Le devoir, 31 mai 2014, Cahier E
[" Danse: Paul-André Fortier crée Misfit Blues avec Robin Poitras Page e 2 Comment le numérique façonne le théâtre, selon Rabih Mroué Page e 3 CULTURE CAHIER E .LE DEVOIR, LES SAMEDI SI MAI ET DIMANCHE I'^'^ JUIN 2014 en Comment notre passé en mode binaire est-il intelligible ?Quels sens ont les archives diffusées massivement sur le Web, remodelées pour la télé ?Une réflexion autour de l\u2019avenir de la mémoire collective à l\u2019ère du numérique avec l\u2019essayiste Matteo Treleani.tSâf-1 '\t\u2022\u2022 .m c* .\t' *\u201c¦ w \u2018t\u20185fer{ \u2018¦¦'ns'* a La façon de spectacalariser et de coloriser les images a été vue comme de la manipulation.On a retiré leur authenticité aux images pour les rendre plus attractives, notamment pour les jeunes.)) t '1 SOURCE TV5 Photo de la Deuxième Guerre mondiale utilisée dans la série télé Sacrifice Matteo Treleani STEPHANE BAILLARGEON Elle s\u2019appelle Louise Masson.Huronne métissée, elle a été adoptée par les Masson, qui possèdent un magasin de confection rue Saint-Joseph, à Québec.Diplômée des Ursulines, elle a 20 ans quand la guerre est déclenchée et elle s\u2019engage comme infirmière, après une formation à Montréal.Son histoire est racontée avec des dessins, des lettres, des photos, des films, du son ambiant recréé et des voix pour faire parler les personnages sur le site Apocalypse.tvS.ca.Les infirmières ont des grades militaires et le même salaire que les hommes engagés.La lieutenante Masson soigne les soldats gazés dans «l\u2019hôpital bénévole n\u201d 11 bis» installé à l\u2019hippodrome de Saint-Cloud près de Paris.En 1918, la grippe espagnole y envoie des civils, des femmes, des enfants.En octobre 1919, Louise épouse le jazzman Ismaël Tangaré, «noir, défiguré, infirme, joueur de percussions».Le couple s\u2019installe en Afrique, où Louise Masson ouvre un dispensaire.Dix personnages se côtoient dans ces destins croisés et imaginés.La production multimédia accompagne la diffusion sur la chaîne TV5 de la nouvelle série exceptionnelle consacrée à la Première Guerre mondiale.11 y a un côté lelouchien (du genre Les uns et les autres), avec le gars des vues qui travaille fort en juxtaposant les images d\u2019époque, les dessins et le scénario de la fiction qui n\u2019ont finalement presque rien à voir objectivement.«Quel effet de sens la recontextualisation peut-elle avoir sur le contenu ?demande l\u2019essayiste Matteo Treleani dans son livre Mémoires audiovisuelles, tout juste sorti des Presses de l\u2019Université de Montréal.La remédiation produit, par exemple, une distanciation émotionnelle du contenu [.].Le remontage donne, par contre, une validation historique : les images d\u2019archives sont différentes des images de fiction et, une fois juxtaposées, elles finissent par sembler plus véridiques et réelles que les images actuelles.C\u2019est l\u2019effet le plus couramment utilisé par SOURCE TV5 Le personnage de Louise Masson les films de fiction faisant usage des images d\u2019archives.» \\ A la recherche de la manipulation M.Treleani ne juge pas ce cas précis d\u2019utilisation des images par les compléments en ligne de la série Apocalypse.11 y en a bien d\u2019autres dans son étude, et les observations générales s\u2019appliquent ici comme ailleurs.L\u2019étude pionnière et fondamentale porte plus largement sur la «gestion» des archives par les nouveaux médias.Elle demande quel est l\u2019avenir de notre mémoire à l\u2019ère du numérique, comment les séquences binaires travaillent le passé tout en le revisitant, comment s\u2019édi-torialisent les documents historiques sur le Web.Le sous-titre du livre annonce le problème autrement en demandant: «Les archives en ligne ont-elles un sens?» Tout dépend de la manière, évidemment.«Des documentaires à la télé ou certains sites Internet font forcément un travail d\u2019éditorialisation des documents historiques, dit le spécialiste, joint cette semaine à Paris.Ce travail peut manipuler intentionnellement les archives, comme c\u2019est le cas avec la série Apocalypse.La façon de spectaculariser et de coloriser les images a été vue comme de la manipulation.On a retiré leur authenticité aux images pour les rendre plus attractives, notamment pour les jeunes.» Lui-même demeure dubitatif par rapport à de telles productions.11 reconnaît leur attrait populaire tout en citant leurs défauts fondamentaux.VOIR PAGE E 2 : ARCHIVES FESTIVAL TRANSAMÉRIQUES DANSE + théâtre 22 MAI-07 JUIN 2014 Prix Bessie de la meilleure production INFO-FESTIVAL 514 844 3822 / 1 866 984 3822 VIDÉOS AU FIA OC CA ICI 1^ arCv ANTIGONE SR.TRAJAL HARRELL, NEW YORK 2, 3, 4 JUIN / USINE C « On s insurge aussi souvent qu'on éclate de rire » Le Devoir Une performance theatrale radicale, sans acteur LE NOSHOW ALEXANDRE FECTEAU, QUÉBEC 3, 4, 5 JUIN / PDA CINQUIÈME SALLE 33 TOURS ET QUELQUES SECONDES RABIH MROUÉ + LINA SANEH, BEYROUTH 5, 6, 7 JUIN / THEATRE ROUGE DU CONSERVATOIRE E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI SI MAI ET DIMANCHE I'^'^ JUIN 2014 CULTURE >DAF( SE ns dansent avec le coyote Paul-André Fortier crée Misfit Blues au FTA avec la Saskatchewanaise Robin Poitras FREDERIQUE DOYON L> homme qui danse n\u2019a pa^ f fait son dernier geste.A 66 ans, Paul-André Fortier se lance dans une nouvelle rencontre artistique avec la chorégraphe saskatchewanaise Robin Poitras, dont la première est présentée ce samedi soir au Festival TransAmériques.Misfit Blues décline les possibles, des plus ordinaires aux plus absurdes, d\u2019une relation à deux.Un duo aux humeurs vaguement beckettiennes, qui puise surtout dans le bagage de vie de deux routiers de la danse.«Ça pourrait être plusieurs couples, il y en a un nouveau et un vieux, décrit Robin Poitras, ravie de retrouver le chorégraphe québécois qui avait créé pour elle le solo She en 2009.On sent qu\u2019il y a plus d\u2019une vie dans la pièce.Et chacun porte à la fois une familiarité et une étrangeté.» «On assiste à des situations intimes, à des moments de tendresse infinie, de colère et de réconciliation, de cruauté perverse, poursuit l\u2019artiste québécois, qui recevait la Bourse de carrière du Conseil des arts et des lettres du Québec l\u2019an dernier et le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 2012.Jusqu\u2019à se faire piller notre être.La comédie laisse passer bien des choses.» Du couple, il a pourtant peu été question tout au long du processus de création.«On n\u2019en a pas vraiment parlé, dit Paul-André Fortier, révélant du coup l\u2019écart entre danse et théâtre.Sauf qu\u2019on porte notre âge.On fait ça avec nos expériences de scène et de vie.» Figure majeure de la scène canadienne.Robin Poitras, 56 ans, a fondé et dirige depuis % Paul-André Fortier présentera Misfit Blues samedi soir au Festival TransAmériques.près de 30 ans à Regina le New Dance Horizon, qui produit et diffuse de la danse.Son travail, près de la performance \u2014 même si elle dédaigne ces catégories \u2014, a été vu l\u2019an dernier au FTA dans le déambulatoire Bells.«Elle a cette qualité qu\u2019ont les interprètes de ne pas se censurer, de plonger au cœur de la proposition», confie Fortier.Le parcours de ce dernier se passe presque de présentation.Danseur au sein de IjJouvelle Aire à l\u2019époque où Edouard Lock faisait ses débuts, il a tracé sa voie de chorégraphe et de soliste en puisant souvent dans les arts visuels (rappelons sa trilogie de solos inspirée de l\u2019œuvre de Betty Goodwin) et la littérature.Il a aussi enseigné pendant dix ans.Loufoques Le thème de Misfit Blues a surtout émergé des improvisations articulées autour de consignes précises, tantôt loufoques {«sur un banc la tête en bas, on regarde le monde à l\u2019envers»), tantôt sérieuses.Des personnages en ont émergé, auxquels le chorégraphe a laissé libre cours de s\u2019exprimer sans filtre et sans fard.Le titre de la pièce évoque d\u2019ailleurs le film The Misfits de John Huston.« C\u2019est l\u2019âge, dit-il.Je me pose moins de questions qu\u2019avant.Je fais les choses par plaisir.» Après Cabane (créée avec Rober Racine) et Vertiges (avec le compositeur et musicien Malcolm Goldstein), il avait envie de rejouer le duo («jamais deux sans trois») PEDRO RUIZ LE DEVOIR avec une femme qui l\u2019emmènerait là où il ne serait pas allé seul.Les trois tandems sont nés de la même urgence de rencontre après son Solo 30x30 au long cours, qui a parcouru les villes du monde pendant six ans.Le coyote sentinelle Autour du couple veille \u2014 ou guette \u2014 un coyote, signé par l\u2019artiste autochtone Edward Poitras, ex-époux de Robin.Toute la scéno est imprégnée de l\u2019univers d\u2019une instal- lation de l\u2019artiste où un coyote fait d\u2019os trône au milieu d\u2019un cercle.«Je voulais une arène comme terrain de jeu», explique Paul-André Fortier.Ici, l\u2019animal reste à l\u2019écart «au bord de leur univers».«Le rôle du coyote est ambigu et a beaucoup de résonance dans la pièce, explique Robin Poitras.Dans un sens, c\u2019est une sentinelle qui nous regarde; dans un autre, nous sommes des coyotes, ou les spectateurs.Je sens qu\u2019on va dans un monde animal dans la pièce.» Figure importante dans la mythologie amérindienne, le coyote vit entre les mondes naturel et divin, dont il déjoue les règles et conventions.