Le devoir, 28 septembre 2013, Cahier B
[" Architecture : rendre attrayant un bâtiment du passé sans le dénaturer Page b 6 Michel David rappelle que la CAQ est en mal de visibilité Page b 3 Manon Cornellier note le refus d\u2019Ottawa de parler du suicide assisté Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 20IS Charte DES VALEURS Le silence de Fatima L\u2019éclairage de la seule députée musulmane à Québec serait précieux ARCHIVES LE DEVOIR M\u201c® Houda-Pepin disait, en 2012, ne pas épouser ia position du Parti iibérai sur ia neutraiité de i\u2019État Depuis le dévoilement du projet de Charte des valeurs, la seule députée musulmane de l\u2019Assemblée nationale, la libérale Fatima Houda-Pepin, refuse de se prononcer sur un enjeu qui pourtant l\u2019intéresse au plus haut point.Ce silence s\u2019explique par le fait qu\u2019elle n\u2019est pas au diapason de son parti, qui n\u2019irait pas assez loin pour assurer la neutralité de l\u2019Etat.Or entendre son point de vue serait fort pertinent dans le débat actuel.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Jusqu\u2019à maintenant, Fatima Houda-Pepin a refusé toutes les demandes d\u2019entrevue qui ont afflué des médias.La députée de La Pi-nière n\u2019a fait aucun commentaire.Mutisme complet.Mercredi dernier, la porte-parole libérale en matière de condition féminine, Maryse Gaudreault, a tenu un point de presse pour demander au gouvernement Marois de surseoir aux quatre nominations faites au Conseil du statut de la femme (CSF), nominations que dénonçait la présidente Julie Miville-Dechêne, qui voulait revoir la position de l\u2019organisme sur la laïcité.La députée était entourée de dix élues libérales et de deux collègues masculins.Fatima Houda-Pepin n\u2019y était pas.Interrogée sur cette absence, Maryse Gaudreault s\u2019est sentie obligée de mentir, prétextant que la députée était en commission parlementaire ou à un caucus alors que ne se déroulait ni commission parlementaire ni caucus.Au Parti libéral, on explique que M\u201c® Houda-Pepin ne veut pas se lancer dans une ronde d\u2019entrevues, une explication cousue de fil blanc quand on connaît cette élue qui n\u2019a pas la langue dans sa poche et qui peut se montrer éloquente.Si c\u2019était pour défendre la position du parti sur la laïcité, où serait le problème ?Jeudi, à l\u2019Assemblée nationale, les pé-quistes ont commencé à asticoter les libéraux.«Qu\u2019en pense la députée de La Pinière ?C\u2019est drôle, parce que ses opinions, jusqu\u2019ici, étaient entendues haut et fort», a lancé la ministre responsable de la Condition féminine, Agnès Maltais.Dans une entrevue accordée à l\u2019émission Les francs-tireurs en février 2012, Fatima Houda-Pepin avouait qu\u2019elle n\u2019épousait pas la position de sop parti sur la neutralité religieuse de l\u2019Etat mais que ce n\u2019était pas une raison suffisante pour le quitter.«Il arrive parfois qu\u2019on ne soit pas sur la même longueur d\u2019onde, par exemple sur la question de la neutralité du rôle de l\u2019Etat.Moi, ma réflexion ayant déjà été faite en dehors de la politique, c\u2019est une conviction profonde.» «Dans mon gouvernement, le gouvernement du Québec, on n\u2019est pas rendu là, constatait-elle.Il faut cheminer aussi avec les gens, il faut faire de la sensibilisation.» Or la positipn du PLQ sur la neutralité de l\u2019Etat n\u2019a pas changé d\u2019un iota depuis 2012.C\u2019est celle que défend aujourd\u2019hui le chef libéral Philippe Couillard : affirmation de la neutralité de l\u2019Etat, accent mis sur l\u2019égalité des hommes et des femmes, encadrement des accommodements raisonnables et obligation de recevoir les services publics à visage découvert.Il n\u2019est pas question d\u2019interdire à quiconque de porter des signes religieux.«J\u2019ai un cheminement particulier et ce cheminement-là n\u2019est pas fait par tout le monde», ajoutait-elle.D\u2019origine marocaine, Fatima Houda-Pepin, élue en 1994, est issue d\u2019une «famille très religieuse et pratiquante», précisait-elle.Elle-même a fréquenté l\u2019école coranique.Mais la religion, c\u2019était pour elle «la joie, le partage, la musique» avec des amies juives et chrétiennes aussi.«J\u2019ai connu le fondamentalisme en arrivant au Canada», a-t-elle signalé.«Quel choc, à mon arrivée au Canada, il y a 35 ans, confiait-elle à La Presse en 2007.J\u2019y ai découvert des cercles d\u2019endoctrinement où les femmes sont voilées entre elles, à l\u2019intérieur de leurs propres maisons.» Elle disait avoir reçu un deuxième choc : l\u2019indiffé-repce des pouvoirs publics.A peine élue députée, Fatima Houda-Pepin a dénoncé une école musulmane qui obligeait des enseignantes non musulmanes à porter le voile.En 2005, c\u2019est elle qui a fait adopter à l\u2019Assemblée nationale une motion, à l\u2019intention des autres pro- « Moi, ma réflexion ayant déjà été faite en dehors de la politique, c\u2019est une conviction profonde » vinces, pour interdire la charia et les tribunaux islamiques.«Ce qui dérange, ce n\u2019est pas le voile en tant que tenue vestimentaire, mais plutôt ce qui a rapport avec l\u2019intégrisme, parce que [le voile] est devenu un symbole politique pour l\u2019intégrisme, affirmait-elle à l\u2019époque.Il est davantage inquiétant par ce qu\u2019il cache que par ce qu\u2019il révèle, parce qu\u2019en arrière du voile, il y a tout un comportement imposé aux petites filles, aux femmes.» Fatima Houda-Pepin appuyait le premier avis du Conseil du statut de la femme sur la laïcité, a-t-on appris.Cet avis de 2007, confirmé par un autre en 2011, préconisait l\u2019inteçdic-tion, pour les employés de l\u2019Etat, de porter des signes religieux.Plus récemment en 2011, dans la foulée du printemps arabe, Fatima Houda-Pepin avait affirmé craindre le retour des islamistes en Tunisie et en Eg5T)te.En Tunisie, il faut «mettre en place un régime démocratique qui sauvegardera les acquis de la laïcité de l\u2019Etat, notamment en matière de droit dgs femmes», jugeait-elle.Depuis 1981, l\u2019Etat tunisien interdit à ses employés de porter des signes religieux, notamment le hidjab.Fatima Houda-Pepin a dénoncé les imams qui prennent la parole au nom de la communauté alors que l\u2019islam est une religion sans intermédiaire, sans clergé, où chaque musulman cultive un rapport direct avec Dieu.«L\u2019enjeu de notre siècle, ça va être de savoir se tenir debout face à la montée des extrémistes religieux», déclarait-elle l\u2019an dernier, qu\u2019ils soient islamistes ou évangélistes.«Le combat contre les intégristes de toutes les religions, c\u2019est un combat périlleux.Il faut être prêt à le mener, ce com-bat-là, et la première condition, c\u2019est la connaissance.» En muselant Fatima Houda-Pepin en raison de la ligne de parti, le PLQ empêche l\u2019expression d\u2019une voix qui apporterait au débat sur la Charte des valeurs une connaissance approfondie des e,njeux reliés à la neutralité religieuse de l\u2019Etat.Décidément, la réalité partisane a des côtés bien détestables.Le Devoir MOUVEMENT EEMINISTE Des divergences qui couvaient HELENE BUZZETTI Correspondante parlementaire à Ottawa Le mouvement féministe, a-t-on appris cette semaine, éclate.Pour les droits des femmes (PDF), un nouveau groupe, en porte-à-faux avec la Fédération des femmes du Québec, verra le jour sous peu.Mais la Charte des valeurs québécoises, sur laquelle ne s\u2019entendent pas le PDF et la FFQ, est davantage un révélateur qu\u2019un déclencheur.L\u2019individualisme, dit-on, triomphe partout, et le mouvement féministe n\u2019y échappe pas.Les membres de PDF prennent leurs distances de la FFQ parce que, disent-elles, celle-ci promeut de plus en plus le droit de chaque femme de prendre la décision de son choix, même si cette décision personnelle perpétue des comportements nuisibles pour les femmes.Par exemple, la FFQ s\u2019oppose à l\u2019interdiction du port de symboles religieux dans la fonction publique au motif que cela ferait perdre leur emploi à certaines d\u2019entre elles.C\u2019est la même logique qu\u2019en 2010, lorsqu\u2019elle a demandé au gouvernement que les éducatrices en garderie familiale soient exemptées de l\u2019interdiction de porter le niqab ou la burqa.Michèle Sirois, une féministe de longue date qui a pris ses distances de la FFQ et entend se joindre à PDF, y voit une perversion du discours féministe.«Il y a un point de vue réformiste qui veut juste améliorer les conditions des femmes mais qui ne change pas le mal à la racine et ne cherche pas à le changer, explique-t-elle.L\u2019autre point de vue demande si, ce faisant, on ne va pas empirer le phénomène.» Selon M\u201d® Sirois, cette dérive découle du fait que les féministes, avec les années, se sont lancées dans l\u2019offre de services directs.Elle donne l\u2019exemple de Stella, qui défend les prostituées.Elle leur dit bravo, mais avec un bémol.«Elles ont offert des services aux démunies mais ont perdu de vue l\u2019analyse globale.[.] Elles sont collées au ras des pâquerettes, à la gestion des cas, et ont perdu de vue ce qu\u2019est un vrai groupe féministe, c\u2019est-à-dire un groupe qui a une dimension politique importante et qui n\u2019est pas juste un groupe de service d\u2019aide aux plus démunies.» Sans surprise, l\u2019actuelle présidente de la FFQ, visée par ces critiques, ne partage pas du tout cette lecture.Elle demande à quoi bon se battre pour des grands principes si, au ras des pâquerettes justement, certaines femmes écopent.«Pourquoi avoir des droits collectijs si ça empêche certaines femmes de vivre librement?», demande Alexa Conradi.«Les femmes qui souhaitent que l\u2019Etat légifère sur le foulard le font dans l\u2019esprit de libérer les femmes.Nous, on dit que les femmes se libèrent elles-mêmes.» M\u201c® Conradi reconnaît que le foulard islamique peut représenter un sjunbole d\u2019oppression de la femme, mais elle s\u2019empresse d\u2019ajouter qu\u2019il peut être porté pour beaucoup d\u2019autres raisons.«S\u2019il y a des femmes qui malheureusement choisissent, malgré tout ce qu\u2019on a mis en place pour elles sur les plans économique, social et légal, de continuer à vivre dans un contexte d\u2019infériorisation, c\u2019est dommage, mais c\u2019est leur droit » «Le discours centré sur la notion de choix individuels et le pouvoir individuel est un reflet du discours social» L\u2019ère de l\u2019individualisme Cette notion de choix dans le discours féministe, la chercheuse en sociologie Geneviève Szczepanik en a fait le sujet de sa thèse de doctorat à l\u2019Institut de recherches et d\u2019études féministes de l\u2019UQAM.