Le devoir, 16 novembre 2013, Cahier B
[" \u2019Vi: Philosophie : Martha Nussbaum aurait-elle signé le manifeste des Janette?^ Michel David se penche sur la révolte de Fatima Houda-Pepin Page b 3 Manon Cornellier s\u2019interroge sur le ministère fédéral de la Santé Page b 3 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2013 Typhons, ouragans et cyclones à donner le tournis ¦s-mT i ¦' : I > ¦ WH* mm.làfMÆW « On s\u2019entend pour prévoir que le réchauffement climatique amplifiera les événements météo les plus intenses » PAULINE GRAVEL Aucun spécialiste du climat ne s\u2019avance à imputer l\u2019extrême violence du su-per-typhon Haiyan qui a dévasté une partie des Philippines au réchauffement climatique.Mais plusieurs prédisent que ce dernier amplifiera la puissance de ces événements météorologiques destructeurs.Voyons d\u2019abord comment se forment les typhons, ouragans et cyclones tropicaux, qui sont trois appellations différentes pour désigner le même phénomène tourbillonnaire.Le cyclone tropical est en effet appelé ouragan quand il se forme dans l\u2019Atlantique Nord et dans l\u2019est du Pacifique, et typhon en Asie dans la portion septentrionale du Pacifique.Genèse d\u2019un typhon La condition essentielle à la genèse d\u2019un typhon est la présence d\u2019un grand bassin d\u2019eau chaude.Une eau dont la température de surface peut varier entre 27 et 31 degrés.L\u2019évaporation de cette eau chaude induit la formation de nuages.Si le temps le permet, les nuages s\u2019organiseront peu à peu, créant ainsi une perturbation dans la stabilité de l\u2019air, explique Charles Guard, météorologue-coordonnateur des alertes au Bureau de prévisions météorologiques de la National Oceanic and Atmos-pheric Administration (NOAA) à Guam, une île de Micronésie rattachée aux Etats-Unis.L\u2019énergie ainsi ex- traite de la surface de l\u2019océan contribue à réchauffer l\u2019atmosphère.Les molécules d\u2019air deviennent ainsi plus actives et se dispersent, ce qui entraîne une chute de la pression atmosphérique qui ensuite provoque un appel d\u2019air depuis les sites de haute pression.«Plus la pression s\u2019abaisse, plus les vents accélèrent autour de la tempête», indique M.Guard.Et «quand les vents soufflent plus fort au-dessus de l\u2019océan, ils en extraient une plus grande quantité d\u2019énergie en augmentant l\u2019évaporation.Il se forme ainsi une boucle de feedback positif où l\u2019énergie extraite de l\u2019eau est transférée aux vents dont l\u2019intensité continue de s\u2019accroître», ajoute Timothy Mer-lis, professeur au Département des sciences de l\u2019atmosphère et des océans de l\u2019Université McGill.Arrive toute-fois un moment où l\u2019évaporation est si abondante que l\u2019océan finit par se refroidir, ce qui aura pour effet de ralentir le processus, conclut M.Guard.Le mouvement tourbillonnaire des nuages et du vent, est engendré par la force de Coriolis, qui est induite par la rotation de la Terre \u2014 et qui fait tourner l\u2019eau qui s\u2019évacue de notre baignoire dans un sens différent dans l\u2019hémisphère Nord de celui observé dans l\u2019hémisphère Sud.«La force de Coriolis est fondamentale dans la formation des typhons, et c\u2019est la raison pour laquelle ceux-ci ne se forment pas dans les régions situées exactement sur l\u2019équateur [où cette force n\u2019a plus d\u2019effet] », explique Tim Merlis.PHOTOS AGENCE ERANCE-PRESSE Ce qui est probablement le plus meurtrier dans un cyclone tropical est la gigantesque boule qui le précède.Les cyclones tropicaux comportent trois stades de développement \u2014 la dépression tropicale, la tempête tropicale et le cyclone, typhon ou ouragan \u2014, qui se distinguent par la vitesse de leurs vents.Haiyan, qui a frappé les Philippines, est considéré comme un « super-typhon » car on estime que ses vents atteignaient non pas 118km/h comme pour les typhons habituels, mais 315 km/h, avec des rafales de 380 km/h.Ce qui est probablement le plus meurtrier dans un cyclone tropical est la gigantesque houle qui le précède et qui peut déferler quelques heures avant l\u2019arrivée de la tempête, fait par ailleurs remarquer Charles Guard.«Les eaux tropicales de l\u2019ouest du Pacifique sont les plus actives du globe dans la formation de cyclones tropicaux, et ce, parce qu\u2019elles sont les plus chaudes.Et les Philippines sont justement situées très près de cette région océanique la plus chaude», souligne Tim Merlis.De plus, les typhons et les ouragans se déplacent habituellement vers les pôles \u2014 sous l\u2019influence de la force de Coriolis \u2014, soit vers le nord-ouest dans l\u2019hémisphère Nord, ce qui fait que les pays qui sont situés à l\u2019ouest de la région du Pacifique la plus chaude, comme les Philippines, sont plus vulnérables que ceux situés à l\u2019est, comme Tahiti.Plus fréquents ?«Le nombre de typhons varie beaucoup d\u2019une année à l\u2019autre», explique d\u2019abord Timothy Merlis.«Nous n\u2019observons pas de tendance particulière dans la fréquence de ce genre de tempêtes jusqu\u2019à maintenant », ajoute le cher- cheur, tout en précisant qu\u2019on dispose de données fiables et comparables sur le nombre et l\u2019intensité des tempêtes tropicales depuis trop peu de temps pour pouvoir déterminer une tendance.«Les températures dans les Tropiques varient d\u2019une année à l\u2019autre.Cette année, on a eu très peu de tempêtes tropicales dans l\u2019Atlantique, mais il semblerait que le Pacifique a malheureusement gagné le gros lot.Car la quantité de chaleur étant conservée, c\u2019est l\u2019autre océan qui prend la relève», ajoute René Laprise, professeur au Département des sciences de la Terre et de l\u2019atmosphère de l\u2019UQAM.Selon Charles Guard, la fréquence des tempêtes tropicales semble varier en fonction de cycles de durée plus ou moins longue : comme El Niho et La Nina, qui ont des cycles de deux ans, et comme l\u2019oscil- lation décennale du Pacifique et l\u2019oscillation atiantique multi-décennale qui s\u2019étendent sur plusieurs décennies.Le réchauffement Tous les experts affirment qu\u2019il est très difficile, voire impossible d\u2019attribuer un événement météorologique particulier, comme le super-typhon Haiyan, aux changements climatiques.De tels événements météo font partie des «variations naturelles du climat», qui ont toujours existé, souligne Tim Merlis.«Intenses ou peu intenses, il y a toujours eu des tempêtes tropicales et il continuera d\u2019en avoir», ajoute René Laprise.«Evidemment, c\u2019est certain qu\u2019avec le réchauffement climatique, il y a plus d\u2019eau dans l\u2019atmosphère ; alors, cela aura tendance à générer des tempêtes plus fortes.VOIR PAGE B 3 : TYPHON Participer aux choix publics Un colloque sur la délibération publique organisé par le Collectif pour le renouvellement de la social-démocratie ^vec la participation de Bernard Drainville, ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation, Michel Destot, maire de Grenoble, Lucie Martineau, présidente du SFPQ, Franklin Ramirez, sociologue.Équateur, Laurence Bherer, sciences politiques.Université de Montréal, Loïc Blondiaux, sciences politiques.Université de Paris, Élise Arianne Cabirol, Table de concertation des forums jeunesse, Gabriel Nadeau-Dubois, ex-co-porte-parole de la CLASSE et de plusieurs autres conférenciers.29 novembre 2013 à 19 heures et 30 novembre 2013 à 9 heures/Pavillon J.-A.-DeSève, Salle DS-R 510, UQÀM-Montréal Inscription www.irec.net B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 NOVEMBRE 20IS PERSPECTIVES Au service de qui ?Manon \\\t.I CORNELLIER A' à Ottawa 111 y a une semaine,,1a Food and Drug Administration des Etats-Unis annonçait qu\u2019elle envisageait d\u2019interdire l\u2019usage des gras trans dans les aliments préparés.Selon elle, ces gras sont dangereux pour la santé et leur retrait pourrait prévenir 27 000 morts prématurées dues à des problèmes cardiaques.Au Canada, on peut seulement rêver d\u2019une action similaire.Le ministère fédéral de la Santé a réagi à l\u2019initiative américaine en disant qu\u2019elle suivrait l\u2019affaire de près.On a pourtant cru, un court instant, que le Canada bougerait dans ce dossier puisque Santé Canada avait prévu de limiter, dès 2012, la quantité de gras trans permise dans les aliments.Le projet a été discrètement tué dans l\u2019œuf en 2009 par la ministre de la Santé de l\u2019époque, Leona Âglukkaq.Elle ne voulait pas imposer un «fardeau réglementaire» à l\u2019industrie, a-t-elle expliqué aux Communes quand l\u2019affaire a été ébruitée.Résultat, rien au Canada n\u2019encadre l\u2019usage de ces gras.Les entreprises sont seulement invitées à respecter des cibles volontaires établies il y a sept ans par un groupe de travail fédéral.Un système de surveillance avait alors été mis sur pied.Les dernières données colligées, qui datent de 2009, montraient que près de 75% des grandes chaînes et des restaurants avaient réduit ou éliminé les gras trans.Mais ce système de surveillance aussi a été démantelé, ce qui fait qu\u2019on n\u2019a plus de bilan à jour de la situation.Selon des documents obtenus par Postmedia News en vertu de la Loi d\u2019accès à l\u2019information, les fonctionnaires ont persisté et demandé l\u2019avis du comité d\u2019experts externe du ministère, établi en 2010.Ce dernier a recommandé de reprendre la surveillance et de faire comprendre à l\u2019industrie que des règlements seraient mis en place en cas d\u2019inaction.Ces recommandations ont été rejetées à leur tour par la ministre.La réglementation du gras trans n\u2019est qu\u2019un exemple des multiples décisions qui font passer les intérêts de l\u2019industrie avant ceux des Canadiens.Le cas de l\u2019excès de sel dans les aliments préparés et à emporter est tout aussi éloquent.En 2007, le gouvernement a mis sur pied un groupe de travail, composé entre autres d\u2019experts du milieu de la santé, pour faire le point sur la forte présence de sel dans l\u2019alimentation des Canadiens.Dans son rapport paru en juillet 2010, le groupe suggérait des cibles volontaires, mais recommandait un programme de surveillance quinquennal pour inciter l\u2019industrie à agir.En décembre de la même année, la ministre Aglukkaq a démantelé le groupe de travail.Puis en 2012, elle a retiré son appui à un plan fédéral-provincial