Le devoir, 14 décembre 2013, Cahier B
[" Québec : Le gouvernement de Pauline Marois amorcera 2014 avec confiance Page b 3 Michel David : le bulletin de l\u2019opposition à Québec Page B 3 Manon Cornellier et l\u2019improvisation à la Société des postes Page B 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DÉCEMBRE 20IS J M ARCHIVES LE DEVOIR Il aura fallu beaucoup de temps pour changer une loi adoptée il y a des décennies.L\u2019industrie minière Une loi enfin modifiée C\u2019est la fin, du moins en apparence, d\u2019une longue saga politique et sociale.Le gouvernement Marois a réussi cette semaine là où les libéraux avaient échoué, parvenant finalement à faire adopter une loi «modifiant» la Loi sur les mines.Malgré les reculs et le manque d\u2019ambition dénoncés par certains, la nouvelle législation parvient tout de même à actualiser un cadre manifestement désuet.ALEXANDRE SHIELDS Les libéraux n\u2019ont pas manqué de mots très durs cette semaine dans leurs attaques contre les péquistes, et plus particulièrement contre la ministre Martine Quellet.Le Parti libéral, qui a usé souvent de la méthode lorsqu\u2019il était au pouvoir, a décrié haut et fort le recours au bâillon pour faire passer le projet de loi 70 modifiant la Loi sur les mines.En entrevue au Devoir, le porte-parole de l\u2019opposition officielle en matière de mines, Jean D\u2019Amour, a répété que sa formation était pourtant prête à «collaborer» avec le gouvernement pour adopter une nouvelle loi «dont le Québec a bien besoin», mais le parti exigeait au moins deux jours de commission parlementaire avant le vote.Contrairement à la Coalition avenir Québec, les libéraux ont donc voté contre le bâillon.mais pour l\u2019adoption du projet de loi.La nouvelle mouture, fruit de compromis péquistes et de propositions ca-quistes, n\u2019est pas radicalement différente du projet de loi 43, que les partis d\u2019opposition ont tué fin octobre dès le vote sur le principe, en jetant le blâme à Ouellet.M.D\u2019Amour avait même soutenu que la ministre des Ressources naturelles était «indigne de confiance».Le chef libéral, Philippe Couillard, avait pour sa part affirmé qu\u2019une telle législation aurait envoyé un «signal catastrophique de moratoire» pour les minières.Il est vrai que le lobby minier, réfractaire à toute réforme en profondeur de la vieille Loi sur les mines, aurait sans doute préféré que la question soit réglée dès la première proposition de réforme, débattue sous les libéraux en 2010.On constate en effet, à la lecture des principaux éléments du défunt projet de loi 79, que ce texte aurait eu nettement moins de dents que celui adopté lundi dernier à l\u2019initiative du Parti québécois.Le projet de Charest Il y a trois ans, le Parti libéral avait décidé de protéger la préséance du droit minier sur l\u2019aménagement.Il n\u2019avait pas inscrit de véritables pouvoirs pour les municipalités en matière de planification territoriale.Cela signi- La nouvelle mouture de la Loi sur les mines n\u2019est pas très différente du projet de loi 43 fiait qu\u2019elles ne pouvaient pas désigner elles-mêmes de zones où l\u2019activité rqinière aurait été proscrite sur leur territoire.A l\u2019époque, le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, avait d\u2019ailleurs qualifié cette réalité A\u2019« anachronique et quasi coloniale».Les libéraux de Jean Charest avaient toutefois décidé d\u2019obliger, finalement, les minières à payer pour la restauration de leurs sites miniers.La totalité du montant devait être disponible dans un délai de cinq ans suivant le début de l\u2019exploitation d\u2019une mine.Reste que la mesure n\u2019a jamais été adoptée.Jusqu\u2019en août dernier, les minières étaient donc seulement tenues de débourser 70% des coûts de restauration, et ce, sur une période de 15 ans.C\u2019est le PQ qui a décidé de changer cela par décret.Une telle mesure était réclamée depuis longtemps par les groupes environnementaux.Il faut dire qu\u2019en matière de restauration de sites miniers, le laxisme passé a un héritage toxique et coûteux pour le Québec.En fait, des décennies d\u2019exploitation minière débridée ont laissé pas rqoins de 679 sites miniers dits «orphelins».A l\u2019heure actuelle, la facture avoisine le milliard de dollars et elle est assumée par les contribuables.Ni le projet de loi 79 ni le projet de loi 14 \u2014 nouvelle tentative de réforme minière débattue en 2012 \u2014 ne prévoyaient de mettre les minières à contribution pour payer cette imposante facture.Lors de l\u2019étude du projet de loi 14, Martine Quellet avait toutefois dénoncé cet état de fait et pressé les libéraux d\u2019inclure un mécanisme pour mettre les entreprises à contribution.Pas question, avait répliqué le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard.«C\u2019est sûr que ce sont les Québécois qui vont payer.Ce ne seront pas les Martiens qui vont payer, ce sont les Québécois », avait-il ajouté.Finalement, une fois au pouvoir, le Parti québécois a pris exactement la même décision que les libéraux.La ministre Quellet a reconnu en août dernier qqe la facture sera entièrement assumée par l\u2019État.Les deux projets de législation des libéraux ne disaient par ailleurs rien en ce qui a trait à la transformation du minerai extrait du sol québécois.Dans un contexte de hausse marquée des prix des métaux, Martine Quellet avait profité de l\u2019étude du projet de loi 14 pour plaider pour une disposition stipulant la nécessité de «maximiser» la transformation.Il est vrai que la vaste majorité des projets miniers en développement au Québec sont conçus pour une exportation du minerai à l\u2019état brut.La proposition avait été rejetée par Serge Simard.Selon lui, une telle option revenait à «imposer des contraintes » aux entreprises.Pire, ce genre de «protectionnisme», avait-il af firmé, ne pourrait que «créer de la pauvreté chez nous».Les libéraux avaient aussi refusé l\u2019an dernier de revoir le régime de redevances, alors que les péquistes plaidaient pour son inclusion dans le projet de loi 14.Le PLQ faisait valoir que le régime avait déjà été bonifié en 2010.Les redevances sont alors passées de 12% à 16%.Cette bonification avait été décidée dans la foulée d\u2019un rapport particulièrement dévastateur du Vérificateur général, en 2009.Ce dernier y révélait qu\u2019entre 2002 et 2008, «14 entreprises n\u2019ont versé aucun droit minier alors qu\u2019elles cumulaient des valeurs brutes de production annuelle de 4,2 milliards.Quant aux autres entreprises, elles ont versé pour la même période 259 millions, soit 1,5 % de la valeur brute annuelle».Pendant la même période, les minières ont pu bénéficier d\u2019aides fiscales totalisant 700 millions.Dernières révisions Le gouvernement Marois a finalement, lui aussi, décidé de traiter la question des redevances en dehors du projet de loi 43 sur les mines.Battu dès le vote sur le principe, il a aussi fait l\u2019objet de tractations avant la présentation de sa nouvelle mouture, le projet de loi 70.Pour l\u2019essentiel, les péquistes ont surtout revu à la baisse certaines de leurs propositions fortement critiquées par l\u2019opposition et le lobby minier.Ainsi, le ministre des Ressources naturelles n\u2019aura pas de droit de veto sur les zones qui seraient définies comme compatibles ou non au développement minier par les municipalités.Martine Quellet a aussi retiré l\u2019obligation de présenter une étude de faisabilité sur la transformation du minerai avant l\u2019obtention d\u2019un bail minier.Qn demande maintenant une «étude d\u2019opportunité économique».Et ce ne sont pas tous les projets miniers qui devront passer VOIR PAGE B 2 : MINES COREE DU NORD Kim Jong-un, dans la lignée de ses aïeux PHILIPPE PONS à Tokyo L> offensive de charme aura été brève.Deux ' ans après avoir succédé à son père, décédé en décembre 2011, Kim Jong-un, héritier de la dynastie des Kim, au pouvoir depuis sept décennies en Corée du Nord, donne une image bien différente de celle qu\u2019il avait en accédant aux fonctions suprêmes.La trentaine, tout en rondeur, jovial, il semblait incarner un début d\u2019ouverture dans un régime fermé et répressif.Ne s\u2019est-il pas affiché avec l\u2019Américain Dennis Rodman, ancien champion de basket, qui disait de lui qu\u2019il est un «homme formidable» ?Après s\u2019être mué en chef de guerre au printemps 2013 lorsque Pyongyang menaçait Washington d\u2019une attaque nucléaire et Séoul d\u2019être réduite en «une mer de flammes», Kim Jong-un vient de faire preuve de brutalité \u2014 certes, elle n\u2019est pas nouvelle pour le régime, mais elle était auparavant plus discrète \u2014 en faisant froidement exécuter son oncle et mentor Jang Song-taek, jeudi 12 décembre, trois jours après que celui-ci a été destitué de ses fonctions.Cette exécution fait suite à celle, publique, de deux des collaborateurs de son oncle au département de l\u2019administration du Parti du travail, qui réunit les principaux dirigeants.En faisant fusiller Jang Song-taek, le jeune Kim a éliminé non seulement une figure centrale de l\u2019élite, mais aussi l\u2019un de ses proches : son oncle par alliance, marié à la sœur de son père, Kim Kyung-hui, descendante du fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-sung.Le jeune Kim a dévoilé une autre facette de sa personnalité : d\u2019un «garnement» peu pris au sérieux à l\u2019étranger en raison de son inexpérience, il se révèle être un dirigeant de la trempe de ses aïeux dans l\u2019élimination impitoyable de ceux qui sont considérés comme manquant de loyauté.En Corée du Sud, la présidente Park Geun-hye a déclaré que la RPDC s\u2019engage dans «un régime de terreur».Ce fut le cas à la fin des années 1950 avec les grandes purges des trois groupes du Parti du travail : ceux que l\u2019on nommait les «communistes de l\u2019intérieur » (qui avaient lutté dans la clandestinité contre l\u2019occupant japonais), les prosoviétiques et les prochinois.Même le groupe de Kim Il-sung, formé des partisans qui avaient combattu sous ses ordres à la frontière sino-coréenne dans les années 1930-1940, fut victime, dix ans plus tard, de purges.«On n\u2019en est sans doute pas encore là, car le groupe de Jang Song-taek n\u2019a pas le poids qu\u2019avaient les factions d\u2019autrefois par leur homogénéité», avance Cheong Seong-chang, spécialiste de la RPDC à l\u2019institut Sejong, à Séoul.Catapulté au pouvoir Cette élimination aussi brutale que spectaculaire indique que la troisième succession dynastique à Pyongyang est loin d\u2019être aussi paisible qu\u2019on pouvait le penser.En dépit d\u2019une VOIR PAGE B 3 : CORÉE AGENCE ERANCE-PRESSE Kim Jong-un B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS PERSPECTIVES Touche pas à ma poste ifr A ' I Manon CORNELLIER à Ottawa Une société de la Couronne décide d\u2019abolir un service auquel des millions de Canadiens sont attachés depuis des générations et sa direction n\u2019a même pas le courage de faire face à la musique.Elle se contente de diffuser un communiqué, laissant à sa porte-parole le soin de répondre au déluge de questions.Et \u2014 quel hasard ! \u2014 elle fait son annonce le lendemain de la suspension des travaux parlementaires à Ottawa, épargnant du même coup bien des questions au gouvernement.C\u2019est ce procédé plus qu\u2019inélégant qu\u2019a choisi la Société canadienne des postes (SCP), mercredi, pour rendre public son plan de redressement financier et annoncer la fin d\u2019ici cinq ans de la livraison à domicile du courrier en milieu urbain.Plus de cinq millions de foyers, soit le tiers des ménages, seront touchés.11 revient à la direction de Postes Canada d\u2019expliquer pourquoi elle a fait ce choix.En a-t-elle envisagé d\u2019autres ?Le plan en cinq points présenté mercredi est largement inspiré des suggestions contenues dans un rapport commandé au Conference Board du Canada et remis à la SCP le printemps dernier.Or le p.