Le devoir, 29 mars 2014, Cahier F
[" Amigorena fait un roman d\u2019une matière à tabloïd Page F 5 Les Québécois, des républicains qui s\u2019ignorent?Page F 8 LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 MARS 2014 Perrine Leblanc Parfums de femmes PEDRO RUIZ LE DEVOIR Traversé de fulgurances romantiques, Malabourg est porté par la richesse des sens et de la nature Perrine Leblanc est sortie presque brutalement de son anonymat en 2010, tirée par le succès de son premier roman, L\u2019homme blanc (Quartanier).Un Grand Prix du livre de Montréal, une publication dans la collection «Blanche» de Gallimard (sous le titre Kolia), une adaptation cinématographique en cours et, presque quatre ans plus tard, la jeune auteure revient, plus assurée au jeu de l\u2019entrevue, parler de Malabourg.Son nouveau roman, charnu, plus sensuel, n\u2019échappe pas à d\u2019intelligentes fulgurances romantiques.Rencontre.MALABOURG CATHERINE LALONDE Les livres de Perrine Leblanc naissent d\u2019une image, confie l\u2019auteure, juchée sur un banc étroit dans un café surfréquenté de Montréal.L\u2019homme blanc était né, rappelle-t-elle, de l\u2019observation à Bucarest d\u2019un acrobate pickpocket.Un flash qui lui avait inspiré l\u2019histoire d\u2019un enfant ayant grandi à la dure dans le goulag, qui finit par devenir clown.Une obsession pour la Russie avait complété la trapie.A la racine de Malabourg, encore une image: celle «d\u2019une jeune femme enceinte, dans un lac, avec un nénuphar sur l\u2019épaule qui représente l\u2019enfant à venir.Au départ, j\u2019avais juste des voix de femmes, jeunes, mortes, dans la tête.» Une autre obsession, la parfumerie et ses odeurs, apporte au tissu narratif une grande sensorialité.Dans un village inventé de la Gaspésie \u2014 le Malabourg du titre \u2014, trois jeunes femmes, dont une enceinte, sont assassinées.Mina, seule témoin des meurtres, s\u2019exilera à Mont- réal, où elle se reconstruira et arrimera son cœur à celui d\u2019Alexis, parti lui aussi du village pour apprendre la parfumerie.Dans le premier roman, un univers masculin, sec, des phrases courtes, un monde dur.Dans le second, des personnages essentiellement féminins, une richesse des sens et de la nature \u2014 le fleuve, la neige, les herbes, les fleurs \u2014, une musique riche.Et un monde dur.Un contrepoint volontaire ?«J\u2019aime bien l\u2019originalité, explique Leblanc.Les projets me suivent si j\u2019évolue, si je change, si mes intérêts se transforment.C\u2019est toujours moi, sous l\u2019influence de ce que fai à raconter.J\u2019ai l\u2019impression d\u2019avoir trouvé ma phrase dans Malabourg.Il y a peut-être quelque chose qui a dégelé.J\u2019étais très amoureuse quand je l\u2019ai écrit; fêtais peut-être portée par ça, je suis peut-être allée plus près de mon centre, aussi.» Langue et paysage Il y a frottement dans Malabourg entre le paysage québécois et la rigueur de la langue.«Ce qui m\u2019intéresse maintenant c\u2019est la nordicité et l\u2019américanité.J\u2019aimerais aller à Terre-Neuve, ou dans le Grand Nord l\u2019hiver.La langue, aussi.m\u2019intéresse.C\u2019est sûr que le relâchement me.il y a une violence dans la syntaxe défaite, relâchée.â l\u2019oral c\u2019est autre chose, mais â l\u2019écrit.â moins qu\u2019elle ne soit cassée volontairement, dans le cadre d\u2019un projet littéraire.Il y a un monde entre les courriels, la langue du quotidien et la langue littéraire, et cette onde-lâ c\u2019est l\u2019imaginaire, c\u2019est le travail de l\u2019imaginaire qui se fait, et qui transforme le matériau de la langue, et qui en fait de la littérature.C\u2019est pourquoi faime lire Pascal Quignard: cette rigueur dans l\u2019écriture.» Cette friction fait que Malabourg semble sis hors du temps, malgré la contemporanéité, de 2007 au 2012 du printemps érable, de l\u2019action.Est-ce le vocabulaire, presque Vieille Erance?«J\u2019ai une fascination pour les archaïsmes, je les adore.Les anglicismes, ça dépend, mais ce ne sont pas non plus des virus.J\u2019aime l\u2019effet d\u2019étrangeté.Les deux premières parties de Malabourg sont au passé simple, dans un temps de conte, hors du temps, avec un côté anachronique voulu, parce que la violence est lâ et elle est littéraire \u2014 la violence monstrueuse», celle du violeur meurtrier narcissique et presque impénitent, vrai méchant loup.«Quand on sort de cet univers, on est au temps présent, â l\u2019indicatif Comme un parfum, on a la base, on part de la matière première qu\u2019on transforme, autour de laquelle on compose.» Eau, esprit, sels Perrine Leblanc porte le blanc de son poignet à son nez, à plusieurs rapides reprises au cours de l\u2019entrevue, pour respirer, comme on aurait VOIR PAGE F 2 : LEBLANC
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