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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-02-08, Collections de BAnQ.

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[" F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 L Le roman olpipique Nadia Comaneci Alors que s\u2019ouvrent les Jeux /\tun remarquable roman biographique 'N i radiographie le troublant parcours de la plus célèbre olympienne de Thistoire moderne.STAFF/EPU/AFP LOUIS CORNELLIER Incarnation de la perfection gymnique aux Jeux olympiques de Montréal en 1976, la Roumaine Nadia Comaneci était-elle une petite fée pleine de grâce ou un robot communiste martyrisé?Chanteuse et romancière française qui a passé une partie de son enfance dans le pays de Ceausescu, Lola Lafon explore brillamment cette question dans La petite communiste qui ne souriait jamais (Actes Sud, 2014), une œuvre puissante et bouleversante, qualifiée de «roman en or de cette rentrée» par la critique du Figaro.Rêve ou cauchemar, donc, que l\u2019histoire de cette gamine de 14 ans et de 40 kg qui, chez nous, il y a presque 40 ans, défiait les lois de la pesanteur et rendait gaga le monde entier?Rêve trouble, suggère Lafon, parce que, derrière la beauté des gestes (que YouTube permet de revoir), derrière le petit justaucorps blanc, le ruban rouge dans les cheveux et la petite fille à la poupée se trouve le parcours d\u2019une enfant soumise à un régime Spartiate fait de privations alimentaires, d\u2019entraînements à l\u2019intensité délirante, de surconsommation de médicaments, de blessures chroniques et de soumission à un système politique dictatorial.Nadia, en 1977, a voulu se suicider quand la puberté, qu\u2019elle considérait comme une maladie, s\u2019est emparée de son corps pour faire une femme de l\u2019écureuil gracieux qu\u2019elle était jusque-là.«Le charme est rompu», écrivaient déjà les journalistes occidentaux.Mentir vrai Est-ce si simple, cela dit?A-t-on juste affaire à une autre histoire d\u2019enfant sportif exploité et jeté aux ordures à l\u2019heure du déclin?Le roman de Lola Lafon, solidement documenté mais persillé de fiction, nous amène pourtant beaucoup plus loin, grâce à une géniale mécanique narrative.Conçu comme un grand reportage sportif plein de vérité et de poésie, rédigé au présent de l\u2019indicatif, qui magnifie les exploits gym- STAFF/EPU/AFP C\u2019est aux Jeux olympiques de Montréal en 1976 que la gymnaste roumaine Nadia Comaneci, alors âgée de 14 ans, remporta un total de trois médailles d\u2019or.niques de Nadia en les recréant dans un style lyrique et bousculé, le roman intègre aussi des échanges imaginés entre la narratrice et la gymnaste elle-même, échanges qui viennent jeter un nouvel éclairage sur la trame documentaire principale.Nadia, en d\u2019autres termes, lit le roman à mesure qu\u2019il s\u2019élabore et le nuance ou le conteste.Par cet ingénieux procédé, Lola Lafon pratique, d\u2019une brillante manière, ce que Kundera a appelé un «art de Vessai spécifiquement romanesque», et en fait un art de l\u2019enquête spécifiquement romanesque.Dans ces échanges, Nadia, toujours volontaire, refuse de se plaindre et critique les clichés occidentaux sur le monde communiste.J\u2019aimais, dit-elle, le danger et j\u2019aimais que Béla Kârolyi, mon entraîneur, nous incite à être casse-cou plutôt que jolies.Les gymnastes occidentales, ajoute-t-elle, soumises à la pression de l\u2019argent, supportaient pire encore.Oui, c\u2019est vrai, j\u2019ai servi à vendre le communisme, mais, note-t-elle avec ironie, «en revanche, les athlètes français ou américains, aujourd\u2019hui, ne représentent aucun système, n\u2019est-ce pas, aucune marque!!.».Et la souffrance des Roumains sous le communisme ?« Ça va vous choquer, dit-elle, mais il y avait aussi une sorte de.joie, dans les années 1970», «on était ensemble», on s\u2019entraidait, on s\u2019organisait.Et qu\u2019en est-il de la surveillance maniaque qu\u2019exerçait la Securitate, l\u2019omniprésente police secrète qui harcelait notamment Nadia et son entraîneur?Je ne minimise rien, réplique la Nadia du roman, mais, justement, «je n\u2019arrive pas à comprendre comment les gens, aujourd\u2019hui, peuvent souhaiter être localisés en permanence avec leur iPhone».Un portrait saisissant Dans la vraie vie, Béla Kârolyi a fait défection en 1981, à la faveur d\u2019une tournée américaine de Nadia.Cette dernière fera de même, en 1989, deux semaines avant le renversement du régime Ceausescu, avec l\u2019aide d\u2019un douteux compatriote exilé qui l\u2019exploitera.Certains accuseront la gymnaste d\u2019avoir quitté le pays par crainte de représailles, étant donné qu\u2019on la soupçonnait d\u2019accointances avec le régime, sous prétexte que le fils du dictateur en avait fait sa chose.L\u2019affaire est nébuleuse.Lola Lafon, qui retourne sans complaisance toutes les pierres pour découvrir ce qu\u2019il y a dessous, trace en tout cas un portrait saisissant d\u2019un régime aux abois, dirigé par un psychopathe, finalement renversé en décembre 1989.La Nadia de Lola Lafon, fascinante de détermination et de complexité, sans pleurer sur la chute de la dictature, veut demeurer fidèle à son passé.«Je suis, dit-elle, le produit de ce sys-tème-là.» Elle est passée à l\u2019Ouest, mais garde une nostalgie de son spectaculaire parcours à l\u2019Est.J\u2019ai presque tout voulu de ce que fut mon histoire, semble-t-elle dire, en essayant du même souffle de s\u2019en convaincre elle-même, comme bien des athlètes qui souffriront à Sot- chi essaieront de se persuader que seule la liberté les anime.Ce bouleversant roman, d\u2019une rare puissance, nous impose de mettre en doute ce cliché et tous les autres.Collaborateur Le Devoir LA PETITE COMMUNISTE QUI NE SOURIAIT JAMAIS Lola Lafon Actes Sud Arles, 2014, 320 pages Nadia Comaneci en six dates 1961 Naissance le 12 novembre à Onesti, dans l\u2019est de la Roumanie.Sa mère choisit son prénom en référence à l\u2019héroïne d\u2019un film russe qu\u2019elle a regardé pendant sa grossesse.Nadia est un diminutif de Na-diejda, qui signifie «espoir».1968 Début de la fréquentation du club de gymnastique de Béla Kârolyi, qui sera son entraîneur, avec intermittence, jusqu\u2019à ce qu\u2019elle prenne sa retraite de la compétition en 1981.1971 Première participation à une compétition internationale à l\u2019occasion d\u2019une rencontre Roumanie-Yougoslavie.Elle s\u2019y illustre.1976 Obtention d\u2019un score de 10 aux barres asymétriques aux Jeux de Montréal, le 18 juillet, un précédent dans l\u2019histoire olympique.Six autres notes parfaites suivront, en route vers cinq médailles, dont trois d\u2019or.1996 Mariage avec l\u2019ancien gymnaste américain Bart Conner le 27 avril, avec lequel çlle s\u2019est établie aux Etats-Unis.Le couple a un fils né en 2006.2003 Publication en décembre de Letters to a Young Gymnast (Basic Books), à la fois récit autobiographique et réponses aux questions qu\u2019on lui a posées à propos de sa carrière sportive.Jean Dion Les derniers jours de Jean Cocteau Page F 5 Le fédéralisme à la Trudeau, au crible de LActualité Page F 6 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 LIVRES La Vitrine f\\otte o/ ALBUM JEUNESSE UNE CHARLOTTE OLYMPIQUE Texte de Mireille Messier Illustrations de Benoît Laverdière Éditions de la Bagnole Montréal, 2014, 24 pages Les Jeux olympiques sont souvent une occasion pour ceux qui les zieutent au petit écran de fantasmer en s\u2019imaginant en athlète accompli, triomphant et idéalement gagnant d\u2019une médaille, idéalement d\u2019or.C\u2019est ce qui arrive à l\u2019hé-roine de la série d\u2019albums de Mireille Messier, la Charlotte du titre.Les épreuves olympiques de patinage artistique la font rêver d\u2019exploits sur glace et de podium doré.C\u2019est donc avec la trop grande confiance du débutant qu\u2019elle aborde la pratique de cette discipline sportive, nettement plus difficile qu\u2019elle ne le croyait.La publication de cette charmante et rigolote fable sur la persévérance et le plaisir d\u2019apprendre arrive à point, alors que tout plein de futurs champions risquent de vivre un peu la même histoire que Charlotte.La lecture de cette nouvelle suite aux aventures de la petite rouquine se partage avec grand plaisir et s\u2019interrompt peut-être de quelques pauses acrobatiques, grâce aux amusantes tournures, à la prose inventive de l\u2019auteure et aux illustrations grouillantes de vie de Benoît Laverdière.Amélie Gaudreau La figure de patinage nommée Charlotte Michel Tournier |e m w iiKt.in isqin.ENTRETIENS JE M\u2019AVANCE MASQUÉ Michel Tournier Entretiens avec Michel Martin-Roland Folio Paris, 2013, 288 pages Devenu un écrivain classique de son vivant, principalement grâce à son roman Vendredi ou Les limbes du Pacifique (Gallimard, 1967), Michel Tournier, à presque 90 ans, n\u2019écrit plus, mais accorde encore des entretiens.Dans ceux qui composent ce livre, il évoque son enfance franco-allemande, ses études, certains éléments de son œuvre, ses amitiés (notamment avec Gilles Deleuze), ses années à l\u2019académie Goncourt et sa vision du monde, artiste et apolitique.Philosophe de formation, germaniste renommé et romancier d\u2019inspiration naturaliste obsédé par les grands mythes, ce qui donne à son réalisme des accents parfois magiques, Tournier affirme ici que «les sources d\u2019inspiration d\u2019un écrivain, c\u2019est presque toujours minable».Aussi, il ne parle des siennes qu\u2019en surface, pour plutôt s\u2019adonner à l\u2019art de la conversation anecdotique.Ce livre, complété par des hommages rendus au grand écrivain par quelques-uns de ses amis, n\u2019est donc pas sans charme, surtout pour les admirateurs de Tournier, mais il ne rend pas justice à la profondeur de l\u2019œuvre.Louis Cornellier ?