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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2013-08-24, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 AOÛT 2013 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Alain Farah, pilote d\u2019ovni Avec Pourquoi Bologne^ l\u2019écrivain nous offre un second roman ludique et personnel qui ne ressemble à rien d\u2019autre CHRISTIAN DESMEULES Comment mêler à la manière du baloney le cinéma de Ridley Scott, les expériences psychiatriques commanditées par la CIA dans les années cinquante à rUniversité McGill, la paranoïa, Umberto Eco en virée à Montréal, des éléments de sa propre vie et le printemps érable?Entrevue avec un extraterrestre.«Mon narrateur, c\u2019est moi», annonce rapidement au bout du fil Alain Earah, 34 ans, prêt à se mettre en danger et à assumer pleinement son personnage.Quitte à devoir faire plus tard, au besoin, la part des choses.«C\u2019est beaucoup plus intéressant de dire que c\u2019est moi.Pour que la littérature existe, pour qu\u2019elle existe comme performance, pour que l\u2019arrivée de ce livre-là soit un geste fort, il faut que je dise que c\u2019est moi.Alors, oui, c\u2019est moi sur toute la ligne.» Professeur à l\u2019Université McGill, il y enseigne la littérature française contemporaine et la création littéraire.Entré en littérature par la porte de la poésie avec Quelque chose se détache du port (Le Quar-tanier, 2004), qu\u2019il a fait suivre d\u2019un premier roman déjanté.Matamore n\u201d 29, Alain Earah nous offre aussi régulièrement depuis deux ans des chroniques aussi délirantes qu\u2019intelligentes \u2014 à l\u2019émission Plus on est de fous, plus on lit! de la (ci-devant) Première Chaîne de Radio-Canada \u2014 consacrées aux mots à la mode ou aux classiques de la littérature.Même si Pourquoi Bologne, son deuxième roman, est complètement différent, il serait tout de même possible de reprendre, à peu de mots près, ce que j\u2019écrivais au sujet de Matamore n\u201d 29 au moment de sa parution en 2008 : « Un roman à la narration détraquée, autobiographie électrique et collage délirant, hanté par la maladie, la mort, par une histoire personnelle et familiale tissée de migrations.Servi par une forte dose d\u2019autodérision et un pen-« Fn firfinn chant léger pour la métempsycose.» Le \u2019 thème de la migration en moins, il n\u2019y a de\tZapping de génie, faux roman de , .,\t.\tscience-fiction, mais vrai tour de vente ni\tforce.Pourquoi Bologne, comme les ,\tlivres précédents d\u2019Alain Earah, ne mensonge,\ts\u2019inscrit dans une démarche autobio- graphique originale et fascinante, mais d\u2019une façon qui cherche à se dé-l\u2019ambiguïté tacher de sa personne et de son propre pathos.C\u2019est «une histoire tirée du statut qui\tpar les cheveux».y , /\tDans le roman, un personnage m interesse.» nommé Alain Earah, lui aussi professeur de littérature à McGill, avait saupoudré un peu partout dans Matamore n\u201d 29 \u2014 «et sans savoir pourquoi» \u2014 des références à la ville de Bologne.Il affectionne les cravates griffées et s\u2019habille selon les principes de la Société des ambianceurs et des personnes élégantes (SAPE).Perdu au jeu par sa mère, puis élevé dans un orphelinat, obsédé par les expériences de déprogrammation menées par Ewen Cameron à l\u2019Institut Allan Memorial, il «entend des voix» qui le font balancer entre 1962 et 2012.Il souhaite faire un roman dans lequel il pourrait «traduire l\u2019expérience télescopée» de ses différentes époques \u2014 roman qu\u2019il fait écrire par une assistante parce qu\u2019il se croit manipulé à son insu par la CIA.Bienvenue dans la tête d\u2019Alain Earah.L\u2019art du mélange «Je ne suis pas sociologue.La confusion est ma méthode», confesse Earah, le personnage-narrateur du roman.N\u2019est-ce pas ce qu\u2019est le saucisson de Bologne ?Appelé familièrement baloney chez nous, cousin américain de la mortadelle italienne, il est fait de «viandes séparées mécaniquement» auxquelles on ajoute tout un tas de sous-produits, de la protéine de synthèse, quelques épices et des saveurs artificielles.De la confusion et beaucoup de liant.Sous la plume d\u2019Alain Earah, devenu maître ès charcuterie littéraire, la culture populaire, le cinéma, la musique et les jeux vidéo se fondent: «En fiction, il n\u2019y a de vérité ni de mensonge.C\u2019est l\u2019ambiguïté du statut qui m\u2019intéresse.Et ça, ça m\u2019est apparu comme une espèce de dope.Je pouvais tout à coup doper toutes les expériences, je pouvais exorciser ce que f avais à exorciser et faire des choses que je ne pouvais pas faire.» Comme avoir une arme dans son tiroir, porter un «casque de bain cognitif» ou piloter un vaisseau spatial.Roman onirique, plein d\u2019humour et d\u2019autodérision, fait d\u2019une succession d\u2019états altérés de la conscience.Pourquoi Bologne est aussi, VOIR PAGE F 2 : BOLOGNE Richard Dallaire, l\u2019amour au temps de l\u2019apocalypse Page F 3 Poésie: Yves Boisvert, Jean Royer, Patrice Desbiens Page F 5 NON-FICTION f \u201c i La plus grande bibliothèque C\u2019est apparemment la plus grande bibliothèque du genre en Amérique.Elle vient d\u2019ouvrir dans un magasin Walmart abandonné à McAllen, au Texas.Il s\u2019agit d\u2019une bibliothèque de 41500 mètres carrés.Elle comprend 6 laboratoires informatiques, 14 salles de lecture, 10 espaces pour les enfants, un auditorium, une galerie d\u2019art, une bouquinerie et un café.La fréquentation de la bibliothèque publique de la ville de McAllen a augmenté de 23 % depuis son ouverture il y a quelques mois.Les concepteurs des lieux observent sans malice qu\u2019il existe des dizaines et des dizaines d\u2019établissements abandonnés qui feraient de très bonnes bibliothèques publiques.Le Devoir Une statue pour Poe Edgar Allan Poe aura sa statue à Boston en 2014.Les admirateurs de l\u2019écrivain décédé à l\u2019âge de 39 ans en 1849 souscrivent généreusement à ce projet.Les trois quarts des 200000$ nécessaires à la coulée du bronze ont déjà été amassés.Au nombre des souscripteurs, on trouve notamment Stephen King.Le maire de Boston, Thomas Me-nino, ,est enchanté de cette initiative.A quand une souscription à Montréal pour élever une statue à un écrivain ?Le Devoir F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 AOUT 20IS LIVRES azon.de mazonJr GEORGE EREY AGENCE ERANCE-PRESSE EN APARTE La petite grandeur ! I Jean- François Nadeau «bL' J y en ai les jambes sciées.Les bras m\u2019en tombent.Et pour tout dire, j\u2019ai tout simplement envie de donner ma langue aux chats.S\u2019accorder le droit d\u2019avoir un minimum de grandeur en matière culturelle et voir, en conséquence, à soutenir l\u2019existence des librairies, ce serait trop demander à notre société?Cette semaine, l\u2019idée de mettre en branle une politique pour limiter la variation des prix des nouveautés en librairie se trouve, une fois de plus, sous la loupe.Une commission parlementaire de l\u2019Assemblée nationale examine l\u2019affaire.Cette politique, bien qu\u2019appliquée avec succès depuis des décennies dans un très grand nombre de pays, continue de susciter une certaine méfiance chez nous.Notre politique culturelle est bedonnante.Nos ambitions, même les plus petites, manquent de grandeur.L\u2019affaire devient gênante.Depuis des années, les grandes surfaces, les Costco, Walmart