques, reviendra au jazz cubain avec un montuno plus emporté, se lancera vers le groove de la clave plus traditionnelle, puis redeviendra plus intime, fin, introverti, en contraste avec les swings lumineux de certaines pièces.11 vient d\u2019une famille de musique : son oncle Ernan Lopez Nussa est un réputé pianiste de jazz, son père s\u2019est fait connaître comme batteur de jazz et sa mère, comme profes-seure de piano.Quant à son frère Ruy, il l\u2019accompagne à la batterie.Harold a commencé avec la musique classique, interprétant Ravel, Bach et Villa-Lobos et se produisant sur disque avec l\u2019Orquesta Sinfo-nica Nacional de Cuba.Puis, ce fut le déclic pour le jazz.11 raconte: «J\u2019ai tout de suite aimé la liberté de pouvoir improviser et jouer sur une musique qui n\u2019est pas toujours aussi planifiée, sans toujours avoir l\u2019énorme pression de devoir reproduire exactement une partition.» Ses muses se dédoublent alors: d\u2019un côté, Herbie Hancock, Bill Evans, Bud Powel et Keith Jarrett; de l\u2019autre, l\u2019oncle Ernan, Rubén Gonzales, Chucho et Bebo Valdés.De cela, l\u2019esprit cubain lui semble apparaître dans chacune de ses pièces, par un rythme ou un genre qui s\u2019y cache, même discrètement.Lopez Nussa fait aussi partie de cette nouvelle scène havanaise révélée par Gilles Peter-son avec sa compile Havana Cultura parue en 2009.Le pianiste y fait entendre La jungla.11 commente: «Ce disque offre le meilleur de ce qui se passe présentement à Cuba.Mais je pense que, malheureusement, on ne vit pas une époque de grande virtuosité musicale au pays.Heureusement, plusieurs font des choses très intéressantes et les styles y sont très diversifiés.Moi, par exemple, je fais du jazz une journée et j\u2019accompagne une chanteuse de soul ou des auteurs compositeurs le lendemain.C\u2019est un petit monde où tout se mélange.» 11 caresse aussi le rêve de mélanger le jazz avec un groupe de rumba, mais pour l\u2019instant, il se concentre sur des projets à moins grand déploiement.Collaborateur Le Devoir HAROLD LOPEZ NUSSA A la Cinquième salle de la Place des Arts, lundi H juillet à 19 h.Renseignements: 514 871-1881, www.mon trealjazzfest.corn Écouter aussi > La pièce Guarija à ledevoir.eom/ eulture/musique D MORAN SUITE DE LA PAGE E 1 du maître, prévient Jason Moran.Le spectacle s\u2019appuie surtout sur des fragments d\u2019œuvres, des idées, des mots.La forme est ainsi très ouverte.Le pianiste donne l\u2019exemple de la célèbre Jitterbug Waltz, «qui n\u2019est plus une valse, mais ressemble à un jam de slow Rythm\u2019n\u2019Blues».Ou encore The Joint Is Jumpin\u2019, dont il repique le thème d\u2019introduction pour le faire jouer en boucle et «construire de nouvelles fondations avec la mélodie au-dessus».Comment respecter l\u2019âme de la musique de Fats Waller dans ce contexte?En y mettant de la joie et du mouvement, répond Moran.«Il a écrit la plupart de ses pièces durant la Grande Dépression, rappelle-t-il.Il jouait pour des gens qui ne pouvaient pas payer leur hypothèque, il jouait pour des pauvres.Sa musique était une façon de s\u2019élever, de sortir la tête de l\u2019eau.J\u2019ai voulu en faire une célébration.» Une fête ludique, à l\u2019image de la grosse tête de papier mâché à l\u2019effigie de Waller qu\u2019ü portera ce samedi.La cigarette au bec, le chapeau melon, les sourcils proéminents, le sourire large.Prêt à faire la fête.Théâtre Jean-Duceppe ou pas.Le Devoir Au théâtre Jean-Duceppe, samedi à 21h 30.D Voir I Des extraits du Fats Waller Dance Party à ledevoir.eom/eulture/musique Vijay lyer en trois facettes Plébiscité comme Jason Moran par les lecteurs du Downbeat (qui lui ont donné un total record de cinq titres en 2012, dont artiste de l\u2019année), le pianiste Vijay lyer pilotera le deuxième volet de la série Invitation.Trio, duo et solo au menu: le docteur en mathématiques ne joue pas dans les gros chiffres.Mais les possibilités musicales sont toujours infinies, a-t-il rappelé, en résumant chacune de ses propositions au Devoir.Guillaume Bourgault- Côté - Le Devoir Avec Stephan Crump et Justin Brown, le 4 juillet.Avec son trio acclamé par tout ce que le jazz compte de fans, lyer tente d\u2019élargir les horizons, dit-il.«Nous essayons de faire le plus qu\u2019on peut faire avec ce format Ça veut dire d\u2019explorer différentes textures, de nouvelles manières d\u2019orchestrer, de chercher comment distribuer l\u2019énergie à travers le groupe.Ça implique de fouiller dans l\u2019histoire du piano jazz, mais aussi dans des trucs complètement en dehors pour sortir de notre zone de confort.C\u2019est tout ce bagage, cette recherche, ces perspectives qui convergent dans le moment présent que constitue un spectacle.» En duo avec Craig Taborn, le 5 juillet.Les deux pianistes collaborent ensemble depuis quelques années et ont joué en duo à une dizaine de reprises, explique lyer.«Nous avons un jeu très différent, mais nous avons plusieurs idées en commun \u2014 notamment sur l\u2019approche de la composition et de l\u2019improvisation.Tout ce qu\u2019on fait est d\u2019ailleurs improvisé: nous construisons des choses dans le moment, et c\u2019est un défi exaltant.» En solo, le 6 juillet.Habitué et adepte de ce format, Vijay lyer a lancé en 2010 un premier disque en solo.«J\u2019aime collaborer avec plusieurs musiciens, mais le solo permet une collaboration avec l\u2019audience.C\u2019est une expérience chaque fois différente.J\u2019écoute attentivement et je fais des choix selon ce que je décode.On peut entendre respirer une foule.Pour moi, un spectacle solo est plus près d\u2019une conversation que de la recherche d\u2019un son précis ou d\u2019une méthode précise.» Au théâtre Jean-Duceppe, les 4, 5 et 6 juillet â 18h.lA Voir I Vijay lyer en trio: à New York en \u201d 2013, puis à Kongsberg, en Norvège, en 2012 à ledevoir.com/culture/musique EESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTREAL Hydro Québec présente LE FESTIVAL INTET^NATIONAL DU DOMAINE FORGET LA MUSI UE DES GRANDS ESPACES du 15 juin au 25 août 2013 Groupe RUBBERBANDance Programmation complète donnaineforget.com Suivez-nous sur\tYoufllü^ SÉRIE LE DOMAINE DANSE MERCREDI 3 JUILLET 20 H Groupe RUBBERBANDance Gravity of Center SÉRIEVIRTUOSES SANS FRONTIÈRES VENDREDI 5 JUILLET 20 H SOLODUO: Lorenzo Michel! et Matteo Mêla, guitares LES BRUNCHES-MUSIQUE Tous les dimanches de l'été! Du 9 Juin au i®' septembre SÉRIE FOUGUE ET PASSION JEUDI 4 JUILLET 20 H DOWLAND IN DUBLIN Michael Slattery, ténor La Nef SÉRIE LES GRANDS RENDEZ-VOUS SAMEDI 6 JUILLET 20 H Alexandre Da Costa, violon Wonny Song, piano CASINO CHARLEVOIX 1.888.DFORGET Québec S S\tl+l Patrimoine Canadian canadien Heritage Municipalité de Saint-lrénée LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO JUIN 2013 E 5 IDE VISD VINCENT TOI, PHI Quand ce ne sont pas des couleurs criardes qui nous accueillent, c\u2019est une musique tonitruante qui s\u2019en charge.Paradoxalement pop Pour Pété, la DHC baigne dans Photoshop, les jeux vidéo, les airs rock, Hollywood et YouTube POWER POINTS Cory Arcangel, à la DHC/ART, Fondation pour l\u2019art contemporain, 451 et 465, rue Saint-Jean, jusqu\u2019au 24 novembre.JÉRÔME DELGADO Cet été, la DHC, la fondation du Vieux-Montréal vouée à l\u2019arf contemporain, vire au pop.A la culture populaire.Photoshop, jeux vidéo, airs rock, Hollywood, YouTube sont à la base des œuvres exposées dans les deux bâtiments de la rue Saint-Jean.L\u2019exposition Cory Arcangel -Power Points se découvre dans une ambiance festive et bon enfant.Quand ce ne sont pas des couleurs criardes qui nous accueillent, c\u2019est une musique tonitruante qui s\u2019en charge.Superficielle, la pratique de Cory Arcangel, artiste mi-tren-tenaire de Brooklyn?Elle colle à ce point à la surface des choses, en particulier à des écrans \u2014 d\u2019ordinateur, de consoles de jeu, de cinéma, d\u2019appareils portatifs \u2014, qu\u2019il est tentant de la réduire à des solutions faciles.Les photographies (couleur), les vidéos (sonores) et les installations (interactives ou cinétiques) séduisent et amusent, il est vrai.H n\u2019y a pas que les apparences, heureusement.