«C\u2019est un esprit qui joue des tours, résume la Saskatchewanaise.Edward en est aussi un à sa façon.» La démarche de Robin, qui a partagé la vie de l\u2019artiste pendant 18 ans, est elle aussi influencée par la culture amérindienne, qu\u2019elle dit extrêmement dynamique, vivante et contemporaine.«J\u2019ai participé à beaucoup de pow-pow.En Saskatchewan, la culture autochtone est très présente et puissante.» En quête d\u2019expériences initiatiques dans ses rencontres artistiques, Paul-André Fortier se voit donc bien servi.Et déjà, l\u2019expérience, doublée de sa lecture récente du roman Anima de Wajdi Mouawad, le pousse vers un éventuel nouveau solo.«Il y a un matin où mon corps me dira d\u2019arrêter.» Le Devoir MISFIT BLUES De Paul-André Fortier et Robin Poitras, à l\u2019Agora de la danse, du 31 mai au 2 juin yyaiat^eaÿièlivi DEr MONTREAL RioTinto Alcan \u2022afi musiQue # érV,*.BCH0M Ui-itJlli'iil: DANIEL LANOIS f Vî IARHftNTEUSt , HT ftCONNUtiWK MINE MIILUON bicycles avec invitees EMMYLOU HARRIS et TRIXIE WHITLEY T HnEMHM l m LES GRANDS CONCERTS EBSSH G NGER BAKER JAZZ CONFUSION ICI musioue -Hl cicmusic.ca 98,5 i:iiliu:i TERENCE BLANCHARD OilET THEATRE MAISOniniEUVE, PdA \u2022 20 h avec invité speciai PEEWEE EUlS.ALEC DANKWORTif etABASSDODOO MORIARW avec invites TERRENCE BUNCHARD et ses musiciens PROGRAMME DOUBLE PREMIÈRE PARTIE I KANDLE VENDREDI JAZZ BEAT HYATT REGENCY MONTRÉAL en collaboration avec ^ «cmuste.ca THEATRE JEAN-DUCEPPE, PdA \u2022 21 hSO » ^YîMaflVANIf Ml BRIAN BLADE VINCEN ANGEL BONOBO KIDJ PREMIÈRE PARTIE : KRYSTALE SAMEDI 5 JUILLET DIMANCHE 6 JUILLET BILLETTERIE: PLACE DES ARTS ET MAISO» SYMPHONIQUE DE MONTREAL 514842-2112*1866842-2112 laplacedesaptuom MÉTROPOUS 1 855 790-1245 ailinission.coni \u2022 ticketiiiaslep.ca kMtMTAEALJAZZFEST.OM infjazz Heineken 514 871-1881 1 85jazzfest Canada Montréal CBC Radio-Canada^ TOURISME Montréal QueDeCiiD ARCHIVES SUITE DE LA PAGE E 1 «Des problèmes éthiques fondamentaux se posent, dit-il.On relie par exemple des extraits d\u2019une lettre venant d\u2019une femme qui explique avoir été violée par des soldats allemands à des images historiques d\u2019une autre femme.Ce n\u2019est pas cohérent, ni authentique, ni acceptable, puisque ce n\u2019est pas nécessairement quelque chose qu\u2019il fallait faire pour réactualiser ces archives.C\u2019est une manipulation du spectateur.» \\ A la recherche des publics Italien d\u2019origine, formé à l\u2019Université de Bologne auprès de l\u2019historien de la culture et sémiologue Umberto Eco, il a poursuivi ses études puis son enseignement à Paris.La réflexion derrière ses Mémoires audiovisuelles provient d\u2019une demande expresse de l\u2019Institut national de l\u2019audiovisuel 0NA) de France, chargé de collecter, de numériser et de diffuser le patrimoine français télévisé ou radiodiffusé.L\u2019Institut capte plus de 120 chaînes de radio ou de télé et protège le contenu de quelque 9000 sites Web multimédias.Le site ina.fr rassemble déjà plus de 350000 documents télévisuels et radiophoniques.La machine à numériser introduit un nouveau régime d\u2019accès et de diffusion.M.Treleani a cette phrase synthétique voulant qu\u2019autrefois le public (disons le savant) cherchait quelque chose dans les archives, alors qu\u2019aujourd\u2019hui ce sont les archives mêmes qui vont à la recherche du public.«Pour un chercheur ou un étudiant, le mode de lecture est complètement différent.Moi-même, quand je travaille sur des documents historiques, j\u2019applique une méthode, je recherche un contexte, etc.Par contre, si j\u2019accède à un document historique sur Internet, par exemple avec YouTube, j\u2019y vais de manière très distraite.On tombe dans la lecture industrielle.C\u2019est une façon de voir les choses beaucoup moins attentive qui pose des problèmes d\u2019interprétation.» L\u2019univers numérique complexifie le casse-tête en permettant par exemple la diffusion sur un nouveau média (du grand au petit écran par exemple) et le remontage de la documentation, parfois même par l\u2019entremise de l\u2019utilisateur qui peut manipuler les extraits, ne serait-ce qu\u2019en les consultant à son rythme.«Pour l\u2019audiovisuel, les conséquences peuvent être très importantes.Prenons un reportage des années 1960 que l\u2019on regardait à la télévision, sur une seule chaîne, en continu.Maintenant, on y accède à partir d\u2019une base de données, avec la fragmentation que cela suppose.Ce nouveau support influence le contenu.Notre façon de percevoir le document est empaquetée dans le nouveau média.C\u2019est un peu la différence entre voir un film dans une salle et le regarder sur un ordinateur.» \\ A la recherche du contexte Et alors ?Pourquoi est-ce si choquant?On regarde tous des films de cette manière non conventionnelle?De même, quel mal y a-t-il à massifier l\u2019accès aux archives dans une perspective à la limite sensationnaliste ou émotive, par exemple en créant Louise Masson, tout en demandant aux savants de les consulter selon des norrnes toutes scientifiques?«A un moment la question devient politique, répond le spécialiste.Elle concerne notre rapport au passé.En général, l\u2019accessibilité est très positive.Mais il faut comprendre ses implications.» Il propose alors l\u2019exemple d\u2019Europeana.eu qui rassemble des miÈons de documents tirés des collections européennes.«Le patrimoine est ici conçu comme un stock d\u2019objets figé, le seul problème consistant à ouvrir les portes du stock pour en favoriser l\u2019accès.Mais le patrimoine peut aussi être vu comme une vision du présent sur le passé, quelque chose de plus dynamique.Le patrimoine n\u2019est plus alors dans les archives mais dans le discours sur ces sources qui construisent une vision du passé.» Pour bien ou mieux construire ces archives, il faut donc les recontextualiser au maximum.L\u2019essai propose plusieurs exemples de travail sur l\u2019environnement d\u2019origine des documents qui permet de les éclairer.«Les institutions patrimoniales pensent qu\u2019il suffit de numériser d\u2019abord et de contextualiser les archives ensuite, conclut le philosophe de farchivistique./e pense qu\u2019il faudrait inverser la question.L\u2019accès au patrimoine sans contextualisation peut même être dangereux en stimulant certaines interprétations.» Le Devoir 932703 5441 LE DEVOIR.LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE I ' \u201c J LI I N 2014 E 3 CULTURE>THEATRE Un petit théâtre de la dématérîalisatîon « Nous sommes entrés collectivement dans un monde de représentations numériques qui façonnent un théâtre du quotidien » FABIEN DEGLISE La logique des vases communicants, c\u2019est aussi un peu ça: le numérique transforme nos façons de communiquer, mais également la représentation que l\u2019on se fait de l\u2019autre, de l\u2019environnement, de la distance, du temps, de la réalité et, ultimement, du monde qui nous entoure.Une mutation qui atteint par la force des choses l\u2019univers du théâtre en particulier et celui des arts vivants en général, comme en témoignent en ce moment une poignée de créations livrées au Festival Trans-Amériques (FTA), créations qui exposent des espaces de représentation dont les contours sont, eux aussi, redéfinis par nos nouvelles vies numériques.«L\u2019usage d\u2019Internet, des réseaux sociaux, de Facebook, nous amène à voir le monde autrement, lance, assis devant la caméra vidéo de son ordi, à l\u2019autre bout du monde, le dra- II parle de représentations de plus en plus guidées par la logique du fragment maturge libanais Rabih Mroué.On vit désormais par l\u2019entremise d\u2019un cadre dans lequel on se raconte chaque jour par du texte, des photos, des vidéos composant des journaux personnels qui s\u2019entrecroisent, se côtoient, se répondent.Nous sommes entrés collectivement dans un monde de représentations numériques qui façonnent un théâtre du quotidien», théâtre qu\u2019une autre dramaturgie, celle des institutions, de la programmation, des planches, des comédiens et des émotions, ne peut, du coup, que faire résonner.L\u2019homme en apporte d\u2019ailleurs deux tonalités à Montréal la semaine prochaine avec ses créations qui, sur la base du printemps arabe, mais surtout de la médiatisation de cette flambée d\u2019indignation sur les réseaux sociaux, portent un regard critique sur nos façons d\u2019appréhender le réel en se rapprochant de lui par la technologie, comme pour, paradoxalement, mieux s\u2019en éloigner.La première pièce s\u2019intitule The Pixelated Revolution.Elle parle de la mort filmée en direct sur iPhone pour être partagée avec le reste du monde.L\u2019autre, 33 tours et quelques secondes, mise au monde avec son amie Lina Saneh, évoque, sans l\u2019ombre d\u2019un acteur sur scène, l\u2019incapacité de mourir dans un monde où les représentations sont persistantes, tout en se jouant des notions d\u2019espace et de temps.Réalités parallèles «Ces nouveaux terrains où les gens se racontent, particulièrement en temps de crise, sont des espaces de réflexion incroyables, poursuit Mroué, joint par Le Devoir il y a quelques jours.Ils sociales créent des réalités parallèles ambiguës qui amènent des doutes, des incertitudes, des enthousiasmes qu\u2019il est certes facile de juger, mais qu\u2019il est aussi plus intéressant de décortiquer.» L\u2019espace scénique serait propice à ce genre d\u2019exercice réflexif et analytique, croit d\u2019ailleurs le dramaturge montréalais Nicolas Berzi, dont les créations \u2014 Peep Show, bientôt représentée à La Chapelle, est l\u2019une d\u2019elles \u2014 explorent ces mutations sociales et narratives qui transforment actuellement les objets scéniques.