et autres, s\u2019engraissent un peu plus en enlevant le pain de la bouche des librairies.Alors que ces dernières s\u2019emploient à maintenir accessibles plusieurs milliers de titres, les géants se contentent de vendre au rabais les quelque 300 nouveautés les plus payantes.Les librairies ferment.Comment faire entendre raison sur l\u2019à-propos d\u2019une politique de prix plancher pour les nouveautés ?Par où commencer pour dénouer cette affaire dans les consciences ?On a parlé vraiment de toutes sortes de choses cette semaine à cette commission parlementaire.Le jeune patron de la chaîne Renaud-Bray, le fds de Pierre Renaud, s\u2019attardait par exemple avec insistance à évoquer des temps par lui bénis où les libraires commandaient directement leurs livres aux éditeurs, sans souffrir l\u2019intermédiaire de distributeurs.Une vieille façon de faire motivée par une soif de profits nouveaux.Mais curieuse idée surtout parce qu\u2019on se demande bien quel est le rapport réel avec le sujet à l\u2019étude ! Même glissement du côté du néant de la part de nos beaux spécialistes en expertise pétris du vaste sa-voir de l\u2019« industrie culturelle».François Colbert, de HEC, fait la leçon aux libraires, tout comme Gaétan Frigon, l\u2019ancien p.-d.g.de la Société des alcools.«Regroupez-vous», disent-ils aux libraires, sans savoir apparemment que c\u2019est chose faite depuis un bon moment et que rien ne change pour autant.Bien au contraire.Ce sont 31 librairies québécoises qui ont disparu depuis 2006, dont 24 depuis 2010.Une catastrophe.Mon préféré sur l\u2019échelle de la confusion reste Alain Du-buc.Dans La Presse, il écrit que le seul vrai problème est que les gens achètent désormais moins de livres.The Gazette, qui dit au fond la même chose que lui, passe aussi à côté de la question de fond pour mieux s\u2019agripper à cette affabulation d\u2019un monde où l\u2019économie veillerait seule et au mieux au bonheur de chacun.Vous y croyez, vous, à l\u2019économie sans entrave, garante de la paix sur terre autant que du bonheur littéraire ?Devant cette incroyable cacophonie, les propos posés d\u2019un Denis Vaugeois, ancien ministre de la Culture, père du cadre En somme, ce n\u2019est pas une réglementatio n des prix des livres neufs qui fait augmenter la facture des lecteurs, mais bien son absence.On ferait bien de finir par le comprendre.légal du livre au Québec, la loi 51, offraient soudain un petit soulagement.Denis Vaugeois ne répétait pourtant cette semaine que ce qui a été dit plus de cent fois déjà par les libraires, les éditerus et l\u2019histoire du livre : ce n\u2019est pas en misant sur une société où ne régnent que les best-sellers qu\u2019on construit une véritable communauté de lecteurs capable de soutenir une culture commune.En d\u2019autres termes, la liberté de tous les Costco de ce monde ne donne pas des ailes à la lecture, bien au contraire.Oui, on parle vraiment de toutes sortes de choses à cette commission parlementaire.Des choses dont on pourrait certainement discuter.Par exemple, de la nécessité d\u2019instaurer une véritable politique publique de soutien à la lecture pour les jeunes et les moins jeunes.Mais peut-on considérer les problèmes un à la fois, en s\u2019évitant de tout confondre ?11 est question pour l\u2019instant de l\u2019avenir des librairies chez nous.Ce n\u2019est pas rien.Le mesure-t-on?Bien sûr, il y a aussi les grandes surfaces virtuelles.Internet.Amazon respecterait-elle une réglementation québécoise d\u2019un prix plancher ?Elle le fait en tout cas dans d\u2019autres pays.En France, jugeant l\u2019appétit de cet ogre incompatible avec le bien commun que constitue la culture, la ministre responsable s\u2019est attaquée directement à ce type de pratique, tout en dotant les libraires d\u2019un fonds de soutien.Tout cela en plus des mesures déjà en place pour contrôler les prix de vente des livres.La romancière Perrine Leblanc donne un exemple très concret de ce qui survient en ce moment avec le jeu de sape mené par le géant Amazon.La traduction de son Kolia va paraître sous peu en anglais sous une jolie couverture graphique.Son éditeur suggère un prix de vente de 22,95$.L\u2019ouvrage n\u2019est pas encore publié qu\u2019Amazon, cet immense boucher des librairies, le propose à prix coupé : 16,57 $ ! Autre exemple.Un livre de Louis Hamelin qui paraît ce mois-ci est offert par ce géant à 15$ au lieu de 24 $, soit à 37 % de rabais.Sachant qu\u2019un libraire touche d\u2019ordinaire 40 % sur le prix de vente d\u2019un livre, peut-il survivre quand un géant décide de ne rien gagner ou presque sur ce qui se vend tout de suite, à savoir les nouveautés?Ajoutez à cela la livraison gratuite et on peut penser au mot anglais dumping.« C\u2019est de la folie », estime la jeune écrivaine.Elle a raison.Mais c\u2019est une folie qui a sa raison d\u2019être.On a vu pourquoi et comment aux Etats-Unis: couper les prix des livres neufs permet d\u2019étrangler rapidement la librairie traditionnelle et d\u2019accaparer ensuite tout le marché.Libre ensuite au géant de fixer les prix à sa guise sur l\u2019ensemble des titres, tout en donnant l\u2019impression d\u2019être magnanime sur quelques-uns.11 y a déjà un système de collusion en place pour faire augmenter le prix des livres.Des éditeurs parmi les plus importants, en collaboration avec Apple, viennent d\u2019être condamnés pour des pratiques de collusion visant à gonfler les prix de livres.En somme, ce n\u2019est pas une réglementation des prix des livres neufs qui fait augmenter la facture des lecteurs, mais bien son absence.On ferait bien de GEORGE EREY AGENCE ERANCE-PRESSE Depuis des années, les grandes surfaces, les Costco, Walmart et les grandes surfaces virtuelles comme Amazon enlèvent le pain de la bouche des librairies.finir par le comprendre.Chez nous, on hésite pourtant encore et encore depuis trente ans à faire ne serait-ce que le minimum pour encadrer le prix de vente des livres.Je vous le dis, les bras m\u2019en tombent.«Le lait au prix le plus bas permis», annonce en couleur le dépanneur situé en face du Devoir.Un autre commerce du genre, un peu plus loin, annonce la bière selon la même formule.«La bière au prix le plus bas permis.» En fait, beaucoup de biens de consommation sont encadrés par des balises de « prix plancher» afin d\u2019en assurer une large accessibilité à tous.Mais dès qu\u2019il est question de réguler la diffusion de la nourriture intellectuelle que sont les livres, de beaux esprits à cinq sous veulent faire croire que le communisme guette, voire que les dieux du marché ne seront pas heureux si on ne sacrifie pas la littérature sur l\u2019autel de la bêtise.J\u2019exagère?Bien sûr que nop! À continuer de branler sur cette question, l\u2019édition au Québec finira par être enterrée.On pourrait un jour écrire tout un livre là-dessus.Oui, nous manquons de sens de l\u2019action.Que c\u2019est triste à voir! jfn @ledevoir.com BOLOGNE SUITE DE LA PAGE E 1 au fond, une sorte de condensé de l\u2019expérience un peu schizoïde de tout écrivain.Invention et résistance Chose certaine, Alain Farah est une drôle de bibitte littéraire.