Le devoir, 3 mai 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2014 '¦jSS^Rÿ i M,Æf - ¦; J'tSiWS S P\t^ «Les officiers français ne comprennent rien à l\u2019attitude souveraine des Indiens, à l\u2019ensauvagement bénéfique des Canadiens, en d\u2019autres mots, à l\u2019ingéniosité et au courage des enfants du pays» Extrait d\u2019ils ont couru l\u2019Amérique Les critiques du Prix littéraire des collégiens Page F 2 ) Coureurs des bois, des rivières du Far West Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque exhument les héros de notre épopée populaire Hollywood a magnifié depuis longtemps des personnages historiques anglo-saxons issus du peuple et déjà, par leur légende, enchanteurs du Nouveau Monde: Daniel Boone, Davy Crockett, Kit Carson, Buffalo Bill.Convaincus que des Français et leurs descendants canadiens sont allés encore plus loin dans la transfiguration populaire du continent, Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, dans Ils ont couru VAmérique, nous révèlent ces magiciens méconnus.MICHEL LAPIERRE Voilà le tome ii des Remarquables oubliés^ dont le premier volume faisait, en 2011, découvrir quinze femmes qui, même si les historiens les ont négligées, «ont fait l\u2019Amérique».L\u2019anthropologue Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, partageant un admirable talent de conteur, préfèrent aux grands personnages officiels des «femmes briseuses de conventions» et des «hommes libres» qui prouvent que Thistoire, enfin démocratisée, devient le bien de tous.C\u2019est ce dont témoignent les quatorze nomades du Nouveau Continent qu\u2019ils nous dépeignent ici: «coureurs des bois», bien sûr, mais aussi «hommes des montagnes, cavaliers des plaines, muletiers, navigateurs des glaces et commerçants des déserts».Le premier d\u2019entre eux, Etienne Brûlé (mort en 1633), explorateur et aventurier, décida tout bonnement de s\u2019ensauvager.Il adopta le mode de vie des Amérindiens, profita de leur liberté sexuelle et apprit leurs langues.Premier Européen à se comporter de la sorte en Amérique du Nord et à atteindre les Grands Lacs, il plongea si bien à l\u2019intérieur du continent, à la fois physiquement et mentalement, que les Hurons, dans un geste peut-être rituel, le mangèrent! Sa mort énigmatique amène nos deux auteurs à nous faire rêver à l\u2019étrange profondeur des cultures animistes des Amérindiens, d\u2019autant que les coureurs des bois qu\u2019ils décrivent deviennent, selon l\u2019expression de l\u2019époque, «plus sauvages que les sauvages».Pirates, Indiens, cow-boys Jean de Brébeuf (1593-1649), le missionnaire jésuite lettré que citent nos conteurs, considère, à la vue du festin des morts qu\u2019organisent les Hurons en exhumant les cadavres pour les couvrir «de belles robes de castor toutes neuves», qu\u2019il n\u2019existe pas «une plus parfaite représentation de ce que c\u2019est que l\u2019homme».Les autochtones, chez qui les guerriers, faits prisonniers par une tribu ennemie, chantent pour accueillir la mort, dans les supplices qu\u2019on leur inflige, donnent des leçons de courage et de mystique à la chrétienté.L\u2019interprète Guillaume Couture (1618-1701), intermédiaire fraternel entre ses compatriotes français et les Amérindiens, l\u2019explorateur canadien Louis Jolliet (1645-1700), découvreur du Mississippi VOIR PAGE F 2 : COUREURS Toute Thistoire du Québec, 30 secondes à la fois?Page F 6 ANDRÉE A.MICHAUD ^ BONDREE MAINTENANT EN LIBRAIRIE «Comme dans ses romans précédents, Andrée A.Michaud outrepasse les limites de l'énigme policière (pourtant impeccablement ficelée) pour mieux plonger dans les répercussions du drame.[.] le style atteint, avec son 10® roman, le plus haut degré d'achèvement.» Martine Desjardins, L'actualité Québec Amérique quebec-amerique.com F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MAI 2014 LIVRES Kim Archambault Cégep de Terrebonne Lee-Anne Lesage Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu Olivier Parent Collège Lionel-Groulx Wira Alkozai Cégep de Limoilou PHOTOS RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Marie-Hélène Racine Cégep de Drummondville Les critiques des collégiens En marge du Prix littéraire des collégiens, qui a couronné en mai dernier Guano, premier roman de Louis Carmain (Hexagone), il y a le prix des critiques des collégiens.En quelque 350 mots, les jeunes critiques participants résument, argumentent et pèsent à l\u2019écrit un des cinq livres finalistes de cette édition du Prix des collégiens.Nous publions cette semaine les meilleurs textes \u2014 un par livre \u2014, sélectionnés par Bruno Lemieux, professeur au cégep de Sherbrooke, Louise Gérin-Duffy, professeure à la retraite du collège Jean-de-Brébeuf, et Catherine Lalonde, journaliste responsable du cahier Livres du Devoir.Aussi, les portraits de certains membres du jury, croqués lors de la délibération à Québec par notre photographe Renaud Philippe.Les cendres d\u2019Auschwitz JEAN-PHILIPPE CHASSE Cégep de Trois-Rivières Quelle histoire douloureuse se cache derrière ce mystérieux carnet, devenu au musée Tartefact n\"\" 453, tout droit sorti des fournaises d\u2019Auschwitz?Voilà le secret que tente de dévoiler le journaliste François Bélanger dans le Yomvin Artéfact.Uobjet en question?Un cœur, un carnet en forme de cœur auquel hauteur, Cari Leblanc, a consacré aussi un documentaire.Cet impensable artefact consiste en un ensemble de vœux d\u2019anniversaires qu\u2019une douzaine de femmes ont écrit à une amie dans ce lieu de mort.Un véritable testament de solidarité dans un endroit où le simple fait d\u2019écrire peut conduire aux fours crématoires.Le récit de ce cœur entrecoupe celui de Krylenko, un ancien nazi accusé de crimes de guerre.Cette seconde enquête permettra au lecteur de voir un autre visage de l\u2019humanité.L\u2019histoire de l\u2019ex-soldat fasciste mènera François non seulement à celle du carnet, mais aussi à une réflexion profonde sur l\u2019essence de l\u2019être humain.Car oui, «les nazis n\u2019étaient pas ces chats qui chassent les souris, mais bel et bien des hommes».Cari Leblanc construit ici une histoire réaliste et sans mélodrame : Ar-téfact est plus qu\u2019un grand récit d\u2019amitié ou de courage, c\u2019est celui de la folie de quelques jeunes filles prises dans une situation inimaginable, qui se rappellent subitement l\u2019allégresse d\u2019avoir vingt ans.Leblanc trace aussi le portrait émouvant de ces mêmes femmes après l\u2019Holocauste, des femmes profondément marquées par leur passé.Certaines choisissent le déni; d\u2019autres entretiennent leur souvenir dans les musées; l\u2019une mettra fin à ses jours.Les sauts constants dans le temps donnent du rythme et tiennent le lecteur en haleine.Entre les bribes de vie des artisanes du carnet et l\u2019enquête du reporter se déploie l\u2019histoire tragique, mais pleine d\u2019espoir, d\u2019une poignée de femmes ordinaires.Artéfact, c\u2019est la vie dans la mort et la mort dans l\u2019oubli, c\u2019est la bonté et la cruauté du genre humain, c\u2019est l\u2019ancien et le récent, c\u2019est l\u2019homme contre l\u2019homme.C\u2019est la critique, mais aussi l\u2019apologie de l\u2019humanité.ARTÉFACT Cari Leblanc XYZ Montréal, 2012, 160 pages Mélancolique chanson PAMÉLA CLAUDE Collège Montmorency En publiant Chanson française, Sophie Létourneau, universitaire intéressée notamment par les thèmes de la mélancolie et du leurre amoureux, transpose sa réflexion dans l\u2019histoire de Béatrice.Enseignante à Montréal, cette jeune femme quitte le grand amour pour aller faire un stage à Paris.Dès lors, le roman laisse comprendre que la quête de Béatrice se trouve ailleurs que dans l\u2019homme idéal ou la famille, mais plutôt dans l\u2019absence de l\u2019être aimé ; dans la mélancolie amoureuse.Chanson française, tout comme la chanson Les immortelles de Jean-Pierre Ferland qui trouve, parmi d\u2019autres, un écho dans le roman, fredonne que ce qui meurt a plus de poids et d\u2019importance.Puisque la beauté de cet amour réside dans l\u2019absence et le souvenir, c\u2019est par un voyage à Paris, terre de romance, qu\u2019est vécu cet amour insaisissable et transatlantique entre une Montréalaise à Paris et un Français à Montréal.Béatrice part pour l\u2019Hexagone en plein questionnement identitaire.Son constat se résume par un grand dysfonctionnement amoureux qui n\u2019aura pour issue que la famille représentée par une sœur