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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-05-24, Collections de BAnQ.

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[" DEVOIR.LES SAMEDI 24'7ET DIMANCHE 25 MAI 2014 Les femmes pachtounes \u2014\u2014\u2014H.\u2014 X et leurs poemes de la resistance J.Depuis des siècles en Afghanistan et au Pakistan, les femmes de l\u2019ethnie pachtoune disposent d\u2019un hon moyen pour faire savoir qu\u2019elles existent en chair, en os et en esprit sous leurs hur-qas hleu ciel : les Landays .Ces poèmes de 22 syllabes traitent de l\u2019amour, du sexe, de la guerre et de toutes les autres réalités d\u2019une vie qui peut s\u2019avérer extrêmement injuste pour elles.SEAMUS MURPHY « Glisse ta main à l\u2019intérieur de mon soutien-gorge / Caresse une pomme grenade de Kandahar rouge et mûre » Poème pachtoune CLAUDE LEVESQUE Ils peuvent être drôles ou tristes, aériens ou au contraire explicites.Ces distiques \u2014 groupe de deux vers \u2014 sont composés, récités et partagés par des femmes qui sont la plupart du temps analphabètes.Ils survivent parce qu\u2019ils n\u2019appartiennent à personne, c\u2019est-à-dire à tout le monde.Eliza Griswold est américaine.Elle est journaliste et poétesse.Il y a deux ans, elle est partie à la recherche des landays qui circulent aujourd\u2019hui en Afghanistan.Elle a rapporté de ce énième séjour dans cette région qu\u2019elle aime un recueil d\u2019une centaine de poèmes intitulé I Am the Beggar of the World Qe suis la mendiante du monde).Seamus Murphy, le photographe qui l\u2019accompagnait dans cette expédition, a qualifié sa démarche de «poésie d\u2019enquête».L\u2019idée du reportage est d\u2019abord venue à Griswold en lisant Le suicide et le chant.Poésie populaire des femmes pachtounes (Gallimard, 1994), l\u2019ouvrage d\u2019un écrivain, philosophe et folkloriste afghan, Sayd Bahodine Majrouh, qui fut aussi un résistant à l\u2019occupation soviétique.Majrouh avait collectionné à cette époque des landays dans les camps de réfugiés au Pakistan.«J\u2019ai voulu savoir ce que la vie des femmes a été au cours des deux dernières décennies», celles qui ont suivi le meurtre de Majrouh (en février 1988), confie Eliza Griswold au Devoir lors d\u2019un entretien téléphonique.Ensuite, elle a entendu parler d\u2019une société littéraire féminine dont les membres se réunissent à Kaboul.Elles sont régulièrement invitées à des émissions de radio.Des jeunes femmes s\u2019identifiant au moyen de pseudonymes appellent en cachette pour réciter des poèmes.Un jour, une habituée de ces lignes ouvertes téléphone de son lit d\u2019hôpital pour dire qu\u2019elle s\u2019est immolée afin d\u2019échapper à un mariage forcé et qu\u2019elle va bientôt mourir.Eliza Griswold décide de partir à la recherche de la famille de cette «Zarmina », qu\u2019elle finit par trouver dans une petite ville de la province de Helmand, dans le sud-ouest de l\u2019Afghanistan.Poétesses kamikazes Mais qui sont ces femmes qui s\u2019expriment au moyen d\u2019un vers de neuf pieds suivi d\u2019un autre de treize pieds ?Disons d\u2019abord que les Pach- tounes vivent surtout dans le sud et l\u2019est de l\u2019Afghanistan, ainsi que dans les régions adjacentes du Pakistan, cultivant, en quelque sorte, un «splendide isolement».Les landays leur sont propres.Ils en sont fiers, même si les femmes doivent se cacher pour les réciter.On n\u2019en est pas à une contradiction près.Comment de jeunes femmes qui écrivent des poèmes grivois comme «Glisse ta main à l\u2019intérieur de mon soutien-gorge/ Caresse une pomme grenade de Kandahar rouge et mûre» peuvent-elles se résigner à enfiler une burqa ou à s\u2019enlever la vie quand l\u2019oppression devient insupportable?[NDLR: Toutes les traductions de poèmes sont faites maison et viennent déjà d\u2019une traduction du pachto à l\u2019anglais.] «Les femmes afghanes ont-elles une grande force de caractère ?Tout à fait.Vu de loin, le suicide nous semble un échec ou une forme de faiblesse; la vérité, c\u2019est que le suicide de cette jeune femme [Zarmina] est une façon d\u2019exercer un pouvoir.C\u2019est absolument sombre, mais c\u2019est une des réalités de la vie dans les circonstances actuelles.Le suicide devient une forme de pouvoir sur son propre corps et son propre avenir», explique Eliza Griswold.La poétesse-journaliste a écrit des articles pour des publications aussi variées que le New York Times Magazine, la revue Poetry et Outside, un excellent magazine consacré au plein air, mais qui déborde largement ce terrain déjà im- mense.Elle y raconte les circonstances parfois périlleuses d\u2019une quête qui l\u2019a menée dans des camps de réfugiés, des hameaux isolés et des mariages célébrés dans des salles éclairées au néon, en passant par des campements de nomades.Comme bien d\u2019autres voyageurs qui ont parcouru l\u2019Afghanistan, Eliza Griswold s\u2019est prise d\u2019une grande affection pour cet étrange et majestueux pays du bout du monde.«J\u2019espère y retourner souvent.», dit-elle en entrevue.Tweet poésie «Dans mon rêve je suis le président / Quand je m\u2019éveille je suis la mendiante du monde», affirme le poème qui a donné son titre au recueil.«J\u2019ai choisi ce titre parce qu\u2019il exprime les rêves intérieurs et le pouvoir.Il est très facile pour des visiteurs en Afghanistan de croire que les femmes n\u2019ont pas conscience de la répression qu\u2019elles subissent.On pense souvent qu\u2019elles ne savent pas qu\u2019on peut vivre autrement.Ce landay contredit cette idée», explique Griswold.Dans les distiques pachtounes, les sujets peuvent être remixés.Comme dans le hip-hop.D\u2019anciens mots peuvent être remplacés par des mots plus modernes.Un officier de l\u2019armée coloniale britannique peut ainsi devenir un soldat américain.Aujourd\u2019hui, ces courts poèmes sont souvent échangés sur Internet, par textes ou sur Eacebook.VOIR PAGE F 2 : PACHTOUNES Le goût des autres ; Perrine Leblanc lit le dernier Echenoz Page F 2 Paul Auster: jeunesse revisitée et genèse de l\u2019écriture Page F 5 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MAI 2014 LIVRES Le goût des autres Jean Echenoz : les lieux, les amours Le goût des autres, c\u2019est un lieu où un auteur lit, commente et critique l\u2019œuvre d\u2019un autre qui l\u2019inspire et à qui il voue une grande, grande admiration.Ici, Perrine Leblanc lit le dernier Jean Echenoz.Si elle a travaillé longtemps dans l\u2019ombre en édition, son premier roman, Uhomme blanc (Quartanier, 2010), lui a valu prix littéraires, reconnaissance, et l\u2019entrée dans la collection blanche chez Gallimard, où elle vient de sortir Malabourg.Jean Echenoz, a-t-elle déjà dit en entrevue, est pour elle un maître de rigueur et d\u2019écriture, un modèle.PERRINE LEBLANC J y ai acheté Caprice de la reine avant de rentrer au Québec pour les élections du 7 avril.Il y avait ce soir-là une réception à Thotel de ville de Bordeaux, mais je n\u2019ai pas suivi le groupe d\u2019écrivains qui s\u2019y rendait pour boire et manger, j\u2019ai préféré retrouver dans l\u2019intimité de la lecture la manière Echenoz ; le carton d\u2019invi-tation me servirait de marque-page.J\u2019ai commencé la lecture du livre à l\u2019hôtel, je l\u2019ai terminée dans le ciel, entre Paris et Montréal.Jean Echenoz a été un de mes professeurs d\u2019écriture, j\u2019ai appris à écrire mon premier roman en lisant son cycle de biofictions {Ravel, Courir, Des éclairs, Minuit, 2006, 2008, 2010).Puis 14 (Minuit, 2012) est arrivé.C\u2019est un roman de guerre, d\u2019amour et de tranchées, elliptique comme son titre, et écrit au passé composé, ce temps fascinant, mais difficile à manier dans la narration, avec ses auxiliaires qui sonnent comme des talons lourds à l\u2019étage du dessus.On lui a reproché de faire du Echenoz comme Duras faisait dans l\u2019imitation d\u2019elle-même.Mais non, pas du tout.Echenoz dirige l\u2019orchestre en maître : la sobriété, les apartés formidables, les silences qui sont des soupirs sur la partition du récit Et il y a tout cela dans Génie civil, un texte d\u2019une trentaine de pages qui vaut à lui seul l\u2019achat de Caprice de la reine.C\u2019est un mini-roman d\u2019amour funeste doublé d\u2019une brève histoire des ponts.Pour écrivains Echenoz propose sept variations sur l\u2019espace, le