«Et il m\u2019intéresse, ce devenir-bi-bitte, justement.La littérature québécoise, je la trouve très pacifiée, et ça ne me dérange pas du tout d\u2019amener un peu de cancrelats là-dedans.» Ce devoir d\u2019invention et de résistance qu\u2019il assigne à la littérature est lié de près à son intérêt constant pour l\u2019avant-garde (il a fait sa thèse sur Olivier Cadiot et Nathalie Quintane, «des écrivains que personne ne connaît»).Pour lui, la littérature dépasse largement le cadre de la page.C\u2019est un geste.Un lieu où là aussi tout se mélange et peut avoir un impact sur la vie du lecteur.«De la cravate que je mets à l\u2019émission de radio jusqu\u2019au livre qui sort, pour moi tout fait sens», explique l\u2019écrivain, qui revendique du même souffle l\u2019influence de Marcel Duchamp dans son désir de concilier l\u2019art et la vie, mais sans être tout à fait dupe de son obsession poru l\u2019histoire des formes.« Je viens de recevoir le livre, tiens, et j\u2019ai presque envie de dire, dans une sorte de délire catholique: ceci est mon corps, ceci est mon sang.Sauf que c\u2019est un corps et un sang faits en laboratoire.C\u2019est comme le hamburger in vitro.» Nous sommes loin du roman «normal» que son éditeur (hctif) souhaite lui voir écrire.«Normal, poursuit Alain Farah, ce n\u2019est pas intéressant Ça l\u2019est dans nos vies d\u2019hommes et de femmes, bien sûr, comme aller à l\u2019épicerie pour y acheter des hamburgers qui n\u2019ont pas été faits in vitro et faire en sorte que nos enfants mangent bien.Oui, d\u2019accord.Mais pour moi, un roman normal, ça ne peut pas lister.Les oeuvres qui restent, ce sont des oeuvres intenses.En ce sens, je suis un vrai moderne, et je crois qu\u2019on peut changer le regard par la culture.» «Autrement, c\u2019est une littérature qui ne se met pas en jeu, où l\u2019auteur ne se met pas en danger, où la notion de risque est absente.Ça ne me dérange pas que ce ne soit pas intense dans la vie, mais je ne conçois pas que la littérature, elle, ne le soit pas.C\u2019est quelque chose que je ne comprends pas, et je me dis: à quoi bon ?» L\u2019esprit du lieu Son embauche à McGill, un adoubement par l\u2019Institution (avec la majuscule) qu\u2019il qualifie lui-même A\u2019«événement improbable pour moi», lui qui faisait depuis 10 ans ses «petites affaires» tranquillement dans son coin, a été une sorte de traumatisme auquel il a choisi d\u2019appliquer la médecine qu\u2019il avait déjà servie aux autres événements marquants de sa vie : en faire de la littérature.«Ça a vraiment joué avec mon cerveau », raconte-t-il en riant.Pour lui, en plus, qui n\u2019avait jamais mis les pieds à McGill avant d\u2019y être embauché, le décor a hni par s\u2019imposer : l\u2019hôpital Royal Victoria, les vieux pavillons, le réservoir McTavish, les fantômes du passé.La littérature s\u2019est chargée du reste.«L\u2019autofiction, c\u2019est mettre sa propre personne en jeu, avec tout ce que ça représente.Et c\u2019est précisément parce qu\u2019il y a le mot fiction là-dedans que ça devient compliqué», estime Farah, donnant comme exemple marquant L\u2019adversaire d\u2019Emmanuel Carrère.Après avoir participé au Devoir des écrivains il y a quelques années et annoncé dans sa notice biographique, comme pour tenter le diable, qu\u2019il préparait un livre qui s\u2019intéresserait aux liens entre McGill et la CIA, il a été contacté par une dame qui en avait long à raconter sur les expériences de déprogrammation dont elle aurait été victime.L\u2019écrivain en a bien sûr nourri son roman.La hction rattrapait un peu la réalité.Ou alors est-ce l\u2019inverse ?On ne le sait plus.Ce qui fait sûrement rire Alain Farah, lui qui écrit dans Pourquoi Bologne : «La littérature n\u2019arrive pas à la cheville de la vie.» POURQUOI BOLOGNE Alain Farah Le Quartanier Montréal, 2013, 216 pages Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 AOUT 2013 F 3 LITTERATÜRE Lamour au temps de l\u2019apocalypse ¥ Danielle Laurin n exergue, cette citation de Richard Desjardins annonce le pire : «En raison de la crise économique, la lumière au bout du tunnel sera fermée jusqu\u2019à nouvel ordre.» Le pire va effectivement advenir dans Les peaux cassées, de Richard Dallaire.La question étant : comment survivre, comment garder espoir, quand tout autour se délite, se dérègle, se déshumanise, s\u2019engouffre dans l\u2019aÇîme du pire ?Etrangeté.C\u2019est le mot qui vient très tôt en tête en lisant le deuxième roman de ce travailleur social dans la mi-trentaine qui a aussi fait ses marques dans la chanson.En 2009 déjà, avec Le marais.Allégorie d\u2019une existence partielle, finaliste au prix de la relève Archambault et gagnant du prix Découverte du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l\u2019auteur, que l\u2019on compare par certains aspects à Boris Vian, avait montré ses couleurs.Mais pour qui découvre la plume inventive de ce natif du Saguenay, son souffle poétique, sa touche fantastique, sa froideur cruellement réaliste, sa noirceur et sa tendresse entremêlées, l\u2019étonnement ira en grandissant au fil de la lecture des Peaux cassées, qui s\u2019avère à la fois une fahle sociale sans merci et une ode à l\u2019amour, à l\u2019entraide, à 4 vie qui hat.Etrangeté, qui tient à de petits signes, d\u2019ahord.Légère étrangeté du style, pour commencer, dans de petits riens glissés ici et là, dès les premières pages du roman.Comme autant d\u2019éclats de beauté, mais discrets.Comme si l\u2019auteur voulait, dans un premier temps, nous ménager.Tout est passé, tout est déjà passé, quand commence le récit.Le narrateur raconte comment il a emménagé avec sa douce, sous une chaleur torride, dans un vieux quartier d\u2019une ville jamais nommée où rôdent des «enfants de gouttière».C\u2019est le début de leur vie à deux dans ce trois et demie situé non loin d\u2019une autoroute.«C\u2019est là que nous avions déposé nos affaires et nos vies sans trop savoir pour combien de temps.» Puis.' «Plus tard, assis sur des boîtes dans notre nouvelle cuisine, Carole et moi n\u2019avions que nos regards qui s\u2019effleuraient pour nous dire des choses minuscules.» Outre les «enfants de gouttière», qui font image, rien encore n\u2019indique le décollage qui s\u2019en vient.Même la métaphore du gars qui nageait seul dans un verre dont il cherchait le fond, avant de rencontrer cette chère Carole, peut passer.pour une métaphore, justement.Mais que dire de ce qui suit tout de suite après: «A notre première rencontre, je n\u2019avais pas remarqué les fines branchies qui striaient son cou»1 À prendre au pied de la lettre, l\u2019image de cette «femme poisson» placée dans un cadre tout ce qu\u2019il y a de plus réaliste ?L\u2019étonnement, donc.Parfois à la limite de l\u2019égarement.L\u2019impression que ça va dans tous les sens à la fois.Tout tient ensemble comment, pourquoi ?Pourquoi cette accumulation de situations dont on ne voit pas le fin mot de l\u2019histoire?Patience.De plus en plus, le contraste constant entre, d\u2019une part, un monde que l\u2019on reconnaît, ou, à tout le moins, qui pourrait devenir le nôtre, ad-venant le pire qui s\u2019annonce, et, d\u2019autre part, un monde qui appartient à l\u2019univers du conte, à l\u2019imagination féerique.Pourquoi pas?Bientôt il y aura des serpents-dragons à plumes jaunes et bleues voletant en tous sens.Il y aura un épouvantail planté en pleine rue, les bras en croix, doté de langage.Il y aura ici et là des personnages qui semblent tout droit sortis d\u2019une boîte à surprises.Il y a surtout cette image forte, récurrente, des seaux