protectrice.C\u2019est cet amour familial inconditionnel qui, au final, dominera, comme le révèle le fait qu\u2019elle s\u2019épanouit dans la maternité.Létourneau surprend par son choix de narration, au «tu», perçu peut-être comme un moyen d\u2019interpeller le lecteur.Dans l\u2019optique de la mélancolie amoureuse, Béatrice se souvient de la période de sa vie où ce tu n\u2019avait pas sa place: «Il ne pouvait s\u2019imaginer que ton trouble venait qu\u2019il y avait longtemps que tu ne t\u2019entendais plus dire tu.» C\u2019est finalement une grande chanson qu\u2019elle chante, la chanson de sa vie, et ce choix de narration contribue à soutenir le r^hme du récit.Chanson française est guidé par les vieux airs romantiques qui en font une ballade nostalgique.La prose cadencée à la manière de couplets, rythmée par les saisons, est à l\u2019unisson avec les titres mélodiques des chapitres et les chansons de Barbara, de Françoise Hardy ou bien de Jeanne Moreau.Létourneau lance un air mélodieux, un véritable ver d\u2019oreille pour le lecteur.CHANSON FRANÇAISE Sophie Létourneau Le Quartanier Montréal, 2013, 190 pages Délice historique VALÉRIE MÉRETTE Cégep de Sherbrooke En 1864, une flotte navale dépêchée par l\u2019Espagne s\u2019embarque vers les colonies sud-américaines, dotée d\u2019une obscure mission dite «scientifique».La reconquête du Pérou, colonie récalcitrante, se révèle d\u2019une plus grande importance que la science.Toutes les raisons sont valables pour déclencher une guerre : question d\u2019honneur, et peut-être, un peu, d\u2019argent.Une guerre obscure et oubliée, que l\u2019auteur novice Louis Carmain réactualise dans son premier roman.Guano, à l\u2019Hexagone.Le récit défile à travers les yeux de Simon, marin et secrétaire personnel de l\u2019amiral espagnol dépositaire de la mission obscure, qui mènera à une conclusion aussi saugrenue que sanglante.Le jeune matelot suit passivement ces événements et en transcrit des rapports plus fascinants que nature, jusqu\u2019à la rencontre d\u2019une flamboyante rouquine, n trouvera dans cette vieille fille érudite un écho amoureux évanescent, vécu à travers le rêve, l\u2019absence et la guerre.Alliant bagage historique et travail de la forme littéraire.Guano révèle une richesse le distinguant de l\u2019habituel roman historique.Car si les événements importants sont avérés et les personnages marquants conservés, ils sont toutefois dénaturés à coup de figures de style volontairement pompeuses, afin d\u2019exposer le ridicule qui habite tant la situation que les individus.Les hauts placés tombent bas, à l\u2019aide de descriptions acides: «Ilportait un uniforme sombre à rebords rouges, pour l\u2019occasion, et de grands favoris, mais pas pour l\u2019occasion.» Alors que l\u2019humour coloré rend la lecture agréable, la cohérence de l\u2019œuvre lui octroie un contenu riche.Le protagoniste accorde lui-même une attention particulière aux techniques de composition littéraire.Sa quête abstraite sera de découvrir la recette du récit réellement passionnant, d\u2019où perceront deux ingrédients: la fiction, qui fournit l\u2019extraordinaire et rend les récits plus «vivants», ainsi que la réalité, dans laquelle réside la vraie beauté.Car «l\u2019invention a [.] ses bâillements», mais «n\u2019est-ce pas la vérité qui désennuie, au fond?».Une recette suivie rigoureusement par Carmain, avec sur fond de réel une note insaisissable d\u2019imagination.On en mangerait.GUANO Louis Carmain L\u2019Hexagone Montréal, 2013, 200 pages Un héritage double XIN CI Collège Jean-de-Brébeuf Selon l\u2019expression populaire, la vérité choque.Mais les mensonges ne font-ils pas encore plus mal?Mensonges, le plus récent roman de Christiane Duchesne, repose sur une série de demi-vérités, de cachotteries et de révélations indicibles qui touchent cinq générations et se croisent en deux récits intercalés: celui de la dernière escapade de Vautour, un contrebandier à l\u2019époque de la Prohibition, et celui d\u2019une chasse au trésor mouvementée menée par les improbables survivantes d\u2019une famille, sa famille, marquée par la tragédie.Intriguée par un message mystérieux sur le testament de son père, Parmélie, sentant sa mort venir, invite son arrière-petite-fille Violette à déchiffrer le secret.Leur quête parsemée d\u2019énigmes et de rebondissements leur fera réaliser que l\u2019héritage légué est plus lourd à porter qu\u2019elles ne le croyaient au départ.Christiane Duchesne présente avec doigté le passage de l\u2019enfance à l\u2019adolescence, avec ses hauts et ses bas: alors que l\u2019amitié qui unit les jeunes Violette et Émile, âmes sœurs depuis toujours, se sublime en amour, la relation de confiance entre l\u2019orpheline et sa protectrice est mise à rude épreuve.Malgré les deuils célébrés quasi religieusement par Violette lors des jours de «mauvais anniversaire», malgré les mensonges de Parmélie, l\u2019aventure est joyeuse et fait chaud au cœur, dans une atmosphère de mystère enfantin qui donne une légèreté au récit.L\u2019amour entre Violette et son arrière-grand-mère Parmélie émane de toutes les lignes du roman, écrit dans un style simple, tendre et sensible, qui met en avant les grands deuils de l\u2019enfance, les amours naissantes et les petits bonheurs du quotidien.Dans la cuisine aux odeurs sucrées et dorées, on entend des bribes de conversation du matin entre Parmélie et Violette : elles parlent de tout et de rien, elles rient et se comprennent.Au cœur de cette complicité, le bonheur surmonte les larmes, la confiance transcende les mensonges, l\u2019espoir étrangle la fatalité, et c\u2019est tout ce qui compte.MENSONGES Christiane Duchesne Boréal Montréal, 2013, 224 pages Le désir de se perdre CAROL-ANNE TREMBLAY Cégep de Lévis-Lauzon S y il faut se perdre pour se retrouver, alors le désir de s\u2019égarer ne devient-il pas l\u2019essence même de l\u2019aventure ?Ce besoin d\u2019inconnu, de nouveauté et d\u2019être étranger ne dé-passe-t-il pas celui de s\u2019installer, de connaître et d\u2019être découvert?Car la clé des tourments tient parfois dans un mystère irrésolu.C\u2019est sur un univers labyrinthique que Patrice Lessard ouvre les fenêtres de son dernier roman, Nina] une intrigue complexe dans les rues pavées de Lisbonne.Si les personnages présentés enquêtent sur un frère disparu ou un flingue volé, le lecteur, lui, tente de résoudre les secrets des différentes narrations, des événements douteux et de l\u2019énigme du roman lui-même («Ce n\u2019est pas un roman policier, dit alors Vincent, et il pensait qu\u2019au fond toute cette histoire n\u2019était qu\u2019un tissu de mensonges et que ça ne servait plus à grand-chose de continuer à chercher.»).Décidément, on se sent dérouté, confus.Et si c\u2019était le but?Patrice Lessard confronte les attentes du lecteur, les repousse, les dépasse.Il écrit d\u2019un souffle, insérant les dialogues à même la narration, qui se partage entre Vincent, Gil et un homme laissé anonyme.Les personnages vivent tous leur période lisboète différemment, mais se retrouvent, par ailleurs, dans ce besoin d\u2019abandon, de laisser-aller, à maintes reprises commandé par un nombre considérable de verres de vin ou de bouteilles de bière.Le quotidien lassant les pousse à s\u2019évader, à s\u2019échapper.«[.] souffrais-je vraiment lorsque je fuyais mes êtres chers?N\u2019éprouvais-je pas plutôt un sentiment de libération?