Le devoir, 18 janvier 2014, Cahier E
[" Jacques Poulin-Denis prend la mesure de la valeur des choses Page es ^5% Entretien avec Atom Egoyan, scénariste de complexité PageElO CULTURE CAHIER E .LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 S?:=.f, 1: r {iCINEMA Dans Enfance clandestine, le réalisateur Benjamin Avila raconte sa propre histoire.L\u2019histoire officielle revisitée Enfance clandestine reconstitue, dans les brumes de l\u2019enfance, la disparition d\u2019enfants en Argentine pendant la dictature militaire K FILMS AMERIQUE ENFANCE CLANDESTINE (INFANCIA CLANDESTINA) De Benjamin Avila.Avec Teo Gutierrez Moreno, Ernesto Alte-rio, Natalia Oreiro, César Tron-coso, Cristina Banegas.Scénario: Benjamin Avila, Marcelo Müeller.Image: Ivan Gierasin-chuk.Montage: Gustavo Giani.Musique : Pedro Onetto.Argentine, 2012,110 minutes.MARTIN BILODEAU Luis Puenzo avait réalisé en 1984 le bouleversant L\u2019histoire officielle, sur les enfants disparus durant la dictature militaire en Argentine et les mére^ indignées de la place de Mai.À titre de producteur cette fois, Puenzo a présidé à la naissance à\u2019Enfance clandestine, une œuvre sincère mais imparfaite qui reconstitue, dans les brumes de l\u2019enfance et de l\u2019éveil sexuel, cette période trouble de récente mémoire.Le réalisateur Benjamin Avila raconte ici sa propre histoire, soit celle de l\u2019enfant clandestin qu\u2019il a été lorsqu\u2019il est rentré à 12 ans d\u2019un exil à Cuba, où ses parents, militants de gauche associés au mouve- Ce flash-back sur l\u2019Argentine d\u2019hier ne manque pas de pertinence.Seulement un peu d\u2019envergure.ment Montoneros, s\u2019étaient réfugiés peu de temps après le coup d\u2019Etat militaire de 1976.Nous sommes en 1979.L\u2019Argentine sous chloroforme, tout comme son voisin le Chili, vit et dort dans la peur.Juan, rebaptisé Ernesto (Teo Gutier- rez Moreno), amorce une vie « normale » sous une nouvelle identité, tandis que ses parents (Natalia Oreiro, César Troncoso) et son oncle qu\u2019il adule (le charismatique et attachant Ernesto Alterio) dirigent une petite chocolaterie qui tient lieu de façade à leur action militante clandestine dont on ne connaîtra jamais vraiment le modus operandi.Et pour cause : le gamin est le foyer du film, et son premier amour avec la sœur d\u2019un camarade de classe, le moteur principal du récit.L\u2019histoire en action du pays et le contexte oppressant de la dictature nous parviennent à travers son regard, filtré par des caches (un trou dans le mur, une porte dissimulée.une fente) ou, plus éloquemment, par les fils de son imagination, dans de très belles et oniriques séquences en animation deux tons.La poésie dans les détails, les perspectives fractionnées par les gros plans, le filmage serré, la construction à la manière de vagues sur une plage (où chaque scène vient effacer la précédente), on sent l\u2019intervention du cinéaste, son calcul, sa lucidité.D\u2019autres détails semblent toutefois lui échapper, tels que le rythme ankylosé et le dialogue trivial ou surexplicatif.Ce nouveau flash-back sur l\u2019Argentine d\u2019hier ne manque pas de qualités ou de pertinence.Seulement un peu d\u2019envergure.Collaborateur Le Devoir Entre ces murs SECONDAIRE V Réalisation, scénario et montage: Guillaume Sylvestre.Québec, 2014, 92 minutes.ANDRÉ LAVOIE Les documentaristes québécois s\u2019intéressent parfois à l\u2019école, souvent comme métaphore ou caisse de résonance d\u2019une société empêtrée dans ses contradictions et ses inquiétudes face à l\u2019avenir.Parmi les exemples récents, on compte La classe de Madame Lise, de Sylvie Groulx, belle incursion entre les quatre murs d\u2019une petite