Le devoir, 28 juin 2014, Cahier B
[" Financement participatif : deux cas alors que les autorités consultent Page b 3 Manon Corneiiier examine le jugement sur les titres ancestraux Page b 2 Fin de vie : deux jugements en France relancent le débat Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2014 Quel avenir attend la procréation assistée ?Avec leur objectif budgétaire ambitieux, il peut être tentant pour Philippe Couillard et Gaétan Barrette de sonner le glas du financement étatique de la procréation assistée, un programme coûteux dont ils n\u2019ont jamais été de grands défenseurs.Le statu quo n\u2019est pas envisageable, mais quelles options sont sur la table ?AMÉLIE DAOUST-BOISVERT Dans son rapport remis il y a peu, le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, exclut de ses recommandations un abandon complet du programme public de procréation médicalement assistée (PMA).Une prémisse à laquelle n\u2019adhère pas le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.«Mes recommandations seront calquées sur le rapport, à l\u2019exception de la prémisse initiale qui est que, puisque nous l\u2019offrons, on ne peut plus reculer», a-t-il averti lors de l\u2019étude des crédits de son ministère, cette semaine.Visiblement heureux de s\u2019exprimer longuement sur la question, il a indiqué que ce n\u2019est pas le «programme» qui va être balisé, mais bien l\u2019activité de la procréation assistée elle-même.«On n\u2019avait pas besoin du programme pour réduire [les grossesses multiples et la prématurité], a rappelé le ministre.On aurait même fait mieux si on avait décidé de réglementer, d\u2019interdire d\u2019implanter plus de deux embryons à la fois.» M.Barrette doit faire ses recommandations à la Commission permanente de révision des programmes pour l\u2019automne.Le ministre a trois options.D\u2019abord, mettre fin unilatéralement au financement public.Deuxièmement, instaurer des tarifs, possiblement en fonction du revenu familial.Et finalement, maintenir le programme public, tout en instaurant des balises qui en restreindraient l\u2019accès et les coûts.Balises qui, de toute façon, devront être mises en place, peu importe le chemin que la réforme prendra.L\u2019Association des couples infertiles du Québec se dent prête à contre-attaquer.«On essaie de se doter d\u2019un plan d\u2019action pour interpeller le ministre», dit sa présidente, Virginie Kiefer-Balizet.Un peu d\u2019histoire Il faut se rappeler que le premier ministre et le ministre de la Santé actuels n\u2019ont jamais été de fervents défenseurs du programme public de PMA.En 2008, alors ministre de la Santé, Philippe Couillard présentait le projet de loi 23.Ce dernier visait à encadrer la pratique, mais sans financement public, ce que réclamait l\u2019opposidon majoritaire.Le 10 juin 2008 allait devenir une date pivot.En commission parlementaire, la vedette du petit écran Julie Snyder, enceinte, apostrophe Philippe Couillard.Elle l\u2019accuse de ne pas prendre les revendications des couples infertiles au sérieux.Le lendemain, le gouvernement de Jean Charest, alors minoritaire, annule l\u2019étude du projet de loi 23.Il refuse de céder aux amendements réclamés par l\u2019opposition visant à ce que la RAMQ paie les traitements de fertilité.Le D\"^ Pierre Miron se tenait ce jour-là aux côtés de M\u201c® Snyder, venue témoigner au nom des couples infertiles.«Pour moi, c\u2019était immoral que l\u2019Etat limite le nombre d\u2019embryons à implanter alors que c\u2019étaient les couples qui assumaient les coûts», a-t-il raconté au Devoir la semaine dernière, lors d\u2019une visite de sa toute nouvelle clinique de fertilité, à Laval.«Pour Philippe Couillard, qui s\u2019opposait au financement public, ç\u2019a dû être une rude journée.Il doit s\u2019en souvenir.» Le 21 juin 2008, Philippe Couillard annonce qu\u2019il «réfléchit» à son avenir politique et quitte l\u2019Assemblée nationale en coup de vent.Le 25, c\u2019est aux côtés du premier ministre qu\u2019on le voit réapparaître.(J\u2019est terminé, annonce-t-il, démissionnant coup sur coup de son poste de ministre et de député, mettant un terme à cinq ans de vie politique.Le dossier de la PMA n\u2019était certainement pas le seul moteur de ce départ, mais il marque la fin de son mandat à la Santé.Après son départ, le vent tourne au PLQ : c\u2019est son successeur, Yves Bolduc, qui proclame la gratuité des traitements en 2010.Immédiatement, le président de la Pédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, fustige le projet.Au fil du temps, sa position s\u2019assouplit.Quelques mois avant de faire le saut en politique, il affirmait, présentant un mémoire au commissaire à la santé et au bien-être, que la gratuité devrait être limitée aux couples présentant une infertilité «médicale», par opposition à l\u2019infertilité «sociale», qui concerne les wmr ' Le ministre Gaétan Barrette doit faire ses recommandations sur ie PMA à i\u2019automne.femmes seules et les couples homosexuels, par exemple.Le but: mettre fin au «bar ouvert».Rentable ou non?En s\u2019appuyant sur le rapport du commissaire, le ministre Barrette a avancé cette semaine que, contrairement à ce que défendait son collègue et ancien ministre de la Santé Yves Bolduc, il n\u2019était pas certain que le programme puisse s\u2019autofinancer en diminuant les coûts en amont, c\u2019est-à-dire ceux engendrés par les grossesses à risques et les naissances prématurées ou multiples.Selon les recoupements faits par le commissaire entre les différentes bases de données de Québec, bien que le pourcentage de nouveau-nés prématurés ou hospitalisés soit à la baisse, en nombre absolu ils sont toujours aussi nombreux (voir tableau).Normal: la gratuité a pratiquement fait doubler le nombre de bébés nés de la PMA chaque année.Les grossesses issues de la PMA génèrent aussi plus d\u2019hospitalisations des mères et des bébés et de césariennes, des interventions qui ont