(Jri-tique d\u2019une époque où l\u2019on consomme la culture comme un produit d\u2019épicerie, Cory Arcangel fait dans le détournement de sens.Ses œuvres sont des ready-made médiatiques, parfois complexes.Manipulateur inventif, l\u2019artiste trafique de l\u2019intérieur les produits du marché informatique.11 est de ceux qui participent au retour de la fabrication «maison».Le savoir-faire est très actuel, tout comme le cynisme au sujet du progrès technologique.La vidéo Super Mario Clouds consiste en une cartouche piratée du célèbre jeu, duquel Arcangel n\u2019a gardé que le ciel qui servait de toile de fond.Le répétitif mouvement des nuages révèle que quelque chose ne tourne pas rond.D\u2019une simplicité redoutable, présentée comme un élément ornemental, Super Mario Clouds avait été vue à Montréal en 2005, lors de l\u2019expo Le système des allusions au centre Vox.Systèmes et allusions sont un peu, si on veut le résumer en deux mots, la matière et la manière Arcangel.Avec 25 œuvres \u2014 plus si on inclut des interventions textuelles, notamment dans un communiqué de presse virtuel \u2014, l\u2019expo Power Points rassemble une multitude d\u2019astuces créées depuis 2002.Trop, par- VINCENT TOI.PH: Vue sur l\u2019exposition Power Points, dans laquelle Cory Arcangel mélange genres et époques, art de pointe et culture de loisir.SHELDAN COLLINS Research in Motion (Kinetic Sculpture #6), Cory Arcangel, 2011 fois : dans une salle de l\u2019espace satellite.Super Mario Clouds cohabite avec une danse de «présentoirs électriques» \u2014 l\u2019installation Research in Mo- Critique d\u2019une époque où l\u2019on consomme la culture comme un produit d\u2019épicerie, Cory Arcangel fait dans le détournement de sens tion \u2014 et avec du Paganini interprété à la guitare électrique, collage d\u2019extraits YouTube à découvrir en DVD.Difficile, ici, de franchir la surface des choses.Cory Arcangel mélange genres et époques, art de pointe et culture de loisir.L\u2019utilisation qu\u2019il fait de Photoshop pour créer des images grand format aux couleurs bonbon ressuscite une peinture formaliste, dans leurs pires atours.Cette série d\u2019œuvres, hyperléchées, presque mécaniques, est de la poudre aux yeux, d\u2019autant plus dans cette salle où même le tapis, mauve, est d\u2019un kitsch excessif.Ce discours du vide, comme celui des deux ordinateurs qui se répondent à coups de courriels « out of office» \u2014 l\u2019œuvre Permanent Vacation \u2014, goûte le fast-food.Le meilleur chez Arcangel, qui a une formation en guitare classique, prend forme lorsqu\u2019il s\u2019imbibe de références musicales.Ça donne des résultats intéressants, proches de la composition.La projection vidéo sur deux écrans Sweet 16 repique à Guns N\u2019Roses un de ses célèbres tubes.La seule intro de Sweet Child O\u2019Mine, répétée ad nauseam, devient une pièce merveilleusement étourdissante, basée sur le principe du déphasage cher à Steve Reich et aux minimalistes.Les deux vidéoclips projetés en simultané s\u2019imbriquent pour mieux exploiter la rupture \u2014 ou la frustration de ceux qui chantonneraient la mélodie des Guns.L\u2019impression de tourner en rond mène, cette fois, à une œuvre créative et critique.La citation et le recyclage des images et des sons, propres à la culture libre, parsèment l\u2019ensemble des salles.Cory Arcangel en tire un savant usage à travers l\u2019esthétique du collage.La vidéo Paganini Caprice No.5, par exemple.Ou Drei Klaviers-tücke, Op.11, qui reprend une pièce atonale de Schoenberg et met en scène des chats sur des claviers, tel que filmés par leurs propriétaires.La cohérence sonore découle d\u2019un montage digne des meilleures chirurgies.Or on ne peut éviter de penser à Christian Mar-clay, un autre musicien visuel honoré par la DHC en 2008 qui, lui, s\u2019abreuve de cinéma professionnel.Comme le cinéma et la musique forment l\u2019épine dorsale de Power Point, les visiteurs ont le loisir de s\u2019y éterniser.Une installation composée d\u2019un tourne-disque et d\u2019une discothèque de 800 vinyles invite à jouer au DJ, alors que deux films, dont le son ou l\u2019image a été altéré, sont projetés in extenso.C\u2019est pourtant une autre œuvre, Self Playing Nintendo 64., banale en apparence, qui fait sensation.On y voit une étoile du basket échouer au lancer.Le martèlement audio, l\u2019image grandeur nature et le dispositif «ras le sol», qui fait surgir la silhouette du spectateur passé devant, magnifient autant le droit à l\u2019échec que la superficialité de la société du spectacle.C\u2019est lorsqu\u2019Arcangel tombe dans ces paradoxes qu\u2019il mérite toute notre attention.Power Point s\u2019avère être la dernière exposition à la DHC signée John Zeppetelli.Le nouveau directeur du Musée d\u2019art contemporain de Montréal, nommé au lendemain du vernissage à la DHC, aura contribué à la renommée de la fondation privée.H aura été l\u2019auteur autant de très bons coups (l\u2019expo Chroniques d\u2019une disparition, en 2012) que de choix douteux (John Currin, 2011).Collaborateur Le Devoir DVoir aussi > D\u2019autres œuvres de Cory Arcangel.ledevoir.eom/eulture/ artsvisuels CINEMA Un ver dans la pomme FRANCES HA De Noah Baumbach.Avec Greta Gerwig, Mickey Sumner, Michael Esper, Adam Driver, Michael Zegen.Scénario: Noah Baumbach, Greta Gerwig.Image: Sam Levy.Montage: Jennifer Lame.Etats-Unis, 2012, 88 min.MARTIN BILODEAU Frances Ha est un ravissement.Sans être exclusif, précisons cependant que le sentiment sera principalement partagé par ceux qui aiment Eric Rohmer, le cinéma français et le Woody Allen de la pé-riode délimitée par Manhattan et Hannah et ses sœurs.Noah Baumbach (The Squid and the Whale, Margot at the Wedding, Greenberg) partage avec le maître new-yorkais une vraie sensibilité européenne, fondée sur un sens inouï de la parole, un riche éventail émotionnel sublimé dans l\u2019humour, ainsi qu\u2019un amour inconditionnel du per-sonnage comme moteur de l\u2019intrigue (plutôt que l\u2019inverse).Toutefois, Baumbach n\u2019a jamais obtenu la reconnaissance populaire dont Allen fait l\u2019objet depuis Annie Hall.Mais son nouvel opus, coécrit avec son épouse et muse Greta Gerwig (sa Diane Keaton à lui), pourrait l\u2019en rapprocher.Car au risque de me répéter, Frances Ha est un ravissement.En noir et blanc, comme Manhattan, justement, auquel il fait penser, notamment pour son regard amoureux sur une Grosse Pomme magnifiquement filmée, dans laquelle Erances (Gerwig), 27 ans, s\u2019agite comme un ver.Son horizon professionnel, c\u2019est une troupe de danse moderne dans laquelle elle espère bien- II y a du vrai et du sublime dans ce film à la fois libre et dépendant de ces autres dont il évoque et prolonge humblement le souvenir tôt être admise.Son horizon émotionnel, c\u2019est Sophie (Mickey Sumner), sa meilleure amie, avec qui elle partage tous ses secrets et un appartement à Brooklyn.Son horizon sentimental, c\u2019est son petit ami (Patrick Heusinger), qui, dans une des premières scènes du film, lui demande d\u2019emménager avec lui.Tout déboule à partir de là.Par amitié pour Sophie, elle refuse.11 rompt.Sophie, sans prévenir, déménage chez des amis qui habitent Tribeca.Dans la foulée, la directrice de la troupe fait comprendre à Prances qu\u2019elle devra se chercher un avenir ailleurs.C\u2019est dans ce rien-ne-va-plus, où l\u2019héroïne est au tapis, que la fable moderne (ou le conte moral) prend son envol.Godiche immature et increvable, attachante et vulnérable comme Marie Rivière dans Le rayon vert et agaçante comme Béatrice Romand dans Le beau mariage.Prances se démène pour trouver à court terme une adresse où dormir, dans l\u2019absolu sa place dans le monde.Le chemin étant tortueux, le récit parfois s\u2019entortille, mais la grâce du film et du personnage vient de sa difficulté à s\u2019extraire.de la difficulté.La construction elliptique, par petits sauts dans le temps, évoque