-d.g.de Postes Canada, Deepak Chopra, est un des membres du conseil du Conference Board.Cela a-t-il fait pencher la balance?On dit que non, mais la question se pose.Personne ne conteste la nécessité d\u2019un coup de barre à Postes Canada.La société de la Couronne enregistre pertes après pertes.Celles-ci dépassaient les 100 millions au dernier trimestre et, si rien n\u2019est fait, prédit le Conference Board, le manque à gagner atteindra 1 milliard en 2020.L\u2019arrivée de la messagerie électronique a eu raison d\u2019une grosse partie de la poste régulière.Selon la SCP, les Canadiens n\u2019achètent plus que deux timbres en moyenne par mois.Et il y a le trou d\u2019environ 6,5 milliards dans le fopds de retraite des employés que la société d\u2019Etat doit éventuellement combler.Le gouvernement fédéral lui a donné un sursis en reportant le paiement d\u2019un milliard qu\u2019elle aurait dû faire en 2014.Tous ces problèmes sont bien connus, c\u2019est la solution qui soulève doutes et questions.Le plan en cinq points prévoit, en plus de la fin de la livraison à domicile, une hausse substantielle du prix du timbre (un dollar à l\u2019unité après le 31 mars ou un prix de revient de 85 C à l\u2019achat d\u2019un livret).On veut profiter des départs à la retraite pour éliminer environ 8000 postes.Le nombre de bureaux de poste concessionnaires va augmenter alors que certains bureaux de la SCP fermeront (depuis 2012, une quarantaine ont fermé, dont plus de la moitié au Québec).On compte finalement rationaliser et consolider les opérations en misant sur la technologie.Certains jugent ces mesures trop timides et militent en faveur de la privatisation de la SCP.D\u2019autres voudraient qu\u2019on autorise l\u2019entrée en scène de concurrents privés.Du côté syndical, on pense que la façon de garder ses clients n\u2019est pas de hausser les prix et de réduire les services, mais d\u2019améliorer ces derniers et d\u2019en offrir d\u2019autres capables de générer de nouveaux revenus.On sent aussi une certaine improvisation inspirée par l\u2019urgence d\u2019agir.On ne sait pas par exemple où auront lieu les premières interruptions de livraison à domicile, alors qu\u2019elles doivent démarrer en 2014.On a déjà beaucoup parlé des personnes âgées, handicapées et à mobilité réduite que ce changement va pénaliser.11 faut reconnaître que, dans les petites villes, les villages et les banlieues, il y a des gens dans la même situation qui composent depuis toujours avec une boîte postale communautaire ou un casier au bureau de poste.Les personnes qui habitent en milieu urbain peuvent s\u2019en accommoder aussi, mais ce ne sera pas possible pour tout le monde.Postes Canada promet de trouver des solutions, mais sans dire lesquelles.11 y a aussi le problème de la faisabilité dans les quartiers anciens et densément peuplés.Le problème est réel, on en convient à Postes Canada, mais on avoue du même souffle ne pas avoir encore de réponse.Malgré cela, le gouvernement fédéral, seul actionnaire de la SCP, a donné sa bénédiction au plan.11 n\u2019a pas été pris par surprise, nous confirme-t-on, efi comme on l\u2019a vu jeudi, lors du point de presse des ministres Peter Van Loan et Denis Lebel, son accord est total.La livraison à domicile en milieu urbain est une habitude trop ancienne pour penser la faire disparaître sans que cela fasse des vagues.11 est inévitable que ce dossier refera surface à la reprise des travaux parlementaires, à la fin de janvier, d\u2019autant plus que les partis d\u2019opposition représentent la très vaste majorité des citoyens qui perdront la livraison du courrier à domicile.Cela explique peut-être le peu d\u2019inquiétude manifesté par les conservateurs, mais ils auraient tort d\u2019être trop confiants, car un groupe risque d\u2019être plus touché que les autres : les personnes âgées.Leur appui était largement acquis aux conservateurs en 2011, soit avant les changements apportés à la Sécurité de la vieillesse et le refus du gouvernement de bouger pour bonifier le Régime de pensions du Canada.Depuis, leur soutien fléchit.mcornellier@ledevoir.com INTERNET Naviguer.et perdre son innocence Les intrusions numériques institutionnalisées menacent des fondations de la démocratie Est-ce la fin du temps de l\u2019innocence?En s\u2019installant dans les univers numériques, au nom d\u2019une certaine sécurité, la surveillance systématique des communications par des gouvernements et des multinationales de la socialisation en ligne semble atteindre désormais un autre objectif: l\u2019attaque des fondations de la démocratie moderne.Une dérive que des centaines de gardiens de la liberté montrent du doigt, pour mieux l\u2019enrayer.FABIEN DEGLISE Innocent jusqu\u2019à preuve du contraire.sauf dans les univers numériques.La surveillance passive des communicqtions électroniques orchestrée par plusieurs Etats, avec la complicité des géants de la nouvelle socialisation numérique et de la dématérialisation de l\u2019activité humaine, ne menace plus seulement l\u2019intimité et la liberté d\u2019expression.Ces intrusions structurées au cœur des rapports humains dématérialisés mettraient également en péril un des piliers fondamentaux de la démocratie : la présomption d\u2019innocence et son corollaire, la liberté de penser, de se déplacer, de partager, de se rapprocher, de débattre et de remettre en question son présent sans peur d\u2019être inquiété par un quelconque pouvoir en place.Une dérive loin d\u2019être une nouvelle anecdote 2.0, qui mérite d\u2019être mise au banc des accusés, puis condamnée, a estimé cette semaine un groupe de 562 écrivains, dont cinq Prix Nobel de littérature, issus de 80 pays, à l\u2019occasion de la Journée mondiale des droits de l\u2019homme, et ce, en raison des conséquences délétères pour le système de justice, la démocratie, le vivre-ensemble, la création, le partage d\u2019opinions.qu\u2019elle entraîne forcément.«Dans la tradition démocratique, il y a ce souci de ne pas inquiéter les gens tant qu\u2019on n\u2019a pas des raisons sérieuses de le faire, résume à l\u2019autre bout du fil le juriste Pierre Trudel, titulaire de la Chaire sur le droit des technologies de l\u2019information et du commerce électronique à l\u2019Université de Montréal.Or ce principe est remis en question dans une société où un système de surveillance préjuge de la culpabilité d\u2019une personne avant que celle-ci soit déclarée coupable, postule que tout le monde est un potentiel infracteur qui a fait quelque chose de mal» pour justifier l\u2019écoute en temps réel des communications de chaque citoyen, par-dessus leurs épaules.Vivre à travers un PRISM C\u2019est l\u2019ex-analystq de la National Security Agency (NSA), aux Etats-Unis, Edward Snowden, élu personnalité de l\u2019année en début de cette semaine par le quotidien britannique The Guardian, qui a donné la première note au chant de l\u2019indignation.En juin dernier, il lève le voile sur un étrange pro^amme orchestré par les services secrets américains.Son nom de code?US-984XN.La chose, connue aussi sous l\u2019appellation PRISM, utiliserait des «accès dissimulés» dans les applications installées par les citoyens eux-mêmes dans les ordinateurs, les téléphones et les tablettes pour suivre de près leurs échanges.Yahoo, Apple, Skjqie, Google, Pacebook, Microsoft et d\u2019autres ont été fustigés pour leur complicité dans ce programme de surveillance.Plusieurs de ces entreprises avaient déjà des arriérés importants en matière d\u2019espionnage des échanges dans leur environnement et de dérives totalitaires ayant conduit à plusieurs cas de censure.Il y a eu des comptes fermés pour cause d\u2019images montrant des femmes allaitant des enfants ou pour cause de toile de maître exposant des attributs féminins ou masculins que la modernité ne veut pas voir, selon les critères imposés par Pacebook.Ce cadre, qualifié de liberticide par le groupe d\u2019écrivains, a donné corps à leur appel lancé cette semaine aux Nations unies pour l\u2019adoption d\u2019une Charte internationale des droits numériques reconnaissant «l\u2019importance de la protection des droits civils à l\u2019ère numérique».Dans une lettre publiée dans les pages de 30 quotidiens à travers le monde, mardi, le groupe, dont font partie Yann Martel, Umberto Eco, Henning Mankell et Philippe Djian, pour ne citer qu\u2019eux, a souligné qu\u2019une personne «placée sous surveillance n\u2019est plus libre et qu\u2019une société sous surveillance n\u2019est plus une démocratie».«Pour rester valides, nos droits démocratiques doivent s\u2019appliquer aussi bien dans le virtuel que dans le concret», ont-ils ajouté.«La technologie, paradoxalement, par l\u2019entremise du cadre de surveillance qu\u2019elle favorise désormais, est en train de nous faire reculer en FABRICE COFFRINI AGENCE FRANCE-PRESSE La surveillance sur Internet présume que tout le monde est infracteur un potentiel.attaquant un droit absolu : la liberté de penser et de s\u2019exprimer, fait remarquer Anthony Glinoer, qui tient la Chaire de recherche sur l\u2019histoire de l\u2019édition et la sociologie du littéraire à l\u2019Université de Sherbrooke.Ce droit est une conquête récente dans nos sociétés.Il remonte au dernier demi-siècle», et cette jeunesse, dans le contexte actuel, justifie autant les cris d\u2019alarme qu\u2019une mobilisation massive pour assurer sa sauvegarde, estiment les écrivains.L\u2019enjeu n\u2019est pas à prendre à la légère, croit M.Trudel, qui rappelle que la surveillance de tout le monde, «dans l\u2019espoir d\u2019attraper ceux qui ont des choses à se reprocher», peut finir par «inhiber les personnes qui ne font rien de mal, par peur de voir des propos, des idées, des opinions, des amitiés, mal interprétés ».«La répression sur la base d\u2019une mauvaise blague en ligne, d\u2019un échange anodin, n\u2019est pas une vue de l\u2019esprit, dit M.Glinoer.Plusieurs cas ont déjà été répertoriés.» «Les premières victimes d\u2019un tel système sont les gens qui s\u2019expriment, qui parlent», mais également, si on remonte le fil historique de la surveillance politique et institutionnelle, «les plus vulnérables, les marginaux, parce que les vrais criminels savent très bien comment se soustraire aux systèmes de surveillance », reprend M.Trudel.La menace est des plus inquiétantes, selon lui, en raison de l\u2019actuelle acceptation sociale de cette surveillance, au nom de la sécurité et du bien-être collectif.« On entend ça beaucoup aux Etats-Unis», poursuit le juriste.Parfois même au Canada.«Les gens consentent à cette surveillance au cas où, et surtout en se disant qu\u2019ils n\u2019ont rien à se reprocher.C\u2019est sans doute le discours le plus dangereux dans nos démocraties.» Dangereux, car nourrissant un principe de surveillance qui ébranle sournoisement les assises de cette même démocratie, en l\u2019occurrence le système de justice dont la valeur repose sur sa capacité à ne pas condamner des innocents, poursuit-il, comme pour souligner une évidence qui parfois finit, dans le brouhaha du présent, par être oubliée.«Lorsque la règle de démonstration de la culpabilité n\u2019est plus respectée, ce sont toutes les condamnations qui sont alors remises en question », et ce, de manière encore plus dévastatrice pour une société lorsque cette remise en question, par peur de représailles, doit se faire en cachette.Le Devoir Une liberté dans les mains dn privé Simple question d\u2019écologie : Internet, comme «réseau fortement hiérarchisé », est un espace propice aux contrôles, dit Marcello Vitali-Ro-sati, prof de littérature et culture numérique à l\u2019Université de Montréal.C\u2019est aussi un endroit où l\u2019auto-surveillance des uns et des autres par les uns et par les autres serait déjà en train d\u2019empêcher les idées trop dans la marge de circuler.