des coûts \u2014 sans compter que les médecins touchent un supplément pour pratiquer une césarienne consécutive à la PMA Le commissaire affirme aussi que le taux de grossesses multiples, après la PMA, est toujours de 17%, contre 35% avant le programme.Etant donné que, pour la fécondation in vitro (EIV), le taux de grossesses multiples est passé à environ 7%, la différence est vraisemblablement attribuable aux traitements de stimulation ovarienne.Ces derniers n\u2019ont jamais été réglementés.Ils sont très susceptibles d\u2019entraîner des grossesses multiples.Le D\"^ Erançois Bissonnette, président de la Société québécoise de fertilité et d\u2019androlo^e et médecin actionnaire à la clinique de fertilité QVQ, e^qtrime des doutes sur les statistiques du commissaire.Comment, en l\u2019absence d\u2019un registre \u2014 promis, jamais mis en place \u2014, différencier les bébés issus de la PMA des autres dans ces statistiques?Tant qu\u2019un registre ne sera pas mis en place, il sera difficile de suivre le parcours médical des mères et des enfants passés par la PMA «Je sens qu\u2019il y a une campagne pour faire porter l\u2019odieux des décisions du gouvernement sur les fertologues, qui ont pourtant accompli les objec-tijs du gouvernement en réduisant les grossesses multiples, dit le D\"^ Bissonnette.Nous sommes d\u2019accord pour qu\u2019il y ait un meilleur encadrement, mais il ne faut pas nous faire porter le chapeau pour les décisions qui ont été prises ! » Les coûts du programme \u2014 près de 70 millions en 2013 \u2014 pourraient être mieux contrôlés, suggère le commissaire.Comment?D\u2019autres pays dotés d\u2019un programme public VOIR PAGE B 3 : PROCREATION Complications chez les nouveau-nés issus de la PMA Nombre de prématurés (%) 2009-\t2010\t313 (30\t%) 2010-\t2011\t241 (24\t%) 2011-\t2012\t257 (21\t%) 2012-\t2013\t329 (19\t%) Source : Commissaire à la santé et au bien être, juin 2014 Nombre aux soins intensifs (%) 199 (19 %) 157 (15 %) 169 (14 %) 204 (12 %) EUROPE Jean-Claude Juncker, le revenant Jean-Claude Juncker a été élu vendredi président de la Commission européenne, malgré l\u2019opposition acharnée de la Grande-Bretagne et de la Hongrie.L\u2019ancien premier ministre du Luxembourg accède au poste le plus important des institutions européennes.PHILIPPE RICARD JEAN-PIERRE STROOBANTS à Bruxelles Le 27 mai, un Jean-Claude Juncker redevenu fringant et combatif a tenté de forcer le destin.Lors d\u2019un sommet des dirigeants du Parti populaire européen (PPE), la formation arrivée en tête du scrutin européen deux jours plus tôt, le chef de file de la droite réclame un mandat pour mener lui-même les tractations avec le Parlement européen en vue de son élection à la présidence de la Commission.Peine perdue.Il se heurte à Angela Merkel, qui préfère confier au président du Conseil, Herman Van Rompuy, une mission de déminage : la chancehère allemande espère encore, ce jour-là, éviter une crise avec le Royaume-Uni et David Cameron, qui juge M.Juncker trop fédéraliste.Le clash est passé presque inaperçu, mais il en dit long sur les arrière-pensées de la chancehère dans cette affaire, ainsi que sur la détermination de M.Juncker à remplacer José Manuel Bar-roso, le président sortant.Au printemps, Angela Merkel avait accepté du bout des lèvres la candidature du Luxembourgeois, préféré au Prançais Michel Barnier, pour mener la campagne électorale de la droite.Elle pensait alors être en mesure de l\u2019écarter après le scrutin pour placer une personnalité plus en ligne avec les souhaits de David Cameron.Mais rien ne va se dérouler comme l\u2019espère la chancehère.Ce 27 mai, juste avant de regagner Berlin après un dîner informel organisé avec ses homologues des Vingt-Huit, elle est, face à la presse, assaillie de questions sur son rôle dans cette affaire.Elle comprend qu\u2019elle ne peut plus refuser le poste au candidat de son parti, soutenu par une probable majorité d\u2019eurodéputés.« Une obligation démocratique», jugent en chœur les éditoriahstes allemands et les élus de son parti, la CDU-CSU, tandis que la presse britannique se déchaîne contre celui que David Cameron range parmi les «hommes du passé».Pour la première fois de sa vie, M.Juncker voit alors des paparaz-zis camper devant son domicile luxembourgeois.Une sorte d\u2019insulte pour ce dirigeant qui a, jusqu\u2019ici, soigneusement dissimulé sa vie privée.Qn sait seulement que son épouse lui aurait confié qu\u2019elle refuserait, à tout jamais, d\u2019être son «pot de fleurs».M.Juncker ne mérite, en réalité, ni tant de haine ni tant de passion.Pendant des années, ce vétéran de la construction européenne, et de l\u2019euro, ministre des Pinances pendant les négociations du traité de Maastricht, s\u2019est taillé une réputation d\u2019homme de consensus.Il s\u2019est fait une spécialité de jouer les tampons entre la Erance et l\u2019Alemagne, avant et pendant la crise de l\u2019Union monétaire.Ce qui ne l\u2019a pas empêché de ménager les intérêts du Grand-Duché, afin de préserver le plus longtemps possible ce secret bancaire et ce dumping fiscal qui ont fait la fortune de la place financière luxembourgeoise.Un carnet d\u2019adresses garni Sa longévité au poste de premier ministre du Luxembourg \u2014 dix-huit ans, avant sa chute en décembre 2013, pour une sombre affaire de services secrets mal encadrés \u2014 en a fait un vieil habitué des réunions européennes.Un homme au carnet d\u2019adresses riche en amitiés \u2014 et en petits calculs.