Le devoir, 14 décembre 2013, Cahier H
[" rMNCOPHOIlE ENTRETIENS JACQUES-CARTIER Alain Bideau œuvre pour inscrire les colloques dans toute la francophonie Page 2 Le quartier créatif façonne, à Montréal, Lyon ou Barcelone, la ville nouvelle Page 3 ville de demain sera numérique et intelligente 1*1\" Pages CAHIER THEMATIQUE H > LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS B CAROLINE GUIMOND LE DEVOIR ï iimi.U nji.rT;i:M: a; 11 ^\tJ- .\t^ \u2014^î Finira » il il : J i ¦\t\" ~~ n r, U Hi æ ü D E mil'! \" !i ÜJL tlED H Ui?111 \" \" Il r E IBII E i B ¦ a ¦ B Z 111tas |i.wi MKrr P 1I-.1 ii linn.MS Ül t è i I in i\tJ SOURCE ERÉDÉRIC DE LA MURE / M.A.E ilE SiJH Même combat Montréal et Lyon demeurent les points d\u2019ancrage de multiples réseaux du savoir Quais de la Saône à Lyon C\u2019est maintenant deux années sur trois que des Québécois et Québécoises traversent l\u2019Atlantique pour se rendre à Lyon, voire dans une autre ville de la francophonie européenne.L\u2019autre année, ce sera le tour des Européens d\u2019opérer en sens contraire la même traversée.Et cela s\u2019explique : il n\u2019y a pas, dans ces échanges qu\u2019encadre le Centre Jacques Cartier, que simple place faite aux paroles; il est des affinités plus profondes.La relation qu\u2019entretiennent entre elles deux villes comme Montréal et Lyon en est un bel exemple.NORMAND THERIAULT Elle a pour nom Mieke Bal et elle était à Lyon pour intervenir lors d\u2019une réflexion portant sur l\u2019art, réflexion déposée dans le cadre d\u2019un colloque mis au programme des Entretiens Jacques-Cartier par les organisateurs de la Biennale de cette ville.Et si, pour elle, l\u2019inscription des œuvres est bien réelle quand on affirme que «le monde est fait d\u2019histoires», il faut toutefois admettre que le discours est devenu autre: le «nous» cède sa place à r« autre » et la connotation historique teinte le propos.Et, face à elle, d\u2019acquiescer les Marie Eraser et Christine Ross, de l\u2019Université de Montréal et de l\u2019Université McGill.Car elles poursuivent une réflexion commune, déjà partagée à Montréal par les trois protagonistes, qui rejoignait celle d\u2019un Gunnar Kvaran, commissaire de l\u2019actuel « Entre-temps, brusquement, et ensuite », thème de cette 12® manifestation internationale, inscrite dans le réseau mondial des grandes biennales.Et qui assistait au colloque constatait alors que Montréal et Lyon sont reliés de plus d\u2019une façon.Certes, ailleurs, par ces mises en «lu- mière» des villes, mais aussi par le partage des connaissances.Autres images Et, quelques jours plus tard, non plus à Vaulx-en-Véîin, comme c\u2019était ici, mais à l\u2019hôtel de ville de la métropole rhônalpine, un autre groupe parlait d\u2019autres biennales, celles-ci consacrées à la bande dessinée, un moment fort de la programmation de juin à Lyon, mais un événement qui prend place aussi à Montréal comme à Québec, sans toutefois n\u2019avoir jamais l\u2019ampleur de celui d\u2019Angoulême.Et là la théorie cédait place à la performance.Car ici l\u2019objectif est d\u2019amener le public à faire sien un art que d\u2019autres diront encore mineur.Et de dire comment les actions menées auprès des jeunes rencontrent du succès (ce dont témoignera alors Ivan Eilion, du réseau des bibliothèques montréalaises) et que le fait de rendre visibles des collections établit la notoriété de la discipline (les plus de 20 000 titres et documents que possède la bibliothèque de la Part-Dieu ont bonne audience, dira ainsi son bibliothécaire, Henri Champanet).Et, alors, auteurs et performeurs de décrire des moments vécus, de l\u2019épuisant exercice qu\u2019est la séance de signatures {dixit Guy Delisle) à l\u2019enthousiasme généré par les séances d\u2019improvisation dessin-musique-spectacle en direct (selon les Lyonnais Jocelyn Elipo et Jérôme Jouvray, respectivement créateur de théâtre d\u2019improvisation et auteur).f Echanges suivis A Lyon, toutefois, il y a d\u2019autres colloques, d\u2019autres rencontres, où l\u2019importance consiste moins à enregistrer ce qui se dit qu\u2019à constater que, au fil des ans, ce sont des réseaux qui œuvrent en concordance.Ainsi, si Robert Olivier débarque cette année à Lyon en tant que p.-d.g.du groupe Apéro, il est, dans le passé, venu en cette ville comme responsable à un titre ou l\u2019autre de la Société de transport de Montréal ou de l\u2019Agence métropolitaine de transport.Aussi, de revoir ces amis de la Sytral, l\u2019organisme responsable du réseau lyonnais, est chez lui une habitude, mais aussi une source d\u2019émerveillement quand il constate comment ce réseau grandit, en kilomètres de lignes de tramway, de trolleybus, de métro ou de simple autobus.Si, cette année, on discourt sur les liens intermodaux, ces points de rencontre entre les divers réseaux, si le coup d\u2019éclat est donné par la Suissesse Sonia Lavadinho, qui propose qu\u2019on se déplace moins vite en ville (que le déplacement soit un moment de détente!), l\u2019importance de la rencontre tient plus dans l\u2019expérimentation des modèles, les recherches de solutions pratiques, ce qui se fait lors des rencontres informelles qui ont maintenant cours depuis plus d\u2019une décennie.Moments forts Et cela a heu dans plus d\u2019un domaine.Annuellement, le design a ses moments forts, que ce soit à Saint-Etienne ou à Montréal.Et les bâtonniers préparent année après année des thématiques qui ont pour objet d\u2019évaluer leurs législations respectives (le débat sur le projet de loi 24 au Québec se poursuivait ainsi outre-Atlantique), et ailleurs, à Toulouse cette année, le thème des sources d\u2019énergie renouvelables était récurrent.Aussi, il ne faut pas se surprendre que les recteurs d\u2019université inscrivent à leur agenda de novembre un déplacement vers Lyon, quoique \u2014 sait-on jamais quand on voit ce qu\u2019un Alain Bideau a en tête pour son Centre\u2014 n\u2019auront-ils pas un jour à se rendre ailleurs en Erance, à moins que ce ne soit en Belgique ou en Suisse, pour échanger sur une société du savoir ?Car les Entretiens délocalisent.Déjà cette année, à Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Chambéry, Liège, Toulouse et Rouen, et si l\u2019an prochain ce sera à Montréal, ce sera aussi à Ottawa et Québec, voire Saguenay et d\u2019autres villes québécoises ou canadiennes.Pour le savoir francophone, il y a donc un temps fort annuel où plus d\u2019un secteur d\u2019activité prend la parole : à Lyon, d\u2019abord, ne parlait-on point en 2013 de médecine, d\u2019urbanisme, d\u2019éducation, de mathématiques, de démographie, voire de sécurité routière ou d\u2019économie créative ?Il y a donc une variété de thématiques quand se déroulent, simultanément ou presque, 24 colloques.Le Devoir H 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 2013 ENTRETIENS JACQUES-CARTIER Centre Jacques Cartier La délocalisation des colloques se poursuit Près de 600 conférenciers, dont plus de 150 Québécois, se sont donné rendez-vous à la fin novembre, à Lyon, pour la tenue des Entretiens Jacques-Cartier.On dit Lyon, mais de plus en plus de colloques sont également accueillis par d\u2019autres villes françaises et européennes pour discuter science, politique, culture et économie.MARTINE LETARTE Un colloque sur l\u2019énergie, l\u2019un des thèmes prioritaires des Entretiens Jacques-Cartier, s\u2019est déroulé à Toulouse.En plein Sommet international de l\u2019innovation à Liège, en Belgique, on y a tenu un colloque sur l\u2019économie créative et les quartiers innovants.I>e thème de la persévérance scolaire, une priorité autant française que québécoise, a attiré pour un colloque près de 30Q personnes à Rouen.Saint-Etienne, Chamhéry et Grenoble ont aussi accueilli des événements.«Nous continuons d\u2019avoir une bonne collaboration avec la ville de Lyon, où nous avons tenu 16 colloques, soutient Alain Rideau, délégué général et fonda- teur du Centre Jacques Cartier.Toutefois, il est intéressant de garder un équilibre entre la répartition régionale des colloques et une ouverture à d\u2019autres régions européennes.» Cette année, l\u2019Université de Genève, en Suisse, s\u2019est jointe aux partenaires du Centre Jacques Cartier.«L\u2019Université de Genève a signé un accord de coopération avec l\u2019Université de Montréal et l\u2019Université libre de Bruxelles, alors, l\u2019an prochain, elles organiseront un colloque ensemble, se réjouit M.Rideau.Celui-ci portera sur le vieillissement, l\u2019un de leurs thèmes de collaboration prioritaires.L\u2019arrivée de nouveaux partenaires est intéressante, puisqu\u2019elle nourrit de nouvelles collaborations pour l\u2019organisation de colloques.» Pour continuer sur son élan de délocalisation, Alain Bideau multiplie les démarches dans différentes régions du monde.Des efforts se font ainsi avec Clément Duhaime, administrateur de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (01F), pour faire adhérer deux ou trois grandes universités africaines au Centre Jacques Cartier.Un colloque délocalisé pourrait être organisé à Dakar tout juste avant le Sommet de la Francophonie, en 2014.Le Liban est aussi convoité.«Nous avons établi des contacts ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Alain Bideau, délégué général et fondateur du Centre Jacques Cartier avec l\u2019Université Saint-Joseph de Beyrouth, une grande université du bassin de la Méditerranée motivée à travailler sur notre thème prioritaire qu\u2019est le transport, indique M.Bideau.Nous pourrions organiser un colloque à Beyrouth en 2015.» Priorités gouvernementales Pour les années à venir, Alain Bideau souhaite que les Entretiens Jacques-Cartier soient encore plus collés aux grands axes de recherche prioritaires des gouverne- ments québécois et français.