Le devoir, 22 mars 2014, Cahier G
[" SOCIETE INNOVATION SOCIALE I Des solutions r locales sont *r devenues des politiques > publiques 2 Hm L\u2019Etat social tel qu\u2019on le connaissait est mis à mal Page 6 CAHIER THEMATIQUE G > LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 La pédiatrie telle que pratiquée par le Gilles Julien illustre de belle façon comment l\u2019innovation sociale constitue une réponse aux besoins insatisfaits.Mesures d\u2019urgence ! Il faut trouver moyen de réinventer la roue économique JACQUES NADEAU LE DEVOIR Deux visions du monde se confrontent.D\u2019un côté, l\u2019avenir serait meilleur quand il y aurait accumulation de richesse, quitte à ce qu\u2019elle soit alors distribuée dans les mains d\u2019un petit nombre.De l\u2019autre, le monde sera meilleur s\u2019il y a distribution équitable de cette même richesse.Et qui décidera de la voie à suivre?Des gouvernements dont la marge de manœuvre tant financière que politique est de plus en plus congrue?Des individus qui au mot profit préfèrent celui de partage?Le monde de l\u2019innovation sociale en parle : il tient colloque.NORMAND THERIAULT Souvenez-vous.C\u2019était l\u2019an dernier.Et le débat perdurait aux Etats-Unis depuis qu\u2019un Obama avait décidé d\u2019intervenir dans le monde de la santé en proposant un régime d\u2019assurance qui n\u2019était en rien comparable à celui qui est le nôtre au Québec.Et une «guerre froide» a eu lieu: mesure « communiste » et ainsi de suite dans les propos, au pays de ce George W.Bush qui voulut longtemps, en ses jours de règne, abolir les programmes fédéraux de retraite : les employés n\u2019auraient-ils point eu alors la chance de «jouer» leur avenir en Bourse et ainsi faire fortune ?(La débâcle financière qui a suivi, celle de 2008, a mis à mal la poursuite d\u2019une telle aventure !) Nous connaissons l\u2019état de notre monde : les finances publiques sont en mauvais état et, discours du budget après discours du budget, les mêmes rengaines se font entendre: on a toujours pour objectif l\u2019atteinte de l\u2019équilibre budgétaire et, à long terme, il y aura élimination de la dette publique.Aussi faut-il couper dans les dépenses de l\u2019État et réduire, dans la limite du possible, les services (pas trop quand même, car il n\u2019y aura alors pas de réélection à la clé).Inventions Dans notre monde où l\u2019argent semble être une denrée rare (qui le croirait toutefois, à voir les campagnes publicitaires de consommation qu\u2019on nous assène?), il faudrait trouver moyen de réinventer la roue économique.Car lorsqu\u2019on parle d\u2019un monde meilleur, cela donne à plus d\u2019une et d\u2019un des idées ! Et voilà aussi que d\u2019autres économistes font des calculs et déposent eux aussi des résultats : ainsi, une femme qui travaille est source de profit, non seulement pour son entourage immédiat, mais pour toute la société.Mais qui s\u2019occupe alors des enfants?Ici, quelques rappels s\u2019imposent, surtout quand on regarde l\u2019organisation sociale que s\u2019est donnée le Québec au fil des décennies.«Des innovations sociales marquantes ont changé la donne, nous dit Michel Venue, président du Réseau québécois en innovation sociale et directeur général de l\u2019Institut du Nouveau Monde, aussi bien en petite enfance (les CPE), dans l\u2019insertion au travail des jeunes (les CJE), la pédiatrie sociale du D\u2019\u2019 Julien, le transport (Commu-nauto) ou la participation citoyenne (l\u2019INM).On a innové au Québec en matière de logement social, de justice réparatrice chez les autochtones, de persévérance scolaire (Allô prof, Eusion jeunesse), de créativité (la SAP) ou de finance solidaire (Eonds de solidarité, Eiducie du Chantier de l\u2019économie sociale).» Mais au moment où de telles actions avaient lieu, un mouvement contraire, celui du désengagement de l\u2019État, avait aussi cours : il faut ainsi se souvenir que, dans ce même Québec, en année électorale, un Cha-rest en espérance de réélection a préféré diriger un transfert fédéral de 900 millions de dollars non pas vers un programme social (ce pour quoi il était attribué), mais vers le budget de façon à accorder une diminution générale de l\u2019impôt: mesure efficace il faut croire, car il fut porté à la tête d\u2019un gouvernement majoritaire ! Enjeux Pourtant, ni le budget public resserré, ni la tendance occidentale à la baisse des contributions de nature fiscale, ni le temps de parole de plus en plus accordé à un discours où l\u2019individuel a priorité sur le collectif ne peuvent faire oublier les défis qui attendent nos sociétés.Et si le modèle traditionnel de l\u2019État-providence ne tient plus, les grands États qui en furent les ténors, ici les Scandinaves, connaissent eux aussi des jours difficiles ; il faudra donc innover.Écoutons donc encore le discours d\u2019un Michel Venne, car il indiquerait une voie d\u2019avenir.«Il est frappant de constater que les plus grands enjeux auxquels nous serons confrontés dans l\u2019avenir sont liés à l\u2019innovation sociale: le vieillissement de la société, les changements climatiques, l\u2019immigration et la diversification culturelle des sociétés, les troubles de santé mentale en hausse et les inégalités sociales sont toutes des problématiques qui trouveront leur solution non pas dans l\u2019innovation industrielle et technologique, mais dans l\u2019innovation sociale, parce que les solutions passent par de nouvelles formes de relations humaines, de nouveaux rapports sociaux, de nouvelles politiques de répartition et d\u2019assurance, le dialogue et la coopération.» Invitation A tout problème, il y aurait donc solution.Et 80 intervenants en proposeront les 3 et 4 avril prochains, quand ils répondront à l\u2019invitation du Centre de recherche sur les innovations sociales, ce CRISES basé à l\u2019UQAM, pour décrire comment s\u2019opère, reprenant la thématique de la rencontre, «la transformation sociale par l\u2019innovation sociale».Des universitaires, donc, des chercheurs, d\u2019Europe certes, mais québécois en majorité, car il s\u2019avère que le Québec a en ce domaine une démarche exemplaire.Il restera toutefois à savoir si la classe politique saura les entendre : ce début d\u2019avril n\u2019est-il pas celui des derniers jours d\u2019une campagne électorale?Le Devoir G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 SOCIETE Innover pour transformer Des solutions locales devenues politiques publiques Le CRISES propose son quatrième colloque international Que faire lorsque les politiques publiques échouent à résoudre les problèmes sociaux?Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019environnement, d\u2019exclusion sociale ou d\u2019intégration au marché du travail, certains enjeux résistent aux mesures publiques et aux programmes officiels.Selon Juan-Luis Klein, directeur du Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES), la solution serait du côté de la société civile et des acteurs sur le terrain.ASSIA KETTANI Devant une situation de crise, des acteurs sur le terrain, organismes communautaires ou collectifs de citoyens, amorcent des actions, explorent et expérimentent des solutions pour répondre aux problèmes majeurs de la société.Ce faisant, ils sont une pépinière d\u2019innovations sociales qui pourraient servir à poser les bases du Québec ^e demain: pensées hors des bureaux de l\u2019État, ces innovations peuvent servir de leçon à plus grande échelle, pour peu qu\u2019elles soient mieux connues et appliquées.C\u2019est dans cette optique que les 3 et 4 avril prochains aura lieu le 4® colloque international du CRISES.Ce colloque, qui a lieu une fois tous les trois ans, réunira 80 intervenants autour de la «transformation sociale par l\u2019innovation sociale»: «Nous regardons, nous dit Juan-Luis Klein, comment ces solutions expérimentées dans les milieux locaux deviennent des solutions plus vastes et se transforment en politiques publiques.» Initialement prévu à l\u2019UQAM, le colloque aura lieu à l\u2019hôtel Gouverneur de la Place Dupuis.Pour se pencher sur la question, le Centre de recherche sur les innovations sociales regroupe dix universités partenaires et 47 membres réguliers issus de tous les champs de recherche, dont la géographie, la sociologie, les communications, les sciences politiques ou les sciences de la gestion.Mus par l\u2019intérêt commun de renouveler le modèle québécois et d\u2019aborder d\u2019une nouvelle façon les problèmes sociaux, économiques, environnementaux, ceux-ci repensent la façon de produire la connaissance : plutôt que des connaissances produites en haut lieu, puis appliquées aux acteurs sur le terrain, les chercheurs du CRISES s\u2019appuient sur un travail commun avec les acteurs, pour ensuite influencer la prise de décision.Pour que ces innovations isolées débouchent sur une véritable transformation sociale, il faut que les politiques publiques s\u2019en inspirent, les intègrent et les institutionnalisent.même si le processus est loin d\u2019être évident.Car, malgré le dynamisme du Québec en la matière, l\u2019innovation sociale ne bénéficie pas d\u2019une reconnaissance suffisante, déplore monsieur Klein.Selon lui, pour construire une société innovatrice, il faut cesser de valoriser «l\u2019innovation sur le plan uniquement technologique» et tenir compte plus systématiquement de leur pendant social.De plus, le mouvement est inégal selon les secteurs, dit-il.Du côté du service aux personnes, du développement du territoire et de la lutte contre la pauvreté, «les politiques sont plutôt perméables à l\u2019inspiration de la base».Mais par contre, en ce qui concerne l\u2019organisation du travail et le monde corporatif les innovations ont du mal à aboutir à de réelles transformations pérennes : «Même si certaines réformes sont adoptées en temps de crise, elles sont rarement définitives.» Au contraire, les conditions ont tendance à se dégrader.