«Le discours centré sur la notion de choix individuels et le pouvoir individuel est un reflet du discours social», ex-plique-t-elle.Si dans les années 1970 les luttes étaient collectives, «la troisième vague féministe s\u2019est détachée de tout ça en centrant l\u2019attention sur les femmes individuelles et leurs besoins et désirs différents.Cela devient très difficile de les juger.[.] Mon hypothèse de recherche, c\u2019est que le féminisme n\u2019est pas détaché de ce qui se passe dans la société.Cela traduit la force du discours néolibéral et capitaliste qui met l\u2019accent sur les individus au détriment de la collectivité, qui est émiettée parce que les structures ne sont plus aussi fortes».La ligne de fracture entre les deux mouvements serait donc en partie générationnelle, mais aussi culturelle.D\u2019un côté, l\u2019approche individuelle anglo-saxonne et de l\u2019autre, l\u2019idéal VOIR PAGE B 2 : EÉMINISME B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 20IS PERSPECTIVES Les autruches rr' ¦ X Manon CORNELLIER à Ottawa st-ce bien lui?Lorsque les dernières images du microbiologiste Donald Low ont surgi cette semaine, on se posait la question.Transformé par la douleur et la maladie, l\u2019homme ressemblait bien peu à celui qui avait été le visage rassurant de la santé publique ontarienne durant la crise du SRAS de 2003.Une tumeur au cerveau, détectée il y a sept mois, l\u2019a emporté le 18 septembre dernier à l\u2019âge de 68 ans.Huit jours avant de mourir, il a enregistré un plaidoyer en faveur du droit de mourir dans la dignité.La vidéo, qui est presque devenue virale, a ému.«Je sais que je vais mourir.Ce qui m\u2019inquiète est la façon dont je vais mourir», disait-il, la voix tremblante, déplorant que le Canada ne permette pas à ceux qui le souhaitent d\u2019obtenir l\u2019aide médicale nécessaire pour mourir au moment de leur choix.11 invitait les opposants au suicide médicalement assisté à se mettre à sa place pendant 24 heures.«Je suis frustré de ne pas pouvoir contrôler ma propre vie.De ne pas pouvoir décider moi-même quand assez, c\u2019est assez.» La première ministre ontarienne Kathleen Wynne a été touchée.Bien qu\u2019elle ait rappelé qu\u2019il revient au fédéral de changer la loi, elle a déclaré que ce débat doit avoir lieu, que cela plaise ou non à Qttawa.Député conservateur et ministre d\u2019Etat jusqu\u2019en juillet dernier, Steven Fletcher a réagi au message du microbiologiste en brisant les rangs pour prendre position en faveur du suicide médicalement assisté.Quadriplégique, il a fait écho à M.Low.«Je veux être capable de prendre les meilleures décisions qui me concernent.Je suis un Canadien handicapé, je ne veux pas que quelqu\u2019un me dise ce que je peux ou ne peux pas faire.Et, en fait, cela importe peu que je sois handicapé.Même si je ne l\u2019étais pas, je ne voudrais pas que quiconque me dise ce que je peux ou ne peux faire», a-t-il dit à la CBC.La réaction du gouvernement conservateur a été tout autre.Pas question de se lancer dans cette discussion difficile.Pour justifier son refus, le gouvernement sert comme prétexte un vote tenu le 21 avril 2010 sur un projet de loi de l\u2019ex-députée bloquiste Francine Lalonde.Son projet aurait encadré le suicide médicalement assisté pour les personnes majeures et lucides.11 a été défait dès le premier vote par 228 voix contre 59.Un vote tenu après seulement trois heures de débats, comme le prévoit la procédure parlementaire dans le cas des projets de loi de député.Trois heures et le gouvernement veut nous faire croire que cela suffit ! Le plus triste est qu\u2019il est à peu près certain que la vidéo de Donald Low et la prise de position de Steven Fletcher seront sans effet.Car ce n\u2019est pas la première fois que les parlementaires fédéraux sont interpellés.En avril dernier, une femme de Winnipeg, Susan Griffiths, s\u2019est rendue en Suisse pour mourir sans souffrir, avec l\u2019aide qu\u2019elle aurait espéré obtenir chez elle.Agée de 72 ans, Griffiths souffrait d\u2019atrophie multisysté-matisée, une maladie dégénérative très rare qui la rendait graduellement invalide.Son regret était de devoir mourir plus tôt qu\u2019elle ne l\u2019aurait voulu, ne pouvant attendre plus longtemps pour faire le long voyage.Avant de mourir, elle a écrit aux 308 députés fédéraux pour leur enjoindre de revoir leur position sur le suicide assisté.Aucun n\u2019a pris le relais.Actuellement, aucun projet de loi à cet effet ne figure au feuilleton de la Chambre des communes ou du Sénat.Le gouvernement ne pourra pas éternellement éviter le débat, parce qu\u2019une décision est attendue incessamment en Colombie-Britannique.L\u2019an dernier, une cour inférieure de cette province a invalidé les dispositions du Code criminel interdisant l\u2019aide au suicide.L\u2019affaire a été portée en appel devant la Cour suprême de la province, qui a entendu les parties le printemps dernier.Mais peu importe qui gagne, les parties ont promis, si elles perdent, de porter la cause en Cour suprême du Canada.La plus haute cour du pays a toutefois bien changé depuis 1993, lorsqu\u2019elle a rejeté, à 5 contre 4, la requête de Sue Rodriguez.Fait à noter, l\u2019actuelle juge en chef Beverley McLach-lin, avait écrit l\u2019opinion minoritaire en faveur de Rodriguez.Tout est donc possible.Ce qui est déplorable est de voir le gouvernement se cacher derrière la robe des juges au lieu d\u2019aborder la question de façon mature et non partisane.Comme cela s\u2019est fait au Québec.La députée péquiste Véronique Hivon a, sous un gouvernement libéral, persuadé la totalité de ses collègues de mettre sur pied une commission parlementaire spéciale qui a siégé deux ans, entendu environ 400 témoins et reçu 300 mémoires avant de soumettre un rapport unanime.Le gouvernement Charest a demandé à un groupe d\u2019experts d\u2019étudier les moyens de mettre en oeuvre ses recommandations.Le rapport de ces experts a été remis au gouvernement Marois, qui lui a donné suite à son tour.Le projet de loi 52 concernant les soins de fin de vie, présenté en juin, est actuellement à l\u2019étude en commission parlementaire.Un trop rare modèle de travail parlementaire.Et qui fait ici honneur aux institutions démocratiques québécoises.On ne peut pas en dire autant à Ottawa.mcornellier@ledevoir.com FRANCE L\u2019insoluble problème des Roms Les socialistes divisés sur les déclarations du ministre Manuel Valls CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Ly épisode avait un air de déjà-vu.Mercredi, ' la commissaire européenne Viviane Redding a accusé la France de ne pas faire suffisamment d\u2019efforts pour l\u2019intégration des Roms.Un porte-parole de la Commission a même brandi la menace de sanctions.La réplique suivait de peu l\u2019intervention du ministre de l\u2019Intérieur Manuel Valls, qui avait affirmé que la majorité des 20000 Roms (les Tsiganes d\u2019Europe de l\u2019Est) qui vivent en France n\u2019avaient «pas vocation à s\u2019intégrer» car «ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres».Trois ans plus tôt, c\u2019était le président Nicolas Sarkozy qui avait eu droit aux foudres de Bruxelles.Ses propos, nettement plus violents, avaient été suivis d\u2019une circulaire aussitôt retirée ciblant les Roms à partir de critères ethniques.A l\u2019approche des élections municipales, la situation des Roms fait à nouveau polémique et le gouvernement affiche ouvertement ses divisions.Alors que le président François Hollande a discrètement soutenu son ministre, ses collègues Arnaud Montebourg et Cécile Duflot n\u2019ont pas mâché leurs mots.Cette dernière a accusé Manuel Valls d\u2019être allé «au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain ».Ce n\u2019est pas l\u2019avis du président, qui aurait déclaré en petit comité, selon Europe 1, que «la majorité des Roms a vocation à être raccompagnée dans son pays d\u2019origine».La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belka-cem, a aussi estimé que Manuel Valls appliquait la politique du gouvernement avec «fermeté et humanité».Expulsions légales Même si une quarantaine de campements illégaux (sur 400) ont été démantelés depuis l\u2019été, on voit mal comment Bruxelles pourrait sanctionner la France.Après trois mois de résidence, un citoyen européen doit pouvoir témoigner d\u2019un travail.Ce qui n\u2019est pas le cas de l\u2019immense majorité des Roms.La France a donc le droit de les expulser, surtout s\u2019ils campent illégalement sur un terrain privé.Force est d\u2019ailleurs de constater que la France est plutôt tolérante en la matière, ces campements illégaux ayant parfois plusieurs années d\u2019existence.En campagne présidentielle, les socialistes avaient promis que, avant tout démantèlement, ils offriraient aux Roms une solution de relogement.Le délégué interministériel à l\u2019hébergement et à l\u2019accès au logement a reçu quatre millions d\u2019euros afin de remplir cette mission.Pourtant, la moitié seulement des expulsés auraient reçu une offre, selon Philippe Goossens, de l\u2019Association européenne pour la défense des droits de l\u2019homme.Ces carences sont surtout évidentes dans la région parisienne et en Provence-Alpes-Côte d'Azur.Quelques «villages d\u2019insertion» existent bien en région parisienne.Mais la plupart des hébergements d\u2019urgence correspondent mal à une population qui refuse souvent l\u2019hébergement proposé pour se regrouper par familles nombreuses sur des terrains squattés.Le ministère du Logement a fait un inventaire des lieux où des constructions modulaires pourraient accueillir les personnes déplacées.On songe à créer des campements humanitaires temporaires qui offriraient un accès à l\u2019électricité, à l\u2019eau potable et aux services sanitaires.Impossible intégration?Mais funanimité est loin d\u2019être faite sur la pertinence de ces solutions.«Le problème rom ne se résoudra pas en multipliant des solutions d\u2019hébergement, a déclaré au quotidien Le Monde .IC- % PHILIPPE HUGUEN AGENCE ERANCE-PRESSE Les expulsions de Roms se sont poursuivies vendredi à Roubaix.le maire socialiste de Saint-Étienne, Maurice Vincent.On ne peut pas matériellement, financièrement, socialement accueillir ces populations.La situation est inextricable.Nous avons affaire à des populations qui ne parlent pas notre langue; elles s\u2019installent n\u2019im- « Dans une porte où dans des conditions d\u2019hygiène et de sécurité dangereuses pour elles et période de pour les autres, entraînant rapidement , une exaspération du voisinage.»