ÿoaspardlE DEVOIR j^LMARÈS Du 27 janvier au 2 février 2014 \t\t \t\t 'W Romans québécois\t\t 1 Le beau mystère\tLouise Penny/Flammarion Ouebec\t1/4 2 Pour que tienne la terre\tOominique Oemers/Ouebec Amérique\t8/2 3 Ce qui se passe au congres reste au congres'\tAmelie Oubois/Les Editeurs reunis\t2/13 4 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898 1914\tLouise Tremblay O\u2019Essiambre/Guy Saint Jean 5/15\t 5 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique'\tAmelie Oubois/Les Editeurs reunis\t3/8 6 Mauvaise foi\tMarie Laberge/Ouebec Amenque\t7/16 7 Oubliée\tCathenne McKenzie/Goelette\t10/2 8 Ou vont les guêpes quand il fait froid'?\tPascale Wilhelmy/Libre Expression\t4/3 9 Mensonges sur le Plateau Mont Royal \u2022 Tome 1\tMichel Oavid/Hurtubise\t9/17 10 Oe peigne et de misère\tFred Pellerin/Sarrazine\t6/13 Romans étrangers\t\t 1 Le chardonneret\tOonna Tartt/Plon\t1/3 2 Prague fatale\tPhilip Kerr/du Masque\t2/4 3 Les enquêtes du departement V \u2022 Tome 4 Oossier 64\tJussi Adler OIsen/Albin Michel\t-/I 4 Tapis rouge\tJames Patterson | Marshall Karp/Archipel\t-/I 5 80 notes de rouge\tVina Jackson/Milady\t-/I 6 Sept ans de désir\tSylvia Oay/Flammarion Ouebec\t4/13 7 Le Women murder club La lie et demiere heure\tJames Patterson | Maxine Paetro/Lattes\t3/3 8 Homeland, la traque\tAndrew Kaplan/Seuil\t-/I 9 Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE L James/Lattes\t9/7 10 L\u2019appel du coucou\tRobert Galbraith/Grasset\t8/13 'W Essais québécois\t\t 1 Illusions Petit manuel pour une cntique des médias\tSimon Tremblay Pepin/Lux\t1/3 2 Un peuple a genoux\tCollectif/Poetes de brousse\t2/2 3 Tenir tête\tGabnel Nadeau Oubois/Lux\t3/17 4 Le Sel de la terre\tSamuel Archibald/Atelier 10\t5/6 5 Legendes pedagogiques\tNormand Baillargeon/Poetes de brousse\t4/11 6 Journal d\u2019un ecnvain en pyjama\tOany Laferriere/Mémoire d\u2019encner\t7/2 7 Les tranchées Maternité, ambiguité et féminisme\tFanny Britt/Atelier 10\t-/I 8 Sur la piste de Trudeau 40 ans de frictions entre deux\tCollectif/Rogers\t9/2 9 Le nouveau tnangle amoureux gauche, islam et\tJerome Blanchet Gravel/Accent grave\t-/I 10 Oix journées qui ont fait le Ouebec\tCollectif/VLB\t8/11 '?'Essais étrangers\t\t 1 Plaidoyer pour l\u2019altruisme La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t1/14 2 L\u2019empire de l\u2019illusion\tChris Hedges/Lux\t3/2 3 Ou bonheur Un voyage philosophique\tFrederic Lenoir/Fayard\t2/3 4 Légalité c\u2019est mieux Pourquoi les écarts de richesses\tRichard Wilkinson | Kate Pickett/Ecosociete 4/2\t 5 Tintin et les forces obscures\tCollectif/La Presse\t-/I 6 La fin du hasard\tIgor Bogdanov | Grichka Bogdanov/Grasset\t5/2\t 7 La force des discrets Le pouvoir des introvertis dans\tSusan Cam/Lattes\t6/4 8 Les milliardaires Comment les ultra nches nuisent\tLinda McOuaig | Neil Brooks/Lux\t-/I 9 Breve histoire du progrès\tRonald Wnght/Bibliothèque québécoise\t-/I 10 Au cœur des révoltés arabes Oevenir révolutionnaires\tCollectif/Armand Colin\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d information et d analyse Bdspdfi sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Saspan! et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet SasparB © BTLF toute reproduction totale ou partielle est interdite Alix Ohlin : une humanité partagée Le roman Inside de la Montréalaise Alix Ohlin vient de paraître en traduction française chez Gallimard (2013).Le livre raconte les rapports de la psychothérapeute Grace avec un suicidaire, une jeune patiente et son ex-mari pour finalement demander: qui sommes-nous, réellement, à l\u2019intérieur?Comment peut-on venir en aide aux autres?Inside était finaliste du prix Giller 2012.Alix Ohlin enseigne la littérature au Lafayette College d\u2019Easton, en Pennsylvanie, où elle réside désormais.PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE BAILLARGEON Quand et pourquoi avez-vous commencé à écrire?J\u2019ai commencé à écrire des histoires quand j\u2019étais enfant et je n\u2019ai jamais arrêté.J\u2019ai grandi dans une maison remplie de livres.Mon père était professeur de littérature à l\u2019Université McGill et ma mère a enseigné avant la naissance de ses enfants.Je n\u2019ai pas souvenir d\u2019une période de ma vie sans lecture.Dans ma famille, une plaisanterie courante raconte que je ne voulais pas venir à table parce que j\u2019avais toujours un chapitre à terminer.J\u2019ai commencé à écrire parce que le monde des livres m\u2019apparaissait aussi réel et important que tout ce qui l\u2019entourait et parce que je voulais pouvoir tenir mon bout dans une conversation avec les écrivains qui me plaisaient tellement.Pourquoi avoir fait ie choix de camper votre histoire dans votre viiie?Autrement dit: pourquoi Montréai?J\u2019ai vécu dans de nombreux endroits, mais Montréal, c\u2019est chez moi.Je suis très fière d\u2019y avoir grandi.La culture et l\u2019histoire de la ville, son cosmopolitisme, sa politique et son panorama particulier, tout cela m\u2019a profondément feçon-née.Ma carrière m\u2019a menée ail- leurs et j\u2019éprouve souvent un puissant mal du pays.L\u2019écriture du roman Inside a été une façon pour moi de me sentir à la maison de nouveau, de ressusciter les rues et les quartiers qui me manquent.Comme moi, les personnages du livre sont des vagabonds qui parcourent le monde, mais je tenais à ce que leurs racines, leurs histoires personnelles et leurs sentiments identitaires soient liés à Montréal.Une remarque, sans malice: la traduction en France rend parfois étrangement la réalité montréalaise.Par exemple : «Je suis devenue instit En CM 2, à TOuest-de-TÎle.» On dirait plutôt, en français de Montréal : «Je suis devenue enseignante.En sixième année.» Ce sont des détails et on comprend très bien que les Français transposent votre monde dans leur réalité.Une traduction plus soucieuse du français québécois n\u2019aurait-elle pas aidé à mieux ancrer votre histoire dans notre ville bilingue et multiculturelle?Ce sont d\u2019excellentes remarques.Je n\u2019ai pas eu l\u2019occasion d\u2019examiner la traduction fi*ançaise avant sa publication et j\u2019aurais dû le feire.J\u2019avais espéré traduire une certaine atmosphère de la ville et je suis attristée si la version française n\u2019est pas à la hauteur.Mais je pourrais peut-être retravailler la \\ EMMA DODGE HANSON « Comme moi, les personnages du livre sont des vagabonds qui parcourent le monde», confie Alix Ohlin en entrevue.traduction dans une éventuelle mise à jour.inside parle de compassion, d\u2019entraide, d\u2019amour, et demande finalement s\u2019il est possible d\u2019aider les autres, de les sauver.Pourquoi avoir choisi ce thème et quelle leçon voulez-vous que l\u2019on retienne à ce sujet?J\u2019ai toujours été fascinée par les aidants, professionnels ou personnels, surtout des gens comme les médecins, les &éra-peutes, les travailleurs humanitaires.C\u2019est une lourde tâche de prendre en charge le poids du monde, et je me demandais com- ment ces gens y arrivent Ce doit être tellement gratifiant de sauver quelqu\u2019un en difficulté et tellement déchirant de ne pas y arriver.En fin de compte, mon livre explore l\u2019idée que, peu importe le succès ou l\u2019échec, quand nous essayons de sauver les autres, l\u2019important c\u2019est d\u2019essayer.C\u2019est là que nous situons notre humanité partagée.Le Devoir Lire aussi > La suite de If l\u2019entrevue sur la vie et l\u2019œuvre d\u2019Alix Ohlin à ledevoir.com/culture/livres POESIE De beaux livres soignés HUGUES CORRIVEAU AU premier chef, c\u2019est toujours une bonne idée de s\u2019offrir de la poésie pour reposer l\u2019âme, s\u2019élever un peu, profiter de la pensée pour satisfaire l\u2019esprit.Pourquoi ne pas jeter un coup d\u2019œil au très beau fac-similé anniversaire, en tirage numéroté, du premier recueil publié, il y a 60 ans, aux éditions de l\u2019Hexagone par Gaston Miron et Olivier Marchand, Deux sangs ?