Le devoir, 26 octobre 2013, Cahier F
[" CAHIER F > LE DEVOIR, L\\ES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 Vcs Vïit«V® « surface s des«^\u201c* , \u201c1 «.«à*'® « Il y a une loi du silence même si 7^^ presque tout Lfc'jç,^ le monde fait affaire avec Costco, entre autres pour ménager la susceptibilité des libraires » On a beaucoup parlé des magasins à grande surface pendant le débat sur le prix unique, dont on attend le dénouement cet automne.On a opposé les Costco, Walmart et Target au travail, minutieux et à long terme, fait par les librairies indépendantes.À tort ou à raison ?Le Devoir est allé arpenter les allées de ces grandes surfaces, histoire de voir quels livres y sont à l\u2019étalage et comment on les vend.CATHERINE LALONDE Samedi après-midi.Le temps gris encourage le shopping.Au Costco du Marché central à Montréal, il faut fendre une foule faite mi-familles et mi-chariots archipleins pour pénétrer dans le temple des «formats familiaux», à la recherche de l\u2019étal de livres.Premier constat: il est faux qu\u2019on vend ici les bouquins entre la sauce à spaghetti et le papier-toilette.On les vend entre les chemises et les lecteurs DVD.Ils sont exposés à plat, à hauteur de main, classés très grossièrement par genre.On y trouve à peu près 1/6 de fiction en français, mêlant titres québécois, français et traductions.En anglais, on offre un choix un peu moins grand.Dans les deux cas, des nouveautés, des best-sellers à court terme ou «in-tuables», des livres ramenés par l\u2019actualité.Ainsi, côte à côte, toutes les variations sur les Cinquante nuances de Grey, Man de Kim Thuy, Transatlantic de Colum McCann, le dernier Dan Brown, quelques titres de Guillaume Musso en poche.Mirror Lake d\u2019Andrée A Mi-chaud (le texte le plus «littéraire» lors de notre passage) et Louis Cyr de Paul Ohl \u2014 ces deux derniers ramenés par leur adaptation en films \u2014 les séries usinées Percy Jackson et La cité des ténèbres, du William Boyd, James Patterson, John Grisham, Michael Connelly, Patrick Senécal, Louise Penny, Eric-Emmanuel Schmitt, les sagas historiques des éditions Clin d\u2019œil, etc.La sélection suit de près, et dépasse de peu, les palmarès des meilleures ventes Gaspard-L^ Devoir et Archambault.Quelques pas plus loin, les livres pratiques : peu de livres de recettes, des guides de l\u2019auto et du vin, des bouquins santé allant du manuel d\u2019exercices pour les abdominaux aux «titres des docteurs» et quelques régimes sans gluten.Aucun essai, sinon cette semaine le dernier Hubert Reeves, une cuvée faible qui de plus est.Des cahiers de sudoku et de mots croisés, des agendas, des carnets de notes.Des livres des éditions La Presse.Ensuite?Une grosse tranche d\u2019ouvrages de référence, du Besche-relle au Harrap\u2019s en passant par le Guiness des records.Einalement, une large section jeunesse, où quelques titres de Scholastic et de La Courte Echelle peinent à émerger de la masse de livres-jeux à l\u2019imaginaire formaté des productions Walt Disney Ce qui saute aux yeux lors de cette visite-échantillon?Des titres, dont quelques très bons, qui font l\u2019actualité et les palmarès, une sélection supérieure à celles de Walmart et de Target (voir encadrés), néanmoins loin, très loin derrière le travail fait par les librairies.«En général, les gens préfèrent les romans.Nos choix correspondent aux intérêts de nos consommateurs et de nos membres, explique la vice-présidente principale et directrice générale du marchandisage de Costco Canada, Andrée Brien, dans les rares réponses qu\u2019elle a accordées par courriel aux questions du Devoir.La saison des prix littéraires influe également.Dans les pro- Target Au nouveau Target des Galeries d\u2019Anjou, la petite section des livres était encore bien vide.Vrai que le magasin est en rodage.A peine une cinquantaine de titres en fiction pour adultes s\u2019y retrouvent, tous classés comme «Livres à succès», sans égard à la provenance de l\u2019auteur ni à la langue d\u2019origine.La série Les infirmières de Notre-Dame de Marylène Pilon, pas vue ailleurs, y occupe une place importante, comme la chick litt pour adolescentes.Encore 50 nuances de Grey, Dan Brown et Ken Eollet, à côté de Chrystine Brouillet, du Louis Cyr de Ben Weider (!), de Marc Lévy, Mary Higgins Clark et Francine Ruel, sans classement, sans cohérence apparente, même en adoptant une pensée très «palmarès des ventes ».Target n\u2019a pas répondu aux questions du Devoir.chaines semaines, avec la rentrée littéraire, beaucoup de nouveautés prendront place.» M\"^® Brien ajoute dans la foulée que «le pourcentage de livres québécois chez Costco se situe entre 50 % et 60 % selon les saisons».Et les prix, nerf de la guerre ?Ils sont coupés, oui.Le pourcentage de rabais varie grandement, et le prix des livres va de ridiculement bas (6,99$ pour les deux premiers polars de Martin Michaud) à des prix proches de ceux des librairies.Un gros joueur Après avoir interrogé quelques éditeurs et diffuseurs, on apprend que Costco, malgré ses limites littéraires, semble pour eux un joueur essentiel.Le mépris perce pour le traitement des livres chez Walmart.Target, pour sa part, reste une zone d\u2019ombre, car «on ne comprend pas encore ce qu'il veut.Ses signaux ne sont pas clairs», dit un joueur du milieu.«Il y a une loi du silence même si presque tout le monde fait affaire avec Costco, entre autres pour ménager la susceptibilité des libraires», confie un autre intervenant du milieu du livre, expliquant ainsi sa demande d\u2019anonymat.Sous le couvert, on s\u2019entend pour dire que Marie-Josée Laberge, acheteuse responsable des livres pour l\u2019est du Québec chez Costco, est «une vraie lectrice», qu\u2019elle a pris «des risques littéraires étonnants pour les impératifs de rendement au pied carré qu'elle doit respecter, même si elle semble pouvoir moins s'en permettre depuis deux ans».Certains Costco de la région \u2014 Boucherville, Sainte-Foy, Lebour-gneuf et Laval \u2014 sont même reconnus dans le milieu comme étant plus «littéraires».Impossible de parler directement avec M\"^® Laberge : Costco a refusé les demandes d\u2019entrevue.Vendre pour vendre plus «Il faut, pour entrer chez Costco, un potentiel de best-sellers ou de grand battage médiatique», dit Serge Théroux, directeur général et commercial de Diffusion Dimédia.On y a tout de VOIR PAGE F 2 : SURFACES é L\u2019orangeraie de Larry Tremblay : nécessaire fiction sur la guerre Page F 4 Un recueil de chroniques fait revivre Pierre Faiardeau Page F 8 Voltaire à McGill Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes : la bibliothèque de l\u2019Université McGill a ajouté récemment à sa collection des livres, manuscrits et correspondances de Voltaire, ainsi que différentes éditions et traductions de ses œuvres, en acquérant la collection de feu le spécialiste voltairien J.Patrick Lee.Des livres et articles sur le penseur et auteur complètent le tout.Une exposition permettra au public d\u2019étudier ou de jeter un œil sur certains de ces artefacts : on y trouvera plusieurs Candide, dont des versions illustrées de ce conte philosophique, des éditions anciennes d\u2019autres titres, mais surtout des manuscrits et deux lettres rédigées de la main du maître.L\u2019exposition Voltaire se tiendra dans la salle de lecture de la Division des livres rares et collections spécialisées, du dimanche 27 octobre jusqu\u2019au 31 janvier 2014.Le Devoir La seule edition complète des œuvres poétiques de Saint-Denys Garneau Hector de Saint-Denys Garneau Regards et jeux dans l\u2019espace de Les solitudes BIBLIO-FIDES livres de poche F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 LITTERATURE V/ J JACK SMITH ASSOCIATED PRESS L\u2019Américain Ken Kesey (1935-2001) demeurait jusqu\u2019à aujourd\u2019hui l\u2019homme d'un seul roman: Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou (1962), récit inspiré par son expérience d\u2019aide-soignant à l'asile.Un livre posthume de Ken Kesey, près de 50 ans après Vol aurdessus d\u2019un nid de coucou MACHA SERY Gardez cette image en tête, ce doigt d\u2019honneur défiant la foule qui gronde.Attaché à une perche, un bras humain sectionné à l\u2019épaule flotte au vent, le majeur déplié.Cette scène saisissante ouvre et clôt Et quelquefois fai comme une grande idée, magistral roman du défi.Jusqu\u2019à la ruine, jusqu\u2019à la mort.En France, l\u2019Américain Ken Kesey (1935-2001), figure américaine de la contre-culture des années 1960, demeurait l\u2019homme d\u2019un seul roman: Vol au-dessus d\u2019un nid de coucou (1962, réédité par Stock), récit inspiré par son expérience d\u2019aide-soignant à l\u2019asile de Menlo Park en Californie, dont les traitements incluaient les drogues psychédéliques.Milos Forman le porta magnifiquement à l\u2019écran en 1975, décrochant cinq Oscar.Jack Nicholson y faisait s\u2019évader des malades mentaux pour les emmener à la pêche, vous vous souvenez?Et voilà que surgit un inédit de Kesey, un monstre littéraire, un gros roman rural où seul un protagoniste se risque à fumer quelques joints.Alors, quoi?Serait-ce l\u2019œuvre d\u2019un repenti prônant le retour à la terre ?Fausse route.Aussi dissemblables que soient les premier et deuxième livres de Ken Kesey, parus à deux ans d\u2019intervalle \u2014 ici un huis clos, là une communauté forestière dans l\u2019Oregon \u2014, le romancier poursuit dans la même veine, terme s\u2019appliquant au bois aussi bien qu\u2019aux piqûres : il décrit des individus en lutte contre les institutions, chante la geste de rebelles qui refusent de capituler et de mourir à petit feu.Et tient toujours l\u2019esprit comme l\u2019ultime frontière à libérer.Après les cobayes de la psychiatrie, le monde des pionniers.Il s\u2019agit d\u2019une lignée, les Stamper.Leur maison, édifiée en 1898 par leur ancêtre émigré du Kansas, est la seule à être restée debout sur les rives du fleuve Wakonda, la seule qui n\u2019ait pas été emportée, au fil des ans, par les flots.Bâtie sur une péninsule à laquelle on accède en barque, elle ne cesse d\u2019être consolidée par des rondins, des câbles, des poutrelles.Travail de Sisyphe auquel s\u2019ajoute le labeur journalier de ces bûcherons obstinés qui refusent de s\u2019associer à la grève générale décrétée par le syndicat local et se battent pour honorer un contrat dans les temps.Henry, le patriarche du clan, a accroché dans la chambre de son fils aîné, lorsqu\u2019il était enfant, cette exhortation: «Cède jamais d\u2019un pouce.» De terrain, de volonté, de vitalité.Et Hank, aujourd\u2019hui à la tête de l\u2019exploitation forestière, a retenu la leçon.La multiplicité des points de vue adoptés par Ken Kesey, le passage de la première à la troisième personne opéré dans un même paragraphe orchestrent une somptueuse polyphonie au sein d\u2019un monde resté sauvage.A l\u2019opposé de certains romans-fleuves.Et quelquefois fai comme une grande idée ne se borne pas à faire défiler comme à la parade les divers protagonistes \u2014 de Jenny l\u2019Indienne, prostituée dans une cabane au fond des bois, à Floyd Evenwrite, responsable du syndicat \u2014 pour donner l\u2019illusion de la vie.Ils s\u2019échinent dans l\u2019humidité des marais, rêvent d\u2019amours perdues, partent chasser la nuit, suent le jour sang et eau.Les enfants braillent, les alcoolos aussi.Et, tandis que de nouvelles forces surgissent dans cette Amérique des sixties \u2014 l\u2019émancipation féminine, le triomphe du capitalisme \u2014, les ressources naturelles s\u2019amenuisent et la télévision hypnotise.On reste stupéfait qu\u2019un écrivain ait pu souffler pareille puissance romanesque.Ken Kesey, qui se bornera par la suite à écrire des formes courtes, disait ôéEt quelquefois j\u2019ai comme une grande idée qu\u2019il s\u2019agissait de son meilleur livre.