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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-03-01, Collections de BAnQ.

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[" CAHIER F > LE Ep|V OIR, LES SAMEDI\tET DIMANCHE 2 A R S 2 0 14 il RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR La nonchalance de François Blais français biais sam CATHERINE LALONDE Une boîte de beaux vieux livres, des introuvables québécois \u2014 Le journal de Marie Bashkirt-seff, les Œuvres complètes d\u2019Oc-tave Crémazie, du Laure Conan première édition, etc.\u2014 glanés pour une bouchée de pain lors d\u2019une vente de déménagement, pique la curiosité du narrateur de Sam, le nouveau roman de François Blais.Mais c\u2019est un extrait du journal intime d\u2019une fille inconnue, glissé au fond du carton, qui captera son attention.Jusqu\u2019à l\u2019obséder.Rendu amoureux soudain par ces mots, il annote le journal de cette Sam de ses notes d\u2019enquête pour la retrouver.Récit gigogne, chant où le très quotidien, l\u2019ordinaire, «les flâneries web» et les réflexions pertinentes et farfelues s\u2019entrecroisent, ici avec des mots tirés de l\u2019anglais, de la novlangue facebookienne, ou là par un usage de l\u2019imparfait du subjonctif, Sam montre une habileté littéraire sous une grande nonchalance, emplie d\u2019ironie et d\u2019autodérision.On retrouve ce qui devient, depuis Iphigénie en haute-ville (L\u2019Instant même, 2006), la signature \u2014 les détracteurs diront la recette \u2014 de François Blais.lA^Xf Danielle Laurin sous le charme du premier roman de Sara Lazzaroni Page F 3 L\u2019auteur l\u2019a écrit dans son huitième roman : «Il faut que je vous avoue aussi que je suis très mauvais en entrevue.(Imaginez votre pire entrevue, mettez ça au carré).» Le Devoir a donc proposé un entretien courriel à François Blais.Questions-réponses, littéralement à tu et à toi.Il y a dans tes écrits une nonchalance, un je-m\u2019en-foutlsme \u2014 posture ou attitude réelle?\u2014 qui laisse percer juste ce qu\u2019il faut pour ne pas passer pour un con.Est-ce que tu sais pourquoi tu joues sur cette corde?Pour des gens de ma génération [l\u2019auteur a la quarantaine, NDLR], c\u2019est mission impossible que de départager la part de posture et de réel dans nos attitudes.Le deuxième degré est devenu comme le premier degré par défaut.L\u2019imparfait du subjonctif sert un peu à ça: donner un léger côté ridicule à mon narrateur.Utiliser un temps de verbe désuet, c\u2019est comme porter une redingote ou un monocle : si on le fait, c\u2019est forcément au deuxième degré.Mais c\u2019est clair qu\u2019on s\u2019arrange pour ne pas passer pour des cous.La nonchalance que tu perçois dans mes écrits est bien entendu très travaillée.Dans mon dernier roman, Sam est censée écrire son journal en vitesse, comme ça lui vient, des fois un peu soûle, des fois morte de fatigue ; ça a l\u2019air sloppy, mais tu te doutes bien que je me suis relu cent fois poiu créer cet effet, et que j\u2019ai ensuite passé des heiues avec mon éditrice à soupeser des virgules et des tournures de phrase.Mais je ne sais pas vraiment poiuquoi je joue cette corde-là.Tu évacues l\u2019Idée d\u2019autofIctIon, mais tu t\u2019amuses à truffer tes récits de renseignements vrais \u2014 jusqu\u2019à ton adresse courriel \u2014 et vérifiables, très souvent glanés sur le Web.Tu vas en ce sens plus loin que « faire des recherches pour rendre le récit crédible».Mes personnages parlent beaucoup des livres qu\u2019ils ont lus, de leurs flâneries dans le Web, de leurs flâneries tout court, parce qu\u2019il faut bien que je parle de ce que je connais.Et je ne connais pas grand-chose.Si j\u2019avais eu une vie intéressante comme Nelly Arcan, si j\u2019avais des convictions comme Biz, si j\u2019avais voyagé dans des pays en guerre comme Gil Courte-manche, si j\u2019avais voyagé tout court, je focusse-rais sans doute moins sur les catégories des sites pornos et les mystères de la toponymie.Et puis, le Web, c\u2019est un peu mon interface avec le monde.Si je truffe mes histoires de renseignements trouvés sur le Web, c\u2019est que je m\u2019intéresse à un paquet d\u2019affaires niaiseuses et que le Web est un réservoir sans fond d\u2019affaires niaiseuses.Inévitablement, ça déborde un peu dans mes romans.J\u2019al l\u2019Impression comme lectrice que tu travailles parfois sur une certaine «oralité littéraire» et que la structure prend de plus en plus de place dans tes romans.Cette impression vient peut-être du fait que je me suis déboutonné en écrivant Sam.Je venais de passer les 18 mois précédents à travailler sur le premier jet de La classe de madame Valérie, un roman axé sur le storytelling.J\u2019avais 25 personnages à faire évoluer [sur 20 ans] et il fallait que je meuble leurs vies, que je leur attribue des biographies, que je leur invente des histoires.En réaction, j\u2019ai voulu me payer la traite et écrire un roman à un seul personnage (un et demi, mettons), à qui il n\u2019arrive rien du tout.Bref, je me suis (lâchement) replié dans ma zone de confort.(La plupart du temps, tout ce que j\u2019essaie de faire dans mes romans, à part mon comique, c\u2019est de créer ma Fille Idéale.) Et j\u2019ai vraiment commencé Sam librement, sans savoir où je m\u2019en allais, encore une fois en réaction à Madame Valérie.La structure est apparue plus tard.En fait, je ne suis pas très porté sur les structures.Peut-être parce que beaucoup d\u2019auteurs que j\u2019admire se balancent de la VOIR PAGE F 3 : NONCHALANCE Des portraits de personnalités signés Pierre Vadeboncœur rassemblés Page F 6 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI I®'^ ET DIMANCHE MARS 2014 LIVRES La Vitrine BANDE DESSINEE L\u2019ONDE SEPTIMUS Dufaux, Aubin, Schréder Black et Mortimer éditions Bruxelles, 2014, 70 pages Il faut avoir un sacré culot pour prétendre assurer la survie des célébrés personnages de bande dessinée Black et Mortimer et arriver avec un album dans lequel le duo ne fait finalement qu\u2019une bien timide apparition.C\u2019est pourtant l\u2019étonnante trame narrative choisie par le scénariste Jean Dufaux pour cette Onde Septimus, suite logiqqe, mais pas très intéressante, de La marque jaune (1956).A la fin de 2013, l\u2019album a fait son apparition avec la force d\u2019un tirage de 500000 exemplaires, deuxième en importance dans le monde du 9® art après Astérix chez les Pietés.Il arrive désormais au Québec.Avec son dessin aux contours délicieusement surannés, qui n\u2019aura jamais été aussi proche du trait d\u2019Edgar P.Jacob, l\u2019objet avance surtout sur les traces d\u2019Olrik et de l\u2019épouvantable Septimus, véritables héros de ce 22® opus.Le télécéphaloscope est là, tout comme les autres composantes prévisibles de cette intrigue qui fait bel et bien passer une onde dans le cerveau : celle de la déception.Fabien Deglise Angèle Bassolé-Ouédraogo Cantate pour un Soleil libre POESIE CANTATE POUR UN SOLEIL LIBRE Angèle Bassolé-Ouédraogo L\u2019Interligne Ottawa, 2014,120 pages Journaliste et poète d\u2019origine burkinabée née en Côte d\u2019ivoire et vivant maintenant en Ontario, où elle enseigne à l\u2019Institut d\u2019études des femmes de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Angèle Bassolé-Ouédraogo chante, dans ce recueil en vers simples et militants, l\u2019Afrique de tous les combats.