Émotions garanties et redécouverte émue des illustrations de Mathilde Ganzini, Jean-Claude Rinfret et Gilles Carie.Ce n\u2019est pas peu tout de même quand on pense à l\u2019immense qualité des textes ainsi rejoués là après tant d\u2019années.Nous sommes immédiatement touchés par la naïveté de l\u2019iconographie et par celle inscrite dans les deux courts messages d\u2019introduction.Marchand nous proposant une «communion», Miron nous affirmant qu\u2019il ne s\u2019agit pas pour lui de «préten- i SOURCE LHEXAGONE Gaston Miron et Olivier Marchand au lancement de Deux sangs, en juillet 1953.lions \u2018littéraires\u201d».Gaston Miron: «Mer jours/ Et [.] harpes sans oiseaux» pour nous initier à ce que son œuvre aura de meilleur, à sa «poésie les yeux brûlés».Le texte a su traverser le temps avec vigueur, et le détour vaut qu\u2019on aille rencontrer sa Désolée sereine o\\x sa Ravie, qui sont tout entières les olivieri lÂbraïrie ^ Bistro Au cœur de la société Jeudi 13 février à 19 h llMDItf >11 MIKKELBIICH JàCOISEN LA VERITE , SUR LES MEDIC1MEN1S COMMENT LINDISTIIE PMIRMICEUTIQUE JOUE WECNITOE SANTÉ Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Causerie La vérité sur les médicaments edito La vente sur les médicaments est un réquisitoire contre l\u2019industrie pharmaceutique, tentaculaire et toute-puissante, qui veut faire de la médecine un simple commerce et fait passer ses profits avant l\u2019intérêt des patients Cet ouvrage nous exhorte à la plus grande prudence et au questionnement face à des fabricants qui s\u2019approprient et pervertissent le savoir médical Avec Mikkel Borch-Jacobsen Il a coordonne La vérité sur les medicaments et est l\u2019un des architectes du fameux Livre noir de la psychanalyse Et Jean-Claude Saint-Onge Auteur de Tous fous 2 L'influence de l'industrie pharmaceutique sur la psychiatrie femmes tant aimées du poète.Olivier Marchand s\u2019avère plus mystique, plus lyrique et classique, s\u2019essayant aux hauteurs, cherchant «La grande allure du soupir bleu / le souffle amical des écoutilles».Beau livre que celui-là, avec en prime un goût de naguère et la marque de grands poètes fondateurs.Les éditions des Heures bleues produisent toujours des livres soignés, publiés sur papier glacé et généreusement illustrés.Ainsi en est-il du recueil de la fondatrice Célyne Fortin, Wa-bakin ou Quatre fenêtres sur la neige, voyage au pays de la mémoire et d\u2019origine avec dix photos et treize dessins de l\u2019auteure.Pure poésie impressionniste, au plus près des émotions naturalistes, émaillées de «rosiers [qui] perdent leurs pétales» et de «neige [qui] blanchit les gazons», dors que la poète est en route vers l\u2019Abitibi de son enfance.On marche avec elle sous «Les neiges et gros flocons», on ouvre des fenêtres sur un paysage saturé «plus blanc que blanc».Pour ceux qui souhaitent aller au plus près d\u2019une évocation nelliga-nienne du sol québécois.«SANGS LES EDITIONS DELHEXAGONE Dans un tout autre registre, la toujours touchante et émouvante Julie Stanton nous incite à l\u2019accompagner dans son Mémorial pour Geneviève et autres tombeaux.On trouve dans ce livre des photographies de Régis Mathieu d\u2019arbres nus se découpant très noirs sur fond blanc.Peu réjouissant, me direz-vous ?Sans doute, mais aucun moment de l\u2019année ne saurait nous dissocier du profond amour porté à ceux en allés.Julie Stanton nous rappelle que tout émouvant pèlerinage porte sa part de recueillement et de joie, celle qui vient à l\u2019âme de ceux qui gardent vive la présence intérieure.Le rêve du désert, des grands espaces, des «frontières abolies», nous fait accéder à ce recueillement d\u2019une grande acuité, nous repose des étourdissements actuels.J\u2019aime cette œuvre amoureuse qui souligne la vie au plus près de ses redoutables et irréver-sibles avers et revers.Collaborateur Le Devoir DEUX SANGS Olivier Marchand et Gaston Miron Avec des illustrations de Mathilde Ganzini, Jean-Claude Rinfret et Gilles Carie Éditions de l\u2019Hexagone Montréal, 2013, 72 pages WABAKIN OU QUATRE FENETRES SUR LA NEIGE Célyne Fortin Avec dix photos et treize dessins de l\u2019auteure Les Heures bleues Saint-Lambert, 2013, 88 pages MÉMORIAL POUR GENEVIEVE ET AUTRES TOMBEAUX Julie Stanton Avec des photographies de Régis Mathieu Les Heures bleues Saint-Lambert, 2013,128 pages LE DEVOIR.LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 F 3 LITTERATURE Sur les traces dispersées du réel Danielle Laurin Une femme s\u2019adresse à son frère aimé, complice.Pour lui, elle tente de retracer le trajet de leur enfance ^commune jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.A sa demande à lui.Ce pourrait être banal.C\u2019est tout le contraire.Grâce à la touche unique de l\u2019auteure, Sylvie Nicolas, poète, écrivaine pour la jeunesse, traductrice littéraire et collaboratrice au Devoir comme critique de théâtre à Québec.Ce qu\u2019on remarque d\u2019abord dans Les variations Burroughs, c\u2019est l\u2019écriture cisel é e, ailée.Une grande délicatesse dans l\u2019expression.Une forme d\u2019étrangeté dans l\u2019arrangement des événements, dans l\u2019association des idées.Et une gravité, qui préférerait peut-être demeurer cachée, mais qui ne peut s\u2019empêcher d\u2019affluer dans les fentes du récit.Nous sommes dans la confidence.Dès les premières pages, un climat feutré s\u2019installe.Comme s\u2019il fallait se préserver du pire, du côté de la narratrice, mais aussi à l\u2019égard du frère.Comme si le moment de la ou des révélations devait être retardé.Mais on sent bien que leur enfance à tous les deux, passée dans des sous-sols, est loin d\u2019être un long fleuve tranquille.On saisit tout de suite que, dans le lien qui les unissait, il y avait cette crainte que «la tempête n\u2019éclate», alors que «le feu couvait».On n\u2019en saura pas tellement plus pour l\u2019instant.Sinon ceci : «Nous n\u2019avons pourtant pas été battus, malmenés, privés de nourriture, enchaînés à nos lits, nos corps n\u2019ont jamais été couverts de meurtrissures, et nous ne portons aucune marque de maltraitance ou cicatrice sus- RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Dans le roman de Sylvie Nicolas, récriture est ciselée, ailée et possède une délicatesse, ime gravité même.ceptible d\u2019être exhibée.» Et, plus loin : «Pleurer chez nous n\u2019était pas permis.Genoux écorchés, disputes avec les amis, menton heurtant un calorifère, nous avions appris à serrer les dents, à nous mordre les lèvres, à nous isoler, à nous cacher, à étouf fer ce qui demandait à hurler.» \\ A demi-mot On n\u2019en saura pas tellement davantage plus tard.Quelques mots à peine sur le père, montré une fois dans une situation dégradante et qui, plutôt que de perdre officiellement la face, s\u2019en prend au chien de la famille.La mère, elle, apparaîtra dans une scène plutôt déconcertante comme une séductrice aux gestes déplacés.Exit ou presque le père, ensuite, balayé du portrait.Quant à la mère, elle reviendra plus tard, beaucoup plus tard, dans le paysage, mais vieille, après avoir frôlé la mort.Elle apparaîtra comme la figure mystérieuse à qui sa fille ne peut pas dire qu\u2019elle l\u2019aime.Comme la figure dure, impénétrable du récit, peut-être la clé de l\u2019écriture.Entre-temps, sans chronologie définie, sans ordre apparent, par petits bouts, on revit avec la narratrice son enfance, son adolescence, sa vie adulte, pêle-mêle.On est avec elle, dans sa tête, dans ce vide qui l\u2019habite, ce vertige qui l\u2019attire de plus en plus et qu\u2019elle ne comprend pas.On sent bien son trouble devant l\u2019homme à qui il manque deux doi^s, dans un train qui la conduit chez ses grands-parents gaspésiens.Et on sent bien à quel point ce refuge dans les hautes mers lui fait du bien: «Là-bas, chez cette grand-mère de varech, de culottes à grand-manches et de petites fraises cueillies à genoux à l\u2019orée des bois ou dans les talus, je baissais la garde.» Oasis Car chez elle, dans leur logis du sous-sol, la peur rôde.Surtout quand, seule, elle est chargée de veiller sur ses trois petits frères.Après les avoir «écouté[s\\ dormir», elle se réfugie au salon, l\u2019oreille aux aguets, à l\u2019affût du moindre bruit suspect, retenant son souffle.«Disparaître, ne pas être visible, compter mes propres pas pour marquer la distance à franchir, ça me vient sans doute de là.Allait s\u2019ajouter dans les années qui suivraient l\u2019insidieux désir de mourir qui s\u2019installerait à demeure tel un passager clandestin.» On sent bien son désarroi quand un soir, alors qu\u2019elle veille sur des enfants du voisinage, l\u2019homme de la maison s\u2019attaque subitement à sa vertu, elle qui est encore à l\u2019âge de jouer avec ses poupées en carton.On sent bien sa joie aussi, quand son frère tant aimé lui apporte une boîte de livres trouvés dans les ordures.«Petit chevalier d\u2019épouvante sans épée, sans lance ni monture, tu venais d\u2019ouvrir par le centre le ventre d\u2019un fabuleux dragon et d\u2019en exposer le noyau fébrile qui n\u2019allait plus cesser de s\u2019agiter: ce désir insatiable de saisir ce qui remue en soi, dans le monde, entre soi et le monde.» On sent bien sa peine à la mort du deuxième frère.Et surtout sa honte, ensuite, à travers ses larmes.Honte de savoir B BgOUG LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Sur la route CHRISTIAN DESMEULES Cy est l\u2019histoire d\u2019un homme qui veut revoir son père», nous annonce une phrase en exergue, résumé lapidaire qui contient à la fois le début et la fin du roman.Mais des milliers de kilomètres, pas forcément en ligne droite, vont séparer ce point de départ et la destination finale.Un homme un peu zombie, mécanicien dans une raffinerie de l\u2019Ouest canadien, abruti par le travail {«dix heures par jour, sept jours par semaine») et par son existence de solitaire depuis que sa blonde a levé le camp, décide de retourner dans l\u2019Est pour aller s\u2019occuper de son vieux père, qu\u2019il n\u2019a pas vu depuis des années et qui n\u2019a plus toute sa tête.Pour racheter quelques erreurs et «défier le passé».Dans une auto qui n\u2019est plus très jeune, mais dont la mécanique simple le rassure, le narrateur du premier roman de Christian Guay-Poli-quin.Le fil des kilomètres, jette ses coffres à outils et quelques sacs remplis de ses maigres possessions.Et dans la 1 chaleur caniculaire, s tandis que les kilomètres défilent, le conducteur fend l\u2019air, attentif à la moindre réaction de sa bagnole, tendant l\u2019oreille «vers le claquement des pistons, un peu comme les gens inquiets sont à l\u2019écoute des battements de leur cœur».Fin du monde Mais des