Le devoir, 28 septembre 2013, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2013 L\u2019Hexagone: la poésie qui a fait histoire UHexagone a 60 ans.Élevée au rang de patrimoine littéraire, la maison d\u2019édition entend demeurer un lieu d\u2019accueil pour la poésie actuelle.Esprit des origines, est-ce toi ?MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE CA est rhistoire d\u2019un jeune 7 poète malheureux qui doute de son talent.Il s\u2019appelle Olivier Marchand.Un jour, au début des années 1950, ce jeune homme décide de brûler les poèmes qu\u2019il songeait à rassembler en un recueil.Son amie de cœur, Mathilde Ganzini, confie plutôt les précieuses liasses à l\u2019ami Gaston Miron.Issus de milieux populaires pour la plupart, les jeunes gens se fréquentent au sein d\u2019un mouvement catholique de loisirs pour la jeunesse : l\u2019Ordre de Bon Temps.Avec leurs camarades Jean-Claude Rinfret et Louis Portugais, ils sont responsables du bulletin de liaison La Galette.Ils se réunissent donc régulièrement au sous-sol de la maison de ce dernier, rue Lacombe à Montréal, où ils parlent théâtre, littérature et peinture.Un ami, qui a fait les Beaux-Arts, se joint souvent à eux.C\u2019est Gilles Carie \u2014 oui, le futur cinéaste.«Et si on publiait les poèmes d\u2019Olivier?propose Gaston.Il irait mieux.Et puis, c\u2019est un vrai poète.Ce ne serait pas par complaisance.» «N\u2019écris-tu pas toi aussi des poèmes ?répliquent ses amis.On pourrait les réunir dans le même recueil.» Ainsi, le 26 juillet 1953 paraît Deux sangs \u2014 deux poètes, deux sensibilités à vif, dont les vers sont accompagnés des dessins gentiment naïfs de Rinfret, Gan- zini et Carie.L\u2019ouvrage est repris en fac-similé en cette année anniversaire 2013.Sur le versant Miron, le poème Ma désolée sereine tremble déjà d\u2019une vie neuve dont un vers, a posteriori, prend des accents programmatiques: «Dans ma ville et les autres avec nous par la main d\u2019exister».N\u2019est-ce pas en germe l\u2019œuvre qu\u2019accompliront les éditions de l\u2019Hexagone au fil des décennies?Au départ, les jeunes gens ne cherchaient pas à créer une maison d\u2019édition.Pourtant, c\u2019est bien ce qu\u2019ils ont fait, dans la rosée de plusieurs éditeurs de poésie artisanaux de l\u2019époque, qui disparaîtront.L\u2019Hexagone demeure, forte d\u2019un catalogue enrichi de plusieurs poètes qui sont ou deviendront importants \u2014 les Alain Grandbois, Paul-Marie Lapointe, Fernand Ouellette, Rina Las-nier ou Gaston Miron, pour ne citer que ces noms parmi les aînés d\u2019aujourd\u2019hui.Sans compter le rôle d\u2019incubateur qui lui fera semer dans son sillage la revue Liberté, les éditions Parti pris ou les Herbes rouges.Pas mal pour des jeunes gens nourris de poésie et animés par le désir très scout de la faire apprécier de tous.Groupe et sous-groupe Soixante ans plus tard, en 2013, la maison est un fétu de paille dans l\u2019immensité du Groupe Livre Québécor Média, où elle ne représente que 1% du chiffre d\u2019affaires, selon Martin Balthazar, actuel patron du Groupe Ville-Marie Littérature.L\u2019Hexagone est adossée à ce groupe depuis 1990, date de son rachat par Sogides, celui-ci à son tour avalé en 2005 par le Groupe Livre Québécor Média.Cependant, lorsqu\u2019elle est envisagée à l\u2019intérieur du sous-ensemble formé par les maisons d\u2019édition généralistes du Groupe Québécor, la part de l\u2019Hexagone se situe entre 4 et 5% du chiffre d\u2019affaires total de celles-ci, ce qui est honorable, s\u2019agissant d\u2019un éditeur de poésie.Est-ce suffisant pour en assurer la pérennité?Danielle Fournier, elle-même poète, dirige aujourd\u2019hui \u2014 en pigiste \u2014 les deux collections de poésie actives à l\u2019Hexagone, «Écritures» et «L\u2019appel des mots».«Quand je rencontre des gens de Québécor, dit-elle, je constate qu\u2019ils sont tout le temps très jîers de dire qu\u2019ils comptent l\u2019Hexagone parmi eux.Ce n\u2019est pas un alibi.C\u2019est un héritage.Je pense qu\u2019on est un peu protégés au sein du Groupe.On est vus comme des artistes.Et on connaît le côté philanthropique de Pierre Karl Péladeau.» Au cours de son histoire, l\u2019Hexagone a joué à l\u2019équilibriste avec des fortunes diverses.L\u2019Hexagone des débuts était une maison d\u2019édition artisanale.Sans frais généraux, sans salaires à verser, elle empile les manuscrits chez Louis Portugais jusqu\u2019en 1960, chez Paul-Marie Lapointe jusqu\u2019en 1963.La maison est dirigée de manière essentiellement collégiale par des animateurs souvent eux-mêmes poètes (Gaston Miron, Paul-Marie Lapointe ou Jean-Guy Pilon).Esthétique avant tout, leur jugement se révélera un atout dans la constitution du catalogue.Amorcée en 1963, la direction bicéphale de Gaston Miron et d\u2019Alain Horic se poursuit jusqu\u2019en 1981, et voit l\u2019Hexagone devenir un foyer culturel de premier plan, à un moment où la société québécoise est en pleine effervescence identitaire.Mais au début des années 1980, l\u2019Hexagone est en sérieuses difficultés financières.Gaston VOIR PAGE F 2 HEXAGONE Éric Plamondon s\u2019attaque à Steve Jobs Page F 3 ^ I \",\t1\t^ Vertus et travers de la coopération internationale Page F 7 Le Salon du livre ancien Vous aimez les vieux, vieux livres?Les introuvables ?Vous rêvez de tomber un jour sur un incunable, un de ses survivants de l\u2019imprimerie d\u2019avant 1501 ?Le Salon du livre ancien (SLAM) est pour vous.Sur le thème «Le livre les voyages», une trentaine de libraires y proposent leurs trouvailles \u2014 premières éditions, livres d\u2019art, raretés, cartes, bouquins de cuisine, militaires, gravures et tutti quanti \u2014, plus ou moins précieuses, pour les budgets restreints ou débordants.La 30® édition du SLAM se tient samedi et dimanche, au pavillon McConnell de l\u2019Université Concordia.Le Devoir La reliure comme œuvre d\u2019art Plutôt que de servir de simple coquille protectrice ou d\u2019habillage marketing, la reliure peut parfois se transformer en écrin pour un livre rare ou précieux.De toile, de cuir, de bois ou de métal, mosaïquée, illustrée ou estampée, la reliure devient alors une œuvre d\u2019art en soi.A l\u2019occasion de son 30® anniversaire, l\u2019Association québécoise des relieurs et des artistes du livre propose, à compter du 3 octobre, à la Chapelle historique du Bon-Pasteur à Montréal, une exposition de reliures réalisées par les meilleurs talents québécois et canadiens.L\u2019exposition Reliures et artistes du livre.en musique présentera 32 reliures d\u2019art ainsi que des papiers marbrés célébrant la musique, que ce soit sous forme de biographies, de partitions ou de traités musicaux.Jusqu\u2019au 3 novembre prochain.Par ailleurs, à Québec, à la bibliothèque Christyne-Brouillet, Les Amis de la reliure d\u2019art au Canada présentent une exposition internationale de reliures sur un thème imposé, soit un recueil de poèmes de Gilles Vigneault, La couleur du vent.Jusqu\u2019au 24 octobre.Paul Bennett JEAN DORION Inclure Quelle laïcité pour le Québec?PRÉSENTEMENT EN LIBRAIRIE JEAN DORION Inclure Quelle laïcité pour le Quebec'?