«Nous voulons être au service des grandes politiques et des partenaires qui les mettront en place, explique Alain Bideau.Déjà, sans avoir une réelle connaissance des priorités nationales du Québec, plusieurs colloques tenus cette année étaient liés aux priorités des gouvernements.L\u2019an prochain, nous souhaitons que ce soit le cas du tiers des colloques.» Pour y arriver, Alain Bideau travaille avec Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, et différents acteurs français.«Nous voudrions organiser des colloques en collaboration avec les grands fonds de recherche québécois et des organismes français tels que le CNRS (Centre national de la recherche scientifique) etl\u2019INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale).» Parmi les thèmes envisagés pour l\u2019an prochain, on retrouve le vieillissement de la population, l\u2019électrification des transports et la médecine personnalisée.Vers 2014 En 2014, les Entretiens Jacques-Cartier se tiendront à Montréal, où on verra se transposer les efforts de délocalisation entrepris de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique.«Nous avons envie d\u2019organiser des colloques à Chicoutimi, Trois-Rivières, Sherbrooke et Ottawa», précise M.Bideau.Un colloque sur les infrastructures pourrait aussi être organisé à Haïti avec l\u2019Institut Mérieux, l\u2019Agence universitaire de la Francophonie, l\u2019Université de Montréal et l\u2019Université d\u2019Ottawa.Alain Bideau aimerait trouver un partenaire médiatique français important pour organiser un colloque en 2014, alors que le Centre Jacques Cartier célébrera son 30® anniversaire.Le projet de créer une université d\u2019été avec l\u2019INRS (Institut national de recherche scientifique) est aussi dans l\u2019air Orientation stratégique Alors que le grand manitou des Entretiens tirera sa révérence en 2017, il souhaite assurer la pérennité de cette rencontre internationale annuelle.11 a mis en place le Comité d\u2019orientation stratégique et scientifique du Centre Jacques Cartier, présidé par Jean Jouzel, climatologue, glaciologue et colauréat du prix Nobel de la paix en 2007 en tant que membre du Groupe d\u2019experts intergouvememental sur l\u2019évolution du climat.«Il faut préparer la succession et cela implique la recherche de moyens financiers», précise M.Bideau.Le Comité a notamment proposé de s\u2019allier à de nouveaux partenaires industriels et d\u2019améliorer le volet des communications.«Nous refaisons complètement notre site Internet, précise M.Bideau.Nous réfléchissons aussi au format des colloques.Nous envisageons de les filmer pour en faire des baladodiffusions.L\u2019évolution doit se poursuivre.» Collaboratrice Le Devoir MINES Une exploitation à revoir Au beau milieu des Alpes enneigées, au Campus Technolac de l\u2019Université de Savoie, c\u2019est une photo prise sous le soleil de l\u2019Afrique qui a secoué l\u2019assistance présente au colloque sur les impacts écologiques et sociaux de l\u2019exploitation minière.ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND à Bourget-du-Lac Une projection dévoile une Sénégalaise concevant l\u2019amalgame de l\u2019or et du mercure comme si elle faisait simplement à manger.Birane Niane, doctorant à l\u2019Université de Genève, a montré cette diapositive en présentant les résultats alarmants de la première étude au sujet des impacts de l\u2019utilisation du mercure dans l\u2019exploitation artisanale de l\u2019or dans la région de Kédougou, dans le sud-est du Sénégal.Les concentrations de mercure mesurées dans les sédiments et les sols, mais aussi dans les poissons et les cheveux humains, s\u2019enchaînaient comme autant de signaux d\u2019alarme.Ces résultats montrent «que l\u2019exploitation, telle qu\u2019elle est pratiquée là-bas, risque d\u2019avoir un impact sur l\u2019environnement et la santé des populations.Il est urgent maintenant de changer les méthodes de travail», a indiqué M.Niane.Selon l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), l\u2019exposition au mercure peut causer de graves problèmes de santé et entraîner des effets toxîques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire, ainsi que sur certains organes.L\u2019OMS a d\u2019ailleurs classé le mercure parmi les dix produits chimiques extrêmement préoccupants pour la santé publique.Les sédiments et les sols extraits sur les sites d\u2019orpaillage dans la région de Kédougou ont dévoilé des concentrations élevées de mercure total.Pire, les quantités de méthylmercure prélevées dans les eaux de surface étaient plus importantes que celles trouvées dans des pays comme le Burkina Faso ou le Ghana, où la technique d\u2019orpaülage à l\u2019aide de mercure est utilisée depuis plus longtemps.Un indice qui «montre aussi l\u2019utilisation abusive du mercure», selon M.Niane.«La quantité de méthylmercure trouvé dans l\u2019eau nous a poussés à regarder un peu plus au niveau des poissons.» Car les êtres humains peuvent être intoxiqués par le mercure de deux façons : en l\u2019inhalant ou en se nourrissant de poissons imbibés de méthylmercure.«On n\u2019a pas encore fini d\u2019analyser le tout, mais on a sorti quelques poissons qui sont au bout de la chaîne alimentaire.On a trouvé des valeurs qui dépassaient trois fois la norme établie par l\u2019OMS.» L\u2019analyse des cheveux de certains habitants a d\u2019ailleurs démontré une différence dans la concentration de mercure détectée selon que le poisson consommé provenait de la région de Dakar ou du fleuve Gambie.Certains cheveux prélevés sur des habitants des villages de Bantao et de Tin-koto présentaient des teneurs en mercure beaucoup plus élevées que la norme fixée par l\u2019OMS.«Le mercure est devenu un problème mondial», a soutenu M.Niane.Le 10 octobre dernier, quelque 140 pays ont signé la convention de Minamata, au Japon.Cette entente vise à réduire les émissions de mercure à travers le monde et (Jonne un délai de 15 ans aux Etats pour éliminer l\u2019usage du mercure dans les activités minières.Mines abandonnées du Québec Au Québec, il y a, depuis 10 ans, un souci de restaurer les mines abandonnées et conçues à une époque où on ne réfléchissait pas à leur fermeture.Le 27 novembre, Bruno Bus-sière, professeur à l\u2019Université du Québec en Abitibi, a fait le point sur la situation.Le plus gros défi demeure le drainage minier acide.«C\u2019est le principal problème écologique des sites miniers abandonnés» au Québec, a dit M.Bussière, lors d\u2019une entrevue téléphonique avec Le Devoir réalisée quelques jours plus tard.Généralement, les techniques de restauration utilisées sur les sites gérés par des sociétés minières ne peuvent pas être appliquées aux sites abandonnés, en raison des réactions chimiques indésirables que pourrait entraîner, par exemple, une eau Interstitielle contaminée par le fer.En basant sa présentation sur trois restaurations différentes, soit celles des sites Lorraine, Aldermac et Manitou, M.Bussière a voulu montrer le partenariat typiquement québécois entre les chercheurs et le gouvernement «pour trouver les solutions les plus efficaces».Une occasion, du même coup, de réaliser un bilan sur la Chaire de recherche du Canada sur la restauration des sites miniers abandonnés, qui a cessé ses activités en 2013.Collaborateur Le Devoir COMATOLOGIE Difficile, la gestion des risques On estime que le niveau de la mer s\u2019est élevé de 20 cm depuis le début du XX® siècle, que la concentration de CO2 dans l\u2019atmosphère a augmenté de 20% depuis 1958 et que la température moyenne à la siu-face du globe a augmenté de 1 °C.Mais une chose demeiue stable : le nombre des clima-tosceptiques, qui stagne à environ un tiers de la population depuis 10 ans.ASSIA KETTANI à Lyon Entre les climatologues et le public persiste un problème de communication qui agace et inquiète.Dans un colloque qui a réuni, les 25 et 26 novembre derniers, des climatologues, des économistes, des ingénieurs, des chercheurs et des agronomes, la communication se pose donc comme un enjeu croissant de la gestion des risques liés aux changements climatiques.Car gérer les risques, c\u2019est surveiller, informer les décideurs, conseiller les citoyens et orienter la population en cas de crise.«Les systèmes d\u2019alerte sont mis en place pour sauver le plus de vies possible », avance Christian Blondin, directeur du département des relations extérieures de l\u2019Organisation météorologique mondiale.«Les alertes diffusées doivent être entendues et comprises, et il faut que les populations exposées se comportent comme les autorités le demandent, ce qui n\u2019est pas toujours facile», a-t-il indiqué.Des recommandations qui concernent autant les situations d\u2019urgence \u2014 «ne pas tenter de replacer une tuile tombée du toit par situation de grand vent ou prendre en photo les vagues pendant une tempête» \u2014 que des comportements à long terme, comme ne pas construire de nouvelles habitations dans les zones inondables.Le mandat est d\u2019autant plus urgent que la situation se complique : le dernier rapport du GIEC prévoit un monde de plus en plus polarisé, où les zones sèches vont continuer de s\u2019assécher et où les zones humides verront leurs précipitations augmenter.Bien informer Malheureusement, «les climatologues ne sont pas des spécialistes de la communication des risques», déplore-t-il, et le fossé se creuse entre des prévisions parfois difficiles à déchiffrer et le public.«La communication est le nerf de la guerre», affirme pour sa part Philippe Gachon, professeur adjoint à l\u2019UQAM et chercheur scientifique pour Environnement Canada.