pannes majeures d\u2019électricité paralysent une grande partie du pays.La sécurité devient un peu partout problématique.Se ravitailler est forcément de plus en plus difficile, l\u2019essence se raréfie et se vend à prix d\u2019or.Et si les économies du narrateur fondent à vue d\u2019œil, sa motivation à continuer sa route, elle, ne se tarit pas.Il prendra à bord une fille en fuite et un homme bavard, passagers qui tantôt le freinent ou le poussent en avant.Des villes à l\u2019abandon, des communications coupées, des milices improvisées, une atmosphère de guerre civile: partout plane le danger, qui peut prendre n\u2019importe quelle forme.Même celle des hallucinations, résultat des nuits sans sommeil, de la peur et du manque.Chronique kilométrée d\u2019une fuite en avant, road trip sombre teinté de cauchemar.Le fil des kilomètres distille une at- mosphère de fin du monde qui pourra faire penser par moments à La route de Cormac McCarthy.L\u2019écriture de Christian Guay-Poliquin, qui carbure avec un dosage équilibré de poésie et de réel, parvient à injecter une tension permanente dans cette histoire marquée par la perte.Perte de mémoire, perte d\u2019argent, perte des repères et de la conscience.Si le recours à la mythologie \u2014 le labyrinthe, le minotaure \u2014 semble un peu plaqué, ces passages contribuent à rendre le propos plus dense.Intéressant.Collaborateur Le Devoir LE FIL DES KILOMÈTRES Christian Guay-Poliquin La Peuplade Chicoutimi, 2013, 230 pages POLARS À raméricaine MICHEL BELAIR Robert Crais est de la génération des Harlan Coben, Lee Child et autres Michael Connelly: intrigues huilées au quart de tour, écriture fiévreuse, best-sellers en série.Comme eux, il a lui aussi l\u2019habitude de pondre des «page turner» qui deviennent irrésistibles dès qu\u2019on en a lu la première page.La jeune soixantaine, Crais a publié une bonne vingtaine de thrillers policiers après avoir connu une carrière de scénariste à la télé américaine {Quincy, Miami Vice, LA Law, etc.).Les cousins français l\u2019ont adopté en traduisant déjà plus d\u2019une douzaine des enquêtes de son improbable duo de privés Elvis Cole et Joe Pike.Coyotes, paru cet hiver et disponible ces jours-ci en version électronique et bientôt en poche, est une porte d\u2019entrée royale sur cet univers fébrile de série télévisée.Cole est ici à la recherche d\u2019une jeune étudiante modèle disparue avec son petit ami dans les montagnes derrière Los Angeles.Mais voilà qu\u2019il se retrouve bientôt catapulté avec son associé en plein désert californien sur la traque de passeurs (les «coyotes») de migrants illégaux en provenance d\u2019Asie, du Moyen-Orient et d\u2019Amérique du Sud.Enfournés par dizaines dans des camions qui traversent la fron- coyotes tière mexicaine durant la nuit, ces polios traversent le désert avant de rejoindre ceux qui les attendent à LA.Comme si l\u2019expérience n\u2019était pas déjà assez pénible, il arrive aussi que les convois soient attaqués et les polios enlevés par des bajadores qui rançonnent leurs familles.Cole tentera d\u2019infiltrer ce milieu sordide mais ne réussira qu\u2019à se faire enlever à son tour, et Pike devra s\u2019adjoindre un mercenaire professionnel, Jon Stone, pour essayer de libérer tout ce beau monde planqué, on l\u2019apprendra plus tard, dans une ancienne palmeraie à l\u2019orée du désert.L\u2019intrigue est tricotée telle- ment serré qu\u2019il est presque impossible de la résumer, mais disons qu\u2019on ne trouvera pas ici de fine analyse psychologique à la Donna Leon.Ce qui compte dans ce monde noir et blanc, c\u2019est l\u2019action.Souvent brutale.Sanglante.Inhumaine.Et les moyens, toujours radicaux et sans nuance, qu\u2019il faut employer pour éliminer le mal à sa racine \u2014 à l\u2019américaine, quoi ! Un classique du genre.Collaborateur Le Devoir COYOTES Robert Crais Traduit de l\u2019anglais (américain) par Hubert Tézenas Belfond Noir Paris, 2013, 372 pages que «lui voulait vivre».Alors que «moi, je ne comptais plus les fois où j\u2019avais voulu mourir».Omniprésente, la mort, dans ce récit.Celle, désirée, par la narratrice.Celle, annoncée, de la mère.Celle, effective, d\u2019un voisin ahuri, autrefois enfant de Duplessis.Et celle qu\u2019a vue de près le troisième frère, le plus petit, dans l\u2019incendie de sa maison, alors ç{Vi«on ne savait toujours pas ce qu\u2019il fallait inventer pour sauver un frère».Revient aussi régulièrement ponctuer le récit une rupture amoureuse particulièrement douloureuse.Le deuil amoureux, qu\u2019on ne veut pas faire, qu\u2019on croit impossible à faire.Les souvenirs heureux qui remontent à la surface et qu\u2019on voudrait chasser.Et cette question: comment cesser d\u2019aimer?Ce que William S.Burroughs, écrivain de la génération beat, vient faire dans ces Variations Burroughs\u2019^ A vous de trouver.Mais il apparaît sporadiquement par le biais de l\u2019amoureux devenu ex.Il est source de désaccord.Et le fait qu\u2019il ait tué sa femme compte pour beaucoup.En toile de fond, une certaine crainte de perdre les pédales, d\u2019être engouffré par le vide, happé par la folie.Et «ce sentiment tenace de porter le gène défectueux de l\u2019humanité».Comment mettre bout à bout tout cela?Comment donner un sens à ce récit?Personnellement, je ne m\u2019y risquerais pas.Je suis loin d\u2019avoir tout compris.Mais je me demande si c\u2019est le genre de livre qu\u2019on peut se targuer de comprendre.Plutôt un livre qu\u2019on ressent.Qui forcément nous échappe, tout comme il semble échapper à son au-teure.Un livre énigmatique, elliptique, fragmentaire.Qui se dépose en nous à notre insu, qui agit dans les blancs de l\u2019écriture.L\u2019impression que j\u2019ai eue en refermant ce livre, c\u2019est que l\u2019essentiel se situe justement dans ce qui est tu, retenu, caché.Parce qu\u2019impossible à raconter?Trop douloureux à dire ?Indicible ?Ce que j\u2019ai ressenti par-dessus tout, c\u2019est le trouble de la narratrice devant ce qu\u2019elle tente de dévoiler tout en ne le dévoilant pas, ou seulement par bribes, par vagues.Peut-être s\u2019agit-il avant tout d\u2019un livre sur l\u2019écriture ?LES VARIATIONS BURROUGHS Sylvie Nicolas Druide Montréal, 2014,176 pages (Le livre sera en librairie le 12 février.) A kP'I RETRATE «À travers une série de courtes histoires légèrement tordues, Renaud Jean nous compose un univers sombre, lucide et original.Retraite, à n\u2019en pas douter, constitue une solide entrée en littérature.» Christian Desmeules Le Devoir Renaud Jean RETRAITE Nouvelles \u2022 200 pages 19,95 $ PDF et ePub : 14,99 $ www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 LITTERATURE Vanité de Ginsberg Louis Hamelin histoire commence à New York.Au centre de tout, il y eut d\u2019abord Rimbaud, dans son incarnation étatsu-nienne de 1943, nommée Lucien Carr.C\u2019est lui qui fait se rencontrer Allen Ginsberg et Jack Kerouac et leur présente William Burroughs, qui vient de débarquer dans la Grosse Pomme avec David Kammerer, un ami d\u2019enfance.Kammerer est une sorte de Verlaine sans le talent pour tourner des sonnets, qui a poursuivi de ses libidineuses assiduités le joli Carr (âgé, au début, de 14 ans), de collège en collège à travers la moitié du pays.Un soir, Carr met un terme à ses avances en le poignardant avec son couteau scout, puis il ligote le mourant, le leste de pierres et le balance dans l\u2019Hudson.On parlerait aujourd\u2019hui de prédation sexuelle.Carr en prit pour deux ans.Le surin de Lucien n\u2019allait en rien modérer les ardeurs homoérotiques de la petite bande, dont les coucheries entrecroisées, homos et bisexuelles, composeraient bientôt la couche souterraine de la tumultueuse légende d\u2019une génération littéraire.Les Beats étaient nés.On célèbre cette année le centième anniversaire de la naissance de William Burroughs, et ses amis Kerouac et Ginsberg sont aujourd\u2019hui édités chez Gallimard, le même éditeur qui, dans les années 60, ferma la porte de ses bureaux parisiens au nez du premier, soûl mort, pas rasé, sentant le fond de tonne dans sa che- a Soirée avec Paul McCartney et plusieurs soirées avec Jagger des Stones \u2014 nous projetons de faire Hari Krishna ensemble pour une face du prochain album des Stones \u2014 quel Karma magnifique! )) Extrait de Lettres choisies 1943-1997 MARCELO NOAH Cari Solomon, Patti Smith, Allen Ginsberg et William S.Burroughs au Gotham Book Mart en 1977.mise à carreaux de bûcheron et baragouinant, à l\u2019intention d\u2019une réceptionniste révulsée, le français dégénéré des prolétaires québécois.Agent littéraire Les lettres choisies (1943-1997) d\u2019Allen Ginsberg montrent à l\u2019évidence que, si Carr fut le pôle d\u2019attraction initial autour duquel se constitua la Génération Beat, et si Ti-Jean Kerouac en fut l\u2019âme malheureuse, le gardien de la flamme était Ginsberg.A l\u2019époque oû ces jeunes gens \u2014 auxquels se joindront éventuellement Gregory Corso, Cari Solomon, Herbert Huncke et d\u2019autres \u2014 traînent leurs poèmes à l\u2019état brut et les manuscrits maltraités de leurs romans inachevés de bar en bar, du Mexique au Maroc et d\u2019appartements minables en chambres d\u2019hôtel de troisième ordre, Ginsberg agit comme l\u2019infatigable agent littéraire bénévole de ses amis.Sa générosité, sa foi, l\u2019ambition misée sur le destin littéraire de cette phénoménale collection de talents inclassables et de personnalités hors du commun, ne font aucun doute.Dans de nombreux cas, la correspondance frénétique du poète est l\u2019aiguillon dont ces heureux fainéants perpétuellement défoncés avaient besoin pour ultimement donner à leurs sombres folies une forme lisible et suscepti- ble d\u2019aboutir sur le bureau d\u2019un éditeur.Soignant son personnage de prophète des lettres mâtiné d\u2019un publiciste allumé, Ginsberg a compris que la perception précède la réalité.Burroughs?