de larmes.Des seaux de larmes qui s\u2019accumulent dans l\u2019appartement des tourtereaux puis, faute de place, sur le toit de leur immeuble.Ce sont les larmes de la souffrance, de la douleur des autres, que recueille la douce et bonne Carole, dans un monde sans pardon.Car tout autour est désolation.C\u2019est la Grande Dépression.Chômage, pauvreté, manque de tout.De plus en plus.Pillage dans les magasins d\u2019alimentation, dans les restaurants.Violence.Emeutes.Eamine.Suicides.Epidémies.Barbarie, jusqu\u2019au cannibalisme.C\u2019est sans fin, sans espoir.On pense inévitablement à La route, de Cor-mac McCarthy.Sauf que l\u2019apocalypse n\u2019a pas encore eu lieu, pas tout à fait.Elle est en route, certes.Elle guette.Mais subsiste encore, au milieu du désastre, un petit cocon.Subsiste un bunker.Où le bonheur est possible malgré tout, envers et contre tout.Où la vie, plus forte que tout, reprend ses droits.Où même les peaux cassées retrouvent un second souffle, une seconde vie.Demeure un nid d\u2019amour.Où, à partir des larmes de souffrance, de douleur recueillies, on peut construire un jardin, produire de la beauté.Et continuer d\u2019espérer.Jusqu\u2019à quand?Les peaux cassées ne répond pas à la question.Mais la menace plane, nécessairement.En refermant le livre, une citation de l\u2019auteur de La route nous revient en mémoire.Une citation reprise par Louise Dupré dans son très dur, très tendre, très beau recueil de poèmes Plus haut que les flammes : « Toutes les choses de grâce et de beauté qui sont chères à notre cœur ont une origine commune dans la douleur.Prennent naissance dans le chagrin et les cendres.» LES PEAUX CASSÉES Richard Dallaire Alto Québec, 2013, 176 pages f CHARLES MARIER Travailleur social dans la mi-trentaine, Richard Dallaire a aussi fait ses marques dans la chanson.Le \u2019\t' .hier NAIM KATTAN Dans huit nouvelles où l\u2019on retrouve les mêmes personnages, le célèbre écrivain israélien, Amos Oz évoque le kibboutz Yikhat.Il décrit, sans nostalgie, la vie quotidienne des personnages, vieillis, qui se souviennent de leurs années de pionniers alors que la solidarité, l\u2019idéalisme constituaient une résistance efficace face aux menaces des villages arabes voisins et à la dureté de la nature.Les années ont laissé des traces.Les règles de la vie collective sont demeurées i m m U a -blés, en dépit de leur rigidité.Les interrogations se multi-plient.Eaut-il laisser un enfant de cinq ans dans le dortoir, séparé de ses parents, même s\u2019il passe des heures à pleurer et que les autres enfants le battent?Une femme, excédée, quitte une nuit son appartement et son mari, errant dans les allées.Le secrétaire du kibboutz fait sa ronde nocturne, lui ouvre son bureau et la quitte sans oser lui avouer son sentiment amoureux, pour éviter les cancans du groupe.Une adolescente de seize ans devient la compagne du chef du kibboutz, un grand coureur.Il est l\u2019ami du père et a son âge.Celui-ci leur rend visite pour ramener sa fille, mais les quitte sans Entre amis est un livre sur la fragilité, la vulnérabilité, les contradictions, les non-dits / i P 9 .1 I 'Vv U» - f MARC TIRL AGENCE ERANCE-PRESSE Ecrivain israélien, Amos Oz évoque dans son nouveau reccueil de nouvelles le kibboutz Yikhat.parvenir à le dire.Ainsi l\u2019existence collective laisse à la vie ses expressions qui demeurent parfois silencieuses.Ses exigences persistent en dépit des règles.Oz les expose, même quand les hommes et les femmes ne parviennent pas à les assumer.Son talent nous fait sentir les vibrations étouffées, les amours muets et les besoins de partir, de humer l\u2019air de l\u2019ailleurs.Des destins demeurent inachevés.Réticence à trahir les règles qui rappellent l\u2019idéal en le remplaçant.Des intrigues qui sont ouvertes, sans résolution, par mutisme, voire par démission afin qu\u2019on demeure dans la collectivité.Les membres sont constamment ensemble.Ils mangent, fêtent, travaillent entourés des regards et souffrent finalement et paradoxalement d\u2019une grande solitude.Entre amis est un livre sur la fragilité, la vulnérabilité, les contradictions, les non-dits.Et parfois, une solidarité qui survit aux règles.Un beau livre.ENTRE AMIS Amos Oz Traduit de l\u2019hébreu par Sylvie Cohen Gallimard Paris, 2013, 157pages Collaborateur Le Devoir P 0GaspardLE DEVOIR 1 ALMARÈS \u2014^\tDu 12 au 18 août 2013\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Trembiay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean\t1/2 2 Saccages\tChrystine Brouiüet/Courte écheiie\t2/10 3 iiiusion de lumière\tLouise Penny/Fiammarion Ouébec\t-/I 4 mân\tKim Thriy/Libre Expression\t3/20 5 Lit doubie \u2022 Tome 2\tJanette Bertrand/Libre Expression\t4/12 6 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t5/41 7 La flancée américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuiiies\t7/42 8 Lit doubie\tJanette Bertrand/Libre Expression\t6/12 9 Souvenirs de !a baniieue \u2022 Tome 5 Tante irma\tRosette Laberqe/Les Éditeurs réunis\t8/10 10 Les maudits \u2022 Tome 2 iiiusion\tEdith Kabuya/Mortagne\t-/I Romans étrangers\t\t 1 inferno\tDan Brown/Lattès\t1/12 2 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t2/28 3 Possède-moi\tJuiie Kenner/Michei Lafon\t-/I 4 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t3/32 5 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t4/46 6 Demain\tGuiiiaume Musso/XD\t6/23 7 Moi, Aiex Cross\tJames Patterson/Lattès\t-/I 8 Secret d'été\tEiin Hiiderbrand/Lattès\t7/10 9 Le cinquième témoin\tMichae! Conneiiy/Caimann-Lévy\t5/10 10 Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSyMa Day/Eiammarion Ouébec\t8/4 Essais québécois\t\t 1 Bordeaux.Lhistoire d'une prison\tSébastien Bossé | Chanta! Bouchard/Au carré 1/7\t 2 La bataiiie de Londres\tErédéric Bastion/Boréa!\t2/19 3 Journai d'un écrivain en pyjama\tDany Laferrière/Mémoire d'encrier\t8/27 4 Libérez-nous des syndicats!\tEric Duhaime/Genex\t5/5 5 Sauvons !e Saint-Laurent! Limpact désastreux.\tE Pierre Gingras/Marce! Braquet\t-/I 6 À brûie-pourpoinq\tNormand Lester/intouchabies\t4/21 7 Vieiüir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t10/27 8 Fâché noir.Chroniques\tStéphane Dompierre/Ouébec Amérique\t6/2 9 Les femmes au secours de i'économie\tMonique Jérôme-Eorget/Aiain Stanké\t3/2 10 Le printemps québécois.Une anthoiogie\tCoiiectif/Écosociété\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Les Romanov.Une dynastie sous !e règne du sang\tHéiène Carrère d'Encausse/Eayard\t1/2 2 Comment vivre?Une vie de Montaigne en une question et.\t.Sarah Bakeweii/Aibin Miche!\t8/2 3 Marée basse, marée haute\tJean-Bertrand Pontaiis/Gaiiimard\t-/I 4 Adoif Hitier.La séduction du diabie\tLaurence Rees/Aibin Miche!