lieu à décrire est le point de départ de chacun des récits qui composent le volume : un tonneau d\u2019eau-de-vie et le Suffolk, la Mayenne, Babylone, le jardin du Luxembourg, un pont, les fonds marins, Le Bourget Nelson ouvre le recueil.Echenoz y résume une vie en quelques paragraphes, avec un humour dont il a le secret, dans une ROLLAND ALLARD Pour Perrine Leblanc, Jean Echenoz, quand il écrit, dirige l\u2019orchestre en maître, usant de sobriété, d\u2019apartés formidables et de silences qui sont des soupirs sur la partition du récit.langue précise et sans lyrisme.Dans ma chambre d\u2019hôtel blanche dont la fenêtre donnait sur les toits ocre du Bordeaux que je venais de découvrir, j\u2019ai applaudi à cette rigueur qui n\u2019admet pas le pathos.Echenoz est un écrivain pour écrivains, un writer\u2019s writer.J\u2019y reviens quand je doute (donc souvent), je le retrouve quand je manque d\u2019élan.Il y a toujours quelque chose d\u2019épatant dans ses livres, même dans ce recueil de textes de commande, ou de circonstance, qui est une construction éditoriale pour les initiés bien plus qu\u2019un grand livre ; c\u2019est la manière, qui éblouit.Il sait par exemple donner une image nette du passé en lui offrant comme élément de comparaison le présent \u2014 le récit intitulé Babylone.On ferme les yeux et on le voit sourire.La manière J\u2019aime Echenoz.Je lui pardonnerais un livre de trois pages avec la mention «roman» sur la couverture.Si ces trois pages déchirent tout, je le suis jusqu\u2019au bout.Prenez le dernier récit de Caprice de la reine.Trois sandwiches au Bourget.Echenoz suit le personnage dans ses allers et retours entre son domicile et Le Bourget, une banlieue grise de Paris, poquée comme toutes les banlieues grises du monde.Les phrases sont impeccables mais le début est plat, sans couleurs, sans main tendue au lecteur qui pourrait perdre pied.Puis ces deux phrases: «Ensuite, j\u2019ai mis pas mal de temps à trouver l\u2019organe de presse que je cherchais, qui est un quotidien vaguement de gauche et dont un seul exemplaire se trouvait au rez-de-chaussée du présentoir, presque invisible alors que toute la presse d\u2019extrême-droite y bombait le torse à une tribune d\u2019honneur.Cette observation m\u2019a contrarié.» Voilà.C\u2019est la manière Echenoz.L\u2019humour fin, un peu anglais, le rire sous cape d\u2019un hum génial.Plus loin il résume l\u2019histoire du cinéma l\u2019Aviatic en une longue phrase qui prend tout jusqu\u2019à la chute du paragraphe.Rebelote avec l\u2019église du Bourget, dont il nous livre l\u2019histoire à travers les siècles et les guerres en une page.J\u2019avais retrouvé le maître, en forme, en humour et en couleurs ; sa phrase précise et à «chute», comme on dirait «la chute d\u2019une nouvelle».Jean Echenoz ne perd pas son temps ni son lecteur, chaque chose est à sa place exacte.Au feu craché et au volcan, il oppose la puissance d\u2019une phrase assurée, mature et moderne, dégagée des effets faciles de la vulgarité.Echenoz ne fait rien comme les autres, il fait comme il veut, et c\u2019est beau.Il nous arrive tous, j\u2019imagine, de marquer les livres que nous avons aimés et que nous relirons.Cette nuit-là, à Bordeaux, après avoir reçu sur mon téléphone français un message qui m\u2019a fait plaisir, j\u2019ai rédigé dans les marges du recueil d\u2019Echenoz le début d\u2019un courriel.Cette réponse, que je n\u2019ai pas encore envoyée, est tatouée sur la peau du livre.Collaboration spéciale Le Devoir CAPRICE DE LA REINE Jean Echenoz Minuit Paris, 2014, 128 pages QUEL AVENIR POUR LES CLASSIQUES?Les fondamentaux des lecteurs ÔlVl Devoir Samedi dernier, le dossier du Devoir demandait « Quel avenir pour les classiques ?» en s\u2019interrogeant sur le rapport à la tradition, à l\u2019enseignement, et sur le lien artistique et littéraire que garde le Québec aujourd\u2019hui avec les classiques, ceux d\u2019ici comme d\u2019ailleurs.Plusieurs lecteurs ont répondu à l\u2019appel alors lancé par le journal, afin de partager leurs classiques à eux.Tentative de palmarès empirique, à partir d\u2019une large, très large liste de titres jugés essentiels.CATHERINE LALONDE Ce qui frappe d\u2019abord dans cet exercice ludique?La variété des réponses propo- sées, et ce, dans un spectre historique fort étendu.Même parmi les auteurs reconnus comme «classiques purs et durs», peu de titres se recou- pent dans les choix de nos lecteurs.Celle-là a été marquée par «Montaigne, Diderot, Rabelais», qui l\u2019ont «mise en contact avec la stylistique, le goût de trouver les mots et leur juste sens selon le contexte».Homère revient bien de-ci de-là, forcément, mais même Platon, Aristote, Pyfhagore, Sophocle, Epicure, Jules César et saint Jean ne font que passer, comme Shakespeare et Molière.Félicitations! Finalistes - Prix littéraire Thllkim Marguerite Andersen La mauvaise mere VERONIQUE-MARIE KAYE Afghanistan Deux adolescents s\u2019affrontent dans un huis clos amoureux dont personne ne sort indemne Theatre 84 pages 12,95 $ ISBN 978 2 89423 299 6 MARGUERITE ANDERSEN La mauvaise mère De Berlin à Tunis, de Montréal à Toronto, une féministe avant la lettre retrace les moments de sa vie pleine, difficile et mouvementée Récit romanesque 207 pages 18,95 $ ISBN 978 2 89423 906 3 Véronique Marie Kay Afghanistan www pnsedeparole ca En vente chez votre libraire Ou Car il semble qu\u2019on préfère les classiques d\u2019ici \u2014 Les Anciens Canadiens (1863) de Philippe-Aubert de Gaspé, «œuvre inaugurale», comme le souligne un lecteur, se retrouve ainsi en tête du palmarès.Un homme et son péché (1933), de Claude-Henri Grignon, suit de près, ex æquo avec Bonheur d\u2019occasion (1945) de Gabrielle Roy.L\u2019avalée des avalés (1966) de Réjean Ducharme vient ensuite, suivi par Albert Camus, si on cumule les lecteurs amants de L\u2019étranger (1942) et de La peste (1947).Salut Ga-larneau! (1967) de Jacques Godbout, Pierre Vadebon-cœur.Le Petit Prince (1943) de Saint-Exupéry et Gaston Miron se retrouvent en rang serré sur la marche suivante de cet éclaté podium.Ensuite ?Une avalanche de ce qu\u2019on peut appeler des «classiques individuels», des écrits de sainte Thérèse de Lisieux jusqu\u2019aux aventures 4Astérix, de la poésie de Paul Eluard à La grosse femme.de La variété aide à comprendre les dissensions qui naissent dès qu\u2019on tente d\u2019établir une liste définitive de lectures fondamentales Michel Tremblay, d\u2019Alphonse Daudet à Georges Simenon, en passant par Erançoise Sagan, Gaétan Soucy, Germaine Guèvremont et Gabriel Garcia Marquez.Une variété qui aide à comprendre les dissensions qui naissent dès qu\u2019on tente d\u2019établir une liste définitive de lectures fondamentales, et pourquoi ces listes ont tendance à s\u2019allonger presque indéfiniment.Un exemple?Le répertoire d\u2019œuvres du patrimoine littéraire québécois, que fUnion des écrivaines et écrivains du Québec a rendu public sur son site il y a quelques semaines afin d\u2019aider les professeurs et les chercheurs, de les faire «bénéficier d\u2019un choix plus vaste d\u2019œuvres à présenter dans leurs cours».Résultat?150 titres, tous genres confondus, datant de la Nou-velle-Erance à 1950, d\u2019Elzéar Bédard et Laure Conan à Albert Pelletier, Anne Hébert, en passant par un certain.Henri Bourassa.Le Devoir PACHTOUNES SUITE DE LA PAGE E 1 «Je t\u2019ai perdu sur Eacebook hier / Je te retrouverai sur Google aujourd\u2019hui», raconte justement l\u2019un d\u2019eux.