Le devoir, 10 mai 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MAI 2014 \"J '/i W: ¦-Il .1-^ ^ ' V-vp ¦ 7 t*.-«SlàSl Le cœur aux ouvrages II r -.1 Z3 > i': K '-Hi ¦'il' 1 / :M M.TOÏ- La nouvelle bibliothèque de Lac-Mégantic «sent le neuf».Rayonnages impeccables, bouquins classés à l\u2019équerre dirait-on, plancher de bois luisant: mais pour ouvrir la médiathèque Nelly-Arcan, dans l\u2019édifice rénové et pimpant de l\u2019ancienne fabrique de lingerie féminine Canadelle, il a fallu trier des dizaines de milliers de dons.Visite d\u2019une biblio pleine, en quelque sorte, de livres cadeaux.i F - s \u2019¦&.¦: -Jf!^ A \\ > ~_____ ™ « \u201c 2:3 ^ ^ n^nffflwira?inp^r J* .p« gf ÎT ¦ ^ Atv».' 'f PHOTOS: JACQUES DOSTIE «Les gens ont une notion romantique comme quoi \u201cça fera plus de livres à la bibliothèque\u201d.Ce n\u2019est pas ça, ce n\u2019est pas une question de quantité.Ça prend des livres à joiu, capables de répondre aux besoins de toutes les clientèles.» CATHERINE LALONDE à Lac-Mégantic CA est une bibliothèque de la gé-/ nérosité, faite de dons venus du Québec comme de l\u2019autre côté de la frontière.Ils étaient nombreux et faisaient la fde dimanche pour la visiter.Et se réinscrire \u2014 1000 abonnés revenus en quelques jours, alors qu\u2019en 2013 la biblio en comptait 2500, pour une population de 6000 habitants \u2014 puisque toutes les données sont parties en fumée un certain 6 juillet, quand un train de pétrole fou a déraillé en plein centre-ville.«C\u2019étaient des retrouvailles, raconte avec l\u2019énergie de la passion Lucie Bilodeau, bénévole membre du CA et de l\u2019hjqieractif comité de relocalisation.Ya pus de place en ville pour se retrouver.Yavait le Dollarama et le Musi-Café.Ici, ça se serrait dins bras dimanche.Ça arrivait à 14 h.On s\u2019est dit: ça va rouler.Pantoute.Vêtaient encore là à 16h 10.Y se parlaient, se prenaient, s\u2019embrassaient.» Jusqu\u2019à créer un heureux problème de gestion de succès, entre autres dans la salle des enfants \u2014 X-box, lecteur DVD, quatre tablettes, gracieuseté du club des Lions, et quelques milliers de livres.Quelques milliers, parmi les 35000 documents déjà sur les étagères, surtout donnés.Parce qu\u2019un «flou artistique» entoure encore les possibles remboursements des assurances, le directeur Daniel Lavoie a préféré aller de l\u2019avant, reconstruire la bibliothèque sans attendre la clarification de la situation.Les bons Samaritains ont été nombreux.Mais leurs élans, si on écoute les histoires des employés et des bénévoles, n\u2019ont pas toujours été simples à gérer.En masse Imaginez.L\u2019Université Laval, par l\u2019entremise de son association étudiante, a envoyé 30 palettes \u2014 en «langage de transporteur», ce sont 50 000 livres.La directrice des éditions XYZ, Dominique Lemieux, a organisé une collecte auprès de diffuseurs et d\u2019éditeurs: 15 palettes de livres.Un Sherbrookois a légué sa collection, impeccable, de 1500 bandes dessinées.BAnQ a envoyé des titres québécois ; les musées, des livres d\u2019art, des catalogues d\u2019exposition, des monographies.Sans compter toutes les petites collectes, d\u2019organismes ou d\u2019individus.« On a aussi des éditeurs qui ont donné des livres, mais à 700 ou 800 exemplaires pour chaque titre, indique le directeur.Des invendus, je ne sais pas.On les a redistribués aux écoles et aux garderies.» D\u2019autres bouquins en excès seront donnés à Cultures à partager.«Ça a fait le bonheur de plusieurs.» Tout en complexifiant énormément le travail de l\u2019équipe.«Y\u2019a deux volets à la générosité, indique Lucie Bilodeau, en pesant ses mots.C\u2019est plate ce que je vais dire, mais le plus dur, ç\u2019a été l\u2019arrivée en masse des livres.On a perdu le contrôle.Sérieusement.Toute la ville était désorganisée.On cherchait des locaux.On a su par la télé que la Ville de Québec nous faisait envoyer deux camions de 45 pieds de livres.Arrivés, les gars ont dit: \u2018Yidez ça pendant qu\u2019on va dîner.Nous autres, on repart avec nos trucks.\"La madame TVA filmait, fallait sourire.Pis c\u2019était pas toute du beau.Des Petit Robert trop vieux, qui tiennent avec du tape gris.Des Protégez-vous de j\u2019sais pas quelle année.Ya beaucoup de gens qui en ont profité pour vider leurs vieux stocks.T\u2019as un laps de temps limité pour gérer ça.Tu peux pas payer trop d\u2019entrepôts.On s\u2019est fait passer des roulottes, mais l\u2019automne s\u2019en venait, et l\u2019hiver allait maganer les livres.» Certains ouvrages, précise Daniel Lavoie, tombaient en morceaux dès qu\u2019on les ouvrait.11 a vu des manuels scolaires des années 50, des atlas avec l\u2019URSS et les deux Allemagnes, de la psycho pop, «de l\u2019ésotérisme et des anges, assez pour remplir tous les rayons», et beaucoup, beaucoup, beaucoup trop d\u2019exemplaires de certains best-sellers de «Marie Laberge, Danielle Steel, Janette Bertrand, Michel David, Mary Higgins Clark, Au nom du père et du fils».VOIR PAGE F 2 : OUVRAGES Une lettre d\u2019amour posthume signée Gaétan Soucy Page F 3 Cent ans plus tard, Romain Gary Page F 5 9773 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MAI 2014 LIVRES La Vitrine MARIO DE CARVALHO L'ART DE MOURIR |\t| l AU LOIN I\t» LITTERATURE ETRANGERE L\u2019ART DE MOURIR AU LOIN Mârio de Carvalho Traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik Les Allusijs Montréal, 2014,127pages En usant ici encore du « chronovélème », une œuvre littéraire où s\u2019intercalent les genres, l\u2019écrivain portugais Mârio de Carvalho se fait sciemment marginal.Et marginalité il y a dans le ton hautement ironique de ce roman-feuilleton érudit et perspicace, qui expose les hauts et les bas d\u2019un couple en éclatement.Scénario classique ?En apparence, car au moment de séparer leurs biens, Arnaldo et Bârbara entament une dispute sur le sort.de leur tortue.La pauvre bête sera le point de bascule du récit et l\u2019élément déclencheur d\u2019une série de scènes cocasses (tentatives d\u2019adultère, réunions insolites, hold-up raté) servant l\u2019intrigue première.Très présent, volu-bile, l\u2019auteur-narrateur commente l\u2019action, interpelle le lecteur, critique en filigrane la société lisboète.Si certains pourront être rebutés par les constantes digressions, où pleuvent de délicieuses exagérations, celles-ci portent pourtant toute la charge virtuose du romancier.Au lecteur de juger si cette satire de l\u2019amour moderne, au verbe philosophique puisqu\u2019elle étudie la vacuité humaine, a valeur de sentence.Geneviève Tremblay A s.ROMAN POUR ADOS EUX Patrick Isabelle Leméac Montréal, 2014,112 pages L\u2019intimidation n\u2019est pas qu\u2019une embêtante réalité de cour d\u2019école.C\u2019est un drame, un scandale, un assassinat.Ce bref et dérangeant roman de Patrick Isabelle nous le fait ressentir avec véhémence.Son narrateur-personnage principal, un jeune ado normal lâchement agressé dès son entrée au secondaire, est criant de vérité en racontant sa tristesse, sa détresse, sa douleur, sa profonde solitude et son incompréhension.«Pourquoi moi ?», s\u2019exclame-t-il, sans obtenir de réponse et sans qu\u2019on lui vienne en aide.Ses phrases sont courtes, pantelantes, cadencées par l\u2019horreur de sa situation, habitées par la tragédie ultime qui s\u2019approche de plus en plus à chaque mot.Les scènes de violence et de cruauté sont insoutenables, mais justes.«Un roman-choc, aussi troublant qu\u2019essentiel», annonce l\u2019éditeur.Cette fois, c\u2019est vrai.Le lecteur, comme le personnage, ne peut qu\u2019avoir mal à l\u2019âme et s\u2019écrier «plus jamais fa» ! Le gouvernement libéral dit vouloir lutter contre l\u2019intimidation.Qu\u2019il impose cette lecture à tous ceux qui ont un lien avec l\u2019école.Louis Cornellier ENFIN UN RECUEIL UE RECITS OUBLIÉS D ÉMILE BRAVO 1 BANDE DESSINEE LE JARDIN D\u2019ÉMILE BRAVO Émile Bravo Les Requins Marteaux Paris, 2014, 80 pages Il est habile, le coquin.Il fait aussi ce que l\u2019on appelle du neuf avec du vieux en exposant avec une maîtrise impeccable des codes narratifs et graphiques de l\u2019univers classique de la bédé franco-belge, comme on dit, celle des années 50.Sur ceux-ci, il colle un cynisme, une impertinence, une causticité, une charge critique et politique que cette tradition littéraire n\u2019avait certainement pas.Il détourne aussi les grands classiques: Spirou, Black et Mortimer, Gaston.Et tout ça, finalement, devient très marrant.En témoigne, une fois de plus, cet assemblage inédit de planches imaginées par cet auteur alternatif qui dévoile l\u2019univers créatif aussi paradoxal qu\u2019engagé de ce drôle d\u2019Émile Bravo.On y croise une autopsie de la délocalisation, de la folie du nucléaire, du racisme ordinaire, de l\u2019occupation des territoires et des esprits, mais aussi une esthétique impeccable, un raffinement comique, un détournement brillant des codes qui donnent envie de dire à ce Bravo : Chapeau ! Fabien Deglise Promotion à rachat de trois livres de rabais* de rabais* de rabais* Du 26 avril au 25 mai 2014 * Rabais à partir du prix courant et ne peut être jumelé à toute autre promotion.Livres en stock seulement, à l'exception des livres scolaires et d'informatique.