\tpenune Pour son collègue de Clermont- d\u2019cmnlnic ot f errand, Serge Godard, «tl n est pas ^ question de stigmatiser une popula- de logements, tion, mais, dans une période de pénurie d\u2019emplois et de logements, nous ne nous ne sommes pas en mesure de réussir leur intégration ».Selon le maire socia- sommes pas liste de Grenoble, Michel Destot, mesure de «l\u2019installation anarchique de camps roms engendre des situations de ten- réussir leur sions terribles que nous ne devons pas ,\t, nier et que nous ne pourrons régler lo- intégration» calement.L\u2019Union européenne doit trouver la solution de ces flux de populations ».Selon de nombreux observateurs, cette nouvelle polémique met en évidence l\u2019échec de l\u2019élargissement de fUnion européenne en 2007.Elle surgit à quelques mois du l^Qan- vier 2014, date à laquelle la Roumanie et la Bulgarie auraient pu se joindre aux 26 pays européens membres de l\u2019espace de Schengen (entre lesquels les frontières ont été totalement supprimées).La France et de nombreux pays européens s\u2019opposent à cette adhésion.Le 1®\u201c^ janvier, les restrictions au travail des Roumains en Europe seront cependant levées, ce qui permettra un accès plus facile à l\u2019emploi.Le député UMP Gérald Darmanin dit attendre «du président de la République qu\u2019il renégocie un Schengen pour revenir sur la liberté de circulation de certains pays ».Une enquête récente divulguée par le quotidien La Croix a montré que, sur les 20 000 Roms actuellement en France, 4000 jouissent déjà d\u2019une autorisation de travail et que le tiers des enfants ont accès à l\u2019école.L\u2019immigration rom n\u2019a pas d\u2019effets qu\u2019en France.Pour s\u2019en prémunir, le Canada impose notamment des visas à la Roumanie, à la Bulgarie et à la République tchèque.Le Devoir FÉMINISME SUITE DE LA PAGE B 1 collectiviste inspiré du modèle français, estime M\u201c® Szczepanik.Chantal Maillé, professeure à l\u2019Institut Simone de Beauvoir de l\u2019Université Concordia, abonde dans ce sens.«Les féministes de la francophonie ont tendance à être encore largement inspirées par l\u2019idéal républicain, bien que ça commence à éclater en France et que la question du post-colonialisme commence à émerger, alors que dans l\u2019univers anglo-saxon, ça fait plus de 30 ans que ça bouge.» Cette opposition entre collectivisme francophone et individualisme anglo-saxon a maintes fois été relevée, notamment dans la série «Bleu-Blanc-Rouge» du Devoir en 2010, où divers chercheurs expliquaient que la langue française, très normalisée et codifiée, et la religion catholique, dictée par une hiérarchie forte, ont façonné cette philosophie collectiviste.L\u2019individu souscrit à un tout.A l\u2019opposé, la langue malléable et le protestantisme personnel des Anglo-Saxons ont amené ceux-ci à penser en termes individualistes.L\u2019individu forge le tout.Le multiculturalisme \u2014 et sa critique qu\u2019en fait régulièrement le Québec \u2014 en est une autre illustration.Selon M\u201c® Maillé, toutefois, la question culturelle n\u2019explique pas totalement la divergence des points de vue entre les féministes.La classe sociale y est pour beaucoup.Les féministes qui revendiquent des approches politiques et idéologiques, comme le fait Michèle Sirois, font partie d\u2019un groupe de femmes «privilégiées » qui défendent un «féminisme hégémonique» qui s\u2019imagine à tort universel.«La parole et les intérêts d\u2019un groupe de femmes blanches de classe supérieure ne peuvent pas être la seule façon de définir le discours féministe.» Vivian Barbot, elle-même ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec, rejette cette analyse, car elle «présuppose que toutes les femmes immigrantes sont pauvres, que toutes les femmes voilées sont ostracisées, que toutes les femmes noires sont discriminées.C\u2019est un peu court comme réflexion».M\u201c® Barbot dit ne plus se reconnaître dans l\u2019organisme qu\u2019elle a dirigé de 2001 à 2003.Elle considère le voile comme un puissant signe d\u2019asservissement de la femme, un signe qu\u2019elle n\u2019aime pas voir au Québec.Ce à quoi Nathalie Maillé rétorque que de tels symboles, il y en a d\u2019autres, qu\u2019on choisit de tolérer.«Pourquoi on ne s\u2019en prend pas aux souliers à talons hauts, par exemple ?Il y a plein de femmes qui ont des problèmes de santé à cause des souliers à talons hauts; ils sont un symbole d\u2019asservissement et d\u2019hypersexualisation.» Prostitution, polygamie et avortement Si c\u2019est le voile islamique \u2014 et la Charte des valeurs québécoises qui veut l\u2019interdire dans la fonction publique \u2014 qui a mis au jour ces tensions féministes cette semaine, celles-ci couvent depuis longtemps.D\u2019autres enjeux divisent le mouvement pour les mêmes raisons, comme la prostitution, la polygamie ou encore les, avortements sexo-sélectifs.A propos de la prostitution et de la polygamie, il existe deux camps.D\u2019un côté, les abolitionnistes, qui y voient des pratiques dommageables pour les femmes et qui doivent être interdites.De l\u2019autre, les réformistes, qui estiment que mieux vaut les légaliser pour protéger les femmes qui choisissent de s\u2019y adonner.Cette idée que des femmes choisissent la prostitution ou la polygamie fait bondir Michèle Sirois.Si la prostitution était un choix comme n\u2019importe quel autre, les parents la proposeraient comme choix de carrière à leurs filles.tonne-t-elle.Et si la polygamie était si banale, elle ne se vivrait pas qu\u2019au féminin.Là encore, Chantal Maillé décèle un biais culturel, un «double standard».Elle rappelle que bien des hommes ont des maîtresses et qu\u2019un président français a même vécu en situation de bigamie sans être embêté.«Quand c\u2019est religieux, c\u2019est intolérable, mais si c\u2019est privé, c\u2019est non seulement toléré, mais à la limite, glorifié», note-t-elle.Quant aux avortements sexo-sélectifs, consistant à se faire avorter lorsqu\u2019on se sait enceinte d\u2019une fille, la Fédération des femmes du Québec s\u2019est retrouvée dans la délicate position de ne pas les condamner.Au nom du droit des femmes à un libre accès à l\u2019avortement.La militante féministe de longue date Andrée Côté approuve cette position, car il faudrait sinon juger de la pertinence de chaque avortement.« On revient aux comités thérapeutiques.» La réflexion féministe devrait être guidée par le critère du tort, pense-t-elle : mesurer le tort engendré par une pratique et le tort qu\u2019engendrerait sa solution.«Je suis contre la pratique sexiste et patriarcale des avortements sexo-sélec-tijs, mais le remède entraînerait plus d\u2019impacts négatijs.» Le problème du discours de PDF, selon elle, c\u2019est qu\u2019il utilise une fois de plus la femme comme «porte-étendard» pour des «théories abstraites».Mais attention, disent toutes les intervenantes.Si les lignes de fracture sont les mêmes sur tous ces enjeux, les féministes ne se retrouvent pas toujours dans le même camp.11 se trouve des pro-voile anti-polygamie et des antivoile pro-prostitution.«Ce sont les mêmes arguments qui sont utilisés, mais je ne pense pas que les féministes individuellement vont nécessairement porter le même discours sur les diverses questions.C\u2019est plus compliqué que ça », conclut Geneviève Szczepanik.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 20IS B 3 PERSPECTIVES Les Nations unies de Stephen Harper La participation du Canada aux activités de l\u2019organisation internationale est triée par sujets et par alliés Au fil des dernières années, la nouvelle est presque devenue un rituel : Stephen Harper sera à New York en marge de l\u2019Assemblée générale des Nations unies, mais il n\u2019y prononcera pas le discours du Canada.Le premier ministre a noté avec justesse, cette semaine, que ses prédécesseurs n\u2019allaient pas systématiquement au forum annuel de l\u2019organisation eux non plus.Qu\u2019est-ce qui a changé, alors, pour que chaque année les absences de M.Harper soient décriées?Le ton acerbe qu\u2019a employé son gouvernement avec l\u2019ONU et son désintérêt pour les rencontres multilatérales de l\u2019institution au profit de réunions bilatérales triées sur le volet, expliquent les experts.MARIE VASTER Correspondante parlementaire à Ottawa Ce n\u2019est pas la fin du monde» de ne pas s\u2019adresser à l\u2019Assemblée générale des Nations unies, concédait cette semaine un ancien ambassadeur canadien dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.«Ce qui est différent dans le cas de M.Harper, c\u2019est qu\u2019il semble ne pas vouloir y aller du tout.[.] Et on dirait qu\u2019il fait exprès pour être à New York la même semaine pour aller parler à une fonction X, Y ou Z», notait cet ex-diplomate qui connaît bien l\u2019ONU.Les conservateurs se sont défendus une fois de plus cette semaine de bouder l\u2019institution internationale.Statistiques à l\u2019appui, ils ont souligné que les premiers ministres précédents n\u2019allaient pas plus souvent que leur patron parler aux 193 pays membres réunis en Assemblée générale.En effet, au cours de ses dix années au pouvoir, le libéral Jean Chrétien n\u2019a parlé qu\u2019à trois reprises devant l\u2019Assemblée générale (en 1995, en 2000, en 2003).Paul Martin, pour sa part, l\u2019a fait lors des deux assemblées de son mandat (en 2004 et 2005).Le progressiste-conservateur Brian Mulroney, avant eux, avait fait de même à trois reprises au cours de ses huit années en fonction (en 1985, eq 1988, en 1990).Les autres fois, les chefs d\u2019Etat canadiens confiaient cette tâche à leur ministre des Affaires étrangères.La tendance est donc la même chez Stephen Harper, qui s\u2019est adressé deux fois à l\u2019Assemblée générale (en 2006 et en 2010) depuis son arrivée au pouvoir, il y a sept ans.(En 2008, le pays était en campagne électorale au moment de la rencontre de l\u2019ONU.) Les critiques des partis d\u2019opposition et d\u2019anciens diplomates cette semaine, accusant M.Harper de miner la place du Canada aux Nations unies en ne s\u2019y rendant plus, sont-elles alors justifiées ?«C\u2019est vrai qu\u2019un premier ministre a tout à fait le droit de dire: \u201cMoi, mes messages, je les fais passer autrement\u201d», convient Jocelyn Cou-Ion, du Réseau de recherche sur les opérations de paix du CERIUM (Centre d\u2019études et de recherches internationales).