Le devoir, 19 avril 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2014 Comment choisir dans les brouillons laissés par un auteur récemment décédé ce qui est privé et ce qui doit être publié?Conversations avec les héritiers littéraires de Nelly Arcan, Vickie Gendreau et Gaétan Soucy.CATHERINE LALONDE Les grandes œuvres littéraires, dit-on, sont immortelles.Mais pas les auteurs, humains, bien sûr, très humains.Lorsqu\u2019ils s\u2019endorment du sommeil de la tombe, sur leur testament se retrouvent leurs droits d\u2019auteur, mais aussi parfois des pages et des pages de textes, des brouillons, des œuvres finies, des notes éparses.Comment, héritier, gérer un testament littéraire ?Comment décider, entre la fiction, la correspondance, les fragments, ce qui sera publié de façon posthume ?Quels mots res^susciter ?Etre héritier littéraire,est un rôle important, estime Eric de Larochellière, éditeur au Quar-tanier de Vickie Gendreau.« Un rôle délicat, très inconfortable, où t\u2019es tout le temps en train de te poser des questions DRAMA QUEENS Les œuvres POSTHUMES littérature en héritage JACQUES GRENIER LE DEVOIR éthiques.» C\u2019est un autre de ses auteurs, Mathieu Arsenault \u2014 il vient tout juste de signer La vie littéraire (voir notre critique en page E 3) \u2014, qui se retrouve successeur des textes laissés par la jeune auteure, décédée à 24 ans en mai 2013 des suites d\u2019une tumeur cérébrale, quelques mois seulement après avoir publié Testament, un premier livre reçu comme une fulgurance.Les deux hommes ont travaillé ensemble, avec la révi-seure attachée au travail de Gendreau, pour éditer à titre posthume Drama Queens (voir notre critique en page E 3).« Je sais des choses sur la façon dont Vickie travaille, poursuit de Larochellière, Mathieu en sait d\u2019autres: on n\u2019a pas le même rapport à ses textes, mais on se complète _______ pour arriver au livre qui sera le plus fidèle possible à ce qu\u2019elle avait fait, mais aussi à ce qu\u2019elle aurait fait en processus éditorial.Parce que c\u2019est une auteure qui y était très active.» Arsenault a eu la chance de discuter avec Gendreau avant son décès de l\u2019importance «de ne pas réifier l\u2019œuvre.Je ne suis pas en vénération devant ses textes.Il ne faudrait pas décider de ne toucher à rien parce qu\u2019elle est décédée, mais il ne faut pas non plus réécrire».N\u2019empêche, l\u2019absence de l\u2019au- teure, même en fin de processus, rend toute question complexe.«Elle utilisait parfois le mot TV, parfois télé ou télévision, par exemple, illustre l\u2019éditeur.Si tu travailles avec ton auteur, tu tranches une question comme ça à la vitesse de la lumière.Là, il fallait qu\u2019on discute, de tout.» Friction de la mémoire Sayaka Ehara-Soucy, 22 ans, poursuit ses études asiatiques et a entrepris la lecture des textes laissés par le décès de son père Gaétan Soucy, le 9 juillet dernier.«Il y a un gros disque dur externe et toute une JACQUES NADEAU LE DEVOIR Mon père a toujours été un peu comme un nuage, alors Je le prends comme s\u2019il m\u2019avait légué un nuage, en fait.)) Sayaka Ehara-Soucy, héritière de Gaétan Soucy CHRISTIAN BLAIS tour d\u2019ordinateur bourrés de textes.Une quantité.J\u2019essaie de prendre mon temps.» Elle se retrouve presque sans instructions posthumes «parce qu\u2019il ne pensait pas partir si vite», à 54 ans.Ehara-Soucy sait bien qu\u2019en tant qu\u2019auteur, son père était un perfectionniste extrême, quasi maladif.«J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il n\u2019aurait vraiment pas aimé qu\u2019une œuvre qu\u2019il jugeait incomplète soit publiée, même sous le titre ^f\u2019Œuvre inachevée.Mais la notion d\u2019œuvre complète, où est-ce que ça commence?Et l\u2019œuvre achevée, c\u2019était déjà ambigu pour lui.Même pour La petite fille qui ai- GAHAN SOUCY mait trop les allumettes [Boréal, 1998],y\u2019af trouvé un exemplaire raturé, plombé, corrigé, plein d\u2019encre rouge.Il réécrivait même ce qu\u2019il avait déjà publié.» Le jugement d\u2019Ehara-Soucy est en friction avec ses souvenirs.«Il y a un roman, annoté, préparé pour un éditeur, qui me semble vraiment une œuvre finie, mais il m\u2019en avait parlé comme étant encore loin de ce qu\u2019il voulait faire.» La correspondance \u2014 dont une, riche, avec J\u2019au-teur français Eric Chevillard \u2014 est sûrement trop intime, trop personnelle pour la publication.«Il y a certains moments où c\u2019est difficile de séparer ma vision de lui auteur et de lui père.Il y a des parties de lui que je ne voyais pas, d\u2019autres où maintenant je comprends ce qui se passait dans sa tête.» Elle entend consulter aussi les amis et proches de Soucy avant de rendre ses dé- N\u2019OUBLIE PAi S\u2019IL TE PLAIT, QUËJET\u2019AIME cisions.D\u2019ici là, paraîtra le 14 mai la plaquette N\u2019oublie pas, s\u2019il te plaît, que je t\u2019aime (Notabilia), dont l\u2019édition avait été décidée par Soucy.Dans l\u2019œil des autres Nelly Arcan, elle, avait laissé des instructions claires pour la suite de son œuvre.Le contrat des éditions du Seuil pour la publication de Burqa de chair était à sa table de travail, dans l\u2019appartement oû elle s\u2019est enlevé la vie, en septembre 2009, à 36 ans.«S\u2019il n\u2019y avait pas eu d\u2019instructions, je ne pense pas qu\u2019on aurait publié, confie l\u2019avocate en droits d\u2019auteur et agente d\u2019artistes Marilène Bélanger, représentante des ayants droit d\u2019Arcan.La vie d\u2019un auteur, c\u2019est aussi sa vie: quand elle se termine, l\u2019œuvre continue, mais je ne pense pas qu\u2019il faille sortir des VOIR PAGE F 2 : HÉRITAGE Les aphorismes et mots d\u2019esprit complets de Pierre Peuchmaurd \"\tPage F4 Jonathan Livernois pense le destin inachevé et tranquille du Québec Page F 6 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2014 ŒUVRES POSTHUMES : LA LITTERATURE HERITAGE SUITE DE LA PAGE F 1 boules à mites des textes qui n\u2019ont pas été publiés du vivant de l\u2019auteur, à moins qu\u2019il n\u2019y ait eu une volonté claire.Nelly, je crois, pensait souvent à son départ et prévoyait bien ses choses.» Ce qui avait à être publié l\u2019a été.«On ne fouille pas dans son ordinateur pour trouver des inédits.n faut veiller sur l\u2019intégrité de l\u2019œuvre, qu\u2019elle soit utilisée à des fins qui en respectent le sens.On ne va pas démarcher, on ne pense pas à ce qu\u2019on pourrait faire pour que l\u2019œuvre demeure présente.On accueille les gens qui ont des projets, on les écoute et on les encourage quand on a envie de le faire», comme dans le cas de la pièce La fureur de ce que je pense, présentée en 2013 à l\u2019Espace Go, qu pour le projet de film d\u2019Anne Emond.Ou à l\u2019inverse, en réagissant par exemple à la parution en 2011 d\u2019une biographie non autorisée jugée fausse par les ayants droit.«Je pense que personne, vraiment, n\u2019est la meilleure personne pour assurer la suite des choses, réfléchit l\u2019avocate.Quand une personne décède comme ça, surtout une personnalité, tout le monde veut se l\u2019approprier: sa famille, son conjoint, ses amis, ses lecteurs.et tout le monde a une perception différente, a intégré son œuvre différemment.Il faut que l\u2019œuvre existe, simplement.» Distance et interventions Les choix de publication posthume, Mathieu Arsenault y fera face dans les prochaines années.«Vickie [Gendreau] m\u2019a fait promettre de publier 10 de ses livres en 10 ans, mais non, je ne vais pas squeezer les textes jusqu\u2019à ce qu\u2019il ne reste plus rien.» Il en est encore à l\u2019archivage des «600 documents avec des titres uniques, écrits de 18 à 24 ans, beaucoup de choses qu\u2019elle a repassées dans ses livres, des textes de cégépienne aussi, des correspondances».Avec la réviseure et poète Aimée Verret, il y aura cet été épluchage de ce fonds d\u2019archives.«On va tout lire comme si c\u2019était du Victor Hugo, faire un travail de génétique de textes et de classement, et de là on regardera ce qui est publiable, et comment on peut faire des livres avec ça», sans trop intervenir afin «que personne ne puisse un jour dire que Mathieu Arsenault a peut-être réécrit les textes de Vickie Gendreau».Arsenault avait insisté afin que Gendreau laisse un testament littéraire précis.Il avait en tête les déchirements entre les héritiers d\u2019Antonin Artaud \u2014 ses neveux \u2014, qui ont passé des années à contester à la spécialiste Paule Thévelin, partie avec les manuscrits, toute autorité sur la publication des œuvres.Dans le genre, les sales histoires de legs sont nom- \\\\ C\u2019est me question de compétence littéraire et éditoriale.C\u2019est être en mesure de Juger de la valeur des textes et de la valeur du geste de publication, yy L\u2019éditeur Éric de Larocheiiière sur ce que doit être un bon héritier breuses.L\u2019avocat français spécialiste du droit d\u2019auteur Emmanuel Pierrat a recensé une quinzaine de cas d\u2019espèce, tous arts unis, dans son livre Familles, je vous hais! (Hoëbeke, 2010), dont ceux de Stieg Larsson, Uderzo, Michel Foucault, Françoise Dolto ou Saint-Exupéry.