Le devoir, 17 mai 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F » LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2014 l PEDRO RUIZ LE DEVOIR Faire ses CLASSIQUES Italo Calvino l\u2019a dit et bien dit, déjà : « Les classiques sont des livres qui, quand ils nous parviennent, portent en eux la trace des lectures qui ont précédé la nôtre.» Ces livres, poursuivait l\u2019Italien dans sa réflexion Pourquoi lire les classiques (voir article en F 6), «traînent derrière eux la trace qu\u2019ils ont laissée dans la ou les cultures qu\u2019ils ont traversées (ou plus simplement dans le langage et les mœurs) ».Pourtant, s\u2019entendre sur les ouvrages essentiels n\u2019est pas si simple.Discussion.CATHERINE LALONDE Qu\u2019est-ce donc qu\u2019un classique?La question est plus élémentaire que la réponse.«Pendant longtemps, on a pensé que les classiques pouvaient être Vohjet d\u2019un consensus, qu\u2019on pouvait s\u2019entendre sur les grands auteurs, les grands textes à lire, indique en entrevue au Devoir Benoît Melançon, professeur et directeur du Département des littératures de langue française à l\u2019Université de Montréal.Il y a trois cents ans, c\u2019était facile: les classiques, c\u2019étaient les auteurs grecs et latins, et voilà la question réglée! Au fil du temps, on s\u2019est aperçu que chaque tradition nationale voulait avoir ses classiques: on a confié à l\u2019école le rôle de les nommer, de les créer.» D\u2019où l\u2019amusante réduction, attribuée à Roland Barthes mais qui existait déjà au XVIP siècle: «Les classiques, c\u2019est ce qu\u2019on enseigne dans les classes.» Le professeur Melançon, lui-même spécialiste du XVIIP siècle, poursuit : «Plus on avance dans le temps, plus il y a d\u2019œuvres dans lesquelles choisir; et des choses sont apparues qui n\u2019existaient pas quand les littératures nationales ont commencé à se poser cette question des classiques.» Et donc, quelle réponse donne-t-on maintenant?«Quand un livre devient classique, c\u2019est essentiellement parce qu\u2019il trouve des lecteurs à une autre époque, parce que les lecteurs de ce moment-là se posent des questions auxquelles l\u2019œuvre correspond.Ce n\u2019est pas lié à des qualités intrinsèques du livre, sur lesquelles de toute façon personne n\u2019arriverait à s\u2019entendre: c\u2019est lié à la concordance entre un texte et ses lecteurs à un moment dans l\u2019histoire.» Ou à des moments différents.Un exemple ?Madame Bovary.«C\u2019est un texte de Flaubert qui, quand il paraît en 1857, est assez mal reçu, qui a le malheur de raconter une histoire somme toute banale pour l\u2019époque \u2014 un adultère dans une ville de province, parfaitement attendu.Mais qui a cette drôle de caractéristique de ne pas trancher moralement, de ne pas dire que c\u2019est mal, cet adultère, contrairement à d\u2019autres romans sur le même sujet de la même époque.Alors que cette leçon morale correspondait à une certaine définition de la littérature en 1857, au XXL siècle on ne lit pas généralement de littérature pour se faire dire quoi penser.On aime bien maintenant que ce soit indéci- dable, que ce soit au lecteur de se faire son idée.Madame Bovary est devenu au fil du temps un classique parce que le livre correspond à notre façon à nous de réfléchir à la littérature.» Néoclassiques Ce rapport au temps, cette perspective donnée par les siècles passés s\u2019est télescopée, rapetissée.Dans une société jeune comme celle du Québec, on peut même penser que les classiques font un retour vers le futur.«En littérature québécoise, on va enseigner beaucoup plus des œuvres contemporaines qu\u2019anciennes.Alors qu\u2019en France il y a des couches successives de lecture qui font qu\u2019on peut mieux suivre l\u2019évolution.Les classiques, ici, on a le nez collé dessus.On peut à peu près arriver à trouver quatre ou cinq noms essentiels du Québec sans trop se chicaner \u2014 Anne Hébert, Réjean Du-charme, Gabrielle Roy, Gaston Miron \u2014mais si on passe à 10 noms, ça va devenir plus dur.Les textes plus anciens, et il y en a, sont d\u2019une autre tradition de lecture.» Aux Presses de l\u2019Université de Montréal, Benoît Melançon œuvre également comme directeur scientifique et travaille entre autres à la Bibliothèque du Nouveau Monde, une collection de «fondamentaux de la littérature québécoise».«On y voit une fracture très nette entre les textes plus anciens, comme ceux de la Nouvelle-France qu\u2019on lit aujourd\u2019hui beaucoup pour leurs valeurs documentaires mais qu\u2019on ne va pas aborder dans les écoles, et les contemporains», analyse VOIR PAGE F 5 CLASSIQUES Quels sont les classiques d\u2019aujourd\u2019hui?Il est absolument impossible de prédire ce qui deviendra un classique, estime le professeur de littérature Benoît Melançon, même s\u2019il est amusant de se livrer à l\u2019exercice.«Les exemples sont nets: personne ne pensait que Candide deviendrait un classique.Voltaire lui-même disait que c\u2019était une couilllonnerie.Il ne reconnaissait pas la paternité de ce texte trop ironique, trop méchant, dans un genre pas très légitime.Il n\u2019avait pas idée de passer ainsi à la postérité.Flaubert ne savait pas que Madame Bovary deviendrait un classique.Notre époque va produire des classiques, c\u2019est certain, mais impossible de déterminer lesquels.On verra au fil des ans ce qui va rester.Qui va avoir besoin des œuvres d\u2019aujourd\u2019hui dans cent ans ?Et de quelles œuvres d\u2019aujourd\u2019hui ?Celles dont on n\u2019aura pas besoin alors, on va les oublier.» Et pour vous, lecteurs du Devoir, quels sont les classiques?Quels livres «vieux de la vieille » vous accompagnent?Quels classiques croyez-vous que notre époque laissera?Nous attendons vos réponses à classiques@ledevoir.com.Les moindres mots de Milan Kundera Page F 2 Faut-il continuer d\u2019enseigner les classiques anciens ?Page F 6 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2014 LIVRES Kundera : la brièveté incisive GILLES ARCHAMBAULT Dans sa Biographie de l\u2019œuvre, notes qui accompagnent la publication des livres de Kundera dans l\u2019édition de la Pléiade, François Ricard signale que, pour Le rideau (Gallimard, 2005), l\u2019auteur «choisit chacun de ses mots, polit chacune de ses phrases, dispose chacun de ses chapitres en vue d\u2019un maximum d\u2019économie et de précision ».Comme le souligne aussi Ricard, Kundera «ne se sentant nullement pressé de publier, travaillant à la petite journée et sans se hâter», offre à ses lecteurs une prose française «classique», «c\u2019est-à-dire pure et dépouillée».Ces indications ne m\u2019ont pas quitté tout au long de ma lecture de La fête de l\u2019insignifiance.Un roman, ce livre qui n\u2019atteint les 142 pages qu\u2019à la suite de prodiges de mise en pages?Non, une sottie plutôt.Ou, si l\u2019on veut, un roman à la façon du XVIII® siècle français.Diderot, Vivant Denon, Kundera les apprécie, on le sait.Cette fête à laquelle Kundera nous convie est celle d\u2019une dénonciation de l\u2019esprit de sérieux.Au parc du Luxembourg à Paris, un matin de juin, Ramon renonce une fois de plus à se joindre aux curieux qui font la queue pour assister au musée à une exposition Chagall.Il y a aussi Alain, que fascine le nombril dénudé des jeunes filles.Quant à D\u2019Ardelo, il apprend de son médecin qu\u2019il n\u2019a pas le cancer.Rencontrant Ramon, il le laisse avec l\u2019impression qu\u2019il n\u2019est pas guéri et que l\u2019appréhension de sa mort prochaine l\u2019incite à organiser une petite fête pour son anniversaire.Connaîtrait-il un traiteur?C\u2019est alors qu\u2019est évoqué Caliban, non le personnage shakespearien, mais un comédien sans travail qui ne demandera pas mieux que de se déguiser en serveur pakistanais.Ne pas oublier Charles, qui n\u2019aura de cesse qu\u2019il se soit réconcilié C HELIE GALLIMARD Alors qu\u2019on ne l\u2019attendait plus, Kundera revient avec un livre à la fois joyeux et inquiétant.avec une mère qui se serait bien passée de la naissance de son enfant.Hommage léger Les personnages palabrent sur Kant, sur les anges ou sur les problèmes prostatiques de Kalinine, cet adjoint politique de Staline.Pourquoi le «petit père des peuples » a-t-il nommé une ville en l\u2019honneur d\u2019un incapable qu\u2019il s\u2019amusait de surcroît à rîdîculîser?Pourquoî ce tyran sanguînaîre tenaît-îl tant à raconter son împrobable hîs-toîre des vîngt-quatre perdrix qu\u2019îl auraît abattues ?Pour jauger le degré d\u2019asservissement de ses collaborateurs ?Qu\u2019Importe.Cela sert en tout cas à Kundera pour mettre à mal la slnlstrose contemporaine.Il y a aussi les «excusards», ceux qui passent leur vie à s\u2019excuser de quelque chose.Comme quoi 11 n\u2019y a pas que l\u2019accession du nombril au rang de la fascination sexuelle au même titre que les fesses, les seins et les cuisses qui est objet d\u2019étonnement.Il suffit pour s\u2019en rendre compte d\u2019quvrlr les yeux.A 85 ans, alors qu\u2019on ne l\u2019attendait plus, Kundera nous offre un livre joyeux.Inquiétant aussi, brlllantlsslme, discret en même temps, un petit joyau.Comment expliquer qu\u2019un faux roman si loin de l\u2019esprit de notre temps en soit rendu à un tirage de 100000 exemplaires, voisinant les best-sellers de Katherine Pancol ?Mystère.Se poser trop longtemps la question serait sûrement céder à cet esprit de sérieux, à cette rectitude politique qui nous empoisonne la vie.A mon avis, 11 faut prendre