Le devoir, 8 février 2014, Cahier B
[" Idées : Il est difficile de statuer sur la disparition de récriture manuelle Page b 5 Michel David et le livre blanc sur l\u2019avenir du Québec Page B 3 Manon Cornellier sur la réécriture de la Loi électordle Page B 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 Québec Le bluff de Pauline Marois Le 12 mars 2003, le premier ministre Bernard Landry avait déclenché des élections pour le 14 avril suivant.Le 11 mars, Pauline Marois, alors ministre des Finances, avait déposé son budget qui, forcément, distillait un fort parfum électoral.Cette fois-ci, la première ministre, à peu près à la même période de l\u2019année, affirme qu\u2019elle pourrait se lancer en campagne électorale sans budget.Rapidement.De quoi mettre ses adversaires sur les dents.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Quand François Gendron, le vice-premier ministre et vénérable député élu sans interruption depuis 1976, parle, il faut l\u2019écouter attentivement.En novembre, il fut le premier à dire que déclencher des élections à l\u2019automne n\u2019était pas la voie à suivre, avant même que Pauline Marois n\u2019annonce sa décision de ne pas en déclencher.Mercredi, il fut le seul à évoquer la possibilité que le Parti québécois puisse se lancer en campagne électorale sans que le gouvernement présente de budget.Le lendemain, Pauline Marois évoquait cette possibilité.La première ministre a expliqué jeudi que, depuis la mise à jour économique et financière de la fin de novembre, «les chiffres n\u2019ont pas changé.[.] Les grands paramètres sont exactement les mêmes».Un budget, c\u2019est incomplet.«Le budget, ce n\u2019est pas les crédits, a-t-elle fait observer.Le budget présente les grands équilibres.» Si rien n\u2019est changé, pourquoi ne pas déposer un budget avant les élections pour confirmer que la mise à jour était juste?Pourquoi pas la ceinture et les bretelles ?Après le dépôt du budget fédéral le 11 février prochain, les fonctionnaires du ministère des Finances peuvent accoucher cj\u2019un budget un mois plus tard, sans forcer.A temps pour le déclenchement d\u2019élections à la mi-mars, après les deux semaines de relâche.En l\u2019absence de budget, tant Philippe Couil-lard que François Legault auraient beau jeu, en campagne électorale, d\u2019accuser les pé-quistes de cacher le véritable état des finances publiques.La mise à jour économique, qui prévoit que l\u2019atteinte de l\u2019équilibre budgétaire est reportée de deux ans, avec un déficit de 2,5 milliards à la clé pour l\u2019année courante, n\u2019a pas provoqué d\u2019onde de choc, sauf dans les partis d\u2019opposition.Aucun frémissement dans les chaumières.La montée du PQ dans les sondages ne s\u2019est pas démentie.La mauvaise nouvelle est escomptée.On peut croire que la déclaration de Pauline Marois sert à mettre les partis d\u2019opposition sur les talons, compte tenu des avantages pour son parti de se présenter devant l\u2019électorat avec un cadre financier avalisé par le ministère des Finances, c\u2019est-à-dire un budget en bonne et due forme.C\u2019est du moins sur ce scénario que ses conseillers planchent.Le beurre et l\u2019argent.Chose certaine, Pauline Marois a confirmé jeudi qu\u2019elle croyait avoir toutes les justifications nécessaires pour déclencher des élections.Le chef de la CAQ, François Legault, insiste pour avoir le beurre et l\u2019argent du beurre : des baisses d\u2019impôt et l\u2019équilibre financier dès l\u2019an prochain.Les caquistes ne peuvent que voter contre le budget.Du côté des libéraux, Philippe Couillard, après avoir dit la vérité \u2014 c\u2019est-à-dire que le retour au déficit zéro pourrait prendre quelques années, ce que l\u2019ébauche de programme électoral dévoilé au Conseil général du PLQ en octobre évoquait d\u2019ailleurs clairement \u2014, s\u2019est rabattu sur la position de la CAQ.Lui aussi veut un retour à l\u2019équilibre budgétaire dès l\u2019an prochain.Et s\u2019il venait à changer d\u2019idée dans un sursaut de réalisme, le PLQ se trouverait à reprendre la position péquiste.Bref, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, les libéraux n\u2019ont pas de position qui leur soit propre.Mais quand on entend Philippe Couillard qualifier le gouvernement Marois de «toxique pour l\u2019économie du Québec», on voit mal comment il pourrait le faire durer.Comme libéraux et caquistes sont, jusqu\u2019à nouvel ordre, au diapason sur la question du retour à l\u2019équilibre budgétaire, Pauline Marois peut leur opposer une simple et même parade : «Les Québécois ont le choix entre l\u2019austérité et la prospérité.» C\u2019est pratique.Les libéraux disposent toutefois d\u2019une carte dans leur jeu : ils comptent sur le rapport du vé- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pauline Marois a réussi à mettre ses adversaires sur les dents.CLEMENT ALLARD LA PRESSE CANADIENNE Philippe Couillard rificateur général qui jugera de la justesse de la mise à jour économique du gouvernement.Ils comptent sur le fait que le v.g.pourrait mettre en doute les chiffres présentés par le ministère des Finances.Ce rapport doit être déposé dans les deux premières semaines de la session.Les plats au feu Outre le blocage sur le budget, Pauline Marois a mentionné ceux qui ont visé la loi 14 pour renforcer la Charte de la langue française, la création de la Banque de développement économique du Québec et la charte des valeurs.La première ministre s\u2019est montrée moins convaincante quand elle a parlé des raisons pour lesquelles elle voudrait continuer de gouverner.«Il y a beaucoup de plats au feu », a-t-elle dit, en donnant l\u2019exemple de l\u2019assurance autonomie et des mesures de stimulation de l\u2019emploi.Elle a surtout insisté sur le projet de loi 52 visant l\u2019aide médicale à mourir.Or ce projet de loi est prêt à passer aux voix.Le leader parlementaire du gouvernement, Stéphane Bédard, tentera de le faire adopter dès le début de la session.De leur côté, les libéraux indiquent qu\u2019ils n\u2019entendent pas faire d\u2019obstruction.Une autre raison qui milite pour un déclen- JACQUES NADEAU LE DEVOIR François Legault chement rapide des élections, c\u2019est que Pauline Marois commence à en avoir marre des attaques de François Legault.De le voir exiger que le vérificateur général débarque au Fonds de solidarité de la FTQ, alors que l\u2019ancien ministre péquiste sait pertinemment que le v.g.n\u2019en a pas le pouvoir, dépasse son entendement.Son acharnement à réclamer que Claude Blanche! comparaisse en commission parlementaire l\u2019irrite au plus haut point.L\u2019énergie du désespoir que déploie François Legault le rend erratique, imprévisible, déplorent les pé-quistes.«Il gaspille des cartouches.Il tire au 12 sur tout ce qui bouge», constate, pour sa part, un con^seiller libéral.Y compris sur les hélicoptères.A quand les ambulances ?Dans ce contexte, les échanges à l\u2019Assemblée nationale, au cours des deux prochaines semaines, risquent d\u2019être houleux.Tant Philippe Couillard que François Legault emploient déjà l\u2019artillerie lourde.Il y a fort à parier que Pauline Marois n\u2019attendra pas longtemps avant de faire en sorte que les tirs nourris de ses adversaires se transportent dans l\u2019arène électorale.Le Devoir UIŒAINE L\u2019autre crise La contestation politique plonge l\u2019économie dans le marasme La crise ukrainienne est aussi économique : la détérioration des relations avec le voisin russe et ses conséquences commerciales ont été mises en avant par Kiev pour expliquer sa décision, il y a un peu plus de deux mois, de renoncer à un accord d\u2019association avec l\u2019Union européenne, prévoyant la mise en place d\u2019une zone de lihre-échange, au profit d\u2019un rapprochement avec Moscou.Depuis son bureau dans le vieux quartier Po-dol, à Kiev, Olivier Duffour est assez loin de Maïdan, la place de l\u2019Indépendance, pour en ignorer les chants, les prières et les affrontements.Mais si cet importateur de vins n\u2019entend pas la foule de ce haut lieu de la contestation populaire contre le président Viktor lanoukoyitch, il suit cette «révolution» au jour le jour.A la minute, même.Sur son bureau, son écran est allumé sur Espreso TV, la télévision sur Internet consacrée à la manifestation, et sur Insider, un site d\u2019informations ukrainien.«Du jour au lendemain, tout peut changer», explique-t-il.Installé en Ukraine depuis 2006, il n\u2019a pas peur d\u2019une éventuelle «guerre civile» que certains évoquent.Ce qui l\u2019effraie, c\u2019est la crise économique.«Les 15 premiers jours de décembre, on a souffert», dit-il.Les séminaires sur lesquels il comptait pour vendre son vin ont tous été annulés.La chute de la monnaie locale, la hryvna, sous l\u2019effet de la panique des marchés, le terrifie.Il redoute le même scénario qu\u2019en 2008-2009, quand la devise s\u2019était écroulée.Un désastre pour son entreprise.Depuis le mois de novembre 2013 et le début des manifestations, l\u2019Ukraine vit au ralenti.Comme les affaires.Les images de violences ont dissuadé les investisseurs de s\u2019installer et, pour les patrons de PME comme M.Duffour, c\u2019est une bataille de tous les jours pour résister.Son rêve : une conclusion rapide de la crise.La reprise des pourparlers au Parlement entre le président, Viktor lanoukovitch, et l\u2019opposition, le mardi 4 février, nourrissait les espoirs.Mais les débats s\u2019enlisent.«Chaque étape de cette crise est imprévisible», constate Thomas Moreau, le président de la chambre de commerce et d\u2019industrie franco-ukrainienne, qui représente 120 entreprises implantées dans le pays.«Si la monnaie perd encore de 30% à 40%), beaucoup mettront la clef sous la porte.» Vers la Russie Nombre de ces entrepreneurs étrangers le reconnaissent, cette crise, ils ne l\u2019avaient pas vue venir.La plupart des hommes d\u2019affaires ignoraient encore, à l\u2019été 2013, le contenu de l\u2019alliance avec l\u2019Einope.Certains ont imaginé l\u2019Ukraine avec les standards de l\u2019Union, balayant la corruption et la facturation des «coups de tampon».«Cela aurait amélioré le climat des affaires, mais c\u2019est un long processus», souligne M.Moreau.Aujourd\u2019hui, l\u2019affrontement Emope-Russie ne lem plaît pas : beaucoup sont en Ukraine parce que Kiev est une porte d\u2019entrée vers la Russie.«La situation est critique.Ce qui compte maintenant, c\u2019est le temps», alerte Andriy Novak, à la tête du comité des économistes d\u2019Ukraine, une association indépendante.Le pays, dont la note a encore été dégradée par Standard & Poor\u2019s fin janvier, ne peut plus emprunter d\u2019argent sur les marchés.Le prêt de 15 milliards de dollars octroyé par la Russie est gelé jusqu\u2019à }a formation d\u2019un gouvernement (prorusse).L\u2019Etat accumule les dettes gazières envers Moscou et a besoin de 3 à 4 milliards de dollars par trimestre, estime M.Novak.La cessation de paiement menace.