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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-03-15, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 Ëros chez les peuples autochtones Révélateur social, le sexe est au cœur des traditions des Inuits et des Amérindiens CAROLINE MONTPETIT On en parle sur un ton léger.Les universitaires en font pourtant un sujet des plus sérieux.Dans tous les peuples du monde, la sexualité occupe une place cruciale, animée et nourrie parole désir, assurant la survie.Éros et tabou, qui vient de paraître aux éditions Septentrion, aborde un sujet négligé par la communauté scientifique à ce jour mais combien passionnant: la question de la sexualité des peuples autochtones de l\u2019Amérique du Nord.Sous la plume de rhistorien Denys Delâge, des anthropologues Bernard Saladin d\u2019An-glure et Frédéric Laugrand ou de rhistorien Gilles Havard, on plonge dans les mœurs sexuelles des peuples inuit, la-kota, pawnee ou arikara.On y aborde des sujets aussi variés que l\u2019homosexualité, les relations sexuelles des missionnaires, les concours de «Miss» chez les Amérindiens et l\u2019humour.Ceux qui pensent trouver là une description de sociétés à la sexualité permissive et débridée, comme l\u2019ont fantasmé les Européens, seront déçus.Chez les autochtones, comme partout ailleurs dans le monde, la sexualité, avant le contact avec les Occidentaux, était encadrée par des régies bien précises.«Il y a autant de règles [que chez les Blancs], avec une différence.Il ne faut pas oublier que, chez nous, la sexualité est l\u2019un des tabous sur lesquels notre société est construite.On naît pécheur dans le christianisme, on est le produit du péché originel», constate l\u2019anthropologue Frédéric Laugrand, qui signe un chapitre captivant sur les bons et mauvais partenaires selon les aînés inuits du Nord canadien, et qui a codirigé l\u2019ouvrage.Bestialité proscrite Ainsi, dans les sociétés inuites d\u2019avant le contact, où les animaux sont les égaux des humains, le tabou absolu est la bestialité.Et même si le couple monogame est l\u2019idéal et la norme sociale chez les Inuits, des pratiques répréhensibles, comme l\u2019infidélité maritale ou même le viol, demeuraient plus acceptables que la bestialité.«Les aînés vont souvent moins s\u2019offusquer de l\u2019infidélité maritale ou de la violence sexuelle que de la bestialité, une véritable plaie pour la personne et son groupe», raconte Laugrand, qui base son chapitre sur une série d\u2019entrevues effectuées auprès des aînés inuits par des étudiantes, inuites également, du Collège arctique d\u2019Iqaluit, au Nunavut.En ce qui a trait à la séduction, certaines pratiques sont par ailleurs fort différentes de celles du Sud.Gratouiller la paume de la main d\u2019un homme indiquait que l\u2019on consentait à avoir une relation sexuelle avec lui, raconte Naqqi Echo, une aînée originaire du sud de Baffin, interrogée dans le cadre de cette enquête.Le fait qu\u2019un homme relève constamment les sourcils en regardant une femme signifiait aussi qu\u2019il souhaitait avoir une relation sexuelle avec elle.Quant aux relations sexuelles avec des jeunes non pubères, elles étaient proscrites par le groupe même si, dans la société inuite comme dans toutes ¦éüS'^ TIFFET ROS et BOU les autres sociétés, la transgression faisait partie de la réalité.«Jadis, nous ne pensions pas au sexe», raconte Victor Tungilik, un aîné inuit.Pourtant, pour le calmer, une mère pouvait masturber son enfant, a constaté l\u2019anthropologue Saladin d\u2019Anglure.Sans doute pour des raisons de procréation, qui demeurent le but premier du mariage, l\u2019homosexualité était également proscrite chez les Inuits, dit Laugrand.«Pour les deux sexes, les premiers échanges sexuels demeurent pourtant tardifs, et, pour les femmes, des expériences douloureuses», écrit-il.Des mariages arrangés Dans la société inuite traditionnelle, les mariages arrangés étaient tout simplement la norme, ceux-ci étant parfois conclus alors que les époux n\u2019étaient encore que des embryons.«J\u2019avais sept ans lorsque ma femme m\u2019a été promise, raconte encore Nutaraaluk, un aîné originaire d\u2019Iqaluit.[.] Aujourd\u2019hui, je ne sais même pas quand mes filles se sont mariées.Elles n\u2019ont pas songé un instant à me demander la permission.Les choses sont comme cela aujourd\u2019hui.Les couples se marient sans demander la permission à personne.» Si les rapports hors mariage demeuraient fortement découragés, «les cas de viol, d\u2019abus sexuels et les mauvais traitements existaient bel et bien» avant le contact des Européens, constate Laugrand.Ils ne seraient donc pas exclusivement le produit des années de pensionnat qui ont suivi.Mais dans les igloos où tous habitaient une pièce commune, les rapports entre les gens étaient davantage surveillés, raconte Tulimaaq, également originaire du sud de Baffin.Éros et tabou, qui fait plus de 500 pages, explore une multitude d\u2019autres facettes de la sexualité autochtone en Amérique du Nord.Toujours chez les Inuits, Bernard Saladin d\u2019Anglure a par exemple observé une pratique singulière.Un nouveau-né peut ainsi recevoir le nom d\u2019un ancêtre du sexe opposé et être élevé dans les pratiques du sexe opposé jusqu\u2019à la puberté.Il reprendra alors les pratiques de son sexe tout en gardant le nom qui lui a été donné à la naissance.«Chez les Inuit [sic], si l\u2019on manquait de fils, on avait la possibilité de donner plusieurs noms masculins à une fille qui seconderait son père à la chasse, et dont le mari (troisième genre lui aussi), viendrait résider à l\u2019âge du mariage chez les parents de sa femme, au lieu du contraire, plus coutumier», écrit Saladin d\u2019Anglure dans le chapitre intitulé «Hermaphrodisme, lubricité et travestissement ou les tragiques malentendus sur la sexualité et le genre dans les relations entre Occidentaux, Inuit et Amérindiens ».Un féminisme bien vivant Dans son examen de la notion de consentement sexuel chez les femmes amérindiennes d\u2019hier à aujourd\u2019hui, VOIR PAGE F 2 ÉROS Les aînés vont souvent moins s\u2019offusquer de l\u2019infidéUté maritale ou de la violence sexuelle que de la bestialité, une véritable plaie pour la personne et son groupe )) Frédéric Laugrand rlvAvi Olga Duhamel-Noyer explore des souvenirs contaminés Page F 2 Ringuet à Tombre de François Blais Page F 3 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Souvenirs contaminés Le troisième roman d\u2019Olga Duhamel-Noyer explore la quête d\u2019un homme prisonnier de son passé CHRISTIAN DESMEULES Tout homme, à ce qu\u2019il paraît, est le produit de son époque.Celle dont est issu le personnage qui est au centre du troisième roman d\u2019Olga Duhamel-Noyer, Le rang du cosmonaute, résonne encore des Satellipopettes, de Goldo-rak et du Capitaine Flam, d\u2019Al-bator et de La guerre des étoiles.Pour lui, comme pour toute une génération d\u2019enfants aux yeux fixés sur l\u2019écran de leur télévision, l\u2019atmosphère terrestre était une frontière comme une autre.Mais le personnage est plus « marqué » que d\u2019autres, sans doute : ses parents l\u2019ont prénommé Youri, en hommage au premier homme, le cosmonaute russe Youri Gagarine, à avoir fait en 1961 une révolution complète en orbite autour de la Terre.11 est depuis devenu anthropologue, à des années-lumière de son enfance et de ses rêves d\u2019infini, et travaille à des recherches sur l\u2019imaginaire forestier.11 reste toutefois encore un peu tête en l\u2019air.«Les années de son enfance ont déposé en lui la possibilité d\u2019un univers habité et cette possibilité ne Va jamais quitté.» 11 a d\u2019ailleurs accepté un contrat pour réécrire un livre sur l\u2019affaire Roswell.C\u2019est à l\u2019occasion d\u2019un retour à Bernard-Station, le gros village où il a passé une partie de sa jeunesse, alors qu\u2019il y séjourne pour quelques mois en compagnie de Julia, sa compagne, que Youri effectue «la remontée de ses souvenirs».Des souvenirs qu\u2019il mêle, entre autres, parmi ses réflexions, à ceux de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.Retour aux sources Dans le rang des épinettes où il a grandi, en raison de son prénom russe, de sa petite moto sur laquelle il fdait avec son casque à la visière baissée, «les gens du rang l\u2019avaient surnommé le cosmonaute».11 n\u2019y avait jamais remis les pieds depuis qu\u2019il avait été chassé de la maison quand son père PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le rang du cosmonaute est le troisième roman de l\u2019auteure Olga Duhamel-Noyer.Elle a aussi publié un essai, Motel univers.l\u2019avait surpris dans le même lit que son meilleur ami, à la fin de l\u2019adolescence.Mais son père, un médecin dont il n\u2019a jamais été proche, même après le divorce de ses parents et le décès de sa mère, est mort il y a des années sans qu\u2019ils se soient jamais revus.La petite maison est abandonnée et tombe en ruine.Le passé est une zone sinistrée, mais Youri a, croit-il, des questions plus terre à terre à régler.11 «veut savoir si, de manière générale, on pense davantage à l\u2019espace, ici, dans la forêt, et si la probabilité d\u2019une vie hors de la Terre intéresse les travailleurs forestiers sur les chantiers».Chez lui, par contre, aucun doute, la possibilité d\u2019une vie hors de la Terre, et même hors de Bernard-Station, relève de l\u2019obsession.