Le devoir, 7 septembre 2013, Cahier G
[" ALPHABETISATION JOURNÉE INTERNATIONALE DE L\u2019ALPHABÉTISATION Diane MocMe a imaginé une collection pour les faibles lecteurs Page 2 CAHIER THEMATIQUE G I Les aînés exclus de l\u2019enquête sur les compétences des adultes I Page 3 Une bande dessinée pour comprendre l\u2019analphabétisme Page 5 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 2013 EDUCATION La réforme de l\u2019enseignement produit-elle des analphabètes ?Le président de la FAE dénonce les orientations imposées par le ministère «Reconnaissons d\u2019abord qu\u2019on a un problème, un problème d\u2019alphabétisation, déclare Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE).Lorsqu\u2019on dit que, au Québec, il y a une personne sur deux qui éprouve de grandes difficultés de lecture et d\u2019écriture, il y a là un problème ! Cela veut aussi dire qu\u2019il y a un million de Québécois qui éprouvent par conséquent des difficultés avec la vie en société.» Triste constat en cette veille de la Journée internationale de l\u2019alphabétisation.CLAUDE LAFLEUR ^ la tête d\u2019un syndicat créé il y a six A ans afin de répondre aux aspirations spécifiques des professeurs, Sylvain Mallette a enseigné l\u2019histoire durant 22 ans.« Comme prof, j\u2019ai observé que les élèves sont de plus en plus capables d\u2019utiliser des outils pour ciller chercher de l\u2019information, mais que, en même temps, ils sont moins capables de comprendre le sens des mots», dit-il.Le plus souvent, il devait prendre du temps avec eux afin de leur faire comprendre ce qu\u2019une phrase signifie.« Ça, comme prof nous le constatons beaucoup», insiste-t-il.Il constate donc aisément que les élèves d\u2019aujourd\u2019hui éprouvent davantage de difficulté à comprendre ce qu\u2019ils lisent que ceqx d\u2019autrefois.Etonnement aussi devant le fait que ses collègues, comme lui, constatent un rajeunissement de la clientèle qui fréquente l\u2019éducation des adultes.«On y retrouve de plus en plus de jeunes âgés de 16 ans, indique M.Mallette, ce qui est sans doute le signe de quelque chose.Comment se fait-il que de plus en plus de jeunes se retrouvent à l\u2019éducation des adultes?» La faute de la réforme ?Sylvain Mallette s\u2019empresse d\u2019ajouter qu\u2019il ne jette pas la pierre à ses collègues qui enseignent le français, «mais au fait que nous avons un problème avec ce programme».«Ça fait des années qu\u2019on dit que le programme de français doit être réorienté vers l\u2019acquisition des connaissances de base, poursuit M.Mallette, puisque, depuis une vingtaine d\u2019années, nous sommes dans une approche orale: l\u2019élève apprend à s\u2019exprimer.Mais c\u2019est bien beau d\u2019apprendre à communiquer oralement, encore faut-il qu\u2019on puisse le faire dans une langue intelligible et compréhensible! Et là, on est au cœur même du programme de la réforme.» De fait, les enseignantes et enseignants membres de la FAE dénoncent vertement le fait que, à l\u2019école, on a abandonné l\u2019acquisition des connaissances au profit de celle des compétences.«On n\u2019est pas dans une approche équilibrée où on dirait qu\u2019il faut d\u2019abord acquérir des connaissances de base pour ensuite maîtriser la langue, illustre M.Mallette.C\u2019est donc un problème plus large que pose carrément le programme que nous nous sommes donné, en fin de compte, la réforme qu\u2019on impose depuis quinze ans.» Le président de la Fédération autonome de l\u2019enseignement observe à présent que «ce chambardement» se répercute au cégep.«Le ministère de l\u2019Education nous dit que les cégeps constatent 1-^'f^enométicS.iîn içà.n k.Icx\tIl 'td' àtef^ CRr'd in k.Cûyrtrrar^ Les membres de la Fédération autonome de l\u2019enseignement dénoncent vertement le fait que, à l\u2019école, au profit de celle des compétences.JACQUES GRENIER LE DEVOIR on a abandonné l\u2019acquisition des connaissances Sylvain Mallette une augmentation du nombre d\u2019étudiants qui présentent des difficultés d\u2019apprentissage, dit-il.Pour sa part, l\u2019an dernier, la Eédération des cégeps a rapporté une explosion du nombre de cas d\u2019étudiants qui présentent des difficultés d\u2019apprentissage.Et nous, nous disons que ce n\u2019est pas au moment où ils passent de la secondaire à la première année du cégep que ces étudiants développent des difficultés d\u2019apprentissage! C\u2019est dire que le système actuel \u2014 dont on nous promettait qu\u2019il donnerait de bien meilleurs résultats \u2014 n\u2019a pas ré-pondu à leurs besoins.» i Sylvain Mallette fait en outre valoir j que les cégeps sont maintenant 1 contraints d\u2019abaisser leurs critères d\u2019admission, sans quoi ils priveraient un grand nombre d\u2019élèves de l\u2019accès à un enseignement supérieur.«On a chambardé le programme des écoles publiques depuis quinze ans et là on se rend compte qu\u2019on est obligé d\u2019abaisser les critères d\u2019admissibilité, parce que, autrement, on fermerait la porte du cégep à un plus grand nombre d\u2019élèves», dit-il, ahuri.Faire confiance aux profs C\u2019est pourquoi, énonce M.Mallette, il nous faut d\u2019abord faire le constat de la situation afin d\u2019admettre qu\u2019on a un sérieux problème.«Il faut prendre un temps d\u2019arrêt pour se dire: voici ce qu\u2019est devenue l\u2019école publique quinze ans après le chambardement qu\u2019on nous a imposé», préconise-t-il.Et, pour la FAE, il ne fait aucun doute que la réforme est un échec.«Mais, malheureusement, on refuse de se dire qu\u2019on s\u2019est trompé!», dénonce le président.Il admet toutefois sans réserve qu\u2019on ne peut pas retourner en arrière.«Il ne s\u2019agit pas de revenir aux anciens programmes, mais de réintroduire la notion de connaissances dans les programmes, dit-il.Il faut que, à l\u2019école, on transmette les connaissances \u2014 oui, des compétences, des savoir-faire et des savoir-être \u2014, mais les programmes doivent s\u2019appuyer sur les connaissances ! » Surtout, poursuit-il, les enseignants doivent se retrouver au cœur du questionnement et de la démarche qui s\u2019ensuivra.«Nous, nous affirmons que les enseignantes et les enseignants sont les premiers experts de la pédagogie \u2014pas les seuls, mais les premiers \u2014puisque nous sommes au quotidien avec les élèves.Nous ne possédons pas une expertise théorique, mais bien une expertise réelle.On devrait donc s\u2019appuyer sur notre expertise, plutôt que sur celle des théoriciens qui n\u2019ont \u2014 et je ne suis pas gêné de le dire \u2014 aucune connaissance de la classe», déclare Sylvain Mallette.C\u2019est pourquoi la priorité de la FAE est justement de réapproprier l\u2019autonomie professionnelle pour les enseignants.«Depuis une quinzaine d\u2019années, on ne reconnaît plus l\u2019expertise des profs, explique le président de la Fédération.Quantité de personnes qui n\u2019ont jamais enseigné disent aux profs comment faire leur travail.ce qui est inacceptable!» Enfin, la FAE recommande d\u2019abandonner la réforme au niveau de l\u2019éducation des adultes.«Ce qu\u2019on a fait au niveau de l\u2019école primaire et secondaire, le ministère s\u2019apprête à le faire dans la formation générale des adultes, déclare Sylvain Mallette.Imaginez les conséquences!» Collaborateur Le Devoir «Et nous, nous disons que ce n\u2019est pas au moment où ils passent de la 5® secondaire à la première année du cégep que ces étudiants développent des difficultés d\u2019apprentissage ! C\u2019est dire que le système actuel \u2014 dont on nous promettait qu\u2019il donnerait de bien meilleurs résultats \u2014 n\u2019a pas répondu à leurs besoins.» ABCDE r C H I J KLNNOP a R ST W VWXYZ L\u2019ACCÈS À LA FORMATION DE BASE Une question d\u2019équité et de solidarité sociale t FTQ Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec À LA FTQ, ON S\u2019EN OCCUPE ! G 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 2013 ALPHABETISATION FONDATION POUR L\u2019ALPHABETISATION De simples mots Une nouvelle collection littéraire est conçue pour intéresser les faibles lecteurs D\u2019après les plus récentes données de l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), près de 49% des Québécois âgés de 16 à 65 ans sont de faibles lecteurs, soit des gens dont les compétences en lecture ne leur suffisent pas pour faire face aux exigences de l\u2019actuelle société du savoir.Si, dans plusieurs pays de l\u2019anglophonie et de la Scandinavie, des collections de livres ont été développées pour répondre aux besoins spécifiques de ces lecteurs, dans la francophonie, elles sont pratiquement inexistantes.Diane Mockle, directrice générale de la Fondation pour l\u2019alphabétisation, entend bien remédier à la situation.EMILIE CORRIVEAU Depuis 1989, la Fondation pour l\u2019alphabétisation déploie de considérables efforts pour encourager la lecture et briser les tabous entourant l\u2019analphabétisme.Alors que, sur plusieurs plans, elle note une certaine amélioration, elle remarque aussi que, au cours des dernières années, peu de mesures concrètes ont été prises pour susciter l\u2019amour de la lecture chez les faibles lecteurs.