«Père tu m\u2019as vendue à un vieil homme / Que Dieu détruise ta maison; j\u2019étais ta fille»: c\u2019est le poème que la jeune Zarmina avait récité à la radio avant de s\u2019enlever la vie.Les landays se chantent souvent au son d\u2019un petit tambour.Pendant le règne des talibans, toute musique était proscrite.La récitation de poèmes était donc devenue encore plus problématique.Même aujourd\u2019hui, les Afghanes doivent être discrètes quand elles s\u2019y adonnent.Dans les villages, il y a souvent une seule femme qui chante, et les hommes ne savent généralement pas qui elle est.Il faut dire qu\u2019une femme qui chante risque d\u2019être considérée comme une prostituée en Afghanistan.Certains landays dénoncent l\u2019occupation de l\u2019Afghanistan par les armées occidentales.Pourtant, cette présence a permis aux femmes de ce pays de s\u2019émanciper, jusqu\u2019à un certain point «Je ne suis pas sûre qu\u2019un grand nombre d\u2019Afghanes souhaitent le départ des troupes étrangères, poursuit Griswold.J\u2019ai eu cette impression, mais, plus j\u2019en ai rencontré, moins elles m\u2019ont paru désireuses de les voir partir.Avec les soldats viennent des milliards en aide au développement et c\u2019est cet argent qui leur permet de travailler à l\u2019extérieur de leur maison.Alors, la réalité est complexe.» La documentariste de poésie poursuit: «Nous avons réalisé ce projet à ce moment précis parce que nous voulons faire entendre les voix de celles qui risquent le plus après le retrait des troupes internationales, [voir la chronique de Louis Cornellier en page E 6].Nous avons promis aux femmes afghanes un nouveau mode de vie qui se tra- SEAMUS MURPHY FSG duit par une plus grande liberté personnelle.Pour moi, c\u2019est une façon de remplir notre promesse et de ne pas abandonner les Afghans une fois de plus.» Le Devoir I AM THE BEGGAR OF THE WORLD Eliza Griswold Photos de Seamus Murphy Éditions Earrar, Straus, Giroux New York, 2014, 145 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MAI 2014 LITTERATURE f PEDRO RUIZ LE DEVOIR «Les plaines d\u2019Abraham.Le rapport Durham.Les rébellions de 1837 et 1838.La loi des mesures de guerre.La conscription.Les référendums de 1980 et 1995.Stephen Harper.» François Barcelo lance en vrac, dès les premières pages, les raisons de sa haine des Anglais.Foncer dans le mur K Danielle Laurin J\u2019HAIS LES ANS CM est glauque, c\u2019est déjanté.C\u2019est grinçant, violent.Tout se passe dans un petit village isolé.Le héros est un perdant de première, un paumé, un naïf, qui multiplie les faux pas et s\u2019en va droit dans le mur.Nous sommes bien chez François Barcelo.Après fhais le hockey y fhais les bébés et fhais les vieux (400 Coups, 2011, 2012, 2013), voici J'hats les Anglais.Attention ça va brasser.Tous les stéréotypes à l\u2019encontre des Anglos vont y passer.Nourris par la rancœur d\u2019un Franco.Dès le départ, Barcelo n\u2019y va pas par quatre chemins: «rUAIS LES ANGLAIS.» Ça remonte à loin, ___________ avant même sa naissance.En vrac, les raisons de sa détestation profonde ressemblent à ceci : «Les plaines dAbra-ham.Le rapport Durham.Les rébellions de 1837 et 1838.La loi des mesures de guerre.La conscription.Les référendums de 1980 et 1995.Stephen Harper.» Ajoutez à cela Rob Ford, Richard Henry Bain, les votes ethniques, ainsi de suite.Mais ce qui a mis le feu aux poudres, c\u2019est l\u2019apparition récente dans le village où il vit et travaille d\u2019une succursale de la Trans-Colonial Bank of Canada (TCBC).Il prend ça comme une attaque personnelle, «à l\u2019endroit où ça fait le plus mal: dans mon portefeuille».C\u2019est que le succès de la TCBC a entraîné une baisse de clientèle dans les deux autres institutions financières de ce bled de 5000 habitants.Notre homme travaille à la BQ du coin, où son emploi est fortement menacé.Voilà pourquoi ce directeur adjoint pas vraiment directeur adjoint mais qui rêvait de le devenir entreprend, à 28 ans, une carrière de braqueur de banque.Tourner mal Le magot récupéré à la nouvelle succursale bancaire anglophone pourrait lui servir à se lancer dans la restauration.Il a déjà donné un acompte de 1000$, par l\u2019entremise de la Western Union, pour acheter une franchise de La baraque à poutine: aucune succursale n\u2019a encore ouvert ses portes, mais on lui a promis via Internet un succès assuré.Ne lui {{^ On a beau se dire qu\u2019on ne parle pas du tout anglais, c\u2019est bien difficile de ne pas en apprendre quelques mots quand tout le monde les dit, comme parking et drink )) FRANÇOIS lARCELO Extrait de J\u2019hais les Anglais reste que 50 000 $ à payer.Arnaque assurée, mais notre homme ne se doute bien sûr de rien.Le voilà prêt.Il a tout prévu : à quelle heure, dans quel déguisement il va débarquer à la TCBC cagoulé, armé d\u2019un fusil à eau.Il a même enregistré ses propres ronflements, pour faire croire à ses collègues qu\u2019il dort dans son bureau.Plus loufoque que ça.________ Lui qui ne parle pas un mot d\u2019anglais, sauf pour quelques anglicismes ordinaires, ne s\u2019inquiète pas outre mesure : «J\u2019ai songé que des clients de la TCBC pourraient ne pas comprendre le français.Mais j\u2019ai conclu que la vue d\u2019un homme cagoulé brandissant un revolver suffit à faire comprendre dans toutes les langues qu\u2019un hold-up est en cours.» Que va-t-il se passer croyez-vous ?Eh bien non, il ne va pas manquer son coup.C\u2019est après que ça va se gâcher.Au moment de prendre la fuite.Et là, tenez-vous bien.On était déjà à la limite du vraisemblable, on s\u2019enfonce dans des péripéties inimagina-bles.Où le braqueur de banque va se retrouver en cavale avec un groupe de personnes âgées anglophones sur les bras.On est au comble de l\u2019absurde.Du genre La petite vUy mais en beaucoup plus noir, en beaucoup plus méchant.En beaucoup plus réussi aussi que dans les J\u2019hats.précédents, sauf peut-être pour J\u2019hats le hockey y qui était fort convaincant de mauvaise foi et de vilenie par moments.Cadavres Attention, on s\u2019enfonce dans le plus macabre qui soit, en quoi excelle François Barcelo : les cadavres, les corps démembrés vont aller en s\u2019accumulant.Quant au braqueur de banque, il va se retrouver floué par la dernière personne sur terre qu\u2019il aurait crue capable d\u2019une telle chose.Mais en est-il seulement conscient?Comme pour la plupart des antihéros de Barcelo, on sait dès le départ que ça va mal aller.Et on y prend un plaisir fou.Tout consiste à savoir comment la déconfiture aura lieu.Ici, l\u2019auteur ne se gêne pas pour en beurrer épais.On a beau trouver que c\u2019est trop, que c\u2019est exagéré, on ne peut s\u2019empêcher de rigoler.Ce qui ajoute à l\u2019efficacité du récit, c\u2019est que tout se passe au présent, en accéléré : en moins d\u2019une heure, l\u2019affaire est réglée.Pour le pire, comme on s\u2019y attendait.Au passage : des perles d\u2019irrévérence, des parenthèses pince-sans-rire, des remarques provocantes.et des détails d\u2019une insignifiance crasse, comme peut l\u2019être le personnage concerné.Petit livre sans prétention, J\u2019hais les Anglais atteint des sommets.dans le pathétique.J\u2019HAÏS LES ANGLAIS François Barcelo Coups de tête Montréal, 2014, 120 pages ROMAN Du lichen et des hommes CHRISTIAN DESMEULES Premier roman de Gérard Duhaime, professeur de sociologie à l\u2019Université Laval et spécialiste de la nordicité, Sor-ray nous emmène sur les traces d\u2019une botaniste amérindienne \u2014 on ne le sait pas trop, on reste dans le flou quant à ses origines exactes \u2014 qui débarque quelque part au Nord, dans la région de la vallée de la Rivière-aux-Rapides, afin de valider les recherches aux-quelles son père adoptif avait lui-même consacré sa vie.Ce scientifique voulait prouver que certaines anomalies botaniques dans le Grand Nord sont reliées à la pollution atmosphérique du Sud.Elle parcourt ainsi le continent depuis quelques années pour rencontrer et étudier les Inuits, herboriser, chercher des plantes disparues ou jamais vues, prendre la mesure, à même le sol, de leur histoire, de leurs traditions et de leurs drames.Fixer ses découvertes sur pellicule \u2014 nous sommes avant l\u2019ère de la photographie numérique.Morale nordique Sur place, la jeune femme se heurte à l\u2019état des lieux habituel: fracture entre les générations, désœuvrement, violence.La communauté éponge encore quelques deuils douloureux.Sorray côtoiera ainsi un jeune garçon abandonné par ses parents dont le frère s\u2019est Gerard Duhaime Sorray le retour au monde I suicidé, le gérant à la grande âme du magasin général, puis un vieux chef de clan solide comme le roc.Mais un petit chef local qui en mène large \u2014 véritable incarnation du mal \u2014 cherchera pour sa part à lui mettre des bâtons dans les roues.Bien entendu, la morale devra triompher: «Faire violence à la terre, c\u2019est faire violence aux hommes.» La jeune femme forte et idéaliste voit bien au-delà de ses hypothèses scien-tifiques.