Le devoir, 30 novembre 2013, Cahier F
[" 3b CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 NOVEMBRE ET DIMANCHE I DECEMBRE 2013 ' 'i COLLECTION PRIVEE Déneigement à la pelle et au banneau dans la rue Saint-Jean après la tempête, Louis-Prudent Vallée, Québec, vers 1870.La côtt de la Montagne et le plateau de la terrasse Québec vers 1865.COLLECTION PRIVEE Durham, George William Ellisson, Les origines de la photographie au Québec Avec Québec éternelle, Michel Lessard et ses collaborateurs Pierre Lavoie et Patrick Altman proposent une incursion dans Phistoire toujours à écrire de la photographie chez nous.Ce livre est dans la lignée des ouvrages exceptionnels que Michel Lessard a produits au cours des dernières décennies sur la culture matérielle du Québec.Un incontournable.JEAN-FRANÇOIS NADEAU En 1840y Napoléon Aubiny l'éditeur du journal satirique Le Fantasque, suggérait aux gens de s'empresser de venir voir des daguerréo-typeSy rappelle Michel Lessard en entrevue.Deux photographes américains étaient alors de passage à Québec.Imaginez la réaction des gens qui voyaient pour la première fois une photographie j^ixée sur une plaque de métal polie.Devant euXy l'image d'un miroir mais fixée à jamais! C'était extraordinaire ! Aubin va écrire que si on avait annoncé cette invention seulement 75 ans plus tôt, leurs inventeurs auraient été brûlés vifs pour sorcellerie.» Il y eut d\u2019abord les daguerréotypes, ces images développées sur une plaque de métal polie grâce à de dangereuses vapeurs de mercure.Aujourd\u2019hui, la clarté et la précision de ces images étonnent encore.Puis il y eut les ferrotypes, les ambrotypes et toutes sortes de procédés successifs qui conduisent aux techniques d\u2019aujourd\u2019hui.Même des plaques autochromes, un premier procédé en couleur breveté par Auguste et Louis Lumière en 1903, sont réalisées à l\u2019époque et exposées au Québec.«En 1906, au Séminaire de Québec, J.K.Laflamme est en relations avec les frères Lumière, poursuit l\u2019auteur.On a fait des autochromes au Québec.Certains ont été exposés à l'époque chez les photographes Laprés et Lavergne.» Prouesse sépia Dans Québec éternelle, sous-titré Promenade photographique dans l'âme d'un pays, Michel Lessard et ses acolytes nagent dans un romantisme teinté de fierté nationaliste jusque dans les pages de garde, frappées de la fleur de lys.Avec un grand savoir, ils n\u2019en offrent pas moins un riche panorama des débuts de la photographie dans notre Amérique.Les images présentées sont souvent remarquables, cadrées par un texte historique solide.Fait notable : nombre d\u2019images stéréoscopiques, ces ancêtres de la photographie en trois dimensions, ont été mises à profit.On trouve même en prime un DVD qui permet, à l\u2019aide de lunettes spéciales, d\u2019apprécier ce divertissement d\u2019autrefois.Sans parler des doubles pages à déplier qui célèbrent en grandeur la photo ancienne, qu\u2019on a curieusement ici teintée partout de sépia.La photographie, insiste Michel Lessard en entrevue, «était une COLLECTION PRIVEE La côte de la Fabrique, photographe inconnu, Québec vers 1892.grande prouesse.Et à l'époque, la moindre avancée technique était saluée comme extraordinaire.Avec la photographie, c'est un sommet.» Louis Daguerre annonce l\u2019invention de son procédé révolutionnaire à la fin de l\u2019été 1839.Dès janvier, on en parle avec tambours et trompettes au Québec, rappelle l\u2019auteur.«Cette invention a créé un choc.Il est difficile de comprendre aujourd'hui ce que ça peut représenter.Mais c'est quelque chose de comparable à l'annonce de l'homme qui met le pied sur la Lune pour la première fois.Tout le monde est fasciné.» Uhistoire perdue «En 1839, un Québécois du nom de Joly de Lotbinière part arpenter le monde avec son daguerréotype.Ce sont les premières photos québécoises, et parmi les premières jamais prises.» Ses notes, publiées pour la première fois en 2011 sous le titre de Voyage en Orient, raconte ses aventures de photographe en Egypte, en Grèce, en Syrie, en Palestine et en Turquie.Hélas, les images de Joly de Lotbinière sont aujourd\u2019hui perdues.«Je les ai tellement cherchées, dans tous les dépôts d'archives! Mais on possède au moins des gravures aux traits réalisées à partir de ses photos.A son retour en Amérique, il a dû en faire aussi au Québec.Mais on n'a rien.La famille est déménagée dans l'Ouest, à l'époque oû son fils est devenu premier ministre.» Ces clichés existent-ils encore quelque part, au fond d\u2019un grenier?Après une carrière déjà bien remplie où il avait notamment mieux fait connaître les meubles québécois anciens, Michel Lessard s\u2019était attaqué, dans les années 1980, à l\u2019histoire de la famille Liver-nois, photographes sur trois générations.«Les Livernois avaient un studio célèbre.Avant l'invention de la carte postale, les visiteurs de la ville arrêtaient voir les albums et acheter de beaux tirages de scènes de chasse, de campagne, de paysages, des photos diverses.» Pendant des années, Michel Lessard a dépouillé les périodiques québécois pour mieux connaître l\u2019histoire de ce médium chez nous.Il ne cesse de s\u2019étonner de la qualité des réalisations québécoises.A son avis, ce qui se fait dans les premiers temps de la photographie au Québec est tout à fait comparable à ce qui se fait ailleurs, et parmi le plus beau.Pourquoi ces images n\u2019appartiennent-elles pas à l\u2019histoire mondiale VOIR PAGE F 2 : ORIGINES Retour avec P.O.L.sur 30 ans d\u2019édition Page F 2 Le prof Normand Baillargeon démolit des légendes pédagogiques Page F 6 14 millions pour un livre mal imprimé édition est franchement mau-i vaise, bourrée d\u2019erreurs t3qDOgra-phiques.Des virgules inversées servent d\u2019apostrophes.Le livre utilise les graphies « psalm » et «psalme» indifféremment.La reliure témoigne d\u2019un travail bâclé et très peu minutieux.N\u2019empêche, le Bay Psalm Book de 1640, première impression connue d\u2019un ouvrage en Nouvelle-Angleterre, a été payé plus de 14 millions de dollars aux enchères mardi, à New York.Le montant mirobolant fait du psautier traduit de l\u2019hébreu à l\u2019anglais le livre le plus cher du monde.Le nouveau propriétaire, le mécène David Rubenstein, entend exposer son trésor dans certaines bibliothèques des Etats-Unis avant de le déposer dans l\u2019une d\u2019elles.«C'est un livre très important parce qu'il marque le début de la civilisation occidentale», a dit l\u2019acheteur.Il ne subsiste que 11 exemplaires de ce Livre des psaumes imprimé à quelque 1700 exemplaires à Cambridge, au Massachusetts, au milieu du XVIF siècle.La précédente vente aux enchères le concernant, en 1947, avait aussi permis d\u2019établir un record mondial à 151000$.La vente de 2013 éclipse aussi le record de 11 millions atteint en décembre 2010 par The Birds of America de John James Audubon.Un livre de l\u2019auteure jeunesse J.K.Rowling, maman de la série Harry Potter, se démarque dans ce groupe sélect des livres millionnaires.The Taies ofBeedle The Bard, tiré à sept exemplaires seulement, a été payé près de 3,5 millions de dollars en 2007, alors que le vendeur en espérait 40 fois moins.Le Devoir Seize des meilleures légendes québécoises duxix^ siècle Robert Choquette Le sorcier d\u2019Anticosti H X O O X H Q h < S K O b Z H 3 H > O Z BIBLIO-FIDES livres de poche F 2 LE DEVOIR,.LES SAMEDI 30 NOVEMBRE ET DIMANCHE I ' » DECEMBRE 2013 LIVRES P.O.L., trente ans à faire écrire les autres Trente ans déjà! 170 auteurs figurent au catalogue de P.O.L., 700 titres, trois prix Médicis, quatre prix Interallié.Paul Otcha-kovsky-Laurens, l\u2019éditeur de livres aux couvertures blanches \u2014 où on refi\u2019ouve Marguerite Duras, Georges Perec, Olivier Cadiot, Atiq Rahimi, Mathieu IJndon, Martin Winckler, legor Gran, entre autres \u2014 accompagnait la semaine dernière au Québec et au Salon du livre de Montréal Marie Darrieussecq, Prix Médicis pour son roman II faut beaucoup aimer les hommes.Le Devoir l\u2019a rencontré, le temps de quelques questions.GUYLAINE MASSOUTRE Bien des écrivains québécois ont ie sentiment d\u2019étre mai aimés en France, peu visibies et peu diffusés.Que ieur répondriez-vous?Il n\u2019y a pas de raison qu\u2019ils soient ostracisés.Ils