\u2022¦SaBIBBa -B* mis BSBB' est le roman de la rédemption et de la « sauvegarde».Celui qui porte en son cœur une découverte importante : ce ne sont pas les faits qui donnent un sens à la vie, mais plutôt le récit qu\u2019on en livre.Descartes §\u2019est trompé.S\u2019il avait consulté Eric Plamondon à temps, il aurait pu dire: «Je raconte, donc je suis.» Dernier volet de sa trilogie 1984, après Hongrie-Hollywood Express et Mayonnaise (Le Quartanier, 2011 et 2012), Pomme S promène ses lecteurs de l\u2019empereur chinois Fou-hi \u2014 père, semble-t-il des calculs binaires qui donneront plus tard naissance à l\u2019informatique \u2014, en passant par l\u2019invention du métier à tisser et celle de l\u2019ordinateur, et par la révolte des Canuts à Lyon en 1831, jusqu\u2019aux sit-in de la contre-culture californienne des années soixante.Une fois encore l\u2019écrivain fait la preuve de sa maîtrise de l\u2019art du collage.Le titre, notons-le, est inspiré de la combinaison de touches qui permet de faire sur un Mac la sauvegarde d\u2019un texte.La pomme: un mot tout simple, «mais qui transporte avec lui des histoires de dieux, de création du monde, de péché originel et de savoirs».Après s\u2019être consacré aux figures de l\u2019acteur Johnny Weissmuller (alias Tarzan) et de l\u2019écrivain Richard Brautigan, Gabriel Rivages, sorte d\u2019alter ego de Plamondon, s\u2019intéresse cette fois à Steve Jobs, le cofondateur d\u2019Apple.Trois mythes américains, trois légendes.Trois fils d\u2019immigrants.Trois romans, donc, et autant de variations sur le thème de la transmission \u2014 de la vie, des valeurs ou du récit.«Il lui a fallu trois vies pour comprendre que le bonheur n\u2019est qu\u2019une fiction, que pour être heureux il faut inventer sa vie, et que la seule façon de l\u2019inventer, c\u2019est de la raconter.» L\u2019urgence de raconter Rencontré dans un café de Québec, où il était de passage il y a quelques semaines, vêtu de son t-shirt fétiche de Tqrzan \u2014 clin d\u2019œil, bien sûr \u2014, Eric Plamondon commence par raconter que c\u2019est à l\u2019aube de la quarantaine qu\u2019il a éprouvé l\u2019urgence d\u2019inventer et de raconter.Un long, très long détour l\u2019a fait passer par la fréquentation de certains auteurs américains PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le premier volet de la triologie d\u2019Eric Plamondon, Hongrie-Hollywood Express, était consacré à l'interprète-fétiche de Tarzan, Johnny Weissmuller.et par des études de littérature (un mémoire intitulé «La quête électromagnétique des savoirs dans Moby Dick», son trip « machines » vient de là, reconnaît-il) ; par l\u2019enseignement aussi, un court moment à Toronto ; et par l\u2019exil ensuite en France, pour l\u2019amour d\u2019une femme.11 y est encore, et habite Bordeaux depuis 17 ans.11 se décrit comme un gars plutôt lent et parle de son premier roman, Hongrie-Hollywood Express, comme le résultat de vingt ans de mûrissement et de trois mois d\u2019écriture.Le fruit d\u2019un ultimatum qu\u2019il s\u2019était donné à lui-même, respecté à coups de cinq pages par jour.«Je crois que je n\u2019aurais jamais jm écrire ma trilogie si je n\u2019étais pas parti.J\u2019avais besoin de cette distance, de ce regard plus objectif.En ce sens, merci à Bordeaux.» 11 raconte que cette structure atomisée du récit, cette manière de raconter en croisant entre eux les sujets et en accumulant les anecdotes.s\u2019est imposée à lui naturellement.L\u2019écrivain n\u2019avait pas envie d\u2019opter pour une narration plus classique.«Il me semble que le processus de connaissance du monde est essentiellement quelque chose d\u2019éclaté, poursuit-il.On ajoute des pièces les unes aux autres jusqu\u2019à ce qu\u2019on obtienne quelque chose qui ressemble plus ou moins à une sphère.C\u2019est ma propre façon de comprendre le monde, en fait, je ne pouvais pas faire autrement.» C\u2019est sans doute là, du reste, que l\u2019influence de Richard Brautigan est la plus palpable.Le livre de Jobs A propos de la vie de Jobs, dont on a récemment fait un fdm sans aucune perspective, estime Plamondon, il soutient n\u2019avoir jamais voulu tomber dans l\u2019hagiographie.Au contraire.«Sans les histoires, sans la fameuse entrevue de Playboy [parue juste avant son congédiement en 1985], sans toutes les mises en scène, il ne resterait rien de Steve Jobs.Moi, ce qui m\u2019intéresse dans Jobs, ce n\u2019est pas Jobs, c\u2019est plutôt ce qu\u2019il dit sur notre société.C\u2019est un bricoleur.Et dans son discours, il fait la même chose.» 11 est sans doute là aussi, dans cet art d\u2019assembler et de bricoler, de débusquer les anecdotes et d\u2019amalgamer les coïncidences historiques, le lien le plus fort qui existe entre la trilogie de Plamondon et ce « héros » californien.Père, mère, fils Après deux romans consacrés respectivement à la figure de la mère et à celle du père.Pomme S se penche sur celle du fils.«Notre roman familial, on le porte toujours avec nous.Et Rivages le comprend très bien.La filiation, qu\u2019il s\u2019agisse des parents, du pays, de la classe sociale, c\u2019est un gros nœud, une grosse pelote de fil à démêler.» «Il reste que la meilleure façon d\u2019apprendre, pour moi, c\u2019est à travers la littérature, soutient Plamondon.C\u2019est la plus sûre façon d\u2019apprendre sur le monde ou sur toi-même.A cet égard.Pomme S, pour Gabriel Rivages, c\u2019est un peu aussi le livre de la rédemption.Parce que la décision de dire \u201cje suis heureux\u201d ou non, quand on y pense, elle est aussi liée à la version de l\u2019histoire que tu racontes.Et pour ça, fai envie de dire, ce qu\u2019on appelle la réalité ne suffit pas toujours.» Avec Ristigouche, une novella qui paraîtra fin octobre à l\u2019occasion des dix ans de son éditeur.Le Quartanier, il faudra s\u2019attendre à quelque chose d\u2019un peu différent.