«Les nouveaux médias, le numérique, ne sont plus des supports, des prétextes, mais des composantes de la création, dit-il.Ils influencent la façon de marquer la présence sur une scène, induisent des nouvelles formes d\u2019écriture et offrent des nouvelles pistes de lecture, des traces qui changent les perspectives».sans doute pour le SOURCE FESTIVAL TRANSAMERIQUES Le dramaturge libanais Rabih Mroué croit que « les nouveaux médias, le numérique, ne sont plus des supports, des prétextes, mais des composantes de la création».mieux, selon lui.11 parle de représentations sociales de plus en plus guidées par la logique du fragment ou de l\u2019attention et des perceptions du public qui changent.11 qualifie d\u2019avant-garde le théâtre capable de repenser sa propre pratique dans un contexte mouvant.11 dit: «Nous sommes face à un dilemme.Si le théâtre s\u2019entête dans ses vieux paradigmes, il va mourir.S\u2019il se laisse trop pénétrer par le numérique, par les nouvelles formes de représentation, dont certaines relèvent d\u2019un phénomène de mode, il risque de s\u2019aliéner et de perdre sa vocation».Equilibre et critique Le créateur, qui étudie en ce ALAIN LAFOREST La grande boudeuse, une maison située dans la région de Charlevoix À LA MAISON DE L\u2019ARCHITECTURE DU QUÉBEC Pierre Thibault : conversation entre nature et modernité ISABELLE PARE Son architecture s\u2019imbrique tout entière dans la topographie du paysage québécois, la magnifie, célèbre ses horizons sans fin, les textures ligneuses et les granges d\u2019autrefois.Dialogue entre le passé et le présent, l\u2019œuvre de Pierre Thibault est explorée ces jours-ci à la Maison de l\u2019architecture du Québec (MAQ), qui lui consacre une première exposition d\u2019envergure et une monographie.Les réalisations de Pierre Thibault \u2014 plus de 60 résidences privées en 15 ans et de nombreux projets phares, dont celui de l\u2019abbaye cistercienne Notre-Dame de Saint-Jean-de-Matha \u2014 portent une signature reconnaissable entre toutes, célébrée hors de nos frontières.Lignes horizontales, cubes aériens imbriqués dans la topographie, havres ancrés dans la nature : l\u2019architecture de Thibault, portée aux nues dans le dernier film de Denys Arcand, Le règne de la beauté, se nourrit des lieux, intègre ses éléments, exaltant l\u2019espace, la lumière et le bois, omniprésent.«Il a une signature et un corpus d\u2019œuvre qui mérite une reconnaissance internationale.C\u2019est un héritier du modernisme, mais il a établi une jonction entre le vocabulaire contemporain et le paysage québécois.Au moment où d\u2019autres architectes de sa génération n\u2019en avaient que pour l\u2019urbanité, il a fait le lien entre les constructions vernaculaires et la modernité», soutient Sophie Gironnay, directrice de MAQ.Mise en image par le photographe Alain Laforest, L\u2019architecture comme paysage, com- menté par Alessandra Ponto et Georges Teys-sot, embrasse toute la production de l\u2019architecte.Projets institutionnels, comme le Centre d\u2019exposition de Baie-Saint-Paul (1992) ou la Caisse Desjardins de Louiseville (2013), mais aussi projets exploratoires, traversés par l\u2019idée de la «cabane au Canada», notamment celui du refuge en bois rond érigé pour le Musée national des beaux-arts du Québec ou l\u2019ico-nique Villa du Lac du Castor, transpercée de troncs d\u2019arbre bruts placés à l\u2019oblique.Enfant de Mies van der Rohe, Thibault jamais ne renie ses origines, mais la facture de ses bâtiments reste en symbiose avec le territoire d\u2019ici.«Son habileté à intégrer son architecture à l\u2019environnement en a fait un maître.Il est d\u2019ailleurs copié à souhait, même par les fabricants de maisons en série! Mais sa signature, très humaniste, demeure unique», estime la directrice du MAQ.La manière Thibault s\u2019ancre aussi dans la réalité urbaine, comme le démontrent nombre de projets comme la Caisse populaire de Louiseville ou l\u2019espace chorégraphique Jean-Pierre Perreault.En ville comme en pleine nature, Thibault reste, encore et toujours, un alchimiste de la forme et du territoire.Le Devoir PIERRE THIBAULT VU PAR TEYSSOT + PONTE L\u2019architecture comme paysage Maison de l\u2019architecture du Québec, 181, rue Saint-Antoine Ouest à Montréal Du 30 mai au 5 octobre 2014 moment le théâtre de Sarah Kane dans le cadre d\u2019un doctorat à l\u2019UQAM, pense d\u2019ailleurs que les mutations, aux théâtres comme ailleurs, gagnent à se jouer dans l\u2019équilibre, mais également dans une perspective critique nécessaire pour mieux appréhender les transformations.«Sinon, c\u2019est foutu, lance-t-il.Le théâtre ne sera alors plus que l\u2019ombre de sa fonction première.» Une fonction délicate par les temps qui courent, admet Rabih Mroué, pour un art désormais confronté à une nouvelle socialisation devenue lieu de création, d\u2019expression, de théâtralité, d\u2019opéra.avec lequel les créateurs doivent désormais composer, en remettant, croit-il, un peu d\u2019ordre dans beaucoup de confusion.Comment?«En posant des questions plus qu\u2019en donnant des réponses», conclut l\u2019artiste avant de sortir d\u2019une scène de socialisation numérique convoquée par Le Devoir, disparaissant instantanément de l\u2019écran sans autre effet que le petit son, bref et feutré, qui désormais accompagne ce genre de chose.Pfouip.Le Devoir LaCapitale 15® FESTIVAL\tservices financiers CARREFOUR INTERNATIONAL DE THÉÂTRE 22 MAI AU 12 JUIN 2014 québec ~i I Plus de 100 artistes dans les rues du quartier Saint-Roch! Jeudi, vendredi et samedi jusqu\u2019au 7 juin / GRATUIT « Réjouissant » Libération GERMINAL Halory Goerger et Antoine Defoort Lille 4, 5 et 6 juin L\u2019HISTOIRE RÉVÉLÉE bU^ CANADA FRANÇAIS, 1608-1998 Daniel Brière et Alexis Martin Montréal 6, 7 et 8 juin « Percutant » « Une ode a la Le Devoir ACROBATES.\" Stéphane Rie Paris Collectif Montréal 10,11 et 12 juin 10,11 et12 uin 18 ans et + «Un pur moment de bonheur» Le Soir K SS & CR Jaco Van Dormael Charleroi 5,6 et 7 juin LES CHANTIERS constructions artistiques 10 PROJETS Jusqu\u2019au 11 juin BILLETTERIE: 418(1888)529-1996 Et toute la programmation : carrefourtheatre.qc.ca ^^|HD LE DEVOIR OM E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE I JUIN 2014 IMUSIQUE J\u2019ADORE MOZART CE SOIR !, VISITEZ FESTIVALMONTREAL.ORG MUSIQUE CLASSIQUE Les secrets bien partagés du Palazzetto Bru Zane CHRISTOPHE HUSS Les parutions issues de l\u2019un des plus beaux projets discographiques de ces dernières 4écennies sont enfin disponibles au Canada.Edités par le Palazzetto Bru Zane, ces CD-livres sont des sources de découvertes aussi inattendues qu\u2019inépuisables.En octobre dernier, dans le cadre d\u2019un article intitulé «Les perles rares des ambassadeurs du chant québécois», nous rendions hommage à la parution, sous forme de luxueux livre-disque, du Mage, opéra spectaculaire de Jules Masse-net, sur un livret proche de celui A\u2019Aida de Verdi, ressuscité par l\u2019Opéra de Saint-Etienne en 2012 après une éclipse de 120 ans.Le ténor québécois Jean-Erançois Lapointe y était entouré d\u2019une distribution de classe internationale, comprenant la mezzo Kate Aldrich, la soprano Catherine Hunold et le ténor Luca Lombardo.Les concerts de cet événement ont été enregistrés pour une parution au sein de la collection «Opéra français» du Centre de musique romantique française, Palazzetto Bru Zane de Venise.Accéder à cet opéra requérait jusqu\u2019ici quelque débrouillardise et le recours à des sites de vente de CD en Europe.La situation a changé aujourd\u2019hui puisque ces superbes parutions sont diffusées au Canada en magasin par SRI.Le distributeur se porte même garant d\u2019une disponibilité de tous les titres sur Amazon.ca, en direct ou par l\u2019intermédiaire du revendeur CD Treasures.Il s\u2019agit d\u2019en profiter, car chaque parution fait l\u2019objet d\u2019un tirage limité à 3000 exemplaires numérotés, amenés à devenir de vrais objets de collection.Le temple à la gloire du romantisme Le Palazzetto Bru Zane, palais vénitien restauré grâce à la Eondation Bru, est devenu, de- puis octobre 2009, le Centre de musique romantique française.Cet équivalent et prolongement chronologique du Centre de musique baroque de Versailles s\u2019est donné pour mission la redécouverte du patrimoine musical français du « grand XIK^ siècle» (1780-1920).Ce travail, axé sur le soutien à la recherche musicologique, suit un double objectif: valoriser les oeuvres méconnues de compositeurs célèbres (par exemple Massenet) et réhabiliter des compositeurs rarement joués (Méhul, David, Alkan.).Sont ainsi ouverts des «chantiers» qui associent musicologues, biographes, éditeurs de disques et de partitions.Ces chantiers sont consacrés à des compositeurs ou des thèmes.André-Ernest-Modeste Grétry, le compositeur de l\u2019opéra Zémire et Azor qui sera produit par Les Violons du Roy et mis en scène par Denys Arcand en 2015 à Montréal, est un objet de recherche du Centre de musique romantique.Parmi les sujets de recherche, on trouve le chantier déjà très avancé sur les oeuvres musicales du Prix de Rome \u2014 quatre livres, six