[.] Sensation désagréable que les choses se répétaient.Les choses se répètent sans cesse [.]».Lessard arrive à retenir le lecteur dans une quête qui finit par porter sur leur existence même.Il ne faut pas se laisser déconcerter par les détours, les croisements d\u2019histoires et la répétition de détails anodins si l\u2019on veut apprécier Nina.Il faut dévorer le livre, le lire comme il a été écrit: d\u2019un trait.Il faut s\u2019y perdre et aimer s\u2019y perdre, car cette fois, nous n\u2019aurons pas droit à toutes les réponses.NINA Patrice Lessard Héliotrope Montréal, 2012, 400 pages ÉTOFFE DU PAYS Par Florence Mary Simms Traduit par Louis Pelletier SePTENTRIO N qc CA 2^ ans \u2022 1^88-201^ toujours la référence en histoire au québec COUREURS SUITE DE LA PAGE F 1 et cartographe à qui le poète Alain Grandbois consacrera son livre Né à Québec (1933, réédité aux PUM en 2003), initient, à leur tour, l\u2019Europe à l\u2019imaginaire démesuré de Xhin-terland nord-américain.Au sujet de Pierre Le Moyne d\u2019Iberville (1661-1706), natif de Montréal, Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque prennent le contre-pied des historiens qui ont affadi sa mémoire en pensant l\u2019enjoliver.Ils n\u2019hésitent pas à soutenir que l\u2019imbattable pourfendeur d\u2019Anglais ne fut, de la baie d\u2019Hudson aux Antilles, rien de moins qu\u2019un pirate ! A ceux qui préfèrent parler d\u2019un corsaire au service du roi de France, ils signalent, avec justesse, que la frontière entre un corsaire et un pirate «était floue et facile à franchir».A la différence des militaires français, d\u2019Iberville s\u2019inscrit dans un courant canadien que singularise un esprit d\u2019indépendance inspiré des Amérindiens.A sa suite, le Trifluvien Pierre Gaultier de La Vérendrye et ses fils font, allant vers les Rocheuses, reculer les limites géographiques.Toussaint Charbon-neau, né à Boucherville, et sa compagne autochtone guident, dès 1804, la fameuse expédition de Lewis et Clark, dans des territoires encore sous l\u2019emprise autochtone, pour que les États-Unis s\u2019éten- dent jusqu\u2019au Pacifique.La ceinture invisible Le Montréalais Gabriel Fran-chère tient en français, de 1810 à 1814, un journal de la conquête états-unienne du nord-ouest de l\u2019Américiue.Né à Saint-Justin, en Mauricie, François-Xavier Aubry (1824-1854), parti du Missouri, parcourt le Far West sur la piste de Santa Fe, au Nouveau-Mexique, et définit, à la vitesse de l\u2019éclair, la topographie du sud-ouest des États-Unis où errent les Apaches et les Comanches.Fidèle à la tradition des aventuriers venus de la vallée du Saint-Laurent, Aubry conclut la paix avec un chef apache.Mais ce geste, éloigné de l\u2019uniformisation états-unienne qui s\u2019apprête à effacer toute diversité culturelle, coïncide avec l\u2019évocation par Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque du «nuage de poussière» où disparaît le cow-boy par excellence, à la ceinture fléchée invisible.Une autre Amérique, plus folle, plus contrastée, plus fraternelle, était possible.Elle renaît toujours lorsque l\u2019histoire, pour être immensément plus vraie, devient un conte.Collaborateur Le Devoir ILS OJVT COURU UAMERIQUE Tome II : DE REMARQUABLES OUBLIES Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque Lux Montréal, 2014, 424 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MAI 2014 F 3 LITTERATURE Jouer aux espions Danielle Laurin Sous le Radar: le titre du premier roman de Pierre Breton renvoie à une base militaire américaine située à proximité d\u2019un petit village de Beauce.Nous sommes en pleine guerre froide, peu après la crise des missiles à Cuba.La menace nucléaire plane.Et pourtant.Pourtant, ce n\u2019est pas le climat d\u2019inquiétude qui domine dans cette histoire.Au contraire.Nous sommes immergés dans une atmosphère de légèreté.L\u2019auteur, ex-jour-naliste beauceron au début de la soixantaine, fait preuve d\u2019un humour savoureux et s\u2019avère un fabuleux conteur.Au centre de l\u2019action : deux garçons de 13 ans, dont l\u2019un officie comme narrateur.Mais après coup.Les années ayant passé, celui qui prend en charge le récit regarde par-dessus l\u2019épaule l\u2019adolescent qu\u2019il a été.Avec un brin de nostalgie et pas mal d\u2019autodérision.L\u2019enfer est rouge, le ciel est bleu Sous le Radar offre en toile de fond la reconstitution d\u2019une époque révolue.Nous sommes à l\u2019heure de la grand-messe du dimanche en famille.Et des mariages « obligés» que tout le monde fait semblant de ne pas voir mais qui alimentent les langues sales: «Y se marient parce qu\u2019ils ont fait Pâques avant les rameaux.» Pour certains, dans ce petit village qui a toujours voté du bon bord, même quand venait le temps d\u2019élire un maire, il y a de la nostalgie par rapport à l\u2019ère Duplessis qui vient de se terminer.Mais le vent pourrait bien tourner.C\u2019est dans l\u2019air, les choses ne vont pas tarder à changer.Le début du roman campe tout de suite le décor, et donne le ton.La base militaire construite dans les années 1950 au sommet d\u2019une montagne pour détecter d\u2019éventuelles attaques de l\u2019URSS fait l\u2019objet de toutes les attentions.Pour les habitants du village, qui l\u2019ont surnommée «le Radar», c\u2019est une véritable mine d\u2019or.Non seulement on y emploie à des salaires avantageux des gars du coin, mais on y abrite des centaines de soldats américains et leur famille, qui s\u2019approvisionnent régulièrement dans les commerces avoisinants.Conclusion: «Staline, la guerre froide et la bombe thermonucléaire avaient donc assuré notre prospérité.» Pas pour longtemps, malheureusement.Le Radar est menacé par le progrès, comme l\u2019explique le grand frère à son cadet : «Les bombardiers et les radars, c\u2019est du passé et dépassé.Maintenant, c\u2019est les missiles, les satellites, les sous-marins nucléaires.» Pour le jeune héros indolent, mieux vaut ne pas songer aux ravages d\u2019une attaque éventuelle, sous quelque forme que ce soit.« Ce midi-là, quand tout le monde fut revenu de la grand-messe et que toute la famille se fut rassemblée autour de la table pour savourer le rôti de bœuf du dimanche, je me suis demandé pourquoi un sous-marin russe tapi au fond des océans viendrait briser ce bonheur tranquille.» Ce qui motive avant tout cet ado ?S\u2019amuser.Avec la musique des Beatles dans le tapis.L\u2019émission Jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui fait aussi partie de ses distractions.Et lorgner la belle Claudine, sa voisine, le fait rêver.Mais ce qu\u2019il préfère, c\u2019est faire les 400 coups avec son pote Torn Higgins.Auprès de ce rouquin aux racines irlandaises, de ce fi^ondeur, ce farceur mal embouché, la vie est excitante à souhait Toujours à l\u2019affût de mauvais coups, il entraîne dans ses frasques I f 1/' r\" ¦'A; SOURCE DOMAINE DU RADAR De la base militaire surnommée le Radar qui a inspiré Pierre Breton, ne reste plus qu\u2019un bunker exploité par un centre de villégiature.J\u2019allais devenir un voleur.Pas un voleur qu\u2019on admire comme Robin des Bois ou Arsène Lupin, mais un petit chapardeur minable qui se méprisait pour ce qu\u2019il allait faire.yy Pierre Breton SOUS LE RADAR Extrait de Sous le Radar on ne peut plus timoré.Les deux n\u2019évoluent pas du tout dans le même milieu familial.« Chez moi, le contrôle parental était plutôt lâche; je pouvais disparaître la journée entière sans avoir de comptes à rendre; chez Torn Higgins, la discipline familiale se limitait à l\u2019interdiction de faire sauter la maison.» Le roman tourne essentiellement autour des mésaventures des deux garçons.Chaque chapitre raconte un épisode particulier.L\u2019ensemble forme un récit coloré, souvent rocambolesque.dans le sud-ouest de l\u2019Ontario, alors que nos deux lurons projettent de s\u2019enrichir grâce à la récolte du tabac.Le conteur en beurre épais, peut-être un peu trop.Mais nous sommes pris dans les mailles du filet, gagnés par la fougue et l\u2019aplomb des deux garçons, par la truculence des personnages qu\u2019ils rencontrent sur leur route et par le comique des descriptions.On peut voir Sous le Radar comme un roman initiatique, mais c\u2019est l\u2019amitié qui ressort.Les deux font la paire.S\u2019ils connaissent des différends, s\u2019ils en viennent à se chamailler parfois, ils finissent toujours par se réconcilier.Un lien indéfectible les unit.A moins que.La fin demeure ouverte.On peut toujours rêver de retrouvailles.SOUS LE RADAR Pierre Breton Boréal Montréal, 2014, 296 pages son ami qui, par contraste, est Espions en herbe Entre autres coups pendables, les deux comparses.Torn devant, l\u2019autre derrière, entreprennent d\u2019explorer les environs du Radar et de monter jusqu\u2019aux mystérieux dômes au sommet de la montagne.«Cette zone demeurait top secret.» Opération réussie.Et combien impressionnante.