«Les gens me demandent parfois pourquoi je n\u2019écris pas autre chose de ce style et je leur réponds que je ne peux tout simplement pas.Je ne peux plus contenir tout ça à la fois dans ma tête.» Pour célébrer le lancement de son roman.Ken Kesey embarqua à bord du bus des Merry Pranksters, proto-hippies carburant au LSD.Son œuvre, cette Grande Idée qui, d\u2019un bout à l\u2019autre, grise et emporte le lecteur, méritait bien une fête.Le livre ne sera disponible au Québec que dans quelques semaines.Le Monde ET QUELQUEFOIS J\u2019AI COMME UNE GRANDE IDEE Ken Kesey Traduit de l\u2019anglais (Etats-Unis) par Antoine Cazé Monsieur Toussaint Louverture Arles, 2013, 800 pages Nouveautés en politique Sous la direction de Réjean Pelletier e \" Tremblay LE PARLEMENTARISME CANADIEN 5\u201d édition revue et mise à jour Voici un ouvrage incontournable sur les principaux acteurs politiques au Québec et au Canada.Le parlementarisme cariaciien 5' ÉDITION REVUE ET MISE À JOUR S'ous la direction de Réjean Pelletier et Manon Tremblay Sous la direction de DALIE GIROUX et DIMITRIOS KARMIS Préface de JAMES TULLY CECI N\u2019EST PAS UNE IDÉE POLITIQUE Réflexions sur les approches à l\u2019étude des idées politiques ^ 500 pages 49,00 $ Presses de l\u2019Université Laval 598 pages 45,00 $ Sous la direction de Dalle Giroux et Dimitrios Karmis CECI N\u2019EST PAS UNE IDÉE POLITIQUE Réflexion sur les approches à l\u2019étude des idées politiques Découvrez le premier panorama étendu des approches à l\u2019étude des idées politiques en langue française.www.P UI a val .CO SURFACES SUITE DE LA PAGE E 1 même déjà trouvé Arvida, de Samuel Archibald (Quarta-nier), et quelques titres des éditions Alto.Antoine Tanguay, éditeur d\u2019Alto, a «de temps en temps des opérations ciblées chez Costco, qui se sont soldées par des échecs financiers» pour la grande surface.et par un revenu supplémentaire tout de même non négligeable pour lui.Ses livres n\u2019y restent pas plus d\u2019un mois, et Antoine Tanguay s\u2019assure, en collaboration avec son diffuseur, que la remise \u2014 le rabais qu\u2019on offre aux gros acheteurs \u2014 ne dépasse jamais 25%, un pourcentage que «les libraires peuvent «accoter»» sans douleur, selon lui.Costco arriverait à faire entre 8 et 14% de marge brute de profit de la vente de livres.Les libraires indépendants, selon l\u2019Association des libraires du Québec, ont quant à eux tiré 0,84% de rentabilité nette l\u2019an dernier.Pour autant, «il serait injuste de faire de Costco un bouc émissaire, estime Antoine Tanguay.Il offre ce que les gens veulent.Il se fait chez Costco des «achats compulsifs de livres» qu\u2019on ne peut pas toujours transférer en librairie; c\u2019est triste, mais c\u2019est ainsi.Ce sont des marchands.Les vrais libraires ont les armes pour répliquer: la passion, l\u2019expérience, la diversité.Je reste extrêmement attaché aux libraires indépendants, qui sont irremplaçables, mais je vois des efforts pour la littérature québécoise dans tous les secteurs, et c\u2019est important.» Pour certains auteurs, les achats dans les grandes surfaces font une énorme différence.Mylène Gilbert-Dumas (Lili Klondike, VLB) estime que 30% de ses droits d\u2019auteur proviennent de ces ventes-là.«Les grandes surfaces rejoignent une clientèle qui fréquente peu ou pas les librairies.La plupart des gens ne s\u2019y rendent pas pour acheter des livres, mais en achètent parce qu\u2019ils les ont sous les yeux», dit-elle.C\u2019est pour cette raison qu\u2019elle est contre une réglementation sur le prix unique du livre.Pour Antoine Tanguay, Serge Théroux et les autres intervenants interrogés, le fait de dire que Costco est un joueur non négligeable dans la vente de livres aujourd\u2019hui ne change rien à leur position : ils sont pour une réglementation sur le prix du livre et considèrent que le plus urgent, c\u2019est de protéger bien davantage les librairies indépendantes.«Le prix réglementé, c\u2019est aussi pour contrer l\u2019attaque à venir, frontale et agressive, d\u2019Amazon, précise Antoine Tanguay.Il est là, le danger, inévitable.» Et c\u2019est pour parer ne serait-ce que les premiers coups que la grande majorité du milieu demande une réglementation sur le prix unique du livre.Le Devoir Walmart Au Walmart d\u2019Anjou, mardi dernier, on trouvait pratiquement autant de magazines et de revues que de livres.Dans la section « Livres québécois».Lit double 2 de Janette Bertrand, le dernier Michel David, Marie La-berge, des Martin Mi-chaud, Suzanne Aubry, Tremblement de mère de Diane Lavoie, De l\u2019autre côté de la matraque de Martin Prémont, les meilleures blagues de Michel Beaudry et.Danielle Steel, Chevy Stevens et Journal d\u2019un vampire, traductions présentées \u2014 ou laissées en désordre \u2014 dans la rangée des livres d\u2019ici.Plusieurs tarots, livres de cuisine, guides de cheminement personnel et spirituel.Et une très imposante sélection de néo-romans Harlequin, déclinée en une cinquantaine de titres différents.Walmart n\u2019a pas répondu aux questions du Devoir.La Vitrine DES GRANDES SURFACES ROBERT R.FOWLER 3 ¦ RECIT MA SAISON EN ENFER 130 JOURS DE CAPTIVITÉ AUX MAINS d\u2019al-Qaïda Robert R.Fowler Traduction d\u2019Emile Martel et Nicole Perron-Martel Québec Amérique Montréal, 2013, 440 pages En 2008, Robert Fowler, un diplomate canadien en mission pour rONU, a la «chance» de faire connaissance avec une des branches les plus actives du réseau terroriste al-Qaïda.Avec Louis Guay, un autre diplomate canadien, ils ont été kidnappés non loin de Niamey, au Niger, en décembre.Pendant ses 130 jours de captivité, Fowler rencontre quelques vedettes d\u2019al-Qaïda au Maghreb, dont le fameux Mokhtar BelMokhtar, qui s\u2019illustrera plus tard dans l\u2019assaut contre un complexe gazier en Algérie.Robert Fowler a signé un texte mi-descriptif, mi-explicatif.Il décrit ses ravisseurs comme étant de fantastiques religieux qui n\u2019ont aucune considération pour les «infidèles» et l\u2019Occident «impie».Les otages ne savaient jamais exactement où ils étaient.De toute façon, à quoi bon fuir à travers le désert?Le 22 avrü de l\u2019année suivante, ils sont libérés.Dès le début de sa mésaventure, Robert Fowler a commencé à écrire ce livre dans sa tête, jugeant que l\u2019exercice l\u2019aiderait à tenir le coup.Claude Lévesque ROMAN LES HÉRITIERS DU FLEUVE TomeI: 1887-1893 Louise Tremblay D\u2019Essiambre Guy Saint-Jean éditeur Laval, 2013, 352 pages Cette mère de neuf enfants née à Québec en 1953 et Montréalaise d\u2019adoption aurait vendu plus de deux millions d\u2019exemplaires de la trentaine d\u2019ouvrages qu\u2019eUe a publiés depuis 1984.Paru à la fin de l\u2019été dernier, le premier tome de sa nouvelle saga I^s héritiers du fleuve cartonne déjà au rayon des best-seUers québécois.On y suit trois amies d\u2019enfance dans la jeune trentaine qui ont toujours vécu en bordure du fleuve.Nous sommes à la fin du XIX® siècle.Mais au-delà du portrait d\u2019époque tracé par Louise Tremblay-D\u2019Essiambre, comprenant l\u2019emprise de la religion, le devoir conjugal et les familles nombreuses, au-delà du fait que ses héroïnes «vivent à cette époque où la femme n\u2019a ni droits ni âme», c\u2019est d\u2019abord aux personnages qu\u2019on s\u2019attache.Ce sont les sentiments que ces femmes éprouvent qui sont mis en avant.Les thèmes abordés transcendent les années: amitié, amour, jalousie, vie de couple au jour le jour, liens familiaux.Pas question ici de s\u2019attarder aux qualités strictement littéraires de l\u2019ouvrage.De se laisser transporter dans une langue inventive.De s\u2019émerveiller devant la puissance des mots, des images.Aucune innovation dans la forme.C\u2019est ailleurs que ça se passe.Dans la psychologie des personnages.Et dans le talent de conteuse de l\u2019auteure: on avale les pages à une vitessç folle, si on accepte que l\u2019efficacité de la narration prime le reste.A suivre, car le deuxième volet vient de paraître, et les tomes m et iv sont attendus au printemps.Danielle Laurin ROMAN MIRROR LAKE Andrée A.Michaud Québec Amérique Montréal, 2013, 368 pages ANDRÉE A.MICHAUD MIRROR LAKE Robert Moreau, le protagoniste de Mirror Lake \u2014 roman qui a inspiré le récent film Lac Mystère \u2014, s\u2019installe avec son chien Jeff dans un chalet meublé d\u2019un coin perdu du Maine, au bord d\u2019un lac apparemment paisible, emportant dans ses bagages un dégoût profond des hommes et de toute son époque.La tranquillité du quinquagénaire se butera à des obstacles : un voisin envahissant, des ennuis, une pléiade de personnages troubles qui vont vite s\u2019inviter chez lui.D\u2019abord paru en 2006, le septième roman d\u2019Andrée A Michaud, qui avait remporté le prix du Gouverneur général en 2001 avec Le ravissement, emprunte une fois encore comme toüe de fond le motif du double.L\u2019occasion d\u2019explorer la folie dans tous ses états et cet espace flou qui borde le réel et l\u2019illusion.Dans un mélange de film noir et de comédie fantastique, la retraite anticipée de Robert Moreau tourne rapidement à la catastrophe.Histoire de cadavre perdu, de mystérieux criminel en cavale, de roman noir qui transforme la vie de ceux qui le lisent, Mirror Like est aussi une fable sur la misanthropie entravée et la transmigration des âmes.Un climat à la Stephen King mêlé d\u2019un peu du film Deliverance et d\u2019une bonne pointe d\u2019humour.Christian Desmeules ROMAN Cinquante nuances CINQUANTE NUANCES DE GREY E.L.James JC Lattès Paris, 2012, 560 pages Anastasia Steele, puceUe timide et étudiante en littérature anglaise de 21 ans, narratrice de Cinquante nuances de Grey, qui n\u2019a aucune idée du sexe et pas le moindre désir, tombe amoureuse de Christian Grey, mystérieux milliardaire de 27 ans et p.-d.g.d\u2019un empire financier.Beau comme Adonis et riche comme Cré-sus, control freak, il lui fait signer un contrat détaillant leurs futures activités.sadomasochistes.Premier tome d\u2019une trilogie, avec Cinquante nuances plus sombres et Cinquante nuances plus claires, le roman d\u2019E.L.James, une Britannique de 50 ans n\u2019était au départ qu\u2019une fanfiction inspirée de la série Twilight de Ste-phenie Meyer.Soyons sérieux: Cinquante nuances de Grey est au roman érotique ce que le Da Vinci Code est au polar.Un roman Harlequin à la sauce SM, prévisible et poussif, ennuyeux et peu vraisemblable.Constat le plus terrible : le cul y est parfaitement accessoire.Si le livre tient plus du phénomène de consommation que de la littérature, la gamme de produits dérivés est conséquente : menottes, vibromasseurs, boules geisha et tapette fessée.Mais consolons-nous: mieux vaut lire d\u2019une seule main que de ne pas lire du tout Christian Desmeules 71 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 F 3 LITTERATURE La Vitrine fijn, Ioj REVUE L\u2019INCONVENIENT «Le sens perdu de la filiation» Numéro 54, automne 2013 Montréal, 2013,140 pages Revue littéraire dotée d\u2019une forte personnalité, L\u2019Inconvénient ne craint pas de bousculer un certain progressisme imbu de lui-même pour lui opposer un conservatisme culturel, attaché à la grande tradition occidentale, garant d\u2019une véritable pensée libre et moderne.Le dossier principal de ce numéro est consacré aux enjeux de la filiation et de la transmission.Yannick Roy y propose une brillante réflexion sur l\u2019amour parental actuel, englué dans le sentimentalisme et privé de repères culturels, et Mathieu Bock-Côté rappelle que l\u2019urgence, aujourd\u2019hui, est de «transmettre Vidée qu\u2019il n\u2019y a d\u2019innovation qu\u2019avec une part de conservation», seule manière de donner aux jeunes «la volonté d\u2019être adulte», ajoute Maxime Prévost.L\u2019écrivain Ook Chung, en racontant des scènes de la vie quotidienne vécues avec son fils de cinq ans, parvient, sans mièvrerie, à émouvoir, alors qu\u2019Etienne