de surveillance.Elle s\u2019en remet maintenant à son comité d\u2019experts externe, dont plusieurs membres ont des liens avec l\u2019industrie.Ce n\u2019est pa,s beaucoup mieux en matière d\u2019étiquetage.A la suite du plus important rappel de viande de l\u2019histoire canadienne, l\u2019an dernier, le gouvernement a promis d\u2019améliorer l\u2019étiquetage des pièces de bœuf soumises à des procédures d\u2019attendrissement mécanique.Ces techniques posent le risque de faire pénétrer des bactéries loin dans la chair.La seule façon de se protéger est de bien cuire le rôti ou la côtelette, mais encore faut-il le savoir, surtout si on aime sa viande saignante.Le hic est que cet étiquetage est volontaire.L\u2019équipe de l\u2019émission Marketplace de la CBC a fait le tour ,de dizaines d\u2019épiceries pour voir qui s\u2019y pliait.A peu près personne, apprenait-on cette semaine.Et il y a les médicaments.Le ministère fédéral de la Santé les autorise, mais n\u2019a pas le pouvoir de procéder au rappel d\u2019un médicament jugé dangereux pour la santé ni de forcer les entreprises à en faire un.Contrairement à ce qui peut être fait pour un jouet, une voiture ou de la nourriture.Cette lacune réglementaire persiste depuis les années 1960, mais personne ne semble presser de la combler.Santé Canada se retrouve donc réduit à négocier d\u2019éventuels rappels alors que le nombre d\u2019effets indésirables rapportés augmente, révélait le Toronto Star récemment.De 800% entre 1998 et 2011 ! Une compagnie pharmaceutique doit aviser Santé Canada si elle décide de procéder à un rappel.La plupart s\u2019exécutent rapidement, mais une entreprise peut prendre son temps.11 a fallu 15 jours, l\u2019an dernier, pour qu\u2019Apotex informe Ottawa du retrait d\u2019un contraceptif.Et il a fallu cinq jours de plus pour que le ministère alerte le public.Le gouvernement a commandé un rapport sur cet incident.Ses auteurs y enjoignent le ministère de se doter d\u2019un véritable pouvoir de rappel et de resserrer les procédures entourant ces derniers.La nouvelle ministre de la Santé, Rona Ambrose, s\u2019est montrée ouverte à améliorer les procédures de rappel et d\u2019information du public.Sans toutefois offrir d\u2019échéancier.Du secteur pharmaceutique à celui de l\u2019agroalimentaire en passant par le transport ferroviaire, le gouvernement s\u2019en est remis depuis plusieurs années à des mesures volontaires ou d\u2019autoréglementation pour encadrer des activités pouvant avoir de ^aves effets sur nos vies et entraîner des coûts importants pour nos systèmes de santé.L\u2019argument a toujours été que ça coûte moins cher.Pour qui?mcornellier@ledevoir.com f % n t FRED TANNEAU AGENCE ERANCE-PRESSE Les Bonnets rouges, formés d\u2019agriculteurs, d\u2019entrepreneurs et d\u2019ouvriers bretons, protestaient la semaine dernière contre la nouvelle écotaxe sur le transport routier.FRANCE Hollande, les Abeilles, les Poussins et les Bonnets rouges L\u2019Élysée est-elle dans un creux de vague ou dans une crise politique ?CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Connaissez-vous les « Bonnets rouges », les «Poussins» et les «Abeilles»?Chaque semaine, la France découvre de nouvelles appellations, toutes plus poétiques les unes que les autres, pour désigner la myriade de groupes et de collectifs en révolte contre la politique fiscale du gouvernement.Les Abeilles désignent les salariés des compagnies d\u2019assurances qui s\u2019opposent à une surtaxe de leur secteur.Les Poussins se sont portés à la défense du statut des autoentrepreneurs qui se jugeaient menacés par des hausses d\u2019impôts.Enfin, les Bonnets rouges regroupent des agriculteurs, des entrepreneurs et des ouvriers des transports bretons opposés à la nouvelle écotaxe sur les poids lourds qui doit servir à financer les infrastructures de transports ferroviaire et fluvial.Depuis deux semaines, ces rebelles, dont le nom s\u2019inspire de la révolte bretonne contre les hausses de taxes de Louis XIV en 1675, sont devenus le symbole de la grogne antifiscale qui gagne la France.En quelques jours, ils ont détruit 44 radars autoroutiers destinés à détecter des poids lourds.Une note qui se monte déjà à plusieurs millions d\u2019euros.Leur message retentit depuis des jours sur les chaînes d\u2019information continue : «Marre de payer des impôts pour engraisser les riches à Paris ! » Que les impôts ne servent pas à engraisser les riches et que la Bretagne ne soit pas la moins bien nantie en la matière n\u2019y change rien.Ras-le-bol fiscal Même si les Français ont la réputation de ne pas rechigner à payer des impôts, il semble bien que cette fois le ras-le-bol soit atteint.Une note confidentielle du ministère de l\u2019Intérieur dévoilée par Le Figaro avait d\u2019ailleurs sonné l\u2019alarme.«La fiscalité est devenue le principal moteur de contestation de l\u2019action gouvernementale», pouvait-on y lire.Et l\u2019auteur d\u2019ajouter que «partout sur le territoire, les préfets dressent le même constat d\u2019une société en proie à la crispation, à l\u2019exaspération et à la colère».La France n\u2019en est certes pas à son premier «automne chaud».Mais pour les préfets (responsables de fadministration d\u2019un département) , la combinaison des hausses d\u2019impôts, des mises à pied et des fermetures d\u2019entreprise seraient sur le point de devenir explosive.Or, pour une fois, ce mouvement ne serait canalisé ni par les syndicats ni par les organisations professionnelles, mais le fait A\u2019«accès de colère soudains, presque spontanés ».Ce qui le rend encore plus inquiétant.Bien au-delà de la Bretagne, une région bien connue pour ses poussées de colère, la contestation s\u2019étendrait à des régions habituellement plus calmes, comme l\u2019Aisne, la Charente, la Sarthe et la Bourgogne.Et le mouvement ne semble pas près de s\u2019arrêter.Les artisans protestent déjà contre l\u2019augmentation de la TVA prévue le l®Qanvier.L\u2019annulation de l\u2019écotaxe a donné des idées à plusieurs, comme les usagers des transports en commun, les restaurateurs et même les exploitants des centres équestres.Et si demain tous ces mécontents se rassemblaient?On n\u2019en est évidemment pas là, mais la question hante le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.Pour l\u2019instant, il n\u2019y a encore rien d\u2019extraordinaire dans ces protestations, diront les experts, qui savent que la révolte a presque toujours en France un petit arrière-goût insurrectionnel.Rien pour l\u2019instant qui ressemble aux grandes manifestations contre le contrat première embauche (CPE) en 2006 ni même aux centaines de milliers de personnes qui protestèrent contre la réforme des retraites en 2008.Si le million de personnes descendues dans les rues il y a un an contre le mariage homosexuel, un record historique depuis 25 ans, n\u2019a pas ébranlé le gouvernement, pourquoi 15000 Bretons en colère le feraient-ils ?Il faut dire que, contrairement aux mobilisations de l\u2019an dernier, la grogne gagne cette fois des secteurs traditionnellement proches de la gauche.La Bretagne est depuis toujours un bastion du vote socialiste.Autre phénomène déroutant pour la gauche au pouvoir, on y voit les ouvriers manifester bras dessus bras dessous avec leurs patrons.Même chose pour la contestation qui gagne depuis quelques semaines les écoles, oû parents et enseignants protestent contre la modification des horaires ( PATRICK KOVARIK AGENCE ERANCE-PRESSE François Hollande vendredi en conférence de presse à l\u2019Élysée.scolaires.Les nombreux cafouillages qui ont accompagné cette réforme pourtant bénigne s\u2019accompagnent d\u2019un effondrement des socialistes chez les enseignants, une clientèle qui leur est habituellement acquise.Un président illisible Le recul récent sur l\u2019écotaxe, cette taxe vertueuse adoptée unanimement deux ans plus tôt, a achevé de décrédibiliser un gouvernement qui attend désespérément un premier signe de reprise économique.«Il en résulte un grave,discrédit du politique, écrit le chroniqueur Eric Dupin sur Slatefr.Le manque de confiance dans la parole des gouvernants est désormais total.» François Hollande n\u2019est pourtant pas le moins réformateur des présidents français.Alors que Nicolas Sarkozy refusait même de prononcer le mot «rigueur », le président a eu le courage de mettre en pratique le rapport Gallois comprenant de nombreuses mesures destinées à renforcer la compétitivité française.Hésitant à trop réduire les budgets pour ne pas précipiter la France dans le même bain que l\u2019Italie, Hollande a fait porter l\u2019effort de redressement en 2013 pour un tiers sur la réduction des dépenses, mais pour deux tiers sur les prélèvements.D\u2019oû la révolte fiscale actuelle.Pouvait-il faire autrement?Rien n\u2019est moins sûr.Mais au moins pouvait-il indiquer clairement la direction, disent bon nombre d\u2019analystes.Alors que les réformes économiques engagées tardent à produire des résultats et qu\u2019il est au plus bas dans les sondages, François Hollande donne l\u2019image d\u2019un président qui ne sait toujours pas clairement, un an et demi après son élection, dans quelle direction il veut mener le pays.L\u2019« affaire Léonarda» a illustré jusqu\u2019à la caricature cette indécision.Alors que la gauche du PS et les Verts lui demandaient d\u2019accueillir avec sa famille cette écolière rom expulsée quelques jours plus tôt en parfaite conformité avec les lois françaises, le président a coupé la poire en deux.Il a décidé d\u2019accueillir la jeune fille.sans sa famille.Nombreux sont les observateurs à trouver que le président dirige la France exactement La révolte a presque toujours en France un petit arrière-goût insurrectionnel comme il a dirigé le Parti socialiste pendant des années : en négociant et en louvoyant entre les fractions et les tendances.Sur sa gauche en particulier, les Verts représentés par la ministre Cécile Duflot se gênent rarement pour critiquer ouvertement le ministre de l\u2019Intérieur, Manuel Valls, et dénoncer la moindre réduction budgétaire.