«Il aime les gens, il a le contact facile et une réelle capacité d\u2019empathie», explique une fonctionnaire luxembourgeoise.Elle se souvient de l\u2019avoir vu, lors d\u2019un grand tournoi de football, sortir de sa voiture alors que la route était bloquée et célébrer une victoire avec des supporteurs portugais.Son équipe favorite, paraît-il.La politique et l\u2019Europe sont les deux moteurs de sa carrière.Il s\u2019y est dévoué «corps et âme», assure l\u2019un de ses anciens adjoints.Et c\u2019est parce qu\u2019il aime rappeler le passé et l\u2019idée que l\u2019Europe est, avant tout, un gage de paix que l\u2019image d\u2019un «Juncker homme d\u2019une époque révolue» s\u2019est progressivement imposée.La campagne électorale que le PPE lui a mitonnée, avec force recours aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux, visait à corriger cette réputation.Un succès ?Sans doute pas.VOIR PAGE B 2 : JUNCKER B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2014 PERSPECTIVES Obstination coûteuse Manon CORNELLIER à Ottawa ai 2011, Calgary.Des autochtones manifestent aux portes de la réunion annuelle de la compagnie En-bridge pour protester contre le projet de pipeline Northern Gateway qui doit transporter le bitume albertain vers le port de Kitimat, sur la côfe de la Colombie-Britannique.À l\u2019intérieur, l\u2019ancien ministre fédéral de l\u2019Environnement devenu banquier.Jim Prentice, lance un avertissement.Les autochtones ne peuvent être ignorés car ils ont des armes puissantes pour freiner ce projet: leurs droits constitutionnels.Tous les experts en droit autochtone abondent dans ce sens.Les Premières Nations ont des droits qui, selon elles, ne sont pas respectés et des revendications territoriales qui attendent toujours une résolution.Leur recours : les tribunaux.À moins que les gouvernements n\u2019obtiennent leur consentement pour aller de l\u2019avant avec des projets sur les terres revendiquées ou encore ne les consultent et les accommodent, ils feront face à une opposition sentie.Le jugement rendu jeudi par la Cour suprême du Canada et qui, pour la première fois, reconnaît le titre ancestral d\u2019une nation autochtone sur un territoire revendiqué rappelle cette évidence.La décision unanime et historique clarifie les critères pour reconnaître les titres autochtones des Premières Nations toujours sans traités, ce qui est le cas de la quasi-totalité des bandes en Colombie-Britannique.Elle réitère et précise aussi les droits et obbgations qui découlent de ces titres pour les autochtones et les gouvernements, et ils sont étendus.Le cas tranché jeudi offre un bon exemple des risques que courent les gouvernements à ne pas s\u2019entendre avec les nations autochtones dont ils convoitent les territoires à des fins économiques.La Colombie-Britannique a accordé des droits de coupe sans consulter ni accommoder les Tsilhqot\u2019in.Ces derniers se sont tournés vers les tribunaux pour faire reconnaître leur titre sur le territoire.La cour leur a donné raison et déclaré que la province avait failli à ses obligations.Ottawa ne peut feindre la surprise devant la jubilation des groupes autochtones qui voient s\u2019accroître leur rapport de force.11 a été averti, et plus d\u2019une fois, de la nécessité d\u2019établir un véritable dialogue avec eux.Mais même s\u2019il a fait du développement des ressources le pivot de sa politique économique, il s\u2019est traîné les pieds.Ce n\u2019est qu\u2019en mars 2013, alors que l\u2019opposition autochtone au projet d\u2019Enbridge se cristallisait, qu\u2019il a nommé Douglas Eyford comme «représentant spécial concernant l\u2019infrastructure énergétique de la côte Ouest», avec pour mandat de «nouer le dialogue avec les communautés autochtones de la Colombie-Britannique et de l\u2019Alberta susceptibles de bénéficier de la mise en place d\u2019éléments d\u2019infrastructure énergétique».Le rapport de M.Eyford, remis au premier ministre Stephen Harper le 29 novembre dernier, rappelait la nécessité d\u2019établir des relations «efficaces» fondées sur un engagement durable avec les autochtones, de reconnaître l\u2019importance pour les autochtones de lier l\u2019exploitation des ressources naturelles à un programme de réconciliation plus vaste, de procéder à un développement durable sur le plan environnemental et de s\u2019assurer que les projets servent à améliorer les conditions socio-économiques des communautés autochtones.Moins d\u2019un mois plus tard, l\u2019Office national de l\u2019énergie recommandait d\u2019autoriser le projet Northern Gateway.avec 209 conditions, une position que le gouvernement a faite sienne à la mi-juin avec cette seule pensée pour les autochtones.11 avisait la compagnie Enbridge qu\u2019elle avait «encore du travail à faire pour remplir son engagement public de dialoguer avec les groupes autochtones et les populations établies le long du tracé».Le rapport EjTord, lui, attend toujours une réponse officielle.Une semaine avant l\u2019annonce du gouvernement, M.Eyford déclarait de son côté que le gouvernement fédéral devait assumer la large part du blâme pour la profonde résistance au projet Northern Gateway.Même si Ottawa le disait dans l\u2019intérêt national, il a laissé l\u2019entreprise naviguer seule dans les méandres complexes des questions autochtones.«J\u2019ai été surpris de voir combien le gouvernement fédéral se satisfaisait de laisser les promoteurs de projets comme Enbridge nouer le dialogue avec les communautés autochtones avec peu ou pas de supervision, direction ou aide de la part de la Couronne», disait-il.Et d\u2019ajouter: «J\u2019ai été frappé par le fait que certaines communautés qui menacent maintenant de s\u2019adresser aux tribunaux et d\u2019avoir recours à la désobéissance civile ont demandé des rencontres avec les représentants fédéraux et fait ce que je crois être, en y repensant, des propositions réalistes pour régler divers enjeux associés au projet, dont ceux environnementaux.Malheureusement, personne n\u2019a pris la balle au bond.» Cela dit tout.Les conservateurs ont toujours essayé de limiter la discussion à la création d\u2019emplois et des retombées économiques pour les autochtones.Ils sont aujourd\u2019hui rattrapés par leur obstination à garder leurs oeillères et c\u2019est toute leur stratégie économique qui peut s\u2019en trouver affectée.mcornellier@ledevoir.com FIN