«Tout le monde constate qu\u2019il y a un problème, avance M™® Mockle.On le dit, on l\u2019écrit.Mais on ne sent pas véritablement un mouvement de promotion de la lecture qui nous amène à modifier notre façon d\u2019envisager la lecture.Pour l\u2019instant, tout ce qu\u2019on a à offrir aux faibles lecteurs, c\u2019est de la formation, et l\u2019avenue de la formation, ça fonctionne pour certains, mais, en ce qui concerne tous ceux pour qui ce n\u2019est pas le cas, il faut trouver d\u2019autres solutions de rechange!» / Etat des lieux Comme le souligne la directrice de la Fondation, au Québec, outre la formation, peu de services particuliers s\u2019offrent aux faibles lecteurs.Or inculquer le plaisir de lire, par le biais d\u2019une formation scolaire, à des gens dont le passage sur les bancs d\u2019école s\u2019est souvent avéré désagréable n\u2019est pas toujours la plus efficace des solutions de rechange.«C\u2019est compréhensible! Lorsque toutes nos expériences de lecture sont liées à des contraintes \u2014 le choix du livre, le compte rendu de lecture, l\u2019examen \u2014 c\u2019est difficile d\u2019y trouver un plaisir», note M\u201c® Mockle.Préoccupée par la problématique et espérant trouver quelques titres que la Fondation pour l\u2019alphabétisation pourrait proposer aux faibles lecteurs, M™® Mockle est partie à la rencontre des bibliothécaires québécois.Croyant trouver certaines solutions de rechange intéressantes dans les collections «Pour tous», elle est rentrée plutôt déçue de sa tournée.«Tous les bibliothécaires m\u2019ont dit que les collections dites \u201cPour tous\u201d étaient d\u2019une pauvreté navrante, qu\u2019au Québec il n\u2019existait pas vraiment d\u2019œuvres littéraires en écriture simple dont le propos s\u2019adresse à des adultes.Et c\u2019est ce que j\u2019ai constaté.La majorité des livres qui constituent cette collection sont essentiellement à caractère informatif, exception faite de quelques titres destinés aux adolescents et pour la plupart issus de La Courte Echelle.Ces livres-là ne tiennent pas compte des préoccupations adultes.» Pour compléter ses recherches, M™® Mockle s\u2019est informée de ce qui se faisait ailleurs dans le monde en matière de littérature pour faibles lecteurs.Elle a découvert que des collections particulières existaient dans la vaste majorité des pays de l\u2019anglophonie et qu\u2019il en existait également en Scandinavie, mais qu\u2019il n\u2019en existait nulle part en francophonie.Une collection en écriture simple A la suite de ce constat, la directrice de la MARTINE DOUCET Diane Mockle, présidente de la Fondation pour l\u2019alphabétisation, veut sensibiliser les auteurs aux besoins des faibles lecteurs.Fondation pour l\u2019alphabétisation s\u2019est mise à imaginer une collection comprenant des titres dont le langage serait approprié pour les compétences en lecture des faibles lecteurs, ce qui leur permettrait non pas d\u2019apprivoiser la lecture à travers un contexte de formation, mais bien de découvrir le plaisir de lire grâce aux romans.Cette collection serait éditée par la Fondation, ce qui lui permettrait de bénéficier des profits engendrés par la vente des volumes et de les réinvestir dans ses activités.«En tant qu\u2019organisme à but non lucratif, nous sommes constamment à la recherche de financement.Cette possibilité pourrait devenir un levier financier important pour développer des actions de sensibilisation en lien avec le rehaussement des compétences en littératie des Québécois.» Si, depuis qu\u2019elle a partagé cette idée avec différents acteurs du milieu \u2014 libraires, bibliothécaires, distributeurs \u2014 qui y voient une occasion de rejoindre une nouvelle clientèle, plusieurs se sont montrés emballés par l\u2019entreprise, M™® Mockle indique avoir perçu une certaine réticence du côté des auteurs.«Je crois que ça s\u2019explique d\u2019abord parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un défi important.Comme il n\u2019y a pas de référence, c\u2019est plus complexe.De plus, plutôt que d\u2019envisager cette façon d\u2019écrire comme une forme littéraire qui n\u2019a pas encore été exploitée, plusieurs auteurs y voient une sous-écriture.A mon sens, c\u2019est plutôt un genre littéraire différent s\u2019adressant à un public particulier qui ne serait pas rejoint autrement», précise la directrice de la Fondation.Malgré tout, M™® Mockle n\u2019entend pas baisser les bras.Au cours des prochains mois, elle entrevoit approcher d\u2019autres auteurs et, si nécessaire, les sensibiliser un par un aux besoins des faibles lecteurs.«Je dis toujours que, autant que je peux constater que je respire et que mon cœur bat, cette collection naîtra ! Ça prendra le temps que ça prendra, mais ça va arriver parce que je sais qu\u2019il y a là un besoin», assure-t-elle.La Fondation célébrant son 25® anniversaire en 2014, M™® Mockle aurait souhaité profiter de la tenue du prochain Salon du livre de Montréal pour procéder au lancement des premiers titres de la collection.Vu l\u2019ampleur de l\u2019organisation qu\u2019une telle entreprise nécessite, il est plus réaliste de croire que la collection va plutôt voir le jour en 2015.Collaboratrice Le Devoir Francisation et alphabétisation vont souvent de pair La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB) offre des formations en alphabétisation s\u2019adressant à des clientèles particulières.Elle a aussi intégré à certaines de ses formations de base en alphabétisation des éléments moins formels mais plus rassembleurs.Et ce n\u2019est pas tout: que fait-on pour mieux préparer les intervenants ?PIERRE VALLEE Fait surprenant, l\u2019une des formations données à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys ne s\u2019adresse pas à des personnes analphabètes.«C\u2019est une formation qui est conçue pour des intervenants qui proviennent du secteur communautaire ou du secteur public, par exemple un CLSC, et qui ont parmi leur clientèle des personnes analphabètes», explique Sylvie Roy, conseillère pédagogique aux Services d\u2019accueil, de référence, de conseil et d\u2019accompagnement (SARCA) de la CSMB.Mise en place il y a quatre ans, cette formation d\u2019une journée a permis de former à ce jour 120 intervenants.«Cette formation vise plusieurs objectifs.En premier lieu, elle sert à sensibiliser les intervenants au problème de l\u2019analphabétisme et à leur permettre d\u2019en saisir l\u2019ampleur.Ensuite, elle sert à outiller lournee inlerniilionale ^ m* ' le 8 septembre Émission spéciale sur V alphabétisation MERCRED111 SEPTEMBRE Àl3H en collaboration avec mi AnimerMontréal icea Institut de coopération pour i'éducation des aduites tinQmhec apprenanf les intervenants afin qu\u2019ils puissent mieux reconnaître les personnes ayant des difficultés de lecture et d\u2019écriture, d\u2019une part, et afin de leur donner des moyens de communication simples qui leur permettront de communiquer plus efficacement avec ces mêmes personnes, d\u2019autre part.La formation permet aussi de faire connaître aux intervenants les ressources disponibles en alphabétisation, au cas où ils voudraient y diriger des personnes.On leur explique même comment s\u2019y prendre pour encourager une personne à s\u2019inscrire à une formation en alphabétisation.» Intégrer des activités à la formation La CSMB a aussi fait preuve d\u2019innovation en intégrant des ateliers pratiques à certaines de ses formations en alphabétisation.Pour le moment, seul le Centre d\u2019éducation des adultes Champlain offre cette approche.