« C\u2019était un sas de décompression.Une étape entre ce que fai déjà fait et ce qui s\u2019en vient.» Et ce qui s\u2019en vient?11 évoque un voyage récent de cinq mois en motorisé avec sa petite famille jusqu\u2019au Montana \u2014 la Californie devra encore l\u2019attendre \u2014, un périple qui devrait alimenter un prochain livre.«Aux Etats-Unis, c\u2019est étonnant, la moindre petite ville a son musée.Ils ont compris qu\u2019il faut raconter son histoire, sinon on n\u2019existe pas.» Collaborateur Le Devoir POMME S Eric Plamondon Le Quartanier Montréal, 2013, 248 pages LITTERATURE QUEBECOISE Liens du sang, liens du cœur CHRISTIAN DESMEULES Un peu plus de deux ans après La marche en forêt (Alto), un premier roman tentaculaire qui brossait le portrait impressionniste d\u2019une «famille colossale», Catherine Leroux poursuit avec Le mur mitoyen son interrogation sensible des liens familiaux.Mais en plongeant cette fois ses personnages dans les eaux les plus noires d\u2019un système à l\u2019équilibre déjà instable.De Bathurst à San Francisco, de la Géorgie aux plaines de la Saskatchewan en passant par Montréal, Catherine Leroux explore ainsi, à la manière d\u2019un Wajdi Mouawad \u2014 difficile de ne pas établir ce lien, bon ou mauvais, avec le dramaturge \u2014, le poids des fatalités à travers un réseau de tragédies tressées les unes aux aufres.A Grande-Anse, au Nouveau-Brunswick, Madeleine vit entre le souvenir de son mari décédé il y a neuf ans et l,es rares visites de son fils Edouard.Toujours parti, fuyant elle ne sait quoi sur une route o,u une autre du Canada et des Etats-Unis depuis qu\u2019il a 17 ans, il donne l\u2019adresse de sa mère aux voyageurs qu\u2019il croise sur sa route.Une seule règle imposée à ces visiteurs de passage qui sont autant de «cartes postales vivantes envoyées par son fils qui ne lui écrit jamais»: chacun doit écrire une lettre à ses parents avant de repartir.Mais une maladie grave et le besoin urgent d\u2019une greffe de poumon \u2014 une séquence d\u2019événements que le jeune homme interprète comme une punition \u2014 le ramèneront à son port d\u2019attache pour solliciter l\u2019aide de sa mère.«Les tests n\u2019ont pas établi de parenté génétique entre vous et votre fils», lui dira-t-on, provoquant les remous que l\u2019on imagine.Les failles des familles Ayant tous les deux été adoptés, un couple dépareillé \u2014 il est un politicien de gauche fédéraliste, issu d\u2019une lamille juive, elle vient d\u2019une famille «de souche» indépendantiste et gère une QNG \u2014, Ariel et Marie, qu\u2019une seule lettre sépare, devront faire face à des révélations inattendues quant à leurs origines.De nouvelles données qui viendront bouleverser leur existence et mettre à l\u2019épreuve leur amour.En Californie, Simon et Carmen Lopez, un frère et une sœur qui n\u2019ont jamais connu leur géniteur, craignent que leur mère malade ne meure en emportant à jamais le secret de leurs origines, vivant de part et d\u2019autre d\u2019une faille humaine, leur mère, attendant Le mur mitoyen la secousse ultime comme d\u2019autres attendent le «Big Qne».Auraient-ils préféré ignorer le peu qu\u2019ils finiront par apprendre ?Et qu\u2019est-ce qui relie un incendie criminel dans une petite ville des Prairies à un accident de train à Savannah?Qu\u2019ont en commun ces personnages?Sinon qu\u2019ils promènent tous, comme chacun d\u2019entre nous, leurs questions sans réponses.Du reste, les leurs sont plus lourdes.Tout comme pèse davantage sur eux le poids de la fatalité.Vous l\u2019aurez compris: on avance sur la pointe des pieds lorsqu\u2019on tente de parler de ce livre qui ressemble à un sac de nœuds, tant on craint de trop en dévoiler et de gâcher les surprises sur lesquelles repose une bonne partie de ses effets.Le mur mitoyen, lorsqu\u2019on y pense, ça peut être à la fois ce qui rapproche et ce qui sépare.C\u2019est l\u2019un des sens à donner à ce roman sur l\u2019arbitraire des liens familiaux, la fragilité des liens du sang, sur les choix que l\u2019on a faits à notre place et ceux que l\u2019on renouvelle de son plein gré.Sur la force et la fragilité de l\u2019amour, un sentiment qui ne se commande pas.Avec ce roman ambitieux, autant dans son thème que dans son architecture, Catherine Leroux nous fait la preuve une fois encore de son écriture forte et pénétrante.Une qualité qui surpasse, a-t-on envie de dire, l\u2019intrigue et les grosses ficelles qui alourdissent Le mur mitoyen.Car on y sent que la dose du drame et des hasards y est un peu forcée, sinon racoleuse \u2014 une impression que tempère il est vrai le parfum léger de réalisme magique qui y flotte.Collaborateur Le Devoir LE MUR MITOYEN Catherine Leroux Alto Québec, 2013, 346 pages Retour aux sources au Salon du livre du Saguenay CATHERINE LALONDE Le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, premier de la série automnale des foires du livre, bat son plein depuis jeudi.Pour sa 49® édition, le Salon effectue «un retour aux sources, à la famille et à l\u2019histoire», a précisé au Devoir la directrice générale, Sylvie Marcoux.«Parce qu\u2019on est à la veille de la 50\u2019\u2019 édition, qu\u2019on va fêter en grand et longtemps, on se rappelle à quel point le Salon est enraciné.J\u2019aime redire que ce n\u2019est plus notre Salon.Les gens ici se le sont approprié.C\u2019est leur Salon.» Près de 300 éditeurs présenteront leurs bouquins et 278 auteurs seront présents.«C\u2019est énorme pour nous, poursuit la directrice.L\u2019an dernier, on avait déjà atteint un record en recevant 218 auteurs, et cette année ç\u2019a encore explosé.» Est-il vraiment possible et pertinent, pour un événement littéraire, de toujours croître, comme cela semble devenu la norme ?« C\u2019est drôle que cette question se pose maintenant, car on vient d\u2019en discuter, les neuf directeurs généraux de salons du livre du Québec.On ne vise pas une croissance continue : elle arrive.Il y a une popularité certaine.» Les auteurs veulent être présents dans les salons, s\u2019y faire connaître, vendre ainsi davantage.Les médias, qui carburent à l\u2019événementiel, sont davantage présents alors que la couverture littéraire générale rétrécit.Un salon semi-nomade «Au Centre des congrès, je ne peux recevoir plus de visiteurs que les 21000 que f accueille depuis à peu près cinq ans.On a instauré les activités hors les murs pour résoudre ce problème.Et ça aussi, ça explose : de 99 rencontres en école l\u2019an dernier, on passe à 121.On couvre le territoire au complet.J\u2019ai des auteurs qui vont du côté du Lac, jusqu\u2019à Dolbeau.Quand fai dit par exemple au poète Mario Brassard qu\u2019il s\u2019en Pour sa 49® édition, le Salon effectue «un retour aux sources, à la famille et à l\u2019histoire» allait à Saint-Ludger-de-Milot, dans le nord du Lac, il m\u2019a demandé, perplexe: \u201cOù ça?