Lepage, en évoquant ses liens avec son père alcoolique, signe un texte poignant.Louis Cornellier BANDE DESSINEE ERONTIERS Tome I: LA TRAQUE Christophe Wild Glénat Québec Montréal, 2013, 56 pages Ce n\u2019est pas parce que c\u2019est beau que c\u2019est forcément bon.Prenez cette aventure imaginée par Christophe Wild en guise de preuve.En passant par un univers esthétique terriblement bien maîtrisé, des courbes féminines assemblées à la lisière de la grossière indécence et des décors criants de réalisme, le bédéiste dévoile ici un récit de science-fiction sans grande originalité, la faute à un scénario mou reposant sur trop de ressemblances avec des classiques du genre.On est dans un futur aux tonalités un peu surannées.Il y a Albert Einstein, des extraterrestres et des robots qui cohabitent avec des humains.Il y a aussi une jolie loup-garou, des vampires franchement sexy et un étrange personnage qui enferme des femmes dans des photos.Mais il y a surtout un rappel à notre bon souvenir d\u2019éléments puisés dans la série Twilight, dans Men in Black, qui finissent par dégager au fil de cette histoire un désagréable parfum de réchauffé.Eatal, comme la morsure d\u2019une goule.Fabien Deglise ROMAN EAIRE VIOLENCE Sylvain David XYZ Montréal, 2013, 152 pages Sylvain David, ex-guitariste de l\u2019ex-groupe punk Banlieue Rouge, professeur à Concordia spécialiste de Cioran, a aussi très respectablement étudié Bérurier Noir, la violence esthétique chez Brett Easton Ellis et le pouvoir des ténèbres chez Jean-Jacques Pelletier.Bref, c\u2019est un analyste de la transgression, de l\u2019angoisse criée ou mise en mots, de la frappe contre les conventions.Avec Faire violence, il signe comme premier roman un pari littéraire risqué.De courts chapitres dévoilent le trajet d\u2019un personnage sans nom, aux contours flous, qui ne cherche que le trouble à force de virées nocturnes, d\u2019étincelles, de coups de poing.La chute d\u2019adrénaline et les lendemains honteux alternent avec le bouillonnement du sang, comme la théorie sur la violence se tisse au récit.L\u2019audace du récit est dans l\u2019utilisation de l\u2019impératif, dans l\u2019absolu refus de frôler la psychologie, dans les descriptions par petites touches et les courtes phrases.On ne sait plus si on tient dans les mains un manuel pour devenir un néo-Alex à\u2019Orange mécanique ou si on se fait donner des ordres comme membre d\u2019un gang.Mais c\u2019est aussi ce choix stylistique qui garde le lecteur à distance et empêche le récit de vraiment décoller.Catherine Lalonde EN BREF Festival du conte Dernier sprint pour profiter, ce week-end, du 12''Eestival interculturel du conte du Québec.Envie d\u2019en prendre une grosse, grosse bouchée ?Le Marathon du conte, spectacle de clôture aujourd\u2019hui samedi, propose d\u2019entendre, à la chaîne et en rafale, 40 conteurs d\u2019ici comme d\u2019un peu partout.On peut aussi choisir de découper ce marathon et assister seulement aux Contes du monde, par exemple, voir les Nouveaux Visages ou entendre les Contes coquins qui termineront ce spectacle-fleuve.A la maison de la culture Erontenac, de midi à 21 h, entrée libre.On peut aussi en profiter partout en région.Samedi, Jean-Marc Massie présente son Delirium à Bro-mont, des contes du Québec, de la Martinique et de la Tunisie seront livrés à Saint-Rémi par Nadyne Bédard, Marie-Pier Eournier, Erank Sylvestre et Ahmed Hafiz, et Erançois Lavallée narrera ses Histoires à Belœil.Dimanche, la matinée invite les petites oreilles à profiter des Abracomptines, pour les 3 à 6 ans, à Montréal, où l\u2019on pourra aussi se plonger dans les histoires celtiques de Patrik Ewen ou celles de Nouvelle-Calédonie livrées par Amé-lence Darbois.A Lévis, Bebeto Lonsili partagera une part de l\u2019imaginaire du Burkina Easo.La programmation complète se retrouve sur www.festival-conte.qc.ca Le Devoir LITTERATURE QUEBECOISE Joueur de triangle Le compositeur et auteur Nicolas Gilbert signe son quatrième roman CHRISTIAN DESMEULES Lorsqu\u2019il tombe sur une édition des Confessions de saint Augustin mise à la disposition des clients dans un café de New York, Simon choisit d\u2019y voir une sorte de signal.et d\u2019emporter le livre discrètement.Il en est un peu au m,ême point que ce père de l\u2019Eglise mort en 430: c\u2019est-à-dire arrivé «au milieu du chemin de la vie» (bon, d\u2019accord, là on est chez Dante.) et profondément «travaillé» par le doute depuis déjà un moment.Spécialiste des mathématiques opérationnelles qui s\u2019est associé à un ami pour fonder une firme offrant ses conseils à des compagnies de distribution d\u2019électricité partout à travers le monde, il vogue de contrat en contrat en faisant de l\u2019argent comme de l\u2019eau.Le malaise qu\u2019il éprouve est bien sûr d\u2019ordre moral, lié à la désagréable sensation de se savoir complice du capitalisme mondial.Une nausée légère et permanente.Une mauvaise odeur qui ne le quitte pas, malgré tous les savonnages.De plus en plus insomniaque, malheureux, hors de lui, Simon se demande comment il lui sera possible de continuer à vivre.À Montréal, André, le père de Simon, est surveillant d\u2019atelier dans une usine de produits textiles où planent de sérieuses rumeurs de mises à pied.Devant cette éventualité, il a offert de prendre une retraite anticipée, espérant ainsi épargner à un collègue la perte de son emploi.Troisième segment du trio narratif qui est au cœur de Nous, le quatrième roman de Nicolas Gilbert, Ma Ean, un étudiant chinois puceau et francophile, semble quant à lui plus préoccupé par sa recherche de jeunes filles «dignes d\u2019intérêt» que par ses études en commerce.Nouvelles noirceurs A l\u2019image de saint Augustin, mais sans vraiment chercher la conversion, chacun Les Confessions de Saint Augustin déclenchent la quête d\u2019un des personnages.OLIVIER LAUZON rêve et espère que quelque chose change dans sa vie.Comme on pourrait souhaiter gagner à la 6/49 ou être frappé par la foudre.Ils sont tous confrontés, à un point ou à un autre, à la machine aveugle du Système, qu\u2019il s\u2019agisse des méandres de la bureaucratie ou des effets pervers de la globalisation, ces nouvelles incarnations du « Mal ».Confrontés à ce qui fait «du vrai mal à du vrai monde», pour reprendre les mots d\u2019un des personnages.L\u2019écrivain, né en 1979, est également compositeur \u2014 certaines de ses œuvres ont été interprétées notamment par l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.C\u2019est donc dire que les structures, les questions de rythme et de contrepoint, il connaît.On a pu le mesurer déjà dans Le joueur de triangle et dans La fille de l\u2019imprimeur est triste (Leméac, 2009 et 2011), qui présentaient aussi ce dosage bien balancé entre action et introspection qui est à l\u2019œuvre dans Nous.Nicolas Gilbert trace ici de main de maître un roman où trois trajectoires bien distinctes, apparemment parai- Gaspard LE DEVOIR £ ALMARÉS Du 14 au 20 octobre 2013 f\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR T Romans québécois 1 Mauvaise foi Marie Laberge/Québec Amérique 2 Mensonges sur ie Piateau-Mont-Royai ?Tome t.Michei David/Hurtubise 3 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 8 An-Anshar Anne Robiiiard/Weiian -/I 1/2 2/4 Sous ia surface\tMartin Michaud/Goéiette\t3/2 Maiphas \u2022 Tome 3 Ce qui se passe.\tPatrick Senécai/Aiire\t4/9 Les héritiers du fieuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tL.Trembiay-D\u2019Essiambre/G.Saint-Jean\t5/11 Madame Tout-ie-Monde \u2022 Tome 3 Châteaux de sabie\tJuiiette Thibauit/Hurtubise\t7/5 Les gardiens de ia iumiére \u2022 Tome 1 Maîtres chez soi\tMichei Langiois/Hurtubise\t-/I L\u2019orangeraie\tLarry Trembiay/Aito\t-/I Séraphin.Nouveiies histoires des pays d\u2019en haut \u2022 Tome 1\tCiaude-Henri Grignon/Québec Amérique\t9/3 Romans étrangers\t\t Crossfire \u2022 Tome 3 Eniace-moi\tSyivia Day/Fiammarion Québec\t1/3 inferno\tDan Brown/Lattès\t2/21 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t3/55 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t6/37 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t5/41 Les perroquets de ia piace d\u2019Arezzo\tÉric-Emmanuei Schmitt/Aibin Michei\t4/7 Mauvaise étoiie\tRoger Jon Eiiory/Sonatine\t7/9 Charmant inconnu\tChristina Lauren/Homme\t-/I Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSyivia Day/Eiammarion Québec\t10/2 Crossfire \u2022 Tome 1 Dévoiie-moi\tSyivia Day/Eiammarion Québec\t9/9 Essais québécois\t\t Tenir tête\tGabriei Nadeau-Dubois/Lux\t1/2 Là où croît ie périi.croît aussi ce qui sauve\tHubert Reeves/Seuii\t3/2 Syndicaiistes ou voyous.Nos années à ia FTQ-Constmction\tJoceiyn Dupuis | Richard Goyette/Homme\t2/4 De quoi ie territoire du Québec a-t-ii besoin?\tCoiiectif/Leméac\t-/I Résistance.Chroniques 2008-2009\tPierre Eaiardeau/VLB\t5/5 Le petit Fortin.L\u2019économie du Québec.\tPierre Eortin/Rogers\t4/9 1763.Le traité de Paris bouieverse i\u2019Amérique\tCoiiectif/Septentrion\t-/I Le mythe de Napoiéon au Canada français\tSerge Joyai/Dei Busso\t-/I Le Sei de ia terre\tSamuei Archibaid/AteiierlO\t7/9 Sans ménagement (confidences)\tJosée Bianchette/Eiammarion Québec\t6/3 Essais étrangers\t\t Puissances d\u2019hier et de demain.L\u2019état du monde 2014\tCoiiectif/La Découverte\t1/3 Compassion.Manifeste révoiutionnaire pour.\tKaren Armstrong/Beifond\t5/2 Les personnages de Lucky Luke et ia véritabie.\tCoiiectif/Historia\t2/9 [empereur de toutes ies maiadies.Dne biographie du cancer Siddhartha Mukherjee/Fiammarion\t\t-/I Dette.5 000 ans d\u2019histoire\tDavid Graeber/ies Liens qui Obèrent\t3/3 La grande saignée.Contre ie cataciysme financier à venir\tErançois Morin/Lux\t7/4 Giuten.Comment ie bié moderne nous intoxique\tJuiien Venesson/Thierry Souccar\t-/I Aux origines du drame syrien.1918-2013\tXavier Baron/Taiiandier\t-/I Notre troisième cerveau.La nouveiie révoiution.\tJean-Michei Dughouriian/Aibin Michei\t-/I Diderot ou La phiiosophie de ia séduction\tÉric-Emmanuei Schmitt/Aibin Michei\t-/I La BTLF (Société de gestion de ia Banque de titres de iangue française) est propriétaire du système d'information et d'anaiyse Ba^ari sur ies ventes de iivres français au Canada.Ce paimarés est extrait de BaspaU et est constitué des reievés de caisse de 215 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet Baspanl.