«C\u2019est l\u2019équipe des enseignants du Centre d\u2019éducation des adultes Champlain qui a développé et mis en place cette approche.Cela a débuté par un atelier de couture, parce qu\u2019une des enseignantes était une excellente couturière.Ces ateliers reflètent évidemment les intérêts des enseignants qui les donnent.On a eu des ateliers en arts plastiques, et aujourd\u2019hui c\u2019est un atelier en cuisine.» Ces ateliers, qu\u2019on nomme aussi « activités brise-glace ou rassembleuses», sont intégrés aux 30 heures de formation en alphabétisation.« C\u2019est une activité qui complète ce qui se fait en classe.Elle permet aux participants de mettre en applica- tion pratique ce qu\u2019ils viennent d\u2019apprendre.Elle a aussi l\u2019avantage de développer l\u2019esprit d\u2019équipe et aide à soutenir la motivation.Cela permet aussi de s\u2019éloigner du cadre strict du système scolaire.Par exemple, les produits de l\u2019atelier de cuisine sont mis en vente et le personnel de la CSMB peut se les procurer.C\u2019est une preuve qu\u2019on peut être imaginatif même au sein d\u2019une commission scolaire.» U alpha-francisation La CSMB offre depuis trois ans une nouvelle formation, l\u2019alpha-francisation, qui s\u2019adresse aux personnes immigrantes peu ou pas scolarisées dans leur propre langue.«Nous avons mis en place cette formation pour répondre à ce nouveau problème.Il s\u2019agit d\u2019une formation à cheval entre deux programmes, soit celui de la francisation et celui de l\u2019alphabétisation.Les personnes immigrantes peu ou pas scolarisées dans leur propre langue échouent très souvent lors de leur formation en francisation.Et on ne peut pas les inscrire en alphabétisation parce qu\u2019elles ne parlent pas le français.» Que faire alors ?« C\u2019est pourquoi nous avons développé ce programme maison, qui emprunte certains éléments à l\u2019alphabétisation et d\u2019autres à la francisation.Cette formation est vraiment conçue pour cette clientèle particulière.Il faut comprendre que ces personnes immigrantes peu ou pas scolarisées dans leur propre langue n\u2019ont pas d\u2019habitudes scolaires, certaines ne savent même pas Collège Frontière www.ucea.qc.ca G /Icea.reseau Q @icea_ Collège Frontière Frontier DEPUIS PLUS DE 100 ANS AU Québec College DES CAMPS DE BUCHERONS AUX CAMPS D\u2019ETE Au Québec depuis 1912, notre action vise le développement des compétences en littératie et la création d\u2019occasions d\u2019apprentissage destinées aux enfants et aux adultes dans des müieux de travaü, des organismes d\u2019insertion, des communautés autochtones et au sein de clubs d\u2019aide aux devoirs et de cercles de lecture situés dans des quartiers marginalisés.Faites partie de la solution ! Devenez bénévole ou faites un don dès aujourd\u2019hui ! www.collegefrontiere.ca JACQUES GRENIER LE DEVOIR La CSBM a intégré dans ses formations en alphabétisation des ateliers pratiques, comme des ateliers en arts plastiques.comment manier un crayon.Il faut donc partir à la base.On commence par: \u201cBonjour, je m\u2019appelle.\u201d C\u2019est une formation qui s\u2019appuie beaucoup sur l\u2019oral, et le rythme d\u2019apprentissage est beaucoup plus lent que la formation régulière.» Cette formation en alpha-francisation est uniquement disponible au Centre d\u2019éducation des adultes Champlain.Les participants à cette formation profitent aussi de l\u2019offre d\u2019ateliers du Centre Champlain.On compte chaque année trente participants divisés en deux classes.U alphabétisation régulière La CSMB confie à ses quatre Centres d\u2019éducation des adultes la responsabilité de la formation en alphabétisation.Bon an mal an, ce sont environ 300 personnes qui s\u2019inscrivent et qui suivent une formation en alphabétisation.« On aimerait bien d\u2019ailleurs en accueillir davantage et on fait des efforts en ce sens.Nous sommes conscients que nous n\u2019arrivons pas à rejoindre tous ceux qui, parmi notre clientèle, en auraient besoin.» Rappelons que la CSMB dessert principalement l\u2019ouest de file de Montréal ainsi que certains arron- dissements centraux.De plus, la clientèle inscrite en alphabétisation a grandement évolué.«Maintenant, les trois quarts des personnes inscrites en alphabétisation sont des personnes immigrantes qui parlent le français mais qui éprouvent des difficultés avec la lecture et l\u2019écriture.Et c\u2019est une clientèle qui, depuis quelques années, a tendance à augmenter.Présentement, seulement un quart des personnes inscrites en alphabétisation sont des personnes nées au Québec qui, pour toutes sortes de raisons, n\u2019ont pas réussi à maîtriser la lecture et l\u2019écriture.» La moyenne d\u2019âge se situe entre 35 et 40 ans.Et le taux de réussite?«Il n\u2019y a pas de diplôme à la fin de la formation en alphabétisation.Il faut comprendre que, pour plusieurs personnes inscrites, il s\u2019agit d\u2019une démarche personnelle qui vise l\u2019atteinte d\u2019un objectif personnel.Lorsque cet objectif est atteint, la personne considère qu\u2019elle a réussi.Pour d\u2019autres, c\u2019est une étape obligatoire avant d\u2019entreprendre un parcours scolaire.Ces derniers sont ensuite dirigés vers l\u2019éducation des adultes.» Collaborateur Le Devoir 9499^884 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE SEPTEMBRE 20IS G 3 ALPHABETISATION Û Y ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019enquête internationale sur la littératie restreint sa population cible aux personnes âgées de 16 à 65 ans, laissant de côté les 66 ans et plus, un groupe dont beaucoup de personnes éprouvent des difficultés en lecture et en écriture.PROGRAMME D\u2019ÉVALUATION Les aînés exclus de l\u2019enquête sur les compétences des adultes Ce groupe d\u2019âge est historiquement reconnu comme le plus faible en littératie Toutes les personnes actives de près ou de loin dans la lutte contre l\u2019analphabétisme attendent avec impatience les résultats du Programme d\u2019évaluation des compétences des adultes (PEICA), qui seront dévoilés le 8 octobre prochain.Cette étude, dont les chiffres serviront de références durant la prochaine décennie, laisse toutefois de côté une tranche de la population particulièrement touchée par le phénomène : les personnes âgées.ETIENNE PLAMONDON ÉMOND Une grand-mère s\u2019est inscrite à un cours d\u2019alphabétisation.Son rêve : pouvoir lire des histoires à ses petits-enfants.Solange Tongas, coordonnatrice du Groupe populaire Déclic, raconte l\u2019anecdote à l\u2019autre bout du fil.Elle connaît cette clientèle, puisqu\u2019elle estime que près du quart des participants aux ateliers d\u2019alphabétisation populaire de Berthierville et de Saint-Gabriel-de-Brandon sont des personnes âgées.Or cette touchante démarche, qu\u2019elle a observée plus d\u2019une fois chez des grands-parents, n\u2019apparaîtra pas dans les statistiques.Le Programme d\u2019évaluation des compétences des adultes (PEICA), cette enquête Internationale sur la littératie qui servira de point d\u2019ancrage à l\u2019analyse du phénomène de l\u2019analphabétisme durant les dix prochaines années, restreint sa population cible aux personnes âgées de 16 à 65 ans.Une méthodologie qui ne plaît pas à M\u201d® Tougas.«Je trouve que ça fausse le portrait, crltlque-t-elle, en Insistant sur le fait que, chez les personnes de 66 ans ou plus, il y a une partie significative de ces personnes qui ont des difficultés» en lecture et en écriture.En effet, les études et analyses tendent à démontrer que la capacité de lire et de décoder s\u2019amenuise avec l\u2019âge si elle n\u2019est pas pratiquée ou utilisée fréquemment.Il y a 10 ans Pourtant, lors de l\u2019Enquête Internationale sur l\u2019alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA) effectuée 11 y a 10 ans.Statistique Canada, qui coordonnait alors l\u2019enquête Internationale, avait Inclus toutes les personnes de 16 ans ou plus dans le volet canadien de l\u2019étude.L\u2019EIACA avait d\u2019ailleurs démontré que le score moyen en compréhension de textes suivis était plus faible chez les 66 ans ou plus que dans toute autre catégorie d\u2019âge, comme le rapportait un résumé de l\u2019Institut de la statistique du Québec (ISQ).Selon un autre document de riSQ publié en 2012, les résultats de l\u2019EIACA révélaient que 94,7% des gens âgés de 66 ans ou plus, au Québec, présentaient des compétences Infé- rieures au niveau 3 sur l\u2019échelle de littératie en santé.Qr ce niveau est considéré comme le seuil de compétence souhaitable pour suivre le rythme des changements dans la société actuelle.L\u2019exception canadienne Pour le PEICA, dont les résultats seront dévoilés le 8 octobre prochain.Statistique Canada s\u2019est retiré de la gestion internationale de l\u2019enquête, laissant sa place à une plus grande collaboration entre les pays sous l\u2019égide de l\u2019QCDE.C\u2019est en partie ce qui explique la décision de ne pas enquêter sur cette tranche d\u2019âge, même si le Canada possède le plus important échantillon, avec près de 27 000 répondants.