«Tous les pronostics économiques sont liés à la vitesse de,résolution de la crise politique.» L\u2019Europe et les Etats-Unjs pourraient fournir une aide.Mais quand ?A court terme, la visite, vendredi, de Viktor lanoukovitch à Sotchi, où se tiennent les Jeux oljnn-piques, ouvre une perspective : voir le président ukrainien revenir avec un chèque de son homologue russe, Vladimir Poutine.Mais à long terme, cette option ne ravit pas M.Novak.Selon les nouvelles statistiques, le PIB ukrainien n\u2019a pas reculé de 1%, mais de 6,4% en 2013.Les liquidités manquent.Bref, la gestion du pays par M.lanoukovitch ressemble à un désastre.Un dirigeant proeuropéen ferait-il mieux?«Il ne s\u2019agit pas de faire un choix entre l\u2019Europe et la Russie.La coopération économique doit être maintenue, mais il faut, pense l\u2019économiste, mettre fin au chantage politique.» Mercredi, le porte-parole de M.Poutine a rappelé que l\u2019argent russe ne serait versé à Kiev que «lorsque le nouveau chef du gouvernement ukrainien pourra expliquer à Moscou jusqu\u2019à quel point il suivra la politique de l\u2019équipe précédente».Le Monde B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 PERSPECTIVES Partialité électorale X Manon CORNELLIER à Ottawa useler l\u2019arbitre, limiter ses pouvoirs, élargir la patinoire pour favoriser les plus gros joueurs, voilà la recette que les conservateurs ont suivie pour réécrire la Loi électorale, rebaptisée Loi sur l\u2019intégrité des élections.L\u2019analogie sportive n\u2019est pas fortuite, elle est directement inspirée des propos du ministre responsable de la Réforme démocratique, Pierre Poilievre.«L\u2019arbitre [électoral] ne devrait pas porter le chandail d\u2019une équipe», a-t-il déclarq mardi pour expliquer sa décision de retirer à Elections Canada ses pouvoirs d\u2019enquête, qu\u2019il a confié à un commissaire indépendant.Sans toutefois lui accorder les pouvoirs que demandait le directeur général des élections (DGE) Marc Mayrand, ce qu\u2019il a déploré.Le ministre a expliqué son image un peu plus tard en djsant que le commissaire ne peut faire partie d\u2019Élections Canada alors qu\u2019il peut être amené à enquêter sur cet organisme.Mais le ministre savait très bien que sa formule étudiée jetait un doute sur l\u2019impartialité de M.Mayrand.M.Poilievre est trop habile avec les mots pour ne pas avoir soupesé le poids de sa déclaration.Comme de toutes les autres qu\u2019il nous sert depuis mardi et qui donne une image déformée de son projet de loi.11 prétend, par exemple, mettre un frein à V«influence indue» de l\u2019argent, mais augmente les limites de dépenses des partis et des candidats.Certaines dépenses engagées pour solliciter des fonds durant une campagne électorale ne seront plus comptabilisées, une échappatoire pour se soustraire aux limites de dépenses.(Ma collègue Hélène Buzzetti décrit ces dispositions en détail dans nos pages, aujourd\u2019hui.) Tout le monde a répété, y compris l\u2019opposition, qu\u2019il y a du bon dans ce projet de loi.Mais, mais.11 y a des éléments litigieux et préoccupants.Et il y a les tactiques du gouvernement.Le contenu et la méthode en révèlent beaucoup sur sa conception de la démocratie.Pour les conservateurs, les électeurs ne sont plus des citoyens, mais des clients pour les marchands politiques.Le ministre lui-même parle, pour inciter les gens à voter.A' « amélioration du service à la clientèle», ce qui justifierait selon lui de limiter les activités publicitaires du DGE à la diffusion d\u2019information sur la manière de voter, le moment et le lieu.Plus question de promouvoir la participation.Selon l\u2019ancien DGE Jean-Pierre Kingsley, cela équivaut à dire au commissaire aux langues officielles de ne plus parler de langues officielles.Mais le ministre dit que ce genre de campagnes ne fonctionne pas.En fait, laisse-t-il entendre, sans rire, elles pourraient même être la cause de la chute du taux de participation puisque le déclin coïncide avec le début de ces campagnes.Mais coïncidence pour coïncidence, ce sont les jeunes de 18 à 34 ans qui votent le moins, alors que les personnes plus âgées, qui affichent le taux de participation le plus élevé, sont plus enclines à voter pour les conservateurs.Absence de consultation, élaboration en vase clos et débat tronqué dès les premières étapes ne peuvent inspirer confiance.Lundi soir, après quatre maigres jours de débats, le projet de loi prendra la route du comité parlementaire où, par le passé, les conservateurs ont presque toujours refusé les amendements proposés par l\u2019opposition ou inspirés par les témoins.Tout dans la démarchp du gouvernement est contraire à la tradition.Etant donné le rôle central joué par la loi électorale dans notre processus démocratique, elle doit, pour inspirer confiance et susciter l\u2019adhésion, reposer sur le plus large consensus possible.Ceci explique que, par le passé, peu de changements ont été apportés dans des discussions préalables avec les autres partis et, surtout, avec le directeur général des élections.Le premier ministre Jean Chrétien avait peu consulté avant d\u2019imposer le financement populaire des partis.La résistance ne venait toutefois pas des autres partis, mais de ses propres rangs.Le projet de loi C-23 est d\u2019une telle portée qu\u2019il devrait aller de soi que le débat puisse durer le temps nécessaire pour que les députés puissent s\u2019exprimer.11 faut aussi que l\u2019avis du DGE soit pris en compte.Mais comme tout le monde le craignait, la dent qu\u2019ont les conservateurs contre le DGE a influencé l\u2019ensemble de l\u2019œuvre.Responsable de la conduite des élections, le DGE n\u2019est au service d\u2019aucun parti.Si Marc Mayrand a pris plus souvent en défaut les conservateurs, c\u2019est que ces derniers ont plus souvent interprété la loi à leur manière.Alors que les autres partis cherchaient des solutions à l\u2019amiable, les conservateurs ont préféré, la plupart du temps, combattre le DGE devant les tribunaux.La loi électorale est censée servir les citoyens et l\u2019exercice de leur droit démocratique le plus fondamental : leur droit de vote.Elle encadre le processus électoral pour contrer la tricherie et assurer un équilibre du rapport de force, en particulier face au pouvoir de l\u2019argent.Si les intérêts du PC n\u2019ont pas pris le dessus sur les intérêts des citoyens dans ce dossier, il n\u2019en tient qu\u2019au gouvernement de le démontrer.En laissant le Parlement faire son travail dans les formes.mcornellier@ledevoir.com CHRIS YOUNG AGENCE ERANCE-PRESSE Le projet de loi C-23 viendra chambouler le financement électoral.LES FINANCES ELECTORALES Une loi pour les conservateurs ?HELENE BUZZETTI Correspondante parlementaire à Ottawa Il en faudra encore beaucoup, du temps, pour bien comprendre les ramifications du volumineux projet de loi réformant la Loi électorale du Canada.Le projet C-23 déposé cette semaine par le gouvernement conservateur s\u2019est valu plusieurs commentaires favorables, mais aussi une critique importante : les changements apportés aux limites financières en vigueur en campagne électorale profiteront surtout à la formation de Stephen Harper.Le projet de loi C-23 change trois éléments liés aux finances électorales : il rehausse le plafond de dépenses permises en campagne, il augmente le montant maximal qu\u2019un individu peut contribuer à un parti ou à un candidat et il modifie la liste de ce qui est considéré comme une dépense électorale soumise au plafond.Dans les trois cas, accuse l\u2019opposition à la Chambre des communes, les nouvelles règles favorisent le Parti conservateur.Le plafond des dépenses, d\u2019abord.En campagne électorale, un parti politique ne peut dépenser autant qu\u2019il le souhaite.11 est soumis à une limite afin que les formations trop riches ne puissent pas enterrer la voix de leurs adversaires avec de coûteux matraquages publicitaires.Cette limite est établie en fonction du nombre de candidats présentés par une formation.Elle s\u2019est élevée à un peu plus de 21 millions de dollars en 2011 (5,4 millions pour le Bloc québécois).Ottawa augmente ce plafond de 5%.Plusieurs estiment que le Parti conservateur, qui a les coffres les mieux garnis, sera le plus en mesure de dépenser davantage.Cependant, lors de l\u2019élection de 2011, c\u2019est le Nouveau Parti démocratique qui a le plus dépensé.La formation de Jack Layton était à 650000$ d\u2019atteindre son plafond de dépenses alors que le Parti conservateur aurait pu dépenser encore 1,4 million.Le Parti libéral en était à 1,5 million et a en plus terminé la campagne avec une créance impayée de 24000$.De son côté, le Bloc québécois avait pour ainsi dire atteint sa limite, ayant dépensé à peine 30000$ de moins que la limite permise ! Le rehaussement des contributions qu\u2019un même individu peut verser à un parti politique au cours d\u2019une année donnée passera de 1200$ à 1500$.Encore là, certains estiment que cela avantagera le Parti conservateur.Le Globe and Mail a en effet calculé que c\u2019est la formation de Stephen Harper qui dispose du plus grand nombre de donateurs ayant versé le maximum permis par la loi en 2013 (ceux susceptibles de donnei; davantage si le plafond est relevé), soit 2489.A titre de comparaison, calcule le quotidien torontois, le Parti libéral (PLC) n\u2019a compté que 1536 donateurs ayant versé le maximum cette année-là et le NPD, 417.Au Bloc québécois?Le Devoir en a trouvé seulement trois.Notons cependant que, lorsque le Parti libéral était au pouvoir, c\u2019était lui le champion des dons généreux.En 2003, lorsqu\u2019il a plaJfonné les dons \u2014 une première au Canada \u2014, tous s\u2019étaient entendus pour dire que le Parti libéral serait le premier à faire les frais de sa réforme.Récolter des fonds sans frais Le troisième changement est de loin celui qui dérange le plus.En vertu des changements proposés dans le projet de loi C-23, toute dépense faite par un parti politique pour solliciter des fonds de ses anciens donateurs ne sera plus comptabilisée comme une dépense électorale soumise au plafond.Ces «anciens donateurs » seront toutes les personnes ayant déjà versé plus de 20 $ à la formation dans les cinq années précédant le déclenchement de l\u2019élec Une loi pour les conservateurs Ption.Pour l\u2019élection de 2015, on pourra donc remonter jusqu\u2019en 2010.Or le Parti conservateur compte, et de loin, beaucoup plus de donateurs que ses adversaires.En 2010, il a obtenu de l\u2019argent de 95 000 personnes différentes, contre environ 32000 pour le PLC et 23000 pour le NPD.En 2011, l\u2019écart s\u2019est légèrement resserré: 110000 donateurs conservateurs, presque 50000 libéraux et 38000 néodémocrates.Même tendance en SEAN KILPATRICK AGENCE ERANCE-PRESSE Plusieurs estiment que le Parti conservateur, qui a les coffres les mieux garnis, sera le plus en mesure de dépenser davantage grâce à la nouvelle loi.2012, avec deux fois plus de donateurs conservateurs que de donateurs libéraux ou néodémocrates.Les chiffres de 2013 ne sont pas encore consolidés.Concrètement, ces règles signifient que, là où les troupes de Thomas Mulcair pourront envoyer, disons, une lettre à 40000 exemplaires sollicitant des fonds pour «faire barrage au dangereux Stephen Harper», celles de ce même Stephen Harper pourront répliquer par un pamphlet tiré à 110000 exemplaires demandant de l\u2019argent pour «empêcher Justin de vendre du pot à nos enfants».En d\u2019autres mots, le Parti conservateur obtient de manière détournée le droit de dépenser plus que ses adversaires.Dans les coulisses, on explique qu\u2019en outre, cette mesure pose problème parce qu\u2019il sera impossible ,d\u2019en vérifier l\u2019application.Comment Elections Canada pourra savoir où de telles lettres de sollicitation ont été envoyées pour en vérifier l\u2019admissibilité?