^ le Parchemin CRÉATEUR DE BONHEUR DETUIS 1966 il SOURCE HACHETTE Une case tirée de Les Pieds Nickelés font fortune Au royaume des perdants sympathiques FABIEN DEGLISE Il a déjà été en couleur, mais ça n\u2019a pas duré plus qu\u2019une planche.Il a illustré une nouvelle intitulée Rasta! Rasta.Il a même parlé à\u2019«acide bleue pas bonne» dans la revue contre-culturelle Mainmise.Et tout ça, et bien plus encore, se rappelle désormais au bon souvenir du présent, en format intégral.Michel Risque a été le premier héros moderne de bande dessinée, dit-on, ce que tient à souligner La Pastèque en rassemblant aujourd\u2019hui l\u2019œuvre complète sortie des cerveaux délurés et enfumés de Réal God-bout et Pierre Fournier.C\u2019était en 1975 dans les pages du journal La Barre du jour.L\u2019objet a été baptisé Michel Risque.L\u2019intégrale.Le volume I sort mardi prochain.Le personnage y passe d\u2019un coup sec de perdant sympathique à figure patrimoniale de l\u2019univers bédéesque du Québec.Un retournement de situation délicieusement grotesque, à l\u2019image des retournements de situation qui ont rythmé son existence et ses aventures dans les années 1970 et 1980.«Dès sa première apparition, Michel Risque est un héros.Dans le vrai sens du terme, écrit Sylvain Lemay, directeur du programme de bédé de l\u2019Université du Québec en Outaouais (UQO), qui préface ce fragment de patrimoine.Regardez-le parcourir la planète à la poursuite de méchants.Il y a du Tintin et du Bob Morane en lui.» C\u2019est peut-être un peu fort de café.Mais le lecteur peut en juger par lui-même depuis 2005, année où l\u2019éditeur mont- La figure du perdant divertissant a visiblement le vent dans les voiles en réalais a réédité les grands pans de cette œuvre jusque-là épuisée.Le savon maléfique.Le perroquet jaune.Latitude zéro et autres aventures de cet antihéros trouvaient alors une nouvelle résonance dans le présent, en montrant des rides, mais pas trop.Toutes ces planches se retrouvent désormais dans l\u2019intégrale, accompagnées des planches inédites réalisées par le duo.Toutes sauf une: celle réalisée en novembre dernier dans Le Devoir des écrivains et qui a marqué, en plaçant Risque dans le cadre de la commission Charbonneau, un retour remarqué du personnage capable encore d\u2019être toujours pertinent au présent.R»sutm> ées épisodes prdcédettts: Hichti Risque S6rt Au bois.On m\u2019appelle 1 Michel l^isque.ce moment dans Tunivers de la bédé Un trio avec ça?La figure du perdant divertissant a visiblement le vent dans les voiles en ce moment dans l\u2019univers de la bédé.En témoigne la réédition massive en France en ce moment des aventures des Pieds Nickelés, drôle de trio né en 1908 dans les pages de L\u2019Épatant.L\u2019auteur Louis Forton est leur géniteur.René Pellos a pris la relève ensuite dans les années 40.C\u2019est sous sa plume que l\u2019on retrouve d\u2019ailleurs Filochard, le petit bagarreur, Croquignol, le fin finot, et Ribouldingue, le barbu ventru, dans Les Pieds Nickelés font fortune, bouquin qui permet de renouer avec des planches publiées en 1948 et 1949 dans le Journal des Pieds Nickelés.La réédition a avant tout valeur historique, avec ses aventures dans la pure tradition de la bédé «à la fran- Pas de problème lorsqu\u2019on s'appelle MICHEL RISQUE ! SOURCE LA PASTEQUE Une case tirée de Michel Risque.L\u2019intégrale (volume I) çaise » \u2014 un texte posé sous l\u2019image, sans bulle \u2014 et sa construction d\u2019un monde foncièrement anarchique dans lequel les trois lascars vont développer autant leur sens de la survie que celui de la contestation.Et ce, dans un tout bien lointain qui lui aussi par moments laisse poindre quelques fragments de modernité.Le Devoir MICHEL RISQUE L\u2019intégrale (volume i) Réal Godbout et Pierre Éournier La Pastèque Montréal, 2014, 192 pages En librairie le 13 mai LES PIEDS NICKELÉS FONT FORTUNE René Pellos et Corrald Hachette Paris, 2014, 54 pages OUVRAGES SUITE DE LA PAGE F 1 «Les citoyens sont attachés à leurs livres, explique Stéphane Legault, président de l\u2019Association des bibliothèques publiques du Québec et bibliothécaire en chef à Boisbriand.Ils ne veulent pas les envoyer au recyclage, ils aiment qu\u2019ils aient une deuxième vie.Il reste une valeur sentimentale aux livres qui fait qu\u2019on ne veut pas qu\u2019ils meurent tout de suite.Mais la majorité de ce qu\u2019on reçoit en dons, quand on est une bibliothèque, est inutilisable.Les gens ont une notion romantique comme quoi \u201cça fera plus de li- vres à la bibliothèque\u201d.Ce n\u2019est pas ça, ce n\u2019est pas une question de quantité.Ça prend des livres à jour, capables de répondre aux besoins de toutes les clientèles.» Cette manne qui a déferlé sur Lac-Mégantic a obligé les bénévoles à réagir, souvent dans l\u2019ur- II y a aussi de petits bogues à réparer dans le système informatique, le tournant numérique à achever gence.Il y eut de grandes corvées de tri, où chaque livre a été examiné et évalué.Le directeur en a fait, parfois assis au sol d\u2019un entrepôt, et plus intensivement Soirée à la librairie Paulines Conférence de Gabriel Ringlet La voie des moines-poètes Jeudi 15 mai 19 h 30 Qabriel Ringlet Effacement deDieu La WW des moines pactes D Albin Michel Berri-UQAM, 505, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2L 2C9, Tél.: 514 845-5243 librairie® parchemin.ca i^ulines IBRAIRIE Contribution suggérée: 5 $ Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 SODEC \u201e\u201e\t1/.^ Québec no de juillet à mars.Une petite librairie, «notre vente de feu», comme le souligne avec une ironie noire Daniel Lavoie, a permis de vendre d\u2019août à novembre pour 16000$ de livres à 50 C ou à 1 $.«Ya des gens qui venaient quasiment tous les jours.On recevait des dons presque quotidiennement.Éaut dire que ça faisait presque un an qu\u2019il n\u2019y avait plus de librairie.» Le résultat aura valu tous ces efforts.Même si la bibliothèque est encore déséquilibrée.Les rangées de généalogie demeurent vides.«Il manque des classiques, la philo; les Grecs anciens, j\u2019ai presque rien, liste Daniel Lavoie.Le documentaire, les essais.Les sciences exactes, c\u2019est maigre: la section voyage est plus large.Les DVD, j\u2019en ai seulement 900, on en avait 4000.» Il y a aussi de petits bogues à réparer dans le système informatique, le tournant numérique à achever.«L\u2019entrepôt De Marque nous avait promis 300 titres numériques, mais ça reste à confirmer.» Il reste aussi les supports à vélo et les cendriers à installer, «mais ça, c\u2019est la Ville qui s\u2019en occupe, rappelle Lucie Bilodeau, pis mettons qu\u2019ils ont d\u2019autres priorités.Et on a une médiathèque ouverte.» Et ils en sont fiers.«Moi, je me donne corps et âme ici, poursuit M\"^® Bilodeau, faque je le vois pas», le deud, le premier anniversaire qui approche.«C\u2019est ça que je souhaite au monde, de se trouver.quelque chose.Quelque chose à faire.Et la médiathèque, ce que ça dit, c\u2019est faites-nous confiance.Faites confiance aux gens.On va reconstruire.» Le Devoir Itois printemps pour la fête des amoureux des meurtres CATHERINE LALONDE AU moment où s\u2019ouvrent enfin tulipes, narcisses et muscaris, la troisième édition du festival de littérature policière Les Printemps meurtriers revient aussi, à Knowl-ton.Trois ans, c\u2019est fort jeune pour un festival, mais la directrice artistique et auteure de polars Johanne Seymour estime qu\u2019elle a réussi à créer un lieu de rencontre pour les amateurs et artisans du genre.«Je l\u2019avais fait pour nous aider, nous rassembler, et j\u2019ai déjà une reconnaissance du milieu et des auteurs.» Lors de l\u2019édition 2013, le petit festival a connu une croissance de 80% de son achalandage en festivaliers par rapport à l\u2019année précédente.«On avait tenté des activités en deux salles, mais on n\u2019a pas encore assez de spectateurs pour les diviser.Je suis revenue à une salle cette année.» Un lieu unique, donc, où se rencontreront des auteurs de polars pour parler livres, personnages, démarches, mais surtout pour parler d\u2019écriture.«Le lecteur, même la personne ordinaire qui ne lit pas tant que ça, est fasciné par le processus d\u2019écriture.Le polar compte beaucoup d\u2019amoureux: c\u2019est une forme populaire, un genre rassembleur, et les gens sont curieux de voir les bibittes qui écrivent ça.Les questions partent tous azimuts, du plus pointu au général.L\u2019an dernier, on a eu une table ronde sur la ponctuation, qui a suscité une vague d\u2019enthousiasme.Quel plaisir de voir une virgule devenir une star, par les questions du public et les échanges entre auteurs.Les spectateurs ici font partie de la boucle de la conversation.On veut les faire lire, aussi, alors ça doit rester convivial.Notre but, c\u2019est d\u2019être des passeurs.» Cette année, la directrice artistique «a gâté» l\u2019auteure en elle en se posant comme participante lors d\u2019une table ronde sur le personnage avec l\u2019auteur danois Jussi Adler-Olsen et le collègue au Devoir et néanmoins auteur François Lévesque.«Ce qui m\u2019intéresse, précise-t-elle, c\u2019est d\u2019explorer le personnage du narrateur, poursuit Seymour.C\u2019est loin d\u2019être simple.On va discuter de la naissance de nos personnages fétiches: celle des enquêteurs, ou celle d\u2019un meurtrier, pas simple à inventer quand tu n\u2019as tué^personne.» A surveiller: la leçon de maître de Maureen Martineau, qui a signé moult pièces pour le Théâtre Parminou, s\u2019attardera sur la structure dramatique.Aussi, la discussion entre Martineau, Laurent Chabin et Michel Jobin sur les métiers qu\u2019ils ont pratiqués avant d\u2019être écrivains abordera les traces laissées dans l\u2019écriture par ces origines.«Chabin, je crois, vendait des déchets métallurgiques.Ces sujets, c\u2019est une façon de démystifier l\u2019écriture, sans laisser croire pour autant que tout le monde peut prendre la plume.» L\u2019expert en sciences judiciaires François Julien analysera des scènes de crime où la « lecture des projections de sang» a été déterminante au déroulement de l\u2019enquête.Entre autres.Le volet off, qui s\u2019adresse aux jeunes lecteurs \u2014 «je prépare mon futur public.» \u2014, accueille Sophie-Catherine de Vailly, Chabin et Patrick Séné-cal.