doivent se comporter comme un écrivain de France ou de Belgique qui envoie un manuscrit à un éditeur.Il est difficile d\u2019être publié.Dans ma maison, c\u2019est de l\u2019ordre d\u2019un à trois manuscrits pour 1000 propositions.J\u2019en reçois 3000 par an.Je deviens de plus en plus difficile, parce que j\u2019ai beaucoup d\u2019auteurs et une capacité limitée de production.C\u2019est une bonne chose pour la maison, mais peut-être une mauvaise chose pour les écrivains ! Tout le monde est égal dans cette compétition entre auteurs.Comment faites-vous pour accompagner vos auteurs et leur permettre de devenir phares?Il n\u2019y a pas de secret: c\u2019est la continuité.Il est arrivé que je publie quinze livres d\u2019un auteur avant que le seizième rencontre son public.Je pars de l\u2019idée que même un livre qui ne se vend pas est un livre utile et que, s\u2019il n\u2019a que quelques lecteurs, ils seront importants pour la suite des choses.Un livre qui se lit beaucoup, c\u2019est agréable, mais les autres ont aussi leur rôle à jouer, ne serait-ce qu\u2019auprès des écrivains.Je ne vois rien de négatif; ce public-là essaime en écrivant à son tour.Les œuvres des écrivains évoluent dans ce contexte.Qu\u2019en est-il pour Marie Darrieussecq, dont le dernier roman, un prix Médicis exigeant, soutient une relecture à son avantage?Marie Darrieussecq, comme d\u2019autres, est amenée à approfondir son travail.Plus un écrivain avance, plus son œuvre s\u2019enrichit de sa vie et aborde de nouveaux territoires avec ce bagage.Son dernier livre comporte plusieurs registres qu\u2019on lui connaissait: l\u2019ironie, dans la première partie hollywoodienne, où elle se moque d\u2019elle-même et de la fascination pour des icônes du cinéma contemporain; l\u2019histoire d\u2019amour va chercher au tréfonds d\u2019elle-même ; et il y a cette Afrique moite, sur une palette extraordinaire de sensations.C\u2019est une conjonction de la réflexion et des sens, sans solution de continuité entre les registres et les tonalités.Comment voyez-vous le combat pour l\u2019exception culturelle dans le cadre du libre-échange qui se négocie actuellement?C\u2019est indispensable! Je m\u2019étonne que personne ne se réfère à l\u2019abandon du «Net Book Agreement» en Angleterre et à l\u2019instauration du prix unique du livre en France.Du coup, la situation est très difficile en Grande-Bretagne, où les éditeurs sont amenés à soumettre leurs choix éditoriaux aux chaînes de librairies, qui diffusent les livres, car, sinon, inutile de publier.En France, il y a une diversité éditoriale ex- 1 w DANIEL MORODZINSKI L\u2019éditeur Paul Otchakovsl^-Laurens prête depuis trente ans ses initiales et sa vision à la maison P.O.L.traordinaire.Le prix unique du livre est un atout indispensable de l\u2019exception culturelle.La preuve est faite depuis 30 ans.Nous restons fermes.La vie intellectuelle n\u2019est pas un produit.La seule concurrence qui vaille dans le domaine culturel est, non pas une question de prix ou de couverture, mais de qualité.Seul le contenu importe.Tout a commencé avec Georges Perec et Marguerite Duras.Aujourd\u2019hui, le succès de P.O.L.vient de livres souvent difficiles mais variés.On y trouve l\u2019humour, le jeu.A quoi vous identifier?Tous les livres que j\u2019ai publiés ont comme préoccupation centrale le travail de l\u2019écriture.Pas un auteur qui n\u2019ait eu de souci formel, qui n\u2019ait réflé-chi sur le matériau de la langue.Tous sont des sculpteurs, des peintres, des musiciens, des plasticiens.S\u2019il n\u2019y a pas ce chant de la langue, cela ne m\u2019intéresse pas.Voyez Jean Rollin, qui s\u2019intéresse au monde extérieur ; il en fait une littérature sophistiquée, très élaborée.S\u2019il est émouvant de rencontrer ses idoles, Perec, Duras, aucun écrivain n\u2019a plus d\u2019importance qu\u2019un autre dans mon catalogue : je me fais une cartographie de mes publications.Dans votre documentaire autobiographique, Sablé-sur-Sarthe, présenté au Festival des films sur l\u2019art en 2009, avez-vous rapproché votre enfance et votre activité d\u2019éditeur?Jean Paulhan éditait les livres qu\u2019il voulait avoir dans sa bibliothèque.Moi, je publie des livres que j\u2019aurais aimé avoir écrits.Ce film m\u2019a fait comprendre que, si je suis éditeur, c\u2019est pour faire parler d\u2019autres gens à ma place.Ma chance est d\u2019avoir rencontré les gens qu\u2019il fallait, d\u2019avoir pris les bonnes décisions; mais si j\u2019ai tellement aimé ce métier, c\u2019est parce que, durant une période, on m\u2019a empêché de parler.Ce film raconte l\u2019histoire d\u2019un silence.Or le rôle analytique du film n\u2019a pas entraîné de désaffection : je continue de publier avec le même plaisir de découvrir.Collaboratrice Le Devoir ORIGINES SUITE DE LA PAGE E 1 de la photographie?«Si Eugène Atget avait été québécois, plaide-t-il, il aurait fait les images des Liver-nois, avec ce sens de la composition exceptionnel Elles sont d\u2019une terrible beauté.» A ses yeux, les Li-vernois offrent ce qu\u2019il y a de meilleur dans la photo.Mais Québec éternelle donne à voir le travail de beaucoup d\u2019autres photographes.Lancé il y a quelques semaines, le livre est déjà un formidable succès.«Au Salon du livre de Montréal, on m\u2019a appris qu\u2019il n\u2019en restait déjà plus que quelques centaines sur un tirage initial de 7000 exemplaires.» Une éventuelle réimpression ne sera pas possible rapidement, puisque ce livre, pourtant très québécois, a été imprimé en Chine, sans quoi il aurait dû se vendre 40% plus cher, comme le plaide l\u2019auteur.Le Devoir QUEBEC ETERNELLE Promenade photographique DANS l\u2019âme d\u2019un pays Michel Lessard, avec la collaboration de Pierre Lavoie et Patrick Altman Éditions de l\u2019Homme Montréal, 2013, 479pages 0 Voir > Une sélection de photos tirées du livre à LeDevoir.com vieNt De paRaitRe Dossier La promesse du don NUMERO 769 \u2022 DECEMBRE 2013 Les auteurs : Paul Ariès, Cyrille Béraud, Patrice Bergeron, Catherine Caron, Céline Dubé, Bernard Émond, Jacques T.Godbout, Michel Métayer, Hélène Monette, Jean-Claude Ravel À lire aussi : le Carnet de Naim Kattan, la chronique littéraire de Marie-Célie Agnant, une analyse sur le Salvador et un débat sur la gentrification.Artiste invitée: Ludmila Armata Sommaire détaillé et abonnement en ligne www.revuerelations.qc.ca promesse du don t.\t^\t^ La valeur du lien Les fondations privées: pas si charitables La petite bonté La force subversive du don La rénérosité du receveur La fragilité partagée 8 NUMEROS PAR ANNEE, 44 PAGES Un an : 40 $ Deux ans : 70 $ À l'étranger (un an) : 55 $ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) 514-387-2541 p.226 | relations@cjf.qc.ca Relations: 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 6,00 $ + TAXES Oui, je désire un abonnement de _ NOM _______________________ _ an(s), au montant de _ ADRESSE CODE POSTAL _ TELEPHONE (_ -)- Je paie par cheque (a l'ordre de Relations) EU ou carte de credit D NUMERO DE LA CARTE [ EXPIRATION I I UTTERATURE QUEBECOISE Retour vers le futur CHRISTIAN DESMEULES Un jour, à 26 ans, Emma se réveille dans une cellule sans comprendre comment elle a pu arriver là.Elle n\u2019a jamais vu celui ou ceux qui la séquestrent, les jours se suivent et se ressemblent, et elle a du temps pour méditer et envisager tous les scénarios.Pour tenter de comprendre comment, par quels détours de sa courte vie sans direç-tion, elle a pu en arriver là.A ce qu\u2019on la choisisse, elle, et pas une autre.Emma possède bien quelques pistes qui lui font croire qu\u2019elle était peut-être, au fond, la victime parfaite.Ainsi, soir après soir, malgré sa liberté, elle n\u2019arrivait plus à boire assez d\u2019alcool pour oublier ce qu\u2019était devenue sa vie : une petite boîte qui restait désespérément vide.Ajoutez à cela qu\u2019elle ne voit plus ses parents que deux petites fois par année.Elle calcule : encore six mois avant que quelqu\u2019un ne commence à s\u2019inquiéter vraiment de sa disparition.«C\u2019est comme si je ne faisais pas tout à fait partie de la société.» Un matin, un homme se réveille aussi dans la pièce.Julien est dirigeant d\u2019une firme de gestion de portefeuille.Lui, «ils» l\u2019ont attrapé dans un stationnement souterrain, la veille de son départ pour un congé sabbatique de six mois.