«Joyce, Borges, Giacometti, Picasso.Vous héritez et vous êtes chargé de prolonger l\u2019œuvre d\u2019un génie.Pas facile de se débattre avec ça», expliquait-il alors en entrevue, avant d\u2019ajouter avec truculence que, comme artiste, «on laisse ce qu\u2019on a produit avec son cerveau à ce qu\u2019on a produit avec son pénis».Etre un bon héritier, dans ces cas-là, «c\u2019est une question de compétence littéraire et éditoriale.C\u2019est être en mesure de juger de la valeur des textes et de la valeur du geste de publication », estime l\u2019éditeur Eric de Larocheiiière.Cadeau ou fardeau, le legs littéraire?Responsabilité certaine, mais profondément émouvante, selon les trois personnes interviewées.«Mon père a toujours été un peu comme un nuage, alors je le prends comme s\u2019il m\u2019avait légué un nuage, en fait.», indique Sayaka Ehara-Soucy.Pour Mathieu Arsenault, la réponse est vive : « Vivre dans l\u2019intimité de ma meilleure amie, dans ce qu\u2019elle avait de plus important, c\u2019est un cadeau.Pouvoir me promener dans l\u2019imaginaire d\u2019une amie, auprès de celle qui m\u2019a appris à écrire fuck pis plotte dans mes propres textes, celle que j\u2019ai suivie et accompagnée, que fai vue devenir une écrivaine, que j\u2019ai vue faire et écrire des choses dont je ne la pensais pas capable.Je ne suis pas capable d\u2019en parler, ça me fait fondre en larmes, dit-il, les yeux soudain noyés.Elle n\u2019est pas figée dans mes souvenirs, elle est encore vivante pour moi parce qu\u2019elle est active dans ses textes.H n\u2019y a pas de plus grand privilège.» Le Devoir Maude Veilleux Le Vertige des insectes De)a en librairie amac.qc.ca www.PARAMOUNT PICTURES L\u2019Hercule Poirot d\u2019Agatha Christie (incarné ci-dessus par Peter Ustinov) est sorti indemne d\u2019une tentative d\u2019assassinat par son auteure et renaîtra sous la plume de la Britannique Sophie Hannah.Ces héros qui ne veulent pas mourir Leurs créateurs ont beau être morts, les James Bond et autres Hercule Poirot continuent de vivre sous la plume de tâcherons FRANÇOIS LEVESQUE Il y a 50 ans cette année mourait lan Fleming, ancien officier du renseignement britannique passé à la postérité grâce à son alter ego littéraire fantasmé : l\u2019agent secret 007, alias «Bond, James Bond».Depuis son décès, six romans mettant en vedette le viril détenteur d\u2019un permis de tuer ont atterri dans les librairies.Fleming n\u2019a écrit aucun d\u2019eux.Solo, ou les plus récentes péripéties romanesques de 007, paraissait récemment en nos terres, signé par William Boyd (Seuil).Les ayants droit du défunt écrivain sont loin d\u2019être les seuls à commander des œuvres inédites à des «auteurs à gages».Même qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une tendance lourde.Prenez Autant en emporte le vent, le roman à l\u2019origine du classique cinématographique contant les amours chicanières d\u2019une belle du Sud capricieuse et d\u2019un fringant aventurier sur fond de guerre de Sécession.Audacieux pour son époque, l\u2019ouvrage valut à Margaret Mitchell le prix Pulitzer en 1937.Jusqu\u2019à sa mort en 1949, l\u2019auteure tint à laisser le destin de ses deux protagonistes mythiques en suspens.Ce à quoi remédièrent finalement ses héritiers.Et deux fois plutôt qu\u2019une.D\u2019abord en 1991, avec Scarlett (Alexandra Ripley, Livre de poche), qui laissa les successeurs embarrassés, puis en 2007, avec Le clan Rhett Butler (Donald McCaig, Pocket).Chacun s\u2019est écoulé à plusieurs millions d\u2019exemplaires, ce qui n\u2019a empêché ni l\u2019un ni l\u2019autre roman de sombrer dans l\u2019oubli.Quand l\u2019auteur devient marque Sacrilège aux yeux des puristes, le procédé n\u2019çn est pas moins courant.Aux Etats-Unis encore, les héritiers de Virginia C.Andrews, auteure du très populaire mélodrame gothique en série Fleurs captives G\u2019ai lu), ont fait du nom de la romancière une marque déposée apparaissant sur la couverture de bouquins pondus par Andrew Neiderman {Pin, L\u2019avocat du diable.Pocket).Plus près de nous, l\u2019antihé-roïne canadienne-française par excellence Maria Chapdelaine a elle aussi fait les frais du phé- I WARNER BROS.PICTURES Bien qu\u2019haï par son créateur, qui l\u2019avait même tué avant de le ressusciter sous la pression populaire, Sherlock Holmes a survécu tant dans la littérature qu\u2019au cinéma.H apparaît ci-dessus sous les traits de Robert Downey Jr.Soirée à la librairie Paulines éV\u2019lâulines LIBRAIRIE Journée mondiale du livre 2014 Soirée littéraire avec Simon Boulerice Mercredi 23 avril 19 h 30 Contribution suggérée: 5 $ Beaucoup plus qu\u2019une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Québec ! nomène.Ainsi la création de Louis Hémon écrite en 1913 connut-elle une seconde vie en deux tomes imaginée par Philippe Porée-Kurrer (La promise du lac et Maria, JCL, 1992 et 1999).Et c\u2019est sans compter\tChapdelaine: après la résignafion, de Rosette Laberge (Editeurs réunis, 2011).Élémentaire, mon cher banquier Idem pour Sherlock Holmes, héros d\u2019une kyrielle de films et de téléséries inventé en 1887 par sir Arthur Conan Doyle, qui publia un ultime recueil d\u2019enquêtes en 1927, trois ans avant sa mort.Pour l\u2019anecdote, l\u2019auteur exécrait son détective, qu\u2019il tua puis, cédant à la pression populaire (et financière), ressuscita.Ironiquement, et pas plus tard qu\u2019en 2011, Sherlock Holmes revint encore, plus vivant que jamais, dans La maison de soie d\u2019Anthony Horowitz (Livre de poche), un roman commandé par la succession de Conan Doyle.On imagine volontiers l\u2019auteur se retourner dans sa tombe.Agatha Christie non plus n\u2019était pas folle de son célèbre limier Hercule Poirot, qui jouit lui aussi d\u2019un amour indéfectible de la part d\u2019un public nombreux, en témoigne la série té- Uantihéroïne canadienne-française par excellence Maria Chapdelaine a elle aussi fait les frais du phénomène lévisée de ses aventures qui a tenu l\u2019antenne pendant 25 ans.Dans les années 1940, Christie écrivit Hercule Poirot quitte la s,cène (Librairie des Champs-Elysées), chant du cygne du détective belge qu\u2019elle fit publier peu avant son propre trépas, en 1976.Qu\u2019à cela ne tienne, l\u2019un des petits-fils de la « reine du crime » a annoncé l\u2019an dernier la rédaction d\u2019un nouveau Poirot par l\u2019auteure de polars britannique Sophie Hannah.Ce genre de démarches engendre des retombées financières considérables.Ce qui n\u2019empêche pas certains auteurs concernés de se défendre de trahir la mémoire des œuvres originales.Sophie Hannah, par exemple, a déclaré au Guardian : «Il y a tellement d\u2019écrivains célèbres décédés qui se font faire ça [.] que ce serait une drôle d\u2019omission si on ne le faisait pas pour Agatha Christie.Je crois que c\u2019est bien que des personnages de fiction bien-aimés n\u2019aient pas à mourir.» D\u2019aucuns objecteront, à raison, que l\u2019immortalité de Sherlock Holmes, d\u2019Hercule Poirot, de James Bond et consorts était d\u2019ores et déjà assurée.Le Devoir J/ICQ MARIE-CLAUDE DUCAS MCQUES BOUCH/1RD LE CRÉATEUR DE LA PUBLICITÉ QUÉBÉCOISE «Je recommande, aux jeunes et aux moins jeunes, le livre de Marie-Claude Ducas sur Jacques Bouchard.Un livre d\u2019histoire très documenté, qui se lit comme un roman.Quel homme ! » Jean-Jacques Stréliski LUI, Y CONN/lIT Ç>1! Québec Amérique quebec-amerique.com LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2014 F 3 EN HERITAGE En prendre plein la gueule Danielle Laurin Lire un livre paru à titre posthume, est-ce que ça change quelque chose à la façon dont on le perçoit?Lire Drama Queens en sachant que son auteure, Vickie Gendreau, Ta terminé peu avant d\u2019être emportée à 24 ans par une tumeur inopérable au cerveau, ça change quoi?J\u2019aurais voulu que ça ne change rien.J\u2019aurais aimé lire Drama Queens sans rien connaître de l\u2019auteure, de sa vie, de sa mort.Mais c\u2019est impossible.Ce livre va tellement de pair avec la fille qui l\u2019a écrit, avec sa vie, avec sa mort.Je dis ça, mais je ne connaissais pas personnellement Vickie Gendreau.Je l\u2019ai découverte par son premier livre.Testament (Quartanier), paru à l\u2019automne 2012.Justement.Ce livre, déjà, lui collait tellement à la peau.Chronique hétéroclite d\u2019une mort anticipée.Testament se présentait comme une autofiction.La narratrice de 23 ans, atteinte d\u2019une tumeur au cerveau, imaginait la réaction de ses proches après sa mort.Elle leur livrait son testament, replongeant dans ses souvenirs, sa vie de danseuse nue, sa peine d\u2019amour dévastatrice.Tout en mesurant au présent les effets de sa maladie.Ce livre allait ,bien au-delà du témoignage.Ecriture fragmentaire hors norme, illuminations soudaines, passages