«J\u2019avais l\u2019impression d\u2019être transporté dans un film de Martiens.» Ils s\u2019immortalisent bientôt en photo.Sauf que, bien sûr, ils vont se faire prendre.La police militaire américaine va leur servir une bonne leçon.Ils seront arrêtés, mis en cellule.On va leur faire croire un temps qu\u2019on les prend pour des espions communistes devant être remis entre les mains du EBI ou de la CIA Et si on les libère finalement, c\u2019est non sans un avertissement sévère: ce sera le peloton d\u2019exécution s\u2019ils reviennent rôder autour de la base.Morale de l\u2019histoire: «Tom m\u2019a toujours soutenu qu\u2019il savait que le commandant bluffait.Il n\u2019en a jamais rien dit aux autres, car cela aurait diminué notre gloire.» Il y aura un épisode particulièrement surréaliste, invraisemblable, lors d\u2019une fugue BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE VOL.22, N® 3, PRINTEMPS-ÉTÉ 2014 Le RIN, parti indépendantiste, 1963-1968 Deuxieme dossier: Le débat sur l'enseignement de l'histoire nous choisissons notre avenjii vlb éditeiir Une société de Québécor Média Ironies du sort Û CHRISTIAN DESMEULES / Echardes, dernier-né de Hans-Jürgen Greif, propose une quarantaine de nouvelles, 44 pour être précis, qui sont un peu dans la veine de celles qui composaient Solistes (L\u2019Instant même), un petit bijou de proses huilées et acérées que l\u2019écrivain avait fait paraître il y a une quinzaine d\u2019années.L\u2019auteur de La colère du faucon et de La bonbonnière (tous deux à L\u2019Instant même) prend une fois de plus plaisir, on le sent bien,\t, à épingler les travers\til de ses contemporains.\t44 Des Echardes, donc,\t^ souvent regroupées par thème.La vieillesse, l\u2019imminence de la mort, l\u2019horizon qui se referme.Les pe-rites ou les grandes névroses sécrétées comme un venin par certains milieux de travail sur les employés.Les animaux domestiques.L\u2019exercice de la justice.On y fait ainsi la rencontre d\u2019individus solitaires et maniérés, absorbés par leurs tics et parfois réduits à leurs toquades.Nonagénaires, poitrinaires ou cardiaques à l\u2019article de la mort, crépusculaires de toutes sortes, ils espèrent ou bien craignent leur propre fin, jamais indifférents.Alleurs, on nous fait les portraits de bénévoles intéressés par leur propre intérêt, de petits fonctionnaires, bureaucrates ou patrons abusifs.L\u2019art de l\u2019esquille En fait, les histoires de Hans-Jürgen Greif mettent en scène des protagonistes souvent trop sûrs d\u2019eux-mêmes, aveugles à leur propre bêtise.Des personnages que la vie \u2014 ou l\u2019auteur, qui sait introduire habilement ses grains de sable dans l\u2019engrenage \u2014 viendra faire trébucher sous nos yeux.Dans certains cas, même, ils font l\u2019objet de lentes et patientes revanches.La plupart des histoires, badigeonnées de l\u2019humour cinglant de l\u2019auteur, évoluent selon un schéma classique de retournement final oû l\u2019ironie du sort triomphe souvent.Le procédé donne à l\u2019en- ______ semble un caractère peut-être un peu répétitif, il est vrai, et chacune des nouvelles qui enfonce le clou \u2014 ou pousse l\u2019écharde \u2014 apparaît ainsi un peu comme une variation sur le même thème.Mais sans que la curiosité du lecteur s\u2019émousse entièrement.Rien qui renverse ou qui hante, rien de trop grave ou de transcendant, en somme, mais des histoires efficaces et tragi-comiques qui nous font passer un bon moment.Aux commandes d\u2019une malignité minutieuse, Greif s\u2019insinue sous la peau de ses personnages et traque sans merci le ridicule ou l\u2019odieux qui s\u2019ignore.Collaborateur Le Devoir ÉCHARDES Hans-Jürgen Greif L\u2019Instant même Québec, 2014, 268 pages RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Hans-Jürgen Greif a badigeonné toutes les histoires qui composent Échardes de son humour cinglant.Gaspard lE DEVOIR MARÈS Du 21 au 27 avril 2014 ,\t__ CLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR V Romans québécois______________________ 1\tLes héritiers du fleuve ?Tome 31918-1929 2\tMensonges sur le Plateau-Mont-Royal ?Tome 2 3 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal ?Tome 1 Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/3 ___________ 2/5 4/5 Michei David/Hurtubise Michei David/Hurtubise 4 Gaby Dernier \u2022 Tome 3 1942-1976\tPauiine Giii/Québec Amérique\t3/5 5 Les béritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 9 Mirages\tAnne Robiiiard/Weiian\t6/11 6 Les béritiers du fieuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tLouise Trembiay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 5/2\t 7 Louise est de retour\tCbrystine Brouiiiet/Homme\t10/9 8 isa \u2022 Tome 1 LHe des excius\tSergine Desjardins/Guy Saint-Jean\t7/2 9 Détours sur ia route de Composteiie\tMyiéne Giibert-Dumas/VLB\t-/I 10 Le secret de Lydia Gagnon\tCiaire Pontbriand/Goéiette\t9/5 W Romans étrangers\t\t 1 Centrai Park\tGuiiiaume Musso/XD\t1/4 2 Mucbacbas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancoi/Aibin Micbei\t2/3 3 La nuit ieur appartient \u2022 Tome 2\tSyivia Day/Micbei Lafon\t3/3 4 Le cbardonneret\tDonna Tartt/Pion\t5/15 5 Mucbacbas\tKatherine Pancoi/Aibin Michei\t4/9 6 Dark secrets\tMicbaei HiorthlHans Rosenfeidt/Prisma\t8/3 7 Moi, Micbaei Bennett\tJames Patterson | Micbaei Ledwidge/Archipei -/I\t 8 La nuit ieur appartient \u2022 Tome 1\tSyivia Day/Michei Lafon\t10/10 9 Traînée de poudre\tPatricia Cornweii/Fiammarion Québec\t6/6 10 La vie en mieux\tAnna Gavaida/Diiettante\t-/I 1 Poing de mire\tNormand Lester/Homme\t1/2 2 La revanche des moches\tLéa Ciermont-Dion/VLB\t2/3 3 Remettre à demain.Essai sur ia permanence.\tJonathan Livemois/Boréai\t-/I 4 Paradis fiscaux : ia fiiiére canadienne\tAiain Deneauit/Écosociété\t5/9 5 Le bon sens à ia Scandinave.Poiitique.\tD.Côté 1 M.-F.Raynauit/PUM\t-/I 6 Derrière i\u2019état Desmarais : Power\tRobin Phiipot/Baraka\t-/I 7 Contes et comptes du prof Lauzon \u2022 Tome 5\tLéo-Paui Lauzon/Michei Brûié\t-/I 8 Le prochain virage\tFrançois Tanguay | Steven Guiibeauit/Druide\t7/7 9 Mœurs de province\tFrançois Ricard/Boréai\t3/5 10 Henri-Paui Rousseau, ie siphonneur de ia Caisse de dépôt\tRichard Le Hir/Michei Brûié\t4/3 ?\"Essais étrangers\t\t 1 La grande vie\tChristian Bobin/Gaiiimard\t2/7 2 Piaidoyer pour i\u2019aitruisme.La force de ia bienveiiiance\tMatthieu Ricard/NiL\t1/26 3 La vérité sur ies médicaments\tMikkei Borch-Jacobsen/Édito\t5/11 4 Construire i\u2019ennemi.Et autres écrits occasionneis\tUmberto Eco/Grasset\t-/I 5 Du bonheur.Un voyage phiiosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t10/3 6 Lindien maicommode.Un portrait inattendu des Autochtones\tThomas King | Daniei Poiiquin/Boréai\t4/9 7 Pourquoi un enfant de 5 ans n\u2019aurait pas pu faire ceia.\tSusie Hodge/Marabout\t-/I 8 La pius beiie histoire de ia phiiosophie\tLuc Ferry | Ciaude Capeiier/Robert Laffont\t8/11 9 Au périi des idées.Les grandes questions de notre temps\tE.Morin | T.Ramadan/Presses du Châteiet\t6/2 10 La grande saignée.Contre ie cataciysme financier à venir\tFrançois Morin/Lux\t-/I La BTLF (Société de gestion de ia Banque de titres de iangue française) est propriétaire du système d'information et d'anaiyse EsspsrÉ sur ies ventes de iivres français au Canada.Ce paimarés est extrait de Bsspsril et est constitué des reievés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet BsspsnI.© BTLF, toute reproduction totaie ou partieiie est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2014 LITTERATURE La Vitrine Erik Orsenna d< 1 Academie française Mali, ô Mali ROMAN MALI, 0 MALI Erik Orsenna Stock Paris, 2014, 403 pages En 2003, l\u2019académicien Erik Orsenna, conteur fabuleux, donnait vie à Madame Bâ.C\u2019est encore elle, le guide de ce Mali méconnu, qui enchante l\u2019écrivain de 67 ans, qui a passé une partie de sa vie en Afrique.Voyez son site Internet: il a coiuu le monde, trouvé l\u2019île de la grammaire, celle des romans, de la capitainerie et de tous les voyages.Dans cette Afrique qu\u2019il aime tant, il revient donner du coffre aux voix, aux chants et aux rjÆmes maliens.Madame Bâ Marguerite a son griot, Ismaël, qui lui donne de l\u2019écho.Lorsque les événements se gâtent, elle se réfugie au nord, à Tombouctou, en même temps qu\u2019arrive le président Erançois Hollande.Elle le rencontre, prétexte à un échange vibrant.Elle dit ses craintes, la crise venue du Nord, des trafics, du désert, ce qui menace le Sud.Tout le livre parle, est fait poiu être lu à haute voix, tout plein qu\u2019il est de dialogues sjunpathiques.Orsenna est un trésor vivant poiu la terre, avec ses traités siu l\u2019eau, siu la route du papier, siu l\u2019entreprise des Indes par Colomb.Cet économiste universitaire, qui a du sang cubain, entré dans, les hautes fonctions de la politique internationale, conseiller d\u2019Etat et écrivain, aime beaucoup la mer.Pas grand espace de côtes qu\u2019il n\u2019ait longé.Cet homme avisé, aimant s\u2019engager et se frotter au grand public, écrit simplement.Drôlement bien.On y apprend de vraies choses siu le cœur de l\u2019Afrique, dans ce Mali de tous les trafics (armes, tabac, drogues et faux médicaments).L\u2019espérance naît du savoir d\u2019Orsenna.Guylaine Massoutre POESIE mPEUPLlD! POtSlE ^ ¦ a a H SALUT LOUP! Laurance Ouellet Tremblay La Peuplade Chicoutimi, 2014, 94 pages Déroutante, la poésie de Laurance Ouellet Tremblay dans Salut Loup .T Si! Au point de se demander où se cache en fait cette poésie-là.Dans la première partie intitulée «Eengendration», on trouve ce poème: «Vengendration est le mouvement de l\u2019engendrement comme l\u2019aviation est le mouvement de l\u2019avion et la natation le mouvement de la nata» ; perplexe, on trouve cette autre précision, à savoir que «Vengendration est un phénomène vital de passation d\u2019organes et de passation de marde».On se gratte un peu la tête.D\u2019autant plus qu\u2019on y trouve «de la bouillie de chair/ de la nuée de voix».