société des nations de niveau primaire sous la gouverne d\u2019une enseignante bienveillante observée avec délicatesse pendant une année scolaire.Guillaume Sylvestre amour.Durs à cuire.Sauvage) s\u2019engage dans la même direction avec Secondaire V, optant pour une approche chronologique similaire mais couvrant un spectre plus large.Les finissants de l\u2019école secondaire publique Paul-Gérin-Lajoie de l\u2019arrondissement Outremont forment eux aussi un ensemble coloré et bigarré, de tous les horizons culturels, ethniques et socioéconomiques.Car si le quartier traîne son lot de clichés, rempart d\u2019une bourgeoisie confortable, ce film les fait voler en éclats: les élèves expriment avec franchise (et dans un français approximatif) les misères de leurs parents et évoluent dans un environnement quelque peu délabré, sûrement une autre métaphore, celle-là sur les finances publiques.Comme dans beaucoup de classes remplies d\u2019ados, celles de cette école connaissent peu les vertus du silence, la bande sonore étant tapissée de bruis- sements, de cris et de chuchotements.Car ces jeunes, pour causer, ils causent, toujours prêts à exprimer leur opinion ou à pourfendre l\u2019autorité, sous l\u2019œil impuissant ou complice de professeurs aguerris aux compétences transversales et à la pédagogie du vécu.Certains cours sont d\u2019ail-Içurs propices à ce déballage (Éthique et culture religieuse s\u2019y prête à merveille), et la caméra de Sylvestre s\u2019attarde longuement sur ces forums plus ou moins improvisés concernant la sexualité, la famille ou la violence à l\u2019école.Le portrait se présente telle une mosaïque, le cinéaste refusant de suivre à la trace quelques protagonistes plus éloquents, ou plus représentatifs de son propos.Car il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une longue succession de tableaux sur la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui, parfois amorphe (tant de gros plans d\u2019élèves endormis sur leur bureau), parfois contestataire (merci au printemps érable de 2012 d\u2019insuffler un certain tonus).Les enseignants demeurent eux aussi bien campés dans leur rôle, et si une certaine impatience peut se lire sur leur visage, le cinéaste se garde bien de scruter leurs états d\u2019âme.Et que dire de l\u2019air ahuri de ce remplaçant en français cherchant à imposer 15 minutes de lecture à un groupe déterminé à l\u2019emmerder?On n\u2019en saura guère plus.Secondaire V se termine dans un petit torrent de larmes, posture obligée au moment du départ vers d\u2019autres deux scolaires.Cette tristesse est la leur, pas tout à fait la nôtre.Collaborateur Le Devoir ISTUDIO DIVERTISSEMENT INC.Les élèves de Secondaire V expriment les misères de leurs parents et évoluent dans un environnement quelque peu délabré.Semer la faim NO LAND NO FOOD NO LIFE (SANS TERRE, C\u2019EST LA FAIM) Écrit et réalisé par Amy Miller.Image: Sylvestre Guidi.Montage: Boban Chaldovich.Musique : Benoît Groulx.Canada, Québec, 2013, 75 minutes.MARTIN BILODEAU C?est une tragédie qui se répète dans tous les pays en voie de développement.Des fermiers de subsistance se font arracher la terre sous leurs pieds pour que celle-ci soit exploitée par de grandes compagnies agroalimentaires censées sortir leur pays de la faim et de la misère.L\u2019avantage va aux grosses compagnies, nous dit la documentariste Amy Miller Le documentaire montre les paysans de trois pays pauvres se faire arracher leurs terres au profit des compagnies agroalimentaires dans Sans terre, c\u2019est la faim, un documentaire programmé ce week-end à Excentris.Pas aux paysans du Mali, ni à ceux du Cambodge ou de l\u2019Ouganda, écartés de l\u2019avenir puis