fracassants, d\u2019autres bouleversants, imagination jubila-toire et, avec ça, du souffle, de la puissance Malgré l\u2019aspect un peu fourre-tout, parfois franchement échevelé de ce Testament, on assistait à la naissance certaine d\u2019une écrivaine.C\u2019était d\u2019autant plus troublant qu\u2019on craignait pour sa vie.Elle aussi.Impossible de détacher cela de notre esprit.On l\u2019a vue ensuite à Tout le monde en parle, on a mis un visage sur Testament, le livre s\u2019est fait chair.On n\u2019était plus dans la littérature.Mais dans la vraie vie.La vie en sursis.Tout ça pour dire que je n\u2019ai pas pu faire abstraction de tout ce qui précède en ouvrant Drama Queens.Tout ça pour dire que je voulais aimer le deuxième livre de Vickie Gendreau à tout prix.L\u2019obsession de la fin Plus encore que dans Testament, j\u2019ai été déboussolée.Au tout début, nous sommes conviés à une exposition orchestrée par trois filles, de type multimédia, entremêlant performances, installations, cinéma et écriture.Un petit texte-fragment suit.Puis une flopée 1^ PASCAL LYSAUGHT Dans son dernier livre, qui vient en fait après son Testament, Vickie Gendreau déballe tout en vrac avec l\u2019urgence d\u2019une femme qui sait qu\u2019elle ne pourra pas écrire dix livres.L\u2019auteure apparaît ci-dessus aux côtés de Mathieu Arsenault lors de La Poésie prend les parcs, en août 2009.d\u2019avertissements.Dont celui-ci: «Tu es condamné au souvenir dans ce livre.Tu peux toujours le poser.Il n'est pas trop tard.Il n'est jamais trop tard pour poser un livre.» Ces adresses au lecteur vont revenir souvent par la suite.Et, de plus en plus insistante, il y aura cette idée que nous ne sommes pas obligés de poursuivre la lecture.Comme si la narratrice nous mettait au défi?Des personnages apparaissent, repartent puis reviennent, parfois pour nous parler de leur amie atteinte d\u2019un cancer au cerveau.Même subterfuge que dans Testament ]\\xsç{\\x'di un certain point: c\u2019est dans le regard des autres qu\u2019on voit se dessiner le personnage central.Puis, sans transition: «Comment est-ce que ça se passe mourir?Est-ce qu'on vibre et qu'il est écrit GAME OVER?Ou c'est le truc de la lumière blanche et du tunnel?» Reviennent aussi ponctuellement des images d\u2019exposition, on entre dans une salle, ça s\u2019anime.Et puis des scénarios de courts métrages expérimentaux s\u2019insinuent un peu partout.Dans l\u2019un d\u2019eux: «Josée Yvon arrive en panique avec un tutu.Paraît qu'il y a un freak qui vient de scier la jambe de Marie Uguay avec sa chainsa^v.» Au bout d\u2019un moment, le mécanisme commence à se mettre en place.Le mécanisme du mélange exposition-cinéma-écriture.Le tout parsemé de dialogues, souvent surréalistes, de confidences éparses aussi.«Je me disais tout le temps qu\u2019il fallait que je garde des trucs à raconter.Too late.Là, je déballe tout.» Encore plus fourre-tout que Testament, me suis-je dit.Plus décousu, plus fantaisiste aussi.D\u2019accord, il y a des perles au milieu de ce magma littéraire à bâtons rompus, mais encore.Page 20, je tombe sur ceci: «Ça sent si bon dans l'appartement.Je fais des biscuits au chocolat blanc et à l'orange.Quand ça ne va pas, c'est ce qu'il faut que je mange.» Je me dis : tiens, le livre aurait pu commencer ici.Je me dis aussi que ça donne l\u2019impression d\u2019entrer dans un autre livre.Je me dis : et si Vickie Gendreau retardait le moment d\u2019entrer de plain-pied dans son histoire ?Elle nous en met plein la vue, elle nous fait son cinéma, ça oui.Elle multiplie les apartés, les digressions, les enchaînements de phrases, de textes, de scènes, qui semblent sans rapport entre eux.Elle fait diversion ?Elle s\u2019amuse ?Elle s\u2019emballe ?Elle s\u2019évade ?Elle se change les idées ?Elle nous change les idées ?Elle nous provoque?Elle joue avec ses lecteurs, elle le sait.Elle nous invite d\u2019ailleurs de plus en plus souvent à poser le livre, à le mettre de côté.La mort (presque) en direct Mais plus on avance, plus on accroche.Et c\u2019est là qu\u2019elle est forte.Plus on avance, plus la maladie la gagne, plus son corps la lâche, plus la mort approche, plus elle le dit et s\u2019en veut de le dire, mais elle ne peut faire autrement.«Tu trouves ça lourd, han ?» Elle promet régulièrement qu\u2019elle va écrire sur autre chose, qu\u2019elle va continuer à nous raconter des histoires qui n\u2019ont rien à voir.Continuer à nous distraire, à se distraire.Mais arrive un moment où ce n\u2019est plus possible.Vers la mi-chemin du livre, déjà, elle note: «J'ai décidé que j'allais vivre dix ans et que j'allais écrire dix livres.Pour les dix ans, fail.Mais rien ne m'empêche d'écrire dix livres.» C\u2019est un moment clé dans Drama Queens, me semble-t-il.J\u2019ai pensé : c\u2019est ça qu\u2019elle fait finalement?Elle tente de faire rentrer tous les livres qu\u2019elle aurait voulu écrire en un seul, son dernier ?Puis, vers la fin: «Ça me ferait chier, de mourir.Il y a encore tant de choses à dire, à raconter.[.] Je me disais tout le temps qu'il fallait que je garde des trucs à raconter.Too late.Là, je déballe tout.» Et c\u2019est très exactement ce qu\u2019elle fait: elle déballe tout.C\u2019est ce qui fait que la lire, c\u2019est oublier qu\u2019elle est morte, en quelque sorte.C\u2019est la sentir en vie, la voir lutter contre la mort avec l\u2019énergie du désespoir, la voir s\u2019accrocher à son ordinateur pour écrire encore et encore.C\u2019est saisir la mesure de son intelligence, de son humour noir, de sa rage.Lire Drama Queens, c\u2019est en prendre plein la gueule.DRAMA QUEENS Vickie Gendreau Le Quartanier Montréal, 2014,200 pages Trop de livres, trop de mots, trop d\u2019auteurs La fin du monde littéraire serait-elle à nos portes?CHRISTIAN DESMEULES Il faudrait écrire, bien sûr.Mais le temps manque, nos yeux sont déjà fatigués d\u2019avoir trop lu, notre poignet endolori d\u2019avoir réussi à atteindre un autre niveau à Angry Birds, demain peut attendre encore un peu.Et «faire des j'aime sur facebook est plus facile que commenter est plus facile que regarder est plus facile qu'écouter est plus facile que lire est plus facile qu'écrire».Et puis, soyons francs, écrire pour qui?Les librairies ferment les unes après les autres, les sections cuisine engraissent et remplacent peu à peu l\u2019espace où on tolérait encore la poésie, chaque nouvelle rentrée déverse la production récurrente de «romanciers du travail bien fait», plus intéressés à faire ronronner les lecteurs qu\u2019à les empêcher de dormir.La fin du monde littéraire serait-elle à nos portes?La narratrice lucide et asservie de La vie littéraire, le troisième titre de Mathieu Arsenault, a vingt ans «et des poussières» et se perçoit elle-même comme «le produit compliqué d'une époque surchargée» où le divertissement est roi.Astéroïde ou parasite, elle gravite dans le petit milieu littéraire montréalais, sait des choses et connaît des gens: «nous savions très jeunes nous faire la bise et préparer une rentrée culturelle nous avions le meilleur réseau social de toute l'histoire nous célébrions david foster Wallace fred pellerin carrere volodine».Pour elle, la littérature devrait être cette chose sacrée et dense qui a le pouvoir de changer la vie, de la remplir, de lui donner un sens, voire de la rem-placer.Et comme tout un chacun, elle rêve d\u2019écrire, de «taper sa vie» et de la voir imprimée en Garamond corps 12.Ou plutôt, non, mieux, elle rêve d'avoir écrit (vous me suivez?), tournant en rond et cherchant durant de longues soirées comment elle pourrait enfin se mettre au travail, tout en se persuadant au fond «qu'il ne reste que l'écriture sans personne pour la lire».Il n\u2019y a aucune issue: «je suis fatiguée de communiquer je veux foxer le monde et pisser dans mon bain».Génération rétro éclairée Patchwork de proses monolo-guées, comme l\u2019était avant lui Vu d'ici (Triptyque, 2008), dans lequel Mathieu Arsenault traquait sur un mode critique l\u2019engourdissement général, notre ruminante condition de consommateurs aux yeux dans la graisse de bines collés sur le petit écran, La vie littéraire est une sorte de cri du cœur d\u2019une génération qui se disperse.