\u201dJe lui ai répondu qu\u2019il devait lire Michel-Marc Bouchard [car sa pièce Les muses orphelines s\u2019y déroule].J\u2019ai une petite école, là-bas, une vingtaine d\u2019enfants qui vont le recevoir un après-midi.» Ce sont les classes de maternelle et de premier cycle qui répondent le mieux aux rencontres d\u2019auteur hors les murs.«Les \u2018tits poux, dans un salon rempli de monde, entre les 6000 enfants des visites scolaires, ne voient pas grand-chose, alors que si Nathalie Choquette ou Gribouille Bouille vont en classe faire une lecture ou une animation, ça les touche davantage», poursuit Sylvie Marcoux.Si la croissance se poursuit, se sera donc en déployant les activités à l\u2019extérieur.«On travaille pour bien viser, pour proposer les bons^auteurs aux bons lieux.A la bibliothèque d\u2019Alma, par exemple, c\u2019est Micheline Duff qu\u2019on envoie, l\u2019auteure québécoise dont les livres y sont le plus empruntés.Patrick Sénécal, lui, ira au cégep de Jonquière, carrément à l\u2019auditorium.Je crois qu\u2019on arrivera cette année à toucher 10000 personnes hors les murs.» Activités nombreuses In situ, les activités sont nombreuses.La directrice Sylvie Marcoux souligne la discussion samedi autour de la cuisine et des livres de cuisine, «dont on n\u2019a jamais parlé ici au Salon».L\u2019auteure Catherine Leroux (Alto) se livrera au jeu des confidences et un hommage au médecin-poète Jean Désy (XYZ) sera livré en soirée.Dimanche, Samuel Archibald (Atelier 10) se demandera si la classe moyenne existe encore.Entre autres.Au Centre des congrès Delta Saguenay, jusqu\u2019au 29 septembre.Toutes les informations sur www.salondulivre.ca Le Devoir ^ ^Gaspard-LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 16 au 22 septembre 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Trembiay-D'Essiambre/Guv Saint-Jean\t2/7 2 Maiphas \u2022 Tome 3 Ce qui se passe dans ia cave reste dans.\tPatrick Senécai/Aiire\t1/5 3 Le pot au rose\tDominique Bertrand/Homme\t5/2 4 Madame Tout-ie-Monde \u2022 Tome 3 Châteaux de sabie\tJuiiette Thibauit/Hurtubise\t-/I 5 La grange d'en haut \u2022 Tome 1 Faut marier Héiéna\tMicheiine Daipé/Goéiette\t3/5 6 iiiusion de iumière\tLouise Penny/Eiammarion Ouébec\t4/6 7 Le vent en parie encore\tMiche! Jean/Libre Expression\t-/I 8 On fait i'amour, on fait ia guerre\tMéianie Lebianc/Mortagne\t-/I 9 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t7/46 10 Maggie \u2022 Tome 3 Le destin de Maggie\tDanie! Lessard/Pierre Tisseyre\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Les perroquets de ia piace d'Arezzo\tÉric-Emmanue! Schmitt/Aibin Miche!\t2/3 2 inferno\tDan Brown/Lattés\t1/17 3 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattés\t4/33 4 Mauvaise étoiie\tRoger Jon Eiiory/Sonatine\t5/5 5 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattés\t3/51 6 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattés\t6/37 7 Crossfire \u2022 Tome 1 Dévoiie-moi\tSyMa Day/Eiammarion Ouébec\t9/5 8 La nostaigie heureuse\tAméiie Nothomb/Aibin Miche!\t7/2 9 Moi, Aiex Cross\tJames Patterson/Lattés\t8/6 10 Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSyMa Day/Eiammarion Ouébec\t-/I Essais québécois\t\t 1 Le Se! de ia terre\tSamuei Archibaid/Ateiier 10\t1/5 2 Désobéissez!\tVictor-Lévy Beauiieu/Trois-Pistoies\t3/4 3 Résistance.Chroniques 2008-2009\tPierre Eaiardeau/VLB\t-/I 4 Rêver Montréai.101 idées pour reiancer ia métropoie\tErancois Cardina! et a!./La Presse\t2/3 5 Le petit Fortin.Léconomie du Ouébec racontée à mon voisin\tPierre Eortin/Rogers\t4/5 6 Oui vous a dit que nous avions besoin de vous?\tJacgues Ciaessens/Écosociété\t-/I 7 Ce peupie qui ne fut jamais souverain.Latentation du suicide.Jean-François PavettejRoger Payette/Fides\t\t5/3 8 Les prisonniers poiitiques au Ouébec\tJean-Phiiippe Warren/VLB\t7/2 9 Ma vie à contre-Coran.Une femme témoigne sur ies isiamistes Djemiia Benhabib/VLB\t\t-/I 10 Oueüe iâi'cité ?\tBruno Demers | Yvan Lamonde/Mediaspau!\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Les personnages de Lucky Luke et ia véritabie histoire de ia.\tCoiiectif/Historia\t1/5 2 Légaiité c'est mieux Pourquoi ies écarts de richesses ruinent.\tRichard Wiikinson j Kate Pickett/Écosociété\t-/I 3 Lindustrie des iettres\tOiivier Bessard-Banguy/Pocket\t5/2 4 Dans ies ruines de i'université\tBiii Readings/Lux\t-/I 5 Les Romanov.Une dynastie sous !e régne du sang\tHéiéne Carrère d'Encausse/Eayard\t2/7 6 Meurtes sans frontières Mourir pour un reportage dans ies.\tTerry Gouid/PUL\t-/I 7 Comment vivre?Une vie de Montaigne en une guestion et.\tSarah Bakeweii/Aibin Miche!\t-/I 8 Giuten.Comment ie bié moderne nous intoxique\tJuiien Venesson/Thierry Souccar\t6/4 9 Vers un neuve! ordre du monde\tGérard Chaiiand/Seuii\t-/I 10 Et Dieu dit : Oue Darwin soit!\tStephen Jay Gouid/Points\t8/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn! et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2013 LITTERATURE L\u2019argent parle, aux États-Unis comme au Québec Louis Hamelin es Québécois sont incapables d\u2019imaginer la richesse», a écrit Denys Arcand dans un récent numéro de la revue L\u2019Inconvénient consacré à L\u2019héritage de la pauvreté.C\u2019est peut-être, me dis-je, un peu la faute de la Caisse populaire, de cette mentalité d\u2019épargnants inculquée dès la petite école à coups de dk cennes dans le livret de dépôt.Un millionnaire n\u2019est pas une personne qui épargne de l\u2019argent, c\u2019est quelqu\u2019un qui a compris que, pour amasser le premier million, ça prend un peu de créativité, avec la comptabilité surtout.D\u2019autre part, je suis en fusil contre les Caisses Pop, qui viennent de fermer deux guichets automatiques dans mon coin : tiens, mon tout nu, t\u2019as juste à marcher deux kilomètres si tu veux pas payer des frais de transaction aux autres banques.Prends ton auto, ça va aller plus vite.Et tout ça en continuant de se parfumer à l\u2019odeur de sainteté de l\u2019idéal coopératif.Heureusement, la littérature a des antidotes à proposer.Je veux bien être né pour un p\u2019tit pain, mais pas condamné à relire Un homme et son péché jusqu\u2019à la fin de mes jours.Il faut lire, plutôt, Gursky (Calmann-Lévy) de Mordecai Rich-1er, ce grand roman sur le Nord et la money trail des Bronfman (qui s\u2019appellent Gursky dans le