«Le défi, c\u2019est de se renouveler continuellement dans un milieu quand même petit, précise Johanne Seymour, de ne pas devenir le festival de deux ou trois auteurs, d\u2019une clique.J\u2019aime cette notion de famille, plutôt, cette confrérie que le festival a créée.» Le Devoir A Knowlton, du 15 au 18 mai LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MAI 2014 F 3 LITTERATÜRE \\ / JACQUES NADEAU LE DEVOIR Comme œuvre posthume, l\u2019auteur Gaétan Soucy laisse une longue lettre d\u2019amour où les forces et les affres de la passion sont décortiquées avec intensité et précision.Le malentendu Danielle f Laurin Cy était le souhait de Gaétan Soucy, lui qui n\u2019avait pas publié de roman depuis plus de dix ans quand il est mort en juillet dernier à l\u2019âge de 54 ans : lancer ce printemps N\u2019oublie pas, s\u2019il te plaît, que je t\u2019aime.Un objet littéraire hybride, fascinant, d\u2019une rare intensité, qui résonne sans doute autrement du fait de la subite disparition de l\u2019écrivain.Difficile, comme le souligne dans la préface de l\u2019ouvrage l\u2019éditrice Brigitte Bouchard, de passer à côté du caractère «autobiographique et testimonial» de ce texte qui se lit comme une longue lettre d\u2019amour.L\u2019auteur de La petite fille qui aimait trop les allumettes (Boréal, 2000), par ailleurs profes-s,eur de philosophie au cégep Edouard-Montpetit jusqu\u2019à sa mort, «devient» ici Philippe.professeur dans un collège et écrivain reconnu.«En outre, précise l\u2019éditrice, la lecture symbolique de ce texte intimement lié au parcours personnel de Gaétan Soucy révèle sa folle espérance d\u2019un amour suprême, ultime, utopique.» Amour utopique : c\u2019est la base même de cette lettre.Mais on ne peut que constater du même coup à quel point l\u2019absolu de l\u2019amour tel que souhaité par falter ego de fauteur s\u2019avère tragique.Comme chez les grands écrivains de la passion.Comme chez Stefan Zweig, notamment.Avec qui on voit aussi une parenté dans le style.Certaines phrases semblent y faire écho : «Il y avait déjà une place en moi pour toi, dès le début.» Ou : « Tu étais exceptionnelle dans ma vie.J\u2019entends que tout en ta personne allait dans le sens de ce que f avais désespéré de rencontrer jamais.» Parenté aussi dans la précision et l\u2019intensité avec lesquelles sont décortiquées les forces et les affres de la passion.On pense entre autres au caractère obsessionnel, presque maladif, de la sublime Lettre d\u2019une inconnue (Payot), publiée par l\u2019écrivain autrichien en 1922.Mais aussi au malaise extrême ressenti à la lecture de La confusion des sentiments (Le Livre de poche).Même si fhis-toire relatée par Gaétan Soucy a sa propre particularité.Comme toutes les histoires d\u2019amour.D\u2019une façon plus terre à terre, mais aussi plus tordue, on peut, en poussant à la limite, voir s\u2019immiscer à notre insu des images du film américain Fatal Attraction, avec Michael Douglas et Glenn Close.Quand on tombe sur ceci, entre autres: «Tu as rompu unilatéralement notre relation, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire.Bien entendu, tu avais le droit de le faire.Seulement, a-t-on toujours le droit de faire ce qu\u2019on a le droit de faire ?» 11 y a, dans la lettre de Philippe, une forme de projection.ik Mes carnets sont remplis de phrases destinées à toi et que tu ne liras jamais.Tâchons plutôt de viser à l\u2019essentiel )) Extrait de N\u2019oublie pas, s\u2019il te plaît, que je t\u2019aime dans le sens de projeter sur l\u2019autre les sentiments que l\u2019on ressent pour lui.11 y a une forme de confusion, de délire.11 y a, au nom d\u2019un absolu, ce refus, cette impossibilité d\u2019accepter la rupture, cet acharnement à vouloir poursuivre une relation au-delà de la volonté de l\u2019autre.Les comparaisons s\u2019arrêtent là.11 n\u2019y aura pas de lapin dans un chaudron.Pas de meurtre.Nous sommes dans un tout autre univers, un tout autre contexte.Âmes sœurs, âmes jumelles Un professeur de collège, donc, un écrivain reconnu, sans âge défini mais dont on apprend qu\u2019il fait partie des meubles de l\u2019établissement, écrit à son aimée.Précision : Amélie a 18 ans, elle est étudiante au collège où il enseigne.S\u2019il se montre un amoureux fiévreux, il ne s\u2019empêche pas pour autant d\u2019adopter un ton paternaliste avec elle, mettant sur le compte de sa jeunesse certaines de ses réactions.Y compris la décision qu\u2019elle a prise de mettre fin à leur relation : « Ta décision péchait par sa radicalité (la jeunesse).Où ton âge en effet peut jouer, c\u2019est que tout t\u2019apparaît trop rapidement définitif » Mais ce sur quoi il insiste surtout, c\u2019est sur leur gémellité.On reconnaît là, bien sûr, un des thèmes récurrents de l\u2019œuvre de Gaétan Soucy, omniprésent dans son chef d\u2019œuvre, La petite fille.Philippe fait constamment allusion aux traits communs qu\u2019il aurait avec Amélie.Dès la première fois où il l\u2019a vue, insiste-til, il a senti qu\u2019il existait entre eux «une mystérieuse et profonde consonance», autrement dit: «que nous rimions, pour ainsi dire, cela m\u2019a tout de suite parcouru comme un frisson».Puis, à propos des lettres qu\u2019ils se sont écrites : «Notre correspondance de ces mois-là contient de part et d\u2019autre des merveilles.Cela \u2014 je le mentionne en passant \u2014 nous l\u2019avons réussi ensemble.» 11 envisageait d\u2019ailleurs avec elle «le projet d\u2019une expérience d\u2019écriture gémellaire».Ils étaient devenus inséparables, ils étaient PA, pour Philippe/Amélie.11 dit comprendre en un sens pourquoi elle a voulu rompre: «nous nous devenions par trop envahissants (non pas toi m\u2019envahir moi, ni moi t\u2019envahir toi, mais PA envahissait PA, nous nous encombrions et nous nuisions».Pour la même raison, parce qu\u2019ils sont jumeaux, il ne peut se résoudre à renoncer à leur relation.' «Mais ne plus te voir.convaincu que je suis de notre gémellité, ça non.» Tout du long, il analyse leur relation, argumente, fait appel à Spinoza, Descartes, Platon.11 échafaude toutes sortes d\u2019hypothèses pour tenter de comprendre et d\u2019excuser le comportement d\u2019Amélie.Et surtout, par tous les moyens possibles, il cherche à la faire changer d\u2019idée.De notre côté, nous ne savons pas qu\u2019elle est la part d\u2019invention dans tout cela.Que s\u2019est-il réellement passé entre eux?Pourquoi sa douce fa-f elle quitté au juste?L\u2019autre côté de la médaille Après la lecture de cette lef tre dont Gaétan Soucy disait lui-même qu\u2019elle contenait «une charge émotive immense», l\u2019écrivain Alberto Manguel lui a conseillé d\u2019imaginer quelle pourrait être la réponse d\u2019Amélie.Non seulement Gaétan Soucy s\u2019y est mis mais, après sa mort, son éditrice, avec l\u2019accord de la fdle de l\u2019écrivain, a demandé à quatre autres auteurs de rédiger leur propre version de la réponse d\u2019Amélie.Ce qui ressort des lettres de Sylvain Trudel, Catherine Mavrikakis, Pierre Jourde et Suzanne Côté-Martin: à vous de voir.Mais vous dire tout de même que, malgré leurs divergences, malgré leurs différents degrés de dureté ou de douceur, elles rejoignent la réponse qu\u2019a lui-même concoctée Gaétan Soucy: «Oui, tu demeureras sans doute la grande rencontre de ma vie.Elle a cependant reposé sur un malencontreux malentendu, tu sais cela désormais.» N\u2019OUBLIE PAS, S\u2019IL TE PLAIT, QUE JE T\u2019AIME Gaétan Soucy Notabilia Paris, 2014, 94 pages Le livre sera en librairie le 14 mai Une soirée hommage à Gaétan Soucy se tiendra à la librairie Gallimard à Montréal le 15 mai, à 17h 30, avec Sayaka Ehara-Soucy, fille de l\u2019auteur, Sheila Fischman, traductrice, Brigitte Bouchard, éditrice, et Vera Michalski, présidente du groupe Libella.t I A'\"' Un vent prodigue PRIX DES LECTEURS RADIO-CANADA 2014 PRIX CHAMPLAIN 2014 Leméac offre ses félicitations à Simone Chaput, lauréate du Prix des lecteurs Radio-Canada et du prix Champlain pour le roman Un vent prodigue.« C\u2019est un récit prenant que nous offre l\u2019écrivaine franco-manitobaine Simone Chaput.[.] Un grand souffle traverse ce roman qui englobe les enjeux de la planète aussi bien que les humains qui doivent y faire face.» Monique Roy, Châtelaine Conseil des arl 514 524-5558 l6meac@lemeac.com\tdu Canada LITTERATURE QUEBECOISE Magie noire Claude Grenier signe une tortueuse plongée sentimentale au cœur de l\u2019Afrique CHRISTIAN DESMEULES Deuxième partie d\u2019une trilogie amorcée avec Le souffle de Mamywata (Leméac, 2011), Un Faux-Blanc nous ramène Joseph Markovsky, producteur et réalisateur québécois de documentaires de 50 ans, au cœur de ses propres ténèbres dans une grande ville de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest.Un peu secoué après ses déboires amoureux avec la «princesse touareg dévastatrice» Ami-nata et le «mauvais pas» qui aurait pu lui être fatal au Bénin, Markovsky a échoué à Yaoundé, la capitale du Cameroun.Installé sur le continent africain depuis quatre ou cinq ans, il vivote un peu, en attendant le financement d\u2019un projet de documentaire sur les enfants de la rue de Douala, une autre grande ville du Cameroun.11 se refait une santé en solitaire, essayant tant bien que mal d\u2019oublier les femmes, jusqu\u2019à ce qu\u2019il fasse la rencontre d\u2019une beauté sauvage de 33 ans.Rose, mère de trois enfants.Une femme qui le subjugue, dont l\u2019identité réelle demeure un peu floue, autant pour le lecteur que pour Joseph, à la fois narrateur et protagoniste du roman.Sûre d\u2019elle, prête à tout.Rose lui prédit qu\u2019elle sera «la dernière femme de sa vie».