«Je tresse avec mes mots esseulés / Des nattes d\u2019espérance / Pour des peuples à la dérive / Sur un continent en voie de disparition », écrit-elle.Oscillant de l\u2019espoir à l\u2019inquiétude, cette poésie engagée, qui rêve de paix et de liberté au soleil, laisse aussi place à une veine amoureuse, à la fois emportée et tourmentée.L\u2019élan, plein d\u2019un feu qui réchauffe, parfois jusqu\u2019à la brûlure, est souvent beau, même s\u2019il n\u2019est pas toujours soutenu.La poète sera au Salon du livre de l\u2019Ôutaouais le 1®'' mars pour des séances de signature.Louis Cornellier JACQUES LE GOFF FAUT-IL VRAIMENT DÉCOUPER L\u2019HISTOIRE EN TRANCHES ?Jacques Le Goff HISTOIRE FAUT-IL VRAIMENT DÉCOUPER L\u2019HISTOIRE EN TRANCHES ?Jacques Le Goff Seuil Paris, 2014, 207pages Le grand spécialiste du Moyen Âge qu\u2019est Jacques Le Goff s\u2019emploie dans ce nouveau livre à explorer cette question magique pour les historiens : comment découper les périodes ?En d\u2019autres termes, a-t-on raison de fixer un temps de l\u2019histoire entre deux dates ?L\u2019intéresse en l\u2019occurrence ce fameux Moyen Âge que l\u2019on oppose toujours à la Renaissance.Le Goff montre que le temps qu\u2019impose Iq vision de l\u2019économie n\u2019est pas le même que celui des États, des religions, etc.Il montre que rien n\u2019est jamais parfaitement fixe en matière de temps historique.Sait-on par exemple que l\u2019on doit à Denys le Petit, un écrivain installé à Rome, l\u2019introduction de cette convention d\u2019«avant» et «après» Jésus-Christ?N\u2019empêche que Jésus, qui fait office de convention, serait né possiblement quatre ou cinq ans après la date proposée.Le temps du monde, celui que les historiens découpent, est toujours une convention qui peut être remise en cause.Le Goff considère que «le temps fait partie de l\u2019Histoire».La Renaissance lui apparaît comme un moment du long Moyen Âge qui contient déjà tous les possibles d\u2019une autre période.«La Renaissance, donnée pour une époque spécifique, n\u2019est en fait qu\u2019une ultime sous-période du Moyen Age».Un livre qui donne assurément un autre regard sur notre façon d\u2019envisager les divisions de l\u2019histoire.Jean-François Nadeau / LITTERATURE QUEBECOISE Sergio Kokis : la trace du mime Sergio Kokis exhume dans son récent Makarius les premières années d\u2019un personnage de mime qui était déjà au cœur de deux de ses romans précédents, Saltimbanques et Kaléidoscope brisé (XYZ, 2000 et 2001).Une suite romanesque qui explore le destin d\u2019artistes de cirque plutôt singuliers.CHRISTIAN DESMEULES Le romancier et artiste peintre né en 1944 à Rio de Janeiro, au Brésil, y prend de front son obsession pour la mort \u2014 a fortiori ses représentations dans l\u2019art occidental.Et il le fait d\u2019abord à travers le regard de Carlos Schulz, graveur italien d\u2019origine brésilienne, qui reçoit une commande de plusieurs œuvres pour illustrer le rornan d\u2019un mystérieux auteur. cette occasion, en discutant avec le commanditaire, il se rappelle avoir croisé un curieux personnage de mime, ami de son professeur de peinture, au milieu des années 1950 au Brésil.Ces commandes vont lui permettre de se consacrer au seul travail qui lui importe vraiment: réaliser une «danse macabre» contemporaine, cette sarabande où les morts se mêlent aux vivants.Et pour ce faire, il compte s\u2019inspirer de l\u2019existence sinueuse et pleine de trous du mime comme fil conducteur de l\u2019œuvre qu\u2019il entend créer.Makarius, 17® roman de Kokis, se distribue ainsi en deux séquences qui alternent.D\u2019une part, le récit de la quête de Schulz au début des années 1970.De l\u2019autre, l\u2019existence du mime, telle que reconstituée par le graveur à partir des maigres indices dont il dispose.L\u2019homme qui l\u2019intrigue et l\u2019inspire, Makarius Martijnus Steiner, alias Makar Leichen, qui deviendra mime dans des cabarets de Berlin, est un orphelin «de souche allemande» né dans les provinces baltes de l\u2019empire de Russie à la fin du XIX® siècle.Le destin singulier de cet «artiste du silence» sera le prétexte d\u2019une traversée de l\u2019histoire brûlante du XX® siècle.La Première Guerre mondiale, l\u2019expérience volontaire des tranchées et la découverte de la condition humaine pour Makarius.La frénésie et le chaos du Berlin des années 20, la montée du nazisme, les premiers camps, la guerre d\u2019Espagne.Les flots de réfugiés qui se sont déversés en Europe, avant de se répandre à travers le monde.Ethique du travail Son destin, surtout, lui fait connaître l\u2019expérience du déracinement.Mime, artiste par définition solitaire, Makarius était un «homme sans illusions, entièrement absorbé par son art et par les aventures de son temps, fuyant les attaches et les chimères idéologiques, pour qui l\u2019existence authentique signifiait avant tout le désir de transformer le maximum d\u2019expériences en conscience».Kokis se fait plaisir et consacre de longs et nombreux passages didactiques, souvent assez peu digestes, à l\u2019expressionnisme allemand, à l\u2019écrivain fantôme B.Traven, à la gravure, aux danses macabres, ou au poète Paul Celan.L\u2019acteur masqué (Woyzeck), Sergio Kokis, huile sur toile, 1981  cette lourdeur s\u2019ajoute celle de la multiplication des filtres narratifs, puisque Makarius raconte la quête d\u2019un homme qui lui-même cherche à reconstituer l\u2019existence de quelqu\u2019un d\u2019autre.Cette manœuvre narrative, qui pourra paraître superflue à plus d\u2019un lecteur \u2014 source de distance autant que de distraction \u2014, permet à l\u2019écrivain, on le comprend, de traiter sans détour des arts visuels.Mais sous cette gangue épaisse, et derrière les approximations et les maladresses occasionnelles d\u2019un romancier qui prend l\u2019Histoire à bras-le-corps \u2014 Ankara, par exemple, n\u2019est devenue la capitale de la Turquie qu\u2019en 1923 \u2014, on trouvera par ailleurs une tentative de réflexion substantielle, même si elle pourra apparaître à la fois diluée et trop explicite.Une réflexion sur la création et sur la mort. propos de l\u2019irréductible solitude de l\u2019artiste et de son rapport ambigu à la société.Sur la nécessité du mouvement pour se garder en vie.Au passage, se glissent aussi dans Makarius les fondements d\u2019une véritable éthique du travail libre, antidote contre l\u2019absurdité de l\u2019existence, les pièges de l\u2019ennui et de la fmi-tu4e humaine. travers la voix de ses personnages, Sergio Kokis sem- ble livrer dans Makarius un féroce credo individualiste.«Par ailleurs, dites-vous bien que la solidarité et l\u2019engagement social conviennent davantage à ceux qui n\u2019ont rien de mieux à faire, à ceux qui ont besoin du groupe pour se sentir en sécurité.C\u2019est louable et nécessaire de s\u2019engager dans des œuvres de bienfaisance, certes, mais vous aiderez SOURCE SERGIO KOKIS plus les gens en vous consacrant à ce que vous savez faire mieux que les autres.» Collaborateur Le Devoir MAKARIUS Sergio Kokis Lévesque éditeur Montréal, 2014, 486 pages Deux questions à Sergio Kokis D\u2019où vient dans votre œuvre cette obsession pour ie thème de ia mort?Il ne s\u2019agit pas d\u2019une obsession mais bien de la rigueur dans la poursuite de l\u2019investigation du thème le plus important de la philosophie, soit celui de notre fmi-tude.Seule la victoire contemporaine de la frivolité peut faire paraître anormal le souci de la réflexion sur la mort.Ou le souci de la signification personnelle de l\u2019existence.Devant cette question fondamentale, comme l\u2019a dit Montaigne, «le remède du vulgaire c\u2019est de n\u2019y penser pas».Pourtant, c\u2019est la mort qui transforme notre vie en aventure.Le déracinement est-il à l\u2019avantage du