«Un Grand Homme.» Kerouac?«Le Colosse inconnu de la prose américaine», écrit-il, un an avant Sur la route et trois ans avant la parution du Naked Lunch (dont le titre est dû à un lapsus de lecture du même Ginsberg), à un journaliste qui prépare un reportage sur la fameuse «renaissance poétique» de San Francisco.Le critique ami On ne traîne pas de si réticents chefs-d\u2019œuvre sur les fonts baptismaux de l\u2019édition sans savoir manier les ciseaux du sens critique.Ginsberg a bien compris que la complaisance est en l\u2019occurrence le cadeau empoisonné de la camaraderie.S\u2019il est le plus carriériste de la bande, il est aussi celui qui, parmi ses potes, comprend le mieux la nécessité de combiner, comme deux versants d\u2019une même quête des sommets, l\u2019aspect commercial et la nature spirituelle de l\u2019entreprise.Voir, par exemple, sa critique initiale d\u2019une version antérieure de Sur la route, laquelle sera plus tard éditée sous le titre de Visions de Cody (Folio) : «Je ne vois pas com- ment il peut être un jour publié, c'est trop personnel, il y a bien trop de vocabulaire se rapportant au sexe, bien trop de références à notre mythologie locale, je ne sais pas si un éditeur pourrait comprendre ça \u2014 quand je dis comprendre ça, f entends pouvoir suivre ce qui est arrivé à tel ou tel personnage, à tel ou tel endroit.» Mais il ajoute aussitôt: «La langue est magnifique, le souffle surtout est magnifique, les inventions ont un style délirant et splendide.» La dernière remarque, de la « prose spontanée » des plus mémorables esquisses de Jack aux déroutants « cut-ups » de Burroughs, peut s\u2019appliquer au bouleversement esthétique majeur induit par le meilleur de la production beat.C\u2019était Dada et le surréalisme qui, avec une guerre de retard, s\u2019incarnaient dans un avatar authentiquement américain.Ginsberg sous les projecteurs, Kerouac en poivrot public et impossible ermite dégoûté de son propre personnage, si leurs routes divergeaient, les ponts ne furent jamais coupés.« [I] l est toujours si sadique envers moi, il hurle que je suis un pédéyoupin gauchisant [.].Je lui ai dit de dire à sa mère de manger sa merde \u2014 ça a un peu détendu l\u2019atmosphère et nous avons pu mieux parler.» A Québec, en 1987, j\u2019ai entendu Ginsberg bramer des mantras bouddhistes dans un micro, en une saisissante démonstration de spoken word à la mémoire de son ami Kerouac.Impossible, sans doute, d\u2019évoquer le mouvement beat sans parler du Bouddha.Chez Ginsberg, le flirt avec la sagesse orientale semble avoir relevé davantage d\u2019une posture, voire du showbiz.Kerouac fut, de son propre aveu, un bouddhiste «raté», mais pas à cause de l\u2019alcool, qui ne fut que l\u2019épiphénomène d\u2019une souffrance plus profonde dont nul vœu de renoncement aux désirs terrestres ne parvint jamais à le débarrasser.Quant à Ginsberg, son ultime lettre, adressée à Bill Clinton, le montre quémandant «une sorte de prix ou une médaille pour services rendus à l\u2019art ou à la poésie» alors qu\u2019il se sait atteint d\u2019un cancer incurable du foie.Pas mal pathétique.LETTRES CHOISIES 1943-1997 Allen Ginsberg Traduit de l\u2019anglais (américain) par Peggy Pacini Gallimard Paris, 2013, 457pages RÉVEILLE-TOI LA VIE DU Bouddha Jack Kerouac Traduit de l\u2019anglais (américain) par Claude et Jean Demanuelli Gallimard Paris, 2013, 209 pages Les sœurs Fox, filles spirituelles de Mesmer Visite romanesque des supercheries du spiritisme En 2013, Hubert Haddad a reçu deux prix: celui de la Société des gens de lettres, pour l\u2019ensemble de son œuvre, et le prix Louis-Guilloux, pour perpétuer l\u2019esprit de l\u2019écrivain breton.Tous les livres de Haddad frappent par leur qualité esthétique.Dans son dernier ouvrage, il a choisi de scénariser une superstition romantique plus tenace que la raison.GUYLAINE MASSOUTRE En 2013, l\u2019écrivain français d\u2019origine tunisienne avait signé un très élégant roman, en forme de hâikus.Le peintre d\u2019éventail (Zulma), rappelant qu\u2019il est lui-même peintre et poète, ainsi qu\u2019éditeur de poésie \u2014 cela, sans compter ses romans policiers, publiés sous le pseudonyme de Hugo Horst.Il mettait alors la dernière touche à Théorie de la vilaine petite fille, reconstruction d\u2019un fait divers survenu au pays d\u2019Emily Dickinson.Cela se passe à Hydesville, près de Rochester dans l\u2019État de New York, en 1848.C\u2019est là que les trois filles du pasteur Fox, se livrant à un (faux) témoignage sur leurs relations avec des esprits, amorcèrent un culte spiritiste qui essaima longtemps et à travers les continents, comptant plus de trois millions d\u2019adeptes en quelques années.Quantité de recherches à prétention scientifique en découlèrent, en dépit de la rétractation d\u2019une des sœurs Fox et du ridicule de la situation première.Médiums Leah, Maggip et Kate sont de vilaines filles.A 12 ans, Maggie fait de la magie: avec Kate, elle parle avec les morts.Oublions Leah, d\u2019une vingtaine d\u2019années son aînée, qui a le sens des affaires.A 52 ans, Maggie avoue la supercherie.Devant la catastrophe annoncée, elle est invitée à retirer ses mots, un an plus tard.Mais les trompeurs trompés n\u2019en démordent pas de sitôt, et la farce, longue à s\u2019extirper de la croyance par une saine critique, est racontée par le roman- cier comme un fait divers inépuisable.Ce scandale impuni, ce drame du fanatisme collectif, sœ rait-il aujourd\u2019hui endigué?«Elle est folle!», cria-t-on à Maggie, qui déclarait froidement: «Le spiritualisme est d\u2019un bout à l\u2019autre une supercherie.C\u2019est la plus vaste imposture de notre siècle.Kate Fox et moi avons été embarquées là-dedans encore petites filles, bien trop jeunes et bien trop innocentes pour comprendre à quoi nous jouions vraiment, l\u2019une et l\u2019autre propulsées dans cette voie de duperie par des adultes sans scrupules.» Et Haddad de raconter avec brio le spectacle du théâtre médiumnique dans lequel elles jouaient leur histoire pas vraiment drôle.Boucs émissaires Pourquoi ressortir cette affaire, qui a enseveli ses actrices, et les porteurs de rumeur, dans la médiocrité et l\u2019oubli, sinon pour mettre en relation les circonstances et l\u2019impact exemplaire ?Les afflux d\u2019immigrants en Amérique et le melting-pot en formation ; l\u2019invention de l\u2019électricité et de la chaise mortelle ; les massacres d\u2019indiens; la montée des sectes et des affairistes, et surtout les égarements s\u2019exportant dans le spiritisme, tout cela, dont on se détournait pour vanter le mystère des esprits frappeurs, conduisit les deux plus jeunes sœurs à la relégation et à la fosse commune.Ce que Haddad rapporte en définitive, c\u2019est ce qu\u2019on découvrit plus tard : un squelette anonyme sous un mur de leur maison, qui explique suffisamment qu\u2019on entraîna ces pe- SOURCE LIBRARY OE CONGRESS Les sœurs Kate, Leah et Margaret (Ma^ie) Fox tites, sacrifiées sur l\u2019autel de la magouille générale, à converser avec les morts.Cela aurait-il eu lieu dans une société moins obscurantiste et moins peureuse, moins obnubilée par le démon ?Ce qui s\u2019en dégage, ce sont les intérêts, immédiatement croisés, à tenir les êtres crédules dans l\u2019ignorance.Manipulations et mensonges n\u2019ont convergé que parce qu\u2019il était aisé de faire passer «les mystères de la nuit» pour le réel dans des psychés fragiles.Plus encore, une idéologie du péché sans frontières, de la faute et de la culpabilité, sans retour de conscience ni pardon, transforma l\u2019artifice en conviction.Victor Hugo ne pratiquait-il pas des soirées spiritistes dans son long ennui de Guernesey?Le romancier raconte cette imposture idéologique et l\u2019instrumentalisation de deux fillettes, devenues vedettes, en vérité prisonnières de l\u2019opinion qu\u2019elles fascinaient.Elles abusèrent parce qu\u2019elles avaient été abusées.Aucune accusation légale ne fut portée ; aucun jugement, donc, ne vint réhabiliter la vérité, la dignité de Maggie.Demeura la souffrance de victimes innombrables, l\u2019irres- Les vraies sœurs Fox On considère encore aujourd\u2019hui les vraies sœurs Fox, filles, selon les sources, du pasteur David Fox ou d\u2019un certain John D.Fox, comme les mères du spiritisme.1848\tKate, 9 ans, et Marga-retta, 12 ans, disent avoir été surprises et effrayées par des pas entendus, inexplicablement, dans leur maison de Hydeville.Le 31 mars, I^te imite les sons de «l\u2019esprit frappeur», qui lui répond.Quelques sœ maines plus tard, des ossœ ments humains sont trouvés, après fouilles, dans la maison.1849\t-1850 Le phénomène de conversation avec les esprits suit les sœurs, dans leurs déménagements, et surtout en public.Elles commencent à faire la démonstration de leur «talent» lors de séances payantes, très courues.Kate et Maggie sœ ront désormais considérées comme des médiums.1886 Un article du New York Times paraît le 18 avril.