«Personne ne me cherche.Personne ne doit me contacter.» Selon leurs calculs, il serait arrivé là deux mois après elle.«Il n\u2019y a pas de douche.Il n\u2019y a pas d\u2019eau chaude.Il y ale silence.Et l\u2019Autre.Je le regarde dormir.Il est paisible.Quand ses yeux s\u2019ouvrent, c\u2019est autre chose.» Deux êtres captifs qui divergent et se complètent.MARTINE DOYON Claudine Dumont tandis que les jours et les semaines s\u2019étirent en point d\u2019interrogation.Mais la colère et la détresse ne passent pas.Emma et Julien perdent tantôt la vue, tantôt l\u2019ouïe, croient qu\u2019on leur administre des sédatifs et qu\u2019on pratique peut-être sur eux toutes sortes d\u2019opérations.Science ou fiction ?Sont-ils des cobayes?De simples rats de laboratoire, les sujets d\u2019une expérience scientifique ?Cette cohabitation forcée va bien entendu les amener à se rapprocher l\u2019un de l\u2019autre, eux que tout semble séparer.Anabiose, premier roman de Claudine Dumont, 40 ans, est un petit tour de force.À coup de phrases courtes, syncopées, haletantes \u2014 voire suffocantes \u2014, l\u2019écrivaine parvient à nous faire éprouver l\u2019état d\u2019esprit de ses personnages.Emma est la narratrice, au je, de ce récit de captivité qui se déploie sous la forme d\u2019un flux de pensées.Une métaphqre du couple ?Pourquoi pas ?A ce point de la {{ n y a le silence.Et l\u2019Autre.Je le regarde dormir, n est paisible.Quand ses yeux s\u2019ouvrent, c\u2019est autre chose.)) Extrait & Anabiose, de Claudine Dumont lecture du roman, les hypothèses les plus folles sont envisagées, et le lecteur partage longtemps en esprit une partie du désarroi qu\u2019éprouvent les personnages èéAnabiose.Seul bémol : une issue peut-être légèrement prévisible.A cet égard, le programme, avant même d\u2019ouvrir le roman, était annoncé dans le titre.En biologie, on parle d\u2019anabiose dans le cas de reprise de vie active chez un organisme après une phase d\u2019endormissement ou d\u2019hibernation \u2014 quelque chose dans le genre.Vous aurez compris qu\u2019il est difficile d\u2019en dire plus sans risquer de gaspiller l\u2019effet de surprise qui contribue pour beaucoup \u2014 même s\u2019il n\u2019est pas central \u2014 à l\u2019intérêt de ce court et percutant roman.Collaborateur Le Devoir ANABIOSE Claudine Dumont XYZ Montréal, 2013,164 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 30 NOVEMBRE ET DIMANCHE 1'='^ DECEMBRE 2013 F 3 LITTERITURE Le coup de foudre qui change tout Danielle Laurin Ils sont vieux.Plus de 80 ans, tous les deux.Ils vivent ensemble depuis bientôt 56 ans.«Quel est votre secret pour vivre à deux si longtemps dans une telle harmonie ?», leur demande leur petite-nièce qui, elle, s\u2019apprête à se marier.L\u2019histoire d\u2019un vieux couple à l\u2019heure des bilans.Ce livre pourrait n\u2019être que ça, ce serait déjà beaucoup.C\u2019est-à-dire : les voir vivre tous les deux, l\u2019homme et la femme, au présent et au passé.En alternance.Saisir qui ils sont devenus à la lumière de ce qu\u2019ils ont été.Ensemble.Pénétrer dans leur intimité, celle d\u2019aujourd\u2019hui, celle d\u2019hier.Mais sur la pointe des pieds.Comme si on les observait par le trou de la serrure, avec un bruit de tic-tac constant.D\u2019un côté, les suivre dans leur quotidien tranquille de vieilles personnes, dans leur petite routine rassurante: promenades au parc, siestes, repas légers, bains à deux, savonnage du dos de l\u2019autre.Visites de la petite-nièce affectueuse qui apporte avec elle un vent de fraîcheur.Rêves habités, mystérieux.Absences au monde de plus en plus fréquentes.Problèmes de santé qui s\u2019accentuent, pour l\u2019homme en particulier.Les vieux ne parlent plus Jusqu\u2019à quand leur vie se dé-roulera-t-elle ainsi, pour combien de temps encore?Jusqu\u2019q ce que la mort les sépare.A moins qu\u2019ils se revoient, se retrouvent ensuite, dans l\u2019autre monde ?Elle le croit.Mais lui ?D\u2019un autre côté, revenir en arrière.Lors de leur première rencontre.Et même avant.Avant que la femme quitte son premier mari, sa ville de province, son emploi, pour entreprendre une nouvelle vie, à 24 ans.La voir ensuite dans le train, s\u2019éprendre soudain de celui qui deviendra l\u2019homme de sa vie.La voir déchiffrer le billet doux, écrit sous forme de haïku, qu\u2019il lui a glissé avant de descendre du train et dans lequel il lui dit qu\u2019il a le coup de foudre pour elle.Assister à la grande demande.Puis, par morceaux, voir évoluer leur vie de couple.Mesurer le passage du temps, le chemin parcouru.Sans tambour ni trompette, passer d\u2019aujourd\u2019hui à hier, de la vieillesse à la jeunesse, de la lenteur à la fougue, de l\u2019apaisement au feu roulant, de la douceur des petits moments au désir de se réaliser.Passer de la mort proche à la vie trépidante.En venir à faire se superposer, sur les corps vieillissants et les gestes lents, les corps jeunes et les gestes fougueux.Images contrastées, dont les contours tendent à s\u2019effacer pour laisser place à la profondeur des sentiments, à la vie intérieure.C\u2019est déjà beaucoup en effet, n\u2019est-ce pas?Mais Yama-buki, c\u2019est beaucoup plus encore.C\u2019est l\u2019écriture fine de la Québécoise d\u2019origine japo- 1 m PEDRO RUIZ LE DEVOIR Yamabuki, c\u2019est l\u2019écriture fine de la Québécoise d\u2019origine japonaise Aki Shimazaki, et bien plus encore.Quand un couple vit longtemps ensemble, il arrive des moments où chacun rêve de quelqu\u2019un d\u2019autre )) Extrait de Yamabuki naise Aki Shimazaki, plusieurs fois récompensée (prix Rin-guet de l\u2019Académie des lettres du Québec, prix littéraire Canada-Japon, Prix du Gouverneur général).C\u2019est le rythme saccadé donné par ses courtes phrases sans fioriture.C\u2019est tout ce qui vibre derrière la retenue, les non-dits.C\u2019est la densité derrière l\u2019apparente simplicité.Fleur symbole C\u2019est le Japon.Celui des années 2000.Celui de l\u2019après-guerre aussi.De la pauvreté, de la survie, dans des villes détruites par les bombardements, à l\u2019heure de la reconstruction, de l\u2019occupation américaine.Tout cela en filigrane, en passant, par petites touches.Mais les images parlent, elles s\u2019imprègnent.C\u2019est quelqu\u2019un au passage qui dit, en 1948: «Tout est politique, tout est possible.» C\u2019est un projet de centrale nucléaire qui voit le jour dans une région à risques, sismique, au début de l\u2019an 2000.Et un scientifique ambitieux, inféodé, qui ment effrontément à la population.C\u2019est tout aussi bien le shôsha-man classique, l\u2019employé d\u2019une firme commerciale.Qui se dévoue entièrement à son travail, en même temps que pour son pays.Qui est appelé à travailler, dans les années 1960, à l\u2019étranger.Et que la femme suit sans rechigner.La femme qui entendra son mari lui dire, bien des années plus tard, que le succès de sa carrière à lui, lui revient à elle.La femme qui pensera, de son côté: «Je suis heureuse d\u2019avoir pu le suivre jusqu\u2019au bout de la mission qu\u2019il s\u2019était donnée».sans même s\u2019interroger sur le sens de sa mission à elle.C\u2019est la hiérarchie des grandes entreprises japonaises.La façon de faire, de se comporter à la japonaise, dans la vie de tous les jours, dans le couple.C\u2019est le mariage arrangé, le mariage de raison, versus le mariage dit d\u2019amour.C\u2019est un homme qui n\u2019a jamais dit «Je t\u2019aime» à sa femme, mais qui tient à elle plus que tout.C\u2019est la tendresse qui ne dit pas son nom mais s\u2019exprime de toutes les façons.C\u2019est un rayon X de ce qui est tabou.Une femme qui avoue que, si c\u2019était à refaire, elle n\u2019épouserait pas le même homme, sans pour autant vouloir le quitter.Et une autre qui dit le contraire.C\u2019est une remarque en apparence anodine qui tombe.