les mouvements d\u2019une chorégraphie, d\u2019abord chaotique, puis qui se raffine au fur et à mesure que les planètes du personnage s\u2019alignent.11 y a du vrai et du sublime dans ce film à la fois libre et dépendant de ces autres dont il évoque et prolonge humblement le souvenir.Un ravissement.Vous l\u2019avais-je dit?Collaborateur Le Devoir à Z METROPOLE EILMS Dans cette fable moderne où rien ne va plus, Frances, l\u2019héroïne, se démène pour trouver sa place dans le monde.13 juillet - JOLIETTE - concert inaugural Festival international de Lanaudière 24-25 juillet - dans l\u2019état de NEW YORK Musée de la danse - soirée de ballet Exposition Georgia O\u2019Keefe 28 juillet - dans les Cantons de l\u2019Est Vignoble à Magog et concert à Orford ^^%eaux detours www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Titulare d\u2019un permis du Québec E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 CULTURE >CINEM A Un Vian saoulé par les images et les idées UECUME DES JOURS Réalisation: Michel Gondry.Scénario: Luc Bossy d\u2019après le roman de Boris Vian.Avec Romain Duris, Audrey Tautou, Gad Elmaleh, Omar Sy, Aissa Maiga, Charlotte Le Bon, Sacha Bourdo, Philippe Torreton.Image: Christophe Beaucarne.Musique: Étienne Gharry Montage: Marie-Charlotte Moreau.125 min.ODILE TREMBLAY Publié en 1947, L\u2019écume des jours de Boris Vian, son roman le plus connu, voire son chef-d\u2019œuvre, constitue une lecture presque obligée au passage de l\u2019adolescence.Le livre, à la fois romanesque et fatal, fleur bleue et grinçant, d\u2019une poésie verbale délicieuse, vous laisse à l\u2019âge tendre des papillons au cœur.Il n\u2019est pas dit qu\u2019il ait si bien vieilli, à moins que ce soit l\u2019adulte en nous qui.que.Alors, s\u2019y replonger avant de voir l\u2019adaptation du cinéaste Michel Gondry procure une sorte de déception.Le film en fournit une autre, et plus grande.On restç effectivement dans l\u2019écume.A d\u2019autres, les clapotements furieux des marées.Le maître d\u2019œuvre AEternal Sunshine of the Spotless Mind semblait le candidat idéal, lui si visuel, si bricoleur, si fou braque, comme Vian en somme.Jongleur d\u2019images sur jongleur de mots.Mais.L\u2019écume des jours est un film encombré.D\u2019idées, de mécaniques, d\u2019effets spéciaux, d\u2019éléments de décors biscornus, d\u2019écrans, de plans rapides, de notes de musique.Nous voici emportés dans un maelstrom.Gondry vient du clip et il ne nous le laisse jamais oublier, tant c\u2019est dense et tant ça déboule, avec des fulgurances nombreuses, mais une quête du bizarre finalement appliquée.L\u2019émotion, substance fragile, n\u2019y survivra pas, la poésie non plus.Les ac-Wrs deviennent des éléments d\u2019un Grand Tout sursaturé.Très proche du roman, remarquez, ce film, avec les amours de Colin et Chloé, la passion du héros pour le jazz de Duke Ellington, le pianocktail qu\u2019il a inventé, la souris qu\u2019il a adoptée.Et, bien sûr, l\u2019icône Jean-Sol Partre, inspirée d\u2019on sait qui, philosophe dont l\u2019ami Nicolas (Gad Elmaleh) est si fou qu\u2019il se ruine en pièces de collection, en manuscrits, et dé- T \"/jr.-.hêÈf.I LES FILMS SEVILLE Romain Duris et Audrey Tautou ne semblent pas croire à leurs personnages, tandis qu\u2019Omar Sy se démarque dans L\u2019écume des jours, l\u2019adaptation cinématographique du roman de Boris Vian.laisse sa douce (Aissa Maiga).L\u2019époque est d\u2019un temps et de l\u2019autre, entre 1947 et aujourd\u2019hui.Un tas d\u2019écrans surgissent alors que Vian avait écrit L\u2019écume des jours avant l\u2019apparition de la télé.Mais pourquoi pas ?Certains trucs marchent: la maison qui se contracte sous la tristesse ; d\u2019autres sont trop kitsch : le nuage de l\u2019amour qui emporte les amoureux comme dans un manège.Romain Duris (Colin) et Audrey Tautou (Chloé), avec des personnages dont les amours roses deviendront ternes avec la maladie de madame, semblent ailleurs.Ils ne croient pas à leurs rôles.Nous non plus.Les décors les broient.Gad Elmaleh joue son personnage d\u2019obsédé de Partre dans un registre plus proche du mime, façon Keaton, mais il semble le seul à habiter cette planète-là.Si une figure surnage, c\u2019est celle d\u2019Omar Sy, acteur statufié depuis le succès d\u2019intouchables, dont la chaleur humaine, le rire, la générosité parviennent à percer la forêt des décors.Dans son rôle de cuisinier farfelu, d\u2019ami, de sage à demeure, il prend presque vie.La dernière partie, plus sombre et grinçante, alors que tout se désagrège et que l\u2019appartement rétrécit, aurait pu dégager un lyrisme de mélancolie, mais l\u2019ivresse visuelle emporte tout sur son passage, à un rythme d\u2019enfer.On admire d\u2019ailleurs un moment la créativité sans bornes dont a fait preuve Gondry dans ce Paris qu\u2019il a voulu enfanter autant par Prévert que par Vian, mais il nous saoule là où il aurait mieux fait de se mettre à l\u2019écoute de la note bleue.Le Devoir LES FILMS SEVILLE James Thiérrée, humoriste acrobate surdoué, a créé pour le film des numéros fort impressionnants.Voltige sur gros fils VOYEZ COMME ILS DANSENT Réalisation: Claude Miller.Scénario: Claude Miller et Natalie Carter, inspiré de La petitefilk de Menno de Roy Parvin.Avec Marina Hands, James Thiérrée, Maya Sansa, Yves Jacques, Anne-Marie Ca-dieux, Aubert Pallascio.Image: Gérard de Battista.Montage: Véronique Lange.Musique: Vincent Segal.Erance-Canada-Suisse, 2011, 99 min.ODILE TREMBLAY Mal distribué et mal accueilli en Prance, lancé au Québec avec deux ans de retard.Voyez comme ils dansent, l\u2019avant-dernier film de Claude Miller, disparu le 4 avril 2012, a été tourné pour l\u2019essentiel au Québec et dans le train Montréal-Vancouver.Son adaptation de Mauriac Thérèse Desqueyroux aura gagné nos salles bien avant ce film-ci.Pourtant, Voyez comme ils dansent mériterait de quitter l\u2019anonymat, non qu\u2019il soit sans failles, mais parce qu\u2019il comporte aussi des lignes de force, la principale étant James Thiérrée, qui brille de mille feux.En fait, le film se divise peu ou prou en deux parties inégales.La première, située en Prance, à Montréal et dans le train, se révèle de loin la plus inspirée.James Thiérrée, petit-fils de Chaplin, humoriste acrobate surdoué qui avait émerveillé les Montréalais avec son spectacle Raoul, y joue son rôle d\u2019artiste et a créé pour le film des numéros fort impressionnants, clou du film.Un affrontement père-fils sur fond de voltiges se révèle une scène particulièrement puissante.On y suit la relation conjugale puis la quête de Lise (Marina Hands), une vidéaste fran- çaise, dans le train transcanadien, qui filme les gens et les paysages.En fait, elle remonte la piste de son mari disparu (Thiérrée), qui fut un grand homme de spectacle.Il l\u2019avait laissée pour une autre.Et au hasard d\u2019une escale ferroviaire, Lise retrouve Alex (Maya Sansa), la dernière compagne, médecin autochtone dans une réserve de l\u2019Alberta où Vie avait changé de vie avant de disparaître de nouveau.Mort, sans doute.Evanoui dans la nature, à tout le moins.Mis à part Yves Jacques, un collaborateur de longue date de Miller, qui incarne avec humour le contrôleur de train sans cesse à la rescousse de lise et qui forme avec elle un tandem plein d\u2019allant, les interprètes québécois jouent des rôles mineurs, réduits à quelques scènes, assez vite oubliées.La proposition scénaristique alambiquée \u2014 le train paralysé dans le lieu perdu où vit la seconde femme de Vie \u2014 est tissée de gros fils.Le film repose dès lors sur la confrontation des deux «veuves», et le rythme s\u2019égare avec ce duo à cloche pied, qui trouve mal sa chimie.L\u2019idée de montrer à travers leurs souvenirs la double personnalité de celui qu\u2019elles ont aimé, un autre homme d\u2019une épouse à l\u2019autre, est excellente.Mais ces évocations et les répliques des femmes paraissent trop faibles.Dans cette réserve mohawke isolée, le fantôme de Vie ne parvient pas à imposer son ombre vivace, malgré la force des paysages qui parlent aussi.Par ailleurs, l\u2019omniprésence des flash-back finit par embrouiller jusqu\u2019aux lignes d\u2019émotion, et le procédé étouffe le souffle qu\u2019il avait poussé.Le Devoir EXC3NTRIS L\u2019ECUME DES JOURS MICHEL GONDRY, 125 MIN, V O FRANÇAISE AVEC S -T A BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL OG CINEMAEXCENTRIS.COM ET AUSSI A L\u2019AFFICHE; BEFORE MIDNIGHT ROBERT LINKLATER THE BUNG RING SOFIA COPPOLA HANNAH ARENDT MARGARETHE VON TROTTA HS sOunesoun un nouveau comptoir J ^\t^ SOUPESOUPÀEXCENTRIS TOUS LES JOURS! 