«Il refuse d\u2019être né trop tôt pour qu\u2019il leur soit possible de se rendre sur Mars.» Et pourquoi vouloir aller sur Mars quand son propre cœur lui est inaccessible ?Sinon pour fuir sa propre inquiétude : la crainte d\u2019avoir hérité de la froideur atavique de son père.« Youri aimerait être avec Julia dans une ville où il fait chaud.Être ailleurs du moins, loin d\u2019ici.Il répète qu\u2019il n\u2019y a rien ici.Pas de vérité profonde, que de l\u2019ennui.Un puits sans fond d\u2019ennui.Un large désert.».Tentative d\u2019évasion Comme dans Highwater (2006), son premier roman, où elle nous conviait à une excavation de souvenirs dans un pay- sage en ruine, l\u2019auteure explore le passé aliénant de son personnage.Si l\u2019imaginaire y était souterrain, le regard que porte cette fois le protagoniste dans Le rang du cosmonaute est résolument tourné vers l\u2019extérieur, le grand nulle part, l\u2019espace intersidéral.De façon un peu illusoire, Youri espère se déraciner afin de se libérer d\u2019une mémoire qui l\u2019encombre, exposer d\u2019autres secrets douloureux.Mais, il s\u2019en doute un peu : il n\u2019y aura pas d\u2019issue, pas d\u2019évasion, aucune porte de sortie.Et la seule vraie possibilité de libération, on le comprend, il la porte à l\u2019intérieur de lui.L\u2019auteure en tartine épais, dans Le rang du cosmonaute, sur le thème de l\u2019espace et de la Russie.Les références culturelles convoquées pour faire sens sont souvent lourdes et appuyées.La catastrophe de Tchernobyl est juxtaposée au Stalker de Tarkovski, il réflé- chit à l\u2019exploration spatiale chinoise en écoutant Space Oddity de David Bowie.Ainsi de suite.La main est un peu lourde, là où pourrait être de mise un peu plus de subtilité.Mais, en un sens, à l\u2019apparente froideur du style d\u2019Olga Duhamel-Noyer, et au thème surexploité, répond aussi l\u2019apparente anesthésie sentimentale du personnage.A son désir d\u2019évasion, proportionnel à l\u2019enfermement qu\u2019il éprouve, répond ainsi une phrase un peu clinique, figée, qui vient souligner avec une certaine justesse l\u2019aliénation du personnage.Collaborateur Le Devoir LE RANG DU COSMONAUTE Olga Duhamel-Noyer Héliotrope Montréal, 2014, 218 pages Quatre questions à Olga Duhamel-Noyer Quelle est rétincelle à l\u2019origine du Rang du cosmonaute?L\u2019étincelle, c\u2019est l\u2019impossibilité de renoncer aux rêves de la jeunesse.Ma génération a grandi durant une période obsédée par la conquête de l\u2019espace, ainsi qu\u2019on le disait alors pompeusement.Pour plusieurs, les lendemains qui chantent étaient aussi à l\u2019ordre du jour.Les années 2000 dessinaient en ce temps-là un horizon lointain rempli de promesses.J\u2019ai trouvé Youri le cosmonaute dans le labyrinthe de mes souvenirs.Croyez-vous, comme le croit votre personnage, que le vide est l\u2019une des lois maîtresses de l\u2019univers?Je ne le crois pas, non.Ce qui me semble évident cependant, c\u2019est que, par-delà la connaissance, l\u2019univers dépasse largement pour l\u2019heure nos capacités intellectuelles.Les miennes à tout le moins.Quel lien faites-vous entre la forêt et l\u2019espace intersidéral?Entre la forêt boréale et ce que le personnage central de mon roman imagine des planètes, il existe un lien très direct: une brutalité ou une vigueur non humaine préside à l\u2019agencement de ces espaces.La Terre, maison ou prison?A mon sens, c\u2019est la fragilité des mammifères que nous sommes qui est carcérale.Et, pour l\u2019heure, l\u2019approximative technologie humaine n\u2019y peut pas grand-chose.BROS SOURCE SEPTENTRION Indian Toilet, une aquarelle sur papier de l\u2019artiste américain Alfred Jacob Miller, réalisée entre 1858 et 1860.SUITE DE LA PAGE F 1 l\u2019historien Gilles Havard constate que les pratiques ont beaucoup varié d\u2019une nation amérindienne à l\u2019autre.Alors que les femmes sioux chantaient, toutes nues, juchées sur leur canot, durant des heures pour encourager les hommes qui partaient à la guerre, ça n\u2019était certes pas universel parmi les Amérindiens, reconnaît-il.Enfin, au terme d\u2019un article portant sur les concours de «Miss», de reines ou de princesses chez les Amérindiens du Québec aux XX® et XXT siècles, Marie-Pierre Bousquet et Anny Morris-sette constatent que la condition de la femme autochtone n\u2019a pas évolué au même rythme que celle de la femme québécoise depuis les années 1950, mais que le féminisme autochtone n\u2019en est pas moins bel et bien vivant.«Le portrait de ce féminisme autochtone à l\u2019échelle du Québec nécessiterait d\u2019être mieux connu, écrivent-elles.[.] Ce n\u2019est pas la robe à franges qui fait la princesse, mais la capacité à personnifier ce que signifie la réussite chez la femme amérindienne: être une femme contemporaine, sûre d\u2019elle, capable de se mettre au service des siens en faisant le pont entre le passé et l\u2019avenir.» Le Devoir ÉROS ET TABOU Sous la direction de Gilles Havard et Frédéric Laugrand Septentrion Québec, 2014, 502 pages Beau temps pour les revues Jusqu\u2019au 3 avril, c\u2019est le Printemps des revues.Ce sont 88 bibliothèques publiques et collégiales qui proposent des espaces d\u2019exposition où les lecteurs peuvent découvrir les différentes revues culturelles québécoises, mais aussi plusieurs libraires qui soutiennent ces magazines en les reqdant plus visibles que jamais.A Montréal, la Grande Bibliothèque se joint à ce bal du printemps pour présenter une sélection d\u2019articles phares qui retracent l\u2019histoire du Québec à travers ses revues.L\u2019exposition se déroule au troisième palier et à la collection nationale.Les vendredi 21 et samedi 22 mars, une foire des re- vues se tiendra d\u2019ailleurs devant la Grande bibliothèque, au 475 du boulevard De Maisonneuve Est à Montréal.Les visiteurs pourront consulter et parfois emporter des numéros de leurs revues préférées.Cette campagne de sensibilisation à l\u2019importance des revues culturelles d\u2019ici sera couronnée par un spectacle au cabaret du Lion d\u2019Or, le mercredi 2 avril à compter de 20 h.La soirée mettra en vedette Thomas Heilman, Fré-dérike Bédard, Marc Béland, Catherine Huard et Jonathan Morier dans un hommage à la culture sous toutes ses formes.Des détails sur l\u2019ensemble des activités du Printemps des revues?Rendez-vous au www.sodep.qc.ca Le Devoir En foutes lettres Préfacé par Micheline Lanctôt Les Luttions L\u2019Interligne www.interligne.ca Marie-Claude Hansenne 152 pages \u2022 18,95$ ISBN 978-2-923274-85-0 Collection «Vertiges» \u2022 Roman Ce qui construit une vie, ce sont les rencontres qu'on y fait, à partir de la naissance, avec les parents et la famille, en passant par l'adolescence où l'on découvre le monde jusqu'à la vie adulte où arrivent toutes ces responsabilités et, enfin, au déclin, à l'heure des bilans.Ces rencontres courtes ou longues marquent notre parcours de façon indélébile, s'inscrivent dans notre chair et nous façonnent sans que, très souvent, nous nous en rendions vraiment compte.Pour vous procurer un livre en version imprimée ou numérique.Par téléphone veuillez contacter Rachel Carrière aux coordonnées suivantes 613 748-0850, poste 3 Par télécopieur 613 748-0852 Par courriel administratrice@interligne ca CONSTRUIRE ENSEMBLE un mondedifférent Pour nous appuyer www.alternatives.ca \u2022 514.982.6606 x\\ Egalement disponible en version numérique JEHN-CLRUDEGERMRIN LH DOUBLE VIE LITTERfllRE DE LOUIS FRÉCHETTE UNE BREVE HISTOIRE DU CONTE RU QUEBEC I Hurtubise -\t^\t^ Une double vie qui se lit comme un roman! ?Hurtubise\tD www.editionshurtubise.com\t13 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 F 3 LITTERATURE Ringuet à Vombre de François Blais /F ' ' ît Danielle t Laurin .>\\k Tout y est.L\u2019humour décalé.L\u2019ironie jusqu\u2019au cynisme.L\u2019autodérision jusqu\u2019à l\u2019autodénigrement.La vacuité de l\u2019existence, la petite vie morne, répétitive, relatée dans toute son insignifiance.L\u2019asocialité.Et l\u2019amour fantasmé, voué à l\u2019échec.On est bien chez François Blais.Je ne m\u2019en lasse pas.Au contraire.Plus je lis ce romancier originaire de Grand-Mére installé à Québec, plus je l\u2019apprécie.Mais j\u2019ai mis du temps, dois-je dire, avant de dépasser le premier niveau de lecture de ses romans.Je m\u2019empêtrais dans les détails de ses descriptions maniaques, dans ses histoires qui ne menaient nulle part.Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi il cultivait tant le goût de l\u2019anodin.Pourquoi il s\u2019acharnait autant sur les petits riens du quotidien.Et puis ses héros sans envergure, autant dire des perdants ordinaires, des ratés sympathiques, ne parvenaient pas à m\u2019émouvoir.J\u2019avais beau, en poussant un peu, voir ici et là des accointances avec le Réjean Du-charme de L\u2019hiver de force ou avec le Jacques Renaud du Cassé, avec l\u2019univers glauque d\u2019un François Barcelo, tiens.la mayonnaise ne prenait pas vraiment.François Blais me laissait sur ma faim.Il parvenait même à m\u2019excéder.Je continuais à le lire cependant.Tout en me demandant pourquoi.Tout en cherchant ce qui, malgré tout, malgré moi, venait me chercher.Puis, peu à peu, sa voix rêche, ses mots crus, sa langue bien pendue, sa dégaine, son phrasé joualisant agrémenté de franglais, sa petite musique bien à lui.tout ça a fait son chemin jusqu\u2019à moi.J\u2019ai fini par me faire à l\u2019idée que du François Blais, c\u2019est du François Blais.Retour à l\u2019intime J\u2019ai pris un plaisir fou à lirç Sam, son huitième roman.À retrouver son univers, son style.Et j\u2019ai trouvé François Blais plus en contrôle que jamais derrière la fausse facilité affichée.Je me suis laissé prendre au jeu jusqu\u2019au retournement inattendu à la toute fin.Sam n\u2019a pas la teneur, l\u2019ampleur du roman précédent de l\u2019auteur, La classe de madame RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Avec Sam, François Blais s\u2019amuse.Il nous mène en bateau tout en multipliant les clins d\u2019œil complices.français hlats sam Valérie, finaliste au Prix des libraires du Québec et encensé il y a peu par Pierre Foglia.Il s\u2019agissait là d\u2019un livre à part dans l\u2019œuvre de François Blais, ne serait-ce que parce qu\u2019il prêtait sa voix à quelque 25 personnages, sur une période de plus de 20 ans.Avec Sam, on revient à l\u2019intime.Mais en plus farfelu encore que d\u2019habitude, si c\u2019est possible.En plus fantaisiste.Et en plus piquant, me semble-t-il.Aucune retenue, dirait-on.Aucune peur du ridicule, l\u2019insipidité apparente est à son comble, la méchanceté aussi.C\u2019est franchement culotté.L\u2019épilogue donne le ton.François Blais, pince-sans-rire, y réclame rien de moins que le prix Ringuet de l\u2019Académie des lettres du \"\"\tQuébec pour son nouveau roman.À ses yeux, ce serait surtout gênant pour les membres du jury s\u2019il ne l\u2019obtenait pas.«Car il est indubitable, note-t-il, que d\u2019ici un siècle on entendra des gens s\u2019exclamer: \u201cDire que Blais a échappé le Ringuet!\u201d sur l\u2019air de \u201cDire que Céline a échappé le Concourt\u201d ou \u201cDire que Proust a échappé le Nobel!\u201d» Il concède cependant qu\u2019il n\u2019a aucune idée des livres à paraître qui pourraient porter ombrage au sien en cours d\u2019année, pour l\u2019obtention du prix.Bon joueur, il n\u2019écarte pas la possibilité qu\u2019un autre roman que le sien ressorte du lot.Puis, ajoute-t-il, «il se peut que Nicolas Dickner ou Perrine Leblanc ou n\u2019importe qui décide de sortir un bouquin en même temps que moi, simplement pour m\u2019embêter».(Pour Nicolas Dickner, je ne sais pas encore, mais pour Perrine Leblanc, c\u2019est confirmé: son deuxième roman, Malabourg, sera en librairie le 26 mars.) François Blais se dit prêt à concéder à ses éventuels rivaux tous les autres prix littéraires québécois.Il s\u2019engage à refuser toute autre récompense en dehors du Ringuet pour son nouveau roman.«Voudrait-on me faire Compagnon de l\u2019ordre du Canada (et mes sources au cabinet du premier ministre me disent que le projet est dans l\u2019air), je répondrais: \u201cMessieurs, votre geste me touche, mais je me dois de refuser.Revenez me voir quand f aurai le Ringuet.\u201d» Ce n\u2019est pas tout.Il prend l\u2019engagement de renoncer à «la généreuse bourse de mille dollars versée au lauréat», pour l\u2019offrir «aux petits enfants malades.» Convaincant, n\u2019est-ce pas ?Qui, après ça, oserait priver François Blais du prix qui lui revient.L\u2019auteur disparaît ensuite du portrait \u2014 mais pas indéfiniment, impossible d\u2019en dire plus là-dessus sans prendre le risque de vendre la mèche.Débarque à sa place un narrateur non nommé, qui vient de Grand-Mère comme lui.Narrateur qui, à son tour, va céder sa place, pour une grande part du récit, à une mystérieuse S***, qu\u2019il décide d\u2019appeler Sam.Roman chausse-trape Tout a commencé quand ledit narrateur anonyme a trouvé dans une boîte de livres soldés un manuscrit reproduisant un long extrait du journal intime de ladite Sam.Extrait qu\u2019il va s\u2019empresser de recopier, tout en ajoutant son grain de sel.C\u2019est ce qui nous est donné à lire.Vous me suivez?Toujours est-il que le point central de l\u2019histoire, c\u2019est que le narrateur tombe amoureux de Sam par ses mots.Qu\u2019il veut à tout prix la retrouver.Qu\u2019il cherche partout des indices dans le manuscrit qu\u2019il recopie.Qu\u2019il n\u2019en finit plus d\u2019échafauder des hypothèses.Il part à la recherche de sa bien-aimée, persuadé qu\u2019il est l\u2019élu, le destinataire attitré du journal de Sam.«Il est impensable qu\u2019elle m\u2019ait adressé son journal, qu\u2019elle m\u2019ait lancé cet appel, sans avoir laissé traîner quelques miettes de pain pour me guider jusqu\u2019à elle.» Il marche dans ses traces.Mais elle n\u2019est jamais là où il l\u2019attend.Il s\u2019acharne dans son enquête.Jusqu\u2019à quand ?Entre-temps, on a eu tout le loisir de constater, par le biais de ses propres écrits, que cette Sam n\u2019a rien de la fille idéale.Qu\u2019elle n\u2019a pas de vie.Qu\u2019elle écrit son journal comme on pisse de la copie, en s\u2019attardant faute de mieux sur tout ce qui meuble sa non-vie.Ça ressemble à ceci: «Je résume: je me suis levée, j\u2019ai pissé, j\u2019ai mangé trois gaufres, une banane, et j\u2019ai bu du café de marque Kirkland sur la galerie en lisant quelques pages du journal de Marie Bashkirtseff » Mais il y a pire.Comme cette interminable description du produit sur le papier d\u2019emballage de la pâte à mâcher Starburst, que s\u2019entête à reproduire Sam dans son journal.Pour en venir à conclure: «C\u2019est André Breton qui avait raison: les descriptions c\u2019est de l\u2019hostie de marde.» Sam, qui n\u2019en finit plus de tourner en rond, va-t-elle finir par se manifester à celui qui la considère comme son âme sœur, qui voit en elle la femme de sa vie, ou plutôt de sa non-vie?Sam existe-t-elle seulement dans la réalité?Car, n\u2019est-ce pas, il y a ce que François Blais qualifie lui-même de «frontière poreuse entre la réalité et la fiction».François Blais s\u2019amuse.Il nous mène en bateau tout en multipliant les clins d\u2019œil complices.Il nous fait sourire souvent.Il lance des piques à tout venant comme ce n\u2019est pas permis, et on s\u2019en félicite.Il abuse de notre patience en étirant la sauce, et on comprend que ça fait partie du jeu.Roman chausse-trape qui utilise astucieusement la mise en abyme, Sam se donne à lire comme de la non-littérature.C\u2019est tout le contraire en réalité.SAM François Blais L\u2019Instant même, Québec, 2014,192 pages Jean-Jacques Pelletier ou écrire pour respirer un peu mieux MICHEL BELAIR C?est Victor-Lévy Beaulieu lui-même qui demanda à Jean-Jacques Pelletier de lui raconter pourquoi et pour qui il écrivait; cela donna Pour inquiéter et pour construire (éditions Trois-Pistoles, 2002).Mais il se trouve que, plus d\u2019une décennie, cinq ou six gros livres et presque 10000 pages plus tard.Pelletier sent le besoin de revenir sur le sujet.De reprendre encore une fois les mêmes questions en y ajoutant ses nouvelles préoccupations, maintenant qu\u2019il a plus de 65 ans et que son avenir est derrière lui.Et voilà Questions d\u2019écriture.Le scénario est le même: l\u2019auteur des Gestionnaires de l\u2019Apocalypse (Alire) et d\u2019une bonne douzaine d\u2019autres ouvrages répond aux questions que ses livres ont fait naître chez ses lecteurs.Regroupées en quatre grandes catégories \u2014 avoir besoin d\u2019écrire, fabriquer de l\u2019écriture, écrire pour s\u2019exprimer, écrire pour les autres \u2014, ces questions permettent à Jean-Jacques Pelletier de revenir sur son travail.ce qui explique le côté autobiogra- phique de l\u2019expérience puisque l\u2019auteur illustre son propos en faisant référence à son œuvre.On trouvera partout dans l\u2019ouvrage des passages captivants, d\u2019abord justes et vrais \u2014 «B faut vraiment un très curieux mélange de patience et de sentiment d\u2019urgence, d\u2019humilité sincère et d\u2019orgueil insensé pour per- Pelletier souligne aussi abondamment toute la part de travail de l\u2019écriture sévérer dans l\u2019écriture» \u2014, entre autres sur l\u2019inspiration ou sur les implications philosophiques et politiques du fait d\u2019écrire.Ecrire, dit-il Les sections les plus intéressantes sont celles où le prolifique romancier explique son besoin d\u2019écrire depuis qu\u2019il est tout jeune : «La grande affaire de la fiction, c\u2019est la question du sens \u2014 avec tout ce qu\u2019elle implique de valeurs, d\u2019idées et de fantasmes \u2014 et la difficulté des êtres humains à parvenir à le trouver, même partiellement, même de façon temporaire.