(3omme on n\u2019y comprend pas grand-chose, on se dit qu\u2019on est aussi bien de se rabattre sur la poésie elle-même, ailleurs, où on apprend qu\u2019on serait «prêts à revêtir nos peaux soufflées, nos grands ballons doux, balles de beaux d\u2019en bas, bébelles de bonbons».Une idée s\u2019impose : tout pour le ludique.Mais aussi, quelque parfi la revendication face à la vie, à l\u2019urgence d\u2019être, sur tous les tons, grands loups avides de la chair et de l\u2019esprit de survie.Cette poésie se situe dans la jouissance de la langue et du désordre, mais elle est une rafale d\u2019air qui ouvre des vannes: toute curieuse qu\u2019elle soit, elle est faite de cette eau qui met le langage à mal et en joie, et «nous restons là / ahuris / usés/effrayés qu\u2019elle ne nous altère/irrémédiablement».Hugues Corriveau ScTïl^tO Onanne ROMAN POUR ADOS APRES LA VAGUE Orianne Charpentier Gallimard Jeunesse Paris, 2014, 176 pages En voyage avec leur famille dans un pays d\u2019Asie du Sud, les jumeaux français Jade et Maxime, 15 ans, sont sur la plage quand le dévastateur tsunami de l\u2019océan Indien, en 2004, engloutit tout.In extremis, Maxime s\u2019en sorfi mais sa sœur est engloutie par la vague.Lancé sur les chapeaux de roues grâce au récit très réussi du chaos créé par le raz-de-marée, ce roman pour adolescents explore ensuite la détresse psychologique du sur-vivanL rongé par la culpabilité et en proie au désespoir.Dans son errance post-traumatique, qui l\u2019entraîne jusqu\u2019à Prague et à Montréal, Maxime apprend à transformer son chagrin en force et à trouver «sa force dans la faiblesse».La romancière flirte parfois avec les clichés liés à l\u2019univers du deuil, mais parvient néanmoins, par la finesse de son style efficace, à nous faire partager les lourdes émotions de l\u2019adolescent endeuillé.Louis Cornellier ALBUM JEUNESSE LA PRINCESSE BEAU DODO Nadine Bismuth et Annie Carbonneau Editions de la Bagnole Montréal, 2014, 32 pages La pripccssîe Nadine Bismuth a déjà démontré son talent pour la parodie dans son roman Scrapbook (Boréal, 2004).Pour son premier opus en littérature jeunesse, elle poursuit dans cette veine avec un récit qui se moque assez gentiment des classiques de têtes couronnées passées à la moulinette Disney.Elle raconte l\u2019histoire d\u2019une princesse mal mariée qui dort tout le temps, et ne s\u2019en lasse pas, au ^and déplaisir de son ennuyeux époux, qui fait appel aux services de «la meilleure sorcière de l\u2019univers» pour extirper sa moitié endormie de sa torpeur.Mal lui en prendra quand celle-ci s\u2019activera, beaucoup trop.Elle se trouvera heureusement une mission utile auprès des enfants endormis du monde.Les illustrations colorées et tout aussi moqueuses d\u2019Annie Carbonneau égayent ce pastiche amusant.Amélie Gaudreau V- JEAN-LUC BERTINI/OPALE Chevillard est un invité qui observe nos codes et les pointe avec distraction, en logicien décalé, de sorte qu\u2019il n\u2019en reste que leur nullité.La joyeuse anarchie de Chevillard Outre un blogue, Éric Chevillard tient une stimulante chronique littéraire au Monde des livres depuis août 2011.Ce lecteur assoiffé a surtout publié 34 livres, d\u2019un style impayable : l\u2019humour.Rien de plus difficile à décrire et de plus irrésistible quand vient le temps de s\u2019esclaffer.Qui aime l\u2019incongru sera amplement servi avec Le désordre azerty.GUYLAINE MASSOUTRE Le sens de la vie, c\u2019est justement de s\u2019amuser avec la vie», écrivait sérieusement Kundera dans Risibles amours.Chevillard est de ces intelligences affairées à tourner les manches à l\u2019envers, à secouer les clichés, à faire remonter l\u2019homme au singe et à déplier l\u2019inconscient sans jamais se vanter.Discret, il mime la bêtise, fait quelque chose de rien, et ce rien devient une insolence qui vous immerge dans Le désordre azerty.Prenez le titre.Azerty, est-ce un mot savant, un terme technique, une bactérie, une maladie psychique ?C\u2019est un peu tout cela, cet ordre du clavier européen de la machine à écrire, établi au XIX® siècle pour permettre une frappe rapide.Variante du qwerty, ce vrai ordre faux se décline selon les langues.Robert et Larousse en font un adjectif invariable.Résultat?Plus que les faces d\u2019une médaille, « désordre» et «azerty» font la paire, comme les gifles qui vont par deux, ou les pantoufles, ou les ailes.Deux gants d\u2019une paire.Ses centaines de pages auront secoué la langue ! Pari gagné.Qui n\u2019a gloussé à l\u2019esprit de Chevillard, à cette «inquiétante étrangeté» freudienne des jeux avec le sérieux, le coup de pied à la langue et le pied de nez aux énoncés ! Chevillard est un invité qui, observant vos codes, les pointe avec distraction, en logicien décalé, de sorte qu\u2019il n\u2019en reste que leur nullité.Le voudriez-vous à votre table ?Fabrique de preuves Le désordre azerty ne prend le clavier que pour mettre en question ce qui en sort.Chevillé à sa machine comme la rime à l\u2019alexandrin, avec ses outils il forge du comique et fouille les falbalas de la métaphore filée.De la grivoiserie?Non.Des mots-valises?Non.Des lapsus?Non.Des doubles sens, des homophonies et autres phobies ?Nenni.Quel trouble trope, alors ?Du jadis où Chevillard peignait l\u2019écrivain en démarcheur, en fantôme, en crabe ou en hérisson, il a forgé des perles baroques qui sont aux idées ce que les lapins dans la lune par temps clair sont aux cœurs purs.Un imaginaire littéraire, un sens critique solide, une improvisation fulgurante, un cabotinage théâtral avec exhibition de mots sous un masque à succès.Ce téméraire Arlequin profane les pe- LE DESORDRE AZERTY ERIC CHEVILLARD tites misères et les tartufferies, sans quitter sa posture ordinaire, grenouille émancipée du désir d\u2019être bœuf, ce souffre-douleur.Il saisit d\u2019abord le dictionnaire au mot «aspe».«Appareil à tisser la soie des cocons» ou «Dévidoir servant à tirer la soie des cocons», selon les dictionnaires.Huit pages de gribouillage drolatique s\u2019ensuivent.Le poisson vous glissera sous les yeux dans le flot des mots.Jusqu\u2019à ce «zoo», lisez «zou», et toute une ménagerie échoue à l\u2019arche, dans l\u2019ordre déréglé de qui imposa un jour cet étrange clavier.La force du désordre Bruit insignifiant, direz-vous ?Perte de temps ?Bruno Blanckeman, Tiphaine Samoyault, Dominique Viart et Pierre Bayard plaident pour lui dans Pour Eric Chevillard (Minuit, 2014).