DE VIE Les tribunaux mettent en question la loi française CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris La Lrance compte parmi les premiers pays qui se sont interrogés sur la fin de vie.Alors que les Pays-Bas et la Belgique choisissaient dès le début des années 2000 de prendre résolument parti pour l\u2019euthanasie, tout en l\u2019encadrant juridiquement, la Lrance avait à la même époque amorcé sa propre réflexion sur le sujet.Opposée à l\u2019euthanasie proprement dite, l\u2019Assemblée nationale adopta en 2005 la loi Léonetti, du nom du député Jean Léonetti qui en fut à l\u2019origine.Cette loi garantit au patient et à ses proches le droit de s\u2019opposer à l\u2019acharnement thérapeutique en refusant un traitement médical.La loi affirme de plus qu\u2019il est du devoir des médecins de tout faire pour soulager la souffrance des mourants, quitte à provoquer la mort.Cette semaine, deux jugements sont venus relancer ce débat qui a déjà plus de dix ans.Mardi, le plus haut, tribunal administratif français, le Conseil d\u2019Etat, a entériné la décision des médecins de cesser les traitements de Vincent Lambert, un tétraplégique, depuis six ans dans un état végétatif.Comme si les magistrats s\u2019étalent donné le mot, dès le lendemain, c\u2019est le tribunal de Pau qui acquittait le docteur Nicolas Bonnemaison, accusé de l\u2019empoisonnement de sept personnes âgées qui étaient en fin de vie.Selon nombre d\u2019observateurs, ce hasard du calendrier ne devrait pourtant pas autoriser à confondre deux jugements par ailleurs très différents.Une confirmation de la loi Léonetti Vincent Lambert est devenu tétraplégique après un accident de la route survenu en 2008.11 vit depuis six ans dans un état que les médecins qualifient de «conscience minimale plus».Cela signifie qu\u2019il cligne des yeux et ressent la douleur, mais qu\u2019en six ans aucune communication n\u2019a pu être établie avec lui.Selon son médecin, Eric Kariger, chef du service de soins palliatifs du CHU de Reims, ses réactions physiques sont essentiellement de l\u2019ordre des réflexes, même si sa mère, opposée à l\u2019arrêt de traitement prétend qu\u2019il réagit à sa présence.Ce sont d\u2019ailleurs le père et la mère de Vincent Lambert qui sont à l\u2019origine de cette saga judiciaire contre l\u2019avis des médecins soutenus par l\u2019épouse de Vincent Lambert.Rachel Lambert a maintes fois affirmé que son mari lui aurait confié qu\u2019il ne souhaitait pas être maintenu en vie dans un tel état.De l\u2019avis dps experts, le jugement rendu par le Conseil d\u2019Etat n\u2019a fait que confirmer l\u2019opinion des médecins et l\u2019application de la loi actuelle.Les juges ont en effet considéré que le maintien en vie de Vincent Lambert relevait d\u2019une «obstination déraisonnable» et qu\u2019il était donc contraire à la loi.Même si Vincent Lambert n\u2019a pas formulé ses vœux par écrit, les juges estiment que son épouse peut en être l\u2019interprète.Moins de 24 heures après avoir été rendu, le jugement a été suspendu par la Cour européenne des droits de l\u2019homme, où les parents ont fait appel.Selon les juristes, cela ne constitua pas un désaveu de l\u2019opinion du Conseil d\u2019Etat.11 y a d\u2019ailleurs de fortes chances que les juges européens, qui entendront l\u2019affaire en urgence, n\u2019aient d\u2019autre choix que de confirmer le jugement rendu cette semaine.Un justicier solitaire 11 en va autrement de l\u2019acquittement du docteur Bonnemaison par le tribunal de Pau.Si la décision a été généralement accueillie avec soulagement, cela ne signifie pas que l\u2019opinion ) JEAN-PIERRE MULLER AGENCE ERANCE-PRESSE Nicolas Bonnemaison a quitté mercredi la cour après avoir été acquitté.des juges ne soulève pas la controverse.Rappelons que Nicolas Bonnemaison ne s\u2019est jamais revendiqué de l\u2019euthanasie.11 a mis fin à la vie de sept patients en fin de vie, disait-il, afin de leur éviter des souffrances insupportables.Mais l\u2019homme a agi seul, en évitant d\u2019informer les familles et ses collègues du corps médical.Les médicaments injectés n\u2019ont même pas été inscrits dans le dossier des patients.Dans son réquisitoire, le procureur a reconnu avoir radicalement changé d\u2019opinion à l\u2019égard de l\u2019accusé, reconnaissant qu\u2019il avait agi de manière sincère et avec compassion.C\u2019est pourquoi il n\u2019a requis que cinq ans avec sursis.Témoignant au procès, Jean Léonetti a lui-même affirmé que Bonnemaison n\u2019était «pas un assassin».Les jurés ont conclu que l\u2019intention de tuer n\u2019avait aucunement été démontrée et que le médecin avait agi de bonne foi.Rayé de l\u2019Ordre des médecins, Nicolas Bonnemaison pourrait même retrouver le droit de pratiquer.Pour la juriste Valérie Sebag, citée dans Le Monde, il est clair que «les chejs d\u2019accusation tels que \u201ccrime\u201d ou \u201cempoisonnement\u201d ne correspondent plus à la réalité de la fin de vie».Mais cela ne veut pas dire que le jugement fait l\u2019unanimité.Plusieurs se demandent si, par leur décision, les jurés n\u2019ont pas fourni aux médecins une autorisation d\u2019agir sans en avertir les familles et le corps médical.«Posons-nous la question : est-ce que l\u2019on va donner le droit à des médecins de donner la mort à des malades qui ne l\u2019ont pas demandé sans en débattre avec qui que ce soit?», a demandé Jean Léonetti.Pour les partisans de l\u2019euthanasie, ce jugement ne fait que confirmer les limites de la loi actuelle.