11 était une voix VIOLETA SE EUE A LOS CIELOS(V.E.: VIOLETA) Réalisation:Andrés Wood.Scénario: Eliseo Altunaga.Avec Erancisca Gavilân, Thomas Durand.Christian Quevedo.Image: Miguel Abal, Miguel loann, Littin Menz.Montage: Andrea Chignoli.Musique: Violeta Parra.Chili-Argentine-Brésil, 2011, 110 min.Vo.avec s.-t.f ou s.-ta.ANDRÉ LAVOIE TOUS les éléments étaient réunis pour une biographie filmée aux allures de canonisation cinématographique : une enfance malheureuse, une carrière à l\u2019ascension douloureuse, des drames familiaux, des déceptions amoureuses et, bien sûr, une fin tragique.L\u2019existence de la chanteuse folk chilienne Violeta Parra (1917-1967) n\u2019a rien d\u2019un jardin de roses et offrait une matière aussi riche que larmoyante.Ce n\u2019est pas tout à fait ce qui a guidé le cinéaste chilien Andrés Wood {Machuca, film émouvant sur la fin brutale de la présidence de Salvador Allende vue par des adolescents) pour raconter cette vie ponctuée de multiples revers.Ils ne proviennent pas tous d\u2019une quelconque main invisible voulant faire souf-fiâr celle qui pourrait facilement se comparer, en intensité, à Joan Baez.Pour tout dire, Violeta apparaît souvent détestable, opiniâtre, capable de faire taire un public indiscipliné ou de bousculer les convenances lors d\u2019événements officiels.Même \u2022 / Ék ^ Ût / ! CINFMA DU PARC Francisca Gavilân incarne la fougueuse Violeta Parra.un animateur de télévision ouvertement de droite, alignant les questions insidieuses (comme sur son âge.), n\u2019arrivera pas à déstabiliser cette ardente partisane de la gauche.C\u2019est d\u2019ailleurs une entrevue télévisée qui structure le récit forcément parcellaire de cette existence tumultueuse, jamais déclinée de façon strictement chronologique, jetant ainsi un éclairage nuancé sur cette femme complexe, habitée autant par l\u2019espoir que par l\u2019indignation.Cette révolte est d\u2019abord nourrie par un père irresponsable, musicien porté sur la bouteille qui ne lui laissera qu\u2019une guitare en héritage, et par ses rencontres avec des paysans dont certains ont beaucoup à lui apprendre.Car Violeta sera la dépositaire de chansons folkloriques qui seraient tombées dans l\u2019oubli si elle n\u2019avait pas fait office d\u2019anthro- pologue pour les recueillir, avec patience, voire obstination.La détermination farouche de cette artiste constitue d\u2019ailleurs le leitmotiv de ce film qui dévoile en filigrane le sort de tout un peuple, et ses conditions sociales ne cesseront jamais d\u2019indigner cette pasionaria de la musique comme de la tapisserie, aussi à l\u2019aise dans les guéries du musée du Louvre que dans les quartiers pauvres de Santiago.Cette fougue émane aussi de l\u2019interprétation en tous points remarquable de Francisca Gavilân, qui ressemble à cette icône de la chanson contestataire, mais sait aussi en saisir la révolte autant que la détresse.Elle entonne avec sa propre voix les airs,qui ont rendu célèbre celle qu\u2019Edith Piaf aurait sûrement adoptée comme sœur.Collaborateur Le Devoir Une ville comme rivière(s) RIVIERES PERDUES Scénario et réalisation: Caroline Bâcle.Direction photo : Alexandre Domingue.Montage: Howard Goldberg.Musique: John Wilson.Québec, 2013, 72 min.FRANÇOIS LEVESQUE Elles coulent sous nos pieds, tantôt drues, tantôt filets.Enfouies sous le macadam et le béton, les rivières qui sillonnaient autrefois l\u2019île de Montréal existent toujours, mais leur cours est désormais souterrain, une question de salubrité et d\u2019urbanisme à la mode victorienne.Le documentaire Rivières perdues, fort d\u2019une recherche minutieuse, les fait rejaillir sur le grand écran.Présenté dans une version préliminaire l\u2019automne dernier au Centre PHI dans le cadre d\u2019une table ronde organisée par le Festival du nouveau cinéma (voir l\u2019article «Dans les rivières souterraines de Montréal.Retour aux sources des villes».Le Devoir 6 octobre 2012), Rivières perdues a crû et CINFMA DU PARC Dans les conduits et les tunnels, on suit l\u2019eau montréalaise.s\u2019est bonifié.À Montréal, on s\u2019attache à un trio d\u2019explorateurs urbains, dont le photographe Andrew Emond, alors que l\u2019on s\u2019aventure sous terre avec eux.Dans les conduits et les tunnels, on suit l\u2019eau ; moments d\u2019éblouissement lors de l\u2019exposition-installation qu\u2019Emond a tirée de ses vadrouilles clandestines.Puis, voilà que l\u2019on débouche dans le Londres de Charles Dickens à l\u2019heure des explications et de la mise en contexte.Après la Grande Puanteur de 1858, on décida en effet de «couvrir» les rivières polluées par l\u2019industrialisation.L\u2019exemple fut repris un peu partout dans le monde.Au passage, on cite les nombreux écueils environnementaux inhérents au système.D\u2019intéressantes solutions sont proposées, notamment par ce couple d\u2019architçctes-paysa-gistes ontariens.A Séoul, on a déjà ramené le ruisseau Cheonggyecheon à sa gloire d\u2019antan (non sans cerfaines dérives écologiques).A Yonkers, on a fait de même avec la Saw Mill River.Les deux villes ne s\u2019en portent que mieux.Retour à Montréal et à la rivière Saint-Martin, qui prenait sa source au sommet du mont Royal, près du cimetière.Retour à la grande Saint-Pierre qui courait, sinueuse, de Côte-des-Neiges à l\u2019île des Sœurs.Dans la nuit silencieuse, Andrew Edmond s\u2019enfonce dans un trou d\u2019homme.Roule le générique, coulent les petites eaux.Le Devoir LE DEVOIR.LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 E 7 LIVRES Pourquoi on meurt, pourquoi on vit Danielle Laurin est un roman de la lenteur et du bouillonnement intérieur.Un roman qui prend son temps et qui secoue après coup.C\u2019est un roman de l\u2019âme, attentif aux soubresauts de l\u2019âme.L\u2019atmosphère, la réflexion priment l\u2019action.La plume est délicate, gracieuse.Mais sous ça ré sonne un gong.Chemin faisant, c\u2019est une plongée existentielle qui s\u2019offre à nous.Sur le thème de la mort que l\u2019on porte en nous.Mais, paradoxalement, ce qui ressort, c\u2019est la vie, la force de la vie.A la fois sombre et lumineux, La mort est un coucher de soleil.Révoltant et apaisant, ce premier roman de la nouvelliste Claude-Emmanuelle Yance, récompensée il y a plusieurs années par le prix AdrienneChoquette.Une femme apprend la mort d\u2019une de ses connaissances.Technicien en informatique, l\u2019homme venait chez elle une ou deux fois par année pour la maintenance de son ordinateur.C\u2019est tout.Comment expliquer que cette mort la bouleverse à ce^point?Il s\u2019est suicidé, d\u2019accord.A 38 ans.Alors qu\u2019il était père de deux enfants.C\u2019est terrible.Mais de là à en faire une obsession.On ne comprend pas, au début.Pourquoi prend-elle la plume pour écrire au disparu?Pourquoi le suicide de cet Alexis l\u2019habite-t-il autant?De petits indices ici et là: il aurait pu être son fils, le fils qu\u2019elle n\u2019a jamais eu, elle qui a renoncé à être mère.Mais est-ce suffisant?On n\u2019est pas certain de vouloir être partie prenante de l\u2019enquête qu\u2019elle mène sur le suicidé.Le comportement de cette femme est étrange, elle est trop intense.Elle se reproche d\u2019avoir été distante avec lui, de n\u2019avoir rien vu venir.Elle s\u2019en veut de son aveuglement.Et de l\u2019aveuglement des autres, autour.Des proches, surtout.Elle cherche des coupables.Elle veut tout savoir de sa vie, de son passé.Elle va jusqu\u2019à rencontrer la mère du suicidé pour reconstituer les morceaux.Elle veut comprendre : 1 « RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Le roman de Claude-Emmanuelle Yance se dessine comme une plongée existentielle dans « le plus grand mystère qui soit».pourquoi a-t-il commis l\u2019irréparable ?Et comment peut-on en venir à s\u2019enlever la vie quand on est père de jeunes enfants?