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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2014-06-14, Collections de BAnQ.

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[" CAHIER F > LE DEVOIR ^LES SAMEDI 14 ET DIÎ^ASCHE 15 JUIN 2014 I voyages CHRISTIAN DESMEULES La littérature est en quelque sorte une métaphore du voyage, tout comme le voyage est lui-même un clin d\u2019œil à l\u2019existence humaine.Stendhal ne décrit-il pas le roman \u2014 c\u2019est dans Le Rouge et le Noir \u2014 comme «un miroir qui se promène sur une grande route » ?Ainsi, les écrivains ne se sont jamais trop privés de voyager, de témoigner du réel et de nous faire voyager à travers leurs livres.Trois formes de voyage sont en général à leur portée : à travers la fiction, au moyen du récit de voyage traditionnel ou alors dans une sorte d\u2019entre-deux plus ou moins confortable et qu\u2019il n\u2019est pas donné à tous de maîtriser.Crime et sentiment Moscou Babylone d\u2019Owen Matthews nous trempe dans le Moscou du milieu des années 1990.Sorte de Far West où se font et se défont les fortunes en un battement de cils, où abondent les règlements de comptes, l\u2019insécurité.Où tout semble possible.Une époque à laquelle, aujourd\u2019hui, beaucoup de Moscovites ne pensent pas sans trembler.Jeune Britannique à moitié russe par sa mère, fraîchement dîplômé d\u2019Oxford et à la recherche d\u2019un emploi.Roman Lambert décide sans trop réfléchir d\u2019accepter l\u2019offre d\u2019une boîte de relations publiques russe et de s\u2019envoler pour Moscou.«Je pensais trouver en Russie un monde libre et vrai.» Il n\u2019y a trouvé que désespoir, rage et rancœur.M(()IAs BOl \\ ILlî I iisajio du inondo Il y a aussi trouvé l\u2019amour.Vite séduit par le délabrement de la ville, excité par sa laideur et son chaos.Roman s\u2019y livre à tous les excès : vont en témoigner sa passion pour une belle jeune femme issue de la province russe, Sonia, sa plongée dans l\u2019enfer des méthamphéta-mines, ses relations louches, les lourdes conséquences de ses actes.Le prix en valait-il la peine?Le roman ^ d\u2019Owen Matthews prend la forme d\u2019une longue confession: «En Russie, fai aimé et fai tué.Et fai découvert que, des deux, c\u2019est Vamour qui est le plus terrible.» Moscou Babylone est un voyage de l\u2019autre côté du miroir.Une plongée dostoïevskienne (mais pas trop non plus) dans les méandres de l\u2019âme.S\u2019il est un peu prévisible dans son déroulement, le roman est une intéressante confrontation entre la Russie et un Occident qui s\u2019estime \u2014 à tort malgré les apparences \u2014 victorieux.L\u2019auteur, après Les enfants de Staline, son premier roman (Belfond, 2009), pose ici un regard de témoin de premier plan sur la Russie de ces années mouvementées.Longtemps journaliste pour le Moscow Times, puis correspondant de Newsweek en Russie jusqu\u2019à l\u2019abandon de la version papier du magazine américain en décembre 2012, il vit aujourd\u2019hui à Istanbul.Uusage du monde « Un voyage se passe de motifs.Il ne tarde pas à prouver qu\u2019il se suffit à lui-même.On croit qu\u2019on va faire un voyage.On croit qu\u2019on va faire un voyage, mais bientôt, c\u2019est le voyage qui vous fait, ou vous défait )) Nicolas Bouvier mais bientôt, c\u2019est le voyage qui vous fait, ou vous défait.» En 1953, deux gamins décident de s\u2019embarquer depuis la Suisse dans une minuscule Fiat 500 Topolino \u2014 610 kilogrammes, mouillée \u2014 en direction de l\u2019Orient et de ses merveilles.Jusqu\u2019en décembre 1954, de Belgrade jusqu\u2019à la Turquie, de l\u2019Iran au Pakistan et à l\u2019Afghanistan (alors que Bouvier et son compagnon se séparent à Kaboul) , L\u2019usage du monde relate cette aventure exceptionnelle au fil de descriptions à la fois vaporeuses et organiques, et de rencontres inédites.Mais c\u2019est aussi, puisque tout voyage se nourrit de l\u2019immobilité, le livre du mouvement et de l\u2019attente.D\u2019abord refusé par Arthaud et par Gallimard, le livre sera publié pour la première fois chez Droz, à Genève, en 1963.Au sein de la littérature de voyage du XX® siècle.L\u2019usage du monde, même s\u2019il a mis du temps à s\u2019imposer, occupe désormais une place à part.Il faut lire ensuite Le pois-son-scorpion (Folio, 1996), peut-être le chef-d\u2019œuvre de Bouvier, pour savoir comment ce voyage s\u2019est réellement terminé, dans quelle partie marécageuse de l\u2019âme \u2014 et du Sri Lanka \u2014 Bouvier a échoué.Pour souligner les 50 ans de la première publication.Boréal et La Découverte proposent une nouvelle édition.magnifique et cartonnée, de ce livre-culte.Voyager à la façon de Vila-Matas Les romans d\u2019Enrique Vila-Matas sont toujours une expérience.Cet Espagnol né en 1948, fidèle à son habitude {Le mal de Montano, Bartleby et compagnie, Bourgois, 2003 et 2002, etc.), brouille encore une fois les cartes sans tarder et nous entraîne dans cet espace flou \u2014 et apparemment Infini \u2014 qui sépare la réalité et la fiction.Un espace dans lequel, plus qu\u2019aucun autre écrivain vivant peut-être, il se sent particulièrement à l\u2019aise.D\u2019emblée, le narrateur Impressions de Kassel est convié à un dîner où lui sera révélée (tenez-vous bien) «la solution du mystère de l\u2019univers».L\u2019Invitation lui est transmise de la part d\u2019un couple de richissimes mécènes, les McGuffln, par l\u2019entremise d\u2019un Intermédiaire tout aussi mystérieux.Un mcguffin, notons-le, est aussi (et peut-être surtout) un concept forgé par Alfred Hitchcock pour désigner un élément narratif sans Importance réelle dans un récit \u2014 une sorte de fausse piste.Et les fausses pistes pullulent, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire, dans les livres du Catalan narquois.On l\u2019invite à participer, comme écrivain en résidence, à la Documenta, une exposition d\u2019art moderne et contemporain qui se tient tous les cinq ans à Kassel, VOIR PAGE F 2 VOYAGE Louis Hamelin et la métaphysique du cannibalisme Page F 5 '% Voyage au pays des langues et des grammaires Page F 6 11 'lî'lWÎîll Voyage littéraire en Acadie Page F 8 GREGORY BAUM Fernand Dumont vu autrement Gregory Baum DUMONT UN SOCIOLOGUE SE FAIT THÉOLOGIEN NOVALIS 208 pages \u2022 27,95$ F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUIN 2014 LECTURES D\u2019ETE VOYAGE SUITE DE LA PAGE F 1 en Allemagne.Il lui faudra ainsi écrire en public dans un restaurant chinois et donner pour l\u2019occasion une petite conférence.Impressions de Kassel est un « reportage romancé » sur sa participation à la Documenta.Malgré ses scrupules, qu\u2019il exagère sans doute, Vila-Ma-tas (ou son narrateur) finit par accepter et par se pointer là-bas.Il nous le raconte et mélange un peu tout au fil de digressions qui nous promènent entre Raymond Roussel, les Beatniks, les fantômes du nazisme et Robert Walser.Incapable de se mouvoir ailleurs que dans le cadre d\u2019une fiction, le narrateur décide de se créer pour l\u2019occasion un double du nom de Pi-niowsky (un personnage d\u2019une nouvelle de Joseph Roth) afin d\u2019écrire à sa place.Pour ce séjour mal parti et vite déjanté, Vila-Matas adopte pour leitmotiv un cons,eil de Mallarmé au peintre Edouard Manet: «Peindre non la chose, mais l\u2019effet qu\u2019elle produit.» Sous sa plume, à son tour, ce voyage au cœur de la nébuleuse de l\u2019avant-garde contemporaine devient pour le lecteur une expérience un peu étourdissante, une balade dans un champ de mines où les certitudes s\u2019évanouissent les unes après les autres.En Allemagne, à Kassel, loin de son «pays assommant» (l\u2019Espagne), notre homme se frotte ainsi à diverses installations d\u2019art contemporain, angoisse et se laisse tout à la fois agréablement