«François Hollande est dur avec Ba-char al-Assad, intraitable avec l\u2019Iran, mais faible avec Duflot», ironise l\u2019ancien directeur du Jean-Marie Colombani.Un gouvernement resserré?A l\u2019approche des élections municipales (mars) et européennes (mai) qui s\u2019annoncent catastrophiques pour les socialistes, les rumeurs de remaniement vont donc croissant.Un sondage révèle que 39% des Français préféreraient plutôt une dissolution et de nouvelles élections législatives.Le député socialiste Malek Boutih a appelé publiquement à changer de premier ministre.On sait que François Hollande n\u2019a jamais envisagé la nomination d\u2019un nouveau premier ministre avant 2015.La crise actuelle pourrait le forcer à accélérer les choses même si «ça plairait à la presse huit jours et aux Français deux heures», selon le député socialiste Jean-Christophe Cambadélis.Parmi les options sur la table, il y a celle d\u2019un gouvernement resserré oû le premier ministre Jean-Marc Ajrault n\u2019aurait plus à se colletailler avec des ministres qui se croient dans l\u2019opposition et disent le contraire de ce qu\u2019il a déclaré la veille.Les perspectives pourraient se préciser après le congrès des Verts, à la fin du mois.Même si elle est délicate, la situation de François Hollande n\u2019a rien d\u2019inédit.François Mitterrand s\u2019était retrouvé dans une situation bien pire un an seulement après son élection.Au même moment de son quinquennat, la popularité de Nicolas Sarko^ n\u2019était guère enviable.Le premier a su rebondir alors que le second s\u2019est enfermé dans une image dont il n\u2019a jamais pu se libérer.Dans les deux cas, c\u2019est à ce moment que s\u2019est probablement jouée leur réélection.Il pourrait en être de même pour François Hollande.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 NOVEMBRE 20IS B 3 PERSPECTIVES ^ÉTITiq ÉTlTlQ:f n- \"¦ -III (1V|(\tI.n,.,,1,0, ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019arrivée de Jacques Duchesneau (à gauche) en début de campagne a permis au parti dirigé par François Legauit de chauffer ie PQ et ie PLQ aux dernières éiections.L\u2019éclipse de la Coalition avenir Qnébec Samedi, c\u2019est jour de Conseil général pour la Coalition avenir Québec.Il sera largement question des difficultés qu\u2019éprouve la classe moyenne, celle du 450 et celle de la région de Québec où le parti de François Legauit a ses appuis.Mais, ironie du sort, voilà qu\u2019on replonge dans le débat de la charte des valeurs avec la sortie de la députée libérale Fatima Houda-Pepin.Rien pour permettre à la CAQ de sortir de l\u2019ombre.ROBERT DUTRISAC Cf est sûr qu\u2019on est dans l\u2019ombre», confiait au Devoir un proche de François Legauit.Le débat sur la charte des valeurs est polarisé par ses partisans, qui se retrouvent surtout, mais pas seulement, dans les rangs pé-quistes, et ses opposants, qui s\u2019abreuvent aux principes brandis par Philippe Couillard et à sa défense bec et ongles des libertés individuelles.Entre les deux, il y a la CAQ, avec sa position mitoyenne, dite de «compromis», où l\u2019interdiction générale du port d,es signes religieux pour les employés de l\u2019État, comme le proposent les péquistes, est remplacée par une interdiction partielle qui vise le personnel en autorité, ce qui comprend les enseignants des écoles publiques.La position caquiste fut arrêtée par l\u2019exécutif du parti et le caucus des députés dès juin, trois mois avant que le ministre Bernard Drainvillç ne dévoile son projet de Charte des valeurs.A l\u2019époque, on ne voulait absolument pas laisser au Parti québécois le monopole de l\u2019enjeu identitaire.La position se voulait forte, mais elle apparaît en définitive modérée.C\u2019est qu\u2019à la CAQ, on n\u2019avait pas prévu que le PQ irait aussi loin, en étendant la prohibition des signes religieux au personnel des hôpitaux et des garderies.Aucun gain Aujourd\u2019hui, on constate à la CAQ que cette position mitoyenne n\u2019a rien apporté au parti, du moins pour l\u2019heure.Selon les sondages, les sympathisants caquistes appuient davantage la position péquiste que celle de la CAQ.Qu\u2019à cela ne tienne, tous les élus caquistes appuient sans réserve l\u2019interdiction partielle, assure-t-on.Les propos du cofondateur de l\u2019Action démocratique du Québec, Jean Allaire, qui a qualifié le Coran de «texte de conquête et de violence», ne seront pas suivis par un mouvement de contestation au Conseil général, prédit-on; particulièrement dociles, les caquistes n\u2019exigeraient pas un durcissement de la position de leur parti.Rappelons que les membres, que ce soit à un conseil général ou à un congrès, ne se sont jamais prononcés sur la question.Éclipsée par le débat sur la charte des valeurs, la CAQ ronge son frein en attendant des jours meilleurs.Dans l\u2019entourage de François Legauit, on est convaincu qu\u2019il sera impossible pour le gouvernement Marois de maintenir ce niveau d\u2019intérêt à l\u2019égard de la charte des valeurs et l\u2019émotivité qui caractérise ce débat.La question ne sera plus au centre des débats dans trois mois, espère-t-on.Et si le PQ tente d\u2019étirer la sauce, il subira les foudres des électeurs qui, lassés du débat, voudront que la question se règle.Les jeunes familles Une fois dégonflé le débat sur la charte, la CAQ pourra donner sa mesure, croit-on.Le fonds de commerce caquiste, ce sont les jeunes familles de la classe moyenne, prises à la gorge, qui ploient sous le poids de leur hypothèque, des paiements sur leurs deux voitures, des impôts et des taxes.En remplissant leurs déclarations de revenus au printemps, elles réaliseront qu\u2019elles continuent à payer la taxe santé en dépit de la promesse de Pauline Marois de l\u2019éliminer.Au surplus, Hydro-Québec leur réserve une hausse des tarifs d\u2019électricité qui dépasse largement l\u2019inflation.Le thème du Conseil général {« Cap sur les familles») ne brille pas par son originalité.Mais ce parti dirigé par un comptable préfère l\u2019efficacité à l\u2019imagination.La CAQ a d\u2019ailleurs mandaté le député de Lévis, Christian Dubé, un autre comptable de formation, pour qu\u2019il épluche les comptes publics afin de dénicher une marge de manœuvre suffisante pour donner du répit à la classe moyenne, ce qui ne peut passer que par un dégraissage plus ou moins radical de C\u2019est en promettant un allégement fiscal pour les contribuables que la CAQ entend entreprendre la prochaine campagne l\u2019État.C\u2019est donc en promettant un allégement fiscal pour les contribuables que la CAQ entend entreprendre la prochaine campagne.Érançois Legauit a appris du dernier rendez-vous électoral : le ménage, c\u2019est bien, mais le fruit du ménage, c\u2019est encore mieux.Finie l\u2019alternance ! A la CAQ, on croit que tant le PQ que le PLQ sont vulnérables.Pour les péquistes, l\u2019économie poussive pourrait s\u2019avérer un boulet.Pour les libéraux, c\u2019est l\u2019enjeu de l\u2019intégrité qui peut revenir les hanter.La perquisition de l\u2019Unité permanente anticorruption GJPAC), cette semaine, dans les locaux d\u2019une entreprise de Marc Bibeau, grand spécialiste du financement «sectoriel» au Parti libéral et ami de Jean Cha-rest, est peut-être un prélude de sérieux ennuis pour la riche formation politique.Choisir la CAQ, c\u2019est mettre fin à l\u2019alternance des deux vieux partis.«Ce n\u2019est pas vrai que les Québécois sont satisfaits du bipartisme.La volonté de sortir de l\u2019alternance est très forte encore.Les «fondamentaux» sont là», avance-t-on.Évidemment, n\u2019aide en rien le fait que Jacques Duchesneau, dont l\u2019arrivée en début de campagne avait permis à la CAQ de chauffer le PQ et le PLQ aux dernières élections, semble se chercher un nouvel emploi, lorgnant, avec la naive vanité qui le caractérise, le poste d\u2019inspecteur général de Montréal.François Legauit a beau en rire nerveusement, les cogitations professionnelles de Jacques Duchesneau donnent la malheureuse impression que les rats sont tentés de quitter le navire.Recruter des candidats n\u2019est pas un problème pour la CAQ, soutient-on.Le parti avait déjà trouvé les trois quarts de ses candidats pour des élections déclenchées en décembre.Le défi, c\u2019est de dénicher des candidats connus, des candidats-vedettes comme Jacques Duchesneau.«L\u2019idée, c\u2019est de surprendre», confie-t-on.C\u2019est de dépasser les attentes, des attentes qui sont particulièrement basses par les temps qui courent.«Les Québécois aiment les politiciens qui rebondissent», dit-on pour se réconforter.François Legauit est mûr poin un grand bond.Le Devoir TYPHON SUITE DE LA PAGE B 1 Mais ces changements devraient se produire dans quelques décennies et non pas aujourd\u2019hui, car nous avons subi à peine 10 % du changement climatique qu\u2019on appréhende.» lœs scientifiques prévoient que l\u2019élévation des températures engendrée par les changements climatiques «accroîtra l\u2019intensité des typhons, mais n\u2019augmentera pas nécessairement leur fréquence», ajoute Tim Merlis avant de préciser qu\u2019«î7 n\u2019y a pas de consensus permettant d\u2019affirmer qu\u2019il y aura plus de typhons.Mais on s\u2019entend pour prévoir que le réchauffement climatique amplifiera les événements météo les plus intenses, et ce, autant en ce qui concerne les précipitations qu\u2019en ce qui concerne les sécheresses».Charles Guard rappelle aussi que, «comme nous ne disposons de données de très bonne qualité que sur une très courte période, il nous est très difficile pour l\u2019instant d\u2019attribuer aux changements climatiques chaque événement isolé.Cela ne veut toutefois pas dire que ceux-ci n\u2019ont pas d\u2019effet».L\u2019occurrence d\u2019un typhon?Au départ, les mêmes technologies de prévision météorologique que celles permettant d\u2019annoncer les tempêtes de neige à Montréal sont utilisées pour prédire la formation d\u2019un cyclone tropical.Certains satellites nous informent des mouvements de l\u2019atmosphère, d\u2019autres équipés de ra-diomètres donnent une estimation de la température au centre de la tempête ainsi que de celle des nuages qui l\u2019entourent.Ces mesures ne Le typhon Haynan a causé des dégâts énormes.sont bien sûr qu\u2019indirectes.C\u2019est pourquoi on envoie des avions traverser les ouragans qui se forment sur l\u2019Atlantique afin de mesurer directement, et donc plus précisément, la vitesse des vents, mais les équipes de météorologues du Pacifique n\u2019ont pas cette chance en raison des coûts de ces avions.