abandonnés sans travail et sans pain, ou encore réduits à travailler pour des gages qu\u2019on trouvait indignes au XIX® siècle.Miller, une fille d\u2019ici à qui on doit le documentaire La ruée vers le carbone et qui a travaillé au collectif A Saint-Henri le 26 août, donne la parole aux laissés-pour-compte de ces trois pays, qui forment les trois chapitres de son récit.Sa curiosité engagée se mue en un geste généreux qui inspire un vrai mouvement vers les autres.Cela dit, son film n\u2019est pas sans défauts.Partant du micro pour élargir vers le macro, la cinéaste met beaucoup de temps à organiser son discours, à laisser percevoir son point de vue, à faire comprendre au spectateur le quoi, le qui, le comment et le pourquoi.Les témoignages ne présentent pas tous le même intérêt et se recoupent.La ca-méra, attentive à la ligne d\u2019horizon dans les rizières et les champs de culture, est parfois approximative lorsqu\u2019elle braque son objectif sur les individus.De toute évidence.Sans terre, c\u2019est la faim a été produit dans des conditions difficiles, celles du grand reportage en terrain non conquis.Ce que le film gagne en supplément de vérité, en urgence de dire, il le perd sur le territoire esthétique.À la télévision, où ce documentaire devrait mieux s\u2019épanouir, on n\u2019en fera pas grand cas.Collaborateur Le Devoir BILLETS A PARTIR DE 30 $* MS EN sus l \" \u2018i YANNICK NÉZET-SÉ6UIN MdItMlltÊ Québec I canadien hlerltage lE DEVOIR orchestremetropolitain.com ©laplacedesarts.com 514 842 2112/1 866 842 2112 Les Violons du Roy à la Salle Bourgie 3 CONCER\u2019^S POUR DE RETOUR A MONTREA't APRÈS UNE TOURNÉE TRIOMPHALE EN EUROPE! Vendredi 31 JanvierX 19h30 RICHARD LESTER, chef et violoncelle Œuvres de Beethoven, Boccherini et Mozart Vendredi 7 févrierX 19h30 Samedi 8 février X19 h 30 BERNARD LABADIE dirige le Don Juan de Gluck et une suite de Rameau Vendredi 7 mars X19 h 30 Samedi 8 marsX 19h30 Le flûtiste MAURICE STEGER dirige les\\/iolons du Roy pour la première fois dans un programme italien Ï \u2014Pi: i T -d- ) * Offre valable jusqu\u2019au 31 janvier - Achat par téléphone ou en personne seulement - Taxes non comprises sallebourgie.ca \\ 514-285-2000, option 4 1339, rue Sherbrooke Ouest M MUSEE DES BEAUX-ARTS MONTRÉAL FONDATION ARTE MUSICA Présenté par E 10 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 ÎCIMEMA ?« Le film, chargé politiquement, l\u2019est aussi émotionnellement.» Anne Dmtkme, elle CLANDESTINE DES REALISATEURS SÉLECTION OFFIQElIf 2012 version originale a ________ un film de Renjamin flvila soüst.tre\"strança.s ¦ün PRESENTEMENT A L\u2019AFFICHE [CINÉMA BEAUBIENl KPSSLu ÜS EN EXCLUSIVITE Laae BeaubienË 5i4-72i-606o|\t¦ Atom Ëgoyan, scénariste de complexité Son film Devil\u2019s Knot ressuscite le drame humain et juridique de meurtres d\u2019enfants à West Memphis ODILE TREMBLAY Le Torontois Atom Egoyan aime venir à Montréal.«Cest ici que tout a démarré pour moi en 1987, évoque-t-il.Au Festival du nouveau cinéma, j\u2019ai reçu un prix des mains de Wim Wenders pour Family Viewing, qui changea le cours de ma carrière.» De fait, Wenders, primé pour Les ailes du désir, avait demandé de remettre plutôt le laurier au jeune Egoyan, qui allait devenir universellement célébré avec des œuvres comme Speaking Parts, The Adjuster, Exotica, The Sweet Hereafter et compagnie.Grand scénariste de complexité, il laisse depuis quelque temps parfois la plume à d\u2019autres.