créateur?Qu\u2019il l\u2019accepte ou non.l\u2019artiste est un déraciné, un étranger ou un revenant parmi ses semblables.S\u2019il ne veut pas jouer le larbin au service du pouvoir \u2014 patrie, race, tradition, famille ou mythes \u2014, il se doit de rechercher une vision extérieure à celle de la foule.La foule que Nietzsche appelle «les mouches de la place publique».Le fait de venir d\u2019ailleurs, de parler d\u2019autres langues et d\u2019avoir connu d\u2019autres mœurs peut aider à garder la position privilégiée d\u2019observateur cynique (au sens original du terme) et de créateur de perspectives originales.Mais son déracinement est avant tout existentiel, une sorte de bâtardise, même si l\u2019artiste paraît enraciné dans sa société sans jamais l\u2019avoir quittée.Sous la direction de Denis Vaugeois et Gaston Deschênes VIVRE \u2022a CONQUETE à travers plus de 2 5 parcours individuels Tome 2 E P T E N T R I O N Qc CA 2 J ans \u2022 iy88-20iy toujours la référence en histoire au québec Pour découvrir la programmation tou ^rCARNUS VISITEUR itg» Raoio-canaDa ^\tprésente 35\u2018 Salon du livre de l\u2019Outaouais Palais des congrès de Gatineau 27 février au 2 mars 2014 Sous la présidence d\u2019honneur de KimThûy Ÿ\\wi voir le monde! ^ sio.qc.ca Gatineau 1*1 ssi\" Canada SODEC Québec ri leiRaxhcaruoë LE DEVOIR, LES SAMEDI 1'='^ ET DIMANCHE 2 MARS 2014 F 3 LITTERATÜRE Avoir 24 ans, s\u2019appeler Patchouli \\-C.^ Danielle -1 Laurin Tomber sous le charme d\u2019un premier roman.Ça n\u2019arrive pas si souvent.Se dire que ce tout petit roman d\u2019une petite centaine de pages marque le début d\u2019une œuvre.Y croire.Apprendre que l\u2019auteure, Sara Lazzaroni, n\u2019a pas encore vingt ans.Qu\u2019elle est née en Italie d\u2019un père italien et d\u2019une mère québécoise, qu\u2019elle vit à Sainte-Foy depuis l\u2019âge de trois ans.Et qu\u2019elle étudie l\u2019anthropologie à l\u2019Université Laval.Ne pas vouloir crier au génie.Surtout pas.C\u2019est plus subtil que ça.Qu\u2019est-ce que le génie de toute façon?Ne pas vouloir créer d\u2019attentes surdimensionnées.Ne pas dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman fulgurant, stupéfiant.Ce n\u2019est pas le cas.Préciser que ça n\u2019a rien à voir avec les autofictions trash, sur-voltées, exhibitionnistes, scandaleuses.Pas de provocation ici.Pas de rage ni de violence.Pas de désespoir sans fond non plus.Préciser surtout que ça n\u2019a rien à voir avec les premiers romans autobiographiques au ras des pâquerettes, les témoignages thérapeutiques, où l\u2019auteur s\u2019apitoie sur son sort dans une longue litanie, en privilégiant l\u2019enfilade d\u2019événements tragiques.Rien d\u2019extraordinaire, de transcendant, à vrai dire, dans Patchouli.Mais une voix.Tout simplement.C\u2019est là que ça se joue essentiellement en littérature.C\u2019est impalpable.Mais on sait quand on l\u2019entend.Entendre la narratrice se raconter par petits morceaux.En discontinu.Sans en faire trop.Sentir l\u2019effervescence qui l\u2019habite jusqu\u2019au bout des doigts.Son goût de vivre.Son désir de liberté.Son rêve d\u2019absolu.Mais aussi son inquiétude, sa peur de l\u2019abandon, son envie de mourir, son désarroi devant la mort annoncée de sa maman.L\u2019enfance en Winnebago S\u2019imaginer avoir soi-même 24 ans.S\u2019appeler Patchouli.Avoir été conçue dans un «rave party futuriste».Avoir passé les 12 premières années de sa vie avec ses parents sur les routes de l\u2019Qhio dans un vieux Winnebago.Vers l\u2019âge de 14 ans, avoir assisté, im- I I Sara Lazzaroni n\u2019a pas encore vingt ans.Née en Italie d\u2019un père italien et d\u2019une mère québécoise, elle trois ans et étudie l\u2019anthropologie à l\u2019Université Laval.Patchouli est son premier roman.VALERIE ARSENAULT vit à Sainte-Foy depuis l\u2019âge de puissante, à la séparation de ses parents.Ne plus avoir revu son père depuis.Être nostalgique de son enfance.Être seule.Revenir d\u2019un voyage de cinq ans autour du monde.Avec dans ses bagages des tas d\u2019images, de réflexions, d\u2019expériences.Et une peine d\u2019amour monstre.Se réinstaller à Québec.«Cinq ans à errer pour revenir finalement là d\u2019oà fêtais partie, les deux pieds dans la ville que je voulais fuir.» Voir sa mère dépérir, savoir qu\u2019elle va mourir.Cancer.« Un jour, tout va bien.Le lendemain, c\u2019est fini, on se transforme en végétal.» Le soir de Noël, acheter une bûche au chocolat à l\u2019épicerie du Chinois.Entrer dans la chambre de sa mère à l\u2019hôpital Saint-Sacrement.«Ça sent le caca et les médicaments.» Rêver de devenir photographe pour le National Geographic.Trouver un emploi Boire de l\u2019alcool, flirter sans lendemain.Avoir le béguin, ne pas vouloir le montrer.S\u2019interroger: comment sait-on qu\u2019on est vraiment amoureuse?comme serveuse dans un restaurant italien.Apprendre l\u2019italien.Se recréer une famille avec le personnel chaleureux du resto.Alterner entre le travail, les cours, les visites à la mère.Et la lecture de son journal de voyage.Être nostalgique de ses années d\u2019errance.Les revivre par procuration en replongeant au hasard dans son journal.Revivre aussi sa peine d\u2019amour.Se rappeler toutes les promesses non tenues.Se dire qu\u2019on n\u2019aimera plus jamais, que ça fait trop mal.Relire ceci: «On meurt de trop aimer.C\u2019est mathématique.Le corps n\u2019a plus d\u2019espace pour entasser cet amour: la tête explose.Un amour trop grand tue.Il faudrait prévenir les enfants, éviter toutes ces morts inutiles.Le cœur est trop petit.Si le cœur était plus grand, il y aurait plus de place pour aimer.L\u2019humain est un animal trop grand coincé avec un cœur trop petit, voilà.» Jeune adulte Boire de l\u2019alcool, flirter sans lendemain.Avoir le béguin, ne pas vouloir le montrer.S\u2019interroger : comment sait-on qu\u2019on est vraiment amoureuse ?Interroger ses amies là-dessus.Passer beaucoup de temps à regarder des films.Assister au dépérissement de sa mère.«Ses veines tracent des sillons obscurs le long de ses bras et de ses mains.Avant la chimio, avant la radio, avant les solutés et la pitié, elle était belle, maman.» Entendre sa mère dire qu\u2019elle va mourir.Être incapable de parler.«Je voudrais lui dire des choses pendant que je peux.Je n\u2019arrive jamais, ça monte jusqu\u2019au bord des lèvres, puis ça dégouline dans ma gorge, ça redescend jusqu\u2019en bas.» Apprendre la mort de sa mère.«Je n\u2019arrive pas à y croire.On ne revient pas de ce voyage-là.Je n\u2019ai plus de père, plus d\u2019amis, pas d\u2019amant, pas d\u2019enfants, pas de chien.J\u2019ai vingt-quatre ans.C\u2019est tout ce que fai.» Vouloir mourir à son tour.Avoir des gens autour pour se NONCHALANCE SUITE DE LA PAGE F 1 Structure: Cervantès, Céline, Dickens, Sterne, Twain, pour ne pas nommer des deux de pique (Mark Twain, c\u2019est un cas: tous ses romans et récits se résument à une superposition d\u2019épisodes; il ignore même le concept d\u2019arc dramatique, ça fait la job pareil.) Réjean Ducharme non plus n\u2019était pas le gars le plus structuré du monde.Sam est basé sur un faux journal intime, le journal de la peintre Marie Bashkirtseff y est cité, comme The Blah Story de Nigel Tomm.Es-tu un grand lecteur de journaux?J\u2019adore lire les journaux intimes et la correspondance, surtout ceux des auteurs que j\u2019admire.Par exemple, les lettres de Flaubert à sa maîtresse Louise Colet, écrites pendant qu\u2019il rédigeait Madame Bovary, c\u2019est un vrai cours d\u2019écriture roma- nesque.