© BTLF, toute reproduction totaie ou partieiie est interdite.lèles, finissent par se rejoindre dans un tintement final au synchronisme parfait.Collaborateur Le Devoir NOUS Nicolas Gilbert Leméac Montréal, 2013, 152 pages Rachel LECLERC LE CHIEN D\u2019OMBRE Avec l\u2019écriture envoûtante qu\u2019on lui connaît, alimentée par les paysages grandioses du Bas-du-Fleuve, Rachel Leclerc poursuit l\u2019exploration d\u2019une histoire familiale pleine de secrets et de mensonges, mais aussi de liens indéfectibles.Rachel Leclerc LE CHIEN D\u2019OMBRE Boréal\t'\u2018'¦^^3 Roman 288 pages \u2022 24,95 $ PDF et ePub : 18,99 $ 50 www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 LITTERITURE La guerre des adultes et celle des enfants Le dernier roman de Larry Tremblay frappe fort k Danielle Laurin ès le début, nous plongeons d\u2019aplomb dans la guerre.Une guerre sans nom, qui se passe on ne sait où, probablement quelque part au Moyen-Orient.Dès le début, c\u2019est de l\u2019intérieur que nous vivons les choses, aux côtés de deux enfants qui viennent de perdre leurs grands-parents.Première page, troisième paragraphe de L\u2019orangeraie : «Amed et Aziz ont trouvé leurs grands-parents dans les décombres de leur maison.Leur grand-mère avait le crâne défoncé par une poutre.Leur grand-père gisait dans son lit, déchiqueté par la bombe venue du versant de la montagne où le soleil, chaque soir, disparaissait.» Amed et Aziz, neuf ans, de vrais jumeaux liés l\u2019un à l\u2019autre par des liens très forts, vivaient jusque-là en paix au milieu du décor enchanteur de l\u2019orangeraie familiale.Mais leur père, pour venger la mémoire de ses parents, se laisse convaincre par un chef terroriste du coin, qu\u2019il respecte et craint en même temps, de sacrifier au nom de Dieu l\u2019un de ses fils.Muni d\u2019une ceinture d\u2019explosifs, l\u2019élu devra se rendre de l\u2019autre côté de la montagne, où leurs ennemis jurés se préparent supposément à réattaquer en force, il se fera exploser en martyr au milieu de ces «chiens».Ainsi l\u2019honneur de la famille sera-t-il sauf Ainsi le kamikaze sera-t-il considéré comme un saint : il ira directement rejoindre Dieu.Au-delà du bien et du mal L\u2019orangeraie pourrait être un roman sur la guerre parmi d\u2019autres.Mais ses qualités littéraires, sa fluidité en même H < P MARIE-HELENE TREMBLAY LE DEVOIR L\u2019orangeraie est le cinquième roman du dramaturge Larry Tremblay, dont les pièces sont traduites dans une douzaine de langues.temps que sa poésie, sa concision en même temps que sa densité en font un livre exceptionnel.Tout en nuances, en contrastes, rude mais aussi sensuelle, parsemée de dialogues puissants mais jamais bavards, l\u2019écriture prend aux tripes.Remarquable, aussi, cette façon qu\u2019a l\u2019auteur Larry Tremblay de renvoyer le lecteur à lui-même.C\u2019est la tête pleine d\u2019images, de réflexions et de questions que nous refermons le cinquième roman de ce dramaturge reconnu, dont les pièces sont traduites dans une douzaine de langues.Entre autres points soulevés par L\u2019orangeraie : la transmission de la haine, déjà abordée par l\u2019auteur dans sa pièce Cantate guerrière, créée au Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui en 2011.Aussi: l\u2019emprise de la religion et la question obsé- dante du mal, thèmes déjà présents dans son roman précédent.Le Christ obèse (Alto), pourtant si différent dans le style, tellement plus du côté de l\u2019étrangeté, de la bizarrerie.C\u2019est sobrement que Larry Tremblay parle d\u2019atrocités, de violence.C\u2019est d\u2019abord et avant tout aux répercussions de la guerre qu\u2019il s\u2019intéresse, en particulier chez les enfants.Et c\u2019est par le biais de ses personnages, de leurs déchirements intérieurs, qu\u2019il nous atteint.Qu\u2019aurions-nous fait à leur place ?Cette question revient constamment.Autant en ce qui concerne les deux frères que leurs parents.Et, vers la fin, quand un professeur de théâtre québécois aussi auteur (alter ego de Tremblay?) apparaît dans le décor, même phénomène, encore une fois.Choix impossible Le roman, séparé en trois parties, s\u2019apparente à une tragédie.Dans la première section, la plus longue, nous sommes au cœur de l\u2019action, au cœur de la guerre.Nous sommes au cœur de la catastrophe humaine, une fois le chef terroriste parti, une fois les arguments de poids avancés par lui, tels : «La vengeance est le nom de ton deuil.» Puis : «Nos ennemis veulent s\u2019emparer de notre terre.» Pire : «Us tueront nos femmes.Ils feront de nos enfants des esclaves.Et ce sera la fin de notre pays.» Enfin: «Crois-tu que Dieu va permettre ce sacrilège ?» Une fois cela dit, c\u2019est le ciel qui tombe sur la tête des membres de cette famille en deuil.Le père d\u2019Aziz et Amed doit faire un choix : lequel de ses fils va-t-il envoyé à la mort?Tout parent serait à sa place dévasté.Cet homme-là l\u2019est.Mais il finit par trancher, il le doit.L\u2019affaire se complique du fait que la mère, elle, conteste le choix de son mari.Pas ouvertement.Elle va agir en secret, dans le dos du père, pour renverser la vapeur.Pour des raisons qu\u2019il est préférable de ne pas exposer ici \u2014 aux lecteurs de les découvrir \u2014, les deux frères vont se faire complices et échanger leurs rôles.Pas question non plus de dévoiler lequel va survivre sous le nom d\u2019emprunt du mort.Mais dire quand même que celui qui devait y passer sera rongé par la culpabilité.Réalité contre fiction La deuxième partie du roman nous propulse une dizaine d\u2019années plus tard, au Québec.Qn retrouve le frère qui a survécu, lors d\u2019une répétition, dans un cours de théâtre.La pièce jouée, écrite par le professeur, porte sur la guerre.Amed/Aziz se rebiffe: il refuse de jouer le rôle d\u2019un enfant qui, après avoir vu ses parents assassinés devant ses yeux par un soldat ennemi, est lui-même condamné à être tué à son tour par lui.Pourquoi cet enfant devrait-il mourir?plaide-t-il.En filigrane, nous est racontée par sa bouche la suite des événements vécus dans le premier bloc romanesque.Qn découvre alors l\u2019ampleur des mensonges à l\u2019œuvre autour de l\u2019opération kamikaze.Et c\u2019est loin d\u2019être beau à voir.De son côté, le professeur-artiste est amené à se remettre en question.Ce qui nous conduit à une réflexion sur l\u2019art.Quelqu\u2019un qui n\u2019a jamais vécu la guerre peut-il écrire sur la guerre, et de quel droit?Le témoignage direct de quelqu\u2019un qui a vécu la guerre ne vaut-il pas 100 fois plus qu\u2019une fiction sur la guerre, même la mieux intentionnée ?La troisième partie du roman, la plus courte, fait justement intervenir un témoignage réel dans un contexte de création, alors que le jeune acteur, Amed/Aziz, met des mots sur les voix intérieures qu\u2019il porte en lui.Des voix d\u2019enfants.Par-dessus tout, l\u2019aspect le plus poignant, le plus terrible du livre concerne justement les enfants dans la guerre.Les enfants qui cessent d\u2019être des enfants dans la guerre.Puisque la guerre «efface les frontières entre le monde des adultes et celui des enfants».L\u2019orangeraie : fiction sur la guerre, fiction nécessaire sur la guerre.Et sans doute le roman québécois le plus fort de l\u2019automne jusqu\u2019ici.L\u2019ORANGERAIE Larry Tremblay Alto Québec, 2013, 168 pages Reine et chevalet CHRISTIAN DESMEULES Artiste peintre déchu de 60 ans, Rick Boisvert vit dans la Grosse Pomme depuis le début des années 1970.11 y mène une existence solitaire, réglée comme du papier à musique, même s\u2019il est parfois sujet à des «sursauts d\u2019imagination».Le protagoniste du Portrait de la reine, d\u2019Emmanuel Kaftan, croit un jour reconnaître Elisabeth 11, reine du Royaume-Uni, promenant son chien à l\u2019angle de la T® Avenue et la 49® Rue.Sans hésitation, il l\u2019aborde avec toute la déférence qu\u2019on lui témoigne habituellement.La femme, veuve du même âge à la «voix rauque de Brooklyn», lectrice de polars, n\u2019a pas David McNally Panne globale Crise, austérité et résistance Preface de Jonathan Martineau ecomete Avec David McNally, Université York, Frédérick Guillaume Dufour, UQAM, Xavier Lafrance, UdeM, Jonathan Martineau, Université Concordia et Julia Posca, IRIS.salle Marie-Gérin-Lajoie métro Berri-UQAM - entrée éœsociété T\" NOVEMBRE 19h- UQAM Crise financière de 2008 : la grande panique a cédé la place au grand déni.L'élite économique et politique a procédé au grand sauvetage du système capitaliste en imposant une austérité dont nous sommes les principales victimes.Pour David McNally, la crise économique et financière de 2008 trouve son origine dans la nature même du capitalisme.Il met en lumière les dynamiques d'une crise sonnant le glas de la période d'expansion néolibérale.Un moment historique pour redéfinir la politique et l'économie pour la prochaine génération.une goutte de sang royal.Reconnaissant sans doute chez cet illuminé la même solitude qui l\u2019habite, elle joue néanmoins le jeu.De fd en aiguille, le peintre proposera de faire son portraif tandis que la « dame » \u2014 elle n\u2019aura jamais vraiment d\u2019autre nom \u2014 lui racontera sa vie.Ces séances de pose leur serviront de prétexte pour se promener dans New York et se connaître un peu sans que les masques tombent jamais vraiment.Au début, on saisit mal la nature de la fascination qu\u2019exerce la reine sur Rick Boisvert, artiste et Québécois francophone né à Sainte-Eoy.Illusion volontaire?Eolie?Qn ne sait trop.Qn ose même se dire, en cours de lecture, que tout ça semble un peu insignifiant.Et ça le reste dans une large mesure.Mais Kattan apostrophe son lecteur à la fin: «Ce ne sont pas uniquement nos propres rêves, ce sont aussi ceux des autres qui nous aident à persévérer.D\u2019abord parce que, ne venant pas de nous, ils sont plus tangibles et moins capricieux que ceux que nous manufacturons dans notre solitude.» Tout le roman pourrait ainsi tenir dans cette morale à la noix.Trop peu, trop tard.Elle jaillit à la toute fin, comme un désaveu, une petite Ijéqiiille.Une œuvre un peu faible, qui se compare désavantageusement aux deux premiers romans de Kattan, Nous seuls et Les lignes de désir (Boréal, 2008 et 2012), plus significatifs et mieux maîtrisés.Collaborateur Le Devoir LE PORTRAIT DE LA REINE Emmanuel Kattan Boréal Montréal, 2013, 168 pages ALAIN-G.GAGNON L\u2019AGE DES INCERTITUDES Essais sur le fédéralisme et la diversité nationale on Ju(iith-JasrTiin Alain-G.Gagnon L\u2019AGE DES INCERTITUDES Brillante synthèse des grands débats en cours au sujet de l\u2019affirmation nationale.ISBN 978-2-7637-9419-8 224 pages \u2022 29,95 $ Essais sur le fédéralisme et la diversité nationale POESIE Presses de l\u2019Université Laval WWW.pu laval.com La Nuit de cristal de Philippe Drouin HUGUES CORRIVEAU Le Tutu du titre du dernier recueil de Philippe Drouin porte volontairement à confusion.D\u2019emblée, on croirait à une proposition légère se référant à la danse mais, si danse il y a ici, elle sera macabre.Car on renvoie plutôt à Desmond Mpilo Tutu, l\u2019archevêque anglican sud-africain qui reçut le prix Nobel de la paix en 1984.il sera l\u2019emblème tutélaire qui va traverser un recueil profondément marqué par l\u2019histoire de la Nuit de cristal qui, en Allemagne, les 9 et 10 novembre 1938, vit la destruction de plus de 200 synagogues et d\u2019innombrables commerces.Alors, le pogrom contre les Juifs roule et ravage.Recueil profondément investi par la douleur et la mort, par l\u2019insensé dérèglement de la haine et du mal, il s\u2019avère malgré tout d\u2019une grande douceur, convoquant la part de lumière qui soutient le monde.Le livre reprend, avec variantes, une série de poèmes finalistes au prix de poésie de Radio-Canada en 2012, et les prolonge en approfondissant leur portée.Philippe Drouin a déclaré en entrevue alors que ces textes constituaient «un cri contre la haine, le pouvoir, et pour la dignité humaine».Cette émotion traverse les textes avec une grande finesse, car il s\u2019agit non seulement d\u2019un beau projet, mais d\u2019une indéniable réussite.Au-delà du pire Au cœur de cette nuit abîmée, «il faisait si noir que les menteurs imitaient la pleine lune», dit le poète, portant le cri de douleur jusqu\u2019au-dessus des brasiers, alors que «le führer hurlait d\u2019ouvrir les têtes, de conquérir les idées [.]».Confrontant constamment la possible beauté du monde au fléau accompli, l\u2019auteur décrit avec sobriété et talent la calamité ambiante, investissant la description sous-jacente du désastre : «Le père de Nina Ginsberg priait devant une fenêtre.Sa parole était chargée d\u2019oiseaux qui se mesuraient à la densité du ciel.Elle le regardait mentir à la solitude, se soumettre au martèlement, à l\u2019éblouissante constellation des mots.» Aucun doute qu\u2019il y ait là une grande parole poétique qui creuse et les sens et la mémoire du noir.Aucun doute que ce recueil en soit un de recueillement intense qui parle aussi de la vie, malgré tout, forcément.Ces noms qui parsèment le texte \u2014 Edouard Schiff, Rosa Erass, Leopold Blum et tous ceux qui creusent la pierre de l\u2019oubli \u2014, il les a lus dans l\u2019interminable liste des disparus qu\u2019on retrouve au Mémorial de la Shoah à Paris.Il y a retenu, entre autres, celui de Jacqueline Jedynak, dont on peut voir la robe de