«L\u2019herméneutique du fou»-, «Rendre bête»-, «Littérature spéculative » ; «Pour une nouvelle littérature comparée» : ces professeurs vantent ainsi son originalité, sa singularité contraire aux produits de la marchandisation.Hommage aux lubies, aux fluctuations de l\u2019énorme, à la dissolution.Chevillard est une bouffée d\u2019air dans un horizon encombré.Il y a du Michaux, du Lautréamont et surtout du Chevillard dans son style de jongleur.Un écart irréductible avec le déjà lu, malgré l\u2019ancrage solide au savoir.Aussi a- t-il remporté le prix Vialatte 2014 pour toute son œuvre, surtout ses trois livres récents : Le désordre azerty (Minuit), Péloponnèse (Pata Morgana, 2013) et L\u2019autofictif en vie sous les décombres (L\u2019Arbre vengeur, 2014).Ce à quoi l\u2019impénitent a répondu sur son blogue : «La dotation du prix Alexandre Vialatte est de 6.105 euros, soit la hauteur du Puy de Dôme et la longueur du fleuve Congo cumulées.Il se trouve que je suis cette année le lauréat de ce prix.» Tiré du Désordre azerty: «Quinquagénaire! N\u2019ai-je donc tant vécu que pour cette infamie?Si je rassemble mes souvenirs, pourtant, il n\u2019y a certes pas de quoi occuper des années en si grand nombre \u2014 que vais-je bien pouvoir faire de tout ce temps?Voici ce qui me revient, pêle-mêle, comme un tiroir que l\u2019on renverse.» Et cela commence, l\u2019invraisemblable liste en association libre.Sept pages de liste, un vrai cabinet de merveilles.Ses liens avec Jérôme Lindon comme sa correspondance avec Gaétan Soucy.C\u2019est une pêche d\u2019aspes, circulez les biographes, copistes et perroquets, l\u2019auteur prend son envol, vous reculez, allez zou ! Collaboratrice Le Devoir LE DÉSORDRE AZERTY Eric Chevillard Minuit Paris, 2014, 202 pages POUR ÉRIC CHEVILLARD Collectif Minuit Paris, 2014, 128 pages La vie comme recommencement GILLES ARCHAMBAULT Marcello Pois réussit à mener de front deux carrières littéraires, celle d\u2019auteur de polars et celle de chantre de son coin de pays, la Sardaigne.Le roman qui nous occupe aujourd\u2019hui est le deuxième tome d\u2019une trilogie commencée avec La lignée du forgeron (Seuil, 2011).Chacune de ces œuvres constitue toutefois un tout et ne constitue pas une suite de la précédente.Lorsque commence C\u2019est à toi, Vincenzo sort de l\u2019orphelinat où il a passé son enfance et son adolescence.On est en octobre 1943, l\u2019Italie est en guerre.Lorsqu\u2019il arrive en Sardaigne, à la suite d\u2019une traversée houleuse, il n\u2019a qu\u2019un document qui atteste qu\u2019il a pour patronyme Chironi et que dans un village nommé Nuoro se trouvent des parents dont il ignore tout.H part donc à leur recherche.Parfait ingénu, il doit se fier à des inconnus.Il est rapidement accepté par son grand-père Michele, C est a toi forgeron de métier, et Marianna, sa tante.Dans ce coin éloigné, bientôt aux prises avec la malaria et une épidémie de sauterelles, la guerre se déroule ailleurs.Vincenzo ne tarde pas à s\u2019imposer.Même si Marianna s\u2019est déjà affichée comme fasciste, elle accepte que Vincenzo ait plutôt des affinités communistes.D\u2019autant que, pour la construction d\u2019une église, il faudra bien que la forge fonctionne.Vincenzo se mêle de politique, sans trop de succès.De même son mariage avec Cecilia, qu\u2019il aime folle-meuL se met-il à battre de l\u2019aile.Après deux fausses couches, Cecilia se refuse à lui.H demande de plus en plus à l\u2019alcool ce que l\u2019amour lui refuse.Un soir pourtant, il oblige sa femme à lui céder.Puis, honteux, il se suicide.Il ne saura jamais que Cecilia mènera sa grossesse à terme cette fois.Le clan du père À la fin du livre, on apprend que le fils issu du geste de Vincenzo sera père à son tour.Quant à Michele, devenu centenaire, il meurt, s\u2019imaginant en conversation avec l\u2019ange de la mort qui lui apprend qu\u2019il ne meurt pas, mais qu\u2019il renaît grâce à un nouveau-né qui perpétue la famille des Chironi.On comprend que la recherche du père est le véritable thème du livre.Vincenzo n\u2019a pas connu le sien, n\u2019a jamais su qu\u2019il l\u2019était devenu à son tour.SurtouL il n\u2019a pas compris qu\u2019il était le chaînon d\u2019une lignée.Perpétuel étranger, croyant a, À force de répéter, étant vieux, nous découvrons être moins spéciaux que nous n\u2019avions cru l\u2019être )) Extrait de C\u2019est à toi jusqu\u2019à la fin qu\u2019il lui serait impossible d\u2019être père, à l\u2019image de son géniteur mort à la guerre, il a perçu son voyage humain comme une errance.La beauté de ce roman vient de la grandeur d\u2019un hymne à la vie.Marcello Pois sait parler de la nature sauvage d\u2019un coin perdu de Sardaigne et des gens qui l\u2019habitent.Il y a tout de même une certaine lourdeur dans l\u2019évocation de ce clan familial.Une lourdeur qui dépendrait de la thèse développée.De très grands écrivains se sont appliqués à dénoncer cette filiation obligée que veut illustrer notre auteur.Doit-on continuer l\u2019œuvre de nos ancêtres et s\u2019en réjouir?L\u2019option de Marcello Pois est sans équivoque.Si le lecteur admet, ne fût-ce que le temps de la lecture, cette profession de foi, il sera comblé.Collaborateur Le Devoir C\u2019EST À TOI Marcello Pois Traduit de l\u2019italien par Jean-Paul Manganaro Seuil Paris, 2014, 329 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 MAI 2014 F 5 LIVRES Les batailles de Cocke Louis Hamelin Si le calembour est, comme Ta dit Hugo, la fiente de fesprit, alors toute une période de la littérature québécoise sent très fort le guano.«Méat coule pas», écrivait Réjean Ducharme.«Au nord, ton père et ta mère!», lui répondit, dans Race de monde, un futur géant du «lard d\u2019écrire».La redécouverte des œuvres d\u2019Emmanuel Cocke, à laquelle le collègue Christian Desmeules faisait écho dans ces pages l\u2019automne dernier, suivie, cet hiver, de la parution d\u2019une première biographie, est l\u2019occasion de localiser un autre des astres de cette bulleuse nébuleuse ducharmienne, au point que Cocke dut parfois s\u2019en défendre: «On m\u2019a dit que ça fait Ducharme, mais je n\u2019ai pas attendu qu\u2019il écrive pour faire des jeux de maux», écrit-il dans une lettre adressée au bon Réginald Martel, citée par son biographe.Ralph Elawani.De celui-ci, que nous ne connaissons pas, de son écriture, de son ouvrage, de son style, seuls éléments à notre disposition pour juger du sérieux du personnage, il y a beaucoup à dire, et d\u2019abord ceci: n\u2019est pas Réjean Ducharme qui veut, ou même Emmanuel Cocke.«Correspondant, caresse pendant, careless pardon ?» se lit, page 84, un intertitre qu\u2019on suppose être du cru du biographe.Une nébuleuse ducharmienne, disais-je.L\u2019absence de génie de la langue, de la simple musique des mots, chez ses plus mauvais disciples, trouve parfois un abri dans le nuage d\u2019encre de seiche de la nébulosité du style et les calembours douteux.D\u2019après Ralph Elawani, « [Lucien] Francœurse lamente aujourd\u2019hui de l\u2019obscurantisme dont a souffert cette période que le temps et les institutions, par leur manque de laxisme, amenuisent assidûment».J\u2019ai beau relire.Enfin, tant mieux pour lui si son éditeur le comprend.Parce que même avec des dizaines de milligrammes de substances hétérogènes dans le sang, le rockeur-cowboy serait sans doute incapable de s\u2019exprimer d\u2019une manière aussi confuse, et si ça se produisait, il incomberait alors au biographe d\u2019y mettre un peu d\u2019ordre.D\u2019ailleurs, le bon vieux Lucien y va au contraire d\u2019une ou deux observations ne manquant pas de pertinence: «[.] on n\u2019a pas eu la chance d\u2019avoir un Ginsberg qui a documenté le tout ou qui a continuellement archivé, photographié et fait de ça un monument.» Prose combat Non, le problème, je ne l\u2019écris pas sans tristesse, réside dans la prose de Monsieur Elawani elle-même, comme dans l\u2019évidente absence de tout travail éditorial digne de ce nom réalisé sur son manuscrit.Mettons que vous êtes un lecteur professionnel et que, sous vos yeux, un personnage «s\u2019embourbe dans un cambouis adultère», vous faites quoi?Dans les lignes qui précèdent, dans celles qui suivent, vous cherchez en vain la mention d\u2019un garage.Parfois, il faut reconnaître que les formules éprouvées telles que «courailler», «infidélités» et «tromper sa femme » font le boulot: aucune honte à les employer.Je sais de quoi je parle.J\u2019ai moi-même été ce jeune auteur qui, pour épingler les turpitudes du grand patronat, n\u2019hésitera pas à évoquer des «cerveaux arrimés au modèle entrepreneurial et à son bouillon de fèces déguisé en macédoine» (Ralph Elawani, préface à L\u2019exquis cadavre, du même Cocke).De voir qu\u2019Elawani est né en 1986 serait de nature à me rassurer.C\u2019est l\u2019âge des abus.Il va s\u2019en remettre.Mieux: il est presque assuré de vivre plus longtemps que son biographié, renversé en SOURCE TETE PREMIERE L\u2019auteur, journaliste et critique Emmanuel Cocke est associé à la contre-culture montréalaise des années 1960-1970.Il est décédé en 1973.C\u2019EST COMPLET AU ROYAUME DES MORTS pleine poursuite de la gloire par une mauvaise vague, puis tué par les soins inadéquats reçus, à 28 ans, en Inde.Méta métaphore Et puis, du caca qui de bouillon devient macédoine, si l\u2019idée est de faire baroque à tout prix, je n\u2019ai rien contre.On a un autre problème quand la langue, à force de perdre en précision, ne réussit plus à assurer l\u2019articulation des idées.On aimerait