«The Rochester rappings.The Fox sisters and the beginning of spiritualism» les présente comme les fondatrices du spiritisme.1888 Maggie confesse que c\u2019est essentiellement en faisant craquer très fort les jointures de leurs doigts et orteils que les sœurs Fox recréaient les coups attribués aux esprits.ponsabilité triomphante des puritains, le traumatisme institué et latent rejoignant les ambiguités de l\u2019Histoire oû plongent inévitablement les fautes irréparables et répétées.Collaboratrice Le Devoir THÉORIE DE LA VILAINE PETITE FILLE Hubert Haddad Zulma Paris, 2014, 398 pages Le temps de la vie NAÏM KATTAN David Grossman est l\u2019un des grands écrivains israéliens, fortement engagé en faveur d\u2019une paix négociée avec les Palestiniens pour l\u2019établissement de deux États.Il a tragiquement perdu son fils, un soldat de 20 ans, dans la guerre avec le Liban.Il a attendu, ensuite, cinq ans pour exprimer sa douleur dans un livre aussi sobre que bouleversant.Un homme, ainsi, quitte sa maison et se met en marche pour rejoindre son fils dans la mémoire.Sous forme de poème, il évoque sa route.Il n\u2019est pas seul.Il côtoie, entre autres, une sage-femme, un cordonnier, un centaure-écrivain.Ils ont tous perdu un enfant.Ils suivent tous l\u2019itinéraire de l\u2019intolérable.Ils vivent la mort au-delà de la plainte.Demeurer en vie est un poids qu\u2019il faut accepter, afin de retrouver dans la mémoire les figures des disparus.J\u2019ai eu le sentiment que Grossman récite à sa manière la kaddich, cette prière juive du rappel et de la commémoration des morts.Et c\u2019est la vie qui est célébrée là.Car la prière juive n\u2019est pas individuelle: il faut être dix, un minyan, pour la prononcer.Ce sont les compagnons de route qui composent le minyan dans ce récit.Pourtant, Grossman ne se réfère nullement à Dieu.Son invocation est une prière dont il aligne les mots à partir de la présence de tout son être.Cette unique incantation atteint le lecteur une page après l\u2019autre.C\u2019est une quête de l\u2019apaisement, une acceptation de la vie tel un retour.La mort, cette fin implacable, n\u2019aura pas le dernier mot.Collaborateur Le Devoir TOMBÉ HORS DU TEMPS David Grossman Traduit de l\u2019hébreu par Emmanuel Moses Editions du Seuil Paris, 2012,199 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 F 5 LITTERATURE Jean Cocteau, les derniers jours d\u2019un passé très défini GILLES ARCHAMBAULT Cocteau tenait pour important son journal.Ce qui ne l\u2019empêchait pas d\u2019en être un sêvêre critique.Ainsi trouve-t-on ici et là des jugements qu\u2019il portait sur cette activité.Celui-ci par exemple: «Je m\u2019aperçois que j\u2019entre trop dans les détails.Un journal n\u2019est vivant que bref.Je conseille à tous ceux qui le déchiffreront un jour de supprimer beaucoup de lignes inutiles que j\u2019écrivais pour distraire ma solitude.» L\u2019a-t-on écouté?Il semble bien que non.Et ce n\u2019est pas plus mal.Solitaire, ce mondain, vedette du Tout-Paris, président de ceci et de cela, qui va de Berlin à Rome, qui est à tu et à toi avec Picasso et Chaplin?Mais oui.Sinon, il ne se confierait pas à un journal.Très peu de ragots.On y apprend toutefois que Gide le soupçonnait d\u2019avoir dragué Marc Allégret et Pierre Her-bart alors que, selon lui, l\u2019inverse est plutôt vrai.On publie trente ans après le premier tome le huitième et dernier extrait de son Passé défini.Alors qu\u2019en 1983 on accompagnait le texte du Journal d\u2019un appareil critique universitaire impressionnant, on est pour cet ultime extrait plus succinct.Est-ce que l\u2019étoile du poète-dessinateur-cinéaste a pâli?Ou est-on moins curieux de notes intimes laissées par des écrivains ou des artistes?Bien malin qui pourrait trancher.Une chose est certaine, ce compte rendu des deux dernières années de la vie de Cocteau se lit sans ennui.Pour en avoir dévoré quatre des tomes qui nous mènent à celui-ci, je peux avancer que l\u2019approche de la mort n\u2019avait pas tellement ralenti son appétit de vivre.Qu\u2019on en juge : à plus de 72 ans, il opte pour un lifting, ne pouvant supporter la joue gonflée que lui présente son miroir! Je, me, moi et les autres Cocteau ne fait pas dans la dentelle quant à ses détestations.Il ne supporte ni Mahler, ni Claudel, ni Mallarmé et abhorre par-dessus tout Pascal.D\u2019être un peu partout ne réussit pas à le satisfaire.«Je dois me résigner à conduire seul mon aventure, à craindre les foules, à continuer le supplice de cette solitude glorieuse et absurde.Tous me veulent.Tous me demandent.Tous me détestent.» Ce journal vaut-il par son écriture?Pas particulièrement.Il s\u2019agit plutôt de notes proposées à la va-vite par un esprit dont le doute n\u2019est pas l\u2019apanage premier.Il écrit quelques mois avant sa mort: «Ils m\u2019amusent ceux qui disent que Le Requiem est ma plus belle œuvre.Ce n\u2019est pas ma plus belle œuvre, c\u2019est la plus belle œuvre de toute la poésie.» Un peu plus tôt: «Je n\u2019ai jamais eu que du génie.Par malchance, il prenait toujours allure de talent GALLIMARD /COLLECTION MUSEE DES LETTRES ET MANUSCRITS PARIS Autoportrait original à l\u2019encre de Chine rehaussé de couleur dessiné par Jean Cocteau en 1924.Un des 31 dessins réunis en fac-similé dans Le mythe de Jean l\u2019Oiseleur (1925).C\u2019est pourquoi on me le refuse.» Ne pas croire qu\u2019au déclin de sa vie, cet homme plus qu\u2019actif n\u2019a pas vu venir la mort.«Je m\u2019ennuie.Je ne m\u2019étais jamais ennuyé.Cela me semble être le pire des maux.» Pour lui, «Dieu est la plus considérable des hypo- « Solitude.J\u2019agonise.Mes amis dorment.Peut-être qu\u2019un d\u2019entre eux rêve à moi.» thèses».Sur la même page, de mai 1962, «Solitude.J\u2019agonise.Mes amis dorment.Peut-être qu\u2019un d\u2019entre eux rêve à moi.» Cocteau rapporte tout à lui.«Mon égocentrisme est devenu tel que si je m\u2019applique à ne pas écouter la radio, à ne pas lire un journal, c\u2019est que me devient insupportable toute activité à laquelle je ne participe pas.» Il est persuadé qu\u2019on n\u2019ose pas attaquer son œuvre parce que c\u2019est trop difficile.«On s\u2019en prend à ma personne, sur laquelle on invente n\u2019importe quoi.» La chose est d\u2019autant plus aisée que Cocteau est partout.Il refuse rarement des interviews, accorde de longs entretiens malgré une santé devenue fragile.S\u2019il se défile devant une obligation mondaine ou non, il en fait état, donne des raisons.Le mot qu\u2019il aimerait prononcer sur son lit de mort?«Adieu crétins.» Un peu plus de cinquante ans après sa mort, qu\u2019en est-il de la place de Cocteau dans la littérature française?Certes, moins grande qu\u2019à une certaine époque.L\u2019opium, Radiguet, Marais, ce ne sont plus que des ombres.Elles seraient toutefois bienveillantes, ces ombres.L\u2019omniprésence de Cocteau nuisait à l\u2019œuvre.Reste ce Passé défini qui n\u2019est certes pas une part négligeable de l\u2019ensemble.«Je devrais être l\u2019homme le plus heureux du monde et je suis le plus triste.Ma faute doit être de vivre dans un monde frivole sans l\u2019ombre de frivolité, de prendre au sérieux ce que les autres prennent à la légère.» Collaborateur Le Devoir LE PASSÉ DÉFINI Journal, tome VIII : 1962-1963 Gallimard Paris, 2013, 399 pages ESSAI Juvin à la défense de l\u2019écologie des cultures Un plaidoyer pour la primauté des droits collectifs PAUL BENNETT \\ A contre-courant du discours dominant en Erance, en faveur du métissage et du multiculturalisme et contre la résurgence des nationalismes, l\u2019économiste et écologiste français Hervé Juvin publie un ouvrage dérangeant, La grande séparation, qui se présente comme un plaidoyer pour la primauté des droits collectifs sur les droits individuels et qui fait ressortir la nécessité des frontières nationales pour préserver la diversité des cultures.Dénonçant V « angélisme » et le «rêve utopique» de ceux qui prônent un monde sans frontières régi par la suprématie de l\u2019économie de marché et une conception occidentale des droits de la personne s\u2019appliquant sans discernement à toutes les cultures, Juvin accuse les mondialistes de nier la résilience du sentiment national en Europe comme ailleurs.Il leur reproche aussi d\u2019ignorer les ravages du déracinement des populations, en Afrique notamment, et de l\u2019émigration clandestine.Ces pays, affirme-t-il, sont victimes de l\u2019idéologie du développement à tout prix préconisée par les organisations internationales et les grandes puissances.Tous les mêmes Selon Juvin, qui a beaucoup œuvré dans les pays en développement, il n\u2019y aura bientôt plus d\u2019autre voie pour les Afri- Juvin accuse les mondialistes de nier la résilience du sentiment national en Europe comme ailleurs cains ou les Asiatiques, dépouillés de leur identité, de leur histoire et de leurs ressources, que de devenir des Erançais, des Américains ou des Chinois comme les autres, réduits à leur statut de main-d\u2019œuvre à bon marché, servile et interchangeable.Or, de- mande-t-il, l\u2019Autre doit-il forcément nous ressembler?Les interventions en Irak, en Afghanistan ou en Libye pour y imposer la démocratie ont-elles changé l\u2019état du monde pour le mieux?On n\u2019a pas manqué de reprocher à Juvin d\u2019avaliser à rebours les régimes totalitaires, comme ceux de Mouba,rak en Egypte ou de Saddam Hussein en Irak, en préconisant ainsi la non-ingérence,dans les affaires d\u2019Etats souverains.Juvin dénonce par ailleurs avec raison une certaine «violence