«L\u2019organisation de l\u2019économie s\u2019est modifiée d\u2019une façon telle qu\u2019une partie importante du marché du travail est marquée par la vulnérabilité et la précarité.» Québec, terre innovante A plusieurs moments de son histoire, le Québec a été un vivier d\u2019innovations sociales, notamment lors de la Révolution tranquille et de la crise de l\u2019emploi des années 80.Le développement économique communautaire, le financement solidaire, puis l\u2019économie sociale et solidaire ont notamment émergé de ces moments de vaste remise en question.Ainsi,, lorsque les CPE sont devenus une mesure d\u2019État en 1997, l\u2019idée avait déjà été expéri- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les centres de la petite enfance sont la réplique des garderies communautaires des années 1970.mentée dans des quartiers populaires durement touchés, dans les années 70-80, par les contrecoups de la crise industrielle.Alors que des parents s\u2019étaient organisés pour concevoir des garderies solidaires à faible coût pour permettre aux mères d\u2019intégrer le marché de l\u2019emploi, «le gouvernement du Québec s\u2019en est inspiré pour élaborer une politique publique devenue nationale».Les carrefours jeunesse emploi en sont un autre exemple, ou encore les centres locaux de développement : «Dans les années 80, Montréal a vécu une crise importante en raison des modifications de sa structure industrielle, et les quartiers industriels ont été durement touchés.On a expérimenté des formules de développement économique communautaire, que les gens ont mis en place pour résoudre le problème de l\u2019emploi.A la fin des années 90, le gouvernement du Québec créait les CDD.» Aujourd\u2019hui, le Québec connaît une «troisième vague d\u2019expérimentation d\u2019innovations sociales» après la crise de 2008 et la profonde remise en question du néolibéralisme qu\u2019elle a inspiré.«De nouvelles formes de société sont en train de se générer.Il faut briser les cadres institutionnels et en créer d\u2019autres».Du côté des enjeux de l\u2019heure, citons notamment l\u2019environnement, le travail atypique ou encore les nouvelles formes d\u2019organisation du travail qui s\u2019imposent au détriment de la sécurité de l\u2019emploi.Quant au problème majeur de notre société actuelle, «l\u2019atomisation sociale provoquée par le modèle économique », ces innovations sociales pourraient «reconstruire ce que le néolibéralisme a déconstruit, avec des bases plus so- lidaires et éthiques».Initiatives remarquables Les initiatives présentées au colloque soulèveront des cas du monde entier, d\u2019Amérique latine au Moyen-Orienf de Milan à Haïti.11 s\u2019agit par exemple de formules de gouvernance inclusives, qui donnent une place aux citoyens dans les décisions, de formes de démocratie participatives.Un exemple sera celui de Sainte-Camille, en Estrie, où a été expérimentée une forme de gouvernance partagée et participative autour de projets culturels, de valorisation des ressources naturelles et de projets résidentiels dans un esprit d\u2019inclusion: un incubateur en innovations sociales qui a généré des choses «admirables», selon Juan-Luis Klein.D\u2019autres communications porteront sur des modèles d\u2019organisation différents au sein de villes affectées par la désindustrialisation.C\u2019est notamment le cas d\u2019un «modèle postcapitaliste et évolutif, proposé à Cleveland, bâti sur une base de réciprocité et de solidarité, impliquant des acteurs de la santé, de la sphère politique et municipale».Citons également la présence de l\u2019organisme TIESS (Territoires innovants en économie sociale et solidaire), qui a vu le jour en octobre dernier, rassemblant une quarantaine d\u2019organisations afin de favoriser l\u2019innovation sociale dans les territoires du Québec et le transfert de connaissances des chercheurs aux ministères.Collaboratrice Le Devoir w/yy/y ü '4 .A, S'approprier de nouvelles façons de faire pour transformer les collectivités et développer les territoires TERRITOIRES INNOVANTS EN ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE LIAISON ET TRANSFERT Le TIESS vise à repérer, inventorier, éclairer et systématiser les innovations qui émergent de l\u2019économie sociale et solidaire afin d\u2019en favoriser la diffusion et l\u2019appropriation.info(â)tiess.ca tiess.ca LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 G 3 SOCIETE Modèle québécois L\u2019innovation sociale est une réponse aux aspirations de la société Si, dans les années 1980, les innovations sociales s\u2019inscrivaient dans une reconfiguration du rapport à l\u2019Etat, elles sont aujourd\u2019hui plutôt liées au développement durable et à la recherche d\u2019une autre mondialisation.MARIE LAMBERT-CHAN L> innovation n\u2019est pas l\u2019apanage de la science ' et des technologies.Elle est aussi sociale.Pensons aux centres de la petite enfance, aux grands fonds de retraite, aux centres locaux de développement, aux tables de quartier, aux jardins communautaires, à la finance sociale et responsable, au microcrédit.Des initiatives qui ont fait boule de neige avant de transformer notre société.«Les innovations sociales émergent souvent dans des contextes de crise et forment de nouvelles avenues permettant de régler certains problèmes sociaux.Elles répondent à des besoins, mais plus encore, à des aspirations.Prenez les services de garde.Il y avait un besoin, certes, mais aussi un désir d\u2019émancipation des femmes, de socialisation des enfants et d\u2019insertion sociale des familles plus démunies», explique Benoît Lévesque, professeur émérite au Département de sociologie de l\u2019Université du Québec à Montréal et spécialiste mondialement reconnu de l\u2019innovation et des transformations sociales.H a cofondé le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) et est professeur associé à l\u2019École nationale d\u2019administration publique.{{il faut renouveler la démocratie participative et la démocratie représentative )) La deuxième vague Selon Benoît Lévesque, cette «impulsion innovatrice» a perduré jusqu\u2019au tournant des années 2000.La déferlante de la mondîalîsatîon et de la fînancîarîsatîon, le capîtalîsme en crise et la montée des înégalîtés încîtent alors la so-cîété à îmagîner de nouvelles solutions.Sî la premîére vague d\u2019înnovatîons socîales s\u2019înscrî-vqît dans une reconfiguration du rapport à l\u2019État, la deuxîéme vîse plutôt à répondre aux défis du développement durable et d\u2019une autre mondîalîsatîon.«On a vu apparaître différentes initiatives dans les domaines de l\u2019économie locale, des transports, de l\u2019énergie et de la sécurité alimentaire, entre autres, énumére-t-îl.Les jardins communautaires, les principes de consommation responsable, la mise en valeur des produits du terroir et la promotion d\u2019une économie de proximité n\u2019en sont que quelques exemples.Il ne faut pas oublier le secteur financier.Soucieux du bien commun, du développement durable, de la responsabilité sociale et de l\u2019éthique, les acteurs relevant de l\u2019économie sociale ont créé de nouveaux outils financiers telle la Fiducie du Chantier de l\u2019économie sociale.» Ces înnovatîons semblent à premîére vue moîns massîves que celles de la vague précédente, maïs elles n\u2019en sont pas moîns împortantes aux yeux de M.Lévesque, quî rappelle «que nous ne sommes qu\u2019au début d\u2019un deuxième cycle d\u2019innovation sociale».Benoît Lévesque Dès les années 80 Toutes les époques ont eu leurs înnovatîons socîales, maïs l\u2019expressîon consacrée est surtout utîlîsée depuîs les années 1980, poursuît l\u2019expert.«Au cours de cette décennie, on parlait de bureaucratisation, d\u2019automatisation, de robotisation, ce qui laissait l\u2019impression que tout tournait autour des technologies.Le modèle du travail fordist^ et monotone, la société de consommation et l\u2019Etat-pro-vidence étaient remis en question.Au même moment, la société civile est apparue comme porteuse d\u2019initiatives.Toutes ces influences ont nourri l\u2019intérêt pour les innovations sociales qui en étaient alors à leur première vague.» Des projets prennent racîne dans troîs do-maînes bîen dîstîncts que l\u2019État n\u2019est plus en mesure de soutenîr comme îl le faîsaît: les ser-vîces collectifs, le terrîtoîre et l\u2019emploî.Le gouvernement continue d\u2019y întervenîr, maïs en partenariat avec des groupes communautaîres et des înîtîatîves relevant de l\u2019économîe socîale et solîdaîre.«Ces groupes finissent par se rassembler et deviennent par exemple des corporations de développement économique communautaire, des centres locaux de développement, des entreprises d\u2019insertion, précîse le professeur Lévesque.Entre 1976 et 2012, le Québec a ainsi vu son nombre d\u2019associations sans but lucratif grimper de 23000 à 57000.» Le modèle québécois Le professeur Lévesque souligne que le Québec a su, au cours des 20 dernières années, forger «un écosystème d\u2019innovation sociale» qui se démarque sur la scène internationale.«Nos ef forts se sont développés autour d\u2019une vision relativement commune et se déploient dans pratiquement toutes les sphères: la recherche universitaire, la formation, le réseautage entre les groupes sectoriels et intersectoriels, les politiques publiques, sans compter le financement.Autant d\u2019éléments qui constituent un véritable système d\u2019innovation sociale.» Rien n\u2019est acquis cependant dans cet écosystème.L\u2019innovation sociale ne peut donner lieu à une grande transformation sans une vision partagée entre la société civile et les élus.Or, comme le souligne Benoît Lévesque, «la société civile est critiquée pour son immobilisme, et elle-même accuse ses dirigeants de manquer de vision».Une réconciliation est nécessaire.«En raison de sa petite taille, le Québec ne peut vivre avec une société polarisée où les efforts de chacun s\u2019annulent.Ê faut donc renouveler la démocratie participative et la démocratie représentative», dit-il en ajoutant, un sourire dans la voix, qu\u2019il faudrait bien des innovations sociales pour aider à cet arrimage.Collaboratrice Le Devoir Action publique Une crise utile ?Le temps de la solidarité, de l\u2019équité et de la justice sociale est venu .