«Quand un couple vit longtemps ensemble, il arrive des moments où chacun rêve de quelqu\u2019un d\u2019autre.» C\u2019est l\u2019image du samouraï qui revient.Et celle de la fleur jaune du Japon appelée yamabuki.Eleur symbole, aux multiples significations, qui revient comme motif, moteur de l\u2019ouvrage.C\u2019est le cinquième et dernier livre d\u2019une série romanesque entamée en 2006.C\u2019est un roman qui se tient de façon autonome, mais si on a lu les précédents, on reconnaîtra certaîns personnages, on fera le rapprochement avec des événements racontés autrement, d\u2019un autre point de vue.C\u2019est un peu plus d\u2019une petite centaine de pages, écrites d\u2019un point de vue féminin : celui de la vieille femme du couple.Qn peut craindre au début D 0GaspardLE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 18 au 24 novembre 2013 olivieri Librairie & Bistro Au cœur de la littérature Lundi 2 décembre à 18 heures Causerie avec Thomas Clerc À l\u2019occasion de son passage à Montréal et de la parution de son nouveau livre Intérieur Gallimard Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Après L'Homme qui tua Roland Barthes, Grand Prix de la nouvelle de l'Académie française, Thomas Clerc propose avec Intérieur une visite intime, ludique et exhaustive de son appartement.Animée par Claire Legendre \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 De peigne et de misère\tFred Peiierin/Sarrazine\t1/3 2 Ce qui se passe au congrès reste au congrès!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t2/3 3 Mauvaise foi\tMarie Laberge/Québec Amérique\t4/6 4 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tLouise Trembiay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean\t3/5 5 Où vont ies guêpes quand ii fait froid?\tPascaie Wiiheimy/Libre Expression\t6/2 6 Souvenirs de ia baniieue \u2022 Tome 6 Les jumeaux\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t5/3 7 Mensonges sur ie Piateau-Mont-Rovai \u2022 Tome 1 Un mariage.\tMichei David/Hurtubise\t8/7 8 Les ciefs du Paradise\tMichei Trembiay/Leméac\t7/2 9 La vie épicée de Charlotte Lavigne* Tome 4 Foie gras au torchon.Nathaiie Roy/Libre Expression\t\t10/4 10 C'est ie coeur gui meurt en dernier\tRobert Laionde/Boréai\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Perdre ie Nord\tKathy Reichs/Robert Laffont\t1/4 2 Lappei du coucou\tRobert Gaibraith/Grasset\t3/3 3 Le pius beau des chemins\tNichoias Sparks/Michei Lafon\t5/4 4 Preuves d'amour\tUsa Gardner/Aibin Michei\t9/3 5 Au revoir ià-haut\tPierre Lemaitre/Aibin Michei\t4/3 6 Sept ans de désir\tSyMa Day/Fiammarion Québec\t2/3 7 Ainsi résonne i'écho infini des montagnes\tKhaied Hosseini/Beifond\t6/3 8 Lempreinte de toute chose\tEiizabeth Giibert/Caimann-Lévy\t-/I 9 La mission Janson\tJustin Scott/Grasset\t8/3 10 inferno\tDan Brown/Lattès\t-/I Essais québécois\t\t 1 Les Cyniques.Le rire de ia Révoiution tranquiiie\tCoiiectif/Triptygue\t1/3 2 Dix journées qui ont fait ie Ouébec\tCoiiectif/VLB\t-/I 3 Là où croft ie périi.croît aussi ce gui sauve\tHubert Reeves/Seuii\t2/7 4 Tenir tête\tGabriei Nadeau-Dubois/Lux\t3/7 5 Les années Croc\tM.Viau 1 J.-D.Leduc/Québec Amérique\t4/5 6 Voyage dans i'inde des indiennes\tAndrée-Marie Dussauit/Remue-ménage\t-/I 7 Femmes de paroie\tCoiiectif/Rogers\t6/2 8 Les images que nous sommes\tSerge Bouchard/Homme\t-/I 9 Les tranchées.Maternité, ambigüité et féminisme, en frajoents\tFanny Britt/Ateiier 10\t-/I 10 Légendes pédagogiques\tNormand Baiiiargeon/Poètes de brousse\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Piaidoyer pour i'aitruisme.La force de ia bienveiiiance\tMatthieu Ricard/NiL\t1/4 2 Tintin et ies forces obscures\tCoiiectif/La Presse\t2/3 3 Lidentité maiheureuse\tAiain Finkieikraut/Stock\t-/I 4 Le bien commun\tNoam Chomsky/Écosociété\t3/5 5 La grande saignée.Contre ie cataciysme financier à venir\tFrancois Morin/Lux\t5/2 6 Histoire des iieux de iégende\tUmberto Eco/Fiammarion\t-/I 7 Le biduie de Dieu.Une histoire du pénis\tTorn Hickman/Robert Laffont\t6/4 8 Puissances d'hier et de demain.Létat du monde 2014\tCoiiectif/La Découverte\t8/8 9 Dette.5 000 ans d'histoire\tDavid Graeber/ies Liens qui iibèrent\t4/3 10 Les personnages de Lucky Luke et ia véritabie histoire de ia.\tCoiiectif/Historia\t10/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propnétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse 6dspdti sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Gasparû et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Gaspard © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.une certaine forme d\u2019ennui, on peut rester froid devant ce qui s\u2019annonce comme le calme plat, on peut sourciller devant ce qui ressemble à un refus d\u2019épanchement.Qn finit par être complètement envoûté par ce roman minutieusement construit.Qn est touché aussi, ému.Bien au-delà de ce qu\u2019on aurait Imaginé.YAMABUKI Aki Shimazaki Leméac/Actes Sud Montréal, 2013, 140 pages À table chez les Goncourt GILLES ARCHAMBAULT \\ A l\u2019arrivée de l\u2019automne, attendez-vous l\u2019annonce du Goncourt avec fébrilité?Mol pas.11 n\u2019empêche que je n\u2019al pas détesté musarder dans le survol que nous propose Pierre Assou-llne de cette Institution.Lui-même membre de l\u2019académie du même nom, 11 raconte fort succinctement, et année par année, les 110 ans du prix en question.Qn y apprend ou y vérifie des informations.Potinages mondains, «on-dit» en tous genres, petites et grandes méchancetés, rien d\u2019essentiel, mais une confirmation de l\u2019inanité de la vie littéraire.Est-ce une raison pour partir en guerre contre un phénomène qui parvient à faire parler du livre un jour par année ?Probablement pas.S\u2019en moquer un peu?Why notl Et puis, ils sont au fond touchants, ces écrivains, roués à des degrés divers, qui se réunissent autour d\u2019une bonne table, se crêpent parfois le chignon à propos d\u2019un livre qu\u2019ils n\u2019ont pas toujours lu.Les commensaux qui s\u2019enflamment rapidement ou s\u2019insurgent trop violemment risquent de mal digérer, toutes choses qui ne sont pas recommandées aux gens de leur âge.Qn lit ces faits et gestes d\u2019auteurs, souvent oubliés ou parfaitement oubliables parfois, en se disant que, même si la littérature, c\u2019est autre chose que cette course à l\u2019éventuel best-seller, autre chose que le copinage ou le trafic d\u2019influences, on a un peu satisfait sa curiosité.Collaborateur Le Devoir DU CÔTÉ DE CHEZ DROUANT Pierre Assouline Gallimard/France Culture Paris, 2013, 212 pages ERIC LE GRAND ROMAN DES COMPORTEMENTS AMOUREUX.Eric-Eiîimaiiuel Schniitt, Les perroquets de la place d\u2019Arezzo mmn Albin Michel Albiii Michel F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 30 NOVEMBRE ET DIMANCHE 1®^ DECEMBRE 2013 LITTERATURE La Vitrine 1 NOUVELLES LA MER DE LA TRANQUILLITÉ Sylvain Trudel Notabüia Paris, 2013, 176 pages iMER^ lELA rRANOUILLITE Avec Le souffle de l\u2019harmattan, Terre du roi Christian, Zara ou la mer Noire (1986,1989 et 1994), récrivain né en 1963 ajoutait chaque fois quelques pierres à son univers de rêves écroulés.Du mercure sous la langue (2001) avait relevé d\u2019un cran encore l\u2019ampleur de sa révolte.Voici que Sylvain Trudel propose une édition revue et augmentée d\u2019une dixième nouvelle inédite de Li mer de la tranquillité, livre pour lequel il a obtenu en 2007 le Prix littéraire du Gouverneur général.Douleur, violence et désespoir émanent de chacune des nouvelles denses \u2014 même s\u2019il ne s\u2019a^t que d\u2019une violence des mots, de la voix et du regard.Partout s\u2019insinue une même révolte contre la mort, un même refus en bloc des souffrances et des injustices qui la précèdent et qui, à ses yeux, enlèvent une partie de sa valeur à l\u2019existence, et une dénonciation en règle des mensonges mielleux offerts par toutes les religions.Poussière rouge, «l\u2019inédite», met en scène un narrateur acrimonieux qui déambule dans Umoilou, au moment où le quartier de Québec connaît un épisode de poussière d\u2019oxyde de fer et de nickel liée aux activités industrielles du port Dans l\u2019attente angoissée des résultats d\u2019une biopsie à la suite d\u2019une tumeur au front, il promène le poids de sa solitude, de sa révolte et de sa culpabilité à la suite du décès récent de sa compagne.Un texte sinueux aux accents autobiographiques, avec lequel Trudel fait peut-être ses adieux à la littérature, qui sonne comme un clou supplémentaire dans un cercueil déjà bien plombé.Christian Desmeules LE