livre, sage précaution, car il n\u2019y a vraiment rien comme des frais d\u2019avocat pour vous mettre sur la paille).Ou lisez n\u2019importe quel petit gars de New York, n\u2019importe quel prosateur qui a cessé de croire il y a un siècle et demi qu\u2019un écrivain, c\u2019est quelqu\u2019un qui est capable de vivre dans une cabane au bord d\u2019un lac tout seul avec son chien, ou même pas de chien.Un qui professe, comme tout un chacun, sa foi dans le Rêve Américain où tout le monde a sa chance et est tenu de la saisir quand elle passe, quitte à devoir d\u2019abord l\u2019assommer à coups de batte de baseball.Un d MARIO TAMA / GETTY IMAGES / AGENCE ERANCE PRESSE Stuart Nadler est un gars de New York qui donne l\u2019impression d\u2019avoir toujours la Grosse Pomme dans la peau.gars de New York, donc, ou dont les histoires se passent à New York, qui donne l\u2019impression d\u2019avoir toujours la Grosse Pomme dans la peau, même s\u2019il vit dans le bout de Green Bay, comme Stuart Nadler, par exemple : « Tous deux, après une enfance vécue dans la plus grande pauvreté, étaient fascinés par les signes extérieurs de la richesse.Le loyer était exorbitant mais Larry disait souvent en plaisantant que c\u2019était comme si l\u2019un d\u2019eux entretenait une maîtresse.Car les ennuis potentiels ne venaient pas seulement de la femme elle-même, ils étaient liés à l\u2019argent qu\u2019il fallait dépenser pour la satisfaire: dîner au Cirque avec la carte de crédit de la société, louer une Porsche décapotable pour aller passer la journée à Montauk, réserver la suite nuptiale au Saint-Régis, il y avait de quoi flamber le capital d\u2019une affaire de taille modeste.» Ça se trouve dans la première nouvelle de son recueil.Ça raconte un ingénieux chassé-croisé amoureux sur fond de fric légalement acquis, sinon exempt de toute odeur («[.] on s\u2019en sort pas mal dans la vie en vendant de la bouffe médiocre»), et de coïts discrets à Brooklyn Heights.Les riches ont aussi leurs malheurs, dit la sagesse populaire, mais quand le malheur se présente sous les traits d\u2019une très jeune femme en «haut noir très décolleté», d\u2019une «Barbie juive», il me semble qu\u2019on doit être un peu plus facile à consoler.La mort du papier La seconde nouvelle.Hiver en dents de scie, se passe à Concord, près de Boston.Un couple marié, dont le seul rejeton, parti étudier en Californie, est de retour à la maison pour Thanksgiving.Dans ce village de banlieue, la femme entretient ouvertement une liaison avec son professeur de technique de rédaction de mémoires.Un axe père-fils est presque inévitable.Mais un fossé les sépare désormais : le père, dont l\u2019observance religieuse n\u2019a jamais été le fort, a déserté la synagogue depuis sa bar-mitsva.Le fils, lui, a maintenant à la bouche des noms de fêtes comme Shabbat et Hanoukka.Au village, le papa découvre fiston à la porte de la librairie locale, sur laquelle il vient de se cogner le nez.«Elle a fermé définitivement pendant l\u2019automne, ce qui ne m\u2019a pas tellement étonné même si cette perte a été accueillie par un concert de lamentations.Nous tous ici, avec une discrétion empreinte de mauvaise conscience, avons pris l\u2019habitude de faire nos emplettes sur Internet.» Le père et le fils prennent alors, ensemble, le chemin du bois.Ils vont, comme les ados du coin, vider une cannette de bière ou deux près des vestiges du vieux moulin à eau.«Des siècles auparavant, il produisait de la pâte et papier, les villages autour ont tout rasé pour amener le bois ici mais le moulin est mort.» Siècle charnière D\u2019abord le moulin, puis la librairie.Et près de ce moulin «presque effondré, infesté de rongeurs, de moisissure et de gr(fffiti», sur les genoux du fils qui partage avec son père un tronc d\u2019arbre pourri en guise de banc, un ordinateur portable fait office d\u2019album de famille.Il y a, dans cette belle scène teintée de mélancolie, qui se déroule à un kilomètre à peine de l\u2019Old Manse où les lectures publiques d\u2019Emerson, de Thoreau et des autres transcendanta-listes déplaçaient les foules d\u2019avant la télé et la Toile, comme un discret coup de chapeau à la civilisation du papier.Nous ne vivons pas tant à l\u2019Age de l\u2019Information ou à l\u2019Ere de la Technologie que sous le Règne du Changement, ce qui pourrait contenir au moins une partie de l\u2019explication de l\u2019attrait, aux yeux de certains, des anciennes prescriptions d\u2019un Dieu qui n\u2019a jamais été.Lui, du genre à tolérer qu\u2019une mère ne prenne même pas la peine de se cacher pour s\u2019envoyer en l\u2019air avec un joyeux boomer athée.Des sept nouvelles que contient le recueil, six sont de bonnes à très bonnes, et une m\u2019a paru ratée, qui avait pourtant bien commencé.Dans Catherine et Henry, une jeune femme vivant en couple avec un peintre dans l\u2019atelier de qui défile, au nom de l\u2019art, une succession de jeunes femmes nues, décide, pour tester la fidélité de son mec, de le piéger, sur le modèle de la provocation policière.Très bonne idée de nouvelle, et très mauvaise pour Catherine, le problème étant que, sur les 47 pages que ça dure, j\u2019ai eu l\u2019impression qu\u2019il y en avait quelques dizaines de trop.J\u2019ai lu le recueil de Nadler pendant un séjour sur la côte du Maine à la fin de l\u2019été.Sur la plage, pas d\u2019opulence voyante, et pas mal de petites familles québécoises comme la nôtre.Mais à lui seul, l\u2019immobilier du bord de mer concentrait assez de fric pour acheter la moitié,de l\u2019Afrique.Chanceux, les Eta-suniens.En plus de s\u2019enrichir, leur Dieu leur permet de contracter de grosses hypothèques.LE LIVRE DE LA VIE Stuart Nadler Traduit de l\u2019anglais par Bernard Cohen Albin-Michel Paris, 2013, 275 pages GRAND PRIX QUÉBÉCOR DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA POÉSIE PRIX DU FESTIVAL DE LA POÉSIE DE MONTRÉAL MARCEL LABINE Le tombeau où nous courons MARCEL LABINE LE TOMBEAU OU NOUS COURONS LES HERBES ROUGES / POESIE PRIX ALAIN-GRANDBOIS PRIX DE POÉSIE ESTUAIRE - BISTRO LEMÉAC RENE LAPIERRE Pour les désespérés seulement d Prix jeunesse des libraires 2013: et les lauréats sont.Trois auteurs québécois et trois auteurs étrangers ont été couronnés d\u2019un Prix jeunesse des libraires du Québec 2013.De ce côté-ci de l\u2019océan, Labrice Boulanger et son audacieux Ma sœur veut un zizi (La Bagnole) l\u2019emportent dans la catégorie 0-4 ans.Chez les 5-11 ans, l\u2019illustrateur Roger remporte l\u2019honneur pour Mingan (La Bagnole), où ses dessins