Ça remplace n\u2019importe quel traité sur l\u2019art d\u2019écrire.Qu les journaux de Virginia Woolf: ça rend l\u2019atmosphère de la première moitié du XX® siècle à Londres, la fin de l\u2019époque victorienne, les deux guerres mondiales, les révolutions artistiques en peinture et en littérature, etc.Pour moi, ça a été une lecture essentielle.Mais il faut dire que je lis surtout les journaux intimes parce que je suis la pire câlice de mémère sur terre.J\u2019ai lu le journal d\u2019Andy Warhol, que je n\u2019admire pas spécialement, juste parce que c\u2019est rempli de potins pis de name-dropping.Le Devoir SAM François Blais L\u2019Instant même Québec, 2014, 192 pages RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Un journal intime, «ça remplace n\u2019importe quel traité sur l\u2019art d\u2019écrire», selon François Blais.QUATRE NOUVEAUTÉS EXCEPTIONNELLES ! lA DIABLE LES ORTIES DE SAORGE Luisa Futoransky LA COUTURIERE ET L\u2019HOMME POUPÉE Beatriz Haiisner Louis-Philippe He QUATRE POETES EN LIBRAIRIE ! Les Éditions de La Grenouillère C.p.67, Saint-Sauveur (QC) JOR 1 RO 514 886-8102 www.delagrenouillere.com soucier de soi, pour prendre soin de soi.Refuser de renouer avec son père.Se refaire peu à peu une vie.Ressortir son vieux Leica, prendre des photos dans les rues de Québec, s\u2019exercer pour le National Geographic.Manger les spaghettis qu\u2019un jeune homme italien nous prépare.S\u2019étendre avec lui sur le canapé, «orteils, cheveux, doigts enlacés dans une étreinte du koala».Regarder Dans la peau de John Malkovich avec lui.Se promener à moto avec lui sur les petites routes du Québec.Accepter d\u2019aimer à nouveau?Courtepointe Chemin faisant dans Fat-chouli, dépasser les clichés.Fermer les yeux sur certaines maladresses.Trouver ça décousu par bouts.Se dire que ça fait un peu fourre-tout, coq-à-l\u2019âne.Mais aimer ça.Aimer la juxtaposition d\u2019images, d\u2019événements, de souvenirs qui vont dans tous les sens.Qui semblent n\u2019avoir rien à faire ensemble.Et qui pourtant, au final, contribuent à rendre plus vivant l\u2019autoportrait morcelé que la narratrice trace d\u2019elle-même.Être captivé.Être ému.Sourire.Apprécier la fraîcheur quî se dégage.Accepter la naïveté, la candeur.Se surprendre tout de même à déceler une certaine maturité.Et surtout, y croire.Y croire jusqu\u2019au bout.Se rappeler qu\u2019on a déjà été jeune.Ên quête de sol-même.Se dire que cette quête n\u2019est jamais finie.Et l\u2019espace d\u2019un livre, redevenir jeune.Avoir 24 ans, s\u2019appeler Patchouli.PATCHOULI Sara Lazzaroni Leméac Montréal, 2014, 118 pages Je n\u2019ai plus de père, plus d\u2019amis, pas d\u2019amant, pas d\u2019enfants, pas de chien.J\u2019ai vingt-quatre ans.C\u2019est tout ce que J\u2019ai.» Extrait de Patchouli Sara Lazzaroni Patchouli 0GaspardLE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 17 au 23 février 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 9 Mirages\tAnne Robiiiard/Weiian\t1/2 2 Les gardiens de ia iumière \u2022 Tome 2\tMiche! Langiois/Hurtubise\t2/2 3 Un voisinage comme ies autres \u2022 Tomel\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t-/I 4 Mort-Terrain\tBiz/Leméac\t-/I 5 Le cian Seton \u2022 Tome 1 Les aubes grises\tSonia Marmen/Québec Amérigue\t-/I 6 Pour gue tienne ia terre\tDominigue Demers/Québec Amérigue\t5/5 7 Ce gui se passe au congrès reste au congrès!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t4/16 8 Ce gui se passe au Mexigue reste au Mexigue!\tAméiie Dubois/Les Éditeurs réunis\t7/11 9 Les infirmières de Notre-Dame \u2022 Tome 3 Éveiina\tMaryiène Pion/Les Éditeurs réunis\t3/3 10 Les gardiens de ia iumière \u2022 Tome 1 Maîtres chez soi\tMiche! Langiois/Hurtubise\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Le chardonneret\tDonna Tartt/Pion\t1/6 2 La nuit ieur appartient \u2022 Tome 1\tSyivia Day/Miche! Lafon\t-/I 3 Prague fataie\tPhiiip Kerr/du Masgue\t2/7 4 Les enguêtes du département V \u2022 Tome 4 Dossier 64\tJussi Adier-Disen/Aibin Miche!\t3/4 5 S.\tJ.J.Abrams | Doug Dorst/M.Lafon\t-/I 6 Sept ans de désir\tSyivia Day/Eiammarion Québec\t5/16 7 Litaiienne\tAdriana Trigiani/Guy Saint-Jean\t4/3 8 Crossfire \u2022 Tome 3 Eniace-moi\tSyivia Day/Eiammarion Québec\t7/3 9 Tapis rouge\tJames Patterson | Marshai! Karp/Archipe!\t6/4 10 Homeiand, ia trague\tAndrew Kapian/Seui!\t9/2 Essais québécois\t\t 1 Tenir tête\tGabriei Nadeau-Dubois/Lux\t1/2D 2 Comprendre i'État d'israëi.idéoiogie, reiigion et société\tYakov M.Rabkin/Écosociété\t-/I 3 Le tour du jardin.Entretiens avec Mathieu Bock-Côté.\t.Jacgues Godbout | Mathieu Bock-Côté/Boréai\t2/2 4 Je me souviens?Le passé du Québec.\tJoceiyn Létourneau/Eides\t-/I 5 Sur ia piste de Trudeau.40 ans de frictions.\tCoiiectif/Rogers\t4/5 6 Ce gue dit i'écorce\tN.Lévesgue I C.Mavrikakis/Nota bene\t7/3 7 Le suicide, i'affaire de tous\tSuzanne Lamarre/Homme\t5/2 8 Les tranchées.Maternité, ambigüité et féminisme.\tEanny Britt/Ateiier 1D\t8/4 9 En gueigues traits\tPierre Vadeboncoeur/Lux\t-/I 10 Lanarchie expiiguée à mon père\tThomas Déri | Erancis Dupuis-Déri/Lux\t3/3 Essais étrangers\t\t 1 La vérité sur ies médicaments\tMikke! Borch-Jacobsen/Édito\t1/2 2 Piaidoyer pour i'aitruisme.La force de ia bienveiiiance\tMatthieu Ricard/NiL\t2/17 3 Science, on coupe!\tChris Turner/Boréai\t6/3 4 La pius beiie histoire de ia phiiosophie\tLuc Terry | Ciaude Capeiier/Robert Laffont\t5/2 5 Du bonheur.Un voyage phiiosophigue\tErédéric Lenoir/Eayard\t4/6 6 La force des discrets.Le pouvoir des introvertis.\tSusan Cain/Lattès\t7/7 7 Les rebeiies d'Aüah.iis ont défié i'ordre isiamiste\tMartine Gozian/Archipei\t-/I 8 Gouverner au nom d'Aüah.isiamisation et soif de pouvoir.\t.Bouaiem Sansai/Gaiiimard\t3/3 9 La fin du hasard\tigor Bogdanov I Grichka Bogdanov/Grasset\t1D/5 10 LAmérigue évanouie.De Stephen King à John Carpenter.\t.Sébastien Cierget/Rouge profond\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propnétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse 6dspdii sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Gasparûet est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patnmoine canadien pour le projet Gaspard © BTLF, toute reproduction totale o F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI I®'' ET DIMANCHE MARS 2014 LITTERATURE La Vitrine CAMILLE BOUCHARD U a/cnons ROMAN POUR ADOS LE RÔLE DES COCHONS Camille Bouchard Québec Amérique Montréal, 2014, 248 pages En 1684, l\u2019explorateur Cavelier de La Salle part de La Rochelle avec 300 soldats, artisans et missionnaires pour aller fonder une colonie française en Louisiane.Eustache Bréman, 12 ans, est du voyage, en compagnie de sa mère, une veuve réduite à la mendicité qui rêve d\u2019un nouveau départ en Amérique.L\u2019espoir prendra rapidement des allures de cauchemar.Personnage fantasque, Cavelier de La Salle peine à garder l\u2019ascendant sur ses troupes, à mesure que le voyage s\u2019étire sans atteindre son but.Son équipage compte plusieurs brutes qui contestent son autorité, voire souhaitent sa mort, et qui terrorisent femmes et enfants.Marie-Elisabeth, 10 ans, la petite amoureuse d\u2019Eustache, sera même violée à répétition par un de ces goujats.Roman historique d\u2019aventures inspiré de faits réels et narré par le jeune Bréman, Le rôle des cochons, du prolifique romancier Camille Bouchard, captive du début à la fin en exposant, dans un style simple mais haletant et maîtrisé, la face sombre de la grande épopée française en Amérique.La découverte de l\u2019histoire, ici, se conjugue à une plongée dans les noirceurs humaines.Pour les 14 ans et plus.Louis Cornellier 4 \\ J DAVID FOENKINOS La tête de l\u2019emploi ROMAN LA TETE DE L\u2019EMPLOI David Foenkinos Flammarion Paris, 2014, 286 pages Sur les présentoirs des gares, des librairies, des grandes surfaces, des aéroports, le dernier livre de Poenkinos se trouvait en évidence un peu partout, dès janvier, en Erance.La couverture cocasse et énigmatique, il faut le signaler, est attirante : La tête de l\u2019emploi a tout du best-seller, avec cet homme dont le visage est avalé par le col cheminée de son chandail rouge.Produit léché, lecture à tout va, écriture simple.Nous avons lu cette brève fiction drolatique, d\u2019un employé de banque qui perd tout, sa femme, son emploi, sa fille, son image, bref qui fait de lui-même un autre Mr Beau.Régressant chez ses parents, ce sympathique inadapté de 50 ans est destiné à passer à la trappe de l\u2019oubli.11 aura tout fait pour cela, même nous raconter son histoire, sans réussir à nous retenir ni à nous apitoyer.Imprimé plutôt gros, en paragraphes aérés, ce dernier Poenkinos est vraiment léger.