«La question est que, quand vous faites partie d\u2019un système international, vous ne pouvez pas mépriser les Nations unies», nuance-t-il.C\u2019est que, non seulement Stephen Harper s\u2019est abstenu de parler aux Nations unies depuis trois ans, mais il était à New York la même semaine pour tenir ^es rencontres bilatérales avec des chefs d\u2019Etat alliés.Et c\u2019est cette façon ostentatoire qu\u2019a le premier ministre canadien de se déplacer à quelques kilomètres du siège de l\u2019ONU, tout en prenant soin de l\u2019éviter, qui a choqué.Iæ virage a débuté en 2009, lorsqu\u2019il a quitté la Grosse Pomme la veille de l\u2019Assemblée générale pour aller assister à l\u2019ouverture d\u2019un restaurant Tim Horton en Ontario, ce qui n\u2019a pas aidé à contrer cette impression que Stephen Harper a désormais mis une croix sur l\u2019organisme de diplomatie mondiale.Depuis, les absences du premier ministre à l\u2019ONU sont immanquablement relevées.D\u2019autant plus qu\u2019a suivi le refus de la communauté internationale, en 2010, d\u2019accorder un siège temporaire au Canada au Conseil de sécurité des Nations unies, succédé d\u2019une série de propos acerbes du premier ministre et de ses ministres à l\u2019endroit de l\u2019institution, lui reprochant notamment de «réserver un traitement injuste» à Israël.Iæ leader du gouvernement a en outre martelé que le Canada n\u2019allait plus «suivre et accepter l\u2019ordre du jour de tout le monde» et que la position du pays ne serait «plus de faire plaisir à chaque dictateur qui détient un vote aux Nations unies».«Il y a eu ensuite un refroidissement des Nations unies à l\u2019égard du Canada [avec l\u2019échec au Conseil de sécurité] et, par conséquent, un refroidissement du Canada à l\u2019égard des Nations unies», observe notre ancien ambassadeur.Fini le multilatéralisme Résultat, Stephen Harper en est venu à modifier la façon du Canada de dialoguer avec ses alliés.«C\u2019est une politique étrangère maintenant au cas par cas, orientée en fonction de valeurs fondamentales: la sécurité, l\u2019appui globalement à certaines interventions armées, l\u2019appui à la position d\u2019Israël, généralement aux positions américaines, et l\u2019économie, l\u2019économie, l\u2019économie», explique Charles-Philippe David, de la Chaire Raoul-Dandurand de l\u2019ÛQAM.En effet, M.Harper se rend encore à New York pour y rencontrer des leaders mondiaux.Cette semaine, il s\u2019est entretenu avec le secrétaire général de l\u2019ONU, Ban Ki-moon, le président du Sénégal ainsi que Bill et Melinda Gates (qui dirigent une fondation en matière de santé).Il a aussi participé à une réunion onusienne sur la santé maternelle et infantile et à M ANDREW BURTON AGENCE ERANCE-PRESSE Le secrétaire général de l\u2019ONU, Ban Ki-moon, à l\u2019ouverture de la 68® session de l\u2019Assemblée générale de l\u2019organisation mardi politique étrangère maintenant une table ronde au Conseil des affaires cana-diennes-américaines.Iæ ministre des Affaires étrangères, John Baird, a de son côté rencontré le président haïtien et ses homologues de la Corée du Sud, de la Libye, du Pérou, de la Bulgarie, de l\u2019Irlande et de la Grande-Bretagne.Ces rencontres bilatérales, tenues en marge de celles des Nations unies, c\u2019était l\u2019argument de M.Harper cette semaine pour se défendre d\u2019avoir carrément tourné le dos à rONU.D\u2019autant que «le Canada reste «(J\u2019est l\u2019un des plus grands supporteurs per capita des Nations unies dans le monde une entier» a-t-il fait valoir.Or, au-delà des contributions financières aux agences onusiennes, «la dimension diplomatique est importante.Il ne suffit pas de signer des chèques pour penser que nos intérêts, nos valeurs, nos ambitions vont nécessaire- au cas ment se traduire», souligne Prançois Audet, de l\u2019Observatoire canadien sur cas les crises et l\u2019action humanitaire de rUQAM.«Toutes les solutions ne passent pas par l\u2019ONU », convient-il.Mais en se retirant des débats, on rate l\u2019occasion de les influencer et de créer de nouvelles alliances.Fini le Canada des Casques bleus Mais cela fait partie de la nouvelle politique étrangère du Canada de Stephen Harper, note l\u2019ancien ambassadeur, qui a fait carrière aux Affaires étrangères avant d\u2019être nommé à l\u2019étranger.«Avant, on était non seulement un contributeur important, on avait aussi la volonté de participer activement et positivement, et de jouer si possible un rôle d\u2019intermédiaire ou d\u2019arbitre dans la gestion des grands problèmes internationaux.[.] On était partout, tout le temps, avec l\u2019attitude \u201csi on peut aider, on est là\u201d.On est aujourd\u2019hui beaucoup moins présents», constate-t-il.Le rejet de l\u2019ONU s\u2019inscrit par ailleurs dans «cette déconstruction de l\u2019identité canadienne qui, pour les conservateurs, est une identité libérale», remarque enfin Jocelyn Coulon.S\u2019inscrivent dans cet héritage du parti rouge les missions de maintien de la paix et les Casques bleus, auxquels Stephen Harper a aussi tourné le dos.Le virage n\u2019a rien d\u2019une décision conservatrice, précise M.Coulon, puisque le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Mulroney était tout aussi impliqué aux Nations unies que ses successeurs libéraux, M.Mulroney s\u2019y étant notamment fait l\u2019un des grands opposants à l\u2019apartheid.«La politique étrangère sous Stephen Harper a été présidentialisée [.] c\u2019est-à-dire qu\u2019elle est maintenant beaucoup plus la propriété du premier ministre, ajoute le politologue Charles-Philippe David.Tout ça \u2019\tcontribue à changer l\u2019ordre du jour, les perspectives, les valeurs.» Cette année, c\u2019est le ministre Baird qui prononce le discours du Canada devant le monde diplomatique.L\u2019an dernier, il avait notamment accusé l\u2019organisme de passer son temps à se regarder le nombril plutôt que d\u2019agir pour régler des crises comme celle de la Sjnie.La.communauté diplomatique reconnaît que rînstîtutîon pourraît profiter d\u2019une réforme, la prise de décision à coup de consensus étant quasi impossible.Raison de plus pour y rester engagé et participer aux changements.Même «si le Canada n\u2019est pas content de l\u2019ONU, l\u2019ONU va continuer d\u2019exister.[.] Une réforme de l\u2019ONU, si on n\u2019en est pas content, ça doit se faire avec les partenaires, en utilisant les tribunes qui existent», fait valoir Erançois Audet.Le Devoir Le cercueil ,, Michel ^ é David Au lendemain de l\u2019élection d\u2019André Boisclair à la tête du PQ en novembre 2005, Thomas Mulcair, alors ministre dans le gouvernement de Jean Charest et spécialiste des basses œuvres, se frottait les mains.Après les révélations sur sa consommation de cocaïne, les libéraux n\u2019auraient même pas à fouiller ses placards à la recherche de nouveaux squelettes, disait-il.Il leur suffirait de «promener le cercueil» pour que les électeurs s\u2019en détournent.Pinalement, ils n\u2019ont pas eu à se donner cette peine.Quinze mois plus tard, le danger venait plutôt de l\u2019ADQ.Il faut que la CAQ soit sérieusement en mal de visibilité pour déterrer le cercueil au mépris de sa promesse de rompre avec la petite politique des «vieux partis».Les rumeurs d\u2019élections précipitées ont manifestement eu raison de ses scrupules.La polarisation provoquée par le débat sur le projet de Charte des valeurs québécoises a condamné ce parti à la marginalité sur la question identitaire.Sur le plan de l\u2019économie, les questions qu\u2019il pose au gouvernement ont beau être plus imaginatives que celles des libéraux, le développement économique demeure la marque de commerce du PLQ, même si l\u2019expérience politique de Jean-Marc Eournier, Pierre Paradis et Sam Hamad ne fait pas le poids face à l\u2019expertise de Prançois Le-gault\u201e Christian Dubé et Stéphane Le Bouyon-nec.A la prochaine élection, le PLQ dénichera sans doute de nouvelles «vedettes» économiques issues du milieu des affaires.Si la première ministre Marois appelle la population aux urnes le 9 décembre, comme on lui en prête le désir, la CAQ n\u2019aura pas suffisamment de temps pour faire la promotion du Projet Saint-Laurent.Elle devra également annuler le congrès qui est prévu à la mi-novembre sur le thème « Cap sur les familles ».Si la candidature-surprise de Jacques Du-chesneau avait permis à la CAQ de s\u2019approprier le thème de lutte contre la corruption durant la campagne de 2012, le PQ a pu le récupérer une fois au pouvoir en faisant adopter une série de projets de loi sur l\u2019octroi des contrats publics et le financement des partis politiques.La CAQ a enfin l\u2019occasion de redevenir la championne de l\u2019intégrité, et M.Duchesneau, qui n\u2019est pas fait pour les rôles effacés, ne demandait sûrement pas mieux que de ressortir son ,\t.costume d\u2019Eliott Ness, qui B ne tant pas avait fait fureur.confondre Même si la réfection de l\u2019église Saint-James était un I0 «droit excellent projet, il y a certainement lieu de s\u2019interro- de poser ger sur l\u2019octroi d\u2019une sub- , vention de 2,5 millions qua- des tre jours avant les élec- niip«stinn«s» pt tions, au bénéfice d\u2019un en- QUesnons» et trepreneur ami du ministre I0 salissage responsable du dossier et généreux contributeur à la caisse du parti.Qui plus est, Paul Sauvé a renvoyé l\u2019ascenseur à André Boisclair quand il s\u2019est retrouvé dans le besoin en l\u2019employant comme lobbyiste au tarif de 10000$.Prendre un ancien ministre péquiste et son successeur libéral la main dans le même sac est une véritable aubaine pour la CAQ, mais il ne faut pas confondre le «droit de poser des questions » avec le salissage gratuit.La crainte de voir son aventure politique tourner court ne justifie pas M.Legault de s\u2019associer à une telle opération.On dira que M.Duchesneau a eu le courage d\u2019attaquer à visière levée, puisqu\u2019il ne s\u2019est pas abrité derrière l\u2019immunité parlementaire pour établir un lien entre la subvention de 2,5 millions, la consommation de cocaïne de M.Boisclair et le crime organisé.En réalité, la manoeuvre n\u2019en est que plus tordue.Si l\u2019accusation avait été lancée dans l\u2019enceinte de l\u2019Assemblée nationale, M.Boisclair aurait pu déchirer sa chemise tout en déplorant n\u2019avoir aucun recours judiciaire.En agissant comme il l\u2019a fait, M.Duchesneau l\u2019a plutôt mis au défi de le poursuivre en justice, sachant très bien qu\u2019en sa qualité de délégué général à New York, il ne peut pas se le permettre.Ce n\u2019est pourtant pas à lui de prouver son innocence, mais à M.Duchesneau de démontrer sa culpabilité, s\u2019il en a la preuve.Sa conférence de presse de lundi ne sera pas un exercice agréable pour M.Boisclair, qui a vécu un calvaire durant la course à la succession de Bernard Landry.Jour après jour, les mêmes questions revenaient systématiquement: quand avez-vous cessé de consommer de la cocaïne ?où l\u2019achetiez-vous ?Chaque fois, il serrait les depts et tournait les talons.A la grande déconvenue de ses adversaires, l\u2019opinion publique s\u2019était largement rangée derrière lui.On blâmait plutôt ceux qui lui reprochaient cette «erreur de jeunesse».Aujourd\u2019hui encore, la population pourrait bien décider qu\u2019il l\u2019a payée suffisamment cher.Un de ceux qui l\u2019avaient défendu à l\u2019époque était son collègue de Rousseau, Erançois Legault, qui appuyait pourtant Richard Legendre dans la course au leadership.