ses 11 ans cousue d\u2019une étoile jaune.Il faut résister à tout prix, dit le recueil, trouver matière à transcender l\u2019inéluctable : «Bour que la violence ne résonne plus dans son corps d\u2019enfant, Jacqueline Jedynak mit ses bras en croix, rêva d\u2019être une fleur, mais les éclats du cristal se prolongeaient, le chaos brillait par son éloquence.» Il faut lire ce recueil pour que la vie trouve de nouveau sa voix à travers les catastrophes du présent.Ainsi, avec Desmond Tutu, entendrons-nous, malgré les carnages, certains appels urgents pour la paix.Collaborateur Le Devoir TUTU Philippe Drouin Les Herbes rouges Montréal, 2013, 74 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 F 5 LITTERATURE Marie de Toussaint Avec Nue, Jean-Philippe Toussaint achève la tétralogie romanesque qu\u2019il a consacrée à sa créatrice de mode, Marie Madeleine Marguerite de Montalte.Ce personnage y est devenu l\u2019icône d\u2019un roman ressassant l\u2019amoiu et ses variations.GUYLAINE MASSOUTRE La scène inaugurale de Nue, un défilé de mode, est tout simplement époustouflante : Jean-Philippe Toussaint y décrit le port inouï d\u2019une robe de miel.La beauté de ces pages fantasmatiques envoûte et déjoue.Le défilé dans cette robe de miel a tout d\u2019un conte merveilleux, mais qu\u2019il soit suivi par un essaim d\u2019abeilles, il faut réver de Bunuel! Qu\u2019on en imagine la photo truquée, car elle viendra, pour parachever cette gourmandise insensée.Il y a eu Faire l\u2019amour (2002), Fuir (2005), La vérité sur Marie (2009, tous chez Minuit), voici donc Nue, adoubant un grand talent belge.Réalisateur, plasticien et propriétaire d\u2019un site Internet qui scénarise tout de ses livres \u2014 conception, brouillons, fabrication \u2014, cet artiste écrivain livre sa vérité : une écriture minutieuse, travaillée, patiente, volontaire, étudiée.Souvent primés (Médicis, Décembre, etc.), ses livres sont abondamment traduits.Nul doute que, sous la nudité annoncée, une avant-scène campe à notre insu.Elle a des fondations solides, une architecture calculée et une résonance inconsciente, cette fiction.Ce faux palais classique achève ici sa quatrième saison, automne-hiver.Sensorialité et idéalisme Rien de moins naturel que la pureté classique.Avec ses règles d\u2019économie, d\u2019unité et de tenue formelle, l\u2019ordonné Toussaint a épuré ses lignes dans la grande tradition des éditions de Minuit.Dès La salle de bain, qui le fit connaître en 1985, il enchaîna sa romance, mélancolîe îma-gée d\u2019un narrateur amoureux de Marîe, qu\u2019îl brasse en kaléîdoscope.En 2002, îl débute par une rupture avec Marîe, quî re-vîent.Depuîs dix ans, il a vécu avec ces personnages, l\u2019un anonyme, l\u2019autre emprunté à Pascal, l\u2019auteur immémorial des Provinciales.Dans un milieu imaginaire inattendu, la mode, il fixe son objet, les éclipses de l\u2019amour.La tétralogie vibre de mélancolie, d\u2019émois et de fragilités.Dernière surprise : la clôture avec l\u2019amour triomphal dans Nue.Toussaint y a pris tous ses thèmes rupture, retrouvailles, mise à distance, intermittences et force de l\u2019amour.A cela s\u2019ajoutent des voyages, des corps sensibles en mouvement, souvent cadrés de JOHN FOLEY Cinéphile et cinéaste, Jean-Philippe Toussaint est fin stratège.Ses livres sont rares, espacés, comme cet Echec dont il a donné une dizaine de versions en accès libre sur son site.manière originale.Une place, un café, une chambre: une menace, bien disposée, se reflète sur la silhouette cen- trée; autour sont posés des indices, pistes narratives ou voies sans issue.Ce très sensoriel narrateur exprime ses doutes, ses désirs fluides, sa perception des détails concrets avivant ses sentiments.Comment accrocher l\u2019amour d\u2019une femme « océanique»?Cet état de dilution d\u2019un être dans la nature, que Romain Rolland a décrit à Prend, Toussaint le reprend.Comment suivre Marie, personnage frivole et superficiel qui se fond dans le décor, la mer, l\u2019air, l\u2019insaisissable brume où elle disparaît?Du dîsposîtif classîque des sentîments, îl emprunte un aspect et un autre à Marivaux.Fabrication Cinéphile et cinéaste, ce diplômé en sciences politiques est fin stratège.Ses livres sont rares, espacés, comme cet Echec dont il a donné une dizaine de versions, en accès libre sur son site.Autoproduction étudiée, pour cette édition critique électronique il a renoncé à Amazon, ogre de l\u2019édition de création.Ce sont désormais les correspondants de Toussaint, sis dans divers pays et dans leur langue, qui alimentent son site.Par ces archives ouvertes, sur le modèle wiki, il offre de réfléchir sur la littérature et sa matière photographique, textuelle et documentaire variée.Ces croisements enrichissent-ils sa création?En 2012, Toussaint a réalisé un court film.Trois fragments de Fuir, avec Dolores Chaplin, qu\u2019il a présenté au Louvre, dans le cadre de son exposition sur Beckett et Dante.Il découvre alors une magnifique déclaration d\u2019amour de Dante à Béatrice, qu\u2019il met en épigraphe de Nue : «Dire d\u2019elle ce qui jamais ne fut dit d\u2019aucune.» Elle résume sa tétralogie.Ces hasards ont donné des images fortes, comme ce cheval embarqué en avion avec Marie.Il a tourné la scène! Nul doute que cette cristallisation de l\u2019imaginaire alimente l\u2019amour distant, arachnéen et étale de sa tétralogie.La métaphore d\u2019un désir insatiable, intouchable, inatteignable est cohérente.L\u2019idéalisme se lit à rebours sous les tensions et les crises, récurrentes et reliées comme le sont les rêves et les souvenirs.L\u2019œuvre de Toussaint fait fobjet de nombreuses études.Son ambition littéraire, l\u2019ironie sur le désamour, la tendresse fidèle, les parallèles qu\u2019il glisse entre les arts ancien et contemporain, et la confusion des sentiments font une riche et stimulante matière.Sa carte du tendre, du Japon à l\u2019île d\u2019Elbe, en passant par ses lieux d\u2019édition, donne un corps superbe à sa création.Collaboratrice Le Devoir NUE Jean-Philippe Toussaint Editions de Minuit Paris, 2013, 176 pages MISHO PHOTO Anna Raymonde Gazaille plonge le lecteur dans une histoire sordide où régnent porno en ligne, voyeurisme et fétichisme.POLARS Couguars en danger MICHEL BELAIR Même si le plus récent roman de Wajdi Moua-Anima (Leméac/Actes Sud), s\u2019amorçait sur une scène de crime d\u2019une violence inouïe, on n\u2019est pas vraiment porté à associer les éditions Leméac et le polar.Voilà pourtant que vient de remonter de la pile de gauche de mon bureau un polar québécois, et de l\u2019eau la plus noire, publié là autour de la rentrée.Surprise donc.Surprise qui s\u2019accentue de plus en plus quand on plonge dans ce récit mené de main de maître, on le sent très vite, par l\u2019ancienne directrice générale de Montréal Danse et du Conseil québécois du théâtre! Bien loin des mémoires officiels, des rapports et des demandes de subventions qu\u2019elle a rédigés pendant de longues années, Anna Raymonde Gazaille nous plonge dans une histoire sordide où régnent la porno en ligne, le voyeurisme et le fétichisme le plus hard.Inspirée peut-être par les plus baroques des délires de Benoît Bouthillette {La trace de l\u2019escargot, JCL) ou encore par certains tableaux de Brands Bacon, elle nous fait découvrir dès le départ un meurtre ignoble mis en scène par un maniaque sexuel adepte du «bondage» et des femmes d\u2019âge mur.Ne trouvant aucune trace de l\u2019assassin, l\u2019inspecteur Paul Morel et son équipe du Service de police de la Ville de Montréal se mettront à fouiller du côté d\u2019un site de rencon- tres «spécialisées» haut de gamme : Dare a cougar.La liste des suspects est mince et l\u2019affaire semble insoluble jusqu\u2019à ce que l\u2019on retrouve une autre femme à laquelle on a fait subir le même sort: même mise en scène, même genre de victime, même milieu aisé, même absence de traces.Bientôt, Morel fera un lien avec une universitaire blessée sérieusement dans un accident d\u2019auto suspect.Et l\u2019on verra même apparaître un «copy cat», un imitateur.Ce n\u2019est que difficilement, une ombre à la fois, que se profilera peu à peu la silhouette un peu moins floue d\u2019un suspect.jusqu\u2019à ce que tous les liens se recoupent enfin pour livrer un portrait encore plus sombre qu\u2019on ne le croyait.L\u2019intrigue est vraiment tissée béton: c\u2019est la principale force du roman, tellement qu\u2019on ne peut s\u2019empêcher de songer aux récits les plus intriqués de Peter James.Il y a bien çà et là quelques clichés, certains tics plutôt du côté de la description des personnages ou de ces liens permettant d\u2019aborder la situation dans son ensemble, mais c\u2019est minime.Disons-le clairement : ce premier roman est une réussite exemplaire.Et tout cela est de fort bon augure pour le polar québécois.Collaborateur Le Devoir TRACES Anna Raymonde Gazaille Leméac Montréal, 2013, 309 pages Laura Kasischke, ou l\u2019angoisse comme état de vie La romancière et poète américaine signe un fin « thriller mental » GILLES ARCHAMBAULT Esprit d\u2019hiver commence un matin de Noël.Holly et Eric, son mari, n\u2019ont pas entendu la sonnerie du réveil.Avec le résultat que le conjoint doit se hâter d\u2019aller chercher ses parents à l\u2019aéroport.Ce n\u2019est que l\u2019amorce d\u2019une journée pendant laquelle rien ne tournera rond.Au contraire.Ce sera l\u2019entrée en enfer pour cette femme.Holly est en panne d\u2019écriture.Les poèmes qu\u2019elle n\u2019essaie plus d\u2019écrire ne sont pourtant qu\u2019une infime partie de ses préoccupations.Le lecteur ne tarde pas à apprendre que le couple infertile a adopté une enfant en Russie.Tatiana, maintenant adolescente, s\u2019opposera à Holly tout au long de la journée.Parfois attachante, parfois rébarbative, elle refuse les invites répétées de sa mère d\u2019adoption.Noël devait être l\u2019occasion d\u2019une fête.Or, il y a une tempête de neige monstre.Les routes sont impraticables.Les grands-parents ont des ennuis de santé à leur sortie de l\u2019avion.Le mari doit les conduire à l\u2019hôpital et rester à leur chevet.Quant aux amis, ils se décommandent un à un.Holly, sans autre contact avec l\u2019extérieur que le téléphone, est livrée à ses fantasmes.Tatiana se montre particulièrement irritable.Comme si ce n\u2019était pas suffisant, une voix inquiétante, au téléphone, vient ajouter à son J trouble.Que veut cette inconnue à la voix menaçante ?Dans cet univers clos.Holly, qui a toujours cherché à se dissimuler la vérité, revoit les conditions dans lesquelles se sont déroulés les deux voyages qui ont mené à l\u2019adoption de l\u2019enfant.Pas question de révéler ici la clé de l\u2019énigme.Le lecteur découvrira petit à petit ce qui terrorise Holly.Eric, le mari, n\u2019a qu\u2019un rôle épisodique dans l\u2019histoire.Laura Kasischke est surtout connue aux Etats-Unis comme poète.Elle a une écriture précise, nomme les objets, crée un climat réaliste tout en nous plongeant petit à petit dans le mystère le plus étouffant.Hitchcock n\u2019aurait pas détesté.Le vrai sujet du roman, c\u2019est l\u2019enfermement.Deux personnages, une mère et sa fille adoptive, vont s\u2019affronter des heures durant.Dehors, le blizzard règne.Holly a-t-elle perdu la raison?Pourquoi Tatiana olivieri Librairie £sf Bistro Au cœur de l\u2019Histoire Mercredi 30 octobre à 19 heures Centre commémoratif de l'Holocauste a Montréal Série éducative sur l'Holocauste / Holocaust Education Series www.mhmc.ca Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie autour de Charlotte Deibo 1913-1985 Résistante et femme de lettres Charlotte Deibo, résistante communiste, a été déportée en janvier 1943 dans ie seul convoi de femmes politiques jamais envoyé à Auschwitz.Considérée comme l\u2019égale de Primo Levi, son œuvre littéraire et théâtrale témoigne