«D\u2019autant plus que ça me prend un an et demi à écrire un scénario.» Avec Devil\u2019s Knot, le voici à la barre d\u2019un film tiré du livre de Mara Leveritt adapté d\u2019un célébré fait divers, œuvre de commande au scénario écrit par Scott Derrickson et Paul Harris Boardman.Comme c\u2019est souvent le cas aux Etats-Unis, le projet avait changé de mains, de cinéaste, de scénariste, avec valse-hésitation.Atom l\u2019a mené à terme.Retour il y a une vingtaine d\u2019années.En mai 1993, trois enfants de huit ans de West Memphis, en Arkansas, sont retrouvés assas- «II est si rare d\u2019être confronté à un crime sans explication d\u2019ordre naturel!» sinés.Accusés de ces meurtres, perpétrés soi-disant à des fins de rites sataniques, trois adolescents écopent.Un premier procès les envoie en prison en 1994, mais un deuxième les relâche en 2007, sans lever tous les doutes.Libres, mais jamais blanchis ni dédommagés: tout pour continuer à pourrir le climat d\u2019une petite ville.Quatre documentaires, trois de la série Paradise Lost réalisés par Joe Berlinger et Bruce Sinofsky, et West of Memphis d\u2019Amy Berg firent revivre drame et procès.Mara Leveritt en tira le livre The True Story of the Memphis Three, à la base du film, donc.Devil\u2019s Knot est amœ ricain, avec vedettes.«Après qu\u2019on a eu obtenu l\u2019accord des acteurs principaux \u2014 Colin Firth [qu\u2019Egoyan avait dirigé dans Where the Truth Lies], en enquêteur privé qui traque la vérité, et Reese Witherspoon, en mère bouleversée de l\u2019un des garçons tués \u2014la production s\u2019est mise en branle vite.» Elias Koteas, Amy Ryan et d\u2019autres têtes d\u2019affiche ont accepté des rôles secondaires.«Le sujet me fascinait, déclare Egoyan.Il est si rare d\u2019être confronté à un crime sans explication d\u2019ordre naturel!» Cette célèbre affaire colle à l\u2019univers du cinéaste.«Là où mon film The Sweet Hereafter [De beaux lendemains] suivait surtout un personnage principal après le drame, ici la communauté en- A H y/ PEDRO RUIZ LE DEVOIR Selon Atom Egoyan, faire un film inspiré d\u2019un drame réel ajoute une pression à l\u2019équipe.tière se retrouve impliquée avec son énergie exacerbée par le caractère surnaturel des meurtres.Les événements se sont déroulés il y a vingt ans, mais le climat d\u2019appel au lynchage rappelle celui des Sorcières de Salem.La communauté très religieuse ne pouvait vivre avec un crime satanique sans identifier les démons derrière.» Tout le cinéma d\u2019Atom Egoyan, avec familles brisées au cœur de ses films, jongle avec les questionnements qui parcourent Devil\u2019s Knot : « On a été élevés avec des histoires d\u2019horreur en espérant que justice soit rendue, mais qu\u2019est-ce que la justice au juste ?Dans mes films, j\u2019essaie de comprendre l\u2019horreur en m\u2019interro- geant sur ses conséquences : comment peut-on vivre avec de pareils traumatismes durant toute sa vie ?» Pour Devil\u2019s Knot, les scénaristes ont modifié des éléments à des fins dramatiques.«Mais Mara Leveritt, dans son livre, s\u2019était montrée très méticuleuse.La transcription des débats en cour est authentique.» Le cinéaste avait discuté avec un des trois ex-accusés, Jason, qui vint d\u2019ailleurs sur le plateau.Les deux autres laissèrent passer le train.«Jessie s\u2019était refait une vie et Damien rejetait le film.Quant aux acteurs, ils avaient pris contact avec ceux dont ils tenaient le rôle.On a cherché à raconter cette histoire à travers plusieurs perspectives, mais il ne peut y avoir de vrai dénouement là où le mystère ne fut jamais percé.» Faire un film inspiré d\u2019un drame réel ajoute une pression supplémentaire à l\u2019équipe.11 faut trahir et ne pas trahir les faits, endosser la souffrance des victimes survivantes.«Le plus difficile à tourner fut la découverte du premier corps dans le ruisseau, déclare Egoyan.Les photos réelles étaient horribles.