«On surveille comment l\u2019organisation des nuages progresse à l\u2019aide de différents modèles numériques européens, britanniques, américains et parfois canadiens.Si ces modèles génèrent sensiblement la même évolution vers une tempête, cela nous donne confiance en nos prévisions», explique M.Guard, tout en indiquant qu\u2019on parvient ainsi couramment à prévoir cinq jours à l\u2019avance qu\u2019un typhon sévira.Il demeure toutefois encore difficile de prédire précisément la force qu\u2019aura un cyclone.La.meilleure prévision réalisée à ce jour est celle concernant l\u2019ouragan Sandy qui a frappé New York en octobre 2012.L\u2019arrivée de celui-ci avait pu être annoncée six jours avant qu\u2019il ne PHILIPPE LOPEZ AGENCE FRANCE-PRESSE frappe la côte américaine.«Mais tout dépend de la configuration de l\u2019atmosphère.Certains événements sont beaucoup moins prévisibles », souligne Tim Merlis.Plusieurs médias ont présenté Haiyan comme le typhon le plus violent encore jamais emegistré.Merlis et Guard sont moins catégoriques.«Nous n\u2019avons que des moyens indirects de mesurer l\u2019intensité de Haiyan, grâce aux données des satellites et de quelques stations météorologiques terrestres qui ne sont pas nécessairement à proximité de la tempête.On l\u2019estime aussi à l\u2019ampleur des dommages qu\u2019il a causés.Alors là, il est clair que Haiyan était extrêmement puissant, peut-être bien le plus puissant à avoir jamais atteint la terre», commente Tim Merlis.Charles Guard confirme que, selon les images satellites, il s\u2019agit «probablement de l\u2019un des cinq cyclones les plus violents jamais observés, si ce n\u2019est le plus violent».Le Devoir La révolte de Fatima Michel é David L y art de la politique consiste souvent à savoir choisir le moindre mal.Philippe Couillard a jugé préférable d\u2019effectuer une volte-face gênante sur la question du tchador dans l\u2019espoir d\u2019éviter une rupture définitive avec Fatima Houda-Pepin, dont les conséquences pourraient être catastrophiques.M.Couillard a eu beau répéter ad nauseam qu\u2019il était sociologiquement impossible qu\u2019une femme portant le tchador souhaite être candidate à une élection, ce qui a pourtant été le cas au Nouveau Parti démocratique, son refus annoncé de signer un éventuel bulletin de candidature n\u2019en constitue pas moins une dérogation à son principe de totale liberté du port de signes religieux, pourvu que le visage soit découvert, principe qu\u2019il se disait pourtant prêt à défendre jusqu\u2019à se faire passer sur le corps.Il était bien embarrassé d\u2019expliquer en vertu de quelle logique ce qui serait interdit à un candidat libéral devrait être permis à un fonctionnaire.Il était pathétique d\u2019entendre le porte-parole du PLQ en matière de laïcité, Marc Tanguay, qui s\u2019était simplement fait l\u2019écho de la pensée de son chef en tenant les propos qui ont fait bondir M\u201c® Houda-Pepin, se réjouir que cette triste farce dont il a été le dindon ait permis de «préciser notre position concernant le tchador».Brave petit soldat.La députée de La Pinière, qui se dit toujours libérale et fédéraliste, ne demanderait sans doute pas mieux que de poursuivre sa carrière politique, mais sa lettre ouverte va bien au-delà de la seule question du tchador.En réalité, c\u2019est le fondement même de la position de son parti qu\u2019elle conteste.«Oui, en démocratie, il est permis d\u2019interdire quand l\u2019intérêt public l\u2019exige», écrit-elle, rappelant que le gouvernement Bourassa n\u2019avait pas hésité à utiliser la clause «nonobstant» pour interdire l\u2019affichage commercial bilingue, que la Cour suprême avait associé à la liberté d\u2019expression, aussi fondamentale que la liberté de religion.M\u201c® Houda-Pepin dit s\u2019opposer au projet de charte de la laïcité du gouvernement Marois «tel qu\u2019il est rédigé actuellement».Cela devrait lui éviter d\u2019avoir à désobéir à l\u2019ordre donné par M.Couillard, qui n\u2019entend pas laisser ses députés voter selon leur conscience le jour oû l\u2019Assemblée nationale devra en disposer.Tout indique qu\u2019elle demeure néanmoins favorable à une interdiction plus limitée du port de signes religieux par les employés de l\u2019État, comme le proposait la commission Bouchard-Taylor.Même si elle acceptait de participer aux travaux du caucus libéral, qui s\u2019affaire à la présentation d\u2019un projet de loi sur la lutte contre l\u2019intégrisme, acceptera-t-elle de taire ses convictions ?M.Couillard pourrait se repentir de couper les ponts avec sa bouillante députée.Jacques Parizeau a appris à ses dépens de quoi elle est capable quand elle se sent investie d\u2019une mission.En janvier 1993, le chef du PQ avait gaffé en déclarant, près de trois ans avant le référendum, que le camp souverainiste n\u2019avait pas besoin des immigrants pour l\u2019emporter.Dans l\u2019espoir de recoller les pots cassés, le PQ avait organisé une grande rencontre avec les communautés culturelles.D\u2019entrée de jeu, M\u201c® Houda-Pepin avait apostrophé M.Parizeau et ne l\u2019avait plus lâché.L\u2019opération avait été un cuisant échec et le PLQ s\u2019était empressé d\u2019en recruter la grande responsable.M.Couillard pourrait se repentir de couper les ponts avec sa bouillante députée À quelque chose malheur est bon.Cet incident a au moins eu pour effet de faire oublier le rapprochement vicieux que Jean-Marc Fournier a fait entre la charte de la laïcité et les sévices infligés aux juifs en Allemagne nazie.Lors d\u2019une cérémonie soulignant le 75® anniversaire de la «Nuit de cristal», M.Fournier avait entendu un rabbin raconté l\u2019histoire d\u2019un homme qui, dans la bousculade, avait laissé échapper sa kippa et avait tenté de la récupérer en sachant qu\u2019il y laisserait la vie.Cela démontre toute l\u2019importance qu\u2019on peut accorder au port d\u2019un signe religieux, a-t-il fait valoir.Depuis qu\u2019il est en politique, le député de Saint-Laurent connaît tous les trucs du métier.« Vous écrivez ce que vous voulez, je ne peux pas vous contrôler, a-t-il lancé aux journalistes, mais fai bien fait attention, dans la déclaration, pour ne pas faire de lien entre le gouvernement actuel et le gouvernement nazi.» En réalité, il savait très bien comment ses propos seraient rapportés et il s\u2019en lavait les mains.Quand Bernard Drainville a présenté son projet de « Charte des valeurs québécoises » le 10 septembre, Philippe Couillard l\u2019a accusé de trahir l\u2019héritage de René Lévesque.Quand on lui a rappelé que la loi 101, dont il ne cesse de vanter les mérites, avait été qualifiée de loi nazie lors de son adoption, le chef du PLQ a plaidé qu\u2019il n\u2019était pas là à l\u2019époque.Aujourd\u2019hui, il est là et il s\u2019est pourtant bien gardé de rappeler son lieutenant à l\u2019ordre.On a parfaitement le droit de penser que le projet de loi 60 va trop loin, mais l\u2019argumentation des libéraux est de moins en moins convaincante.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 NOVEMBRE 20IS EDITORIAL SORTIE DE FATIMA HOUDA-PEPIN Là où va le Québec Fatima Houda-Pepin, libérale convaincue, ne voulait pas parler de la Charte de la laïcité du gouvernement Marois.Pourtant, avec sa sortie, elle touche au cœur du débat, où les prises de position transcendent les repères politiques traditionnels.Ce qui est en cause c\u2019est le Québec de demain, celui qu\u2019un Philippe Couillard est incapable d\u2019envisager parce qu\u2019aveugle, comme tant d\u2019autres, à l\u2019évolution des dernières années.0 Josée Boileau n imagine le courage qu\u2019il a fallu à Fatima Houda-Pepin pour dénoncer publiquement les propos de son collègue Marc Tanguay, et par ricochet de son chef Philippe Couillard, sur le tchador.Le Parti libéral du Québec, depuis belle lurette, n\u2019est plus un parti où les dissidences s\u2019expriment, et Houda-Pepin n\u2019y a jamais joué les rebelles.Mais sans doute ce courage était-il mâtiné d\u2019exaspération devant la grande banalisation à laquelle le Québec, pétri de l\u2019approche libérale anglo-saxonne, ramène les signes intégristes.Le chef libéral, vendredi, balayait du revers de la main les craintes de sa députée, certes musulmane, mais surtout grande spécialiste, et grande dénonciatrice, de l\u2019intégrisme islamiste dont elle suit les traces au Québec depuis les années 1980.Pour M.Couillard, le port du tchador est un «problème artificiel créé de toutes pièces» par le projet de charte du gouvernement Marois.Il a ajouté qu\u2019avoir une candidate libérale ainsi vêtue «ne peut pas arriver en pratique», d\u2019abord parce que les femmes qui portent le tchador vivent aussi en retrait de la vie publique, ensuite parce que lui, comme chef, ne l\u2019accepterait pas.Passons outre que M.Couillard se montrait favorable au tchador il y a encore quelques jours, notons simplement le fait qu\u2019il ne sera pas chef éternellement.Mais là n\u2019est pas le plus important: ce qui compte, c\u2019est la réaction maintes fois entendue dès la commission Bouchard-Taylor et qui se répète maintenant ad nauseam, ce «calmons-nous, ça n\u2019arrivera pas, vous exagérez» et autres «franchement!».Et pourtant, quand la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait rendu un avis sur le port du foulard à l\u2019école en 1995, première fois qu\u2019au Québec, on se penchait sur la question, l\u2019affaire concernait 70 adolescentes.Que c\u2019était là phénomène marginal, nous disait-on! Qu\u2019il suffisait d\u2019être compréhensif, qu\u2019à force le foulard tomberait de lui-même.Voire! A Montréal, le foulard est maintenant partout, si banalisé qu\u2019on ne s\u2019indigne même pas de le voir sur la tête d\u2019enfants prépubères.En fait à moins de niqab, tout est accepté \u2014 et le tour de celui-ci viendra bien puisqu\u2019on en croise de plus en plus à Montréal.Résultat: ce sont ceux qui veulent encadrer, au sein de l\u2019État, le port de symboles religieux qui marquent la stigmatisation des femmes qui se font taxer de discrimi-nafion.M.Couillard a encore été implacable à ce sujet vendredi.A ce rythme, une candidate avec un tchador relève-t-elle donc vraiment de l\u2019impensable?Non.D\u2019ailleurs, si M\u201c® Houda-Pepin ne s\u2019était pas élevée contre les propos de son collègue, l\u2019acceptation serait déjà intellectuellement faite.Plus