\t3/4 5 Giuten.Comment ie bié moderne nous intoxique\tJuiien Venesson/Tbierry Souccar\t-/I 6 Compassion.Maniteste révoiutionnaire pour un monde meiiieur\tKaren Armstrong/Beifond\t-/I 7 Menace sur nos iibertés.Comment internet nous sutveiüe.Juiian Assanqe/Robert Laffont\t\t7/2 8 Lanarchie\tErrico Maiatesta/Lux\t-/I 9 Médicaments.La grande intox\tMy-Kim Yanq-Paya I Sonia Kanoun/Stock\t-/I 10 Churchii! et Hitier\tErançois Deipia/Perrin\t10/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Sdspdid et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.9901 F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 AOUT 2013 LITTERATURE L\u2019homme qui mangeait les femmes L\u2019écrivaine Nicole Caligaris s\u2019est intéressée de près à un dangereux psychopathe japonais GUYLAINE MASSOUTRE Une funeste rencontre Issei Sagawa est un dangereux psychopathe japonais qui, en 1981, tua par balle sa camarade étudiante Renée Hartevelt, chez lui, alors qu\u2019elle lui lisait un poème.Il la dévora ensuite en partie, puis la coupa en morceaux afin de la jeter au lac du bois de Boulogne, à Paris.Il fut découvert et appréhendé, arrêté, puis jugé irresponsable par les psychiatres de la prison et renvoyé au Japon.Depuis, libre, nanti et recherché par les médias, les éditeurs, les cinéastes et les voyeurs en tous genres, il a publié, commenté, explicité, joué devant la caméra, peint et dessiné sa vie de cannibale.Or il se trouve que l\u2019écrivaine Nicole Caligaris a connu cet homme sur les bancs de l\u2019université, de même que Renée, sa victime.Elle a correspondu avec Sagawa après son arrestation.Elle publie aujourd\u2019hui un essai fascinant et intelligent.Le paradis entre les jambes, qui raconte ce qu\u2019elle a vécu, sa vie à ce moment et par la suite : impossible de se remettre d\u2019une telle rencontre, si choquante, d\u2019avoir frôlé une telle aberration inhumaine.En livrant les huit lettres de Sagawa, sans son accord, elle signe un ouvrage réflexif, profond et distancé, conscient des enjeux d\u2019ouvrir ce dossier sulfureux, criminel, atroce.Ne pas expliquer, ni justifier, ni perdre de vue l\u2019innommable, le meurtre, la victime : Caligaris a cette rigueur.Comment dire alors cette honte, cette perversion terrifiante, en restant consciente du pathos, du réel et de l\u2019abondante documentation qui s\u2019ensuivit: d\u2019abord dans les médias écrits et photographiques, maintenant sur Internet?Sagawa est une vedette du fait divers macabre, un cas rare de pathologie morbide, une funeste rencontre avec le malheur.Que s\u2019est-il banalisé, depuis 1981, qui nous intéresse, tandis que l\u2019horreur ne faillit pas ?Nous avons lu des choses bouleversantes, récits d\u2019Auschwitz, assauts haineux de guerre \u2014 civile et autre (lourdement documentés en littérature et autres accès culturels).Nous avons été perturbés par la nécrophilie d\u2019une Gabrielle Wittkop, et la liste s\u2019allonge.Ce cas considéré par Caligaris est différent, car entre le carcéral, le psychiatrique et l\u2019anthropologique, un vide, qui ne l\u2019est pas, arrête la pensée.Caligaris réfléchit sur l\u2019acte et son rapport au collectif: «Il ne s\u2019agit pas exactement, pour la justice, de le comprendre, il s\u2019agit de le réadmettre dans l\u2019ordre de l\u2019humanité, de chercher à connaître ce qui a été commis par son auteur, avec une certaine précision, non pas comme un geste absolument singulier, comme scandale, formant l\u2019irrégularité de la pâte humaine nicole caligaris calles le paradis entre les jambes mais contraire comme geste déjà accompli, qui répond, avant même d\u2019étre perpétré, à une catégorie humaine.» Une barbarie civilisée.Une sauvagerie irréductible à toute justification connue.De toute époque Le livre fait état de la relation que le drame crée à soi et aux autres.C\u2019est un livre de femme surtout, qui raconte une vie d\u2019étudiante dans le quartier difficile de Pigalle, «un sanctuaire», paradoxal, aimé.Vu depuis ces strates nocturnes, le monde de Tart et de la littérature \u2014 et l\u2019essai littéraire surtout \u2014 ouvre des perspectives insoupçonnables de vérité.Les mythes y jouent, comme depuis toujours, un rôle de mémoire tenace, d\u2019éclairage et de connaissance profonde.Caligaris évoque aussi bien les dessins de Rodin que le surréalisme, littéraire, cinématographique et pictural, qu\u2019elle connaît bien.De Lucian Freud à William Carlos Williams, en passant par Kawabata, Francis Bacon ou Nicole Loraux, historienne de la Grèce ancienne, elle établit ceci, avec un spectre large et sa pénétration spirituelle: «La littérature n\u2019est ni propre ni convenable, n\u2019a rien à voir avec l\u2019élégance, elle est obscène, sous-consciente de ses enjeux, héritière de la pensée sorcière dont Michelet révéla le sens: un pouvoir mineur, lunaire, siégeant entre les lèvres du vagin de Baubô, contraire au soleil écrasant.» Cet ouvrage volcanique se termine par des lettres scories de l\u2019étudiant Sagawa, en 1981-1982, retranscrites avec toutes ses fautes de français.Quant à la dernière phrase de Caligaris, c\u2019est une question: «Qu\u2019aurais-je pu boucler sur le meurtre et la consommation d\u2019une jeune femme que j\u2019ai connue par un jeune homme que fai connu?» Oui, la littérature en dit quelque chose de fort, de solide ; qui décontamine du mal absolu ; et le réel demeure autre chose.Collaboratrice Le Devoir LE PARADIS ENTRE LES JAMBES Nicole Caligaris Verticales Paris, 2013, 171 pages Chez les demoiselles Quignard GUYLAINE MASSOUTRE Il s\u2019agit de deux conférences, assorties de quelques photos de famille.Dans la première, Pascal Quignard, toujours aussi personnel et surprenant, y campe une tranche de sa vie où il apprenait la musique chez ses tantes, tout comme Julien Gracq \u2014 un Louis Poirier alors enfant \u2014, une génération plus tôt, y suivit aussi les règles strictes du solfège et du piano.Cet art était enseigné à l\u2019ancienne par des vieilles filles qui y gagnaient chichement leur vie provinciale.C\u2019était en vigueur il y a bien longtemps.Pages de Quignard pleines d\u2019humour, amer à la lecture des lignes que Gracq consacra à ses tantes, comme à la rencontre que ce dernier organisa pour son compatriote de la Loire, alors tout jeune écrivain et plutôt maladroit dans le Tout-Paris.Un club privé militaire, tout en raideur.Quignard en garda le symbole d\u2019une cravate noire à pois.Aussi les portraits se croisent-ils comme une passe d\u2019armes.Mais les années 20 ressurgissent, et avec elles ce qui de la musique se lit moins qu\u2019on l\u2019entend, la rigueur.Bien sûr, vient avec elle l\u2019éducation passée.Et des phrases merveilleuses comme «On peut écrire même quand on pleure.Ce qu\u2019on ne peut pas faire en écrivant, quand on est en train d\u2019écrire, c\u2019est chanter.» La seconde conférence, mince texte décousu, évoque entre autres Paul Celan.L\u2019amitié y voisine l\u2019amour du secret et sa voix d\u2019outre-tombe qui se mêle volontiers au paysage de l\u2019écrivain.Encore ceci, alliance de la poésie et de la musique : « Une invocabilité erre en amont des langues naturelles, beaucoup plus profondes que leur sens.» La parole de Quignard est une prise d\u2019air qui appelle chaque voix amie comme un tiers sans destinataire.Il y dirige son orchestre.Collaboratrice Le Devoir LEÇONS DE SOLFÈGE ET DE PIANO Pascal Quignard Arléa Paris, 2013, 53 pages Helene Gagnon Réjean Tremblay TRIO D\u2019ENFER '%*- VERS LA VICTOIRE I Des romans jeunesse qui lancent et comptent LOUIS CORNELLIER T ournaliste au Réseau des J sports (RDS) depuis 20 ans, Luc Gélinas est un accro du hockey.Déjà auteur de La LNH, un rêve possible (Hurtu-bise, 2008 et 2011), un ouvrage documentaire en deux tomes dans lequel il raconte les parcours de certains hockeyeurs professionnels, il propose, avec C\u2019est la faute à Ovechkin, la version romanesque de ce rêve que partagent tant d\u2019ados.Félix Riopel a 16 ans, vit à Louise-ville et est le meilleur compteur de son équipe