avec force de l\u2019expérience des camps vécue par les femmes.Avec Violaine Gelly Elle est l\u2019auteure, avec Paul Gradvolh, de la biographie Charlotte Deibo (Fayard, 2013).Elle est également rédactrice en chef de Psychologies magazine.Animée par Catherine Mavrikakis s\u2019enferme-t-elle à double tour dans sa chambre ?Pourquoi s\u2019oppose-t-elle à une mère adoptive qui ne lui veut que du bien ?Holly est abandonnée.Personne ne vient à sa rescousse.Entourée par une nature hostile, elle est livrée à ses hantises.Pourquoi n\u2019a-t-elle pas pu enfanter comme elle le souhaitait?Ne serait-ce pas à cause des problèmes d\u2019ordre génétique qui ont marqué sa famille?Pourquoi la petite est-elle si acrimonieuse ?Que se cache-t-il dans ce visage si merveilleux?Derrière une façade de vie banlieusarde rôdent les hallucinations les plus paralysantes.Les oppositions mère-fille sont des chefs-d\u2019œuvre de finesse.Le lecteur ne sait jamais où commence le voyage dans la déraison.Un thriller mental, voilà ce qu\u2019est ce ro- man.Entre la réalité américaine aussi blanche que la neige qui paralyse tout autour et l\u2019enfer d\u2019un orphelinat sordide en Sibérie chemine la conscience troublée d\u2019une femme.Ce roman se lit d\u2019une traite.Rien n\u2019y est outré.Une réussite qui donne le goût de connaître l\u2019œuvre d\u2019une auteure dont les romans sont mieux appréciés par le public francophone que par celui de son propre pays.Ses poèmes ne sont pas traduits en français.Collaborateur Le Devoir ESPRIT D\u2019HIVER Laura Kasischke Traduit de l\u2019anglais (Etats-Unis) par Aurélie Tronchet Christian Bourgois Paris, 2013, 277pages Mathieu Bock-Côté EXERCICES POLITIQUES Penser l\u2019époque au quotidien Tlb éditeur F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 LITTERATURE Amazon change la donne de ses livraisons gratuites Les clients d\u2019Amazon devront désormais dépenser plus d\u2019argent sur le site du détaillant électronique pour éviter des frais de livraison.Le détaillant en ligne a augmenté le montant minimum des achats donnant droit à une livraison gratuite, de 25$US à 35$US.La modification, en vigueur dès lundi, précède le début de la saison des achats de fin d\u2019année.Elle fait également suite à une mesure similaire prise par Walmart.com, plus tôt ce mois-ci.Il n\u2019était pas clair si cette nouvelle politique est également en vigueur sur le site canadien du détaillant électronique.Amazon.com cherche à obtenir des clients qu\u2019ils s\u2019inscrivent à son programme Amazon Prime, dont les frais sont de 79$US par année.Les membres profitent d\u2019avantages, comme la livraison en deux jours gratuite pour des millions d\u2019articles admissibles.Dans un avis affiché sur son site Web, Amazon.com a expliqué que c\u2019était la première fois en plus de 10 ans que son seuil minimum pour livraison gratuite était revu à la hausse.Du côté de Walmart.com, les clients doivent maintenant dépenser au moins 50$US pour avoir droit à une livraison gratuite, comparativement à 45$US auparavant.Près de 99% des articles vendus par le détaillant sont maintenant couverts par cette promotion, contre 15% précédemment.Associated Press Jane, le renard et moi encore couronné La Ville de Montréal annonçait vendredi le livre lauréat de son 8® Prix jeunesse des bibliothèques de Montréal.C\u2019est l\u2019album de Fanny Britt, aussi connue pour ses pièces et traductions de théâtre, et de l\u2019illustratrice Isabelle Arsenault qui remporte les honneurs.Jane, le renard et moi (La Pastèque) poursuit ainsi sa collecte de prix.Récit illustré, album, bande dessinée, le livre flirte avec les genres, et a ainsi récolté les prix Shuster et Bédéis Causa de bande dessinée.Il est aussi finaliste aux prix littéraires du Gouverneur général.L\u2019histoire aborde l\u2019intimidation à l\u2019école, à travers une petite Hélène, souvent bousculée, qui se réconforte par la lecture du roman de Charlotte Brontë Jane Eyre.Au Prix des bibliothèques, les autres œuvres finalistes étaient À la recherche du bout de monde (Hurtubise) de Michel Noël, Au carnaval d/CS animaux (La Courte Echelle) de Marianne Dubuc, Ho (Québec Amérique) de François Gravel etMingan, mon village: poèmes d\u2019écoliers innus de Rogé.Le Devoir BANDE DESSINEE Un nouveau Tintin.en 2052 En 2052, le protecteur du patrimoine d\u2019Hergé, Nick Rodwell, mari de la veuve du père de Tintin, espère faire paraître sur le marché un nouvel album mettant en vedette le célèbre reporter à la houppe.Et il en a expliqué la raison cette semaine dans les pages du quotidien Le Monde.«On aura une nouveauté en 2052, pour protéger les droits», a dit le patron de Moulinsart S.A.qui gère et protège l\u2019œuvre d\u2019Hergé.«Je cherche un moyen.» En 2053, soit 70 ans après la mort de son créateur, Tintin va tomber en effet dans le domaine public, une perspective angoissante pour l\u2019hy-percontrôlant Rodwell, qui ne peut compter que sur un montage d\u2019inédits d\u2019Hergé pour conclure son improbable équation, car le père de Tintin avait exigé que son personnage ne lui survive pas.Le plan dispose toutefois d\u2019encore 39 ans avant d\u2019être mis à exécution.Le Devoir Un haïku à Tokyo La poète Jeanne Painchaud travaille depuis des années le hâiku, ce micropoème d\u2019origine japonaise, qu\u2019elle décline aussi en livres d\u2019artistes.Et voilà que le quotidien de Tokyo Mainichi Shimbun, qui tire à plus de quatre millions d\u2019exemplaires, vient de la nommer lauréate de son 17e concours de haïkus.Ce mi- cropoème très codifié d\u2019origine japonaise doit se déployer sur trois vers et répondre à des piétages très stricts tout en captant l\u2019essence d\u2019un instant.Plusieurs poètes, tels Eluard, Transtrômer et Brault, l\u2019ont pratiqué.Le haïku de Painchaud?«dans tes lunettes soleil / mon reflet sur la plage / deux jambes un ventre» Le Devoir -mu POETIQUES Lecture-spectacle \u2014 Montréal et Ottawa Carte blanche à Rodney St-Éloi Rodney Saint-Éloi sera accompagné de ses amis poètes Joséphine Bacon, Louise Dupré, Serge Patrice Thibodeau et de la pianiste Marianne Trudei 1®'^ novembre, 20 h Montréal \u2014 Auditorium Le Prévost 7355 avenue Christophe-Colomb samt-Mlchel Gratuit avec laissez-passer\t{Sfc a la Maison de ia cuiture de VMIeray-Saint-Michel-Parc-Extension MAISONdela\t| Comeadeaarts P©ESIE1^RECF r\"\"^ébecSS -Sr SS?4 novembre, 19 h 30 Ottawa - Club SAW 67 rue Nicholas Entrée libre Note Serge Patrice Thibodeau present a Montreal exclusivement CONSEIL DES ARTS .i Le cul-de-sac du cœur Il vit en France depuis plusieurs années, mais tous ses romans se passent au Maroc, où il est né en 1970.Et tous le mettent lui-même en scène.Découvert à 25 ans avec L\u2019enfant ébloui (Gallimard) par Philippe Sellers, Rachid O.vient de recevoir pour Analphabètes le prix Mamounia, attribué au meilleur roman marocain écrit en français.DANIELLE LAURIN Parmi les sept finalistes se trouvaient Tahar Ben Jel-loun, Goncourt 1987.Aussi: Abdellah Taïa, par ailleurs cinéaste, qui défend ouvertement l\u2019homosexualité et la liberté individuelle au Maroc.Rachid O.a lui-même été l\u2019un des premiers auteurs marocains à assumer publiquement son homosexualité.Ce n\u2019est pas pour rien qu\u2019il a gommé son nom de famille dès la parution de son premier livre : «J\u2019avais peur et je voulais préserver ma famille», explique-t-il lors de la remise du prix Mamounia à Marrakech, le 28 septembre dernier.Dans Analphabètes, il nous fait pénétrer au cœur des mentalités marocaines.Il confronte les tabous qui persistent là-bas.Concertant la virginité des filles et les naissances hors mariage, versus l\u2019honneur de la famille, mais surtout regardant l\u2019homosexualité.De la même façon, il nous fait pénétrer au cœur de sa propre intimité, de ses déchirements, par petites touches, qui vont droit au cœur.Remarquable roman, Analphabètes.D\u2019une lucidité implacable, mais sans acrimonie.D\u2019une rare sensibilité, avant tout.La honte L\u2019auteur raconte par bribes quelques allers-retours au Maroc.Lors d\u2019une réunion femiliale, son fi'ère l\u2019apostrophe: «Dis-nous ce que ça vaut, deux hommes ensemble?Si tu crois que c\u2019est constructif de passer toute sa vie sans fonder une famille, non seulement tu te fais des illusions mais tu nous fais honte aussi.» Et lui, Rachid O., qui a choisi de vivre en France en grande partie pour ça, écrit: «Au fond, chez chaque Marocain, il y ale préjugé que l\u2019homosexualité et le crime sont indissolublement liés.» Plus loin, après avoir confié qu\u2019il a été agressé sexuellement par un homme à l\u2019adolescence: «J\u2019ai quand même grandi avec l\u2019idée que j\u2019étais un sale pédé juste destiné à me faire baiser et tuer.» Lors d\u2019un autre séjour au Maroc, son père meurt dans ses bras.Ce vieux père tant aimé, tolérant, qui jamais ne l\u2019a condamné.Envers qui il ressent depuis l\u2019enfance, lui qui n\u2019a jamais connu sa mère, morte à sa naissance, un attachement profond.«De toutes les tristesses que je contiens en moi, sa mort est la plus sûre à situer.» La perte de son père le laisse décontenancé, perdu.Sans voix, sans mots.«Je suis profondément désolé et malheureux de manquer de mots pour CATHERINE HELIE/GALLIMARD «Je ne me vois pas comme un écrivain, je me vois comme un personnage de roman», dit Rachid O.dont le livre Analphabètes a été courroné du prix Mamounia en septembre dernier.écrire, il s\u2019agit d\u2019une mort pour laquelle je ne peux rien, un vrai cul-de-sac du cœur qui empêche le réconfort [.]» D\u2019autres morts de certains proches, dont l\u2019une extrêmement violente d\u2019un des amis ho-mosexuels, sont évoquées.Mais la figure du père donne en quelque sorte sa raison d\u2019être au récit.L\u2019auteur rend hommage à cet homme de cœur qui n\u2019a jamais lu les livres de son fils, pour la bonne raison qu\u2019il était analphabète, tout comme l\u2019est encore près de 30% de la populafion marocaine.Analphabètes de sentiments Mais les analphabètes auxquels fait référence Rachid O.sont, peut-être d\u2019abord, les analphabètes des sentiments : tous ces Marocains qui arrivent si mal à communiquer en- tre eux, à se comprendre.Et tous les autres, qu\u2019ils viennent de n\u2019importe quel pays.L\u2019auteur lui-même s\u2019inclut dans le lot.«J\u2019ai été analphabète pendant dix ans.Je n\u2019ai rien su écrire, je manquais ce livre.» Dix ans : le temps qu\u2019il a mis à achever ce livre, aussi sur l\u2019écriture, sur la difficulté d\u2019écrire quand on cherche justement à aller au cœur des sentiments.Pas d\u2019échappatoire possible pour Rachid O.