concrètement, et le parallèle s\u2019impose, qui aurait cru que des Montréalais éliraient un jour comme conseillère municipale une femme qui, en tant que juive hassidique, refuse de serrer la main des hommes?Par un curieux revers, cette élection devient un symbole d\u2019ouverture, et tant pis pour la quête, si avancée et si précieuse au Québec, d\u2019un rapport égahtaire entre les hommes et les femmes.C\u2019est de cette banalisation que nous cause la Charte, et il n\u2019y a rien d\u2019artihciel, ou de partisan, dans les questionnements qu\u2019elle soulève.C\u2019est pourquoi M\u201c® Houda-Pepin, comme nous l\u2019avions aussi écrit pour Maria Mourani au sein du Bloc, devrait pouvoir rester au sein du caucus hbéral.Pour discuter à fond.PONT CHAMPLAIN Dialogue de sourds e premier ministre Stephen Harper l\u2019a dit deux fois plutôt qu\u2019une.Une fois en français et une autre en anglais.Il y aura un péage sur le futur nouveau pont Champlain, que cela plaise ou non aux usagers, qui devront apporter leur contribution.L\u2019entretien du pont actuel coûte déjà trop cher, 400 millions ont été engloutis en réparations temporaires, et le nouveau pont coûtera une fortune.Nulle part ailleurs au Canada le gouvernement fédéral ne hnance seul la construction de nouveaux ponts.Il n\u2019y aura pas d\u2019exception pour Montréal.Point à la ligne.Ce non brutal rendu vendredi par Stephen Harper est typique des positions inflexibles qui sont sa marque de commerce.On pourrait croire que la bataille que mènent les élus de la région contre ce péage est perdue d\u2019avance, mais il ne faut surtout pas abdiquer.Ce péage n\u2019a aucun sens.Le cas du pont Champlain n\u2019est en rien com-parable aux récents ponts à péage construits sur les autoroutes 25 et 30.Ces deux ponts sont venus ajouter à la capacité des traversées r\tvoisines sur la rivière des Prairies sur la Rive- Nord et sur le Saint-Laurent près de Vahey-.\theld.Le nouveau pont Champlain ne fera que remplacer l\u2019actuel pont.L\u2019augmentation de sa capacité en transport en commun aura un effet limité sur la congestion, dont on perdra le bénéhce par l\u2019effet domino créé par le péage.Il suffit de passer quelques heures de pointe sur l\u2019un des ponts qui relient l\u2019île à la Rive-Sud pour le comprendre.Le premier ministre Harper n\u2019a bien sûr pas de temps à perdre dans les embouteillages montréalais, mais son ministre lieutenant pour le Québec, Denis Lebel, devrait le faire, car le dialogue qu\u2019il entretient avec les élus de la région montréalaise sur cette question en est un de sourds.L\u2019ont bien constaté vendredi les membres du comité Mobilité Montréal réunis à la suite de la fermeture d\u2019une voie du pont Champlain.Lui et les élus montréalais n\u2019ont pas la même perception de la complexité et de l\u2019urgence de la situation.La région de Montréal souffre de l\u2019absence d\u2019élus au sein du gouvernement Harper.La communication est défaillante aujourd\u2019hui avec M.Lebel, comme elle l\u2019a été avant avec le ministre Christian Paradis, ce qui ne sert personne.On connaît la solution qui est celle à laquelle le premier ministre a eu recours déjà en conhant à un sénateur la représentation de Montréal auprès du gouvernement, rôle qu\u2019a déjà joué Michael Fortier.Pour des raisons liées à sa politique sur la réforme du Sénat, il a mis de côté cette solution.Il devrait y revenir.Ce n\u2019est qu\u2019un pis-aller, mais tous y gagneraient d\u2019un meilleur dialogue.'K 'll Bernard Descôteaux LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET ôopvERHÊMtNTî H'offlAc, ÎRoVÎNCiAl tT MUNlCiPAl fOl.LAJûR\u2019ANT Pou P pfNpPF lC PonT CHAMPtAiM SiCüptTAjRÊ /UAitTAtHÎ DESHAPNftB UN\u20ac ïïiî-iQÈ LETTRES Le dilemme Fatima Houda-Pepin La position de Fatima Houda-Pepin soulève le problème fondamental de savoir jusqu\u2019où une société ouverte et démocratique peut aller dans ses politiques de tolérance.H me semble que le jour oû une femme revêtue d\u2019un tchador serait élue à l\u2019Assemblée nationale est la limite.C\u2019est une spéculation par définition impossible, ou je me trompe tout à fait sur la signification du port du tchador.Ce n\u2019est pas politiquement correct probablement d\u2019aborder la question, mais tout semble tourner autour de la sexualité.D\u2019une part, il faut cacher les femmes car elles excitent outre mesure les hommes et, d\u2019autre part, il faut limiter leur liberté pour préserver l\u2019autorité des hommes ! Les démocraties occidentales souffrent, pour leur part, du problème inverse : la sexualité y est surexploitée, ce qui, en définitive, ne contribue ni à la liberté des femmes ni à leur respect.Mais, la solution consiste-t-elle à les cacher aux yeux des hommes et à les confiner dans leur foyer ?On comprend bien que non, même si c\u2019est au nom de la religion.Peut-on s\u2019attendre, en tolérant tout jusqu\u2019à la limite de la tolérance qu\u2019éven-tueîlement, l\u2019islam s\u2019assagisse et devienne lui-même tolérant?C\u2019est possible, tout est possible, mais, comme pour le cas de l\u2019Église catholique, avec la grande Inquisition, ça peut prendre beaucoup, beaucoup de temps.Personne n\u2019aime être traité d\u2019intolérant, surtout au Québec, mais, parfois, il y a des limites à ce qui est acceptable, par exemple, l\u2019adoption de la sharia, il n\u2019y a pas de problème pour la sharia, dans ce cas c\u2019est clair.Mais qu\u2019en est-il des signes ostentatoires qui, qu\u2019on le veuille ou non, s\u2019inscrivent dans cette ligne de pensée ?Pour ma part, je crois qu\u2019il faudrait gentiment serrer un peu la vis, comme le propose M\u201c® Houda-Pepin.Jean-Paul Gravel Québec, le 14 novembre 2013 Comme une pichenette sur le bord de l\u2019oreille ! Après avoir écouté l\u2019entrevue donnée par Isabelle Gaston à Denis Lévesque, j\u2019ai eu honte de m\u2019être réjouie pom les mauvaises raisons à l\u2019annonce d\u2019un nouveau procès pom Guy Turcotte.Avons-nous si peu évolué que nous nous comportons comme au temps des pendaisons sur la place pu-bhque?Isabelle Gaston a su s\u2019élever au-dessus de la mesquinerie humaine.Ses propos sont remplis d\u2019humilité, d\u2019humanité et de dignité.Elle a su transformer le drame de sa vie en souffrance utile.Elle veut que la loi soit respectée, non par vengeance, mais par souci de justice.Elle travaille pom qu\u2019à l\u2019avenir, les experts venant témoigner à la Cour soient d\u2019abord reconnus officiellement et que les opinions qu\u2019ils émettent soient impartiales, et ce, quelle que soit la partie ayant recours à lem expertise.Pour moi, Isabelle Gaston est un modèle de force intérieme des plus inspirants.Nicole Bélisle Gatineau, le 14 novembre 2013 REVUE DE PRESSE La grande dérive GUILLAUME BOURGAULT-COTE Plus ça va, moins ça va, et tout le monde s\u2019y met.Quand Rob Ford a indiqué cette semaine qu\u2019en matière de repos, il envisageait tout juste de faire un saut à Miami en famille, le Miami Herald s\u2019est empressé de rappeler que le maire de Toronto avait là aussi un passé composé de frasques.Car, en 1999, Ford s\u2019était fait arrêter par la police de Miami pom ivresse au volant et possession de marijuana.Puis, jeudi, quand Ford a tenu son désormais légendaire point de presse aux propos explicites vêtu d\u2019un chandail des Argonauts, il a soulevé l\u2019ire de la direction de l\u2019équipe locale de la Ligue canadienne de football.Les Argonauts se sont rapidement dissociés de l\u2019encombrant personnage, affirmant que «la situation du maire et de son leadership est préoccupante » \u2014 et qu\u2019il devrait s\u2019abstenir de porter le maillot de l\u2019équipe pour ses sorties salaces.Le feuilleton tragicomique qui afflige Toronto s\u2019est enrichi de quelques épisodes inoubliables dans la dernière semaine, mais le dénouement de l\u2019affaire semble toujours incertain.Dans le Globe and Mail, jeudi, on posait en éditorial une question toute simple et néanmoins fort complexe: «Comment peut-il être encore maire ?» L\u2019équipe éditoriale du Toronto Sun a elle aussi fait part de son incompréhension devant les événements.«Nous avons soutenu Rob Ford.Nous ne le soutenons plus», établit clairement le quotidien, qui a longtemps été en phase avec le héros de la Ford Nation.Le Sun estime que Ford met ses intérêts personnels devant ceux de la Ville en décidant de s\u2019accrocher à son poste.Il n\u2019a plus l\u2019autorité morale pour gouverner \u2014 surtout pas pour lutter contre le crime \u2014 et son comportement erratique nuit à la capacité de Toronto d\u2019attirer des investissements, dit-on.Tout indique qu\u2019il n\u2019a tiré aucune leçon des événements.«Au lieu de faire preuve d\u2019humilité et de contrition après avoir demandé à la population de lui pardonner, il a poursuivi avec arrogance et intransigeance.» Mais puisque Rob Ford ne veut pas partir, le Toronto Sun estime qu\u2019il faudra composer avec sa présence d\u2019ici aux prochaines élections, dans un an.Et en attendant, c\u2019est au conseil municipal de jouer pleinement son rôle : il en a le pouvoir et la capacité, écrit le Sun en rappelant que le maire n\u2019a qu\u2019un vote sur 45 (le conseil a d\u2019ailleurs passablement émasculé les pouvoirs du maire dans la journée de vendredi).Dans une perspective à plus long terme, le Toronto Stor souhaitait vendredi que la Charte de la Ville soit amendée pour renforcer les pouvoirs du conseil lorsque vient le temps de sévir contre des élus dont la conduite déshonore et nuit à la Ville.Aucun «mécréant» à la Rob Ford ne devrait pouvoir «infliger sa présence toxique» à l\u2019Hôtel de Ville, pense-t-on.Sénat Pendant ce temps, à Ottawa, la Cour suprême entendait cette semaine le renvoi sur la réforme du Sénat.Pour le chroniqueur Andrew Coyne {National Post), ce fut l\u2019occasion de réfléchir à un dysfonctionnement de la Constitution canadienne : pas le Sénat, mais bien le prqcessus d\u2019amendement, dit-il.A l\u2019heure actuelle, ce sont dans les faits les premiers ministres provinciaux qui ont le pouvoir d\u2019accepter ou pas des amendements au document de 1982.«Les Canadiens pourraient voter par millions pour abolir le Sénat, et ça ne ferait aucune différence.Un immense consensus populaire pourrait être bloqué par un seul premier ministre», écrit Coyne.Ainsi, «peu importe la réforme proposée.