«Le dossier est fermé», avait-il décrété.Il vaudrait mieux pour la CAQ ne pas le rouvrir.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 20IS EDITORIAL RAPPORT DU GIEC Qui sauvera la Terre ?La Terre ne va pas bien et c\u2019est la faute des humains, dit sans ambages le 5® rapport du GIEC.C\u2019est là une «vérité qui dérange», comme l\u2019écrit un collectif d\u2019ONG réunissant des groupes comme Greenpeace, Oxfam et Les Amis de la Terre.Pour y faire face, il faudra une volonté politique féroce.Où la trouvera-t-on?(Non, pas au Canada.) 0 Josée Boileau n prête bien des défauts à la France ces jours-ci au Québec, mais vendredi, il y avait une bonne raison de lui envier sa hauteur de vues politiques.Dès la publication du troublant rapport du GIEC (le Groupe d\u2019experts intergouvememental sur l\u2019évolution du climat), ses ministres des Affaires étrangères, de l\u2019Ecologie et du Développement ont tous trois rappelé que la France entend bien parvenir à un pacte mondial sur le climat en 2015.Ils ont été suivis du premier ministre Jean-Marc Ayrault, qui a réclamé un «accord contraignant» pour contrer l\u2019impact des changements climatiques, que l\u2019on sait maintenant assurément causés par les humains.En contrepartie, la réaction canadienne, hélas portée par le gouvernement Harper, a été en dessous de tout.Dans un communiqué publié par la ministre de l\u2019Environnement Leona Aglukkaq, le Canada a osé se vanter de son leadership en matière de lutte contre les changements climatiques.Mieux encore, la ministre s\u2019en est pris à l\u2019inaction passée des libéraux et a accusé les néodémocrates de menacer les emplois avec leurs positions environnementales.En prime, le communiqué se termine par la fierté du gouvernement envers le travail des scientifiques, ceux-là mêmes qu\u2019il muselle allègrement! Le cancre de la classe mondiale venait encore de s\u2019enfoncer.Si l\u2019enjeu n\u2019était pas si fondamental, il y aurait de quoi rire.Contentons-nous d\u2019avoir honte.Seuls les imbéciles ne prendront pas au sérieux les conclusions du rapport du GIEC, basé sur plus de 9000 articles scientifiques et de surcroît modéré par la relecture qui en a été faite toute la semaine à huis clos à Stockholm par des délégués de 110 gouvernements.On cherche les consensus, on veut éviter les critiques, la prudence scientifique est de mise, et pourtant, ils ont dû maintenir des conclusions qui sonnent l\u2019alerte rouge: la Terre se réchauffe trop, trop vite, et tout s\u2019en trouve bouleversé, de la biodiversité aux récoltes, du niveau des océans à la fonte des glaces.L\u2019illustrait cette nouvelle, publiée le même jour que le rapport du GIEC: pour la toute première fois, un cargo géant vient de franchir le passage du Nord-Ouest \u2014 route maritime de l\u2019océan Arctique qui s\u2019est ouverte à cause du réchauffement climatique et où l\u2019on prévoit que le quart du trafic entre l\u2019Europe et l\u2019Asiç passera d\u2019ici 2030.Les Etats-Unis ont réagi très vite pour saluer le rapport et d\u2019autres pays ont manifesté leur inquiétude.Mais dans les faits, la plupart traînent les pieds (.sans parler du Canada, qui n\u2019en est même pas à l\u2019étape des discours inquiets !).Et même les plus déterminés se butent à leurs problèmes financiers, comme on le voit en Europe.La riche Norvège elle-même a ainsi annoncé il y a à peine quelques jours qu\u2019elle abandonnait un important projet de captage et de stockage de CO2 en raison de ses coûts, décevant bien des environnementalistes.La très conservatrice Banque mondiale l\u2019a pourtant dit: il y a des gestes urgents à poser.Les scénarios catastrophistes perdent de leur impact à force d\u2019être répétés, mais le flot de tragédies découlant de températures extrêmes à travers le monde est devenu un rappel constant des impacts humains, sociaux et financiers majeurs de notre inaction collective.L\u2019avenir n\u2019est pas aux polluantes énergies fossiles, en dépit de leur lobby.Ce rapport doit être l\u2019aiguillon qui donnera du courage aux élus de la planète pour agir, et à M.Harper pour arriver au XXI® siècle.SCÈNE POLITIQUE FRÉNÉTIQUE AU QUÉBEC Gare aux excès Antoine Robitaille epuis le début de la saison politique, l\u2019atmosphère est survoltée, les attaques sont extrêmes, débouchent sur l\u2019insulte.Notre politique traverse une phase d\u2019excès.Cela s\u2019explique d\u2019abord par des éléments de conjoncture.Le statut minoritaire du gouvernement du Québec le rend inquiet comme une bête traquée.Il semble prêt à tout pour sauver sa peau, même à s\u2019inspirer de Stephen Harper en matière de contrôle des médias.Pour faire bouger rapidement «l\u2019aiguille des sondages», mais aussi pour remplir certaines promesses jugées prioritaires, il croit qu\u2019il lui faut miser sur de grands coups.Ce n\u2019est pas uniquement ce qui le motive dans son pari sur la Charte des valeurs, mais il serait naïf de croire que l\u2019aspect tactique ne joue pas.Or les grandes manœuvres suscitent des réactions marquées elles aussi par l\u2019excès.Autres éléments inflammables : la suspicion règne et, parallèlement, on cultive un désir de ,\t_ , pureté totale.Face à la commission Charbon- A\t^ neau et à l\u2019UPAC, les grands partis sont sur les dents, susceptibles d\u2019être éclaboussés à tout moment, placés devant des dilemmes.La suspicion peut verser dans l\u2019excès : c\u2019est ce qu\u2019on a vu avec les propos du caquiste Jacques Duchesneau à l\u2019endroit d\u2019André Boisclair.Au premier abord, ceux-ci semblaient tirer par les cheveux les liens dressés entre une subvention accordée à quatre jours du scrutin de 2003 par M.Boisclair, sa consommation de cocaïne et les rapports de son ami P.Sauvé avec le crime organisé.L\u2019ancien policier n\u2019a pas présenté de preuves.Peut-être en a-t-il?Il nous a surpris dans le passé.Mais pour l\u2019instant, c\u2019est à la manière des théoriciens du complot qu\u2019il a défendu son «droit de poser des questions», en semblant se foutre des réponses.Au-delà de ces soupçons qui peuvent être fondés, la CAQ, qui croupit dans les sondages, y a vu une occasion de chauffer l\u2019opinion à son avantage.L\u2019affaire a éclipsé le sujet qui dominait l\u2019espace public depuis des semaines, soit la Charte des valeurs.Sur celui de l\u2019intégrité, les caquistes se sentent solides.Il y a actuellement en politique québécoise une tentation de l\u2019excès à laquelle chaque acteur politique devrait tenter de résister.Ils pourraient le faire en se rappelant leurs belles promesses du début de la législature, le 30 octobre 2012 : «Nous allons [débattre] avec vigueur, mais nous allons le faire avec respect.Cette Assemblée, représentant tous les Québécois, mérite qu\u2019elle soit occupée par des gens qui font leur travail avec respect.» (Mots du chef de l\u2019opposition Jean-Marc Fournier.) FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeurs adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIÉEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET HAttPER \u20acT (,£ RCCHAufffMfNT CÜMAtiQuf n ou, SAStfi BtTtiMiwfwir iA/vAOi'riwJ îoiVol-Zg LETTRES GIEC: grosse inquiétude en cours Ainsi donc, la température augmente tout en n\u2019augmentant pas.Le niveau des mers monte tout en ne montant pas.Le couvert de glace de l\u2019Antarctique diminue tout en s\u2019accroissant.Le nombre d\u2019incidents climatiques violents se multiplie tout en diminuant.Tout comme les voies du Seigneur, la science du GIEC est impénétrable et n\u2019est paradoxale qu\u2019en apparence.Car tout cela VA se produire, n\u2019en doutons pas, maintenons fermement notre foi dans la catastrophe annoncée ! Sinon, qu\u2019allons-nous devenir?Plus rien ne serait vrai, tout à coup, et l\u2019on découvrirait que nos gouvernements nous ont menti ?Que des scientifiques se sont dévoyés en participant à cette entreprise frauduleuse?Non, il n\u2019y a qu\u2019une seule solution : la fuite en avant.André Lemelin Québec, le 27septembre 2013 Charte des valeurs?Que sont les valeurs québécoises?Ni l\u2019égalité ni la laïcité n\u2019étaient des valeurs québécoises dans les années 50.Donc ce ne sont pas des valeurs foncièrement québécoises.En 50-60, j\u2019étais obligée d\u2019aller à la messe et de couvrir ma tête.Est-ce que les valeurs d\u2019une nation peuvent changer toutes seules aussi vite?Non, ce sont les valeurs universelles qui ont changé, et les pays les aménagent selon leur propre expérience.L\u2019Qccident, surtout, adoptera l\u2019égalité hommes-femmes, et grosso modo, l\u2019Qccident moins les Anglo-saxons cherchera une véritable laïcité.Mais tout ça va dans la Charte des droits, pas des valeurs ! Qn s\u2019infantilise avec ça.A-t-on idée d\u2019une charte des valeurs norvégiennes, italiennes?C\u2019est la risée.Les droits des femmes sont déjà inclus (et peuvent être encore précisés) dans la Charte des droits.Pourquoi ne pas ajouter à celle-ci une clause sur la laïcité, ou bien créer clairement une charte de la laïcité?Pourquoi avoir peur des mots?Laïcité (sans adjectû) est un terme précis et durable.Les valeurs, ça évolue.Aucune charte ne peut inclure toutes les valeurs, elles bougent et fuient, d\u2019autres s\u2019ajouteront qui paraîtront essentielles selon les époques et problèmes à traverser, et de plus, certaines sont peu édifiantes, bien que très ancrées, comme la consommation, le libéralisme, l\u2019art d\u2019oublier.qui, bien qu\u2019elles soient inébranlables et très anciennes, ne figureront certes pas dans cette Charte des valeurs.Je ne vois qu\u2019illu-sions et incomplétude dans une charte des valeurs.Et peut-être démagogie?Une charte de la laïcité, ou l\u2019inclusion de celle-ci dans la Charte des droits, aurait plus d\u2019impact et de réalisme que cette Charte des valeurs, mot édulcoré, romantique, va^e et timoré.Il s\u2019agit de séparer l\u2019Eglise et l\u2019Etat.C\u2019est clair, net et définitif: une charte de la laïcité, point.Renée Lavaillante Montréal, le 25 septembre 2013 REVUE DE PRESSE Iggy, Topp et leur Costa Concordia GUILLAUME BOURGAULT-COTE \\ A chacun son Costa Concordia.La publication de deux documents politiques \u2014 le livre de l\u2019ex-chef libéral Michael Igna-tieff et une analyse du stratège néodémocrate Brian Topp \u2014 a montré cette semaine qu\u2019il est bien difficile pour les politiciens de faire acte de contrition devant l\u2019échec, estiment plusieurs commentateurs.Dans les deux cas, Ignatieff et Topp reviennent sur deux moments où ils ont touché le fond.L\u2019élection fédérale de 2011 pour Ignatieff et celle provinciale de 2013 en Colombie-Britannique pour Topp, qui a dirigé la campagne du NPD.Dans le Toronto Star, Bob Hepburn écrit que le bouquin d\u2019Ignatieff manque d\u2019autocritique, malgré ses prétentions.