cette Fête de l\u2019insignifiance pour ce qu\u2019elle est probablement, une sorte d\u2019hommage à la légèreté qui vient parfois à la place d\u2019une sérénité trompeuse ou d\u2019un tragique Imposé.Par exemple, Quaque-llque apprend à Ramon qu\u2019il est à la recherche d\u2019une copine qui lui apporterait un peu de bonne humeur.Pour nous, lecteurs, nous la détenons cette source de bonne humeur: le moyen qu\u2019adopte Kundera pour y arriver, une prose française nue, sans apprêt.Relisant pour ne rien rater de cette prose si précise, je n\u2019al pu manquer de me réciter cette phrase extraite de Point de lendemain de Vivant Denon: «Tout était éclairé, tout annonçait la joie, excepté la figure du maître, qui était rétive à l\u2019exprimer.» Kundera a atteint à cette concision, à cette netteté dans l\u2019expression.Pour citer Valéry, entre deux mots, i) choisit toujours le moindre.A moins qu\u2019il ne le biffe.Collaborateur Le Devoir LA FÊTE DE L\u2019INSIGNIFIANCE Milan Kundera Gallimard Paris, 2014, 142pages ESSAIS L\u2019apesanteur des mots CHRISTIAN DESMEULES En juin 2009, Guy Laliberté s\u2019envoyait en l\u2019air depuis une base russe du Kazakhstan pour faire soi-disant la promotion de la fondation Que Drop, un organisme sans but lucratif mis sur pied par le milliardaire deux ans plus tôt afin que «tous aient accès à l\u2019eau, aujourd\u2019hui et pour toujours».Beaucoup de bruit pour nous apprendre, en somme, que, vue du ciel, la Terre était bleue.Avec la «mission sociale et poétique» de Laliberté, estime l\u2019essayiste Gilles McMillan, ce sont les mots qui ont été une fois de plus \u2014 une fois de «ny a autant de déversements toxiques dans Vimaginaire que dans Venvironnement )) Extrait de la préface de La contamination des mots trop?\u2014 détournés de leur sens, pervertis, asservis.«Coupés un peu plus de leurs racines, de l\u2019histoire, ils tombent en apesanteur pour être saupoudrés sur la planète bleue par le biais des médias et leurs chroniqueurs bien-pensants, les satellites et Internet.» Léo-Pôl Morin en concert « Leo-Pol Morin, pour moi, cest une espece de héros.[.] Il avait des opinions sur la musique qui étaient extrêmement intéressantes et quelquefois très dérangeantes, et ça, j'adore.» Edgar Fruitier, Radio-Canada, Samedi et rien dautre Quebec 514 524-5558 lemGac@lemeac.com GILLES McMillan Enflure verbale?Enthousiasme de clown ?Show de boucane capitaliste d\u2019un ancien cra-cheur de feu?Greenwashing?Toutes ces réponses peuvent être valides.Il reste qu\u2019aux yeux de Gilles McMillan, auteur de La contamination des mots, qui rassemble une vingtaine de textes ayant d\u2019abord paru pour la plupart en revues^, notamment dans A bâbord !, le Cirque du Soleil incarne à la perfection «le kitsch de l\u2019époque» \u2014 et le cirque en tant que «métaphore ou archétype de la société».Et les enfants bâtards et difformes dont Laliberté \u2014 et combien d\u2019autres \u2014 accouche en violant à répétition le langage sont symptomatiques de dérives bien plus larges.Nul besoin, du reste, d\u2019avoir un gros nez rouge au milieu du visage pour passer pour un clown.C\u2019est ce que souligne Yvon Rivard dans la préface éclairée qu\u2019il consacre au livre de McMillan : «Il y a autant de déversements toxiques dans l\u2019imaginaire que dans l\u2019environnement, et l\u2019imaginaire n\u2019est pas moins collectif ou politique que ce qui nous est présenté quotidiennement comme des affaires du plus grand intérêt public.» Rédacteur et réviseur linguistique né en 1955, Gilles McMillan s\u2019exerce aussi par moments à l\u2019autobiographie masquée, faisant de Mondo-lore, une petite ville fictive des Hautes-Laurentides peuplée de travailleurs forestiers, l\u2019épicentre d\u2019une révolution personnelle.«Sans avoir l\u2019étoffe des révolutionnaires, on avait celle, innée, des martyrs.» LA CONTAMINATION DES MOTS Se questionnant sur l\u2019origine et sur l\u2019héritage, l\u2019auteur partage des préoccupations qui rejoignent celles d\u2019un Carlos Lis-cano, écrivain uruguayen longtemps emprisonné, qu\u2019un ami latino-américain qui a connu «l\u2019expérience de la terreur» lui a fait découvrir.«J\u2019étais encore loin de soupçonner qu\u2019on pouvait, à force de travail, d\u2019écriture, être à l\u2019origine de soi-même ou, encore, devenir son propre père.» Parole d\u2019or Plus loin, à travers une série de textes, McMillan se livre à un «éloge des solitudes combatives», pourfendant au passage la superficialité médiatique d\u2019un Dany Laferrière, soulignant la naïveté .de Yann Martel ou s\u2019intéressant de près au travail de Gaston Miron, de Bernard Emond et du poète polonais Edward Stachura.Tout cela s\u2019accompagne, comme une basse continue, d\u2019une solide réflexion sur l\u2019engagement intellectuel.«Si la littérature et l\u2019art peuvent servir à quelque chose, c\u2019est à ça: arracher les mots, les sens, la nature, la vie, les objets et les identités à ce qui veut les asservir.» Soupçonneuse de la religion du progrès et de la «tech-nolâtrie» contemporaine, la critique de McMillan s\u2019inspire en droite ligne de la pensée de Hannah Arendt, de Günther Anders et de Jean Baudrillard.Un plaidoyer vibrant et combatif cherchant à redonner aux mots \u2014 ceux de la littérature \u2014 leur gravité, à sacraliser la parole et à restaurer la signification du geste d\u2019écrire, de penser, de créer.Contre toutes les pirouettes et les pollutions sémantiques.Collaborateur Le Devoir LA CONTAMINATION DES MOTS Gilles McMillan Lux Montréal, 2014, 288 pages La Vitrine ALBUM JEUNESSE LE GRAND ANTONIO fÉlise Gravel La Pastèque Montréal, 2014, 72pages Élise Gravel s\u2019y connaît en monstres et en superhéros : elle en a mis plusieurs en scène dans la trentaine d\u2019albums jeunesse qu\u2019elle a publiés.Pour son premier ouvrage aux éditions de la Pastèque, elle raconte l\u2019histoire d\u2019un héros bleu réel, à qui les épreuves de la vie ont donné les apparences d\u2019un monstre, pas méchant, mais d\u2019une tristesse Infinie.Ce bel album à la facture rétro, qui remonte au temps où le Grand Antonio, Immigrant yougoslave qui a arpenté en tous sens les rues de Montréal, était un homme fort vedette, raconte avec tendresse et l\u2019humour caractéristique de l\u2019au-teure de J\u2019élève mon monstre la vie de ce Samson tireur d\u2019autobus et de trains, et lutteur étoile.Elle donne ainsi la chance aux petits, qui n\u2019étalent pas encore nés à son décès en 2003, de découvrir une légende québécoise symbolique d\u2019un univers de foire en vole de disparition et de voir quelques décors montréalais aussi tombés dans l\u2019oubli.Leurs parents, eux, y retrouveront un personnage singulier de notre histoire récente, qui risque d\u2019échapper au cruel oubli grâce à cet hommage chaleureux et rigolo.Amélie Gaudreau HISTOIRE LES FILLES DE MONTCALM Jean-Paul de Lagrave Éditions Trois-Pistoles Trois-Pistoles, 2014, 132pages Jean-Paul de Lagrave est un historien militant.Indépendantiste et républicain, au style épique.Inspirés par une pédagogie de l\u2019admiration qui a pour but d\u2019inciter à l\u2019action, ses livres sur l\u2019histoire du Québec mettent l\u2019accent sur des figures héroïques et non sur des vaincus.Comme dans les précédents Les trois batailles de Québec (2007) et Les Robinson Crusoë de l\u2019histoire (2009, tous deux chez Trols-Plstoles), Jean-Paul de Lagrave, dans le dernier volume de cette trilogie, chante la gloire de Montcalm, dénonce \u2014 c\u2019est sa lecture \u2014 les traîtres et Incompétents Vaudreull et Bougainville, déplore l\u2019abandon du Québec par la France à l\u2019heure de la Conquête et décrie l\u2019opportunisme de l\u2019Église catholique, qui pactise alors avec l\u2019envahisseur.Les troupes de Wolfe, écrit rhlstorlen, «comme des loups affamés», ont voulu exterminer «la vermine canadienne».Qr, les veuves de la Nouvelle-France ont résisté.et nous sommes encore là.Gloire à elles, donc.L\u2019historien signe Ici un vigoureux essai d\u2019histoire nappé de romantisme, mais 11 s\u2019égare quand 11 aborde, au passage, les questions du vaudou au Québec (?) et de la part française du génome québécois.Qù veut-11 en venir avec ces douteuses considérations ?Louis Cornellier BANDE DESSINEE HASARD OU DESTINÉE Becky Qoonan Éditions Lounak Montréal, 2014, 112 pages Quand la bédélste américaine Installée à Montréal Becky Cloonan ne dessine pas Batman ou Çonan le barbare pour les grandes maisons de comics des États-Unis, elle met en Image, dans sa vie personnelle, des récits gothiques à tendance « emo » \u2014 pour emotional \u2014 où les couples s\u2019aiment passionnément à la folle, dans de grandes envolées lyriques, dans une Incroyable douleur de l\u2019existence et surtout dans des environnements fantastiques et médiévaux en même temps.Hasard ou destinée rassemble trois de ses histoires qui prennent place aux confins de ce romantisme adolescent et des mondes Imaginaires sombres dans lesquels des corps en attraction fatale et/ou Improbable essayent de faire de la lumière.Il y est question de Loups, de Marais et de Déméter.L\u2019assemblage, tout de noir, de blanc et de gris, est graphiquement Impeccable, redoutable même, mais appuie des scénarios à la naïveté amusante et au verbe boursouflé qui pourrait séduire les adeptes du genre, et un peu moins les autres.Fabien Deglise Premier Salon du livre juif francophone La Bibliothèque publique juive de Montréal organise un petit Salon du livre juif francophone entre ses murs.Premier salon du genre au Québec selon les organisateurs, il accueillera des auteurs d\u2019origines diverses qui se sont penchés d\u2019une façon ou d\u2019une autre sur les questions juives.Le traducteur du yiddish et essayiste Pierre Anctil, l\u2019auteur et éditeur André Vanasse, la chercheuse Marie Hazan et l\u2019essayiste Maurice Chalom en seront.Entre autres.Le dimanche 18 mai, de 13 h à 18 h.Le Devoir Salon du livre anarchiste «Ni dieu, ni maître; ni patron, ni frontières», annoncent-ils.Le Salon du livre anarchiste de Montréal se tiendra cette année à deux endroits, situés face à face, soit le Centre culturel Georges-Vanier et le Centre d\u2019éducation populaire de la Petite-Bourgogne et de Saint-Henri.La foire proposera aussi animations et activités, de l\u2019atelier de construction d\u2019émetteur FM en passant par un portrait de l\u2019anarchisme contemporain, avec détours détour par sa pratique à travers les art ou par un bilan des 15 ans de ce salon du livre.Les 24 et 25 mai.