«La population cible à l\u2019échelle internationale, c\u2019est entre 16 et 65 ans.Ce l\u2019était aussi en 2003.Cette fois-ci, le volet international était très important pour le Canada.Donc, on voulait rester avec la population cible choisie par le consortium international, explique Sylvie Grenier, chef de la section des projets et des enquêtes internationales sur la littératie des adultes à Statistique Canada, lors d\u2019une entrevue téléphonique avec Le Devoir.Si on avait décidé d\u2019y aller avec les 66 ans ou plus, on aurait pu le faire, mais on n\u2019aurait pas pu se comparer avec les autres pays pour cette population.C\u2019était plus un choix de dire, cette fois-ci, qu\u2019on s\u2019intéressait à la population active.» En contrepartie, l\u2019enquête canadienne s\u2019est penchée sur un plus vaste échantillon d\u2019autochtones que lors des enquêtes de 2003 et de 1994.Elle a aussi davantage ciblé les immigrants récemment arrivés au pays.Cette dernière démarche s\u2019explique en partie par le fait que l\u2019un des bailleurs de fonds de l\u2019enquête est Citoyenneté et immigration Canada, intéressé par les informations que pourront lui fournir les données colligées.«Statistique Canada, ce sont nous qui administrons l\u2019enquête, mais c\u2019est une enquête à coût recouvrable», rappelle Sylvie Grenier.Les deux principaux clients derrière le financement de l\u2019enquête de Statistique Canada sont d\u2019ailleurs le Conseil des ministres de l\u2019Education du Canada (CMEC) et Ressources humaines et dévelop- pement des compétences Canada (RHDCC).Triste exclusion Autre nouveauté : cette nouvelle mouture de l\u2019enquête évalue la résolution de problèmes dans un environnement riche en technologie.Raison de plus, pour Solange Tougas, de se désoler de l\u2019absence des 66 ans ou plus dans l\u2019enquête.«Il aurait été intéressant d\u2019avoir ces données-là.Les nouvelles technologies font en sorte que ça accentue les difficultés.Les défis sont plus grands, parce que, lorsqu\u2019on est plus vieux, le rythme d\u2019apprentissage est différent.Comprendre de nouvelles choses avec lesquelles on n\u2019a pas eu à traiter tout le long de sa vie, ça ajoute à la complexité.» Même si le Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec (RGPAQ) attend avec impa- tience les conclusions de cette enquête, il déplore aussi l\u2019exclusion des 66 ans ou plus.«Ils sont encore des citoyens, des parents, des gens qui ont une communication avec le milieu de la santé.Et si on fait les liens avec le système de santé, ce sont eux qui l\u2019utilisent le plus», lance Caroline Meunier, responsable du développement d\u2019analyses et de stratégies au RGPAQ.Solange Tougas, quant à elle, croit que l\u2019enquête «envoie [aux 66 ans ou plus] le message que ce n\u2019est pas grave s\u2019ils ne savent pas lire, parce qu\u2019ils sont sur le point de mourir et qu\u2019on ne mettra pas d\u2019énergie dans eux».Un paradoxe regrettable, soulève-t-elle, alors que le gouvernement fédéral repousse la retraite jusqu\u2019à 67 ans et qu\u2019on tente de maintenir les aînés le plus longtemps possible sur le marché du travail.Nouvelles règles fédérales Il faut dire que cette enquête, concentrée cette fois-ci sur la population active, tombe à un moment où les nouvelles règles d\u2019Qttawa, en ce qui concerne le financement des projets d\u2019alphabétisation, provoquent la grogne.«Si ce n\u2019est pas dans l\u2019objectif d\u2019améliorer les compétences essentielles pour que les gens puissent retourner ou se maintenir au travail, ils n\u2019y voient pas la pertinence», reproche Caroline Meunier.Une approche qui, à son avis, met de côté la question de la prévention et du rôle de l\u2019entourage des jeunes lors de leur apprentissage.Même le RGPAQ se serre en ce moment la ceinture et réduit son personnel, après avoir récemment renoncé au financement qui lui était alloué par le Bureau de l\u2019alphabétisation et des compétences essen- tielles (BACE).«Les nouvelles orientations qu\u2019Ottawa donnait à ses programmes de financement nous éloignaient de notre mission et on aurait fini par perdre notre identité», explique M\u201d® Meunier.«On veut rester fidèle à nos préoccupations par rapport à la défense des droits des adultes à la formation, à une vision large de la situation et à des pratiques qui correspondent à cette vision.A un moment donné, on nous demandait de seulement agir sur la question de l\u2019emploi.C\u2019est une dimension importante, mais ce n\u2019est pas la seule», souligne-t-elle.Une vision, en somme, qui accorde de l\u2019importance aux grands-parents désirant lire des histoires à leurs petits-enfants.Collaborateur Le Devoir csn.qc.c G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 20IS ALPHABETISATIOI LUTTE CONTRE L\u2019ANALPHABETISME Une action concertée des divers acteurs sociaux s\u2019impose « On remarque une sous-utilisation des ressources offertes en alphabétisation » Les écoles et les centres de formation des adultes ont des rôles très importants à jouer pour lutter contre l\u2019analphabétisme, mais l\u2019équipe de l\u2019Institut de coopération pour l\u2019éducation des adultes (ICEA) croit que les différents ministères et acteurs sociaux doivent mettre la main à la pâte pour relever ce défi majeur, ce qui est nécessaire pour la poursuite du développement de la société québécoise.MARTINE LETARTE Les milieux de la santé, de la culture, de l\u2019environnement: tous doivent multiplier les efforts pour développer une véritable culture de la formation au Québec.C\u2019est ainsi, d\u2019après Ronald Cameron, directeur général de l\u2019ICEA, que le Québec pourra lutter efficacement contre l\u2019analphabétisme et permettre à tous de continuer à apprendre.«Il faut un plan structuré qui fera intervenir différentes instances gouvernementales dans le but de valoriser l\u2019apprentissage», affirme-t-il.Le ministère de la Santé pourrait par exemple présenter des interventions pédagogiques dans différents milieux pour permettre aux gens de comprendre certaines réalités.Il pense aussi à des activités d\u2019animation dans les quartiers, dans les musées, en entreprise et dans les groupes actifs en employabilité.«L\u2019alphabétisation n\u2019est pas seulement une question de comprendre la langue, mais aussi de comprendre son entourage, remarque Ronald Cameron.Cela inclut toute la formation de base des individus.» Rejoindre les différentes populations Pourquoi ne pas simplement mjser sur le ministère de l\u2019Éducation?«Ses efforts sont très importants pour lutter contre l\u2019analphabétisme, mais, pour mieux réussir, il ne suffit pas de lui accorder un plus gros budget pour offrir davantage de cours, affirme M.Cameron.D\u2019ailleurs, on remarque une sous-utilisation des ressources offertes en alphabétisation.» Après avoir participé à une recherche de l\u2019Université de Montréal effectuée dans les PME l\u2019an dernier, l\u2019ICEA a vu qu\u2019il est nécessaire de prendre différents moyens pour rejoindre les populations.«Dans les entreprises, par exemple, les gens qui ont les plus grands problèmes d\u2019analphabétisme ne participent pas aux activités de formation parce qu\u2019ils ne veulent pas passer pour des cancres», explique M.Cameron.L\u2019ICEA milite pour que tous les acteurs sociaux reconnaissent le problème et valorisent l\u2019apprentissage.