\tif-*- - \u2019 Crise financière, crise des institutions, crise des grands récits, désaffection politique, croissance des inégalités, perte de sens, autant de phénomènes qui se conjuguent pour créer un climat délétère que plusieurs associent à une perte de repères et au désenchantement, mais qui est aussi à la base d\u2019une période de transition, de renouvellement, marquée par des dynamiques d\u2019innovation et de transformation.ANNIE CAMUS CHRISTIAN JETTÉ JUAN-LUIS KLEIN Les dérèglements présents, loin de pousser la collectivité vers l\u2019apathie, génèrent chez nombre d\u2019acteurs sociaux une volonté de transformation sociale visant à redéfinir la société sur des bases plus solidaires, plus équitables, voire plus éthiques, communautaires, écologiques et citoyennes.Dès lors, pour les leaders de la société québécoise (et de toutes les autres), le défi consiste à rendre compte non seulement des problèmes, mais aussi des nouvelles avenues et des possibles qui surgissent et se construisent.L\u2019innovation sociale s\u2019inscrit précisément dans cette perspective, cherchant à la fois à appréhender la reconstruction sociale en cours à travers l\u2019émergence d\u2019expériences socialement innovantes, et à rendre compte de l\u2019effet de ces expériences sur les transformations sociales qui se dessinent.En portant un regard à la fois sur les acteurs, les structures, les objets et les effets, la perspective de l\u2019innovation sociale permet de mettre en lumière la capacité d\u2019initiative des individus, des organisations et des collectivités quant aux défis et enjeux de notre époque.Jalons pour un nouveau modèle La recherche sur l\u2019innovation sociale jette un éclairage sur les processus qui amènent à rinstitutionnalisation des innovations sociales et sur les liens entre les acteurs socioéconomiques et les instances gouvernementales.Ce travail de coconstruction donne lieu à des politiques publiques qui sont davantage en syntonie avec les besoins citoyens.Mais pour être en mesure de répondre à ces besoins, la réflexion sur l\u2019innovation sociale doit s\u2019inscrire dans une posture épistémologique et mé- Uinnovation sociale est une transgression des règles pouvant déboucher sur une transformation de Tordre, voire sur la construction d\u2019un nouvel ordre thodologique ainsi que dans une démarche transdisciplinaire qui savent produire des savoirs mobilisables pour l\u2019action et qui tiennent compte des fondements normatifs et idéologiques sur lesquels l\u2019innovation s\u2019est construite.Ce processus de dévoilement permet alors d\u2019aller au-delà du discours tenu par les artisans de l\u2019innovation et de soulever les enjeux politiques qui accompagnent l\u2019émergence de toute innovation sociale et qui ont une influence déterminante sur sa pérennité et son potentiel de transformation sociale.Une dialectique constante s\u2019établit entre innovation et institution: l\u2019innovation sociale étant précisément une transgression des règles pouvant déboucher sur une transformation de Tordre, voire sur la construction d\u2019un nouvel prdre.Il s\u2019agit alors pour l\u2019État non seulement d\u2019offrir le soutien nécessaire à l\u2019innovation par l\u2019assouplissement ou le réajustement des politiques publiques et des ressources financières et informationnelles, mais également de laisser place à l\u2019au- tonomie des acteurs pour révéler leur potentiel transformateur et offrir la latitude nécessaire à la poursuite du processus d\u2019innovation.Car l\u2019innovation sociale, pour qu\u2019elle devienne porteuse de transformation sociale, doit reposer, d\u2019une part, sur un processus collectif d\u2019apprentissage et de création permettant une (re) prise de pouvoir sur l\u2019existence des individus et des communautés et, d\u2019autre part, sur une interaction entre les acteurs concernés laissant place au dialogue et au compromis afin que l\u2019innovation puisse s\u2019inscrire dans une dynamique de construction de liens sociaux qui favorisent les actions inspirées par la recherche du mieux-être collectif.Nouvelles valeurs L\u2019innovation sociale peut ainsi devenir l\u2019ingrédient d\u2019une stratégie de développement alternatif porteuse de nouvelles valeurs (solidarité, équité, justice sociale).D\u2019ailleurs, les nombreuses références à l\u2019innovation sociale que nous observons actuellement \u2014 au point où l\u2019innovation sociale est devenue un concept en vogue \u2014 témoignent de ce qu\u2019elle n\u2019est pas simplement le reflet passager d\u2019une transition, mais qu\u2019elle est bel et bien une caractéristique marquante d\u2019un nouveau modèle qui promeut une culture du changement.Cette évolution pose toutefois la question de l\u2019orientation de ce changement: pour qui?pourquoi?et comment?Ainsi, la simple multiplication des innovations sociales ne suffit pas à générer un nouveau modèle de développement, à plus forte raison si on souhaite que ce nouveau modèle soit porteur d\u2019arrangements qui favorisent la justice sociale, la solidarité et l\u2019équité.C\u2019est par leur ancrage au sein d\u2019une nouvelle façon de voir et de résoudre les problèmes que les innovations sociales façonnent de nouvelles représentations de la société qui favorisent les actions politiques nécessaires à la recherche du bien commun.Annie Camus, Christian Jette et Juan-Luis Klein sont membres du CRISES, le Centre de recherche sur les innovations sociales.POUKQUELES IDEES NOUVELLES FASSENT DES PETITS Innovons ensemble.Pour mieux aider tous les enfants à réussir.® Fondation Lucie fl.et André Chagnon fondationchagnon.org G 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 SOCIETE Amériques État de crise systémique aux États-Unis Malgré des niveaux de richesse et de développement technique et technologique sans précédent, nombre de pays des Amériques et d\u2019ailleurs sont aujourd\u2019hui confrontés à des défis considérables.GAR ALPEROVITZ Jusqu\u2019à présent, au milieu de la souffrance économique, de l\u2019insécurité, et avec le spectre d\u2019une catastrophe environnementale à la clé, aucune réponse politique solide n\u2019a émergé afin de proposer des pistes de solution concrètes qui permettent un avenir véritablement démocratique.Force est de reconnaître que nous faisons face, non pas à un simple problème d\u2019ordre politique ou économique, mais à une défaillance beaucoup plus large, à un problème d\u2019ordre systémique.A cet égard, la trajectoire des Etats-Unis est des plus éclairantes : le salaire de la majorité des travailleurs américains stagne au même niveau depuis plus de trente ans.Et les inégalités, de revenu comme de richesse, continuent de s\u2019accroître : les 400 individus les plus riches possèdent à eux seuls plus que l\u2019ensemble des 180 millions d\u2019Américains les plus pauvres.(Les dynamiques d\u2019inégalité au Canada adoptent d\u2019ailleurs la même trajectoire, alors que 20% des individus contrôlent 70% de la richesse de la nation.) Toujours aux Etats-Unis, l\u2019effritement de la démocratie s\u2019étend bien au-delà du fossé croissant entre les 99% et le 1%: le taux d\u2019incarcération a atteint le plus haut niveau jamais atteint dans les pays dits développés, les libertés civiles sont de plus en plus attaquées, sans parler de la spoliation des ressources naturelles, qui se poursuit impunément.Une nouvelle économie prend place Dès lors, la question se pose : comment règle-t-on une crise systémique, c\u2019est-à-dire une crise qui est inscrite aux principes de notre monde économique et politique?Il faut pour cela transformer les façons de faire au cœur de la « machine », au cœur des institutions, des corporations, de la bureaucratie et de tous les autres éléments du « système » qui produit et reproduit les effets que nous observons.Mais, comme le pouvoir politique suit en grande partie le pouvoir économique, serait-il possible de concevoir, de réfléchir un mouvement vers un système différent qui permette de démocratiser réellement ADRIAN SANCHEZ-GONZALEZ AGENCE ERANCE-PRESSE Aux États-Unis, Peffritement de la démocratie s\u2019étend bien au-delà du fossé croissant entre les 99% et le 1 %.la possession des richesses, et ce, d\u2019une façon qui favorise aussi le déploiement d\u2019une démocratie authentique en général?C\u2019est peut-être possible.Quelque chose d\u2019important est en train de s\u2019esquisser, alors que la détérioration progressive de l\u2019économie oblige les gens à reprendre entre leurs propres mains le développement de leur communauté.Communauté par communauté, une « nouvelle économie» émerge ainsi et rassemble des organisations, des projets, des militants, des chercheurs et des citoyens engagés dans la reconstruction du système politico-économique à partir de la base.Des milliers de projets concrets allant du commerce local écologiquement et socialement durable aux coopératives de travail, en passant par la mise en place de grandes banques et d\u2019entreprises publiques, se déploient à l\u2019échelle du continent, s\u2019inspirant des modèles et des expériences comme celles développées au Québec ou dans le Pays basque espagnol, et les diffusant.L\u2019exemple de Cleveland A titre d\u2019exemple du travail accompli dans les dernières années, nous pouvons citer le cas de Cleveland en Qhio, au cœur de la «ceinture de rouille» (Rust Belt), où un groupe d\u2019entreprises, propriétés de leurs travailleurs et respectueuses de l\u2019environnement, s\u2019est mis en place.Ces entreprises sont partenaires d\u2019une corporation de développement communautaire à but non lucratif {community-building nonprofit corporation) et d\u2019un fonds de roulement destiné à soutenir la création de nouvelles entreprises coopératives.Qn y trouve ainsi une importante blanchisse- rie industrielle qui poursuit ainsi ses opérations dans un bâtiment LEED certifié or et qui réussit à n\u2019utiliser que le tiers de la quantité d\u2019eau utilisée par une blanchisserie commerciale standard.Une autre coopérative de travailleurs y est quant à elle sur le point d\u2019installer les équipements nécessaires à la production d\u2019énergie solaire à grande échelle.Une troisième, une serre hydroponique de trois acres et un quart, arrive à produire plus de 3 millions de laitues par année.Enfin, une part importante du design autour de ce groupe entrepreneurial comprend des dispositions particulières pour permettre aux hôpitaux et aux universités de la région de s\u2019approvisionner auprès de ces coopératives de travailleurs.L\u2019objectif n\u2019est donc pas uniquement de soutenir des travailleurs propriétaires de leur entreprise, mais bien de mettre en relation de façon stratégique le développement des coopératives et celui de la communauté.Changements en cours Partout à travers le continent nord-américain, dans des villes comme Montréal, Seattle, Chicago, Austin, Texas et plusieurs autres, des centaines de coopératives, de fiducies foncières, d\u2019entreprises municipales ont vu le jour, en partie à cause de crises économiques et sociales et en partie grâce aux efforts soutenus de citoyens-militants décidés à trouver de nouvelles façons de faire alors que le système actuel se désagrège.De telles stratégies semblent esquisser à plus long terme la possibilité d\u2019un changement systémique qui s\u2019éloigne des réformes traditionnelles où la propriété du capital et de la ri- chesse reste principalement entre les mains de grandes corporations.Vers une reconstruction Ce n\u2019est pas la «révolution», c\u2019est autre chose.C\u2019est une «reconstruction évolutionniste», comme je me plais à l\u2019appeler.Une reconstruction qui change le modèle de propriété et déplace le pouvoir, et ce, d\u2019une façon qui permet progressivement la construction de nouvelles institutions plus démocratiques à l\u2019échelle locale, puis régionale, et un jour, possiblement nationale.Il est tout à fait pensable que la détérioration des