À la lumière des événements tragiques qui ont traversé la vie du protagoniste en Afrique, l\u2019affirmation contient une vraie part d\u2019ambiguïté, sonnant à la fois comme une promesse et comme une menace.Malgré la raison, malgré les mises en garde, Markovsky s\u2019enfonce.Aveuglement?Envoûtement?Magie noire?Qn a parfois l\u2019impression qu\u2019il a choisi d\u2019appliquer à la lettre cette phrase de Louis Scutenaire: «Préférez un mensonge agréable à une vérité déplaisante.» Markovsky, on le comprend, est un homme fragilisé par son passé récent, qui le pousse à faire de mauvais choix \u2014 voire à laisser les autres choisir à sa place.Peu à peu, tout se détraque, et le quinquagénaire, qui a consenti à épouser la Camerounaise, sent vite le tapis lui glisser sous les pieds.Sa «lionne indomptable», bien attachée à sa proie, lui en fera voir de toutes les couleurs.Réalisateur à la télévision de Radio-Canada, Claude Grenier a lui-même travaillé près d\u2019une dizaine d\u2019années en Afrique, au Bénin et au Cameroun notamment Un Faux-Blanc nous fait ainsi pénétrer dans l\u2019Afrique du quotidien, ses nuits tropicales, son velours noir, ses «gens de la nuit» qui s\u2019accrochent au pouvoir.Grenier prête à son narrateur une voix intime capable de récits autant que de réflexions, apte à exprimer le désarroi tout en cultivant aussi un certain suspense.Et tandis que son identité se dissout dans l\u2019étuve africaine, c\u2019est une petite descente aux enfers qui attend Joseph Markovsky.Une plongée qui risque de culminer, on l\u2019imagine, dans le troisième volet de cette trilogie romanesque.Si l\u2019exploration des méandres de la passion amoureuse y reste un peu superficielle, l\u2019auteur parvient à installer et à maintenir un efficace climat d\u2019inquiétude: s\u2019agit-il d\u2019un traquenard sentimental?Les paris sont ouverts.C\u2019est une amie qui, peut-être trop tard, lui ouvre les yeux sur sa situation, celle d\u2019un «Faux-Blanc».C\u2019est-à-dire celui qui veut vivre comme un Noir en Afrique et qui «finit par se prendre pour un Noir et par perdre son identité.Oubliant sa couleur de peau, il est persuadé que les Africains, eux aussi, l\u2019oublieront, ce qui n\u2019est pas du tout le cas».Collaborateur Le Devoir UN FAUX-BLANC Claude Grenier Leméac Montréal, 2014, 296 pages l!î>GaspardLE DEVOIR 5\\LMARÈS Du 28 avril au 4 mai 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 31918-1929\tLouise Tremblay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t1/4 2 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 2 La biscuiterie\tMichel Oavid/Hurtubise\t2/6 3 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 1 Un mariage.\tMichel Oavid/Hurtubise\t3/6 4 Gaby Bernier \u2022 Tome 31942-1976\tPauline Gill/Québec Amérigue\t4/6 5 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tLouise Tremblay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t6/3 6 Isa \u2022 Tome 1 Lile des exclus\tSergine Oesjardins/Guy Saint-Jean\t8/3 7 Les héritiers d'Enkidiev \u2022 Tome 9 Mirages\tAnne Robillard/Wellan\t5/12 8 Le secret de Lydia Gagnon\tClaire Pontbriand/Goélette\t10/6 9 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Tremblay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t-/I 10 Louise est de retour\tChrystine Brouillet/Homme\t7/10 Romans étrangers\t\t 1 Une autre idée du bonheur\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t-/I 2 Central Park\tGuillaume Musso/XO\t1/5 3 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancol/Albin Michel\t2/4 4 Muchachas\tKatherine Pancol/Albin Michel\t5/10 5 Le chardonneret\tOonna Tartt/Plon\t4/16 6 Moi, Michael Bennett\tJames Patterson I Michael Ledwidge/Archipel\t7/2 7 La nuit leur appartient \u2022 Tome 2 La désirer, c'est la condamner Sylvia Uay/Michel Lafon\t\t3/4 8 La vie en mieux\tAnna Gavalda/Oilettante\t10/2 9 Léiixir d'amour\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t-/I 10 Les Allés peintes\tCathy Marie Buchanan/Marchand de feuilles\t-/I Essais québécois\t\t 1 Poing de mire\tNormand Lester/Homme\t1/3 2 La revanche des moches\tLéa Clermont-Oion/VLB\t2/4 3 Contes et comptes du prof Lauzon \u2022 Tome 5 La vraie nature.\tLéo-Paul Lauzon/Michel Brûlé\t7/2 4 Légendes pédagogigues\tNormand Baillargeon/Poètes de brousse\t-/I 5 Miser sur l'égaiité\tMiriam Eahmy | Alain Noël/Eides\t-/I 6 Paradis fiscaux : la filière canadienne\tAlain Oeneault/Écosociété\t4/10 7 Oerriére l'état Oesmarais : Power\tRobin Philpot/Baraka\t6/2 8 Mœurs de province\tErançois Ricard/Boréal\t9/6 9 Le prochain virage\tErançois Tanguay | Steven Guilbeault/Oruide\t8/8 10 La fin de l'État de droit?\tErédéric Bérard/XYZ\t-/I Essais étrangers\t\t 1 La grande vie\tChristian Bobin/Gailimard\t1/8 2 Plaidoyer pour l'aitruisme.La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t2/27 3 La vérité sur les médicaments\tMikkel Borch-Jacobsen/Édito\t3/12 4 Construire l'ennemi.Et autres écrits occasionnels\tUmberto Eco/Grasset\t4/2 5 Le nouvel art de la guerre.Oirty Wars\tJeremy Scahill/Lux\t-/I 6 La plus belle histoire de la philosophie\tLuc Eerry | Claude Capelier/Robert Laffont\t8/12 7 Gouverner au nom d'Allah.Islamisation et soif de pouvoir.\tBoualem Sansal/Gallimard\t-/I 8 Part de la thérapie\tIrvin 0.Yaiom/Galaade\t-/I 9 LIndien maicommode.Un portait inattendu des Autochtones.\tThomas King I Oaniel Poliguin/Boréai\t6/10 10 Un air de liberté.Variations sur l'esprit du XVIIIe siècle\tChantal Thomas/Payot\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdsjdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Sdspsrd © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MAI 2014 LIVRES Une nouvelle collection repose la question : est-il possible de faire récit du réel ?ESSAI LE PARLEMENT DES INVISIBLES Pierre Rosanvallon Seuil Paris, 2014, 74 pages LES LUMIÈRES MON AMOUR L\u2019essai introductif du projet, qui inclut une collection de petits livres, propose de rebâtir une communauté de citoyens qui se préoccupent mutuellement les uns des autres.«Démocratie narrative», dit Rosanvallon, inaugurant une série qui veut enquêter largement dans le quotidien, provoquer la lecture, les affinités et la discussion.Ce sont ses analystes qui nous en donneront le cadre.En attendant, rtiistorien revisite en la survolant l\u2019histoire de la littérature sociale, dite réaliste et concrète, en valorisant l\u2019exemple américain.Il y oppose notre «individualisme de singularité» contemporain, émancipé, revendiquant l\u2019histoire propre plus que la condition.C\u2019est l\u2019échec des constructions idéologiques qui confrqnte la sociologie, tout autant que l\u2019histoire et la démocratie.A quoi répondent les récits, les vies minuscules de Pierre Michon ou des hommes infâmes de Michel Foucault.Des quidams, on attend.RECIT/ESSAI REGARDE LES LUMIERES MON AMOUR Annie Emaux Seuil Paris, 2014, 72 pages Attachante Annie Emaux! Dans un hypermarché géant, on la suit, vivante et lasse, au milieu de la marchandise, sensible aux humains amochés par le commerce si peu équitable.On a tous vu ce que l\u2019écrivaine consigne dans son journal.On bute pourtant contre ces objets quotidiens de l\u2019économie mondialisée, qu\u2019on nous oblige à consommer.Emaux parle pour nous : «Je ressentais une excitation secrète d\u2019étre au cœur même d'une hypermodernité dont ce lieu me paraissait l\u2019emblème fascinant.» Qui a vécu les années 1970 sait comme elle que ces entrepôts à rayons se sont «dégradés».Tout a changé, même les visages.C\u2019est plus qu\u2019un témoignage sur «une communauté de désirs», ce marché de silhouettes aux caddys variés; une réflexion sur la foule, les strates sociales, les visages, les lieux de contrôle, la corvée dans l\u2019abondance et la démesure du consumérisme.ESSAI LA FEMME AUX CHATS Guillaume Le Blanc Seuil Paris, 2014, 75 pages Ce philosophe raconte l\u2019histoire d\u2019une employée de l\u2019impôt qui, pour équilibrer sa vie, a ouvert un élevage de chats.L\u2019idée est qu\u2019«f/ faut élargir le regard sur la vie et faire entrer d\u2019autres genres de vies dans nos mondes».Les chats, par exemple.Il y a un côté moral à ce parallèle entre la culture de l\u2019animal domestique et la culture de soi, qui débouche sur des statistiques.L\u2019objet est flou quant au destinataire.Quant au message humaniste, il positive fortement, sous couvert de connivence avec l\u2019animal, l\u2019adaptation au bobo social par un autre soin.AÜX CHATS FRED DUFOUR AGENCE FRANCE PRESSE L\u2019ambition de relayer les silences de 70 millions d\u2019individus paraît de nos jours illusoire avec les réseaux sociaux où tous se racontent.Raconter la \\ie, la petite vie, la vraie vie «Le roman vrai de la société d\u2019aujourd\u2019hui.Soyez-en les personnages et les auteurs.» Sous cet appel, une collection et une plateforme interactive de récits «vrais» sont nées.Le pilote du projet est l\u2019historien des idées Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France, assisté d\u2019une équipe de sociologues et d\u2019éditeurs.Texte et vitrines de Guylaine Massoutre Vous aussi, rejoignez la communauté ! », lit-on d\u2019emblée sur le site citoyen Ra-conterlavie.fr, «le Parlement des invisibles», ces Français qui se sentent oubliés, incompris, exclus du monde des gouvernants, des institutions et des médias, ou mal représentés.Cette plateforme ambitieuse accueille des récits qui illustrent directement la vie, «équivalent d\u2019un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays».Ce partage d\u2019expérience réussira-t-il à enrayer la morosité des Français, la grogne et l\u2019insatisfaction ?C\u2019est comme un grand cahier de doléances ouvert au peuple malheureux.L\u2019entreprise se dit « indissociablement intellectuelle et citoyenne.Raconterlavie.fr a aussi une dimension morale, car il encourage l\u2019intérêt pour autrui.» Rendre visible.Résister.Trouver du sens.Mieux conduire son existence, l\u2019insérer dans un contexte politique.Rendez-vous sur le site Raconterlavie.fr: cela vaut la peine de voir.Qui sont-ils ?Ils sont historien, sociologue, chercheur, éditeur et