stimuler : l\u2019effet produit en lui par certaines œuvres de cette édition de la Documenta modifie, croit-il, sa «façon d\u2019être».Il y retrouve même le souvenir de ses premiers pas artistiques.Mais notoi-rement para-noïaque (entre autres ici à propos de la Chine) et rébarbatif, il nous confie avoir toujours désiré échapper à la littérature et s\u2019ouvrir à d\u2019autres formes artistiques.Mais c\u2019est peine perdue.Il nous mène en bateau.Collaborateur Le Devoir MOSCOU BABYLONE Owen Matthews Traduit de l\u2019anglais par Karine Reignier-Guerre Les Escales Paris, 2014, 384 pages L\u2019USAGE DU MONDE Nicolas Bouvier Boréal Montréal, 2014, 384 pages IMPRESSIONS DE KASSEL Enrique Vila-Matas Traduit de l\u2019espagnol par André Gabastou Christian Bourgois éditeur Paris, 2014, 364 pages Rectificatif Dans la critique du roman Poisson d\u2019avril (Boréal, 2014), signée par Catherine Lalonde et parue le samedi 7 juin en page E 2 sous le titre «La Yougoslavie, c\u2019est lui», on aurait dû lire que Da-ruvar, où est né l\u2019auteur Josip Novakovich, est une ville de la Slavonie, en Croatie, et non de la Slovénie.Nos excuses.Haletant, poignant, irrésistible de drôlerie, le nouveau roman de Didier van Cauwelaert nous plonge dans la tourmante d\u2019une amitié encore plus ravageuse que la passion.Lepiinc-ipe (le Pauline ^l»in Michel Didier C^elaert La femme de nos vies « Le meilleur livre de Pannée est.La femme de nos vies!» Le Club des Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal décerne son prix au roman de Didier van Caulwelaert.Ml»\u201e Michel I Albin Michel LITTERATURE ERANÇAISE Téléromans CHRISTIAN DESMEULES Drôle de phénomène littéraire, cette Katherine Pan-col, poids lourd de l\u2019industrie littéraire française, qui débarque une fois de plus avec une trilogie romanesque tissée de bons sentiments, de secrets familiaux, de drames et d\u2019exotisme bon chic bon genre.Parue entre 2006 et 2010, sa trilogie précédente \u2014 Les yeux jaunes des crocodiles, La valse lente des tortues, Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi, titre ridicule s\u2019il en est un (tous chez Albin Michel) \u2014 se serait semble-t-il vendue à six millions d\u2019exemplaires en Prance seulement, en plus d\u2019avoir été traduite en une trentaine de langues.Muchachas, dont les deux premiers tomes viennent de sortir coup sur coup (le troisième est attendu, juste à temps pour les vacances d\u2019été), prend sa source, nous assure l\u2019auteure, dans une scène à laquelle elle a elle-même assisté dans un café du sud-ouest de la Prance, où un mari avait frappé son épouse devant leurs deux enfants.Disant chercher à comprendre et la violence et la soumission, l\u2019écrivaine ne plonge toutefois PANCOL pas très loin dans la psychologie de ses personnages, qu\u2019ils soient bourreaux ou victimes.L\u2019œuvre de Katherine Pan-col, ancienne journaliste au Cosmopolitan, abonnée aux grands tirages dès l\u2019âge de 25 ans avec Moi d\u2019abord (Points-Seuil, 1998), son premier roman, est traversée par nombre de figures de femmes éprises de liberté.Une quinzaine de titres plus tard, la constante se vérifie toujours.Les fidèles auront une raison supplémentaire de se réjouir, puisque Pancol y convoque des personnages nés dans unç précédente série.A coups de flash-back répétés, on évolue entre les beaux quartiers de Paris, de New York, de Londres, de Miami et une petite ville de Bourgogne où tout le monde semble étouffer.Stella, une ferrailleuse violée par son père (qui d\u2019ailleurs n\u2019est peut-être pas son père), fait courageusement face à son passé tout en essayant d\u2019aider sa mère, battue et terrorisée depuis toujours par son mari, un bellâtre local qui joue les mafieux de l\u2019ombre.On y croise aussi une écrivaine à succès empêtrée dans la toile de sa famille recomposée et de ses doutes amoureux.LOÏC VENANCE AGENCE ERANCE PRESSE L\u2019auteure Katherine Pancol a puisé dans une scène à laquelle elle a elle-même assisté dans un café du sud-ouest de la France pour rédiger sa série Muchachas.Une jeune designer de mode et son amoureux musicien.Cette pétarade romanesque est gonflée, comme il se doit, par d\u2019abondants dialogues.Vraie trilogie ou roman obèse (et poussif) découpé en trois grosses rondelles ?Alors que Les Inrocks parlent de «littérature démagogique», qu\u2019on pourfend à gauche et à droite son absence de style en enfonçant des portes ouvertes, rien ne semble arrêter son succès.Les chiens aboient et la caravane passe.Si Pancol a l\u2019ambition, comme elle le dit, de mettre la «vraie vie» dans un roman, elle le fait en empruntant la voie la plus facile: c\u2019est-à-dire à coups de clichés, de personnages caricaturaux et unidimensionnels.Bien sûr, forcément, il y a d\u2019interminables longueurs \u2014 surtout dans le premier tome.Mais si l\u2019on arrive à s\u2019attacher à ces personnages et à s\u2019intéresser à ces histoires, tout en sachant se contenter de peu, Muchachas («filles» en espagnol) n\u2019est sûrement pas la plus terrible des façons de perdre son temps.De la littérature à l\u2019eau de rose, moralisatrice et tirée par les cheveux.Collaborateur Le Devoir MUCHACHAS TOMES 1 ET 2 Katherine Pancol Albin Michel Paris, 2014, 432 et 410 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Vœu de silence La première fiction d\u2019Étienne Beaulieu est un récit initiatique sur l\u2019ambiguïté de la création CHRISTIAN DESMEULES Samuel Gaska, «fils de Polonais initié aux secrets d\u2019un paysage nouveau, rêvant d\u2019Amérindiens improbables et de divinités sans visage», dont le nom, nous apprend-il, signifie «oiseau», éprouve le besoin de revenir sur de «minuscules événements» survenus en 2001.Son père souhaitait qu\u2019il devienne musicien et a tout fait pour qu\u2019il le devienne.Alors que lui ne se demande depuis toujours qu\u2019une seule chose: «Comment me débarrasser de tout cela, de la musique qui suinte par mes pores ?» Il aurait pu être dégoûté à tout jamais de la musique, vrai, mais il est pourtant devenu musicien (et compositeur), en conformité avec l\u2019injonction paternelle.Pour Je meilleur ou pour le pire.A ses yeux, l\u2019erreur «n\u2019est pas un monde sans musique, mais l\u2019inverse, un monde sans silence».Hypersensible, peut-être un peu dépressif, il partageait sa vie avec Pascale, une écrivaine, avant qu\u2019un drame ne survienne sur une petite île au Nouveau-Brunswick où le couple avait loué un chalet.Un lieu où son besoin de réel et sa fascination pour les oiseaux migrateurs se répondaient, baignés dans «la lumière du réel le plus pur».Mais la «défaillance de Pascale», une tentative de suicide avant leur rupture, marquera un vrai tournant.Oiseaux de lumière Tandis qu\u2019il est lui-même quitté par sa compagne, Gaska abandonne progressivement la musique, qui lui apparaît de plus en plus «comme un mensonge insupportable».«Tout ce qui m\u2019arrivait, écrit-il, ne faisait pas véritablement partie de ma vie, je me regardais vivre comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une expé- Déchiré entre l\u2019art et le réel, attiré par le silence, Gaska rêve d\u2019une existence plus simple rience théâtrale très moderne.» Déchiré entre l\u2019art et le réel, attiré par le silence, Gaska rêve d\u2019une existence plus simple, conforme à sa «presque absence au monde des hommes».Ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019entreprendre pour eux (c\u2019est-à-dire pour nous), de façon paradoxale, cette confession un peu figée, à la tonalité vaguement mystique.