«Bien sûr que je veux écrire sur divers sujets mais ma conviction me dit que je n\u2019en ai qu\u2019un, donc sur moi sinon pas la peine, sur l\u2019homosexualité sinon pas la peine, sur les sentiments sinon rien.» En recevant le prix Mamounia, assorti d\u2019un chèque d\u2019une valeur de plus de 25000$, il a précisé devant plusieurs journalistes venant d\u2019un peu par- tout et la dizaine de membres du jury international d\u2019écrivains, dont Alain Mabankou, Douglas Kennedy et Marie La-berge: «Je ne me vois pas comme un écrivain, je me vois comme un personnage de roman.Je l\u2019ai toujours été.Depuis très jeune, les histoires qu\u2019on me racontait me plaisaient parce que je me voyais dedans.Et encore aujourd\u2019hui, je ne veux pas observer, j\u2019ai envie d\u2019être dedans.» Collaboratrice Le Devoir ANALPHABÈTES Rachid O.Gallimard Paris, 2013,128 pages Danielle Laurin était invitée à Marrakech par les organisateurs du prix Mamounia.Retour de voyage NAIM KATTAN Romancier et essayiste, Olivier Germain-Thomas est surtout un grand voyageur.Il a écrit des romans qui se passent au Brésil et à Venise, mais ses lieux de prédilection se trouvent dans une Asie dont il est devenu spécialiste.Il a passé quarante ans à découvrir, à étu- dier et à tenter d\u2019expliquer le bouddhisme, le chamanisme, l\u2019hindouisme, effectuant de nombreux séjours en Inde, au Japon, en Chine.Dans la vingtaine de livres dont il est l\u2019auteur, il raconte ses parcours, ses rencontres, et les dialogues s\u2019ajoutent aux anecdotes pour aboutir à une réflexion sur les religions et le sacré.Dans Manger le vent à Borobudur, il rend compte d\u2019un pays qu\u2019il visite pour la première fois : l\u2019Indonésie.La population y est, dans son immense majorité, musulmane.Or, ce qui DE QUOI LE TERRITOIRE DU QUÉBEC A-T-IL BESOIN?TABLE RONDE AVEC MARIE-FRANCE BAZZO, GÉRARD BEAUDET ET RENÉ-DANIEL DUBOIS.Animation : Alexis De Lancer LE DIMANCHE 27 OCTOBRE A 14 H - Librairie Monet- Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Réservations : 514 337-4083 ou evenements@librairiemonet.com attire et intéresse essentiellement Germain-Thomas est le plus grand sanctuaire bouddhique, à Borobudur.Il nous en fait ressentir la singulière beauté et la constante présence.Car, avant d\u2019être islamisée, l\u2019Indonésie se consacrait au bouddhisme : pour l\u2019auteur, il s\u2019agit d\u2019une partie essentielle de l\u2019histoire de ce pays, qui le passionne.Dans ce récit de voyage, il croise un moine bouddhiste, un musulman traditionaliste, un savant.Il passe en revue toutes les formes du sacré et aboutit à un retour aux racines profondes de sa propre origine : l\u2019Occident, le christianisme et la France.Le retour de ce long voyage est une affirmation de sa propre culture, enrichie par la rencontre des autres.Collaborateur Le Devoir lyiANGER LE VENT A BOROBUDUR Olivier Germain-Thomas Gallimard Paris, 2013, 167 pages Jean Forest Le grand SLOSSAIR M Librairie , ÛVleA ik^taulines LIBRAIRIE Conférence librairie Paulines Lundi 28 octobre 19 h 30 Avec Jean Forest Contribution suggeree 5 $ Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 F 7 ESSAIS L\u2019évolution du livre illustré au Québec : du calque à l\u2019œuvre d\u2019art PAUL BENNETT Bien que la plupart des quelque 250livres illustrés publiés en français au Québec entre 1840 et 1940 aient sombré corps et biens dans l\u2019oubli, certains ont tout de même contribué à la renommée d\u2019artistes tels Albert Ferland, Georges Delfosse, Edmond-J.Massicotte, Ozias Leduc, Henri Julien, Charles Huot, Edwin Holgate, Rodolphe Duguay, Jean Paul Lemieux, Adrien Hébert ou Henri Beaulac.On pense au Metropolitan Museum de Robert Choquette illustré par Holgate ou à La chasse-galerie d\u2019Honoré Beaugrand illustrée par Julien.Dans un essai intitulé L\u2019iconographie d\u2019une littérature, rhistorienne de l\u2019art Stéphanie D anaux suit l\u2019évolution du livre illustré au Québec depuis la fin du XIK® siècle, dominée par les illustrateurs de journaux, jusqu\u2019aux années 1920-1940, alors que le travail d\u2019illustration est le plus souvent confié à des artistes en quête d\u2019une certaine modernité plastique.Même si le premier livre illustré date de 1840, Stéphanie D anaux explique que ce n\u2019est que vers 1880 qu\u2019il prend véritablement son essor.Jusque vers 1920, les illustrateurs sont surtout des artisans formés dans les milieux de l\u2019imprimerie, tels Massicotte ou Julien, habitués à travailler rapidement à la plume pour les journaux.L\u2019illustration, avec ses décors à peine esquissés et un net souci de réalisme, reste totalement subordonnée au texte.Luxe d\u2019images Seuls quelques peintres-illustrateurs, comme Delfosse ou Leduc, réussissent à pénétrer ce marché.Préférant le fusain ou le pastel à la plume, ils conçoivent leurs illustrations comme de véritables tableaux dans la page, mais sont souvent desservis par des procédés de reproduction photomécanique inadéquats.Les premiers éditeurs professionnels apparus après 1920, tels Louis Carrier et Albert Lévesque, se tournent pour leur part vers les artistes qu\u2019ils fréquentent et qui souvent possèdent une formation en gravure sur bois ou sur linoléum.C\u2019est ainsi que ces techniques traditionnelles, associées au livre de luxe, font leur entrée dans le livre illustré.Ces artistes-illustrateurs se démarquent par leur souci de fexpérimentation graphique et leur volonté d\u2019affirmer leur autonomie par rapport au texte.Pour les Holgate, Hébert, Duguay ou Beaulac, l\u2019image doit apporter au texte «un surcroît d\u2019expression», selon le mot de l\u2019illustrateur français André Derain.Les illustrateurs québécois passent ainsi en une trentaine d\u2019années «d\u2019un rendu servile du texte» à une véritable créativité plastique, l\u2019illustration accédant au statut d\u2019œuvre d\u2019art.L\u2019ouvrage fouillé et lumineux de M\u201c® Danaux, qui repose sur une documentation solide et souvent inédite, a le mérite de raviver la mémoire d\u2019une production littéraire et artistique jusqu\u2019ici négligée, manifestement à tort.Collaborateur Le Devoir L\u2019ICONOGRAPHIE P\u2019UNE LITTERATURE Evolution et singularités DU LIVRE ILLUSTRÉ ERANCOPHONE AU QUÉBEC 1840-1940 Stéphanie Danaux Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2013, 402 pages ROMAN CANADIEN^ \\.Mnd.rée ^Jarret Woman Canadien Inédit ^ EPÜUAR» GfARANP La ROMAN CANADIEN ENEIIIT PRESSES DE L\u2019UNIVERSITE LAVAL Des illustrations d\u2019Edwin H.Holgate et d\u2019Albert Fournier tirées de L\u2019iconographie d\u2019une littérature.Francophonie et héroïsme littéraire Panorama critique des littératures françaises hors de l\u2019Hexagone MICHEL LAPIERRE Séduite par la vision des littératures francophones formant, selon le Martiniquais Edouard Glissant, «un Tout-monde en gestation» tourné vers la créolisation culturelle.Lise Gauvin a réuni environ 140 de ses critiques parues dans Le Devoir depuis 1990.Elle dépasse l\u2019idée d\u2019un panorama postcolonial.Elle atteint, en traitant d\u2019Agota Kristof, celle d\u2019une langue imposée par le hasard et défendue par le génie.Lise Gauvin explore, avec une ferveur contagieuse, les littératures francophones pratiquées Ijors de la France et du Québec.A la lumière de Glissant et d\u2019autres écrivains martiniquais, comme Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant, elle examine un univers le plus souvent d\u2019origine non européenne, contrasté, bouleversant.Elle l\u2019appelle, de façon si saisissante, le «chaos-opéra» en songeant à Glissant, pour qui «la beauté du monde naît des différences».Chamoiseau et lui rêvent de désoccidentaliser la Terre pour en faire ressortir la diversité qu\u2019accompagne le métissage biologique et surtout culturel.Les deux voient dans l\u2019élection en 2008 de Barack ,Obama à la présidence des Etats-Unis l\u2019effet «à peu Hexagonaux du français.» La conquête littéraire du français, la critique l\u2019observe non seulement dans les Antilles, mais au Maghreb, au liban, en Afrique subsaharienne, dans des îles de l\u2019océan Indien.Mais ce qui nous remue le plus dans le livre, c\u2019est la place que Lise « L\u2019intérêt principal de notre littérature, à long terme du moins, sera de déposséder les Hexagonaux du français » près miraculeux, mais si vivant, d\u2019un processus de créolisation des sociétés modernes».Langue mère, langue ennemie Ce ferment, plus lié à la puissance de l\u2019imagerie médiatique qu\u2019à l\u2019efficacité politique, évoque un passage de Confiant que lise Gauvin met, à bon escient, en exergue à l\u2019une de ses recensions: «L\u2019intérêt principal de notre littérature, à long terme du moins, sera de déposséder les tsiai lise Gauvin D'un monde l'autre Gauvin réserve à une Hongroise qui, réfugiée en Suisse en 1956, adopte le français par obligation et en fait avec inspiration sa langue littéraire : Ago ta Kristof La romancière ne peut l\u2019écrire qu\u2019à l\u2019aide des dictionnaires.Elle explique : « C\u2019est pour cette raison que j\u2019appelle la langue française une langue ennemie.Il y a encore une autre raison, et c\u2019est la plus grave, cette langue est en train de tuer ma langue maternelle.» Et si, en visant la conquête de la beauté poignante, la littérature de langue française se >>\u2022 devait d\u2019être un sacrifice pour éviter l\u2019imposture ?Collaborateur Le Devoir D\u2019UN MONDE L\u2019AUTRE Tracées des littératures ERANCOPHONES Lise Gauvin Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2013, 456 pages La Vitrine Claude Villeneuve EST-IL TROP les changements climatiques ESSAI EST-IL TROP TARD?Le point sur les changements CLIMATIQUES Claude Villeneuve Multimondes Québec, 2013, 338 pages Expert en changements climatiques, le biologiste québécois Claude Villeneuve est inquiet.Les faits, écrit-il, sont indéniables : les émissions de gaz à effet de serre augmentent à une vitesse folle, la planète se réchauffe, d\u2019importants changements climatiques s\u2019annoncent et la responsabilité humaine, dans ce dossier, est en cause.Dans cet essai savant mais toujours limpide, Villeneuve, en vulgarisateur hors pair, expose les tenants et aboutissants du phénomène : fondements scientifiques, critique des cli-mato-sceptiques, effets du réchauffement, modes d\u2019adaptation, nécessité d\u2019une transition énergétique, enjeux sociaux, économiques et politiques.Sans être alarmiste, le biologiste insiste sur l\u2019urgence d\u2019agir afin, selon la formule de l\u2019Institut de climatologie de Postdam, d\u2019éviter l\u2019ingérable et de gérer l\u2019inévitable.Cet ouvrage de grande qualité nous invite donc à adopter un «optimisme pragmatique », avant qu\u2019il ne soit trop tard.Et ça presse.Louis Cornellier Conseil des arts Canada Council du Canada\tfor the Arts MICHEL MARC BOUCHARD Christine, la reine-garçon « La langue de Bouchard reste somptueuse, ciselée, comme peu de dramaturges osent encore la travailler.» Lucie Renaud, Jeu Finalistes aux Prix littéraires du Gouverneur général 2013 LEMEAC 514 524-5558 lemeac@lemeac.com FANNY BRITT Bienveillance « Dans ces monologues empreints de lucidité [.], la plume de Fanny Britt prend toute sa mesure, habile, précise, égaillant des touches d\u2019humour, jouant avec les sonorités et les répétitions, championne de la formule qui fait mouche.» Aurélie Olivier, Jeu LEMEAC EDITEUR OFFRE TOUTES SES FELICITATIONS AUX AUTEURS OLIVIER CHOINIERE Nom de domaine « Encore une fois, Choiniére utilise la scène pour mieux comprendre le réel, interroger notre société, notre psyché moderne, et nous surprendre en chemin.» Eisa Pépin, Voir VERONIOUE COTE Tout ce qui tombe « L\u2019actrice devenue pleinement dramaturge a livré un texte d\u2019une profonde humanité, sensible sans être mièvre, sur l\u2019amour et ses échecs [.].» Éric Moreault, Le Soleil STEPHANIE PELLETIER Quand les guêpes se taisent « Personnages croqués en quelques traits, émotion à fleur de mots, écriture très rythmée, voilà quatorze nouvelles étonnantes de maîtrise, où éros et thanatos dansent joue contre joue et font de la vie une grande fête des sens.» Tristan Malavoy-Racine, Voir ^ MARC SEGUIN Hollywood «Un roman où le désenchantement est poétique, et la lucidité, notre seule planche de salut.» Anne-Marie Genest, Le libraire F 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 OCTOBRE 2013 ESSAIS Lettre à Pierre Falardeau Louis CORNELLIER Cher Pierre.J\u2019ai beau être, comme tu aimais me désigner, un chrétien progressiste, je ne suis pas sûr que, de là où tu es, tu pourras lire cette lettre.L\u2019espérance chrétienne donne de l\u2019élan et aide à vivre, mais elle ne fournit aucune certitude bétonnée quant à l\u2019après-mort.M\u2019entendras-tu, Pierre?M\u2019entends-tu?Je ne le sais pas, mais je veux y croire.C\u2019est que, vois-tu, comme bien d\u2019autres, comme ton fils Jules qui te signe ici une belle préface, je m\u2019ennuie de toi.Tes colères contre les fédéralistes et les colonisés consentants me manquent.J\u2019imagine la traite que tu te