«Les sites de météo sont les plus visités au monde, rappelle-t-il.Nous avons la responsabilité de fournir l\u2019information la plus fiable possible.» A ce titre, les projets alliant scientifiques et communicateurs se multiplient, à l\u2019exemple du programme FACE (Faire face aux changements ensemble), qui réunit le Canada, le Maroc et le Niger autour d\u2019enjeux liés à la prévention, à l\u2019aménagement de structures et à la communication.Et, pour mieux rejoindre le public, l\u2019une des avenues explorées par Environnement Canada vise à décloisonner les sphères d\u2019expertise.«Environnement Canada cherche à élaborer un système d\u2019alerte plus raffiné où les différents impacts sont pris en compte, comme la santé, les transports et la sécurité publique», invitant autour de la table des partenaires comme Santé Canada ou Agri- culture Canada, poursuit Philippe Gachon.Confrontés au vieillissement de la population, les climatologues sont par exemple amenés à intégrer les facteurs de mortalité dans certaines alertes météorologiques, s\u2019inspirant de ce qui existe en France depuis que la canicule européenne en 2003 s\u2019est soldée par un bilan humain de 70000 morts.A l\u2019échelle mondiale, ce décloisonnement s\u2019opère d\u2019ailleurs à tous les niveaux, de la santé à l\u2019économie ou aux sciences politiques, appelant les climatologues à migrer vers une interdisciplinarité croissante.«Le monde est en train de changer.Pour prendre des décisions, il faut désormais anticiper des événements extrêmes, même si nous n\u2019avons pas les statistiques nécessaires pour estimer», affirme Christian Blondin.Dans un monde où les changements s\u2019accélèrent, où les catastrophes naturelles gagnent en intensité et où «le passé n\u2019est plus une référence pour l\u2019avenir», la gestion des risques s\u2019attelle donc à un défi majeur: suivre le rythme.Collaboratrice Le Devoir UNIVERSITE À revoir, les MOOC ! Si les MOOC vacillent entre espoir et désillusion, il ne faut pas oublier que les universités sont toujours à la recherche de modèles d\u2019utilisation pédagogiques et financiers.MARIE LAMBERT-CHAN à Lyon Il y a quelques mois, des spécialistes du monde universitaires ont constaté la déroute des massive online open courses (communément appelés MOOC), ces cours offerts en ligne par des universités prestigieuses, comme Harvard, à des dizaines de milliers de personnes à l\u2019aide de plateformes, les plus connues étant Coursera, edX et Udacity.Après avoir été qualifiés de révolutionnaires, les MOOC se voient aujourd\u2019hui accablés de reproches: taux d\u2019abandon élevé, rentabilité quasi inexistante et absence d\u2019évaluation de la qualité.Sans compter le fait qu\u2019il n\u2019y a aucun diplôme ou quelque forme d\u2019accréditation que ce soit à la clé.«Nous savions que ce type de MOOC était condamné bien avant que les critiques n\u2019émergent dans les médias.Pourquoi?Parce qu\u2019il n\u2019existe pas encore une formule financière viable et que les normes pédagogiques manquent toujours.Cela ne doit pas nous empêcher de poursuivre la réflexion, ne serait-ce que parce que la demande éducative à l\u2019échelle mondiale est monstrueuse, entre autres dans les pays en développement, et que les MOOC font partie de la réponse à ce besoin», déclare Emmanuel Duplàa, directeur de la formation à l\u2019enseignement de la Faculté d\u2019éducation de l\u2019Université d\u2019Ottawa et coresponsable scientifique d\u2019un important colloque international sur l\u2019état des lieux des MOOC.L\u2019événement se déroulait pendant les 26®® Entretiens du Centre Jacques Cartier à l\u2019École normale supérieure de Lyon et rassemblait des experts du Canada, de la France, de la Suisse, de la Belgique, du Sénégal et du Burkina Faso.Parmi les conférenciers se trouvait le créateur du tout premier MOOC, Stephen Downes, chercheur principal au Conseil national de recherche du Canada.11 a tenu à rappeler ce qu\u2019est un MOOC selon sa théorie, le connecti-visme: «Ce n\u2019est pas un cours en ligne traditionnel.Un MOOC est un environnement d\u2019apprentissage conçu pour la massification, la démocratisation de la connaissance.Il est ouvert en étant gratuit et en permettant à l\u2019étudiant de participer à la structure du cours.Son contenu n\u2019est pas aussi important que son contexte.Le rôle du contenu est de nous intégrer dans une communauté.On s\u2019y développe en faisant des connexions.On apprend en devenant.Cela s\u2019apparente à l\u2019apprentissage d\u2019une langue: pour bien la parler, il ne suffit pas de connaître la grammaire, on doit s\u2019immerger dans la culture de cette langue et pratiquer, pratiquer, pratiquer.» Le MOOC, un outil parmi d\u2019autres ?Malgré tous leurs défauts, les MOOC ont donné «de la respectabilité à l\u2019enseignement et à l\u2019apprentissage en ligne», selon Sir John Daniel, ancien président du Commonwealth of Learning, une organisation intergouvemementale basée à Vancouver qui fait la promotion de l\u2019éducation en ligne.«Le fait que Harvard offre un enseignement en ligne a fait sortir /\u2019e-learning et la formation à distance de la zone grise de deuxième classe qu\u2019ils occupaient depuis toujours dans l\u2019esprit de beaucoup de gens», a-t-il affirmé pendant sa présentation.Venu témoigner de la première année de l\u2019intégration des MOOC ,dans le programme de l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne, Philippe Gillet, vice-recteur principal et, président par intérim de l\u2019École, a souligné que le MOOC doit faire partie d\u2019un projet pédagogique : «Ce ne peut être le fait de deux ou trois professeurs qui se mettent en vedette dans une vidéo.On doit le considérer comme un outil, parmi d\u2019autres, pour améliorer notre enseignement et le processus d\u2019apprentissage.» Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 2013 H 3 ENTRETIENS JACQUES-CARTIER Créativité et innovation / k \u2022 Le quartier créatif façonne la ville nouvelle « L\u2019idée est de mélanger les savoirs techniques, artistiques et économiques » Développé au début des années 1990, le concept de quartier créatif est de plus en plus en vogue au Québec comme en France.Aussi, que ce soit à Montréal ou à Saint-Etienne, ces écosystèmes où se côtoient innovation et créativité se développent de façon importante.S\u2019étant donné rendez-vous à Saint-Etienne le 27 novembre dernier, des chercheiu-s et des scientifiques des deux agglomérations ont profité des Entretiens Jacques-Cartier pour discuter de ce mode de conception du territoire.EMILIE CORRIVEAU à Saint-Etienne Basée sur l\u2019idée qu\u2019un milieu se veut beaucoup plus riche et porteur lorsqu\u2019il est mixte et diversifié, la création de quartiers créatifs a pour objectif de favoriser les processus de cocréation et les approches pluridisciplinaires en mobilisant créatifs, industriels, scientifiques, économistes, chercheurs, etc.«La créativité d\u2019un territoire repose sur la capacité de travailler ensemble, précise Gaëlle Dechamp Goy, enseignante et chercheure au sein de COACTIS à l\u2019Upiversité Jean-Monnet, à Saint-Etienne.L\u2019idée, c\u2019est de mélanger les savoirs techniques, artistiques et économiques pour créer une richesse: l\u2019innovation.» L\u2019expérience montréalaise A Montréal, de plus en plus de lieux sont aménagés selon ces principes.Par exemple, le Living Lab Société des arts technologique (SAT)-CHU Sainte-Justine illustre bien que l\u2019amalgame de talents artistiques et scientifiques peut être un gage d\u2019innovation.«La SAT, au-delà d\u2019un centre de diffusion, c\u2019est un centre de recherche et de développement qui, plutôt que de travailler en silo, encourage la mixité.Elle s\u2019intéresse à trois grands axes: la scénographie immersive, les expériences réseaux et les interactions.Chaque année, on y reçoit deux vagues de résidences d\u2019artistes qui produisent de nouveaux procédés et de nouveaux usages.On a différentes façons de les valoriser; le Living Lab en est une.Grâce à celui-ci, on dénature l\u2019usage des procédés créatifs pour leur donner une fonction thérapeutique mesurable avec la réduction du temps d\u2019hospitalisation chez les enfants, l\u2019augmentation d\u2019efficacité d\u2019un protocole thérapeutique, etc.Ce qu\u2019on cherche à faire, c\u2019est de repenser l\u2019expérience hospitalière grâce au numérique», explique M.Patrick Dubé, directeur du Living Lab.Vers un campus intégré A plus grande échelle, le réaménagement du terrain de l\u2019ancienne gare de triage d\u2019Ou-tremont en campus de l\u2019Université de Montréal GJdeM) se révèle être un bon exemple de création d\u2019un quartier créatif.Nécessitant un investissement de près d\u2019un milliard de dollars et la délocalisation de la Faculté des sciences, du Départe-m,ent de génie physique de l\u2019École polytechnique de Montréal et de l\u2019Institut des matériaux de pointe et des nanotechnologies, ce campus sera beaucoup plus qu\u2019un traditionnel lieu de recherche et d\u2019enseignement.«La première étape, c\u2019est d\u2019en faire un campus intégré, un environnement qui fera en sorte qu\u2019on créera un climat intellectuel universitaire dynamique, où il y aura bien sûr une synergie entre étudiants et professeurs-chercheurs, mais également avec les entreprises dans un milieu de vie qui s\u2019avérera agréable.La cohabitation de ces différentes composantes créera un pôle d\u2019excellence majeur, sans aucun doute la concentration de chercheurs, d\u2019étudiants et de travaux de recherche la plus importante au Canada», explique M.Yves Beauchamp, directeur général du développement du site d\u2019Outremont.Mais ce n\u2019est pas qu\u2019en mélangeant ces composantes que le quartier deviendra réellement créatif.Pour que le résultat soit optimal, il devra accueillir des familles aux moyens divers ainsi que des artisans de toutes sortes.