se joignent à des poèmes d\u2019écoliers innus, dors qu\u2019André Marois est salué pour son suspense réaliste Les voleurs (je mémoire (La Courte Echelle).Hors Québec, Vincent Cuvellier a séduit les tout-petits et les grands du jury avec Émile est invisible (Gallimard), illustré par Rouan Badel.Michael Escoffier l\u2019emporte avec Sans le A.L\u2019anti-abécédaire (Kaléidoscope), illustré par Kris Di Giacomo.Pour le lectorat adolescent, c\u2019est Sarah Cohen-Scali qui s\u2019est distinguée avec son livre choc Max (Gallimard).Créé en 2011, le Prix jeunesse des libraires est décerné dans le cadre du Lestival international de la littérature.Le Devoir LES HERBES ROUGES / POESIE Nostalgie, vide et indicible \tCauserie \tConversation autour de François Truffaut À l\u2019occasion de la parution de \tTruffaut et ses doubles de Martin Lefebvre Vrin \tA-t-on tout dit sur le cinéma de Truffaut ou reste-t-il encore des découvertes à y faire?La mise en scène truffaldienne peut-elle encore nous surprendre?\tAvec Martin Lefevbre Auteur et professeur (Concordia) Marion Froger Auteure et professeure (UdeM) Animée par André Habib Auteur et professeur (UdeM) NAIM KATTAN Amélie Nothomb a habitué ses très nombreux lecteurs dans le monde à la sortie annuelle d\u2019un nouveau roman.Née au Japon de parents belges, elle vient d\u2019atteindre la quarantaine et on a l\u2019impression qu\u2019elle en a subi la crise.La télévision française lui offre, à point nommé, de passer une semaine au Japon pour évoquer sa jeunesse dans un document.La romancière accepte.Elle visite avec l\u2019équipe Kobe, Kyoto, Lukushima et Tokyo, se rend à la rue où elle est née, à l\u2019école de son enfance.Il n\u2019y a que deux personnes qu\u2019elle cherche à voir: sa nourrice Nishio-san et son exfiancé Rinri, qui la plongent dans l\u2019intimité du Japon.La première, une vieille femme qui la reconnaît malgré ses absences, demeure silencieuse.Elle ne voit plus ses enfants, ne connaît point ses petits-enfants.Amélie l\u2019étreint et se met à pleurer.Cette femme, qu\u2019elle considérait comme sa mère, gémit.Ainsi elle prend acte de sa présence.Son équipe a beau la rassurer, lui dire que cette femme était heureuse de la voir, Amélie Nothomb ne ressent que vacuité, vide.Sa rencontre avec Rinri, son ancien fiancé, dure plus longtemps.Ils s\u2019étaient connus à vingt ans, avaient passé deux ans ensemble.Le jeune homme était amoureux.Amélie était attirée par sa gentillesse, son élégance.mais ne l\u2019aimait pas.Elle est très émue de le revoir.Il se met à égrener ses souvenirs, qui ne correspondent pas aux siens.Il est marié, père d\u2019un garçon, mais ne dit mot sur sa femme.Et quand Amélie exprime le désir de connaître son fils, il refuse.Rinri invite l\u2019équipe à dîner.Il parle de son entreprise de bijoux, du Japon, ne laissant pas filtrer un mot de ses sentiments.Amélie ne connaîtra pas sa réaction à leur séparation.Il s\u2019agit pour lui d\u2019indicible.Rêve et absence La nostalgie heureuse est plutôt une novella qu\u2019un roman.Le livre déborde d\u2019intelligence, abonde en remarques inattendues, frappantes.La romancière affirme que Kyoto est la plus belle ville du monde sans nous donner une indication de cette beauté.Elle admire le Japon, mais ne pourrait y vivre car ceux qu\u2019elle rencontre, y compris les deux personnes qui avaient laissé une marque dans sa vie, parlent et c\u2019est le vide.Ce pays demeurera étranger.Elle y a néanmoins passé des années, en parle la langue, lui a consacré deux romans.EUe ne le ressent que dans la nostalgie qui réduit le passé au rêve et le présent à l\u2019absence.Collaborateur Le Devoir LA NOSTALGIE HEUREUSE Amélie Nothomb Albin Michel Paris, 2013,152 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2013 F 5 LITTERATURE Au cœur de la réalité crasse Danielle Laurin ey est un premier roman percutant, où s\u2019affirme une voix littéraire hors du commun.Celle d\u2019une Montréalaise de 43 ans, par ailleurs biogueuse, Marie Larocque.C\u2019est très cru, trash, violent, mais pas seulement.C\u2019est très drôle par moments.Cette façon de raconter les pires drames avec un grain de sel, comme si ça allait de soi.Cette façon de nous rendre attachants des personnages vulgaires et même truands sans hésiter à employer leur langage ordurier.Cette façon de plonger tête baissée dans un milieu déjanté et de nous faire vibrer.Au centre, il y a Jeanne, née en 1970 sur le Plateau Mont-Royal.Une petite fille belle et douce, «calme comme une photocopie» et «discrète comme une table de chevet».Autour d\u2019elle : des parents prêts à s\u2019entretuer.«Elizabeth et René étaient comme deux aimants retournés qui se repoussaient quel que soit l\u2019angle de contact, mais liés par les enfants et les comptes à payer.» Le portrait de famille ressemble à ceci : un père indifférent, détesté.Une mère instable, imprévisible, adorée dans l\u2019enfance puis rejetée à l\u2019adolescence.Des soeurs pas fiables.Quant à la famille élargie, en apparence très soudée, elle comprend des danseuses à gogo, des voleurs, des drogués, des suicidés, un pédophile.Et bien sûr, ça sacre, ça boit, ça fume comme des cheminées, ça se bat dans les partys.On sait que Jeanne va mourir jeune.Dès le début.Mais de quoi?On l\u2019apprendra à la fin seulement.Tout comme on comprendra qu\u2019elle a écrit le roman que l\u2019on tient entre les mains, Jeanne chez les autres.Je est un autre Cette mise en scène du roman dans le roman n\u2019est pas nouvelle, mais l\u2019astuce fonctionne à merveille.En mourant à l\u2019âge de 20 ans, Jeanne laisse derrière elle un roman inspiré de sa propre vie.Mais sa propre vie, c\u2019est vite dit.Jeanne s\u2019est toujours sentie étrangère à sa vie, sans contrôle, sans aucune prise sur rien.Elle a vécu sa vie chez les autres.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019elle ne leur était pas attachée émotivement, au contraire.C\u2019est là tout l\u2019enjeu du livre.Comment se détacher de son milieu et voler de ses propres ailes quand l\u2019attachement, l\u2019affection sont si forts ?Elle qui avait d\u2019abord rêvé de devenir espionne, puis avait trouvé refuge dans les mots des autres, s\u2019était peu à peu approprié l\u2019écriture comme port de salut.Ecrire était le seul moyen qu\u2019elle avait trouvé pour se réapproprier un tant soit peu son histoire, pour se regarder vivre, apprendre à se comprendre, délestée du poids des autres.Ecrire comme on se cherche, comme on chercherait un petit Charlie perdu dans la foule, une petite Jeanne égarée au sein de sa famille.Ecrire son journal, d\u2019abord, à partir de l\u2019âge de 7 ans.Puis un roman, vers l\u2019âge de 18 ans, alors qu\u2019on s\u2019apprête à vivre une nouvelle vie, la sienne.Eacile, s\u2019était alors dit Jeanne: «Je fais juste raconter les histoires de fous de ma famille.