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2014 F 3 LITTERATÜRE Les monstres dans le placard Avec ses sombres\td\u2019ogres^ la journaliste Katia Gagnon se surpasse en fiction ^ ŸtS I Danielle Laurin e b 0 n d i s s e m e n t s surprenants, intrigue bien ficelée, mécaniques de la cruauté et de la détresse parcimonieusement démontées : la journaliste à La Presse Katia Gagnon nous a montré il y a trois ans de quel bois elle se chauffe comme romancière avec La réparation (Boréal), axé sur l\u2019intimidation et ses ravages effrayants chez les adolescents.Son deuxième roman.Histoires d\u2019ogres, met en scène la même journaliste d\u2019enquête au passé trouble et à la dent longue, Marie Dumais, qui a fait des cas d\u2019écorchés vifs sa spécialité.«Centres jeunesse, hôpitaux psychiatriques, écoles en milieux défavorisés: elle avait plongé, parfois pendant plusieurs semaines, dans chacun de ces endroits.Ces immersions dans des milieux difficiles étaient devenues sa marque de commerce, sa signature journalistique.» Attachante, cette Marie Dumais.On prend plaisir à la retrouver.Et on se félicite d\u2019en apprendre un peu plus sur sa petite enfance traumatisante auprès d\u2019une mère schizophrène qui voyait en la petite Marie une envoyée de Dieu et la contraignait au silence.On comprend un peu mieux pourquoi la journaliste a tant à cœur de raconter les histoires d\u2019enfance malheureuse, d\u2019où vient son intérêt pour les exclus, les traumatisés en tout genre.On comprend un peu mieux aussi son goût pour la solitude, sa réticence face à Rengagement affectif.Violence sociale Histoires d\u2019ogres se situe un cran au-dessus de La réparation.Du point de vue de la maîtrise romanesque, de l\u2019orchestration narrative.Les fds se dénouent un à un tout naturellement, à l\u2019intérieur de chapitres courts, elliptiques.Le rythme en accéléré favorise l\u2019aspect thriller.Efficacité est le mot d\u2019ordre ici.Pas de fioritures, pas d\u2019effets de style.Pas de lyrisme, pas ou peu d\u2019images poétiques.L\u2019écriture est directe, parfois crue.On n\u2019est pas loin du langage factuel, journalistique.Si on plonge avec l\u2019auteure dans la noirceur, les tiraillements de l\u2019âme, l\u2019âpreté de la violence, on est plus proche d\u2019un Stephen King que d\u2019une Anne Hébert, disons.Un cran au-dessus de La réparation aussi.Histoires d\u2019ogres, concernant le degré atteint dans la dureté, dans la barbarie.Katia Gagnon nous entraîne dans le sordide le plus sordide, au cœur du mal incarné.Et de la détresse sans nom.D\u2019un côté: un monstre, pédophile et meurtrier.De l\u2019autre : une jeune prostituée accro au crack, exploitée par un proxénète sadique, puissant, et malmenée par des clients orduriers.C\u2019est l\u2019aspect social de la violence qui est mis en avant.Et c\u2019est le point de vue humain qui prédomine.La question de fond du roman: quel est le point de bascule?Autrement dit: qu\u2019est-ce qui fait qu\u2019un enfant maltraité en viendra à s\u2019en prendre violemment aux autres ?Quand commence Histoires d\u2019ogres, un homme vient de prendre la direction d\u2019une maison de transition après 25 ans passés en prison.11 a agressé sexuellement et tué un garçon de 13 ans : il l\u2019a étouffé en lui enfonçant de la terre dans la bouche.Stéphane Bellevue pourrait-il récidiver?Cette histoire avait fait grand bruit à l\u2019époque dans les médias et déchaîné les pas- Avec son deuxième roman, Katia Gagnon nous entraîne dans le au cœur du mal incarné.Et de la détresse sans nom.PEDRO RUIZ LE DEVOIR sordide le plus sordide, Katia Gagnon met au service de son héroïne sa connaissance du métier de journaliste et du milieu médiatique sions dans le public.«L\u2019affaire Bellevue avait horrifié la province entière, soulevé une indignation sans précédent.Lors de son transfert en prison, des dizaines de citoyens s\u2019étaient déplacés pour lui lancer des objets en l\u2019insultant.» Vingt-cinq ans plus tard, l\u2019indignation continue par médias interposés : comment accepter que ce meurtrier pédophile soit placé dans une maison de transition située près d\u2019une école ?La peur s\u2019installe, tandis qu\u2019à la une du journal trône la photo, datant de 25 ans, du colosse au visage ingrat, alors âgé de 22 ans.Enfance brisée C\u2019est l\u2019image d\u2019un ogre qui réapparaît.Stéphane Bellevue, «grand, immense même, gros, fort, pas rapide d\u2019esprit», qui s\u2019en est pris à un enfant innocent, sans défense, ne peut que rappeler ce «personnage terrifiant, imprimé à travers les contes dans le cerveau de tous les enfants dès leur plus jeune âge».Autrement dit: «Bellevue fait peur aux adultes parce qu\u2019il représente l\u2019ogre qui se cachait dans leur placard chaque soir quand ils étaient enfants.» Mais que se cache-t-il au juste derrière cet ogre sorti de sa cage?s\u2019interroge la journaliste Marie Dumais.Elle entreprend de faire une enquête sur lui, de retracer son parcours, pour comprendre ce qui l\u2019a amené à commettre l\u2019irréparable.Ce qu\u2019elle va découvrir est inimaginable.C\u2019est comme si, dès sa naissance, pour ne pas dire dès sa conception, ce gars-là avait été marqué au fer rouge.Ensuite, ça n\u2019a fait qu\u2019empirer: différentes familles d\u2019accueil, l\u2019orphelinat, les centres pour jeunes délinquants.En tout: «déplacé quinze fois en dix-huit ans».Consternation chez la journaliste, en même temps que satisfaction d\u2019avoir trouvé là une bonne histoire à raconter.Ce qui ajoute à la richesse du roman: un peu comme le fait l\u2019anthropologue judiciaire Kathy Reichs avec son alter ego Temperence Brennan dans ses polars, Katia Gagnon met au service de son héroïne sa connaissance du métier de journaliste et du milieu médiatique.Beaucoup de considérations sur le traitement médiatique des faits divers.Et des remarques du type : «Du temps, c\u2019était une denrée infiniment rare dans le merveilleux monde des médias, où l\u2019information circulait à la vitesse d\u2019une auto de course.Vite, vite, toujours plus vite.» Entre en jeu aussi «l\u2019ivresse du scoop».De même: le fait de se sentir «vautour», comme journaliste, quand on questionne avec insistance les proches des victimes.________ On voit la journaliste à l\u2019œuvre, comme si on assistait en coulisse à son enquête.Marie Dumais en vient, au cours de ses nombreux entretiens avec des spécialistes qui se sont occupés dans le passé du cas Bellevue, à s\u2019interroger sur son propre travail.Est-ce que le fait de décrire le passé douloureux de l\u2019ogre va le conduire à se transformer en victime à ses propres yeux, à justifier ses actes ?Cas de conscience pour la journaliste : «Allait-elle encourager Bellevue à commettre de nouvelles agressions en écrivant sur lui ?Devait-elle balancer le résultat de son enquête pour des raisons éthiques ?C\u2019était beaucoup demander.Bour elle, et pour ses patrons.» Tout s\u2019entremêle finement dans le roman.Même le cas de la jeune prostituée toxico- Katia GAGNON Histoiies d\u2019ogies mane, dont on suit l\u2019évolution douloureuse en parallèle avec l\u2019enquête sur le monstre, et qui est aux prises, elle-même, avec ce qu\u2019il faut bien appeler des ogres.Malgré toute cette noirceur, la lumière jaillit par moments.Du côté, en outre, d\u2019un poqué de la vie, ami du meurtrier dans sa jeunesse, et qui avait tout, lui aussi, pour mal tourner, mais qui s\u2019est avéré un «succès de réadaptation».Du côté de l\u2019héroïne, surtout.L\u2019amalgame entre les développements dans sa vie privée et ceux de son enquête atteignent d\u2019ailleurs un dosage idéal.Petit à petit, elle qui s\u2019est toujours montrée réfractaire à tout attachement se laisse apprivoiser.Et elle pourrait bien prendre goût au bonheur, enfin.On n\u2019est pas dans le happy end, mais pas loin.On est dans une fin qui appelle certainement un tome trois.HISTOIRES D\u2019OGRES Katia Gagnon Boréal Montréal, 2014, 248 pages Un Faux-Blanc « Claude Grenier signe une tortueuse plongée sentimentale au cœur de l\u2019Afrique.