«La Ville nous a donné l\u2019autorisation de créer des logements sociaux avec une thématique entrepreneuriale et artistique, note M.Beauchamp.Ça va nous permettre de regrouper une communauté créative sur le campus.A ces logements s\u2019ajouteront bien sûr les commerces de proximité requis pour dynamiser l\u2019environnement, mais également des centres d\u2019innovation qui accueilleront des réseaux d\u2019excellence, que ce soit des cellules d\u2019entreprises innovantes existantes ou encore des start-ups.A maturité, on obtiendra un campus urbain intégré qui sera ouvert sur sa communauté et qui favorisera les rencontres.» Le modèle stéphanois A Saint-Étienne, le quartier créatif porte le nom de Manufacture.Organisé sur le modèle d\u2019une ville-parc, celui-ci se trouve sur un ancien site industriel où, jusqu\u2019en 2001, étaient fabriquées des armes.Situé à deux pas du cœur de la ville et du quartier d\u2019affaires de Châteaucreux, il se déploie sur plus de 100 hectares.11 regroupe de jeunes entreprises créatives ainsi que des leaders européens dans des secteurs de haute technologie, des laboratoires et des universités.Grâce à ses différents pôles innovants, il constitue aujourd\u2019hui un centre névralgique de la ville et de la région.«Nous travaillons de façon très créative et très coopérative, indique Lucie Delsart, chef de projet du quartier Manufacture.On a fait le pari de mélanger art, culture, recherche et enseignement supérieur pour générer de la créativité.On est en train de constituer trois pôles, soit la haute technologie, le design et les médias.Pour y parvenir, on a choisi six ingrédients: l\u2019innovation ouverte, pour que les acteurs économiques se rencontrent, l\u2019entrepreneuriat, l\u2019expérimentation, l\u2019enseignement supérieur et la recherche, l\u2019art et la culture ainsi que l\u2019innovation sociale.» Quartiers et entreprises innovantes Qu\u2019ils aient été développés à Montréal ou à Saint-Étienne, depuis leur fondation, les quartiers créatifs connaissent un considérable succès et contribuent à l\u2019avancement de la recherche scientifique.Aussi, d\u2019après certains congressistes, le modèle sur lequel ils reposent pourrait être davantage emprunté par les entrepreneurs désireux de mieux positionner leur société.«Beaucoup de décideurs voient toujours le monde en silo, énonce Frédéric Bove, responsable du développement et du financement de MOSAIC à HEC Montréal.Or les entreprises les plus innovantes sont celles qui, dans leur prise de décisions, favorisent l\u2019ouverture et la mixité, car la rencontre des différents secteurs, qu\u2019ils soient universitaires, industriels ou technologiques, permet une alimentation beaucoup plus grande.» «Aujourd\u2019hui, l\u2019enjeu n\u2019en est plus un de productivité ou de compétitivité, conclut M.Pierre Ballofet, responsable du DESS Marketing à HEC Montréal.L\u2019enjeu, c\u2019est de faire les choses différemment.Et, dans une société comme la nôtre, cela constitue tout un défi!» Collaboratrice Le Devoir La Société des arts technologiques, à Montréal SAT CONSTRUIRE LA SCIENCE EN FRANÇAIS AUJOURD\u2019HUI, C\u2019EST CONTRIBUER À LA BIODIVERSITÉ DES IDÉES.POUR L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL, C\u2019EST UNE MISSION FONDAMENTALE M campus tlLCMontréa, JT I Polytechnique Montreal M O n 116 O I Université de Montréal A Université de Montréal Université fm de Montréal H 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS ENTRETIENS JACQUES-CARTIER FT ['FiTi I J !î I ( l»-!U\tU»\t\t\t\t\t\t^ SJ\t l|'\u2018 ' S '\tI\t1\tU-\t1*^\t¦ !\t\t\t1\t( r\t9\u2019\t1 i «!\tT 1\tf\t\t\u2022\tH\tB\t\t\t\t1 'f\tj 1\t1 ;\t1\tB\t;\t\t: 1\t1 \u2018 ÉCC JACQUES NADEAU LE DEVOIR En maitère d\u2019emprisonnement, la France et le Canada sont confrontés à la question des droits de la personne.Prisons n faut dompter la bête judiciaire L\u2019enjeu de l\u2019emprisonnement a été discuté sous toutes ses coutures lors du colloque organisé par la Fondation Trudeau, les 26 et 27 novembre, à Lyon, dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.MARTINE LETARTE à Lyon Lorsqu\u2019un crime grave est commis, aux yeux de plusieurs, l\u2019emprisonnement s\u2019impose.Est-ce que cette peine respecte toujours les droits de la personne, lorsqu\u2019on sait par exemple que les autochtones sont surreprésentés dans la population carcérale au Canada?De plus, l\u2019écart entre la peine prononcée et la peine appliquée est souvent abyssal, notamment en raison de la surpopulation dans les établissements de détention.La France comme le Canada sont confrontés à ces enjeux et des efforts y sont déployés pour tenter de dompter la bête judiciaire.Le Canada a connu une stabilité de sa population carcérale entr,e les années 1960 et 2010, contrairement aux Etats-Unis où la croissance a été phénoménale, a expliqué Eisa Kerr, doctorante en droit à la New York University School of Law.Alors que les deux pays voisins ont connu des changements sociaux semblables et une hausse des crimes violents, la boursière Trudeau explique cefte différence notamment par l\u2019autonomie de l\u2019État.«Entre 1960 et 2010, l\u2019autonomie de l\u2019Etat au Canada a été relativement élevée, grâce à la tradition parlementaire et au recours à des experts non partisans, a-t-elle précisé.Toutefois, il y a des préoccupations en ce moment au Canada, puisqu\u2019on remarque une érosion de cette autonomie.» Peine prononcée et peine appliquée En France, le niveau d\u2019incarcération suit une courbe croissante.Véronique Imbert, première vice-présidente du Tribunal de grande instance d\u2019Aix-en-Provence, a d\u2019ailleurs expliqué que, de plus en plus en France, la sanction infligée se doit d\u2019être une peine de prison.Or la justice a une difficulté réelle à faire exécuter les peines prononcées.«Seules les peines d\u2019emprisonnement ferme sont exécutées», a-t-elle affirmé.L\u2019aménagement des peines a pour objectif de favoriser la réinsertion dans la collectivité.«On vend de la réinsertion, mais, en pratique, des peines sont aménagées sans projet de réinsertion sérieux, a-t-elle affirmé.Les juges d\u2019application des peines sont obligés de gérer les flux.La population carcérale explose, les bracelets électroniques commencent à entrer dans les mœurs et le mode d\u2019exécution des peines est choisi selon les possibilités matérielles.» Elle s\u2019inquiète du risque que la sanction prononcée perde sa crédibilité.Pierre-Victor Tournier, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et spécialiste de la démographie pénale, a pour sa part attiré l\u2019attention sur le projet de loi déposé récemment par Christiane Taubira, ministre de la Justice française.«Il apporte l\u2019élément nouveau de préparer le condamné à mener une vie responsable et exeptpte d\u2019infraction pénale», a-t-il indiqué.A ses yeux, on peut reprendre ce principe de responsabilité dans toutes les étapes du processus judiciaire, notamment lors de la peine prononcée.Droits de la personne Qu\u2019est-il pris en compte, justement, lors de cette peine prononcée ?Au Canada, Margarida Garcia, professeure de droit à l\u2019Université d\u2019Ottawa, s\u2019est demandé à quel point la question des droits de la personne était prise en considération lorsque vient le temps de déterminer les peines.Elle a réalisé des entretiens avec des procureurs de la Couronne et des juges de toutes les instances.«Ils m\u2019ont tous parlé des droits judiciaires fondamentaux, comme avoir droit à un avocat, le droit de garder le silence, d\u2019avoir un procès juste et équitable, mais aucun n\u2019a fait référence aux droits de la personne dans la détermination de la peine», a-t-elle expliqué.Un juge lui a dit qu\u2019il pensait qu\u2019il était moins question des droits de la personne lors de la dé- termination de la peine que lors du reste du processus judiciaire.Un autre a dit qu\u2019on ne tenait pas vraiment compte des droits de la personne lors de la détermination de la peine.Lorsqu\u2019on regarde qui est en prison, des questions se posent.Les autochtones forment le quart des détenus dans les établissements fédéraux, mais seulement 4,3% de la population canadienne.Depuis 2003, leur nombre dans les prisons a augmenté de 46%.Pour Jonathan Rudin, directeur de programme aux Aboriginal Legal Services of Toronto (ALST), le haut taux de criminalité chez les autochtones s\u2019explique principalement par le colonialisme.11 a rappelé la douloureuse expérience des pensionnats où étaient envoyés les enfants autochtones pour être assimilés.« On leur interdisait de parler leur langue maternelle pour que les petits sauvages deviennent de bons petits Canadiens, a-t-il indiqué.Plusieurs ont été battus et victimes d\u2019abus sexuels.C\u2019est en 1996 que le dernier de ces pensionnats a été fermé.» L\u2019alinéa 718.2 e) du Code criminel a précisé en 1996 que, pour déterminer la peine à infliger, le tribunal devait tenir compte de l\u2019examen de toutes les sanctions substitutives applicables qui sont justifiées dans les circonstances, plus particulièrement en ce qui concerne les délinquants autochtones.L\u2019ALST sensibilise à la question les acteurs du système judiciaire à Toronto.«Plusieurs juges ne savaient rien du colonialisme, a remarqué M.Rudin.Il faut trouver des façons d\u2019informer les gens et leur montrer qu\u2019on peut agir différemment.» Après des années d\u2019immobilisme, il remarque que certaines décisions au pays commencent à tenir compte de l\u2019alinéa 718.2 e).Qu\u2019en est-il au Québec?