«La loi Léonetti a désormais montré ses limites, soutient Jacqueline Jencqel sur son blogue.Elle est incapable de donner clairement aux médecins le pouvoir de décision qui devrait leur revenir à l\u2019issue de la procédure collégiale lorsqu\u2019ils estiment en conscience se trouver face à une impasse thérapeutique.Elle est incapable d\u2019offrir aux médecins et aux familles d\u2019autre solution que l\u2019arrêt de l\u2019alimentation et de l\u2019hydrata- tion, lorsqu\u2019il s\u2019agit de mettre fin à l\u2019obstination déraisonnable dont peuvent être victimes les personnes en état végétatif chronique.» La recherche du consensus Les partisans de l\u2019euthanasie, comme l\u2019Association pour le droit de mourir dans la dignité, n\u2019hésitent pas à brandir les sondages selon lesquels 89% des Prançais y sont favorables.Pour le ministre Stéphane Le Poil, la décision du tribunal de Pau «conforte l\u2019idée qu\u2019il faut faire évoluer la loi».Mais le gouvernement reste prudent.En janvier, Prançois Hollande s\u2019était prononcé en faveur d\u2019une «assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité».Le Comité consultatif national d\u2019éthique n\u2019est pas favorable à l\u2019adoption d\u2019une nouvelle loi, dont l\u2019application est encore très incomplète.Après avoir longtemps hésité, le président français semble avoir décidé de ne pas répéter les erreurs du débat sur le mariage gai qui avait polarisé la société française et provoqué des manifestations monstres.C\u2019est pourquoi il a confié la mission à Jean Léonetti lui-même, avec le député socialiste Alain Claeys, de faire des propositions afin de faire évoluer la loi.Le rapport sera déposé en décembre prochain.Au lieu de bousculer la population sur un sujet aussi sensible, il s\u2019agit d\u2019abord de chercher un consensus, sans oublier que les jugements Lambert et Bonnemaison demeurent des cas d\u2019exception.« Chaque année, 25000 personnes sont concernées par un arrêt de traitement en fin de vie, rappelait Jean Léonetti dans Le Eigaro.C\u2019est une procédure habituelle qui est rarement contestée devant les tribunaux.» Comme le disait Michèle Delaunay, ancienne ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de la Dépendance : «Il y aura toujours des interstices non comblés par la loi, libres pour la conscience.» Le Devoir Les juges ont considéré que le maintien en vie de Vincent Lambert relevait d\u2019une «obstination déraisonnable» JUNCKER SUITE DE LA PAGE B 1 Doté d\u2019une énergie hors du commun, il ne se fait toutefois pas d\u2019illusion: «La vie que je m\u2019impose n\u2019est pas bonne pour mon organisme», a-t-il parfois lâché à certains de ses collaborateurs après l\u2019une de ces séances-marathon dont Bruxelles a le secret.Sa force : il est doté d\u2019une bonne capacité de récupération.On l\u2019a vu s\u2019installer dans un siège de voiture, un fauteuil d\u2019avion ou le canapé d\u2019une salle d\u2019attente et piquer illico du nez.Son talon d\u2019Achille : une consommation que l\u2019on dit importante de tabac et d\u2019alcool, dont s\u2019est d\u2019ailleurs moqué son successeur à la tête de l\u2019Eurogroupe, le Néerlandais Jeroen Dijsselboem.Certains diplomates s\u2019interrogent néanmoins sur sa capacité physique à tenir bon à la tête de la Commission \u2014 un paquebot dont Iç pilotage n\u2019a rien à voir avec celui d\u2019une cité-Etat.Pendant la campagne, le «candidat» du PPE est apparu usé par ces années de crise de l\u2019euro et facilement irritable.«Les débats ne servent à rien », lui est-il arrivé de lâcher alors que son équipe l\u2019astreignait à faire le tour de l\u2019Europe et des plateaux télévisés.Son image n\u2019est d\u2019ailleurs pas son principal souci.11 lui arrive de sourire de ce qui s\u2019écrit sur lui dans les journaux.Sauf quand des tabloïds britanniques affirment que son père était un sympathisant nazi \u2014 il fut, en réalité, enrôlé de force dans la Wehrmacht, comme de nombreux jeunes Luxembourgeois.Homme libre L\u2019essentiel, pour lui, semble être de s\u2019afficher comme un homme détaché du pouvoir \u2014 même s\u2019il en raffole.Quand il a vu, naguère.THIERRY CHARLIER AGENCE ERANCE-PRESSE Jean-Claude Juncker des postes européens lui filer sous le nez ou lorsque trois partis se sont coalisés pour l\u2019éjecter du gouvernement de son pays, à la fin de 2013, il s\u2019est efforcé de philosopher.11 a parlé de lui comme d\u2019un «homme libre» qui n\u2019aurait pas absolument besoin du pouvoir.11 a souligné qu\u2019il n\u2019était pas un «politicien de métier» et rappelé que son vrai métier fut celui d\u2019avocat \u2014 même si à Luxembourg personne ne se souvient de l\u2019avoir aperçu au barreau.11 a même affirmé qu\u2019il pourrait un jour se convertir au journalisme, sans convaincre personne.Et pourquoi pas, en fait?Car cet homme-là est capable de se fondre dans tous les milieux sans perdre sa spontanéité ni sa forme particulière d\u2019humour qui a fini par agacer beaucoup de ses interlocuteurs mais qu\u2019il continue de cultiver, en essayant cependant de la tempérer.11 sait que son amour des mots, si possible pinçants et piquants, lui a joué des tours \u2014 faisant même chuter le cours de l\u2019euro à l\u2019occasion \u2014 mais qu\u2019il plaît aux journalistes fatigués de la langue de bois des politiques et de l\u2019eurocratie.Ce fan de la presse, qui dévore tout ce qui s\u2019écrit, connaît les ressorts de la sphère médiatique.«Il voit tout, lit tout, sait tout», dit un ancien ministre qui l\u2019a longtemps côtoyé.On ne devient pas le doyen des grand-messes bruxelloises sans susciter quelques inimitiés et frustrations.Nicolas Sarkozy le détestait et n\u2019avait pas de mots assez durs pour critiquer son manque d\u2019initiative au début de la crise financière.On n\u2019efface pas non plus des positions à géométrie variable qui trahissent, pour le moins, une certaine inconstance.Ainsi, pressenti pour présider la Commission de Bruxelles en 2004, quand Jacques Chirac lui demandait de délaisser son «département des eaux et forêts», il y renonçait pour honorer sa promesse aux électeurs grand-ducaux, auxquels il avait juré qu\u2019il ne les quitterait pas.En 2009, tout en affirmant ne plus s\u2019y intéresser, il a travaillé, en coulisses, à la conquête de la présidence du Conseil, finalement octroyée au Belge Herman Van Rompuy.Et après sa récente défaite politique à Luxembourg, il se voyait en chef de l\u2019opposition à la Chambre des députés, avait-il affirmé dans l\u2019incrédulité générale.Peut-être ces zigzags publics n\u2019étaient-ils qu\u2019une façon d\u2019habiller une ambition qui, elle, n\u2019a jamais changé de cap.Peut-être aussi les diatribes de David Cameron ont-elles finalement été le meilleur gage de la réussite du revenant: renoncer à M.Juncker aurait donné raison au premier ministre britannique et provoqué une grave crise avec le Parlement européen.Un scénario qui n\u2019était pas du goût d\u2019An-gela Merkel, de Prançois Hollande et de ses homologues continentaux.