«Nous considérons l\u2019alphabétisation comme un levier pour l\u2019apprentissage en général; c\u2019est essentiel pour le développement des capacités et la création d\u2019une culture dynamique de formation », affirme Ronald Cameron.Apprendre et désapprendre Qn attend cet automne de nouvelles statistiques de l\u2019Qr-ganisation de coopération et de développement économiques (QCDE) sur les niveaux de littératie des populations des différents pays.«Les données les plus récentes datent de 2003 et l\u2019Institut de la statistique du Québec avait réalisé SOURCE TELE-QUEBEC Le problème de plusieurs personnes est qu\u2019elles arrivent à lire, mais qu\u2019elles n\u2019arrivent pas à comprendre ce qu\u2019elles lisent.par la suite une analyse qui avait fait grand bruit, indique M.Cameron.Elle précisait que près de la moitié des gens âgés de 16 à 65 ans au Québec n\u2019avaient pas les compétences nécessaires en lecture pour fonctionner dans la société.J\u2019ai entendu à travers les branches que nous risquons de nous retrouver, avec les nouvelles données, sensiblement à la même place que celle où nous étions.» Toutefois, le Canada est réputé avoir un très haut taux d\u2019alphabétisation.«D\u2019après le Programme des Nations unies pour le développement, le Canada a un taux d\u2019alphabétisation de 99 % chez les gens âgés de 15 ans ou plus, précise Ronald Cameron.Le problème de plusieurs de ces personnes en difficulté est qu\u2019elles arrivent à lire, mais qu\u2019elles n\u2019arrivent pas à comprendre ce qu\u2019elles lisent.On ne sera pas étonné, dans ce contexte, que la réussite d\u2019un programme de formation soit menacée pour plusieurs, tout comme l\u2019intérêt pour la formation continue et les chances de progresser en emploi et d\u2019évoluer avec les nouvelles technologies.» Le directeur général de l\u2019ICEA s\u2019inquiète aussi de voir certains adultes perdre leurs capacités de lecture.«Il y a une érosion des capacités 10 ou 15 ans après la scolarisation, déplore-t-il.Il faut trouver des façons de garder les personnes alertes pour qu\u2019elles soient toujours intéressées à la chose poli- tique, à la vie démocratique.La société devient de plus en plus complexe.Il faut amener les gens à continuer à développer leurs capacités par différents moyens, à acquérir une culture de la curiosité.» Pour un plan d\u2019action L\u2019ICEA a réussi à créer un certain consensus en matière d\u2019alphabétisation le printemps dernier, lors des 24 heures pour un Québec apprenant.L\u2019événement avait réuni 250 personnes provenant entre autres des milieux scolaire, communautaire et syndical.«Tout en reconnaissant le rôle crucial joué par le ministère de l\u2019Education, plusieurs réseaux réunis s\u2019entendaient pour dire que le gouvernement devait reconnaître cette vision globale de la problématique et se doter d\u2019un plan interministériel intégrant plusieurs acteurs de la société», affirme Ronald Cameron.Il croit que la société québécoise est mûre pour le développement d\u2019un grand chantier en matière d\u2019alphabétisation.«Comme nous avons mené la réforme du système scolaire dans les années 60, il faut maintenant agir en alphabétisation, croit M.Cameron.C\u2019est la porte d\u2019entrée pour qu\u2019une population puisse exercer son droit d\u2019apprendre tout au long de sa vie.» Collaboratrice Le Devoir FEDERATION DES TRAVAILLEURS ET TRAVAILLEUSES DU QUEBEC Priorité à la francisation en milieu de travail Il y a de ces gens qui atterrissent en terre québécoise dans une situation précaire sur le plan des compétences de base, pendant que d\u2019autres nouveaux arrivants ne parviennent à peu près pas à s\u2019exprimer en français.La grande majorité de ces personnes occupent un emploi dans le domaine des services, là où la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) les accompagne dans leurs apprentissages.REGINALD HARVEY V ice-présidente de la ETQ, coor- Louise Mercier Louise Mercier donne de plus les activités de l\u2019Union des employés de service (UÊS), section locale 800, un syndicat affilié à cette centrale syndi-cale ; ses quelque 20000 membres s\u2019activent notamment dans les secteurs du vêtement et de l\u2019hôtellerie.Qu\u2019en est-il, selon elle, de l\u2019alphabétisation en milieu de travail en 2013 ?Sa réponse traduit un certain pessimisme : «Je dirais que, de 1 à 10, j\u2019attribuerais une note de 3 relativement à la situation.» Elle invite à poser ce regard sur la problématique rencontrée : «Il faut prendre cette alphabétisation dans un sens large en quelque sorte, parce que notre projet syndical consiste à franciser ces milieux-là.On insiste beaucoup sur la formation de base dans le sens de toutes les compétences en cause, mais particulièrement de celles que les gens peuvent posséder en français pour garder leur emploi et pour se comprendre entre eux.» La preuve en est que ce syndicat, qui œuvre dans le secteur privé, organise des classes de français depuis plus de 10 ans : «On le fait tant dans le domaine du vêtement que dans celui de l\u2019entretien ménager, qui sont les deux gros pôles où se retrouvent les personnes immigrantes qui sont souvent analphabètes dans leur propre langue.» Elle ouvre cette parenthèse : «Plusieurs n\u2019ont pas beaucoup de scolarité, si on excepte les Latinos, qui, dans bien des cas, en possèdent davantage; je travaille à franciser des milieux où les gens apprennent à lire et à écrire en français: souvent ces personnes sont des médecins, des ingénieurs ou des journalistes, mais elles n\u2019ont aucune compétence en lecture ou en écriture du français.» Elle émet cette opinion à la suite de ce constat: «Si, dans les syn- dicats affiliés à la ETQ, on n\u2019avait pas ce souci-là de les épauler en français, je peux assurer, à mon humble avis, qu\u2019il n\u2019y aurait pas beaucoup de francisation dans les milieux de travail.» Il est difficile pour les employeurs d\u2019organiser des classes pour ces travailleurs, qui fréquemment bossent en dehors de leurs locaux et qui possèdent un horaire atypique.Sur le plan politique, la vice-présidente considère que les gouvernements ont fait des gestes concrets pour assurer un certain degré de francisation aux nouveaux arrivants, tout en posant ce constat laconique: «Ce qu\u2019ils offrent ne comble pas les besoins en situation de travail; la formation n\u2019est pas nécessairement actualisée selon le travail requis pour ces gens, qui forment parfois de gros groupes.» La recette de la ETQ pour la réussite dans ce genre d\u2019apprentissage est la suivante: «On travaille depuis près de 10 ans avec un organisme communautaire qui s\u2019appelle Eormation de base de «La formation de base qu\u2019on peut offrir à quelqu\u2019un, cela dépasse la langue et c\u2019est vraiment l\u2019acquisition de compétences en lecture, en écriture, etc.On est très conscient qu\u2019il faut faire plus que d\u2019apprendre à parler le français.» la main-d\u2019œuvre; il répond aux véritables besoins liés aux milieux de travail.» Et même si les employeurs se trouvent la plupart du temps dans une position hors normes pour favoriser l\u2019accès de leurs employés au savoir en français, elle se félicite de l\u2019engagement de certains: «Pour plusieurs, il ne s\u2019agit pas de leur priorité, mais, pour être très honnête, je fais affaire avec huit entreprises dans le secteur de l\u2019entretien ménager qui libèrent leurs employés et qui collaborent très bien avec nous; on a mis un an et demi, il y a 10 ans, à les convaincre du bien-fondé de le faire.» Elle souligne encore que le syndicat arrive à s\u2019acquitter de sa tâche en vertu des subventions de plus d\u2019un million de dollars qu\u2019il reçoit de l\u2019appareil gouvernemental provincial.Encore faut-il savoir que ces efforts de francisation, financiers et autres, s\u2019appliquent seulement aux secteurs du vêtement et de l\u2019entretien ménager : « On ne couvre pas les autres secteurs où il y a aussi beaucoup d\u2019immigrants, comme ceux des résidences pour personnes âgées, des préposés aux bénéficiaires ou d\u2019autres.On a choisi de s\u2019attaquer au domaine de l\u2019entretien ménager parce que, sur 10000 salariés, on peut estimer qu\u2019il doit y avoir là 75 % des personnes qui ne parlent pas le français; c\u2019est beaucoup si on considère que presque la moitié de nos membres qui s\u2019activent dans ce secteur ne sont pas fonctionnels en français.» Ét elle passe cette remarque: «Du côté gouvernemental, il y a une belle