[.] [Il] prête à son narrateur une voix intime capable de récits autant que de réflexions, apte à exprimer le désarroi tout en cultivant aussi un certain suspense.» Christian Desmeu es.Le Devoir a« dtvéloppément des entreprises Québec E9 E9 514 524-5558 lemeac@lemeac.com LITTERATURE QUEBECOISE Portrait d\u2019une fille de rien CHRISTIAN DESMEULES \\ A coups de touches délicates \u2014 de petits tableaux numérotés \u2014 Eloïse Lepage esquisse dans son premier roman, Betits tableaux, le portrait sensible d\u2019une jeune femme qui traîne son enfance meurtrie derrière un infatigable désir de salut.Elle le fait en désordre.En désordre comme l\u2019esprit de la narratrice, peut-être, dont les réflexions s\u2019étendent sur plusieurs années.Issue d\u2019un quartier difficile et pauvre de Montréal, la mère d\u2019Anne-Si se prostituait.Elle en a longtemps souffert avant de prendre elle-même le relais de cette entreprise familiale.« Une fille de pute, tout au plus.» Des souvenirs d\u2019enfance, des histoires de passe, de drogue, d\u2019amitiés un peu empoisonnées.Tout un bagage qui l\u2019encombre.«Les monstres qui m\u2019habitent sont encore plus laids que ceux dessinés dans les livres pour enfants.» Voix normale Les multiples facettes qu\u2019elle donne à voir à travers les fragments de son existence retracent un parcours en zigzags qui la conduit de l\u2019ombre vers la lumière.Mère d\u2019un petit garçon qu\u2019elle néglige.Prostituée passant ses nuits à satisfaire quelques clients afin de pouvoir s\u2019offrir le nécessaire.v» Junkie qui oublie l\u2019anniversaire de son enfant.Eemme amoureuse d\u2019un homme bon avec qui elle fera un autre enfant.Caissière dans une banque, luttant comme elle le peut avec les pièges de la normalité.Betits tableaux retrace ainsi son parcours accidenté vers la rédemption, la réinvention de soi.11 n\u2019est surtout pas facile de changer.«A cause des empreintes laissées sur mon corps, parce que mon corps se souvient de ce que mon esprit a réussi à oublier.» Elle avance Éloise Lepage Petits tableaux Je suis une pudique de lu loterie, Cupuble de montrer mon cul à qui le veut et duns lu position qu\u2019il veut, oui monsieur IMuis ucheter un billet, çujumuis [.] )) Extraits de Petits tableaux donc à tâtons vers un bonheur fuyant auquel elle aspire de toutes ses maigres forces.Si tout ce qu\u2019elle raconte sonne plutôt juste et révèle une forte amplitude, la narratrice de ces Petits tableaux manque peut-être un peu de crédibilité.Son énonciation est plutôt lisse et normalisée \u2014 tout à l\u2019opposé, par exemple, de la narratrice de La déesse des mouches à feu de Geneviève Petter-sen.S\u2019il découle d\u2019une convention, il reste que ce choix étouffe en partie, on l\u2019imagine, la « voix » du personnage.Mais la beauté filtre derrière l\u2019immqnde, et le court roman d\u2019Éloïse Lepage porte un regard attentif et généreux sur l\u2019humanité.Collaborateur Le Devoir PETITS TABLEAUX Eloïse Lepage XYZ Montréal, 2014, 122pages P ?^Gaspard'LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 5 au II mai 2014 ,\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois 1 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 31918-1929 Louise Trembiay-D'Essiambre/Guÿ Saint-Jean 1/5 2 Mensonges sur ie Piateau-Mont-Royai \u2022 Tome 2 La biscuiterie Michei David/Hurtubise 2/7 3 Métis Beach Ciaudine Bourbonnais/Boréai -/I 4 Mensonges sur ie Piateau-Mont-Royai \u2022 Tome 1 Un mariage.\tMichei Oavid/Hurtubise\t3/7 5 Ces mains sont faites pour aimer\tPascaie Wiiheimy/Libre Expression\t-/I 6 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tLouise Trembiay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t5/4 7 GabyBemier* Tome 31942-1976\tPauiine Giii/Québec Amérique\t4/7 8 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Trembiay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t9/2 9 Le secret de Lydia Gagnon\tCiaire Pontbriand/Goéiette\t8/7 10 isa \u2022 Tome 1 Liie des excius\tSergine Oesjardins/Guy Saint-Jean\t6/4 Romans étrangers\t\t 1 Une autre idée du bonheur\tMarc Levy/Robert Laffont | Versiiio\t1/2 2 Centrai Park\tGuiiiaume Musso/XO\t2/6 3 Léiixir d'amour\tÉric-Emmanuei Schmitt/Aibin Michei\t9/2 4 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancoi/Aibin Michei\t3/5 5 Muchachas\tKatherine Pancoi/Aibin Michei\t4/11 6 Le chardonneret\tOonna Tartt/Pion\t5/17 7 La vie en mieux\tAnna Gavaida/Oiiettante\t8/3 8 La nuit ieur appartient \u2022 Tome 2 La désirer, c'est ia condamner SyMa Uay/Michei Lafon\t\t7/5 9 Moi, Michaei Bennett\tJames Patterson | Michaei Ledwidge/Archipei\t6/3 10 Poiice\tJo Nesbo/Gaiiimard\t-/I Essais québécois\t\t 1 Poing de mire\tNormand Lester/Homme\t1/4 2 Lafghanicide\tMartin Forgues/VLB\t-/I 3 La revanche des moches\tLéa Ciermont-Oion/VLB\t2/5 4 Contes et comptes du prof Lauzon \u2022 Tome 5 La vraie nature.\tLéo-Paui Lauzon/Michei Brûié\t3/3 5 Paradis fiscaux : ia fliiére canadienne\tAiain Oeneauit/Écosociété\t6/11 6 Les Parisiens sont pires que vous ne ie croyez\tLouis-Bernard Robitaiiie/Oenoëi\t-/I 7 Oerriére i'état Oesmarais : Power\tRobin Phiipot/Baraka\t7/3 8 Le bon sens à ia Scandinave.Poiitigue et inégaiités de santé Oominigue Côté | Marie-France Raynauit/ PU M\t\t-/I 9 Le corps-marché\tCéiine Lafontaine/Seuii\t-/I 10 Légendes pédagogiques\tNormand Baiiiargeon/Poétes de brousse\t4/2 Essais étrangers\t\t 1 La grande vie\tChristian Bobin/Gaiiimard\t1/9 2 Le nouvei art de ia guerre.Oirty Wars\tJeremy Scahiii/Lux\t5/2 3 La vérité sur ies médicaments\tMikkei Borch-Jacobsen/Édito\t3/13 4 Piaidoyer pour i'aitruisme.La force de ia bienveiiiance\tMatthieu Ricard/NiL\t2/28 5 Construire i'ennemi.Et autres écrits occasionneis\tUmberto Eco/Grasset\t4/3 6 Le capitai au XXie siécie\tThomas Piketty/Seuii\t-/I 7 Regarde ies iumiéres, mon amour\tAnnie Ernaux/Raconter ia vielSeuii\t-/I 8 Tempéraments phiiosophiques.Oe Piaton à Foucauit\tPeter Sioterdijk/Piuriei\t-/I 9 Oésamorcer i'isiam radicai\tOounia Bouzar/de i'Ateiier -/I\t-/I 10 Ou bonheur.Un voyage phiiosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t-/I La BTLF (Société de gestion de ia Banque de titres de iangue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019anaiyse Sssywrf sur ies ventes de iivres français au Canada.Ce paimarés est extrait de Bisfiriet est constitué des reievés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet Bisfiri © BTLF, toute reproduction totaie ou partieiie est interdite. L\u2019ÉTÉ AU CŒUR DES LIVRES Pour de bonnes vacances, passez chez votre libraire.FLEMMING JENSEN Maurice et Mahmoud Traduit du danois par Andréas Saint Bonnet « [Un] roman magiquement raconté dont la construction burlesque et jubilatoire accompagne le suspense et les rebondissements sur fond de satire sociale.» Suzanne Giguère, Le Devoir LINDA AMYOT Les heures africaines « [.] Linda Amyot a l'œil sismographe.Avec une apparente économie de moyens elle arrive à déceler les tremblements invisibles, à suivre le tracé des fêlures, à diagnostiquer l'irréparable.» Christian Desmeules, Le Devoir HELENE DE BILLY Proust à Sainte-Foy « Ce sont les clins d'œil constants de quelqu'un qui ne se prend pas au sérieux, qui s'amuse, derrière.Sans pour autant se limiter à la frivolité: une gravité, en larme de fond.» = Danielle Laurin, Le Devoir SIMON BOULERICE Jeanne Moreau a le sourire à l\u2019envers DOMAINE JEUNESSE «Simon Boulerice frappe fort ici | [.] Un roman riche de sens [.].Marie Fradette, Lureiu LINDA AMYOT Le jardin d\u2019Amsterdam DOMAINE JEUNESSE «J'ai été complètement happée par ce récit porté par les mots choisis, les phrases ciselées et efficaces de Linda Amyot.[.] Un petit bijou ! » Sophie Gagnon, Sophie Ht Smciiii tits «ntrtprists culturelles\t__\t__ _\t^1 ES E9 Québec es es 514 524-5558 lemeac@lemeac.com F4\tLE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2014 QUEL AVENIR Monsieur proust et le camarade Mallarmé De la biographie à l\u2019essai littéraire, relire Proust ou Mallarmé est l\u2019œuvre d\u2019une solidarité sans concession à la mystification des modes.Ces essais qui soutiennent la lecture sont indispensables à l\u2019édifice littéraire.GUYLAINE MASSOUTRE Lire les classiques?Pierre Bergounioux, dans son superbe hommage Jusqu'à Faulkner (Gallimard, 2002), écrivait une chose essentielle, à savoir que «la littérature est un événement distinct, de la pensée, même s\u2019il faut que quelque chose ait eu lieu pour qu\u2019elle soit.[.] Elle doit croître à l\u2019écart.