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2014 B 3 PERSPECTIVES FINANCEMENT PARTICIPATIE Séduire la foule Les autorités financières se grattent la tête et ses promoteurs ne veulent pas de règles strictes FRANÇOIS DESJARDINS La consultation que les autorités réglementaires viennent de tenir pour encadrer le financement participatif a été discrète, c\u2019est vrai, mais elle a fait ressortir de façon spectaculaire le fait que les arguments de part et d\u2019autre sont diamétralement opposés.Alors que ses promoteurs voudraient avoir les coudées franches pour que le terreau soit bien fertile, l\u2019industrie financière et les défenseurs des droits des épargnants brandissent déjà le spectre du chaos, des pertes et de la fraude.Quels arguments re-tiendra-t-on?«C\u2019est une bonne question», dit Diana Yazid-jian, fondatrice de DFY Consulting et du groupe d\u2019intérêt Invest Crowdfund Québec.«Ce que je pense aujourd\u2019hui n\u2019est pas nécessairement ce que je vais penser dans trois mois.Les forces de l\u2019écosystème sont en mouvance.» Le financement participatif, appelé crowdfunding en anglais, est déjà bien vivant sur des portails comme Haricot et Fundo, ce dernier ayant permis à Mylène Paquette d\u2019amasser 27 240 $ l\u2019an dernier pour sa traversée de l\u2019Atlantique à la rame.Pour le moment, les porteurs de projets se limitent à récolter des dons en échange de récompenses ou d\u2019un produit.La prochaine étape, celle qui a occupé les autorités du 20 mars au 18 juin, consisterait à récolter l\u2019argent de la foule en échange d\u2019une participation dans une entreprise.Bref, vendre des actions.Pour l\u2019instant, un portail de financement qui voudrait s\u2019y adonner aurait à s\u2019inscrire comme courtier, ce qui entraîne des coûts prohibitifs.L\u2019objectif serait donc de leur fournir un encadrement particulier, caractérisé par des exigences taillées sur mesure.Des conditions favorables Par exemple, les autorités du Québec et de certaines provinces ont suggéré, dans leur avis de consultation, qu\u2019un investisseur ne puisse accorder plus de 2500 $ à un projet.Les sociétés n\u2019auraient pas le droit d\u2019amasser plus de 1,5 million par période de 12 mois.Dans le cas des sociétés en démarrage, les limites seraient de 1500$ et 300000$.Ces plafonds sont trop bas, selon la National Crowdfunding Association of Canada (NCFA).Le développement du financement participatif et son expansion vont dépendre de la réglementation qu\u2019on lui donne, dit Yazidjian.l JEAN-SEBASTIEN EVRARD AGENCE ERANCE-PRESSE Mylène Paquette a amassé 27 240 $ l\u2019an dernier pour sa traversée de l\u2019Atlantique à ia rame grâce au financement participatif.«Si les règles restent comme elles sont rédigées aujourd\u2019hui, ça sera une mauvaise nouvelle pour les entrepreneurs qui veulent lancer une nouvelle plateforme.Il y aura trop de barrières à l\u2019entrée.» Les autorités suggèrent par ailleurs que les portails de financement détiennent une assurance «détournement et vol» d\u2019au moins 50000$, mais aussi un capital net minimum de 50000$.«L\u2019assurance, je le comprends.Mais le capital net de 50000$, je le comprends moins, dit Yazidjian.Il faut laisser la chance au coureur.Il ne faut pas s\u2019attendre à ce que ce soit parfait, sinon on va manquer le bateau.Si on continue comme on l\u2019a rédigé dans la réglementation, on met des barrières très fortes à l\u2019entrée, et ce pour tout le monde: les portails, les entreprises, même pour les investisseurs accrédités [plus fortunés].» La règle britannique des 10% Alors que la Securities and Exchange Commission continue de réfléchir, la Grande-Bretagne est récemment allée de l\u2019avant avec son cadre légal.Entre autres, on limitera ce que les investisseurs pourront mettre dans des projets financés par la foule.Concrètement, un individu ne pourra consacrer plus de 10% de son portefeuille d\u2019épargne dans de tels projets.Sauf si cet individu a un conseiller ou possède le statut d\u2019investisseur fortuné.«Ne soyez pas dupes, a pesté le fondateur du Crowdfunding Centre, Barry James.La règle des 10 %, quelle que soit la façon de la présenter, enlève le \u201ccrowd\u201d du \u201ccrowdfunding\u201d.» L\u2019autorité réglementaire britannique a dit qu\u2019elle voulait simplement mettre au clair, pour l\u2019investisseur ordinaire, qu\u2019il y a des risques au financement participatif.Gérer le risque Ce risque, qu\u2019il soit lié à la probabilité d\u2019un échec du projet ou à la fraude, a été souligné à grands traits par les défenseurs des droits des épargnants dans un mémoire soumis à la Commission des valeurs mobilières de l\u2019Qntario.L\u2019industrie financière, elle, a été particulièrement dure.« Un des problèmes de la dispense de prospectif prévue pour le financement participatif vient de l\u2019insuffisance d\u2019expertise, d\u2019imputabilité et de surveillance des portails par l\u2019entremise desquels les investissements sont effectués», a écrit l\u2019Association canadienne du commerce des valeurs mobilières (ACCVM).