ça ne vaut jamais la peine d\u2019en parler parce que ça voudrait dire rouvrir la Constitution et que tous considèrent que c\u2019est un panier de crabes», ajoute Coyne.Il estime qu\u2019au heu de tenter de réformer le Sénat, on devrait peut-être plutôt s\u2019attarder à reprendre le contrôle de la Constitution.même si ce ne sera pas facile, parce qu\u2019il faudrait là aussi une unanimité des premiers ministres provinciaux.Charte Quelques mots sur un texte publié dans l\u2019hebdomadaire Hill Times par un chroniqueur spécialiste des sondages, Oleh Iwa-nyshyn, et qui concerne la réaction des médias anglophones au projet de charte de la laïcité du gouvernement Marois.Après avoir analysé différents sondages qui montrent un bon appui des Québécois et des Canadiens (environ 40%) aux principes de la charte, Iwanyshyn écrit que l\u2019opposition unanime et virulente des médias anglophones est une forme de diffamation «non seulement à l\u2019encontre de Pauline Marois et du Parti québécois, mais aussi des millions de Canadiens du Québec et du Canada anglais qui sont d\u2019accord avec les intentions de la charte».Iwanyshyn dénonce les interprétations tendancieuses qui ont été faites de certains sondages dont les questions floues permettaient de qualifier d\u2019intolérance religieuse le soutien à la charte.«Pour bien des partisans de la charte, il en va du principe fondamental de la séparation de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat, dit-il.C\u2019est là une analyse laissée de côté par les médias anglophones», soutient Iwanyshyn, qui les accuse d\u2019être obsédés par les «machinations politiques» du PQ.Le Devoir Les liens vers les articles originaux sont disponibles sur LeDevoir.com. LE DEVOIR LES SAMEDI 16 ET DIMANCHE 17 NOVEMBRE 20IS B 5 IDEES Le projet de loi 60 Une charte qui accentuera les préjugés Le Centre commémoratif de l\u2019Holocauste à Montréal explique son opposition HELEN MALKIN Présidente ALICE HERSCOVITCH Directrice générale Lettre au ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville onsieur le Ministre, nous désirons par la présente vous faire part des vives inquiétudes du Centre commémoratif de l\u2019Holocauste à Montréal (CCHM) quant au projet de loi 60 (ci-après «Charte»).Nous nous y opposons fermement puisqu\u2019elle accentuera les préjugés et stéréotypes liés aux pratiques religieuses et restreindra de façon inacceptable les, droits et libertés.A la suite de l\u2019Holocauste, plus de 9000 survivants ont été accueillis au Québec, qui est devenu leur terre d\u2019accueil, leur nouveau «chez nous».Ils ont apprécié et apprécient encore aujourd\u2019hui ce pays de liberté qui leur a permis de reconstruire leur vie et leur famille.Dans de nombreux témoignages enregistrés par le CCHM, ils parlent de leur pays adoptif avec fierté.Ils se sont intégrés à la société québécoise \u2014 dont l\u2019histoire reflète la valeur qu\u2019elle donne à la liberté de culte \u2014 en dépit du fait qu\u2019ils portent parfois un soi-disant signe ostentatoire.Eux, leurs enfants et petits-enfants sont des Québécois.Le projet de Charte, toutefois, suscite chez eux peurs et questionnements.Sommes-nous bien chez nous ?La stigmatisation et le non-respect des symboles religieux créeront-ils davantage de préjugés envers les minorités ?Nous croyons en effet que le projet de Charte accentuera préjugés et stéréotypes, dont les survivants de l\u2019Holocauste ne connaissent que trop bien les effets dévastateurs.11 le fait d\u2019ailleurs déjà de façon inquiétante à l\u2019égard des femmes musulmanes.La sensibilisation aux impacts de l\u2019antisémitisme, de la haine et du racisme est au cœur de notre mandat.Notre musée et nos programmes éducatifs permettent aux jeunes et moins jeunes d\u2019examiner leurs propres préjugés et de comprendre les conséquences de la discrimination tout en encourageant une meilleure compréhension de la différence.La Charte prohibera le port de symboles religieux pour les fonctionnaires et potentiellement pour toute personne avec laquelle le gouvernement conclut un contrat ou une entente de subvention, et ira jusqu\u2019à rendre illégales certaines pratiques alimentaires dans les garderies en milieu familial.Ainsi, elle légitimera la discrimination et rendra plus difficile cette essentielle connaissance des minori- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le non-respect des symboles religieux rendra plus difficile la reconnaissance des minorités.tés qui composent et contribuent à l\u2019essor de la société québécoise.Par un effet d\u2019entraînement, elle risque de favoriser l\u2019ignorance en rendant illégitime et taboue toute forme d\u2019expression religieuse.Après les événements tragiques de la Deuxième Guerre mondiale, la communauté internationale a jugé nécessaire de se doter de traités protégeant les droits de la personne tels que la Déclaration universelle des droits de l\u2019Homme en 1948 et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1966.La Charte des droits et libertés de la personne, adoptée à Funanimité par l\u2019Assemblée nationale en 1975, s\u2019inspire de ces conventions.De par son statut quasi constitutionnel, elle indique l\u2019importance accordée aux droits et libertés par la société québécoise et protège notamment les libertés de conscience, d\u2019expression et de religion, en plus d\u2019interdire la discrimination.Telle qu\u2019elle est présentée, la Charte brime ces droits fondamentaux.Les interdictions et restrictions contenues dans ce projet de loi constituent un pas inquiétant sur la pente de la discrimination et de la stigmatisation.Notre travail d\u2019éducation met l\u2019accent sur les di- mensions universelles de l\u2019histoire de l\u2019Holocauste qui, bien qu\u2019ayant affecté les Juifs en particulier, a des répercussions pour l\u2019ensemble de l\u2019humanité.C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi nous travaillons en partenariat avec plusieurs communautés montréalaises qui ont souffert des impacts de la discrimination.Ces histoires nous enseignent l\u2019importance de défendre les droits de la personne lorsqu\u2019ils sont remis en question afin de parer aux risques d\u2019une tyrannie de la majorité.Nous considérons les droits et libertés comme un legs précieux du droit international d\u2019après-guerre et comme un rempart Nous considérons les droits et libertés comme un legs précieux du droit international essentiel pour la protection de toutes les minorités.En conclusion, il apparaît clairement que la Charte divisera, et divise déjà, la population du Québec plutôt que de la rassembler.Le gouvernement a la responsabilité de promouvoir le respect de la diversité et il doit veiller au maintien des libertés et droits fondamentaux.Pour ces raisons, nous vous demandons de retirer le projet de loi 60.Nous vous indiquons également notre intention de soumettre un mémoire à ce sujet en commission parlementaire.Commission des valeurs mobilières pancanadienne Néfaste pour le Québec et les affaires Les chefs d\u2019entreprises québécoises rappellent leur vive opposition au projet fédéral TEXTE COLLECTIEZ U tant qu\u2019entrepreneurs et dirigeants ayant bâti nos entreprises au h' Québec et choisi d\u2019y maintenir nos sièges sociaux, nous sommes parti-J culièrement préoccupés par la capa-cité d\u2019y trouver l\u2019accès aux capitaux ainsi que l\u2019ensemble des services professionnels nécessaires pour poursuivre notre développement.La compétitivité de Montréal comme place financière est donc un enjeu qui nous tient à cœur et c\u2019est pourquoi il y a trois ans, en appui à l\u2019ensemble des partis politiques de l\u2019Assemblée nationale, nous nous étions levés pour manifester notre opposition an projet de Commission des valeurs mobilières pancanadienne mis en avant par le gouvernement fédéral.Qr, malgré un jugement de la Cour suprême, prononcé en décembre 2011, ayant déclaré inconstitutionnel un précédent projet en ce sens, les partisans d\u2019une commission des valeurs mobilières unique, menés par le gouvernement fédéral, sont récemment revenus à la charge.Si leur projet est quelque peu modifié sur la forme, les conséquences qui en découleraient seraient tout aussi néfastes pour les intérêts du Québec, de ses entreprises et de ses travailleurs et c\u2019est L\u2019expertise des grands bureaux d\u2019avocats, comptables et fiscalistes spécialisés risquerait de s\u2019éroder pourquoi nous tenons à réitérer notre opposition envers cette démarche.Cette opposition s\u2019articule d\u2019abord autour du fait que le régime actuel, qui repose sur un système de passeports, comporte déjà les avantages d\u2019une commission centralisée, sans en avoir les inconvénients.Grâce an système de passeports et aux autres efforts d\u2019harmonisation déployés an cours des dernières années, les émetteurs peuvent en effet lever du capital et remplir leurs obligations partout aux pays en traitant uniquement avec leur régulateur local, bénéficiant ainsi d\u2019une approche spécifique à leur contexte régional.An contraire, une commission des valeurs mobilières pancanadienne aurait pour effet de compliquer la tâche des émetteurs québécois et de leurs courtiers, avocats et comptables qui se verraient confrontés an choix de traiter avec des représentants locaux sans véritable pouvoir décisionnel on bien de traiter directement avec les véritables détenteurs de pouvoir, hors du Québec.Qu se doute bien que c\u2019est ainsi toute l\u2019influence et l\u2019expertise québécoises en matière de réglementation financière qui serait réduite.Avec le temps, toute l\u2019expertise des grands bureaux d\u2019avocats, comptables et fiscalistes spécialisés en valeurs mobilières risquerait de s\u2019éroder, privant le Québec et les autres territoires de ces emplois.