Ça me fait du bien, ça me vide la tête pour commencer ma nouvelle vie.» Jeanne chez les autres alterne entre les différents tableaux qui composent ledit roman familial et les fragments du journal intime de l\u2019hé- Marie Larocque lance un premier roman percutant avec Jeanne chez les autres.rome.De telle sorte qu\u2019on voit tour à tour les choses de l\u2019extérieur et de l\u2019intérieur, dans la distance et par les yeux de Jeanne.Le défi était de taille : faire parler Jeanne de 7 à 20 ans, et que ça sonne juste.Pari réussi.La façon de s\u2019exprimer de Jeanne enfant est tout aussi crédible que celle de Jeanne ado ou jeune adulte.Plus elle avance en âge, plus sa langue s\u2019affûte, dans le sens de déverser son mal-être, cracher sa révolte, son venin.Une langue rude Entre autres choses, on découvre ceci: «J\u2019ai onze ans et je voudrais être adoptée.Changer de famille.Je suis trop tannée qu\u2019ils se battent pis qu\u2019ils crient tout le temps.J\u2019aime pas ça.Ça me fait peur pis ça me fait de la JEANNE peine.» Puis: «Mon père me bat des QHEZ LES\tsouvent.Pis de toute fa- çon, je m\u2019en fous, ça me fait même pas mal.» Aussi bien dire: «Je l\u2019hais comme un vieux steak rouge pas cuit.» C\u2019est le monde des adultes en général que la Jeanne de 11 ans commence à remettre à question: «On dirait qu\u2019on est des bibelots pour eux autres.Ils peuvent nous déplacer, nous abandonner, nous jeter ou carrément nous pitcher pour nous casser.» Pour ce qui est de la Jeanne de 14 ans, elle en veut à sa «chienne de mère» qui lui fait des cachotteries.Et alors qu\u2019elle découvre qu\u2019elle a ses règles sans savoir de quoi il en retourne : « Je saignais par le trou où qu\u2019on pisse.» Quand, peu après, elle a sa première relation sexuelle : «Il m\u2019a même pas embrassée comme une actrice, il m\u2019a juste fait coucher sur le dos sur une espèce de sofa dégueu, il m\u2019a enlevé mon legging, ma culotte, pis bang! Il m\u2019a foncé dedans.» Quant à la Jeanne de 16 ans, qui se sent abandonnée de tous, désillusionnée au possible: olivieri Librairie & Bistro ~ Au cœur de la littérature ~ Mercredi 2 octobre, 18h00 Actualité de Parti pris ?Lancements et causerie Une présentation du magazine Spirale et du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) 5219, Côte-des-Neiges [Métro Côte-des-Neiges] Entrée libre Réservation obligatoire RSVP :\t514.739.3639 Bistro: 514.739.3303 Actualité de Parti pris ?Causerie et lancements À l'occasion du 50® anniversaire de la revue Parti pris (1963-1968) et du colloque international AVEC OU SANS PARTI PRIS, qui aura lieu les 3 et 4 octobre au Centre d'archives de Montréal de BAnQ, la Librairie Olivieri sera l'hôte d'une causerie autour de l'héritage et de l'actualité d'une revue qui a marqué le paysage politique et culturel du Québec.Avec la participation de : Lise GAUVIN (université de Montréal) Robert MAJOR (Université d'Ottawa) Jacques PELLETIER (uqam) Animation : Gilles DUPUIS (crilcq) La rencontre sera suivie du lancement de la réédition de Parti pris littéraire de Lise Gauvin (PUM) et de Parti pris : idéologies et littérature de Robert Major (Éditions Nota Bene), et de souligner la parution de Parti pris.Une anthologie (LUX éditeur), de Jacques Pelletier, ainsi que du nouveau numéro du magazine culturel SPIRALE, dont le dossier est consacré à Parti pris.«Tout le monde meurt, un jour ou l\u2019autre.J\u2019ai hât^e que ce soit mon tour.» A eux seuls, les fragments du Journal de Jeanne pourraient finir par lasser.A vrai dire, les meilleurs moments de Jeanne chez les autres se situent quand on la voit, de l\u2019extérieur, en interaction avec le monde qui l\u2019entoure.À Poreille Ces tableaux décrits sur un ton impersonnel, sous le mode de chroniques familiales improbables mais vraies, nous offrent de fabuleux portraits de la faune dans laquelle patauge Jeanne.On frôle la caricature par moments, mais c\u2019est tellement vivant.Et les relations que les personnages entretiennent entre eux sont décrites avec un remarquable doigté.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Si, vers la fin de la première partie du roman, ça stagne un peu, avec l\u2019impression qu\u2019il y a des creux, ça repart de plus belle dans la deuxième partie, plus courte, ramassée.Plus poignante.Le véritable exploit de Jeanne chez les autres : le langage.Le travail sur la langue parlée pour la rendre palpable.Aussi colorée et efficace quand il s\u2019agit de Jeanne, de son intériorité, que lorsqu\u2019on a affaire avec son entourage.On ne fait pas que lire ce roman, on l\u2019entend.JEANNE CHEZ LES AUTRES Marie Larocque Tête première Montréal, 2013, 308 pages GERMAINE GUEVREMONT | Le Cycle '^\"Survenant En pleine terre Le Survenant Marie Didace Les trois grandes reunies seul volumt Du pam ou du sang I ilra liei s lande ekcif il Beauhnrn Sous lad octondeFrede ck Bastien Eric Belanger c F anço s Gelineau Les Québécois aux urnes w Germaine Guèvremont Le Cycle du Survenant En pleine terre \u2022 Le Survenant Marie-Didace Prescrite par David Decarie et Lan Saint Martin Lise Gauvin Parti pris littéraire Le fac-similé de l'édition originale Pastface d Andre Majar Roland Viau Du pain ou du sang Les travailleurs irlandais et le canal Beauharnois Alain Beaulieu, Stéphan Gervais, Martin Papillon (dir) Les Autochtones et le Québec Des premiers contacts au Plan Nord Éric Bélanger, Frédérick Bastien, François Gélineau (dir) Les Québécois aux urnes Les partis, les médias et les citoyens en campagne Textes reunis par Marie-Hélène Parizeau et Jean-Pierre Le Goff Au cœur des débats Les grandes conférences publiques du prix Gérard-Parizeau 2000-2010 Pll\\l Les Autochtones et le Quebec Il \\ \u2022i de I Un ve s te de H Les livres des PUM sont aussi disponibles en version numérique à 50% du prix papier.www.pum.umontreal.ca Au cœur des débats Université A P\tM de Montréal 1\tY 1 ^CRILCQ CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE SUR LA LITTÉRATURE ET LA CULTURE QUÉBÉCOISES Spirale) Les Presses de l'Université de Montréal F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 2013 LIVRES CINEMA Portrait ciné de Salinger MARTIN BILODEAU La vie de J.D.Salinger, disparu en 2010, est un mystère.Etait-il vraiment nécessaire de