«Pour exister en ces lieux, il faut trouver des lecteurs, poursuit funiversitaire, et les contenus consensuels sont plus efficaces que les autres pour atteindre cet objectif » La liberté de penser et de s\u2019exprimer est-elle devenue un leurre en format numérique ?«Une illusion», répond plutôt Anthony Glinoer, de la Chaire sur le droit des technolo- gies de l\u2019information et du commerce électronique de l\u2019Université de Montréal.« On a toujours cru qu\u2019internet était un espace de liberté où il était possible de s\u2019exprimer librement, en dehors du contrôle du commerce et de l\u2019Etat Or tout cela s\u2019est passé très vite, mais Internet s\u2019est privatisé.Aujourd\u2019hui, ce qu\u2019on y fait passe par des entreprises privées», leurs outils de communication et leurs systèmes de collecte de données personnelles, de lecture des interrelations, des chemins fréquentés qui donnent de la valeur commerciale à leur service offert «gratuitement».«Nous n\u2019avons plus de contrôle sur les moyens de communication, alors on accepte plus facilement la surveillance.» MINES SUITE DE LA PAGE B 1 devant le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement, mais uniquement ceux qui traitent plus de 2000 tonnes de matière brute par jour.Le projet adopté a en outre le mérite de faire une «brèche» dans le «free mining», estime Ugo Lapointe, de la Coalition Québec meilleure mine.Ainsi, les propriétaires privés peuvent refuser l\u2019expropriation au moment de l\u2019exploration minière.Et les titres miniers déjà acquis par les entreprises dans des zones qui seraient définies comme incompatibles à l\u2019activité minière devront faire l\u2019objet de travaux pour demeurer valides.Reste que, pour la très vaste majorité du territoire québécois, le libre accès aux daims miniers demeure la norme.N\u2019im- porte qui, où qu\u2019il se trouve dans le monde, peut s\u2019en procurer pour quelques dizaines de dollars s\u2019il possède une carte de crédit.Et maintenant, quoi ?Exaspérés par les re-ports des dernières années, les groupes comme la Coalition Québec meilleure mine ont salué l\u2019adoption du projet de loi 70, même si la législation demeure largement perfectible.Mais Québec y fait plusieurs avancées, selon Ugo Lapointe, dont la décision de rendre publics les montants de redevances payés par les minières et les tonnages de minerai extraits.Après avoir attaqué la réforme minière pé-quiste, mais aussi la ministre des Ressources naturelles, libéraux et minières ont aussi poussé un soupir de soulagement.Le lobby minier et ses partisans ont surtout souligné que cela mettait un terme à «l\u2019incertitude» concernant le contexte d\u2019investissement au Québec.Dans ce climat, il n\u2019en demeure pas moins que les investissements miniers ont atteint 5,13 mil- liards en 2012, ce qui représente un record.Et 2013 devrait représenter la deuxième année en importance de l\u2019histoire du Québec.Toutefois, Jean D\u2019Amour n\u2019en estime pas moins que cette nouvelle Loi sur les mines ne viendra pas «dissiper toute forme d\u2019inquiétude».«Il y a un problème de crédibilité qui s\u2019est installé.Il y a un mur entre l\u2019industrie et le gouvernement Je pense qu\u2019il va falloir un changement de gouvernement pour rétablir la confiance, ou à tout le moins un changement de ministre.» La table est mise pour le débat, début 2014, autour du projet de loi sur les redevances minières.Qn peut déjà prédire que les discussions feront, quoi qu\u2019en disent les élus, une grande place à la partisanerie.Le même genre de djmamique qui a ralenti pendant des années la réforme de la Loi sur les mines, à l\u2019avantage des minières.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS B 3 PERSPECTIVES QUEBEC La nouvelle assurance des péqulstes Autant le gouvernement Marois était désemparé à la fin de la session parlementaire du printemps, autant il apparaît requinqué au terme de la présente session.Les coups de sonde se montrent plus favorables, les libéraux sont moroses et les caquistes jouent le jeu des péquistes.Même les piètres résultats financiers de l\u2019Etat et un ministre des Finances qui avoue qu\u2019il n\u2019a pas été bon n\u2019entament pas l\u2019assurance des péquistes.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Le leader parlementaire du gouvernement, Stéphane Bédard, peut se targuer d\u2019avoir emberlificoté les libéraux lors de l\u2019adoption du projet de loi sur les mines.Le chef de l\u2019opposition officielle, Jean-Marc Fournier, et son leader, Pierre Moreau, ont eu beau déchirer leurs chemises pour dénoncer «le bâillon de la honte» auquel a consenti la Coalition avenir Québec pour l\u2019adoption du projet de loi dans la seule journée de lundi, les députés libéraux en furent quittes pour voter piteusement pour un projet de loi qu\u2019ils n\u2019avaient pu étudier en totalité.Parce que les élus libéraux étaient retenus à Québec, Philippe Couillard n\u2019a pas célébré sa victoire dans Qutremont entouré de ses ouailles.Déjà que les libéraux détestent à s\u2019en confesser la ministre des Ressources naturelles, Martine Quellette, ce qu\u2019il considère comme une vile mesquinerie péquiste laissera des traces.«Ily aura des séquelles», confie un député libéral, animé par un désir de rendre la monnaie de leur pièce aux « amis d\u2019en face ».L\u2019humiliation est d\u2019autant plus complète que l\u2019industrie minière est une clientèle traditionnelle des libéraux.Ils n\u2019ont pas digéré que le député caquiste François Bonnardel prenne tout le crédit pour avoir réussi à trouver une voie de compromis acceptable aux yeux de l\u2019industrie.Durant le débat sur le projet de loi lundi, les Fournier, Moreau et Hamad se sont montrés particulièrement hargneux à l\u2019endroit des caquistes.Couillard député A l\u2019occasion de son assermentation comme député mercredi prochain, Philippe Couillard voudra donner le ton en prononçant un discours dont on dit qu\u2019il sera important.Le chef libéral fera son entrée à l\u2019Assemblée nationale à l\u2019ouverture de la session le 11 février.Mais déjà on l\u2019a prévenu : il n\u2019y a pas pire job que celui de chef de l\u2019opposition ofhcielle.Jacques Parizeau pourrait en dire quelque chose avec son «Moi aussi, j\u2019existe!», et même Jean Charest, qui a connu des heures sombres au début des années 2000, où la dépression le menaçait.Déjà, Philippe Couillard s\u2019est égaré à quelques reprises : son silence sur la perquisition de l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC) au Parti libéral a indisposé son caucus, qui n\u2019en avait pas été informé, son changement de position sur la charte de la laïcité à la suite des pressions de Fatima Houda-Pepin, une pomme de discorde entre les députés régionaux et les élus qui représentent des anglophones, et, enfin, ses errements au sujet JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE La dernière session a permis au gouvernement Marois de trouver un second souffle.«Par rapport à juin, c\u2019est le jour et la nuit» de l\u2019atteinte de l\u2019équilibre budgétaire dans trois ou quatre ans.Se peut-il que le chef ne soit pas tout à fait prêt à se lancer dans une campagne électorale ou, pire, qu\u2019on ait choisi le mauvais cheval ?se demande-t-on dans les rangs libéraux.Les libéraux ne veulent envisager qu\u2019un retour au pouvoir dès 2014.Ils se réconfortent en observant le gouvernement Marois composer avec une économie poussive et des revenus en forte baisse.Le Parti libéral est le parti de l\u2019économie, le parti des gens d\u2019affaires, martèlent les libéraux, un clou sur lequel ils entendent frapper inlassablement.Dans l\u2019entourage de Pauline Marois, on soutient que Philippe Couillard, en matière d\u2019économie, «a l\u2019air un peu perdu».Qn note que son entrée politique n\u2019a pas été reluisante.Qn se réjouit surtout parce que le PQ a renversé la tendance délétère qui l\u2019affligeait le printemps dernier Les sondages A la fin de juin, un sondage CRQP montrait que le PQ croupissait à 25% dans les intentions de vote.Le quart des répondants seulement se disaient satisfaits du gouvernement de Pauline Marois.Un maigre 11 % voyaient en elle la meilleure candidate pour le poste de premier ministre.Pour Philippe Couillard, cet appui était de 26% alors que le PLQ recueillait 38% des intentions de vote.Le portrait: une victoire facile des libéraux, sans doute avec un gouvernement majoritaire.Six mois plus tard, les perspectives sont dif férentes.Toujours selon CRQP, la satisfaction envers le gouvernement Marois a grimpé à 41%.Péquistes et libéraux sont à égalité avec 35% des intentions de vote; chez les francophones, le PQ domine avec 40% des appuis.Un sondage Léger Marketing afhche des résultats plus modestes, mais les chiffres colligés par le PQ sont semblables à ceux de CRQP.Empreint de morosité en juin, l\u2019état d\u2019esprit des péquistes est au beau hxe.«Par rapport à juin, c\u2019est le jour et la nuit», avance-t-on dans l\u2019entourage de la première ministre.Avec l\u2019adoption de la Loi sur les mines, la session s\u2019est merveilleusement bien terminée pour le gouvernement Marois, juge-t-on.Ce sont les caquistes qui ont fait le travail mais, comme la CAQ n\u2019est pas une force signihcative dans les régions ressources, c\u2019est le PQ qui en récoltera les bénéfices aux prochaines élections, prédit-on.La charte des valeurs n\u2019est pas étrangère à la montée des péquistes.«Même des gens qui, d\u2019habitude, votent libéral songent à voter péquiste», se plaint un député caquiste dont le parti est victime de la polarisation suscitée par ce débat identitaire.Certes, rien n\u2019est gagné pour le PQ.Mais au moins les péquistes amorceront la prochaine année cpnvaincus qu\u2019ils ont le vent dans les voiles.A l\u2019approche d\u2019élections, mieux vaut sans doute verser dans un enthousiasme excessif que d\u2019avoir le moral dans les talons.Le Devoir COREE SUITE DE LA PAGE B 1 personnahsation du pouvoir poussée à l\u2019extrême, Kim Jong-un doit tenir compte des rapports de force au sein du cénacle dirigeant: sans contester directement la figure centrale, ses membres se h-vrent à des batailles d\u2019influence tout en faisant assaut de loyauté à l\u2019égard du dictateur.Mais le jeune Kim n\u2019a ni le passé de partisan ni le charisme de son grand-père, qui s\u2019est, lui aussi, maintenu à la tête du pays en éliminant ses adversaires.Il n\u2019a pas non plus l\u2019expérience qu\u2019acquit son père au cours de quatorze ans d\u2019exercice du pouvoir dans l\u2019ombre paternelle, qui ne se priva pas non plus de liquider ceux dont la loyauté semblait suspecte.Catapulté au pouvoir, Kim Jong-un dut s\u2019appuyer au départ sur une sorte de «conseil de régence », formé de personnalités choisies par son père \u2014 parmi lesquelles Jang Song-taek \u2014 dont il s\u2019est peu à peu débarrassé.Qn savait peu de chose d\u2019un jeune homme qui était apparu aux experts de la Corée du Nord comme le successeur en septembre 2010 à l\u2019issue de fj^^ssemblée des membres du Parti du travail.A commencer par les Coréens eux-mêmes.Sa photo fut publiée pour la première fois dans Rodong sinmun, organe du parti, sans mentionner alors qu\u2019il était l\u2019héritier désigné.Après des études à Berne, il était entré à l\u2019université militaire Kim Il-sung, dont il avait été diplômé en 2007.Sa date de naissance