serais payée sur le dos de Justin Trudeau et de Thomas Mulcair si tu étais encore de ce monde.Dans le débat sur la Charte des valeurs québécoises, j\u2019ai tendance à croire, sans en avoir l\u2019assurance, que tu aurais trouvé Parizeau bien mou.Malheureusement, tu n\u2019es plus là, ta fureur n\u2019est qu\u2019un souvenir, et j\u2019en suis réduit à imaginer tes vociférations.Par chance, la publication de Résistance, un recueil de tes dernières chroniques publiées dans l\u2019hebdomadaire Ici en 2008 et en 2009, me permet de réentendre ta voix enflammée d\u2019intellectuel populaire et de renouer avec ta révolte de «vieux cinéaste fatigant», comme tu te définissais toi-même.Je retrouve, dans ce livre, tes charges contre les fédéralistes dominateurs (un Tout, chez toi, l\u2019humour, le sport, la culture, était politique pléonasme, d\u2019après toi), contre les affairistes, contre les journalistes d\u2019opinion qui nourrissent le ronron ambiant, contre la bêtise commerciale qui envahit tout, même les arts.Je retrouve aussi ton amour du Québec, physique et immatériel, ta fraternité avec les créateurs engagés pour la justice et toutes les indépendances, ta passion du sport, de la boxe surtout, et ton humour ravageur.Humour et politique Tu étais, en effet, très drôle, cher Pierre.Ton attachement à la culture populaire québécoise s\u2019exprimait notamment par ce trait de ton caractère.Quand tu écris de la coupe de cheveux de Jean Charest qu\u2019elle relève d\u2019un «curieux mélange d\u2019Elvis Gratton et de mé-mère Bouchard» ou quand tu t\u2019acharnes sur le «gros Coderre» (le croirais-tu, les Montréalais s\u2019apprêtent à l\u2019élire maire !), tu donnes dans un humour corporel rabelaisien qui choque les bonnes âmes, mais qui réjouit ceux qui comprennent la nature métonymique de tes vacheries.Ce qui est gros, chez Coderre, nous distu, c\u2019est sa suffisance et son opportunisme.Quant aux cheveux grattonnesques de Charest, ils ne sont que le symbole de sa pensée.Tout, chez toi, l\u2019humour, le sport, la culture, était politique.En cela, bien sûr, tu avais raison, mais tu t\u2019exposais à l\u2019incompréhension, dans une époque et une société comme les nôtres où la dépolitisation est devenue une nouvelle éthique.L\u2019humour qui cartonne, aujourd\u2019hui, est celui de l\u2019école Rozon, conformiste.a isp MARTIN LECLERC Résistance, un recueil des dernières chroniques de Pierre Falardeau publiées dans l\u2019hebdomadaire Ici en 2008 et en 2009, permet de réentendre la voix enflammée de l\u2019intellectuel populaire.apolitique, insignifiant et, si ça paie, bilingue.Toi, tu fais rire avec Gratton, un chef-d\u2019œuvre (je parle du premier) de causticité politique.Le sport, dit la rumeur, c\u2019est pour se changer les idées.Toi, tu attaques Team Canada Junior, qui méprise annuellement les hockeyeurs québécois, tu te réjouis que Jean Pascal souhaite entendre l\u2019hymne national du Québec en montant sur le podium et tu dis aimer la boxe comme tu aimes la poésie, c\u2019est-à-dire pour te donner du courage.La culture, enfin, quand elle n\u2019est pas un strict produit commercial, est souvent considérée comme un bijou de luxe réconfortant.Toi, tu crées «pour protester, pour enregis- trer Ita] dissidence, pour ne pas mourir étouffé par la rage et l\u2019impuissance, pour montrer à tous les salauds qu\u2019on est pas des caves et qu\u2019on les a à l\u2019œil».Tu crées en sachant que la culture, c\u2019est «mille petites choses qui structurent ta vie», dont des œuvres qui incarnent la culture québécoise, celle, distu, que ton père t\u2019a montrée, c\u2019est-à-dire «la justice, la solidarité, l\u2019amour de ton peuple».J\u2019aurais bien aimé, d\u2019ailleurs, t\u2019entendre commenter les récents succès américains des Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée.Oh boy, ça aurait fessé fort! Dans une société vaguement dépressive qui cherche à oublier sa perte de repères en oscillant entre la gestion à la petite semaine et le divertissement, ta parole, Pierre, détonne, parce que, sous des allures bourrues, elle nous ramène à l\u2019essentiel, à ce qui fait la dignité de l\u2019humain, dans un style incandescent et rentre-dedans souverain.Pivot avait raison : tu étais un pamphlétaire de qualité supérieure, un véritable écrivain.Nos désaccords Nous avions, tu le sais, des désaccords.Dans une chronique parue en 2004, je te reprochais ton attitude parfois belliciste.«Les cris de guerre, écrivais-je, risquent bien plus de faire reculer la cause que de la faire avancer.» Dans une lettre ouverte parue dans Le Devoir, tu me reprochais mon an- gélisme, que tu attribuais à ma «sensibilité de chrétien progressiste», et tu réitérais ta «haine profonde» du colonialisme et des colonialistes, de l\u2019exploitation et des exploiteurs.Dans Résistance, tu redis cette haine.D\u2019une certaine façon, je la comprends, mais je continue de croire que, dans la lutte pour l\u2019indépendance et la justice sociale au Québec, elle est contre-productive et que le débat argumenté et le vote affirmatif restent nos seules armes légitimes.Au printemps 2009, lors de notre ultime rencontre, au Lion d\u2019Or, à Montréal, tu m\u2019invitais encore à réserver une tribune collégiale pour que nous puissions en débattre en public.Quelques mois plus tard, j\u2019étais à tes funérailles.Depuis, je pense souvent à toi.Des fois, c\u2019est en faisant du jogging, parce que je sais que tu aimais le sport sans autre raison que pour le plaisir qu\u2019il procure lorsqu\u2019il est pratiqué gratuitement.Des fois, c\u2019est en m\u2019allumant une cigarette.Souvent, c\u2019est en entendant des colonisés contents qui nous font des leçons d\u2019à-plat-ventrisme ouvert.«Le seul moyen de s\u2019ouvrir au monde, écrivais-tu, c\u2019est d\u2019avoir un siège bien à nous aux Nations Unies.Tous les sièges, partout, tout le temps t.].» Je ne sais pas si tu pourras me lire, Pierre, mais je veux quand même te dire que nous sommes nombreux à nous sentir un peu plus seuls depuis que tu es parti.louisco@sympatico.ca RÉSISTANCE Chroniques 2008-2009 Pierre Falardeau Préface de Jules Falardeau VLB Montréal, 2013,176 pages L\u2019Amérique infinie de Ralph Waldo Emerson Cette année marque le 176e anniversaire de la reconnaissance d\u2019une originalité culturelle.Car c\u2019est en 1837 que Ralph Waldo Emerson déclara, dans Le scholar américain: «Nous avons trop longtemps prêté l\u2019oreille aux gracieuses muses de l\u2019Europe.» Dès 1885, on considéra l\u2019ensemble du texte comme la «déclaration intellectuelle d\u2019indépendance» des États-Unis.L\u2019essayiste Pierre Mouette pense qu\u2019aujourd\u2019hui il devrait aussi inspirer le Québec.MICHEL LAPIERRE Pierre Mouette, né à Montréal en 1956, traducteur et commentateur de cette allocution que prononça, à Harvard, Ralph Waldo Emerson (1803-1882), philosophe et poète, initiateur, au Massachusetts, du transcendantalisme, rappelle à quel point cette déclaration fut prémonitoire.Le conférencier américain annonça l\u2019éclosion, dans son pays, d\u2019une littérature qui subira de moins en moins l\u2019influence européenne pour trouver sa propre voie.Entre 1850 et 1855, les œu- vres de Hawthorne, de Melville, de Thoreau et, tout particulièrement, de Whitman illustreront le rêve d\u2019authenticité américaine d\u2019Emerson.Ce dernier ne présente pas l\u2019affirmation des écrivains du Nouveau Monde comme une rivalité avec l\u2019Ancien Continent, mais comme le processus naturel de l\u2019évolution artistique n\u2019importe où.H explique avec finesse: «La surinfluence du génie est toujours ennemie du génie.La Ralph Waldo Emci.soii Le scholiir anicricain La Vitrine ESSAI DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE André Comte-Sponville PUF Paris, 2013,1108 pages Admirable à tous égards, le Dictionnaire philosophique d\u2019André Comte-Sponville, inspiré par ceux de Voltaire et d\u2019Alain, est l\u2019un de mes rares vrais livres de chevet depuis son édition originale en 2001.Dictionnaire subjectif dans lequel le philosophe entend exposer sa pensée, cette œuvre, rédigée dans un style gracieux et chatoyant, contient les plus lumineuses définitions de concepts philosophiques qu\u2019il m\u2019ait été donné de lire.Apôtre de la clarté en philosophie \u2014 une denrée trop rare \u2014, l\u2019athée matérialiste qu\u2019est Comte-Sponville propose, pour chaque mot, «une véritable définition», juste et éclairante, avant d\u2019exposer franchement son orientation philosophique.Cette nouvelle édition revue et augmentée, qui contient 1654 définitions dont 394 sont nouvelles, est, croyez-moi, un chef-d\u2019œuvre.Louis Corncllicr littérature de chaque nation m\u2019en est témoin.Les poètes dramatiques anglais sha-kespearisent maintenant depuis deux cents ans.» Pour éviter autant la sclérose de l\u2019art que celle de l\u2019esprit, le « scholar », c\u2019est-à-dire l\u2019individu pensant, «devrait, selon Emerson, être avide d\u2019activités concrètes» et savoir que «la vie est notre dictionnaire».Par une conscience aiguë du corps, whitmanienne avant la lettre, le philosophe soutient que les battements de l\u2019évolu- tion rapide de la pensée moderne «se font sentir jusqu\u2019au bout des pieds et des mains».11 résume le changement qui se manifeste en Amérique dès 1837 : «La littérature du pauvre, les sentiments de l\u2019enfant, la philosophie de la rue, le sens de la vie domestique sont les sujets du jour.» Comme le souligne si bien Monette, ces transformations de la société, même si elles étaient plus perceptibles aux États-Unis, restaient communes à tout l\u2019Occident.L\u2019essayiste québécois constate que l\u2019Amérique scrutée, célébrée, fantasmée par Emerson et tant d\u2019autres écrivains plus ou moins issus du transcendantalisme qui fleurissait en Nouvelle-Angleterre, correspond à un continent imaginaire, sans frontières.Continuateur de cette tradition littéraire, Jack Kerouac y olivieri Librairie Cf Bistro Au cœur de la littérature Mardi 29 octobre à 19 heures Rencontre d'écrivain organisée par le CRILCQ, avec le soutien du Conseil des arts du Canada.^CRILCQ CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE SUR LA LITTÉRATURE ET LA CULTURE QUÉBÉCOISES Entrée libre / R.S.V.P.RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Rencontre du CRILCQ Grandir dans les ruines du siècle Causerie avec Olivier Kemeid Metteur en scène, comédien et directeur de théâtre, Olivier Kemeid est aussi l\u2019auteur de Moi, dans les ruines rouges du siècle (Leméac Éditeur, 2013) et de L\u2019Énéide (Lansman Éditeur, 2008), ainsi que de plusieurs pièces de théâtre originales dont Survivre, (2013) et Furieux et désespérés (2013).Animée par Jean-Marc Larrue a, grâce à ses racines québécoises, accentué notre participation.Toujours féconde, celle-ci est moins problématique que ne le croit Monette, qui nous voit trop comme une minorité en Amérique et ne sent pas assez en nous l\u2019un des ferments d\u2019un continent illimité qui dépasse, sans la nier, la diversité des langues et des nations.Collaborateur Le Devoir LE SCHOLAR AMÉRICAIN Ralph Waldo Emerson Traduction annotée et commentée par Pierre Monette Triptyque Montréal, 2013, 212 pages INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Ralph Waldo Emerson fftrp Les vertus du lait de poule «Au cœur des amours en destruction, des pays en guerre, à Beyrouth, Anvers, La Havane ou chez les Bédouins, les gorilles, les chiens, les poules et les vaches se côtoient dans une série de récits authentiques et accrocheurs qui vous feront remettre en question les bénéfices du lait de poule.et de bien d\u2019autres choses.» Élise Jetté, 24h 514 524-5558 lemeac® lemeac.com Société de dévetoppement des entreprises cultureties I\tEa E9 Quebec rara "]
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