«Il ne semble pas encore avoir d\u2019impact au Québec, à ma grande surprise», a-t-il confié au Devoir aÿvès sa conférence.Collaboratrice Le Devoir ETHIQUE Scientifiques et philosophes se confrontent Un véritable choc des idées a eu Heu au colloque «Éthique des technologies du vivant» tenu les 25 et 26 novembre, à l\u2019Université catholique de Lyon, où des scientifiques ont résumé leurs recherches pointues en biologie de synthèse et où des philosophes ont remis en question l\u2019éthique de cette modification du vivant.MARTINE LETARTE à Lyon On peut maintenant prédire, par l\u2019absence d\u2019une bactérie dans l\u2019intestin, une récidive de la maladie de Crohn après une chirurgie.Et si on décidait d\u2019introduire les micro-organismes d\u2019une personne dotée de cette bactérie chez un patient qui ne l\u2019a pas pour tenter de déjouer la récidive?Un projet de recherche à Toulouse tente de fabriquer un micro-organisme capable de recycler le carbone pour s\u2019attaquer aux changements climatiques.Difficile d\u2019être contre le progrès.Mais sait-on vraiment quels sont les tenants et aboutissants de telles manipulations du vivant?Et puis, est-ce vraiment nécessaire ?«L\u2019homme peut maintenant fabriquer des morceaux de vivant artificiel dont les modifications ouvrent un champ de possibilités prometteuses en chimie, en médecine, en matériaux et en éner- gie», a indiqué en ouverture du colloque Thierry Magnin, professeur à l\u2019Université catholique de Lyon.«Des remaniements de l\u2019ADN, il s\u2019en fait chaque jour, on ne l\u2019a pas inventé, a affirmé Denis Pompon, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).La reproduction sexuée, par exemple, est un croisement entre un mâle et une femelle lors duquel un grand nombre de gênes s\u2019échangent.» Ces types de propos ont fait bondir Bernadette Bensaude Vincent, philosophe et professeure à l\u2019Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.«Ce qui me frappe, c\u2019est l\u2019ambition de redessiner la vie.La vie n\u2019est plus un don qu\u2019on reçoit à la naissance, mais un projet fondé sur une idée qu\u2019on se fait du bien, sur un code qu\u2019on peut reprogrammer», a affirmé celle qui dirige le Centre d\u2019études des techniques, des connaissances et des pratiques (CETCQPRA).Marie-Hélène Parizeau, professeure de philosophie à l\u2019Université Laval, a même affirmé que la biologie de synthèse renforçait le discours créationniste, ce qui n\u2019a pas manqué de faire réagir la salle remplie de scientifiques et d\u2019ingénieurs.«En voulant contrôler le réel par des algorithmes, construire des fonctionnalités qui n\u2019existent pas dans la nature, on en vient à l\u2019idée qu\u2019on peut créer, a-t-elle expliqué.La biologie de synthèse s\u2019inscrit dans le discours postmoderniste qui veut échapper à la mort, pourtant inscrite dans la théorie de l\u2019évolution de Darwin.» Encadrement Si Bernadette Bensaude Vincent remarque une réelle volonté politique d\u2019encadrer la recherche et le développement en biologie de synthèse en Europe et aux États-Unis, elle déplore le fait que l\u2019approche est essentiellement centrée sur les risques.Charles-Anica Endo, directeur général du Réseau Ne 3LS à Montréal, le réseau de connaissances sur les aspects éthiques, écologiques, économiques, juridiques et sociaux des nanotechnologies, est d\u2019ailleurs venu expliquer de quelle façon l\u2019organisation se penche sur différentes questions liées aux impacts des nanotechnologies.Un travail qui n\u2019empêche en rien toutefois que plusieurs produits fabriqués à partir de nanotechnologies sont continuellement mis sur le marché sans avoir été précédés d\u2019études approfondies sur leurs risques, au Canada comme en Europe, ont dénoncé plusieurs personnes dans l\u2019assistance.Pour Bernadette Bensaude Vincent, les questions éthiques liées à la biologie de synthèse devraient ratisser beaucoup plus large.«La démarche actuelle est essentiellement fondée sur ce qu\u2019on sait, sur les risques calculables à partir des données qu\u2019on peut extrapoler actuellement.On sous-estime beaucoup l\u2019incertitude et l\u2019ampleur de nos ignorances dans la synthèse des organismes.» Collaboratrice Le Devoir La SCIENCE EN FRANÇAIS « L\u2019anglais, c\u2019est l\u2019espéranto » Bien qu\u2019ils soient ouverts aux autres langues, près de 90% des colloques des Entretiens Jacques-Cartier se déroulent en français.Si la totalité d\u2019entre eux n\u2019ont pas Heu dans cette langue, c\u2019est qu\u2019ils traduisent une réalité importante du monde actuel : celle de la difficulté de réunir des scientifiques francophones de haut niveau, particulièrement dans le domaine des sciences pures et de la santé.ÉMILIE CORRIVEAU à Lyon Interdisciplinaires, les Entretiens Jacques-Cartier proposent chaque année un programme diversifié dont les rencontres ont lieu autant dans les secteurs scientifique et technologique qu\u2019économique, social, culturel et politique.Lors de la dernière édition, 313 des 358 présentations et tables rondes ont eu lieu en français.Les 45 restantes, dont 24 relevaient des sciences pures ou de la santé, se sont déroulées en anglais.L\u2019exception scientifique Tenu à Lyon presque entièrement en anglais, même si la majorité de ses participants étaient, sinon francophones, du moins francophiles, le colloque intitulé «Thérapies ciblées en cancérologie, enjeux et perspectives pour les patients » illustre bien la problématique.«Il faut savoir que nos consignes étaient de trouver des intervenants venant de l\u2019Europe et de l\u2019Amérique du Nord, indique M.David Cox, chargé de recherche au Centre de recherche en cancérologie de Lyon et l\u2019un des responsables scientifiques de l\u2019événement.Ce que nous avons cherché à faire est d\u2019organiser un colloque de haut niveau.Il s\u2019avère que, même si nous nous restreignions à inviter des chercheurs rattachés à des structures dites \u201cfrancophones \u201d, nous rencontrerions de nombreux chercheurs non francophones de bon niveau.Cela montre l\u2019attractivité et le niveau de recherche de ces établissements.[.] Incidemment, il s\u2019avère que nous nous sommes retrouvés avec des intervenants non francophones, donc, dans l\u2019intérêt de tous, nous avons décidé de faire les interventions en anglais.» «Il faut comprendre que, dans notre domaine, l\u2019anglais, c\u2019est l\u2019espéranto, ajoute M.Maxime Bouchard, professeur associé au Rosalind-and-Morris-Goodman Research Center de l\u2019Université McGill, à Montréal, et responsable québécois du colloque.Si on me demande: \u201cDoit-on absolument faire de la science en français?\u201d, je réponds non, parce qu\u2019affirmer le contraire ne serait ni vrai ni honnête.Toutefois, si on me demande: \u201cEst-ce possible et intéressant de le faire en français\u201d, je réponds oui! Oui, parce que ça permet de diversifier les réseaux et que ça amène la çréation de nouveaux partenariats.» À titre d\u2019exemple, M.Bouchard relate avoir rencontré des scientifiques de haut niveau lors des Entretiens Jacques-Cartier et assure qu\u2019il ne les aurait probablement jamais croisés si l\u2019effort d\u2019inviter des chercheurs francophones n\u2019avait pas été fait.«En science, les contacts, les collaborations, la connaissance des travaux des autres et des technologies développées, c\u2019est très important.C\u2019est intéressant de se forcer à sortir de ses cercles habituels.Vous savez, on a tous nos petits gangs.En s\u2019imposant le français comme langue de communication, inévitablement, on entre en contact avec des gens qu\u2019on n\u2019aurait pas connus autrement», poursuit le scientifique.Sensiblement du même avis que son collègue, M.Cox estime que, malgré qu\u2019il ait eu lieu en anglais, le colloque dont il était responsable fut une belle réussite, car celui-ci a permis non seulement de renforcer les ponts existants entre des chercheurs européens et nord-américains, mais également d\u2019en créer de nouveaux.«Et cela, c\u2019était depuis le début l\u2019objectif majeur du colloque», note-t-il.En français à Montréal?Satisfait de son expérience lyonnaise, mais désireux de pousser la chose plus loin, M.Bouchard, qui est chargé d\u2019organiser à Montréal la prochaine édition du colloque, espère parvenir à réunir suffisamment de participants francophones de haut niveau pour le tenir en français.Mais le défi s\u2019annonce de taille.«Tant qu\u2019à organiser un congrès d\u2019envergure internationale, aussi bien qu\u2019il soit de grande qualité, relève-t-il.Ce serait une erreur d\u2019abaisser le niveau seulement pour rejoindre des francophones.Je pense que c\u2019est possible et que ça en vaut la peine, mais ça va nécessiter beaucoup plus de travail, beaucoup plus de réseautage que d\u2019ordinaire pour trouver les bons invités.» Et la difficulté ne se limite pas qu\u2019aux présentateurs, elle touche également les auditeurs, particulièrement dans une ville comme Montréal.«L\u2019autre défi, c\u2019est l\u2019auditoire, confirme M.Bouchard.Dans mon labo, il n\u2019y a qu\u2019un francophone.Les gens qui m\u2019aideront ne parlent pas français.Le coorganisateur du congrès, Jocelyn Coté, est francophone, mais il travaille à l\u2019Université d\u2019Ottawa.Pour lui également, ce sera un défi, puisque ses étudiants sont majoritairement anglophones.Ça signifie donc qu\u2019on devra associer des gens de l\u2019Université de Montréal, de l\u2019Université de Sherbrooke, de l\u2019Université Laval, etc.On aura besoin d\u2019eux, c\u2019est certain.Et il faudra qu\u2019on sorte de McGill, que le colloque soit tenu ailleurs à Montréal.C\u2019est tout un défi, mais ça s\u2019annonce intéressant de le relever!» Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS H 5 ENTRETIENS JACQUES-CARTIER 1 J, JEFF PACHOUD AGENCE FRANCE-PRESSE Confluence est un nouveau quartier branché bâti sur les friches industrielles au sud du centre-ville de Lyon.Planification La ville sera numérique et.intelligente Si le concept de ville intelligente semble incontournable pour l\u2019avenir des métropoles, il demeure encore flou, voire l\u2019objet d\u2019essais et d\u2019erreurs.La manière de prendre ce virage numérique varie beaucoup d\u2019un endroit à l\u2019autre.ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND à Lyon Une quarantaine de projets, rien de moins.L\u2019administration du Grand Lyon a décidé de transformer son agglomération en un laboratoire des potentiels urbains à l\u2019ère numérique.Toutes ces initiatives sont associées à quatre piliers : l\u2019énergie intelligente, les nouvelles mobilités, l\u2019innovation dans les services et les conditions d\u2019innovation.«La ville intelligente ne se réduit pas à un seul projet: c\u2019est un ensemble d\u2019actions qu\u2019il faut lancer, une démarche qui doit être suffisamment globale, avec des projets qui doivent se répondre», a affirmé Karine Dognin-Sauze, vice-présidente à l\u2019innovation et aux nouvelles technologies au Grand Lyon, lors du colloque sur les villes intelligentes organisé le 25 novembre dernier à l\u2019hôtel de ville de Lyon.Lyon smart community L\u2019une des initiatives les plus ambitieuses est sans doute la Lyon smart community, objet d\u2019un investissement de près de 75 millions de dollars.Ce projet de démonstration, réalisé en partenariat avec l\u2019agence japonaise Nebo, s\u2019érige à Confluence, un nouveau quartier branché bâti sur les friches industrielles au sud du centre-ville.Il s\u2019agit d\u2019un îlot de trois bâtiments à énergie positive dotés de panneaux photovoltaïques et de tablettes tactiles pour suivre sa consommation d\u2019électricité, de gaz ou d\u2019eau.La livraison est prévue en 2015.Une flotte de 30 véhicules électriques destinés à l\u2019autopartage est liée à ce projet.Pour s\u2019attaquer aux problèmes de la circulation, le projet Optimod cherche, à l\u2019aide de nouveaux capteurs installés dans la ville et d\u2019une nouvelle façon de traiter les données au sein d\u2019une centrale de mobilité, à prédire le trafic, à créer des applications mobiles pour réduire le temps de transport et à fournir un service aux entreprises pour réduire leurs coûts associés à la livraison.Lyon mise beaucoup aussi sur le Lyon urban data, un partenariat public-privé qui sera implanté en 2014 dans le quartier Part-Dieu.Ce lieu se voudra un espace de collaboration, où des données publiques et privées seront échangées, pour élaborer les prototypes de nouveaux produits ou services et ensuite les tester auprès des citadins.Par contre, les citoyens ne semblent pas, pour l\u2019instant, être mobilisés par ces projets.«Il est entendu que ce projet de ville intelligente les interpelle peu, reste inaccessible ou très peu défini et que c\u2019est probablement au travers des usages dans leur quotidien qu\u2019ils vont se rendre compte des améliorations apportées à la qualité de vie», a observé Dogin-Sauze.Montréal: du bas vers le haut A Montréal, la situation est tout autre.Michel Leblanc, président de la Chambre de commerce du Montréal métro- politain, ne s\u2019est pas fait tendre.«Je ne considère pas que Montréal brille par son intelligence», a-t-il lancé.N\u2019empêche, l\u2019intelligent Community Forum a placé Montréal dans son dernier classement annuel des 21 villes les plus intelligentes du monde.«L\u2019une des particularités de Montréal, ce sont l\u2019émergence et l\u2019audace de plusieurs groupes, issus de différentes communautés d\u2019intérêt, à lancer et développer des initiatives sans vraiment attendre les politiciens», a expliqué Lidia Divry, directrice générale de la grappe des technolo-gies de l\u2019information et des communications (TIC) TechnoMontréal.Le projet fédérateur Montréal métropole numérique, que la ^appe porte à bout de bras, vise à créer un système collaboratif par le développement d\u2019une plateforme d\u2019innovation et de collaboration ouverte mettant à contribution la communauté des TIC, les universités, les PME et les grandes entreprises.De plus, TechnoMontréal cherche à «développer une stratégie pour faire de Montréal la capitale des Living labs en Amérique du Nord».La dizaine de Living labs déjà actifs à Montréal sont des espaces de cocréation intégrant les usagers et les citoyens dans le processus d\u2019élaboration de nouvelles technologies, souvent à vocation sociale.Fab Lab Barcelona Tomas Diez, directeur du Fab Lab Barcelona, a de son côté insisté sur l\u2019importance, pour la ville intelligente, de mettre à la disposition des citoyens des outils numériques pour qu\u2019ils participent, créent et innovent.Il a signalé que Barcelone, dans les cinq pro- chaines années, prévoit doter chacun de ses districts d\u2019un Fab Lab, soit un laboratoire de fabrication ouvert, donnant à tous l\u2019accès à des imprimantes 3D.Selon lui, le numérique nous entraîne dans une nouvelle révolution industrielle, où le citoyen peut devenir à la fois consommateur, usager et producteur, le média social Youtube en donnant la plus éloquente démonstration.« Un neurone, en soi, c\u2019est stupide.Il y a de l\u2019intelligence quand plusieurs neurones sont connectés et sont capables d\u2019échanger des informations.Notre cerveau est composé de milliards de neurones et il y a une partie inconsciente, siège d\u2019une intelligence que nous ne pouvons pas contrôler, a-t-il dit métaphoriquement.J\u2019ai peur lorsque certaines personnes croient que la ville intelligente est une grande salle de contrôle, qui éteint et allume l\u2019énergie à différents endroits de la ville, contrôle la circulation ou regarde les citoyens bouger.Ce serait vraiment stupide.Cela reviendrait à tout centraliser.» Entre un modèle élaboré par les décideurs, comme à Lyon, et un autre soutenu par la base, comme à Montréal, Mme Divry croit (pu\u2019«il faut trouver un équilibre.Si en haut on dit qu\u2019on a un plan numérique, mais que les citoyens n\u2019y croient pas, le changement se fera difficilement et il va y avoir de la résistance.Quand les initiatives arrivent de la base, il y a une appropriation des thématiques numériques.Quand il y a une volonté politique par la suite, on accélère le mouvement, parce qu\u2019on y croit tant à la base qu\u2019au niveau politique.» Collaborateur Le Devoir Entrepreneuriat « L\u2019être humain naît entrepreneur » Les Québécois sont-ils frileux en matière de création d\u2019entreprise?Même si la volonté est là, c\u2019est le passage à l\u2019acte qui pose problème : un Québécois de 18-34 ans sur quatre a l\u2019intention d\u2019entreprendre, mais seuls 7,4% franchissent le pas.ASSIA KETTANI à Lyon Pour renverser une tendance lourde, les spécialistes insistent sur l\u2019importance de privilégier des formations mieux arrimées aux besoins des jeunes entrepreneurs.C\u2019est ce qui a été évoqué, le 26 novembre, lors du colloque «Nouvelles avenues en soutien au développement de l\u2019entrepreneuriat», qui s\u2019est tenu à I\u2019EMLYON Business School.«Depuis 30 ans, HEC Paris forme des jeunes recrutés par les grosses boîtes, mais pas des chefs d\u2019entreprise », déplore Luis-Felipe Cisneros-Martinez, diplômé d\u2019HEC Paris et aujourd\u2019hui professeur à HEC Montréal.Et le système éducatif figure en première ligne au banc des accusés.«L\u2019être humain naît entrepreneur.C\u2019est le système éducatif qui le bureaucratise», ajoute pour sa part Louis-Jacques Filion, titulaire de la Chaire d\u2019entrepre-neuriat Rogers-J.-A.-Bombardier d\u2019HEC Montréal.On enseigne aux étudiants à absorber des concepts et à analyser, alors qu\u2019ils doivent savoir impulser des idées.On les assoit en face d\u2019un professeur, alors qu\u2019ils seront amenés à faire cavalier seul.On leur apprend le droit, les études de marché, la gestion et la fiscalité, alors qu\u2019ils auraient davantage besoin, selon Olivier Toutain, professeur au Groupe ESC Dijon, de savoir faire face à «l\u2019incertitude, à la variabilité, au hasard, à la gestion du stress et à l\u2019apprentissage continuel».Résultat : «Beaucoup de programmes scolaires sont très structurés et organisés.Mais, quand les étudiants sortent de l\u2019école, ils sont perdus », poursuit Louis-Jacques Filion.Et ce n\u2019est pas un hasard si les premiers de la classe sont rarement ceux qui réussissent à se lancer en affaires.«L\u2019entrepreneuriat bouscule les idées sur l\u2019apprentissage», estime Olivier Toutain.Repenser l\u2019enseignement Quant à savoir comment repenser les programmes pédagogiques, les paris restent ouverts.Dénonçant la «suranalyse qui prédomine, du système primaire à l\u2019université», Louis-Jacques Filion mise sur le savoir-être, enfant négligé de la formation en entrepreneuriat.«L\u2019intelligence entrepreneuriale se développe, es-time-t-il.Il ne s\u2019agit pas d\u2019avoir «L\u2019être humain naît entrepreneur.C\u2019est le système éducatif qui le bureaucratise.» une tête bien pleine, mais une tête bien faite.» Pour permettre à ses étudiants de développer leur fibre entrepreneuriale, ce professeur et ex-entrepreneur les invite à renouer avec leurs expériences les plus significatives et leurs modèles positifs.Ce « savoir-être» se révèle être, selon lui, la pierre angulaire qui fait la différence, lorsqu\u2019il s\u2019agit de se lancer en affaires, et qui sépare notamment les immigrants des citoyens établis depuis des générations.En effet, si les immigrants créent deux fois plus d\u2019entreprises que les Québécois, Louis-Jacques Filion y voit la conséquence de l\u2019éloignement: «Loin de leurs réseaux et de leur pays d\u2019origine, les immigrants se confrontent à la question de leur identité» \u2014 la case départ.Du côté des enseignants, on préconise des accompagnateurs, des tuteurs, des mentors ou des dirigeants d\u2019entreprise.plutôt que des chercheurs.