PETIT ROMAN ILLUSTRE - JEUNESSE LE PETIT TABARNAK Jacques Goldstyn La Pastèque Montréal, 2013, 80 pages En plein énième exercice de déchirement collectif sur fond d\u2019identité, voilà un livre qui arrive à point pour décrisper les foules, avec audace et provocation, en proposant une biographie ludique d\u2019un fragment de patrimoine verbal que les enfants ne peuvent pas prononcer en se demandant parfois pourquoi.C\u2019est ce qui arrive ici, avec un petit «tabarnak» lâché dans la douleur par un père bricoleur du dimanche et qui va plonger un enfant dans la perplexité : c\u2019est quoi, un tabarnak?Un monstre vert?Le nom d\u2019un méchant dictateur?Un mot qui évoque un fléau passé?Ou pire encore?Cette quête de sens, püotée habilement par le bédéiste et illustrateur Jacques Goldst5m, conduit forcément le p\u2019tit curieux au bon endroit, avec l\u2019aide d\u2019un curé jovial qui, sans malice, va les aider, lui et ses amis, à démystifier l\u2019étrange juron.Avec amusement.Un petit tabarnak, en somme, qui, en disant d\u2019où il vient, pourrait, modestement, contribuer à indiquer un peu au présent où aller.Fabien Deglise NOUVELLES De la désillusion à la nostalgie CAROLINE MONTPETIT Drague vulgaire sur la plage d\u2019Oka, fellation entre deux membres d\u2019un couple qui ne s\u2019aiment plus, petite baise grise de soir d\u2019anniversaire: du sexe cru et sans lendemain traverse le premier recueil de nouvelles de Françoise Major, Dans le noir jamais noir.Du sexe en aplat, donc, mais avec un humour féroce grinçant, porté par une plume vive, trempée dans le jouai.Nouvelles acidulées et mordantes qui nous promènent à la crête des sens.Odeurs, sons, images, goûts, peaux.Pas toujours agréables: on y lit le goût des aliments régurgités par une boulimique, l\u2019odeur âcre des draps d\u2019un inconnu où on a échoué par défaut, la musique trop forte, le spectacle désolé d\u2019une fin de party en forêt.Il y a aussi l\u2019histoire de ce batteur d\u2019un groupe rock qui nourrit un amour improbable envers Anna-belle, serveuse rencontrée en pleine Gaspésie.Il y a le regard acéré de cette caissière de dépanneur sur ses clients.Il y a cette enfant qui pleure la mort de son poisson rouge.D y a cette agression, le soir, tard, dans un dépanneur.Il y a cette femme dont le conjoint vient d\u2019avoir un accident grave.Il y a surtout la voix d\u2019une écrivaine prometteuse.Une voix rythmée, cinglante aussi.Certaines nouvelles se concentrent sur l\u2019infiniment petit Un bruit de bouche qu\u2019on fait en cuisinant La solitude par 50 degrés Celsius.Les huit grosses bières qu\u2019un client de dépanneur achète tous les jours.Et Du sexe en aplat, mais avec un humour féroce grinçant, porté par une plume vive tant d\u2019autres personnages, qui portent avec éclat ces nouvelles très brèves, comme si tout était joué d\u2019avance et qu\u2019il fallait se laisser aller, résigné, à chaque dénouement Nostalgie Brèves elles aussi, les nouvelles du deuxième recueil de Morgan Le Thiec,/^ n\u2019ai jamais parlé de toi, ici, qui déploient sur un rythme plus lent, trop lent parfois, des textes nimbés de nostalgie.Une femme se remémore une amitié interrompue il y a des années.Un doctorant tente de retrouver l\u2019innocence de son enfance.On y voit des maisons qu\u2019on habite puis qu\u2019on vend.Des abîmes de temps séparent le présent du passé.Peut-être que, justement, certaines nouvelles embrassent trop large pour leur format Comme si l\u2019auteur, qui a un doctorat en linguistique, hésitait entre raconter une vie ou un instant D\u2019autres, pourtant toutes simples, laisseront longtemps leur trace en mémoire.Comme celle sur une promenade désœuvrée dans un centre commercial, par exemple, un soir de Noel.Le Devoir DANS LE NOIR JAMAIS NOIR Françoise Major La Mèche Montréal, 2013, 136 pages JE N\u2019AI JAMAIS PARLÉ DE TOI, ICI Morgan Le Thiec La Pleine Lune Montréal, 2013, 153 pages PRIX FEMINA 2013 La traite négrière GILLES ARCHAMBAULT Je ne cesse de le répéter, je ne rends compte dans ces pages que de livres que j\u2019ai choisis.La raison en est bien simple: je suis un lecteur.Pas un critique.Le roman dont je m\u2019occupe aujourd\u2019hui, je ne l\u2019aurais certes pas lu si on ne me l\u2019avait pas proposé.Que La saison de l\u2019ombre de Léonora Miano ait été couronné par les dames du Femina n\u2019aurait eu sur moi aucune influence.Les prix littéraires, je m\u2019en bats l\u2019œil.Diane de Margerie, présidente du jury du prix en question, a eu beau dire, lors de l\u2019annonce du titre du roman primé, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une œuvre majeure, je n\u2019étais pas nécessairement convaincu.Combien de romans fêtés nous tombent des mains ! Voilà donc qu\u2019on me propose de lire cette œuvre d\u2019une romancière camerounaise dont je ne sais rien.Au bout d\u2019une cinquantaine de pages, je demande grâce.J\u2019étais prêt à remettre mon tablier.Bien difficile pour moi de lire un roman qui fraite d\u2019un thème qui conviendrait mieux à un essai ethnographique.On insiste.Je cède.Preuve que je n\u2019étais pas tout à fait sûr de ma décision.Il y a aussi que je n\u2019aime pas capituler.Trafic humain La saison de l\u2019ombre raconte une histoire se déroulant dans l\u2019Afrique subsaharienne au XVIF siècle.Un village bantou, appartenant à la tribu des Mulongo, est incendié.Douze hommes ont disparu à la faveur de l\u2019opération.S\u2019agit-il d\u2019une vengeance des ancêtres à qui on aurait manqué de respect ?Ou même d\u2019une punition de Nyambe, le dieu créateur?Ebeise, première épouse du guide spirituel du village, propose qu\u2019on isole dans une case particulière les mères dont les fils ont été enlevés.De cette façon, croit-elle, «leur douleur sera contenue en un lieu clairement circonscrit, et ne se répandra pas dans tout le village».Ce n\u2019est qu\u2019à la suite d\u2019expéditions menées par Mukano, le chef du clan, et trois des mères dont les fils sont disparus qu\u2019on apprendra que ce sont des membres d\u2019une tribu voisine et hostile, les Bwele, qui ont tout manigancé.Leur but: vendre ces hommes, dix jeunes et deux plus âgés, à des Européens négriers.L\u2019expression «saison de l\u2019ombre» signifie la saison THOMAS SAMSON AGENCE ERANCE PRESSE L\u2019auteure camerounaise Léonora Miano a reçu le prix Femina pour sa fiction sur une Afrique du temps de la traite négrière qui fascine l\u2019Occidental.{,{, L\u2019amour des mères pour leur fils n\u2019a que faire des astres pour trouver son chemin, il est lui-même l\u2019étoile yy Extrait de La saison de l\u2019ombre des pluies.Le roman est truffé d\u2019expressions locales qui, si elles apportent beaucoup à la coloration du roman, n\u2019en rendent pas pour autant la lecture aisée.Je m\u2019en porte garant, moi qui avais été réticent à en poursuivre la lecture.Le «pongo», c\u2019est le nord.Le «mikondo», le sud, le «mbua», la pluie.D\u2019accord, il y a le glossaire en fin de volume.Mais enfin.Dans une brève postface, l\u2019auteure explique comment elle s\u2019est appliquée à faire des recherches, à consulter, par exemple, un rapport de mission sur la traite transatlantique {La mémoire de capture de Lucie-Mami Noor Nkaké) et Les descendants des pharaons à travers l\u2019Afrique du prince Dika Akwa nya Bo-nambela, histoire de décrire avec justesse le quotidien de communautés disparues.Us et coutumes L\u2019Afrique précoloniale que décrit Léonara Miano est pour l\u2019Occidental purement fascinante.On y obéit à des lois étranges, on vit selon des rites étonnants.Le passage à trépas s\u2019accompagne de nombreux chants.Ainsi, lorsque Eyabe, l\u2019une des mères à la recherche de son fils, assiste à l\u2019agonie de Mutimbo, elle n\u2019hésite pas à retarder un départ pour elle plus qu\u2019essentiel afin d\u2019accomplir ce qu\u2019elle considère comme son devoir.Quand elle a quitté son village pour accomplir sa mission, elle ne connaissait pas la route à suivre.