Ça s\u2019était passé dans une petite communauté et l\u2019onde de choc se rendait jusqu\u2019à nous.» Egoyan a scénarisé son prochain film.Queen of the Night,^ histoire d\u2019un homme qui trouve des indices laissant croire que sa fille, kidnappée dix ans plus tôt, serait toujours en vie.Les noms de Ryan Reynolds, Mireille Enos et Scott Speedman sont mis en avant pour sa distribution.Et le cinéaste explore une fois encore le nœud d\u2019un traumatisme: comment vivre avec ça ?Mais son œuvre cherche à comprendre, pas à répondre à la question.Le Devoir «¦riTiud \\iÉII tj! ij jlitj AXIA EILMS Le road movie qu\u2019est La tendresse est l\u2019occasion d\u2019explorer en filigrane ce qui subsiste d\u2019un ancien amour.La finesse des gens de bonne volonté LA TENDRESSE Réalisation et scénario: Marion Hansel.Avec Olivier Gourmet, Marilyne Canto, Adrien Jolivet, Sergi Lopez.Image: Jan Van-caille.Musique : René-Marc Bini.Montage: Michèle Hubi-non.78 minutes.ODILE TREMBLAY Œuvre de lumière, de connivences dans la vie de gens de bonne volonté, La tendresse de la Belge Marion Hansel, avec ses touches impressionnistes, est aux antipodes du film d\u2019action aux ressorts dramatiques.Sur un scénario très personnel de la cinéaste de Between the Devil and the Deep Blue Sea, il se nourrit du naturel de ses acteurs: Olivier Gourmet, pudique, doux, plutôt carré, et Marilyne Canto, tout en sensibilité un peu bohème, en finesse, entre audaces quotidiennes et renoncements anciens.Frans est remarié, pas Lisa.Le couple s\u2019était séparé 15 ans plus tôt, mais leur fils (Adrien Jolivet, qui se laisse oublier), moniteur de ski, a un accident en montagne.Ils partent le retrouver.Habituellement, ce type de trame ouvre sur des règlements de comptes féroces avec rancœurs accumulées, suivis du classique retour en flamme de l\u2019ancien couple soudain rabiboché.Pas cette fois.Le road movie, qui se posera dans une station de ski modèle des années 60 au milieu des Alpes, est plutôt l\u2019occasion d\u2019explorer en filigrane ce qui subsiste d\u2019un ancien amour: les gestes d\u2019autrefois, les tendres concessions, un respect né de la connaissance intime de l\u2019autre une fois l\u2019orage de la rupture passé.La ligne scénaristique est ténue et, sans la subtile et lumineuse Marilyne Canto, elle ne tiendrait pas la route, même si Olivier Gourmet, en homme un peu gauche, joue sa partition avec justesse.Marion Hansel brosse surtout un beau portrait de femme, à travers cette Lisa au charme discret, ouverte aux possibles semés sur son chemin, glissant comme une anguille sans se révéler vraiment, copine avec son fils, complice avec son ex, secrète la plupart du temps.Les décors sont importants, autant les couleurs des champs durant le trajet que la station de ski remplie d\u2019œuvres d\u2019art, la chambre trop petite, l\u2019auto des confidences.Quelques scènes se révèlent plus fortes que le délicat treillis d\u2019ensemble : une escapade de Madame le soir au cours d\u2019un déblayage des pistes de ski, une rencontre avec un auto-stoppeur (Sergi Lopez) qui la trouve séduisante.A défaut de puissance de mise en scène, La tendresse, tissée de mélancolie, de sagesse nourrie de finesse et de confiance en l\u2019humanité, rend un son apaisant et feutré devenu de nos jours aussi rare que précieux.Le Devoir La maîtresse dans le placard THE INVISIBLE WOMAN Réalisation : Ralph Fiennes.Scénario: Abi Morgan, d\u2019après le livre de Claire Tomalin.Avec Ralph Fiennes, Felicity Jones, Kristin Scott Thomas, Torn Hollander, Joanna Scanlan.Image: Rob Harvy.Montage: Nicolas Gaster.Musique: Ilan Eshkeri.Grande-Bretagne, 2013,111 min.ANDRÉ LAVOIE Charles Dickens a longuement observé et dénoncé les