«Dans le ciel immense de Winnipeg, où j\u2019habitais maintenant seul comme un oiseau migrateur égaré».Revenu à Montréal après un incident qui lui a valu deux années moins un jour de pénitencier dans l\u2019Ouest canadien, là où il a Troi\" ni lUMiiRi POUR SaMUI I connu «la joie sans nom de celui qui s\u2019enfonce dans l\u2019ombre», il ressuscite, absorbé par le silence et par la foule de tous ceux qui, sans chercher à expliquer ou à embellir l\u2019existence, se contentent de vivre.Trop de lumière pour Samuel Gqska, première fiction d\u2019Etienne Beaulieu, cofondateur des cahiers littéraires Contre-Jour et essayiste qui a enseigné durant quelques années la littérature dans une petite université de l\u2019Ouest canadien, est un récit plat, sans la moindre aspérité \u2014 autant de sentiments que de style \u2014, en accord d\u2019une certaine façon avec ce pas de côté qui caractérise toute l\u2019existence de son protagoniste.Trop de lumière pour Samuel Gaska est l\u2019histoire d\u2019une révélation et d\u2019une renaissance.A travers ce récit initiatique plutôt timide où la métaphore aviaire est peut-être un peu lourde, mélange de vraie fiction et d\u2019autobiographie cryptée, Etienne Beaulieu aborde ici certains des thèmes qu\u2019il pourchasse depuis longtemps : la lumière, l\u2019espace, le silence.Collaborateur Le Devoir TROP DE LUMIÈRE POUR SAMUEL GASKA Etienne Beaulieu Lévesque éditeur Montréal, 2014, 114 pages Nos livres chauds Pour se remplir les bajoues Les chefs-d\u2019œuvre n\u2019ayant pas besoin en été d\u2019être très longs, relire, dans l\u2019anthologie La poésie québécoise de Laurent Maifiiot et Pierre Nepveu (Typo, 2007), Cousine des écureuils, poème de Michel Garneau, est un bonheur.Consacrées à Emily Dickinson, pionnière d\u2019un lyrisme authentiquement nord-américain, ces pages révèlent la «vieille fille aux yeux de confitures/cachant la littérature dans son tablier» comme un rien magique.Michel Lapierre Pour rêver grand Se plonger dans l\u2019œuvre de Suzanne Jacob pour savourer une grande écriture et un monde puissant Commencer par les nouvelles sublimes de La survie (BQ), poursuivre par son roman L\u2019obéissance (Boréal) ou encore méditer son essai Histoires de s\u2019entendre (Boréal), sans compter qu\u2019ü faut aussi aller du côté de sa poésie avec Les écrits de l\u2019eau (l\u2019Hexagone) et La part de feu (Boréal).Ces lectures nous rendent plus intelligents! Hugues Corriveau Pour redevenir adolescent La belle saison nous fait parfois regretter cet âge ingrat pendant lequel l\u2019été est synonyme de petits boulots de paresse non coupable.L\u2019intégrale des Raisins (Boréal) du regretté Raymond Plante nous replonge dans cette période en mode réaliste, à travers le regard du«raisin» Erançois Gougeon, héros de quatre romans devenus des classiques jeunesse.Amélie Gaudreau Wlûl/t du CMLCdlfUt Jde BeTH POWNINGify u;,- -, 4\u2019- ^ Distribution Prologue LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUIN 2014 F 3 LECTURES D\u2019ETE Traversée de l\u2019Amérique et amour tragique Danielle Laurin A K Première constatation : ce premier roman de la présentatrice de nouvelles Claudine Bourbonnais témoigne d\u2019une remarqua-ble maîtrise romanesque.Deuxième couche d\u2019appréciation: c\u2019est brillant, documenté.Mais ce qui finit par l\u2019emporter dans Métis Beach, c\u2019est l\u2019histoire, passionnante, riche en rebondissements et, il faut bien le dire, tragique, greffée aux grands bouleversements qui ont secoué l\u2019Amérique du Nord dans la deuxième moitié du XX® siècle.L\u2019écriture est fluide.Peu d\u2019effets de style.Pas de prétention dite littéraire, mais plutôt de l\u2019efficacité, du terre à terre, au service de l\u2019intrigue à multiples tiroirs.Du souffle cependant, beaucoup.Du rythme, malgré l\u2019abondance de détails historiques : quand on commence à se dire que c\u2019est peut-être un peu trop, oups, ça repart.Du déploiement, de l\u2019envergure.De la distance, de l\u2019ironie.Et des personnages bien campés, sensibles, crédibles, loin d\u2019être unidimensionnels, à quelques exceptions près.Du mystère, aussi.Des trous dans la narration, qui nous maintiennent en haleine et qui seront peu à peu comblés.Du suspens, de l\u2019inattendu.Quelques coups de théâtre bien sentis, dont certains machiavéliquement orchestrés, sanglants.On pense à John Irving par moments, ou à Jonathan Fran-zen.Et, quand ça devient grinçant, à Philip Roth.Pour les scènes qui donnent froid dans le dos: à Joyce Carol Oates.Tous des auteurs étasuniens, oui.Un hasard?Retour vers le futur Métis Beach se,passe en grande partie aux Etats-Unis.L\u2019action commence au présent.Ça ne durera pas.Deux petits paragraphes et nous voilà ramenés en arrière.En 1995.Sans savoir au juste combien de temps s\u2019est écoulé entre-temps.La fin du roman, qui se situe en 2003 ou quelque chose comme ça, nous transporte aux deux petits paragraphes du début.A la première phrase surtout : «Le passé est une arme redoutable dans les mains de nos ennemis.» Dans la cinquantaine avancée, le héros.Roman Carr, né Romain Carrier, entreprend d\u2019écrire son histoire, pour rétablir la vérité sur son passé entaché.C\u2019est cette histoire qui va défiler sous nos yeux, de façon non chronologique.D\u2019abord, 1995, donc.Roman Carr est un scénariste réputé à Hollywood.11 connaît un succès fou grâce à sa série télé In Gad We Trust.Succès tardif, à 50 ans, après avoir galéré pour se faire un nom.Succès controversé, aussi: cette série, une comédie satirique, est perçue par la droite conservatrice comme un encouragement au libre choix en matière d\u2019avortement et, pire, comme antiaméricaine parce qu\u2019elle se moque de Dieu et des chrétiens.Le scénariste et son équipe ont les militants pro-vie et les fondamentalistes chrétiens à leurs trousses.Si bien que Roman Carr se voit menacé de censure.On lui demande entre autres de réécrire une scène pour ne pas s\u2019attirer davantage de foudres.Ou plutôt, on lui demande de retrancher une phrase en particulier: «Dieu, quel abruti.» Soit, dans le scénario original en anglais : « What a schmuck.» Pas question de plier pour le scénariste: «Aujourd\u2019hui, c\u2019est une phrase.Et demain, qu\u2019est-ce que ce sera ?» Pour lui, la liberté d\u2019expression, c\u2019est sacré.«J\u2019avais passé ma vie à ga- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Claudine Bourbonnais a créé un récit empli de mystère, où le rêve américain brisé domine.KK J\u2019étais arrivé à Métis en voiture, plus de quatorze heures de route, avec trois valises dans le coffre arrière de l\u2019Audi, C\u2019est tout ce que je rapportais de mes quarante ans d\u2019exil )) CLAUDINE BOURBONNAIS Extrait de Métis Beach gner le droit de m\u2019exprimer, cette liberté totale, sans concession, et je n\u2019allais pas à mon âge, à cinquante ans, bon sang, me laisser dire: Tu ne peux pas dire ça ! parce qu\u2019une bande de fanatiques pourraient se sentir offensés?» Mais il finit malgré tout par se rendre à l\u2019évidence du compromis.11 s\u2019apprête à se rendre au studio télé avec Ann, la femme qu\u2019il aime et sa collabo-ratrice sur le scénario A\u2019In Gad We Trust, quand le téléphone sonne.Cet appel va bouleverser sa vie.Sa vie, en fait: une «suite tragique de dominos».Depuis qu\u2019il a été soupçonné faussement de viol à 17 ans, tout a déboulé, tout s\u2019est enchaîné.Oh, il a eu de belles périodes d\u2019éclair-cies, plusieurs nouvelles chances de recommencer sa vie.Mais chaque fois, la dégringolade, ensuite.La gaffe, la catastrophe.Le drame tragique.Nous remontons jusqu\u2019à ses années de jeunesse, dans son village natal en Gaspésie.A Métis Beach.Ou plutôt, dans l\u2019enclave francophone ouvrière de ce centre de villégiature envahi durant l\u2019été par de riches anglophones propriétaires de luxueuses maisons.