partitions, quatre projets discographiques \u2014 ou sur «l\u2019opéra en France des Lumières au romantisme (1770-1830) », des sujets qui passionnent plusieurs personnes au Québec.Vu de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, le Palazzetto semble être une ruche bourdonnante : colloques, conférences, aide à la mise en valeur des archives, édition de livres \u2014 une vingtaine à ce jour \u2014 et de partitions par dizaines, soutien à l\u2019édition phonographique à travers des coproductions publiées sur des étiquettes des plus variées (Naïve, Alpha, Hyperion, Ricer-car).Le Palazzetto a rendu possible, par exemple, la résurrection des Trios de Napoléon-Henri Reber, Tun de nos disques de Tannée 2013 (Timpani), et soutient Eric Le Sage dans son intégrale Fauré.La promotion de la musique française vise également la scène.Cette saison.Le dilettante d\u2019Avignon de Halévy et Le saphir et Hercula-num de David, Ali-Baba de Lecocq, La caravane du Caire de Grétry, Les barbares de Saint-Saëns et Les Danaïdes de Salieri ont retrouvé l\u2019affiche grâce au Palazzetto Bru Zane.Les éditions singulières En seulement cinq années, le Centre de musique romantique française a donc prouvé qu\u2019il accomplit sa mission avec panache et une efficacité rare.En marge des CD coproduits, qui se multiplient, se distingue la production propre \u2014 les admirables parutions préparées conjointement par le Palazzetto à Venise et les Ediciones Singulares à Madrid.Adoptant le format de livres, ils se nourrissent de textes éclairants et fournis (une centaine de pages partagées entre français et anglais) et reflètent les projets phares du Centre.On y trouve majoritairement des opéras français, quatre volumes sur le Prix de Rome et une nouvelle série intitulée «Portrait».Le premier portrait est consacré à Théodore Gouvy (1819-1898) et complète admirablement l\u2019image que nous en avons à travers les disques K.617 et CPO (intégrale des symphonies).Il comprend trois CD de premières mondiales dans tous les genres: musique pour piano, un trio, deux quatuors, une cantate et trois ouvertures, une Sinfonietta et une Fantaisie pour violon et orchestre, défendus par d\u2019excellents musiciens.Magnifique anthologie de ce compositeur tiraillé entre la France et l\u2019Allemagne, qui écrivit une musique de type post-Mendelssohn.Les quatre volumes de la série Prix de Rome sont consacrés à Debussy, Saint-Saëns, Gustave Charpentier et Max d\u2019Olonne.Ce dernier en date comporte des cantates et oeuvres chorales composées entre 1894 et 1899.Il y a un peu de Fauré dans les choeurs et beaucoup de pompe dans les cantates.Parution d\u2019approfondissement.En matière d\u2019opéra, nous avons reçu Thérèse de Massenet, que nous connaissions déjà à travers un enregistrement de Gerd Albrecht chez Orfeo, avec Agnès Baltsa.Cette nouveauté, avec Nora Gubisch dans le rôle-titre, bénéficie de l\u2019ardente direction d\u2019Alain Altinoglu, d\u2019un français nettçment moins exotique, et affiche le Québécois Etienne Dupuis, admirable de distinction et de clarté dans le rôle d\u2019André, le mari de l\u2019héroïne.Le mage de Massenet est un achat prioritaire, du point de vue de la substance musicale, mais Thérèse est très recommandable aussi.La surprise majeure est la dernière nouveauté en date: Dimitri de Victorin Joncières (1839-1903), enregistré à Bruxelles en février 2013 sous la direction d\u2019Hervé Niquet.Adepte de sagas opératiques (Sardanapale, Les derniers jours de Pompéi.), Joncières, continuateur de Meyerbeer et admirateur de la technique wa-gnérienne des leitmotive, s\u2019inscrit dans une veine musicale de type Gounod-Saint-Saëns et compose ici une suite de tableaux épiques sur le retour à Moscou d\u2019un tsar exilé.Même niveau d\u2019intérêt que Le mage et excellente distribution, menée par Philippe Talbot dans le rôle-titre.Nous attendons désormais de pouvoir vous parler bientôt de La mort d\u2019Abel de Kreutzer, de Renaud de Sacchini et AèAmadis de Gaule de Jean-Chrétien Bach, les trois autres opéras de ce catalogue passionnant.Le Devoir Recommandés Massenet: Le mage, ES 1013 Massenet: Thérèse, ES 1011 Joncières : Dimitri, ES 1015 Portrait de Théodore Gouvy, ES 1014.R JAZZ Eric Alexander vient de publier sur étiquette High Note un album intitulé Chicago Fire.Eric Alexander, chroniqueur de Chicago JIMMY-KATZ SERGE TRUFFAUT C> est tout simple: le sujet du jour appartient à la rubrique du gros et du puissant.Pour s\u2019en convaincre, voici sa déclinaison sous forme d\u2019équation: Johnny Griffin, Sonny Stitt, capitaine Dyett, Gene Ammons, Téclaireur de Sun Ra John Gilmore, Eddie Harris, Von Freeman + Chicago = Eric Alexander, saxophoniste ténor de son état.En quelques mots et quelques autres encore, voici de quoi il s\u2019agit: Alexander vient de publier sur étiquette High Note un album intitulé Chicago Fire.Cette galette, Alexander Ta YANNICK NÉZET-SÉ6UIN 4» SAISON 2014*2015 ourgie LA FONDATION ARTE MUSIOA PRÉSENTE CONCERT D'OUVERTURE Orchestre symphonique de Montréal SAMEDI 13 SEPTEMBRE * 15h DIMANCHE 14 SEPTEMBRE * 14h Kent Nagano, chef Chœur de l\u2019OSM Andrew Megill, chef de chœur de i\u2019OSM Trois cantates de J.S.BACFI (BWV 75,1 47 et 1 64) Les Ballets Jazz de Montréal Série Tiffany MERCREDI 17 SEPTEMBRE * 19h30 JEUDI 18 SEPTEMBRE * 19h30 Un spectacle de duos avec des chorégraphies de Benjamin Millepied, Annabelle Lopez Ochoa et Cayetano Soto.Musique de J.S.BACH à PHILIP GLASS Dans ie cadre du festival Quartiers Danses Academy of Ancient Music MERCREDI 5 NOVEMBRE * 19h30 Richard Egarr, chef J.S.BACH Ouvertures et Suites pour orchestre n\u201c 1 à 4, BWV 1066 à 1069 A Co y Montréal^ LE DEVOIR orchestremetropolitain.com placedesarts.com Billets et programmation complete sallebourgie.ca 514-285-2000 #4 Présente par MUSEE DES BEAUX-ARTS MONTRÉAL ARTE MUSICA confectionnée en compagnie de ses habituels complices : l\u2019immense Harold Mabern au piano, John Webber à la contrebasse, Joe Farnsworth à la batterie et Jeremy Pelt à la trompette sur trois morceaux.Bon.Cela précisé, ajoutons que ce disque n\u2019est pas un disque comme un autre puisqu\u2019il est également une réflexion, ou plus exactement une mise en relief d\u2019un pan très important de l\u2019histoire du jazz.En voici le résumé.Il était une fois le professeur de musique Walter Dyett, réputé, à Chicago et dans ses environs, pour l\u2019incroyable acuité de son oreille et surtout pour son inclination très prononcée pour la discipline.Genre : à genoux sur une règle, les bras en croix avec du linge mouillé dans les mains.Qn exagère, mais pas tant que cela.Toujours est-il qu\u2019il était adepte du son puissant, du son triomphant, du son qui porte, du son qui attire illico.Ce son, ses élèves suivants Tont adopté et propagé: Gene Ammons, Eddie Harris, Sonny Stitt, John Gilmore, Von Freeman, Clifford Jordan, Joseph Jarman et Johnny Griffin.Pour la petite histoire, on précisera que même Nat King Cole et Dinah Washington ont été ses étudiants.A ce courant, à cette école qui s\u2019est traduite par la création d\u2019un style et son expansion, Alexander a donc rendu hommage.Ceci explique évidemment cela: la sonorité d\u2019Alexander est puis- sante, le style est sans fioritures, le jeu d\u2019ensemble est généreux.Mais encore?Le tout loge à l\u2019enseigne du hard-bop teinté de blues pesant comme il se doit.Le tout est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019on en est arrivé à la conclusion suivante: Alexander est sans contredit Tun des trois ou quatre meilleurs saxos de sa génération ou, pour être encore plus précis, le Zoot Sims d\u2019aujourd\u2019hui.En d\u2019autres termes, Alexander est grand parce qu\u2019il est un sculpteur.Les poids lourds du jazz qui se fait à Port-au-Prince comme au coeur d\u2019Haïti et sur les rives du Saint-Laurent vont occuper la scène du Gesù le 8 juin prochain à compter de 19 h.Ils s\u2019appellent Eddy Prophète au piano, Harold Faustin à la guitare et Buyu Ambroise au saxophone.Ils seront accompagnés par des fines lames de nos environs, soit Alex Bellegarde à la contrebasse, Martin Auguste à la batterie.Gary Crèvecoeur et Ronald Na-zaire aux percussions.Prophète ?Il s\u2019est installé à Montréal en.1967! Depuis lors, il n\u2019a cessé d\u2019étudier, de composer et d\u2019arranger en prenant soin d\u2019accomplir Tal-chimie musicale entre le Nord et le Sud.Faustin et Ambroise?Ils sont comme Prophète, soit des virtuoses du jazz mâtiné de latin.Le Devoir jJ7 ^\ti -P 1 ^ J ^ ^\t^ P\" A J- -P r A VIVA/UCE PETER SCHUBERT Directeur artistique Le Crépuscule de la tonalité Un voyage musical de Brahms à Schoenberg, de Verdi à Stravinsky.