exactç (8 janvier 1983 ou 1984) n\u2019était pas précisée.A en croire le cuisinier japonais de son père, Kenji Fujimoto, qui l\u2019avait connu enfant, il aurait été choisi pour un caractère plus combatif que son frère aîné ; tous deux sont nés, ainsi qu\u2019une fille, de la liaison de leur père avec Ko Yong-hee, prima donna de la troupe musicale Mansudae, décédée dans un hôpital parisien en 2004.Un style chaleureux Kim Jong-il avait été victime en 2008 d\u2019un accident vasculaire, et la question de la succession, longtemps taboue, était devenue urgente.La ressemblance, très travaillée, avec son grand-père Kim Il-sung (même corpulence, même visage lunaire, même coupe de cheveux, même manière de marcher, de saluer la foule) n\u2019était pas le moindre des atouts de Kim Jong-un.De plus, il accédait au pouvoir pratiquement au même âge que lui.Sa jeunesse semblait être un gage de renouveau tandis que sa ressemblance physique avec son grand-père jeune renvoyait à une époque où le pays était emporté par l\u2019espoir.Kim Jong-un rompit d\u2019emblée avec l\u2019image austère donnée par son père \u2014 qui cachait souvent son visage derrière d\u2019énormes lunettes de soleil \u2014 pour adopter un style chaleureux.Jovial, il donnait l\u2019impression de participer avec plaisir aux événements publics.Dans la soirée du 31 décembre 2012, il avait reçu «à l\u2019impro-viste » (pour autant que cela soit concevable en RPDC, en tout cas sans que les invités aient été prévenus) la communauté diplomatique à Pyongyang en compagnie de ses proches et de hauts gradés.Une première dans l\u2019histoire de la RPDC.Dans les mois précédents, ses visites de parcs d\u2019attraction rénovés ou nouvellement ouverts à Pyongyang ont donné une touche « moderniste » au régime dictatorial.Il est ainsi photographié, riant aux éclats, sur des montagnes russes.Il assiste à un concert-spectacle de la troupe musicale Moranbong, au cours duquel apparurent sur scène des personnages du monde de Disney et où fut entonnée la chanson My Way rendue célèbre par Frank Sinatra \u2014 à ses côtés se trouvait une élégante jeune femme dont on devait apprendre qu\u2019il s\u2019agissait de son épouse.Ri Sol-ju.Ces changements d\u2019image et une atmosphère relativement plus détendue à Pyongyang annonçaient-ils une ouverture plus substantielle du régime?Au-delà des divergences sur les orientations politiques au sein du cercle dirigeant (dogme du «parallélisme» vis-à-vis de la Chine dans le développement des capacités de défense, dans l\u2019économie, les réformes, la politique.), des dissensions au sein du clan famihal ont vu le jour : une rivalité feutrée entre Jang Song-taek et Kim Jong-un, au point que celui-ci finit par en prendre ombrage et décida d\u2019éliminer son oncle, dont l\u2019influence envahissante a pu apparaître comme une alternative de pouvoir.Reprise en main C\u2019était avec l\u2019appui de Jang Song-taek qu\u2019il avait peu à peu pris en main l\u2019appareil.L\u2019armée d\u2019abord, dont il décapita la hiérarchie comme en témoignèrent la valse des nominations et la succession des ministres de la Défense et chefs d\u2019état-major, puis lesjnstances intermédiaires du Parti du travail.Agé alors de 65 ans, Jang Song-teak naviguait dans les arcanes du pouvoir depuis quarante ans.Son mariage avec Kim Kjmng-hui avait favorisé sa carrière.Bravant les foudres paternelles, la fille de Kim Il-sung décida d\u2019épouser en 1972 ce jeune cadre sorti de l\u2019Université Kim Il-sung qui jouait à merveille de l\u2019accordéon.L\u2019homme était ambitieux.Purgé une première fois en 2003 (sous les mêmes accusations qu\u2019aujourd\u2019hui : corruption et constitution d\u2019une clique de protégés), il était revenu à la surface trois ans plus tard.Kim Jong-il se méfiait de son ambitieux beau-frère mais, à la fin de sa vie, malade, il s\u2019en était rapproché et le couple fut le pivot de la mise en place de la succession : par sa connaissance des rouages du régime, Jang Song-taek formait le lien entre la «vieille garde» et la nouvelle génération.Indépendamment de ses fonctions officielles (vice-président de la commission de défense, membre suppléant du bureau politique et chef du département de l\u2019administration du parti), son influence avait ^andi parallèlement au renforcement de la position de Kim Jong-un et il intervint souvent dans les décisions de celui-ci.Mais son étoile a pâli au fur et à mesure de la prise en main de l\u2019armée et du parti par Kim Jong-un.Non seulement Jang Song-taek s\u2019était fait beaucoup d\u2019ennemis, mais il avait aussi perdu le soutien de son épouse.D\u2019autant que l\u2019influence de Kim Kyung-hui \u2014 une femme dure, obstinée, alcoohque, dit-on \u2014, qui tenait à son ascendance, déclinait aussi.Kim Jong-un et Jang Song-taek savaient très bien ce qui se passait à l\u2019étranger, et ils étaient conscients qu\u2019il fallait mener des réformes.Le jeune Kim ne semble pas avoir éliminé son conseiller pour des divergences politiques mais parce que ce dernier avait formé une nébuleuse de protégés qui entamait son autorité.Alors que dans le passé les purges étaient opérées sans fanfare \u2014 la victime disparaissait simplement de la scène \u2014, l\u2019élimination de Jong Song-taek a eu un caractère spectaculaire : il fallait un exemple, lui f^ire «porter le chapeau » des maux du pays.Eviction de la «vieille garde», limogeages, purges, exécutions.le jeune dirigeant au visage poupin est sorti de son cocon.Et la « direction unique » est plus que jamais réaffirmée.Le Monde Bulletin de ropposition Michel David Fatima Houda-Pepin (La Pinière) a non seulement eu le courage de déroger à la ligne de son parti sur le port de signes religieux, mais elle a même forcé son chef à une humiliante volte-face.A Si Françoise David (Gouin) est devenue la chouchoute des Québécois, selon le dernier baromètre de Léger Marketing, c\u2019est probablement parce qu\u2019elle donne l\u2019exemple de ce que pourrait être la politique faite autrement, ne serait-ce que dans le ton.Les résultats des élections partielles de lundi sont encourageants pour son parti.A François Bonnardel (Granby) peut s\u2019enorgueillir d\u2019être responsable de la modernisation d\u2019une Loi sur les mines plus que centenaire.Un bel exemple de l\u2019opposition constructive que prétend offrir la CAQ.B Dans le bulletin de juin, j\u2019avais reproché à Hélène Daneault (Groulx) d\u2019avoir entraîné l\u2019Assemblée nationale dans un mauvais procès du directeur général du CHUM, Christian Paire.Le dernier rapport du vérificateur général a démontré qu\u2019elle avait raison.B François Legault a connu un succès d\u2019estime avec son livre sur le Projet Saint-Laurent et il est efficace à l\u2019Assemblée nationale.Pourtant, son parti n\u2019arrive toujours pas à repasser la barre psychologique des 20% dans les intentions de vote.Expliquer par le cynisme des électeurs le résultat famélique de la CAQ dans Viau, où elle a terminé derrière QS et QN, était un peu court.B- Pierre Paradis (Brome-Missisquoi) est devenu un homme de confiance de Philippe Couillard et le mentor du rat pack libéral.Il a toujours vu la politique comme un combat de ruelle, mais envoyer un huissier au ministre des Finances pour le traîner en commission parlementaire était nettement exagéré.B- Même si Pierre Moreau (Châteauguay) montre de belles dispositions, le métier de leader parlementaire requiert un certain apprentissage.Il s\u2019est fait rouler par son vis-à-vis péquiste, Stéphane Bédard, dans le débat sur le projet de loi sur les mines.Après l\u2019avoir vu déchirer sa chemise, il était un peu déroutant de voir les libéraux l\u2019appuyer.C La CAQ mise beaucoup sur Christian Dubé (Lévis), mais il demeure désespérément inconnu de la population.Pour des comptables, il est peut-être façile de réduire de 2 milliards les dépenses de l\u2019État en claquant des doigts, mais M.Dubé et son chef semblent oublier que la politique est l\u2019art du possible.C S\u2019il devient ministre de la Justice, l\u2019ancien bâtonnier du Québec, Gilles Quimet (Fabre), va-t-il rendre publics les avis juridiques du gouvernement, qui ont toujours été confidentiels, comme il a réclamé ceux qui concernent la charte de la laïcité ?C-Pendant des semaines, Christine St-Pierre (L\u2019Acadie) a talonné Maka Kotto afin qu\u2019il légifère sur le prix du livre.Quand il s\u2019est enfin décidé à agir, elle a encore trouvé à redire.Déconcertant.C- Un ancien ministre ne devrait pas conserver le même dossier dans l\u2019opposition.Yves Bolduc Qean-Talon) ayant appuyé la candidature de Christian Paire à la direction du CHUM, le PLQ a été condamné au silence sur le rapport du vérificateur général.C- Rita de Santis (Bourassa-Sauvé) n\u2019a pas contribué à dissiper l\u2019impression déjà trop répandue que l\u2019Assemblée nationale est un théâtre de vaudeville en s\u2019y présentant avec un crucifix des plus ostentatoires au cou.C- Marc Tangnay (Lafontaine) croyait avoir fidèlement traduit la position de son chef en déclarant qu\u2019une femme portant le tchador pourrait très bien être candidate pour le PLQ.Quand M.Couillard a fait volte-face, il a goulûment avalé la couleuvre.D Jacques Duchesneau (Saint-Jérôme) s\u2019est aventuré en terrain marécageux, et y a entraîné son chef, en reliant une subvention accordée par André Boisclair à sa consommation de cocaïne.Ses appels du pied répétés à Denis Coderre pour qu\u2019il lui offre le nouveau poste d\u2019inspecteur général de Montréal en sont devenus gênants.D Jean-Marc Fourifier (Saint-Laurent) ne s\u2019est jamais signalé par son élévation d\u2019esprit, mais sa comparaison entre la «Nuit de cristal» de novembre 1938 en Allemagne nazie et le projet de charte de la laïcité était par ticuhèrement vicieuse.E Pierre Marsan (Robert-Baldwin) a signé son arrêt de mort politique en adressant à la communauté sépharade de l\u2019ouest de Montréal une lettre de sollicitation dans laquelle il établissait avec une rare maladresse un lien entre les dons au PLQ et l\u2019octroi de places en garderie par le gouvernement Charest.E mdavid@ledevoir.com Précision Dans ma chronique de jeudi, j\u2019ai attribué la différence entre les résultats des récents sondages de CRQP et de Léger Marketing, réalisés presque au même moment, à la surreprésentation des francophones après répartition des indécis dans l\u2019échantillon de CRQP.Le vice-président de CRQP, Youri Rivest, assure qu\u2019il a bel et bien été pondéré pour obtenir une proportion de 80,6% de francophones, soit la proportion qu\u2019ils représentent dans l\u2019ensemble de la population. B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS EDITORIAL LISEE ET LE «CORPS ETRANGER» Provocation contre-productive «Corps étranger»: le terme utilisé par Jean-François Lisée pour désigner le Canada au Québec était mal choisi.Ancien conseiller de haut rang et ex-rédacteur de discours importants, on aurait pu s\u2019attendre à ce que l\u2019homme s\u2019interdise ce type de provocation inutile pouvant occulter des réalités méritant d\u2019être soulignées et critiquées.c A - ^ Antoine Robitaille omme analyste, Jean-François Lisée s\u2019est souvent fait reprocher de porter des «lunettes roses » ; d\u2019embellir les choses le plus possible pour son camp en échafaudant des théories hardies.Lorsque ce type de rhétorique devient celle d\u2019un acteur politique, les conséquences peuvent être contre-productives.C\u2019est le cas selon nous, des conclusions hasardeuses que le ministre des Relations internationales du Québec a tirées à partir des résultats du dernier sondage CROP, dont les données sont apparues à plusieurs observateurs comme surprenantes, voire aberrantes.L\u2019étude indiquait une remontée de la souveraineté à 44%.Il n\u2019en fallait pas plus pour que M.Lisée, dans une sorte d\u2019emballement, y décèle une preuve que «l\u2019attachement au Canada se dégrade».Le Dominion deviendrait de plus en plus, aux yeux des Québécois, un «empêchement de prendre des décisions».Bref, a-t-il conclu, polémique, une sorte de «corps étranger».Certes, plusieurs Québécois ont une mauvaise perception d\u2019Ottawa.Et cela est souvent .