de Trois-Rivières qui évolue dans le midget AAA le hockey.Sensible aux questionnements propres à cet âge, il parvient à donner une certaine épaisseur humaine à ses personnages, au-delà de la trame sportive de son roman.La narration manque parfois un peu de rythme, quelques scènes s\u2019étirent en longueur, mais l\u2019ensemble, sans être remarquable, reste charmant.Quand Pierre Lambert avait 11 ans Pierre «le chat» Lambert, grande vedette du National de Québec, l\u2019équipe au cœur de la célèbre série Uince et compte de Réjean Tremblay, a lui aussi été Avec C'est la faute à Ovechkin, Luc Gélinas propose la version romanesque du rêve de devenir hockeyeur professionnel que partagent tant d\u2019ados Il rêve d\u2019être repêché par une équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec afin de poursuivre son parcours vers la LNH.Les Huskies de Rouyn-Noranda le choisiront.Rien, cependant, n\u2019est facile sur le chemin qui mène à la gloire.Le jeune homme a une petite copine d\u2019origine colombienne (qu\u2019il appelle bizarrement «ma chérie», à 16 ans!), inquiète de le voir s\u2019éloigner, s\u2019ennuie beaucoup de son père, mort depuis quatre ans, et manque un peu de coffre (cinq pieds sept pouces et 147livres), ce qui risque de lui nuire dans sa route vers le sommet Gélinas, qui connaît le milieu du hockey comme le fond de sa poche, mène plutôt habilement son récit, qui devrait plaire aux ados passionnés par d\u2019abord un petit champion tri-fluvien.Dans Lance et compte: les débuts, une nouvelle série de romans jeunesse (8-12 ans) qui inaugure la colle,ction « Petit homme» des Editions de l\u2019Homme, Hélène Gagnon, en collaboration avec Tremblay, raconte l\u2019enfance des héros de la populaire télésérie.Dans Vers la victoire!, le tome I, Lambert ail ans et joue pour les Dragons de Trois-Rivières dans le pee-wee AA.Il rêve bien sûr de porter l\u2019uniforme du National, aux côtés des Marc Gagnon et Mac Templeton.Une grave blessure subie par un de ses coéquipiers perturbera toutefois l\u2019insouciance de sa jeunesse.Dans Trio d\u2019enfer, le tome ii, Suzie Lambert, 10 ans, petite sœur de Pierre et adepte de cheerleading (par rapport au temps de la télésérie, il s\u2019agit d\u2019un anachronisme ; cette activité n\u2019était pas à la mode ü y a 30 ans), est au cœur de l\u2019action.On rencontre aussi, au passage, le personnage de Lucien «Lulu» Boivin, journaliste-vedette de la série télé qui, à 17 ans, à Québec, s\u2019improvise déjà reporter.Petits romans légers au style plutôt rudimentaire, ces deux premiers tomes dépeignent des relations familiales et amicales sympathiques, mais sont un peu plombés par la philosophie d\u2019aréna de Réjean Tremblay, reprise ici par Hélène Gagnon qui fait dire à un de ses personnages adultes qu\u2019«t/ ne faut jamais baisser les bras si on veut atteindre ses objectifs».Ce prêchi-prêcha, fidèle à celui qu\u2019on retrouve dans la série de Tremblay, manque, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, de subtilité.Collaborateur Le Devoir Ç\u2019EST LA FAUTE A OVECHKIN Luc Gélinas Hurtubise Montréal, 2012, 224 pages VERS LA VICTOIRE! Et TRIO D\u2019ENFER Hélène Gagnon En collaboration avec Réjean Tremblay Editions de l\u2019Homme, coll.«Petit homme» Montréal, 2012, tous deux 144 pages La Vitrine PHOTOGRAPHIE GENESIS Sebastiâo Salgado Taschen Cologne, 2013, 517 pages Après des années de travail de son équipe et une multitude de voyages, voici le maître livre du photographe brésilien Sebastiâo Salgado.Genesis est le fruit d\u2019un vaste travail mené aux quatre coins du monde.Ce livre se veut un hommage à la fragilité de la Terre livré sur un mode romantique tout à fait propre au regard singulier de ce photographe.Règne chez lui une vision caractéristique de son travail où tout tourne autour des textures et des fortes possibilités de contraste offertes par le noir et blanc.La marque distinctive du photographe éclaire aussi bien la nature sauvage que le regard qu\u2019il pose sur les hommes.Il est intéressant de constater que dans ce projet colossal, Salgado n\u2019envisage pas l\u2019humanité autrement qu\u2019à travers une idéalisation de l\u2019homme naturel, celui de la hutte et du primitivisme.Cet homme sauvage, Salgado le considère à l\u2019évidence comme plus près la nature qu\u2019il entend célébrer.Est-ce bien le cas?Plusieurs des images rassemblées ici ont déjà été publiées dans des magazines.Reste que le tout rassemblé donne la juste mesure de cette recherche esthétique et formelle à laquelle se consacre ce photographe à la signature bien particulière.Jean-François Nadeau Les clw professeur Zouf (Vs-ÿ JEUNESSE LES LEÇONS DU PROFESSEUR ZOUF LEÇON 1 : LA POLITESSE Elise Gravel La Courte Echelle Montréal, 2013, 48 pages L\u2019irrévérence joyeuse d\u2019Élise Gravel frappe à nouveau.Et elle forme ici un duo de choc avec l\u2019illustratrice Iris, toute désignée pour allonger 1^ folle impertinence.Leur nouvelle série lancée à La Courte Echelle met en scène un expert en tout, dont le savoir et les conseils prodigués prennent le contre-pied d\u2019absolument tout le discours bien-pensant.Dans le premier numéro, il assène les règles de politesse en traitant ses lecteurs de «vers puants», accompagné de son assistant.Numéro 13, qui joue les cobayes.Dans le second, la santé en prend pour son rhume.Son discours est tellement politiquement incorrect qu\u2019il agit à la manière d\u2019une psychologie inverse terriblement efficace et rigolote auprès des enfants.Encore faut-il réserver ces albums aux lecteurs avertis (6 à 8 ans), qui savent en deviner l\u2019ironie et le double langage.Frédérique Doyon ROMAN JEUNESSE LE BAISER DU LION Elizabeth Turgeon Hurtubise, coll.«Atout» Montréal, 2013, 314 pages Roman jeunesse qui nous entraîne dans la steppe africaine sur les traces d\u2019un scientifique québécois disparu.Le baiser du lion est une invitation à l\u2019aventure.Gabriel Vaillancourt, 15 ans, vient de perdre son grand frère et trois de ses amis dans un accident de voiture quand il apprend la disparition de son grand-père paléontologue en Tanzanie.Avec sa grand-mère, il part pour l\u2019Afrique, dans l\u2019espoir de le retrouver.Rapidement, les limiers improvisés découvrent que l\u2019affaire n\u2019est pas nette et est liée aux fouilles archéologiques du scientifique.Des activistes douteux, défenseurs des thèses créationnistes, manœuvrent dans ce dossier.Sans être exempt de clichés (l\u2019action est le remède au deuil, la science est objective, la religion est une belle allégorie, mais l\u2019intégrisme est nuisible), ce roman a des vertus pédagogiques (débat évolutionnisme/créationnisme, culture massaie) et, surtout, propose une captivante intrigue africaine, pleine de rebondissements, que même les lecteurs adultes apprécieront.Louis Cornellier LENTEMENT APLATI PAR LA CONSTl BANDE DESSINEE LENTEMENT APLATI PAR LA CONSTERNATION Ibn al Rabin Atrabile Genève, 2013, 24 pages C\u2019est une histoire en apparence ordinaire qui ne va pas le rester : celle d\u2019un homme et d\u2019une femme arrivant en même temps sur la terrasse d\u2019un café.L\u2019un va s\u2019asseoir pas très loin de l\u2019autre.Les yeux vont se croiser et la folie doucement s\u2019installer le long de ces 24 pages sans texte et tout en images qui viennent une fois de plus confirmer l\u2019étrangeté de Mathieu Baillif, jeune bédéiste suisse connu dans le milieu de la bulle sous l\u2019amusant pseudonyme d\u2019Ibn Al Rabin.Celui qui nous a donné L\u2019autre fin du monde en 2007, une brique expérimentale portée uniquement par une avalanche de petits dessins, revient avec une trame narrative similaire qui explore cette fois l\u2019attraction des corps, particulièrement quand elle est tabulée.L\u2019histoire, qui défie les codes et les conventions, a été imaginée en Argentine en 2007, puis terminée à Genève dans la dernière année.Six ans de travail pour une œuvre décalée dans laquelle un esprit trop cartésien pourrait ne pas retrouver ses repères.Forcément.Fabien Deglise LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 AOUT 20IS F 5 LIVRES- POESIE Veiller avec Jean Royer Louis CORNELLIER La poésie peut tout dire et de toutes les façons.Elle n\u2019a pas de frontières thématiques et formelles.Ses contraintes, quand elle en a, sont choisies.Aussi, la définir relève de la mission impossible.Mallarmé, en 1886, s\u2019y est pourtant essayé.