webmestre à l\u2019animer.Ils donnent à lire des inconnus, qui racontent un mal-être, une épreuve, une réussite ou un échec, une crise passagère ou durable, un changement de métier, d\u2019état, une journée, une tranche de vie.Pas un parcours qui soit irreprésentable.Mais livrer ces pans de réel sans voile ni effet, est-ce possible?Est-ce utile?Qui veut quoi?Comment sélectionner, et classer?Est-ce intéressant?L\u2019ambition de relayer les silences de 70 millions d\u2019individus paraît illusoire.Le très politique Pierre Bourdieu avait été plus circonspect, et avait pourtant produit le boule- Cette littérature d\u2019autoportraits, volontairement terre à terre mais en réseau, sera-t-elle thérapeutique?versant La misère du monde (Seuil) avec son équipe de Chicago, en 1993.Aujourd\u2019hui, les quidams se racontent partout, via la Toile, sans préambule, avec flash, ailleurs gonflant les cotes d\u2019écoute.On veut du vrai, du direct, du brut, de l\u2019émotion.Les écrivains, qui peaufinent les contextes, on les trouve compliqués.A Raconterlavie.fr, on précise : il y a une éthique, un but: lire des récits clairs et ordonnés.Vous?Devenez auteur, blogueur, faites-vous une bibliothèque virtuelle.Trouvez des liens.Des prolongements.Des références.Des petits livres.Fraternisez.Ce n\u2019est pas rien.Mais est-ce quelque chose, cette société de témoins?Sur la plateforme Pour les éditeurs, l\u2019important est ce qui bouge: lieux, emplois, flux, solutions pratiques.Un fond légitime et senti, attendu, pas nécessairement cliché.Du directeur à la femme de chambre.De l\u2019intermittente du spectacle au chômeur.Du maître-nageur au séminariste.Du routier à la fille d\u2019immigrés.Du conducteur de métro au déserteur.De la malade à l\u2019épicier.De l\u2019ouvrière à l\u2019avocat.Du séropositif à la chanteuse de bar.De l\u2019emballeuse de cartons à Montréal au pêcheur breton.Du bipolaire aux échoués de nos performances de tout acabit.Mais qu\u2019est-ce cyd\u2019«un vrai roman de la société»?Séparation, métier méconnu, entre-deux-mondes, passion, manque de respect, ré orientation, les catégories sont aléatoires, quoique reliées.Rosanvallon attend le chef-d\u2019œuvre qui renouvellera la vision, le projet politique, et pourquoi pas la littérature en tant qu\u2019utopie, sinon lien social?En attendant cet événement, la curiosité et l\u2019empathie déploieront-elles la Cour dçs Miracles, le souk humain?A surfer sur la plateforme, à force de nous chercher, la multitude réagencée nous tendra-t-elle notre vrai visage?Ou faudra-t-il saisir un masque?Qui participera à ce chantier démocratique, aux règles strictes à respecter?Cette encyclopédie sociale refondera-t-elle le collectif ébranlé?On peut en douter, mais lui donner sa chance.L\u2019équipe éditoriale, sept personnes dont l\u2019historienne des États-Unis Pauline Peretz, veut dépasser les bonnes intentions: cette formule, pour le moment parmi d\u2019autres, allie le Web, le papier et un haut niveau de compétence à tous les paliers.Une collection sur papier et eBook, au Seuil, vient s\u2019ajouter pour quelques euros à cette plateforme.Les libraires guideront-ils le lecteur vers ces auteurs un à un, que la complexité humaine, tout autant que sociale, n\u2019aura pas rebuté ?Annie Emaux a brillamment lancé cette collection (voir vitrine).Or on sait tous qu\u2019elle se raconte à merveille dans l\u2019histoire collective.Elle fédère à elle seule une communauté.Cette littérature d\u2019autoportraits, volontairement terre à terre mais en réseau, sera-t-elle thérapeutique?Politique?Beaucoup de questions se posent d\u2019emblée.Le modèle de Balzac, de Zola, des grands romanciers réalistes anglais, américains, et ici et là de par le monde, n\u2019est-il pas dépassé?C\u2019était hier.Avait-on assimilé la théorie de la relativité?Internet et Facebook?L\u2019humain ferait-il un seul progrès en raison ?La réalité était-elle unifiable?Caté-gorisable?Et qu\u2019en était-il de ce sujet vivant, plein de contradictions, qui désire et qui parle, qui veut et qui dit non ?Fragiles appartenances, disent les sociologues, et pas seulement eux.En effet, on sait les risques d\u2019effondrement.Mais apprend-on de l\u2019Histoire?Enfin, ce sujet qui maîtrise la langue lèvera-t-il, grâce à quelques exemples soutenus par des utopistes de l\u2019université, de vraies solidarités?Collaboratrice Le Devoir La vie tumultueuse d\u2019un chat « spécial » AMELIE GAUDREAU Pour son premier essai dans les parages de l\u2019enfance, l\u2019auteure Marie-Renée Lavoie ne s\u2019aventure pas dans des ruelles bien périlleuses avec cette épopée d\u2019un chaton maigrichon égaré en forêt, puis propulsé dans la vie urbaine et ses dangers.Celle qui a connu le succès critique et public avec son premier roman, La petite fille et le vieux (XYZ, 2010), fait montre d\u2019un réel talent pour la prose s\u2019adressant aux bons lecteurs du primaire et, dans une moindre mesure, aux adultes friands d\u2019histoires comiques de chats.aussi bien dire tous ceux qui s\u2019attardent trop à des vidéos de félins sur la grande Toile.On rigole beaucoup à la lecture de ce récit à la première personne de Ti-Chat, le plus petit d\u2019une portée de neuf rejetons, que sa maman qualifie de «spécial» avant qu\u2019il ne s\u2019aventure loin de sa pouponnière quelque part près de Baie-Saint-Paul.Après avoir marché «deux ou trois millions de kilomètres», il se retrouve à «l\u2019autre bout du monde, assurément pas loin de VAustralie», dans la famille aimante de Petite Fille, sa maîtresse attentionnée et prompte à le nourrir de thon dès hSïSW rflon® qu\u2019il semble ne pas bien aller.C\u2019est que le jeune félin, abîmé par son errance prématurée, a tendance à frôler la mort plus souvent qu\u2019à son tour.Parce que son petit cœur n\u2019est pas bien fort, mais surtout parce qu\u2019il se retrouve dans des situations improbables, dont il arrive à se sortir grâce aux alliés que deviendront la colonie de fourmis du coin, le petit voisin d\u2019en face et le redoutable matou miteux de la ruelle.Ces mésaventures (qui se terminent bien.) racontées à hauteur de petites pattes sont livrées dans une langue vive, chargée d\u2019un lot de métaphores amusantes et sertie de références culturelles qui feront sourire les grands.L\u2019auteure a d\u2019ailleurs réservé à ces derniers une section de « scènes coupées » au montage.Elle s\u2019est aussi risquée, au bonheur des lecteurs, à enrichir son récit d\u2019illustrations de bonshommes allumettes, qui ajoutent un supplément d\u2019âme et de rire qui se prend bien.Le Devoir LA CURIEUSE HISTOIRE D\u2019UN CHAT MORIBOND Marie-Renée Lavoie Hurtubise Montréal, 2014,175 pages Mieux vaut tard L\u2019auteure de Rosa Candida revient avec un roman sur une trahison amoureuse GILLES ARCHAMBAULT Je n\u2019ai pas encore rencontré une personne qui aurait conservé un mauvais souvenir de sa lecture (le Rosa Candida, d\u2019Audur Ava Olafsdôttir.Ce roman qui nous parlait d\u2019une Islande méconnue et de personnages ingénus avait, et a, ce qu\u2019il faut pour séduire les lecteurs de tous les horizons, à la fois les distraits qu\u2019appâtent les best-sellers et les autres qui estiment que tout a déjà été écrit et qu\u2019on gagne à relire ses classiques.Puis, il y a eu pour les francophones que nous sommes L\u2019embellie (Zulma, 2012), roman dans lequel le charme jouait toujours.Quelle merveilleuse idée que de présenter ce personnage féminin qui n\u2019aime pas tellement les enfants s\u2019enfuyant dans une nature déchaînée avec un petit garçon autiste! , Dans L\u2019exception, Audur Ava Olafsdôttir nous présente dès la première page de son roman ce qui en sera le sujet.Une femme apprend de la bouche de son mari qu\u2019il la quitte pour vivre avec l\u2019homme qu\u2019il aime.Il fait sa révélation la veille du Premier de l\u2019an pendant qu\u2019il verse le champagne.Le couple vit ensemble depuis onze ans.Ils ont deux jumeaux de deux ans et demi.Le lâcheur s\u2019appelle Flôki, porte le même prénom que son amant, au reste ami du couple.{{ On se souvient de la souffrance l\u2019espace d\u2019une demirjoumée; c\u2019est le poète qui lui confère sens et durée )) Extrait de L\u2019exception Flôki, qui a longtemps tergiversé, n\u2019hésite plus.Il prend ses cliques et ses claques dans l\u2019heure.Il adore ses enfants, ne déteste vraiment pas sa femme, mais il lui devient impératif de commencer sa nouvelle vie un 1®*^ janvier.Devant l\u2019éblouissement de l\u2019amour rien ne tient plus.La femme abandonnée subit la situation avec un presque stoïcisme.Il faut dire qu\u2019elle a comme voisine une naine qui partage son temps entre sa profession de conseillère «familière et conjugale» et la rédaction de polars à titre anonyme.Perla devient donc par la force des choses une confidente de choix.Une étrange amie qui ne se gêne pas pour donner des avis dans lesquels la compassion a peu de place.«Si je lui avais répondu que je souffrais.AUDUR AVA OLAFSDOTTIR L Exception Par l\u2019auteur de ROSA CANDIDA ^ L'EMBELLIE dit la narratrice, elle m\u2019aurait rétorqué que la souffrance alliée au désir était précisément à la base de toute créativité.» Point de pathos Comme Perla est aussi romancière, il n\u2019est pas étonnant que notre femme laissée pour compte estime que son amie pourrait ajouter «On se souvient de la souffrance l\u2019espace d\u2019une demi-journée; c\u2019est le poète qui lui confère sens et durée».Le lecteur qui se serait attendu au récit attendrissant d\u2019un amour trahi sera déçu par le ton même du roman.L\u2019exergue de Nietzsche éclaire le tout.