Également au programme, première d'une oeuvre écrite pour VivaVoce par le compositeur montréalais Nicolas Gilbert.Le samedi 7 juin 2014 à 19 h 30 Salle de concert Redpath - Université McGill - 3461, rue McTavish, Montréal BILLEHERIE:\t514 398-4547 ADMISSION :\t1 855 790-1245 \u2022www.admission.com RENSEIGNEMENTS : www.vivavoce-montreal.com \u2022 514 489-3739 LE DEVOIR LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE\tJUIN 2014 E 5 CULTURE ¦MUSIQUE Emesto Dabo : une découverte hors du conunun YVES BERNARD L> an dernier, Ernesto Dabo f a lancé Lembrança, un disque fabuleux enregistré avec des musiciens québécois, mais passé hélas inaperçu ici.En Guinée-Bissau, il en va tout autrement puisque le chanteur-auteur-compositeur y est considéré comme l\u2019un des pères de la chanson.On a même dit que Dabo était le Vigneault bissau-guinéen.Le voici qui retrouve ses complices montréalais pour offrir deux spectacles: ce dimanche à l\u2019église Saint-Barnabas de Saint-Lambert, dans le cadre du festival Classica, puis le 13 juillet au Balattou pour le Eestival international Nuits d\u2019Afrique.La découverte est majeure.Lembrança, qui signifie «mémoire», est un album fluide qui plonge autant dans les traditions du pays que dans la chanson poétique en révélant des hommages, en traitant de justice et de bonne gouvernance, de condition humaine et d\u2019amour.Musicalement unique, le disque est empreint entre autres de la kora de Zal Sissokho, de la basse de Mario Légaré, du violoncelle de Claude Lamothe, des percussions de Daniel Bellegarde et de celles de Lilison, qui a regroupé des musiciens autour d\u2019Ernesto Dabo.«J\u2019ai découvert des gens au cœur énorme et qui ont été patients en dépit des différences linguistiques et artistiques.Mais la musique est transversale et nous sommes arrivés à un point d\u2019entente», affirme Ernesto Dabo dans un excellent français.La voix créole En 1971, deux ans avant l\u2019indépendance de la Guinée-Bissau, en pleine période de lutte armée pour la libération nationale, trois jeunes artistes militants, dont Ernesto Dabo, forment Cobiana Djazz.Ce groupe annonce un véritable mouvement culturel en se réappropriant la langue créole.«Le régime colonial portugais faisait tout pour aliéner les populations en leur faisant passer l\u2019idée que leur culture était une culture inférieure», se rappelle Ernesto Dabo.Avec ses complices, il crée des contenus enracinés dans le folklore du pays et diffusera les idées de la lutte nationale.«Du jour au lendemain, toute la ville de Bissau se demandait qui nous étions.Cela a provoqué une explosion de créativité.Des jeunes dans tous les quartiers ont essayé de créer des groupes.D\u2019autres ont opté pour la littérature, la peinture ou le stylisme.De ce mouvement, plusieurs ont vAvbWl\u2019bV-' ¦ îT \u2022 - ix I 1 I m k PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le chanteur-auteur-compositeur Ernesto Dabo est considéré en Guinée-Bissau comme i\u2019un des pères de ia chanson.On a même dit qu\u2019ii était ie Vigneauit bissau-guinéen.émergé, dont Lilison et son groupe N\u2019Kassa Cobra.» Parallèlement, un autre groupe se forme au Portugal avec Ernesto Dabo : Djorson, qui signera M\u2019Ba Bolama, le premier titre enregistré de l\u2019histoire de Guinée-Bissau.Arrive l\u2019indépendance en 1973, après 400 ans de colonisation.L\u2019artiste raconte : «Dans une colonie, on est tout simplement des indigènes, des \u201canimaux\u201d.Mais quand finalement ta condition humaine est récupérée pleinement face à tout le monde, c\u2019est un sentiment qu\u2019on ne peut décrire.» Avec les années, Ernesto Dabo a délaissé la chanson au profit du droit international et d\u2019une carrière de haut fonctionnaire dans son pays.«Faire de la musique ne donnait pas à man- ger et, puisqu\u2019on était militants engagés au service du pays, on s\u2019est sentis obligés de se mettre au travail», résume-t-ü.Aujourd\u2019hui à la retraite, il lui reste ce pays de mots et de musiques qu\u2019il est prêt à partager plus que jamais.À l\u2019église Saint-Barnabas de Saint-Lambert dans le cadre du festival Classica, dimanche C juin à 13 h Renseignements: 514 612-0127, http://festivalclassica.com/cont act/ Au Balattou dans le cadre du FINA, dimanche 13 juillet à 20 h 30 Renseignements : 1514499-FINA, www.festivalnuitsda-frique.com Collaborateur Le Devoir DE QUEBEC Direction généraip et artistique : Grégaii:^Uegdndr\" Vivaldi et Haendel a ropera (Les Violons du^Roy) / Le 23 juillet à 20 h, Salle RaotJI-Jobid du Palais Montcalm - Enfant et leè sortileges .Les 24, 25, 26 eÉÉ7j;üilIét*S 20 h / ,,Salle Octavê^Cïélnfeiyedu G'tiand*Théâtrfe Desjardins METROPOLITAIN YANNICK NÉZET-SÉGUIN de Quebec Le Jugement dernier (Requiem de Verdi)v Les 1% 3 et 4 août à 20\"h « jj:\tkf , ^ Salle Louis-Fréchette d^bCrancf Théâti^i YANN CK NEZET-SEGU N LA SAISON DES DÉCOUVERTES 2014*2015 Les Grands feux Loto-Québeo Le 2 août à 22 ht La Brigade lyrique Du 23 au 27 juillet et du 30 juillet au 3li'âiât éi 42 hî^ Lléux divers à travers la ville de Québéè i Musique en plein air Le 29 juillet à 12 h, Maisôn Hdmél- La grande histoire chantee Lé^l j^llet à'20 hriChapèlne-'^Mus^i^ r ^iè^ét-^ù ttîét à % h, La liirWwiîPî PART R 877 64 4-1 4- ORCHESTREMETROPOL TA N.COM 5 4598-0870 CONSEIL DES AHTB DE MONTRÉAL Montréal ^ LE DEVOIR Patnmoine Canadian canadien Heritage E 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI SI MAI ET DIMANCHE I'^'^ JUIN 2014 IDE VISU Les intouchables de l\u2019art selon Gwenaël Bélanger Le photographe de bon nombre de canulars s\u2019attaque cette fois à des pans de l\u2019histoire de la peinture du Québec.Bien des questions que soulèvent 26 images brouillées et colorées.DEPEINDRE Gwenaël Bélanger, galerie Graff, 963, rue Rachel Est, jusqu\u2019au 21 juin.JÉRÔME DELGADO AU premier coup d\u2019œil, la plus récente production de Gwenaël Bélanger déroute.Dans le mauvais sens du terme.Un trop-plein de couleurs et une impression de travail maniéré se détachent des murs de la galerie Graff.Comme s\u2019il était question, dans la salle qui accueille les visiteurs, de livrer un fastidieux abécédaire de l\u2019abstraction picturale.On reconnaît, ou croit-on reconnaître, une des cîbles chromatiques de Claude Tousîgnant, un des bleu-blanc-rouge de Serge Lemoyne, la gestuelle blanche de Bor-duas, parmi d\u2019autres choses.Quelle mouche l\u2019a piqué?Pourtant aucune.L\u2019appréhension Initiale s\u2019estompe sous l\u2019évidence:\tDépeindre, présentée d\u2019abord au centre VU de Québec 11 y a six mois, est du Gwenaël Bélanger tout craché : derrière les apparences, on trouve de la profondeur.Ses œuvres animées par les canons de la peinture québécoise poursuivent la réflexion de l\u2019artiste sur le statut de l\u2019Image et procèdent du même plaisir à rompre avec son caractère sacré.Bélanger cherche encore et toujours à bouleverser l\u2019ordre des choses Avec Dépeindre, projet photographique à la remorque de son précédent corpus.Fleurs (2011-2012), Gwenaël Bélanger s\u2019éloigne certes un peu plus des chutes d\u2019objets qui l\u2019ont fait connaître au début des années 2000.Moins dans le spectacle (de destruction), plus dans le flou (de la reproduction du réel), 11 mise néanmoins sur les mêmes codes : morcellement de l\u2019Image, confusion du temps, et un processus de création plutôt soigné.Bélanger cherche encore et toujours à bouleverser l\u2019ordre des choses.Hier nos rapports aux objets du quotidien, aujourd\u2019hui ceux à la peinture et en particulier à nos chefs-d\u2019œuvre, en l\u2019occurrence ceux conservés au Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ).C\u2019est dans les salles et réserves de l\u2019établissement public qu\u2019il s\u2019est rendu photographier des tableaux signés Tousîgnant, Lemoyne et Bor-duas, mais aussi Krleghoff, Pellan, Alleyn, Letendre, Merrill, etc.Des époques et des genres, pas seulement la non-figuration, sa lentille n\u2019en fait, finalement, pas de distinction.Entre eux (les maîtres) et lui, ou entre eux et nous, regardeurs, Gwenaël Bélanger a posé une vitre qu\u2019il a Induite d\u2019une matière graisseuse \u2014 rT ^ \" I cil ,! ! - ! CHARLES-FREDERICK OUELLET Vue de Pexposition Dépeindre où Paccrochage fait dialoguer les formes (ou les formats).son geste, très visible, ressemble à celui du peintre \u2014, avec le résultat qu\u2019il est Impossible de reconnaître le sujet photographié.Ce filtre bien concret à travers lequel naît l\u2019Image \u2014 procédé mis en avant pour les bouquets de Fleurs \u2014 s\u2019avère une habile métaphore de la distance qui nous sépare de la peinture musélflée et, aussi, de tout le patrimoine culturel.Que conserve la mémoire collective, sinon, peut-être, des bribes, des couleurs dans certains cas, la manière de les appliquer dans d\u2019autres, voire une Idée vague de la composition générale?Le processus Inclut une Indispensable étape préalable et révélatrice du statut Intouchable de l\u2019œuvre consacrée.L\u2019artiste a dû recevoir l\u2019autorisation des peintres (ou des successions dans le cas de défunts), ne seralt-ce que pour pouvoir photographier leurs tableaux.Toujours délicat quand 11 est question de repro- duction, même si un prlsmp les rend méconnaissables.A moins que ce soit cette transformation, cette altération, qui dérange.En salles d\u2019exposition.Dépeindre prend tout son sens.Malgré l\u2019apparence de peinture léchée.Au pied du mur qui accueille le visiteur, aux côtés d\u2019un vaste panorama en 13 photos, deux cadres, vus de dos, reposent au sol.La liste de Graff les désigne comme étant des reproductions de ta- bleaux de Jean Paul Lemieux.Qr Bélanger n\u2019a pas reçu l\u2019autorisation de les exposer; Us sont condamnés au secret.Avec Rîopelle, le processus ne s\u2019est pas rendu aussi loin : dans le fond de la galerie, l\u2019œuvre Dépeindre Gean-Paul Rîopelle, Espagne, 1981) n\u2019est qu\u2019une surface blanche, non peinte : 11 a même été Impossible de photographier le tableau cité.L\u2019accrochage fait dialoguer les formes (ou les formats) davantage qu\u2019il