«Peut-être le monde deviendrait-il enfin ce globe protecteur au milieu duquel rien de malheureux ne peut plus arriver.» Mettant à profit une réelle connaissance du monde inuit, sur lequel il pose un regard généreux, Gérard Duhaime signe ici une histoire à l\u2019écriture lente et délicate.Peut-être trop délicate, d\u2019ailleurs, tant les personnages y demeurent peu incarnés.Mais le manque de rythme du roman s\u2019accorde plutôt bien, il faut le reconnaître, avec le silence lisse et feutré de la toundra.Malgré ses défauts, Sorray demeure une intéressante incursion dans un univers méconnu et fragile.Collaborateur Le Devoir SORRAY Le retour au monde Gérard Duhaime Triptyque Montréal, 2014, 222 pages ANDREA POKRYWINSKI / CC Rencontrer et étudier les Inuits, herboriser, chercher des plantes disparues ou jamais vues mènent le personnage d\u2019une botaniste amérindienne jusqu\u2019au Grand Nord.UN EVENEMENT LITTERAIRE En finir avec Eddy Bellegueule Édouard Louis Edouard Louis En finir avec Eddy Bellegueule P 0Gaspard-LE DEVOIR 1 ALMARÈS Du 12 au 18 mai 2014 Roman \u2022 224 pageS'.' 25,95 3) ~ « Un écrivain dont le livre stupéfiant, une fois reférmé, nous laisse ébahis, le souffle coupé.» Didier Eribon, Le Nouvel Observateur I\t¦\t^ '¦ « D'une force et d'une vérité bouleversantes.» Annie Emaux Seuil Causerie avec l\u2019auteur animée par Pierre Cayouette le samedi 24 mai, à 16 h, à la librairie Olivieri, 5219 Côte-des-Neiges.Entrée libre / réservation obligatoire : 514 739-3639 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les années de plomb \u2022 Tome 2 Jours de colere\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t-/I 2 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 31918-1929\tLouise Tremblay-D Essiambre/Guy Saint-Jean\t1/6 3 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 2 La biscuitene\tMichel David/Hurtubise\t2/8 4 Metis Beach\tClaudine Bourbonnais/Boreal\t3/2 5 Ces mains sont faites pour aimer\tPascale Wilhelmy/Libre Expression\t5/2 6 Confessions d une célibataire incorrigible\tM Beaubien | J Nonnandin/Les Editeurs reunis\t-/I 7 Gaby Bernier \u2022 Tome 3 1942-1976\tPauline Gill/Quebec Amérique\t7/8 8 Les années de plomb \u2022 Tome 1 La decheance d Edouard\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t-/I 9 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tLouise Tremblay-D Essiambre/Guy Saint-Jean\t6/5 10 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 1 Un mariage\tMichel David/Hurtubise\t4/8 Romans étrangers\t\t 1 Une autre idee du bonheur\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t1/3 2 Central Park\tGuillaume Musso/XO\t2/7 3 Lallee du sycomore\tJohn Grisham/Lattes\t-/I 4 Six ans déjà\tHarlan Coben/Belfond\t-/I 5 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancol/Albin Michel\t4/6 6 Lelixir d amour\tEric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t3/3 7 La vie en mieux\tAnna Gavalda/Dilettante\t7/4 8 Muchachas\tKatherine Pancol/Albin Michel\t5/12 9 Le chardonneret\tDonna Tartt/Plon\t6/18 10 Le complot du croissant\tClive Cussler | Dirk Cussler/Grasset\t-/I Essais québécois\t\t 1 Poing de mire\tNormand Lester/Homme\t1/5 2 Lafghanicide\tMartin Forgues/VLB\t2/2 3 La revanche des moches\tLea Clermont-Dion/VLB\t3/6 4 Paradis fiscaux la filiere canadienne\tAlain Deneault/Ecosociete\t5/12 5 Contes et comptes du prof Lauzon \u2022 Tome 5 La vraie nature\tLeo-Paul Lauzon/Michel Brule\t4/4 6 Le corps-marche\tCeline Lafontaine/Seuil\t9/2 7 Enfin la laïcité\tBernard La Riviere/XYZ\t-/I 8 Derrière 1 état Desmarais Power\tRobin Philpot/Baraka\t7/4 9 La fin de 1 Etat de droiU\tFrederic Berard/XYZ\t-/I 10 Les champs de bataille Histoire et défis de 1 agriculture\tRomeo Bouchard/Ecosociete\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Le capital au XXIe siecle\tThomas Piketty/Seuil\t6/2 2 La grande vie\tChristian Bobin/Gallimard\t1/10 3 Le nouvel art de la guerre Dirty Wars\tJeremy Scahill/Lux\t2/3 4 Le paradigme de 1 art contemporain\tNathalie Heinich/Gallimard\t-/I 5 Plaidoyer pour 1 altruisme La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t4/29 6 Regarde les lumières mon amour\tAnnie Emaux/Raconter la vie|Seuil\t7/2 7 La vente sur les medicaments\tMikkel Borch-Jacobsen/Edito\t3/14 8 Construire 1 ennemi Et autres écrits occasionnels\tUmberto Eco/Grasset\t5/4 9 Lhomme sans argent\tMark Boyle/Les Arenes\t-/I 10 Comme si nous étions déjà libres\tDavid Graeber/Lux\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d information et d analyse Easpard sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Baspard et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Baspard © BTLF toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MAI 2014 LITTERATURE La Vitrine BANDE DESSINEE FALAISES Thibault Balahy et Loïc Dauvillier Olivius Paris, 216 pages, 2014 Thibault lalahy It Loïc Dauvillier FALAISES Librement adapté du roman d\u2019Olivier Adam L\u2019adaptation d\u2019un roman en bande dessinée est un exercice périlleux, qui peut donner parfois un résultat sublime.Falaises, librement inspiré du roman portant le même titre publié en 2005 par le jeune Olivier Adam (l\u2019Olivier), atteint sans doute ce niveau d\u2019exécution en amenant cette incursion dans la psyché, l\u2019angoisse et les questionnements d\u2019un jeune homme confronté aux nombreux visages de la mort, dans un univers graphique qui lui va bien, finalement Nous sommes dans les bleus, ceux qui sont froids, cqux qui sont nuit, ceux qui font la solitude ou encore l\u2019espoir.A l\u2019intérieur, il y a Olivier, le narrateur, dont l\u2019enfance a été marquée par le suicide d\u2019une mère, du haut des falaises d\u2019Etretat, et par la vie décousue que la tragédie a induite.Le vide laissé est énorme.Il va essayer de le remblayer avec ses souvenirs, avec ses impressions, avec ses questions qui forcément vont rester sans réponse.Et il va le faire sur une ligne de vie à laquelle la mort semble prendre un malin plaisir à s\u2019accrocher.La transposition pourrait être triste.Elle est surtout pleine de contrastes, d\u2019intensité, de silences forts et de lumières.bleues.Fabien Deglise SOURCE OLIVIUS Illustration tirée de Falaises POESIE AU CŒUR DES ESQUISSES Francis Catalano UHexagone Montréal, 2014,113 pages Le carnet de voyage prend de plus en plus la voie de la poésie pour que se gravent les images fulgurantes de l\u2019éphémère.Ce n\u2019est pas un mal, mais le risque est grand de tomber dans les clichés mélancoliques.C\u2019est ce qu\u2019évite avec justesse Erancis Catalano dans son très dense recueil d\u2019esquisses qui réfléchissent les pulsations étrangères, au cœur d\u2019une réflexion à fleur de peau.«Le monde slntranquillise ainsi » Et c\u2019est tant mieux.Le recueil pourrait se lire au fil des pages, allant de-ci de-là, se laissant musarder au gré de notre désir ^e la Californie, de New York, de Milan ou Dlci et d\u2019ailleurs.A la clé, des touches, des morceaux de langues et d\u2019émois sous tous les tons, traduction au plus vif des perceptions visuelles ou sensitives.On tient le monde par tous les sens, justement, on y tient.Ainsi pourra-t-on rencontrer «deux enfants d\u2019hydrogène pour un d\u2019oxygène [qui] jouent à la turbulence dans le lac insectes compressibles cousins zénoniens rasant les embrasures du tympan».Eclatements volu-biles des strates accrochées au passage dans les paysages, dans les ful^rances intérieures.