«La poésie, écrivait-il, est l\u2019expression, par le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l\u2019existence.» Même juste et belle, la formule, on le constate, reste, comme l\u2019écrivait Jacques Brault en parlant de la poésie de René Char, d\u2019une «clarté close».Qu\u2019est-ce, en effet, que le rythme essentiel du langage humain ?Que le sens mystérieux des aspects de l\u2019existence ?Comment fait-on pour exprimer le mystère sans le nier?«Effectivement tu es en retard sur la vie / La vie inexprimable / La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t\u2019unir», écrit René Char dans Commune présence.Le poète québécois Jacques Gauthier cite ce poème en exergue de son recueil La vie inexprimable (Noroît, 2013) et propose, dans un texte d\u2019accompagnement qui clôt l\u2019ouvrage, une réflexion sur sa démarche.Le poète, écrit-il, «fixe sur du papier la vie insaisissable pour mieux comprendre ce qui lui arrive en chemin : la dépossession de soi, l\u2019étonnement de vivre, la connaissance de sa vérité intérieure, la révélation de l\u2019infini».Mais peut-on jamais connaître notre vérité intérieure et approcher l\u2019infini?«Tentative vouée à l\u2019échec, bien sûr, reconnaît Gauthier, car le poème retourne à ce qui est indéfinissable en poésie, à l\u2019ineffable d\u2019une parole libre qui approche de la source sans l\u2019épuiser.La poésie, comme tout art, prophétise ce qu\u2019elle est impuissante à donner.» Deux vers du recueil de Gauthier \u2014 «Est-ce leurre ou espérance / de croire en l\u2019autre rive» \u2014 condensent la grande question poétique, qui est l\u2019autre nom de l\u2019interrogation métaphysique, c\u2019est-à-dire, selon la magnifique définition qu\u2019en donne Alain Lercher dans Les mots de la philosophie (Belin, 1985), «l\u2019étude de la partie de la réalité qui échappe totalement à GILLES LA FRANCE Alors qu\u2019il était journaliste culturel, Jean Royer a consacré l\u2019essentiel de ses énerves à faire connaître la poésie et les poètes québécois.l\u2019observation, mais qui explique tout le reste».L\u2019essence de la poésie Présenté comme «une illustration personnelle de divers aspects de la poésie par «Les poèmes aussi ont des pouvoirs quand on s\u2019y prendre » les œuvres de poètes du Québec, de la Erance et d\u2019ailleurs, d\u2019aujourd\u2019hui et de toujours», L\u2019arbre du veilleur, le récent essai de Jean Royer, explore avec intelligence et délicatesse l\u2019essence de la poésie, cette «forme de la tendresse, qui réunit dans sa mémoire le chant des vivants et des morts» et «nous invite à l\u2019écoute de tous les silences qui nous étreignent».Subtil et souvent profond poète de l\u2019amour et du pays, Royer, comme journaliste culturel \u2014 il fut longtemps directeur des pages littéraires du Devoir \u2014, a consacré l\u2019essen- tiel de ses énergies à faire connaître la poésie et les poètes québécois.Partisan d\u2019une «approche humaniste et sensible» et d\u2019une critique d\u2019accompagnement, Royer est un moderne, mais en douceur.Sa conception de la poésie, en effet, sans renier l\u2019évolution du sait genre, a quelque chose d\u2019intemporel.Dans cet essai, par exemple, les poètes de diverses époques se côtoient sans s\u2019opposer, comme si, au fond, ils participaient d\u2019un même élan ininterrompu et se rejoignaient dans le credo formulé par Geneviève Amyot: «Les poèmes aussi ont des pouvoirs quand on sait s\u2019y prendre.» «Veiller», cela signifie rester éveillé pendant que les autres dormenf être de garde, être en éveil, vigilant, prendre soin de quelque chose ou de quelqu\u2019un.Veilleur auprès de l\u2019arbre aux ramifications multiples de la poésie québécoise et universelle, Royer nous invite à l\u2019accompagner dans sa ronde, à la rencontre du poète «qui se met à l\u2019écoute de l\u2019énigme des commencements, qui interroge les demeures du silence, qui se penche pour boire et questionne la source».La poésie comme lumière En acceptant de suivre le généreux guide, on rencontre, dans ces pages, le poète matérialiste Renaud Longchamps qui, même s\u2019il sait que «le paradis ne prendra jamais racine» ici-bas, conclut qu\u2019«î7 suffit de l\u2019amour / pour combler le vide sidéral / entre nos lèvres».Qn croise ensuite René Char, un poète, écrit Royer, « en état d\u2019insurrection permanente contre tout ce qui dénature l\u2019homme», comme notre Gaston Miron.Avec Michel Garneau, on jubile en expérimentant «la présence au monde», tout en méditant «sur les liens entre l\u2019homme et le monde» avec Pierre Morency.Les poètes Erance Théoret, Louky Bersia-nik et Louise Dupré font soudain entendre une voix qui clame que ce monde est aussi celui des femmes.En haïkus, Célyne Lortin et Cécile Cloutier saisissent la profondeur de «la vie concrète et quotidienne», tout comme Lrançois Vigneault, dans ses admirables Poèmes du jardin.«Tout s\u2019envole/ Sauf l\u2019horizon / Quand tu le poses sur moi», écrit Vigneault, frère en poésie, note Royer, du poète japonais Issa, auteur de cette merveille: «Ne pleurez pas bestioles / Même les étoiles qui s\u2019aiment / Doivent se quitter.» Pointe langagière plongée dans la «faille au cœur de l\u2019être et de l\u2019existence», la poésie est une lumière qui éclaire sans révéler brutalement.«Toute tentative pour comprendre la poésie englobe des résidus qui lui sont étrangers, philosophiques, moraux ou autres, écrit Qctavio Paz.Mais il faut reconnaître que le caractère suspect d\u2019une poétique est comme racheté dès lors qu\u2019on s\u2019appuie sur la révélation que, parfois, quelques heures durant, nous accorde un poème.» C\u2019est ce qu\u2019on comprend en veillant avec Jean Royer.louisco@sympatico.ca LA VIE INEXPRIMABLE Jacques Gauthier Noroît Montréal, 2013, 86 pages L\u2019ARBRE DU VEILLEUR Jean Royer Noroît Montréal, 2013, 220 pages Le déroutant Patrice Desbiens HUGUES CORRIVEAU Sa poésie paraît si simple, sa voix parfois si tendre en même temps que décalée, ses vers en équilibre entre l\u2019amour et un certain désespoir si fragiles qu\u2019on craint souvent de tomber, mais sa poésie est surtout prenante, intensément porteuse, nourrie au hasard de l\u2019émotion.«Le Monde est en / noir et blanc / et // je suis / daltonien.