contextes social, économique et écologique se poursuive.Mais il ne faut pas oublier que ce sont ces conditions difficiles qui permettent l\u2019émergence des efforts vers une «nouvelle économie».Alors que la situation s\u2019aggrave et que les leçons tirées des nouvelles avancées se transmettent, il y a des raisons de croire que le rythme du changement puisse s\u2019accélérer et s\u2019intensifier au point où les efforts et les énergies locales et régionales s\u2019unissent pour poser les fondations de ce qui pourrait devenir un jour un nouveau système décentralisé et démocratique, complètement différent dans sa structure du capitalisme d\u2019entreprise ou du socialisme d\u2019Etat.Le « mouvement de la nouvelle économie » a précisément cet objectif à l\u2019esprit et, si la probabilité reste lointaine comme pour beaucoup de mouvements historiques avant lui, les énergies nouvelles libérées par celui-ci restent bien plus impressionnantes que ce qui est couramment dépeint.Gar Alperovitz est professeur en économie politique à l\u2019Université du Maryland.Economie et mondialisation Hier, une utopie, aujourd\u2019hui, une réalité Nous assistons à une montée des initiatives nées de la solidarité L\u2019innovation sociale est trop souvent considérée comme un simple instrument de réduction de la pauvreté qui reste sans effets sur l\u2019accroissement des inégalités.Néanmoins, dans différents contextes en Europe comme en Amérique, cette innovation ancrée dans une économie sociale en plein renouvellement et dynamisée par l\u2019apport de l\u2019économie solidaire commence à être prise en compte comme un vecteur de changement démocratique.JEAN-LOUIS LAVILLE Des expériences de solidarité, longtemps considérées comme marginales, sont désormais en train de prendre un rôle politique inédit.Une enquête menée en Catalogne le montre avec des résultats surprenants.Elle a mis en évidence ce qui était jusqu\u2019alors invisible, c\u2019est-à-dire le fait qu\u2019un nombre de per- sonnes beaucoup plus important que celui d\u2019ordinaire estimé était concerné par ces pratiques que sont les initiatives solidaires.D\u2019après cette estimation, plus de 300000 personnes sont impliquées dans l\u2019autre économie en Catalogne, et l\u2019étude d\u2019un échantillon statistiquement représentatif de la population à Barcelone montre que, sur 800 personnes interrogées, 97% d\u2019entre elles partici- CHANTIER DE LÉCONOMIE SOCIALE SAVOIR INNOVER L'ÉCONOMIE SOCIALE.DE PLUS EN PLUS.PARTOUT.POUR TOUS.peut au moins à une de ces activités.L\u2019accélération depuis 2008 est spectaculaire, car si le groupe de ceux qui visent une transformation de la société par ce biais a largement augmenté (en effet, des participants au mouvement des indignés, en l\u2019absence de débouchés du côté des partis politiques traditionnels, se sont tournés vers les réseaux de proximité et sont devenus très actifs en leur sein), ceux-là ont été rejoints par un second groupe, les pratiquants alternatifs qui n\u2019ont pas été convaincus par idéologie, mais qui se sont ralliés à la suite des difficultés rencontrées depuis la crise : ils trouvent dans l\u2019autre économie une confiance en l\u2019avenir qu\u2019ils avaient perdue, grâce aux connaissances interpersonnelles qu\u2019ils y acquièrent.Leur présence confère une ampleur tout à fait nouvelle au phénomène.Ils y découvrent combien la perspective d\u2019un nouveau modèle socioéconomique peut s\u2019ancrer dans leur réalité quotidienne.Ce qui relevait de l\u2019utopie devient aujourd\u2019hui concret.Cette structuration récente au niveau des territoires se retrouve aussi en Italie avec les districts d\u2019économie solidaire, rassemblant les groupes d\u2019achats solidaires, d\u2019agriculture biologique, de commerce équitable, de finances éthiques, d\u2019énergies renouvelables, de logiciels libres, etc.Au nombre de 20, ces groupes ont interpellé les autorités publiques locales et entamé des démarches pour une reconnaissance, ce qui a abouti à des lois dans différentes régions.Ainsi dans le Frioul, la loi a été suscitée par un forum de l\u2019économie solidaire et des biens communs, qui a par ailleurs invité chaque conseil municipal à adopter une délibération pour promouvoir la participation de voisinage et les politiques de récupération du parc immobilier autant que pour soutenir les pratiques d\u2019économie solidaire.De nouvelles politiques publiques Cette visibilisation politique est également controversée en France, où les débats se multiplient avec des manifestations comme celle, annuelle, du mois de l\u2019économie sociale et solidaire, où des centaines de rencontres sont organisées.Les élus élaborent des politiques sur le plan local et dix-huit des vingt-deux régions ont modifié dans ce sens leurs schémas régionaux de développement économique.De plus, en écho de ce qui se passe au Québec, un mi- nistère délégué à l\u2019économie sociale et solidaire promeut une loi-cadre qui répond à une demande de l\u2019ensemble des acteurs.La rupture avec une vision qui réduit l\u2019économie solidaire à une fonction d\u2019insertion et de lutte contre la pauvreté est encore plus évidente en Bolivie et en Equateur.Dans les deux cas, la configuration politique qui a mené au pouvoir les présidents Evo Morales et Rafael Correa se caractérise par la délégitimation des partis traditionnels, incapables de combattre les inégalités et de sortir de l\u2019orthodoxie libérale, engendrant la constitution d\u2019un regroupement de mouvements sociaux partisans du changement.En Bolivie et f en Equateur, on a substitué à l\u2019objectif de croissance maximale celui du bien-vivre pour toutes et tous Économie plurielle Portés par cette coalition, les nouveaux élus ont édicté des constitutions qui substituent à l\u2019objectif de croissance maximale celui du bien-vivre pour toutes et tous, largement inspiré par la revalorisation des cultures indigènes.Le moyen approprié est le recours à une économie plurielle qui, à côté des économies privée et publique, fait place à une économie solidaire.Cette dernière devient donc un sujet d\u2019intérêt public identifié par la sphère politique, qui lui dédie des réformes institutionnelles ainsi que des institutions bancaires et administratives, parce qu\u2019elle est en mesure de fournir des opportunités de revenus aux milieux populaires en même temps qu\u2019elle participe à la construction d\u2019un nouvel équilibre écologique et social.Bien sûr, dans aucun des pays cités, le processus de reconnaissance de l\u2019économie solidaire n\u2019est un long fleuve tranquille.Des tensions existent entre les projets gouvernementaux et les revendications de terrain.Le chemin est encore ardu pour une acceptation plus pleine et entière d\u2019une économie sociale et solidaire qui ne se limite pas à des actions de réparation, mais qui soit vraiment un levier de transformation.Néanmoins, les avancées sont indéniables.Dernière preuve : la création en 2013 d\u2019une interagence de l\u2019économie sociale et solidaire instaurée par 13 organisations de l\u2019QNU et çoordonnée par l\u2019UNRISD {www.unrisd.org).Economie et solidarité ne sont plus antinomiques.Jean-Louis Laville est professeur et chercheur au Conservatoire national des arts et métiers de Paris. LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 G 5 SOCIETE Réseau québécois EN INNOVATION SOCIALE « Les grands eiyeux de l\u2019avenir sont liés à l\u2019innovation sociale», selon Michel Venne Le Réseau québécois en innovation sociale (RQIS) articulait sa vision concrète de ce concept en avril 2011 dans la Déclaration pour l\u2019innovation sociale.Ce document formulait cet énoncé : « La transition démographique que vit le Québec impose un nouveau contrat social entre les générations.» Depuis la Tunisie où il séjournait, entretien avec Michel Venne, le président du Réseau et directeur générale de l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM).REGINALD HARVEY Michel Venne est en premier lieu invité à cerner sur quels plans et dans quels secteurs l\u2019innovation sociale se manifeste au Québec : «Il faut aller voir la définition que Von donne sur notre site Web [celui du Réseau québécois en innovation sociale (RQIS) ] pour se rendre compte que l\u2019innovation sociale intervient dans tous les domaines possibles.» 11 fournit des exemples : «Des innovations sociales marquantes ont changé la donne aussi bien en petite enfance (les CPE), dans l\u2019insertion au travail des jeunes (les CJE), la pédiatrie sociale du D'Julien, le transport (Commu-nauto) ou la participation citoyenne (l\u2019INM).On a innové au Québec en matière de logement social, de justice réparatrice chez les autochtones, de persévérance scolaire (Allô prof Eu-sion jeunesse), de créativité (la SAT) ou de finance solidaire (Eonds de solidarité, Eiducie du chantier de l\u2019économie sociale).» Et il en mesure les impacts majeurs en ces mots : «Mais il est frappant de constater que les plus grands enjeux auxquels nous serons confrontés dans l\u2019avenir sont liés à l\u2019innovation sociale: le vieillissement de la société, les changements climatiques, l\u2019immigration et la diversification culturelle des sociétés, les troubles de santé mentale en hausse, les inégalités sociales sont tous des problématiques qui trouveront leur solution non pas dans l\u2019innovation industrielle et technologique, mais dans l\u2019innovation sociale, parce que les solutions passent par de nouvelles formes de relations humaines, de nouveaux rapports sociaux, de nouvelles politiques de répartition et d\u2019assurance, le dialogue et la coopération.» Le concept d\u2019innovation sous-tend qu\u2019il y a des changements à apporter à certaines règles ou conventions coutumières du vivre en société pour en assurer la réalisation et les avancées.11 y a bousculade quelque part! Quels sont les obstacles rencontrés à ce sujet?Sont-ils majeurs ici?«Je nomme deux obstacles principaux: la méconnaissance et la faible reconnaissance du concept et de sa réalité concrète; et puis, la difficulté de faire accepter par les grandes institutions publiques de prendre des risques.La notion de risque est bien intégrée dans l\u2019industrie et les technologies, mais pas dans le social.Dans l\u2019industrie et la technologie, on investit dans un projet en sachant que même si on ne réussit pas à tout coup, on se priverait de bijoux si on ne prenait pas ces risques.Dans le social, les bailleurs de fonds exigent presque toujours de démontrer que ton projet va marcher parce qu\u2019il s\u2019appuie sur des pratiques éprouvées.Or, une innovation, par définition, ne peut pas être une pratique éprouvée.C\u2019est antinomique.Il faut accepter de prendre des risques.» Mais encore, dans quels domaines ces risques doivent-ils être pris en priorité dans la société québécoise?