[.] La fiction élargit le domaine du possible et elle ouvre un espace de liberté où peuvent se construire des réponses à la question du sens.» Et encore: «Ce qui m\u2019intéresse au premier chef ce n\u2019est pas la description de la réalité extérieure, c\u2019est l\u2019expérience que les humains en font à travers le temps.» Pelletier souligne aussi abon-damment toute la part de travail de l\u2019écriture ; on a droit à de longs passages sur la structure de ses romans et sur l\u2019exercice même du métier d\u2019écrivain qui pétrit son texte jusqu\u2019à ce qu\u2019il prenne le rythme et la couleur qu\u2019il veut y imprimer.On lira aussi avec intérêt ce qu\u2019il dit sur l\u2019étrange personnage de Victor Prose, son alter ego, avec lequel il a cosigné quelques essais intéressants mais un peu lourds sur la montée des extrémismes.Partout, qu\u2019il parle de Proust, de Valéry, de l\u2019art ou du polar, on voit que Jean-Jacques Pelletier est un homme de son siècle et qu\u2019il ne peut s\u2019empêcher de commenter «les réductions soigneusement graduées des programmes d\u2019aide à l\u2019édition, aux auteurs et à la diffusion».Tout comme la «censure par intimidation», en faisant allusion à «la poursuite contre les auteurs et l\u2019éditeur de Noir Canada [quil visait également l\u2019ensemble des auteurs et des éditeurs québécois».Pas étonnant de la part d\u2019un homme qui croit que la fonction du roman «est de faire naître des questions, de mettre en cause ce qui va de soi, de fissurer le ronron des certitudes, de rendre manifeste ce qui est occulté ou négligé, de découvrir les problèmes que cachent les évidences et d\u2019élargir l\u2019éventail des possibles.Bref, de faire jaillir le doute et d\u2019ouvrir des chemins».Collaborateur Le Devoir QUESTIONS D\u2019ÉCRITURE Jean-Jacques Pelletier Hurtubise Montréal, 2014, 342 pages La Vitrine Marcel Codin Ce maudit soleil ¦4i i4f tfif' ROMAN CE MAUDIT SOLEIL Marcel Godin Typo Montréal, 2014,176 pages Salué par la critique lors de sa parution originale, en 1965, chez Robert Laffont, Ce maudit soleil, premier roman du journaliste Marcel Godin (1932-2008), donne vie à un univers brut et tendu, celui d\u2019un camp de bûcherons de la Haute-Mauricie dans les années 1940.Dans la position du narrateur, le jeune commis du camp, un peu plus instruit que les rustauds qui l\u2019entourent, raconte l\u2019ennui qui dévore les hommes, les pulsions sexuelles qui bouillent en eux, la misère culturelle qui entrave ou pervertit l\u2019expression de leur humanité.Johanne, fille du cook et seule femme du camp, joue le rôle de révélatrice des passions tristes qui animent les acteurs de cette tragédie forestière, portée par un style vif, nerveux, tranchant et diablement efficace.Comme le soleil du titre, ce roman frappe dur et met l\u2019humanité à nu.Ingrate, l\u2019histoire littéraire a presque oublié Marcel Godin.À tort.Ce romancier, comme l\u2019écrivait Jean Éthier-Blais dans Le Devoir en 1965, est sérieux et «a quelque chose de nouveau à dire».Louis Cornellier NMn M \\KI> MOMENT D\u2019LA COLPI E !L\u2018f ROMAN MOMENTS D\u2019UN COUPLE Nelly Alard Gallimard Paris, 2013, 376 pages Pour Moments d\u2019un couple, la comédienne et écrivaine Nelly Alard a reçu le prix Interallié 2013.Il y avait 20 ans que ce prix n\u2019avait pas été octroyé à une femme.Ce jury, exclusivement mâle, s\u2019est secoué enfin.Il faut dire que ce gros roman, qui exige de bons lecteurs, est fascinant.Il raconte, de trois points successifs, une relation d\u2019amour entre un couple, marié depuis dix ans, avec un enfant, d\u2019une part, et la liaison difficile de l\u2019homme avec une autre femme, tombée véritablement amoureuse du monsieur.Rien n\u2019est caricaturé.Les sentiments passionnés, la générosité, les crises, la jalousie, les compromis et les mensonges, les penchants et les désirs qui s\u2019élancent et s\u2019annulent.Intermittences, donc, de l\u2019amour qui renonce à la fidélité, sans pour autant vouloir rompre.Cet audacieux pari littéraire évite l\u2019invraisemblable et le jugement pour s\u2019en tenir aux déchirements et aux éclaircies de la relation heureuse.Passionnante, cette saisie de la joie et de la douleur d\u2019aimer, fondée sur l\u2019amour et non sur la sexualité, un point de vue «féminin», s\u2019il en est.Oui, tout ce roman cherche comment aimer malgré tout ce qui a, ou est, raté.Guylaine Massoutre P 0 Gaspard-LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 3 au 9 mars 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t Il Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 9 Mirages\tAnne Robillard/Wellan\t1/4 2 Louise est de retour\tChrystine Brouillet/Homme\t2/2 3 Un voisinage comme les autres \u2022 Tome 1\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t3/3 4 Les gardiens de la lumière \u2022 Tome 2\tMichel Langlois/Hurtubise\t4/4 5 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique!\tAmélie Dubois/Les Éditeurs réunis\t7/13 6 Le clan Selon \u2022 Tome 1 Les aubes grises\tSonia Marmen/Québec Amérique\t5/3 7 Ce qui se passe au congres reste au congres!\tAmélie Dubois/Les Éditeurs réunis\t9/18 8 Les gardiens de la lumière \u2022 Tome 1 Maîtres chez soi\tMichel Langlois/Hurtubise\t1D/3 9 Bébé boum \u2022 Tome 2\tJosée Bournival/Hurtubise\t-/I 10 Pour que tienne la terre\tDominique Demers/Québec Amérique\t6/7 Romans étrangers\t\t Il Muchachas\tKatherine Pancol/Albin Michel\t3/2 2 Le chardonneret\tDonna Tartt/Plon\t1/8 3 La nuit leur appartient \u2022 Tome 1 Les rêves.\tSylvia Day/Michel Lafon\t2/3 4 S.\tJ.J.Abrams | Doug Dorst/M.Lafon\t4/3 5 Prague fatale\tPhilip Kerr/du Masque\t6/9 6 Les enquêtes du département V \u2022 Tome 4 Dossier 64\tJussi Adler-DIsen/Albin Michel\t5/6 7 La femme des dunes\tChristopher A.Bohjalian/Guy Saint-Jean\t8/2 8 L'Italienne\tAdriana Trigiani/Guy Saint-Jean\t7/5 9 Homeland, la traque\tAndrew Kaplan/Seuil\t9/4 10 Crossfire \u2022 Tome 3 Enlace-moi\tSylvia Day/Flammarion Québec\t-/I Essais québécois\t\t Il Paradis fiscaux ; la filiere canadienne\tAlain Deneault/Écosociété\t1/2 2 Tenir tête\tGabriel Nadeau-Dubois/Lux\t2/22 3 Le tour du jardin.Entretiens avec Mathieu Bock-Côté.\tJacques Godbout | Mathieu Bock-Côté/Boréal 6/4\t 4 Le Sel de la terre\tSamuel Archibald/Atelier 1D\t8/2 5 Je me souviens?Le passé du Québec.\tJocelyn Létourneau/Fides\t4/3 6 Les tranchées.Maternité, ambiguité et féminisme.\tFanny Britt/Atelier 1D\t5/6 7 Aimer, materner, jubiler.L'impensé féministe au Québec\tAnnie Cloutier/VLB\t-/I 8 Comprendre l'État d'Israél.Idéologie, religion et société\tYakov M.Rabkin/Écosociété\t3/3 9 Sur la piste de Trudeau.40 ans de frictions entre.\tCollectif/Rogers\t-/I 10 L'anarchie expliquée a mon pere\tThomas Déri | Francis Dupuis-Déri/Lux\t1D/5 Essais étrangers\t\t Il La vérité sur les médicaments\tMikkel Borch-Jacobsen/Édito\t2/4 2 Plaidoyer pour l'altruisme.La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t1/19 3 Le déni.Enquête sur l'inégalité des sexes dans l'Église\tMaud Amandier | Alice Chablis/Novalis\t-/I 4 Science, on coupe!\tChris Turner/Boréal\t5/5 5 Vivre ensemble pour changer le monde.L'art de ne pas.\t.Richard David Precht/Pocket\t-/I 6 La plus belle histoire de la philosophie\tLuc Ferry | Claude Capelier/Robert Laffont 3/4\t 7 Du bonheur.Un voyage philosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t8/8 8 La fin du hasard\tIgor Bogdanov | Grichka Bogdanov/Grasset -/I\t 9 EIndien malcommode.Un portrait inattendu des Autechtenes.