«Etrangement, je ne me souviens pas d\u2019avoir envié leur richesse.C\u2019était d\u2019abord leur liberté que f enviais, celle, arrogante et pleine de défi, des garçons de mon âge ou un peu plus âgés [.]» Le goût, le besoin, le parti pris de la liberté : une idée fixe, chez le héros, dès l\u2019adolescence.Et qui le restera toute sa vie.Aussi le thème central de Métis Beach.son autobiographie.On assistera, à travers son histoire à lui, à la lutte des droits des Noirs, à la guerre du Vietnam avec ses mouvements de contestation et ses déserteurs, à l\u2019éclosion du féminisme, aux rassemblements hippies, aux années sida, à la montée de la droite religieuse, à l\u2019effondrement des tours jumelles, à l\u2019engage-ment américain dans la guerre en Irak.Et on verra défiler plusieurs icônes des baby-boomers qui ont transcendé les époques: James Dean, Jack Kerouac, Joan Baez, Bob Dylan.La reconstitution historique, brassage d\u2019idées inclus, n\u2019est jamais plaquée.Presque aussi convaincante que celle orchestrée par Stephen King, mais concentrée sur les années 1950-1960, dans son merveilleux roman 22/11/63 (Albin Michel, 2011).Encore un auteur étasunien, tiens.C\u2019est bien le rêve dit américain qui domine dans Métis Beach.Mais le rêve brisé, au final.Et si un vent de liberté, comme un appel, traverse le roman, il y a aussi le sentiment de culpabilité qui revient constamment.Comme l\u2019envers de la médaille, le prix à payer.En amont: la trahison, la jalousie.La filiation.L\u2019amitié.Et l\u2019amour.L\u2019amour, surtout.Grand roman d\u2019amour tragique.Métis Beach.Comme on peut en trouver ici et ail-l,eurs, pas seulement aux Etats-Unis.MÉTIS BEACH Claudine Bourbonnais Boréal Montréal, 2014, 456 pages Portrait d\u2019époque On voit Romain Carrier tomber amoureux d\u2019une jeune fille de son âge qui appartient au clan des riches.On le voit vivre sa première relation sexuelle avec elle.Et s\u2019enfuir en catastrophe à New York, en 1962, parce que soupçonné d\u2019un viol qu\u2019il n\u2019a pas commis.On le retrouvera ensuite à San Francisco, puis à Los Angeles, et encore à New York, avec entre-temps un passage éclair au Québec, en 1995, en plein référendum sur la souveraineté.On le suivra ainsi jusqu\u2019à ce que, brisé, anéanti à tous points de vue, il rentre dans ses terres et décide de s\u2019atteler à l\u2019écriture de ?i^GaspardlE DEVOIR ^LMARÈS Du 2 au 8 juin 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Fanette \u2022 Tome 7 Honneur et disgrâce\tSuzanne Aubry/Tibre Expression\t-/I 2 ta vie sucrée de Juiiette Gagnon \u2022 Tome 1\tNathalie Roy/Tibre Expression\t1/3 3 tes années de piomb \u2022 Tome 2 Jours de coiére\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t2/4 4 Tes héritiers du fleuve \u2022 Tome 319184929\tTouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean 3/9\t 5 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal \u2022 Tome 2\tMichel David/Hurtubise\t4/11 6 Métis Beach\tClaudine Bourbonnais/Boréai\t5/5 7 Ces mains sont faites pour aimer\tPascale Wilhelmy/Tibre Expression\t6/5 8 Confessions d'une céiibafaire.incorrigibie\tM.Beaubien | J.Normantfn/Tes Érfteurs réunis 7/4\t 9 Tes hérifiers du fleuve \u2022 Tome 2 1898-1914\tTouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean -/I\t 10 Mensonges sur le Plaleau-Monl-Royal \u2022 Tome 1\tMichel David/Hurtubise\t9/11 Romans étrangers\t\t 1 Te bleu de les yeux\tMary Higgins Ciark/Aibin Michel\t1/3 2 Une aufre idée du bonheur\tMarc levy/Robert Taflont | Versilio\t2/6 3 Cenlral Park\tGuillaume Musso/XO\t3/10 4 Joyland\tStephen King/Aibin Michel\t4/3 5 T'allée du sycomore\tJohn Grisham/Tattès\t5/4 6 Six ans déjà\tHarian Coben/Beifond\t6/4 7 Charmanl pélard\tChristina Tauren/Homme\t7/2 8 Te chardonnerel\tDonna Tartt/Plon\t9/21 9 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancoi/Aibin Michel\t8/9 10 Ta clé de Salomon\tJosé Rodrigues dos Santos/H C\t-/I Essais québécois\t\t 1 Poing de mire\tNormand Tester/Homme\t1/8 2 Consfifuer le Québec.Pisfes de solution pour une.\tRoméo Bouchard/Atelier 10\t2/3 3 Ta revanche des moches\tTéa Clermonl-Dion/VTB\t5/9 4 Paradis fiscaux : la fliiére canadienne\tAlain Deneauif/Ecosociéfé\t10/15 5 Conles el comples du prof Tauzon \u2022 Tome 5\tTéo-Paul Tauzon/Michel Brûlé\t-/I 6 Te corps-marché\tCéline Talonfaine/Seuii\t-/I 7 Te cimeliére des humanilés\tPierre-Tuc Brisson/Poêles de brousse\t3/3 8 Tes Iranchées.Malernilé, ambigüilé el féminisme.\tFanny Brift/Alelier 10\t-/I 9 Ta souverainelé dans l'impasse\tSerge Canlin/PUT\t-/I 10 Tafghanicide\tMarlin Forgues/VTB\t6/5 Essais étrangers\t\t 1 Te capilal au XXI' siècle\tThomas Pikefty/Seuil\t1/5 2 Ta grande vie\tChrisfian Bobin/Gaiiimard\t4/13 3 Ta vérilé sur les médicamenls\tMikkel Borch-Jacobsen/Édilo\t5/17 4 Plaidoyer pour l'allruisme.Ta force de la bienveillance Matthieu Ricard/NIT\t\t2/32 5 Regarde les lumières, mon amour\tAnnie Emaux/Raconfer la vielSeuii\t10/5 6 Te nouvel arl de la guerre.Dirly Wars\tJeremy Scahill/Tux\t3/2 7 Commenl le voile esl devenu musulman.\tBruno Nassim Aboudrar/Flammarion\t-/I 8 Conslruire l'ennemi.El autres écrits occasionnels\tUmberto Eco/Grassel\t8/2 9 Te paradigme de l'art contemporain\tNafhaiie Heinich/Gallimard\t-/I 10 Tes somnambules.Été 1914, commenl l'Europe.\tChristopher Clark/Flammarion\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gdsjdrû sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Gdspsré et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet GdspdrÉ.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.Nos livres chauds Souvenirs de Buk J\u2019avais 20 ans.Je lisais Bukowski avec une délectation gourmande.Entre amis, nous commentions ses frasques en riant et en buvant de la bière.Je renouerai avec ce plaisir coupable, cet été, en lisant Shakespeare n\u2019a jamais fait ça (Points, 2014), le récit de sa tournée européenne de 1978.Louis Cornellier Pour entretenir sa parano Le livre ultime sur la vie quotidienne en URSS où tout le monde épiait tout le monde, forçant chacun à chuchoter ses commentaires, doit bien être Les chuchoteurs.Vivre et survivre sous Staline (Gallimard), de l\u2019historien britannique Orlando Figes, salué comme un chef d\u2019oeuvre dès sa publication en 2007.L\u2019édition en format poche vient de paraître en français.L\u2019ouvrage savant et minutieux, jamais ennuyant, porté par un souffle littéraire, propose une galerie de portraits personnels entrecoupés d\u2019explications sur une société de mensonges, de misères et de méchancetés tout entière consacrée à broyer l\u2019humain jusque dans son intimité profonde.Stéphane Baillargeon Paysages provençaux Rien de plus dépaysant et nourrissant que l\u2019œuvre d\u2019Henri Bosco, en plein rêve de soleil.Tout Bosco nourrit l\u2019âme et la comble, surtout et encore Le mas Théotime (1945), Malicroix (1948), L\u2019âne Culotte (1937), Hyacinthe (1940) ou Tante Martine (1972, tous réédités chez Folio).Le ravissement du mistral, de l\u2019âme des greniers, de la garrigue entre Lourmarin et le Luberon où vivent des personnages fabuleux.Hugues Corriveau En vente dans toutes les librairies, sauf Renaud-Bray.Max FERANDON Un lundi sans bruit J L DIFFUSION DIMEDIA F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUIN 2014 LECTURES D\u2019::: La Vitrine Antonio Tabucchi Voyages et autres voyages TruA di S ulin par Brmni Cc/nan RECITS DE VOYAGE VOYAGES ET AUTRES VOYAGES Antonio Tabucchi Traduit de l\u2019italien par Bernard Comment Gallimard Paris, 2014, 283 pages « Je suis un voyageur qui n\u2019a jamais fait des voyages pour les écrire.» La chose, dit Tabucchi, lui aurait semblé aussi aberrante que de vouloir tomber amoureux pour écrire un livre sur l\u2019amour.Cet Italien, qui avait f^it du Portugal sa seconde patrie, a beaucoup vadrouillé.A la façon des intellectuels.S\u2019il s\u2019est rendu en Inde, en Australie, au Mexique ou ailleurs, à la