«L\u2019amour des mères pour leur fils n\u2019a que faire des astres pour trouver son chemin, pensent Eyabe et la romancière, il est lui-même l\u2019étoile.» Léonara Miano recrée un monde en ne se permettant à aucun moment d\u2019interpréter à sa manière la civilisation primitive qu\u2019elle décrit.Pour les Mulongo, l\u2019Atlaptique n\u2019est pas un océan.A peine une étendue d\u2019eau que peu d\u2019entre eux connaissent et dont ils ignorent l\u2019étendue.Les Européens sont des «hommes aux pieds de poule».Ainsi appelés à cause de leurs jambes qu\u2019un pantalon recouvre, ces derniers n\u2019ont aucune identité particulière.Sont-ils français, espagnols, anglais ?Les Mulongo n\u2019en savent rien.Et la romancière adopte leur ignorance, histoire de rendre fidèlement une recréation d\u2019un monde oublié.Ce monde imaginaire, et pourtant parfaitement délimité, on ne parvient à le faire sien qu\u2019en admettant qu\u2019il n\u2019a rien d\u2019un roman dit historique.Il y a si peu de documents écrits, et la tradition orale s\u2019est parfois perdue en cours de route, la romancière a été en quelque sorte tenue d\u2019être à la fois le conteur et le témoin d\u2019une histoire occultée.Mais, encore une fois, ne pas s\u2019imaginer que ce roman se lit comme un roman historique ou comme une saga populaire.Il exige une lecture attentive.Il faut s\u2019habituer à un vocabulaire, à des attitudes inédites.La poésie qui court dans le roman se fraie un chemin à travers une prose souvent austère.Un effort que le signataire de cette chronique s\u2019est refusé à donner dans un premier temps.Collaborateur Le Devoir LA SAISON DE L\u2019OMBRE Léonora Miano Grasset Paris, 2013, 234 pages L\u2019histoire et ses détails Un nouvel auteur portugais est comparé là-bas à Saramago ou Garcia Marquez CHRISTIAN DESMEULES Tandis que la démocratie revient d\u2019un coup au Portugal, un homme est retrouvé mort dans un champ, abattu d\u2019un coup de fusil en plein visage.Arrivé mystérieusement dans le village quarante ans plus tôt, qui était vraiment Celestino, sinon un «homme enclin aux mélancolies prolongées » et porteur d\u2019un œil de verre ?Des années 30 en passant par la Révolution des œillets, le 25 avril 1974, quand s\u2019effondre enfin le régime salaza-riste, jusqu\u2019à nos jours, La main de Joseph Castorp réveille les rouages d\u2019une petite machine à remonter le temps.Le premier roman de Joâo Ricardo Pedro, né en 1973, prix LeYa 2011 du meilleur premier roman lusophone, nous plonge au cœur du brouillard.Une famille au pied de la montagne Le romancier portugais donne vie à une série d\u2019histoires qui s\u2019étendent sur trois générations de la famîUe Mendes, nota-bles d\u2019un «village au nom de mammifère, coincé au pied de la montagne de Gardunha, tourné qu sud sans en avoir conscience».A coups de courts tableaux qui prennent souvent l\u2019apparence de nouvelles, La main de Joseph Castorp est ainsi l\u2019occasion d\u2019un voyage oblique à travers l\u2019histoire moderne du Portugal.i:.AGENCE ERANCE PRESSE La main de Joseph Castorp suit une famille portugaise sur trois générations, des années 30 jusqu\u2019à nos jours, en passant par la Révolution des œillets, en 1974 (notre photo).Une vieille femme unijambiste meurt dans une chambre d\u2019hôtel de Buenos Aires où elle vivait recluse depuis des années.Près d\u2019elle, une sorte d\u2019autoportrait peint en 1924, détail d\u2019un tableau de Brueghel aperçu dans un musée de Vienne, où on voit une femme portant des béquilles, une jambe coupée en dessous du genou.Quel lien avec ce chat empaillé trouvé par le père de Duarte durant la guerre d\u2019indépendance en Angola?Et quel rapport aussi, si même il en existe un, avec ce pianiste allemand séquestré par les nazis durant la guerre ?C\u2019est surtout à travers le jeune Duarte, pianiste virtuose qui abandonnera la musique, que résonnent habilement l\u2019histoire de cette famille et celle du Portugal tout entier.De l\u2019époque où son grand-père, médecin, lui lisait les lettres remplies d\u2019anecdotes de son ami Policarpo \u2014 qui lui avait vendu le domaine avant de parcourir l\u2019Europe et d\u2019aller s\u2019enterrer en Argentine \u2014 jusqu\u2019à la mort de sa mère, les années passent et les énigmes s\u2019accumulent.Entre les deux.Antonio, le père plutôt silencieux de Duarte, revenu brisé d\u2019un deuxième séjour en Angola.Un pays, une famille, un homme peuvent-ils vraiment s\u2019amputer de leur passé ?Comme une partie d\u2019un tableau qu\u2019on isole de son ensemble, la vérité est-elle à chercher plutôt dans les détails de l\u2019histoire ?A chaque nouvelle question que fait surgir le roman s\u2019en substitue une autre.Le lecteur ne saura pas tout, il lui faut s\u2019y résigner.Critiques élogieuses Le roman nous arrive précédé de critiques élogieuses feitas em Portugal qui le comparent à Saramago ou à Garcia Mârquez.On sourcille un peu.Mais si le souffle n\u2019a pas la même puissance, la comparaison avec la tonalité et la verve du Colombien s\u2019impose elle-même assez rapidement.Avec sa narration qui multiplie les angles de vue, ratoureux, joueur, habile, Joâo Ricardo Pedro s\u2019amuse tout en donnant à son roman un vrai souffle d\u2019intelligence.Une écriture capable de créer à volonté du m5^e à partir de la boue du quotidien et de l\u2019histoire.Une belle découverte.Collaborateur Le Devoir LA MAIN DE JOSEPH CASTORP Joâo Ricardo Pedro Traduit du portugais par Elizabeth Monteiro Rodrigues Viviane Hamy Paris, 2013, 224 pages LE DEVOIR LES SAMEDI SO NOVEMBRE ET DIMANCHE I®'\u2018 DECEMBRE 2013 F 5 LIVRES Relire Anne Hébert Kamouraska et Les chambres de bois s\u2019ajoutent aux Œuvres complètes MARIE-ANDREE LAMONTAGNE La critique aime les catégories, elle en a même besoin pour penser.Ainsi du roman historique et du roman dont l\u2019action se situe dans l\u2019histoire.Le premier est bourré jusqu\u2019à la gueule d\u2019une documentation censée faire vrai.Le second fait du matériau historique un adjuvant de l\u2019imagination.Publié en 1970, Kamouraska, qui appartient à la seconde catégorie, marque un temps fort dans l\u2019œuvre d\u2019Anne Hébert.Avec Les chambres de bois, premier roman paru en 1958, il forme le tome II des Œuvres complètes d\u2019Anne Hébert, qui vient de paraître aux Presses de l\u2019Université de Montréal, après le tome 1, il y a quelques mois, rassemblant l\u2019œuvre poétique.Genèse H faut saluer cette entreprise d\u2019accompagnement, qui scrute la genèse de l\u2019œuvre, cherche à en restituer le contexte de rédaction et en éclaire la réception.Le commentaire savant se fait ici scrupuleux, sans être envahissant.Du coup, les quelques échappées jargonneuses {«marqué au sceau de codes génériques exogènes au roman »), les évidences («l\u2019imaginaire qu\u2019il déploie appartient pleinement à la culture occidentale qui est celle de son auteure») ou les redondances {«des amants passionnés, éperdus d\u2019enthousiasme») qui l\u2019entachent çà et là n\u2019en sautent que davantage aux yeux.L\u2019ensemble n\u2019en demeure pas moins toujours instructif.Que Kamouraska racoqte les amours impossibles d\u2019Elisabeth d\u2019Aulnières et du jeune docteur George Nelson, quiconque a lu le roman le sait déjà.Ce que l\u2019édition critique permet maintenant L ^ I f DANIEL KIEFFER Anne Hébert apparaît ici iors de ia Nuit de ia poésie du 28 mars 1980 à i\u2019Université du Québec à Montréai.La iangue des Chambres de bois, ornée jusqu\u2019au maniérisme, trahit ie côté poète de ia romancière.de comprendre, c\u2019est la distance qu\u2019Anne Hébert a dû installer, au fil des versions successives et de quatre années de rédaction (trois manuscrits, deux dactylographies, un carnet de notes), entre le fait divers historique Payant inspirée (en janvier 1839, l\u2019assassinat d\u2019Achille Taché, seigneur de Kamouraska, par l\u2019amant de sa femme) et l\u2019univers fantasmagorique qu\u2019il lui a fallu mettre en place pour faire exister le roman.Certes, Anne Hébert rassemble une documentation, dépouille les archives judiciaires de l\u2019époque, sans ignorer la grande histoire \u2014 en l\u2019occurrence, la révolte tout juste réprimée des patriotes \u2014 et assimile studieusement le tout.Mais c\u2019est pour mieux s\u2019en détacher en écrivant, ou plus exactement en récrivant, jusqu\u2019à réduire la fameusq révolte à une réflexion d\u2019Elisabeth : « Que la reine pende tous les patriotes si tel est son bon plaisir.Que