\t.Thomas King | Daniel Poliquin/Boréal\t4/2 10 Pourquoi les riches ont gagné\tJean-Louis Servan-Schreiber/Albin Michel\t7/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d'information et d'analyse Sasparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de ËaspartI et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Sasparl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 LITTERATURE L\u2019exception française CHRISTIAN DESMEULES Un liomme seul fait ses petites affaires en Italie, «dans un angle précis de Venise».Les rares voisins qui l\u2019aperçoivent, presque toujours un livre à la main ou griffonnant dans un carnet, lui donnent sans hésiter du «profes-sore».La fille du restaurateur d\u2019à côté lui fait de l\u2019œil, une autre lui rend visite à l\u2019occasion pour lui prodiguer des massages équivoques.Un peu malgré lui, de mystérieuses obligations l\u2019amènent à passer quelques jours par semaine à Paris {«une heure et demie d\u2019avion»), sans jamais toutefois menacer sa retraite.Comme Chateaubriand, il pourrait peut-être dire: «J\u2019ai mis ma main dans le siècle, mon intelligence au désert.» Et si son corps n\u2019a plus la souplesse d\u2019autrefois, l\u2019écrivain \u2014 car il est écrivain \u2014 se réjouit d\u2019être encore en vie, de pouvoir échapper encore un temps à la pieuvre sociale et au sort qui semble condamner la plupart des mortels à l\u2019ennui, à la solitude triste et à la mort.Voire à la gravité terrestre.Car lui, son mantra, c\u2019est l\u2019exception.Les angles morts, la passion de l\u2019ombre.Les échos du XVIIL siècle et ceux de la philosophie taoïste.Loin d\u2019une France qui moisit lentement.Et loin de ses Français «hâbleurs, arrogants, désespérément normaux, faussement gais, revendicatifs, renfrognés» qui méritent Iqurs Françaises «tassées, confqrmistes, tristes».A lui l\u2019Italie et les Italiennes.A lui la langue de Dante, d\u2019Ada et de Loretta, qui lui permet de recharger son français, de l\u2019assouplir, de le multiplier.« Que serais-je sans l\u2019italien ?Un demi-sourd, comme la plupart des écrivains.» Avec Médium, son 23® roman, Philippe Sellers rejoue la plupart de ses partitions habituelles et risque de ne surprendre aucun de ses Avec son dernier roman, Philippe Sellers se renouvelle, sans vraiment se réinventer.J.SASSIE lecteurs.Le prétexte romanesque est mince, de plus en plus mince, et seuls Venise, la littérature et le motif des rapports hommes-femmes \u2014 trois des scies sollersiennes \u2014 parviennent à faire tenir ensemble cette guirlande de réflexions ad lib et plutôt décousues sur l\u2019état du monde.En plus de son apologie habituelle de la clandestinité et du secret, antidotes persistants face à la «folie» qui prolifère.«Comme le monde est fou, il faut bien s\u2019inventer une contre-folie efficace, et devenir ainsi un contre-fou aussi déterminé que possible.» La folie n\u2019aime ni les dictionnaires ni l\u2019Histoire.Elle est monomane et obsédée par la vérité.«Elle n\u2019a aucune curiosité, sauf sexuelle ou malsaine.[.] Elle ne pense pas, elle juge, elle \\\\ Comme le monde est fou, il faut bien s\u2019inventer une contrefoUe efficace, et devenir ainsi un contre-fou aussi déterminé que possibkyy Extrait de Médium préjuge, elle a réponse à tout.» Pour appuyer ses propos, Saint-Simon, Lautréamont ou Nietzsche sont habilement convoqués.Quelques figures d\u2019exception qui parlent à travers lui et auxquelles Sellers, sans gêne, n\u2019hésite pas à attacher son char.L\u2019auteur de Eemmes se renouvelle une fois de plus sans se réinventer vraiment.On referme Médium avec l\u2019impression que l\u2019écrivain de 77 ans fait plus que jamais du sur-place et qu\u2019il signe ici une sorte de «vade mecum» personnel.La lucidité est toutefois encore au rendez-vous, puisqu\u2019il ne manque pas de nous signaler que «la Erance détient le record du monde des individus qui ne peuvent s\u2019empêcher d\u2019écrire».Ecco.Collaborateur Le Devoir MÉDIUM Philippe Sollers Gallimard Paris, 2014,176 pages Centre d\u2019un monde et Centre-Sud FABIEN DEGLISE Loin de le cacher, il l\u2019expose même: le bédéiste Guy Delisle est un mauvais père.qui s\u2019assume.Il en fait la démonstration avec son Guide du mauvais père (Delcourt) publié l\u2019an dernier.Et l\u2019aveu prend désormais la forme d\u2019une récidive avec la publication d\u2019un volume 2, un peu moins marrant, mais malgré tout charmant.La formule n\u2019a pas changé.Sur quelque 200 pages, l\u2019amusant dessinateur, fin observateur des détails de la condition humaine, revient avec une série de nouvelles scènes le mettant en vedette avec ses enfants.Dans une sorte de réalité augmentée du centre de son petit monde, il se caricature en père ratoureux, paresseux, égoïste et sournois, pas très à cheval sur la discipline, sur la morale, sur l\u2019éthique.Le tout, bien sûr, pour choquer et faire rire.Morceaux choisis: ici, il tient des propos déplacés sur les parents des amis d\u2019école de ses enfants ; là, il leur raconte des histoires de tueurs en série pour les effrayer avant de les envoyer au lit, dessine des chiens qui pètent dans les cahiers d\u2019école de sa fille ou lézarde sur un canapé avec son fils plutôt que de lui faire apprendre une récitation.CUR,ioSiT£\tiNf (ou HNTH/lOpOLQSiQüE.C'eSr SORTI MA f3RP R£  Clous- é'r.EDITIONS POW POW Chroniques du Centre-Sud, par Richard Suicide Dans ces petits fragments de quotidien en famille, relatés par l\u2019entremise d\u2019un trait simple, mais efficace, le percutant, le surprenant, le délicieusement irrévérencieux sont peut-être un peu moins au rendez-vous.Mais il faut malgré tout se rendre à l\u2019évidence : le père est peut-être mauvais, mais il reste bon narrateur.Chroniques urbaines Il y a eu Mile End (Pow Pow), chroniques urbaines dessinées par Michel Heilman en 2011 au cœur du quartier hipster de Montréal.Il y a désormais Chroniques du Centre-Sud (Pow Pow), étude sociolo-gico-éthylique d\u2019un autre coin «Tout a commencé par un livre d\u2019art rupestre.Sur l\u2019une des pages figurait un dessin d\u2019une femme enceinte.Un jour, j\u2019ai encerclé le ventre et j\u2019ai écrit au crayon de plomb : je veux ça.» MARTINE BATANIAN-CLINIQUE .-si de la métropole \u2014 en bas à droite sur une carte \u2014 brillamment menée par un vieux de la vieille de la bédé alternative au Québec, Richard Suicide (Richard Beaulieu de son vrai nom).Les lecteurs des défunts hebdos montréalais Ici et Montreal Mirror se souviennent sans doute de lui.Solide et désopilante, l\u2019œuvre permet de renouer avec le trait subversif de l\u2019auteur tout comme avec ses personnages à long nez, à gros seins et aux courbes oscillantes qui racontent ici le quotidien d\u2019un quartier dérivant à certains endroits entre chômage, prêteur sur gages et bière en caisse de 12.Il est question de voisins avec leurs comportements étranges, d\u2019épiceries qui vendent des cre-tons à la qualité douteuse, mais surtout d\u2019une existence à la petite semaine que l\u2019on finit par ne plus voir qu\u2019à travers la brume des paradis artificiels, ceux qui se trouvent légalement dans les réfrigérateurs des dépanneurs et d\u2019autres qui se fument.Richard Suicide, qui ici s\u2019est associé à un scénariste imaginaire baptisé William Parano, donne sans doute corps à un genre en ascension, celui de la chronique urbaine dessinée.Et il le fait en poursuivant une œuvre amorcée il y a quelques années déjà et que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019anthropologie à coup de barre de fer.Pourquoi pas ?Le Devoir L^: GUIDE DU MAUVAIS PERE Tome ii Guy Delisle Delcourt Paris, 2014,186 pages CHRONIQUES DU CENTRE-SUD Richard Suicide et William Parano Pow Pow Montréal, 2014,112 pages Calcutta, une culture étrangère Derrière la frénésie d\u2019une histoire familiale, Shumona Sinha décortique l\u2019âme de la mégalopole indienne GUYLAINE MASSOUTRE Deux prix Nobel de littérature ont fait aimer l\u2019Inde en Occident: Tagore en 1913 \u2014 dont Normand Baillargeon a traduit Les oiseaux de passage (Le Noroît, 2008); puis V.S.Naipaul en 2001, avec L\u2019Inde: un million de révoltes (Plon, 1992), enquête fabuleuse menée dans un quartier de Calcutta.Aujourd\u2019hui, la mégapole compte 4 millions et demi (l\u2019habitants, 16 millions avec l\u2019agglomération.Sait-on que plus de 700000 Canadiens appartiennent à la diaspora indienne ?Il y avait eu Duras pour rêver de Calcutta, capitale de l\u2019Empire britannique en déclin, devenue capitale du Bengale.Dans le delta du Gange, sa misère coutumière et systémique a livré toutes les scènes pénibles d\u2019une extrême pauvreté.Qui n\u2019a pas été ému par La Cité de la joie (1985) de Dominique Lapierre et les bidonvilles de Calcutta ?Pourtant, cette société aux classes figées avait commencé de bouger.Au début des années 90, un renouveau d\u2019hindouisme allait soutenir un nationalisme hostile aux musulmans.Les émeutes entraînèrent une cohorte d\u2019exactions.Calcutta avait rompu la chaîne humaine d\u2019un monde meilleur.Certains secteurs allaient toutefois prospérer.Aujourd\u2019hui, on enseigne une économie de pointe, tout comme l\u2019ingénierie, la