«C\u2019est un livre qui offre un regard révisionniste sur son leadership, révélant un homme qui accepte peu de blâme pour la défaite et qui n\u2019admet pas son échec.Le titre aurait pu être: \u201cCe n\u2019était pas vraiment ma faute\u201d.» Ignatieff met essentiellement sur le compte des mauvaises finances du Parti libéral, de l\u2019expérience de Stephen Harper et de Jack Layton et des attaques négatives des conservateurs les raisons de sa déconfiture, pense Hepburn.Rien à voir avec l\u2019incertitude du chef libéral et ses revirements sur certains enjeux-clés, son incapacité à se concentrer sur deux ou trois idées maîtresses ou son manque de naturel criant à la télévision: étonnant, dit Hepburn.«Le livre renforce l\u2019image largement répandue voulant qu\u2019Ignatieff soit arrogant et distant, comme s\u2019il était trop brillant pour s\u2019abaisser à faire de la politique.» Ex-conseiller de Jack Layton, candidat défait à sa succession.Brian Topp tente de son côté «la plus importante opération de sauvetage depuis le Costa Concordia», ce paquebot échoué en Italie, écrit Bill Tieleman (24Hrs-Vancouver).Dans le cas de Topp, il s\u2019agit du sauvetage de sa carrière de conseiller et stratège politique, mise à mal par l\u2019improbable débandade du NPD en Colombie-Britannique.Tieleman souligne que Topp semble rejeter sur le leader du NPD, Adrian Dix (qui vient de démissionner), le fardeau de l\u2019échec.Qr c\u2019est Topp qui a commis les erreurs stratégiques les plus fondamentales qui soient, pense Tieleman.Qu\u2019il refuse d\u2019en prendre la responsabilité est «troublant», croit-il.Mais ce n\u2019est pas nécessairement surprenant, dit Andrew Coyne (Postmedia).Entre le livre d\u2019Ignatieff et les écrits de Brian Topp, Coyne remarque que les politiciens ont une ^ande difficulté à prendre sur eux le poids d\u2019une défaite.Topp confesse des erreurs dans son analyse, reconnaît Coyne.Mais il rejette surtout la faute de l\u2019échec du NPD sur «l\u2019état de la politique moderne», où seules les attaques basses portent fruits.Constat semblable chez Ignatieff qui se plaint des attaques négatives des conservateurs.Dans les deux cas, il est vrai que les conservateurs fédéraux et les libéraux de la Colombie-Britannique ont joué dur, reconnaît Coyne.Mais que Topp et Ignatieff laissent entendre qu\u2019ils ont perdu parce qu\u2019ils avaient des principes trop nobles est un peu court.«Ne blâmez pas le public pour vos erreurs», écrit le chroniqueur.La politique est l\u2019art de la persuasion : si un politicien ne peut persuader les électeurs de la qualité de son programme, mieux vaut pour lui de changer de carrière.Anthony Furey, dans le Winnipeg Sun, se sert du témoignage de Michael Ignatieff pour prévenir Justin Trudeau.Le livre d\u2019Ignatieff montre à quel point ce dernier ne savait pas vraiment pourquoi il avait fait le saut en politique, ni ce qu\u2019il voulait défendre et proposer exactement.« C\u2019est une drôle de façon de procéder, dit Furey : obtenir le pouvoir d\u2019abord et ensuite trouver des idées.» Qr c\u2019est précisément le chemin qu\u2019a aussi emprunté Justin Trudeau.Ce qui n\u2019est pas nécessairement rassuranf laisse entendre Furey.Suicide assisté Le message lancé cette semaine par le docteur Donald Low \u2014 l\u2019homme qui a géré la crise du SRAS à Toronto il y a dix ans et qui vient de mourir d\u2019une tumeur au cerveau \u2014 mérite d\u2019être entendu, estime l\u2019équipe éditoriale du Toronto Star.Dans une vidéo émouvante enregistrée peu avant sa mort.Low plaide pour que les Canadiens en phase terminale puissent avoir accès au suicide assisté.En emegistrant ce message.Low a permis de faire avancer sensiblement un débat fondamental, estime le Star.Rappelant le projet de loi sur les soins de fin de vie proposé par Québec en juin dernier et un récent jugement de la Cour suprême de la Colombie-Britannique, le quotidien soutient que le gouvernement Harper ne pourra éternellement repousser la question.Dans le contexte d\u2019une population vieillissante, le débat ne fera que prendre de l\u2019ampleur à mesure que des gouvernements provinciaux \u2014 ou des citoyens influents comme Low \u2014 prendront, les devants, écrit le Star.Le ministre d\u2019Etat aux Transports, Steven Fletcher, paralysé à partir du cou, est d\u2019ailleurs d\u2019accord avec le principe d\u2019un accès à l\u2019euthanasie.Le fédéral devrait donc avoir le courage de se pencher sur la question plutôt que de laisser les provinces et les tribunaux décider, pense le Star.«Sur un tel sujet, il ne devrait y avoir qu\u2019une seule loi pour tous les Canadiens.» Il devient «de plus en plus difficile de ne pas tenir compte des appels pour le changement», ajoute le journal, touché par le témoignage poignant de Low \u2014 notamment lorsqu\u2019il dit souhaiter que les opposants au suicide assisté puissent vivre 24 heures dans son corps, à ressentir ses souffrances.«Ils changeraient d\u2019idée», pense Low.Et le Star aussi.Le Devoir Les liens vers les articles originaux sont disponibles sur LeDevoir.com. LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 20IS B 5 IDEES La culture, une étoffe précieuse qu\u2019il faut continuer de tisser ensemble LOUISE SICURO C.M., présidente de Culture pour tous et fondatrice des Journées de la culture lors que se déroule la 17® édi- Âtion des Journées de la culture, déployées dans 352 municipalités du Québec, il convient de se demander si ce mouvement collectif en faveur d\u2019une plus grande participation culturelle est toujours aussi nécessaire et pertinent.Pour répondre à la question, je pense qu\u2019il convient de citer cette déclaration percutante du sénateur français Ivan Renar: «A ceux qui déclarent qu\u2019il y a trop de théâtres, de compagnies, d\u2019orchestre, de musées, etc., pour trop peu de public, je réponds: imagine-t-on quelqu\u2019un trouvant qu\u2019il y a trop de suffrage universel parce qu\u2019il y aurait trop d\u2019abstentions ?L\u2019art et la culture se portent bien à condition qu\u2019on les sauve!» Et c\u2019est bien de cela qu\u2019il s\u2019agit ici: s\u2019unir pour sauver tous les jours les arts et la culture.La culture, c\u2019est ce que nous construisons de matériel et d\u2019immatériel, puis que nous transmettons.Comme l\u2019étoffe tissée, la culture réunit ce foisonnement de métiers, d\u2019idéaux, d\u2019économies.Sa confection, un fil à la fois, contribue à la beauté de l\u2019ouvrage.Elle traverse le temps par reprise et transmission.Avant d\u2019exister comme «produit à vendre ou à consommer», la culture est le socle sur lequel repose notre humanité.Elle nous protège, nous pare, donne à voir qui nous sommes et ce qui compte à nos yeux.Notre culture est une étoffe qui n\u2019en finit jamais d\u2019être tissée ! Elle est une dimension de la vie des individus et des collectivités avant d\u2019être un «secteur d\u2019activités».La culture est une nécessité ! La structure même de notre psychisme a besoin de créer des signes de sa propre existence, de s\u2019exprimer à l\u2019oral, à l\u2019écoute, par le jeu.Elle est nécessaire en démocratie car l\u2019acquisition des savoirs \u2014 alphabétisation, créativité, connaissances critiques.\u2014 est essentielle à l\u2019exercice des choix.Nous devenons citoyens lorsque nous sompies reconnus comme membres d\u2019une cité, d\u2019un Etat, d\u2019un monde et de son projet, et que nous y prenons une part active.11 s\u2019agit d\u2019une forme d\u2019appartenance que chacun ressent et exerce avec ses moyens d\u2019expression.L\u2019activité culturelle comme levier de développement et d\u2019intégration sociale se fonde sur cette idée.La citoyenneté est inséparable de la démocratie.Elle est une composante du lien social.En stimulant sa sensibilité et ses ca- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Des centaines de milliers de nos concitoyens s\u2019apprêtent à participer aux 3000 activités offertes dans le cadre des Journées de la culture.pacités d\u2019expression au contact de l\u2019art et du patrimoine, chacun se met en capacité d\u2019exercer sa citoyenneté, pacifiquement et avec fierté.Nous savons aujourd\u2019hui que nous sommes dans une ère où le développement doit être vu sous l\u2019angle de la durabilité plutôt que sous celui de la croissance à tout prix si nous voulons, comme l\u2019écrit Edgar Morin, «que le développement ne soit plus un voyage où il y a plus de naufragés que de passagers».Or ce développement durable et humain est indissociable de la culture, et d\u2019une culture de la participation et de la coresponsabilité.Aucune stratégie concernant le développement durable n\u2019a la chance d\u2019aboutir sans passage par la culture, sans la capacité pour chacun de transmettre de la connaissance, sans le développement des personnes et des communautés.11 faut donc donner envie de valoriser la création! Mettre en avant l\u2019excellence, les idées qui rassemblent et donner le goût de la culture comme ressource ! Je lance ici un appel à l\u2019action autant qu\u2019à la réflexion.Les défis du XXI® siècle nous y obligent.Quelles idées, quels objets et quelles images voulons-nous faire voyager?Que faisons-nous déjà circuler par nos pratiques ?Par la technologie ?Que voulons-nous faire surgir de notre environnemenfi de notre monde?Voulons-nous d\u2019un bout de tissu anonyme et limité à sa fonction?Qu voulons-nous plutôt d\u2019une étoffe qui laisse des traces, qui nous étonne, qui nous raconte l\u2019histoire de sa confection, de l\u2019imaginaire illimité et de la maîtrise du geste qui en sont à l\u2019origine, qui nous rendent fiers ?Voulons-nous d\u2019une étoffe qui nous fait connaître cet artisan collectif?Et voulons-nous participer à cette création, à ce partage ?Au moment où des centaines de milliers de nos concitoyens s\u2019apprêtent à participer aux 3000 activités offertes par les artistes, les éducateurs, les institutions, les réseaux et les municipalités dans le cadre des Journées de la culture, rappelons-nous tous que «la culture se porte bien à condition qu\u2019on la sauve» et sauvons-la ensemble une fois encore.CHARTE DES VALEURS QUEBECOISES Une neutralité trompeuse CHARLES TAYLOR Professeur émérite de philosophie à l\u2019Université McGill.Il a publié, aux éditions du Boréal, L\u2019âge séculier et, avec Jocelyn Maclure, Laïcité et liberté de conscience.