préoccupation pour les professionnels, pour les gens qui rentrent au pays et qui ont une certaine compétence, mais il n\u2019y a pas que ces personnes qui entrent au pays.» Dans un monde idéal.Louise Mercier se risque à exprimer une opinion personnelle, au sujet des nouveaux arrivants, en matière de compétences de base: «Ils arrivent dans un pays qui s\u2019appelle le Canada, mais on les reçoit au Québec; ils possèdent, pour plusieurs, une bonne connaissance de l\u2019anglais mais pas du français; ils ont à faire face à une autre réalité.» Au-delà de cette considération, elle se livre à cet énoncé : «La formation de base qu\u2019on peut offrir à quelqu\u2019un, cela dépasse la langue et c\u2019est vraiment l\u2019acquisition de compétences en lecture, en écriture, etc.On est très conscient qu\u2019il faut faire plus que d\u2019apprendre à parler le français.» Êt elle reconnaît que, dans un pays comme le nôtre, la problématique d\u2019alphabétisation passe aussi par celle de l\u2019immigration: «Tout à fait.Quand on se retrouve avec des gens qui étaient analphabètes dans leur propre pays, parce qu\u2019il y en a, que fait-on avec eux?On veut leur montrer le français, mais comment récupérer tout ce qui s\u2019est passé à l\u2019origine ?» Et, pour conclure sur une note plus optimiste, elle tient à rapporter un fait vécu qui incite son syndicat à poursuivre dans la même voie: «Un monsieur brillant, vétérinaire de profession, ne parlait pas du tout le français à son arrivée ici, il y a quatre ou cinq ans; il travaillait dans l\u2019entretien ménager.Il a appris cette langue avec notre appui et il vient de me faire parvenir une copie du diplôme de vétérinaire qu\u2019il a reçu récemment.Il tenait à nous remercier.» «Ce sont là de belles histoires qui ne sont pas connues.Et on comprendra que, si cette personne s\u2019en était tenue à un programme gouvernemental ou à une formation que l\u2019employeur aurait dû lui offrir, elle ne serait pas devenue vétérinaire aujourd\u2019hui», enchaîne-t-elle.Collaborateur Le Devoir Sntenant education'des'adultes.ca DE L'ALPHABÉTISATION À LADIPLOMATION.LES CENTRES D'ÉDUCATION DES ADULTES DE LA COMMISSION SCOLAIRE MARGUERITE-BOURGEOYS Lieux d'apprentissage tout autant que milieux de vie et tremplins d'intégration, les centres d'éducation des adultes offrent des classes d'alphabétisation à partir desquelles les élèves adultes peuvent cheminer jusqu'à l'obtention d'un diplôme d'études secondaires ou professionnelles.COMMISSION SCOLAIRE MARGUERITE-BOURGEOYS Centre d'éducation des adultes Champlain (Verdun) 514 765.8444 Centre d'éducation des adultes de LaSalle (LaSalle) 514 595.2041 Centre d'éducation des adultes Jeanne-Sauvé (Pierrefonds) 514 855.4195 Centre d'éducation des adultes Outremont (Outremont) 514 273.3353 COMMISSION SCOLAIRE LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 SEPTEMBRE 2013 G 5 ALPHABETISATION ALPHA BELLECHASSE Une bande dessinee ponr mienx comprendre Fanalphabétisme Avec Les maux silencieux, le bédéiste Mathieu Lampron dresse un portrait tout en nuances des problèmes d\u2019analphabétisme au Québec, tant en régions rurales qu\u2019en milieu urbain.Une bande dessinée documentaire qu\u2019il n\u2019hésite pas non plus à agrémenter d\u2019histoires personnelles.Un travail commandité par le groupe populaire en alphabétisation Alpha Bel-lechasse, qui fête cette année ses 10 ans d\u2019existence sur le terrain.HELENE ROULOT-GANZMANN Ce n\u2019est jamais très facile pour un artiste de s\u2019épanouir dans un travail institutionnel.Et pourtant, cette fois, le résultat est réellement à la hapteur.A l\u2019occasion des 10 ans d\u2019Al-pha Bellechasse, l\u2019association souhaitait frapper fort: offrir un produit qui reste et qui marque les esprits.C\u2019est là que la rencontre avec le bédéiste Mathieu Lampron se fait et que l\u2019idée de réaliser une bande dessinée sur le problème de l\u2019analphabétisme prend vie.«J\u2019ai eu toute liberté, explique le jeune artiste.Ça faisait longtemps que je voulais faire une œuvre documentaire, partir d\u2019une véritable enquête.L\u2019occasion était idéale.J\u2019avais un mois de congé en mai entre deux contrats.J\u2019en ai profité pour partir avec les éducateurs sur les routes de la région de Bellechasse.Ça m\u2019a permis de m\u2019imprégner des problématiques.Et ici, à Montréal, je suis allé régulièrement suivre les ateliers de lecture de l\u2019association La Jarnigoine et je me suis entretenu avec quelques-uns des animateurs.» Roman graphique Alpha Bellechasse s\u2019attendait à un format plus traditionnel, une bande dessinée plus enfantine.Mais, une fois n\u2019est pas coutume, l\u2019association a fait confiance à l\u2019artiste et de cette latitude est né un roman graphique très agréable à lire, tout en douceur et en émotion, grâce auquel le lecteur apprend beaucoup de choses.«Qui sait qu\u2019une personne sur deux au Québec se situe aux niveaux 1 ou 2 de l\u2019échelle de l\u2019analphabétisme, c\u2019est-à-dire incapable de lire, d\u2019écrire, ni même de comprendre un texte ?demande Mathieu Lampron.Près de 800000 Québécois sont au niveau 1.Ceux-là, les enjeux qui leur échappent sont spectaculaires! Pensez qu\u2019ils sont incapables de comprendre ce que leur dit le médecin et de lire la posologie d\u2019un médicament.» Taux préoccupants Dans la MRC de Bellechasse, dans vingt municipalités rurales et semi-urbaines situées au sud-est de Lévis, ce sont même 63% des 16-65 ans qu\u2019on retrouve parmi les niveaux 1 ou 2.Presque deux personnes sur trois.Au sud de la circonscription, où les taux de dévitalisation économique et de pauvreté explosent, les chiffres sont encore plus dramatiques.«C\u2019est un mythe que cela ne concerne que les personnes âgées, explique Céline Laflamme, coordonnatrice d\u2019Alpha Bellechasse.Si on ne prenait que les plus de 66 ans, oui, les taux seraient encore plus saisissants.Mais la situation est préoccupante aussi chez les jeunes adultes.» Situation préoccupante et maux silencieux, d\u2019où le nom de la bande dessinée, car le phénomène, aussi étendu soit-il, reste très tabou, donc complexe à traiter.«Aujourd\u2019hui, une personne analphabète est consciente de l\u2019être et sait les problèmes que ça lui pose au quotidien, estime Céline Laflamme.Qn en entend de plus en plus parler, on le retrouve même dans des films, comme Louis Cyr, l\u2019homme le plus fort du monde, récemment.Mais notre territoire est vaste, à Bellechasse.Rejoindre tout le monde est compliqué.Nous faire connaître de tous est compliqué, d\u2019autant plus que nos budgets et nos subventions n\u2019augmentent plus depuis plusieurs années et que le fédéral s\u2019est retiré de nos programmes.Nous fonctionnons beaucoup par bouche à oreille.» Rejoindre le milieu Il faut aussi souvent contourner le tabou pour atteindre les victimes.Depuis quelques années.Alpha Bellechasse donne notamment des cours d\u2019introduction à l\u2019informatique.« Qn se rend alors compte que les personnes qui sont aujourd\u2019hui incapables d\u2019utiliser un ordinateur sont aussi celles qui ont des difficultés de lecture, raconte Céline Laflamme.Elles sont venues à nous pour obtenir des cours de base en informatique, souvent parce que leurs enfants ou petits-enfants sont partis en ville chercher du travail et qu\u2019elles voudraient communiquer avec eux, et, par ce biais-là, nous arrivons à les faire entrer dans nos programmes d\u2019alphabétisation.» L\u2019isolement et l\u2019exclusion sociale font partie des conséquences de l\u2019analphabétisme.La pauvreté également, car les personnes analphabètes qui perdent leur emploi ont aujourd\u2019hui de la difficulté à en retrouver un autre.De graves problèmes de santé peuvent également survenir en raison de l\u2019incompréhension des directives médicales.Sans compter la faible estime de soi.Mais toutes ces conséquences peuvent également être des causes.Tout comme le déficit d\u2019apprentissage et le décrochage scolaire.Nécessaire francisation «Depuis 2008, nous avons une autre problématique sur le territoire de Bellechasse, celle de l\u2019immigration, explique Céline Laflamme.Parce qu\u2019une entreprise s\u2019est mise à embaucher et que ç\u2019a attiré beaucoup d\u2019étrangers.Certains d\u2019entre eux ne comprennent pas le français, nous avons donc développé des programmes de francisation.Mais d\u2019autres, notamment les Haïtiens, le comprennent à l\u2019oral, le parlent, parfois difficilement, mais le parlent, mais ils ne le lisent pas et ne l\u2019écrivent pas.» Pour ceux-là, il faut adapter les cours et intégrer des notions de culture québécoise pour s\u2019intégrer dans la société.Alpha Bellechasse travaille également avec les élèves en difficulté, ceux qui ont des parents analphabètes, afin de prévenir le problème, ceux qui sont temporairement mis à la porte d\u2019une école, pour ne pas qu\u2019ils rompent totalement et qu\u2019ils décrochent.En plus des leçons d\u2019alphabétisation, l\u2019association donne souvent du soutien aux devoirs.