«On cherchait la liberté dans des miettes du passé même si on se rendait compte que la culture n'était plus qu'un monument surveillé par dix mille gardiens de sécurité étouffés par la paperasse».Contempteur stylé du confort et de l\u2019indifférence, l\u2019auteur (YAlbum de finissants (Triptyque, 2004) livre ici un autre brûlot désabusé qui montre du doigt l\u2019immobilisme ambiant.Et le sentiment d\u2019urgence qui le traverse fait écho aux incanta- LA VIE LITTÉRAIRE tions de Vickie Gendreau, Testament et Drama Queens, dont Mathieu Arsenault, proche de l\u2019écrivaine décédée récemment, avait accompagné l\u2019écriture.Trop de livres finira-t-il par étouffer la littérature ?Un avis radical et nostalgique, peut-être un peu alarmiste, qui dénonce la galopante érosion du sens au profit du divertissement et de la fausse sincérité.Et un pied de nez à tous les systèmes : «si le piratage tue le livre trouvez-moi un tricorne un perroquet et une patch et regardez-moi ne plus jamais rien acheter de ma vie vivre en marge de l'industrie mais vivre et ne plus jamais mettre les pieds dans un salon du livre».Un petit livre plein d\u2019épines conçu pour être lu d\u2019abord dans l\u2019urgence ayant d\u2019être relu lentement.Ecrit pour écorcher, faire réfléchir ou faire mentir.Collaborateur Le Devoir LA VIE LITTÉRAIRE Mathieu Arsenault Le Quartanier Montréal, 2014,112 pages LIVRES Classe économe Chroniques d\u2019un vélocipède au long cours DAVID DESJARDINS Juste après le pont à l\u2019entrée du hameau miteux d\u2019Elk-ton, en Virginie, deux gros élastiques gisent en bordure de la route, détachés de la cargaison qu\u2019ils servaient probablement à tenir en place sur une voiture.On dirait des couleuvres séchées.L\u2019enseigne délavée de 7 Up à la porte d\u2019un resto décati nous souhaite la bienvenue, et à l\u2019insu de mes amis cyclistes je souris.Pour moi-même.Pour Mathieu Meunier, surtout.Parce que c\u2019est le type de paysage qu\u2019il décrit dans Un vélo dans la tête.Cette rura-lité rugueuse, hors du temps.Et aussi parce qu\u2019il y fait une remarque concernant l\u2019omniprésence de ces élastiques sur la route.Bêtes inertes que j\u2019évite, craignant leurs redoutables crochets.Lui les ramasse pour faire tenir son barda calamiteux.Un bagage de cyclotouriste aussi bancal que l\u2019organisation de ce voyage dont il fait le récit, et qui doit lui faire descendre toute la côte ouest, jusqu\u2019à la Terre de Ecu.Eamilier de ces courts textes, autrefois publiés sous forme de chroniques dans la version numérique du défunt magazine P45, j\u2019ai redécouvert avec bonheur ce voyageur allergique à la technologie, joyeusement désorganisé, qui explore l\u2019Amérique par à-coups, retournant parfois faire le plein de fric dans le nord du Québec où il travaille pour une compagnie aérienne.Zen et entretien de la bicyclette Ici, l\u2019acte de pédaler est moins sportif qu\u2019intellectuel.Plus ethnologique que spirituel.Meunier cherche un sens à ce qui l\u2019entoure plutôt qu\u2019à sa propre existence.Habilement, avec une efficace économie de moyens, il se contente de faire des inventaires de paysages, de sensations.Même ses mésaventures se révèlent le plus souvent banales, sans grande conséquence, son style comme la nature de son périple étant l\u2019affaire de demi-teintes, d\u2019une langue qui se délie naturellement, comme la jambe du cyclo MATHIEU MEUNIER DANS au long cours.C\u2019est la plus grande qualité du cycliste comme de l\u2019auteur: fuir l\u2019épate.S\u2019il évoque la lecture d\u2019Aldous Huxley, c\u2019est surtout pour citer les annotations d\u2019une mystérieuse Soyouz, ancienne propriétaire du livre déniché en bouquinerie.Quant aux performances, elles sont non seulement modestes, mais pratiquées au volant d\u2019un épouvantable vélo de montagne Poliquin, fini de souder bien avant la mort de Kurt Cobain.Mais Meunier aime son vélo minable.Comme il aime les dépanneurs miteux, le mauvais café, les motels, le camping inconfortable et, je le soupçonne, les petits bobos qui éperonnent la dépendance occidentale au confort.Ce livre se lit comme Meunier voyage : au goutte-à-goutte.De petites doses d\u2019un antidote à la normalité, contrepoison pour obsédés de la performance.On laisse perfuser.Et on se surprend, sur la route, à réduire la cadence, puis à sourire en lâchant le bitume des yeux pour s\u2019imprégner du paysage.Collaborateur Le Devoir UN VÉLO DANS LA TÊTE Mathieu Meunier Marchand de feuilles Montréal, 2014,234 pages P fl Gaspard' LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 7 au 13 avril 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 31918-1929\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean -/I\t 2 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 2\tMichel David/Hurtubise\t1/3 3 Gaby Bernier \u2022 Tome 3 1942-1976\tPauline Gill/Quebec Amérique\t2/3 4 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 1\tMichel David/Hurtubise\t3/3 5 Les heritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 9 Mirages\tAnne Robillard/Wellan\t5/9 6 Chroniques d\u2019une p\u2019tite ville \u2022 Tome 31956\tMario Hade/Les Editeurs reunis\t4/4 7 Louise est de retour\tChrystine Brouillet/Homme\t7/7 8 Le secret de Lydia Gagnon\tClaire Pontbriand/Goelette\t6/3 9 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique '\tAmelie Dubois/Les Editeurs reunis\t1D/18 10 Detours sur la route de Compostelle\tMylene Gilbert-Dumas/VLB\t8/2 Romans étrangers\t\t 1 Central Park\tGuillaume Musso/XQ\t1/2 2 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancol/Albin Michel\t-/I 3 La nuit leur appartient \u2022 Tome 2\tSylvia Day/Michel Lafon\t-/I 4 Muchachas\tKatherine Pancol/Albin Michel\t2/7 5 Le chardonneret\tDonna Tartt/Plon\t4/13 6 Georgian \u2022 Tome 1 Si vous le demandez\tSylvia Day/Flammarion Quebec\t3/5 7 Les enquêtes du departement V \u2022 Tome 4 Dossier 64\tJussi Adler-Qlsen/Albin Michel\t9/11 8 Trainee de poudre\tPatricia Cornwell/Flammarion Quebec\t5/4 9 La nuit leur appartient \u2022 Tome 1 Les rêves\tSylvia Day/Michel Lafon\t7/8 10 Dark secrets\tMichael Hjorth|Hans Rosenfeldt/Prisma\t-/I Essais québécois\t\t 1 La revanche des moches\tLea Clermont-Dion/VLB\t-/I 2 Mœurs de province\tFrançois Ricard/Boreal\t9/3 3 Paradis fiscaux la filiere canadienne\tAlain Deneault/Ecosociete\t2/7 4 Remenre a demain Essai sur la permanence tranquille\tJonathan Livernois/Boreal\t-/I 5 Precis républicain a l\u2019usage des Québécois\tDame Parenteau/Fides\t3/3 6 Le prochain virage\tFrançois Tanguay | Steven Guilbeault/Druide 4/5\t 7 Henri-Paul Rousseau, le siphonneur de la Caisse de dépôt Richard Le Hir/Michel Brûle\t\t-/I 8 Les Parisiens sont pires que vous ne le croyez\tLouis-Bernard Robitaille/Denoel\t8/2 9 Le tour du lardin Entretiens avec Mathieu Bock-Côte\tJacques Godbout | Mathieu Bock-Côte/Boreal -/I\t 10 Reinventer le Quebec Douze chantiers a entreprendre\tMarcel Boyer | Nathalie Elgrably-Levy/Stanke 5/4\t '?'Essais étrangers\t\t 1 Plaidoyer pour l\u2019altruisme La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t2/24 2 La vente sur les medicaments\tMikkel Borch-Jacobsen/Edito\t1/9 3 La grande vie\tChristian Bobin/Gallimard\t3/5 4 La plus belle histoire de la philosophie\tLuc Ferry | Claude Capelier/Robert Laffont 7/9\t 5 L\u2019Indien malcommode Un portrait inattendu\tThomas King | Daniel Poliquin/Boreal\t4/7 6 Gouverner au nom d\u2019Allah Islamisation et soif de pouvoir\tBoualem Sansal/Gallimard\t8/5 7 Le déni Enquête sur l\u2019inegalite des sexes dans l\u2019Eglise\tMaud Amandier | Alice Chablis/Novalis\t-/I 8 Du bonheur Un voyage philosophique\tFrederic Lenoir/Fayard\t-/I 9 Agir de concert Le Canada dans un monde en mouvement Joe Clark/Stanke\t\t6/2 10 Le couple Le desirable et le périlleux\tRobert Neuburger/Payot\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Bsspsnl sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Bsspsnl et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bsspsnl © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2014 LITTERATURE La Vitrine MYSTÈRE DES BOULES DE CRISTAL EDITIONS MOUUNSART/ CASTERMAN Dessin tiré de La malédiction de Rascar Capac BANDE DESSINEE LA MALÉDICTION DE RASCAR CAPAC Hergé et Philippe Goddin Casterman Bruxelles, 2014,134 pages C\u2019est la quadrature du cercle : comment renouveler et assurer la croissance d\u2019un patrimoine littéraire immuable, fixé dans le temps, depuis la mort subite de son créateur?Patrimoine, par surcroît, qui s\u2019est répandu un album à la fois dans la plupart des foyers lettrés du globe, jusqu\u2019à ce point de saturation que les ayants droit cherchent désormais à combattre.La malédiction de Rascar Capac incarne leur stratégie commerciale.Le projet éditorial piloté par les éditions Moulinsart et Casterman tente en effet de donner un deuxième souffle à l\u2019œuvre d\u2019Hergé avec des albums alliant planches originales commentées et expliquées par le tintinologue Philippe Goddin.Ici, on ouvre le bal avec l\u2019univers des 7 boules de cristal, dont chaque détail, mais aussi le travail documentaire qui a présidé à sa naissance par épisode, entre 1943 et 1944 dans les pages du Soir, est passé au crible par le spécialiste.C\u2019est bien, mais sans doute un peu trop pour plaire à d\u2019autres lecteurs que les maniaques.Fabien Deglise ROMAN UHOMME QUI AVAIT SOIE Hubert Mingarelli Stock Paris, 2014,155 pages Le long métrage Les 4 soldats, inspiré par le roman Quatre soldats d\u2019Hubert Mingarelli et réalisé par Robert Morin, remportait le prix du public au Festival international de films Fantasia en 2013.Mingarelli, grand navigateur, avait, quant à lui, décroché en 2003 le Médicis pour