«Il n\u2019y a pas de point de départ», fait-on remarquer.La possibilité de dérapage est donc grande.«Ils pipent complètement les dés en leur faveur et ils ne veulent même pas qu\u2019on en discute correctement et en profondeur», estime le chef néodémocrate, Thomas Mulcair.Le groupe Democracy Watch dénonce aussi ces changements aux paramètres financiers des futures élections fédérales.Le rehaussement des limites de dons invite l\u2019argent en politique, déplore un de ces membres.Duff Conacher.L\u2019exclusion de la sollicitation des dépenses plafonnées «permettra la création d\u2019un nouveau trou noir secret qui ne sera ni réglementé ni soumis aux enquêtes, dé-plore-t-il.Cette exemption est antidémocratique, non éthique et va à l\u2019encontre de l\u2019esprit de démocratisation ayant animé tous les changements apportés à la Loi électorale du Canada au cours de la dernière décennie.» S\u2019identifier pour voter Le projet de loi C-23 s\u2019est attiré les critiques du directeur général des élections, Marc Mayrand, aussi parce qu\u2019il abolit l\u2019actuelle possibilité, pour une personne non inscrite sur la liste électorale, de se présenter à un bureau de scrutin sans carte d\u2019identité et de prêter serment en étant accompagné d\u2019un électeur identifié qui dit la connaître.Selon M.Mayrand, il y a encore beaucoup de personnes, en particulier des jeunes autochtones et des aînés, qui n\u2019ont pas les documents exigés pour s\u2019identifier.Le ministre Pierre Poilievre rétorque que le taux d\u2019erreur dans ces cas est trop élevé.Le serment, selon lui, ouvre la porte à la fraude électorale.Dans les coulisses, le Bloc québécois explique que cette mesure n\u2019existait auparavant que dans les circonscriptions rurales «où les Le Parti conservateur compte, et de loin, beaucoup plus de donateurs que ses adversaires gens se connaissent davantage et où il est plus difficile de se faire passer pour quelqu\u2019un d\u2019autre».À la faveur d\u2019une réforme électorale pilotée par le gouvernement libéral en 1999, le Bloc québécois avait proposé d\u2019abolir ce processus d\u2019identification.Au contraire, rappelle-t-on, le gouvernement l\u2019a étendu à l\u2019ensemble des circonscriptions.Le Bloc québécois est d\u2019ailleurs d\u2019accord avec le gouvernement sur cet aspect.Le Bloc québécois désire aussi que le gouvernement inscrive dans son projet de loi que le vote à visage voilé n\u2019est plus permis.11 avait déposé un projet de loi en ce sens en 2007, projet de loi que le gouvernement avait repris à son compte mais n\u2019avait finalement pas fait adopter.Pourquoi ne pas l\u2019avoir inséré dans le projet C-23 ?a demandé le député André Bellavance à la Chambre des communes jeudi.Le ministre a seulement remercié le Bloc pour sa «suggestion » en se disant ouvert à discuter du projet de loi en comité parlementaire.11 faut dire qu\u2019à l\u2019heure actuelle, il est possible de voter sans s\u2019identifier à l\u2019aide d\u2019une photo.La liste des documents d\u2019identification acceptés compte 38 possibilités, dont un bracelet d\u2019hôpital, une carte de crédit, un bail, une police d\u2019assurance, une facture de téléphone, un talon de chèque du gouvernement, un permis de chasse ou encore un relevé bancaire, tous des documents ne comportant aucune photo.Exiger de voter à visage découvert, fait valoir le chef libéral, Justin Trudeau, n\u2019apporte rien aussi longtemps qu\u2019on ne peut comparer ce visage à une photo.Consensus Le patron d\u2019Élections Canada a exprimé le souhait jeudi que le projet de loi fasse l\u2019objet du plus grand consensus qui soit à la Chambre des communes.Après tout, a fait valoir Marc Mayrand, cette loi touchera directement les élus et leur formation respective.La précédente réforme électorale de 2003, instaurant pour la première fois en politique fédérale des plafonds aux dons et un financement étatique des partis politiques, avait été appuyée par les libéraux, les néodémocrates et les blo-quistes.Seuls les alliancistes et les progressistes-conservateurs s\u2019y étaient opposés, car ils n\u2019approuvaient pas le financement étatique.Le gouvernement conservateur abolit d\u2019ailleurs progressivement ce financement.Toutefois, la réforme de 2000, plus mineure, n\u2019avait été soutenue par aucun parti de l\u2019opposition.Elle interdisait la publication de sondages électoraux 24 heures avant le scrutin et limitait les dépenses que pouvaient engager les tiers pendant une campagne.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 B 3 PERSPECTIVES L-j Si.«f i 3^^ r ¦ * ^ ¦ r DSCOVER SHARE DRIblS?.IMPROVE FEEL INSPIRE RELAX EAT READ PLAY DISCUSS THINK CREATE DREAM DON'T PRO CRAS TINATE JIM WATSON AGENCE ERANCE-PRESSE Bill Gates n\u2019est plus aux commandes des activités quotidiennes de Microsoft depuis 1996.JIM WATSON AGENCE ERANCE-PRESSE Tout en se développant, Microsoft doit éviter de laisser aller sa position dominante dans le domaine des ordinateurs de bureau.INFORMATIQUE La tête dans le nuage Le nouveau patron de Microsoft, Satya Nadella, a pour objectif d\u2019amener l\u2019entreprise plus loin dans l\u2019infonuagique FRANÇOIS DESJARDINS Sur papjer, en chiffres absolus, Microsoft va bien.A son dernier exercice financier, les ventes se sont élevées à 77,8 milliards, le bénéfice net, à 21,8 milliards et le cours de l\u2019action a grimpé de 14% en six mois sur le Nasdaq.Ce qui ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas un énorme défi : redonner de l\u2019élan et refaire l\u2019image d\u2019une entreprise vieillissante que plusieurs accusent d\u2019avoir manqué de pif.Le moins qu\u2019on puisse dire, c\u2019est que la prochaine assemblée des actionnaires, à l\u2019automne 2014, ne sera pas ennuyeuse.La nomination d\u2019un nouveau chef de la direction, annoncée cette semaine au moment où Bill Gates a quitté la présidence du conseil, était attendue depuis longtemps.Les observateurs sont légion à dire que ce n\u2019est pas un hasard si celui qui prend la relève de Steve Ballmer comme grand patron, Satya Nadella, dirigeait jusqu\u2019ici les activités de Microsoft dans l\u2019infonuagique.«Ils dominent le monde de l\u2019ordinateur de bureau, mais s\u2019ils veulent un avenir prospère, ils doivent aller chercher le nuage», laisse tomber Will Mitchell, titulaire de la chaire Anthony S.Fell axée sur les nouvelles technologies et la commercialisation à l\u2019Université de Toronto, où il est professeur invité.Q1 retournera sous peu à l\u2019Université Duke, en Caroline du Nord.) Jongler avec deux réalités Le défi pour l\u2019entreprise, ajoute-t-il, consiste à atteindre cet objectif \u2014 le marché global du «nuage» est estimé à 100 milliards \u2014 en évitant de laisser aller sa position dominante dans le domaine des ordinateurs de bureau.La personnalité de M.Nadella \u2014 ingénieur et tout le contraire d\u2019un Steve Ballmer qui parlait fort et bombait le torse en dénigrant les produits d\u2019Apple \u2014 semble s\u2019inscrire dans cette volonté de repositionner l\u2019entreprise.(Pour entendre la vidéo officielle : http://goo.gl/Ra6itw) «L\u2019ordinateur de bureau est encore très important, insiste M.Mitchell.Si vous regardez les 25 dernières années, on y voit ce qui semble être une croissance linéaire au chapitre des revenus.Cependant, au cours des cinq ou six dernières années, c\u2019est plus faible.A l\u2019avenir, tout ce qui est «nuage», c\u2019est-à-dire les réseaux sociaux et les activités qui se déroulent hors des serveurs informatiques ou des ordinateurs portables, fait de plus en plus partie du monde des consommateurs et des activités d\u2019entreprises.» Et le plus gros marché de Microsoft, dit-il, c\u2019est le marché des affaires.Selon le Wall Street Journal, qui a tenté cette semaine de raconter les jeux de coulisses menant au choix de M.Nadella, le conseil d\u2019administration voulait un président capable de se tourner vers le grand public.Satya Nadella, employé de Microsoft depuis 4992, a passé une bonne partie de sa carrière dans le créneau affaires, mais a aussi supervisé les activités de recherche et développement pour le moteur de recherche Bing.La division qu\u2019il gérait, celle des serveurs et des produits utilitaires, génère des ventes d\u2019environ 20 milliards par année, un milliard de plus que la division Windows.Que faire du Xbox et des souris?Certains se sont même demandé si cette attention accrue pour l\u2019infonuagique va entraîner la vente d\u2019une autre division de Microsoft, elle aussi «grand public» : la console Xbox.«La Xbox est loin de ce qui constitue le cœur de ses intérêts \u2014 de la quincaillerie, pas du logiciel \u2014 et son message d\u2019introduction ne montre aucun enthousiasme débordant pour un appareil qu\u2019on branche à une télé, a écrit, en éditorial, le site pcmag.com.Ça pourrait être converti en so- ciété indépendante, liée de près à Microsoft.Aussi, Nadella pourrait se débarrasser de tout ce qui est quincaillerie : claviers, souris, etc.La création de la Xbox et de la tablette Surface, et l\u2019acquisition de Nokia, amenait Microsoft vers un modèle de type Apple.Le Microsoft de Nadella sera davantage Google.» Le cas de Microsoft, qui devra donner un coup d\u2019accélérateur à l\u2019innovation, serait-il une version modifiée du cas de BlackBerry?La compagnie ontarienne, après tout, a commencé à vaciller quand le goût des consommateurs s\u2019est tourné rapidement vers les appareils à écran tactile d\u2019Apple et de Samsung.BlackBerry a vu le train passer et a réagi si mollement que l\u2019appareil devant relancer l\u2019entreprise, le Zf 0, s\u2019est peu vendu, au point où la direction a dû inscrire une perte d\u2019un milliard à ses états financiers.Non, Microsoft, ce n\u2019est pas ça, dit Will Mitchell.