faveur d\u2019un congrès d\u2019écrivains ou poussé par une curiosité innée, il a constamment le souci de se faire accompagner en esprit par une œuvre.Comment parcourir les rues de Buenos Aires sans Borges ?Que signifie Lisbonne sans Pessoa ?Tabucchi évoque ainsi ces villes du désir, ces villes dont l\u2019existence même pâlit devant la représentation qu\u2019en ont donnée des écrivains.Pensons au Combray de Proust, au Dublin de Joyce, à l\u2019Alexandrie de Durrell.Pour l\u2019amateur d\u2019art, de littérature pour qui le fait même de vivre est fascination, ce recueil de textes est un incontournable.Rien d\u2019un livre essentiel, mais le charme d\u2019une conversation qu\u2019anime une culture vivante.On est loin de ces voyages organisés, dont Tabucchi se moque d\u2019ailleurs.Petite note d\u2019intérêt purement local : Tabucchi, qui connaissait un peu le Québec, y est revenu, fasciné qu\u2019il avait été par le fdm Mon oncle Antoine de Claude Jutra ! Gilles Archambault ^IMER.JUBILEF ESSAI AIMER, MATERNER, JUBILER UlMPENSÉ FÉMINISTE AU QuÉBEC Annie Cloutier VLB éditeur Montréal, 2014, 230 pages Si on a vu un certain brouhaha médiatique autour de la sortie du premier essai d\u2019Annie Cloutier, formée à la sociologie mais connue davantage comme auteure de romans \u2014 Une belle famille (Triptyque, 2012) \u2014, le réel débat sur la façon de penser la maternité et de considérer les mères à la maison à travers une pensée et une stratégie féministes n\u2019aura finalement pas eu lieu.Cloutier veut démontrer ici que le féminisme au Québec s\u2019est acoquiné au néolibéralisme, devenant du coup exclusif et excluant.Si on la suit lorsqu\u2019elle analyse les politiques familiales et ce qu\u2019elles insinuent comme suggestions sociales, l\u2019auteure se perd rapidement dans les stéréotypes \u2014 son portrait final de la mère conciliant travail-fa-mille n\u2019est que caricature \u2014, les surgénéralisations, les sources faibles (la romancière américaine Elizabeth Gilbert?ses amies ?.) et des fautes qui n\u2019auraient pas dû survivre à l\u2019édition {«ne consacrent par la part congrue de leur enfance» ; «la bonne fois des militantes féministes»).Plus on avance dans la lecture, plus la pensée s\u2019amenuise, grugée par les témoignages intimes de l\u2019auteure.Au lieu d\u2019apporter densité, émotivité, intuitivité, comme c\u2019est le cas lorsque la réflexion est solide (les meilleurs Nancy Huston; Siri Husvedt, ou, ici, Nicolas Lévesque), ces «ego-arguments» démolissent d\u2019eux-mêmes la construction.Exemple ?«Mais l\u2019instinct maternel existe.Je suis cet instinct.Il est moi.» Eh ben.Un livre faible à penser et faible tout court, sur un sujet qui devrait pourtant se retrouver davantage, et d\u2019autant plus intelligemment, sur la place publique.Catherine Lalonde L\u2019AGENDA L\u2019HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVDS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi De la réflexion dans les contraintes d\u2019nne case FABIEN DEGUISE Qui a dit que l\u2019été devait immanquablement rimer avec légèreté ?Certainement pas les bédéistes qui, à l\u2019approche de la belle saison, ont plusieurs œuvres denses à proposer, pour s\u2019ouvrir l\u2019horizon dans l\u2019espace contraint d\u2019une planche dessinée.La preuve, en trois temps.Réfléchir sur le travail avec Platon La Gaffe, de Jul et Charles Pépin (Dargaud, 2014).Le duo qui a donné naissance à La planète des sages (Dargaud, 2011), encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies, format illustré, revient dans une tonalité presque similaire avec ce nouvel assemblage de planches et de textes qui explorent la notion de survie «au travail avec les philosophes».L\u2019idée n\u2019est pas totalement loufoque.Elle réunit Pascal et Michel Eoucault autour de la question de la surveillance des communications électroniques des employés par leurs patrons, convoque Rousseau, Socrate et Diogène sur le thème des espaces de travail à aire ouverte ou encore Walter Benjamin pour réfléchir sur la notion d\u2019amitié au travail.Pouvoir, délocalisation, harcèlement, vendredi décontracté \u2014 que les Anglos nomment\tWear\u2014, innovation, tyrannie de l\u2019urgence, tout y passe ou presque avec la même recette: une planche qui extrait l\u2019absurde comique du propos et un texte qui philosophe dessus avec contenu et décontraction.Drôle et brillant en même temps.Réfléchir sur les médias et le journalisme avec La machine à influencer de Brooke Gladstone et Josh Neufeld (Çà et là, 2014), en traduction de l\u2019anglais.Cette rencontre entre un dessinateur dans la marge et une des figures réflexives de la radio publique américaine \u2014 NPR, c\u2019est son acronyme \u2014 peut laisser présager un règlement de comptes, celui d\u2019une vieille journaliste avec son milieu.Mais il n\u2019en est rien.Avec finesse et élé- gance, Brooke Gladstone propose plutôt ici une incursion vachement bien documentée dans un univers en mutation qui agace parfois avec ses dérives et ses contradictions.La réflexion est nourrie de l\u2019intérieur.Elle se promène entre passé, fondement et présent, entre exemples précis et commentaires subjectifs, pour aborder la question de la superficialité, de la complaisance envers le pouvoir, du glissement sournois du journalisme vers les relations publiques, du manque d\u2019esprit critique, de l\u2019engouement pour l\u2019info-diver-tissement, du culte de l\u2019anecdote, du détournement de statistique, du manque de profondeur.pour ne citer que ces thèmes-là.C\u2019est critique, lucide, sans concession.Et c\u2019est bon.Albert Camus a dit un jour que la «presse libre peut sans doute être bonne ou mauvaise, mais sans liberté, elle ne peut pas être autrement que mauvaise».Gladstone, qui cite l\u2019existentialiste français, elle, démontre que le lien de cause à effet tient également pour la bande dessinée.Réfléchir sur le capitalisme, avec et sans visage humain, avec Lip, des héros ordinaires, de Laurent Galandon et Damien Vidal (Dargaud, 2014).Souligner que la préface est signée Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche radicale française, risque, à tort, d\u2019acculer le bouquin dans la catégorie des diatribes altermondidistes abusant du pathos.Et ce serait dommage, car ce bouquin est bien plus que ça: le récit solide et humain d\u2019une lutte ouvrière qui s\u2019est jouée entre 1973 et 1974 à Besançon, en Erance, dans une usine de montres et d\u2019horloges.Les actionnaires, des Suisses, voulaient la fermer sous des prétextes fallacieux.Les travailleurs ont résisté, pour sauver leur emploi, mais également pour défendre un modèle de société et un cadre du vivre-ensemble qu\u2019ils croyaient justes.L\u2019histoire est exposée du ParfoiS/ les préjugés se conjuguent, ce qui conduit a un journalisme extrêmement trompeur.I \\ SOURCE ÇA ET LA Image tirée de La machine à influencer point de vue de Solange, victime de ce démantèlement, qui va dœ çider de ne pas se laisser faire.A l\u2019époque, le libéralisme économique sauvage n\u2019a pas encore atteint totalement son odieux paroxysme.Revenir, en particulier et en dessins, sur ce détail du passé permet par moments de mieux éclairer le présent.Le Devoir Sortir de soi-même et s\u2019en sortir Se faire plaisir à sentir la langue raconter et vous porter vers d\u2019autres terres ou d\u2019autres esprits, toutes vies rapaillées ainsi.Voici quelques ouvrages choisis pour sortir de soi-même sans s\u2019oublier.GUYLAINE MASSOUTRE Philippe Delerm n\u2019avait plus publié de roman depuis quelques années, s\u2019en tenant aux formes brèves du récit et de l\u2019humeur réagissant au temps.Il revient avec un livre très réussi.Elle marchait sur un fil (Seuil), dont l\u2019objet-livre tMILIE DEMERS