ce roman sur l\u2019amitié pendant la guerre.L\u2019homme qui amft soî/ressemble à tous les romans de Mingarelli: un scénario sobre, des caractères masculins, peu ou pas de femmes (contrairement au film de Morin), enfoncé dans l\u2019espace dur et limpide.Avec ses phrases minimales, pour des adultes restés ados, ses chapitres de deux ou trois pages en plans-séquences nets, aux silhouettes claires sur un fond japonais, parions qu\u2019il inspirera encore le cinéma.Ce conte d\u2019un homme qui court après sa valise oubliée dans un train, et qui confient un œuf rouge, cadeau de mariage, est prétexte à des saynètes qui s\u2019impriment tel un dessin animé.Symboles à découvrir, jolis tracés.Guylaine Massoutre 14P PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA Voix d\u2019auteurs Créé en 2000, le Prix des lecteurs Radio-Canada promeut la littérature issue des milieux francophones minoritaires au Canada.Six œuvres de fiction concourent.Le lauréat 2014 sera connu le 30 avril à l\u2019émission Pénélope McQuade.D\u2019ici là, Le Devoir présente un finaliste chaque semaine.ROMAN LE SEPT CENT VINGT-CINQUIEME NUMERO D\u2019APOSTROPHES Alain Bernard Marchand Les Herbes rouges Montréal, 2013,162 pages CATHERINE LALONDE Faux transcript ou mise en scène imaginée d\u2019un énième épisode de la désormais célèbre émission littéraire française Apostrophes, le dixième livre du poète, essayiste et romancier Alain Bernard Marchand est le récit du parcours d\u2019un lecteur.Ce jeune auteur fictif invité, à peine poussé hors du soliloque par l\u2019animateur, retrace ses rêveries de lecteur solitaire, les souvenirs qu\u2019elles lui ont laissés et les mémoires qu\u2019elles ramènent, de Hergé à Marguerite Yource-nar, de Platon, Shakespeare, Molière, Woolf, Camus à Alber-tine Sarrasin, Marie-Claire Blais, Réjean Ducharme ou Guy Des Cars.Entre autres.«J\u2019ai voulu voir ce qui subsistait en nous de certains livres par le seul recours à la mémoire, dira l\u2019auteur.Peut-être ai-je aussi cherché à prendre une revanche sur les sermonnaires qui poussent les livres derrière les grilles d\u2019analyse [.].» La critique d\u2019un certain discours sur le littéraire est évidente, le roman est aussi comme une longue lettre d\u2019amour aux livres aimés.Mais on le comprend plus qu\u2019on le sent, car le huis clos et le faux monologue engoncent la narration et la langue dans un procédé certes rigoureux, mais qui manque de porosité et garde les élans, le souffle, ces mouvements qui font qu\u2019une prose contamine, ces mouvements dont le personnage parle tout au long du livre, trop contrôlés pour ne pas tenir le lecteur à distance.Le Devoir \u2022\u2022\t.\t'\tMl\t.\t: 7 -A.\t.¦.-.\"f\t-|i- \u2018 'À r\t^\t¦\t¦'\tVb ¦\t\u2022\ty.\u2022 ^ .ï- ¦ *4 - -\t^\t^\t?'ll\u2019\tb >-'t*\t\u2018 ^ \u2019t* * \u2022 ¦ s'c'\t.1?'.V;.4*^^ ' , .\tt\tT \"\tI \u2022\t.'\t-, 'L r ,\t.-'yA\t.\t.r ¦* J\t¦\t' t\t-v-\" \u2019\t\" y ¦¦\tU ¦-\t¦ ' ê \u2018\t\u2022'C\tA V-r\t: - AT;/'.\t\u2018\t.\t-,\t.\t.-N \u2019\t1 ^ .VT.'-, v*-\t, \u2019J-\t*'\u2022 :\t'U\t' T\t^\tt-'y'-\t¦' «Tfiv ji/iT* 'l\u2022\u2018.\t\u2018\t\u2022\t.\t\u2022\t» \u2022,,\t-\t- ¦' \u2022 \u2018\t4 ^\t-'.I\u2019\t-\t' '\t¦*\t-*\t' ¦ 1 ' r l ¦ / ,\t¦ 'f5?fc4'Vi : ______________i_L ^\t^\t^ ANTOINE PEUCHMAURD Pierre Peuchmaurd était un geyser de mots d\u2019esprit, tambouille d\u2019un inconscient rieur, jeux insolents et bon enfant.Des mots dans un lance-pierre L\u2019Oie de Cravan publie l\u2019œuvre intégrale posthume de Pierre Peuchmaurd, poète de l\u2019étonnement versé dans l\u2019art de vivre du côté de l\u2019éclair.Il n\u2019a voué sa plume qu\u2019aux aphorismes.GUYLAINE MASSOUTRE A L\u2019Oie de Cravan, on fabrique des livres originaux et singuliers, matériellement soignés, objets pensés pour chaque texte, dessin ou illustration (parfois il n\u2019y a qu\u2019imagés et graphisme).Cette collection de livres poétiques offre sa riche teneur en sourires et en présence libertaire, son côté franchement surréaliste, unique au Québec.Benoît Chaput, le maître d\u2019œuvre, prîvîlégîe l\u2019art.Chaque livre a sa signature visuelle, sa forme, ses caractères, son papier et sa reliure.Le lecteur peut même y découper délicatement les feuilles pilées, dans un geste d\u2019appropriation privée.Objets de bibliophiles, les cahiers cousus main, à l\u2019ancienne, ajoutent à la fantaisie.Pourquoi tant d\u2019amour?Pour dénicher le rêve, pour faire gronder la révolte et la contre-culture, pour attiser le fantasme et le fantastique.La littérature est cet espace qui accueille la poésie de la trouvaille, le théâtre de l\u2019Inconscient.Il arrive que la beauté soit salle et que l\u2019envers du monde se démasque, affichant sa radicalité critique, son Immoralité joviale, sa douce anarchie.Quelques slogans y font déraper les truismes et moquer les produits préemballés.Telle est l\u2019entreprise hilarante, un tantinet ravageuse, de Chaput et de ses 46 auteurs ; la plupart peu connus, certains un peu plus dans certains cercles (Patrice Desbiens, Robin Aubert, Maxime Catellier), qui comptent aussi Michel Garnçau et Dix poèmes d\u2019Edgar Poe.A noter: Thierry Horguelin y a donné La nuit sans fin, récoltant le premier prix pour des nouvelles décerné par l\u2019Académie royale de Belgique en 2009.Une saisissante photo de couverture y était signée Pierre Peuchmaurd.Les aphorismes de Peuchmaurd Qui est Peuchmaurd ?Il plaçait son recueil Fatigues (1978) sous le minimalisme: «Presque riens, glissements à peine, clins d\u2019yeux, guerres lasses».Né à Paris en 1948, il est décédé le 12 avril 2009 ; il avait appartenu à un collectif surréaliste, puis avait passé sa vie à Brive, ville d\u2019un salon du livre annuel et d\u2019un marché chanté par Brassens, jumelée à Joliette.Et il avait rencontré L\u2019Oie de Cravan.Avec les éditions Myrddin créées par Peuchmaurd et leur catalogue d\u2019une quarantaine de titres, voici que Chaput l\u2019a jugé essentiel ! C\u2019est ainsi que Fatigues.Aphorismes complets, conçu de son vivant, allait naître, dédié à son éditeur québécois.Il plaçait son recueil Fatigues sous le minimalisme : «Presque riens, glissements à peine, clins d\u2019yeux, guerres lasses» Qu\u2019est-ce qu\u2019un aphorisme ?Virtualité discursive Infiniment autoritaire, en un sens théologiquement autoritaire.Puissance logocentrlque, porteuse de silence, qui libère le discours de sa propre autorité en lui restituant sa présence Intouchable, monumentale.Inaccessible.Effet de présence surgissante, surpuissante, de la parole.Ces mots empruntés librement au philosophe Derrida, qui reliait photographie et aphorisme, restituent la force de cette poésie connotée d\u2019un art critique et distancé.Autrement dit, Peuchmaurd est un geyser de mots d\u2019esprit, tambouille d\u2019un Inconscient rieur, jeux Insolents et bon enfant.Haussement d\u2019épaules et gloussement, cet art de vivre de peu, d\u2019un jet, comme un seul Instant, désenchaînait la logique et y renouait l\u2019absurde.Voici pour la religion du rire: «Les merches nilent dans les haies.Assez sauvagement.» Pour le dérèglement des mots: «Ouïe ou non.» Et pour l\u2019art de vivre : «A toute chose, malheur est mauvais.» Cuisine de langage De ces aphorismes aux bons mots, couvrant une trentaine d\u2019années, au dernier volume Inédit ekposthume, que retenir?D\u2019À l\u2019usage de Delphine (Fatigues D, beaucoup de traces légères, volatiles et aviaires.«Agir au plus vide», «Le seul secret du labyrinthe, c\u2019est qu\u2019il faut faire tout le chemin» ou ce simple «Martyr au flanc».Jeux de lettres formalistes, anagrammes à la façon de Perec, Illustrant l\u2019objet absent de la mémoire et de l\u2019avenir: «Objet de tout désir, le secret est une forme vide.» Une aile noire passe.Dans L\u2019immaculée déception (Fatigues H), Peuchmaurd In-voqualt Robert Walser qui écrivait: «Je m\u2019interdis de comprendre quoi que ce soit.Comprendre ne pourrait que m\u2019énerver.» Il est Ici question de l\u2019âme au long «Sanglot: l\u2019eau du sang».Paradoxes, retraits, surprises orales, traces d\u2019ange, hommage à Emily Dickinson.Dans Le moineau par les cornes (Fatigues HI) et dans La position du pissenlit (Fatigues IV), l\u2019irrésistible « Téte-béche, creuser» continue son terrassement.Les relevés de sottises abondent, Inassou-vlssable engouffrement dans le sarcasme, au trait tauromachique, sur la pente savonneuse.L\u2019appel du contexte fait un réceptacle sourd : « C\u2019est la rentrée littéraire; je lis Shelly, Andersen et Arno Schmidt.» L\u2019Inactuel est un point d\u2019observation qui vaut bien un nid d\u2019aigle.Pour l\u2019œil perçant.Collaboratrice Le Devoir FATIGUES Aphorismes complets Pierre Peuchmaurd Avec quatre dessins de Jean Terrossian L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2014, 225 pages POLARS Un charme vieillot MICHEL BELAIR AU début, on dirait un roman d\u2019aventure mal tra-duit tout droit sorti du