«Les principaux risques doivent être pris dans les domaines les plus urgents et les plus complexes.Prendre un risque veut dire: accepter d\u2019investir des fonds dans des expériences ou des laboratoires desquels émergeront des solutions nouvelles.Présentement, tout ce qui concerne la persévérance scolaire et la réussite éducative, la réduction de l\u2019analphabétisme et l\u2019accès aux soins de proximité requiert de penser différemment.Nos vieux modèles sont en panne.Les besoins ont changé.Le rapport à l\u2019éducation n\u2019est plus le même.La culture scolaire s\u2019effrite.Il reste encore à imaginer l\u2019école du XEL\u201d siècle.C\u2019est la même chose en santé: l\u2019hôpital et le médecin ne peuvent pas répondre aux besoins de la société d\u2019aujourd\u2019hui, dans laquelle il faut mettre l\u2019accent sur la prévention, le maintien à domicile des personnes vieillissantes, le suivi des maladies chroniques et le soutien aux personnes seules, pour ne donner que ces exemples.» La thématique et l\u2019ampleur de la tâche Le colloque du CRISES portera sur «La transformation sociale pour l\u2019innovation sociale».Le président du RQIS est inspiré de la sorte par cette thématique: «Selon notre définition de l\u2019innovation sociale, \u201cla portée d\u2019une innovation sociale est transformatrice et systémique.Elle constitue, dans sa créativité inhérente, une rupture avec l\u2019existant.\u201d Nous croyons en effet que l\u2019innovation sociale entraîne la transformation sociale.L\u2019innovation sociale ne consiste pas seulement à proposer quelque chose de nouveau pour résoudre un problème ponctuellement.Nous savons que les solutions aux problèmes sociaux relèvent de systèmes qu\u2019il faut changer pour obtenir des résultats durables.» Eaut-il parler d\u2019utopie ou de réalité dans un tel cadre?«Nous ne sommes pas dans l\u2019utopie, comme certains peuvent le croire.C\u2019est tout simplement une exigence: pour réduire les inégalités, pour améliorer la persévérance scolaire, pour donner accès aux soins de santé à tous, pour réduire l\u2019isolement et l\u2019exclusion, pour concilier fa-mille-travail-études-engagem en t social, ce sont les systèmes qu\u2019il faut transformer, parfois aussi les rapports sociaux.Est-ce qu\u2019il est difficile de changer un système?Certainement que c\u2019est difficile.Il s\u2019agit d\u2019une oeuvre qui peut s\u2019étaler sur plus d\u2019une génération.Et il faut, pour y arriver, un alliage d\u2019imagination citoyenne, de connaissance scientifique, de mobilisation des forces sociétales et de courage politique.Ce n\u2019est pas utopique.C\u2019est seulement ardu.» Le Réseau participera au colloque, et Michel Venne laisse voir sous quel angle il abordera le sujet de l\u2019innovation: «Nous voulons explorer comment créer les conditions pour permettre l\u2019éclosion d\u2019innovations sociales dans les grands systèmes comme celui de la santé, celui de l\u2019éducation, les municipalités, pour ne nommer que ceux-là.Pourquoi ?Parce que ces systèmes sont brisés.Mais qu\u2019en même temps, parce qu\u2019ils sont gros, puissants, et traversés par des rapports de force inextricables entre les groupes d\u2019intérêt, ils sont devenus extrêmement difficiles à réformer.Tout le monde protège ses acquis.Les gestionnaires ont peur de prendre des risques en général et ils n\u2019y sont pas encouragés.Alors, comment faire pour ouvrir ces mastodontes au changement?C\u2019est ce que nous cherchons.» Collaborateur Le Devoir Développement territorial De la concertation locale à la mondialisation Depuis les années 1970, nous vivons un phénomène de mondialisation renforcé.Cela s\u2019exprime à travers l\u2019intensification des échanges de différents types : informations, capitaux, biens et services, mais aussi par le déplacement de personnes.Cependant, la recherche en sciences sociales, notamment en Italie avec les districts industriels, a découvert que les relations de proximité entre les acteurs locaux peuvent jouer un rôle déterminant dans la compétitivité des activités économiques.BERNARD PECQUEUR Une densité de relation entre les acteurs locaux (entreprises, municipalités, universités, centres de recherche, syndicats) peut jouer un rôle déterminant dans la compétitivité de certaines activités industrielles et de services.Les districts industriels italiens semblent avoir leur équivalent dans le Bade-Wurtemberg tout comme dans certaines préfectures japonaises ou encore dans la Silicon Valley ou, plus récemment, dans les «pôles de compétitivité» français.L\u2019acteur local citoyen est aussi présent avec des initiatives observées notamment par les chercheurs québécois tant dans les villes qu\u2019en milieu rural atour de l\u2019innovation sociale, où des citoyens ou des usagers (voir les Living Labs) se regroupent pour trouver des solutions aux problèmes économiques formulés comme partagés.Les territoires comme construction sociale éphémère et partielle viennent se superposer ^ux territoires définis par les Etats.Les habitants regroupés autour d\u2019un sentiment commun d\u2019appartenance peuvent ainsi retrouver des marges de maîtrise sur leur propre destin économique.L\u2019exemple qui vient d\u2019ailleurs à l\u2019esprit est celui des labels sur les produits agroalimentaires, à travers les zones d\u2019AOC (appellation d\u2019origine contrôlée), assez fortement développées en Europe et en émergence au Québec.Celles-ci labellisent un produit sur la base de la qualité de sa fabrication et aussi de son origine géographique.Cette pratique répond à la volonté du consommateur de personnaliser sa consommation.Elle profite sans doute du besoin de traçabilité issu des crises alimentaires récentes, mais surtout, elle permet, notamment dans les régions agricoles où les rendements dans l\u2019agriculture productiviste sont trop faibles pour tenir la concurrence, de proposer une production alternative basée sur la qualité et donc sur une valorisation par des prix élevés.L\u2019AOC peut alors être au centre d\u2019une offre diversifiée de biens et de services à la base d\u2019un développement de tout le territoire.D\u2019une manière générale, on assiste à une multiplication des stratégies de développement territorial fondées sur des produits spécifiques, ce qui, combiné au patrimoine et à la culture propre à chaque territoire, peut aussi être valorisé par le tourisme.Défi économique et politique Ainsi, dans cette période de mutation rapide dans laquelle les régulations économiques MYCHELE DANIAU AGENCE ERANCE-PRESSE Les produits d\u2019AOC peuvent proposer une production ai ter native basée sur ia quaiité.héritées de l\u2019économie industrielle sont remises en question, il existe de nouvelles modalités de création de ressources en lien avec des stratégies locales d\u2019acteurs.Aujourd\u2019hui, les perspectives de création de richesses tiennent aux capacités de groupes à s\u2019organiser et à élaborer des processus originaux d\u2019émergence des ressources.La mondialisation, qui consiste essentiellement en l\u2019interconnexion des marchés et qui crée des liens de cause à effet de plus en plus denses entre les acteurs économiques, produit en même temps des dynamiques et des procédures singulières de création de ressources.Bien sûr, cela donne de nouvelles possibilités pour les collectivités locales, lesquelles peuvent élaborer des actions publiques renouvelées autour de la dynamisation des initiatives d\u2019acteurs et de l\u2019amélioration de la performance des territoires, ce qui se traduit par l\u2019amélioration aussi bien du vi- vre que de la performance des entreprises qui s\u2019y rattachent.Cependant, ces possibilités ne peuvent constituer un modèle crédible d\u2019adaptation de nos sociétés au monde global qu\u2019à certaines conditions.En premier lieu, rappelons que le développement local des territoires ne vise pas le repli sur soi, mais une adaptation à la mondialisation.Il ne s\u2019agit pas d\u2019autarcie, mais de rééquilibrer les productions de proximité avec celles qu\u2019il faut importer.En second lieu, la démocratie élective doit trouver un nouveau dialogue avec la démocratie directe et les citoyens.Enfin, il faut qu\u2019existent des lieux et des temps pour la révélation et l\u2019élaboration collective des ressources propres à chaque territoire afin que chaque habitant puisse se reconnecter au monde qui l\u2019entoure et se réapproprier une part de son destin.Bernard Pecqueur est professeur à l\u2019Institut de géographie alpine de l\u2019Université de Grenoble-Alpes UL CAMPUS HUMAIN NOS CERVEAUX AIMENT LES DÉFIS DE SOCIÉTÉ L\u2019Université Laval, par ses nombreuses chaires de recherche en innovations sociales, contribue à l\u2019avancement et au mieux-être de notre société.é a-'\u2018 :/4 M Développement durable du Nord québécois ' i\tSécurité en milieu éducatif '\tAdhésion aux traitements médicaux Prévention de la maltraitance L\u2019école en réseau I\tFemmes savoirs et société \u2018 ^ Démocratie et institutions parlementaires Gouvernance de sociétés 1^\tPatrimoine ethnologique Condition autochtone Éducation et prévention en santé Développement international Droit de l\u2019environnement Motivation et réussite scolaire Intégration professionnelle ^\tDéveloppement social de l\u2019enfant Obésité Économie des politiques sociales Entreprenariat et innovation j\tCulture philanthropique ¦ - ^ \u2019f , ulavai.ca UNIVERSITÉ lAVAL G 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 SOCIETE Mondialisation L\u2019État social tel qu\u2019on le connaissait est mis à mal Les mesures adoptées pour résoudre la crise en Europe n\u2019ont fait qu\u2019amplifier l\u2019inégalité et la discrimination Au cours des dernières années, diverses transformations inscrites dans la mondialisation ont affaibli les politiques sociales mises en place dans les pays industriels.Nos sociétés sont de plus en plus individualisées et fragmentées.ENZO MINGIONE NOUS vivons dans un contexte où l\u2019accomplissement personnel et l\u2019autoréa-lisation de soi se conjuguent avec la vulnérabilité des personnes et la diminution des protections sociales.Ce contexte a été marqué par la redéfinition de l\u2019État-provi-dence, le délitement du lien social et l\u2019affaiblissement des réseaux sociaux traditionnels.Le nombre de travailleurs ayant des carrières et des parcours d\u2019emploi non traditionnels s\u2019est multiplié et plusieurs d\u2019entre eux ne disposent d\u2019aucun soutien syndical ou professionnel.La famille nucléaire ne constitue plus le vecteur d\u2019intégration sociale qu\u2019elle a déjà été.En