Saute-^o't' I I Les heures bleues Pour tous les goûts, pour tous les âges.Saute-Mouton INC Texte et illustrations : Emilie Demers 32p; 19.95$ Labecedaire des DEMOISELLES D'ANGRIGNON Wabakin ou : Quatre fenêtres sur la Célyne Fortin 85 p.; 19.95$ Au même moment Jean Charlebois; photographies de Michel Tulin 152 p.; 21.95$ POUR GENEVIEVE AUTRES TOMBEAUX Abécédaire des demoiselles d\u2019Angrignon Texte et « sculptures-personnages » François Hébert 64 p.; 19.95$ Pour plus d\u2019informations, Joignez-nous surfacebook.Mémorial pour Geneviève et autres tombeaux Julie Stanton; photographies de Régis Mathieu 127 p.; 19.95$ est un pur joyau éditorial.Avec sa peau satinée de papier crème, ses pages douces à caresser, le livre est aux antipodes de l\u2019écran froid, porteur d\u2019une fragilité distincte.Et le texte est à l\u2019avenant, soigné.Il raconte l\u2019histoire d\u2019une femme dans la cinquantaine qui recommence sa vie.Ou plutôt qui la continue sans l\u2019homme aimé, et sans l\u2019avoir décidé.Bilan d\u2019un creux existentiel et de sa remontée, le fil à suivre est avant tout celui de l\u2019écriture, si naturelle, si empathique et limpide que le fil se déroule comme son titre, entre le trop dire et le pas assez lâché, juste, simple et crédible.On ne vous dira pas l\u2019histoire, sinon qu\u2019elle rend hommage au théâtre et que cette femme imaginaire ressemble grandement à son auteur.Livre de plage en ce qu\u2019il nous transporte en Bretagne, ce roman inattendu chez Delerm puise une expérience de la vie dans la langue et dans l\u2019expression souple d\u2019un équilibre à portée de main.Traversées de cultures Colette Eellous n\u2019est pas davantage une étrangère des lettres.Dans La préparation de la vie (Gallimard), elle reprend son autobiographie.Née Tunisienne en 1950, devenue Parisienne à 17 ans, elle paie sa dette en forme d\u2019hommage à Roland Barthes, maître de sa génération, mais aussi ami fréquenté dans le groupe des étudiants dont il aimait s\u2019entourer.C\u2019est l\u2019occasion de revoir toute cette Tunisie quittée par force de la guerre.Tunisie ai- mée, retrouvée comme l\u2019identité première, racontée avec toutes ses odeurs, ses couleurs, sa douceur de vivre et son passé.Mais aussi Tunisie happée par les événements qui déchirent le Moyen-Orient et le Maghreb depuis des années.Une Tunisie qui cherche à ne pas disparaître complètement de la démocratie qui la fit exister.Eellous est une grande voyageuse, écrivaine, journaliste, femme et mère.Tous ces aspects de l\u2019amour et de l\u2019être sont ici exposés.Des photos ponctuent l\u2019ouvrage, lui aussi très soigné.Nulle expérience sinon la lecture ne permet de constater à quel point les sensibilités se distinguent et les expériences se complètent.D\u2019un livre à l\u2019autre, roman ou récit, l\u2019amour est un véhicule qui se décline non seulement avec les êtres, mais avec les lieux, les objets, les projets partagés.L\u2019ouverture au monde caractérise ce livre paisible, cette voix posée.Fréquentations multiples Autre écriture, du tout au tout opposée, sauf pour revendiquer la vérité.Catherine Millet, dans Une enfance de rêve (Elammarion), propose un rap-port au vécu dans l\u2019intelligence froide du savoir : le souvenir est pointilleux, méthodique, sans affect, exempt surtout de mélancolie.Directrice à\u2019Art Press et critique d\u2019art contemporain, connue du grand public pour son libertinage {La vie sexuelle de Catherine M., Seuil, 2001), Millet raconte sans complaisance son enfance et sa famille jusqu\u2019à son extinction.On sera sidéré par cette mémoire, sinon exhaustive, du moins si précise que le réel y est découpé au scalpel.Le passé fait image, chez Millet, et elle décrit celle-ci.L\u2019intérêt, au-delà du personnage loin de revendiquer le plaisir, tient à ce qu\u2019on en déduit.La fresque est nette, avec ce qui du monde l\u2019a bâtie.Le récit est donc distancé, mais il raconte pourtant une initiation contemporaine.Il y a une éthique, dans cette façon de déballer et de replacer, qui ne laisse dans l\u2019ombre ni fantasme ni dérive.L\u2019effort est bien de découper, connaître et restituer.On suivra, ou pas, ces anecdotes à vif, serrées avec acuité.Millet ne cherche pas à se faire aimer.Autre suggestion De Erançois Jonquet, Les vrais paradis (Sabine Wespei-ser, 255 pages).Toujours un objet soigné, ponctué de hoquets, de flammèches, de musiques, de défonces et de hurlements.Ce roman initiatique tire lui aussi le fil social, le rapaillage de la mémoire, comme sait le faire un critique d\u2019art doublé d\u2019un journaliste d\u2019enquête.L\u2019auteur est d\u2019ailleurs un collaborateur A Art Press.Autre ton ! Ce roman panoramique se déroule sur cinq ans, de 1979 à 1984.L\u2019auteur se replonge avec exaltation du côté des boîtes de nuit parisiennes, des clubs underground, de la faune branchée, hédoniste, disco, punk, droguée qui les fréquente.De ce «paradis» inversé, son personnage témoigne assurément.L\u2019écriture, touffue et colorée, apparaît, en comparaison des livres ici évoqués, librement zébrée de pulsions et d\u2019appels à la soif inextinguible de toucher le sans-fond des bas-fonds.Haute teneur en drame.Collaboratrice Le Devoir 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUIN 2014 F 5 LECTURES DITE Menu exotique Louis Hamelin ous, on fait dans les sauvages.Ma moitié lit le dernier Joseph Boyden, Dans le grand cercle du monde (Albin Michel, 2014).On y torture beaucoup, à ce qu\u2019il paraît, et non sans un soupçon de complaisance qui pourrait faire penser au sadisme refoulé des auteurs de nos petits manuels d\u2019histoire du cours primaire.Mais bon, c\u2019est correct: c\u2019est la mode.Le nouvel érotisme, sauce Thana-tos.L\u2019ongle arraché est à la série télé contemporaine ce que le sein dévoilé fut à la vieille télévision.Il ne manque plus que John Ralston Saul pour pondre un essai afin de nous expliquer que, puisque la torture s\u2019inscrit dans le grand cercle de la conception du monde autochtone, les Canadiens ont bien fait de la donner en sous-traitance à l\u2019équipe d\u2019experts de la police secrète syrienne.Pendant ce temps, moi, je voyageais au confluent du Rio Parana et du Rio Paraguay, qui drainent tout le cône sud du continent hispano-américain avant de confondre leurs eaux dans l\u2019immense Rio de la Plata.Uancêtre de Juan José Saer est, si on veut, un récit de voyage, d\u2019une époque où ce mot pouvait encore revendiquer pour synonymes découverte et aventure.Une époque où il arrivait que l\u2019exotisme prît la forme de l\u2019anthropophagie, assez loin du buffet en libre-service du tout-compris à Cuba.Je sais bien que je ne devrais pas abuser de ces juxta- positions faciles.Au seizième siècle, la vie de la masse était rude, et quand on rencontrait l\u2019Antre, c\u2019était assez souvent pour le massacrer.Rien à voir avec Père formidable à laquelle nous vivons, avec son (n) autisme électronumérique et ses jeunes de vingt ans qui, selon une étude récente, «n'appartiennent tout simplement pas à un groupe plus grand qu'eux-mêmes».Pour les indigènes que décrit Saer, ce serait plutôt le contraire.Imaginez Julien Gracq racontant la découverte des Amériques et la rencontre de l\u2019Antre.Ça donnerait L'ancêtre de Juan José Saer.Son roman dense, profond, touffu et somptueux, est librement inspiré, semble-t-il, d\u2019une anecdote historique.En 1516, le mousse d\u2019une expédition qui remonte le Rio de la Plata, débarqué en mission de reconnaissance avec un détachement d\u2019une demi-douzaine d\u2019hommes, voit tomber autour de lui ses camarades, exterminés à la fléchette empoisonnée.Lui est épargné, et même adopté ensuite par les Sauvages, qui se montreront à la fois distants et pleins d\u2019égards à son endroit.Après dix ans d\u2019un curieux processus d\u2019intégration, le mousse sera récupéré par une autre expédition.Tartare Premier choc culturel: le festin dont font l\u2019objet ses compagnons.Voir dépecer ses semblables constitue sans doute une surprise désagréable.Mais ensuite, quelque chose prend le dessus.La viande redevient de la viande.