du droit» qui fournit un cadre juridique à l\u2019expulsion des indigènes ou à l\u2019exploitation du gaz de schiste contre la volonté populaire.Mais ses attaques contre ce qu\u2019il appelle la «dictature» des HERVEJUVIN LA GRANDE SÉPARATION Pour une écologie des civilisations droits individuels dans les sociétés occidentales l\u2019amènent à adopter des positions peu nuancées contre le mariage gai ou en faveur des traditions religieuses les plus rétrogrades.Malgré ses excès et son côté verbeux, l\u2019essai de Juvin a le mérite de faire entendre une voix autre, qui défend avec vigueur et clarté ce qu\u2019il appelle une «écologie des civilisations» respectueuse de la diversité des cultures et des nations.Collaborateur Le Devoir LA GRANDE SÉPARATION Pour une écologie DES CIVILISATIONS Hervé Juvin Gallimard Paris, 2013, 388 pages es miroirs a un P BEAU LIVRES JEAN COCTEAU LE MAGNIFIQUE Les miroirs d\u2019un poète Pascal Fulacher et Dominique Marny Gallimard Paris, 2013, 176 pages Catalogue d\u2019une exposition qui se poursuit toujours au Musée des lettres et manuscrits à Paris, à l\u2019occasion du 50® anniversaire du décès de Jean Cocteau (1889-1963), cet album luxueux vaut d\u2019abord pour la qualité remarquable de la reproduction des manuscrits, des éditions origindes, des dessins et des photographies de Cocteau, depuis ses premiers poèmes d\u2019avant 1910 jusqu\u2019aux photos de tournage du Testament d\u2019Orphée, réalisé en 1960.On peut y admirer, entre autres, les extraordinaires autoportraits originaux à l\u2019encre de Chine rehaussés de couleur réunis en fac-similé dans Le mystère de Jean l\u2019Oiseleur (1925), ou le manuscrit autographe, comme celui ci-contre, émaillé de croquis, du scénario de La Belle et la Bête (1944-1945).Les légendes qui accompagnent dessins et pages manuscrites apportent d\u2019utiles précisions, tandis que les textes retracent le parcours singulier de cet artiste polyvalent.Paul Bennett Jean Cocteau £dnon ttprifni de David CulUntop Démarche dun poète Grasset REFLEXIONS DEMARCHE D\u2019UN POETE Jean Cocteau Grasset Paris, 2013, 142 pages Publié en Allemagne en 1953, mais inédit en France, Démarche d\u2019un poète est un ensemble de réflexions de Cocteau sur la littérature, le cinéma et la peinture, et le récit de ses rencontres et de ses amitiés avec Proust, Gide, Picasso, Radiguet ou Stravinski.Le poète y explicite enfin les principes et les ressorts de sa création et de sa démarche d\u2019artiste.Si plusieurs passages sont des reprises ou des développements d\u2019œuvres autobiographiques antérieures ou contemporaines, telles que La difficulté d\u2019être ou Journal d\u2019un inconnu.Démarche d\u2019un poète se démarque par la volonté de Cocteau de clarifier ses postures et convictions pour ses lecteurs allemands.Malheureusement, l\u2019éditeur n\u2019a pas repris les reproductions d\u2019œuvres de Cocteau qui accompagnaient le texte de l\u2019édition originale allemande.Paul Bennett LUCIEN CLERGUE/ GALLIMARD Jean Cocteau sur le plateau de tournage du Testament d\u2019Orphée (1960), entouré de Jacqueline Picasso et Lucia Bosé et (en haut) de Luis Miguel Dominguin, Pablo Picasso et Serge Lifar.Archéolog e ^\tdel Amérique cooniaefrança&e Présentement en librairie Marcel Moussette et G rego r)r A.Was e I ko v Archéologie de l\u2019Amérique coloniale française Sergio Kokis Makarius roman \t 1 AMOUK DIS HOMMLS\t \t \t Hélène Rioux L\u2019amour des hommes roman XYZ.La revue de la nouvelle, n° I 17 Autorités NOUVELLE Autorités l>3ucK.pnHC H;n.brj es.l: evesque éditeur www levesqueediteurcom DISTRIBUTION DIMEDIA INC Courriel general@dimediaqc ca Site Internet wwwdimediaqcca F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 EEVRIER 2014 ESSAIS Trudeau ou l\u2019échec du fédéralisme Louis CORNELLIER Quand les Québécois souverainistes affirment ne pas se reconnaître dans le Canada de Stephen Harper et justifient ainsi la nécessité de l\u2019indépendance, il se trouve toujours un André Pratte, un Stéphane Dion ou un Thomas Mulcair pour leur répondre que le Canada de Harper n\u2019est pas le Canada et qu\u2019ils n\u2019ont qu\u2019à voter pour un changement de gouvernement.Or, peut-on leur répliquer, quand donc le gouvernement canadien a-t-il permis aux Québécois de se reconnaître dans ce pays?En lisant Sur la piste de Trudeau.40 ans de frictions entre deux nationalismes, une anthologie de textes sur Trudeau parus entre 1962 et 1994 dans L\u2019Actualité et dans son prédécesseur.Le Maclean, on est forcé de conclure que ce ne fut certes pas à l\u2019époque de Pierre Elliott Trudeau, dont le fils Justin, d\u2019après la rumeur, s\u2019apprête à suivre les traces.Cette anthologie, conçue et préparée par Jean Paré, rédacteur en chef du Maclean et ensuite directeur de L\u2019Actualité de 1976 à 2000, soulève même, sans jamais la formuler directement, une question plus radicale : comment peut-on, au Québec, être encore fédéraliste?Car, enfin, reconnaissons-le.ctualné que reste-t-il de ce rêve d\u2019une nation québécoise pleinement reconnue et intégrée à l\u2019ensemble canadien?Déjà, en 1982, après l\u2019épisode du rapatriement de la Constitution, Jean Paré en constatait la faillite.«Trudeau, écrivait-il, avait l\u2019occasion d\u2019intégrer l\u2019irrédentisme québécois dans un nouveau fédéralisme, mais il le repousse vers la radicalisation, l\u2019intransigeance, peut-être l\u2019aventure.On a rarement vu autant d\u2019énergie, d\u2019astuce, de soins, donner d\u2019aussi maigres résultats.Entre l\u2019aventure incertaine et l\u2019arrogant appétit de pouvoir du leader fédéral, il ne reste rien: ni souveraineté-association, ni États associés, ni statut particulier, ni dualité politique.Les Québécois viennent de se faire expulser du Canada comme nation pour se faire offrir d\u2019y rentrer comme individus.» Paré, en 1990, juste avant l\u2019échec officiel de l\u2019accord du lac Meech, résume sa pensée en notant que «le problème, c\u2019est que lorsque Pierre Trudeau gagne, tout le monde perd».Les Québécois, pourtant, avaient cru en Trudeau, lui accordant de larges majorités au Québec.Le poète et journaliste Paul-Marie Lapointe, rédacteur en chef du magazine Maclean en 1968, annonçait cependant l\u2019échec de ce pari.Les Québécois, écrivait-il, votent pour Trudeau parce qu\u2019il est un des leurs, «ce qui constitue en soi une sorte d\u2019humour noir, l\u2019aversion de leur éminent compatriote pour les sentiments dits nationaux constituant la ¦a CHUCK MITCHELL ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE « Le problème, c\u2019est que lorsque Pierre Trudeau gagne, tout le monde perd», écrivait Jean Paré en 1990.pierre angulaire de sa morale politique».French Power Cet humour noir se retournera, l\u2019histoire en témoigne, contre le Québec.«Pierre Trudeau, écrit Paré en 1983, a pré- tendu défendre les droits des Canadiens français en affaiblissant, en anémiant le seul gouvernement où ils sont une majorité.[.1 Avec l\u2019indépendance, expliquait-il, les Canadiens français ont tout à perdre.A la suite de quoi il s\u2019est ingénié à ce qu\u2019ils aient de moins en moins de choses à perdre.» On invoquera peut-être, pour contredire ces sévères jugements, le fleuron du French Power trudeauiste, c\u2019est-à-dire la Loi sur les langues officielles.Ce serait, encore une fois, faire dans le triste humour noir, comme le notait le politologue Daniel Latouche en 1984 en remarquant que, «sauf exception, le français n\u2019est toujours pas une langue de travail \u201cnormale\u201d à Ottawa et les batailles qu\u2019on croyait gagnées sont toujours à recommencer».Le fédéralisme, au Québec, ne pouvait avoir un avenir qu\u2019à condition de se fonder sur le principe des deux nations et sur la reconnaissance du fait que, pour perdurer, «le Canada français n\u2019a d\u2019autre choix que de jouer à fond l\u2019État du Québec et d\u2019obtenir par lui la mesure la plus large d\u2019auto-dé-termination », comme l\u2019écrivait le romancier et intellectuel André Langevin dans le magazine Maclean en 1968.Une nation ou des individus ?Onze ans plus tard, Jean Paré enfonce le même clou.«Il ne s\u2019agit pas, écrit-il, de sentimentalisme: on s\u2019identifie à un gouvernement que l\u2019on tient, et par lequel on contrôle son environnement culturel, politique et économique.Il y a bel et bien deux nations au nord du 45*\u2019parallèle: celle qui, par son poids démographique, contrôle le gouvernement du Canada, et l\u2019autre majorité qui, par le sien, contrôle celui du Québec.» Trudeau, lui, refuse ce constat, s\u2019accroche à son modèle fantasmé d\u2019une seule nation \u2014 on sait laquelle.