^^^==1 a nouvelle Charte A des valeurs proposée par le gouvernement contient une contradiction troublante.Qn nous ré- - pète saps cesse que la neutralité de l\u2019Etat n\u2019est pas une abstraction, qu\u2019elle doit s\u2019incarner, et on sou- ______ tient qu\u2019elle doit s\u2019incarner dans les apparences.Les employés du secteur public ne doivent porter aucun signe «ostentatoire» qui permettrait d\u2019identifier leur appartenance religieuse.Mais il y a une autre forme possible d\u2019« incarnation» de la neutralité, celle-ci dans les actes.Je crois que l\u2019on peut convenir qu\u2019un Etat vraiment neutre entre toutes les options religieuses, non religieuses, et même antireligieuses, ne devrait jamais favoriser certaines options par rapport à d\u2019autres.Il ne devrait pas leur faire subir un traitement différentiel.Qr le paradoxe de la Charte, avec son interdit de tout signe trop visible dans le secteur public, est qu\u2019en sauvant les apparences de la neutralité, elle la viole dans les faits.Charles Taylor Il y a certaines religions que l\u2019on peut pratiquer discrètement, sans se faire remarquer.Comme catholique, je peux assister à la messe, prier chez moi, ou même en mon for intérieur.Il y en a d\u2019autres où la pratique exige une visibilité incontournable \u2014 certains sikhs, les juifs orthodoxes et des musulmanes, par exemple.Pour les « sans-religion » et les tenants d\u2019une religion «discrète», la Charte ne pose pas problème.Elle réserve toutefois un autre sort aux «indiscrets».Les premiers pourront postuler sans problème des emplois dans le secteur public.Les autres, par contre, seront mis devant un choix déchirant: ou bien ils renoncent à pratiquer leur religion, ou bien ils seront à jamais exclus des secteurs public et parapublic.Cacher leur religion équivaut en partie, pour eux, à la renier et, partant, à renier leur identité.Les apparences muç à mur de la neutralité de l\u2019Etat cacheront une réalité tout autre, une discrimination évidente.L\u2019étiquette sur la bouteille nous trompera sur son contenu.Devrait-on s\u2019étonner que les victimes de ce jeu de trompe-l\u2019œil se sentent trahies par une société québécoise qui ne cesse de leur promettre l\u2019égalité ?POLITIQUE MUNICIPALE Cacophonie en vue à Laval PHILIPPE GARIEPY Ex-président de Patrimoine en tête à Saint-Vincent-de-Paul, Laval lors qu\u2019un vent de changement souffle sur Laval, voici que le tuteur Elorent Gagné se manifeste.Il vient de décider de la mise sur pied ________ d\u2019un Service des communications.Il semble, de plus, avoir l\u2019intention d\u2019engager avant la prochaine élection un nouveau directeur général de même que des cadres supérieurs.C\u2019est du moins ce que laisse entendre un article de La Presse publié récemment.La mairesse intérimaire, M\u201c® Beau-grand, s\u2019oppose avec raison à de telles décisions.L\u2019équipe en place, même si elle est « marquée » du fait d\u2019appartenir à l\u2019ancienne administration, peut très bien assurer l\u2019intérim d\u2019ici l\u2019élection d\u2019une nouvelle équipe dirigeante.Il reste un mois avant la prochaine élection.Aidés des tuteurs, le conseil et le comité exécutif actuels peuvent très bien se rendre à la fin de leur mandat sans procéder à des décisions qui relèvent de la prochaine administration.Cela dit, il est indéniable qu\u2019un vent de changement souffle sur Laval à l\u2019heure actuelle.De nouveaux poupes de citoyens font leur apparition.Un grand nombre de partis politiques voient le jour.L\u2019administration en place, sous tutelle, vit ses derniers moments.Qn sent que ça bouge dans la cité.Les citoyens assistent enfin à une fin de régime.Une certaine forme d\u2019incertitude, par contre, plane sur la ville.L\u2019assainissement des mœurs politiques, en effet, est loin d\u2019être terminé.Trop de personnes de l\u2019ancienne administration sont encore en place.Trop de partis politiques, par ailleurs, veulent le bien des Lavallois.Leurs candidats sont pour la plupart inconnus et l\u2019on n\u2019arrive plus à identifier les «bonnes âmes» susceptibles de gouverner Laval avec compétence.Quant aux véritables enjeux politiques, ils sont loin d\u2019être clairs pour une population en mal d\u2019information.Les citoyens sont dès lors condamnés à ne pas savoir pour quoi voter et en faveur de qui déposer leurs votes le 3 novembre prochain.Dans un tel contexte, il reste à souhaiter que des organismes et des associations crédibles organisent des débats publics permettant de mettre en lumière les principaux enjeux reliés à la gestion et au développement de la ville de Laval.Ces débats devraient également fournir l\u2019occasion aux citoyens de sortir et de venir s\u2019exprimer sur ces enjeux concernant la lutte contre la corruption, l\u2019aménagement du territoire et de l\u2019urbanisme, la préservation du patrimoine tant bâti que naturel, les transports, le sport et la culture, les taxes et la bonne gestion, la consultation et l\u2019implication véritable des citoyens, pour n\u2019en nommer que quelques-uns.Ces rencontres devraient également permettre de connaître les représentants des partis politiques en lice de même que l\u2019essentiel des politiques qu\u2019ils préconisent pour Laval.Les médias seraient à même de couvrir de tels événements.Qn peut également souhaiter qu\u2019un «regroupement» d\u2019associations diverses pour la démocratie à Laval voie le jour et prenne en charge l\u2019organisation de tels débats.Sinon, il faut absolument que les principales associations de Laval voient à la tenue de tels débats publics, tant sur les principaux enjeux de l\u2019élection actuelle que sur l\u2019information touchant les principaux partis politiques en lice.Ce serait un moyen de contrer l\u2019incertitude, de sortir de la cacophonie appréhendée et de déterminer lequel des candidats et lequel des partis méritent d\u2019être élus à Laval.Les mini-nous David Desjardins Porte-parole de rien, supporteur de pas grand-chose, je refuse systématiquement de signer les péfifions.Peur de découvrir que l\u2019auteur est un arnaqueur, que la cause est moins noble qu\u2019il n\u2019y paraît: le principe de précaution me pousse systématiquement à l\u2019abstendon.Sauf pour cette fois où j\u2019ai accepté avant même d\u2019avoir fini de lire le texte.Encore plus étonnant: quand j\u2019ai vu que l\u2019on m\u2019avait placé dans la liste des «veudettes» signataires, ça ne m\u2019a même pas dérangé.Si je pouvais colporter l\u2019indignation, si une seule personne signait après y avoir vu mon nom, j\u2019aurais au moins servi à empêcher des parents imbéciles de transformer leur enfant en trophée qui marche.D\u2019ici à ce que je rende mon texte, vous serez sans doute 50000 à avoir paraphé ce témoin de notre dégoût pour les concours de mini-Miss, dont celui qui doit se tenir à Laval en novembre.Permettez, maintenant, que je détonne un peu dans le discours bien-pensant: des concours de mini-Miss, j\u2019en vois toutes les semaines dans la rue, dans les fêtes d\u2019enfants, à l\u2019école, au centre commercial.Je parle de tous les parents \u2014 et j\u2019en fus \u2014 qui habillent leurs filles en princesse, les parquent devant les films de Barbie débiles qui ne servent qu\u2019à remplir la tête de choses roses, de froufrous et de couronnes.Je parle de cette culture du spectacle aussi.La nôtre.L\u2019organisatrice se défend bien que son événement soit affaire de sexualisation précoce des enfants, dit qu\u2019il s\u2019agit plutôt d\u2019un concours de personnalité.Wô là, madame Machin, c\u2019est l\u2019argument creux que brandissent tous les concours de Miss du monde.Et évidemment, quand une pi-toune du Texas défile en bikini, avec ses seins qui dépassent de partout, je suppose que c\u2019est pour sa personnalité que l\u2019Amérique bande?Mais je parlais du spectacle.Cette idée qu\u2019il faille montrer ses enfants, que de monter sur scène pour parader soit valorisant.Cette volonté qu\u2019on instille chez eux d\u2019être applaudis pour rien, pour aucun talent particulier.Ils ne sont pas en petite tenue, ils ne défilent pas en maillot ou en «chest» pour les caméras 6!Occupation double, mais on les y prépare en les félicitant toujours d\u2019exister dans l\u2019œil des autres, en leur faisant une fête pour tout, en gonflant leur petite estime de soi pour des peccadilles.Ah, les petits trésors qu\u2019on couvre d\u2019or quand ils se délestent enfin dans le petit pot.Mieux: quand ils s\u2019exprimenL peu importe ce qu\u2019ils disent.Parader ne demande aucun effort si on a la personnalité pour cela.Déblatérer des conneries non plus.C\u2019est en cela que l\u2019organisatrice du concours a raison, mais sans savoir de quelle manière prodigieusement tordue.Son événement ne sert qu\u2019à célébrer l\u2019exhibidonnisme, la disposition au spectacle de soi.J\u2019ignore si ça fucke le rapport des jeunes à leur apparence et crains que feuilleter des magazines féminins au quotidien fasse nettement plus de ravages.Surtout quand on dépasse les 14 ans des mannequins qui y vendent de la crème and-capitons avec leur cul.Mais je sais ce que disent ces concours et qui m\u2019afflige bien plus encore.C\u2019est la célébration du vide.C\u2019est la nécessité de se montrer pour exister.C\u2019est la vie boule miroir, système de son et éclairages.Les concours de mini-Miss nous révoltent parce qu\u2019ils nous renvoient une image grossière de notre culture.Des enfants qui jouent aux grands.Des bébés fagotés comme des putes.Voilà le refuge parfait pour noùe indignation.Et une manière d\u2019échapper à l\u2019idée que nous sommes au moins aussi responsables de l\u2019existence de cette ânerie que la madame qui l\u2019organise.Dope Aucun rapport, sinon que les deux nouvelles étaient en page couverture de mon journal hier.Les mini-Miss, et Jacques Duchesneau appuyé par son chef, qui persiste et signe : il veut savoir où Boisclair prenait sa drogue quand il était minisùe.De trois choses l\u2019une.Soit le député sait quelque chose, soit il lance ça dans le vide à la veille d\u2019une possible élection, soit le chef de police ne connaît pas grand-chose dans la vente au détail de drogue.Vous non plus?Permettez que mon passé dissolu vous éclaire un peu : j\u2019ai acheté du pot pendant quelques années à plusieurs types différents.Eux-mêmes l\u2019achetaient d\u2019un gars qui était au cinquième ou sixième degré de la hiérarchie du crime organisé.Les seules fois où j\u2019ai croisé des criminels, des vrais, je ne le savais même pas.Ils étaient propriétaires du bar parfaitement légitime où j\u2019achetais de l\u2019alcool parfaitement légal.Je l\u2019apprenais en voyant leur photo dans le journal.Mais Duchesneau insinue peut-être que Bois-clair avait une dette de dope grosse comme ça?Qu\u2019il a offert une subvention contre l\u2019effacement de son ardoise?De trois choses l\u2019une.Soit le député caquiste sait quelque chose, soit son pard a décidé de foncer dans le tas, avec l\u2019énergie du désespoir d\u2019un pard en chute libre, soit il en fume du vraiment très bon.