// Je bascule / je trébuche / dans la / lumière.» Et nous, à l\u2019affût, nous sommes tranquillement attentifs devant le poète nostalgique face à cette femme vieillie.' «C\u2019était une déesse grecque / née à St-Tite / et// elle est toujours / belle / toujours / et // A un lancement / je lui montre les / poèmes neufs que / j\u2019ai faits avec les vieux / poèmes qu\u2019elle a transcrits / à Québec dans / les années 60 / poèmes que j\u2019ai reprisés / comme de vieux / chaussons.» Qn entend là une musique, cette cassure du rythme qui jazze.En effet, «sa trompette [.] / n\u2019a plus de / bave» et «le vent siffle seul / son jazz triste / le long des rues / désertes», mais c\u2019est forcément poétique, c\u2019est forcément crève-cœur.Patrice Desbiens offre avec ses Abats du jour une pérégrination spatio-temporelle qui dérive entre des émotions fracturées.Mais ce n\u2019est pas toujours très bon ni L JACQUES NADEAU LE DEVOIR Patrice Desbiens offre avec ses Abats du jour une pérégrination spatiotemporeiie qui dérive entre des émotions fracturées très fort, tant s\u2019en faut, comme ce texte dérisoire: «Elle aime / tout ce qu\u2019il / aime.// Il aime / tout ce qu\u2019elle / aime.// Tout le monde / les haït.» Qn croirait alors à une poésie de potache.Mais quelque chose dans sa façon plus soignée d\u2019écrire à petits pas dans le quotidien nous incite à l\u2019indulgence parce qu\u2019au détour, après ces facilités navrantes, on le sait, viendront les cris et les souffrances du corps et du cœur, un courage infaillible de confronter l\u2019adversité du temps, de la misère, des désamours, des cruautés.Voilà une poésie de résistance.Ce n\u2019est pas courant, ce n\u2019est pas sans tristesse.Car le désarroi signe cette parole de l\u2019affrontement.11 s\u2019agit de contrecarrer le sort, l\u2019inéluctable et de se saisir du vivant dans les jeux de mots et des sentiments, dans les joutes verbales et les aveux : « C\u2019est l\u2019arbre qui chante / avec l\u2019oiseau / tout vert et ouvert / à la lumière muqueuse / du soleil // Avec la patience connue de / moi je / vomis mes entrailles et / les retailles d\u2019hosties // Tout le long de moi / ça pue la mémoire / de toutes les maladies / du monde.» Ce livre tient le pari d\u2019affronter le sort, ouvre sa voix aux images qui font exploser le réel tout autant que le sentiment létal d\u2019une dissolution du monde.La poésie de Patrice Desbiens s\u2019étonne toujours de ce que la vie recèle d\u2019imprévisible et de latent.Collaborateur Le Devoir LES ABATS DU JOUR Patrice Desbiens L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2013, 52 pages Le testament d\u2019Yves Boisvert LOUIS CORNELLIER Mort trop jeune, à 62 ans, en décembre dernier, Yves Boisvert était un vrai de vrai poète, à temps plein, sans concession.A la fois anarchiste et indépendantiste {«Les débiles aiment se faire manipuler / ça fait moins lourd de responsabilités./ C\u2019est quoi en fait le problème?/ Des siècles à faire semblant d\u2019être soi-même.»), absolument moderne mais nourri à l\u2019élan du terroir et de la mémoire {«On a beau risquer son âme dans le faire-sem-blant / et jeter aux flammes ce qui nous attend / déserter sa mémoire est un leurre et pourtant / le monde deviendra ce qu\u2019en feront les gens.»), Boisvert avait un style à l\u2019avenant, c\u2019est-à-dire dru et souverain, digne du «roi de rien» (selon une formule de Michel Rivard) qu\u2019il était.Dans Une saison en paroisses mauriciennes, son ultime recueil, posthume, on le retrouve aussi puissant et échevelé qu\u2019il l\u2019a toujours été.A Trois-Rivières, il voit des étudiants qui attendent l\u2019autobus, en fixant un mur sur lequel est imprimé un poème du poète beat Denis Vanier.Boisvert écrit: «Non mais, c\u2019est-tu un exemple / à YVES BOISVERT UNE SAISON EN PAROISSES MAURICIENNES f.donner à des jeunes apprenants / en administration et gestion des ressources / efficaces en retours d\u2019ascenseurs?// Oui.» Pour Yves Boisvert, la souveraineté faite homme, la poésie était la seule règle.Collaborateur Le Devoir UNE SAISON EN PAROISSES MAURICIENNES Yves Boisvert Ecrits des Forges Trois-Rivières, 2013, 90 pages > % DYANE GAGNON Le poète Yves Boisvert est décédé en décembre dernier, à i\u2019âge de 62 ans.Dans Une saison en paroisses mauriciennes, son uitime recueii posthume, on ie retrouve aussi puissant Le guide par excellence pour une lecture intelligente des grands quotidiens québécois.Louis Cornellier.* Lire le Québec _ au quotidien \" .'tu \t \t \t F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 AOUT 2013 ESSAIS Sur les traces des frères Grimm CAROLINE MONTPETIT à Kassel, en Allemagne Il était une fois deux frères très studieux qui s\u2019aimaient tendrement.Jacob, le plus vieux, physiquement plus robuste, avait un tempérament impatient, rationnel et rigoureux.Wilhelm, son cadet, était plus chétif, plus conciliant, et avait un penchant plus marqué pour la poésie.Ce sont les frères Jacob et Wilhelm Grimm, dont on célèbre en Allemagne cette année encore le 200® anniversaire de la première édition des Contes de l\u2019enfance et du foyer, en 1812, où sont apparus entre autres Blanche-Neige, Raiponce, le Petit Chaperon rouge, la belle au bois dormant et Hansel et Gretel.Ces contes n\u2019ont pas été inventés par les frères Grimm.Bien avant leur naissance, dans la petite ville de Hanau, dans le comté d\u2019Hessen, en Allemagne, ils avaient été transmis, de génération en génération, portés par la tradition orale.Plusieurs sont parvenus aux oreilles des Grimm par les voix de conteuses huguenotes d\u2019origine française venues s\u2019établir en Allemagne.Et les Grimm les ont adaptés à leur guise.C\u2019est à Wilhelm Grimm que l\u2019on devrait la célébrissime phrase «Et ils vécurent heureux jusqu\u2019à leur mort», désormais indissociable des contes de fées racontés aux enfants, affirme Ulrike Ortwein, qui offre une visite guidée d\u2019une vaste exposition portant sur l\u2019histoire des frères Grimm, qui se tient au musée de Kassel jusqu\u2019en septembre prochain.Wilhelm Grimm aurait aussi rhabillé le Petit Chaperon et retranché certains détails plus crus des versions françaises.« Contrairement aux versions françaises du Petit Chaperon rouge, celle des frères Grimm était dépourvue de toute implication indécente, comme le fait que le Petit Chaperon rouge doit se déshabiller avant d\u2019entrer dans le lit avec le loup.Ils ont donc créé une histoire beaucoup plus adaptée aux enfants», écrit Bernhard Lauer dans un livre sur les frères Grimm publié par le musée de la ville de Kassel, où les frères ont publié leurs premiers contes et où ils ont passé une bonne partie de leur vie.C\u2019est également de Wilhelm Grimm que vient la conclusion heureuse selon laquelle un chasseur tire le Petit Chaperon rouge et sa grand-mère du ventre du loup à la fin de l\u2019histoire, tandis que le Petit Chaperon rouge du Français Charles Perrault finissait simplement croqué par le loup.Quinze ans avant les Grimm, Charles Perrault avait en effet lui-même noté plusieurs contes par écrit dans ses Histoires et contes du temps passé.Raiponce, pour sa part, se plaignait autrefois à la sorcière que ses vêtements ne lui faisaient plus après avoir reçu de fréquentes visites du prince.Ce n\u2019est que dans la deuxième édition que Wilhelm a supprimé ce passage faisant réfé-
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