«Maux silencieux» Tout cela, Mathieu Lampron l\u2019explique très bien avec Les maux silencieux.Une bande Encore trop d\u2019adultes québécois ont de grandes difficultés avec la lecture et l\u2019écriture.A quand une stratégie nationale de lutte MT contre l\u2019analphabétisme au Québec?ENSEMBLE CONTRE L'ANALPHABÉTISME ensemble.qc.ca dessinée qui se veut également personnelle puisque fauteur n\u2019a pas hésité à intégrer sa propre histoire, ses propres questionnements, ses propres doutes.«Ceux qui vivent en milieu favorisé ont toujours l\u2019impression que l\u2019analphabétisme, c\u2019est ailleurs, estime-t-il.J\u2019évoque les problèmes que ma petite fille peut rencontrer parce que, en réalisant cette bande dessinée, je me suis posé des questions.Si elle avait eu d\u2019autres parents, si sa réalité sociale avait été différente, est-ce que les conséquences l\u2019auraient également été ?Aujourd\u2019hui, j\u2019ai l\u2019intuition que oui.Bien sûr, il y a le système scolaire, qui a de moins en moins tendance à exclure les élèves en difficulté d\u2019apprentissage.Mais il y a aussi la cellule familiale et l\u2019environnement de l\u2019enfant.» Les visiteurs du deuxième salon de l\u2019alphabétisation de Bellechasse, organisé par Alpha Bellechasse cette fin de semaine, auront la primeur de cette bande dessinée, dont tous les bénéfices des ventes serviront à soutenir les différents programmes de l\u2019association.Pour la suite, les démarches sont encore en cours pour une sortie en librairie.Le deuxième Salon de l\u2019alphabétisation de Bellechasse se déroule les 7 et 8 septembre au Centre communautaire de Beaumont.Programmation complète : http://bellechasse.al-phabetisation.ca.Collaboratrice Le Devoir NOmmER LA CHOSE.MATHIEU LAMPRON Avant de créer Les maux silencieux, le bédéiste Mathieu Lampron a accompagné les éducateurs de la région de Bellechasse et est allé suivre des ateliers de lecture pour s\u2019imprégner des problématiques entourant l\u2019analphabétisme.En haut et en bas, des extraits tirés de sa bande dessinée.VIENS DE PERDRE L EMPLOI QUE J AVAIS DEPUIS 23 ANS.VU QUE J Al PAS D INSTRUCTIQNp CA VA ÊTRE DUR b EN TROUVER UN AUTRE.înfo^M^ 1 800 361-9142 Depuis sa création, en 1990, la ligne Info-Alpha a aidé 65 000 personnes qui, comme Paul, ont fait le choix de retourner en formation.Info-Alpha est un service téléphonique sans frais et confidentiel qui offre aide et écoute aux personnes analphabètes et à toute personne souhaitant avoir accès à la formation de base en lecture et en écriture.Un service de la Æ m I alphabétisation Des mots d'espoir ààà Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec AIDEZ-NOUS A LES AIDER,[^El^ fondationalphabetisation.org/donnez 1 800 361-9142 RGPAQ 51 G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE SEPTEMBRE 20IS ALPHABETISATIOS COLLEGE ERONTIERE Des camps de littératie remportent un vif succès chez les Cris « Un enfant qui lit cinq livres au cours de l\u2019été préservera ses acquis de l\u2019année scolaire précédente » Grâce à Collège Frontière, 450 enfants des nations cries du Québec ont maintenu, voire amélioré, leurs compétences en lecture et en écriture au cours de l\u2019été.MARIE LAMBERT-CHAN Certains élèves qui reprennent le chemin de l\u2019école en septembre s\u2019avèrent moins habiles en lecture et en écriture qu\u2019ils ne l\u2019étaient avant les vacances.C\u2019est ce qu\u2019on appelle la perte estivale des acquis.Elle survient surtout chez les enfants de familles à faible revenu, où l\u2019accès aux livres est plus difficile.La régression équivaut souvent à un mois d\u2019enseignement, mais, parfois, elle peut atteindre pratiquement une année.Pour freiner ce recul, l\u2019organisme d\u2019alphabétisation Collège Frontière a mis sur pied des camps de jour de littératie destinés aux enfants âgés de 5 à 12 ans qui sont issus des neuf communautés cries du Québec, en collaboration avec leur commission scolaire.Au cours de l\u2019été, des animateurs recrutés au Sud et au Nord ont initié quelque 450 jeunes au plaisir de la lecture grâce à des dons importants de matériel de bricolage et de livres neufs \u2014 300 par communauté \u2014 ainsi que des activités ludiques.Chant, musique, théâtre, activités sportives, excursions en forêt: tous les prétextes étaient bons pour inciter les participants à lire et à écrire.«Nous avons instauré une correspondance entre les enfants des différents camps.Ils ont adoré! Non seulement c\u2019était un excellent exercice d\u2019écriture, mais, en plus, cela leur permettait de communiquer avec d\u2019autres cam- peurs», illustre l\u2019animatrice Marie-Michèle Bibeau, 25 ans, qui a œuvré à Waskaganish.Le succès a été retentissant, selon Mélanie Valcin, gestionnaire de la section québécoise de Collège Frontière et responsable du projet.«Nos sondages indiquent que 92% des parents estiment que leurs enfants lisent davantage à la maison après avoir participé au camp et 90 % des éducateurs constatent une amélioration de la maturité scolaire des participants», affirme-t-elle.750 jeunes rejoints Les enfants cris ne sont pas les seuls à avoir profité de cette initiative.Sept autres communautés \u2014 micmacs, atikamekws et abishnabes \u2014 ont aussi accueilli dans leur propre camp de jour des animateurs ayant reçu une formation en littératie.Chacune a bénéficié du même don de livres que les nations cries.En tout, au Québec, ce sont donc plus de 750 jeunes autochtones qui ont maintenu, voire amélioré, leurs compétences en lecture et en écriture.«Des recherches ont démontré qu\u2019un enfant qui lit cinq livres au cours de l\u2019été préservera ses acquis de l\u2019année scolaire précédente.Or nos campeurs ont lu beaucoup plus que cinq ouvrages !», déclare Mélanie Valcin.Les camps ont atteint un autre objectif, celui de renforcer l\u2019estime de soi des enfants.«Certains étaient très gênés de lire à voix haute devant le groupe, mais, à la fin de l\u2019été.COLLEGE ERONTIERE La participation à un camp de iittératie donne souvent ie goût de ia iecture aux enfants, en pius d\u2019augmenter ieur estime de soi.ils ne l\u2019étaient plus.C\u2019est un progrès significatif», rapporte Marie-Michèle Bibeau.Des communautés engagées Les premiers camps de littératie de Collège Frontière ont vu le jour chez cinq nations du Nord de l\u2019Ontario, en 2005.Aujourd\u2019hui, le projet est implanté dans 80 communautés à travers le pays et touche la vie de plus de 4000 enfants.Le se- cret de cette réussite ?La participation des communautés.L\u2019organisme d\u2019alphabétisation est conscient que plusieurs membres des Premières Nations, toujours marqués par l\u2019expérience des pensionnats autochtones, entretiennent une perception négative de l\u2019éducation.«Selon de nombreuses études, l\u2019engagement du parent ou du tuteur est le facteur qui aura le plus d\u2019influence sur le succès scolaire de l\u2019enfant.Des générations d\u2019autochtones ont beaucoup de mal à pleinement encourager et soutenir l\u2019éducation formelle de leurs enfants et petits-enfants, en raison du legs historique des pensionnats amérindiens», peut-on d\u2019ailleurs lire dans un rapport rédigé en 2012 par Collège Frontière.Insertion communautaire C\u2019est pourquoi l\u2019organisme se fait un devoir d\u2019intégrer les communautés dans son projet.Par exemple, les aînés sont invités à raconter des légendes aux enfants ou à leur enseigner l\u2019artisanat, les vertus des plantes et des techniques de trappe.Des figures importantes de la communauté mettent aussi la main à la pâte.