«Nous nous préoccupons du profil des gens qui pourraient être impliqués dans la création de ces portails», a-t-elle poursuivi en évoquant des gens doués sur le plan technologique mais «sans expérience dans l\u2019industrie».Elle a aussi parlé des «individus problématiques» pouvant être «séduits par l\u2019idée d\u2019exploiter des investisseurs ».Lors d\u2019une récente entrevue à Crowdfund Insider, le patron du site britannique Crowdcube a affirmé n\u2019avoir vu jusqu\u2019ici aucun cas de fraude, car l\u2019analyse des projets est exhaustive.Ce qui n\u2019empêcherait pas, toutefois, une entreprise de fermer ses portes après une ronde de financement par la foule.Devant la méfiance qui pourrait se manifester ici ou là, la notion de confiance est extrêmement importante et le porteur d\u2019un projet devrait constamment nourrir le lien qui l\u2019unit à ses donateurs et à ses investisseurs.«Il doit gérer sa communauté, être présent, être rassurant, répondre aux commentaires », dit Sophie Renault, maître de conférence à l\u2019IAE de l\u2019Université d\u2019Qrléans, où elle s\u2019intéresse notamment au financement participatif.«Il peut aussi publier des vidéos pour traiter de manière globale les questions posées par les internautes.Il faut pouvoir identifier la personne qui se trouve derrière le projet.Mais je ne pense pas que la foule soit aussi méfiante que l\u2019industrie financière.» Les consultations publiques viennent à peine de se terminer et il serait étonnant que des règles soiept édictées rapidement.D\u2019autant plus qu\u2019aux Etats-Unis, le travail n\u2019est pas fini.Lorsque l\u2019encadrement sera connu, combien de portails pourraient voir le jour?Yazidjian est réaliste.«Au Québec, ça va se compter sur les doigts d\u2019une main, et même là je suis optimiste.On ne s\u2019approprie pas encore le financement participatif.Ça va prendre du temps.S\u2019il y a des joueurs, ils vont certainement souhaiter recruter des entreprises à l\u2019extérieur du Québec, car elles seront prêtes et plus au fait du modèle.» Le Devoir DEUX CAS DE FINANCEMENT PARTICIPATIE De Françoise Stéréo à Ricochet^ l\u2019art du nouveau journalisme militant soutenu par le public STEPHANE BAILLARGEON ^ a va, ça vient.Cette semaine, CBC/Radio-Canada annonçait encore des compressons budgétaires, des réductions de postes et une présence numérique accrue pour les prochaines années.Les temps sont durs, très durs, pour le diffuseur public.Presque en même temps, deux nouveaux médias, tout beaux, tout chauds, dévoilaient leurs intentions.Deux magazines diffusés en ligne.Deux productions médiatiques résolument militantes, l\u2019une pour la gauche (Ricochet), l\u2019autre pour le féminisme (Françoise Stéréo).En plus, la première vient de dépasser ses objectifs de so-ciofinancement et la seconde songe à lancer sa propre campagne de soutien public.Les temps sont doux pour l\u2019engagement public.Le magazine féministe est apparu en mibeu de semaine avec le site Francoisestereo.com.L\u2019appellation contrôlée s\u2019inspire du pseudonyme (Françoise) de Robertine Barry, pionnière du journiisme canadien-français, et y ajoute « Stéréo» pour «la prise de parole, la résonance, l\u2019idée de se faire entendre et la pluralité des voix», dit la présentation du premier numéro.Qn y retrouve un éditorial, des chroniques, des coups de gueule et des coups de tête.Marie Curé parle des «femmes à l\u2019université » en exposant les nouveaux visages de l\u2019inégalité dans la noble institution.Caroline Allard inaugure sa rubrique Point de vulve avec un billet à l\u2019acide caustique et comique où elle classifie et démonte les messages sexistes et machistes que lui envoient des lecteurs qu\u2019elle a attirés malgré elle.Pierre-Luc Landry, la seule signature masculine, s\u2019en prend à la médiatisation du mariage gai.«Nous créons Françoise Stéréo à partir de ce constat que trop peu de femmes et trop peu de points de vue féministes s\u2019expriment dans les revues intellectuelles éditées au Québec: c\u2019est ce silence que nous voulons remplir de nos voix avec un dispositif de presse libre alternatif», explique Marie-Andrée Bergeron, cofondatrice du projet avec Valérie Gonthier-Gignac, Djanice St-Hi-laire, Catherine Lefrançois, Marie-Michèle Rheault et Julie Veillet, le collectif qui anime le comité éditorial non mixte.«Le projet part d\u2019amitiés féministes, poursuit M\u201c® Bergeron.Je veux dire qu\u2019à la base on est des amies.» Elles sont aussi des intellos de haut niveau, et la revue ne boude pas ce plaisir.M\u201c® Bergeron est même une spécialiste des revues féministes.Elle a analysé La Vie en rose à la maîtrise.Elle a poursuivi au doctorat en s\u2019intéressant en plus à Québécoises deboutte! et aux Têtes de pioches.Elle poursuit en stage postdoctoral en traçant le portrait de l\u2019intellectuelle québécoise à travers les publications culturelles ou politiques de 1948 à 1968.«La revue féministe, c\u2019est le centre de mes préoccupations, à la fois pour mes recherches et pour la militante, dit la chercheuse.Mais les deux intérêts demeurent distincts.Mes travaux universitaires, je les fais du point de vue de l\u2019analyste.Notre revue, je la conçois dans la lignée dont elle est l\u2019héritière, avec la même volonté de faire porter une voix qui manque.» Françoise Stéréo paraîtra deux fois l\u2019an sur le Web avec un numéro papier annuel, si les moyens le permettent.Pour l\u2019instant, tout le travail se fait bénévolement, au contenant comme au contenu.Le collectif de direction songe à lancer une campagne de collecte de fonds pubbque.Ricochet va vite La formule vient de sourire à Ricochet, autre nouveau média virtuel qui fait tout un saut en dépassant les objectifs de sa campagne de financement participatif.L\u2019appel à tous lancé il y a quelques semaines avec le slogan « Réinventons le média indépendant» a permis de passer par-dessus la barre des 83000$, soit 8000$ de plus que l\u2019objectif fixé au départ.La cagnotte permet de garder le cap sur les promesses en visant un lancement vers la fin d\u2019août, en tout cas juste à temps pour la grande reprise des activités sociopolitiques de l\u2019automne.Ricochet sera en ligne, bilingue et multimédia, engagé à gauche et gratuit, avec une production originale mêlant les scoops, l\u2019analyse et les commentaires.