médecine, la physique, les mathématiques, la littérature: l\u2019Université de Calcutta attire une élite internationale.Shumona Sinha y a étudié.Un monde en étoile Divers écrivains, nés à Calcutta, ont acquis leur notoriété à l\u2019étranger: Arundhati Roy, Jumpa Lahiri, Amitav Ghosh, Vi- Déjà en librairie QU'ÇA CHAMK! Alain Lavigne LESAGE Le chef télégénique Le marketing politique de « l'équipe du tonnerre EDITIONS MARCHAND DE FEUILLES Septentrion .QC.CA ans '1^88-201^ toujours la référence en histoire au québec ARKO DATTA AGENCE ERANCE-PRESSE Calcutta: cris, couleurs, maisons grouillantes, climat insupportable, le tableau est bourré de détails et de sensations.kram Seth, ou encore la poétesse Divakaruni.Le Canadien Rohinton Mistry est quant à lui né à Bombay (Mumbai), tandis que Neil Bissoondath, neveu de Naipaul, a vu le jour à Trinidad.Le plus connu?C\u2019est Salman Rushdie, un natif de Bombay devenu New-Yorkais.En 200Ÿ au Salon du livre de Paris, une trentaine d\u2019auteurs indiens invitaient à lire cette littérature foisonnante et géographiquement éparpillée.Née à Calcutta en 1973, Shumona Sinha appartient à la génération des changements.Francophone, elle a publié des poètes bengalis qu\u2019elle a traduits à Paris, où elle vit depuis 2001.Cette brillante personnalité a signé Pénétrés sur l\u2019abîme (La Différence, 2008) et Assommons les pauvres! (L\u2019Olivier, 2011), un ouvrage primé pour sa force évidente.Voici Calcutta, histoire d\u2019une femme aisée qui revient enterrer son père au Bengale.Place aux résonances entre la grande et la petite histoire.Stupéfiante, Sinha nourrit sa vitalité d\u2019une plume ample et foisonnante.Si son nom s\u2019associe à celui du poète Lionel Ray, fin lettré, on devine que la brillante étudiante en littérature, poétesse elle-même, a dépassé le mentor.N\u2019a-t-elle pas mis en exergue Jabès et Apollinaire ?Tout distingue pourtant ce récit romancé, porté par les danses violentes de Shiva, le vacarme et les clameurs.L\u2019ouvrage est en lice pour le prix de la Closerie des lilas, qui sera décerné en avril.Feux de Bengale Calcutta: cris, couleurs, maisons grouillantes, climat insupportable, le tableau est bourré de détails et de sensations, selon les mariages et les assassinats.La femme qui revient sur les lieux de sa jeunesse revit l\u2019afflux des émotions qui se mêlent au deuil.Quelle est sa plus grande perte ?Sa patrie, le Shumon Sinha rêve communiste de son père, les grands-mères fleuries et les tantes, bref toutes les convictions qui gravitaient dans son environnement.Dans le Bengale des années 70, Indira Gandhi faisait régner la terreur, pourchassant les communistes impunément.Le - père de Trisha, comme celui de Sinha, économiste, est un activiste ; mais en 2011, la droite reprend le pouvoir et il meurt.La forte relation de Trisha à ce père autoritaire et secret, qui cache mal son arme et mieux son épouse alitée, mélancolique, tranche sur un monde de femmes manipulées.Qu\u2019est-ce qui a changé ?Ce pays, le monde, ou la fillette de 12 ans devenue auteure émi-grée ?Il est temps de voir la fin de la guerre Iroide sous l\u2019angle indien.Surprise : même Nadia Comaneci, aux yeux de ces privilégiés, était un symbole de la révolte contre l\u2019ordre instauré ! L\u2019Inde, grand joueur non affilié aux blocs en présence, regarda tomber le mur de Berlin, et les vagues en arrivèrent à Calcutta.Les chimères vacillèrent: «Ils croyaient probablement que l\u2019idéalisme rouge les protégeait du nationalisme religieux et du fondamentalisme, ils croyaient être sauvés du désespoir.» La ré-volte gronda, attaques sauvages de trains, fureurs de tous bords et émeutiers entre eux : «Les villes, les unes après les autres, furent atteintes, on s\u2019entre-tua, on détruisit autant de mosquées que de temples.» La vie d\u2019autrefois était engloutie, et toutes les illusions, ruinées.Dans cette réduction du temps, Sinha évoque une complexité idéologique inouïe.Collaboratrice Le Devoir CALCUTTA Shumona Sinha L\u2019Olivier Paris, 2014, 207pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 F 5 LIVRES Montréal, la porte du monde Littérature et urbanisation de 1927 à 1942 : une anthologie québécoise MICHEL LAPIERRE Exploitant, comme thème littéraire, Turbanisation québécoise durant la première moitié du XX® siècle.Chercher fortune à Montréal^ anthologie présentée par Denis Saint-Jacques et Marie-José des Rivières, s\u2019ouvre étrangement sur un récit où la nature dicte un refus du travail pour une évasion vers le bonheur champêtre, le rêve et Tamour.La ville, centre du commerce et de l\u2019industrie, devient aussi, et surtout, le lieu du bouleversement social.Comme les quatre autres récits du recueil.Printemps (1927), de Louis Dantin, est une œuvre méconnue.Ce premier texte, le plus beau de l\u2019ensemble, fait découvrir, au milieu du prosaïsme d\u2019un Montréal en pleine croissance où les travailleurs, dans le tramway, filent vers le boulot, une ville secrètement fabuleuse.Un jeune homme, qui sent le soufre de l\u2019usine qui l\u2019attend, dit à l\u2019ouvrière, exhalant, quant à elle, l\u2019odeur du caoutchouc de sa fabrique: «Je planterais tout là aujourd\u2019hui et je partirais en pique-nique.» La jeune fille lui répond: «Ne me le dites pas.J\u2019attraperais la même envie.» Ils partent à l\u2019aventure en se rappelant que Montréal est une île.Le port, le marché Bonse-cours, le pont Victoria, la rue Sainte-Catherine, le panorama qu\u2019on contemple du mont Royal, tout évoque le lointain, le changement.Et n\u2019est-ce pas le printemps?Par la seule description sentie du décor, le nouvelliste rend presque vraisemblable la rencontre fortuite du patron de la jeune fille, celui qui trouve à nos déserteurs, déjà amoureux l\u2019un Chercher fortune a Montreal CAflH its textes et présentât on Dents Saint-Jacques et Marie-Jose des Rmeres de l\u2019autre, une sinécure : veiller sur sa vieille mère dans une villa du Sault-au-Récollet.Dantin discerne dans l\u2019urbanisation et la modernisation une fuite perpétuelle chez ceux qui les vivent, comme si l\u2019initiation au progrès provoquait un désir irrésistible de participer à une évolution toujours plus intense.Claude-Henri Grignon raconte aussi un abandon.Mais il le voit, au contraire, comme une trahison.Dans son récit Le déserteur (1934), un cultivateur quitte, avec sa famille, une terre stérile des Lauren-tides pour s\u2019établir à Montréal.Mêlé à la contrebande, le nouveau citadin, déjà corrompu par la ville, sera reconnu «coupable d\u2019homicide involontaire».Seule la verve truculente de l\u2019écrivain, ruraliste réactionnaire, sauve sa prose de la fadeur moralisatrice.Les poncifs bien-pensants pèsent aussi sur Bête de proie (1942), de Rex Desmarchais, et Anne Mérival (1927), de Madeleine (pseudonyme d\u2019Anne-Marie Gleason).En revanche, Marie Le Eranc, en tentant, dans Florence (1934), de percer, à West-mount, l\u2019énigme d\u2019une bourgeoise anglophone et solitaire qui laissait «son regard errer sur la ville dont elle était exclue», rejoint la fascination de Dantin pour un Montréal ouvert sur le vaste monde des antagonismes mais également pour des aventures enivrantes, au-delà des obstacles.Collaborateur Le Devoir ÇHERCHEJi FORTUNE A MONTREAL Anthologie dressée et présentée par Denis Saint-Jacques et Marie-José des Rivières Nota bene Montréal, 2014, 270 pages If SOURCE MUSEE MCCORD La rue Sainte-Catherine et ses tramways, autour de 1945 KK Devant eux le fleuve s\u2019épendait, frémissant lui aussi de la vie nouvelle.Il coulait libre et à pleins bords, [.] sensible une fois de plus aux remous, aux reflets, aux souffles.)) Extrait de Printemps, de Louis Dantin, dans Chercher fortune à Montréal L\u2019art de contourner la Conquête Comment des individus s\u2019adaptèrent avec brio à la chute de la Nouvelle-France MICHEL LAPIERRE La conquête du Canada par la Grande-Bretagne (1759-1760) n\u2019empêcha pas les Canadiens de contourner le bouleversement politique en tirant leur épingle du jeu.Publié sous la direction de Gaston Deschênes et Denis Vaugeois, Vivre la Conquête, tome 2, montre que des individus participèrent de plain-pied à la construction de l\u2019Amérique, surtout grâce à une symbiose inouïe avec les autochtones et certains Anglo-Saxons.Comme dans le premier volume paru l\u2019an dernier, une vingtaine de chercheurs révèlent, chacun, le parcours d\u2019un personnage méconnu.Celui de Gabriel Cerré (1734-1805), marchand natif de Montréal, que retrace Robert Englebert, compte parmi les plus passionnants.Dès 1753, Cerré pratique la traite des fourrures avec les Amérindiens dans des expéditions en canot à l\u2019intérieur du continent.Loin de ralentir son commerce, la Conquête lui VIVRE CONQUÊTE plus de 25 parcours indiv duels