«De cette viande qui, par degrés, rôtissait, montait une odeur agréable, intense [.].Son origine humaine avait dis- paru de façon graduelle à mesure que la cuisson avançait.» Fragile humanité, qui ne tient qu\u2019à un branlant échafaudage de tabous.De la peau et de la graisse des Juifs anéantis dont des techniciens s\u2019efforcèrent de tirer des abat-jours et du savon, j\u2019imagine que toute «origine humaine» avait aussi disparu.J\u2019ignore dans quelle mesure Saer s\u2019est abreuvé aux Lévi-Strauss de ce monde, mais ses cannibales n\u2019ont pas grand-chose à voir avec les superstitions animistes les plus simplettes et communément admises, comme : je te mange pour acquérir ta force.Au contraire, ses Indiens consomment de la chair humaine pour se distinguer de la masse informe, de la pâte indifférenciée qu\u2019est à leurs yeux la réalité de ce monde où nous passons tels des ombres.Leur cannibalisme est une sorte de défi au néant qui les guette.Dans L'ancêtre, l\u2019anthropophagie est inexplicable sans la métaphysique.«Ils le faisaient contre leur volonté, comme s'il ne leur était pas possible de s'en abstenir ou comme si cet appétit qui revenait fût, non pas celui de chacun des Indiens considéré séparément, mais l'appétit d'une chose qui, obscure, les gouvernait.» «Le désir avec lequel ils les regardaient rôtir était celui de retrouver non pas le goût d'une chose qui leur était étrangère, mais celui d'une expérience antique incrustée en eux au-delà de la mémoire.» Survivre pour la raconter Il reste à expliquer pourquoi le mousse n\u2019est jamais mangé.Ses ravisseurs ne l\u2019ont pas gardé pour le dessert, il ne devient pas un mousse aux N SOURCE WIKICOMMONS Scène de cannibalisme au Brésil en 1557 représentée sur une gravure de Théodore de Bry fraises ou au chocolat.Il semblerait que la tribu dont s\u2019est inspiré le romancier ait pratiqué ce qu\u2019Alberto Manguel, en postface, appelle un «rituel du survivant».Pour chaque expédition de chasse fructueuse, on laisse la vie à un élu.Traité avec un mélange de déférence, de gentillesse et d\u2019indifférence, ce dernier ne représente la monnaie d\u2019aucune rançon, n\u2019est pas réduit en esclavage ni ne fait l\u2019objet d\u2019une quelconque tentative d\u2019assimilation.Son rôle est autre, comme, de retour, complètement transformé, au vieux monde européen, il le comprendra beaucoup plus tard.«Menacés par ce qui nous régit du fond de l'obscur et qui nous maintient à l'air libre jusqu'au jour oû, d'un geste subit et capricieux, il nous rend à l'indistinct, ils voulaient que de leur passage à travers ce mirage restât un témoin et un survivant qui fût, à la face du monde, leur narrateur.» Aux soi-disant découvreurs qui leur apportent les lumières et les sacro-saintes consolations du christianisme, ces Indiens opposent la vérité crue de leur existence transparente et l\u2019opacité de leur désir : «Nos vies s'accomplissent en un lieu terrible et neutre qui ne reconnaît ni la vertu ni le crime et qui, sans nous dispenser ni le bien ni le mal, nous anéantit, indifférent.» Vraiment rien pour adoucir vos soucis et vo- tre insomnie d\u2019avant l\u2019aurore, j\u2019en ai bien peur, mais la lucidité peut se révéler bien aussi consolante que les incertaines lueurs de la foi.Après avoir si souvent gueulé contre la piètre qualité des traductions qui nous sont proposées, devant ce petit livre dont la prose sensuelle, éblouissante et compliquée se situe à des années-lumière de l\u2019américain traficoté qu\u2019on nous sert trop souvent, je dis : hourra.L\u2019ANCÊTRE Juan José Saer Traduit de l'espagnol par Laure Bataillon Le Tripode Paris, 2014,186 pages Peut-on être saint et bien portant ?GILLES ARCHAMBAULT Né malgré moi dans un coin de pays où les saints proclamés par l\u2019Église catholique ont au moins une ville, un village ou un cul-de-sac qui rappelle leur passage sur la terre, je dois dire que le titre du dernier Eduardo Mendoza n\u2019avait rien pour me titiller.Des vies de saints, il en pleuvait à cette lointaine époque où je craignais qu\u2019on ne me refuse l\u2019entrée dans un bar à cause de mon trop jeune âge.Mais, voilà, l\u2019an dernier, j\u2019avais rendu compte d\u2019un faux polar désopilant de ce romancier catalan, La grande embrouille (Seuil, 2013), un régal d\u2019intelligence et de mauvais esprit.Ses Trois vies de saints ne pouvaient en rien ressembler aux hagiographies qu\u2019on donnait aux élèves méritants de jadis ou aux plus contemporaines élucubrations d\u2019auteurs de best-sellers en quête de revenus en même temps que de certificats de bonne conduite spirituelle.Dans son prologue, Mendoza explique que «les récits qui composent ce livre parlent d'individus [.] qui ne sont pas des saints ou, s'ils le sont, ils appartiennent à une [.] catégorie que l'église ne reconnaît pas, voire condamne.Ce sont des saints dans la mesure oû ils consacrent leur vie à une lutte de tous les instants entre l'hu- Eduardo Mendoza main et le divin».Le royaume de notre écrivain, faut-il le dire, est l\u2019humain.Il sait décrire des personnages et des situations.Son humour ne doit rien à l\u2019ironie.Il aime de toute évidence la vie et ceux qui la peuplent.Des trois nouvelles que l\u2019on trouve dans ce livre, la plus longue, La baleine, illustre parfaitement ce qu\u2019avance l\u2019auteur.L\u2019évêque sud-américain dont doit s\u2019occuper bien malgré elle une famille de Barcelone est très certainement parti «d'une idée fausse, d'un trauma psychologique».Il y a beaucoup d\u2019humour inquiétant dans le périple catalan de ce dignitaire religieux Il y a beaucoup d\u2019humour inquiétant dans le périple catalan de ce dignitaire religieux reçu d\u2019abord en grande pompe puis petit à petit abandonné par le clergé même et par les gens qui l\u2019ont accueilli.Dès les premiers jours, l\u2019oncle Agustîn ne traitait-il pas l\u2019évêque 6'«Indien de merde»?Dans la suite des jours, le dignitaire ecclésiastique, qui n\u2019a jamais abusé de son rang, se verra obligé à abandonner sa tenue vestimentaire, à se mêler aux membres de la famille, à vaquer à certains travaux domestiques, même à accompagner le père alcoolique dans ses tournées.Le reste, la déchéance, suivie d\u2019une résurrection probable, je ^ ne la conterai pas ici.La baleine du titre fait référence à un cétacé exposé aux regards publics que l\u2019évêque en pleine détresse morale vient contempler tous les jours et en qui il voit un envoyé de Dieu.