[.] Elle s\u2019est établie loin de l\u2019agitation et du danger, dans la durée immobile, réversible, de la réflexion.» Dans ce reflet intelligible de ce qui nous échappe, écrit l\u2019écrivain militant et méditant, elle civilise le monde qui, vu de trop près, est un désenchantement.Pour témoigner de cet écart, des voix inouïes, qui ne craignent ni la distance ni la liberté avec laquelle elles hissent parmi les chefs-d\u2019œuvre deux publications récentes, aux antipodes l\u2019une de l\u2019autre, illustrent ce que Bergounioux a relevé: l\u2019action pacifique et civilisatrice de la littérature.Le Proust de Céleste Elle avait quatre-vingt-deux ans lorsqu\u2019elle se décida à témoigner dans le détail des huit ans passés à son service.Céleste Albaret fut la femme de chambre et la secrétaire^ de Proust \u2014 Françoise dans À la recherche du temps perdu \u2014 jusqu\u2019à sa mort, suivant chacune de ses lubies, ses moindres besoins, sa lutte surhumaine contre la perte de la mémoire et du temps passé à vivre dans le monde.Monsieur Proust, réédité en collection de poche, est le récit à Georges Belmont d\u2019une femme éblouie par l\u2019écrivain et sa postérité.Cette biographie \u2014 cinq mois d\u2019entretiens \u2014 est un bijou de portrait du «grand homme», théorie du XIX® siècle que Freud confirma en y accolant des noms illustres, portés à la sublimation, tel Goethe.Sublime, Proust le fut en s\u2019enfermant pour écrire et faire de son asthme, envahissant mais commode, le moyen d\u2019engager toutes ses forces dans la rédaction qu\u2019on sait.Céleste raconte tout le quotidien avec acuité, et Belmont fut exemplaire.Modèle de fidélité, elle s\u2019affaira à démentir ragots, rumeurs et médisances sur son héros.De ce tête-à-tête de tous les instants, puisqu\u2019elle vivait dans son appartement configuré pour la domesticité, elle rapporta les dialogues, les nuits noires, les relations à la famille, les palpitations de l\u2019homme et l\u2019œuvre.Ce texte fabuleux, à la fois concret et élégant, pointilleux et intelligent, offre une mine, plus qu\u2019un journal, plus qu\u2019une époque, ce Proust alité et enclos, entouré de papiers, d\u2019un café croissant et de fumigations.Elle a été témoin et agente, obéissante et maternellement dévouée, s\u2019arrogeant la place libre selon les directives de l\u2019écrivain.Elle témoigne en marge de l\u2019œuvre de la disparition des proches, des parents, de la guerre, du quotidien, du déménagement final lorsque la tante de Proust vendit l\u2019appartement et qu\u2019il dut migrer du boulevard Haussmann «dans ce décor diminué de la rue Hamelin ».Un siècle a passé, et nous voici transportés à des années-lumière, dans ce « devoir de vérité » qui a tout du petit pan de mur jaune détaché de l\u2019œuvre.Rien de tel pour le faire aimer, à qui craint d\u2019ouvrir la Recherche et de s\u2019y perdre, embobiné par une phrase inimitable, ou de s\u2019y consumer comme sa captive par ce qu\u2019elle appelle, si littérairement, «la flamme de la vie».Mallarmé, aujourd\u2019hui A l\u2019autre bout de la chaîne des lecteurs, le professeur d\u2019université.Ce chercheur de SOURCE SUCCESSION EOURNEAU Céleste Albaret, Jean-Claude Fourneau, 1957, huile sur toile l\u2019Université du Québec à Montréal s\u2019est écarté de l\u2019actualité pour écrire la sienne, ce Mallarmé qu\u2019on dit hiératique et trop complexe pour la foule.Prêtant l\u2019oreille aux fabricants de contresens, Jean-François Hamel pourfend ses réducteurs un à un, ridiculisant l\u2019obscurantisme des mauvais lecteurs.Car c\u2019est aussi cela, savoir lire, plonger dans la rigueur de la littérature, dont une part repose sur les stratégies de l\u2019imaginaire et l\u2019autre, sur le réel.Camarade Mallarmé est un brillant essai, bourré de références passionnantes, parce que convaincu que la littérature des grands écrivains est affaire de communauté.«[\\]]ne force d\u2019opposition et de rupture toujours actuelle», c\u2019est la thèse, le sens, l\u2019enjeu de cet essai entièrement féru de Mallarmé: «une bombe dont la charge révolutionnaire attend toujours d\u2019étre activée».« Un texte n\u2019existe pas sous l\u2019espèce de l\u2019éternité», affirme le professeur.C\u2019est précisément cela qui rend les biographies érudites et les essais littéraires indispensables à la lecture.Pour comprendre ce qui déclenche l\u2019écriture, la résistance aux propagandes, aux censures autoritaires, aux irresponsabilités, il faut montrer l\u2019actualité intempestive des taupes qui rongent obstinément le sous-sol.Collaboratrice Le Devoir MONSIEUR PROUST Céleste Albaret Robert Laffont Paris, 2014, 458 pages CAMARADE MALLARMÉ UNE POLITIQUE DE LA LECTURE Jean-François Hamel Minuit Paris, 2014, 206 pages Stendhal, le classique malgré lui GILLES ARCHAMBAULT Tout le monde sait que Stendhal écrivit La chartreuse de Parme en cinquante-deux jours, du 4 novembre au 26 décembre 1838.Son roman, il le dicta.Sa méthode consistait à ne pas en avoir.Il relisait ce qu\u2019il avait inventé la veille et poursuivait.D\u2019où les répétitions de mots, les négfigences, la fin bâclée.Lorsque Balzac salue la publication du roman, Stendhal est ravi.Parvenu à la mi-cinquantaine, obtenait-il de son vivant cette consécration dont il avait craint qu\u2019elle ne fût que posthume?Le créateur de la Comédie humaine est célèbre, lui ne l\u2019est pas.Il consacre quelques jours à tenter de tenir compte des remarques que lui adresse Balzac en même temps que son bon mot.Il abandonne rapidement ce projet, préférant peiner sur La-miel, qu\u2019il ne parvint jamais à terminer.Stendhal aime écrire.Peaufiner?Pas tellement.Dans la Bibliothèque de la Pléiade paraît le tome III et dernier des Œuvres romanesques de Stendhal.Pour cette édition, on a suivi l\u2019ordre chronologique de l\u2019écriture des œuvres.Aussi ne faut-11 pas s\u2019étonner d\u2019y trouver des nouvelles dont certaines font partie de ce que l\u2019on a toujours connu comme Chroniques italiennes et qui ne parurent sous ce titre que longtemps après la mort de leur auteur.Il est évident que, pour le lecteur de 2014, La chartreuse de Parme est la pièce maîtresse du livre.Lamiel et L\u2019abbesse de Castro sont loin d\u2019être négligeables, mais ne s\u2019adresseraient qu\u2019à des beyllstes convaincus.Pour mol, quiconque Ht les premières pages de La chartreuse sans être traversé par une vision du bonheur ne sait pas rêver et Ignorera toujours le plal- INTERNATIONAL PORTRAIT GALLERY Stendhal a laissé de multiples notes sur à peu près tout.sir qu\u2019il y a à être bercé par une prose sans afféterie.Pas besoin d\u2019être bonapartiste pour se laisser entraîner par une écriture directe, une écriture qui ne cherche pas à faire du style.«La masse de bonheur et de plaisir qui fit irruption en Lombardie avec ces Français si pauvres fut telle que les prêtres seuls et quelques nobles s\u2019aperçurent de la lourdeur de cette contribution de six millions.Ces soldats français riaient et chantaient toute la journée; ils avaient moins de vingt-cinq ans, et leur général en chef, qui en avait vingt-sept, passait pour l\u2019homme le plus âgé de son armée.» Diariste Stendhal, qui abhorrait Chateaubriand et le style romantique en général, a laissé de multiples notes sur à peu près tout.Celle-ci par exemple écrite en marge d\u2019un exemplaire de Promenades dans Rome'.«Dimanche, 6 avril 34.Jeune fille assassinée à côté de moi.J\u2019y cours, elle est au milieu de la rue et auprès de sa tête un petit lac de sang d\u2019un pied de diamètre.C\u2019est ce que M.V.Hugo appelle être baigné dans son sang.» Se méfier de l\u2019enflure romantique ne veut pas dire qu\u2019on a le cœur sec.11 y a de la folie, de la déraison dans La chartreuse.Fabrice n\u2019a rien du parvenu calculateur qu\u2019est le Jufien Sorel dans Le rouge et le noir.Et que dire de la Sanseverina, cette femme qui «n\u2019agit jamais avec prudence, qui se livre tout entière à l\u2019impression du moment, qui ne demande qu\u2019à être entraînée par quelque objet nouveau».Ce portrait de femme libre n\u2019est pas fréquent dans la littérature du XIX® siècle.Stendhal la dépeint sans recourir à quelque théorie.En amateur de femmes fasciné.On aura compris que j\u2019aime ce roman, que je relis tous les cinq ans.Force m\u2019est d\u2019avouer toutefois que je lui préfère le Stendhal de La vie de Henry Brulard.Les écrits autobiographiques conviennent à merveille à un auteur qui écrivait surtout pour lui.Et pour «cent lecteurs point moraux, point hypocrites», avance-t-il aussi.«Ce qui excuse Dieu, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe pas», disait-il à Prosper Mérimée qui le rapporte dans H.B.N\u2019est-ce pas là du Ambrose Bierce ou du Oscar Wilde avant l\u2019heure ?De même, les lettres qu\u2019il adressait à sa jeune sœur Pauline sont-elles étonnantes pour un écrivain de l\u2019époque.Il la prie de ne pas perdre son temps à des travaux de broderie et à La chartreuse, il le dicta.Sa méthode consistait à ne pas en avoir.Il relisait ce qu\u2019il avait inventé la veille et poursuivait.leur préférer des lectures.Mêmes remarques à propos du mariage, la mettant en garde contre les influences religieuses qui asservissent les femmes.Quand je lis Stendhal ou Diderot, il m\u2019arrive parfois de me demander s\u2019il est opportun de les préférer le temps d\u2019une lecture à un roman dans l\u2019air du temps.Pas longtemps.J\u2019aime suivre mes penchants.Je serais d\u2019avis en la matière qu\u2019il en va selon son tempérament.Comment expliquer que je fise Racine avec plaisir alors que les romans de Barbey d\u2019Aurevilly ou de Léon Bloy me tombent des mains?Je me méfie comme de la peste de ces pantins agités par la mode qui ne jurent que par la nouveauté, mais je crois du même coup qu\u2019il y a une limite aux contraintes.Ce qui m\u2019amènerait à dire que Stendhal romancier est presque un contemporain.Le diariste, celui qui dit «je», celui qui multiplie les notes, le voltairien ému, le solitaire amoureux malchanceux et néanmoins chantre de la beauté féminine, celui-là est autant de notre époque que le prochain Prix Concourt.Il m\u2019aiderait en quelque sorte à m\u2019adapter aux contraintes que le temps ajoute aux œuvres.Collaborateur Le Devoir ŒUVRE3 ROMANESQUES COMPLETES Tome III Stendhal Bibliothèque de la Pléiade Gallimard Paris, 2014, 1498 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2014 F 5 POUR LES CLASSIQUES?Comment lire Proust au Texas Louis Hamelin ^ abord, vous descendez de votre pick-up.De votre énorme pick-up Ford à roues arrière jumelées et quadruple tuyau d\u2019échappement, au volant duquel vous traversiez les petites villes étriquées de l\u2019immense plaine hérisséç de tours de forage à une allure de paquebot.A peine avez-vous fait vos premiers pas sur