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (edttortahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (cancatunste) , information générale : Mane-Andree Choumard {chef de division), Domimque Reny (adjointe au directeur de l information), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amelie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien 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art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm et Louis Gagne {pupitre) , équipe internet Laurence Clavel, Marie-Pier Erappier,Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier, Karl Rettino-Parazelli et Genevieve Tremblay (assistants) , correction : Andreanne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Elorence Eerrans (commis) DOCUMENTATION GiUes Pare (directeur)fsHarvorv Derome (Montreal), Momque Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Elyes Ben M'rad, Claire Breton {superviseur), Jean de BiUy, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Nathahe Jobin {par interim), Claire Paquet, Catherine Pelletier, Chantal Rainville, Susan Rooke, (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais, {coordonnatrice), Éhse G\\rard(secretaire) PRODUCTION Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Carohne Guimond, Yanmck Morm, Nathahe Zemaiùs INFORMATIQUE Yamck Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Jean-Robert Divers (responsable de la promotion), Maxmi-Ohvier Leclerc (responsable du service a la clientele), Manon Blanchette, Damelle Cantara, Nathahe Eihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables) ,G\\a\\xd.'SlX's.Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentina Draghici, Cehne Euroy, Ghislaine Lafleur et Veromque Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2013 ARCHITECTURE SlfiN i 'if I ï.slf#î- w 3fi 'i^îŒ-i\u2014'fr .f-r r -¦ i PHOTOS © MARC CRAMER L\u2019effet miroir allège l\u2019ensemble de l\u2019architecture et assure une connexion entre la bâtisse et l\u2019extérieur.Sauver son âme Comment rendre attrayant un bâtiment du passé sans le dénaturer Perché à flanc de montagne et déconnecté du contexte environnant, le 1400, avenue des Pins Ouest à Montréal était un immeuble avant-gardiste en 1961.Mais ce mastodonte de béton a perdu ses attraits au fil des décennies.Comment redonner vie à ce genre d\u2019architecture du passé ?Comment le rendre de nouveau attrayant sans le démolir ni le dénaturer complètement?C\u2019est le défi qu\u2019a brillamment relevé l\u2019atelier d\u2019architecture YH2.[ Une partie de la façade du 1400 des Pins Ouest à Montréal.EMMANUELLE VIEIRA Profitons de ces Journées de la culture pour observer les couches architecturales qui font vibrer nos villes et surtout qui donnent un sens à la société que nous sommes.On a trop souvent l\u2019œil tourné vers les vestiges du XIX® ou du début du XX® siècle.Or le langage architectural des années 60, à Montréal et ailleurs au Québec, a toute son importance.On compte bien quelques grandes réussites, certes, mais il y a beaucoup de ratés, des blessures dans le tissu urbain avec lesquelles on doit composer.Construit en 1961 par un architecte inconnu à ce jour, le 1400 des Pins Ouest est le parfait exemple des tours d\u2019habitation spéculatives qui ont poussé comme des champignons sous l\u2019administration du maire Jean Drapeau.Présentées à l\u2019époque comme les modèles du Montréal du futur, ces architectures modernes en béton armé étaient la représentation parfaite de l\u2019idéal des années 60, dans lequel l\u2019artificiel incarne la joie de vivre et la promesse d\u2019un monde meilleur.Assez simples quant à leurs structures et leurs façades, ces tours devaient être facilement reproductibles.Pourtant, malgré leur aspect primaire et brut, elles cachent des éléments architecturaux intéressants qui sont l\u2019ébauche d\u2019un modernisme en béton expressif, dont le point culminant aura été l\u2019Expo 67.Le 1400 impose lourdement sa présence face au mont Royal, au beau milieu d\u2019un ensemble de maisons bourgeoises datant majoritairement du début du XX® siècle.A l\u2019époque, on avait rasé une partie de ces résidences pour pouvoir y implanter la tour d\u2019habitation locative, dont le gabarit tranche avec la plupart des constructions du voisinage.Proposant des appartements ayant une vue somptueuse sur Il fallait atténuer l\u2019aspect massif du bâtiment et mettre en valeur les éléments architecturaux d\u2019origine la montage ou sur la ville ainsi qu\u2019une piscine intérieure et un service de valet, cet édifice était, dans les années 1960-1970, la référence en habitation de luxe.D\u2019après une résidante établie là depuis 1962, Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque y auraient même séjourné.Mais les idéaux passent et les années 1980-1990, par réaction au mouvement moderniste, ont nui à ce genre de bâtiment, qui a alors très mauvaise presse et qu\u2019on accuse, à raison, d\u2019avoir effacé un patrimoine architectural plus ancien sur le site.Comment pouvons-nous aujourd\u2019hui réintégrer ce type de construction dans le tissu de la ville, comment traiter la cicatrice et en faire du positif?Lorsqu\u2019ils ont acheté le bâtiment en 1983, les Ma-jewski ont décidé d\u2019en prendre soin.« Cest devenu notre maison, écrit M™® Majewski, nous occupons le penthouse de l\u2019immeuble mais nous entretenons la centaine d\u2019autres appartements comme si c\u2019était le nôtre.» Ils ont donc commencé par rénover le hall d\u2019entrée en y mettant du granit brun, à la mode des années 1980.Trente ans plus tard, la pièce n\u2019est plus au goût du jour et la façade principale, avec sa corniche voluptueuse et ses balcons arrondis, tout en béton armé, ne cesse de se dégrader.Le 1400 des Pins Ouest n\u2019est donc plus depuis longtemps l\u2019adresse chic tant convoitée et son image est mise à rude épreuve avec la multitude d\u2019immeubles à condos de luxe qui pointent au centre-ville.Ainsi, les propriétaires proposent à la Ville plusieurs plans vi-sant à démolir les trois premiers étages de l\u2019édifice pour créer un hall monumental, à l\u2019image des nouvelles tours du quartier.Mais l\u2019administration municipale refuse, jugeant ces plans en discordance avec l\u2019esprit du 1400.C\u2019est alors que les architectes Marie-Claude Ha-melin et Loukas Yiacouvakis, de l\u2019atelier YH2, passent par là.Tl i^rr .\u2018 -y^\u2014\\ ~AV\\ \\~NV~N r\\%\u2014X ii\u2014rr c .\\\t\\ Il II\t\\1~\\ 'TW \\ rtn m \t\t Le hall d\u2019entrée est fait de granit noir et d\u2019aluminium blanc découpé.Des cônes de métal insérés dans le mur de droite devaient servir de boîtes aux lettres.Au sol: du travertin et du granit Les architectes ont choisi d\u2019éclairer la marquise et les balcons.Une fois la nuit tombée, le reste du bâtiment semblera dématérialisé.«Nous cherchions un défi de taille, dit-il, et nous avons toujours été attirés par l\u2019architecture des années 60, qui nous a marqués dans notre plus tendre enfance.Les propriétaires de la tour nous ont dit: essayezl Et la première esquisse que nous avons présentée à la Ville a été acceptée.» Les plans ont été rapidement conçus, mais le chantier a duré quelque trois ans.«Les clients ont été tenaces et très complices», explique Marie-Claude Hamelin.Un nouveau souffle L\u2019intervention visait principalement trois objectifs: atténuer l\u2019aspect massif du bâtiment, mettre en valeur les éléments architecturaux d\u2019origine et donner un nouveau souffle au projet Dans le premier cas, les architectes ont traité les deux rangées de balcons latéraux et leurs alcôves en teignant la brique du même brun que celui du mur de refend, ce qui a pour effet de détacher la partie centrale du bâtiment en brique claire et de diminuer ainsi l\u2019aspect de masse de l\u2019ensemble.Les voûtes de béton surplombant le dernier niveau (celui des penthouses) ont quant à elles été prolongées en façade avant, afin de les rendre visibles de la rue, puis leurs franges ont été surlignées en noir et le dessous des voûtes a été peint en vert, une réponse formelle au nouveau parterre de buis taillé du rez-de-chaussée.La brique a été entièrement nettoyée, la marquise, les balcons en U et les voûtes en béton de la couronne ont été consolidés ou refaits (en partie recoffrés et remoulés), un travail de restauration méticuleux et de longue haleine.«Nous avons décidé de peindre la marquise en blanc et de venir surligner par une frange de métal noir toutes les lignes de la marquise et des balcons en U, des éléments qui n\u2019étaient absolument pas mis en valeur auparavant.» Les garde-corps des balcons sont des plaques d\u2019aluminium découpées qui reprennent un motif psychédélique ou naturel, des plaques et motifs qu\u2019on retrouve au niveau de l\u2019entrée et dans le nouveau hall de l\u2019immeuble.L\u2019éclairage de ces divers élément^ est extraordinaire le soir ! A ce moment-là, seule la forme des balcons et de la marquise ressort, laissant une empreinte aérienne à cette tour qui se dématérialise une fois la nuit tombée.Viser la longévité Le parement de marbre blanc complètement détérioré au rez-de-chaussée, sous la grande marquise de béton, a été remplacé par un mur-rideau en verre miroir permettant de diminuer la matérialité sur rue des logements donnant au rez-de-chaussée, et, par un effet miroir, de faire apparaître le nouveau jardin et la montagne qui lui fait face sur cet élément de la façade.Le corps principal de brique beige apparaît ainsi soutenu par les seuls trois piliers de granit noir, offrant une légèreté nouvelle, légèreté du rez- de-chaussée caractéristique du langage classique des tours d\u2019architecture moderne.Dans le même esprit, le jardin sur rue, composé d\u2019une variété de plantes disparates, a été remplacé par un parterre à la fois minéral et végétal qui suit l\u2019inclinaison de l\u2019avenue des Pins.Le soir venu, les jeunes huppés qui habitent maintenant la tour envahissent ce socle qui devient soudain un merveilleux espace urbain, très chic et très vivant.La limite «intérieur-extérieur» étant volontairement brouillée grâce au verre miroir et aux panneaux vitrés du hall, le passant s\u2019amuse à suivre les plaqués de feuilles de métal blanc découpé qui vibrent avec les mouvements de la porte d\u2019entrée coulissante.Le parterre, le nouvel escalier sur rue et le hall du bâtiment, traités avec les mêmes matériaux et motifs, créent un cérémonial d\u2019entrée inusité, à la fois décoratif et moderne, offrant une vision idéalisée et très réjouissante des années 60.Comme le dit si bien une locataire de longue date, l\u2019intervention architecturale de YH2 est «un sourire élégant» qui procure une grande fierté d\u2019y habiter.Collaboratrice Le Devoir ¦ yh2architecture.com."]
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