«Microsoft est parti du marché des consommateurs et s\u2019est dirigé vers celui des affaires.Peut-il retourner à celui des consommateurs pour s\u2019y tailler une place de choix?En ce moment, ce n\u2019est pas ce qui est en train de se produire, car le marché est autant axé sur les téléphones que sur les ordinateurs portables et de bureau.» Dans les faits, croit M.Mitchell, la question est celle-ci: «Ce n\u2019est pas tant une question de reprise de contrôle sur le marché du consommateur que de capacité à s\u2019ajuster aux changements technologiques des 10 prochaines années.» En chiffres absolus, Microsoft dépense beaucoup en recherche et développement, commç d\u2019autres grandes sociétés multinationales.A son exercice 2043, qui a pris fin en juin dernier.la compagnie a dépensé 40,4 milliards à ce chapitre, ce qui représente envfron 43% de ses revenus.Ce pourcentage a diminué au cours des dernières années.Au début des années 2000, il dépassait 20%.Le retour de Bill A ce chapitre, le nouveau rôle de Bill Gates, qui trône au sommet de la richesse mondiale avec une fortune personnelle de 72 milliards, soulève un certain nombre de questions.Le cofondateur de l\u2019entreprise, qui passe le plus clair de son temps dans des activités philanthropiques, a délaissé la présidence du conseil (il demeure membre) mais va prendre le titre de «fondateur et conseiller technologique» aux côtés de M.Nadella.11 dit vouloir passer plus de temps dans les bureaux de Microsoft.Or Bill Gates n\u2019est plus aux commandes des activités quotidiennes depuis 4996.En huit ans, Apple est devenu un géanfi IBM a vendu sa division d\u2019ordinateurs personnels au groupe chinois Lenovo, Samsung est un nouveau concurrent, Google est dominant dans l\u2019infonuagique, etc.«Son retour dans un rôle actif sera intéressant parce qu\u2019il faudra voir s\u2019il a encore cette voix qu\u2019il avait dans le passé, dit Will Mitchell.L%én-tage de Bill Gates tient au fait qu\u2019il comprenait mieux que quiconque l\u2019importance capitale des réseaux et que le marché des ordinateurs personnels en est un où le gagnant prend tout.Il comprend aussi qu\u2019on peut descendre très vite.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui est arrivé à BlackBerry.» Le Devoir De rinde à Seattle La montée en puissance de Satya Nadella au sein de Microsoft ne traduit pas seulement un changement de visage à la tête de l\u2019entreprise.Elle a aussi pour effet de réjouir la communauté indienne, qui voit un des siens prendre les commandes d\u2019un géant américain.Originaire de Hyderabad, amoureux de cricket et de poésie, Nadella, 46 ans, a d\u2019abord obtenu un bac en génie électrique en Inde avant de déménager aux États-Unis pour y poursuivre ses études.Il est chez Microsoft depuis 4992.«Le couronnement de Satya Nadella comme chef de la direction du plus gros joueur mondial du logiciel ne pourrait survenir à un meilleur moment pour la marque de commerce d\u2019Hyderabad», a écrit cette semaine le Times of India.Ce centre nerveux de l\u2019industrie technologique indienne, où s\u2019agitent 4300 entreprises du secteur qui exportent 45% de tout ce que fait l\u2019Inde en matière de services informatiques, a vécu de multiples scandales, dont le plus gros est celui de Satyam.«Hyderabad tente de secouer la honte d\u2019avoir perdu sa figure emblématique, Rama-linga Raju, dans le scandale de Satyam en 2009», poursuit le média en faisant référence à la réputation de la ville comme un carrefour d\u2019arnaques.Le lime noir - Michel David On a déjà trouvé de nombreux ancêtres au livre blanc sur l\u2019avenir du Québec et à la consultation à laquelle il donnera lieu si le PQ arrive à former un gouvernement majoritaire: le livre blanc de 4979 sur la «nouvelle entente Canada-Québec » de René Lévesque, la commission Bélanger-Campeau (4990-4994), les commissions itinérantes de 4995.En réalité, aucun de ces exercices n\u2019est réellement comparable.Le livre blanc sur la «nouvelle entente» constatait bien «l\u2019impasse du fédéralisme», mais il visait davantage à expliciter le concept de « souveraineté-association».Il n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019aucune consultation publique et sa publication est survenue à la toute veille du dépôt de la question référendaire.On est encore très loin de là.Créée d\u2019un commun accord entre le gouvernement Bourassa et le PQ et dotée d\u2019une présidence bicéphale, la commission Bélanger-Campeau avait réellement fait oeuvre de pédagogie.Fédéralistes et souverainistes y avaient participé de bonne foi.Jamais les Québécois ne s\u2019étaient intéressés à ce point à la question constitutionnelle.Pauline Marois a beau se défendre de préparer un «livre noir du Canada», on peut prédire sans grand risque de se tromper qu\u2019il conclura que la somme des inconvénients du fédéralisme sera largement supérieure à celle de ses avantages.Toute la difficulté consistera précisément à éviter de donner l\u2019impression d\u2019un procès dont le verdict est écrit d\u2019avance.Les commissions régionales itinérantes de l\u2019hiver 4995, que Jean-François Lisée avait inspirées à Jacques Parizeau, lui avaient fourni un excellent prétexte pour rajuster le tir avant de se lancer dans un référendum qu\u2019il avait formellement promis de tenir dans l\u2019année.La question simple et claire qu\u2019il comptait poser aux Québécois s\u2019était transformée en une proposition compliquée sur la «souveraineté-partenariat», qui prévoyait une période de négociations aux résultats incertains et une kyrielle d\u2019institutions communes avec le reste du Canada.Qn dit d\u2019ailleurs que l\u2019idée d\u2019un livre blanc a été suggérée à M\u201c® Marois par un comité sur la souveraineté auquel siègent des personnalités aussi diverses que le constitutionnaliste Henri Brun, le chanteur Paul Piché, l\u2019ancienne présidente de la CSN Claudette Car-bonneau et.Jean-François Lisée.Dans la généalogie du livre blanc, il ne faudrait pas oublier la commission Bouchard-Taylor.En 2007, c\u2019est le moyen que Jean Charest avait trouvé pour évacuer la question des accommodements raisonnables de la campagne électorale.De la même façon, M\u201c® Marois pourra renvoyer le dossier de la souveraineté après les élections, tout en donnant aux militants péquistes l\u2019espoir que quelque chose pourrait enfin se passer, ij,\tIl est vrai qu\u2019après avoir re- trouvé sa majorité, M.Cha-généalogie du rest s\u2019était empressé d\u2019expédier le rapport Bouchard-livre blanc, Taylor sur les tablettes, mais J, ,\til pouvait compter sur la doci- 11 ne laut pas d\u2019un parti qui a pour rè-oublier la\tconduite de faire le moins de vagues possible, commission Même s\u2019il s\u2019est passablement assagi, le PQ est fait d\u2019un au-Bouchard-\ttre bois, rp I\tCertes, M\u201d® Marois ne se layior\tcommettra pas sur la tenue d\u2019un référendum au cours d\u2019un prochain mandat, mais les militants toléreront difficilement que le livre blanc sur l\u2019avenir du Québec n\u2019aboutisse à rien, faute de «conditions gagnantes».C\u2019est toutefois là une réalité avec laquelle tout premier ministre péquiste dirigeant un gouvernement majoritaire doit apprendre à composer.Philippe Couillard a tort de n\u2019y voir qu\u2019une diversion destinée à éviter de discuter des vrais problèmes auxquels le Québec est confronté.Les fédéralistes semblent toujours trouver inconcevable que d\u2019autres puissent penser que la souveraineté fait précisément partie des solutions à ces problèmes.Il est faux de dire que le chef du PLQ entend signer la Constitution sans condition ni consultation, comme l\u2019a affirmé M\u201c® Marois.Il a clairement indiqué que ses conditions étaient toujours celles de l\u2019accord du lac Meech et a assuré jeudi que tous les Québécois auraient l\u2019occasion de se prononcer, même s\u2019il n\u2019a pas précisé comment.La précipitation avec laquelle M.Couillard sent le besoin de clamer sa ferveur fédéraliste chaque fois qu\u2019il en a l\u2019occasion fait toutefois le jeu du PQ, un peu comme son ultralégalisme sur la question du port de signes religieux.Faut-il comprendre que les libéraux boycotteraient les consultations sur le livre blanc, comme ils avaient boycotté les commissions itinérantes de 4995 ?Un qui doit être soulagé que la reprise du débat sur l\u2019avenir politique du Québec soit reportée à plus tard, c\u2019est Érançois Legault.Déjà victime de la polarisation provoquée par la charte de la laïcité, il aurait trouvé encore plus inconfortable de passer la campagne électorale assis sur la clôture constitutionnelle.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 EDITORIAL SOTCHI EN VITRINE DE LA RUSSIE Le retour du bâton C\u2019est un secret de Polichinelle qu\u2019à la seconde où le CIO a accordé l\u2019organisation des Jeux à Sotchi, Vladimir Poutine décida d\u2019employer tous les expédients disponibles pour métamorphoser cette ville du Caucase en une vitrine.De quoi?D\u2019une Russie revue et policée par lui.Par le tsar de la démocratie.dirigée! A % Serge Truffaut vant que le coup d\u2019envoi de ces Olympiques soit donné, Poutine avait déjà récolté la médaille de chef d\u2019orchestre des Jeux les plus dispendieux de l\u2019histoire.Selon les estimations officieuses, donc non encore officielles, les coûts afférents ont dépassé les 50 milliards.Selon des opposants et des journalistes, la somme réelle serait plus élevée.Chose certaine, pour propager l\u2019image d\u2019une Russie de retour sur la scène internationale, d\u2019une nation triomphante, d\u2019un pays encore habité par le sentiment de l\u2019exceptionnalisme slave et de la supériorité morale, le maître du Kremlin n\u2019a pas lésiné sur les moyens.A telle enseigne d\u2019ailleurs que Sotchi s\u2019avère le microcosme par excellence des failles qui caractérisent la Russie post-soviétique : corruption répandue, fouillis administratif si monstrueux qu\u2019il est l\u2019illustration en dur de La colonie pénitentiaire de Kafka, mépris prononcé pour le travailleur et enrichissement stratosphérique des «p\u2019tits» copains.Par exemple, c\u2019est au partenaire de judo de Poutine à l\u2019adolescence qu\u2019a été accordé le plus gros contrat des Jeux.Il ne fut pas le seul.Les ________ ^, autres amis de Poutine ont été choyés.1\t.