¦\t^\tjustifié : le gouvernement Harper fait preuve '^i^É w\td\u2019une indifférence troublante à l\u2019égard du Québec.Par exemple, quand il exerce ses compétences en faisant fi des autres ordres de gouvernement et des lois et réglementations locales, dans le port de Québec et à l\u2019aérogare de Neuville, par exemple.Déjà que le Québec a été honteusement isolé en 1982 et nié en 1990 (désaccord du lac Meech), voilà le fédéral qui nomme le juge Nadon à l\u2019encontre de la Loi sur la Cour suprême et qui prétend pouvoir refaire le Sénat unilatéralement.Peut-être aussi que les réactions d\u2019Ottawa et de nombre de Canadiens anglais face au projet de la charte des valeurs québécoises, appuyé par bon nombre de Québécois, ont été perçues comme une interdiction de s\u2019autodéterminer.Cela étant dit, qualifier le Canada de «corps étranger» comportait une dose de mépris qui risque de braquer bien des Québécois et les retourner précisément contre l\u2019analyse de M.Lisée.Gilles Duceppe avait l\u2019habitude de dire qu\u2019il ne fallait pas faire la souveraineté «contre» le Canada.Or, plusieurs Québécois, à tort ou à raison, se sont non seulement résignés à ne pas changer le Canada, mais l\u2019ont réadopté et s\u2019en font même une fierté.C\u2019est le cas de plusieurs libéraux de Philippe Couillard, mais aussi de caquistes totalement étrangers au passé nationaliste de leur ancêtre, l\u2019Action démocratique du Québec.Or, on ne les amènera sûrement pas à changer d\u2019idée avec ce type de métaphores douteuses.C\u2019est le cas aussi, il faut le souligner, de plusieurs jeunes nés après le dernier référendum et ayant grandi dans l\u2019univers postnational de l\u2019Internet.Pour atteindre et dépasser le taux d\u2019appui au Oui reflété dans le dernier CROP, les souverainistes devraient s\u2019employer à développer d\u2019autres types de discours.DANY LAFERRIERE L\u2019immortalité .'K Bernard Descôteaux écrivain Dany Laferrière a l\u2019art de dire les choses, les bonnes choses.Réagissant à son élection à l\u2019Académie française qui venait de le faire «immortel», il a eu cette phrase: «Ce n\u2019est pas tant l\u2019écrivain qui est immortel que la langue [.], les écrivains [de l\u2019Académie] se passent la langue comme un témoin.» Avant même d\u2019être intronisé sous la Coupole historique, il pose ainsi ce que devrait être la mission de l\u2019Académie quant à l\u2019avenir de la langue française.On ne connaît pas les raisons qui ont conduit la secrétaire perpétuelle de l\u2019Académie, Hélène Carrère d\u2019Encausse, à solliciter la candidature de Dany Laferrière et celles des membres qui ont voté en sa faveur.Pour accéder à cet honneur, l\u2019historien Jacques Chastenet qui a siégé sous la Coupole de 1956 à 1978 avait dit: «Il faut avoir du talent, de la notoriété et être de bonne compagnie.» Le Figaro écrivait ::::\t\u2014 jeudi à propos du nouvel élu: «Assurément, c\u2019est un grand écrivain et un homme délicieux» rqui a été choisi.On ne peut être que d\u2019accord avec ce jugement.Se pourrait-il toutefois qu\u2019en choisissant ,\t./K V Dany Laferrière, les Immortels aient voulu si- gnaler une préoccupation nouvelle pour l\u2019immortalité de la langue française?Osons le croire, car l\u2019écrivain québéco-haïtien symbolise l\u2019avenir de cette langue qui se jouera en dehors de la France qui elle-même ne s\u2019en préoccupe peu ou prou, si souvent attirée par le monolinguisme anglais.Aujourd\u2019hui, la majorité des francophones vit en dehors de l\u2019Hexagone.En fait, la moitié des 220 millions de francophones que l\u2019on compte à travers le monde se trouve en Afrique.L\u2019organisation internationale de la Francophonie prévoit qu\u2019en 2050, nous serons près de 500 millions.Neuf sur dix vivront alors en Afrique.Pour que cette prévision de l\u2019OIF se réalise, il faut que le français demeure une langue attractive, vivante et moderne.Comme toute autre langue, le français est un organisme vivant qui s\u2019emi-chit d\u2019emprunts, de néologismes, de métissages.Mais sous les ors de la Coupole, les membres de l\u2019Académie travaillent à fixer les normes d\u2019une langue qui est déjà d\u2019hier plutôt qu\u2019à la renouveler.Pour eux, le temps ne s\u2019écoule pas au même rythme que dans les rues de Montréal, de Port-au-Prince ou de Dakar.Acceptant l\u2019honneur qui lui est fait, Dany Laferrière a dit ne pas avoir l\u2019intention de «chambouler les habitudes» de ses pairs qui.Dieu le sait, auraient bien besoin de l\u2019être.Le nouvel Immortel saurait sans aucun doute le faire, lui qui sut si souvent être iconoclaste.Avec la finesse qu\u2019on lui connaît, il pourrait les bousculer un peu, en ranimant par exemple le débat sur la féminisation des titres, si bien pratiquée au Québec et de plus en plus dans la francophonie, mais rejetée par Maurice Druon lorsqu\u2019il était secrétaire perpétuel.Ce serait dommage que sous ses lauriers, ce talentueux écrivain rentre dans le rang.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCOTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET J'attends mettre vMM bf aaaTch CünT/iE ifî Iî£6iM£5 0E RtT(îAiTf © fi '¦m 4 |Ea-)M LETTRES Un anniversaire hontenx Le 14 décembre de l\u2019année 2000, l\u2019Assemblée nationale du Québec votait à l\u2019unani-mité une motion de blâme contre le citoyen Yves Michaud, l\u2019accusant d\u2019avoir tenu des propos antisémites sans qu\u2019il puisse être entendu, et sans que les députés, toutes formations confondues, aient même eu le temps de lire le texte prétendument incriminant 01 ne l\u2019était en rien).Ce jour-là, 109 députés se donc sont levés, tels des automates, pour condamner un homme qui n\u2019avait pas été autorisé à se défendre, au mépris du fameux principe de ÏAudi alteram partem.Une attitude que le journaliste du Devoir Michel David avait justement qualifiée de révoltante.Il s\u2019agit d\u2019un cas unique dans l\u2019histoire des démocraties parlementaires modernes et, avec le temps, l\u2019iniquité de la motion a fini par être communément admise.Seuls deux députés de la famille péquiste, qui siègent encore aujourd\u2019hui à l\u2019Assemblée nationale, Nicole Léger et Stéphane Bédard, ne se sont pas encore excusés.Et pourtant, quand Québec solidaire a tenté, fin 2010, de présenter une mo- tion visant à reconnaître l\u2019erreur de l\u2019Assemblée nationale, le PQ a refusé d\u2019en débattre.L\u2019« affaire Michaud » ne sera close que lorsque l\u2019Assemblée nationale aura retrouvé son autorité morale en reconnaissant qu\u2019elle a erré gravement en condamnant, à la va-vite et sans débat, un citoyen pour des propos que personne n\u2019avait pris la peine de lire.Cet abus de pouvoir sans précédent porte atteinte aux libertés fondamentales d\u2019opinion et d\u2019expression dont peuvent se prévaloir tous les Québécois, et au droit de toute personne «à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation».ÛVticles 3 et 4 de la Charte des droits et libertes de la personne du Québec.) Dans la célèbre trilogie de Pagno J César dit à Marius: «L\u2019honneur, c\u2019est comme les allumettes; ça ne sert qu\u2019une fois!» Le triste anniversaire de ce qui a constitué ime véritable tentative d\u2019assassinat politique d\u2019im militant qui a tout donné au Québec et à la cause souverainiste doit être le dernier.En lavant l\u2019honneur d\u2019un homme blessé, l\u2019Assemblée nationale retrouvera le sien.Jacques Lanctôt, auteur A\u2019Yves Michaud.Un diable d\u2019homme ! Le 13 décembre 2013 Une pétition, « qn\u2019ossa donne » En 1990, je faisais signer une pétition pour appuyer la campagne de Développement et Paix qui est un organisme de coopération internationale.Cette pétition demandait au gouvernement canadien le maintien de sanctions contre le régime de l\u2019apartheid en Afrique du Sud.Quelqu\u2019un m\u2019avait dit: «Ma petite madame, vous êtes bien naïve, vous perdez votre temps.» L\u2019organisme avait recueilli 120000 signatures.En 1990, Nelson Mandela, après 27 ans d\u2019emprisonnement, adressait à Développement et Paix une lettre de remerciements pour la solidarité et le soutien manifestés à sa cause.Depuis plus de 45 ans, cet organisme continue de promouvoir sans cesse les droits de la personne à travers le monde.Nelson Mandela nous a montré que la justice sociale est un long processus ardu, mais qu\u2019avec de la ténacité et de la détermination, on peut faire évoluer les mentalités et changer les politiques injustes.Lorraine Cournoyer Repentigny, le 9 décembre 2013 Revue de presse Postes Canada : plaidoyers pour la fin du monopole GUILLAUME BOURGAULT-COTE Résumée succinctement, la stratégie de survie de Postes Canada consiste à charger beaucoup plus cher pour beaucoup moins de services.Pour plusieurs commentateurs, c\u2019est là une preuve de plus qu\u2019il faut mettre un terme au monopole de cette société de la Couronne.L\u2019annonce de la fin de la livraison du courrier à domicile et de l\u2019augmentation du prix du timbre à 1 $ a suscité énormément de critiques dans la presse anglophone du pays.Pour sa part, Andrew Cojme (Postmedia) estime que la solution des dirigeants de Postes Canada pour juguler les pertes de revenus (le déficit pourrait atteinclre un milliard en 2020, et la caisse de retraite est dans le rouge foncé) est typique d\u2019un «monde entièrement isolé de la compétition».Cela fait plus de 40 ans que Postes Canada suit un modèle d\u2019affaires basé sur la réduction de services et l\u2019augmentation des prix, note Coyne.L\u2019arrivée d\u2019Internet n\u2019a fait qu\u2019accélérer le ralentissement des services.Le courrier est livré moins vite, moins loin.et pourtant, cela se fait sans que le modèle monopolistique (défini par la Loi sur la Société canadienne des postes) soit remis en question.Or, il faut mener cette réflexion, écrit Andrew Cojme.«La question devant nous n\u2019est pas de sauver le service à domicile ou de sauver Postes Canada.Si l\u2019on sort de la logique du monopole, la vraie question est de savoir qui peut offrir le meilleur service postal au plus faible coût.La réponse est: ouvrons le secteur à la concurrence et voyons voir ce qui se passe.» La Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, l\u2019Allemagne ont adopté différentes formules efficaces, note Cojme.Selon lui, il faudrait notamment sortir de la logique qui veut qu\u2019on paie toujours le même prix pour envoyer une lettre au Canada, peu importe la distance.C\u2019est une solution politiquement pratique, mais économiquement néfaste, dit-il.Dans le National Post, John Ivison écrivait jeudi que la solution annoncée cette semaine n\u2019est rien de plus qu\u2019un diachylon sur un problème qui nécessite une «chirurgie radicale».Postes Canada a besoin de quelque chose de plus draconien.