outre, l\u2019entrée massive des femmes sur le marché du travail a bousculé les rapports homme-femme, ce qui a eu pour effet de revoir les modalités de conciliation travail-famille.Simultanément, nous assistons à une vague sans précédent de déplacement de populations sur le plan international.L\u2019augmentation des emplois faiblement rémunérés, souvent occupés par des immigrants, rend plus difficile l\u2019intégration sociale, professionnelle et résidentielle de ces populations.Qui plus est, les immigrants sont davantage confrontés à l\u2019intérieur des pays d\u2019accueil à une conjoncture politique et culturelle dans laquelle leurs droits sociaux sont remis en question, alors que les pratiques discriminatoires à leur endroit tendent à se généraliser.Face à ces problèmes so- ciaux, les États comptent sur des ressources limitées, conséquence des nouvelles règles du jeu découlant de la mondialisation des marchés et des contraintes associées à la concurrence économique.Le développement des programmes de protection sociale apparaît désormais incompatible avec la compétitivité au sein des échanges commerciaux internationaux, les dispositifs de protection sociale émanant du secteur public devenant illégitimes sur le plan politique.La transformation de l\u2019État social C\u2019est dans cette trame historique qp\u2019apparaît l\u2019idée du nouvel État social en tant que réponse aux défis lancés par ce nouveau contexte mondial.Faisant appel aux dynamiques locales et à la participation active des personnes et des communautés dans le besoin, les moyens mis ,en œuvre pour renouveler l\u2019État social impliquent à la fois des ressources émanant d\u2019organisations bénévoles et du milieu des affaires.La transformation de l\u2019État social provient de deux impulsions différentes (et parfois opposées), à savoir la nécessité de déterminer des façons efficaces de répondre aux besoins sociaux qui sont aujourd\u2019hui individualisés, fragmentés et hétérogènes; et donc, d\u2019accroître les politiques sociales dites actives et la nécessité de réduire les dépenses publiques consacrées aux mesures d\u2019assistance sociale.11 est important ici de souligner la différence entre ces deux dynamiques de transformation des politiques pu- L'Université du Québec Une des plus grandes innovations sociales du patrimoine éducatif québécois Par sa présence sur l'ensemble du territoire depuis 45 ans, l'Université du Québec est un puissant moteur de développement et de diffusion des savoirs.0 Université du Québec à Montréai 0 Université du Québec à Trois-Rivières 0 Université du Québec à Chicoutimi 0 Université du Québec à Rimouski 0 Université du Québec en Qutaouais Université du Québec www.uquebec.ca ^ Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue 0 Institut national de la recherche scientifique 0 École nationale d'administration publique 0 École de technologie supérieure 0 Télé-université LOUISA GOULIAMAKI AGENCE ERANCE-PRESSE À Athènes, une femme tient une petite affiche disant simplement «j\u2019ai faim».bliques, puisqu\u2019elles impliquent la mise en place de stratégies distinctes qui ne sont pas toujours conciliables.D\u2019un côté, on observe un mouvement pour une protection sociale plus complète afin de protéger les populations vulnérables contre les nouveaux risques sociaux; de l\u2019autre, des initiatives politiques visant à réduire les dépenses publiques.Nouvelles pratiques Les pratiques associées à ce nouvel État social ont une dimension locale qui permet de répondre, du moins en partie, aux demandes ciblées et diversifiées de protection sociale des citoyens.Mais ce faisant, les mesures qui découlent de ces innovations parviennent difficilement à juguler la croissance des inégalités qui, à son tour, entraîne un déficit accru sur le plan des droits sociaux et de la citoyenneté.La crise actuelle exacerbe cette tension parce que, si sa résolution dépend en partie des innovations sociales qui seront mises en place afin de satisfaire les besoins non comblés, ces mêmes innovations trouvent difficilement, dans le contexte actuel, les appuis nécessaires au déploiement de leur plein potentiel étant donné le contrôle serré ,exercé sur les ressources par l\u2019État central.Même au sein des pays qui ont toujours été considérés comme généreux en matière de régulation publique universelle \u2014 tels les pays Scandi- naves \u2014 la situation actuelle engendre des tensions qui deviennent problématiques et conflictuelles, comme le démontrent les violentes confrontations ayant éclaté entre des groupes d\u2019immigrants et la police au printemps 2013 dans les banlieues de certaines villes suédoises.Revoir l\u2019État social L\u2019État social traditionnel s\u2019avère ainsi plus qu\u2019un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre ; il constitue un système de protection sociale peu efficace pour répondre aux besoins dans les contextes sociaux marqués par l\u2019hétérogénéité, l\u2019instabilité et l\u2019individualité.Or, les formes d,e transition vers un «nouvel État social» tendent à accentuer les inégalités sociales et les discriminations envers les groupes les plus vulnérables qui sont sous-représentés en matière de politiques.Plus encore, le prolongement de la crise entraîne une augmentation du nombre de personnes en besoin de protection, comme les chômeurs de longue durée, les familles pauvres, les immigrants et les minorités victimes de discrimination.Les mesures adoptées pour résoudre la crise en Europe \u2014 austérité budgétaire et réductions des dépenses publiques \u2014 n\u2019ont fait qu\u2019amplifier les phénomènes d\u2019inégalité et de discrimination.Or, il n\u2019existe pas de projets innovants, ni de mobilisation des ressources du marché et du secteur bénévole, ni encore de mesures d\u2019activation visant les usagers de services qui soient suffisamment efficaces et équitables pour satisfaire la demande croissante de protection sociale dans nos sociétés, et qui, du même coup, permettraient d\u2019opérer une réduction drastique de^ ressources investies par l\u2019État dans sa mission sociale.La grande crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale ont favorisé l\u2019essor de l\u2019État social dans les pays industrialisés, une perspective qui, ultimement, a mené à l\u2019adoption du New Deal et du mqdèle social européen.A l\u2019heure actuelle, si nous considérons les scénarios de sorties de crise qui incluent uniquement les acteurs provenant du marché et des États nations, les perspectives s\u2019avèrent plutôt déprimantes.Mais peut-être serait-il temps d\u2019envisager sérieusement l\u2019éventualité d\u2019une réponse à cette crise qui proviendrait des mouvements sociaux et des organismes communautaires, à condition toutefois que leurs initiatives soient orientées de manière à dépasser la fragmentation et les inégalités qui minent nos sociétés.Enzo Mingione est professeur à l\u2019Université de Milan-Bicocca Prévention La maltraitance des enfants est reconnue comme un problème de santé publique La maltraitance des enfants est en hausse depuis des années au Québec.Poiu contrer ce fléau sociétal, la Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance de l\u2019Université Laval propose une approche particulière qui interpelle l\u2019ensemble des acteius intéressés sur un territoire donné.Perspective.THIERRY HAROUN Le bilan de l\u2019année de 2013 des directeurs provinciaux de la protection de la jeunesse (DPJ) note que, au cours des dix dernières années, le nombre de signalements retenus par les DPJ s\u2019est accru de près de 14%.«Im maltraitance et la négligence vécues durant l\u2019enfance laissent des traces indélébiles dans le parcours de vie de ces enfants.Il ne faut pas oublier que les premières années de vie d\u2019un enfant sont déterminantes.Pour être capable de se développer, d\u2019acquérir l\u2019estime de soi, la capacité de se réaliser et la confiance, les enfants ont avant tout besoin d\u2019un attachement sécurisé avec un adulte engagé auprès d\u2019eux et de vivre dans un environnement stable», lit-on dans le document.Plus loin, on y indique que l\u2019Organisation mondiale de la santé «affirme que la maltraitance dans l\u2019enfance altère parfois pour la vie la santé physique et mentale de ceux qui en sont victimes et, en raison de ses conséquences socioprofessionnelles, elle peut au bout du compte ralentir le développement économique et social d\u2019un pays».D\u2019autres chiffres Autre document, autres constatations.Produite en 2012, l\u2019enquête de l\u2019Institut de la statistique du Québec intitulée La violence familiale dans la vie des enfants du Québec constate que 80% des enfants ont vécu au moins un épisode d\u2019agression psychologique, que 49% en ont vécu trois ou plus, que 35% des enfants ont été l\u2019objet de violence physique mineure et 11% l\u2019ont été de façon répétée et, enfin, que 6% des enfants ont subi de la violence physique sévère, ce qui comprend des conduites telles que secouer un enfant de moins de deux ans ou frapper l\u2019enfant sur les fesses ou ailleurs avec un objet dur.De son côté, la Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance rappelle que, chaque année au Canada, plus de 145000 enfants âgés de 0 à 17 ans sont victimes de maltraitance ou à risque élevé d\u2019en être victimes.Ce chiffre exclut par ailleurs tous les jeunes qui sont la cible de comportements parentaux coercitifs non rapportés aux autorités.Les coûts directs et indirects de la maltraitance se chiffrent en milliards de dollars annuellement.«Ce fardeau économique considérable s\u2019apparente à celui imposé par des problèmes de santé répandus, comme les maladies cardiovasculaires ou le diabète.» Un partenariat multiniveaux Tel est le contexte dans lequel baigne la chaire dirigée par Marie-Hélène Gagné, qui a pour objectif de mobiliser et soutenir un partenariat multi- niveaux (provincial, régional et local) dans la planification, l\u2019élaboration et la mise en œuvre d\u2019une stratégie en gradins de prévention.D\u2019autre part, elle vise à alimenter scientifiquement cette approche par l\u2019entremise d\u2019une évaluation, tout en tenant compte des besoins et des ressources du milieu.« C\u2019est reconnu comme un problème de santé publique.» «La maltraitance peut se traduire par de la violence physique, verbale ou encore émotionnelle», ajoute M\u201c® Gagné, dont la chaire bénéficie de l\u2019apport d\u2019autres spécialistes en provenance notamment de l\u2019Université d\u2019Qttawa, de l\u2019UQAM, de l\u2019Université de Montréal, de l\u2019Université du Québec en Qutaouais et de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.Parmi les partenaires de cette chaire, on note l\u2019Association des centres jeunesse du Québec, l\u2019Association québécoise d\u2019établissements de santé et de services sociaux, les CPE, l\u2019Institut national de santé publique et la Fédération québécoise des organismes communautaires Famille.Depuis sa mise sur pied en 2012, cette chaire concentre ses travaux sur deux territoires, soit Québec et Montréal.