À terme, c\u2019est le développement même de Montréal comme place financière qui s\u2019en verrait compromis, réduisant d\u2019autant les emplois dans ce secteur essentiel au développement de toutes les entreprises québécoises, une éventualité tout à fait inacceptable.Alors que le secteur financier canadien se remet graduellement des secousses vécues au cours des dernières années, nous croyons qu\u2019il est absolument imprudent d\u2019ajouter une autre couche d\u2019incertitude systémique sur les émetteurs québécois et canadiens.Les énergies et les ressources importantes qui seront mobilisées dans une démarche aussi contentieuse seraient à notre avis mieux investies dans la poursuite des efforts d\u2019harmonisation et de collaboration entre les juridictions déjà en cours.Louis Audet, président et chef de la direction, COGECO inc.et Cogeco Câble inc.; Alain Bouchard, président et chef de la direction et fondateur d\u2019Alimentation Couche-Tard inc.François J.Coutu, président et chef de la direction.Le Groupe Jean Coutu inc.Pierre Karl Péladeau, président du conseil d\u2019administration d\u2019Hydro-Québec, vice-président du conseil Québécor inc., président du conseil Québécor Média inc.et Croupe TVA inc.Pierre Pomerleau, président-directeur général, Pomerleau inc.Eric R.La Flèche, président et chef de la direction, Metro inc.Dépasser aux contours David Desjakdins es fous ?Dans le champ retourné, couvert de neige, ils tracent des sillons en grimaçant, chaque coup de pédales comme une torture qui ne les fait avancer que de quelques centimètres.Parfois ils descendent de leur vélo et courent avec leur bécane sur l\u2019épaule, les pieds enfoncés dans la terre meuble.Un immense feu qui brûle au bord du chemin de la Butte à Saint-Augustin-de-Desmaures complète le paysage d\u2019hiver nucléaire.Tout est mouillé, les vêtements sales, bruns.Le ciel est gris, comme surmonté d\u2019un couvercle opaque.Les flocons flottent dans l\u2019air, légers comme de la cendre.Les Championnats québécois de cyclocross ne seraient pas plus glauques s\u2019ils sortaient de l\u2019imagination de Cor-mac McCarthy ou d\u2019un polar belge.Et pourtant, tout le monde a un sourire grand comme ça sur le visage.Le même qu\u2019affichera Mylène Paquette en débarquant de son embarcation quelques heures plus tard.Une folle, elle aussi ?Elle est entrée dans le port de Lorient, en Erance, en tenant dans ses mains des feux de position.Une mince ligne orange dessinait l\u2019horizon d\u2019où elle venait: Halifax.5000 km parcourus en 129 jours, d\u2019un bout à l\u2019autre de l\u2019Atlantique.Comme Philémon dans la bédé, mais à la rame.Elle a chaviré une bonne douzaine de fois, perdu du matériel, et en plus de vagues monstrueuses, de tempêtes, des courants et des paquebots, elle a dû affronter le pire : la solitude.Imaginez-vous seul, au milieu de l\u2019océan, à vous raconter des trucs, n\u2019importe quoi, juste pour ne pas virer dingue ni mourir de peur.J\u2019en parlais avec mon ami Philippe.Un beau mongol, vous croyez?11 y a quelques semaines, il a couru 160 km en sentier en 21 heures.Le jour, la nuit, dans les forêts de l\u2019Alabama.11 est maintenant qualifié pour la plus prestigieuse course du genre, au mont Blanc.11 a complété son dernier marathon sur route en 2 h 55 min.«J\u2019en referai un quand je serai capable de le terminer en 2h45, après je passerai à autre chose», expose-t-il.Pour lui, le but, ce n\u2019est pas d\u2019accumuler les expériences de course.C\u2019est de se mettre en danger.« Une partie du plaisir, c\u2019est de savoir que je risque d\u2019échouer.» Mais il précise cette chose essentielle: il aime courir.En sentier plus encore que sur la route, puisque toute son attention doit être consacrée au geste.Chaque endroit où il pose le pied occupe tout son esprit.«Je me suis fait chier pendant environ 2 heures sur 21, où je me sentais moins bien.Pour le reste de la course, je me suis vraiment amusé, dit-il.Je ne veux pas que les gens pensent que c\u2019est juste une torture, juste un truc de maso.» Lorsqu\u2019il traverse la forêt, à la course, il se sent exister vraiment.A Saint-Augustin, sur mon vélo, c\u2019est à mon tour de prendre le départ.Une course où tout ira mal, et où pourtant je m\u2019amuserai comme un fou.Au bout de quelques tours, j\u2019ai abandonné l\u2019idée de bien me positionner, je suis en mode survie.La mécanique fait des siennes, mon pied droit est engourdi par le froid, chaque virage menace de m\u2019amener au sol.Pourquoi faisons-nous cela?En dehors du masochisme, outre l\u2019esprit de compétition, l\u2019envie du défi avec soi-même, qu\u2019est-ce que la multiplication des sports extrêmes au tournant des années 1990, et depuis une décennie, la popularité exponentielle des ultramarathons et des triathlons de type Ironman racontent sur nous ?Un certain refus du confort, probablement.C\u2019était à la une du Devoir ]e\\ié\\-.jamais nous n\u2019avons vécu dans un monde aussi sécuritaire.Alors, comme tirés par une force invisible, nous nous mettons dans le trouble.Peut-être que la facilité nous indispose.Et plus notre société élimine le danger, plus nous avons le sentiment que la vraie vie est ailleurs.Et qu\u2019elle n\u2019a jamais de goût aussi prononcé que lorsqu\u2019on en prend de grandes lampées en longeant le précipice.Au propre ou au figuré.C\u2019est peut-être aussi, d\u2019une certaine manière, ce qui anime un Rob Eord trop riche, disposant de trop de pouvoirs : il voudrait voir jusqu\u2019où on peut aller trop loin?Mais il lui manque l\u2019élégance.L\u2019humilité, surtout.Celle de Mylène Paquette qui raconte avoir failli abandonner, pleurant dans son bateau au milieu de la nuit.Celle de Philippe qui explique comment son corps a flanché au terme d\u2019une course, et sa conscience qu\u2019il n\u2019est pas invincible.Celle de tous ces amis que la boue a déguisés en golems, et dont je m\u2019amuse depuis une semaine à regarder les photos en les trouvant beaux.Comme on observe de nouveaux amants, jalousant la maladresse des gestes qui dit aussi l\u2019intensité de leurs sentiments.Des fous ?Mais non.Des amoureux de cette vie qui n\u2019est jamais ordinaire lorsqu\u2019on la colore en dépassant aux contours.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (edttonahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (cancatunste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amelie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Melame Loisel et Karl Rettino-ParazeUi (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel V>zyj\\à.(chroniqueur), Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, JSdontreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters), Juhe Carpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), Marco Belair-Cirmo, François Desjardins et Eric Desrosiers {reporters), Gerald DaUaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy TaïUefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editonale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Eohe-Boivm et Louis Gagne (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier et Genevieve Tremblay (assistantes) , correction : Andre^ne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Elorence Eerraris (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (JSLontreal), Momque Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOCl\u2019l'E Elyes Ben M'rad, Claire Breton (superviseuré), Jean de Billy, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Nathahe Jobin {par interim), Claire Paquet, Catherine Pelletier et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais, (coordonnatrice), Ehse (j\\r?ixdi(secretaire) PRODUCTION Ohvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Carohne Gumiond, Yanmck Morm et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yamck Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) 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Département de philosophie de l\u2019Université de Montréal Depuis la publication du manifeste de Janette Bertrand, cosigné par un ensemble de célébrités féminines, le mouvement des Janette a pris une ampleur si importante que les défenseurs du projet de loi 60 misent désormais sur une justification féministe de l\u2019interdiction des signes religieux ostentatoires, explicitement ciblée à l\u2019endroit des femmes musulmanes voilées, pour convaincre l\u2019ensemble des citoyens du bien-fondé de la charte de la laïcité.Une division profonde au sein de la communauté féministe est apparue sur la place publique au sujet de l\u2019instrumentalisation politique et/ou de la juste compréhension des enjeux féministes dans le contexte de ce débat.Il est sans doute pertinent de rappeler que la question de l\u2019égalité des sexes, en contexte de diversité culturelle, n\u2019est pas inédite dans la littérature philosophique.Susan Moller Okin, une grande philosophe féministe décédée en 2004, avait écrit un article important, publié dans le Boston Review of Books en 1999, au titre saisissant: «Le multiculturalisme nuit-il aux femmes ?» Dans ce texte précédant la vague d\u2019islamophobie ayant déferlé en Occident après les attentats du 11-Sep-tembre, Okin soulève des questions légitimes et critique le modèle libéral du multiculturalisme tel que développé par le philosophe canadien Will Kjmilicka.Selon Okin, la protection des droits collectifs des minorités culturelles au nom du multiculturalisme met en péril la protection des droits individuels des femmes, qui risquent d\u2019être soumises à des schèmes culturels les assujettissant au sein de communautés fermées, reléguées à la sphère privée, échappant ainsi à la vjgilance et aux politiques de l\u2019État dans le domaine public.Ce à quoi Kjunlicka lui répondit, en soulignant sa dette intellectuelle envers le féminisme, qu\u2019au sein d\u2019une démocratie libérale, les protections externes des droits collectifs de certaines minorités doivent être reconnues, piais que cela n\u2019empêche pas l\u2019État libéral de devoir rejeter certaines restrictions internes imposées au sein de ces communautés allant à l\u2019encontre de l\u2019exercice de l\u2019autonomie et des libertés individuelles de leurs membres (et notamment de leur droit à\u2019exit, c\u2019est-à-dire leur droit de sortir de ces communautés d\u2019origine).L\u2019essai d\u2019Okin suscita de nombreuses réactions de la part des penseurs les plus estimés de la communauté universitaire internationale (dont Charles Taylor).Parmi les philosophes ayant réagi aux propos d\u2019Okin, on retrouve la contribution de Martha Nussbaum, auteure d\u2019une œuvre philosophique prolifique.Martha Craven, née à New York en 1947, s\u2019est convertie au judaïsme peu avant d\u2019épouser Alan Nuss- Dans son plus récent ouvrage, Nussbaum impute les nouvelles formes d\u2019intolérance