«La structure du modèle de Postes Canada ne changera pas et il n\u2019affrontera aucune compétition dans un secteur qui décline.» Tant qu\u2019à payer 1 $ par lettre, ne pourrait-on pas voir ce qu\u2019un secteur ouvert à la concurrence offrirait, demande Ivison ?Le plan d\u2019action en cinq points dévoilé mercredi n\u2019offre rien de valable à long terme, croit le chroniqueur.II y voit beaucoup de «pensée magique» et de faux-fuyants pour éviter de regarder la seule option réellement valable à son avis : la fin du monopole.En éditorial, le Toronto Sun plaide aussi pour une présence du secteur privé dans le monde des postes.Impossible autrement d\u2019assurer de meilleurs services postaux aux Canadiens.II y a longtemps que cette solution aurait dû être considérée, écrit le Sun, qui qualifie Postes Canada de «dinosaure».Opinion semblable dans l\u2019Ottawa Citizen, sous la plume de Kate Heartfield.«Le timbre-poste a été inventé par le secteur privé.Il n\u2019y a absolument aucune raison qu\u2019il n\u2019y retourne pas.» Où sont les conservateurs ?Dans ce dossier, d\u2019autres ont noté l\u2019attitude paradoxale du gouvernement conservateur de Stephen Harper.Oû était donc mercredi ce gouvernement qui se faisait tout récemment le champion de la protection des consommateurs canadiens, demandait Chantal Hébert dans le Toronto Star?Suivant le communiqué de Postes Canada, aucun ministre n\u2019est venu à la défense de ces consommateurs aujourd\u2019hui doublement lésés (prix élevé pour service moindre), relève la chroniqueuse.Il est pourtant évident que le gouvernement avait été mis au courant de la décision de la société de la Couronne \u2014 qui est survenue au lendemain de l\u2019ajournement des travaux de la Chambre des communes.Hébert remarque que la fin du service à domicile dans les villes du pays ne fera pas de mal direct aux conservateurs, dont les appuis sont majoritairement ruraux.Elle fait le lien avec la réforme de l\u2019assu-rance-emploi, qui touche des régions oû les conservateurs comptent peu d\u2019appuis.Mais sur le fond, l\u2019incapacité du gouvernement Harper à réagir avec cohérence montre la désorganisation du parti après une session parlementaire difficile, suggère Hébert, qui estime que les conservateurs sont désorientés.Dans le Globe and Mail, Jeffrey Simpson explique lui aussi que les conservateurs devaient savoir ce que Postes Canada tramait.C\u2019est peut-être pourquoi ils ont ajourné les travaux aux Communes: pas de réponses à donner à des questions difficiles les mettant en contradiction avec eux-mêmes.De la politique «sournoise», écrit Simpson.Lui aussi estime que le plan de Postes Canada est particulièrement optimiste.Ses prémisses sont difficilement défendables pour le gouvernement, dit Simpson.«C\u2019est le genre de dossier que les gens comprennent facilement, au contraire de plusieurs autres.C\u2019est aussi un enjeu qui touche la base conservatrice, qui veut des taxes basses, des prix peu élevés, plus de choix et de meilleurs services.» Les conservateurs peuvent plaider que les pertes financières essuyées par Postes Canada sont inacceptables, reconnaît Simpson.Mais ne croient-ils pas que tout problème peut être résolu pas une meilleure efficacité, plutôt qu\u2019en imposant plus de taxes et de frais et en offrant moins de services ?Le Devoir La version publiée en ligne inclut les liens vers les textes originaux. LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 2013 B 5 IDEES Hitchens appuierait le projet de loi 60 La liberté de religion n\u2019a plus les mêmes implications qu\u2019aux XVIIIe et XIX® siècles «Mais nous croyons en la religion.du moins pour les autres.» - Hitchens HUBERT RIOUX OUIMET Jeune rebelle, McMaster University e 15 décembre marquait le second anniversaire de la mort du philosophe, journaliste et essayiste britanno-américain Christopher Hitchens.Cet anniversaire appelle une reconsidération du débat sur le projet de loi 60, d\u2019un angle n\u2019ayant guère été adopté jusqu\u2019ici.L\u2019antithéisme, dont Hitchens consacra la dernière portion de sa vie à expliciter les principes, est une posture selon laquelle les aspects vicieux et liberti-cides du théisme, soit de la superstition religieuse, surpassent en importance les effets bienfaisants du pluralisme religieux et/ou de la «laïcité ouverte».Les religions et leur influence socioculturelle devraient donc être confrontées, et non pas seulement tolérées, leur inoffensivité ayant lieu d\u2019être mise en question.Cela n\u2019implique pas une opposition à la liberté de religion per se, mais une reconnaissance du fait que, autres temps autres enjeux, cette liberté n\u2019a pas ni ne doit avoir les mêmes significations et implications aujourd\u2019hui qu\u2019aux XVHP et XIX^ siècles.C\u2019est effectivement une erreur commune dans le débat actuel: on invoque la tradition libérale anglo-américaine sans réaliser que la laïcité de l\u2019Etat en Occident ne sert plus tant à aménager un espace civique neutre, libre de répression et de conflits interconfessionnels, qu\u2019à édifier et défendre un espace public institutionnalisant la sécularisation, c\u2019est-à-dire le «désenchantement du monde», le rejet assumé des superstitions religieuses.Considérer l\u2019ouverture de la fonction publique à la pluralité religieuse synonyme de neutralité relève d\u2019une conception surannée de la laïcité, aveugle au fait que l\u2019enjeu déterminant de notre époque, pour plusieurs raisons, n\u2019oppose pas les confessions entre elles, mais la religiosité à l\u2019athéisme, ou du moins à l\u2019agnosticisme.C\u2019est d\u2019ailleurs en raison de cette obsolescence que le projet de charte sera contesté et possiblement invalidé juridiquement: nos principes constitutionnels émanent de doctrines libérales datant d\u2019unç ère où il apparut désormais nécessaire que l\u2019Etat ne puisse favoriser une religion au détriment des autres, mais où il n\u2019était pas encore tout à fait envisageable qu\u2019il en refuse toutes les manifestations en son sein, au nom du caractère séculier de ses institutions.Que celles-ci puissent être laïques, au sens lockéen du terme, en laissant leurs agents «libres» d\u2019afficher leur appartenance religieuse, est un argument valable mais, d\u2019une perspective réellement progressiste, réducteur et conservateur.Il insiste sur l\u2019impératif de neutralité alors que l\u2019Etat et ses représentants pourraient, symboliquement, incarner aussi cette sécularisation dont l\u2019essor historique est menacé par l\u2019une des véritables tendances réactionnaires de notre époque : la réaffirmation du théisme qui, tant sous ses formes dites modérées que de plus en plus radicales, est contraire à la véritable liberté de conscience et d\u2019expression de tous, celle qui ne se réduit pas à et qu\u2019on confond trop souvent avec la fiberté négative de s\u2019imposer à soi-même, sur le plan individuel ou communautaire, un code de vie fondé sur un ensemble de superstitions.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le projet québécois n^nterdit aucun signe religieux dans Pespace public en général.Si nous sommes sérieux, l\u2019adoption d\u2019une telle perspective est d\u2019autant plus indiquée que, alors qu\u2019un consensus s\u2019est établi, au Québec comme ailleurs, autour de la nécessité d\u2019une lutte contre l\u2019intégrisme religieux, ses contours demeurent indistincts.Peut-on juger que la minorité des croyants estimant le port de signes religieux indispensable à son fonctionnement social ne fait pas dans la modération?Ne fait-il aucun doute, d\u2019après la définition donnée par Bouchard et Taylor eux-mêmes, que la communauté hassidique verse dans l\u2019intégrisme?Je suis ouvert à ce qu\u2019on me convainque de la négative si on le peut.Je mets donc officiellement, par la présente, tous les intellectuels québécois au défi de définir quelque fondement général permettant de déterminer là où la modération prend fin et où le radicalisme, qu\u2019on dit vouloir combattre, débute.Pour ces raisons et d\u2019autres, Hitchens appuierait le projet gouvernemental comme il appuya les lois françaises de 2004 et 2010.Les contextes français et québécois divergent, il est vrai.C\u2019est d\u2019ailleurs probablement pourquoi le projet québécois diffère en réconciliant les principes traditionnels de laïcité répubficaine et l\u2019idéal de sécularisation: il n\u2019interdit aucun signe refigieux dans l\u2019espacç pubfic en général et confère aux salariés de l\u2019Etat plutôt qu\u2019au citoyen lambda ou à l\u2019étudiant la responsabilité d\u2019incarner le caractère séculier de nos institutions pubfiques.Au regard du monde occidental, comme il l\u2019a fait dans d\u2019autres domaines alors qu\u2019on l\u2019en décourageait, le Québec innoverait en légiférant.Ce n\u2019est assurément pas une raison suffisante pour s\u2019y opposer.Uauteur de La position du missionnaire, des Lettres à un jeune rebelle et de Dieu n^est pas grand fut au cours des deux dernières décennies Tun des plus respectés promoteurs de Tantithéisme Que ce projet rompe avec la conversion civique du nationalisme québécois en serait une.Mais étant donné que cette conversion n\u2019a pu s\u2019accomplir que parallèlement à la sécularisation des mœurs et des institutions qui caractérisera la Révolution tranquille, soit, comme le disait déjà Borduas en 1948, à l\u2019émancipation religieuse du peuple québécois jusque-là «tenu à Vécart de révolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers», il apparaît évident que tel n\u2019est pas le cas.C\u2019est même précisément le contraire.Si les souverainistes considèrent donc toujours la majorité référendaire comme une libération collective légitimement applicable à une minorité s\u2019y opposant, ils n\u2019ont pas de raison de refuser d\u2019étendre le même raisonnement à la sécularisation de nos institutions.Le projet de loi 60 est imparfait et incomplet.Il s\u2019agit néanmoins d\u2019un pas dans la bonne direction.Cette perspective antithéiste est relativement répandue et n\u2019est indiscutablement ni conservatrice ni xénophobe, encore moins raciste.C\u2019est à l\u2019inverse un regard progressiste, séculariste, rationaliste et féministe, au sens noble de tous ces termes.C\u2019est affirmer avec Hitchens que la «dignité humaine ne dérive pas de la religion mais la précède» et lui succédera.Tout au plus est-ce une posture intolérante, en ce que ses tenants ne tolèrent pas que la liberté d\u2019un peuple de se doter d\u2019institutions publiques exemptes de manifestations religieuses soit subordonnée à la liberté, assumée par une poignée, de se croire sincèrement mais non moins superstitieusement tenu à un code vestimentaire permanent.C\u2019est triste, un café qui ferme ELORENCE BOULET Bientôt ex-serveuse à L\u2019Apothicaire ujourd\u2019hui, j\u2019ai annoncé à Richard Denis que le café fermait.Richard, c\u2019est un vieux monsieur qui s\u2019assoit tous les jours depuis dix ans sur le banc public en face du resto.Il a fait ________ le mois dernier la une du journal du quartier Rosemont-La Petite-Patrie pour avoir répandu la bonne humeur parmi les passants de la rue Beaubien depuis tout ce temps.C\u2019est sa plus grande fierté.Parlez-lui-en, vous verrez pour vous-mêmes son visage fatigué se rajeunir pendant quelques secondes.Pour un homme qui se donne de telles habitudes, évidemment, la nouvelle de la fermeture lui a donné un grand choc.Rien n\u2019exprime convenablement l\u2019expression qu\u2019il m\u2019a renvoyée.Hubert (nom fictif), un autre habitué assis au bar à côté de Richard, était lui aussi désemparé par la nouvelle.On aurait dit que le sol venait de se dérober sous lui.L\u2019Apothicaire était, selon lui, le dernier des cafés fréquentables de nie de Montréal.Il faut dire que mon resto est le dernier, franchement, qui n\u2019a pas subi de changement depuis la transformation du quartier.Le café a une esthétique qui ne fait peur à personne, sauf peut-être à une certaine sorte de hipsters qui n\u2019osent y entrer.Il est sans prétention, il n\u2019a pas à s\u2019expliquer.Ses banquettes nous offrent la trace définie des fesses de ses