\t\u2022 Ce cocktail fait d\u2019inefficacité administrative, ~\tde népotisme et autres tares est le révélateur d\u2019une profonde transformation, par Poutine évidemment, des us et coutumes politiques qui avaient cours sous Boris Eltsine.Lorsque ce dernier était aux commandes, les oligarques, les rois du privé avaient énormément d\u2019influence sur la gestion du pays, et notamment sur l\u2019économie.Sous Poutine, ce modèle a été chamboulé pour faire place à celui de Youri Andropov, ancien maître de l\u2019Union soviétique et exgrand patron du KGB, et donc de Poutine.Le modèle?L\u2019économie doit être réformée et commandée par le haut, soit le Kremlin.L\u2019adoption de cette politique a eu pour conséquences l\u2019élimination des oligarques au profit des anciens collègues de Poutine au KGB, la multiplication par deux du nombre de fonctionnaires, une hausse si marquée des sociétés d\u2019Etat que celles-ci contrôlent la moitié de l\u2019économie.Par ricochet, ces conséquences ont produit les résultats suivants : une chute énorme des investissements, une fuite énorme des capitaux, mais aussi des cerveaux, et une couche énorme de pesanteurs diverses sur un appareil d\u2019Etat réputé lourd depuis des lunes.Toujours est-il que la Russie de Poutine s\u2019est approchée du territoire de tous les dangers macroéconomiques : elle est beaucoup trop dépendante de la rente pétrolière.Lorsque Poutine est arrivé au pouvoir, il suffisait que le baril avoisine les 20$ pour atteindre l\u2019équilibre budgétaire.Aujourd\u2019hui, il faut qu\u2019il soit à 103 $ ! Ce retour en arrière sur le front économique s\u2019est accompagné d\u2019un retour en arrière sur le flanc des mœurs.On se souviendra qu\u2019il y a quelques mois.Poutine et ses collègues ont voté une loi homophobe rédigée volontairement à l\u2019enseigne de l\u2019enfumage pour satisfaire l\u2019acharnement anti-homosexuel de la frange la plus religieuse et la plus rétrograde de la société russe.Il faut rappeler, souligner et retenir que c\u2019est seulement dans les années 90 que la loi de 1933 prévoyant l\u2019envoi des homosexuels au goulag et celle stipulant que l\u2019homosexualité est une maladie mentale ont été gommées.Les retours en arrière ciselés par Poutine afin de muer Sotchi en vitrine d\u2019une Russie triomphante s\u2019avèrent la traduction politique concrète de ce titre d\u2019un roman de Philip K.Dick : En attendant Vannée dernière.LIVRE BLANC SUR L\u2019AVENIR DU QUÉBEC Juste une diversion ?accord, c\u2019est un geste avant tout stratégique que la promesse de ce livre blanc sur l\u2019avenir du Québec, faite par Pauline Marois mercredi.Habile, sur un plan tactique : il rassure la base souverainiste et permet à la chef péquiste de liquider la question de la date du référendum, qui a embêté plus d\u2019un chef péquiste dans le passé.Jean Charest a entre autres prohté de cette situation, où il pouvait dénoncer avec emphase les «intentions cachées» de ses adversaires.Jeudi, à l\u2019inverse, il fallait voir Philippe Couihard jongler difficilement avec la nouvelle donne.L\u2019«agenda séparatiste est caché, en général.Là [.] on nous le dévoile avant même le début de la campagne».Une sorte de regret exsudait des propos du chef libéral, qui, d\u2019un ton grave, dénonça une «autre diversion».Diversion?Au-delà des considérations stratégiques, osons cette question: n\u2019est-il pas sain, 19 ans après le référendum, que nous réfléchissions sur notre avenir politique ?Depuis ^ ç \" .f- le 30 octobre 1995, cette question est devenue pratiquement interdite.Pour Lucien Bou-chard, le Québec devait avoir des hnances parfaites avant de la reprendre.Un autre ancien membre du camp du Qui, Mario Dumont, prôna sur cette réflexion un moratoire de 10 ans.Entre-temps, de peur de faire le jeu des souverainistes, les fédéralistes sont devenus « canadianistes » (terme du politologue Marc Chevrier).Le «fruit» de la question nationale s\u2019en est trouvé irradié ; ne mûrit plus.Une génération a donc grandi dans un Québec où la conversation nationale est stoppée ou à l\u2019index ; où les options québécoises fondamentales du peuple québécois \u2014 fédéralisme renouvelé et souveraineté \u2014 sont en rade.Deux décennies plus tard, cette situation devient malsaine.Et le livre blanc annoncé pourrait contribuer à nous en faire sortir.La politique, c\u2019est le «goût de l\u2019avenir» (Max Weber), non ?En 1995, le Québec est resté dans la fédération canadienne.C\u2019est là, affirme M.Couihard «le meilleur levier de progrès, de développement pour le Québec».De 2003 à 2012, un PLQ prétendument « obsédé » par la santé et l\u2019économie a gouverné.Et comment va le Québec ?Selon le chef libéral, très mal : «En déficit pour au moins deux ou peut-être trois ans [.] l\u2019emploi est en panne [.] le revenu familial est en panne [.] les PME ont arrêté d\u2019investir.» Tous ces indicateurs ont-ils subitement tourné au rouge le 4 septembre 2012 ?Quelle est la responsabilité du PLQ et de l\u2019appartenance à la fédération canadienne dans cette sombre condition?A trois ans du 150®anniversaire de ce qu\u2019on a longtemps faussement appelé la «confédération», le chef libéral devrait nous le dire, non?H Sx Antoine Robitaille LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCOTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET LETTRES Éviter le saccage du boisé Woodfield Des experts en foresterie ont alerté l\u2019opinion publique au sujet de la menace qui pèse sur la survie du boisé Wood-field de Sihery (Le Devoir du 6 février).En effet, le ministre de la Culture, sup-posément défenseur du patrimoine, a accordé à un promoteur la permission de saccager un espace arboricole protégé jusqu\u2019ici par un décret qui date de 1,966, au temps où le ministre Georges-Emile Lapalme était titulaire des Affaires culturelles.Le ministre actuel de la Culture pourrait, s\u2019il y tient, continuer de sympathiser avec des promoteurs, mais sans manquer à son devoir de protecteur du patrimoine.Il pourrait par exemple négocier un échange de propriétés qui permettrait au promoteur de construire ailleurs des condominiums, même s\u2019il y a déjà surnombre dans la région de Québec.Qn éviterait ainsi un saccage irréparable.L\u2019affaire n\u2019est pas banale quand des citoyens sont obligés de se mobiliser dans l\u2019espoir de convaincre un ministre de la Culture de se comporter en défenseur du patrimoine.Louis O\u2019Neill Le 6 février 2014 L\u2019usager des services publics, le grand oublié du débat sur la laïcité J\u2019ai regardé avec beaucoup d\u2019intérêt le débat qu\u2019a animé la journaliste Anne-Marie Dussault sur RDÎ mardi soir dernier.Comme chaque fois qu\u2019il est question du projet de charte de la laïcité, j\u2019ai constaté qu\u2019on ne tenait pour ainsi dire pas compte du citoyen bénéficiaire des services publiçs, qui est pourtant la raison d\u2019être de l\u2019État.S\u2019il existe des écoles, des universités, des hôpitaux, des cours de justice, des musées, des corps policiers, des ministères, des régies de toutes sortes et j\u2019en passe, c\u2019est avant tout pour servir le citoyen et contribuer à son mieux-être.Les employés de l\u2019État tirent la justffication de leurs emplois essentiellement des services qu\u2019ils rendent à leurs concitoyens.En conséquence, les droits des bénéficiaires de l\u2019État, qui sont aussi ses contribuables, devraient primer dans les services publics et parapublics.Cefte priorité des droits des usagers de l\u2019État impose à tous ses représentants un devoir de réserve et de neutralité pour assurer un traitement équitable et impartial pour tous et toutes, sans distinction notamment de religion ou d\u2019opinion politique, ainsi que nous l\u2019a rappelé si justement le professeur Guy Rocher à la Commission parlementaire.La Loi sur la fonction publique impose déjà aux fonctionnaires une stricte neutralité politique dans l\u2019exercice de leurs fonctions.La charte de la laïcité viendra compléter cette loi en afhrmant les principes inaliénables de la laïcité et de la neutralité religieuse de l\u2019État et de tous ses représentants.Claude Simard Professeur retraité de l\u2019Université Laval Le 6 février 2014 REVUE DE PRESSE DeWoodyà\u201d V GUILLAUME BOURGAULT-COTE De nombreux médias se sont posé la question cette semaine: peut-on continuer à aimer les films de Woody Allen malgré le fait que sa fille adoptive l\u2019accuse de l\u2019avoir agressée sexuellement lorsqu'elle avait sept ans ?Dilemme moral A Toronto, un débat semblable se pose au sujet de l\u2019ex-premier ministre John A.Macdonald.Rien de sexuel ici, mais la suggestion d\u2019un conseiller municipal torontois de rebaptiser la célèbre gare Union du nom de Macdonald a soulevé une interrogation cette semaine.Peut-on honorer un ancien pohticien dont le racisme est largement documenté?De prime abord, l\u2019idée semble plutôt innocente, reconnaît le chroniqueur Peter Kui-tenbrouwer (National Post).Ce sera en 2015 le 200® anniversaire de naissance du premier premier ministre du Canada.Donc, renommer la plus grande gare du pays en son honneur aurait du sens; l\u2019importance historique de Macdonald ne fait pas de doute.Le problème, c\u2019est davantage l\u2019homme derrière le pohticien, indique Kuitenbrou-wer.Car plusieurs ont souligné dans les derniers jours que Macdonald était alcoolique et raciste \u2014 c\u2019est lui qui dirigeait le pays quand fut adoptée la Loi de l\u2019immigration chinoise en 1885 (elle imposait une taxe d\u2019entrée de 50$ aux immigrants chinois) .Un racisme qui est patent lorsqu\u2019on reht ses discours évoquant la mise en pérh de la «race aryenne» par les Chinois, a notamment illustré l\u2019ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Guy Giorno.Mais dans une autre chronique consacrée au sujef Kelly MacParland (National Post) fait valoir qu\u2019on ne peut juger avec le regard d\u2019aujourd\u2019hui des positions édictées dans un autre contexte.MacKenzie King détestait les Juifs, rappelle-t-il.La taxe d\u2019entrée pour les Chinois est demeurée en vigueur jusqu\u2019en 1947.Jusqu\u2019en 1917, tous les premiers ministres ont refusé le droit de vote aux femmes.Aux États-Unis, Jefferson possédait des esclaves alors qu\u2019il soutenait que «tous les hommes sont créés égaux».Paçon de dire que peu de politiciens n\u2019ont pas eu de zones d\u2019ombre.Macdonald buvait trop et partageait l\u2019intolérance raciale de son époque, dit MacParland.Soit, mais ce n\u2019est pas une raison pour le rayer des livres d\u2019histoire, croit le chroniqueur.Selon lui, il serait «superficiel» et «étroit d\u2019esprit» déjuger le passé selon les normes du présent.S\u2019il faut renommer la gare Union, le nom de Macdonald doit être considéré.