mon amour vive! Lui seul entre tous.» Y a-t-il plus claire illustration des impérieuses lois de la fiction?L\u2019enjeu n\u2019est alors pas la fidélité aux faits historiques, mais la juste place à leur accorder dans la mémoire d\u2019une femme ayant rompu toutes les digues au ARCHIVES LE DEVOIR L\u2019auteure, en 1975 Que la reine pende tous les patriotes si tel est son bon plaisir.Que mon amour vive!Lui seul entre tous.)) Extrait d\u2019une réflexion qu\u2019a ia céièbre Êiisabeth d\u2019Auinières de Kamouraska chevet de son second mari mourant.Ce n\u2019est donc pas sur l\u2019histoire que s\u2019appuie Anne Hébert pour faire vivre Kamouraska, mais sur la syntaxe, l\u2019usage éblouissant des pronoms et la variation maîtrisée des points de vue.Les écrivains, on l\u2019aura compris.ne sont pas des historiens.On les en remercie.Roman de jeunesse.Les chambres de bois se situe à des lieues de l\u2019histoire, voire de la réalité.Il a pour lui l\u2019aura du conte, où des bergères, qui sont parfois les seules à savoir faire du feu, épousent des princes névrosés, qui jamais ne leur feront de nombreux enfants.Ce huis clos d\u2019un couple mal assorti, plombé par des rapports incestueux, se déploie comme une pantomime à la grâce surannée.D\u2019où vient l\u2019étrange plaisir, mêlé d\u2019agacement, que procure encore sa relecture?Sans doute du fait que ce condensé d\u2019Anne Hébert pur jus \u2014 l\u2019enfance qui n\u2019en finit pas, le songe, l\u2019enfermement, la mort, la vie \u2014, servi par une langue ornée jusqu\u2019au maniérisme, agit comme un antidote face au réel tyrannique.Une idée reçue qualifie de «poétique » le style qui tourne aussi résolument le dos au réalisme.Comme si la poésie n\u2019avait pas vocation, elle aussi, à rendre compte du réel.Les romanciers se doublent parfois de poètes.On les en remercie.Collaboratrice Le Devoir ŒUVRES COMPLÈTES D\u2019ANNE HEBERT TOME II : Romans (1958-1970) LES CHAMBRES DE BOIS Edition établie par Luc Bonenfant KAMOURASKA Edition établie par Anne Ancrenat et Daniel Marcheix Presses de l\u2019Université de Montréal Montréal, 2013, 488 pages BIOGRAPHIE Le tombeau du docteur David Servan-Schreiber LOUIS CORNELLIER Auteur des ouvrages à succès Guérir et Anticancer, dans lesquels il plaidait pour un usage raisonné des médecines douces dans le respect de la médecine allopathique, le médecin et psychiatre français David Servan-Schreiber (DSS) est mort prématurément, à 50 ans, d\u2019un cancer du cerveau diagnostiqué vingt ans plus tôt.Scientifique extrêmement charismatique, DSS, qui fut de la délégation de Médecins sans frontières en Irak et au Kosovo, entre autres, a prin-çipalement travaillé aux Etats-Unis, tout en étant très attaché au Québec, où il fit ses études en médecine aux universités Laval et McGill, dans les années 1980.Souvenirs Première épouse du journaliste et politicien Jean-Jacques Servan-Schreiber, père de David, la romancière et journaliste Madeleine Chapsal fut une grande amie de ce dernier, qu\u2019elle considéra comme le fils qu\u2019elle n\u2019avait pas eu.Dans David, paru en 2012 et publié en format de poche cette saison, elle lui rend un émouvant hommage, en racontant avec délicatesse et grande sensibilité la profonde amitié qui les unissait et les beaux moments qu\u2019ils ont passés ensemble.Petite biographie intime d\u2019un chercheur qui avait fait de l\u2019empathie son territoire de prédilection, ce livre, beau comme une déclaration d\u2019amour à l\u2019heure du souvenir, ravira les lecteurs de DSS, qui «avait, dans sa façon naturelle de s\u2019exprimer, quelque chose qui agissait comme un charme», note Chapsal.\\ E.ROBERT-ESPALIEU Le médecin et psychiatre français David Servan-Schreiber est mort prématurément, à 50 ans, d\u2019un cancer du cerveau diagnostiqué vingt ans pius tôt [David Servan-Schreiber] avait, dans sa façon naturelle de s\u2019exprimer, quelque chose qui agissait comme un charme )) Extrait de David, de Madeleine Chapsal Ce dernier constat est si vrai, si juste, que DSS, je l\u2019ai déjà écrit dans ce journal, est la seule personne au monde qui est parvenue à me convaincre de l\u2019idée que certaines médecines douces pouvaient avoir leur pertinence et méritaient qu\u2019on leur donne une chance.David Servan-Schreiber était un homme d\u2019exception.La prose à la fois triste et sereine de Madeleine Chapsal nous permet de le pleurer comme il se doit.Collaborateur Le Devoir DAVID Madeleine Chapsal Le Livre de poche Paris, 2013,144 pages \"Ê Presses de l'Université du Québec Louis Jacques Filion Imogen I SAVOIR SE DEPASSER - ff Préface de Nicole Beaudoin Presses de l'Université du Québec LOUIS JACQUES FILION INNOVER AU FÉMININ SAVOIR SE DÉPASSER - INTRAPRENDRE pasipi PDF EPUB CONNAITRE,DIFFUSER ET AGIR puq.ca/blogue twitter.com/PressesUQ facebook.com/PressesUQ F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 30 NOVEMBRE ET DIMANCHE I^^\" DECEMBRE 2013 ESSAIS Le marteau du prof Baillargeon U Louis CORNELLIER Oh, le beau livre dévastateur et jouissif que voilà! Comme Nietzsche entrant dans le musée de la pensée occidentale armé de son marteau avec rintention de bouleverser le décor, Normand Baillargeon, dans Légendes pédagogiques, fait irruption dans le monde des idées pédagogiques en vogue avec le même outil en main, dans le but de démasquer et de terrasser des fables qui pervertissent Técole.Contrairement au maître allemand, toutefois, le philosophe québécois est plus méthodique qu\u2019intempestif et il brille par son rationalisme, sa clarté et son parti pris pour la justice sociale.Infatigable penseur de réducation, Baillargeon a réuni, dans cet essai, 14 légendes pédagogiques, c\u2019est-à-dire 14 thèses données pour vraies mais «le plus souvent fausses ou du moins, à Vexa-men, dénuées de plausibilité conceptuelle ou d'une solide base scientifique».Il les présente objectivement, avant de les mettre en pièces.Vous connaissez sûrement, par exemple, ce qu\u2019on appelle «l\u2019effet Mozart», c\u2019est-à-dire cette idée selon laquelle le fait de faire entendre la musique du grand compositeur à des enfants ou même à des bébés rendrait ces derniers plus intelligents et plus créatifs.C\u2019est une arnaque, évidemment, même s\u2019il vaut toujours mieux écouter du Mozart que du Lady Gaga.En 1993, une expérience menée auprès de 36 étudiants universitaires concluait bel et bien que ceux qui avaient écouté du Mozart obtenaient de meilleurs résultats à un test de QI que ceux qui s\u2019étaient préparés en silence ou en écoutant de la musique de relaxation.Or ce résultat n\u2019a jamais pu être reproduit.Pourtant, la légende court toujours.Billevesées neuroscientifiques D\u2019autres légendes ont la vie dure.C\u2019est le cas de celle qui prétend que certaines personnes, logiques et rationnelles, useraient surtout de leur cerveau gauche, alors que d\u2019autres, plus intuitives et émotives, useraient particulièrement de leur cerveau droit.Billevesées que tout cela, démontre Baillargeon.Le cerveau, explique-t-il, est un système intégré dont le fonctionnement ne se compartimente pas de la sorte.Il est tout aussi absurde, pour des raisons semblables, de croire que nous n\u2019utilisons que 10% de notre cerveau.Au passage, Baillargeon règle aussi le cas de ces approches pseudo-scientifiques que sont le Brain Gym (des /^JL il À MARIE SANTERRE BAILLARGEON Avec d\u2019autres, Normand Baillargeon conclut qu\u2019une portion de 95% du discours neuroscientifique sur l\u2019éducation est du bidon.exercices physiques insignifiants censés activer le cerveau et le rendre réceptif), la programmation neurolinguistique (une sorte de psychothérapie motivationnelle) et la fasciathérapie (une méthode ésotérique d\u2019inspiration ostéopathique consistant à se faire masser ces membranes \u2014 les fascias \u2014 pour éveiller sa conscience et se mettre en bonne disposition d\u2019apprentissage).Les neurosciences sont à la mode et les neuromythes s\u2019ensuivent.Baillargeon, sceptique, rappelle ici que «nous sommes encore loin du jour où les neurosciences seront en mesure de fonder une pratique de l'enseignement».C\u2019est que le cerveau n\u2019est pas la conscience et que, «connaissant l'un, on ne connaît pas