discourt sur l\u2019histoire de l\u2019art.L\u2019artiste s\u2019est préoccupé de rythme, comme jadis dans sa série Chutes, plutôt que de logique narrative ou esthétique.Il fait ainsi côtoyer un petit Lemoyne avec un grand Borduas, Isole la cible de Tousîgnant.Il réunit les tableaux qu\u2019il a captés dans leur environnement habituel, tel un portrait par Théophile Hpmel, ce peintre officiel de l\u2019État au milieu du XIX® siècle, exposé au MNBAQ sur un mur d\u2019un rouge éclatant.Inventif dans ses techniques, Gwenaël Bélanger ne cesse de marcher un pied dans la séduction des Images, l\u2019autre dans le leurre des apparences.Simuler les peintres, comme 11 fait cette fols, peut cependant laisser perplexe.Car entre l\u2019hommage et le brouillage, les photographies de Dépeindre demeurent attachées à leurs Icônes, à leur aura.Collaborateur Le Devoir AUTOCHTONE Exposition en deux lieux : 5826, rue St-Hubert Montréal (QC) Mûr www.artmur.com Stewart Hall 176 chemin du Bord-du-Lac-Lakeshore Rd Pointe-Claire (QC) Nous remercions : SODEC Québec nn Conseil des arts et des lettres Québec g g De l\u2019interprétation des rêves et de l\u2019art AUTOUR UES CRIMES ET DES REVES De Dora Garcia.Commissaire: Chantal Pontbriand.A la Fonderie Darling, jusqu\u2019au 24 août.NICOLAS MAVRIKAKIS \\ A la Biennale de Venise, en 2011, elle était l\u2019artiste qui représentait l\u2019Espagne avec une qeuvre Intitulée The Inadequate.A travers une série de performances, de conversations, de débats, Dorla Garda y discutait des moyens d\u2019être marginal, de la marginalité dans le domaine des arts, de la littérature, de la culture en général, mais aussi de la psychiatrie, comme une forme de position politique.Elle y traitait des moyens d\u2019expression plus opaques qu\u2019utilisent certains artistes pour protéger leur liberté de créer et de penser.Par exemple, elle soulevait le cas de l\u2019écrivain suisse Robert Walser et de ses textes écrits en minuscules caractères, aux limites du visible, en microgrammes, en « crayon-nures», ce qui les rendait Incompréhensibles de tous sauf de lui.Il a d\u2019ailleurs fallu 20 ans pour les déchiffrer.Garda y parlait aussi de l\u2019écriture à la syntaxe très complexe de James Joyce.Dans The Inadequate, Garcia effectuait une forme de glorification de ceux qui choisissent la marginalité, de ceux qui veulent se protéger du discours dominant.Mais elle y célébrait aussi les maladroits, les mésadaptés, les outsiders, les exclus et ceux que la littérature ou les arts ont considérés comme des auteurs et des créateurs mineurs.En 2013 elle revenait à Venise avec une installation vidéo intitulée The Joycean Society.Vous pouvez voir cette œuvre ces jours-ci à la Eonderie Darling accompagnée de deux autres vidéos intitulées Désordre et Film (Hôtel Wolf ers).Le tout est présenté avec deux créations murales, l\u2019une faite d\u2019un papier peint (le Jacques Lacan Wcâlpa-per) et l\u2019autre, d\u2019écrits cryptés inscrits sur des ardoises noires comme dans une classe (les Mad Marginal Charts).De quoi y parle-t-elle?Dans cette installation très dense, elle poursuit sa réflexion sur le travail de Walser et de Joyce, y ajoutant entre autres Beckett, Kàka et Lacan, mais en se penchant plus cette fois sur la question de l\u2019interprétation.De l\u2019interprétation de la littérature, mais aussi du monde qui nous entoure.En fait, elle se glisse de la position de l\u2019auteur à celle du lecteur et de l\u2019individu en société.Pour The Joycean Society, elle a tilmé la réunion d\u2019un club de lecture qui, à Zurich, depuis 1986, discute du livre Finnegans Wake de James Joyce.Les membres de cette communauté analysent chaque phrase, chaque mot, chaque connotation.chaque évocation de ce texte aux multiples significations.Une manière de nous confronter aux diverses interprétations que les lecteurs peuvent faire de la même œuvre et de la même idée.Elle poursuit cette réflexion avec la vidéo Désordre.Pour la réaliser, l\u2019artiste a décidé de travailler avec des individus de l\u2019hôpital psychiatrique de Montperrin à Aix-en-Provence, un groupe formé de patients, de membres des équipes de l\u2019hqpital et même de visiteurs.A sa demande, ces gens ont lu les livres Finnegans Wake et 65 rêves de Franz Kafka de Eélix Guattari afin de discuter des deux thèmes suivants: les rêves et les crimes.Cela donne une réflexion sur la limite entre le réel et la fiction qui est très riche.Et cette question de l\u2019interprétation de l\u2019art et du réel se poursuit dans d\u2019autres œuvres, dont la vidéo Film (Hotel Wolfers) où Garda offre une relecture de Film, création expérimentale écrite par Samuel Beckett et réalisée par Samuel Schneider en 1965.L\u2019œuvre de Garcia expose comment l\u2019être humain tente continuellement de comprendre le monde qui l\u2019entoure.Collaborateur Le Devoir DVoir > Des photos des œuvres de Dora Garcia.ledevoir.com/culture/ arts-visuels Secrétariat aux affaires autochtones du Québec Conseil des arts Canada Council du Canada for the Arts Cosmic Relie 1988 lithographie 53 5 x69 cm LYNDAL OSBORNE estampes 29 mai au 22 juin Galerie Jean-Claude Bergeron 150 St-Patrick Ottawa ON Tél.613.562-7836 info@galeriejeanclaudebergeron.ca www.galeriejeanclaudebergeron.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE I®'^ JUIN 2014 E 7 CULTURE )CINEMA METROPOLE EILMS Avec Marine Vacth, le cinéaste français François Ozon célèbre la beauté et plus encore.JEUNE & JOLIE, DE FRANÇOIS OZON Dans la tête d\u2019une jeune fille qui teste ses chames ODILE TREMBLAY Une phrase d\u2019Ozon prononcée en 2013 à Cannes, où son Jeune & jolie avait atterri en compétition, fit bondir: «C\u2019est un fantasme de beaucoup de femmes de se livrer à la prostitution.» Maints cris et protestations, de la Croisette à la blogosphére, en passant par la ministre française de la Culture, avaient retenti, jusqu\u2019à la rétractation balbutiante: «Je ne voulais pas parler des femmes en général, juste des personnages de mon film.» Bon ! Il fut maladroit.Jeune & jolie, œuvre plus intime que Potiche, Huit femmes et Dans la maison, fut tourné en deux mois à peine.Il suit la trajectoire d\u2019une jeune fille de 17 ans, aux parents ouverts et plutôt à l\u2019aise, qui décide de se prostituer, comme ça, pour rien, pour pousser ses limites, par curiosité.François Ozon précise avoir revu Belle de jour de Bunuel avant de plonger dans le scénario de Jeune & jolie.On associe spontanément un film à l\u2019autre.«Mais celui de Bunuel est dans le fantasme et pas le mien.» Autre source d\u2019inspiration : A nos amours de Maurice Pialat, pour ce rapport à la séduction d\u2019une adolescente qui teste son pouvoir et cherche l\u2019amour.De sa jeune actrice.Marine Vacth, le cinéaste français célébré la beauté et plus encore : «Elle est là et pas là, possède un truc en plus, comme un mystère.Dès le premier plan, celui qui joue le petit frère la regarde avec des jumelles pour capter ce mystère-là.Tout tombe dans une sorte d\u2019abîme, car il se crée une distance entre la psyché et le corps.» Le cinéma d\u2019Ozon possède un côté brechtien.Il dit éprouver du mal devant les films de pure identification.«Je montre au spectateur qu\u2019on est au cinéma.» Le cinéaste a aimé suivre une année scolaire entre un premier et un second trimestre d\u2019adolescents de 16 et 17 ans, avec une chanson pour chaque période.Il a rencontré des psychologues et des policiers qui œuvrent auprès des jeunes, leur a demandé comment ça se passait réellement avec Internet.«Tous s\u2019entendent pour dire que c\u2019est très facile de se prostituer.Mais dans le cas d\u2019Isabelle, elle n\u2019a pas besoin d\u2019argent, tout en lui accordant de la valeur, et n\u2019utilise pas le fruit de ses passes.Elle se cherche.On n\u2019est pas dans Nymphomaniac.» A ses yeux, l\u2019histoire de Marine pourrait se dérouler dans n\u2019importe quel pays occidental où règne un certain niveau de vie.Il a mis dans Jeune & jolie comme ailleurs dans ses films une chanson de Françoise Hardy: A quoi ça sert?.«Elle est la quintessence de la chanteuse qui parle de l\u2019adolescence, estime Ozon.Cet âge porte une mélancolie, comme dans le poème de Rimbaud Roman, avec le vers \u201cOn n\u2019est pas sérieux quand on a 17 ans\u201d récité dans le film.» Lourde beauté A son avis, la trop grande beauté d\u2019une jeune fille lui semble parfois bien lourde.«Certaines veulent la mettre à l\u2019épreuve.Marine Vacth se retrouve dans une scène aux côtés de Charlotte Rampling [son actrice entre autres de Sous le sable], qui a été trop belle aussi.» Ozon estime comprendre les femmes parce qu\u2019il est un homme doté à la fois d\u2019une distance et d\u2019une lucidité.«Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est de les observer comme un mystère sans donner le mode d\u2019emploi.Le personnage de Marine vit, avance.Elle n\u2019est pas dans la culpabilité, ne s\u2019explique ni ne s\u2019excuse.» Sur un plateau, François Ozon dit laisser l\u2019acteur libre de lui proposer des choses.Quand la mère tape sa fille après avoir appris qu\u2019elle se prostitue, Géraldine Pailhas qui l\u2019interprète a dit: «Je pourrais avoir cette réac-tion-là, mais f aimerais m\u2019excuser après.Ce qui fut fait.» Il a aimé capter la première étreinte, sur la plage, avec un petit ami.