«La pression de l\u2019accréditation et des publications encourage les professeurs à entretenir un dialogue entre eux plutôt qu\u2019avec les praticiens, note Louis-Jacques Filion.C\u2019est ce que j\u2019appelle le syndrome de Versailles: on forme une élite, une classe de chercheurs séparée.» Une dérive des plus néfastes puisque, en matière de création d\u2019entreprise, c\u2019est sur le terrain que tout s\u2019apprend.«Les apprentissages expérien-tiels influencent de façon majeure l\u2019acquisition des savoirs, poursuit-il.Les anciens étudiants qui ont fait un stage dans une PME deviennent d\u2019ailleurs des entrepreneurs deux fois plus que les autres.» Et, pour favoriser les échanges entre les étudiants et le milieu extérieur, on cite les stages en entreprise, bien sûr, et pourquoi pas des propositions franchement renouvelées.C\u2019est le pari lancé par Luis-Felipe Cis-neros-Martinez avec le Parcours entrepreneurial Rémi-Marcoux, qui a ouvert ses portes à la mi-novembre: en complément du BAA, ce parcours destiné à stimuler la création d\u2019entreprise s\u2019adresse aux étudiants de HEC, de l\u2019École polytechnique,et de l\u2019Université de Montréal.À côté des cours traditionnels, il propose aussi bien des camps de survie en forêt que des concours, des projets de télé-réalité, des stages en Israël ou même des propositions ludiques, comme venir déguisés en cours.Alors que l\u2019audace, la créativité et la curiosité font partie des ingrédients indispensables à la formation de la relève entrepreneuriale, aucune avenue n\u2019est donc à négliger.Reste à savoir comment évaluer les apprentissages.à moins que le seul diplôme qui vaille ne soit celui du marché, à l\u2019heure où une entreprise sur quatre au Québec ne franchit pas le cap de la première année.Collaboratrice Le Devoir Climat L\u2019après-Varsovie de Jean Jouzel «C\u2019était vraiment très tendu».Tout juste avant d\u2019ouvrir les 26®® Entretiens Jacques-Cartier, Jean Jouzel, vice-président du groupe scientifique du Groupe intergouvememental d\u2019experts sur l\u2019évolution du climat (GIEC), s\u2019est confié ainsi au Devoir, au sujet de la Conférence de Varsovie, où il était la veille avec la délégation ministérielle française.ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND à Lyon Les pays sont parvenus, à Varsovie, à une entente in extremis en prévision de l\u2019accord sur le climat qui devra être signé à Paris en 2015.Pourtant, M.Jouzel en était à sa douzième participation à une conférence des parties.«L\u2019accord qui a été obtenu est vraiment un accord a minima», a-t-il déploré.Les clivages et les tensions entre les pays en développement et les pays développés sont réapparus.Les gouvernements se sont finalement entendus pour préparer des «contributions», plutôt que des «engagements».Tout ça alors que la Pologne accueillait au même moment un sommet international du charbon.« C\u2019était un peu de la provocation», a jugé M.Jouzel.«Puis, on a de mauvaises nouvelles de la part de trois grands pays: le Canada, l\u2019Australie et le Japon, qui se sont retirés pratiquement de cette dynamique de lutte contre les changements climatiques», a ajouté M.Jouzel.Données alarmantes Pourtant, le cinquième rapport du GIEC, publié moins de deux mois auparavant, avait fait grand bruit.On y indiquait, entre autres, que l\u2019activité humaine était responsable des changements climatiques et que le réchauffement de la planète serait de l\u2019ordre de 0,3 à 4,8 degrés d\u2019ici à la fin du siècle, selon les différents scénarios.«Et ce n\u2019est pas le chiffre qui est le plus important.C\u2019est plutôt que, dans cette trajectoire, ce seront peut-être 7 ou 8 degrés à la fin du siècle suivant et 10 degrés au XXIIE siècle.C\u2019est une mécanique infernale», a ajouté M.Jouzel.De plus, ce rapport s\u2019était davantage attardé à la fonte des glaces et avait revu à la hausse les projections au sujet de l\u2019élévation du niveau de la mer.Un sujet que le climatologue maîtrise bien, puisqu\u2019il a d\u2019abord étudié le Groenland et l\u2019Antarctique au cours de sa carrière.M.Jouzel se montre très satisfait de ce rapport et de la réception dont il a été l\u2019objet.«L\u2019important, c\u2019est que le rapport soit de bonne qualité et qu\u2019il n\u2019y ait pas d\u2019erreurs stupides», a-t-il dit, en allusion à la fausse affirmation qui s\u2019était retrouvée dans le précédent rapport, en 2007, et qui prétendait que les glaciers de l\u2019Hi-malaya pourraient disparaître.Une erreur due à l\u2019utilisation, à cette époque, de la littérature grise pour concocter le rapport.En août 2010, un rapport de l\u2019Interacademy Council, commandé par les Nations unies, avait reproché au GIEC cette erreur et l\u2019avait mis en garde contre le militantisme.Depuis, la gouvernance du GIEC a été renforcée et tous les auteurs ou membres du bureau doivent remplir une déclaration de conflits d\u2019intérêt.Et maintenant?Alors que le réchauffement climatique est prouvé et qu\u2019il est démontré que l\u2019activité humaine en est responsable, quel rôle doit jouer la science ?Elle a encore beaucoup à faire, a assuré M.Jouzel, «en particulier au sujet de l\u2019adaptation au réchauffement climatique.Vous devez savoir à quoi vous allez vous adapter.Et ça ne va pas être pareil d\u2019une région à l\u2019autre.Donc, il y a beaucoup de recherche à faire sur tous ces aspects.» Selon lui, la seule façon de gagner la lutte contre les changements climatiques «est de rendre concurrentielles les sources d\u2019énergie renouvelables, parce qu\u2019on est dans un système où c\u2019est l\u2019économie qui mène le monde.Et ça, on n\u2019y changera rien.Notre espoir, il y a une dizaine d\u2019années, c\u2019était que le pétrole devienne suffisamment cher, de façon naturelle, et que les sources d\u2019énergie renouvelables deviennent compétitives.Mais le gaz de schiste et le pétrole non traditionnel ont un peu ruiné cet espoir, du moins pour quelques années.Les économistes le diront, et ils ont raison : la seule façon de développer les sources d\u2019énergie renouvelables, c\u2019est probablement d\u2019instaurer une taxe sur le carbone.» Collaborateur Le Devoir H 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 DECEMBRE 20IS ENTRETIENS JACQUES-CARTIER EDUCATION Décrochage : faudra-t-il revenir à renseignement magistral ?En table ronde franco-québécoise sur le décrochage scolaire, deux pédagogies se rencontrent.À propos d\u2019« éducation prioritaire » et d\u2019« enseignement explicite».CHRISTIAN RIOUX A Rouen Même si les points communs sont nombreux, la réalité du décrochage scolaire n\u2019est pas la même en France et au Québec.C\u2019est ce qu\u2019ont vite découvert Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l\u2019éducation de rUQAM, et Bertrand Vittecoq, inspecteur pédagogique de l\u2019Académie de Rouen en charge de {\u2019«éducation prioritaire» en milieu défavorisé.Tous deux ont assisté, le 27 novembre dernier, aux assises interacadémiques de l\u2019éducation prioritaire ayant réuni les académies de Rouen, d\u2019Amiens et de Paris.Tenues exceptionnellement la veille de l\u2019ouverture, à l\u2019Université de Rouen, d\u2019un grand colloque franco-québécois sur les «meilleures pratiques pour soutenir la persévérance scolaire», ces assises visaient à faire le point sur la lutte contre le décrochage.Parmi les différences qui séparent le Québec de la France, il y a d\u2019abord la réalité incontournable des chiffres.Alors que le Québec se caractérise par un taux de «sorties sans diplôme» au secondaire d\u2019environ 16%, ce taux ne dépasse guère 11% en France.Et encore, en raison des différences entre les systèmes d\u2019éducation, ce dernier chiffre inclut principalement des élèves qui ont quitté l\u2019école sans diplôme après la fin de leurs études secondaires.Selon Monique Brodeur, les taux de décrochage au Québec «peuvent s\u2019élever à près de 60 % dans certains milieux défavorisés, et même à 71% chez les populations autochtones».Même si la France s\u2019en tire mieux que le Québec et qu\u2019elle est au-dessus de la moyenne européenne, Bertrand Vittecoq préfère parler de «ces 20%o d\u2019élèves qui ne décrochent peut-être pas, mais qui n\u2019ont pas les fondamentaux lorsqu\u2019ils quittent le secondaire».Si ces élèves en difficulté au Québec se concentrent dans la région de Montréal, en France, on les retrouve plutôt dans les banlieues des grandes villes, dit-il.Parmi les différences, soulignons enfin la relative facilité que les jeunes Québécois ont pour entrer sur le marché du travail.Alors qu\u2019un grand nombre d\u2019entre eux travaillent à temps partiel pendant leurs études secondaires, cette réalité est pratiquement inexistante en France.Bienveillance ou exigence Au-delà des chiffres, ce sont aussi les pratiques scolaires qui sont différentes.En France, il est encore courant que des élèves redoublent une année, alors qu\u2019au Québec le redoublement est pratiquement disparu.