religieuse à la montée de l\u2019islamophobie depuis les attentats du World Trade Center baum, dont elle conservera le nom après leur divorce.Titulaire d\u2019une chaire à l\u2019Université de Chicago, Nussbaum a également enseigné à Harvard, à Brown et à Oxford.Pendant ses années de service à l\u2019Université des Nations unies, elle fait la rencontre d\u2019Amartya Sen (lauréat du prix Nobel d\u2019économie 1998), avec qui elle développera l\u2019approche des capabilités dans le champ de la philosophie politique et dans une perspective féministe.Nussbaum répond à Okin en 1999, et plus tard dans d\u2019autres écrits, que les démocraties libérales contemporaines doivent promouvoir et se limiter à une conception politique du libéralisme sans chercher à imposer une doctrine compréhensive du libéralisme (ce qu\u2019elle reproche à Okin de faire).En d\u2019autres termes, depuis la sépa-ratiop de l\u2019Église et de l\u2019État, le rôle de ce dernier ne consiste pas à imposer de manière coercitive une certaine doctrine occidentale du libéralisme (comportant un ensemble de croyances métaphysiques au sujet du bien moral), mais plutôt à honorer son devoir de neutralité en s\u2019assurant que tous les citoyens se traitent en égaux dans le contexte d\u2019une diversité impossible à nier et à rendre invisible.Selon cette conception politique du libéralisme qui ne doit pas outrepasser les limites légitimes des principes de la justice dans le contexte du pluralisme culturel, la reconnaissance des libertés individuelles fondamentales et l\u2019égalité de tous les citoyens constituent les socles des sociétés libérales.Parmi ces libertés individuelles, la reconnaissance de la liberté de conscience est au cœur du principe de tolérance permettant l\u2019expression des libertés religieuses dans les limites justes et raisonnables de la coexistence démocratique.La position philosophique de Martha Nussbaum découle notamment de l\u2019approche des capabilités qu\u2019elle a contribué à développer dans le sillage des travaux pionniers de son collègue, le penseur indien Amar-tya Sen.Selon Nussbaum, l\u2019accès formel à des biens sociaux premiers ne peut suffire en l\u2019absence d\u2019une compréhension plus riche des capabilités réelles dont les individus ont besoin en vue d\u2019exercer leur véritable liberté et d\u2019accomplir des fonctionnements effectifs.Le Nobel des pauvres La notion de capabilité désigne, par exemple, la capacité réelle de pouvoir se déplacer jusqu\u2019à une clinique médicale, ce qu\u2019un droit purement formel à des soins médicaux de base ne suffit pas à garantir.Cet exemple d\u2019une capabilité concrète peut sembler trivial pour nous, mais devient extrêmement éloquent lorsqu\u2019on applique l\u2019approche des capabilités en contexte de pauvreté mondiale, comme ce fut le cas des travaux de l\u2019économiste Amartya Sen, affectueusement surnommé le Nobel des pauvres, qui ont profondément influencé les critères de mesure des inégalités internationales et de la qualité de vie au sein du Programme des Nations unies pour le développement.Fundocion principedeAstarto % MIGUEL RIOPA AGENCE ERANCE PRESSE Martha C.Nussbaum prononce un discours après avoir reçu le prix des sciences sociales Prince des Asturies lors d\u2019une cérémonie à Ovideo, en Espagne, le 26 octobre 2012.iMtSOUÏlWS I lAHtnt s i JA>4ETf EMB! PHOTOS PEDRO RUIZ LE DEVOIR Ryoa Chung: «La notion de capabilité désigne, par exemple, la capacité de pouvoir se déplacer jusqu\u2019à une clinique médicale, ce qu\u2019un droit formel à des soins de base ne suffit pas à garantir.Cet exemple peut sembler üivial pour nous, mais devient exfrêmement éloquent lorsqu\u2019on applique l\u2019approche en contexte de pauvreté mondiale.» A droite : manifestation des Janette pour la charte de la laïcité, le 26 octobre à Monti'éal.C\u2019est d\u2019ailleurs dans le cadre d\u2019un ouvrage intitulé Femmes et développement humain (Cambridge University Press, 2000) que Nussbaum développe sa théorie politique et l\u2019angle féministe de son approche en ponctuant son argumentation philosophique des récits de vie de femmes indiennes qu\u2019elle a interviewées.Dans sa liste des dix capabilités centrales qu\u2019elle propose en vue d\u2019orienter à la fois les principes de la coopération internationale et les approches constitutionnelles au sein des pays, Nussbaum introduit la capabilité de l\u2019affiliation qui implique la nécessité de protéger les institutions qui constituent et nourrissent de teUes formes d\u2019interactions sociales avec autrui, ainsi que la liberté d\u2019assemblée et de discours politique.Pour Nussbaum, la capabilité d\u2019affiliation implique aussi: «Avoir les bases sociales pour le respect de soi-même et l\u2019absence d\u2019humiliation; avoir les moyens d\u2019être considéré comme un être plein de dignité dont la valeur est égale à celle des autres.Ce qui implique au minimum d\u2019être protégé contre la discrimination fondée sur la race, le sexe, l\u2019orientation sexuelle, la religion, la caste, l\u2019appartenance ethnique ou l\u2019origine nationale.» (Femmes et développement humain.L\u2019approche des capabilités, Paris, Des femmes, 2008) Dans cet ouvrage, Nussbaum défend l\u2019universalisme moral de l\u2019approche des capabilités dans le contexte de la diversité culturelle à l\u2019échelle mondiale.Sans complaisance relativiste face au fait du pluralisme, elle s\u2019attaque notamment, dans une perspective féministe, au problème fascinant des préférences adaptatives, c\u2019est-à-dire ces préférences que les individus adoptent dans des contextes de choix tellement appauvris qu\u2019elles ne témoignent que des formes d\u2019aliénation (comme lorsque des femmes «préfèrent» ne pas aller à l\u2019école parce qu\u2019elles «préfèrent» ne pas prendre le risque de se faire asperger d\u2019acide).Mais le problème des préférences adaptatives ne nous autorise pas pour autant à les amalgamer de manière irresponsable à des désirs authentiques qui émanent d\u2019individus autonomes dans des contextes de choix culturellement différents.Bien que Nussbaum s\u2019inscrive pluralisme et au nom du principe de tolérance qui constitue la vertu cardinale du libéralisme politique ,découlant déjà séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Si le combat féministe à l\u2019encontre des intégrismes religieux qui existent dans le monde justifie notre mobilisation et notre critique la plus virulente, cela n\u2019entraîne aucunement la violation de la liberté de conscience et de la liberté religieuse des femmes au sein d\u2019une démocratie libérale, selon Nussbaum.Au contraire, le véritable combat fémi- La philosophe tente de promouvoir une éthique de la décence et de l\u2019amitié civique pouvant cultiver notre faculté d\u2019empathie et notre capacité de nous intéresser à autrui d\u2019emblée dans un féminisme libéral plutôt que postcolonialiste, elle s\u2019oppose à toute forme de paternalisme occi-dentaliste à l\u2019égard des femmes et des populations qui partagent d\u2019autres horizons culturels.Dans tous les cas de figure où une société relativement juste offre en arrière-fond une véritable gamme d\u2019options, protège l\u2019égalité d\u2019opportunités et garantit les capabilités universelles de base, le choix libre des individus d\u2019exercer leurs capabilités comme ils l\u2019entendent exige notre respect le plus fondamental.En effet, la notion de capabilité recouvre fondamentalement la notion de liberté de choix daps la pensée de Nussbaum.A ses yeux, il va de soi qu\u2019au sein d\u2019une démocratie libérale, les principes de justice conformes au respect des libertés individuelles et de la Ipicité exigent la neutralité de l\u2019État devant le niste à l\u2019encontre de toute forme d\u2019intégrisme est, en somme, une lutte pour les capabilités de base afin que les femmes puissent exercer leur liberté et décider par et pour elles-mêmes ce qu\u2019elles feront de leur vie.Il serait paradoxal et insoutenable que le combat féministe se convertisse en croisade idéologique pour dicter aux individus, et en particulier aux femmes, quoi faire de leur capabilité en leur imposant des interdictions au nom de leur émancipation.La liberté de conscience Dans son plus récent ouvrage intitulé The New Religious Intolerance.Overcoming the Politics of Fear in an Anxious Age (Harvard University Press, 2012), Nussbaum impute les nouvelles formes d\u2019intolérance religieuse à la montée de l\u2019isla-mophobie depuis les attentats du World Trade Center.Pour contrer cette politique irrationnelle de la peur et du «malaise», Nussbaum présente un plaidoyer philosophique en faveur du respect universel de la li- berté de conscience, qu\u2019elle considère comme le moteur du développement moderne et contemporain de la démocratie et du combat contre toute forme d\u2019intégrisme (mêmelaïque).Elle tente de promouvoir une nouvelle éthique de la décence et de l\u2019amitié civique pouvant cultiver notre faculté d\u2019empathie et notre capacité de nous intéresser à autrui afin de surmonter les diverses formes de xénophobie, qu\u2019elle dénonce dans son examen attentif des politiques et débats publics qui ont qu lieu en Europe comme aux États-Unis, au sujet de la diversité religieuse (et en particulier au sujet de l\u2019islam).Il y a tout lieu de croire que Nussbaum serait favorable aux approches intersectionnelles qui, loin de diluer le combat féministe, caractérisent les développements les plus pertinents du féminisme contemporain en tenant compte de l\u2019expérience entrecroisée des multiples formes de marginalisation que les femmes peuvent subir, à la fois en tant que femmes et membres de groupes sociaux particulièrement vulnérables.Enfin, non seulement Martha Nussbaum s\u2019opposerait catégoriquement au manifeste des Janette en raison de ses convictions féministes, de son approche des capabilités et de sa conception de la démocratie libérale, mais force est de constater qu\u2019elle se désolerait du manque d\u2019empathie et d\u2019amitié civique qui caractérise malheureusement la tournure actuelle du débat au sujet du projet de loi 60.Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille @ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo."]
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