«Nous avons décidé de favoriser une approche communautaire.La mobilisation communautaire est essentielle.Et si on cible des territoires, c\u2019est parce que cela nous permet d\u2019approfondir nos travaux, précise Marie-Hélène Gagné.Nous prônons une approche particulière de prévention qui interpelle l\u2019ensemble des établissements et organismes d\u2019un territoire donné autour des en- fants.C\u2019est qu\u2019on s\u2019est aperçu qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019établissement ayant pour mission de couvrir tous les éléments touchant la prévention.» Nécessaire présence La Chaire de partenariat en prévention de la maltraitance comble donc un vide?«Je pense que oui.Je ne dis pas qu\u2019il ne se fait rien.Ce qu\u2019on remarque par contre c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019efforts concertés.Il n\u2019y a pas de porteur de dossier.Normalement, ce travail devrait être assuré par le CLSC, qui doit être appuyé par son Agence de santé et de services sociaux par l\u2019entremise de sa Direction de la santé publique.Mais dans la réalité, les CLSC sont pris eux-mêmes avec des clientèles qui sont très lourdes.Ils éteignent des feux et ils manquent de ressources.Au final, on se retrouve avec un manque de leadership.Et en ce sens, je crois que, en effet, on vient combler un besoin.» De manière concrète, Marie-Hélène Gagné fait valoir que les travaux de sa chaire ont mené à ce jour à mettre en place «ce qu\u2019on appelle une équipe locale d\u2019intervention.Il y a eu un gros travail de mobilisation qui a été fait.Chaque ressource du territoire a été rencontrée individuellement et a été mise au fait de la manière que l\u2019on compte procéder.On sent vraiment un enthousiasme sur le terrain.Notre plan de formation est prêt.Il sera donné à l\u2019automne prochain, et dès janvier 2015, on sera en mesure d\u2019intervenir auprès des parents avec une approche en gradins.» Collaborateur Le Devoir Jean-Louis Laville SOCIOLOGIE DES SERVICES Réédition en coiiedion poche 208 pages ^ès EN LIBRAIRIE Laville ^ Sociologie Collection Sociologie économique dirigée par Jean-Louis Laville professeur au Conservatoire des arts et métiers (CNRS-CNAM, Paris) Consultez notre catalogue sur www.editions-eres.com Sous ia direction de Isabelle Hillenkamp, Jean-Louis Laville SOCIOÉCONOMIE ET DÉMOCRATIE L'actualité de Karl Polanyi 320 pages Socioéconomie et démocratie L\u2019actualité de Karl Polanyi Vicki BircUfielû Jérôme Blanc Michael 6^Jra^^ray José i-Lils Coraggio Money Fraser Keith Hart Margjerita Mendell distributeur canadien Somabec [Sous ia direction de \\juan-Luis Klein, L\u2019innovation U Jean-Louis Laville, sociale\tMoulaert Ilinnovation SOCIALE 1256 pages www.somabec.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 23 MARS 2014 G 7 SOCIETE 9 m PHILIPPE HUGUEN AGENCE ERANCE-PRESSE Entreprise sociale Les modèles européens et nord-américains divergent Le Réseau EMES vient de lancer un grand projet de recherche comparative Entreprise sociale, entrepreneuriat social : voilà des termes quasiment inemployés il y a une dizaine d\u2019années, mais dont la diffusion s\u2019opère aujourd\u2019hui à une vitesse étonnante.C\u2019est qu\u2019au-delà de la diversité des contextes, ces concepts traduisent des pratiques innovantes porteuses d\u2019espoir quant à l\u2019ampleur et à la complexité des défis sociétaux contemporains.MARTHE NYSSENS JACQUES DEEOURNY Il est en effet de plus en plus évident que l\u2019action des pouvoirs publics et du secteur privé classique se heurte à des limites majeures quand il s\u2019agit d\u2019affronter des problèmes sociaux tels la nouvelle pauvreté, le chômage élevé, l\u2019exclusion sociale, le manque de perspectives pour les jeunes, les défis environnementaux et les enjeux liés au vieillissement de la population.Ce qui est en jeu avec l\u2019entreprise sociale et l\u2019entrepreneuriat social, c\u2019est la recherche de solutions novatrices, mobilisant « l\u2019esprit d\u2019entreprendre » et la créativité, ainsi que la recherche de combinaisons originales de ressources, notamment à partir de partenariats inédits entre entités de l\u2019économie sociale avec le monde de l\u2019entreprise privée ou avec des pouvoirs publics locaux ou régionaux.Il apparaît clairement que les différentes conceptions de l\u2019entreprise sociale et de l\u2019entre-preneuriat social sont profondément ancrées dans les contextes au sein desquels ces organisations naissent et se développent.Chaque contexte produit des débats qui lui sont propres.L\u2019Amérique et le « social business » En Amérique du Nord, l\u2019idée d\u2019entrepreneiuiat social recouvre aujourd\u2019hui des acceptions très variées, mais ces différentes approches convergent généralement vers quelques critères cen- traux: la poursuite d\u2019impacts sociaux, l\u2019innovation sociale, la mobilisation de recettes marchandes, ainsi que l\u2019usage de méthodes managériales, et ce, quel que soit le statut légal de l\u2019organisation: à but lucratif ou non lucratif, privé ou public.Ici, ce sont les acteurs privés et pratiquement eux seuls qui semblent dessiner le paysage des entreprises sociales et de l\u2019entrepreneuriat social.Cela va sans doute de pair avec une croyance largement partagée dans le monde des affaires voulant que les forces du marché aient la capacité de résoudre une part croissante des problèmes sociaux.Dès lors, même si certains soulignent la nécessité de mobiliser différents types de ressources, il n\u2019est pas impossible que la présente vague d\u2019entrepreneuriat social agisse en partie comme un processus de hiérarchisation et de sélection des défis sociaux en fonction de leurs possibilités à être traités sur un mode entrepreneurial et marchand.Certaines réponses novatrices peuvent certes naître du «social business», mais d\u2019un point de vue sociétal, on ne peut que douter de la pertinence d\u2019un tel ordonnancement des besoins sociaux.L\u2019Europe et l\u2019entreprise sociale En Europe, on reconnaît au concept d\u2019entreprise sociale une filiation très nette avec les différentes approches qui tentent de cerner l\u2019existence d\u2019un troisième secteur, au-delà de la distinction classique entre un secteur privé de type capitaliste et un secteur public, et ce, quels que soient les termes utilisés pour appréhender un tel troisième secteur.Une quinzaine de pays européens ont mis en place des législations offrant des statuts juridiques mieux adaptés aux « entreprises sociales» ou aux «coopératives sociales».La Commission européenne a, quant à elle, lancé, en 2011, une stratégie d\u2019envergure intitulée « Initiative pour l\u2019entrepreneuriat social ».Ce sont les travaux d\u2019EMES {www.emes.net), rassemblant 15 centres de recherche spécialisés et des chercheurs individuels, qui ont foiuni les premières bases théoriques et empiriques pour une conceptualisation de l\u2019entreprise sociale.En effet, ce réseau européen de chercheurs s\u2019est constitué dès 1996 pour étudier «l\u2019émergence des entreprises sociales» en Eiuope.Les 9 indicateurs retenus par le Réseau EMES peuvent être représentés en trois sous-ensembles : la dimension économique, la primauté de la finalité sociale reflétée par une limitation dans la distribution des bénéfiqes, et un mode de gouvernance participatif.A travers ces indicateurs, on reconnaîtra bien des caractéristiques habituelles des organisations d\u2019économie sociale et solidaire qui sont ici complétées ou affinées de manière à révéler de nouvelles djuiamiques entrepreneuriales.Politiques publiques Si la question de sélection des défis sociaux en fonction de leurs possibilités de solvabilisa-tion marchande se pose également dans le contexte européen, particulièrement dans les pays où les logiques de privatisation et de marchandisation de services sociaux sont allées le plus loin, en Europe, toutefois, c\u2019est aussi à un autre défi auquel doivent faire face nombre d\u2019entreprises sociales.Elles s\u2019y trouvent de plus en plus soutenues par des politiques publiques visant tantôt la réinsertion de travailleurs marginalisés, tantôt la fourniture de services à des populations vulnérables.Les risques inhérents à de tels appuis publics sont ceux de figer l\u2019innovation sociale à un certain stade en l\u2019institutionnalisant et d\u2019instrumentaliser les entreprises sociales dans le cadre de lignes d\u2019action politiques qui leur enlèvent l\u2019essentiel de leur autonomie et de leur créativité.Vaste recherche L\u2019entrepreneuriat social jouit actuellement d\u2019un effet de mode qui a ses avantages.Cependant, cet engouement tous azimuts génère aussi des attentes démesurées et une certaine confusion dans les débats.C\u2019est pourquoi le Réseau EMES vient de lancer un grand projet de recherche comparative sur l\u2019entreprise sociale : l\u2019International Comparative Social Enterprise Models \u2014 ICSEM \u2014 Project {http://iap-socent.be/icsem-projecf).Ce projet a suscité un intérêt inattendu par son ampleur : ce sont plus de 170 chercheurs de 50 pays qui ont confirmé leur engagement en tant que ICSEM Founding Partners.Pour éviter de douloureuses désillusions et, au contraire, donner toutes leurs chances aux multiples formes d\u2019entrepreneuriat à finalité sociétale, l\u2019objectif du projet est de saisir au mieux les forces et faiblesses de différents modèles dans leurs contextes propres et dans leurs domaines d\u2019activité respectifs.Marthe Nyssens et Jacques Defourny professent respectivement à l\u2019Université catholique de Louvain et à l\u2019Université de Liège.Ils sont membres du Réseau de recherche EMES.Collection INNOVATION SOCIALE L'INNOVATION SOCIALE INNOVATION SOCIALE INNOVATION SOCIALE Les marches d'une construction théorique et pratique LINNOVATION SOCIALE POUR UNE NOUVELLE MONDIALISATION Emergence ef effets sur la transformation des sociétés Le défi d'innover Sous la direction de Juon-Luis Klein et Denis Harri Sous la direction de Benoît Lévesque, Jean-Marc Fontan et Juan-Luis Klein Sous la direction de Juan-Luis Klein et Matthieu Roy \"I LINNOVATION SOCIALE Les marches d\u2019une construction théorique et pratique Sous la ' ' de Benoît Lévesque, Jean-Marc Fontan et Juan-Luis Klein 2014 I 474 pages 1978-2-7605-3963-1 PDF EPUB POUR UNE NOUVELLE MONDIALISATION Le défi d\u2019innover Sous la