(En librairie le 6 mars.) Guylaine Massoutre POESIE UNE EIN EN SOI Michel Julien Le Noroît Montréal, 2014, 56 pages Nouvelle et belle voix que celle de Michel Julien, qui se déploie dans Une fin en soi.On y entend des «bruits de sabots sur la lune/ peinte en rouge», on y voit «une opale dans la gorge», on y goûte «la peau sucrée du vent d\u2019automne / [le] petit lait rose du matin».Cette entrée en poésie se fait sur un mode simple, en vers relativement courts et en de courts poèmes, mais annonce du même coup une vigueur dans le propos, un univers qui place déjà ses marques.Le poète y convie nombre de fi^es tutélaires, dont Primo Levi, Stig Dagerman, Alejandra Pizarnik, Marina Ivanovna Tsvetaïeva ou Jacques Perron.Lisant, écoutant, le poète semble dédier chacun de ses textes à ces créateurs qui l\u2019accompagnent et qui sont la source du propos.C\u2019est ainsi que nous rencontrons ce «cœur transparent / qui entre les battements/se repose// apprend à aimer autre chose/que lui-même».Relisons donc lentement cette pulsation poétique qui s\u2019abreuve des oeuvres et de la vie même, laissons là «un homme accoudé / [qui] tourne une page// les yeux tournés vers le ciel / comme l\u2019aveugle dévore son ombre.» Hugues Corriveau Quand le désastre n\u2019est pas qu\u2019écologique GILLES ARCHAMBAULT Est-ce ma faute, je me défie des alarmistes, de ceux qui ne peuvent voir un cheveu dans la soupe sans crier au meurtre.Aussi aiuais-je dû ne pas entreprendre la lecture d\u2019un roman dont la quatrième de couverture nous apprend qu\u2019il est militant.Je crois en certaines choses, dont l\u2019égalité hommes-femmes ou le bannissement du commerce des armes à feu poiu des fins guerrières.Mais je ne crois pas pour autant qu\u2019on puisse aisément s\u2019inspirer de ces thèmes poiu écrire de la fiction.Ce n\u2019est certes pas l\u2019avis de Barbara Kingsolver, qui nous propose Dans la lumière, roman se déroulant au Tennessee, dans un bled perdu des Appalaches.L\u2019héroïne a pour prénom Della-robia.Elle ne sait pas que Della Robbia est le nom d\u2019un céramiste de la Renaissance, qui lui doublait le b de son patronjune.Et n\u2019est pas plus malheureuse pour autant.C\u2019est un activiste, appelé Ovid Byron (Ovid comme le poète latin et Bjuon comme le lord que l\u2019on sait.), qui le lui apprendra.Sans insister.Sa lubie à lui, c\u2019est l\u2019écologie.Comment a-t-il rencontré Dellarobia?C\u2019est tout bonnement parce que la jeune femme, ayant cru qu\u2019un incendie de forêt éclairait la montagne pas très loin de sa demeure, s\u2019était aperçue qu\u2019il s\u2019agissait en réalité d\u2019une nuée de papillons qui s\u2019étaient agglutinés aux arbres, et avait par la suite répondu aux questions d\u2019une intervieweuse de télé à ce sujet, qu\u2019un scientifique, Ovid Byron, avait obtenu d\u2019elle la permission d\u2019installer sa roulotte sur le terrain de Dellarobia, persuadé que les papillons n\u2019avaient abouti là qu\u2019à cause d\u2019un dérèglement de nature écologique.Elle est mère de deux enfants, Preston et Cordie.Son mari, Cub, est un brave cœur, mais qui doit se demander parfois si la terre tourne vraiment autour du soleil.Elle est intelligente, mais inculte.S\u2019apercevant de la nullité de Cub, elle a des velléités d\u2019infidélités.C\u2019est justement le jour oû elle était prête à s\u2019offrir à un monteur de lignes qu\u2019elle avait aperçu les papillons.Elle accepte donc sans trop de difficultés qu\u2019Ovid installe son mobil-home sur le terrain familial.Pensum écologiste Bonne nouvelle pour l\u2019écologie, pour la conscience de Dellarobia, mais désastre en ce qui a trait au roman.Ce qui paraissait jusqu\u2019alors un roman populaire habile devient un pensum indigeste.11 y a bien cette fête improvisée de Noël oû la convertie à l\u2019écologie s\u2019éclate un peu en l\u2019absence d\u2019un Cub de plus en plus insignifiant, mais pour le reste le livre devient un prêchi-prêcha indigeste qui vous ferait manger de la viande rouge trois fois par jour et vous mettre à la Barbara Kingsolver, auteure de Dans la lumière cigarette, même si vous préférez le sucre à la crème.Valent quand même les dialogues souvent très vifs qui, lorsqu\u2019ils n\u2019ont pas comme but de véhiculer un engagement à nature écologique, donnent vie à des personnages.Parmi ceux-ci, Hester, la belle-mère, revêche, qui finira par avouer une faute à une Dellarobia qui n\u2019en demandait pas tant, et qui a son franc-parler fort évocateur.Quant à l\u2019héroïne, elle a plus d\u2019aplomb et d\u2019esprit de répartie que ne le souhaite son mari, vite dépassé.L\u2019univers de la faute est tout à fait celui de ce monde.Le pasteur est un homme qui compte à outrance, la religion n\u2019est pas dans ce coin l\u2019opium du peuple.C\u2019est sa conscience.On y lit siu des pancartes des avis du genre MARCHE DROIT OU PASSE L\u2019ARME A GAUCHE.Pas étonnant qu\u2019un zélateur écologiste prône qu\u2019il faut au restaurant apporter son propre Tupperware poiu rapporter ses restes à la maison, ne pas oublier sa tasse afin de ne pas avoir recours à des verres en plastique ou en styromousse et ne jamais prendre de l\u2019eau en bouteille.Un genre à fuir.La religion règne, l\u2019appât du gain également.N\u2019est-il pas question qu\u2019un parc d\u2019attractions, sorte de Disneyland, s\u2019installe dans la région?Dans une région oû il semble bien qu\u2019on soit bêtes à manger du foin, ne serait-il pas normal que la chère Dellarobia voie la lumière?Elle est moins sotte que son mari, le mariage et la vie de famille ne lui conviennent plus, mais fallait-il pour arriver à cette conclusion qu\u2019elle se convertisse?Son chemin de Damas, pour le lecteur que je suis, est indigeste.Une autre traduction franco-française La traduction de ce roman posait sûrement à la traductrice des problèmes nombreux.Comment traduire des dialogues toujours très proches de la vie de tous les jours ?La vie rurale du Tennessee rendue occasionnellement en français par des expressions hexagonales surprend, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Les quelques «putain!» qui ponctuent certaines ALASTAIR GRANT AGENCE ERANCE-PRESSE phrases dérangent.Et que dire d\u2019un froid qui est «stupéfiant» ou d\u2019un clignotant qui «signalait infatigablement ses intentions», ou de «la voix de Crystal qui montait en point d\u2019interrogation à la fin de chaque phrase déclarative», ou de Juliet, à qui on veut rendre hommage, et qui est la «mule du département» ?Je pense vraiment qu\u2019il est possible d\u2019avoir une conscience écologique sans s\u2019imposer des catéchismes de ce genre.11 serait injuste toutefois de ne pas signaler la peinture vivante d\u2019un monde pour moi incoimu, les dialogues fort efficaces et convaincants, pourvu qu\u2019ils n\u2019aboutissent pas en sermons à l\u2019usage des bien-pensants méritants mais néanmoins redoutables.Collaborateur Le Devoir DANS LA LUMIÈRE Barbara Kingsolver Traduit de l\u2019anglais (américain) par Martine Aubert Rivages Paris, 2013, 555 pages L\u2019ablation de Ben Jelloun entre rêve et cauchemar \tCauserie \tDémocratiser la technique?