donne la possibilité de l\u2019accroître entre la vallée du Saint-Laurent et celle du Mississippi.Rien de très surprenant.Si les Anglo-Saxons sont devenus les maîtres incontestés de la côte est de l\u2019Amérique du Nord,les marchands canadiens, grâce à la traite et à l\u2019heureux métissage culturel avec les Amérindiens, ont encore une prépondérance certaine au cœur du Nouveau Monde.Devenu l\u2019un des hommes les plus influents de la val-lée du Mississippi, Cerré (mort à Saint-Louis) s\u2019est entendu autant avec les partisans de l\u2019indépendance américaine qu\u2019avec l\u2019administration coloniale espagnole.Il fait des affaires jusqu\u2019à La Nouvelle-Orléans.Plus insolite, le destin continental de Joseph-Louis Gill, examiné par Stéphanie Béreau, frappe l\u2019imagination.Intégré à la communauté abénaquise d\u2019Odanak, sur la rivière Saint-François, et au peuple de la Nouvelle-Françe dont elle fait partie.Gill parle la langue de sa nation autochtone d\u2019adoption et le français.Son père, un habitant de la colonie britannique du Massachusetts, a été capturé là-bas, dès l\u2019adolescence, par nos alliés abénaquis, au début du XVIIL siècle, lors des incursions franco-amérindiennes menées contre la menace étrangère.Bien qu\u2019il soit né de prisonniers de guerre anglais, Joseph-Louis Gill, après avoir mangé le cœur d\u2019un serpent, selon un rite chamanique, plonge si profondément dans l\u2019inconscient du Nouveau Continent qu\u2019il devient chef des Abénaquis et, en 1777, soutient, contre Londres, l\u2019indépendance des Etats-Unis naissants.Une femme, dépeinte par Geneviève Désy, va encore plus loin.Esther Wheelwright, elle aussi transfuge de l\u2019identité anglo-protestante à la suite de sa capture par nos alliés autochtones, adopte à ce point sa nouvelle identité qu\u2019elle refuse de rentrer en Nouvelle-Angleterre auprès de sa famille qui la réclame.Devenue supérieure des Ursulines de Québec, elle témoigne devant les conqué- rants de 1759 de la profondeur canadienne d\u2019un métissage et d\u2019une convergence culturels qui les dépasse.Collaborateur Le Devoir VIVRE LA CONQUÊTE Tome 2 Sous la direction de Gaston Deschênes et Denis Vaugeois Septentrion Québec, 2014, 320 pages R Quand Gabriel Cerré se lance dans la traite de fourrures, il part au bas de l\u2019échelle )) Extrait de Gabriel Cerré, marchand canadien dans Vivre la Conquête, tome 2, rédigé sous ia direction de Gaston Deschénes et Denis Vaugeois La Vitrine HISTOIRE HIVER HISTOIRE d\u2019une SAISON François Walter Payot, Paris, 2014,451 pages «Demain l\u2019hiver, je m\u2019en fous, je m\u2019en vais dans le sud au soleil», chantait Robert Charlebois.L\u2019historien suisse François Walter, à partir de sources essentiellement européennes, se demande ce qu\u2019est l\u2019hiver.Avec une érudition un peu lourde, il montre que, jusqu\u2019aux années 1980, on entendait surtout dire que le climat était de plus en plus froid.Nous voici à l\u2019ère du réchauffement climatique.Saison mal aimée, l\u2019hiver a justifié l\u2019amélioration des techniques de chauffage, mais n\u2019a pas forcément conduit à une évolution des mentalités.Se promener en souliers ou en jupe demeure une image obligée.François Walter parcourt la littérature ayant un lien avec l\u2019hiver, puis la peinture, les rituels, les indices climatiques ou encore les pratiques sociales, comme les festivités de Noel.Il raconte par exemple comment Hitler fut un des premiers à se faire un capM politique en misant sur les secours d\u2019hiver.Un sujet riche, mais dont le traitement dans ce livre reste un peu froid.Jean-François Nadeau I ^ HKle L'Histoire des femmes LES NUL3 Sophl»Castagnes Brouquet HISTOIRE L\u2019HISTOIRE DES FEMMES POUR LES NULS Sophie Cassagnes-Brouquet First Editions Paris, 2013, 393 pages Sophie Cassagnes-Brouquet, l\u2019historienne française responsable de cette introduction très grand public à l\u2019histoire des femmes, le souligne à raison : la trajectoire historique des femmes a longtemps été réduite à une suite d\u2019anecdotes sur la vie des reines et des favorites avant que l\u2019on finisse par comprendre pour de bon qu\u2019il «n\u2019y a pas d\u2019Histoire sans elles».Son introduction couvre large, très large.Elle s\u2019efforce, de la préhistoire à nos jours, sur tous les continents, de faire voir les événements, la condition et les personnages les plus marquants de l\u2019histoire envisagée au féminin.Très (trop ?) vaste projet qui conduit à des sauts immenses mais qui offre tout de même un regard d\u2019ensemble honnête sur les femmes du peuple comme sur celles du monde, qu\u2019elles soient reines ou esclaves, militantes ou religieuses, mères ou célibataires.Jean-François Nadeau Jared Diamond Pourquoi l'amour est un plaisir ESSAI POURQUOI L\u2019AMOUR EST UN PLAISIR L\u2019évolution de la sexualité humaine fared Diamond Gallimard Paris, 2010, 240 pages Pourquoi notre sexualité diffère-t-elle radicalement de celle de nos plus proches ancêtres?Quel est donc ce drôle d\u2019animal qui fait passer l\u2019amour et la jouissance avant la procréation ?Avec son humour habituel, le biologiste et physiologiste Jared Diamond, auteur du Troisième chimpanzé, explique ici d\u2019un point de vue évolutionniste l\u2019originalité du comportement humain en matière de sexualité : intimité de l\u2019accouplement, disponibilité sexuelle des femmes en dehors des périodes de fécondité, exclusivité du couple, etc.Plaisir de lecture garanti.Paul Bennett I Tes expl (ol ons m onl omené A sort r dos scnl ors fio tus et h oxploret des ptslos dont |e oe soup;onoo s inètpo pos I exislooce EOes tn ool égoleoieut coodu 16 tl o n oxionso des textes que le n ove s pus lus peu ni amener à me fa e une ep n un peisonoelle su b en d autres su{o s que isserdsbeaucaupdudchéselde I eiugés thomas déri froncis dupuis-dérî l'anarchie expliquée à mon père ESSAI yANARCIJIE EXPLIQUÉE A MON PERE Thomas Déri et Francis Dupuis-Déri Lux Montréal, 2014, 244 pages Professeur de science politique à l\u2019UQAM, Francis Dupuis-Déri (FDD) ne votera pas le 7 avril prochain.Par conviction.Il est anarchiste.Dans ce livre, avec un admirable sens pédagogique, FDD, en réponse aux questions de son père lettré, expose les fondements théoriques, l\u2019histoire et les principes idéologiques de cette tradition politique qu\u2019est l\u2019anarchisme.«Pratique sociale sans chefs ni hiérarchie», l\u2019anarchie, explique-t-il, ne chante pas les vertus du chaos et de la violence, mais plutôt la quête d\u2019un monde sans domination, sans oppression, sans exploitation et sans exclusion.Honnête, FDD ne cache pas les insuffisances de sa famille politique, mais il redit surtout qu\u2019il n\u2019a pas trouvé mieux pour lutter contre les systèmes injustes qui écrasent l\u2019humain.Sans partager ce point de vue, on peut trouver l\u2019exercice noble et convaincant.Louis Cornellier ISABELLE GREGOIRE Sault -au- Galant « En affrontant avec courage et conviction un sujet brûlant [.], Isabelle Grégoire nous tend un miroir fidèle de l'ambivalence tant des Québécois à l'immigration que des réfugiés à l'égard de leur terre d'exil.» Martine Desjardins, L'actualité\t1 \t F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 MARS 2014 ESSAIS Pierre Bertrand : l\u2019expérience de l\u2019étrangeté Louis CORNELLIER epuis plus de trente ans, avec une remarquable constance, Pierre Bertrand construit une œuvre philosophique très personnelle, consignée à ce jour dans une trentaine d\u2019ouvrages.La liberté du regard, qui se veut un éloge de l\u2019étonnement, «l\u2019affect philosophique par excellence», ajoute une pièce à cette méditation ininterrompue.«Nous voyons et sentons infiniment plus que nous disons», suggère le philosophe, et «ce qui se passe à l\u2019intérieur de nous-mêmes ne peut être saisi, décrit ou expliqué par aucune science».Malgré tout, il nous faut «tout de même trouver des mots pour le dire», mais nous sommes alors devant une aporie, dans la mesure où le langage fait face à sa limite «quand il cherche à être au plus près de la vie ou de la réalité».Notre expérience du monde, notre vision, emprunte des formes pour s\u2019exprimer, mais ces dernières, surtout scientifiques, à notre époque, n\u2019arrivent pas à tenir compte «de ce qui ne s\u2019explique pas» et qui constitue peut-être l\u2019essentiel de notre vie.Aussi, la philosophie, qui a une prétention à l\u2019universalité, doit être une invitation à «demeurer sensible au chaos de l\u2019époque», à un sain scepticisme par rapport aux images figées qui tentent à tout prix de mettre de la rationalité dans une réalité en perpétuel LA LIBERTE DU REGARD Pierre Bertrand changement, faite de chaos et de contradictions.La grande littérature, parce qu\u2019elle «s\u2019ouvre davantage à l\u2019expérience elle-même sans le souci de la faire entrer dans un protocole ou un formalisme», est peut-être, en ce sens, au plus près de notre réalité, qui n\u2019est pas sans ressemblance avec la nature sauvage.