XIX® siècle : brisures de rythme, maladresses de style, imprécisions.Puis l\u2019image de Maurice Leblanc s\u2019impose, d\u2019un sous-Maurice Leblanc plutôt, lorsque Vie Verdier décide que son personnage de Phantomax fera place à un autre aventurier au nom improbable de Gonzague Aylwin.Tout cela explique facilement qu\u2019il vous faudra probablement plus d\u2019une centaine de pages avant d\u2019accrocher vraiment à ce récit rocambolesque planté dans la Vieille Capitale au début du siècle dernier.Pourtant, l\u2019intrigue est touffue à souhait et se déroule en trois temps distincts dont seul le dernier (l\u2019épilogue en fait) se passe aujourd\u2019hui.Tout le reste nous plonge à la fin de la Première Guerre mondiale, à Québec, alors que Vie Verdier, l\u2019infirme, est déshérité par son père au profit de son jeune frère revenant de la guerre bardé de médailles.Napoléon-Bonaparte mettra ainsi la main sur l\u2019empire Verdier constitué de plusieurs entreprises alors que Victor- Hugo ^ic) ne gardera que l\u2019imprimerie Jacques-Cartier dont il s\u2019occupe depuis longtemps.Très vite, on apprendra que Napoléon est une crapule et Vie, un être complexe et romantique.Noms d\u2019emprunt Imprimeur et restaurateur de livres anciens, donc.Vie Verdier est aussi feuilletoniste et romancier et c\u2019est lui qui, sous le pseudonyme de Pierre Cimon, est l\u2019auteur des aventures de Phantomax et de Gonzague Aylwin de même que de plusieurs romans inédits.C\u2019est même lui qui signe cette histoire de plus de 300 pages que vous êtes en train de lire et qui est en fait l\u2019œuvre de Simon-Pierre Pouliot.Le livre lui-même se présente sous l\u2019allure d\u2019un vieux manuscrit taché de gouttes de sang sorti d\u2019une caisse de documents hétéroclites signés.Pierre Cimon.Mais le charme vieillot de cette histoire \u2014 qui au fond est celle d\u2019un romancier qui souhaite laisser des traces de son œuvre \u2014 réside 4\u2019abord dans le parfum Belle Époque qui s\u2019en dégage.Les personnages comme les situations décrites sont littéralement d\u2019un autre âge, et Vie et ses CAROLINE BEAULIEU Simon-Pierre Pouliot, alias Vie Verdier, signe un récit à l\u2019intrigue touffue, mais qui tarde à démarrer.amis de la Maison rouge donnent au Québec du début du XX® siècle une allure plutôt sympathique.Tout comme cette intrigante disparition d\u2019imprimeurs dans des circonstances aussi bizarres que sanglantes vient pimenter le récit et lui donner son titre.N\u2019empêche que la grande scène finale, qui a tout d\u2019une performance à la Houdini, repose avec encore plus d\u2019acuité une question toute simple: pourquoi risquer de décourager les lecteurs impatients et ne pas faire démarrer le récit plus tôt?Collaborateur Le Devoir L\u2019IMPRIMEUR DOIT MOURIR Vie Verdier XYZ éditeur Montréal, 2014, 340 pages LE DEVOIR LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2014 F 5 LITTERATURE L\u2019écrivain espionné Le dernier lan McEwen manie humour, projets littéraires et affaires politiques GILLES ARCHAMBAULT Il n\u2019y a pas un écrivain qui ne rêve d\u2019être entretenu.Quand les revenus que lui rapportent ses livres ne suffisent pas, il verrait bien que l\u2019aide discrète d\u2019un mécène vienne adoucir ses fins de mois.Mais il y a la manière.lan McEwan, romancier talentueux et néanmoins britannique, illqstre de façon brillante ce qui arrive lorsque l\u2019Etat décide de s\u2019immiscer directement dans la création littéraire.On est dans les années 70, la plupart des écrivains flirtent avec des idées dites de gauche.Ils ont la fâcheuse habitude, estime-t-on en ces lieux, de pencher du côté de Moscou ou de Pékin plutôt que de celui de Washington.Les services de renseignement britanniques voudraient bien que la tendance soit renversée.La CIA n\u2019en serait que plus rassurée.Mais comment parvenir à ce qui paraîtrait un juste retour des choses ?Tout simplement en finançant, à son insu, les premiers pas d\u2019un écrivain prometteur.Torn Haley vivote en donnant des cours mal payés dans une université.Son rêve : écrire en toute liberté des livres qui témoigneront de son interprétation du monde.Il n\u2019est pas fat, doute comme il convient de ses chances de réussite.Il ne se doute pas le moins du monde que le M15, service de renseignement, l\u2019a choisi comme cible.L\u2019espion qui l\u2019aimait Celle qui sera chargée de l\u2019appâter est une jeune femme du nom de Serena Erome.Elle est plutôt belle, â la fois naïve et retorse.Elle a en tout cas une certaine aisance â tomber amoureuse.Son premier flirt, Jeremy, finit par lui confesser qu\u2019il aime surtout les hommes.Qu\u2019â cela ne tienne, elle réussit â se faire embaucher comme vague employée dans le service de renseignement.Serena tombe amoureuse de Tony Canning.Homme mûr, il l\u2019initie â la vie.Ne pas oublier que la jeune femme est â la fois crédule et rusée.Canning la fascine au point qu\u2019elle ne s\u2019aperçoit pas, ou ne veut pas s\u2019apercevoir, que c\u2019est grâce â l\u2019intervention de ce vieil amant, espion en même temps qu\u2019universitaire de haut vol, qu\u2019on lui confiera la tâche d\u2019approcher Torn Haley.Comme le lecteur s\u2019y attendait, Serena aura de l\u2019attirance pour l\u2019homme et l\u2019œuvre tout â la fois.lan McEwan manie l\u2019humour avec brio.Quelle est la part de l\u2019exagération dans cette peinture des milieux de l\u2019espionnage?Bien malin qui le saurait.Et cela de toute manière importe peu.C\u2019est d\u2019ironie et de clins d\u2019œil qu\u2019il s\u2019agit.Les intrigues amoureuses de Serena sont vraisemblables, mais on n\u2019y attache pas tellement d\u2019importance, plutôt attisé par l\u2019issue d\u2019une affaire politique.De même, les projets littéraires du jeune romancier qui finira par s\u2019apercevoir qu\u2019on le manipule n\u2019ont-ils que peu d\u2019impact.Pour moi, cette Opération Sweet Tooth est avant tout un divertissement mené de main de maître par un écrivain en pleine possession de ses moyens.Un roman qui n\u2019ennuie jamais, qu\u2019on oubliera toutefois sans trop de mal.Collaborateur Le Devoir OPÉRATION SWEET TOOTH Ian McEwan Traduit de l\u2019anglais par France Camus-Pichon Gallimard Paris, 2014, 437pages «Je ne peux m\u2019empêcher de penser qu\u2019il mémorisait nos ébats pour en faire usage plus tard.Extrait d\u2019Opération Sweet Tooth Un chasseur sachant écrire avec du chien Louis Hamelin Comme ils vont faire leur shopping et leur footing, les Erançais peuvent maintenant acheter leurs livres de nature writing.Chez Gallmeister, c\u2019est la marque de commerce de la maison et le nom d\u2019une collection.Au Cherche-midi, l\u2019emprunt figure entre parenthèses sur la couverture de Mon Amérique, le dernier recueil d\u2019histoires de Jim Eer-gus.Que la désignation de ce qui se présente désormais comme un genre littéraire â part soit jugée intraduisible, je veux bien.Mais le texte ?Encore faudrait-il trouver des passeurs linguistiques qui soient â la hauteur de la tâche, ne serait-ce que pour nous épargner l\u2019envie de courir nous procurer les versions originales.Dans la traduction du nouveau Eergus que signe Nicolas de Toldi, c\u2019est parfois la connaissance physique du territoire, pour ne pas dire le simple gros bon sens géographique, qui fait défaut.Ainsi, situer des «forêts tropicales» dans les «régions du nord-ouest des Etats-Unis» constitue une aberration assez renversante, compte tenu du fait que, du point de vue écosystémique, l\u2019Oregon et les Tropiques, ça fait deux.Dans ce cas, il fallait traduire «rain forests» par «forêts pluviales».Si le nature writing veut être davantage qu\u2019une formule commerciale accrocheuse, ce genre d\u2019attention portée aux petits détails devrait aller de soi.Ailleurs, c\u2019est la maîtrise de la langue de départ qui semble faire problème.Parler de «l\u2019apparence savamment chorégraphiée» d\u2019un politicien lâ où l\u2019auteur, comme le montre le contexte de sa phrase, désire en fait attirer notre attention sur une «apparition savamment chorégraphiée» est un peu gênant.En anglais, c\u2019est le même mot: appearence.Une erreur de débutant.Cela dit, du nature writing, peu importe le flou générique dans lequel baigne ce courant dont l\u2019étiquette est appliquée sans distinction â des ouvrages de fiction et â des articles de commande écrits pour des magazines de plein air.Jim Eergus en est un pur produit.On ne s\u2019étonnera pas de retrouver, dans le double rôle de préfacier et de personnage récurrent de ces histoires, le bon vieux Rick Bass, qui est au nature writing actuel quelque chose comme le pape.C\u2019est une religion où la canne â mouche remplace l\u2019encensoir et où des labradors et des braques allemands de bonne race chasseuse tiennent lieu de servants de messe.Pas surprenant non plus d\u2019y trouver Monsieur Jim Harrison parmi les bonnes fourchettes conviées aux agapes d\u2019une tribu