pouvoir accuser la traduction, mais le problème, c\u2019est qu\u2019on a affaire à une version originale.C\u2019est presque un miracle que ce livre écrit dans un idiome approximatif, caractérisé par une syntaxe bancroche et une grammaire joyeusement massacrée, parvienne tout de même à intéresser, la faute en étant aux drôles de moineaux dont les portraits rapidement esquissés font pâlir par contraste le sujet principal de ces pages, je pense aux Patrick Straram et Piel Maltais, pour s\u2019en tenir aux seuls faux Indiens.C\u2019est toute l\u2019époque qui fascine.Venons-en à la thèse qui, au-delà de la dimension proprement biographique, est exposée dans cet ouvrage.Elle s\u2019annonce déjà dans le «Mot dej\u2019auteur» placé au début: «A l\u2019aube du quarantième anniversaire de la mort de l\u2019auteur de L\u2019emmanuscrit de la mère morte (Tête première) la diffusion des premiers pas de la contre-culture québécoise ne s\u2019est pas effectuée de manière à en assurer la postérité.» D\u2019où notre relatif oubli de l\u2019œuvre marginale d\u2019un Cocke, « [pulvérisée], croit Elawani, par \u201cl\u2019industrie culturelle\u201d [qui] tient les rênes [et] conditionne la culture».D\u2019abord, il est loin de réussir à nous convaincre que Cocke fut un personnage im- Croyez-vous en Dieu?Non, mais f espère que lui croit en moi.yy Emmanuel Cocke, en entrevue portant de ladite contre-culture.Eigure de la scène locale des sixties, soit.Mais la contre-culture fut une expérience, ensuite une posture, et si les jeux de mots suffisaient.Réjean Ducharme serait un auteur canonisé de l\u2019underground.Oui, la prose de L\u2019emmanuscrit.fait parfois penser à du Burroughs, mais des filiations littéraires de l\u2019auteur, on ne saura pas grand-chose en lisant cette bio embrouillée et bâclée où manque le fil conducteur.On en ressort avec l\u2019impression que, contrairement à la sauvage éponge des bas-fonds califor-niphiles que fut Straram, à l\u2019expérimentateur de drogues et petit pape autoproclamé de la conscience alternative que fut Jean Basile, Emmanuel Cocke, avec sa belle gueule et son sourire goguenard, s\u2019est arrangé le plus souvent pour tenir ces histoires de «hippies» à distance.La contre-culture comme héritage bloqué, jamais transmis, voilà d\u2019ailleurs un beau paradoxe.Son essence même fut le désir d\u2019habiter le présent, de flamber dans l\u2019instant.C\u2019EST COMPLET AU ROYAUME DES MORTS Emmanuel Cocke, le CASCADEUR DE L\u2019ESPRIT Ralph Elawani Tête première Montréal, 2014,248 pages Socrate en 2014?Nos rhéteurs n\u2019ont qu\u2019à bien se tenir ! Robert Aird et Yves Trottier Qu\u2019en dis-tu, Socrate?Ylb éditeur DICTIONNAIRES Malin et grands méchants CAROLINE MONTPETIT On dit qu\u2019il est dans les détails.Autant dire qu\u2019il est partout.Pour ceux, et ils sont sans doute nombreux, qui n\u2019ont jamais vu le diable en personne, Alain Rey s\u2019est attardé à le décrire dans un dictionnaire: Le dictionnaire amoureux du diable.Mais, comme Dieu, le diable est à la fois omniscient et insaisissable.Le dictionnaire énumère donc les formes, infinies, que les hommes lui ont données dans la culture: crapaud, serpent ou bouc, sorcier ou sorcière.Diable exorciste ou émissaire du désir tentateur.À défaut de l\u2019avoir vu, on croit parfois entendre son rire.«Ce rire-là témoigne de la gaieté du diable lorsqu\u2019un péché est commis», écrit Rey.Diable d\u2019hommes Dans l\u2019ouvrage Dictionnaire de la méchanceté, on cite Robert Muchembled, qui dit que le diable tend à s\u2019effacer au XX® siècle.«Ou plutôt il s\u2019intériorise pour prendre peu à peu la figure de l\u2019homme lui-même.» On abordera ici le thème de la cruauté chez Edgar Allan Poe, ou à l\u2019opéra, mais on recense aussi de célèbres méchants, de Cléopâtre à Marie Tudor, dite la sanglante.La fiction n\u2019est pas en reste, avec Dracula, Cruella d\u2019Enfer, Médée ou le terrible Barbe-Bleue.Sans parler des nombreux tueurs en série de l\u2019histoire, d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, qui auraient eu une juste place dans cet inquiétant panthéon.En introduction, les auteurs signent cette réflexion qui s\u2019applique, sans doute, tant pour le diable que pour le méchant.«Au fond, parce qu\u2019il marque de son empreinte la mémoire des Hommes, le vrai méchant réussit le triste exploit de conquérir une étincelle d\u2019éternité.» Le Devoir DICTIONNAIRE AMOUREUX DU DIABLE Alain Rey Plon Paris, 2013, 976 pages DljCTIONNAIHE DE LA MECHANCETE Sous la direction de Lucien Faggion et Christophe Regina Max Milo Paris, 2013, 382pages Alain Dictionnaire amoureux du Diable , DICTIONNAIRE.,,., MECHANCETE fA Les clefs du Paradise « Michel Tremblay, avec la créativité et la verve extraordinaire qu\u2019on lui connaît, raconte comment Édouard, un enfant de la crise et de la pauvreté, est arrivé jusqu\u2019au paradis des nuits de Montréal.[.] Ses personnages, tellement solides, puissants, vivants et réalistes, surgissent au fil des pages, surprennent, émeuvent et font rire.» Marie-France Bornais, Le Journal de Québec vlb éditeur Une société de Québécor Média 514 524-5558 lemeao@lemeac.eom Québec H ra F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 MAI 2014 ESSAIS Quelle histoire pour le Québec ?Limité par son format, cet ouvrage s\u2019avère néanmoins une bonne introduction à notre histoire (3,3 ,^3-\u201d ' Louis CORNELLIER Quel livre pourrait-on conseiller à une personne qui voudrait aecouvrir ou redécouvrir avec plaisir l\u2019histoire du Québec?Cet ouvrage, évidemment, devrait être une synthèse couvrant tous les grands moments de cette histoire, de la Nouvelle-France, et même avant, jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Serait-ce le classique Canada-Québec, 1534-2000 (Septentrion, 2000), des Lacour-sière, Provencher et Vau-geois?Très riche en contenu, cet ouvrage est toutefois un peu trop scolaire.Histoire populaire du Québec (Septentrion, 1995-2008), du même Jacques Lacoursière, alors?Il y a là, encore une fois, beaucoup de matériel intéressant, mais l\u2019ensemble, qui fait cinq tomes, est fastidieux.Peut-être Une histoire du Québec racontée par Jacques Lacoursière (Septentrion, 2002) ?La synthèse est plutôt réussie, mais manque d\u2019élan.Les deux tomes de Marcel Tessier raconte.(L\u2019Homme, 2000 et 2004) brillent, eux, par leur style énergique, mais ont un je-ne-sais-quoi de folklorique qui les empêche de prétendre au titre d\u2019ouvrages de référence, même s\u2019ils sont très stimulants.La série Mythes et réalités dans l\u2019histoire du Québec (Hur-tubise, 2001-2010), de Marcel Trudel, est un petit chef-d\u2019œuvre regorgeant de trésors, mais il ne s\u2019agit pas vraiment d\u2019une synthèse.L\u2019histoire du Québec pour les nuis (First, 2012), d\u2019Éric Bédard, remplit, pour sa part, toutes les conditions pour s\u2019imposer comme l\u2019ouvrage à lire par quelqu\u2019un qui souhaite avoir une vue d\u2019ensemble, mais le format de la collection dans laquelle il est publié (texte surdivisé en sections, abus des encadrés et des incidentes) rend sa lecture systématique assommante.On comprendra, de ce tour d\u2019horizon, qu\u2019il n\u2019y a, pour le moment, pas de réponse vraiment satisfaisante à la question formulée en ouverture de cette chronique.Tous les ouvrages mentionnés ont d\u2019évidentes qualités, mais aucun \t.» \t \t \t \t ^ m HURTUBISE d\u2019entre eux ne peut prétendre sans contredit au statut de synthèse rigoureuse et agréable à lire de l\u2019histoire du Québec.Cet ouvrage de référence qui s\u2019imposerait comme une évidence, donc, nous l\u2019attendons encore.limite du format Ce ne sera pas, malheureusement, L\u2019histoire du Québec en 30 secondes, des historiens et didacticiens Sabrina Moisan et Jean-Pierre Charland.Ce livre, bien fait, pourra certes être lu avec profit pour ceux qui souhaitent mieux connaître notre histoire, mais, comme dans le cas du livre de Bédard, le format de la collection dans laquelle il est publié lui impose des contraintes de brièveté qui limitent sa portée.Présenter les tenants et aboutissants de la Conquête en une ou deux pages, par exemple, force à des raccourcis nécessairement frustrants.Moisan et Charland, dans ce contexte, ont bien travaillé.En introduction, ils évoquent, à raison, le fait que «les querelles sur ce qui devrait être appris une bonne fois pour toutes sont sans fin, et pour cause».L\u2019histoire, en effet, par