sortir le marteau-piqueur pour tenter de le percer?A cette question, le documentaliste Shane Salerno répond par Taffirmative.En fait foi Salinger, film-enquête boursouflé et racoleur, instructif toutefois (c\u2019était la moindre des choses), qui reconstitue la ligne de vie personnelle et professionnelle de hauteur de Lattrape-cœurs (Pocket).Abus de forme.Voilà le mal dont souffre ce documentaire ultrastylisé et hyperactif, haché menu par quatre monteurs et laminé mur à mur par une musique qui pousse T^front jusqu\u2019à se superposer aux témoignages.Abondants, les témoignages.Eertiles en faits historiquement vérifiables (par les biographes, écrivains et spécialistes) , en anecdotes extraites de l\u2019intime et du privé (par les amis et connaissances), en potins sentimentaux versant dans le scabreux (par les ex-amoureuses ou épouses).En surface Le terrain couvert est large, mais Salerno saoule (e client et n\u2019approfondit rien.A l\u2019exception peut-être du traumatisme vécu par Salinger durant et après la Deuxième Guerre mondiale, à laquelle il a participé comme agent du renseignement, tout en transportant sur lui et en peaufinant les six premiers chapitres du manuscrit de son unique roman, L\u2019at-trape-cœurs.Témoins de son passage : une photo inédite le montrant en train d\u2019écrire, prise dans les semaines qui ont suivi le Débarquement (dont il est un des miraculés), ainsi qu\u2019un bout de film jamais vu le montrant de dos accueillant les remerciements d\u2019une famille française libérée.Salinger a cessé de publier en 1965.Mais ses coffres ont révélé à sa mort plusieurs manuscrits de romans et de nouvelles dont l\u2019ordre de parution (débutant en 2015) a été soigneusement dicté par l\u2019auteur dans son testament.L\u2019écrivain, qui s\u2019était retiré du monde en 1953 sous l\u2019assaut de la célébrité provoquée par le triomphe planétaire de son roman, aurait été, à l\u2019image de son héros Holden Caulfield, déçu par la superficialité et la fausseté du FILMS SEVILLE Jerome David Salinger monde.Réfugié dans une petite ville rurale du New Hampshire, il a continué de faire l\u2019objet d\u2019un culte que le film de Salerno tente de comprendre sans lui-même comprendre que, chemin faisant, il durcit son mythe.Sous nos yeux mitraillés par le montage strobe, l\u2019homme secret est dénudé par ses travers humains (dont une affection pour les très jeunes femmes) ; l\u2019écrivain secret est interprété à la lumière de son œuvre, jugée, à tort ou à raison, autobiographique.Mais aucune des affirmations et hypothèses contenues dans le film n\u2019est vérifiée par le principal intéressé, à travers des archives radiophoniques ou télévisées accordées avant son repli.Même ses biographes, abondamment cités dans le film, ne l\u2019ont jamais rencontré.J.D.Salinger n\u2019a pas seulement construit une œuvre, dont plus des deux tiers restent encore à paraître.Il a érigé une muraille humaine autour de lui, dont la dernière image montre une des faces.Les proches et amis interviewés dans le film ne le sont plus depuis des décennies.Ils l\u2019ont trahi ou ont été trahis par lui.Ça peint l\u2019écrivain sous un jour douteux.Collaborateur Le Devoir SALINGER Film écrit et réalisé par Shane Salerno, d\u2019après le livre de Paul Alexander.Image: Anthony Sa-vini, Buddy Squires.Montage: Jeffrey Doe, Regis Kimble, Sabine Krayenbüh, Langdon Page.Musique: Borne Balfe.Etats-Unis, 2013,129 minutes.Des romans et du cinéma Marie Darrieussecq a beaucoup exploré son monde féminin, artistique, maternel, amoureux, littéraire.Elle a désormais une œuvre qui cherche hors de la littérature !\u2019« interface imaginaire d\u2019un roman devenant un film», selon ses mots.GUYLAINE MASSOUTRE cc pli dévoilé ne la démonte Elle a débuté avec Truismes en 1996, un roman dérangeant qui traitait des clichés racistes et sexistes, à travers la métamorphose d\u2019une femme en truie.Abject, grunge, avait-on dit.C\u2019était il y a 15 ans.L\u2019ouvrage devint un best-seller.Aurait-il fallu relever les écrivains qui avaient balisé le sujet?Tel Michael Mackenzie, dontL« baronne et la truie, joué à la même époque à Montréal.Les emprunts sont courants en littérature.Mais détourner un livre sans le mentionner fait scandale.Darrieussecq y gagna une querelle avec Marie NDiaye.Dans Naissance des fantômes, Darrieussecq reconnut la singerie littéraire de son propre univers.Cette impression gênante s\u2019accrut lorsque Camille Laurens s\u2019écria, sur maintes tribunes, que Torn est mort avait un vice de forme.Cette fois, celle-ci épinglait «le plagiat psychique», la copie sans effraction ni trace, mais avec indices, ce qu\u2019elle appela drôlement «le syndrome du coucou».Presque un film Darrieussecq, fétichiste?Elle réagit.Elle disserta sur le plagiat d^ans un essai.Rapport de police (2010), où elle noyait le poisson.Elle récrivit La princesse de Clèves, dite Clèves tout court en 2011, et enfonça le bouchon en traduisant Ovide.Einalement, elle se raconta beaucoup, et sa cote grimpa.Son dernier roman est déjà en lice pour le Concourt.Elle emprunte toujours, mais r Le garçon incassable pas.Chacun de ses livres vient donc avec un trousseau de clés, et s\u2019il est vrai que tout écrivain est une bibliothèque, disons que l\u2019astucieuse écrivaine vit de fascinations, un peu tricheuse, un peu hallucinée et se mirant.Comme si son art était de traiter le bien culturel comme un cliché qu\u2019elle refonde en jouant.Ainsi a-t-elle trouvé son fil à coudre.Dans II faut beaucoup aimer les hommes, ce beau titre est une citation de Duras.Et si c\u2019était un roman africain, comme elle le prétend ?Il y aurait d\u2019abord l\u2019histoire hollywoodienne, la redite d\u2019un certain cinéma.L\u2019acteur noir dont il est question serait Canadien, etc.L\u2019actrice française dont il est question découvrirait le b.a.ha de l\u2019altérité, etc.Les idiots Eaut-il lire ce roman sur la passion, parodie du genre et exercice de style ?On peut aimer sa faconde, le ton aéré, ses registres changeants.Les échos littéraires ?Ils sont protéiformes.Darrieussecq est un phénomène.Son objet séduira, quoique renouvelable.Un genre de cinéma.Lu seul, ce roman un brin sensationnel est-il crédible ?On peut en discuter.Voyez l\u2019utilisation de Conrad, un écrivain génial qui passe au large.Pariez sur le divertissement.Darrieussecq insiste, gratte, attire ou agace.On est dans le marché aux épices variées.C\u2019est ce qu\u2019on peut lui reprocher.Mat U Daniiu\\\\r
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