«Mais le film se termine de façon très triste, avec un regard à la fenêtre.Un dénouement ouvert.Advienne que pourra!» Même s\u2019il a tourné en anglais Angel, François Ozon estime qu\u2019à l\u2019évidence les Français ne peuvent concurrencer Hollywood.Il ne cherche pas l\u2019audience internationale à tout prix.Depuis Jeune & jolie, Ozon a tourné Une nouvelle amie, avec Romain Duris, Raphaël Personnaz et Anaïs Demous-tier, adapté du roman de Ruth Rendel Une amie qui vous veut du bien, une histoire de mort, de dépression, de secret qui redonne le goût de vivre.Le Devoir Cette entrevue a été effectuée à Paris à l\u2019invitation d\u2019Unifrance.Grand vacarme pour petites punkettes VIAR BAST! (VA : WE ARE THE BEST!) Réalisation et scénario: Lukas Moodysson, d\u2019après l\u2019œuvre de Coco Moodysson.Avec Mira Barkhammar, Mira Grosin, Liv LeMoyne, Johan Liljemark.Image: UlfBranlas.Montage: Michal Leszczylowski.Suède-Danemark, 2013, 102 min.VO.avecs.-t.a.ANDRÉ LAVOIE Un ton trop sérieux ne convient pas à tous les cinéastes, surtout s\u2019ils souhaitent ardemment être pris au sérieux.Le Suédois Lukas Moodysson l\u2019a compris, revenant à l\u2019énergie insolente de ses meilleurs films (Show Me Love, Together) après quelques échappées neurasthéniques (Container, Mammoth).Dans We Are the Best!, il joue à nouveau ses meilleures cartes : une galerie de personnages adolescents (et d\u2019adultes irresponsables), un brin de nostalgie, des musiques accrocheuses d\u2019un autre temps.Mais parle-t-on vraiment de musique accrocheuse lorsqu\u2019il s\u2019agit du punk, surtout interprété par des jeunes ne sachant jouer d\u2019aucun instrument?L\u2019expression de la révolte passe par cette forme musicale pour Bobo (Mira Barkhammer) et Klara (Mira Glosin), deux filles à l\u2019allure androgyne.En 1982, elles sont à la fois de leur époque et un peu en marge, refusant de croire que le disco puisse avoir tout terrassé.Elles décident alors de monter un groupe, accaparant un instrument sur lequel elles piochent avec ardeur.Leurs efforts sont loin d\u2019être récompensés et elles devront se tourner vers une autre pestiférée de leur école pour assurer leur épanouissement musi-cal.Beauté tourmentée comme sortie d\u2019un film de Bergman, Hedvig (Liv LeMoyne) se camoufle derrière ses longs cheveux blonds mais affiche de l\u2019assurance lorsqu\u2019elle gratte la guitare.Ce trio improbable va pousser quelques notes \u2014 leur première chanson dénonce les cours d\u2019éducation physique.\u2014 et vivre, en mode mineur, les aléas des groupes musicaux: rivalités amoureuses, spectateurs hostiles, divergences créatrices.Cette cacophonie, à l\u2019image de cette période de la vie que Moodysson a toujours su si bien décrire, ne tapisse pas tout le film, et c\u2019est tant mieux pour nos oreilles.Le clinquant punk sert ici de prétexte à souder trois jeunes filles en manque de repères et de modèles, le cinéaste se plaisant, une fois de plus, à esquisser des portraits d\u2019adultes oscillant entre l\u2019irresponsable, le timoré et l\u2019ahuri.Cet amusant parti pris s\u2019explique aussi par la première source d\u2019inspiration du film, un roman graphique de Coco Moodysson, conjointe du cinéaste, sachant elle aussi décrire avec acuité ce passage un peu trouble, et souvent un peu trop long.Lukas Moodysson use de sa tendresse habituelle pour saisir l\u2019énergie débridée et les contradictions de ces petites punkettes de grands boule- vards, elles qui posent un regard désabusé sur cette époque tapissée de couleurs pastel et de synthétiseurs.Leur caractère brouillon ne tranche jamais avec l\u2019approche visuelle du film, celle d\u2019une caméra virevoltant au plus près des acteurs et d\u2019un montage rarement fluide, rarement invisible.Ce désordre s\u2019avère savamment orchestré, plus près du récit d\u2019apprentissage que de la vignette purement nostalgique (la direction artistique n\u2019a rien d\u2019opulent).Peu importe le genre musical, ce cinéaste suédois connaît toujours la chanson, celle d\u2019une jeunesse un peu paumée, mais au final triomphante.Collaborateur Le Devoir VERNISSAGE F'' juin - 25 juin BASQUE DENIS GUAY JACQUES TfflSDEL Emprunte, terre, forêt Disciplines variées GALERIE LiNDA Verge 1049, AVENUE DES ÉRABLES QUÉBEC (418) 525-8393 www.galerielindaverge.ca SiO ŒUVRES DE LA 23^C0H0RTE DE DIPLÔMÉS 05.06.2014 - 05.09.2014 ARMEL DESRUES MARC-ANDRÉ FONTAINE vernissage 5 juin à 18 h 30 Création : Armel Desrues I Photo : Michel Dubreuil FA/hÛPP 1200, me Mill CWUW 5^4933^^349 www.espaceverre.qc.ca Brazil, ou le cauchemar en série Du 6 au 8 juin, le Cinéma du Parc projette une nouvelle copie de Brazil, un chef-d\u2019œuvre certifié que des différences de vue entre le cinéaste Terry Gilliam et le stu-dio Universal faillirent condamner à l\u2019obscurité.ERANÇOIS LÉVESQUE La vie imite l\u2019art plus que l\u2019art n\u2019imite la vie, disait Oscar Wilde.La dystopie satirique Brazil, qui donna lieu à un affrontement épique entre un cinéaste visionnaire et un studio tyrannique, en constitue un rappel éloquent.La fiction La scène se déroule dans un futur indéterminé, mais résolument totalitaire.Toute-puissante, la machine étatique emploie un nombre ridiculement élevé de fonctionnaires dévoués à des tâches souvent absurdes.Sam Lowry est l\u2019un d\u2019eux.Enclin aux rêves éveillés \u2014 on le serait à moins \u2014, Sam fantasme et se voit héros ailé, Icare moderne sauvant d\u2019un destin funeste une ravissante da-moiselle.Sachant ce qu\u2019il est advenu du mythe grec, on devine d\u2019emblée le pauvre bougre condamné.De bourde bureaucratique en erreur sur la personne, de chasse aux terroristes en séance de torture ministérielle, on devine Kafka et Orwell se marrer.Le spectateur, lui, reste pantois d\u2019éblouissement devant l\u2019inventivité déployée par Terry Gilliam qui, sous des dehors fantaisistes, dépeint un avenir sombre dans lequel le rêve devient le dernier barrage contre le conformisme.C\u2019est justement le crime dont le cinéaste se rendit coupable face au studio détenteur des droits de son film en Amérique du Nord.«Aussi longtemps que mon nom apparaît sur le film, ce qui lui est fait m\u2019afflige également» La réalité La scène se déroule dans les bureaux du studio Universal, en Californie.Toute-puissante, la machine hollywoodienne emploie un nombre ridiculement élevé de cadres chargés de décider ce que veut et ne veut pas voir le public.Enclin aux fulgurances baroques \u2014 son esthétisme rétro-futuriste bricolé fit école \u2014, Terry Gilliam défend une vision furieusement originale et pessimiste.Paniqué, le studio remonte le film et plaque une fin heureuse, au grand dam du cinéaste bafoué.«Aussi longtemps que mon nom apparaît sur le film, ce qui lui est fait m\u2019afflige également.Je sens chaque coupe, spécialement celles qui ont castré le film [.] S\u2019il vous plaît, laissez-moi savoir pour combien de temps encore je devrai souffrir avant que cesse l\u2019hémorragie», écrit alors Gilliam qui, las de rédi-ger des mémos acerbes, organise une projection secrète du montage initial pour une poignée de critiques influents.L\u2019accueil est dithyrambique.De mauvais gré.Universal sort le film dans une version certes amputée de 10 minutes, mais supervisée par l\u2019auteur.En Europe, le studio 20 th Century Fox s\u2019en tient à la version intégrale de 142 minutes.Depuis l\u2019avènement du DVD et surtout du Blu-ray, on peut apprécier Brazil dans toute sa sinistre splendeur.Il n\u2019empêche que depuis, à quelques exceptions près (Le roi pêcheur, 12 singes, Tide-land), le cinéaste va de projets avortés (Don Quichotte, Le conte de deux cités) en films maudits (Les aventures du baron de Munchausen jusqu\u2019à L\u2019imaginarium du docteur Parnassus).Espérons que Terry Gilliam ne finira pas comme Sam Lowry dans Brazil, rêveur brisé par le système.Le Devoir CINEMA DU PARC Une scène de Brazil, de Terry Gilliam Les beaux airs de l\u2019été! 5 juillet - SAINT-BENOÎT-DU-LAC Concert d\u2019après-midi à l\u2019abbaye 18-21 juillet - les BERKSHIRE Tanglewood et Berkshire Choral Festival.U'et 2 août- QUÉBEC - L\u2019 univers du sacré Requiem de Verdi au Grand Théâtre 3 août - JOLIETTE - concert tout Brahms ^eaux détours www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Titulaire d\u2019un permis du Québec VERRE Nous réveillerons-nous trop tard ?La mondialisation nous détruira-t-elle?du 25 mai au 15 juin Visitez l\u2019exposition de peintures de ANDRÉ LIBREX «RÉVEILLE!.» Entrée libre : Samedi et dimanche de 13 à 16 h HUNTINGDON.Salle Langevin En semaine sur réservation : 450 264 5411 poste 243 www.andrelibrex.ca E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE I®^ JUIN 2014 fCINEMA La fausse méchante Inspiré du conte Za belle au bois dormant^ Maléfique réhabilite la figure de la vilaine fée MALEFIQUE (V.F.DE MALEFICENT) Réalisation: Robert Stromberg.Scénario : Linda Woolverton.Avec Angelina Jolie, Elle Fanning, Sharlto Copley, Sam Riley, Imelda Staunton, Juno Temple, Lesley Manville.Image: Dean Semler.Montage: Chris Leben-zon, Richard Pearson.Musique: James Newton Howard.