«On a remis le redoublement en question, dit Monique Brodeur, lors de la dernière réforme.Les études montraient que, à moins que le jeune ne soit placé dans un contexte différent avec des moyens différents, le redoublement n\u2019avait pas d\u2019impact positif » La façon de s\u2019attaquer aux milieux défavorisés n\u2019est pas -c.DAMIEN MEYER AGENCE ERANCE-PRESSE Des experts s\u2019entendent pour dire que, en France comme au Québec, « il faut conjuguer bienveillance et exigence, ainsi qu\u2019exigence et soutien élevé» auprès des élèves.non plus la même en France et au Québec.Les enseignants français qui travaillent dans ces milieux difficiles reçoivent une prime individuelle, alors qu\u2019au Québec les montants sont attribués aux écoles.Pour la France, il s\u2019agit en effet d\u2019attirer les meilleurs enseignants dans les milieux les plus difficiles.La formule québécoise vise plutôt à favoriser faction collective des enseignants et des directions scolaires.Mais c\u2019est peut-être dans la relation entre les élèves et les professeurs que se situe la plus grande différence.«Le Québec est une société plus égalitaire», dit Monique Brodeur, fautorité du professeur y est donc moins grande.En France, par exemple, il est courant que les élèves se lèvent lorsque le professeur entre dans la classe.Une marque de respect qui est diffi- cile à imaginer au Québec.C\u2019est pourtant un rituel auquel tient particulièrement Bertrand Vittecoq.«Ces règles sont absolument essentielles dans les secteurs difficiles, où ces codes de comportement n\u2019existent souvent plus dans les familles, dit-il.Les élèves en difficulté ont encore plus besoin que les autres de ce genre de cadres rigoureux.» Selon Monique Brodeur, «le Québec a été plus influencé par les recherches en psychologie de l\u2019enfant.Au Québec, on a tendance à mettre l\u2019accent sur les forces de l\u2019enfant dans une relation vraiment teintée par la sollicitude et un regard bienveillant.» Son collègue français n\u2019est pas en désaccord avec cette af firmation.Mais il tient néanmoins à préciser que «la bienveillance, ce n\u2019est pas le laxisme.Tout comme l\u2019exigence ne confine pas nécessairement à l\u2019austérité et à la sévérité.Il s\u2019agit plutôt d\u2019avoir des objectijs communs dans le respect de chacun.Si le ministère a imaginé les programmes en fonction d\u2019un élève-type, il revient à l\u2019enseignant d\u2019adapter la pédagogie à l\u2019élève réel.Cela dit, il est essentiel de conserver un programme commun.C\u2019est sur cela que reposent l\u2019égalité et l\u2019équité à l\u2019école.» Pour Monique Brodeur, «le danger en milieu défavorisé, c\u2019est de se dire que les élèves n\u2019iront pas loin et qu\u2019ils ne feront pas grand-chose».Retour à l\u2019enseignement explicite Mais cette «bienveillance» ne conduit-elle pas tout de même à réduire les exigences ?Selon Monique Brodeur, «il faut conjuguer bienveillance et exigence, ainsi qu\u2019exigence et soutien élevé».Selon son collègue français, «l\u2019exigence ne doit pas mettre de côté les élèves qui n\u2019ont pas les capacités requises.Il faut partir du potentiel des élèves pour les amener le plus loin possible.Même si ce n\u2019est pas dans les grandes écoles, tous les parcours demeurent respectables.» Un point de vue que partage Monique Brodeur, qui s\u2019est faite la défenseure, dans les milieux défavorisés, d\u2019un certain retour à l\u2019enseignement magistral, qu\u2019elle appelle plutôt «enseignement explicite».Selon elle, «l\u2019approche par découverte [généralisée par le Renouveau pédagogique en 2000] est souvent élitiste.Ça correspond très bien aux besoins des enfants les plus forts, qui trouveront toujours de l\u2019aide dans leur famille.Mais, pour les autres, cette approche doit absolument être accompagnée d\u2019un enseignement explicite.Ce n\u2019est pas un luxe, mais une nécessité.Pour grandir, les vitamines ne suffisent pas.Il faut aussi des protéines ! » S\u2019agirait-il donc de revenir sur la grande réforme québécoise adoptée en 2000 et dont son propre concepteur, Paul Inchauspé, reconnaissait récemment qu\u2019elle avait emprunté «la mauvaise voie»?Monique Brodeur se garde bien de porter un jugement aussi général.Mais elle n\u2019en démord pas : «Au Québec, l\u2019enseignement explicite a été complètement tassé depuis quelques années.Mais, si on veut combattre l\u2019illettrisme et le décrochage, il faut se rendre à l\u2019évidence et y revenir, même si ça heurte des croyances.» Le Devoir Mourir dans la dignité Un projet de loi québécois suscite l\u2019admiration L\u2019initiative québécoise soulève l\u2019intérêt des Français et des Suisses, chez qui des décisions seront bientôt prises à l\u2019égard du droit de mourir dans la dignité.MARIE LAMBERT-CHAN A Lyon Le débat sur le droit de mourir dans la dignité s\u2019est transporté de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, quand avocats, médecins et universitaires se sont réunis à Lyon, à l\u2019occasion des 26®® Entretiens du Centre Jacques Cartier, pour discuter des droits des aînés, de leur place dans la société et des difficultés éprouvées dans les derniers temps précédant la mort.Le projet de loi 52 sur les soins en fin de vie, décrit avec force détails par les participants québécois, a suscité l\u2019admiration des participants français et suisses, qui l\u2019ont qualifié de «moderne», «intéressant» et «exemplaire».Il faut dire que la France est en attente d\u2019un projet de loi sur la fin de vie, promis d\u2019ici au début de la nouvelle année par son président, François Hollande.Ce projet de loi fera suite au dépôt du rapport Sicard, fruit d\u2019une réflexion nationale sur la fin de vie.En somme, le Comité national consultatif d\u2019éthique y recommande l\u2019assistance médicale à mourir, à l\u2019aide de la sédation profonde, et ouvre même la porte au suicide assisté.Il s\u2019oppose toutefois fermement à l\u2019euthanasie «active».L\u2019adoption d\u2019une législation basée sur ces recommandations n\u2019est pas assurée, déclare toutefois Gilles Antonowicz, avocat grenoblois.«Nous avons un gros problème en France, a-t-il déclaré à l\u2019assistance réunie dans un amphithéâtre de l\u2019Université Lyon 3.Chaque fois que des histoires de fin de vie dramatique sont rapportées par les médias, cela provoque une prise de conscience nationale.Les députés en parlent tant et plus, pour finalement décider de ne pas légiférer sous le coup de l\u2019émotion.Il nous faut un magistrat audacieux qui osera se prononcer sur cette question.Il nous faut une sorte de procès Bobigny [NDLR: cette affaire a mené à la dépénalisation de l\u2019avortement en France].» Le droit à «l\u2019interruption de vieillesse» La Suisse, de son côté, fait face à d\u2019autres défis.Bien que le suicide assisté y soit autorisé, l\u2019euthanasie, même exécutée par compassion pour abréger des souffrances, demeure interdite.Qr le débat sur la fin de vie pourrait être relancé d\u2019ici quelques semaines, quand la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l\u2019homme émettra une décision définitive sur l\u2019arrêt «Gross contre Suisse».Aida Gross, une octogénaire, s\u2019est plainte des auto- rités médicales qui ont refusé de lui prescrire une dose létale d\u2019un médicament pour mettre fin à ses jours.La dame ne souffre pas d\u2019une maladie incurable, mais elle refuse de subir le déclin de ses facultés physiques et psychologiques.Selon elle, l\u2019article 8 sur le droit au respect de la vie privée et familiale de la Convention européenne des droits de l\u2019homme a été violé.«Il y a des questions qui dépassent les juristes, a constaté Mercedes Novier, avocate suisse, en rapportant cette affaire en cours.Qu\u2019est-ce qu\u2019une mort digne ?Quelle est la mission de l\u2019Etat dans le dossier du suicide assisté ?Que fait-on des mineurs?Des fatigués de la vie ?De ceux qui réclament un droit à \u201cl\u2019interruption de vieillesse\u201d?Je n\u2019ai pas de réponse, ne serait-ce que ces paroles de Simonneta Sommaruga, la chef de notre département fédéral de justice et police: \u201cN\u2019oublions jamais que nul ne doit décider ce qu\u2019est une fin de vie digne, si ce n\u2019est pour lui-même.\u201d » L\u2019enjeu des patients inaptes Pour la D®® Michèle Marchand, conseillère en éthique clinique auprès de la direction générale du Collège des médecins du Québec, le projet de loi 52 est en effet satisfaisant, mais il n\u2019est pas sans failles.«Nous sommes heureux que le projet de loi considère l\u2019aide médicale à mourir dans un continuum de soins de fin de vie et qu\u2019il renforce le pouvoir décisionnel des patients et des soignants, a-t-elle affirmé.Mais nulle part il n\u2019est question des patients inaptes, et cela nous inquiète.Certaines personnes estiment que poser cette question entraînera des dérives.Nous pensons toutefois qu\u2019il y aurait moyen de ne pas priver un patient inapte de l\u2019aide médicale à mourir, en utilisant les mécanismes auxquels nous recourons déjà pour ces individus dans nos décisions de soins: le consentement substitué, les directives anticipées et l\u2019appel au tribunal en cas de litige.» Ce souci fait écho à celui de son collègue français, le D®Marc Magnet: «Ne devons-nous pas nous questionner sur l\u2019association faite entre les notions d\u2019autonomie et de dignité ?, a-t-il demandé.Ne risquons-nous pas de perdre la dignité lorsque disparaît l\u2019autonomie dans les derniers jours de la vie ?» L\u2019éternel problème, a rappelé Michel J.Doyon, ancien bâtonnier du Québec, en conclusion du colloque, est qu\u2019il n\u2019existe aucun consensus sur la définition de la dignité humaine.«C\u2019est une difficulté tant pour ceux qui préconisent l\u2019aide à mourir que pour ceux qui s\u2019y opposent.» Collaboratrice Le Devoir OMBRAGES PORTE vos PROJETS DE L\u2019OMBRE A LA LUMIERE \u2022 Conception lumière \u2022\tÉclairage architectural 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