«Il n\u2019était pas parfait», mais il a contribué à définir le Canada, pense MacParland.Dans le Toronto Star, Bernie M.Parber s\u2019oppose toutefois vigoureusement au projet.L\u2019ancien président du Congrès juif canadien et militant antiraciste rappelle une autre dérive de Macdonald : son attitude envers les autochtones canadiens.A l\u2019époque, pour forcer les autochtones à déménager vers des réserves désignées, le gouvernement retenait l\u2019approvisionne-ment en nourriture aux Premières Nations, explique Parber.Malnutrition, maladies, les Amérindiens ont goûté à tout.Ce serait donc, selon Parber, une erreur épouvantable que d\u2019honorer la mémoire d\u2019un pohticien qui a été partie prenante d\u2019une «politique brutale ayant mené à la mort de milliers» d\u2019autochtones.Renommer Union Station en son nom représenterait «une claque au visage des minorités ethniques et une autre atteinte odieuse à l\u2019honneur et à la dignité de nos Premières Nations», croit-il.Réforme électorale La réforme électorale annoncée mardi a suscité beaucoup de commentaires.et de questionnements.Chantal Hébert, d\u2019abord, souligne un paradoxe dans le Toronto Star: la lecture du volumineux document donne l\u2019impression que les conservateurs ne veulent pas susciter une plus forte participation électorale en remaniant la loi.Plutçt le contraire, en fait.Par exemple.Élections Canada ne pourra plus faire de publicité pour inciter les gens à aller voter, alors que «la tendance [dans d\u2019autres pays] est pourtant d\u2019augmenter les efforts pour promouvoir le vote, pas de forcer les organismes qui organisent les élections à se désister», écrit Hébert.Elle remarque aussi que le gouvernement compliquera une possible implantation du vote électronique en exigeant que les deux chambres du Parlement approuvent tout projet-pilote.Si l\u2019on ajoute à cela les mesures d\u2019identification plus sévères des électeurs, elle note que le projet semble destiné à éloigner les jeunes de l\u2019isoloir.jeunes qui pourraient être plus enclins à voter pour les hbéraux de Justin Trudeau.Il n\u2019y a pas de hasard, suggère-t-elle.En éditorial, l\u2019agence QMI a quant à elle salué l\u2019idée de hausser de 1200$ à 1500$ les contributions maximales des citoyens aux partis politiques, dans le contexte où le financement pubhc sera aboli d\u2019ici 2015.Dans la foulée, QMI plaide pour une abolition complète des déductions fiscales attachées à ce type de dons.L\u2019agence applaudit également à la fin du recours au vote par voie de répondant, qui ne fait que favoriser la fraude, selon elle.Ce n\u2019est pas trop d\u2019exiger des électeurs qu\u2019ils présentent une pièce d\u2019identité, dit-on.Dernier point positif: le transfert du pouvoir d\u2019enquête du DGE vers le commissaire aux élections.«Peu importe les motivations derrière cette décision, un coup d\u2019œil indépendant ne peut être qu\u2019une bonne chose», estime QMI.Le Devoir Les liens vers les articles originaux sont liés à la version en ligne de ce texte.1855 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 B 5 IDEES Dépassée, l\u2019écriture manuelle ?Difficile de statuer sur les effets de sa disparition.Mais faut-il attendre que le dommage soit connu avant de réagir ?Le principe de précaution, ça existe, non ?DOMINIQUE COMTOIS Père et enseignant en sociologie au cégep de Trois-Rivières on fils de quatre ans fré- M queute Passe-Partout, un programme d\u2019éducation préscolaire mis en place par le gouvernement québécois.Lors d\u2019un atelier, je fus surpris d\u2019apprendre que des débats avaient lieu dans les écoles du Québec, et ailleurs dans le monde, sur la nécessité ou non de préserver l\u2019enseignement de l\u2019écriture cursive, aussi appelée «lettres attachées», voire de l\u2019écriture manuelle.Certains souhaitent conserver l\u2019écriture «script» (caractères d\u2019imprimerie), plus près de celle des claviers d\u2019ordinateurs ; de surcroît, selon plusieurs, il serait plus pertinent d\u2019enseigner le maniement des claviers que l\u2019écriture manuqlle.[.] Aux Etats-Unis, quelque 45 Etats ont fait le choix de n\u2019enseigner que l\u2019écriture «script»; et passé la première classe, elle ne sera plus obligatoire.«A la place, les élèves utiliseront des logiciels de traitement de texte tels que Word afin de maîtriser le clavier dès la fin du primaire.» Là-bas, une majorité de professeurs du primaire consacre une heure et moins par semaine à l\u2019enseignement de l\u2019écriture manuelle.Pourquoi ?Parce que les jeunes n\u2019ont plus besoin de savoir écrire manuellement, tout se passe sur le clavier de l\u2019ordinateur, ou sur le clavier «qwerty».La preuve?Quand avez-vous écrit votre dernière lettre à la main?En outre, chez nos voisins du Sud, les fabricants de logiciels et d\u2019autres produits informatiques déploient beaucoup d\u2019efforts en ce sens.Alors, pourquoi continuer à enseigner l\u2019écriture cursive, difficile à apprendre, très différente de l\u2019écriture «script»?Et pourquoi enseigner l\u2019écriture manuelle, dans ce monde «full techno» où le téléphone «intelligent» est devenu un prolongement de la main dans les jeunes générations ?Il reste que de plus en plus d\u2019études sérieuses tendent à conclure que l\u2019écriture manuelle semble «indispensable pour développer une compétence qui ne l\u2019est pas moins: la lecture».[.] Pour leur expérience, Marieke Longcamp et Jean-Luc Velay, de l\u2019Institut de neurosciences cognitives de la Méditerranée, ont demandé à des adultes de lire des lettres et des pseudo-lettres (symboles ressemblant à des lettres mais qui n\u2019en sont pas).Les sujets sont immobiles, couchés dans un scanneur qui enregistre l\u2019activité du cerveau.A la vue des lettres, une zone du cortex prémoteur impliquée dans le mouvement s\u2019active, et ce, sans que les sujets soient en train de bouger.Mais surprise, à la vue des sjmiboles (les pseudo-lettres), rien.AL BEHRMAN ASSOCIATED PRESS Dans la plupart des États américains, on n\u2019enseigne pins i\u2019écriture cursive.Ensuite, les scientifiques demandent à ces mêmes adultes de recopier à la main ces lettres et pseudo-lettres.La zone du cortex prémoteur s\u2019active cette fois dans les deux cas.Conclusion des chercheurs: «Le mouvement d\u2019écriture laisse une trace, une mémoire sensori-motrice, qui est réutilisée au moment où on lit, pour identifier les lettres.» Les deux chercheurs ont aussi voulu vérifier si le fait de taper au clavier des lettres avait le même effet positif sur la lecture.Des expériences effectuées auprès d\u2019enfants de la maternelle et d\u2019adultes en apprentissage d\u2019une langue étrangère sont sans équivoque : «Les lettres apprises à la main étaient mieux reconnues que celles apprises au clavier» et ce, chez les deux groupes.Ils concluent: «Si l\u2019enfant n\u2019a pas appris à écrire à la main [.] on peut alors imaginer que, face à des dizaines de mots, voire des pages entières de texte, il rencontrera des difficultés.» Même son de cloche du côté de Karin James, de l\u2019Université de l\u2019Indiana, qui affirme que «se priver de l\u2019écriture manuelle empêcherait la mise en place, dans le cerveau de l\u2019enfant, d\u2019un circuit de la lecture».De leur côté, Marie-Erance Morin (Université de Sherbrooke) et Natalie Lavoie ÇJniver-sité du Québec à Rimouski) ont divisé des élèves de 2® année en trois groupes : un premier apprenant l\u2019écriture cursive, un second l\u2019écri- ture script, un troisième les deux types d\u2019écriture.Résultats: «Les élèves n\u2019ayant appris que les lettres attachées sont avantagés.Ils ont notamment de meilleurs résultats en orthographe et en syntaxe.» De plus, «l\u2019apprentissage de l\u2019écriture en lettres attachées aurait aussi comme avantage d\u2019inciter les jeunes à écrire tout de suite en respectant les contraintes linguistiques.Les enfants qui apprennent le script ont tendance à traiter la lettre comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un dessin ».Laura Dinehart, de l\u2019Université internationale de Eloride, arrive à la conclusion qu\u2019il «y a une forte corrélation entre la maîtrise précoce de l\u2019écriture et la réussite scolaire».Elle affirme aussi que «la maîtrise de la calligraphie semble avoir un effet vraiment sans équivalent sur le développement de l\u2019enfant».Et même que «l\u2019écriture manuelle semble associée à la capacité de s\u2019autoréguler, de contrôler ses émotions et de mémoriser le travail effectué, des qualités très demandées à l\u2019école».Difficile pour l\u2019instant de statuer sur les effets réels de ces changements.Mais faut-il attendre 20 ans, une fois le dommage potentiel connu, avant de réagir ?Le principe de précaution, ça existe, non?Comme enseignant, je continuerai donc à demander à mes étudiants d\u2019écrire manuellement, malgré leurs soupirs.Et j\u2019encouragerai mes enfants dans leur apprentissage d\u2019une écriture manuelle, et cursive.Emploi « J\u2019attends votre appel, M.Kenney ! » AGNES MALTAIS Ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale, ministre du Travail, ministre responsable de la Condition féminine Lettre adressée à M.Jason Kenney, ministre fédéral de l\u2019Emploi et du Développement social I otre gouvernement a annoncé, il y a presque un an, son intention de mettre sur pied la Subvention canadienne pour l\u2019emploi.Votre objectif est double : améliorer la formation en entre-^^^=1 prises et augmenter le financement provenant de celles-ci.Vous annonciez également que le financement de votre nouveau programme proviendrait des 116 millions de dollars dévolus annuellement au Québec dans le cadre de l\u2019Entente Canada-Québec sur le marché du travail (EMT), ce qui représenterait une diminution de 70 millions de dollars des sommes présentement investies pour intégrer les gens au marché du travail.Ce geste est perçu par l\u2019ensemble de la société québécoise comme une attaque frontale au modèle bâti ici depuis 15 ans.Tant l\u2019Assemblée nationale que l\u2019ensemble des partenaires réunis au sein de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT) sont unanimes : la Subvention canadienne pour l\u2019emploi constitue un empiétement inacceptable dans les champs de compétences du Québec et elle dédouble les mesures dont l\u2019efficacité est reconnue et démontrée.En 1997, le Québec a conclu un accord historique avec le gouvernement fédéral qui lui conférait la prise en charge des mesures actives d\u2019emploi et de main-d\u2019œuvre.Non seulement nous avons rapatrié les sommes associées à la main-d\u2019œuvre, mais nous avons également rapatrié 1000 fonctionnaires fédéraux qui ont été intégrés à Emploi-Québec, mettant ainsi fin à des dédoublements