\u2014 regroupant des individus et, écrit Paré en 1980, «10 ans après la crise d\u2019Octobre, le Pierre Trudeau qui abolissait alors les libertés pour mieux les protéger s\u2019apprête, pour sauver le Canada de ses tendances centrifuges et scissionnistes, à détruire le fédéralisme».En 1971, le politologue Gérard Bergeron, dans une lettre ouverte à Trudeau, lui donnait trois ans pour relancer le fédéralisme, à la faveur de la présence à Québec du gouvernement Bourassa.En cas d\u2019échec, concluait-il, «les indépendantistes québécois pourront alors parler sans se gargariser de l\u2019\u201cirréversibilité\u201d du phénomène».On connaît la suite.Les Québécois, suivant la leçon des propagandistes fédéralistes, se sont dit que, peut-être, en changeant de gouvernement, un jour, sait-on jamais.Quelques échecs et déceptions plus tard, l\u2019inexistence nationale, lentement, leur est devenue comme une seconde nature, à tel point que les partis fédéralistes, aujourd\u2019hui, ne se sentent même plus obligés de faire semblant de vouloir régler le problème pour espérer recueillir leurs votes.Sur la piste de Trudeau n\u2019est pas un livre souverainiste.Les textes de qualité qu\u2019il regroupe se contentent, sauf exception, de constater la faillite du fédéralisme canadien et d\u2019en accuser, à raison, Pierre Trudeau.Pour le reste, il revient aux esprits cohérents de tirer la conclusion qui s\u2019impose.louisco@sympatico.ca SUR LA PISTE DE TRUDEAU 40 ANS DE FRICTIONS ENTRE DEUX NATIONALISMES Sous la direction de Jean Paré L\u2019Actualité/Rogers Montréal, 2014, 192 pages Un anarchisme raisonnable estil possible ?MICHEL LAPIERRE L> anarchisme passe souvent ' pour la doctrine de pirates masqués qui brandissent le drapeau noir et ne se lassent pas de fracasser des vitrines.Voilà qu\u2019un observateur distant du mouvement, James C.Scott, politologue et anthropologue de la prestigieuse Université Yale, se permet de publier Petit éloge de l\u2019anarchisme.Il pousse l\u2019originalité jusqu\u2019à montrer que c\u2019est la petite bourgeoisie qui incarne l\u2019insubordination nécessaire au progrès social.Non violent, l\u2019intellectuel américain n\u2019adhère d\u2019aucune façon à l\u2019anarchisme systématique et préconise seulement «un certain regard anarchiste».Il estime pourtant que les radicaux du Black Bloc, en orchestrant le saccage et l\u2019affrontement avec la police lors du sommet de l\u2019Organisation mondiale du commerce à Seattle en 1999, n\u2019ont pas commis une insolence inutile.Sans l\u2019attention médiatique que ces marginaux ont suscitée, on peut croire, comme Scott, que le mouvement alter-mondialiste, essentiellement pacifique, serait «presque passé inaperçu».L\u2019essayiste a l\u2019intel- ligence de faire sien le jugement émis en 1904 par Rosa Luxemburg, selon lequel les erreurs de la spontanéité révolutionnaire sont «plus fécondes et plus précieuses que l\u2019infaillibilité du meilleur \u201ccomité central\u201d» d\u2019un groupe progressiste structuré.De l\u2019urbanisme à l\u2019anarchisme Mais, à la différence de cette marxiste libertaire, il estime que la petite bourgeoisie, par son esprit d\u2019initiative, a, encore plus que la masse des travailleurs salariés, le pouvoir de rendre la société plus égalitaire en ébranlant l\u2019ordre insti- tutionnel.Sur qui s\u2019appuie-t-il pour soutenir ce que plusieurs verront comme une énormité ?Sur Jane Jacobs, qui a révolutionné l\u2019urbanisme en établissant que l\u2019harmonie et la prospérité d\u2019un quartier ne reflètent pas l\u2019esthétique rigide et planifiée des urbanistes conventionnels mais un désordre apparent.Ce prétendu chaos, explique Scott, est, comme la mise en page d\u2019un bon journal, le fruit d\u2019un agencement complexe, subtil, et non d\u2019un laisser-aller.Selon lui, la petite bourgeoisie représente «une précieuse zone d\u2019autonomie et de liberté au sein de systèmes étatiques de plus en {,{,Les grands acquis émancipateurs et porteurs de liberté pour l\u2019humanité ne sont pas le fruit de procédures institutionnelles ordonnées, mais bien d\u2019actions désordonnées, imprévues et spontanées, )) Extrait de Petit éloge de l\u2019anarchisme de James C.Scott plus dominés par de grandes bureaucraties publiques et privées».Avec clairvoyance, il considère qu\u2019elle se rapproche ainsi de «la sensibilité anarchiste».Son inspiratrice, Jane Jacobs, n\u2019a-t-elle pas décelé, dès 1961, dans la classe moyenne des grandes villes américaines, des préoccupations sociales, voire revendicatrices, que l\u2019on dirait aujourd\u2019hui «citoyennes»?Enfin, pour renverser le culte de la quantification qui, d\u2019abord en Amérique du Nord, opprime la recherche universitaire, Scott s\u2019appuie sur cette pensée lumineuse d\u2019Albert Einstein: «Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas forcément.» L\u2019anarchisme réfléchi ne serait-il pas, au fond, un combat sans merci pour détacher l\u2019illusion de la réalité?Collaborateur Le Devoir PETIT ÉLOGE DE L\u2019ANARCHISME James C.Scott Traduit de l\u2019anglais (américain) par Patrick Cadorette et Miriam Heap-Lalonde Lux Montréal, 2014, 240 pages L\u2019algorithme du succès littéraire La stylométrie stylistique comme dénicheur de best-seller STEPHANE BAILLARGEON Un éditeur, c\u2019est bien.Un ordinateur, c\u2019est mieux.Des chercheurs américains en informatique prétendent avoir trouvé la recette des succès littéraires en examinant le style de romans primés et encensés.Ils ont mis au point un programme qui permet d\u2019appliquer cette «stylométrie statistique» pour départager automatiquement les œuvres porteuses d\u2019éternité des autres destinées aux poubelles de l\u2019histoire de la littérature.«Nous avons examiné le lien quantitatif entre style et succès littéraires, résument les chercheurs du Department of Com- puter Science de l\u2019Université Stony Brook, à New York.En nous appuyant sur des romans de différents genres, nous testons la capacité de la stylométrie statistique à prédire le succès des œuvres et déterminons les éléments stylistiques caractéristiques les plus importants dans les écrits à succès.» L\u2019étude de Vikas Ganjigunte Ashok, Song Leng et Yejin Choi s\u2019intitule Success with Style: Using Writing Style to Predict the Success of Novels.L\u2019enquête se base sur un échantillon de quelque 800 romans tirés du Gutenberg Project, banque de données de livres gratuits en ligne, qui compte plus de 42000 titres.Au total, l\u2019étude prétend pouvoir discriminer les œuvres assurées de plus de succès de celles qui en auront moins, avec un taux de réussite de 84%.Classiques Le succès n\u2019y est pas défini par rapport à la popularité (le nombre d\u2019exemplaires vendus, quoi) mais en fonction de la réception critique, notamment l\u2019attribution de prix, y compris les plus prestigieux, comme le Nobel.La liste des ouvrages examinés comprend aussi bien Le vieil homme et la mer que Peter Pan ou Le comte de Monte-Cristo.Bref, il est moins question de best-sellers que de grands classiques, qui peuvent bien sûr, aussi, être très populaires.Le document savant, bourré de statistiques complexes, s\u2019in- téresse à différents éléments stylistiques, à l\u2019usage des adjectifs par exemple, d\u2019adverbes ou de mots étrangers.Une des révélations explique que les livres les moins renommés décrivent davantage des actions et des émotions, tandis que les plus réputés se concentrent sur du vocabulaire lié à la pensée, à la réflexion ou aux souvenirs.Une autre conclusion établit un rapport inverse entre la lisibilité d\u2019un texte et son succès : plus un roman est dense et compliqué, plus il a de chances de se démarquer comme classique.Lallait-il vraiment un ordinateur pour comprendre ça?Le Devoir La Vitrine MAHMOUD HUSSEIN CE QUE LE CORAN NE DIT PAS POUR UNE RÉVOLUTION THÉOLOGIQUE RELIGION CE QUE LE CORAN NE DIT PAS Mahmoud Hussein Grasset Paris, 2013, 112 pages Il y a dans l\u2019islam, comme dans toutes les grandes religions, une confrontation interne entre un courant rationaliste et un courant traditionaliste.Ce dernier impose notamment une lecture littérale du Coran.Ce solide essai d\u2019exégèse, œuvre des philosophes et militants égyptiens Bahgat Elnadi et Adel Rifaat, qui empruntent le pseudonyme commun de Mahmoud Hussein, s\u2019inscrit dans le courant rationaliste et réformateur, partisan d\u2019un islam ouvert, généreux et tolérant.Il montre, de brillante façon, que le Coran doit être lu à la lumière de la Sîra (chroniques des faits et gestes du Prophète) et des Asbâb al-Nuzûl (circonstances de la Révélation), c\u2019est-à-dire en usant d\u2019un libre discernement.«Le Coran, écrivent-ils, ne peut plus, dès lors, être lu comme un ensemble de commandements et d\u2019interdits valables en tous lieux et en tous [sicl temps.Il sollicite une capacité de discrimination et de choix, il fait appel à l\u2019intelligence du cœur.» Une belle invitation, formulée par de savants croyants, à en finir avec le dogmatisme.Louis Cornellier Marie-Thérèse IJadeau \"VOIR LA SOUFFRANCE AUTRE THEOLOGIE VOIR LA SOUEERANCE AUTREMENT Marie-Thérèse Nadeau Médiaspaul Montréal, 2013, 176 pages Membre de la Congrégation de Notre-Dame, la théologienne Marie-Thérèse Nadeau ne craint pas d\u2019aborder des sujets costauds dans ses essais limpides et originaux.Ainsi, cet essai sur la souffrance fait suite à des réflexions sur la mort et sur le corps.Mystérieuse, inévitable, s\u2019imposant sous diverses formes (physique, psychique, spirituelle) et entraînant des effets dévastateurs, la souffrance, en elle-même, est absurde.Une certaine tradition chrétienne fait fausse route en la présentant comme la rançon du péché.Dieu, insiste Nadeau, ne veut pas la souffrance et le Christ n\u2019est pas mort pour racheter nos fautes ; il a accepté ce sort pour mener à bien sa mission jusqu\u2019au bout.La valorisation chrétienne de la souffrance est donc une erreur.Contre le dolorisme, il importe plutôt de se demander «comment donner sens à sa vie malgré le non-sens qu\u2019y fait pénétrer la souffrance».Le style exagérément méthodique de Nadeau enlève un peu d\u2019allant à cet essai, par ailleurs éclairant.Louis Cornellier "]
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