\tÀ l\u2019occasion de la parution du livre Pour une théorie critique de la technique \td\u2019Andrew Feenberg Lux éditeur \tInlassablement, dans les discours, progrès technique et \técologie s\u2019opposent.Doit-on choisir entre l\u2019un ou l\u2019autre ?Le philosophe Andrew Feenberg s\u2019attelle depuis vingt ans à dégager une troisième voie.Il précise les contours d\u2019une véritable théorie critique de la technique, qui en révèle les possibles usages démocratiques.\tAvec Andrew Feenberg \tEt \tÉric Martin \tAnimateur \tMatthieu Dugal LISE GAUVIN Le dernier roman de Tahar Ben Jelloun, L\u2019ablation, ressemble à une enquête policière menée par un détective impitoyable, habile à détecter les moindres manquements, les moindres défaillances chez celui qu\u2019il considère comme son témoin privilégié.Un crime a été commis, un crime de lèse-ma-jesté plus connu sous le nom de cancer, qui s\u2019attaque à l\u2019un des organes déterminants de la masculinité: la prostate.Dans quelle mesiue le suspect est-il à la fois la victime et le complice de sa propre déréliction?Et de quoi s\u2019agit-il au juste?Quelles sont les conséquences d\u2019un diagnostic qui touche certains hommes plus que d\u2019autres?Le livre s\u2019ouvre sur un constat étonnant: «Depuis que je ne baise plus, je me sens plus libre et j\u2019aime de plus en plus les femmes.Je les aime mieux et plus qu\u2019avant parce que le sentiment de liberté me donne des ailes, de l\u2019humour et de la légèreté.Je les trouve belles, spirituelles, certaines plus merveilleuses que d\u2019autres.J\u2019en suis fou.» Avant d\u2019en arriver là, ce personnage qui prend la parole tout au long du roman est passé par toutes les affres de la douleur, de la honte et de la dépression à la suite de l\u2019ablation de sa bien-aimée prostate, maîtresse de sa lîbîdo et de ses prouesses érotiques.Car ce mathématîcîen, quî publîe le résultat de ses recherches en anglais afin d\u2019être connu Internationalement, a joui d\u2019une vie à peu près sans histoire jusqu\u2019au jour oû un diagnostic cruel l\u2019oblige à choisir entre l\u2019ablation ou la curiethérapie, une solution moins définitive mais plus risquée.11 opte poiu l\u2019ablation, après avoir compris que le degré d\u2019avancement de sa maladie ne lui donnait pas vraiment le choix.Surviennent alors des péripéties toutes plus angoissantes les unes que les autres jusqu\u2019à la résignation finale et le renoncement à une certaine forme de libido.Rayon X On pourrait croire à un récit tragique ou mélodramatique.11 n\u2019en est rien.Tahar Ben Jelloun nous mène d\u2019une étape à l\u2019autre de la vie de son personnage avec une rigueur dont l\u2019humour, voire l\u2019autodérision, n\u2019est pas absent.Ainsi cette réflexion lorsqu\u2019une jeune fille lui cède sa place dans le bus : «Ça se voit tant que ça que ma prostate m\u2019a lâché ?» Tout dire Rêve ou cauchemar ?se demande à un certain moment le protagoniste à propos de son propre état.Le romancier, qui avouait en entrevue avoir connu lui aussi une forme plus bénigne de la maladie, ne nous épargne aucun détail ni aucune trivialité du traitement.Ce livre, écrit à la demande d\u2019un ami avec l\u2019intention de «tout dire», est devenu peu à peu aussi le sien.H le constate dans le prologue: «Tout en imaginant certaines scènes, en les réinventant ou en les adaptant au rythme du récit, par moments, je ne savais plus si je traduisais ses fantasmes ou les miens.» Au fil de la lecture, on se rend compte que cette histoire d\u2019ablation qui est le propos du livre en est aussi jusqu\u2019à un certain point le prétexte.Une occasion pour entreprendre une méditation lucide sur le vieillissement, la maladie et la mort.Dans le registre grave, l\u2019écrivain a déjà publié deux ouvrages sur le Printemps arabe dont l\u2019un.Par le feu (2011), relate les jours qui ont {{Depuis que je ne baise plus, Je me sens plus libre et faime de plus en plus lesfemmes.)) précédé le sacrifice du jeune Tunisien qui s\u2019est immolé en décembre 2010.Après Le bonheur conjugal (2012), une fiction au titre ironique relatant les malheurs du couple, ce roman confession, au style alerte, aux phrases courtes, efficaces dans leurs effets, est un récit troublant d\u2019une rare intensité.Du Tahar Ben Jelloun à son meilleur.Collaboratrice Le Devoir L\u2019ABLATION Tahar ben Jelloun Gallimard Paris, 2013, 129 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI I 1= ET DIMANCHE 2 MARS 2014 F 5 LITTERATURE Andreï Makine: polémique sur les valeurs françaises Andreï Makine met l\u2019esprit «zappeur» à l\u2019épreuve du quotidien de la Seconde Guerre mondiale.Récit de moments héroïques, documentés par le lieutenant Jean-Claude Servan-Schreiber.GUYLAINE MASSOUTRE A rencontrer Andreï Makine, venu plusieurs fois à Montréal présenter ses livres, la même certitude m\u2019a saisie: celle de côtoyer une intelligence suraigue, toute une présence, ayivée de son iris translucide.A ses réparties décapantes, à son sourire triste et bienveillant, s\u2019ajoute, admirable, le parler de sa langue d\u2019écrivain.Dévoué au pays d\u2019accueil et lesté de l\u2019expérience russe, l\u2019homme demeure libre.Une qualité précieuse dans un corpus étonnant.Makine ne ressemble à personne.Orphelin né en Sibérie, jeune militaire en Afghanistan, étudiant ou professeur à Moscou, à Novgorod ou à Saint-Pétersbourg, ville qui a changé de nom en moins d\u2019un souffle d\u2019homme, ce romancier très primé, immortel à mon sens, raconte l\u2019extrême condition humaine.Qu\u2019en savaient-ils, ces existentialistes bavards et poseurs?Il les dénigre, véhément dans son dernier livre.Ne sablaient-ils pas le champagne tandis que d\u2019autres, pour notre avenir, sabraient leur propre vie à la guerre?Ces philosophes loin du casse-pipe, et surtout Sartre vantant la liberté de penser en URSS, Makine les couvre de mépris.Portraits de guerre Qu\u2019on ne s\u2019étonne pas, à lire Le pays du lieutenant Schreiber.Avec quel talent il brosse le portrait du valeureux lieutenant français, catholique d\u2019une illustre famille juive ! Jean-Claude Servan-Schreiber a 92 ans lorsque Makine relève l\u2019échec cuisant d\u2019un livre.Tête haute: ARCHIVES AGENCE ERANCE PRESSE Makine raconte l\u2019extrême condition humaine, s\u2019attardant au personnage du combattant valeureux envoyé sur le champ de bataille.souvenirs (Pygmalion, 2010).Ces souvenirs sans écho, son ami Schreiber les a consignés à sa demande expresse.Makine offre son acuité aux hommes sur l\u2019échiquier de la guerre.Retour au combat, donc, et à la fidélité gaulliste.Nous voici, lecteurs, face à un jeune homme s\u2019extirpant d\u2019un char bombardé, happés par le courage inouï des héros fraternels.Des faits héroïques, Makine en a de quoi «pass{er] à l'offensive».Plus sa collection s\u2019enrichit, ses livres appelant les rencontres, plus il fourbit ses armes.Cette plume d\u2019émotion se passionne pour ce XX® siècle de feu et de sang.Partout, la même chair, déchiquetée, peut se relever ! Marqué au fer brûlant, il convoque, par l\u2019âpreté d\u2019une pensée osée et clairvoyante, un trauma obsédant.Névroses et indifférences Qui contestera ces valeurs qui sauvèrent l\u2019humanité de sa propre atrocité?Qui niera la solidarité christique de ces jeunes gens, le sacrifice de leur engagement physique, la résistance et l\u2019espérance en pleine tragédie?Personne, sérieusement.Qui a vécu cet enfer n\u2019en sort pas indemne.Or, un civil ne partage pas ce réel-là.Et Makine s\u2019emporte, face à cette différence, contre l\u2019indifférence généralisée.D\u2019abord, parce que les frères d\u2019armes ne meurent jamais.Ensuite, parce qn'«au milieu de tous ces ectoplasmes névrotiques qui grouillent dans la production romanesque d\u2019aujourd\u2019hui»y il juge la France sévèrement, quand elle refuse d\u2019éditer et de relire son histoire.Tout n\u2019aurait donc pas été dit?Nenni.Hommage à chaque homme tombé.Ce pourfendeur de l\u2019éphémère «zapping» incarne l\u2019homme écorché.Sa résilience, sa mémoire à vif, balza- cienne, l\u2019honorera longtemps.Car cette cause, il l\u2019épouse, et cela se fait en fustigeant les glorioles de la littérature, de la communication, de l\u2019argent et du vedettariat, la pipolisation généralisée.Dans son pamphlet Cette France qu\u2019on oublie d\u2019aimer (Flammarion, 2006), il avait déjà lancé son credo et sa andreï makine Le pays du lieutenant Schreiber critique acerbe.Ce pays idéalisé, amnésique, le déçoit Solidaires Mais comment payer le prix du sang versé pour les droits de la personne?Nobélisé, l\u2019écrivain Gao Xinjiang milite lui aussi pour une anthropologie de la liberté {De la création, Seuil, DUONG THU HUONG LES COLLINES D'EUCALYPTUS roman tradu t du Vietnam ei par Phuong Dang Tran SABINE*WESPIESER 2013)\t.Cet émigré chinois, qui a fui Mao, donne un sens fort à l\u2019engagement.De même, qu\u2019on suive l\u2019œuvre silencieuse, en cours, de la Vietnamienne Duong Thu Huong, que Sabine Wespieser édite courageusement {Les collines d\u2019eucalyptus, 2014)\t.Tous se sont donné une charge démiurgique.Que de pages antholo-giques, dans ce florilège des valeurs au champ d\u2019honneur ! Nul ne peut toutefois s\u2019y tenir, sans mordre la terre d\u2019Alsace où ce lieutenant Schreiber, couvert de médailles, et ses compagnons se sont battus.Le récit de Makine en est le tombeau, tant la vision du «bourbier mental» contamine l\u2019exaltation de la beauté.Pourtant, au-delà du «monstrueux affrontement des peuples», de ce «planétaire hachoir de vies», c\u2019est bien la vie qu\u2019il faut vanter.Idéale, effleurée par instants, cette vie, les survivants la cherchent pour la plupart en vain.«Ces instants-là valaient bien un livre.», écrit-il, lui qui en situe le paradoxe à la chute des héros foudroyés.Collaboratrice Le Devoir LE PAYS DU LIEUTENANT SCHREIBER Andreï Makine Grasset Paris, 2014, 221 pages Gao Xingjian De la création Sous la J reel on de Cia d TL n tS ranti Fo sy Maurice Constantin Weyer ^ VIOLENCES Les plaisirs et les jours La loi du Nord Essai sur le vivre-ensemble dans une société postcolonial POUR LE QUEBEC LES PLAISIRS ET LES JOURS sous la direction de Claude Ttienen et Suzanne Foisy 20131206 pages 1978 2 7605 3667 8 PDF EPUB LA SOUFFRANCE À L\u2019ÉPREUVE OE LA PENSÉE sens la directien de Nicolas Moreau et Katharine Larose Hebert 2013 I 260 pages | 978 2 7605 3771 2 PAPIER PDF EPUB PERSPECTIVES O\u2019AVENIR POUR LE QUÉBEC Le regard de jeunes chercheurs sous la direction de Simon Thibault et Magaly Brodeur 2013 I 328 pages | 978 2 7605 3881 8 [83 PAPIER PDF EPUB VIOLENCES ET ORORE SOCIAL EN HAÏTI Essai sur le vivre-ensemhie dans une société postcoloniale Roberson Edouard 20131290 pages 1978 2 7605 3890 0 LA LOI OU NORO Maurice Constantin Weyer 2013 I 282 pages | 978 2 7605 3716 3 PDF EPUB PDF EPUB Plus de 1300 livres à feuilleter «Ê Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR Conseil des arts Canada Council du Canada\tfor the Arts UN NOUVEAU ROMAN DE CAMILLE BOUCHARD CAMILLE BOUCHARD cc/cfiofif a d fes Aomtnes 4ons.^tûs mtres.Maintenant en librairie Québec Amérique quebec-amerique.com F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI I''\u2018 ET DIMANCHE 2 MARS 2014 ESSAIS Dans la galerie de Pierre Vadeboncœur Le célèbre et regretté essayiste trace des portraits percutants de personnalités québécoises Louis CORNELLIER Il y a un style Vadeboncœur, qui a fait sa renommée.«Chacune de ses phrases paraît aussi précise que le scalpel d\u2019un chirurgien.Et chacune me pénètre jusqu\u2019aux os», écrit mon collègue Jean-François Nadeau, dans Un peu de sang avant la guerre (Lux, 2013), pour résumer ce style dont il est un admirateur.Au risque de fâcher, j\u2019avouerai que ma lecture est divergente.L\u2019écriture de Vadeboncœur, souvent, me confond et m\u2019écrase.Je lui trouve un côté touffu, syntaxiquement déroutant.Ses fulgurances éblouissent, mais c\u2019est parfois au détriment de la clarté.Vadeboncœur, au fond, écrit comme parlent les prophètes : c\u2019est presque toujours beau, mais ce n\u2019est pas toujours limpide.Qu\u2019on n\u2019aille pas croire, sur la base de cet aveu, que je n\u2019aime pas l\u2019auteur de La ligne du risque.J\u2019entretiens avec lui le même rapport qu\u2019avec Jacques Perron: j\u2019admire les deux hommes, leurs parcours, leurs engagements envers la culture et la justice sociale.Leur style littéraire respectif, toutefois, me déconcerte.J\u2019ai, malgré ces réserves, adoré En quelques traits, un re- En quelques traits regroupe des portraits de personnalités québécoises signés par Pierre Vadeboncœur cueil de portraits de personnalités québécoises signés par Pierre Vadeboncœur de 1942 à 2009 et colligés par Jonathan Livernois.Cela tient, je crois, à deux raisons principales.D\u2019abord, à petites doses, le style fastueux de l\u2019essayiste s\u2019avère nettement moins déroutant et plus digeste pour l\u2019amant de la clarté moderne que je suis.Ensuite, je constate, grâce à ce livre, qu\u2019il y a, au fond, non pas un, mais deux styles Vadeboncœur.Le littéraire et le journaliste Il y a, en effet, un Vadeboncœur surlittéraire qui, dans Les deux royaumes par exemple, évoque un poète en ces termes: «Saint-Denys Carneau n\u2019est pas non plus à distance: il est là avec le poème, et c\u2019est un secret de cette poésie de ne pas mener de loin à l\u2019aide des mots un jeu, fascinant, qui amènerait le lecteur à se prêter aussi à un jeu fût-il lyrique, mais l\u2019auteur étant présent sur les lieux mêmes et tout engagé dans l\u2019événement, la caution de sa présence nous garde avec lui auprès de l\u2019Objet qui l\u2019y captive, et nous arrête auprès du poète également.» On peut aimer ça; je décroche.Il y a, toutefois, un autre Vadeboncœur, plus journaliste, plus direct, plus clair, qui écrit, souvent dans Le Devoir ou dans Nouvelles CSN, des textes tout aussi empreints de noblesse.PIERRE GAUVIN EVRARD ARCHIVES CSN Le Vadeboncœur plus accessible n\u2019est pas d\u2019abord celui que chantent ses thuriféraires, mais c\u2019est celui qu\u2019on retrouve beaucoup dans En quelques traits.mais plus soucieux, dirais-je, d\u2019un partage du sens.Ce Vadeboncœur plus accessible n\u2019est pas d\u2019abord celui que chantent ses thuriféraires, mais c\u2019est celui que j\u2019aime et qu\u2019on retrouve beaucoup dans En quelques traits.Il dépeint, dans ce recueil, ses héros, ce qui est, on l\u2019aura compris, une autre manière d\u2019exprimer ses propres idéaux.Du docteur Norman Bethune, qui l\u2019a opéré alors qu\u2019il avait 14 ans, Vadeboncœur retient qu\u2019il est devenu révolutionnaire en découvrant que la société «fabrique plus de tuberculeux et autres ma- lades qu\u2019elle ne peut rêver d\u2019en traiter».Titre de gloire, en ef-fet, que cette prise de conscience du fait que la médecine sans la justice sociale est une imposture.Le médecin Alain Vadeboncœur, fils de Pierre, a bien retenu la leçon, ajouterai-je ici avec plaisir.Les héros de Vadçboncœur, ce sont aussi Paul-Emile Bor-duas, qui nous a invités à «avoir de la vérité dans nos rapports avec la vérité», René Lévesque, «un authentique génie» qui «sera regretté parce qu\u2019il n\u2019a pas menti, s\u2019il a varié», et Gaston Miron, évidemment, l\u2019homme de «l\u2019authenticité totale», l\u2019incarnation absolue de la culture et de l\u2019humanisme, la réponse à la question essentielle que l\u2019on ne se pose même pas.