«Nous sommes pareils, porteurs d\u2019histoires non racontées marchant sur le pas de nos mots.» Nous sommes près de l\u2019égarement voyageur quand les pays accumulent leurs langues, leurs sons et leurs méandres.Beau recueil que celui-ci.Une suggestion pour la fuite, pour l\u2019échappée belle.Hugues Corriveau p£^Tl)/ALcLlpOtS~/S LA OOLOMlilE i\\ Dmmw] AVEC SES IN'YITËS EN' FIL lUlIlGE À THAYEIIS TOUTE LA nUlOOAMMATION 15 LECTURES DANS 15 LIBRAIRIES à travers les quartiers de Montréal Lundi 2 juin à 17 h (consulter le programme en ligne) Lecture-spectacle BLE DINGUE, pour les 40 ans des Éditions du Blé Vendredi 6 juin à 18 h 30, salle O Patro Vÿs, 356, av.du Mont-Royal Est Soirée-bénéfice HOMMAGE À CLAUDE HAEFFELY Mercredi 4 juin à 18 h 00, Salon b, 4231b, bout Saint-Laurent Réservation: 514 526-6251 ou à la porte le soir même: 20 $.FESTIVAL ANADA I TORNADA avec les Catalans Anna Aguilar Amat et Antoni Clapés ainsi que les poètes Élise Turcotte et Nicole Brossard Exposition OCTAVIO PAZ soulignant son centenaire Du 20 mai au 5 juin, lundi au vendredi de 11 hàl3hetdel4hàl7h Espacio México, 2055, rue Peel APEROS POETIQUES sur la scène extérieure avenue Mont-Royal Du 5 au 8 juin.Lectures en collaboration avec les éditeurs du Eestival 70 éditeurs représentés au MARCHÉ DE LA POÉSIE du 5 au 8 juin place Cérald-Codin (® Mont-Royal) Renseignement : 514 526-6251\tmaisondelapoesie.qc.ca Sauf avis contraire: entrée libre aux activités caisse de\t# c la culture v^LIGDCChei MAISONdela POESIE deMontréal LE DEVOIR **ALQ I^recf \u2019uneq ^ Soilace Racines adolescentes On ne présente plus ce Prix Nobel.J.M.G.Le Clézio se lit entre capture et admiration.Son équilibre dans la mi-courte et la mi-longue novella, à récriture subtile et fouillée, dépeint des adolescentes singulièrement vraies.GUYLAINE MASSOUTRE Le Clézio ensorcelle ses per-sonnages.Ou c\u2019est l\u2019inverse.Il bascule dans sa matière.Ses figures, il les pince au fond d\u2019un désert, au flanc d\u2019une montagne, aux îlots les plus reculés, dans sa vaste œuvre de voyageur bohème.Photographe des attitudes, laborantin des gestes secrets, alchimiste des désirs inassouvis, il est l\u2019avocat des injustices les plus criantes au monde.Il les a connues intimement, dirait-on, ces femmes marquées par la violence civilisée.Il sait les hommes endurcis dans leurs actes, privés des réseaux de solidarité.Eort de son ethnologie littéraire, il a percé les âges et toutes les conditions.Pour ce nouveau Tempête, un livre profond et obsédant, on pense à Marie-Claire Blais, à Marie N\u2019Diaye, à la sensibilité des marionnettistes épousant le langage de l\u2019humanité.Le Clézio excelle à dire le passage et la réversibilité, l\u2019émoi ou la dureté.Depuis toujours, il fait vivre des enfants, des adolescents qu\u2019on remarque à peine, inaudibles, effacés.Il pose sur eux un éclairage discret, entend leurs mots inouïs, leurs penchants, bon et mauvais désirs, actes et rêves.Familles incertaines Nulle thèse dans ces deux novellas.Tempête et Une femme sans identité.Le monde commence où s\u2019arrête le reportage, dans les rapports de force où Eros et Thanatos font des tenailles indépassées.Les profits les plus mesquins et les entour-loupes répondent aux moments de charme et de détente, et ce L c.HELIE GALLIMARD Photographe des attitudes, laborantin des gestes secrets, alchimiste des désirs inassouvis, Fauteur J.M.G.Le Clézio est Favocat des injustices les plus criantes au monde.n\u2019est ni péché ni malversation de haïr ou d\u2019aimer.Dans Tempête, le décor est net, de sable, de mer et de rocher loin dans la mer du Japon.Dans Une femme sans identité, on est en Afrique, puis à Paris, et même ailleurs, en Normandie, par suite d\u2019une longue errance.Le modèle est Joseph Conrad, autre écrivain maniaque et de génie.Ici, les deux histoires, simultanées, invitent à les comparer.N\u2019y lit-on pas la mondialisation où travaille l\u2019UNESCO et la littérature qui interroge : qu\u2019est-ce que l\u2019identité ?Surréaliste, aurait-on dit jadis.Réaliste, aujourd\u2019hui.Le point commun aux adolescentes de ces novellas est de confronter une vie bâclée par le manque de protection, d\u2019amour et de responsabilité parentale.Elles cherchent ce qui leur fait défaut, tâtant ce qu\u2019elles pensent trouver.L\u2019une veut un père, l\u2019autre se rebelle violemment contre le sien et refuse toute chance d\u2019avoir une mère.Le manque fait exprès, excès, extrait, exit.Hasard et nécessité se marient, chantier de réalités précaires, de solutions à courte portée.L\u2019avenir reste ouvert, atone, neutre, dans le silence et les perceptions erronées.En manque Dans Tempête, la jeune fille se lie d\u2019amitié avec Monsieur Kyo, dont on découvre la misérable destinée à la suite d\u2019un viol dont il fut témoin.De son côté, la fillette est elle-même issue d\u2019un viol.Un récit se transmet de l\u2019un à l\u2019autre, tissant force conséquences intérieures.Cela grandit ainsi: « \u201cA mon tour, je vais vous raconter une histoire\u201d, a-t-il dit.- Est-ce une histoire vraie ?\u201d ai-je demandé.Il a réfléchi: \u201cC\u2019est une histoire rêvée, donc elle a quelque chose de plus vrai que la réalité.\u201d» Dans Une femme sans identité, la narratrice, une enfant issue d\u2019un viol mais « adoptée » par son père, se révolte contre ses parents nourriciers, s\u2019alliant avec sa demi-sœur puis la rejetant, jusqu\u2019à désirer tuer ceux qui lui ont donné la vie.«Quand on abandonne son enfant, est-ce qu\u2019on pense à ce qu\u2019elle deviendra plus tard?» L\u2019asocialité, la maladie mentale, la déshérence font une prise inexorable et bouleversante sur les nœuds de l\u2019identité.Le manque d\u2019amour sera-t-il une blessure irréparable ?Cette histoire finit bien.«Il faut que quelque chose survienne, maintenant, pour interrompre ma vie rêvée.Il faut que f entre dans l\u2019autre partie de ma vie.» Le Clézio remonte aux racines.Il sait montrer le creuset où des rêves de vie mènent à la mort et des rêves de mort conduisent à la vie.Les civilisations qui se croisent dans des lieux incertains permettent parfois que renaître triomphe.Collaboratrice Le Devoir TEMPÊTE Deux novellas /.M.G.Le Clézio Gallimard Paris, 2014, 233 pages Du Rwanda, d\u2019Israël et de l\u2019utilité des glossaires GILLES ARCHAMBAULT N y eût été l\u2019avis d\u2019une amie, africaniste, je n\u2019aurais probablement pas lu Englebert des collines de Jean Hazfeld.N\u2019eût été la fascination qu\u2019exerce sur moi Jérusalem, aurais-je lu Tahila, le court roman de Samuel Joseph Agnon?Ainsi en va-t-il de nos lectures dictées par les hasards des propositions éditoriales et une certaine curiosité.Dans les deux cas, le recours aux glossaires que l\u2019on trouve en fin de volume n\u2019a rien de superflu, on le comprendra.Il y a des gens qu\u2019ennuient ces rappels.Moi, j\u2019adore.Jean Hazfeld est journaliste et romancier.Versé dans le sport à ses débuts, il ne tarde pas à devenir grand reporter.Il parcourt ainsi Israël, la Palestine, la Roumanie à titre de correspondant de guerre.Easciné par l\u2019atrocité du génocide rwandais, il lui consacre quatre ouvrages.Dans le nu de la vie.Une saison de machettes, La stratégie des antilopes (Seuil, 2000, 2003, 2007) et le récit qui nous occupe aujourd\u2019hui.Englebert est un Tutsi dont la famille a été presque anéantie pendant le génocide.Sans domicile fixe parfois, il vit de l\u2019air du temps et de l\u2019alcool qu\u2019on finit par lui offrir.Hazfeld lui donne la parole tout au long du récit.Que nous raconte ce rescapé de l\u2019horreur?Il décrit le milieu qui l\u2019a vu naître, raconte sans se faire prier à quel point il a été un élève studieux, brillant.S\u2019il n\u2019ouvre plus de livres, il a été en son temps un étudiant fort prometteur.Vantard, il l\u2019est d\u2019emblée.Il serait le premier à en convenir.D\u2019avoir été écarté d\u2019un destin plus glorieux à cause de son origine ethnique et aussi, il l\u2019avoue, de sa propension à boire n\u2019a pas fait de lui un être humilié.Hazfeld, qui le connaît intimement, lui met en bouche des propos aussi directs qu\u2019attachants.«Je parle sans méfiance, je ne retiens pas mes vérités, je chante ce qui me plaît.Qui va m\u2019en empêcher?» Il n\u2019est pas peu fier de ce qu\u2019on le salue à la ronde comme un ami.«Je sais aussi truquer.Mais à quoi bon ?Je dis les choses telles qu\u2019elles me viennent aux lèvres.Si ça grince, c\u2019est qu\u2019elle pique la cible.Est-ce que je vais perdre une boisson ?Ça ne m\u2019embête pas tellement.» Il erre dans Nyamata en homme libre, heureux qu\u2019on lui offre un verre 1)1 s ( GCOMUSEE DU FIER MONDE ont le plaisir de vous inviter au lancement de Les murs murent! Affiches de mouvement sociaux et politiques du Québec François-Guy Touchette Le mercredi, 28 mai de 17 à 19 heures Écomusée du fier monde 2050, rue Amherst, Montréal Conseil des arts Canada Council ENTRE SHERBROOKE ET ONTARIO | METRO SHERBROOKE | ENTREE LIBRE RSVP : 5 14.528.8444 de cette bière belge brassée dans l\u2019ouest du pays, fantôme de l\u2019homme cultivé qu\u2019il était, ne lisant plus mais se souvenant d\u2019avoir lu, n\u2019oubliant jamais qu\u2019il n\u2019a plus rien à perdre.«Qu\u2019est-ce que je risque à taquiner les gens après avoir échappé aux machettes?» De la tuerie de 1994, Englebert parle tout compte fait assez peu.Ce qu\u2019il en dit est atroce.Que des voisins hutus agités par une folie meurtrière tuent tout autour, n\u2019épargnant personne, maniant le coutelas allègrement, s\u2019emparant des biens et des troupeaux, cela est un cauchemar que veut oublier Englebert.