sa nature, ne peut qu\u2019engendrer une «pluralité de récits», en fonction de l\u2019angle choisi, et elle demeure «un objet de revendications et un objet de propagande».Faut-il raconter l\u2019histoire du seul groupe canadien-fran-çais ?Sinon, quelle place faire aux autres communautés?Doit-on insister sur les grands événements et sur les principaux personnages historiques (histoire politico-nationale) ou plutôt mettre l\u2019accent sur les phénomènes structurants et sur les groupes sociaux (histoire sociale) ?Les historiens, ici, ont opté pour une approche principalement sociale, sans exclure la trame politique et nationale.Dans le dernier chapitre de l\u2019ouvrage, intitulé «Les défis de la modernité.1976 à nos jours», ils traitent, par exemple, du ralentissement écono- mique des années 1980, des enjeux liés à l\u2019immigration et de la Paix des Braves, tout en consacrant des «profils» à Pierre Elliott Trudeau et à René Lévesque et en revenant sur les référendums de 1980 et de 1995.Dans Uhistoire du Québec en 30 secondes, les historiens et didacticiens Sabrina Moisan et Jean-Pierre Charland ont opté pour une approche principalement sociale, sans exclure la trame politique et nationale.Ils affirment, ce faisant, et à raison, que l\u2019opposition radicale entre l\u2019histoire politico-nationale et l\u2019histoire sociale n\u2019a pas lieu d\u2019être et que les deux approches se complètent.La dominante, pour eux, va à la seconde approche, un choix que je trouve très hasardeux quand il s\u2019agit d\u2019introduire des débutants à l\u2019histoire, mais sans exclusion de la première.Débats multiples L\u2019histoire, on l\u2019a souligné, est une matière à débats, et celle du Québec n\u2019échappe pas à cette règle.Pour cette raison, il faut saluer le choix qu\u2019ont fait Moisan et Charland de faire ressortir certaines querelles d\u2019interprétation liées à quelques événements spécifiques.La question du premier peuplement de l\u2019Amérique, par exemple, n\u2019est pas tranchée.Qn a longtemps considéré comme une évidence le récit selon lequel ce peuplement avait été le fait de peuples provenant de la Sibérie, venus ici par le détroit de Béring.Qr, rappellent les historiens, une autre hypothèse évoque un peuplement par des peuples d\u2019origine australienne, venus par la voie maritime pacifique.Il y a dispute, aussi, au sujet des effets de la Conquête.«La fin de la Nouvelle-France, demandent en ce sens les historiens, constitue-t-elle une catastrophe ou une \u201cheureuse calamité\u201d pour les Canadiens ?La réponse est probablement nuancée», écrivent-ils.Les nationalistes, dont je suis, trouveront cette conclusion scandaleuse, mais ils auraient tort de reprocher à Moisan et à Charland de rappeler qu\u2019un débat existe sur le sujet, débat qui n\u2019est pas sans lien avec l\u2019ambivalence contemporaine des Québécois quant à leur destinée nationale.Qn en dira autant, d\u2019ailleurs, du débat concernant les intentions des Patriotes.Les rébellions expriment-elles d\u2019abord une volonté d\u2019indépendance nationale ou un désir de libéralisme, comme le postule John Saul?J\u2019ai ma réponse, mais je la sais contestée.Au sujet du référendum de 1995, enfin, les historiens soulignent à juste titre que son résultat «laissa une impression de victoire volée».S\u2019il n\u2019est pas, donc, la synthèse idéale de l\u2019histoire du Québec, cet ouvrage s\u2019avère néanmoins, tout compte fait, un formidable outil de découverte ou de redécouverte de notre malaisée épopée, qu\u2019il faudrait bien faire mieux connaître aux cégépiens.louisco@sympatico.ca L\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC EN 30 SECONDES Sabrina Moisan et Jean-Pierre Charland Hurtubise Montréal, 2014,160pages L'Histoire du Québec en cGCOUCIgS expliquésen moins d'une minute\t \t4 i \tAli»! 'jl*\t^ fli* *1^ Sabrina Moisan Jean-Pierre Charland\tHurtubH Il y â cent ans, on tua Jaurès Bruno Fuligni revisite les textes du penseur socialiste et pacifiste MICHEL LAPIERRE Le centenaire, cette année, du déclenchement de la Première Guerre mondiale est aussi celui de l\u2019assassinat de Jean Jaurès par un compatriote nationaliste.Le mobile du crime?Le penseur politique français, unissant patriotisme, internationalisme et pacifisme, s\u2019opposait au conflit avec éloquence et logique.Si l\u2019oligarchie capitaliste, comme il le déclara, «porte en elle la guerre, comme une nuée dormante porte l\u2019orage», la paix, elle, viendra du peuple.Voilà ce qu\u2019a compris on ne peut mieux Bruno Fuligni dans sa vibrante anthologie commentée Le monde selon Jaurès.L\u2019écrivain et historien montre que le mouvement social et l\u2019élan national ne font qu\u2019un pour l\u2019orateur intarissable qui, tout en sueur, après un discours de trois heures sans notes, devait se changer.La ferveur des travailleurs ne se divise pas et rassemble l\u2019humanité par-delà les frontières.Elle est source de paix.Docteur en philosophie, dreyfusard, fondateur du quotidien L\u2019Humanité, Jean Jaurès (1859-1914) s\u2019illustre surtout comme député socialiste.Il dés-embourgeoise l\u2019héritage révolutionnaire et républicain au point d\u2019affirmer que «la liberté, c\u2019est l\u2019enfant de la classe ouvrière, née sur un grabat de misère.» Selon Un peu dïntemationaUsme éloigne de la patrie; beaucoup dïntemationalisme y ramène yy Jean Jaurès lui, patrie et humanité s\u2019interpénétrent.Sur un ton prophétique, il lance: «C\u2019est dans le prolétariat que le verbe de la France se fait chair.» Lois sociales Fuligni a su discerner dans l\u2019union patriotique des classes qu\u2019exalte l\u2019orateur «une étonnante préfiguration de la Résistance».Jaurès ne se contente pas d\u2019encourager le patriotisme défensif, nullement offensif Partisan, dès 1892, de mineurs en grève, il soutient que des lois sociales «referont seules l\u2019unité de la patrie, en faisant disparaître les classes».Jaurès apostrophe la droite nationaliste qui se targue d\u2019être, à l\u2019encontre de la gauche qu\u2019il incarne, le seul dépositaire authentique de la tradition française.Il proclame: «Nous avons, nous aussi, le culte du passé.C\u2019est nous qui sommes les vrais héritiers du foyer des aïeux; nous en avons pris la flamme, vous n\u2019en avez gardé que la cendre.» Lui, libre penseur mais spiritualiste, champion de la laïcité mais admirateur de «l\u2019universelle possibilité du relèvement» que le christianisme a ensçignée au monde, il reproche à l\u2019Église, fermée au progrès et à la démocratie, d\u2019être infidèle à l\u2019évangélique «promesse de vie que les révolutionnaires de la pensée et de l\u2019action n\u2019ont jamais égalée».Pourtant, une autre grande figure française sensible à la dimension sociale du christianisme, Charles Péguy, mort lui aussi en 1914, cette fois à la guerre, accuse l\u2019orateur d\u2019être, à cause de son pacifisme et de son internationalisme, «un agent du parti allemand».C\u2019est dire à quel point Jaurès, tribun de «l\u2019unité humaine», comme le présente Fuligni, restait un prophète solitaire devant un nationalisme qui, inconciliable avec cette unité, aveuglait même les meilleurs.Collaborateur Le Devoir LE MONDE , SELON JAURES Polémiques, RÉFLEXIONS, DISCOURS ET PROPHÉTIES Bruno Fuligni Tallandier Paris, 2014, 224 pages Célébrez i les 40 ans d\u2019Art GlobaPet courrez la chance.de gagner 1 Aquarelle originale en couleur de Pierre Tougas, tirée du somptueux iivre d\u2019art L\u2019énigme du retour de Dany Laferrière d\u2019une valeur de 1450 $ Dessin original noir et blanc du même artiste d\u2019une valeur de 400 $ Cinq beaux iivres d\u2019une valeur totale de 185 $ Pour être éligible au concours, procurez-vous le livre d\u2019art L\u2019énigme du retour (quantité iimitée) au prix spécial de 149 $ (TPS et transport inclus) avant le 20 mal 2014.ivre.^ ^ Rendez-vous sur artglobai.ca pour voir le livre Remplissez le coupon et retournez-le accompagné d\u2019un chèque à Art Global, 507, Place-d\u2019Armes, bureau 1211, Montréal (Québec) H2Y 2W8 ou payez via artglobai.ca Nom : Prénom : Adresse : Ville : code postal Téléphone courriel : Les gagnants seront choisis par tirage au sort ie 26 mai 2014 à midi dans ies iocaux d\u2019Art Giobai.iis devront répondre à une question mathématique iorsqu\u2019iis seront avisés de ieur prix.Règiement disponibie chez i\u2019éditeur."]
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