États-Unis, 2014, 97 minutes.FRANÇOIS LÉVESQUE Il était une fois un roi et une reine qui étaient si fâchés de n\u2019avoir point d\u2019enfant, si fâchés qu\u2019on ne saurait dire.Ils allèrent à toutes les eaux du monde; vœux, pèlerinages, menues dévotions, tout fut mis en œuvre, mais rien n\u2019y faisait.Ainsi débute l\u2019un des plus célèbres contes de Charles Perrault, La belle au bois dormant.Ou est-ce bien le cas?Un peu comme il l\u2019a fait l\u2019an dernier avec son immense succès La reine des neiges, d\u2019après Hans Christian Andersen, le Studio Disney a décidé de remettre au goût du jour en l\u2019adaptant très librement l\u2019un de ses classiques d\u2019antan, avec cette fois des acteurs en chair et en os, des effets spéciaux tout plein, et de la 3D, dont on ne saurait apparemment plus se passer.Dans une contrée lointaine, donc, vivaient Maléfique et Stefan; elle, bonne fée ailée, lui, pauvre orphelin.Bien qu\u2019issus de royaumes hostiles l\u2019un envers l\u2019autre.Maléfique et Stefan s\u2019aimaient d\u2019amour.Puis l\u2019ambition s\u2019immisça dans le cœur de Stefan qui, afin de succéder au roi, commit l\u2019ultime outrage en coupant les ailes de sa mie, dont le souverain s\u2019était fait une ennemie (élaborée avec tact, cette scène offre une métaphore à peine voilée des périls courus par les jeunes filles à l\u2019ère de la drogue du viol, entre autres passages évoquant ce que l\u2019on entend par «remettre au goût du jour »).1 Angelina Jolie incarne Maléfique dans le film du même nom de Robert Stromberg.Trahie, meurtrie.Maléfique se retrancha dans sa forêt enchantée et se laissa envahir par la colère et le ressentiment jusqu\u2019au jour oû, apprenant la naissance d\u2019Aurore, la fille du nouveau monarque, elle se présenta à la cour, superbe furie cornue tout de noir drapée.C\u2019est véritablement à partir de ce moment qu\u2019Angelina Jolie, impériale, fait sien le personnage, de telle sorte qu\u2019on aura désormais du mal à l\u2019en dissocier.D\u2019un scénario de plus en plus inégal à mesure qu\u2019ap- proche le dénouement, heureusement pas mièvre du tout, l\u2019actrice tire le maximum, se révélant particulièrement à l\u2019aise durant les passages plus cocasses.La morale de Thistoire Reproduite presque à l\u2019identique du classique animé de Disney de 1959, la fameuse séquence de la malédiction jetée sur la princesse par la vilaine fée constitue par ailleurs le dernier lien rattachant le film de Robert Stromberg (directeur artistique A Alice au pays des merveilles et d\u2019O^ le magnifique) au conte originel.En effet, dès lors qu\u2019Aurore est emmenée dans la forêt oû sont chargées de veiller sur elle trois fées marraines bonnes mais incompétentes (rigolotes Imelda Staunton, Juno Temple et Lesley Manville), Maléfique devient celle qui, dans l\u2019ombre, presque à son corps défendant, veille sur celle-là même qu\u2019elle a ensorcelée.A l\u2019instar de la princesse après qu\u2019elle se fut piqué le doigt à l\u2019aiguille d\u2019un rouet, la bonté BUENA VISTA endormie de Maléfique finira par se réveiller.Et c\u2019est de cette manière que, comme dans sa récente relecture de La reine des neiges, le Studio Disney réhabilite un personnage féminin traditionnellement mauvais en suggérant que son avilissement n\u2019est pas inné, tant s\u2019en faut, mais résulte plutôt de trop de méchanceté endurée.Morale pour morale, celle-ci a le mérite de n\u2019être point sotte.Le Devoir Deux fois passera ?Un peu plus de dix ans après la sortie du très populaire original paraît un remake de La grande séduction LA GRANDE SEDUCTION A L\u2019ANGLAISE (V.F.DE THE GRAND SEDUCTION) Réalisation : Don McKellar.Scénario: Michael Dowse et Ken Scott d\u2019après son scénario original.Avec Brendan Gleeson, Taylor Kitsch, Gordon Pinsent, Liane Balaban.Image: Douglas Koch.Montage: Dominique Fortin.Musique: François-Pierre Lue, Maxime Barzel, Paul-Étienne Côté.Québec, 2013,115 minutes ERANÇOIS LÉVESQUE aucuns l\u2019attendent avec une brique et un fanal.Et pour cause ! Remake de La grande séduction, la comédie La grande séduction à l\u2019anglaise revisite dans la langue de Shakespeare l\u2019un des plus gros et plus beaux cartons du cinéma québécois.Sacrilège ?Remake pour remake, celui-ci propose peu ou prou le même récit, la même manière et, ceci expliquant cela, le même charme ou presque.Et du charme, justement, le hameau de Tickle Cove, sis sur une île au large de Terre-Neuve, n\u2019en manque pas.Quoique, depuis une dizaine d\u2019années, la morosité économique a pour ainsi dire tué l\u2019ambiance.En témoigne le désormais traditionnel cortège d\u2019habitants qui, en ce l^'^du mois, s\u2019en vont encaisser leur chèque d\u2019aide sociale.Progéniture de fiers pêcheurs, les gens du cru en sont réduits à baisser la tête en ramassant la poignée de billets que leur tend le cais- sier, ce dernier, guère plus enjoué, menacé à tout moment d\u2019être remplacé par un guichet automatique.Mais tout n\u2019est pas si noir.En effet, une usine de recyclage de produits du pétrole pourrait venir s\u2019implanter sur l\u2019île, ce qui assurerait un emploi à tout un chacun.Un détail menace cependant de faire dérailler le projet: l\u2019absence sur place d\u2019un médecin résident.Par un concours de circonstances improbable mais rigolo, le jeune docteur Lewis consent à passer quelques semaines sur l\u2019île tout en ayant la ferme intention de regagner le continent au terme de ce passage obligé (on l\u2019y a contraint par chantage).C\u2019est sans compter la roublardise de la population, qui n\u2019entend pas remettre une si belle prise à l\u2019eau et qui, à cette fin, élabore une supercherie aussi complexe que loufoque afin de faire croire au docteur Lewis que Tickle Cove est le seul endroit au monde oû il pourra s\u2019épanouir et trouver le bonheur.D\u2019oû le titre, prise 2.Acteurs au diapason Dans le rôle coloré du mystificateur en chef tenu autrefois par Raymond Bouchard, l\u2019Irlandais Brendan Gleeson {Le général, Harry Potter) fait merveille.Moins voyant, celui du docteur Lewis est campé avec conviction par Taylor Kitsch (John Carter, Le seul survivant).Or cette conviction est la clef de voûte du succès du film puisque, comme spec- tateur, on ne doit pas tant croire à la prémisse que croire que le personnage y croit.Kitsch s\u2019acquitte habilement de ce mandat ingrat puisqu\u2019invisible.Quant au reste, eh bien.la magie ne peut opérer qu\u2019une seule fois, on le sait, mais cette nouvelle mouture vise davantage le public anglophone.Les autres, ceux, nombreux, qui ont succombé en 2003, voudront sans doute néanmoins y jeter un coup d\u2019œil, ne serait-ce que pour comparer les deux films.En cela, le producteur Roger Frappier n\u2019a pas à rougir du résultat qui, de nouveau, offre un mélange assez irrésistible de réalisme et de folie douce.Le Devoir Misère de misère SUZANNE Scénario et réalisation: Katell Quillévéré.Avec Sara Forestier, Érançois Damiens, Adèle Haenel, Paul Hamy, Corinne Ma-siero, Anne LeNy.Image: Torn Harari.Montage: Thomas Marchand.Musique: Verity Sus-man.France, 2013, 95 minutes ERANÇOIS LÉVESQUE Entre une histoire poignante et un récit misérabiliste, la ligne est parfois mince.Présenté à la Semaine de la critique à Cannes en 2013, le long métrage Suzanne en constitue un rappel éloquent.Suzanne relate 25 années dans la vie d\u2019une femme qui, mère à 15 ans, s\u2019éprend subséquemment d\u2019un magnifique bon à rien.Et l\u2019enfant de prendre le bord lorsque la première choisit l\u2019amour total.Rattrapée par la justice, Suzanne, qui s\u2019est enfoncée dans une spirale de petits crimes pour subsister, purge sa peine, s\u2019en sort, puis replonge, bis.En périphérie : un père faillible mais constant et une sœur cadette tellement habituée de couvrir son aînée qu\u2019elle en oublie de vivre.Katell Quillévéré, dont il s\u2019agit du deuxième long métrage après Un poison violent, en 2010, affiche avec Suzanne une maîtrise certaine de l\u2019art de l\u2019ellipse.Organique, sa mise en scène évolue de manière quasi subliminale, aidée incommensurablement, il est vrai, par l\u2019interprétation à fleur de peau de Sara Forestier, qui joue le rôle-titre de 15 à 30 ans.Avec ses cheveux blondis pour l\u2019occasion, la comédienne, révélée dans L\u2019esquive et Le nom des gens, convoque le souvenir de Sandrine Bonnaire à l\u2019époque d\u2019À nos amours.Ces bien belles qualités auraient pu porter le film, n\u2019eût été cette propension à la surenchère au rayon de la misère humaine.Ainsi, de mère absente parce que décédée en mère absente parce qu\u2019amoureuse en fuite, de faux suicide en guise d\u2019appel à l\u2019aide en accident de la route cachant peut-être un vrai suicide, bref, de détresse en déchirements, le malheur n\u2019en finit plus de frapper.Suzanne est expertement réalisé et interprété, c\u2019est indéniable.Mais ciel que c\u2019est déprimant ! Le Devoir DAVID MCNEW AEP La réalisatrice Katell Quillévéré EILMS SEVILLE Les personnages du mystificateur en chef et du jeune docteur Lewis dans The Grand Seduction.EXC3NTRIS SUZANNE KATELL QUILLEVERE-94 MIN - VO FRANÇAISE ET AUSSI A L\u2019AFFICHE THE IMMIGRANT (L\u2019IMMIGRANTE) JAMES GRAY FADING GIGOLO (APPRENTI GIGOLO) JOHN TURTURRO LE RÈGNE DE LA BEAUTÉ DENYSARCAND LE SEMEUR JULIE PERRON BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL ACHTUNG FILM! PRESENTE: POUR TON BON ANNIVERSAIRE DENIS DERCOURT - JEUDI 5 JUIN A19H CINÉ-CLUB 65+ PRÉSENTE: DIEGO STAR FRÉDÉRICK PELLETIER - JEUDI 5 JUIN A13H ET AUSSI DE NOMBREUX TITRES SUR CINEMAEXCENTRIS.COM "]
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