«Le génocide m\u2019a fait solitaire intérieurement.Voilà pourquoi dorénavant j\u2019évite les complications.Je vais, je laisse.Ceux qui m\u2019aiment, ils sont le grand nombre, je les aime aussi.» Un peu plus loin : «Autrefois, je racontais des blagues du matin au soir.Mais le temps passe, des choses se sont passées qui m\u2019ont prélevé de la gaieté.» Ce bref récit se lit d\u2019une traite.On en ressort forcément ému.Comment les êtres humains cèdent-ils si aisément à la barbarie ?Lorsque Englebert évoque à deux reprises un frère vivant au Québec, l\u2019absurde de la situation nous assaille d\u2019autant plus.Une famille décimée, une conscience de survivant en éveil et l\u2019exil d\u2019un frère.Oui, on est ému à longueur de pages, amusé parfois aussi par la fraîcheur de propos qui n\u2019ont rien de banal.Hazfeld cède-t-il à la tentation de trop prendre le parti des Tutsis?Je n\u2019en sais rien, évidemment.Jérusalem S.J.Agnon, Prix Nobel de littérature en 1966, évoque dans son court roman la Jérusalem d\u2019avant la création de l\u2019Etat d\u2019Israël.L\u2019héroïne, Tehila, a 104 ans.Ce qui ne l\u2019empêche pas de parcourir la ville, soulageant la misère autant qu\u2019elle le peut.Le narrateur assiste à ses der- Li:iîi:iti ou l\\LS niers moments de vie.Nullement effrayée par la mort, la centenaire raconte comment elle ne veut pas mourir sans demander pardon à un ancien fiancé.Elle propose donc au narrateur d\u2019écrire sa confession qu\u2019elle le prie d\u2019insérer dans son cercueil.En quoi consiste son récit?Elle avait onze ans, son père l\u2019avait donnée à un fiancé.Le mariage avait été rompu, les parents du fiancé s\u2019étant convertis à la religion hassidique.Ayant été mariée à un autre prétendant, Tehila avait eu trois enfants, tous marqués par la mauvaise fortune, la mort des deux fils, la folie de la famille.Eer-vente lectrice des Psaumes, Tehila a toujours cru à une malédiction divine et veut s\u2019excuser auprès d\u2019un fiancé sûrement mort J\u2019ai lu ce bref roman à la suite d\u2019Englebert des collines.Le climat décrit n\u2019a évidemment rien de celui que nous offre l\u2019univers africain.Poème édifié à une ville, Jérusalem, écrit selon une conception toute religieuse de la vie, ce livre ne se découvre pas aisément au mécréant que je suis.Est-ce comme le prétend le texte de la quatrième de couverture «un merveilleux hymne à la beauté des femmes», je ne croirais pas toutefois.On a bien fait d\u2019ajouter une postface de Dan Laor.Ce texte explique clairement les conditions d\u2019écriture de Tehila et fournit un précieux éclairage sur l\u2019œuvre d\u2019un écrivain majeur de la littérature hébraïque.Collaborateur Le Devoir ENGLEBERT DES COLLINES Jean Hazfeld Gallimard Paris, 2014, 108 pages TEHILA S.J.Agnon Traduit de l\u2019hébreu par Emmanuel Moses Paris, 2014, 101 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MAI 2014 F 5 LIVRES LITTERATURE ETRANGERE Grosse fatigue À travers l\u2019évocation de ses souvenirs de jeunesse, Paul Auster tente de retracer sa genèse d\u2019écrivain CHRISTIAN DESMEULES Comment se dessine une vocation d\u2019écrivain?Existe-t-il une tache originelle ?De quelles failles se nourrit le monstre qui pousse un écrivain à s\u2019asseoir seul dans une pièce et à refaire le monde?En essayant de fixer la trajectoire d\u2019une exception, la sienne, Paul Auster essaie de répondre à la large question.Comment cet Américain qui a grandi au New Jersey dans une famille un peu dysfonctionnelle de la classe moyenne où on ne lisait pas est-il devenu écrivain?L\u2019auteur de Moon Palace et de la Trilogie new-yorkaise (Babel, 1993, 2002) s\u2019est donné pour but, avec Excursions dans la zone intérieure, de «dresser la carte des rouages» de l\u2019enfant et du jeune homme qu\u2019il a été.De l\u2019animisme de la petite enfance jusqu\u2019aux premières tentatives de publication à l\u2019orée de l\u2019âge adulte, trente ans après L\u2019invention de la solitude (Babel, 1991), Paul Auster renoue avec le récit autobiographique.Et un an après Chronique d\u2019hiver (Actes Sud), sorte d\u2019autobiographie « biologique» où il explorait le plaisir, la douleur et la vieillesse, l\u2019écrivain semble avoir pris goût au corps à corps avec lui-même.Il semble aussi avoir pris plaisir à se tutoyer, puisque Excursions dans la zone intérieure est narré de la même façon, à la deuxième personne du singulier, manège d\u2019écrivain pour mettre de la distance entre celui qui écrit et celui qu\u2019il était \u2014 un procédé qui tient aussi par THOMAS SAMSON AGENCE ERANCE-PRESSE Paul Auster, après Chronique d\u2019hiver, semble aussi avoir pris plaisir à se tutoyer, puisque Excursions dans la zone intérieure est narré de la même façon, à la deuxième personne du singulier.malheur le lecteur à distance.Depuis une certaine «illumination transcendante» à l\u2019âge de six ans {«Jusqu\u2019à ce matin-là, tu étais, seulement.Désormais, tu savais que tu étais.»), en passant par le souvenir de quelques livres empruntés à la bibliothèque et de certains films vus, Auster essaie de mettre le doigt sur l\u2019émergence de sa conscience critique.Le mariage malheureux de ses parents a joué son rôle dans sa lente exception du groupe social : «Et le fait d\u2019être partie prenante de ce désastre quand tu étais petit garçon t\u2019a sans aucun doute poussé à te renfermer, à devenir un homme qui a passé le plus clair de sa vie à rester assis tout seul dans une pièce.» Oui mais vieillir, vieillir Mais c\u2019est la vraie découverte de sa judéité, explique-t-il, qui a peut-être joué le rôle le plus considérable.«Après avoir embrassé, petit garçon, le récit triomphal de l\u2019exceptionnalisme américain, tu as commencé à t\u2019exclure de ce récit, à te rendre compte que tu appartenais à un autre monde en plus de celui dans lequel tu vivais, que ton passé était ancré dans un ailleurs.» Si on trouve ici et là quelques réflexions intéressantes, Excursions dans la zone intérieure compte aussi d\u2019inter- minables et minutieux \u2014 et stupéfiants et ennuyeux \u2014 résumés de films qui ont marqué l\u2019écrivain au début de l\u2019adolescence.Au moment d\u2019évoquer ses années d\u2019études à New York et à Paris, Auster nous offre la transcription de nombreuses lettres écrites à l\u2019époque de ses vingt ans à sa première femme, l\u2019écrivaine Lydia Davis.Si ces longs passages ne sont pas dénués d\u2019intérêt, on est saisi d\u2019une impression forte et tenace qu\u2019à travers cette accumulation plutôt décousue de détails, Paul Auster ne cherche qu\u2019à remplir ses pages.Exercice littéraire paresseux, il faut le dire.Excursions dans la zone intérieure risque de décevoir plus d\u2019un lecteur.Il est difficile de tourner le dos à un auteur qu\u2019on a aimé, dont on a lu presque tous les livres.Mais vient un jour, après une longue série de déceptions, où il nous faut reconnaître, tristement résigné, que cet auteur vieillit mal.Qu\u2019il a produit le meilleur de son œuvre il y a déjà trop longtemps.Vient un jour où on se promet \u2014 pour la dernière fois \u2014 qu\u2019on ne le lira plus.Ce jour-là est arrivé.Collaborateur Le Devoir EXCURSIONS,DANS LA ZONE INTERIEURE Paul Auster Traduit de l\u2019anglais (américain) par Pierre Furlan Leméac/Actes Sud Montréal/Arles, 2014, 368 pages l WILLIAM BLAKE L\u2019artiste William Blake réalisait des gravures enluminées d\u2019une beauté sauvage, comme celle-ci, intitulée Triel (initialement en couleurs).ESSAI BIOGRAPHIQUE Le graveur William Blake : rimagination au service de la vie PAUL BENNETT Traduit ou commenté par Gide, Bataille, Julien Green, Joyce, Borges ou encore Ginsberg, le poète et graveur William Blake (1757-1827) est pourtant demeuré mal connu dans le monde francophone.Dans William Blake ou l\u2019infini, l\u2019essayiste Christine Jordis dit avoir voulu «faire aimer» celui qu\u2019elle considère comme un des plus grands génies littéraires et artistiques de l\u2019histoire.Car les très nombreuses références de Blake à la Bible, indissociables de son époque et de son milieu \u2014 l\u2019Angleterre puritaine de la fin du XVIIL siècle \u2014, rendent aujourd\u2019hui son œuvre moins accessible que celle d\u2019autres visionnaires tels Rimbaud ou Nietzsche.Earouchement indépendant, mystique et anticlérical, Blake n\u2019a jamais cessé de dénoncer, dès ses Chants d\u2019innocence (1789) et jusqu\u2019à son Milton et son Jérusalem (peut-être 1811, 1820), le pouvoir de l\u2019argent, le travail machinal, la morale établie ou les fables de la religion.H a plaidé pour l\u2019insoumission, la liberté sexuelle, et surtout la poésie et l\u2019imagination au service d\u2019une vie plus intense, à contre-courant du matérialisme et du positivisme triomphants de son époque.Poésie sur cuivre Ces pensées radicales, il les transcrivait non seulement en vers, mais en gravures enlumi- nées d\u2019une beauté sauvage et fulgurante.Graveur de métier, il inventera même une nouvelle technique, sur cuivre, inverse de l\u2019eau-forte, retrouvant ainsi l\u2019éclat des pages peintes des manuscrits médiévaux.