de prédateurs-jouisseurs qui voit dans la volée de plombs sortant d\u2019un calibre 16 le plus court chemin vers une table bien garnie.Gibier à plumes Le parallèle avec la religion ne me semble pas exagéré.Dans un recueil d\u2019histoires de pêche parues il y a quelques années, Thomas McGuane, autre apôtre en vue de la littérature, évoquait un voyage sur la Côte-Nord du Québec où l\u2019avaient attiré les saumons de notre portion d\u2019Atlantique.McGuane fut frappé par la description de la technique de chasse â la perdrix de son guide, un jeune gars du coin : il arpentait les sentiers avec son chien, lequel levait et branchait les oiseaux que son maître faisait ensuite tomber comme des fruits mûrs d\u2019un coup de fusil tiré sans cérémonie.Assez typique, chez nous, cette conception de la chasse comme loisir destiné â remplir le congélateur.Des centaines de milliers de géli-nottes et de tétras sont massacrés comme ça chaque année dans les territoires nordiques et les réserves fauniques du Québec, par des gens dont le «sport» consiste â ne quitter le volant du bazou ou du quatre-roues que le temps d\u2019ajuster une volaille immobile.Et tout aussi typique la réaction de McGuane : dans le non-dit de sa phrase se devinait la moue horrifiée du puriste devant un blasphème.Chez Eergus et ses pareils, la «chasse aux oiseaux» est une activité noble et une longue tradition, plutôt que la viandeuse affaire d\u2019un petit peuple jamais vraiment sorti du bois.Le prélèvement faunique n\u2019y conserve sa vocation nourricière qu\u2019au prix d\u2019une ritualisation digne des courses de taureaux de Papa Hemingway.On peut parler de sport, et même de culture, quand un exercice place aussi haut le moyen par rapport â la fin.Le mot même d\u2019«oiseau» prend, dans la bouche de ces propriétaires d\u2019épagneuls ou de braques dujji; jjiurauu 3JU -îLSüiiy rua Jüi:\tai 2'J ; Noroît: JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Chez Fergus et ses pareils, la «chasse aux oiseaux» est une activité noble et une longue tradition, plutôt que la viandeuse affaire d\u2019un petit peuple jamais vraiment sorti du bois.plus passionnés par le travail de leurs chiens pointeurs ou leveurs que par les considérations balistiques, un sens noble, servant â désigner aussi bien le faisan, la perdrix choukar et le lagopède â queue blanche des cimes du Colorado que quatre ou cinq espèces de tétras et autant de colins (les fameuses «cailles» des traducteurs europocentristes, qui n\u2019en sont pas â une impropriété taxonomique près.).C\u2019est une religion où la canne à mouche remplace l\u2019encensoir Chaîne alimentaire Il faut dire que ce Jim Eergus fait vraiment la belle vie.Il paraît qu\u2019il se sent comme chez lui â Montparnasse, mais c\u2019est dans l\u2019Ouest sauvage, où il habite, qu\u2019il s\u2019est baladé pendant six ans, avec une caravane en remorque et sa vieille chienne labrador sur la banquette arrière, et rien d\u2019autre â faire que de chasser et pêcher selon la saison et alimenter de sa prose des publications comme Sports Afield, ou ce magazine en ligne qui porte le beau nom de Jeep Sporting Destinations.Le fait sportif en lui-même, le tir qui fait basculer tel perdreau lancé comme un missile, intéresse finalement assez peu Jim Eergus.La mise â mort ne donne pas l\u2019impression de l\u2019exciter beaucoup.Comme pour le Tourgueniev des Mémoires d\u2019un chasseur (Eolio), ses récits nous entraînent presque toujours ailleurs, lâ où régnent l\u2019humain et l\u2019amitié, où la chasse est un terrain comme un autre pour pratiquer l\u2019observation du monde, en même temps que l\u2019ultime prétexte de la joie sauvage d\u2019exister.«Pour le dîner, je fis rôtir trois géli-nottes à queue fine que j\u2019avais apportées du Montana.Je les avais farcies avec leurs gésiers hachés revenus avec de l\u2019ail, des oignons verts et quelques grains de raisin.J\u2019avais fait une sauce en déglaçant le plat d\u2019un bouillon de gibier et j\u2019avais accompagné le tout de poireaux braisés, de tomates sautées, de fines pommes frites ainsi que d\u2019une salade, d\u2019une baguette et d\u2019une bonne bouteille de margaux.» Amen.MON AMÉRIQUE Jim Fergus Traduit de l\u2019anglais (américain) par Nicolas de Toldi Le Cherche-midi Paris, 2014, 302 pages littéraire ^COLLÉGIENS LOUIS CARMAIN remporte le prix littéraire des collégiens 2014, pour son roman GUANO publié aux Éditions de l'Hexagone.www.prixlitterairedescollegiens.ca ARC BouRqie NBRÊDGE' LE DEVOIR ^CRILCQ CENTRE DE RECHERCHE INTERUNIVERSITAIRE SUR LA LITTÉRATURE ET LA CULTURE QUÉBÉCOISES Québec! ¦^mASSCCiATICN Æm w-ewAWmtz ^;iWDEStrUDES ¦^Qimecotsfs RBC QUEBEC BECQB^ NUIT BLANCHE magazine littéraire F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 19 ET DIMANCHE 20 AVRIL 2014 ESSAIS Le Québec est-il condamné à lïnachèvement ?f \\ Louis CORNELLIER n 2012, les Québécois, exaspérés par un gouvernement libéral qui malmène la jeunesse, qui reste sourd à leur désir de laïcité et qui ne gère qu\u2019au profit des affairistes et au mépris du bien commun, remettent les clés d\u2019un demi-pouvoir dans les mains du Parti québécois.Ce dernier calmera les ardeurs des jeunes porteurs du carré rouge en leur concédant une demi-victoire et tentera de redonner un souffle identitaire au Québec avec son projet de charte de la laïcité, contesté mais néanmoins fort d\u2019un appui majoritaire.Le 7 avril dernier, cet élan mitigé frappe un mur.Le désir de laïcité est oublié au profit d\u2019un repli dans l\u2019économisme banal, dans les «vraies affaires», qui ne sont que l\u2019autre nom de la désertion nationale et politique.«Nous sommes à l\u2019aise au Canada, constate avec dépit Jonathan Livernois dans Remettre à demain.Nous y sommes libres et notre culture y est florissante.Bref, nous avons les moyens de nos ambitions.Et cela en dit long sur nos ambitions.» Le Parti québécois, maladroitement, peut-être, mais tout de même, a tenté une entreprise de renaissance nationale.Les Québécois ont finalement cru le paradoxal Philippe Couillard, qui leur a dit qu\u2019ils n\u2019avaient pas à s\u2019inquiéter pour leur identité puisqu\u2019ils étaient déjà forts, mais qu\u2019ils devaient absolument apprendre l\u2019anglais pour être modernes ! Une puissante illusion Cet épisode de notre destinée confirme la thèse développée par Jonathan Livernois, professeur de littérature au collégial, dans Remettre à demain.Essai sur la permanence tranquille au Québec.habités par la peur de disparaître depuis les débuts de la colonie, les Québécois, en même temps, «ont aussi le sentiment, tapi au fond d\u2019eux-mêmes, que rien ne pourra faire disparaître leur présence en terre d\u2019Amérique».Cette puissante illusion, pour reprendre les termes de l\u2019essayiste, nous condamne à l\u2019inachèvement.Notre désir d\u2019entrer pleinement dans l\u2019Histoire finit toujours par avorter, parce que nous sommes convaincus que nous sommes là pour toujours et que, par FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Les Québécois sont au fond persuadés que rien ne les fera disparaître d\u2019Amérique.Et cette certitude les condamne à l\u2019inachèvement, croit Jonathan Livernois.conséquent, rien ne presse.Pierre Vadeboncœur, à qui Livernois emprunte ces idées, parlait d\u2019un sentiment de «permanence tranquille» qui explique le «caractère anhisto-rique du Québec» et nous fait vivre dans l\u2019écartèlement.Nous avons, et notre histoire nous donne raison, peur de disparaître, mais la croyance en notre éternité nationale nous paralyse.Situé sur «un terrain glissant, entre l\u2019histoire des idées et la littérature», l\u2019essai de Jonathan Livernois, habité à la fois par l\u2019urgence et la mélancolie, n\u2019est pas de tout repos.Il soulève plus de questions qu\u2019il n\u2019apporte de réponses et laisse le lecteur aux prises avec des inquiétudes qui forcent une réflexion ouverte.L\u2019essayiste explore finement l\u2019ambivalence québécoise, cherche à l\u2019expliquer, la déplore, mais il reconnaît en fin de parcours son incapacité à proposer une voie de sortie évidente.Il ne sombre jamais, pour autant, dans le désabusement et ne perd pas espoir de trouver, notamment grâce à la littérature, «une énergie propre à la rupture».Pour expliquer ce sentiment de permanence tranquille qui nous maintient dans un état de flottement et nous cantonne dans la position du velléitaire, Livernois remonte aux sources.Le Québec, rappelle-t-il, n\u2019a pas de date de naissance officielle.Issu de l\u2019inachèvement de l\u2019Amérique française, il n\u2019a connu ni rupture coloniale ni rupture monarchique.Les rébellions de 1837-1838 marquent une volonté de fondation et portent des espoirs d\u2019émancipation et de rupture avec le lien colonial, mais elles échouent et restent donc inachevées.Pour compenser le sentiment de défaite qui s\u2019ensuit, le Québec s\u2019accroche au mythe compensatoire de