cette terre où un piéton est une apparition plus rare qu\u2019un tireur fou armé jusqu\u2019aux dents que vous comprenez soudain que vous ne reviendrez pas en arrière, non, ne remonterez jamais dans cet incinérateur de pétrole qui vous conduisait plus que vous ne le conduisiez, ce puits sans fond aux commandes duquel vous avez totalisé plus d\u2019heures, depuis quarante ans, que sur les bancs de l\u2019école et de l\u2019église et dans le lit conjugal.11 y a eu ce coup de tête, et maintenant, vos pieds qui travaillent, qui avalent irréversiblement les kilomètres.Au début, tous les véhicules qui passent sur cette route s\u2019arrêtent à votre hauteur.On vous croit en panne, en détresse.Un marcheur en rase campagne.Pourquoi pas un dromadaire attelé à un unicycle?Vous, vous poursuivez votre chemin.Vos pensées se promènent librement, à leur propre rythme.Vos yeux rencontrent le faucon, la biche, le coyote, le dindon : un monde sauvage tout neuf.Ici commence votre nouvelle vie.Comme si, à chaque pas, de vos pieds à votre cerveau se répercutait la bonne nouvelle : vous n\u2019avez pas seulement une âme que se disputent des dizaines de congrégations religieuses dans ce marché férocement concurrentiel de la foi qu\u2019est le Texas.Vous avez aussi un corps.Alléluia.Promeneur solitaire Ensuite, il vous faut une cabane.La vôtre existe déjà, sur une colline nue située à une dizaine de kilomètres des limites de la ville.Oui, vous possédez un peu de terrain par là.Un lot, une concession, enfin un morceau de pays, assez grand pour contenir trois rivières.Treize kilomètres de clôture.La cabane, elle, est tout ce qu\u2019il y a de rustique.Un lit, un frigo, un poêle à bois.Vous veniez parfois à la cabane quand JOE RAEDLE GETTY IMAGES NORTH AMERICA AGENCE ERANCE-PRESSE Au cœur de ce Texas qui est comme la Jérusalem d\u2019un mode de vie fondé sur l\u2019individualisme dilapideur, McMimtry nous donne avec son roman une improbable épopée de la simplicité volontaire.votre ancienne existence vous en laissait le temps.Ce qui est nouveau, c\u2019est que vous décidez maintenant d\u2019y vivre.Vous réfléchissez.Vous allez avoir besoin d\u2019une hache (il fait peut-être 50 ° C l\u2019été, mais les hivers texans sont plutôt frisquets) et d\u2019une .22 et de quelques provisions, et de pas grand-chose d\u2019autre.Votre ancienne vie?Elle vous apparaît maintenant «fondée sur l\u2019hypothèse qu\u2019il existait une espèce d\u2019urgence, comme si la facilité et non la simplicité était le premier bienfait de la vie».Ce que vous découvrez en ce moment, après avoir dit adieu, ou tout comme, à l\u2019incessant affairement de l\u2019entreprise d\u2019extraction pétrolière dont vous déteniez les rênes, au confort moderne d\u2019une grande maison, à l\u2019épouse aimante, à la domestique dévouée, aux enfants tous plus ou moins dysfonctionnels qui y passent entre deux thérapies et aux petits-enfants venus s\u2019y échouer entre deux unions passagères, est bien différent: «une nouvelle vie à explorer, une vie de randonneur, de solitude sans entrave, une manière différente de voir le monde».Duane est dépressif àt Larry McMurtry s\u2019inscrit ainsi, d\u2019emblée, dans la fdiation de Henry David Thoreau.Au cœur de ce Texas qui est comme la Jérusalem d\u2019un mode de vie fondé sur l\u2019individualisme dilapideur et une suicidaire résistance au changement, dans ce gros roman, passionnant même si atrocement traduit, offrant une grinçante radiographie de l\u2019Amérique pétrophile et _______ spatiovore, McMurtry nous donne une improbable épopée de la simplicité volontaire.Médecine littéraire C\u2019est le Big Texas et ses culs-terreux friqués et surarmés comme si vous y étiez.Un person- nage surpris en train de «dégommer des mottes de terre» à la carabine de son balcon explique: « Ça me donne un sentiment de paix de tirer sur des trucs.» Et Proust?11 arrive assez tard dans le livre.Vous aurez beau être «juste parti à pied, sans éprouver d\u2019animosité envers quiconque, sans intention de nuire, ne souhaitant que le bien de tous, mais à pied», bien certain que «l\u2019heure du changement était venue, aussi indiscutable et naturelle que lorsque le temps changeait», une telle posture, au Texas, ne peux vouloir dire que deux choses : ou bien vous êtes complètement fêlé ou bien vous souffrez d\u2019une maladie mentale bénigne, disons la dépression.Encouragé par sa femme, qui n\u2019accepte pas de voir son mari sexagénaire lui préférer soudain la compagnie des opossums et des cochons sauvages, Duane finit par se persuader lui-même qu\u2019il a des problèmes, au point de consulter une psy, à pied toujours, puis à vélo.11 s\u2019éprend de la psy, qui est lesbienne, d\u2019un amour sans espoir, simple démangeaison d\u2019une tardive attaque du démon du midi.Lorsque la psy lui prescrit, en guise de thérapie, la lecture intégrale des trois tomes d\u2019À la recherche., à raison de dix pages par jour pendant un an, Duane soupçonne qu\u2019elle souhaite simplement se débarrasser de lui.En plus d\u2019être un Texan de 62 ans dénué de toute prétention intellectuelle, Duane est aussi un habitant du troisième millénaire en tous points normal: le livre, tout d\u2019abord, lui tombe des mains.Fastidieux: «Il avait avalé plus de mille pages dont seulement vingt ou trente contenaient quelque chose qui l\u2019intéressait vraiment.» Passer, au milieu du désert intellectuel que recouvre ce rude décor texan, du désespoir tranquille de la masse des hommes (Thoreau) à ce «catalogue le plus complet des différents types de déceptions que l\u2019étre humain peut ressentir» qu\u2019est A la recherche du temps perdu, dixit la psy, c\u2019est donc l\u2019enjeu d\u2019une quête que nous suivons sur 600 pages sans jamais nous ennuyer, ni cesser de déplorer, phrase après phrase, l\u2019épouvantable qualité de la traduction.Mais notre plaisir est le plus fort.DUANE EST DÉPRESSIF Larry McMurtry Traduit de l\u2019anglais (américain) par Sophie Aslanides Sonatine Paris, 2014, 599 pages Klaus Mann et le courage du désespoir Le profond conflit épistolaire de Stefan Zweig et Klaus Mann dévoilé MICHEL LAPIERRE Un écrivain peut-il créer librement s\u2019il doute de la démocratie en voyant le régime hitlérien, soutenu par l\u2019immense majorité d\u2019un peuple, mener à la barbarie?C\u2019est la grave question que pose la Correspondance (1925-1941), enfin accessible en français, de Stefan Zweig et Klaus Mann.Ce dernier, à l\u2019originalité encore méconnue, y dépasse l\u2019an-tinazisme de son père Thomas Mann.11 atteint ce qu\u2019il appelle «le courage de désespérer».Ce courage.Klaus Mann (1906-1949) affirme qu\u2019ü le tient de son ami français, le poète surréaliste René Creyel, qui s\u2019est suicidé en 1935.Éditées par les germanistes Dominique Laure Miermont et Corinna Gepner, les lettres que l\u2019écrivain allemand, en exil dès 1933, échange avec son confrère autrichien Stefan Zweig (1881-1942), expatrié, lui, en 1934 après que les nazis, à cause de son origine juive, eurent brûlé ses livres, révèlent l\u2019attitude différente de KUNST SALON PICTZNER Stefan Zweig, à Vienne, vers 1900 chacun devant Thitlérisme.Mann, jeune écrivain novateur, boudé par la critique, reproche à Zweig, son aîné, maître très lu qui jouit d\u2019une grande renommée, de ne pas s\u2019insurger contre le nazisme, ce «nationalisme voyou» qui menace l\u2019Europe, lui écrit-il dès 1931.La simple désapprobation lui apparaît d\u2019une insuffisance honteuse.En 1933, il est extrêmement déçu de voir que son confrère autrichien refuse de collaborer à la revue littéraire antinazie Die Sammlung qu\u2019il vient de fonder avec des amis.Fuite diplomatique Doué d\u2019une habileté de politicien, Zweig, pourtant victime du racisme hitlérien, répond: «Je n\u2019ai pas un tempérament polémique, toute ma vie j\u2019ai écrit pour des choses et pour des gens, jamais contre une race, une classe, une nation ou un homme.» De son côté, Mann, dans un de ses petits essais annexés à la correspondance et jusqu\u2019ici inconnus du lectorat francophone, §e livre à une critique acerbe A\u2019Erasme (Le livre de poche), essai de 1934 où Zweig se contente d\u2019opposer à Mbérisme la tolérance.Comme le fait l\u2019écrivain autrichien, voir en Luther, père du protestantisme, la préfiguration de Hitler à cause de sa faute commise au XVI® siècle, «l\u2019arrachement de l\u2019Allemagne à l\u2019unité de l\u2019Occident », yimté qu\u2019aurait incarnée alors Érasme, l\u2019humaniste hollandais conciliateur, n\u2019est-ce pas banaliser l\u2019horreur du nazisme?Mann n\u2019est pas dupe de ce jeu intellectuel trompeur, capable seulement de rassurer des érudits timorés.Le créateur refuse de se réfugier dans le culte esthéti-sant de l\u2019abstrait.11 écrit avec l\u2019audace du désespéré : «Nous voulons nous mettre en danger au nom de la vérité.» Magnanime, Mann célèbre chez Zweig la partie de l\u2019homme «qui aurait pu résister» au lendemain du suicide de celui-ci en 1942, sept ans avant son propre suicide.Proche de sa fin, il sera encore désespéré que la barbarie ait pu naître dans un État de droit, nullement étranger aux élections, aux référendums et à la souveraineté du peuple.Collaborateur Le Devoir CORRESPONDANCE 1925-1941 Stefan Zweig et Klaus Mann Traduit de l\u2019allemand par Corinna Gepner Phébus Paris, 2014, 208 pages La Vitrine flO^fNa ûMUNÏÏÜN JMN-fMNÇOI) ff'riN : a.OE CULTURE OUVRAGE DE REFERENCE 1 jaco DE CULTURE GENERALE