« Blake, écrit Jordis, fut peut-être le premier à associer de façon aussi étroite ce qui s\u2019écrit et ce qui se peint ou se dessine.» En plus de ses propres œuvres, il illustra sur commande Le livre de Job, La divine comédie et des pièces de Shakespeare, mais chaque fois en se les appropriant.«Libérer l\u2019humanité asservie au règne du matérialisme pour le rendre à l\u2019art et à la poésie», telle était, selon Jordis, la tâche que s\u2019était assignée Blake et à laquelle il est resté fidèle toute sa vie, heureux semble-t-il en dépit des moqueries, des humiliations, de la misère et de son exclusion des coteries artistiques de l\u2019époque.Christine Jordis donne quelques clés nécessaires pour entrer dans cet univers inimitable et foisonnant, qui nous rejoint peut-être davantage aujourd\u2019hui, alors que le matérialisme et le rationalisme ont montré leurs limites et, parfois, leur puissance destructrice.Collaborateur Le Devoir WILLIAM BLAKE OU LTNEINI Christine Jordis Albin Michel Paris, 2014, 283 pages L\u2019ÉTÉ AU CŒUR DES LIVRES ANNA RAYMONDE GAZAILLE T races « L\u2019intrigue est vraiment tissée béton : c\u2019est la principale force du roman, tellement qu\u2019on ne peut s\u2019empêcher de songer aux récits les plus intriqués de Peter James.[.] Disons-le clairement : ce premier roman est une réussite exemplaire.Et tout cela est de fort bon augure pour le polar québécois.» Michel Bélair, Le Devoir % GUILLAUME BERWALD Edmonton « Entre douceur et rudesse, entre romantisme et béton, j'ai été complètement séduite par son style.[.] Guillaume Berwald évite la facilité et nous offre un roman authentique, poétique et audacieux, qui m\u2019a agréablement surprise.» Marie-Jeanne Leduc, La Recrue du mois MATHIEU BLAIS ET JOËL CASSÉUS L\u2019esprit du temps « [.] L\u2019esprit du temps est un excellent divertissement [.].La quête de Huemac et de Thithuwa fourmille de rebondissements, les trois principaux personnages ont de la présence, et la mythologie mésoaméricaine apporte une touche de dépaysement [.].» Richard Tremblay, Brins d\u2019éternité AUDREE WILHELMY Les sangs un « Au-delà d\u2019un trouble baigné de plaisir, on se prend au jeu, piégé dans les mailles d\u2019un récit ensorcelant.À la fin, on a la certitude qu\u2019une écrivaine est née.» Dominique Lemieux, Les libraires if w> LYONEL TROUILLOT\t^ Parabole du failli « Écrire la Vie majuscule, en transcrire le mouvement, la .\t' spontanéité, la beauté hasardeuse, malgré un matériau qui firtetw' fatalement l\u2019évanescence du monde.» Emile Rabaté, Libération POUR DE BONNES VACANCES, PASSEZ CHEZ VOTRE LIBRAIRE.514 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec raî F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 MAI 2014 ESSAIS Le Canada a-t-il échoué en Afghanistan i ?Louis CORNELLIER L'AFGHANICIDE Cette guerre qu'on ne voulait^ ' pas gagner\t* Le 9 mai dernier, à Ottawa, le gouvernement Harper soulignait la fin de la mission canadienne en Afghanistan, qui aura duré douze ans et coûté la vie à 158 mili-taires canadiens, en plus de çauser des blessures à plus de 2000 autres.A l\u2019heure du bilan, donc, une question s\u2019impose : fallait-il aller faire la guerre dans ce pays d\u2019Asie centrale ?Ancien militaire \u2014 de 1999 à 2010 \u2014 devenu journaliste, Martin Forgues a participé à cette mission.Dans L\u2019afghanicide, un bref essai percutant d\u2019un peu moins de cent pages qui lance la nouvelle collection «Point de vue» de VLB éditeur, Forgues développe une critique militaire de cette intervention.« Voulait-on réellement gagner cette guerre ?demande-t-il.Les soldats sur le terrain le désiraient ardemment.Du côté de la classe politique, la réponse est un peu plus floue.» Quelques essais qué-bécois récents ont traité des tenants et aboutissants de l\u2019intervention militaire canadienne en Afghanistan.Dans En terrain miné (VLB, 2013), un ouvrage reprenant la correspondance de guerre entre la romancière Roxanne Bouchard et le caporal Patrick Kègle, ce dernier endosse essentiellement l\u2019argumentation des forces armées canadiennes pour justifier l\u2019intervention.Cette guerre, écrit-il en substance, est légitime, puisqu\u2019elle vise à combattre le terrorisme, à contribuer à la reconstruction d\u2019un pays martyr et à permettre aux petites filles d\u2019aller à l\u2019école.Kègle est si sincère et si convaincant qu\u2019il parvient à ébranler l\u2019antimilitarisme de sa correspondante.Ces arguments, toutefois, ont été rejetés par le politologue de tendance anarchiste Francis Dupuis-Déri, dont la sœur soldate, rappelons-le, a participé à la mission canadienne en Afghanistan.Dans deux solides essais.L\u2019éthique du vampire (Lux, 2007) et L\u2019armée canadienne n\u2019est pas l\u2019Armée du Salut (Lux, 2010), Dupuis-Déri affirme que cette guerre n\u2019a rien fait pour améliorer la situation afghane et a eu des effets déplorables au Canada.Quand l\u2019action guerrière et étrangère a pour résultat «de dégrader une situation d\u2019une PEDRO RUIZ LE DEVOIR Martin Forgues dénonce l\u2019hypocrisie du Canada, qui, selon lui, n\u2019a jamais vraiment voulu gagner la guerre en Afghanistan et qui se comporte, aujourd\u2019hui, comme un gamin qui « se retire du carré de sable parce que le jeu ne tourne pas à son avantage».complexité que l\u2019on maîtrise si peu», écrit le politologue, c\u2019est un «devoir d\u2019inaction (ou de retenue) » qui devrait prévaloir.Idéaliste déçu Le point de vue de Forgues, lui aussi très sévère à l\u2019endroit de l\u2019intervention canadienne, est différent et original.Se qualifiant de soldat idéaliste, Forgues dit s\u2019être enrôlé «dans l\u2019espoir de libérer des populations opprimées».Pour lui, aller en Afghanistan, c\u2019était «aller frapper l\u2019ennemi dans son nid», étant donné que les talibans collaboraient avec les terroristes d\u2019al-Qaïda, c\u2019était aussi contribuer à la reconstruction d\u2019un pays, «vaincre une insurrection dangereuse pour le Canada et l\u2019Occident» et «soutenir un gouvernement fragile».Or, aujourd\u2019hui, dans cet essai, Forgues constate l\u2019échec de ce programme.Il ne nie pas qu\u2019il y a eu de «maigres progrès économiques et sociaux, notamment pour les femmes», mais il doute fort que ces derniers survivent au départ des troupes occidentales.Le gouvernement Karzaï (dont le mandat prendra fin cette semaine), soutenu par l\u2019Occident pendant toutes ces années, est totalement corrompu, le trafic d\u2019opium, source de financement de divers groupes armés, dont les talibans, est florissant, la situation militaire est un bourbier et «les forces de sécurité afghanes ne montrent aucun signe qu\u2019elles sont prêtes à empêcher le retour des théocrates».Forgues, il faut le comprendre, n\u2019est pas contre cette guerre.Il dénonce plutôt l\u2019hypocrisie du Canada qui, selon lui, n\u2019a jamais vraiment voulu la gagner et qui se comporte, aujourd\u2019hui, comme un gamin qui «se retire du carré de sable parce que le jeu ne tourne pas à son avantage».En 2003, écrit Forgues, la victoire était possible, mais le retrait relatif des forces américaines, dirigées alors vers l\u2019Irak, fut une erreur fatale.Une guerre perdue A partir de ce moment, la mission canadienne s\u2019enlise.Pour justifier l\u2019engagement canadien aux yeux de l\u2019opinion publique, les autorités politiques affirment que nos soldats se battent «afin que les petites Afghanes puissent aller à l\u2019école», mais la vérité, selon Forgues, est moins