«Nous voulons être les poètes de notre vie et d\u2019abord dans les choses les plus modestes et les plus quotidiennes», écrit-il dans Le gai savoir.Audur Ava Olafsdôttir, elle, parle toujours du quotidien, mais en y relevant ses aspects les plus incongrus.Si les deux jumeaux du couple sont évoqués avec bonheur, s\u2019ils ont une présence qui ne doit rien à la convention, étant bien réels, ils ne nuisent en rien à l\u2019entrée dans la trame romanesque du père génétique de l\u2019héroïne, personnage aussi peu vraisemblable qu\u2019il soit possible d\u2019imaginer.Si notre romancière nous entraîne avec bonheur dans ce développement qui pourrait paraître pour le moins inusité, c\u2019est justement parce qu\u2019elle a choisi dans sa description de la trahison amoureuse de ne pas avoir recours au pathos.Perla devient, à mesure qu\u2019on lit L\u2019exception, la conscience de notre romancière, celle qui la regarde écrire et qui donne son avis sur la conduite de l\u2019intrigue.Et sans lourdeur aucune.Ai-je ressenti l\u2019envoûtement que m\u2019avait procuré Rosa Candida?je n\u2019en sais rien.Il faudrait que je consulte Perla pour en décider.Attendre onze ans comme Flôki?J\u2019en suis incapable.Quand un livre me plaît, j\u2019en parle toutes affaires cessantes.Collaborateur Le Devoir L\u2019EXCEPTION Audur Ava Olafsdôttir Traduit de l\u2019islandais par Catherine Eyjôlfsson Zulma Paris, 2014, 338 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MAI 2014 F 5 LIVRES ROMAIN GARY L\u2019avantage d\u2019avoir 100 ans et d\u2019être mort GILLES ARCHAMBAULT Les morts sont toujours de braves gens», chante Brassens.Je ne suis pas de ceux qui croient qu\u2019il faille le déplorer.Surtout s\u2019il s\u2019agit de centenaires ou de bicentenaires.On n\u2019est pas regardant en la matière.L\u2019actualité se charge du reste allègrement.Dans le cas qui nous occppe, il s\u2019agit de Romain Gary.Ecrivain qui avait l\u2019avantage et l\u2019obstacle d\u2019être aussi une personnalité.Plus pipeule, tu meurs ! dirait-on.Mais mort, il l\u2019est depuis le 2 décembre 1980.Mort dont il s\u2019est lui-même occupé.Il suffit de le lire pour ne pas en être étonné.Pourquoi pipeule?Il s\u2019est fabriqué un destin à la Hemingway, une vie se déployant auprès des vedettes d\u2019Hollywood autant que dans le jet-set européen.Je l\u2019imagine aisément se dépatouiller dans ces milieux, briller l\u2019espace d\u2019une soirée, mais n\u2019en pensant pas moins.Avec en plus un passé de résistant, un passage dans la diplomatie, un saut dans le cinéma et une réputation d\u2019homme à femmes.Si, avec ce palmarès, vous n\u2019obtenez pas qu\u2019on parle de vous, c\u2019est qu\u2019on vous en veut! Le lire, me direz-vous, mais n\u2019est-il pas indispensable de le faire puisqu\u2019il s\u2019agit justement d\u2019un écrivain?Pas si sûr.Tellement occupé à sortir les éloges de circonstance et à vivre, on oublie ce qui doit bien être l\u2019essentiel, l\u2019œuvre.Un aveu: dès l\u2019abord, les romans de Gary m\u2019ont semblé un peu légers, non pas à cause des thèmes qu\u2019ils abordaient, mais à cause de leur écriture qui me paraissait presque bâclée.Je l\u2019avoue sans honte, je n\u2019ai jamais été un lecteur avide de lire le dernier prix Goncourt.De même ne suis-je pas un inconditionnel des Nobel.Aussi les deux Goncourt qui ont couronné les romans de notre auteur ne signifiaient rien pour moi.Un moment de la vie littéraire tout au plus.Pourquoi estimai-je que les romans de Gary ne tenaient pas la route ?Je ne sais plus, pour dire le vrai.Sûrement parce qu\u2019on y trouve des traces de romans populaires, des facilités.Je les ai lus en leur temps, certains d\u2019entre eux en tout cas, à un moment oû, en Occident francophone en tout cas, le romanesque était mal vu.Il y avait eu Sartre, il y avait eu Sar-raute.Il fallait se méfier de l\u2019imaginaire, et surtout pour le AGENCE ERANCE PRESSE L\u2019écrivain Romain Gary, accompagné de son épouse, répond aux questions des journalistes à son arrivée à l\u2019aéroport d\u2019Orly à Paris, en décembre 1986.romancier n\u2019être pas romancier.Dans mon cas, autre chose.Que Kléber Haedens, critique alors en vue et qui frayait dans la droite littéraire avec Antoine Blondin, Roger Nimier et Bernard Franck, en dise pis que pendre, je m\u2019en battais l\u2019œil.J\u2019ai toujours lu à droite comme à gauche, ne suivant que mes instincts.Mais j\u2019étais réticent, point à la ligne.J\u2019étais fasciné, ébloui plutôt par Buzzati, Stendhal, Diderot, et tutti quanti., Quand est arrivée l\u2019affaire Emile Ajar, j\u2019ai été agacé.Qui était donc ce faux nouvel écrivain ?Ce subterfuge littéraire était un piège à cons, une façon de tirer vers la lumière aveuglante de l\u2019actualité une activité solitaire, l\u2019écriture.Gros-Calin pas plus que La vie devant soi ne m\u2019a paru convaincant.Pour moi, ce roman était ce que le théâtre de boulevard est au théâtre tout court.Le trait me paraissait souvent forcé, à la limite du chiqué.Le personnage de Madame Rosa, surtout, semblait relever d\u2019une convention pour moi parfaitement étrangère.Dans le cinéma d\u2019avant la télévision et Internet, il y avait toujours dans les films des scènes propres à susciter les éclats de rire ou d\u2019émotion, des mo- ments oû les personnages « attendaient», comme au théâtre les comédiens ne reprennent leurs rôles qu\u2019au moment oû les spectateurs se taisent et ne battent plus des mains.Il y avait de cela dans Ajar.La smrt aux trousses Mon chemin de Damas (ou de Gary) a commencé vers 1975.Cette année-là paraissait Au-delà de cette limite votre ticket n\u2019est plus valable.Ce roman, dont le titre est pour le moins maladroit, raconte le désarroi d\u2019un industriel aux prises avec l\u2019obsession du déclin sexuel.Certes pas un «grand roman».Plutôt d\u2019un appel de détresse.Son person-nage, Jacques Rainier, consulte les médecins, tout à sa panique.Pourra-t-il encore aimer?Dans un langage qui a pu paraître cru à l\u2019époque.Gary ne parle, en évoquant le spectre de l\u2019impuissance, que de l\u2019approche du néant.Le^ dialogues sont incisifs.A preuve, ce que dit en consultation au personnage le spécialiste d\u2019endocrinologie : « Votre prestige est en jeu naturellement \u2014 ah ! le prestige ! \u2014 et si vous débandez, c\u2019est la perte de face, la fin d\u2019une réputation de grand baiseur, la dévalorisation, monsieur, la dévalorisa- Romain Gary en cinq dates 1914 Naissance de Roman Kacew, à Vilnius, en Russie.1928 Etabli à Nice avec sa mère, il souffre de l\u2019antisémitisme ambiant.1956 Son cinquième roman.Les racines du ciel, remporte le prix Goncourt.1978 II remporte un second prix Goncourt pour La vie devant soj sous le pseudonyme «Emile Ajar ».Le subterfuge ne sera dévoilé qu\u2019après sa mort.1980 Romain Gary met fin à ses jours en se tirant une balle dans la bouche.tion.Vous êtes acculé à l\u2019aveu.» Cette lecture m\u2019a porté, à l\u2019occasion de la parution dans la collection «Quarto», sous le titre de Légendes du Je, k revenir à Gary.N\u2019étant plus tout à fait menacé par quelque terro-risme, j\u2019étais à même de faire mon miel d\u2019une écriture franche, dont j\u2019appréciais les libertés et même les facilités.Pour Sganarelle, Clair de femme et peut-être aussi Lady L, des romans à lire assurément pour peu qu\u2019on ait de l\u2019existence une conception qui laisse place à un sens de la beauté, de l\u2019audace.Un «hymne à la vie», comme disent les gens pressés.Romain Gary, très peu homme de lettres ou, si l\u2019on y tient, d\u2019une façon fort contemporaine.On l\u2019inviterait à Tout le monde en parle.C\u2019est vous dire.Inédits Chez Gallimard, on annonce la parution pour cet anniversaire de deux livres.Le premier est un roman inédit de 1937, refusé alors par tous les éditeurs, qu\u2019a déniché le collectionneur, Philippe Brenot, Le vin des morts.Le second.Le sens de ma vie, un entretien enregistré par Jean Faucher, à une époque oû la télévision de Radio-Canada avait des sous, de la culture et de l\u2019imagination.Vous le savez comme moi, il n\u2019y a qu\u2019une façon de célébrer la mémoire d\u2019un écrivain.Le lire.Dans ce cas précis, rien n\u2019est tellement compliqué.Il a été «foliorisé» à tire-larigot.Si vous n\u2019êtes pas pressé, il y a deux Pléiades à venir, on ne sait quand.Collaborateur Le Devoir Tragédie sur un mode estival GILLES ARCHAMBAULT Il y a quelques lustres, Brigitte Bardot évoquait non sans quelque talent une plage abandonnée du côté de Saint-Tropez.La chanson avait son charme, bien léger, on le concède.Je l\u2019ai fredonnée malgré moi en lisant La maison Atlantique de Philippe Besson.Ce n\u2019est pas de la Côté d\u2019Azur qu\u2019il est question ici mais, comme le titre le laisse supposer, d\u2019une région proche de l\u2019île de Ré.Le narrateur, jeune garçon de seize ans, accompagne bien malgré lui son père dans ce séjour estival.Il aurait de loin préféré se joindre à des camarades de son âge pour marquer de façon plus autonome ce qui lui apparaît commç la fin de l\u2019enfance.A la première page du roman, îl nous apprend que, «de toute façon, la compassion n\u2019est pas [son] genre».Ce qu\u2019est son genre, on le découvrira petit à petit.Le père, notoirement Infidèle, est veuf depuis deux ans et ne le déplore que du bout des lèvres.Ce qui ne l\u2019empêche pas de tenir à ce que son fils ait de la «morale».S\u2019il lui laisse une certaine liberté, 11 accepte mal qu\u2019il ne rentre pas dormir sous le toit paternel.Face à la résidence secondaire qu\u2019ils habiteront pour ces vacances que ni le fils ni le Le style télégraphique, ainsi qu\u2019on disait avant l\u2019ère des SMS, peut devenir un tic père ne souhaitent, vient s\u2019installer un jeune couple.La femme est belle, le mari nettement falot.Comme les nouveaux arrivants n\u2019ont loué que pour deux semaines la petite maison qu\u2019ils occupent, le séducteur de profession passe rapidement à l\u2019action.Cécile, la