inefficaces.Les deux gouvernements s\u2019inscrivaient alors dans les bonnes pratiques préconisées par l\u2019QCDE en matière de formation.Vous avez d\u2019ailleurs reconnu à plusieurs reprises que l\u2019approche québécoise issue de l\u2019EMT constitue encore aujourd\u2019hui un modèle de partenariat entre tous les acteurs du marché du travail [.].Par Iq suite, en 2008, nous avons conclu l\u2019EMT.Echelonnée de 2008 à mars 2014, elle se fonde sur le principe de l\u2019augmentation de la participation des personnes des groupes sous-représentés sur le marché du travail.Elle est donc cruciale pour accroître leur employabilité et leurs compétences dans un contexte où le Québec devra pourvoir près de 1,4 million d\u2019emplois au cours des 10 prochaines années.Plus d\u2019une fois, verbalement et par écrit, nous vous avons signifié que le Québec partage vos objectifs [.].Rien n\u2019étant parfait, nous sommes également d\u2019accord pour améliorer notre approche de formation de la main-d\u2019œuvre en entreprise.D\u2019ailleurs, le Québec le fait depuis 15 ans déjà, notamment par la CPMT, organisation unique au Canada.Le Québec a connu la troisième plus importante hausse du taux d\u2019emploi de l\u2019QCDE entre 1997 et 2012, et ce, grâce à l\u2019action du gouvernement et de ses partenaires.Si nous connaissons une bonne performance, c\u2019est parce que nous avons mis en place des mécanismes efficaces qui permettent de répondre aux besoins du marché de l\u2019emploi et qui font reculer le chômage.En imposant une solution mur à mur qui ne respecte pas la compétence du Québec, ni la spécificité de son modèle, vous mettez en péril les réussites obtenues.Une telle action irait à l\u2019encontre de vos objectifs.Pour ce qui est d\u2019augmenter la participation En 1997, le Québec a conclu un accord avec le gouvernement fédéral qui lui conférait la prise en charge des mesures actives d\u2019emploi des entreprises dans le financement de la formation, vous avez également reconnu que le Québec fait mieux que le reste du Canada.En effet, la part de nos entreprises dans Jes investissements en formation, lorsque l\u2019État est parte-paire, représente les deux tiers du montant total.A cela, il faut ajouter les investissements réalisés en vertu de la loi du 1%, qui représentent plus d\u2019un milliard de dollars par année.Votre objectif étant atteint sur notre territoire, pourquoi alors chambarder ce qui se fait bien et vous satisfait?Nous sommes prêts à échanger sur nos objectifs étant entendu qu\u2019ils ne pourront être atteints que dans la mesure où le Québec conservera sa maîtrise d\u2019œuvre et possédera tous les outils et toute la souplesse nécessaires pour assurer à ses citoyennes et à ses citoyens ainsi qu\u2019à ses entreprises l\u2019accès à des mesures actives d\u2019emploi efficaces et adaptées à la réalité québécoise, comme c\u2019est le cas actuellement.Eort de l\u2019appui de l\u2019Assemblée nationale et de tous les partenaires du marché du travail du Québec qui souhaitent renouveler l\u2019EMT dans les meilleurs délais, nous désirons entreprendre le plus rapidement possible des discussions qui mèneront à la conclusion d\u2019une entente [.].Nous nous sommes rencontrés à quelques reprises et nous nous sommes écrit.Le 29 janvier, à une question posée par le député Jean-Erançois Eortin, vous reconnaissiez devant la Chambre les qualités de l\u2019approche québécoise et souligniez que des pourparlers avaient lieu.Qr, vous m\u2019avez dit que vous alliez m\u2019appeler pour me proposer une solution qui respecterait notre réalité et qui reconnaîtrait l\u2019efficacité de notre approche.Une seule question demeure alors : quand allez-vous m\u2019appeler, M.Kenney?Du vide David Desjardins Tout était là.Un regard d\u2019une tristesse opaque, une affliction qui percole derrière les pupilles.L\u2019acteur Philip Seymour Hoffman ne paraissait jamais aussi vivant que lorsqu\u2019il laissait voir sa propre souffrance dans les yeux de ses personnages.Le collègue Erançois Lévesque l\u2019a parfaitement formulé en conclusion de son très beau texte à propos de la mort de cet acteur que j\u2019adorais, tant pour son talent que pour ses choix de rôles : avec Hoffman, du tragique et du sordide émanait chaque fois la beauté.Il était accro à tout et à n\u2019importe quoi depuis le début de la vingtaine.J\u2019ai connu assez de toxi-cos pour savoir qu\u2019on le reste toujorus, que la rechute complote, que ce qui est arrivé à cet acteur de génie compose la trame d\u2019une tragédie ordinaire, répétée à l\u2019infini, et qui n\u2019est finalement pas autre chose qu\u2019un mal de vivre incurable qui vous pousse à fréquenter l\u2019oubli.Ce n\u2019est pas une chronique sur Hoffman, ni sur le cinéma.Je m\u2019en sers pour rebondir à propos de la dope, comme je le faisais la semaine dernière à propos de la cigarette.Ce qui m\u2019a valu quelques félicitations, surtout de fumeurs occasionnels qui subissent l\u2019opprobre de gens trop bien pour ça.Trop bien pour tout.Des gens dont je me méfie, comme de tous ceux qui portent leur sobriété en bandouhère, ne savent pas se perdre ou ne ressentent jamais l\u2019envie de s\u2019engourdir.Ceux qui ne connaissent pas la démesure et l\u2019évasion ont ceci d\u2019inquiétant qu\u2019ils sont des bombes à retardement qui s\u2019ignorent.Les autres ont compris que le sport, le travail, la dope, l\u2019engagement social, l\u2019alcool, le voyage, l\u2019argent, le sexe, la famille sont des vices et des vertus qui se confondent parfois dans l\u2019immense territoire qui s\u2019étend entre la mesure et l\u2019abus.Mes sentiments et l\u2019expérience me portent à croire qu\u2019un peu d\u2019excès en quelque chosç mène souvent à l\u2019équilibre dans le reste.A condition de résister à l\u2019appel du vide, de l\u2019oubli qui obhtère tout.J\u2019ai aimé la dope sans qu\u2019elle me consume, et je trouve encore des moyens de me perdre, d\u2019endormir cette voix qui remet toujorus en question le sens des choses.Qu\u2019est-ce que tu fais là?Confonds-tu tes ambitions et tes envies véritables?Pour qui tu te prends, à écrire au monde, à montrer ta face à la tévé?Es-tu sûr que tu mènes la boime vie?J\u2019aurais pu perdre pied.Je sais que j\u2019ai ce goût en moi pour l\u2019abus, le désordre.Une envie de foutre le bordel pour faire taire cette voix.Je suppose que c\u2019est la même tête de cochon qui me fait dévier du droit chemin qui n\u2019a cessé de m\u2019y ramener.Méfiez-vous de ceux qui sourient sans cesse, qui sont toujours sobres et convaincus d\u2019entretenir ainsi les bases solides d\u2019une existence qui repose sur un bonheru en béton.Leur dope, c\u2019est leur certitude de façade.Cette insupportable manière de vous étamper leur mode de vie à la gueule comme si c\u2019était le seul possible.Trop de doute rend toxico, alcoolo, ou alors vous vous perdez dans le cul, ou l\u2019amour, ou le centre commercial.C\u2019est une béquille.Eaut apprendre à s\u2019en priver.Pas du tout de doute, c\u2019est pire.Le sol se dérobe un jour, et il n\u2019y a que le vide qui vous attend.Je ne suis pas le premier à souligner l\u2019omniprésence du concept de «rêve olympique» qu\u2019ont à la bouche tous les athlètes, mais aussi les commentateurs qu\u2019on verra rendre compte des Jeux depuis Sotchi.Je n\u2019avais jamais compris poruquoi cela m\u2019agaçait jusqu\u2019à ce que je saisisse que non seulement ce rêve relève d\u2019un esprit gnangnan digne du merveilleux monde de Disney dans lequel baigne l\u2019univers des Qlympiques, mais surtout qu\u2019il participe d\u2019une euphémisation du succès, de l\u2019ambition.Est-ce le rêve ou l\u2019ambition qui pousse l\u2019athlète à se défoncer, à chercher à battre l\u2019autre?Est-ce un succès ou un rêve de rejoindre l\u2019élite mondiale de son sport?Voilà ce qui cloche : cette manière de nettoyer le langage, de l\u2019épurer de sa brutale vérité pour le transformer en lexique d\u2019un Conte poru tous.Vous ne regardez pas la série La vie après le sport à Télé-Québec ?Vous devriez.Parce que c\u2019est une émission sur le deuil d\u2019une vie qui est un songe éveillé, parce que son titre le dit : le sport, c\u2019est pas la vie.Peut-être que si on cessait de dépouiller le langage du sport de sa vérité, et donc de sa cruauté, les athlètes se casseraient un peu moins la gueule lorsqu\u2019ils reviennent dans le monde, sans plus personne pour leur tenir la main ni les projecteurs pour leur dire qu\u2019ils existent.Méfiez-vous de ceux qui trempent l\u2019ambition et l\u2019affrontement dans le sirop rose et collant de ce qu\u2019on appelle l\u2019esprit olympique.Ceux-là fabriquent des athlètes comme on fait du papier mâché : en multipliant les couches de bandelettes de papier et de peintpre sur une ballonne qui finit par se dégonfler.A l\u2019intérieur, ne reste que du vide.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (edttonahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (cancatunste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amelie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Melame Loisel et Karl Rettino-ParazeUi (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel 'Daw\\d(chroniqueur), Helene Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters), Juhe Carpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), Marco Belair-Cirmo, François Desjardins et Eric Desrosiers {reporters), Gerald DaUaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy TaïUefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editonale et cahier 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Carohne Gumiond, Yanmck Morm et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yamck Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxim-Ohvier Leclerc (coordonnateur du service a la clientèle), Manon Blanchette, DameUe Cantara, Nathahe Eihon, Marie-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentina Draghici, Cehne Euroy et Veromque Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 FEVRIER 2014 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo Une vie dont vous êtes le héros Paul Ricœur nous aide à mieux saisir l\u2019aspect unique des réseaux sociaux Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.PHILIPPE ST-GERMAIN Professeur de philosophie au collège Ahuntsic Une publicité d\u2019Apple pour son iPhone 5S a passablement fait jaser en décembre dernier.On y voit un adolescent qui consacre tout son temps (et toute son attention) à son appareil.Dans les premiers plans, il est montré comme étant «hors du monde», isolé par son iPhone, tandis que les autres membres de sa famille vaquent à diverses occupations.Mais le segment final est le théâtre (le mot n\u2019est pas trop