clients, toutes les tables sans exception ballottent et ont besoin de bons gros morceaux de carton pour les stabiliser (le sucre ne suffit plus), la peinture des murs est défraîchie, chaque jour le cuisinier manque de quelque chose et il ne faut pas être surpris de se faire dire qu\u2019on ne peut pas vous servir un plat, faute de tel ou tel ingrédient, etc.Il attire ainsi le meilleur et le pire.Le meilleur comme Yves, qui vient tous les matins parce qu\u2019on achète les trois journaux.Le Journal de Montréal, La Presse ET Le Devoir.Il y a aussi la brochette de réguliers, parce que, peu importe le livre qu\u2019ils avaient amené à lire au café, quand ils se retrouvent «par hasard» à côté l\u2019un de l\u2019autre, ils s\u2019emportent dans des discussions à ne plus finir.Le café attire le pire aussi, parce qu\u2019avec notre vitrine peu accrocheuse, les personnages spéciaux du quartier s\u2019installent un peu trop souvent au bar pour y vider leur sac.Ils viennent y chercher un bonjour, un comment ça va, un café filtre à 1,95$ qui leur donne bien plus une chaleur humaine qu\u2019une chaleur caféinée.J\u2019en ai un qui parle sans arrêt, peu importe si je lui réponds ni même le regarde.Celui-là s\u2019appelle Hubert.En écoutant Richard et Hubert, j\u2019ai compris que j\u2019assistais au malheur de ceux qu\u2019on tasse pour faire place aux plus jeunes ou aux plus riches.J\u2019ai vécu avec eux ce que peuvent res- sentir les vieux de la vieille quand on leur annonce que leur quartier les rejette, qu\u2019il n\u2019y a plus de place pour eux.Ils n\u2019y voient pas le concept trop abstrait de la «gentrification» (selon le terme imparfait, mais utile).Ils s\u2019arrêtent au triste constat que leur café préféré ferme.Mona fréquente déjà un autre café.Erançois flirte avec celui d\u2019en face depuis quelque temps.Mais tous disent la même chose : rien ne remplacera ce qu\u2019a été le café L\u2019Apothicaire.Je suis arrivée alors que le café était déjà en train de tomber, je n\u2019ai donc pas été témoin de ses meilleurs jours.J\u2019ai choisi d\u2019y travailler, par contre, parce que j\u2019avais bel et bien vu son extraordinaire qualité.On se sent chez soi ici, on sent qu\u2019on fait réellement partie d\u2019une communauté, on oublie qu\u2019on vit à Montréal.L\u2019endroit n\u2019a rien à voir là-dedans, ni le décor, ni le café, ni la nourriture.Ce sont les gens.Je n\u2019avais jamais travaillé dans un resto où les clients s\u2019assurent de dire bonjour et merci au cuisinier.Je n\u2019avais pas non plus travaillé dans un café où on se connaissait tous par nos prénoms et où on devait faire attention à ce qu\u2019on se dit, parce que le commérage se propage chez nous comme une tramée de poudre.Comme les rumeurs sur la vente du resto.j\u2019ai perdu le compte.Je n\u2019ai aucune idée de ce qu\u2019il deviendra.Je ne peux que conjecturer avec les autres et constater la perte d\u2019un café au charme campagnard.Le message d'erreur David Desjardins Pendant que tout le monde parlait encore de Gab Roy, je suis allé au théâtre avec JeffEillion.C\u2019était pour Lgros show, une pièce sur la radio d\u2019opinions, dont j\u2019ai finalement pensé l\u2019inverse de la critique : c\u2019est la fin dramatique qui m\u2019a plu.Les segments censés singer la radio populiste, eux, n\u2019étaient ni assez débiles pour que j\u2019en rie ni assez près de la réalité pour que je ressente le malaise.Et puis, la pièce pèche un peu comme le fait la radio à laquelle elle tend un miroir : en reconduisant le spectateur dans le confort de ses préjugés.J\u2019en suis rçssorti déçu.Eillion, lui, avait l\u2019air un peu sonné.A la fin, un personnage qui lui ressemble à s\u2019y méprendre se jette en bas du pont Pierre-Laporte.Quelques jours plus tôt, j\u2019avais eu l\u2019idée de lui demander de venir assister à la pièce, poussé par l\u2019envie de voir comment il se sentirait devant sa propre caricature.Sauf que celle-ci n\u2019était pas au point.Il y manquait la finesse qui l\u2019aurait rendue assassine ou qui aurait forcé l\u2019introspection.Alors, nous avons parlé de radio.De celle qu\u2019il a inventée et qui l\u2019a ensuite poussé en bas du pont.Avant?Il y avait eu André Arthur, Louis Champagne, Pierre Pascau et Gilles Prouk, qui ont tous excellé dans l\u2019art de vomir dans le cou de leur prochain.Mais c\u2019est Eillion qui a conçu le format que calquent aujourd\u2019hui ses successeurs.«J'étais un bum, un provocateur, dit-il.J\u2019avais 30 ans, pas vraiment conscience de ce que je faisais, et j\u2019avais la conviction que ce serait marginal, mon affaire.» Mais la conversation de taverne dont il souhaitait émuler l\u2019aspect authentique en fera la plus improbable des vedettes radiophoniques.C\u2019est aussi ce qui le perdra, avoue-t-il.Ces discussions sonnent vrai parce qu\u2019on peut tout y dire.Décence et force de frappe de la radio obligent, on ne peut pas réclamer pareil privilège sur les ondes.On a discuté de tout ça.De ses errances.De ses positions politiques qui, croit-il, ont pesé très lourd dans la balance de l\u2019opprobre.Pourtant, la radio qu\u2019il fait aujourd\u2019hui sur Internet défend les mêmes positions de droite, le côté adolescent attardé en moins, ce qui la rend digeste.On a parlé de ce qu\u2019il voulait faire au début, soit tourner en ridicule les bien-pensants, user de l\u2019intolérance pour exposer celle des autres.J\u2019ai pensé à Gab Roy.Eillion avait le même désir de foutre la merde, et la naïveté de croire que la fin justifie les plus intolérables moyens.«Quand je regarde ça avec mes yeux de gars de 45 ans, c\u2019est sûr qu\u2019il y avait des affaires qui n\u2019avaient pas d\u2019allure.» «C\u2019était trop, avoue-t-il plus idiVA.J\u2019étais comme un obèse lancé dans un buffet.» Drôle d\u2019adon, celui qui lui permettait de s\u2019empiffrer tous les matins a été remercié mercredi.Patron de CHOI-EM, désormais propriété de Radio-Nord, Patrice Demers s\u2019est vu montrer la porte par ceux auxquels il a vendu son antenne.C\u2019est lui qui a encouragé Eillion à aller trop loin.C\u2019est aussi lui qui a trahi son ami quand il est devenu indéfendable.J\u2019ai aimé le dernier tiers du Gros show, et c\u2019est parce qu\u2019il raconte une chose essentielle à propos de cette radio sur laquelle j\u2019écris pour la dernière fois, parce qu\u2019après j\u2019aurai tout dit ce que j\u2019ai dire.Il expose le cynisme d\u2019un spectacle qui ne défend rien d\u2019autre que son profit.Quand la machine cesse d\u2019imprimer du fric ou qu\u2019elle devient un fardeau, on l\u2019envoie à la casse.On peut toujours montrer du doigt les voyous médiatiques.D\u2019autant qu\u2019ils ignorent ou nient le pouvoir de destruction qu\u2019ils possèdent.Et il faudra toujours dénoncer ceux qui les exploitent pour s\u2019enrichir.Mais leur popularité commande qu\u2019on cherche à comprendre.Ce qu\u2019on s\u2019est d\u2019ailleurs bien gardé de faire avec Gab Roy; la vindicte télévisuelle est tellement plus rassurante, et payante elle aussi.1800000 téléspectateurs attendaient de voir du sang.Ils ont été servis.Sauf que moi, le lynchage ne me suffit pas.Je veux réfléchir.Pourquoi 100000 fans souhaitent-ils voir la prochaine niaiserie d\u2019un ahuri du Web qui vit intellectuellement au-dessus de ses moyens?Pourquoi 100000 personnes au quart d\u2019heure écoutaient-elles Eillion quand il utilisait les ondes comme un lance-flammes ?Pour que ça se produise, il faut qu\u2019il y ait de l\u2019eau dans le gaz.Une fêlure.Imaginez.Des centaines de milliers de personnes qui ont choisi la colère au lieu de l\u2019anesthésie du Banquier, mais qui nous disent le même malaise, la même défection devant un système \u2014 politique, économique \u2014 qui crache au visage de ceux qui le perpétuent.Tout ce monde en train de s\u2019effondrer et qui cherche d\u2019autres coupables que lui-même à son malheur: il ne disparaîtra pas, même si on l\u2019ignore et qu\u2019on refuse d\u2019entendre sa vok.Comme pour le Ear Web, la radio d\u2019opinions n\u2019est pas vraiment le bogue.Quand l\u2019ordi plante, le problème, c\u2019est rarement le message d\u2019erreur.UEQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine Robitaille (edttormhste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (cancatunste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Caroline Montpetit (afjaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amelie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Melanie Loisel et Karl Rettino-Parazelli (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel V>zr-r\\A(chroniqueur), Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Brian Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters)\tCarpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), Marco Belair-Cirmo, François Desjardins et Eric Desrosiers {reporters'), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editonale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Folie-Boivm et Louis Gagne {pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier, Benoit Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier et Genevieve Tremblay (assistantes) , correction : Andreanne Bedard, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amelie Gaudreau (secretaire), Florence Ferraris (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Monique Bherer (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOCITÉ Elyes Ben M'rad, Claire Breton {superviseuré), Jean de Billy, Jean-François Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Nathalie Jobin {par intérim), Claire Paquet, Catherine Pelletier et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amelie Maltais, {coordonnatrice).Elise G\\rard(secretaire) PRODUCTION Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Caroline Guimond, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxim-Olivier Leclerc (coordonnateur du service a la clientele), Manon Blanchette, Danielle Cantara, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Beliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Florentma Draghici, Celine Furoy et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 2013 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo L\u2019allocation universelle et le principe fondamental d\u2019égalité des chances Face à la précarisation du marché du travail et à l\u2019exclusion sociale que cela engendre, cette mesure se présente comme une base de sécurité et de confiance nécessaire à la dignité de tous Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter vme question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant VALERIE CAYOUETTE GUILLOTEAU Professeure de philosophie au cégep Limoilou En Suisse, l\u2019Initiative populaire fédérale pour le revenu de base inconditionnel a remis, le 4 octobre dernier, les 125 000 signatures récoltées officialisant la perspective d\u2019un référendum sur ce sujet d\u2019ici un à quatre ans.Philippe Van Parijs est un philosophe égalitariste libéral.Né en Belgique (1951), il est professeur à l\u2019Université catholique de Louvain et occasionnellement à Oxford et à Harvard.En constant dialogue avec John Rawls, il soutient que le meilleur moyen de réaliser concrètement les idées de la justice comme équité est sans aucun doute par l\u2019allocation universelle.Loin d\u2019étre nouvelle, l\u2019idée de donner un revenu de base à tous réapparaît périodiquement sous différentes appellations : revenu minimum garanti, revenu de base inconditionnel ou allocation universelle.Au Québec, la discussion autour de cette question a été soulevée notamment par Michel Chartrand et Michel Bernard (1999, Manifeste pour un revenu de citoyenneté), par François Aubry (1999, L\u2019allocation