«Mais comment accepte-t-on de ne pas voir grandir ses enfants, Alexis?Comment?», lui demande-t-elle dans sa lettre.Ça la dépasse.Et nous aussi.De fil en aiguille, elle retrace l\u2019histoire familiale de cet homme auquel on finit, nous aussi, par s\u2019attacher.Elle cherche, elle creuse.Et elle trouve, en partie.Une part de mystère planera nécessairement.Ce qu\u2019elle trouve, en fait, à travers sa quête, c\u2019est surtout elle-même.C\u2019est la petite fille qu\u2019elle a été et qui est morte à l\u2019intérieur.Ondes de choc: des secrets enfouis, des silences malfaisants remontent à la surface.Par un effet de miroir, c\u2019est au cœur de sa propre histoire qu\u2019elle atterrit, tandis qu\u2019elle écrit, qu\u2019elle lui écrit à lui.Cette longue lettre : une façon pour elle de le garder vivant, en quelque sorte.Mais tout aussi bien, une façon pour elle de se mettre à nu, de se regarder en face.D\u2019interroger son propre rapport à la mort.Et à la vie, par conséquent.«Au fond, le vrai mystère, ce n\u2019est pas la mort, se dit-elle, mais la vie.Il y a tant de manières d\u2019être vivant.» Le récit est ponctué par les vi- sites de la narratrice à son vieux papa dans une résidence pour retraités.L\u2019occasion pour elle, pour nous, de côtoyer de près la fragilité des corps vieillissants, de voir à l\u2019œuvre la mort lente qu\u2019est le vieillissement.L\u2019occasion aussi de se pencher sur le droit à mourir dans la dignité.Ainsi : «Est-il plus digne de se laisser vivre jusqu\u2019à la fin que de choisir sa mort?» Des pages très fortes là-dessus.De très beaux personnages de vieilles personnes, aussi.Outre le père de 90 ans qu\u2019on découvre petit à petit: une certaine madame Alice, qui est fatiguée de vivre.Avec cette vieille dame, le roman s\u2019ouvre vers l\u2019ailleurs.L\u2019impression, à mi-chemin, que l\u2019histoire s\u2019essouffle un peu.Qu\u2019on s\u2019écarte de la trajectoire principale.Et puis non.Ça s\u2019enchaîne, ça se répond, c\u2019est comme une chambre d\u2019écho.On avait eu accès au carnet d\u2019Alexis, plutôt mince, décousu, on plonge maintenant dans le journal intime de Madame Alice.Oh merveille, en quelques pages, une vie se dessine, sur le bout des pieds.Même si c\u2019est la mort qui s\u2019annonce.Une mort choisie.Dans son cahier, la vieille dame fatiguée qui sentait son corps l\u2019abandonner et craignait de perdre ses esprits a noté: «Choisir le jour et l\u2019heure est un privilège.Le privilège d\u2019entrer les yeux grands ouverts dans le plus grand mystère qui soit.» Madame Alice a pris sa décision : quitter le monde des vivants.Elle était persuadée que la personne qui lui a le plus manqué dans sa vie l\u2019attendait de l\u2019autre côté.Qui peut se permettre de la juger?Certainement pas la narratrice, qui demeure avec ses questions: «Certains s\u2019accrochent ici en pensant que le seul vrai monde est celui dans lequel ils ont encore quelques proches, quelques amis.Est-ce qu\u2019on part vraiment pour retrouver ceux et celles que l\u2019on a aimés ?Est-ce une raison suffisante ?» Davantage de questions que de réponses, dans La mort est un coucher de soleil.Mais assurément, l\u2019auteure ne craint pas dans ce roman de regarder la mort en face.Cette mort que f on porte en soi, jeunes ou vieux.Et c\u2019est là que ça se produit: ce désir si fort d\u2019ouvrir les yeux sur ce que Claude-Emmanuelle Yance appelle «l\u2019immensité de la vie».LA MORT EST UN COUCHER DE SOLEIL Claude-Emmanuelle Yance Lévesque éditeur Montréal, 2013,142 pages Stefan Zweig, de doutes et de fuites L\u2019écrivain cosmopolite fait son entrée dans la Pléiade GILLES ARCHAMBAULT Quand, en juin 1940, il apprend la chute de Paris aux mains des troupes hitlériennes, Zweig écrit dans son journal : «À quoi bon vivre, et où vivre ?Ce ne serait plus qu\u2019une fuite incessante, une volonté de se maintenir au-dessus des eaux, mais je ne vois pas de pays où, à mon âge, je pourrais m\u2019installer.» Il n\u2019a pas 59 ans.Quelques lignes plus loin, il ajoute : «je ne supporte pas à la longue cette méfiance, cette haine autour de moi».Moins de deux ans plus tard, il se donnait la mort au Brésil, où il avait trouvé refuge.Né à Vienne dans une famille de la grande bourgeoisie autrichienne, Zweig se découvre très tôt des affinités pour l\u2019histoire, les idées, la littérature.A peine entré dans l\u2019adolescence, il correspond avec des écrivains qu\u2019il admire et qu\u2019il ne tarde pas à traduire.Avant d\u2019être un écrivain, il est traducteur.C\u2019est ainsi qu\u2019il deviendra l\u2019ami du poète belge de langue française Emile Verhaeren, dont il ne se séparera qu\u2019à cause du pacifisme dont l\u2019aura convaincu Romain Rolland.Considérant qu\u2019il fallait «se tenir au-dessus de la mêlée», Zweig, écrivain cosmopolite par excellence, considérait le voyage comme un art de vivre.Donnant des conférences un peu partout en Europe, ami de Ereud, collectionneur de manuscrits et de correspondances autographes, il ne se reconnaît pas dans les valeurs du nationalisme.Elitiste tant qu\u2019on voudra, mais curieux, insatiable, il n\u2019a de cesse qu\u2019il n\u2019ait débusqué ce que l\u2019Art a de mieux à offrir.Cette attitude lui vaudra, entre autres, l\u2019hostilité des sionistes qui, dès l\u2019aube du XX® siècle, prônaient la création d\u2019un Etat d\u2019Israël.Zweig, quant à lui, craignait que ce nouvel Etat ne devienne à son tour oppresseur.Installé à Salzbourg pendant une quinzaine d\u2019années, il assiste impuissant à la montée du nazisme.En 1934, il se réfugie à Londres, demande et obtient la nationalité britannique.Hannah Arendt lui reprochera de ne pas avoir dénoncé assez vertement le despotisme du Eührer.Plus grave encore, son ami intime et compatriote Joseph Roth rompt avec lui.Zweig se désole de l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle barbarie, mais il tarde à la dénoncer.A vrai dire, Zweig ne se reconnaissait comme patrie que celle de la culture.Travailleur acharné, il détestait tout ce qui risquait de le détourner de sa tâche de découvreur.Balzac, Tolstoï, Dostoïevski sont pour lui des modèles, des inspirations.Il leur consacrera des études toujours pertinentes.Quant à ses portraits de figures historiques, on pourrait les ignorer sans trop de mal.Ses notes de journal sont très parcellaires, quoiqu\u2019instruc-tives à plus d\u2019un titre.Sa correspondance est à la fois brillante et fort instructive en ce qui a trait à la vie intellectuelle européenne de la première moitié du XX® siècle.Dans cette édition de Romans, nouvelles et récits présentée sans fatras universitaire par Zweig ne se reconnaissait comme patrie que celle de la culture Jean-Pierre Lefebvre, le lecteur est à même de constater le brio d\u2019un écrivain qui sut très tôt mettre à profit les enseignements de Ereud.Zweig est un analyste très subtil.Il sait creuser les méandres de l\u2019âme.J\u2019en veux pour preuve Vingt-quatre heures de la vie d\u2019une femme, longue nouvelle dans laquelle il décrit la confession inattendue et improbable d\u2019une bourgeoise.De même est-on happé dès les premières pages ôi\u2019Amok.La confusion des sentiments se lit d\u2019un trait.Comment ne pas revoir Zweig lui-même dans ce jeune universitaire qui découvre la vie intellectuelle et la vie tout court?Les traductions réunies ici sont nouvelles et nous épargnent certaines des approximations des versions connues jusqu\u2019à maintenant dans le monde francophone.Jean-Pierre Lefebvre rappelle avec raison la popularité qu\u2019y ont connue certains titres, et ce dès les années trente, Zweig étant à la fois un auteur populaire et un écrivain pour « happy few ».On a suivi, pour cette édition, l\u2019ordre chronologique de la parution et de l\u2019écriture des textes originaux.Ponts coupés La pièce de résistance de ces deux forts volumes n\u2019est toutefois pas une œuvre d\u2019imagination.Le monde d\u2019hier est le récit passionnant d\u2019une vie qui se désagrège.Peu de temps avant de recourir à la solution finale, sans avoir à sa disposition les notes et les livres qui lui permettraient de recréer son passé, l\u2019exilé estime qu\u2019il y a en lui «un instinct secret qui estime qu\u2019entre notre aujourd\u2019hui, notre hier et notre avant-hier, tous les ponts ont été coupés».Les ponts sont coupés, mais l\u2019écrivain meurtri qu\u2019est alors Zweig sait leur donner vie.Il évoque des personnes qu\u2019il a connues, rend hommage à des figures illustres de son temps : James Joyce, Paul Valéry, Alban Berg, tant d\u2019autres.Il confesse toutefois que la fréquentation passée de ces sommités n\u2019a jamais chassé la fascination qu\u2019a toujours eue sur lui sa collection d\u2019autographes.Alors que, réfugié aux Etats-Unis puis au Brésil, il n\u2019a plus que la mémoire pour l\u2019aider à recréer un passé fabuleux, la guerre rendant inaccessibles ses dossiers, il n\u2019est plus qu\u2019un nostalgique qui assiste à ce qui paraît être la destruction définitive d\u2019une Europe aimée.Quatre mois avant son suicide, Zweig publiait Brésil, terre d\u2019avenir.Voulait-il souligner de cette façon l\u2019ironie de la situation ?Pouvait-il songer à l\u2019avenir?Le pays d\u2019accueil lui fit, malgré la volonté qu\u2019il avait exprimée, des funérailles nationales.Collaborateur Le Devoir ROMi^S, NOUVELLES ET RECITS Tomes I et II Stefan Zweig Gallimard, coll.«Bibliothèque de la Pléiade» Paris, 2013,1450 et 1555 pages POLARS L\u2019été noir, première fournée MICHEL BELAIR Il peut pleuvoir, tonner, tor-nader, même faire soleil jusqu\u2019à la mi-septembre.la moisson de polars d\u2019été est tellement riche que l\u2019on s\u2019en fout (presque) complètement.Sortez les écrans solaires et mettez le rosé au frais.Après Mystic River et Shutter Island portés au cinéma par Eastwood et Scorsese, c\u2019est avec Un pays à l\u2019aube que Dennis Lehane s\u2019est mis, il y a quelques années, à tracer un portrait du XX® siècle états-unien en suivant le destin d\u2019une famille d\u2019Irlandais immigrée sur la côte Est.Ils vivent la nuit, le deuxième volet de la saga, nous mènera jusqu\u2019aux prémisses de la Deuxième Guerre mondiale.Nous sommes à Boston, en 1926, en pleine Prohibition, quelques années après la grève des policiers qui aura déchiré les rangs de la famille Coughlin.Cette fois-ci, le projecteur est braqué sur le plus jeune des fils du commissaire adjoint Thomas Coughlin de la police de Boston: Joe, le hors-la-loi.C\u2019est avec lui, les deux pieds plongés dans un bac de ciment frais sur un remorqueur anonyme, au milieu du golfe du Mexique, que s\u2019ouvre le roman.Joe ne l\u2019aura pas facile, mais il l\u2019aura «vrai».Et intense.On le verra d\u2019abord s\u2019amouracher de l\u2019étonnante Emma Gould, un «faux pas» qui va l\u2019amener à contester l\u2019autorité du caïd de la ville, à un braquage de banque qui va mal tourner, puis éventuellement à rencontrer, en prison, l\u2019homme qui va changer sa vie : le parrain Maso Pescatore.Puis, voilà bientôt Joe Coughlin à Tampa à sa sortie de tôle ; il va peu à peu y construire pour Pescatore un empire basé sur le trafic du rhum, approvisionnant les «speakeasies» des grandes villes de la côte Est en passant par la Eloride et tout le golfe du Mexique jusqu\u2019à Cuba.C\u2019est là, dans le rôle du «boss de Tampa » et plus précisément dans le quartier difficile de Ybor, que Torn rencontre Esteban, qui lui permettra de consolider ses acquis, mais surtout Graciella, le grand amour de sa vie.Tout cela sur un ton à la fois délicieusement romantique et d\u2019une dureté souvent insoutenable.Mais si Lehane sait mettre en scène des personnages d\u2019une époustouflante intensité, il excelle aussi à faire remonter dans ses moindres détails un contexte historique fascinant par les métissages en tous genres et les oppositions qui le définissent.Cette Amérique de truands se construit en fait sur une série de rêves déjà avortés à cause de la crise de 1929, mais aussi à cause des éléments radicaux et souvent contradictoires qui nourrissent le grand Deon Meyer «melting pot» américain.On y voit ainsi se mettre en place le règne de la mafia et la systématisation de la corruption à tous les niveaux de la société alors que, au même moment, un vent d\u2019espoir souffle sur Cuba, où un certain Eulgencio Batista vient tout juste de libérer l\u2019île de l\u2019emprise d\u2019un dictateur autoritaire et corrompu.C\u2019est l\u2019Amérique qui se bute à ses rêves tout autant que celle qui, déjà, vomit ses propres entrailles.Un terreau idéal pour Dennis Lehane.Tout faux Le plus récent Deon Meyer raconte une autre enquête du capitaine Benny Griessel, aux prises cette fois-ci avec un tueur en série qui s\u2019amuse à tirer sur les policiers.Dès le départ, tout tourne autour de l\u2019assassinat d\u2019une jeune, belle et brillante avocate spécialisée dans les transactions dites de «discrimination positive» entre entreprises pour développer «l\u2019économie noire sud-africaine».Le tireur fou prétend, dans des communiqués envoyés aux médias, que la police connaît le meurtrier de l\u2019avocate et refuse de lui mettre la main au collet: il s\u2019engage donc à tirer chaque jour sur un policier jusqu\u2019à ce que ledit meurtrier soit écroué.Malgré le titre, l\u2019histoire se déroule à un rythme plutôt lent avec la vraie vie très ordinaire en arrière-fond.Benny, toujours à lutter contre son alcoolisme et à garder un semblant de liens avec ses deux enfants, est en train de tomber amoureux d\u2019Alexa, une chanteuse populaire alcoolo elle aussi.mais tout cela se retrouvera bientôt en arrière-plan quand le tireur cessera de viser les jambes et descendra un premier flic.Et là, les choses se précipitent à la vitesse grand V.Corruption, trafic d\u2019influence, blanchiment, crime sexuel ?Il faudra découdre la trame du tissu de presque vérités et de faux-semblants sur lequel l\u2019enquête reposait jusque-là pour arriver à comprendre : la véritable cible de ces deux affaires entremêlées n\u2019est pas du tout celle que l\u2019on croyait.Heureusement, Benny parviendra à tirer tout cela au clair.Collaborateur Le Devoir ILS VIVENT LA NUIT Dennis Lehane Traduit de l\u2019américain par Isabelle Maillet Rivages, «Thriller» Paris, 2013, 526 pages 7 JOURS Deon Meyer Traduit de l\u2019anglais par Estelle Roudet Seuil, «Policiers» Paris, 2013, 475 pages FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE PRESSE Dennis Lehane excelle à faire remonter dans ses moindres détails un contexte historique fascinant. E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 JUIN 2013 LIVRES Orgueil et vanité: de gros égos d\u2019ailleurs et d\u2019ici Louis CORNELLIER dmiration de soi fondée sur l\u2019admiration qu\u2019on croit inspirer aux autres», selon la formule de Bergson, la vanité n\u2019a pas nécessairement bonne presse, mais n\u2019en reste pas moins répandue en toutes contrées, surtout dans cette frange de la population qui a, selon les critères de notre époque (ici, vous pouvez compter les dollars), réussi.