jeune Inconnue, s\u2019ennuie avec Raphaël, amoureux peu af-f r 1 O 1 a n t mais loyal.Le professionnel de l\u2019entour-loupe sentimentale sait y faire.En moins de deux, 11 Instaure un système de duperies.Peu lui chaut que cette passade ait ou non des répercussions.Mettre en péril un couple, c\u2019est un souci qu\u2019il n\u2019a pas le moins du monde.Des roueries, 11 y en aura.Le narrateur, qui se cherche, ayant même une expérience homosexuelle qui ne le convainc qu\u2019à moitié, ne tarde pas à découvrir les stratagèmes lamentables de son père.Un père dont 11 n\u2019a jamais accepté le comportement vis-à-vis de sa mère, dont 11 nç cesse de déplorer la mort.A sa façon.Ne pas oublier que la compassion n\u2019est pas son truc.Un jour, le mari gênant s\u2019absente pour une affaire urgente.Les amants ont donc toute licence pour se donner rendez-vous une fols de plus.Cécile a bien quelques scrupules, elle ne déteste pas son Rafaël, ne veut pas l\u2019inquiéter, mais le père sait se montrer convaincant.Le fils, de plus en plus Indigné, accueille le «tierzo incommoda» en le mettant au parfum de la liaison.Je n\u2019al pas le droit de vous dire comment se termine l\u2019affaire.Ce serait trahir l\u2019auteur et le lecteur éventuel que vous serez peut-être.J\u2019al toutefois celui de dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un roman bien ficelé, à la française, dans la lignée des livres réussis de Françoise Sagan, par exemple.On en ferait un film agréable.D\u2019ailleurs, Son frère, roman de notre auteur, a été adapté avec succès par Patrice Chéreau en 2003.Le découpage, chapitres courts, dialogues brefs, tout paraît relever du découpage cinématographique.On pourra trouver que Philippe Besson a trop recours à ces phrases sans verbe.Le style télégraphique, ainsi qu\u2019on disait avant l\u2019ère des SMS, peut devenir un tic.D\u2019autant que l\u2019auteur a parfois tendance, lorsqu\u2019il s\u2019en défait, lorsqu\u2019il utilise un rythme plus lent, à alourdir sa phrase par des ajouts qui paraissent superflus.Vous avez aimé?vous demandez-vous peut-être.Rai- sonnablement.À aucun moment al-je été ennuyé.NI bouleversé non plus.Il y a souvent beaucoup de longueurs dans les livres qui comptent, des apartés, des moments dans lesquels on sait que l\u2019auteur a voulu tout dire au risque de perdre son lecteur.Rien de tel ici.Du meilleur Sagan, vous dis-je.Les mondanités, les voitures de sport, en moins.Et les côtes vendéennes, pas la Riviera du jet-set.Collaborateur Le Devoir LA MAISON ATLANTIQUE Philippe Besson Juliard Paris, 2014, 217 pages y.S SOURCE BELEONT Dans les baraques d\u2019Auschwitz (1945-1946), un dessin d\u2019Helga Weissovâ.Auschwitz à travers des yeux d\u2019enfant CAROLINE MONTPETIT \\ A 84 ans, elle a l\u2019âge qu\u2019Anne Frank aurait aujourd\u2019hui.Et comme la célébrissime petite Néerlandaise tuée dans un camp de concentration nazi, elle est allée à Auschwitz.La différence, c\u2019est qu\u2019Helga Weissovâ en est revenue.La Tchèque Helga Weissovâ vient de publier le journal et les dessins qui l\u2019ont accompagnée, à partir de l\u2019âge de neuf ans, dans le ghetto juif de Te-rezin, puis dans les camps de concentration d\u2019Auschwitz et de Mauthausen, oû elle a été déportée.«Chaque déporté avait droit à 50kg de bagages», écrit-elle sous un croquis qui illustre l\u2019arrivée de la famille à Terezin.Dans son bagage, la jeune Helga avait apporté un peu de matériel pour peindre.En 1941, alors qu\u2019elle vient d\u2019arriver à Terezin, Helga fait son dernier dessin d\u2019enfant: un bonhomme de neige.«Je l\u2019ai envoyé en secret à mon père, dans la caserne des hommes, et il m\u2019a répondu: \u201cdessine ce que tu vois\u201d», écrit-elle.Alors que le journal d\u2019Anne Frank se terminait au moment de l\u2019arrestation de la famille par les nazis, celui d\u2019Helga l\u2019aç-compagne dans sa détention.A Terezin, elle raconte comment les Allemands déguisent l\u2019endroit en station thermale lorsqu\u2019ils sont contraints d\u2019accepter une visite de la Croix-Rouge internationale : on peint les maisons, on pose de l\u2019herbe, on organise une fanfare.La mascarade ne dure pas.Le père d\u2019Helga est déporté et elle ne l\u2019a jamais revu.La petite fille et sa mère sont envoyées à Auschwitz.«Et nous qui nous plaignions de Terezin.Allez, c\u2019était un vrai paradis en comparaison de ceci.» Sur le dessin qu\u2019Helga fait d\u2019une baraque d\u2019Auschwitz, les corps sont émaciés, traçés en noir et blanc.A Mauthausen, oû elle est ensuite envoyée, l\u2019adolescente qu\u2019elle est devenue sait que ses jours sont comptés.«Peut-être que la guerre sera aussi bientôt finie.Mais même si cela arrive la semaine prochaine, nous ne vivrons pas jusque-là», écrit-elle, en patientant pour entrer dans la douche, qui pouvait aussi être une chambre à gaz.«Ce n\u2019était pas la chambre à gaz, poursuit-elle, soulagée.Et nous avons gardé nos cheveux.Rien que des douches, avec de l\u2019eau merveilleusement chaude et assez de temps pour nous laver.» Lorsqu\u2019elle apprend que les nazis du camp de Mauthausen ont capitulé, Helga est au SOURCE BELEOND Ce que je voudrais pour mon anniversaire II (1943).«Ce que je désirais par-dessus tout: rentrer à la maison, à Prague», écrit Helga Weissovâ.camp tzigane.«Je ne rêve pas, je suis bien éveillée, debout sur mes deux jambes derrière les barbelés du camp des Tziganes, et là-haut, au-dessus de l\u2019entrée principale de Mauthausen, je vois flotter un drapeau blanc! Le drapeau de la paix.» La nuit du 21 mai 1945, elle porte une robe propre cousue dans un drap SS.Le train en provenance de Mauthausen entre en gare à Prague, seize jours après sa libération.«Debout, le front collé à la vitre, je sens de grosses larmes couler sur mes joues.Larmes de joie et de bonheur.Enfin Prague, Prague dont j\u2019ai tant rêvé.Enfin chez moi!», écrit-elle.Là, Helga Weissovâ réside toujours dans la maison qu\u2019elle habitait avec ses parents avant la guerre.Revenue, elle s\u2019est mariée, a eu deux enfants, et trois petits-enfants.Elle est artiste peintre.Le Devoir LE JOURNAL D\u2019HELGA Helga Weissovâ Belfond Paris, 2014, 264 pages HELGA WEISSOVÂ______ Le journal d\u2019Helga Vora Michalski, présidonto du groupe Libella (Buchet/Chastel, Phebus, Noirsur Blanc, les Cahiers dessines, Libretto) et Brigitte Bouchard, éditrice de Notabilia, au sein des éditions Noirsur Blanc, ont le plaisir de vous convier à une soirée hommage à Gaétan Soucy à l\u2019occasion du lancement de I N\u2019OUBLIE .PAS S\u2019ILTE PLAIT, QUE JET AlIflE un texte inédit de Gaétan Soucy, avec la participation de Suzanne Côté-Martin, Pierre lourde, Catherine Mavrikakis et Sylvain Trudel.La soirée sera animée par Stanley Péan Jeudi 15 mai 17h30 Librairie Gallimard 3700 boulevard Saint-Laurent, Montréal LIJ r ^ I r IE GALLIMARD J E I' I N t E Merci de confirmer votre presence au 514 499 2012 ou a librairie@gallimardmontreal corn F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II MAI 2014 ESSAIS Portrait du prêtre en rebelle Dans une captivante autobiographie, un missionnaire québécois plaide pour la théologie de la libération Louis CORNELLIER Claude Lacaille n\u2019a sûrement pas fêté la canonisation de Jean-Paul 11, le 27 avril dernier.Prêtre québécois né en 1939, Lacaille se présente comme «un fils de Vatican II» et comme un partisan dç la théologie de la libération.A ses yeux, Jean-Paul il et son successeur, Benoît XVI, qui ont condamné à répétition la théologie de la libération, ne sont certes pas des modèles.« Wojtyla et Ratzinger, écrit Lacaille, nous ont ainsi exposés, complètement nus, à la répression sauvage de nos tyrans et ont livré aux loups des brebis laissées sans pasteurs.L\u2019histoire de l\u2019Eglise retiendra de ces hommes qu\u2019ils ont été un obstacle redoutable à l\u2019évangélisation dans le continent.» Le continent dont il est question, ici, est l\u2019Amérique latine, où Lacaille, bibliste et prêtre des Missions-Etrangères, a été missionnaire de 1970 à 1986, après être passé par Haïti de 1965 à 1969.C\u2019est cette expérience qu\u2019il raconte dans En mission dans la tourmente des dictatures, un captivant ouvrage autobiographique.Lacaille, un vrai militant au service d\u2019une cause qui le dépasse, n\u2019aimera pas que je le dise ainsi, mais je ne peux retenir mon enthousiasme : ce livre est, pour moi, celui d\u2019un héros, celui d\u2019un homme dont l\u2019engagement pour la justice constitue l\u2019honneur du catholicisme.Je l\u2019ai lu pendant que le Vatican célébrait la sainteté de Jean-Paul 11.Lacaille, lui, n\u2019est peut-être pas un saint, mais, comme modèle, il me semble nettement plus inspirant.«Quand j\u2019aide les pauvres, disait l\u2019évêque brésilien Helder Camara pour illustrer l\u2019esprit de la théologie de la libération, on dit que je suis un saint.Lorsque je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste.» En 2007, dans une lettre ouverte notamment publiée dans Le Devoir, Lacaille, en réplique à Benoît XVI qui venait une fois de plus de condamner la théologie de la libération en l\u2019accusant de pratiquer «un mélange erroné entre Eglise et politique», reprenait des termes semblables.