travers de son époque, dont ceux du capitalisme, mais l\u2019écrivain britannique appartenait à ce monde, il en était le produit.L\u2019auteur de David Copperfield appréciait la liberté et l\u2019aisance matérielle que lui procurait la gloire, un baume pour soulager les souvenirs de sa propre enfance misérable.C\u2019est ce Dickens de la maturité que Ralph Fiennes dévoile dans The Invisible Woman.L\u2019acteur d\u2019exception, à la voix envoûtante et aux yeux perçants, s\u2019intéresse ainsi à une autre figure dominante de la littérature anglaise après Shakespeare (une relecture de Coriolanus marquait ses débuts de cinéaste en 2011), mais il revisite surtout un pan important de sa vie, s\u2019offrant au passage le rôle de cet homme marié, père de dix enfants, véritable vedette populaire dans l\u2019Angleterre de la seconde moitié du XIX® siècle.Il occupe également la première place dans l\u2019existence de la jeune Nelly Ternan (Felicity Jones), une actrice au talent relatif mais à la dévotion totale à son œuvre, et peu à peu à l\u2019homme, rencontré dans un théâtre de Manchester en 1857 sous l\u2019œil ambigu de Frances (Kristin Scott Thomas), la mère de Nelly.Ce face-à-face déterminant, authentique et documenté dans l\u2019ouvrage de Claire Tomalin, dont le film s\u2019inspire, a favorisé la naissance d\u2019un amour complexe, longtemps pudique et discret, brisant avec fracas le mariage de Dickens et reléguant Nelly au rôle de la maîtresse camouflée, en attente face à la fenêtre.Dans un procédé que la scénariste Abi Morgan avait déjà utilisé dans The Iron Lady, The Invisible Woman se construit sur les souvenirs d\u2019une femme maintenant respectable, cher- METROPOLE EILMS Dans The Invisible Woman, Ralph Fiennes s\u2019intéresse à Charles Dickens.chant à camoufler auprès de son entourage son lien véritable avec l\u2019auteur décédé au moment où s\u2019amorcent ses réminiscences.Elles sont illustrées par Fiennes avec un soin méticuleux, nullement opulent, cherchant à mettre en évidence des conventions étouffantes puisque ce couple interdit et improbable n\u2019arrive pour ainsi dire jamais à se retrouver seul.On ignore même jusqu\u2019à quel point Frances dort profon- dément lors d\u2019un échange révélateur dans le salon de Dickens devant une Nelly frémissante, soulignant la duplicité de cette mère soucieuse de respectabilité mais aussi éprise d\u2019ambition pour sa fille.La description de cette passion aussi retenue que dévorante n\u2019affiche aucun excès \u2014 il n\u2019y a pas si longtemps, un Ken Russell n\u2019aurait rien laissé à l\u2019imagination.\u2014, Ralph Fiennes se moulant au carac- tère ampoulé et hypocrite du monde qu\u2019il recrée.L\u2019acteur n\u2019est pourtant jamais loin, exigeant le meilleur d\u2019une distribution impeccable où même les plus petits rôles sont défendus avec une grande ferveur, dont celui de l\u2019épouse trahi par Joanna Scanlan, étonnante de vérité dans une histoire où les mensonges sont légion.Collaborateur Le Devoir EXCBNTRIS AMERICAN HUSTLE (arnaque américaine) DAVID O.RUSSELL - 138 MIN.- V.O.ANGLAISE AVEC S.-T.F.ET AUSSI A L\u2019AFFICHE; INSIDE LLEWYN DAVIS (ÊTRE LLEWYN DAVIS) ETHAN COEN ET JOEL COEN A TOUCH OF SIN JIA ZHANG KE\t DALLAS BUYERS CLUB\t JEAN-MARC VALLÉE\t SECONDAIRE V\tEN ATTENTE GUILLAUME SYLVESTRE\tDEVISA SANS TERRE, C\u2019EST LA FAIM (NO LAND, NO FOOD, NO LIFE)\tEN ATTENTE DEVISA AMY MILLER\t CINE-KID PRESENTE: ROSE ET VIOLETTE 19 JANVIER À11H\tZ BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL OQ CINEMAEXCENTRIS.COM w sOupesoap\tun nouveau comptoir /\t^\t^ SOUPESOUPÀEXCENTRIS S\tTOUS LES JOURS! "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.