Florence Braunstein et Jean-François Pépin Presses universitaires de France Paris, 2014, 1670 pages Pour remettre en contexte et en perspective les classiques, rien ne vaut un peu de culture générée.Tiens, en voilà justement un kilo.Ce livre, fier de son poids qui le rend impossible à consulter autrement que sagement assis à un bureau sans risquer la double tendinite, entend donner «un accès immédiat à la connaissance, depuis la formation de la Terre jusqu\u2019à l\u2019élection du pape François».Ambitieux.Couvrant l\u2019histoire, la philosophie, les sciences, les arts et la littérature, l\u2019ouvrage a l\u2019avantage d\u2019inclure un peu d\u2019Asie et d\u2019Afrique, et de proposer une classification conviviale où on se retrouve aisément.Ce livre pré-Wîkipé-dia souffre de ses limites physiques: s\u2019ü offre une information vérifiée et rigoureuse, du sceau des PUF, celle-ci est limitée, même sur des sujets profonds et complexes, à sa plus courte expression.Beaucoup de peu, quoi.Et pour la connaissance de soi et de l\u2019ici, il faudra chercher ailleurs : le Québec n\u2019a droit qu\u2019à une toute petite mention, parmi les colonies américaines.Le Canada?N\u2019y pensons pas.La littérature américaine est le nom qu\u2019on a choisi pour nommer la littérature états-unienne.Autrement, une belle somme de connaissances, qu\u2019ü aurait été essentiel de potasser avant de passer à Génies en herbe.La pertinence en cette ère d\u2019Internet, si on sait vérifier des sources?Au lecteur d\u2019en juger.Catherine Lalonde CLASSIQUES SUITE DE LA PAGE E 1 Benoît Melançon.Lui-même se dit fortement historien dans ses lectures, et croit qu\u2019on peut reculer plus loin avec plus d\u2019enthousiasme.«Est-ce qu\u2019on a besoin de lire des textes du passé pour comprendre ce qui se passe aujourd\u2019hui ?Oui.On peut très bien lire des textes de Lahontan [.] en se posant la question de l\u2019altérité, pour comprendre des états de société qui nous sont parfaitement étrangers.C\u2019est une question d\u2019aujourd\u2019hui qu\u2019on peut poser à des textes anciens.» Explorateur, le troisième baron de Lahontan, Louis Armand de Lom d\u2019Arce (1666-vers 1710), eut une carrière militaire ordinaire mais des voyages alors extraordinaires, qui le menèrent des Grands Lacs au fleuve Mississippi.11 fît littérature de ses observations du mode de vie des autochtones, de ses rencontres avec eux.Pour Benoît Melançon, on connaît souvent nos classiques sans le savoir, captés presque par osmose.«On est entouré de phrases qui proviennent des classiques, qu\u2019on utilise dans toutes sortes d\u2019aspects de la vie quotidienne, sans y réfléchir.Les classiques ont toujours été transmis par petites bribes, par fragments.» Ainsi, illustre le chercheur, pas besoin d\u2019avoir lu Le procès pour savoir que, si quelque chose est kafkaïen, mieux vaut éviter de s\u2019y plonger sans avoir prévu quelques semaines de patience.Le «marivaudage», le «sadisme», avoir un esprit «voltairien», autant d\u2019exemples dans la langue de termes connotés qui dirigeront, si elle se fait, la lecture.«L\u2019exemple québécois, c\u2019est lorsqu\u2019on dit de quelqu\u2019un qu\u2019il est «séraphin».La personne qui s\u2019attaquera un jour à Un homme et son péché [de Claude-Henri Grignon] saura déjà que ce personnage sera présenté négativement.» Une impression de déjà lu Le professeur s\u2019amuse d\u2019ailleurs à déposer sur son blogue Curiosités voltairiennes coupures de presse \u2014 Le Devoir y fait bonne figure \u2014, extraits de livres d\u2019hier ou aujourd\u2019hui, tweets et autres communications qui portent la trace de l\u2019auteur des Lumières.«By a même un verger qui s\u2019appelle Quelques arpents de pommes, il faut le faire.», dit-il en rigololant.«La lecture d\u2019un classique est précédée de tout ce que vous en avez déjà entendu, par bribes, qui vous donnera l\u2019impression de l\u2019avoir déjà lu.» Le Devoir SAMY MESLI LA COOPERATION FRANCO-QUÉBÉCOISE dans le domaine de l\u2019éducation De 1965 à nos jours S E P T E N T R I O N QC CA 2^ ans \u2022 ip88-20iy toujours la référence en histoire au québec olivierî Librairie fff Bistro Causerie avec l\u2019auteur Samedi 24 mai à 16 h Entree hbre/reservation obligatoire RSVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219, Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges A l\u2019occasion du passage à Montréal d\u2019 Édouard LOUIS pour présenter son roman En finir avec Eddy Bellegueule (Éditions du Seuil) venez assister à une causerie avec l\u2019auteur animée par Pierre Cayouette « D'une force et d'une vérité bouleversantes.» Annie Emaux Ce roman est la révélation de la rentrée littéraire française. F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 17 ET DIMANCHE 18 MAI 2014 QUEL AVENIR POUR LES CLASSIQUES?Faut-il revenir aux anciens ?Pour Pierre-Luc Brisson, l\u2019école doit renouer avec l\u2019enseignement des classiques gréco-romains Louis CORNELLIEB Je dois m\u2019en confesser: l\u2019Antiquité classique gréco-romaine n\u2019est pas mon rayon.Je n\u2019y connais, à vrai dire, pas grand-chose et je ne suis pas particulièrement attiré par cet univers.Il me faut dire, à ma défense, qu\u2019on ne m\u2019en a jamais parlé, même en sciences humaines au cégep ou en études littéraires à l\u2019université.Le peu que je connais de ce monde ancien me vient de mes cours de philosophie au collégial \u2014 Socrate, Platon, Aristote \u2014 et de quelques lectures personnelles.Ma situation donne raison au jeune historien Pierre-Luc Brisson.«À bien des égards, déplore-t-il dans un essai sur la question, j\u2019ai la triste conviction que nos écoles sont devenues de véritables cimetières pour les humanités.» J\u2019ai lu, évidemment, bien d\u2019autres choses, et souvent de grands livres de littérature, de philosophie ou d\u2019histoire, un peu Euripide et Sophocle, même, c\u2019est vrai, dans un cours de dramaturgie à l\u2019UQAM, mais jamais Homère, Virgile ou Cicéron dans le texte.Je ne suis vraiment pas, on l\u2019aura compris, un enfant du collège classique.Me manque-t-il quelque chose?De grands esprits me disent que oui, et j\u2019ai\t, assez lu pour leur donner raison.Dans Parerga et Paralipomena (dont ^ un extrait est repris dans la réédition de L\u2019art d\u2019avoir toujours raison, librio, 2014), le brillant et cassant Arthur Schopenhauer plaide en ce sens.«H n\u2019y a pas de plus grand rafraîchissement pour l\u2019esprit que la lecture des classiques anciens, écrit-il; dès qu\u2019on ouvre au hasard l\u2019un d\u2019entre eux, ne fût-ce que pour une demi-heure, on se sent aussitôt délassé, soulagé, épuré, élevé et fortifié; il semble que l\u2019on vient de se désaltérer à la source pure d\u2019un rocher.» Pour les enfants Le philosophe allemand affirme cela, il est vrai, au milieu du XIX® siècle.Peut-on en dire autant aujourd\u2019hui?C\u2019est ce que croit le philosophe français contemporain Luc Ferry.«Dans ce mixte de consommation frénétique et de désenchantement qui caractérise l\u2019univers où nous sommes aujourd\u2019hui plongés, note-t-il dans La sagesse des mythes (Plon, 2008), il est plus indispensable que jamais d\u2019offrir à nos enfants \u2014 comme à nous-mêmes d\u2019ailleurs: la mythologie se lit à tout âge \u2014 la chance de faire le détour par de grandes œuvres classiques avant d\u2019entrer dans le monde des adultes et de s\u2019inscrire dans la vie de la cité.» Or, constate Pierre-Luc Brisson dans Le cimetière des humanités, l\u2019école québécoise, à l\u2019instar de toutes les écoles occidentales, ne va pas dans ce sens.Les études classiques sont disparues du programme avec la fin des collèges du même nom.Brisson parle d\u2019une «dérive culturelle».ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Pierre-Luc Brisson croit que les cours d\u2019histoire ou d\u2019éthique, ou encore ceux de français, pourraient servir à faire découvrir les Homère et Sophocle aux jeunes.L\u2019école, explique-t-il, se faisait «jadis lieu d\u2019élévation de l\u2019esprit des futurs citoyens».Elle est devenue, aujourd\u2019hui, un «centre de formation professionnelle de main-d\u2019œuvre \u201cqualifiée\u201d».Elle voulait former des citoyens vertueux; elle ne dispense plus, ou presque, que des savoirs techniques.Oxford, de nos jours, promeut ses programmes en sciences humaines ou en philosophie en mettant en avant le fait qu\u2019ils fournissent «une méthode de travail qui s\u2019avère bénéfique pour les entreprises», se désole Brisson.D\u2019autres éléments, continue ce dernier, contribuent à la dérive: des enseignants pédagogues mais sans culture, des réformes scolaires qui mettent l\u2019accent sur le développement du potentiel de chacun et non sur l\u2019inscription dans un espace civique commun et l\u2019absence d\u2019un programme scolaire culturel unifié et national.«Et c\u2019est bien là le danger qui nous guette ou qui nous afflige déjà, écrit Brisson.- celui de former des générations de jeunes Québécois complètement coupés des racines historiques mêmes de la civilisation qu\u2019ils ont pourtant, avec tant d\u2019autres peuples, en partage.» Le rôle de l\u2019école Brisson ne suggère pas de faire lire tous les grands auteurs classiques gréco-romains dans le texte.Il souhaite seulement qu\u2019on leur fasse une place à l\u2019école, notamment dans les cours d\u2019histoire ou d\u2019éthique.Les cours de français aussi pourraient être mis à contribution pour faire découvrir les Homère et Sophocle.Même les enfants sont aptes à recevoir les enseignements concernant «la force de l\u2019idéal ou le devoir de résistance» contenus dans ces récits.Luc Ferry, qui les a lus à ses enfants, dit la même chose, tout comme le philosophe québécois Daniel Tanguay.