fort!) d\u2019un renversement: loin de perdre son temps, l\u2019adolescent l\u2019a plutôt consacré à la confection d\u2019un montage d\u2019événements familiaux importants.Il diffuse le fruit de son œuvre sur un écran de télévision, et ceux-là mêmes qui le considéraient comme un être à part versent maintenant des larmes de bonheur en comprenant enfin ses véritables motifs.Cette publicité laisse entendre que l\u2019usage constant des nouvelles technologies accentue les liens entre les gens plutôt que de les rompre.Ce point de vue est bien sûr très discutable, et on y reviendra plus loin.La publicité soutient en outre que la technologie n\u2019est pas seulement l\u2019outil d\u2019un divertissement, mais aussi le support d\u2019un travail identitaire.Grâce à son iPhone, l\u2019adolescent transforme après tout les membres de sa famille (dont lui-même) en personnages, et les événements du passé en scènes de film.Dans les histoires racontées sur Internet, Tautre se rencontre d\u2019abord et surtout en soi-même Identité virtuelle et identité narrative La pensée du philosophe Paul Ricœur (1913-2005) peut être mise à profit pour mieux comprendre ce qui se joue ici.Son livre Soi-même comme un autre (1990) est particulièrement pertinent puisqu\u2019on y trouve l\u2019approfondissement d\u2019une notion ébauchée quelques années plus tôt par son auteur : l\u2019identité narrative.Ricœur comprend l\u2019identité personnelle à partir de la narration et du récit.La notion d\u2019identité narrative suppose que, pour établir notre identité, nous devons ordonner les aventures que nous avons vécues \u2014 comme un auteur compose une intrigue avec ses personnages et ses péripéties (l\u2019identité est «l\u2019identité du personnage », insiste Ricœur, et «c\u2019est à l\u2019échelle d\u2019une vie que le soi cherche son identité»).De l\u2019intrigue que devient no- tre vie lorsque nous nous la racontons, nous sommes au moins en partie l\u2019auteur, et pleinement le personnage principal.Cette mise en intrigue fait se succéder une série d\u2019événements qui, à première vue, ne vont pas très bien ensemble, ou qui sont en tout cas très différents les uns des autres (accidents, rencontres inattendues, deuils, etc.).Afin de nous comprendre, nous devons toutefois insister sur les continuités et sur les ruptures ayant marqué notre existence.La comparaison entre la construction de l\u2019identité narrative et la création de personnages fictifs a évidemment ses limites.Nous ne sommes pas entièrement maîtres de l\u2019intrigue de notre vie à la manière d\u2019un auteur qui crée un personnage et détermine toute sa trajectoire, ou comme un dieu avec ses créatures.Le livre, le film ou l\u2019émission commencent et finissent d\u2019après les vœux de leur auteur, tandis que la fin de nos propres aventures se situe dans un futur que nous ne pouvons prévoir dans le détail.À cet effet, Ricœur rappelle que la construction de notre identité narrative va dans deux directions.La construction est rétrospective dans la mesure où, pour faire de notre vie celle d\u2019un personnage, nous revenons sur des événements passés en les ordonnant.La publicité d\u2019Apple abordée ici est un exemple parfait de mise en intrigue rétrospective puisque l\u2019adolescent se sert d\u2019événements révolus dans un nouveau montage.Mais la construction de l\u2019identité narrative peut aussi être prospective et préparer le terrain pour des aventures à venir.C\u2019est même cet aspect qui semble le plus crucial en ce qui a trait à la construction de ce que nous pourrions appeler des identités virtuelles ou numériques sur Internet.Dans de telles constructions, il semble en effet moins important de raconter minutieusement des événements vécus dans un passé reculé que de partager ce qui se vit, dans l\u2019ici et le maintenant de la communauté numérique.La confection et la tenue d\u2019une page de profil \u2014 sur un site de rencontre, Facebook, Twitter, Instagram, Flickr, etc.\u2014 le montrent bien.Ce profil est rarement la pure transposition de ce que nous sommes dans la vie de tous les jours ou de ce que nous avons vécu dans un passé récent.ILLUSTRATION TIFFET ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Philippe St-Germain : « Un profil sur Facebook, Twitter, Instagram, Flickr ou autre est rarement la pure transposition de ce que nous sommes dans la vie de tous les jours ou de ce que nous avons vécu dans un passé récent.» En choisissant soigneusement ce qu\u2019on aime ou déteste, ce qu\u2019on commente ou rediffuse (partages ou ret-weets) et ce qu\u2019on donne à voir de son allure physique grâce à des photographies ou à des images empruntées ailleurs, on offre aux autres une représentation de soi dans laquelle entrent un mélange de réalité et de fiction ainsi qu\u2019une certaine part de créativité.Le présent et le futur regorgent de possibilités puisque tout reste encore à faire.Voilà pourquoi notre identité narrative est constamment tendue «entre fabulation et expérience vive», selon Ricœur.Le recours à la fiction Mettre en intrigue les événements de notre vie, ce n\u2019est pas seulement faire le montage d\u2019éléments préexistants, c\u2019est aussi réimaginer ce que nous percevons et vivons pour devenir le personnage que nous souhaitons être.Les livres que nous lisons et les films que nous visionnons fournissent des modèles d\u2019histoires et il se peut que, pour que la nôtre soit satisfaisante, nous transformions son contenu en nous inspirant de tels modèles (parmi bien d\u2019autres).Quitte à mentir un peu.L\u2019écart entre une personne et son identité virtuelle est parfois la source de plaisanteries.Pensons, par exemple, au désarroi ressenti par celui ou celle qui s\u2019aperçoit que la personne contactée sur un site de rencontre ne correspond pas à ce qu\u2019elle a dit et montré d\u2019elle-même sur sa page de profil.Le recours à la fiction peut cependant être utile.Qui plus est, il ne se cantonne pas exclusivement aux identités construites sur Internet: il concerne aussi les identités construites dans la vie quotidienne.À titre d\u2019exemple, je peux, lors d\u2019une entrevue d\u2019em-bauche, projeter une grande MARTIN BUREAU AGENCE FRANCE PRESSE Le livre de Paul Ricœur (1913-2005) Soi-même comme un autre (1990) est particulièrement pertinent puisqu\u2019on y trouve l\u2019approfondissement d\u2019une notion ébauchée quelques années plus tôt par le philosophe : l\u2019identité narrative.assurance alors que je ne l\u2019éprouve pas du tout.Ce n\u2019est qu\u2019une fiction.Mais à supposer qu\u2019un tel jeu de rôle m\u2019aide ultimement à décrocher l\u2019em- On considère parfois la culture actuelle comme une culture de Pimmédiat, mais il faudrait plutôt parler d\u2019une culture de l\u2019instantané ploi convoité, il ajoutera un chapitre intéressant aux aventures du personnage que j\u2019entends devenir.De telles considérations renouent avec les réflexions de sociologues comme Erving Goffman (1922-1982) qui estiment que la vie sociale est le lieu de nombreuses mises en scène ; l\u2019acteur social doit bien moduler sa prestation a L\u2019identité est l\u2019identité du personnage [et] c\u2019est à l\u2019échelle d\u2019une vie que le soi cherche son identité yy afin d\u2019être convaincant et de continuer à jouer son rôle.Ces analyses sociologiques, à leur tour, sont en partie liées à la célèbre métaphore comparant la vie à un théâtre.«AU the world\u2019s a stage», écrit Shakespeare &msAsYouLikeIt Afin de raconter l\u2019événement vécu au moment où il se déroule, les consommateurs disposent d\u2019une multitude d\u2019outils qui sont autant de médiations, pour reprendre un autre concept cher à Ricœur : des intermédiaires entre leur vécu et ce qu\u2019ils en feront ensuite.On considère parfois la culture actuelle comme une culture de l\u2019immédiat, mais il faudrait plutôt parler d\u2019une culture de l\u2019instantané (qui est un des sens du mot « im- Paul Ricœur médiat»), ou d\u2019une culture médiate.Les principales médiations sont des écrans (téléphones cellulaires, tablettes et ordinateurs, caméras numériques, lecteurs mp3, etc.).Leur prolifération tend à poser problème, ou du moins à soulever de sérieuses interrogations.Il n\u2019est pas rare qu\u2019on se plaigne de cette omniprésence, que ce soit dans les salles de classe ou pendant un souper de famille.Loin de s\u2019avérer des fenêtres vers d\u2019autres mondes (comme le prétendent Apple et ses concurrents), les médiations sont parfois des obstacles à une perception plus directe du monde environnant; des obstacles à une participation plus immédiate, justement! On remarque une très forte préoccupation pour le présent dans la culture actuelle, mais c\u2019est un présent dont le moindre détail \u2014 un décor, une mimique, une blague \u2014 peut être le prétexte d\u2019une captation.Le passé paraît évacué dans un tel rapport au monde qui mise tout sur l\u2019événement : au moment où il se déroule, mais aussi au moment où il sera diffusé sur Internet, quelle que soit la tribune choisie (Facebook, Twitter, Instagram, etc.), ou dans des messages personnels.Les écrans transforment ainsi les gens en spectateurs et le monde qui les entoure en un spectacle perpétuel dont chaque composante peut être enregistrée et « cadrée », puis redéployée dans l\u2019univers numérique.Vivre pour raconter Lorsqu\u2019on navigue dans les eaux du cyberespace en étant guidé par la notion ricœu-rienne d\u2019identité narrative, Internet prend toutes les allures d\u2019un vaste recueil de récits enchâssés les uns dans les autres.Peut-être y a-t-il lieu d\u2019y voir la tribune de choix de bien des gens, aujourd\u2019hui, pour éprouver le plaisir de raconter des histoires.Des histoires que les internautes se racontent en les racontant aux autres, afin d\u2019esquisser les contours d\u2019une identité sollicitée de toutes parts et appelée à se transformer au gré d\u2019aventures encore indéterminées.Ces histoires se ressemblent souvent sur le plan des lieux et des trajectoires et elles s\u2019influencent mutuellement.À ce titre, l\u2019attention des conteurs du monde numérique se concentre essentiellement sur eux-mêmes, faisant souvent l\u2019économie de tout ce qui incarne l\u2019autre (à l\u2019exception du cercle des amis privilégiés).A défaut de clore le débat une fois pour toutes, le titre du livre de Ricœur, Soi-même comme un autre, offre d\u2019ailleurs, là-dessus, une piste de réflexion : dans les histoires racontées sur Internet, l\u2019autre se rencontre d\u2019abord et surtout en soi-même.Des commentaires?Ecrivez à Antoine Robitaille : arobitaille @ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo."]
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