rose.Le Canada conservateur, au fond, cherche d\u2019abord à promouvoir ses intérêts, c\u2019est-à-dire à remplir ses obligations internationales en assumant son rôle dans l\u2019OTAN, à se redonner une crédibilité militaire et à «justifier des hausses substantielles dans le budget de la défense».S\u2019il faut, pour arriver à cela, appuyer un gouvernement afghan totalement corrompu, faire des ententes avec de sanguinaires seigneurs de guerre et, ultimement, négocier la paix avec les talibans, ce qui revient, selon Forgues, à leur concéder la victoire, eh bien soit! «Pour le gouvernement canadien, constate tristement l\u2019essayiste, la mission était accomplie.Celle de remplir son devoir non pas envers la population afghane, mais envers l\u2019OTAN et ses alliés militaires.Celle également de renouveler et d\u2019accroître sa puissance militaire en constant déclin depuis les années 1970.» Cette guerre canadienne en Afghanistan est une guerre perdue, conclut Forgues.Menée avec de mauvaises stratégies \u2014 on a préféré la méthode forte, conventionnelle, à une «stratégie de contre-insurrection cohérente», qui aurait exigé des liens humains plus soutenus et plus sincères avec la population afghane \u2014 et pervertie par des intérêts politiques, cette intervention prend fin alors qu\u2019elle n\u2019est pas terminée, abandonnant ainsi «la population de ce pays à l\u2019afghanicide», après la mort d\u2019au moins 18000 civils, parce que les représailles contre ceux qui ont voulu du changement seront terribles.«Ce qui importe au soldat, c\u2019est de vaincre l\u2019ennemi et de remporter la victoire, écrit Forgues.Ce qui, à moins d\u2019un revirement majeur, devient de moins en moins certain en Afghanistan.Est-on en droit de penser que 158 âmes, fières d\u2019aller servir leur pays, ont donc été perdues au profit d\u2019intérêts purement politiques ?» Si même les partisans de cette mission en arrivent à une telle évaluation, on est forcé de conclure qu\u2019il n\u2019y a vraiment pas de quoi fêter.louisco@sympatico.ca L\u2019AFGHANICIDE Cette guerre qu\u2019on ne voulait pas gagner Martin Forgues VLB Montréal, 2014, 96 pages Libération et laïcité Dans le débat sur la laïcité, Gabriel Nadeau-Dubois apporte un souffle neuf MICHEL LAPIERRE Parmi les réflexions que le débat québécois sur la laïcité a suscitées et qu\u2019il suscitera même après la récente accession des libéraux au pouvoir, celle de Gabriel Nadeau-Dubois, figure du printemps érable, continuera de briller.Selon lui, «la défense du droit individuel à porter un signe religieux a bien davantage alimenté que contredit» les idées des péquistes, plus soucieux d\u2019électoralisme que de libération collective.Le jeune intellectuel définit le débat comme l\u2019opposition exacerbée entre le «je» myope des individualistes intransigeants et le «nous» «pessimiste et rigide» du gouvernement de Pauline Marois, éloigné d\u2019un «nous» «positif et tourné vers l\u2019avenir».Un des 27 collaborateurs de L\u2019urgence de penser, ouvrage sur la laïcité québécoise publié sous la direction de Jonathan Livernois et Yvon Rivard, il exprime de façon exemplaire la pertinence du titre.Bien comprise, la laïcité est une idée progressiste, tolérante, rassembleuse.Pour Nadeau-Dubois, en déformant cette notion au lieu de l\u2019intégrer à «une posture indépendantiste» axée sur le «progrès a Une communauté politique forte et confiante n\u2019a pas peur d\u2019accueillir en elle l\u2019aUéiité, tout comme elle se permet de la critiquer lorsque cela s\u2019avère nécessaireyy Extrait de L\u2019urgence de penser üe Gabriel Nadeau-Dubois social», le dernier gouvernement péquiste s\u2019est réfugié «sur le terrain glissant des revendications identitaires».L\u2019observateur de gauche ne craint pas de qualifier cette attitude de «conservatisme ringard».Il vise juste.En voulant attirer vers lui l\u2019électorat de droite vaguement nationaliste, non indépendantiste et susceptible de voter pour la Coalition avenir Québec, le Parti québécois refuse d\u2019être attentif à la convergence progressiste qui émane des couches les plus dynamiques de la société.Religion et ruse politique Autre collaborateur de L\u2019urgence de penser, l\u2019essayiste Jacques Pelletier a la perspicacité de décortiquer la stratégie faussement laïciste qui consiste, au nom de l\u2019égalité des hommes et des femmes, à exploiter la peur de l\u2019immigra- tion afin d\u2019éveiller un sentiment national plus défensif que constructif.La ruse cousue de fil blanc n\u2019a pu que profiter aux libéraux, tournés vers un individualisme éloigné à la fois de la solidarité sociale et de l\u2019essor d\u2019une culture commune.Publié sous la direction de Marie-Claude Haince, Yara El-Ghadban et Leïla Benhad-joudja.Le Québec, la Charte, l\u2019Autre.Et après ?(Mémoire d\u2019encrier) réunit huit femmes intellectuelles qui soutiennent que ce drôle de laïcisme risque de mener à la discrimination.Enfin, le philosophe Bernard La Rivière a le mérite, dans Enfin la laïcité, de décaper le principe de la neutralité religieuse.Il souligpe que les travailleurs de l\u2019Etat doivent, dans leur profession, refléter la laïcité au nom du bien commun.Si Nadeau-Dubois et Pelletier s\u2019en prennent à l\u2019arrière-pensée des péquistes, il réfute, avec autant d\u2019à-propos, celle des défenseurs des accommodements en décelant dans leur attitude une intolérance cachée.La Rivière explique : «Insister pour porter un hidjab dans la fonction publique, c\u2019est lutter contre la laïcité, c\u2019est vouloir que la religion soit la plus forte et détermine ce que sera la loi.» Son raisonnement, acceptable en France, l\u2019est beaucoup moins dans les pays anglo-saxons, confrontés depuis dessiècles à la diversité religieuse, surtout issue du protestantisme.Et comme le Québec, on le sait, se trouve en Amérique du Nord, la laïcité reste donc, chez nous, un redoutable défi.Collaborateur Le Devoir L\u2019URGENCE DE PENSER ?7 QUESTIONS A LA CHARTE Sous la direction de Jonathan Livernois et Yvon Rivard Leméac Montréal, 2014,176 pages ENFIN LA LAÏCITÉ Bernard La Rivière XYZ Montréal, 2014, 192 pages La Vitrine l'imaginaire du 11 SEPTEMBRE 2001 ESSAI L\u2019IMAGINAIRE DU 11 SEPTEMBRE 2001 Moties, eigures et eictions Sous la direction de Bertrand Gervais, Alice van derKlei et Annie Dulong Nota bene Montréal, 2014, 315 pages Comment traiter le 11-Septembre et l\u2019effondrement des tours ?Quinze universitaires de divers horizons ont lu les romans américains, québécois et autres, qui évoquent l\u2019événement «en temps réel», «la pointe acérée d\u2019une réalité qui vient s\u2019encastrer dans l\u2019ordre du discours».Treize ans plus tard, qu\u2019en fut-il dit que nous n\u2019ayons vu, imaginé, compris?Cette violence indicible, comme chez Paul Auster, ou confrontée, comme chez Jonathan Safran Foer, Don DeLillo, Colum McCann, Helen Schulman, Lynne Sharon Schwartz et Jess Walter, comment l\u2019écrire ?Si ce collectif est savant, certaines pages sont une merveille à lire, surtout dans la section où est commentée l\u2019image de l\u2019homme qui tombe {The Falling Man).La photo de Drew, montrant à vif un de œs jumpers en chute libre, est devenue l\u2019icône des attentats.Défenestration horrible, incomparable performance macabre, elle figure l\u2019impuissance.Un corpus de fictions québécoises (Martine Delvaux, Catherine Mavrikakis, Mathieu Arsenault, Annie Dulong), de cinéma, de bédé et de musique étoffe ce «comment dire?» d\u2019une catastrophe qui revira l\u2019Histoire.L\u2019acrobate Philippe Petit, entre les tours jumelles, a ressurgi des mémoires.On retrouva Icare.Mais ici, nul exploit, un événement ni médiatique ni du spectacle.Sons, mots, images défaillent encore.Et pourtant, l\u2019Histoire débute avec un tel ouvrage, couvrant les multiples domaines qui en sont les marqueurs.La poussière est-elle retombée ?Au mutisme, on voit le trauma.Guylaine Massoutre TION MICHAEL TRAHAN Nœud coulant Le Quartanier EMILEfTN ELLIGAN PRIX EMILE-NELLIGAN 2013 FÉLICITATIONS AU LAURÉAT ET AUX FINALISTES MICHAËL NŒUD COULANT CHARLES DIONNE D\u2019espoir de mourir maigre La Tournure - Coop de solidarité ETIENNE LALONDE Vivier, Claude ^ Les Herbes rouges etienne LALONDE VIVIER, CLAUDE ; es HERBES ROUGES / POÉSIE U s FINALISTES LAUREAT "]
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