nécessairement l'autre».Aussi, l\u2019idée que, grâce à l\u2019imagerie par résonance magnétique, on puisse identifier quelle structure du cerveau est active lorsqu\u2019un sujet accomplit certaines tâches et qu\u2019on puisse ensuite en tirer des méthodes pédagogiques adaptées est pour le moins douteuse.Dans Turbulences, un recueil d\u2019essais de philosophie de l\u2019éducation qui paraît aussi ces jours-ci, Baillargeon s\u2019attarde longuement au mystérianisme, une école de pensée selon laquelle «nous ne serons jamais en mesure de comprendre la conscience et donc de résoudre le problème corps/esprit» et qui, par conséquent, nous met en garde «contre la réduction du mental au physique».Avec d\u2019autres, Baillargeon en conclut qu\u2019une portion de 95% du discours neuroscientifique sur l\u2019éducation est du bidon et nous invite à la plus grande prudence à cet égard.Quel progressisme ?Il en dit presque autant de l\u2019idée selon laquelle les nouvelles technologies de l\u2019information et des communications vont révolutionner l\u2019éducation.Il conteste la thèse qui affirme que les cerveaux des «natifs du numérique» seraient différents de ceux de leurs prédécesseurs et qualifie de mythe l\u2019idée que le mode multitâche imposerait une nouvelle pédagogie.L\u2019expression «multitâche».d\u2019abord, est trompeuse puisque, en réalité, elle désigne «non le fait de simultanément accomplir des tâches diverses, mais bien de passer rapidement et successivement de l'une à l'autre».Cette approche, de plus, a pour effet de surcharger la mémoire de travail et de perturber l\u2019attention, ce qui entraîne une baisse des performances cognitives.Une étude a d\u2019ailleurs conclu que les étudiants universitaires du Québec «préfèrent les méthodes d'enseignement traditionnel et s'enthousiasment moins pour les nouvelles technologies éducationnelles que leurs enseignants».Dans Turbulences, Baillargeon se livre à un bilan très critique de la réforme de l\u2019éducation lancée en 1999.Dans Légendes pédagogiques, il critique plus en détail certains de ses fondements.On a dit que les compétences devaient prévaloir sur les connaissances.Or, insiste Baillargeon, la vérité est «qu'il faut du savoir pour apprendre» et qu\u2019un riche bagage de connaissances générales et un vocabulaire étendu «sont d'indispensables préalables au développement des capacités intellectuelles et constituent un des meilleurs garants de la réussite scolaire».On a dit que la pédagogie de la découverte ou par projets était la seule qui était vraiment efficace.Or, la méthode de l\u2019instruction directe, dans laquelle l\u2019enseignant enseigne au sens traditionnel, est la seule qui a fait ses preuves.On a dit qu\u2019existaient des intelligences multiples qui s\u2019accompagnaient de styles d\u2019apprentissage divers (visuel-auditif-kinesthésique) dont il fallait tenir compte.Tristes sornettes, démontre Baillargeon, en s\u2019appuyant, comme il le fait toujours, sur la recherche.La leçon de tout cela, résumée dans Turbulences, est claire: le progressisme politique «est desservi par un progressisme pédagogique autoproclamé» qui ne bénéficie à personne, surtout pas aux enfants défavorisés.L\u2019école québécoise, clame Normand Baillargeon, devrait cesser ses douteuses expérimentations, se fonder sur la recherche fiable et renouer avec la grande tradition pédagogico-philosophique.Salutaire, le marteau de Baillargeon ébranle et éclaire.louisco@sympatico.ca LÉGENDES PÉDAGOGIQUES L\u2019autodéfense intellectuelle EN ÉDUCATION Normand Baillargeon Poètes de brousse Montréal, 2013,280 pages TURBULENCES Essais de philosophie de l\u2019éducation Normand Baillargeon Presses de l'Université Laval Québec, 2013,136 pages Quand Le Devoir devint vraiment québécois La conscription de la Seconde Guerre mondiale a joué un rôle important dans la position éditoriale du quotidien MICHEL LAPIERRE En 1942, Le Devoir favorise le non au plébiscite sur la participation obligatoire des Canadiens à la Seconde Guerre mondiale.Il remet ainsi en cause l\u2019alignement sur la Grande-Bretagne hégémonique.Dans Soyons nos maîtres, une anthologie commentée de 60 éditoriaux (1932-1947), l\u2019historien Pierre Anctil retrace l\u2019évolu-tion, timide mais conséquente, d\u2019un quotidien soudain conscient d\u2019avoir Montréal et tout le Québec comme seule et unique raison d\u2019être.Son étude minutieuse et intelligente du Devoir, à l\u2019époque où Georges Pelletier le dirige, met l\u2019accent sur le sens nouveau du mot «québécois».Le terme se rapporte désormais, dans le journal, non seulement à la ville de Québec, mais davantage au territoire entier de la province, voire à la conscience d\u2019une nation.En 1945, l\u2019éditorialiste Pierre Vi- geant considère le Bloc populaire, parti anticonscrip-tionniste sur les scènes fédérale et provinciale, comme «un parti québécois».Ligne éditoriale L\u2019idée du Québec remplace la notion vieillissante de Canada français et de diaspora nord-américaine que celle-ci sous-entend.En même temps.Uidée du Québec remplace la notion vieillissante de Canada français et de diaspora nord-américaine que celle-ci sous-entend Sa vision s\u2019oppose à celle d\u2019un autre éditorialiste.Orner Héroux, qui, partisan du ruralisme, dénonce les dangers moraux de l\u2019urbanisation et de l\u2019industrialisation.Au lieu, comme celui-ci, d\u2019invoquer le prétexte de la Grande Dépression pour rêver d\u2019un retour à la terre, Dupire s\u2019acharne à proposer des solutions pour remédier à la misère et à l\u2019insalubrité qui accablent Montréal.Il voit dans l\u2019est de la ville, de plus en plus peuplé à cause de l\u2019exode rural, un regain du français et fait de l\u2019aménagement de les journalistes se rendent l\u2019immense Jardin botanique.compte d\u2019une évidence: ils écrivent dans un quotidien montréalais.Anctil a l\u2019acuité de découvrir que c\u2019est l\u2019éditorialiste Louis Dupire qui perçoit le mieux l\u2019importance d\u2019une métropole comme Montréal pour le progrès socio-économique du Québec et l\u2019avenir de la langue française dans la province.conçu par Marie-Victorin, le symbole puissant de la lutte keynésienne contre le chômage, de l\u2019humanisation écologique du milieu urbain et de l\u2019éducation scientifique populaire.Quant à Georges Pelletier, même si ses éditoriaux apparaissent parfois un peu modernes, il n\u2019a pas de préoccupations aussi concrètes, aussi progressistes.Sous ce directeur pusillanime, Le Devoir appuie l\u2019Union nationale de Maurice Duplessis aux élections provinciales (1936 et 1939).Mais la ferveur du journal pour l\u2019autonomisme québécois se manifeste, aux élections provinciales (1944) et fédérales (1945), par le soutien qu\u2019il accorde au Bloc populaire.Malgré l\u2019échec, ce parti éphémère, né de la crise de la conscription, donnera au Devoir un grand journaliste au style incisif, André Laurendeau, et, ainsi, l\u2019audace intellectuelle moderne qui lui manquait encore cruellement.Collaborateur Le Devoir SOYONS NOS MAÎTRES 60 ÉDITORIAUX POUR COMPRENDRE Le DEVOIR SOUS Georges Pelletier (1932-1947) Réunis et commentés par Pierre Anctil Septentrion Québec, 2013, 484 pages I I Les heures bleues CELEBRATION! Vous êtes invités à venir célébrer nos nouveautés 2013 avec les auteurs Marion Arbona, Célyne Fortin, Roxanne Gareau, Jean Hudon, Marie-Hélène Jarry, Gilles Jobidon, Valérie Lachance, Jessica Laranjo, Yvon Masse, Régis Mathieu, Raynald Murphy et JuHe Stanton LE JEUDI 5 DÉCEMBRE De 18h à 20h à la Librairie Ahre (Place Longueuil, à quelques minutes du pont Jacques-Cartier et de la station de métro) U LIBRAIRIE f mm % -âlire tél.-450-679-8211 C\u2019EST LE COEUR QUI MEURT EN DERNIER RENCONTRE AVEC L\u2019AUTEUR ROBERT LALONDE LE JEUDI 5 DÉCEMBRE À 19 H - Librairie Monet- Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montreal (QC) H3M 1L3 Reservations 514 337-4083 ou evenements@|ibrairiemonet corn Boréal www.editionsboreal.qc.c2 ARCHIVES LE DEVOIR Orner Héroux, éditorialiste TELE QUEBEC André Laurendeau, journaliste lEBECOISE STORIQUES RNÉES ' LE QUÉBEC sous LA DIRECTION DE PIERRE GRAVELlNE .,rques Lar.ourVcre ¦ Jean-Claiu.
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