«Je n\u2019ai pas eu besoin de lire Karl Marx pour découvrir l\u2019option pour les pauvres, écrivait-il.La théologie de la libération, ce n\u2019est pas une doctrine, une théorie; c\u2019est une manière de vivre MARTIN CENTENO Missionnaire rebelle, Claude Lacaille a toujours vu la théologie de la libération comme une manière de vivre dans la proximité et la solidarité avec les personnes pauvres et exclues.CIAUDE LACAILLE En mission dans la tourmente des dictatures à P l\u2019Évangile dans la proximité et la solidarité avec les personnes exclues, appauvries.» L\u2019élan de départ A 15 ans, à Trois-Rivières, en plein régime duplessiste, ________ Lacaille est «un enfant religieux et curieux».A l\u2019école, il rencontre des missionnaires venus parler de leurs aventures aux jeunes et il est «fasciné par leur audace».11 lit déjà des livres qui présentent «un Jésus au service des pauvres, des masses indigentes abandonnées, des exclus, alors qu\u2019au collège, on n\u2019évoquait jamais cette dimension sociale du message chrétien».Sa vocation est tracée.Au séminaire, les cours de Bible mettant l\u2019accent sur la morale traditionnelle et les exercices de piété l\u2019ennuient.11 se fabrique donc un faux livre, orné d\u2019une croix blanche, dans lequel il glisse une méthode Assimil d\u2019espagnol.L\u2019été, il continue d\u2019apprendre cette langue, en écoutant les discours de Fidel Castro avec la radio familiale à ondes courtes.Le missionnaire rebelle est en formation.En 1965, il atterrit enfin à Haïti.Fidèle à ses convictions, il s\u2019efforce de parler le créole, non sans peine.Lors d\u2019une messe, alors qu\u2019il invite les participants à «lever bien haut nos cœurs vers le ciel», il confond la prononciation du mot «cœur» avec celle du mot «queue».C\u2019est la rigolade, évidemment.Le reste, cependant, n\u2019est pas drôle du tout.Dans cette Haïti de Duvalier père, les pauvres crèvent dans la déchéance, la faim tenaille les ventres et la répression s\u2019abat sur les opposants à la dictature.Devant tant d\u2019injustices, Lacaille est «paralysé par un grand sentiment d\u2019impuissance» et songe presque à s\u2019engager dans la lutte armée.La typhoïde le forcera à revenir au Québec, en 1969, avec une détermination renouvelée.«J\u2019ai plongé dans le message subversif de Jésus de Nazareth, écrit-il, et fai décidé alors que, jusqu\u2019à mon dernier souffle, mon alliance serait scellée avec les opprimés, les exclus, les appauvris de ce monde.» Contre Pinochet De 1970 à 1972, en Équateur, auprès des Quichuas, il prend pleinement conscience que «la pauvreté [n\u2019est] pas un phénomène naturel, mais bien social» et que «notre théologie traditionnelle [propose] une aide charitable aux pauvres plutôt que de travailler à l\u2019éradication de la pauvreté».Au Chili, de 1975 à 1986, Lacaille s\u2019engage donc au «côté des populations marginalisées avec radicalité», en participant à des actions contre la torture, contre le traitement réservé aux détenus disparus et pour {{^Notre théologie traditionnelle [propose] me aide charitable aux pauvres plutôt que de travailler à réradication de la pauvreté)} Extrait d\u2019En mission dans ia tourmente des dictatures l\u2019accès à des terrains et à des abris pour les pauvres.Le récit de toutes ces luttes menées contre la dictature néolibérale de Pinochet est épique.Dans des communautés de base pratiquant une lecture libératrice de la Bible, lecture qui n\u2019hésite pas à montrer «le lien entre la foi et l\u2019engagement politique» et qui propose de dépasser l\u2019approche charitable pour «s\u2019attaquer aux causes systémiques qui engendrent la pauvreté et l\u2019exploitation», Lacaille et ses collègues mènent le combat de l\u2019option préférentielle pour les pauvres, en compagnie de militants marxistes.Cela leur vaut d\u2019incessantes condamnations de la part d\u2019une hiérarchie ecclésiastique «intrigante et poltronne».Tant de courage et un tel sens de la solidarité, nourris par un christianisme de gauçhe véritablement fidèle à l\u2019Évangile, impressionnent, émeuvent et suscitent l\u2019admiration.Aujourd\u2019hui, revenu au Québec et toujours aussi engagé, autant dans la lutte contre le néolibéralisme que dans l\u2019accompagnement des malades, le prêtre, comme d\u2019autres partisans de la théologie de la libération, salue l\u2019arrivée du pape François comme un vent de fraîcheur.Qn souhaite qu\u2019il ait raison, mais on redoute tout de même un peu que la «théologie du peuple» mise en avant par le pape argentin (voir Je m\u2019appellerai Erançois, Pierre Lunel, First, 2014) ne soit qu\u2019une version molle de la vivifiante théologie de la libération.louisco@sympatico.ca EN MISSION DANS LA TOURMENTE DES DICTATURES 1965-1,986.Haïti, Equateur, Chili Claude Lacaille Novalis Montréal, 2014,216 pages Quand Montréal s\u2019écrit en anglais À Metropolis bleu, Linda Leith a fait découvrir nos écrivains de l\u2019autre langue MICHEL LAPIERRE En trouvant un accent à la création littéraire, Linda Leith a le talent de susciter des questions aussi complexes que fascinantes.Dans son essai Écrire au temps du nationalisme, elle confesse: «Je suis née en Irlande du Nord, et fai vécu dans d\u2019autres lieux et dans d\u2019autres langues, de sorte que je parle avec^un accent, même en anglais.» A Montréal, la littérature de langue anglaise qu\u2019elle pratique est une cause, mais surtout une sensibilité.Arrivée ici avec sa famille en 1963, Linda Leith (née en 1949) vit le bouleversement qu\u2019est pour la communauté anglophone l\u2019accession du Parti québécois au pouvoir en 1976, l\u2019adoption de la loi 101 l\u2019année suivante, les référendums sur la souveraineté, en particulier celui de 1995.Elle est sous le choc de constater que, jadis capitale littéraire du Canada, Montréal a cédé ce privilège à Toronto qui regarde de haut les «Je ne connais aucun écrivain anglophone de Montréal qui n\u2019a pas, à un moment ou un autre, sincèrement souhaité appartenir à au moins l\u2019une de nos deux littératures nationales, )} Extrait d\u2019Écrire au temps du nationalisme écrivains montréalais de langue anglaise, qui, selon elle, deviendront, ici même, «invisibles».Elle aborde ce qu\u2019elle appelle «le nationalisme québécois» en se gardant d\u2019évoquer un mouvement de libération nationale.Elle le met en parallèle avec «le nationalisme ca-nadien-anglais», comme si les deux choses étaient de même nature.Malgré tout, l\u2019essayiste a la finesse de suggérer la présence persistante, au nord des États-Unis, de deux provincialismes littéraires qui coexis- tent en s\u2019ignorant mutuellement: le Canadien-anglais et le québécois.Malicieusement, presque sans applaudir, elle se plaît à citer le poète montréalais David Solway (né en 1941), qui fait honneur à Montréal et au Québec tout entier en rabaissant la reine littéraire de Toronto, Margaret Atwood.Pour lui, cette «déesse de la platitude» résume «tout ce qu\u2019il y a de plus déprimant et paroissial et conventionnel dans la vie et les lettres au Canada».Frondeur et rafraîchissant, l\u2019esprit de Solway devait animer le festival Metropolis bleu que Linda Leith a lancé en 1999 \u2014 et dont la 16® édition se déroulait la semaine dernière \u2014 et dirigé jusqu\u2019en 2010 en associant, pour les rendre visibles, les écrivains montréalais de langue anglaise aux autres écrivains québécois.La littérature doit redevenir une folie.Au lieu d\u2019avoir encore les yeux tournés vers Paris, Londres, New York ou Toronto, nos écrivains pourraient alors s\u2019affranchir des provincialismes et découvrir que Montréal est le centre du monde.Collaborateur Le Devoir ÉCRIRE AU TEMPS DU NATIONALISME Linda Leith Traduit de l\u2019anglais (canadien) par Alain Roy Leméac Montréal, 2014,232pages BIOGRAPHIE Pierre Herbart, ou le retour de Fécrivain prodigue PAUL BENNETT Seuls les férus d\u2019histoire littéraire et les amateurs d\u2019écrivains marginaux, mais exemplaires, connaissent le nom et l\u2019oeuvre de Pierre Her-bart (1903-1974), à qui le biographe Jean-Luc Moreau vient pourtant de consacrer un volumineux et passionnant ouvrage.D\u2019abord protégé de Jean Cocteau puis d\u2019André Gide, journaliste d\u2019enquête en Indochine et en Afrique noire devenu anticolonialiste et fervent communiste avant de dénoncer la Russie stalinienne dans le sillage de Gide, séducteur, homosexuel sans complexe, opiomane et aventurier devenu un des chefs de la Résistance sous le nom de général Le Vi-gan, Pierre Herbart eut une vie palpitante, mais mourut dans la misère pour avoir repoussé les compromis et méprisé les pos-ses,sions matérielles.Écrivain admiré par Gide et Roger Martin du Gard pour son style sec, dépouillé, mais ciselé, et pour son inflexible lucidité, Herbart fut pourtant un auteur malchanceux, qui ne connut jamais la notoriété, malgré l\u2019audace et les indéniables qualités littéraires de ses récits et romans {L\u2019âge d\u2019or, La ligne de force, La licorne), tous réédités ces dernières années (Gallimard).Serait-ce enfin le retour d\u2019un écrivain souvent accusé d\u2019avoir dilapidé ses talents ?Sa discrétion, son «intégrité critique» \u2014 selon Gide \u2014 et son refus de jouer le grand jeu littéraire peuvent expliquer en partie cette désaffection à l\u2019égard de son oeuvre, qui pourrait aussi être imputée à SOURCE ÉDITIONS GRASSET Malgré son audace et ses grandes qualités littéraires, Pierre Herbart ne connut jamais la notoriété.son style elliptique, sans fioritures, qui peut désarçonner le lecteur non averti.Lui-même voyait l\u2019écriture comme «une entreprise désespérée», en raison de l\u2019écart entre ce que l\u2019écrivain veut exprimer et ce qui en est perçu ou retenu par le lecteur.La biographie de Jean-Luc Moreau parvient magnifiquement à transmettre la cohérence de cette vie et de cette oeuvre, au-delà de ses échecs et de ses contradictions.Collaborateur Le Devoir PIERRE HERBART L\u2019orgueil du dépouillement Jean-Luc Moreau Grasset Paris, 2014, 623 pages / ^ - J ¦\t^ %-\t¦ -i ¦ ft ¦TU 4 k /v '^-1 %\t-ÂV\t\" ¦¦ m »\t'3^' Mort-Terrain « De livre en livre, Biz nous surprend, nous emmène dans des univers différents.De livre en livre, le rappeur de 40 ans déploie son imaginaire, accroît son terrain de jeu.» Danielle Laurin, Le Devoir 514 524-5558 lemeacOlemeac.com Québec\" O "]
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