«Forme, particulièrement ridicule, de l\u2019amour-propre», comme l\u2019écrit André Comte-Sponville dans son Dictionnaire philosophique (PUF, 2001), la vanité \u2014 on pourra aussi parler d\u2019autosatisfaction, de fatuité, de jactance, de prétention ou de suffisance \u2014, en général, choque, mais elle peut aussi faire rire.C\u2019est encore Bergson qui écrivait que «la seule cure contre la vanité, c\u2019est le rire, et la seule faute qui soit risible, c\u2019est la vanité».Daqs Le petit livre des gros égos, Edouard Launet prend le parti d\u2019en rire, en brocardant avec style une quarantaine de personnalités, principalement françaises, abonnées à l\u2019infatuation.D\u2019abord ingénieur et ensuite journaliste scientifique avant de devenir reporter et chroniqueur culturel au quotidien Libération, Launet aime bien se bidonner en traitant de sujets par ailleurs sérieux.En 2004, dans Au fond du labo à gauche (Seuil), il s\u2019amusait à présenter des recherches scientifiques improbables et pourtant bien réelles, du genre «comment faire pour se pendre dans sa voiture».Le journaliste a donc l\u2019esprit, la mauvaise foi et l\u2019humour requis pour s\u2019attaquer avec mordant aux «maladies de l\u2019égo».Ils font rire, en effet, ces Alain Delon, qui s\u2019autopro-clame «un des rares mythes vivants du XXL siècle», Usain Boit («Je suis une légende», dé-crète-t-il), Mohamed Ali (« Je suis le plus beau, le plus rapide, le plus grand», assène-t-il en 1960) et Salvador Dali {«Je suis le seul génie qui existe actuellement»), trop pressés d\u2019atteindre la gloire pour attendre qu\u2019elle leur vienne des autres.Des égocentriques en compétition Faut-il parler d\u2019artistes, de vedettes ou de «people» dans les cas de ces boursouflures d\u2019orgueil que sont l\u2019animateur Thierry Ardisson, qui qualifie son émission Tout le monde en parle de «miracle»; le designer Karl Lagerfeld, «un vieil épouvantail chez qui l\u2019innova- FRED DUFOUR AGENCE FRANCE PRESSE Faut-il parler d\u2019artistes ou de «people» dans les cas de ces boursouflures d\u2019orgueil dont fait partie l\u2019animateur Thierry Ardisson, qui qualifie son émission Tout le monde en parle de «miracle»?tion consiste à passer de l\u2019éventail au col amidonné», écrit Launet; Mick Jagger, «un type insupportable, fabriqué et autocratique»; et l\u2019ineffable Gérard Depardieu, qui se définit comme «un Stradivarius dans Pour identifier les spécimens les plus remarquables de notre suffisance nationale, j\u2019ai procédé à une consultation une carrure de camionneur» ?Son nouvel ami Poutine, tout entier consacré à sa perpétuelle mise en scène en habit de superhéros et convaincu d\u2019être «un pur et absolu démocrate», aura de la compétition en matière d\u2019égocentrisme.Des écrivains et intellectuels, on s\u2019attendrait à plus d\u2019esprit autocritique.Certains membres de la confrérie ne manquent toutefois pas de nous détromper.«Monsieur de Chateaubriand, disait Talleyrand, se croit sourd depuis qu\u2019il n\u2019entend plus parler de lui.» Malheureusement, à cet égard, l\u2019auteur du Génie du christianisme a une postérité.C\u2019est l\u2019outrecuidant Bernard-Henri Lévy, qui dit surtout «je», même en parlant de la révolution libyenne, c\u2019est Sellers, qui se classe lui-même parmi les trois meilleurs écrivains français du moment, c\u2019est l\u2019insupportable Richard Millet, qui prend sa paranoïa et son obscurité linguistique pour le fin du fin.Les têtes de Turc de Launet sont surtout des hommes, «ce qui n\u2019étonnera personne», précise-t-il, et presque toutes françaises, car, conti-nue-t-il, «il se pourrait que la dilatation du moi soit un art français, voire une passion française».Or, je ne vous apprends rien en vous rappelant que le Québec, c\u2019est un peu la France, que bon sang ne saurait mentir et que, donc, l\u2019engeance des tartarins et des matamores sévit aussi chez nous.Suffisance nationale Pour identifier les spécimens les plus remarquables de notre suffisance nationale, j\u2019ai procédé à une consultation sauvage de mon entourage.Pouvez-vous nommer, ai-je de- mandé à mes sources, des prétentieux québécois ?Voici les résultats de ce sondage absolument non scientifique : Denys Arcand, Marie-France Bazzo, Denise Bombardier, Lucien Bouchard, Marc Cassivi, Gregory Charles, Philippe Couil-lard, Sophie Durocher, Benoît Dutrizac, Patrick Huard, Régis Labeaume, Guy Laliberté, Jean Larose, Pierre Lavoie, Guy A.Lepage, Jean-François Lisée, Vincent Marissal, Pierre Karl Péladeau, Gilbert Rozon et Jacques Villeneuve.Intéressante, mais contestable dans certains cas, cette liste est évidemment incomplète (y aurait-il, par exemple, de gros égos au Devoir'^), et chacun s\u2019amusera à la compléter suivant son analyse.Je n\u2019en retiendrai, pour ma part, que les égos qui s\u2019imposent, les champions incontestés de la fatuité à la québécoise.La palme de cette divertissante compétition revient au cinéaste Denys Arcand, toujours aussi désagréable dès qu\u2019on lui offre l\u2019occasion de l\u2019être.Dans le plus récent numéro de la revue L\u2019Inconvénient (été 2013), le maître affirme que «tous les cinéastes de [son] âge, avec une filmographie comparable, sont plusieurs fois millionnaires» et que si lui ne l\u2019est pas, c\u2019est parce qu\u2019il a le malheur d\u2019appartenir à une culture pauvre, à une société qui, par ignorance, méprise la richesse et se complaît dans une attitude mesquine de ressentiment envers les riches, si essentiels aux grands artistes comme lui.Si on faisait une adaptation québécoise du décapant livre de Launet, on ne pourrait, de même, laisser de côté un Guy A.Lepage, icône d\u2019une certaine gauche caviar très satisfaite d\u2019elle-même, un Gilbert Rozon, qui se prend non pas pour le freak mais pour le prophète de Montréal, un Guy Là-liberté en clown narcissique qui se croit généreux en apportant des casinos aux pauvres, un Régis Labeaume en empereur mal dégrossi de province, un Jean-François Lisée si sûr d\u2019avoir toujours raison qu\u2019il ne parvient plus à garder pour lui les ratés de son incessant remue-méninges, un Jacques Villeneuve convaincu que son opportunisme fiscal est une manifestation de son génie, etc.Bon, pour ne pas y passer l\u2019été, j\u2019arrête ici, en me disant qu\u2019une chance qu\u2019il y a des journalistes brillants et dévoués, comme moi, pour vous tenir au courant de tout ça.louisco@sympatico.ca LE PETIT LiyRE DES GROS EGOS Édouard Launet PUF Paris, 2013, 192 pages LECTURES D\u2019ETE Des essais philosophiques dans ses valises GEORGES LEROUX Il arrive souvent que des essais brefs ou passés inaperçus refassent surface au moment de faire ses valises de vacances.En voici quelques-uns.Réunis après sa mort en juin 2011, quelques textes de Jorge Semprün {Le métier d\u2019homme.Husserl, Bloch, Orwell.Morales de la résistance.Climats, 2013) évoquent trois hautes figures de la pensée européenne.On notera en particulier l\u2019intérêt de relire, à travers les yeux de Semprün, la conférence de Husserl en 1937, où il évoque pour la première fois la notion de supranationalité.Dans un autre registre, les réflexions du physicien Etienne Klein sur le temps explorent les dimensions, naturelles et subjectives, de la durée et de la temporalité {Le temps (qui passe?), Bayard, 2013).Concis et superbement écrit, cet essai mérite le détour.Michaël Foes-sel (Après la fin du monde.Critique de la raison apocalyptique.Seuil, 2012) s\u2019interroge sur l\u2019inquiétude contemporaine face aux catastrophes de toute na- MIGUEL MEDINA AFP L\u2019Espagnol Jorge Semprün évoquait déjà en 1937 la notion de supranationalité.ture qui marquent le présent.Sommes-nous vraiment dans un « après » déterminant, ultime?Et si oui, quel sens donner aux tâches du présent?Nourri d\u2019une relecture critique des penseurs de la fin (Hegel, Heidegger), ce livre intervient dans une conjoncture qui lui donne toute sa pertinence.Sur un thème connexe, l\u2019essai de Frank Burbage reprend la question du doute sur la possibilité de trouver des solutions aux problèmes du développement {Philosophie du développement durable, PUF, 2013).Des enjeux techniques de la croissance à la critique morale de la démesure, Burbage montre l\u2019importance de la réflexion philosophique sur ces questions.On pourra lier aussi la méditation de Barbara Cassin sur l\u2019enracinement et le déracinement, le voyage et l\u2019exil {La nostalgie.Quand donc est-op chez soi?.Autrement, 2013).A travers les figures d\u2019Ulysse, d\u2019Enée et de Hannah Arendt, une riche réflexion sur le déplacement.Formidable lecteur et vulgarisateur de la philosophie, Roger-Pol Droit propose