«Des profondeurs de l'océan.Dieu a envoyé cet être ici, à Barcelone, et E m'a envoyé moi aussi de ma terre, de Qua-huicha [.] par un long chemin semé d'embûches et d'humiliations, pour susciter finalement cette rencontre, ici dans la ville comtale, la ville infâme, la rencontre entre ce magnifique représentant de la force divine et ce pauvre représentant des voies impénétrables de Notre-Seigneur.» Et l\u2019évêque qui estimait il y a peu que «l'église est un ramassis de canailles» finira par rentrer dans son pays, non sans avoir commis des gestes que l\u2019on n\u2019associe pas d\u2019habitude aux participants des congrès eucharistiques.L\u2019histoire nous est racontée par un jeune garçon, ébloui et inquiet tout à la fois par l\u2019appari-tion de cet évêque dont la venue n\u2019est pas tellement souhaitée.La famille hôte est de la très moyenne bourgeoisie, le nouvel arrivant d\u2019un milieu pauvre, il est peu instruit.Du contact de ces deux réalités, et du contexte religieux plus que contrasté, émane ce récit inquiétant et merveilleux, drôle et triste aussi.Les deux autres nouvelles, La fin de Dubslav et Le malentendu, si elles se lisent avec grand intérêt, participent à d\u2019autres univers.Elles seraient fort habiles.La baleine, c\u2019est autre chose.Du grand art.De ces récits qu\u2019on souhaiterait allongés et que l\u2019on quitte à regret.Collaborateur Le Devoir TROIS VIES DE SAINTS Eduardo Mendoza Traduit de l'espagnol par François Maspero Seuil Paris, 2014, 208 pages Lorraine Desjarlais Jean^Pierre Wilhelmy Charlotte et la ; 3-^.mémoire du cœur roman historique Promotion à l'achat de trois livres de rabais\u2019^ rabais* de rabais * H amac qc ca Du 5 au 22 juin 2014 *Rabai$ à partir du prix courant et ne peut être jumele a toute autre promotion.Livres en stock seulement, à l'exception des livres scolaires et d'informatique A le Parchemin CRÉATEUR DE iONHEUR DERUIS Berri-UQAM, 505, rue Sainte-Catherine Est Montréal (Québec) H2L 2C9, Tél.: 514 845-5243 librairie@parchemin,ca N A] ANTONIN VARENNE ¦«OIS ^LLE cfimux VAlÉURk ONIN ENNE LE GRAND ROMAN D\u2019AVENTURES A ENFIN UN NOUVEAU VISAGE «Un feu d'artifice narratif, tiré par un cousin de Jean-Christophe Rufin.Un petit trésor littéraire, tout à la fois polar brutal, périple métaphysique et grand hymne à l'esprit d'aventure.Ne vous y trompez pas, la relève du roman français est là.» Albin Michel ROMAN \u2018 r L F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUIN 2014 LECTURES D\u2019ETE Voyage au pays des langues et des grammaires MARTIN DEMASSIEUX OPTIK360 L\u2019innu est Tune des langues autochtones les plus vivantes du Québec.Sur les quelque 13 000 Innus de la province, une majorité parlent toujours leur langue, à différents degrés.Une grammaire innne pour la postérité CAROLINE MONTPETIT C^est une langue dont les racines plongent loin avant notre ère, une langue qui a égrené ses toponymes sur un vaste territoire, de Chicoutimi, qui signifierait «Enfin!, c\u2019est profond », à Natashquan, qui veut dire «là où on va chasser Vours».La linguiste Lynn Drapeau a plongé au cœur de la langue innue pour en tirer une première grammaire écrite complète.Une bible de 600 pages qui nous apprend entre autres que les substantifs de la langue innue, plutôt que de se diviser entre féminin et masculin, se répartissent entre genre animé et inanimé.Si, en général, les noms se rapportant aux humains et aux animaux sont animés, ce n\u2019est pas toujours le cas, et il faut les apprendre par cœur.comme on le fait pour les genres en français.Ainsi, le mot «neige» est un substantif animé.Comme le sont les noms qui en découlent: ushashush pour «neige folle», mitanui pour «amoncellement de neige sur un conifère», nekauakun pour «neige granuleuse» ou kassauan pour «neige humide».L\u2019innu, explique la spécialiste, est une langue où l\u2019ordre des mots est beaucoup plus libre et beaucoup plus complexe que ce à quoi nous sommes habitués.«Cest une grammaire centrée sur le verbe.» A titre d\u2019exemple, «je t\u2019entends» se dit tshipetatin, «nous t\u2019entendons» se dit tshi-petatinan, et «je vous entends», tshipetatinau, alors que «Vautre Ventend» se ^itpetaku.lire rinnu Lynn Drapeau a appris l\u2019innu dans la communauté de Betsiamites, sur la Côte-Nord, où elle a passé cinq ans au début des années 1980.En 1991, elle publie un premier dictionnaire innu, qui regroupe 21000 mots, à partir du dialecte de Betsiamites {Dictionnaire montagnais-fran-çais, PUQ).Vingt-trois ans plus tard, elle vient de terminer cette grammaire.Un travail de moine.Quand on lui demande ce qui l\u2019a amenée à accomplir ce colossal travail, elle répond qu\u2019une langue qui se perd est comme une pyramide qu\u2019on détruit, parce que plus personne ne l\u2019utilise.«Presque toutes les langues orales sont en voie de disparition, précise la linguiste.Si une langue disparaît de la surface de la planète, c\u2019est un patrimoine intangible qui s\u2019évapore, dont on n\u2019a presque plus de traces.» Cette grammaire s\u2019adresse au premier chef aux Innus eux-mêmes, «parce que c\u2019est leur langue, ce sont les premiers intéressés».Et ensuite à tous ceux qui s\u2019intéressent aux langues, ainsi qu\u2019aux scientifiques et autres linguistes.L\u2019innu est l\u2019une des langues autochtones les plus vivantes du Québec.Sur les quelque 13 000 Innus de la province, une majorité parlent toujours leur langue, à différents degrés.Dans certaines communautés, comme à Masteuiash au Lac-Saint-Jean, on ne trouve presque plus de locuteurs.Mais à Betsiamites, 100% de la population parle innu, poursuit Drapeau.Cette langue est d\u2019abord et avant tout orale, et le passage à l\u2019écrit, s\u2019il a été amorcé il y a très longtemps, n\u2019est pas aisé.Au XVIL siècle, explique Drapeau, les missionnaires ont écrit à l\u2019intention des Montagnais (comme on appelait autrefois les Innus) des manuels, des livres de prières et des livres de cantiques religieux.L\u2019habileté de lire ces livres se transmettait d\u2019ailleurs de génération en génération.«Les Innus avaient une certaine littératie dans leur propre langue, explique Drapeau, mais si tu sais lire un seul livre, est-ce qu\u2019on peut dire que tu es scolarisé ?» Facebook & cie Dans un chapitre du livre Les langues autochtones du Québec.Un patrimoine en danger (PUQ, 2011), dirigé par Ibécoavïez le QaéLec avec nos «Carnets».DE LA - /\t.eàce CARNETS DU Drapeau, Anne-Marie Baraby aborde cette situation de l\u2019innu écrit au Québec.«Cette littérature innue est en effet encore peu lue par la population, probablement parce que les Innus ne maîtrisent pas encore suffisamment bien l\u2019écrit dans leur langue.Etant scolarisés en français (ou en anglais, selon le cas), il leur est encore plus facile de lire dans ces langues plutôt qu\u2019en innu, qu\u2019ils contrôlent pourtant mieux à l\u2019oral que la langue seconde.Et même dans la langue dominante, l\u2019écrit n\u2019est pas le moyen de communication qu\u2019ils privilégient», écrit-elle.S\u2019il y a présentement des cours de langue innue qui se donnent dans les communautés, le nombre d\u2019heures d\u2019enseignement n\u2019est pas suffisant pour qu\u2019il y ait maîtrise du système d\u2019écriture, précise Lynn Drapeau.«Quand je parle de tradition orale, je veux dire qu\u2019il n\u2019y avait pas de système de scolarisation établi comme on en retrouve dans notre société.C\u2019était un peuple de chasseurs-cueilleurs», précise-t-elle.Reste que, selon elle, les langues autochtones parlées au Québec se portent bien, si on les compare avec celles du reste du Canada.D\u2019ailleurs, il est assez fréquent que les jeunes Innus utilisent leur langue pour communiquer sur Internet ou par Eacebook.Assez pour en assurer la pérennité?«Je souhaite à la langue innue un avenir radieux», conclut simplement Lynn Drapeau.Le Devoir GRAMMAIRE DE LA LANGUE INNUE Lynn Drapeau Presses de l\u2019Université du Québec Québec, 2014, 644 pages Le vagabond des langues Lecteur monomaniaque, linguiste autodidacte, collectionneur de grammaires, Jean-Pierre Minaudier propose un voyage à travers 864 langues CATHERINE LALONDE Jean-Pierre Minaudier sera heureux d\u2019apprendre qu\u2019une grammaire innue toute neuve vient de paraître aux Presses de l\u2019Université du Québec (voir entretien de Caroline Montpetit ci-contre).C\u2019est que l\u2019homme est zinzin des langues.Lecteur monomaniaque, linguiste autodidacte, il est collectionneur de grammaires de partout.«J\u2019en possède à ce jour très exactement 1163, concernant 864 langues, dont 628font l\u2019objet d\u2019une description complète, annonce-t-il d\u2019emblée./
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