«Lévesque, écrit Vadeboncœur, ce n\u2019était pas seulement Lévesque, mais une vaste imagination, un pays, une passion, des vérités, un avenir; Miron, pas seulement sa personne ni sa personnalité, mais un peuple, une langue, l\u2019art, une politique également.» Du côté des ouvriers Vadeboncœur, lui, c\u2019est une perpétuelle quête de grandeur, un irrépressible désir d\u2019universel, pour le peuple québécois et les individus qui le composent, c\u2019est l\u2019indépendance, quoi, toutes les indépendances.Le «geste d\u2019affranchir» qu\u2019il trouve chez Gérald Godin, le «militant absolu» qu\u2019il voit en Marcel Pepin, c\u2019est lui aussi.Il n\u2019est pas surprenant qu\u2019il aime, chez Pierre Falar-deau, l\u2019agitateur méditatif, l\u2019homme «extraordinairement vivant» dont les excès camouflent parfois la bonté, et qu\u2019il encense Michel Chartrand, «le trouble-fête le plus irritant que le Québec ait produit», le «grand vivant» qui déchire «de haut en bas le voile de l\u2019hypocrisie sociale et politique».Comme il le dit de Godin, Vadeboncœur, l\u2019écrivain et l\u2019avocat de la CSN, est du côté des ouvriers, de la justice, de la poésie et du pays, qu\u2019il veut pour lui et pour tous.Il est, en ce sens, un radical et il ne fait pas de quartier quand il s\u2019aventure en territoire ennemi.Robert Bourassa, sous sa plume, apparaît en «homme sans relief», en «symbole vivant, actuel et prophétique, de la nullité de l\u2019État pseudo-démocratique sous la férule capitaliste».Fidèle en amitié, l\u2019essayiste épargne toutefois Pierre Trudeau et Pierre Péladeau, auxquels il réserve quelques bons mots, malgré tout.Tranchant, maître dans l\u2019art de la formule qui fait mouche, Vadeboncœur le portraitiste, tel qu\u2019habilement rapaillé ici par Jonathan Livernois d\u2019après une idée de Jean-François Nadeau, s\u2019impose en moraliste percutant qui se met à la tâche sans complaisance et sans mesquinerie pour faire advenir une idée de l\u2019être québécois affranchi de ses petitesses.louisco@sympatico.ca EN QUELQUES TRAITS Pierre Vadeboncœur Textes choisis et présentés par Jonathan Livernois Lux Montréal, 2014,172 pages Le Canada et la finance clandestine Alain Deneault trouve des castors cachés dans les paradis fiscaux caribéens MICHEL LAPIERRE En 2013, le Consortium international des journalistes d\u2019enquête annonce qu\u2019il détient une liste de plus de 100000 titulaires de comptes bancaires dans les paradis fiscaux.Aussitôt, le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty, part aux Bermudes rassurer le milieu des affaires.Pour Alain Deneault, auteur de Paradis fiscaux: la filière canadienne, cela dévoile dans la finance clandestine mondiale le rôle clé du Canada et la nature politique du problème.Lors de sa campagne de 2008 à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama a vu dans l\u2019immeuble caribéen d\u2019un cabinet d\u2019avocats, qui abrite officiellement 18800 sociétés, «ou bien la plus grosse bâtisse du monde, ou bien la plus grande escroquerie liée aux impôts du monde».C\u2019est là que, dès les années 60, l\u2019Albertain Jim MacDonald «édifia le paradis fiscal» des îles Caïmans, rapporta en 1979 le magazine Canadian Business.Des sous au chaud Deneault \u2014 Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique, Gouvernance: le management totalitaire (Ecosociété et Lux) \u2014 et les 12 chercheurs qui l\u2019assistent savent que la boutade d\u2019Obama dépeint à merveille une situa^tion occulte pourtant connue de plusieurs chefs d\u2019Etat.Le poli- tologue québécois signale que les Caïmans accueillent sur la planète le plus de hedge funds, ces fonds d\u2019investissement très spéculatifs et presque pas réglementés qui ont contribué au déclenchement de la crise financière mondiale de 2008.Le gouvernement de Stephen Harper a conclu, par la suite, avec les Caïmans un accord d\u2019échange d\u2019informations fiscales.Loin de susciter une surveillance accrue des tentatives de fraude, cette entente permet, soutient Deneault, «aux sociétés du Canada de profiter des largesses législatives» du paradis fiscal.Dans les Caraïbes, sous l\u2019égide de Londres, les Caïmans, d\u2019autres territoires britanniques et d\u2019anciennes colonies profitent au Canada depuis longtemps, dès le XIX® siècle en ce qui concerne la Jamaïque.Deneault a l\u2019acuité d\u2019insister sur l\u2019enracinement historique, sous les Tropiques, du laisser-faire financier qui pousse le§ affairistes canadiens à rivaliser avec ceux des Etats-Unis.Grâce à nos banques installées aux Caraïbes, le Canada, de concert avec la Grande-Bretagne, a canalisé hors de toute réglementation, dès la fin des années 50, le marché lucratif des eurodollars, ces dollars que les Etats-Unis avaient versés à l\u2019Europe pour y participer à la reconstruction de l\u2019après-guerre.Il s\u2019agissait, constate judicieusement Deneault, du «premier pas vers un système financier mondial», fondé sur la circulation des capitaux sans contrôle étatique.Michael Delisie Le désarroi du matelot Bibliothèque québécoise offre ses félicitations à Michael Delisie, lauréat du deuxième Prix Hervé-Foulon du livre oublié, pour Le désarroi du matelot.Un écrivain essentiel.Essentiel comme dans « voix essentielle de notre littérature».Jean Fugère, Radio-Canada et membre du jury SODEC Québec 0 0 ANS Pris dans l\u2019engrenage du laisser-faire, le Canada se voit contraint, au nom du dogme de la libre concurrence auquel il adhère, d\u2019imiter les paradis fiscaux qu\u2019il a créés dans les Caraïbes.En 2013, il est le pays du G8 qui impose le moins ses moyennes entreprises.La découverte que Deneault a faite de paradis suspects, où les érables croissent au milieu des palmiers, est d\u2019une portée vertigineuse.L\u2019auteur sera au Salon du livre de l\u2019Outaouais les 1®*^ et 2 mars.Collaborateur Le Devoir PARADIS FISCAUX: LA FILIERE CANADIENNE Alain Deneault Écosociété Montréal, 2014, 394 pages livres-bq.com ('an-Ja< (hk s rclIclK'i S Egalement disponible en version numérique Hurtubise CLAUDE BERTRAND Confession naïve d'une enfant égarée CI AUDF BERTRAND Confession naïve d\u2019une enfant égarée a, La politique fédérale canadienne prétend lutter contre la fraude fiscale.en la légalisant.La main gauche et la main droite de l\u2019État agissent indépendamment l\u2019une de l\u2019autre, yy Extrait de Paradis fiscaux: ia fiiière canadienne Dans la tête d\u2019un auteur Questions d\u2019écriture Réponses à des lecteurs Jean-Jacques Pelletier ?Hurtubise www.editionshurtubise.conn BENOIT PATAR Libres propos et controverses Benoît PATAR Libres propos et controverses 25 $ Les presses philosophiques "]
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