universelle: fondements et enjeux), alors à la CSN, et plus récemment par les travaux de François Blais, doyen de la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université Laval.La mesure comporte quatre traits fondamentaux: elle doit être universelle (destinée à tous sans distinction), inconditionnelle (versée sans examen des ressources ni exigence de contrepartie), cumulable avec d\u2019autres revenus et individuelle (indépendante du statut des ménages).Pour le bien de la réflexion, nous retiendrons une des simulations présentées par M.Blais en 2005 dans L\u2019Actualité économique, soit un montant de 375$ par mois par citoyen québécois adulte et 300$ par mois par enfant, financés par l\u2019élimination d\u2019un ensemble de dispositions fiscales (comme le montant personnel de base, un crédit d\u2019impôt non remboursable) et de programmes sociaux existants, ainsi qu\u2019un réajustement de la fiscalité afin qu\u2019elle soit plus progressive.En bref, tous recevraient l\u2019allocation universelle, mais ceux qui gagnent de bons revenus la reverseraient par le biais des impôts.Payé pour ne rien faire ?L\u2019idée de donner de l\u2019argent à tous, sans condition, sans exiger qu\u2019ils travaillent et sans égard à leur situation économique, est totalement contre-intuitive pour plusieurs.La première réaction est souvent de se dire qu\u2019alors tout le monde arrêtera de travailler, ou que l\u2019argent, ça se mérite.Ces intuitions proviennent en grande partie de l\u2019immense valeur que nous accordons au travail salarié.En plus de nous permettre de combler nos besoins et de faire vivre nos familles, celui-ci nous permet d\u2019accéder à la sphère pu- Le fait de donner le même montant d\u2019argent à tous entraîne une plus grande liberté quant au choix de son travail et de sa vie blique.L\u2019emploi donne accès à la fois à la sociabilité, à l\u2019utilité sociale et à l\u2019intégration sociale.La première question à se poser est: pourquoi d\u2019autres activités, comme l\u2019éducation des enfants, le bénévolat et la création artistique, ne pourraient-elles pas jouir d\u2019une aussi grande valorisation sociale ?Rompons-nous avec un des postulats de la pensée libérale : la neutralité de l\u2019État?Dans son article « Why surfers should be fed: the liberal case for an unconditional basic income», Philippe Van Parijs affronte John Rawls dans un débat désormais célèbre : l\u2019épineuse question des êtres improductifs par excellence, les surfeurs de Malibu.Il reconnaît que le fait de recevoir un revenu modeste permettant de subvenir à nos besoins primaires pourrait inciter certaines personnes à surfer toute la journée et que cet argent ne serait peut-être pas « mérité ».Mais la question du mérite est bien complexe.Un riche héritier ou un gagnant à la loterie mérite-t-il son argent ?Quelqu\u2019un qui aurait travaillé pendant 20 ans à 80 heures par semaine pourrait-il en passer 20 autres à se la couler douce?Devrions-nous exiger un certificat médical pour être certains que le surfeur ne se conduit pas ainsi parce qu\u2019il ne lui reste qu\u2019un an à vivre?Bien sûr, les surfeurs ne sont ici qu\u2019un épiphénomène : les mêmes questions se posent pour les étudiants tardifs, les artistes, les sportifs de haut niveau, les planteurs d\u2019arbres saisonniers, etc.Le fait de juger si ces personnes méritent ou non de bénéficier de nos programmes sociaux nous demande de poser un jugement sur leurs occupations.Et poser un tel jugement requiert nécessairement de prioriser un système de valeurs (une conception du bien) sur un autre.Cette position est intenable pour un adepte de la pensée libérale parce qu\u2019elle implique une intrusion déraisonnable dans la sphère privée des gens et qu\u2019elle oblige à délaisser la reconnaissance du pluralisme constitutif de nos communautés.Des rè^es communes d\u2019organisation La réponse de John Rawls à cet argument fut de dire que, dans le cadre d\u2019une société libre et démocratique, il est nécessaire de se donner des règles communes d\u2019organisation.Dans celles-ci, il faut appliquer le principe de la priorité du juste sur le bien, c\u2019est-à-dire qu\u2019il est légitime que le premier ait préséance sur le second si l\u2019atteinte à la liberté est raisonnable et proportionnée.En d\u2019autres mots, on peut rompre avec Iç principe de neutralité de l\u2019État afin d\u2019établir des principes de justice bons pour tous: oui, nous allons valoriser les productifs sur les improductifs et nous ne paierons pas pour eux.Un libéral peut tout à fait dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une question d\u2019équité entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas.Cependant, Philippe Van Parijs reviendra à la charge sur un autre front : il affirme UNIVERSITE CATHOLIQUE DE LOUVAIN Pour le philosophe Philippe Van Parijs, professeur à l\u2019Université catholique de Louvain, en Belgique, l\u2019allocation imiverselle permet de revenir à l\u2019essentiel de la pensée de John Rawls.Elle est peut-être la meilleiue façon de réaliser la justice comme liberté réelle poiu tous, c\u2019est-à-dire des possibilités concrètes de se réaliser et de se respecter.Les mesiues actuelles de lutte contre la pauvreté ont souvent des effets inverses.4?John Rawls Justice et démocratie RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Valérie Cayouette-Guilloteau : « L\u2019allocation de base doit être universelle, inconditionnelle, cumulable avec d\u2019autres revenus et individuelle, c\u2019est-à-dire indépendante du statut des ménages.» que l\u2019allocation universelle est la meilleure mesure pour réaliser le principe d\u2019égalité des chances, fondamental à nos sociétés.On s\u2019entend généralement pour dire que c\u2019est le fruit du hasard si nous sommes nés dans une situation économique plutôt qu\u2019une autre, si nous avons un handicap physique ou non, si nous avons été favorisés par la nature ou non.Les égalitaristes libéraux comme John Rawls et Philippe Van Parijs acceptent qu\u2019il y ait des inégalités économiques en société: cela est dû au système économique libéral que nous avons adopté et au choix de reconnaître le droit à la propriété privée.Par contre, pour que ces inégalités soient justes, la société doit mettre en place un système pour donner des chances égales à tous (surtout à ceux ayant été défavorisés par le hasard des naissances) de parvenir à accéder aux meilleurs postes, aux emplois les mieux rémunérés.C\u2019est le principe d\u2019égalité des chances, essentiel à la concrétisation du droit au respect de soi chez John Rawls.Concrètement, cela s\u2019est réalisé dans les États en offrant aux populations des systèmes scolaires accessibles et universels et en offrant des allocations familiales, des programmes d\u2019aide au logement et de soins médicaux ou paramédicaux à peu de frais aux familles démunies.Cela est aujourd\u2019hui reconnu par de nombreuses chartes de droits partout dans le monde : il est injuste que certains aient plus de chance que d\u2019autres sur la ligne de départ.Les meilleurs postes devraient être offerts au mérite et non pas aux plus fortunés.Précarité et exigences Pour Philippe Van Parijs, l\u2019allocation universelle, par son caractère inconditionnel, permet de revenir à l\u2019essentiel de la pensée de John Rawls.Elle est peut-être la meilleure façon de réaliser la justice comme liberté réelle pour tous, c\u2019est-à-dire des possibilités concrètes de se réaliser et de se respecter.Les mesures actuelles de lutte contre la pauvreté ont souvent des effets inverses.Les parents défavorisés doivent commencer par reconnaître leur incapacité à donner par eux-mêmes toutes leurs chances à leurs enfants et s\u2019en renjettre à demander de l\u2019aide à l\u2019État.Cela est souvent hé à un sentiment de honte et d\u2019humiliation qui va sans aucun doute à l\u2019encontre de l\u2019une des facettes du premier principe de libertés égales de John Rawls, celui du respect de soi.La précarité couplée aux exigences sévères des différents programmes ainsi que le fait de devoir faire face aux nombreuses enquêtes et catégorisations sont souvent jugés arbitraires et stigmatisants par les associations de défense des prestataires.Le fait de donner le même montant d\u2019argent à tous, sans égard à la situation et sans condition, entraîne une plus grande liberté quant au choix de son travail et de sa vie.Selon Michel Chartrand et Michel Bernard, tous deux syndicalistes aguerris, cela permettrait de rééquilibrer un peu le rapport de force des travailleurs face aux entreprises dans un contexte de délocalisation, de mondialisation et de fusions.De plus, l\u2019allocation universelle a l\u2019avantage de permettre la reconnaissance du secteur économique quaternaire (services à la personne, services à domicile ou services dits de proximité).Non seulement l\u2019allocation universelle permettrait d\u2019assurer une base de revenu pour ces travailleuses et travailleurs de l\u2019ombre, mais en plus elle leur assurerait une certaine sécurité lors de leur retraite, même s\u2019ils n\u2019auront pas cotisé à un régime en particulier.Par exemple, l\u2019allocation universelle pourrait s\u2019avérer une solution pour sortir de la pauvreté les milliers de femmes âgées qui n\u2019ont pas ou qui ont peu occupé d\u2019emplois mais qui ont travaillé plus que leur dû et rendu de grands services à la collectivité.Finalement, l\u2019allocation universelle est défendue à droite comme à gauche en raison des avantages que certains y voient par rapport aux aléas économiques et au marché du travail.En effet, certains auteurs affirment qu\u2019elle serait une mesure efficace contre la «trappe du chômage ».Cela signifie qu\u2019en raison des exigences d\u2019un programme ou de contraintes circonstancielles, certaines personnes ont plus d\u2019avantages économiques à ne pas travailler qu\u2019à travailler.Par exemple, si un montant d\u2019allocation universelle était fixé à 375$, un prestataire du programme d\u2019aide sociale du Québec recevrait ce montant plus 229$ d\u2019aide sociale.Actuellement, s\u2019il acceptait un emploi à temps partiel, on lui couperait presque d\u2019autant l\u2019aide reçue.L\u2019idéal de fraternité et de coopération L\u2019allocation universelle, elle, ne serait pas touchée, et cela peut représenter une sécurité, en plus d\u2019un incitatif à retourner au travail, même dans des emplois précaires.On peut ici espérer une amélioration de la flexibilité du marché de l\u2019emploi, car on peut présumer que cela aiderait à accepter la précarité d\u2019un travail saisonnier ou à temps partiel.De plus, pour des secteurs d\u2019activité comprenant des risques au chapitre de la rentabilité, comme en agriculture ou lors de la création d\u2019une nouvelle entreprise, le fait d\u2019avoir un revenu assuré, si modeste soit-il, est un soutien important.Rappelons que la simulation de 375$ de M.Blais n\u2019est qu\u2019un début et que les montants pourraient progressivement être assez élevés pour assurer la couverture des besoins essentiels.En résumé, face à la précarisation continue du marché du travail et à l\u2019exclusion sociale que cela engendre, l\u2019allocation universelle se présente comme une base de sécurité et de confiance nécessaire à la dignité de tous.Elle peut être vue comme une sorte de police d\u2019assurance contre la précarisation et une réaffirmation de l\u2019idéal de fraternité et de coopération.C\u2019est sans doute ce que M.Van Parijs répondrait à John Rawls.?Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille : arobitaille @ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo."]
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