deux titres : un recueil d\u2019expériences de pensée, suscitant l\u2019échange {Petites expérience de philosophie entre amis, Plon, 2012), et un alphabet de sa pensée, présentée comme un dictionnaire thématique de réflexions sur divers sujets {Ma philo perso de A à Z, Seuil, 2013).On y retrouvera les grandes passions de l\u2019auteur, la pensée grecque en particulier, et de grands maîtres comme Pierre Hadot, qu\u2019il a bien connu, mais aussi la spiritualité indienne, la littérature allemande, etc.Le genre de la forme brève est difficile, mais ces courtes proses ne sont jamais banales.Un autre dictionnaire, signé André Guigot {Dictionnaire philosophique et passionné de l\u2019amour.Milan, 2013), présente un alphabet moral étonnant: C pour caresse, F pour fidélité et K pour Krisis ! Enfin, un livre peut-être plus serré et dense pour la saison, dans un genre bref pour son sujet: des variations musicales sur la pensée de Martin Heidegger {Improvisation sur Heidegger, Cerf, 2012).Croisant la musique, la littérature (de belles pages sur l\u2019être à partir d\u2019Apollinaire) et la philosophie, cet essai très fin montre que l\u2019écriture philosophique peut encore innover et surprendre.Collaborateur Le Devoir La grève qui vient On s\u2019en câlisse examine le processus de « substruction » qui s\u2019est opéré durant le printemps érable MARIE-PIER ERAPPIER Sur la place Taksim, en Turquie, ou encore un peu partout au Brésil, la colère gronde oq explose.Les bras armés de l\u2019État rivalisent toujours de brutalité.Chaque fois qu\u2019un spectacle similaire est publié dans les réseaux sociaux, les plus ardents grévistes québécois s\u2019embrasent.Leurs yeux brûlent toujours depuis le printemps 2012.Leurs membres meurtris font encore mal.Pour qui la grève est toujours vivante, il devient de plus en plus difficile de remettre le doigt dans ces plaies.Un collectif de réflexion et d\u2019écriture a pourtant décidé de porter la plume dans la fêlure en bravant tout le «régurgit» de bonne volonté commémorative qui a converti le printemps étudiant en simple objet de consommation historique.Pas question ici de masochisme.Il s\u2019agit plutôt d\u2019en retrouver la «valeur» vraie, dénuée des fétichismes sociaux propres à notre société techno-marchande, grâce aux remarquables analyses de grévistes proches ou loin de Montréal.Il est question du récit en crescendo des six mois de conflit, ponctués par les nombreux épisodes de panique médiatique des fumigènes du métro), la loi spéciale {«on s\u2019en câlisse, clac-clac-claclaclac») et les récits de manifestations choisies, livrés avec un t-shirt sur la bouche et une pierre â la main.On y décrit abondamment les liens sociaux aliénés par la biopolitique sécuritaire propre au Québec \u2014 lire la succulente partie «Notre béton» \u2014, ainsi que les nouvelles techniques d\u2019affrontement entre policiers et protestataires.Inspiré entre autres par Benjamin, Agamben, voire des Tiq-qun, l\u2019ouvrage coédité par Sabo-tart (Montréal) et Entremonde (Genève) met en lumière le processus de « substruction » (subversion et construction) qui s\u2019est opéré durant la grève et qui est réclamé tout au long de ses pages: «Sa résolution émeutière [culminant durant les émeutes du Plan Nord et de Victoriaville], sa charge créative [une analyse timide, mais clairvoyante, des réseaux sociaux] JACQUES NADEAU LE DEVOIR La «résolution émeutière» de la grève a atteint son paroî^sme pendant les émeutes du conseil général du PLQ, à Victoriaville.et son imprévisibilité plébéienne [le début des casseroles, et leur mise â mort du mouvement de grçve].» À l\u2019inverse des nombreux stimulants de « servitude volontaire» qui ont été publiés jusqu\u2019ici.On s\u2019en câlisse ose présenter la grève dans sa totalité, en avançant le «faire-grève» et en explicitant ses potentialités.Il faut aussi lire l\u2019œuvre «profane» du Collectif de débrayage, ne serait-ce que pour cette critique lucide des gouvernements avant, pendant et après le printemps : son arsenal sémantique, sa police, sa «contribution» au faire-grève, quoi ! Puis retenons enfin cette critique cinglante des milieux militants, de la CLASSE en particulier, cette «machine abstraite [qu\u2019]z7 faut savoir activer et trancher au bon moment».On s\u2019en câlisse, livre d\u2019histoire ou événement; sa lecture offre seulement un baume insurrec-tionnaliste dans le désenchantement de nos vies quotidiennes depuis que fut proclamée la fin du «rêve général illimité».Le Devoir ON S\u2019EN CÂLISSE Histoire profane de la GRÈVE PRINTEMPS 2012 Collectif de débrayage Éditions Entremonde et Sabotard Québec, 2013, 288 pages Ii*Gaspard lE DEVOIR ALMARÈS Du 17 au 23 juin 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Saccages\tChrystine Brouillet/Courte echelle\t1/2 2 Lit double \u2022 Tome 2\tJanette Bertrand/Libre Expression\t2/4 3 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 5 Tante Irma\tRosette Laberge/Les Éditeurs reunis\t4/2 4 mân\tKim Thûy/Libre Expression\t3/12 5 Lit double\tJanette Bertrand/Libre Expression\t5/4 6 La fiancee américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuilles\t7/34 7 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAmelie Dubois/Les Éditeurs reunis\t6/33 8 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 4 Junior\tRosette Laberge/Les Éditeurs reunis\t9/16 9 Les beritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 7\tLe conquérant Anne Robillard/Wellan\t8/13 10 Souvenirs de la banlieue \u2022 Tome 3 Sonia\tRosette Laberge/Les Éditeurs reunis\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Inferno\tDan Brown/Lattes\t1/4 2 Le cinquième témoin\tMichael Connelly/Calmann-Levy\t2/2 3 Cinquante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattes\t5/24 4 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattes\t3/20 5 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattes\t4/38 6 Une chanson douce\tMary Higgins Clark/Albin Michel\t6/5 7 Le manuscrit retrouve\tPaulo Coelho/Flammarion\t8/3 8 Demain\tGuillaume Musso/XD\t9/15 9 Secret d\u2019ete\tElin Hilderbrand/Lattes\t10/2 10 Le manipulateur\tJohn Grisham/Robert Laffont\t7/9 Essais québécois\t\t 1 La bataille de Londres\tFrederic Bastien/Boreal\t1/11 2 La Constitution québécoise.Essais sur le droit.\tDaniel Turp/JFD\t-/I 3 A brûle-pourpoing\tNormand Lester/Intouchables\t2/13 4 Liberez-nous des syndicats!\tEric Duhaime/Genex\t5/4 5 Aimer, enseigner\tYvon Rivard/Boreal\t-/I 6 Journal d\u2019un écrivain en pyjama\tDany Laferriere/Memoire d\u2019encrier\t4/19 7 Vieillir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t3/19 8 Le printemps québécois.Une anthologie\tCollectif/Écosociete\t9/2 9 Barack Obama et le printemps arabe\tSami Aoun | Gilles Vandal/Athena\t6/2 10 En terrain mine.Correspondance en temps de guerre\tRoxanne Bouchard | Patrick Kegle/VLB\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Vers un nouvel ordre du monde\tGerard Chaliand/Seuil\t-/I 2 Repenser le vieillissement\tNortin M.Hadler/PUL\t10/9 3 101 raisons de croire en demain.Pourquoi nos enfants.\t.Eduardo Punset/Transcontinental\t-/I 4 Notre troisième cerveau.La nouvelle revolution.\tJean-Michel Dughouriian/Albin Michel\t2/3 5 Les milliardaires.Comment les ultra-riches nuisent.\tLinda McQuaig | Neil Brooks/Lux\t-/I 6 Une autre vie est possible\tJean-Claude Guillebaud/I\u2019lconoclaste\t9/3 7 Menace sur nos libertés.Comment Internet.\tJulian Assange/Robert Laffont\t1/2 8 Adolf Hitler.La seduction du diable\tLaurence Rees/Albin Michel\t6/16 9 La vérité sur le hamburger.Pourquoi manger.\tMarianne Thieme/Transcontinental\t-/I 10 Destruction massive.Geopoiitique de ia faim (Édition revue) Jean Ziegier/Points -/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse BdSfdU sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Gsspsril et est constitue des releves de caisse de 215 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet SasfarB © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite "]
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