«On peut demander au chef de police de venir lire une histoire aux jeunes.On donne ainsi le goût de la lecture par l\u2019exemple», explique Mélanie Valcin.Collège Frontière se veut respectueux des valeurs et des traditions des communautés participantes.«Les animateurs autochtones nous aident considérablement dans cette mission, constate M\u201c® Valcin.Leur connaissance de la langue, des enfants et de la culture a permis à chaque équipe d\u2019éducateurs de bâtir un programme propre à la réalité de la communauté où elle a travaillé.» L\u2019attention de l\u2019organisme ne s\u2019arrête pas là: parmi les livres donnés, on retrouve des ouvrages écrits dans la langue maternelle des enfants ou rédigés par des auteurs autochtones.Au terme de l\u2019été, la Commission scolaire crie et les nations qu\u2019elle dessert semblaient toutes très satisfaites des résultats des camps de littératie,, aux dires de Mélanie Valcin.A tel point que Collège Frontière a récemment amorcé un autre partenariat, cette fois avec l\u2019Administration régionale crie, pour faire progresser les compétences en lecture et en écriture de travailleurs autochtones.«On espère que c\u2019est le début d\u2019une belle aventure avec les nations cries», souhaite la gestionnaire.Collaboratrice Le Devoir ANALPHABETISME ET TRAVAIL Il faut s\u2019attaquer de front aux problèmes de littératie au Québec Il est faux de croire que l\u2019analphabétisme ne touche que des personnes sans emploi, rappelle Denise Boucher, vice-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).Ce sont en effet 46% des Québécois âgés de 16 à 65 ans qui souffrent de problèmes de littératie et qui n\u2019ont pas les compétences nécessaires pour décoder l\u2019information permettant de fonctionner pleinement dans la société.Parmi ceux-ci, 800000 Québécois sont considérés comme analphabètes, soit au plus bas niveau de l\u2019échelle de compréhension des textes.ASSIA KETTANI Toutes les catégories d\u2019âge et professionnelles sont ainsi touchées par le problème de l\u2019analphabétisme.« Que ce soit dans le secteur industriel, la construction, l\u2019alimentaire ou même le secteur de la santé, de nombreux travailleurs font un bon apprentissage, décrochent leur certificat de compétence, mais amorcent leur vie professionnelle avec des lacunes en formation de base», déplore Denise Boucher.Un faux départ qui les pénalise à plusieurs niveaux: une personne aux prises avec des problèmes de littératie risque premièrement de décrocher un emploi moins bien payé.Et, par la suite, elle sera incapable d\u2019évoluer au sein de son travail ou encore de relever le défi de se trouver un meilleur emploi.Mais, alors que les précédentes générations pouvaient plus facilement apprendre sur le tas et gravir les échelons dans leur entreprise, où il y avait peu de mouvements de personnel, les travailleurs doivent aujourd\u2019hui faire face à une évolution rapide des technologies et à un besoin constant de rester à la page.« Quand une entreprise change de méthode de travail ou renouvelle ses machines, il faut des connaissances pour s\u2019adapter.Souvent, les travailleurs ayant des difficultés de littératie ne peuvent pas répondre à la tâche.» Stagnation Mal^é l\u2019urgence de faire évoluer la situation, les chiffres stagnent, déplore Denise Boucher : dix ans après la parution de l\u2019Enquête internationale sur l\u2019alphabétisation et les compétences des adultes, aucune évolution de taille n\u2019a été constatée.Et, selon elle, il s\u2019agit là d\u2019un enjeu qui se pose à l\u2019échelle de la société.«Le Québec ne peut pas se permettre un tel taux de littératie s\u2019il veut rester compétitif et performant sur le plan international.» Dans l\u2019Enqqête, le Québec se classait d\u2019ailleurs devant les Etats-Unis et le Mexique, mais parmi les derniers du côté des provinces canadiennes et derrière les pays européens participants.A l\u2019image du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur, il faudrait, préconise-t-elle, un grand chantier national pour s\u2019attaquer de front au problème de la littératie au Québec.«La crise postsecondaire touche une catégorie déjeunes, mais il y a d\u2019autres défis à relever.Pour aller à l\u2019université, il faut tout d\u2019abord savoir lire, écrire et compter.Il faudrait un grand chantier national qui dépasse le postsecondaire et qui permette à tous les Québécois d\u2019avoir une formation de base.» Et la vraie base, indique-t-elle, se trouve du côté des déterminants sociaux.« Quand un enfant naît dans un milieu pauvre et défavorisé, la lecture n\u2019est pas toujours la priorité.» Malheureusement, les coupes budgétaires ont des impacts négatifs sur l\u2019apprentissage, notamment chez les plus jeunes.« Quand l\u2019objectif du gouvernement est d\u2019atteindre le déficit zéro, les organismes communautaires et les commissions scolaires en subissent les conséquences et se retrouvent confrontés à des difficultés énormes.» Ainsi, alors que les compressions gouvernementales totalisent 500 millions de dollars depuis deux ans, les services aux élèves écopent: «Les coupes se font dans des services essentiels, parmi les orthophonistes, les spécialistes et les professionnels qui encadrent les jeunes aux prises avec des problèmes d\u2019apprentissage.Or, si on n\u2019agit pas dès le début, on se retrouve avec des «Si on n\u2019agit pas dès le début, on se retrouve avec des adultes ayant des problèmes d\u2019alphabétisation» adultes ayant des problèmes d\u2019alphabétisation.» Contrer le décrochage scolaire Le deuxième axe d\u2019intervention de la CSN est le décrochage scolaire, qui fait l\u2019objet d\u2019actions ciblées sur l\u2019ensemble du territoire du Québec.«La CSN a des conseils centraux qui soutiennent les initiatives régionales sur le décrochage.En Estrie, par exemple, de jeunes militants syndicaux font du parrainage pour aider et soutenir des élèves du secondaire.Il y a également du soutien aux organismes communautaires, des participations dans des partenariats régionaux pour valoriser l\u2019école.».Malgré ces initiatives, la situation reste alarmante.«Les jeunes décrochent pour aller plus rapidement sur le marché du travail, mais, lorsqu\u2019ils atteignent 35 ou 40 ans, ils se heurtent à un mur.Et ça coûte cher à l\u2019Etat de rattraper le temps perdu.» Les entreprises doivent aussi, selon Denise Boucher, en faire davantage pour relever les compétences de leurs salariés, à travers par exemple l\u2019implantation de formations d\u2019alphabétisation et de francisation dans les milieux de travail.Or «il y a peu de demandes des entreprises dans ces volets, déplore-t-elle.De nombreux employeurs privilégient la formation à la tâche ou alors destinent les formations en alphabétisation au personnel administratif plutôt qu\u2019au personnel de soutien et à la main-d\u2019œuvre.Pour ces employeurs, si un employé répond à la tâche, il n\u2019y a aucun intérêt à investir du temps et de l\u2019argent pour qu\u2019il devienne un meilleur citoyen.Il risquerait d\u2019aller chercher un meilleur emploi ailleurs.» Et, pour évaluer les besoins de formation de base dans les milieux du travail, les syndicats doivent être partenaires, affirme-t-elle.«Ce n\u2019est pas l\u2019employeur qui doit déterminer les formations.Les syndicats voient quels sont les besoins dans les entreprises, ils connaissent les travailleurs et savent qui a des problèmes de littératie.» Pour cela, des comités paritaires, consti-tués à parts égales de représentants des salariés et des employeurs, doivent donc être NATH B La vice-présidente de ia CSN, Denise Boucher, aimerait que soit mis en piace un chantier pour s\u2019attaquer aux prohièmes de iittératie au Québec.implantés partout, surtout dans les entreprises de taille moyenne, où ils sont encore trop rares.Mais, «sans soutien, c\u2019est impossible, estime-t-elle.Il faut que le gouvernement investisse des ressources pour que le Québec puisse relever la barre.Il faut aider les organismes communautaires et se donner des objectifs clairs, ciblés et valables pour réussir à faire baisser le taux d\u2019analphabétisme dans la société.» Collaboratrice Le Devoir $ 800 000 Québécoises et Québécois ne peuvent déchiffrer ce message.L\u2019ALPHABÉTISATION FEDERATION AUTONOME DE L'ENSEIGNEMENT La force vive an éducetion .www.lafae.qc.ca "]
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