«La lecture d\u2019un Homère ou d\u2019un Virgile, écrit-il ôdcos Argument (automne-hiver 2012), nous fait découvrir un monde merveilleux peuplé de héros et de dieux inconnus, où la nature se déploie dans toute sa beauté première et où le cœur et les passions humaines se révèlent dans leur nudité originelle.S\u2019embarquer en compagnie d\u2019Ulysse ou d\u2019Énée sur de frêles esquifs est peut-être la dernière possibilité que nous ayons de faire un voyage authentique à la découverte de notre humanité inconnue.» Dans un récent numéro de la revue Argument (hiver 2013-2014), l\u2019enseignante de français au secondaire Lili-Marion Gauvin Fiset témoigne de son expérience.Elle enseigne avec succès VOdyssée d\u2019Homère à des élèves tout juste arrivés au secondaire, en mettant l\u2019accent sur l\u2019exploration des «sentiments impétueux, voire intempestifs» qui animent cette œuvre et qui parlent profondément aux jeunes.L\u2019exercice ne va pas de soi, mais il est nécessaire, insiste Brisson.«Institution égalisatrice qui doit porter un programme politique et civilisateur», l\u2019école démocratique doit «croire qu\u2019il existe des savoirs qui élèvent l\u2019esprit, qui libèrent la pensée des jeunes et que cet effort d\u2019acquisition se fait pour le plus grand bien de l\u2019ensemble de la collectivité».L\u2019école doit croire, ajouterai-je, que la vraie culture vaut mieux qu\u2019Harry Potter.Je ne pleure pas sur la disparition du cours classique, une formation que Brisson a tendance à idéaliser.Je conclus cependant, avec l\u2019historien, les philosophes et l\u2019enseignante cités, qu\u2019une partie de sa culture, celle des racines de notre civilisation, doit retrouver une place dans une école québécoise enfin dotée d\u2019un programme culturel de base nationalement unifié.louisco@sympatico.ca LE CIMETIÈRE DES HUMANITÉS Pierre-Luc Brisson Poètes de brousse Montréal, 2014, 108 pages Quatorze façons de dénicher une grande oeuvre GEORGES LEROUX u\u2019est-ce qu\u2019un classique ?Lecteur impéni- tent et romancier de génie, Italo Calvino (1923-1985) n\u2019a pas proposé une réponse à cette question, mais quatorze.Dans le journal L\u2019Espresso, il publie en 1981 un essai bref et lui-même devenu un classique du genre, malheureusement épuisé, où il les propose en rafale en les rattachant toutes à un fil directeur : l\u2019expérience de la lecture individuelle.Un classique est certes toujours une œuvre qui a trouvé sa place dans un panthéon national ou universel, mais aux yeux de Calvino, il s\u2019agit d\u2019abord des livres que nous sommes toujours, comme lecteurs uniques, «en train de relire».Mais relisons-nous jamais vraiment?Aucune lecture n\u2019est la reprise ou la répétition de la précédente, encore moins de la première lecture, celle de la jeunesse par exemple.Alors qu\u2019on croit relire et retrouver un trésor oublié, le plus souvent on le recrée et on le réinvente.Combien d\u2019œuvres, par ailleurs, placées au sommet d\u2019un répertoire personnel n\u2019auront pas connu la grâce de la relecture qui est celle de leur redécouverte ?Les raisons de notre premier amour ne peuvent que se transformer au\t_ fil du temps, lequel finit toujours par manquer.Et les classiques sont les œuvres pour lesquelles le temps manquera toujours.La troisième des quatorze définitions de Calvino est sans doute celle qui va le plus loin.Les classiques sont non seulement des trésors choyés, mais ce sont des livres qui s\u2019imposent autant par leur influence reconnue que par la mémoire inconsciente que nous en conservons.Ce n\u2019est pas seulement ce que nous canonisons qui devient un classique, mais peut-être encore plus ce qui parvient à nous déterminer même quand nous ne nous en souvenons plus.Les classiques servent en effet à nous définir, autant ceux que nous plaçons au sommet de notre répertoire personnel que ceux qui deviennent pour nous des références inconscientes et que nous finissons parfois par lire, ou relire.Collaborateur Le Devoir POURQUOI LIRE LES CLASSIQUES?Italo Calvino Traduit de l\u2019italien par Jean-Paul Manganaro Seuil Paris, 1984, 280 pages IWO CALVINO POURQUOI LIRE LES CLASSIQUES Un classicisme juif pour tous Amos Oz et sa fille explorent la laïcité d\u2019un héritage biblique qui défie le temps MICHEL LAPIERRE Lorsque nous lisons un texte, «nous le créons à notre image», affirment avec profondeur l\u2019écrivain israélien Amos Oz et sa fille, l\u2019historienne Fana Oz-Salzberger, dans Juifs par les mots.C\u2019est surtout vrai de la lecture d\u2019un classique comme la Bible hébraïque, devenue l\u2019Ancien Testament des chrétiens.Selon nos auteurs, chacun peut, grâce au charme du texte, découvrir alors en soi-même une judaité laïque insoupçonnée.Tous deux d\u2019origine juive mais incroyants, les deux auteurs présentent leur «vision personnelle d\u2019une dimension centrale de l\u2019histoire juive: les rapports des Juifs avec les mots», et non avec la religion.En voyant le judaïsme comme «une civilisation» qui a «laissé sa marque sur toute l\u2019humanité», ils ont l\u2019audace de formuler cette définition: «Tout humain assez cinglé pour se qualifier de Juif est juif » Tradition d\u2019insolence Leur irrévérence à l\u2019égard de l\u2019orthodoxie rabbinique, ils la puisent dans la savoureuse tradition de la chutzpah, mot yiddish qui, dérivé de l\u2019hébreu, signifie «insolence».Pour montrer, même dans ses déviations les plus fascinantes, la continuité de la parole juive, issue de la Torah, de la Mishna et du Talmud, ils n\u2019hésitent pas à citer Woody Allen : «Non seulement Dieu n\u2019existe pas, mais essayez donc de trouver un plombier le week-end.» {{ Le Livre des Livres est bourré de questions.Les lecteurs modernes trouvent encore à les soupeser, comme ils le feraient d\u2019énigmes profondes et troublantes.yy Extrait de Juifs par les mots Par les mots seuls, une parenté secrète relierait tous les Juifs.Dans leur essai, écrit en version originale en anglais bien que l\u2019hébreu moderne soit leur langue maternelle, Oz et Oz-Salzberger précisent: «La non-orthodoxie juive resta fidèle à sa manière à la tradition, négociant ses divers caps entre Moïse et la modernité.» Dans la chaîne qu\u2019elle constitue, ils rangent Martin Buber et Emmanuel Levinas, situent un peu à l\u2019écart Marx, Freud, Einstein, Derrida, ne négligent pas les électrons libres que sont Jésus et Spinoza.La place des écrivains ?On aurait souhaité que les auteurs la soulignent plus, qu\u2019ils scrutent, par exemple, le lien hallucinant que le grand romancier autrichien d\u2019origine juive Hermann Broch tisse, dans La mort de Virgile (1945), entre judaïsme, christianisme et paganisme en réponse à l\u2019horrible étroitesse d\u2019esprit du nazisme.Mais ils se rachètent en s\u2019extasiant devant la beauté mysté- rieuse de ce questionnement biblique: «Quelle est la voie du vent?» En outre, compte tenu de la propension des Juifs à la névrose, observée par Freud, ils ont du flair pour déceler ¦ chez les écrivains contemporains de souche Israélite, de Primo Levi à Philip Roth, la modernité «de l\u2019angoisse existentielle, de la nervosité nomade, du multilinguisme et de l\u2019aptitude à la médiation».Lorsqu\u2019ils déclarent que «les Juifs et leurs mots sont infiniment plus que le judaïsme», comment ne pas les croire ?Ils donnent la preuve qu\u2019en marge de l\u2019héritage gréco-latin il y a, au moins, un classicisme qui ne meurt pas.Collaborateur Le Devoir JUIFS PAR LES MOTS Amos Oz et Eania Oz-Salzberger Traduit de l\u2019anglais par Marie-Prance de Paloméra Gallimard Paris, 2014, 288 pages k DANIEL BAR ON AGENCE FRANCE PRESSE Les auteurs voient le judaïsme comme une civilisation qui a «laissé sa marque sur toute l\u2019humanité».vieNt De paRaîtRe Dossier Faire front contre la droite canadienne NUMÉRO 772 \u2022 JUIN 2014 KgiScES.TOUT EN COULEUR Les auteurs: Patrick Bonin, Catherine Caron, Nicole de Sève, Dalie Giroux, Joe Gunn, Widia Larivière, Amélie-Anne Mailhot, Pierre Mouterde, Derrick O'Keefe, Roger Rashi, Richard Renshaw À lire aussi : le Carnet de Naïm Kattan, la chronique littéraire de Marie-Célie Agnant, une analyse de la nouvelle Constitution tunisienne ainsi qu'un débat autour de la francophobie Artiste invité: Lino Sommaire détaillé et abonnement en ligne: www.revuerelations.qc.ca ''qui veut une société juste PLUS DE PAGES tout en couleurs Harper, l'ennemi politique numéro un\t\u201d Vers le Forum social des peuples Protéger l'environnement une cause commune L'indépendance du Québec-terrain de solidarités?Une résistance autochtone radicale et interpellante Des chrétiens engagés pour la justice sociale La Deuxième République tunisienne 6 NUMEROS PAR ANNEE, 48 PAGES Un an: 40$ Deux ans: 70$ À l'étranger (un an): 55 $ Étudiant: 25 $ (sur justificatif) Abonnement de soutien : 100 $ (un an) 514-387-2541 p.226 | relations@cjf.qc.ca Relations : 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P1S6 EN VENTE DANS LES KIOSQUES ET LIBRAIRIES 7,00 $ + TAXES Oui, je désire un abonnement de NOM an(s), au montant de ADRESSE VILLE CODE POSTAL TÉLÉPHONE ( .) 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