«Le défi pour celui ou celle qui écrit, propose Bertrand, est de parvenir à indiquer par le langage ce qui pourtant échappe à ce dernier.» Obscurité et bégaiement On ne se surprendra donc pas que cette philosophie, une sorte de phénoménologie qui emprunte des éléments aux œuvres d\u2019Héraclite, de Spinoza, de Nietzsche et de Deleuze, soit pour le moins déroutante.La liberté du regard, explique Bertrand, exige une sortie de monde familier et un accueil de l\u2019étrangeté sans volonté de la surmonter.Le philosophe, qui rejette le dualisme corps/esprit en rappelant que «le corps vivant est corps-esprit » d\u2019un même élan, refuse aussi le dualisme fond/forme.Son style entretient donc un rapport mimétique à son propos.«A force de chercher à être trop clairs, écrit Bertrand, nous passons à côté d\u2019une obscurité essentielle.» Il invite ensuite les philosophes «à plus de bégaiement, à plus de doute plutôt qu\u2019à un discours trop sûr de lui».Il y a là, il faut en convenir, une riche matière, déstabilisante mais essentielle.Tenter d\u2019exprimer l\u2019inexprimable qui PEDRO RUIZ LE DEVOIR Selon le philosophe Pierre Bertrand, tenter d\u2019exprimer l\u2019inexprimable qui constitue nos vies à tous est un projet voué à l\u2019échec, mais néanmoins nécessaire.constitue nos vies est un projet, le philosophe le reconnaît, voué à l\u2019échec, mais nécessaire.Il n\u2019y a pas, écrit Bertrand, d\u2019autre façon de philosopher sérieusement.L\u2019art et la littérature, en étant ouverts «à ce qui échappe à toute recherche», y parviennent souvent mieux que la science et la philosophie, qui «ne trouvent souvent que ce qu\u2019elles cherchent».Lire Pierre Bertrand demeure toutefois, malgré l\u2019originalité et la pertinence de son propos, un exercice éprouvant.Le style du philosophe est plutôt élégant, mais il anime une pensée tâtonnante, redondante à l\u2019extrême, qui semble parfois tourner en rond.Là où vingt bonnes pages auraient suffi pour présenter la thèse, Bertrand en propose cent vingt, voire des milliers, si on considère que tous ses livres, au fond, explorent la même phénoménologie.Deux lectures possibles Deux façons, ici, de voir les choses.On peut lire l\u2019œuvre de Bertrand, ce livre et les précédents, comme une longue méditation philosophique et poétique dont les motifs, à la fois insistants et évanescents, tentent d\u2019exprimer, sous une forme linguistique à l\u2019avenant, les affects confus qui nous traversent tous.On peut aussi, en revanche, conclure à la logorrhée et estimer, dépité, que le philosophe finit par noyer l\u2019essentiel de son propos dans un trop-plein de consi- {{Le défi pour celui ou celle qui écrit est de purvenir à indiquer par le langage ce qui pourtant échappe à ce dernier yy Pierre Bertrand dérations approximatives, comme celle, par exemple, qui lui fait écrire que le voyage a la vertu de libérer le regard, alors qu\u2019il est plutôt devenu, de nos jours, le philosophe critique devrait le savoir, un cliché de parvenus, une des principales manifestations de ces «images dans lesquelles nous baignons socialement» et qui nous détournent de «la vraie vie, à savoir la vie tout court».Entre ces deux lectures de l\u2019œuvre, la bienveillante et la sévère, je ne saurais trancher.Comme les affects multiples, changeants et contradictoires qui nous traversent et qui constituent, selon Pierre Bertrand, la trame de nos vies, mes sentiments par rapport à l\u2019œuvre du philosophe sont contrastés.Entre l\u2019assentiment et l\u2019irritation, mon regard balance.louisco@sympatico.ca LA LIBERTÉ DU REGARD Pierre Bertrand Liber Montréal, 2014, 128 pages Les animaux domestiques aussi ont une histoire PAUL BENNETT T chiens sont des en-^ Lofants qui ne grandissent pas et ne partent pas», écrivait la psychanalyste Marie Bonaparte en 1937 pour expliquer son attachement à son chien Topsy, un chow-chow.La romancière anglaise Virginia Woolf, elle, publia en 1933 Flush, la biographie de la poétesse Elizabeth Barrett Browning vue.par son cocker.L\u2019intimité des sentiments entre humains et animaux familiers s\u2019est exprimée de plus en plus ouvertement dans la littérature, la peinture et, bien sùr, la vie quotidienne à partir du milieu du NIX'\" siècle, avec le repli de la bourgeoisie et.plus tard, des classes populaires sur la sphère privée.En Erance, la Société protectrice des animaux voit le jour en 1845; cinq ans plus tard est Peu à peu, la protection de l\u2019animal «se justifiera par la seule sensibilité face à la fragilité et à la détresse d\u2019un être vivant sans défense» adoptée la première loi, encore très timide, interdisant les traitements cruels envers les animaux.Au début, explique Damien Baldin dans sa récente Histoire des animaux domestiques aux A/V et AA siècles, les me- sures de protection des animaux visaient plutôt «à protéger les hommes du spectacle de la violence contre les animaux».Ce n\u2019est que peu à peu que la protection de l\u2019animal «se justifiera par la seule sensibilité face à la fragilité et à la détresse d\u2019un être vivant sans défense».Et encore! Même aujourd\u2019hui, n\u2019est-ce pas le spectacle de l\u2019animal sacrifié, par exemple dans les abattoirs, qui nous répugne, plutôt que sa réalité ?L\u2019histoire sociale et culturelle montre que l\u2019affection et le mouvement de protection à l\u2019égard des animaux vient De paRaitRe Dossier La retraite: une responsabilité collective NUMÉRO 771 \u2022 AVRIL 2014 Les auteurs : Cilles L.Bourque, Catherine Caron, Eve-Lyne Couturier, Frédéric Hanin, Maxime Lefrançois, Michel Lizée, lanik Mardi, Ruth Rose À lire aussi : le Carnet de Naïm Kattan, la chronique littéraire de Marie-Célie Agnant, une analyse sur l'Indonésie ainsi qu'une réflexion sur l'humanitaire d'urgence et l'imaginaire néolibéral Artiste invité: Louis-Pierre Bougie Sommaire détaillé et abonnement en ligne: www.revuerelations.qcca collective 6 NUMEROS PAR ANNEE, 48 PAGES Un an ; 40 $ Deux ans : 70 $ À l'étranger (un an) : 55 S Étudiant: 25 S (sur justificatif) Abonnement de soutien: 100 $ (un an) 514-387-2541 p.226 | relations@cjf.qc.ca Relations : 25, rue Jariy Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 7,00 S + TAXES Oui, je désire un abonnement de.NOM _______________________ .an(s), au montant de.ADRESSE CODE POSTAL TÉLÉPHONE ( Je paie par chèque (à l'ordre de Relations) [U ou carte de crédit Ul NUMÉRO DE LA CARTE |\t|\t|\t|\t|\t|\t|\t|\t|\t|\t|\t|\t| EXPIRATION I I SIGNATURE domestiques ne s\u2019étendirent pas également à tous: là aussi existait une hiérarchie, des animaux plus choyés que d\u2019autres.Si le chien fut valorisé dès le XVIIL siècle pour sa fidélité et son rôle protecteur, le chat, taxé d\u2019indifférence et de sexualité débridée, n\u2019est longtemps entretenu que pour son utilité dans la lutte contre les rongeurs.Durant toute la deuxième moitié du XK*\" siècle, c\u2019est la brutalité des BALDIN \\ HISTOIRE DES ANIMAUX DOMESTIQUES charretiers à l\u2019égard des chevaux qui cristallisera le mouvement de protection des animaux.Encore avant la Grande Guerre, l\u2019essentiel des critiques vise l\u2019épuisement des chevaux et la violence des conducteurs.L\u2019ouvrage, d\u2019une lecture agréable, de Damien Balbin aborde autant l\u2019évolution de la familiarité de l\u2019homme avec les animaux domestiques que leur dressage, les mesures de protection et d\u2019hygiène, et en- fin les stratégies d\u2019enfermement soit pour éliminer les animaux nuisibles (fourrières), soit pour abattre les animaux comestibles (abattoirs) .Le seul défaut du livre est d\u2019être axé uniquement sur la Erance, sans presque jamais déborder ses frontières.Collaborateur Le Devoir HISTOIRE DES ANIMAUX DOMESTIQUES XIX'^-XX'^ SIÈCLES Damien Baldin Seuil Paris, 2014, 382 pages Jacques GODBOUT Le tour du jardin Entretiens avec Mathieu Bock-Côté sur les livres, la politique, la culture, la religion, le Québec et la saisine Pendant soixante ans de vie publique, Jacques Godbout a assumé le rôle d\u2019éveilleur de consciences et de passeur entre les générations.En compagnie de Mathieu-Bock Côté, il jette un regard passionnant sur sa carrière d\u2019écrivain et de cinéaste, en même temps que les deux hommes engagent un riche dialogue sur le Québec.Jacques Godbout Le tour du jardin Entretiens avec Mathieu Bock-Côté sur les livres, la politique, la culture, la religion, le Québec et la saisine Essai 240 pages \u2022 24,95 $ PDF et ePub 18,99 $ Boréal www.editionsboreal.qc.ca Boréal "]
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