sa mission providentielle, qui donne un caractère d\u2019éternité à son existence en Amérique.Papineau lui-même, malgré la débâcle, parle alors de «cette évidente vérité [qu\u2019est] la conservation de la nationalité canadienne».Nous nous sommes battus pour exister, nous avons perdu, mais nous allons durer, quoi.Illusion, note Livernois.Accoucher La Révolution tranquille peut être considérée comme une reprise du combat pour l\u2019existence, comme une tentative d\u2019enfin s\u2019inscrire dans l\u2019Histoire, en réactivant les projets de laïcité et d\u2019un statut constitutionnel libérateur pour le Québec.Là encore, malgré certaines avancées, l\u2019élan se brise.Est-ce attribuable à une coupure trop radicale avec le passé, comme l\u2019affirme un néoconservateur comme Bock-Côté ?Livernois ne le croit pas et ne voit pas de quelle manière un retour à des valeurs canadiennes-françaises inaltérables pourrait contribuer à un déblocage, surtout quand on considère que ces dernières sont porteuses de la permanence tranquille.Le printemps 2012 s\u2019inscrit dans la même tradition, dans la mesure où «ses habitants en rouge ne sont pas allés au bout de ce mouvement prometteur, comme si celui-ci s\u2019était enlisé quelque part après l\u2019élection du Parti québécois».Rapidement, la commémoration «de ce qui n\u2019a pas abouti» a remplacé le désir de prolonger le mouvement.C\u2019était beau, ça a marché à moitié, on y reviendra bien un jour puisque nous avons l\u2019éternité devant nous.Or, confie l\u2019essayiste lors d\u2019un entretien téléphonique, pendant ce temps, l\u2019Histoire se joue, nous en sommes les victimes et on ne sait pas ce qui se passe.En octobre 1970, le poète et journaliste Gérald Godin est emprisonné, pour rien, à la prison Parthenais.De là, il voit le drapeau du Québec au mât de la station Radio-Québec, mis en berne en mémoire de Pierre Laporte, ce que les prisonniers ignorent.Il n\u2019y a pas la guerre, mais l\u2019Histoire se fait, frappe le Québec (le drapeau en berne en témoigne), pendant que nous sommes enfermés (la prison) dans le quotidien banal, qui perdure, et qui nous cache le réel.« Collectivement, nous sommes rendus, je l\u2019espère, à une maturité d\u2019indignation», écrit le jeune et brillant essayiste de 32 ans qui, marié, ça ne s\u2019invente pas, à une sage-femme souhaite l\u2019accouchement historique du Québec avant sa disparition.Comment?Il ne le sait pas, et moi non plus.Surtout depuis le 7 avril 2014.louisco@sympatico.ca REMETTRE À DEMAIN Essai sur la permanence TRANQUILLE AU QuÉBEC Jonathan Livernois Boréal Montréal, 2014, 152 pages Bertrand Russell, le comte anarchiste Son grand livre oublié, préfacé par Jean Bricmont, s\u2019adresse à notre temps MICHEL LAPIERRE / Etonnant que Bertrand Russell (1872-1970), aristocrate britannique, ait publié une défense mesurée de l\u2019anarchisme et que ce philosophe positiviste, logicien et mathématicien fasse appel aux sentiments pour justifier ses vues.Dans Le monde qui pourrait être (1918), de nouveau accessible en français, le Prix Nobel de littérature (1950) estime que l\u2019anarchisme favorise l\u2019art créateur, l\u2019amour et la pensée, si ses tenants ne posent pas trop de bombes.Lx)rd Russell, héritier en 1931 du titre familial de comte, voit l\u2019anarcho-syndicalisme comme «la forme populaire» de X«anarchisme d\u2019individus isolés», qui suivent les traces des aristocrates russes Bakounine et Kro-potkine, partisans de l\u2019abolition de l\u2019État pour le remplacer par une société libre et égalitaire.Il considère que cet utopisme se rapproche des idées des militants les plus avancés du syndi-çalisme d\u2019industrie, pratiqué aux États-Unis, et de celles des défenseurs les plus radicaux du guild socialism britannique.Mais n\u2019est-ce pas là les propos hermétiques et vieillis d\u2019un patri- KK S\u2019il faut de façon permanente soumettre le côté sauvage de la nature humaine aux règles ordonnées du bureaucrate bienveillant et borné, la joie de vivre disparaîtra Extrait de l\u2019ouvrage Le monde qui pourrait être cien dilettante?Nullement.La prescience lumineuse de l\u2019écrivain reste d\u2019actualité.ÇJJjfJ Nuances Dès 1918, Russell décèle dans les mouvements révolutionnaires une tendance vers l\u2019autoritarisme : «Je crains fort que le socialisme marxiste ne mette^ entre les mains de l\u2019État un pouvoir beaucoup trop important, et que l\u2019anarcho-syndicalisme, dont k but est l\u2019abolition de l\u2019État, ne soit obligé de réédifier une autorité centrale afin de faire cesser les rivalités entre les divers groupes de pro- Bertrand russell le monde qui pourrait être ducteurs.» Dans ce dernier courant qu\u2019il préfère, il perçoit souvent «davantage de haine que d\u2019amour».Le philosophe insiste: «une largeur de vue et une vaste faculté de compréhension» doivent prémunir le militant contre le fanatisme.Il tient toutefois à signaler : «Pour chaque homme tué par la violence anarchiste, des millions sont tués par la violence des États.» En opposant la sincérité des émotions à la sécheresse des idées et à la sacralisation des maîtres à penser, Russell an- nonce les attaques contre le totalitarisme, plus plébéiennes mais tout aussi virulentes, de son cadet et compatriote George Orwell.Il se délecte du résumé percutant que fait l\u2019anarchiste français Pierre-Joseph Proudhon des relations orageuses que celui-ci avait avec Marx: «R m\u2019appelait un idéaliste sentimental, et il avait raison; je l\u2019appelais un vaniteux perfide et sournois, et j\u2019avais raison aussi.» H met en garde les anarchistes contre la tentation de simplifier les choses pour mieux tenter de les changer.C\u2019est à l\u2019honneur de son esprit tout en nuances.Russell est convaincu que la suppression du capitalisme ne devrait pas entraver la création artistique et tant d\u2019autres réalités qui surgissent «d\u2019un côté indompté» de la nature humaine.La vraie révolution ne nuirait, en effet, ni à la diversité ni à la liberté.Collaborateur Le Devoir LE MONDE QUI POURRAIT ETRE Traduit de l\u2019anglais par Maurice de Cheveigné Lux Montréal, 2014, 268 pages La Vitrine ESSAI JEUX INTERDITS Essai sur le Décalogue de Kieslowski Yves Vaillancourt PUL Québec, 2014,118 pages Avec les dix films qui composent son Décalogue, le cinéaste Krzysztof Kieslowski (1941-1996) explore «la dure expérience du choix moral» dans un monde sans repères.Dans cet essai, l\u2019écrivain et professeur de philosophie Yves Vaillancourt analyse cette œuvre puissante à partir de deux angles : la théorie du mimétisme humain de René Girard et le symbolisme religieux.Kieslowski, explique-t-il, veut illustrer que, dans un monde qui a congédié la transcendance, «nous n\u2019avons que les effets miroirs des hommes dans leurs rapports mutuels à l\u2019interdit» pour nous ^ider vers une certaine élévation morale.Son Décalogue, cela dit, s\u2019il assume la sécularisation du monde, témoigne aussi de «la pérennité de nos références religieuses» dans l\u2019entreprise qui consiste à distinguer le bien du mal.Ce bel essai nous permet de redécouvrir la profondeur philosophique des films du grand cinéaste polonais.Louis Cornellier MAGAZINE PULP #1 Eéminin Masculin Paris, 2014, 128 pages Y a-t-il trop d\u2019images, comme le soutient ici le réalisateur Bernard Émond ?Il y en a certainement beaucoup, beaucoup, et c\u2019est afin de les analyser et de les faire dialoguer que le magazine français Pulp a vu le jour: «Car une image n\u2019est ni vraie ni fausse; elle est, tout simplement.Elle est une expérience esthétique, mais aussi le reflet d\u2019une époque, d\u2019une mentalité, d\u2019un air du temps.» Pour le premier numéro, un thème riche, et pas seulement visuellement: le féminin et le masculin.Le magazine, bellement illustré, au graphisme vif mais à l\u2019impression pas toujours précise, échoue pourtant dans son ambition en évacuant trop rapidement des sujets complexes, pourtant fort intéressants.Les Eemen en une toute petite page sont réduites à leur cliché, comme les hommes-objets ou la commercialisation des œuvres d\u2019art.Le sac à main, le pantalon pour elle, les héroïnes, les vampirettes, l\u2019ambiguité sexuelle, autant de thèmes sexy qui auraient mérité mieux que ces rapides slaloms, ce traitement superficiel.On feuillette, curieux, on ralentit parfois la lecture, amusé par un détail, mais le plan reste trop large pour satisfaire l\u2019appétit.Dommage.Catherine Lalonde Félicitations à Louis Carmain, lauréat du Prix littéraire des collégiens 2014 Louis Carmain GUANO SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE DE LA SCHIZOPHRÉNIE La schizophrénie est la maladie la plus invalidante chez les jeunes De l'information pour comprendrOjT du soutien et de l'entraide pour mieux vivre.514 251.4000 poste 3400 1 866 888.2323 www.schizophrenie.qc.ca info@schizophrenie.qc.ca "]
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