direction de duan-Luls Klein et Matthieu Roy 20131 414 pages 1078-2-7605-3622-7 L\u2019INNOVATION SOCIALE Émergence et effets sur la transformation des sociétés Sous la direction de duan-Luls Klein et Denis Harrisson 20061 484 pages 1978-2-7605-1374-7 COLLECTION INNOVATION SOCIALE Sous la direction de Jean-Marc Fontan L\u2019innovation sociale est une des clés pour comprendre et maîtriser les processus et les dynamiques du changement social.La collection Innovation sociale est une fenêtre ouverte sur de nouvelles expérimentations et connaissances coproduites par des chercheurs et des acteurs d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Plus de 1300 livres à feuilleter «Ê Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR 1196 www.cnses.uqam.ca Centre de recherche sur les innovations sociales Université du Québec à Montréal \u2022 Université du Québec en Qutaouais Université du Québec à Chicoutimi \u2022 Université de Sherbrooke Université de Montréal \u2022 Université Concordia \u2022 Université Laval HEC - Montréal \u2022 TÉLUQ \u2022 ENAP 4®Colloque international du CRISES 4^^ CRISES international conference La transformation sociale par l\u2019innovation sociale Social Transformation through Social Innovation Programme du 4^ Colloque international du CRISES 3 et 4 avril 2014 Jeudi 3 avril 2014 Hôtel Gouverneur, Place Dupuis 1415, rue Saint-Hubert, Montréal - Métro Berri-UQAM Français et anglais (traduction simultanée dans la salle principale) Pour s\u2019inscrire: www.crises.uqam.ca Vendredi 4 avril 2014 8\th\tAccueil et inscriptions 9\th\tMot de bienvenue Juan-Luis Klein, UQAM, directeur du CRISES Yves Mauffette, vice-recteur à la recherche et à la création UQAM 9h 15\tCONFÉRENCE D\u2019OUVERTURE Social innovation facing the challenges of globalization: tensions and illusions Enzo MINGIONE, Université de Milan-Bicocca Présidence: Annie Camus, UQAM 10h Plénière 1 10h30 12h30 PAUSE SANTE L\u2019innovation sociale au cœur de la transformation sociale Présidence: Marguerite Mendell, Université Concordia Gar Alperovitz, Université du Maryland; Benoît Lévesque, UQAM; Luiz Inâcio Gaiger, UNISINOS Rio Grande do Sul ; Jurgen Ho\\«aldt, TU Dortmund University PAUSE REPAS Séance 1A 14h Séance 1B 14h Développement équitable et mobilisation des acteurs Présidence: André Joyal, UQTR Manila Verîssimo Veronese et Luiz Eelipe Barbosa Lacerda, UNISINOS; Darryl Reed, York University; Yolanda Garcîa Calvente, Université de Malaga; Danielle Lafontaine, UQAR; Martin Boire, Eorum jeunesse Longueuil et Martin Lalonde, Université Concordia La transformation sociale par l\u2019innovation sociale en milieux ruraux et périphériques Présidence: Laurie Guimond, UQAM Adrien Balocco et Romain Lajarge, Université de Grenoble; Majella Simard, Université de Moncton; Jacques Caillouette, Université de Sherbrooke et Sylvain Laroche, Ville de Saint-Camille Soutenir et favoriser l\u2019innovation sociale Présidence: Marie J.Bouchard, UQAM Christian Mahieu, Université de Lille ; Tassadit Zerdani, UQAM ; Nadine Richez Battesti et Erancesca Petrella, Aix-Marseille Université ; Vincent van Schendel, TIESS Mouvements sociaux et transformation sociale Présidence: Annie Eontaine, Université de Montréal Morad Diani et Zoheir Hamedi, DOHA Institute, Arab Center for Research and Policy Studies; Denyse Côté, UQO; Carolina Andion et Rubens Lima Moraes, Université de l\u2019État de Santa Catarina; Soma Giacomini, Université Pontificale de Rio de Janeiro L\u2019innovation sociale et la ville / Social innovation and the city Présidence: Youssef Sadik, Université Mohammed V Rabat Carlos Vainer, Université fédérale de Rio de Janeiro; Luc G\\«iazdzinski, Université Joseph Eourier, Grenoble; Marco Alberio, UQAR; Norma Rantisi, Université Concordia 15h30 pause Potentiel transformateur des innovations sociales: dimensions méthodologiques Présidence: Diane-Gabrielle Tremblay, TÉLUQ Erank Moulaert, Université de Louvain; Elorence Jany-Catrice, Université de Lille 1 Table ronde du RQIS: L\u2019intégration et l\u2019institutionnalisation des innovations sociales dans les grands systèmes Présidence: Michel Venne, Institut du Nouveau Monde (INM) et Réseau québécois en innovation sociale (RQIS) Nancy Neamtan, Chantier de l\u2019économie sociale; Josée Beaudoin, CEERIO; Erancine Côté, CSSS Jeanne-Mance Séance 1C 14h Séance 1D 14h Séance 1E 14h 18h COCKTAIL - Lancement de livres Fonds de recAercfie Société et culture Québec «« 1*1 Conseil de recherches\tSocial Sciences and en sciences humaines\tHumanities Research du Canada\tCouncil of Canada Canada RGEflCE uniucesiTnieE DeLRFRnncopHoniE ® Fondation Lucie fl.et André Chagnon FONDACTION CSN POUR LA COOPÉRATION ET L'EMPLOI » , FONDS W/U de solidarité FTQ UQÀM I Faculté des sciences humaines UQÀM I Département de géographie\tCSN FTO UQÀM I Département de sociologie UQÀM I Vice-rectorat à la recherche I et la création m \"I Université du Québec Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales 8h30 Plénière 4 9h Affiches 10h Accueil et inscriptions Séance 4A 11 h Séance 4 B 11 h Séance 4C 11 h Séance 4D 11 h Séance 4E 11 h 12h30 Séance 5A 14h Innovation sociale, économie sociale et développement territorial: quels liens?Présidence: Louise Briand, UQO Marthe Nyssens, Université catholique de Louvain; Bernard Pecqueur, Pacte-territoires, Université Joseph Fourier (Grenoble 1) PAUSE SANTÉ SÉANCE DE COMMUNICATIONS PAR AFFICHE Eisa Costanzo, Université de Rennes 2 ; Hadjira Bachiri, Université de Lille 1 ; Maria Patricia Domînguez Echeverrîa et Anna Sokolova Grinovievskaya, Universidad Autônoma Metropolitana Xochimilco ; Pablo Parra Ortega et Bernard Balzani, Université de Lorraine (Nancy); Rémi Colomb, Université Biaise Pascal - Clermont-Ferrand II; Garbihe Henry Moreno, University of Deusto; Clarice Rodrigues de Carvalho, HEC Montréal; Benjamin Bœuf, HEC Montréal et François Durivage, Université de Montréal ; Amina Courant Menebhi, Université du Maine (Laboratoire de Recherche ESO Espace et Sociétés); Ouarda Chenoune et Bernard Pecqueur, Pacte-territoires, Université Joseph Fourier (Grenoble 1 ), Abdel-Madjid Djenane, Université Ferhat ABBAS Sétif 1 ; Alexandre Pourchet, Pans Dauphine et UQAM, Andrée De Serres, UQAM, Maazou Elhadji Issa, Pans Dauphine; Nicolas Duracka, Université Biaise Pascal de Clermont-Ferrand; Caroline Le Boucher, Université Européenne de Bretagne; Darfo Enriquez et Peina Victoria Vega, UQAM; Lucas Durand, Pacte-territoires, Université Joseph Fourier (Grenoble 1) Utopies, imaginaires et valeurs au cœur de la transformation sociale Présidence: Martin Petitclerc, UQAM Paul Leduc Bro\\Ame, UQO ; Luc Audebrand, Université Laval ; J.J.McMurtry, York University; Jean-François Simard, UQO Santé, services sociaux et innovation sociale Présidence: Christian Jetté, Université de Montréal Sébastien Fleuret, CNRS, ESO-Angers; Ludovic Jamet et Jean-Louis Le Goff, Université de Rouen ; llda lise llama et Diane-Gabrielle Tremblay, Téluq ; Caroline Urbain, Danielle Bouder-Pailler et Nathalie Schieb-Bienfait, Université de Nantes, et André Lebot, Ville de Nantes, Restaurant Social & Atelier ALISE Développement local, redéfinition de l\u2019État et innovation sociale Présidence : Annie Camus, UQAM Abdelillah Hamdouch et Leila Ghaffari, Université François Rabelais de Tours ; Jean Corneloup, Université de Grenoble; Stijn Oosterlynck et Pieter Cools, Centre for Inequality, Poverty, Social Exclusion and the City, University of Ant\\«erp ; Yann Fournis, UQAR et Pierre-André Tremblay, UQAC Travail, emploi et transformation sociale: entre avancées et reculs Présidence: Martine D\u2019Amours, Université Laval Yves Hallée, Mustapha Bettache et Philippe Bergeron, Université Laval; Sid Ahmed Soussi, UQAM ; Jean-Michel Denis, Université Pans Est Marne-la-Vallée (UPEMLV); Mauricette Fournier,Jean-Baptiste GRISON et Laurent Rieutort, Université Blaise-Pascal Co-construction de la connaissance et recherche partenariale Présidence: Lucie Dumais, UQAM Jean-Marc Fontan, UQAM; Emmanuelle Besançon, Université de Picardie et Nicolas Chochoy, Institut Jean-Baptiste GODIN ; Denis Bussières, UQAM ; José Carlos Suarez-Herrera, KEDGE Business School PAUSE REPAS Séance 5B 14h Séance 5C 14h Séance 5D 14h Séance 5E 14h 15h30 15h45 Lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale: vers une co-construction de l\u2019offre de services et des politiques publiques Présidence: Patrice Rodriguez, Parole d\u2019ExcluEs Christian Jetté, Université de Montréal et Jean-Vincent Bergeron-Gaudin, UQAM; Jean-François Gaspar, Haute École Louvain en Hainaut et Haute École Namur-Liège-Luxembourg ; Adriane Vieira Ferrarini, UNISINOS Rio Grande do Sul ; Tuur Ghys et Stijn Oosterlynck, Université d\u2019Ant\\«erp Innovation sociale et économie sociale et solidaire: vecteurs de transformation sociale Présidence : Vincent van Schendel, TIESS Carlo Borzaga et Salvatori Gianluca (Euricse), Université de Trente ; Sonia Telle Rozas et Marie J.Bouchard, UQAM; Éric Dacheux, Université Blaise-Pascal et Daniel Goujon, ISTHME - Université Jean Monnet- Saint-Etienne ; Orner Chouinard, André Leclerc, Julie Guillemot, Tiavina Rabeniaina, Université de Moncton Citoyenneté et recherche du bien commun Présidence: Rachid Bagaoui, Université Laurentienne Cordula Kropp, Hochschule München; Sambou Ndiaye, Université Gaston Berger de Saint-Louis; Andrée Kartchevsky, Université de Reims Champagne-Ardennes et Muriel Maillefert, Université de Lille NI ; Denis Harrisson, UQO Gouvernance, innovation organisationnelle et entrepreneuriat social Présidence : Valérie Michaud, UQAM Javier Castro Spila et Alfonso Unceta, Sinnergiak Social Innovation, University of the Basque Country; Hervé Defalvard et Julien Deniard, Université Pans Est Marne-la-Vallée (UPEMLV); Martine Vézina, HEC Montréal, Majdi Ben Selma, HEC Montréal, Damien Rousselière, AGROCAMPUS OUEST Centre d\u2019Angers et Marie-Claire Male, HEC Montréal; Emmanuel Raufflet., HEC Montréal De l\u2019agriculture à la démocratie alimentaire: place à rinnovation sociale Présidence: Jacques Boucher, UQO Yuna Chiffoleau et Dominique Paturel, INRA; Mélanie Doyen, Université du Québec à Montréal ; Sylvain Lefèvre, René Audet et M.El-Jed, ESG-UQAM ; Luc Audebrand, Université Laval, Samira Rousselière, ONIRIS Nantes et Damien Rousselière, Agrocampus Ouest Centre d\u2019Angers PAUSE CONFÉRENCE DE CLÔTURE Innovation sociale, économie sociale et solidaire, entrepreneuriat social.Une mise en perspective historique.Jean-Louis Laville, CNAM, Pans Présidence: Denis Harrisson, Vice recteur, UQO MOTS DE LA FIN : Juan-Luis Klein, UQAM, directeur du CRISES; Annie Camus, UQAM ; Christian Jetté, Université de Montréal "]
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