«Nous sommes très heureux du résultat, commente Gabrielle Brassard-Lecours, cofondatrice et porte-parole francophone de Ricochet.La réception des dons sur la plateforme en ligne est terminée, mais nous pouvons encore recevoir du soutien par d\u2019autres moyens, par courriel par exemple.» Au total, 1548 personnes ont contribué à la campagne.En gros, les dons du Québec seraient plus nombreux, mais moins généreux en moyenne.Ricochet a même ,attiré une poignée de dons en provenance des Etats-Unis.La belle aventure canadienne utilise la plateforme de récolte de fonds américaine Indie-gogo.com, une des plus fréquentées.L\u2019intermédiaire réclame 9% de commission pour administrer la collecte, avec une remise de 5% quand l\u2019objectif est atteint, mais aucun rabais dans le cas contraire.En clair, dans ce cas, plus de 3000$ restent à Indiegogo.Reste encore un bon 80000$, qui va essentiellement servir à construire le site Web et à payer les premiers collaborateurs.«La priorité, c\u2019est le site, dit la porte-parole.Nous voulons une version multimédia permettant la diffusion de contenu complet et nous aurons une application mobile.Tous les collaborateurs seront rémunérés.Nous tenons absolument à payer tous ceux qui vont produire de l\u2019information pour Ricochet.» L\u2019intérêt se mesure aussi par la qualité des personnes «sérieuses et professionnelles » qui ont déjà manifesté leur intérêt à participer à l\u2019aventure médiatique.La liste comprend déjà le leader étudiant Gabripl Nadeau-Dubois, la chercheuse de gauche Eve-Line Couturier, le philosophe Michel Seymour, le journaliste américain Michael Lee-Murphy et la féministe Steph Guthrie.Ricochet souhaite diffuser au moins une chronique et un reportage par jour, y compris des articles de fond pour contextualiser et analyser l\u2019information courante.11 lui faut une bonne dizaine de chroniqueurs ou blogueurs, dont certains sont connus.Mme Brassard-Lecours confie que les offres de collaboration arrivent de partout, y compris des employés des médias traditionnels.Elle cite des propositions en provenance de Radio-Canada, sans dévoiler de noms.Ça va, ça vient.Le Devoir PROCREATION SUITE DE LA PAGE B 1 ont déployé diverses stratégies.Les habitudes de vie diminuant les chances de conception sont parfois ciblées : consommation de drogue et d\u2019alcool, tabagisme, obésité, par exemple.Un âge maximal pour la femme, mais aussi parfois pour l\u2019homme, peut être décrété, sachant qu\u2019après 42 ans pour une femme les succès sont rares.En Belgique, selon l\u2019âge et le nombre de tentatives précédentes, on restreint à un ou deux les embryons pouvant être implantés.Au Danemark, les couples qui ont déjà un enfant doivent payer pour les traitements.Restreindre l\u2019accès à la FIV pour des techniques moins invasives et moins coûteuses, comme le suggère le commissaire, est une idée à double tranchant.En effet, elle pourrait avoir l\u2019effet pervers d\u2019augmenter les coûts, puisque la stimulation ovarienne mène plus fréquemment que la FIV à une grossesse multiple, avec les risques et les coûts que cela comporte.Virginie Kiefer-Balizet affirme que les couples infertiles sont d\u2019accord avec l\u2019idée d\u2019instaurer des balises.«Il faut partir de données scientifiques sur les chances de succès, nuance-t-elle.Pourquoi abolir un programme quand on peut procéder à des ajustements ?L\u2019infertilité est en hausse, c\u2019est une préoccupation de société.Oui, il faut considérer les économies qu\u2019on peut faire avec le programme, mais rappelons qu\u2019il y a retour sur investissement.» Comprendre: de futurs contribuables.La charte protège les couples gais Réserver l\u2019accès aux couples hétérosexuels semble juridiquement débeat.Dans un avis préparé pour le commissaire, la professeure de droit à l\u2019Université de Sherbrooke Anne-Marie Savard conclut, à la lumière de la jurisprudence, que ça ne tient pas la route.La Charte canadienne des droits et bbertés a pour conséquence qu\u2019un droit d\u2019accès aux soins doit être offert «à tous de la même manière», écrit-elle.«Même en adoptant une limite d\u2019accès en apparence neutre, basée par exemple sur un critère d\u2019infertilité physiologique, il est loin d\u2019être certain, voire improbable», qu\u2019une telle bmite passe le test de la Charte, ajoute-t-elle.Ainsi, l\u2019exclusion de l\u2019infertilité sociale a peu de chances d\u2019être retenue.«Nous serions en présence d\u2019une discrimination indirecte, de surcroît basée sur un motif, l\u2019orientation sexuelle, ayant fait l\u2019objet de nombreux jugements», avance M\u201c® Savard.Le Devoir B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2014 EDITORIAL ICI RADIO-CANADA La fuite en avant La direction de Radio-Canada a dévoilé jeudi un plan stratégique visant à mettre fin à l\u2019hémorragie qui l\u2019affecte depuis des lustres.Le traitement est à ce point draconien que la SRC se sera, à l\u2019horizon 2020, radicalement transformée et éloignée de son mandat de radiodiffuseur public au service de la communauté.0 Bernard Descôteaux e n\u2019est pas d\u2019hier que Radio-Canada vit des difficultés financières.Lorsqu\u2019on fait la revue de presse des dernières décennies, le titre qui revient le plus souvent c\u2019est «Encore des compressions à Radio-Canada».On sera d\u2019accord avec son président, Hubert T.Lacroix, lorsqu\u2019il dit que cela ne peut plus continuer.Depuis 40 ans, les gouvernements successifs ont réduit ses budgets et lui ont imposé des contraintes, souvent inspirées par des raisons politiques.On l\u2019a menacée de tout, y compris de fermeture.Elle arrivait toujours à s\u2019en tirer, car on croyait malgré tout à la nécessité d\u2019un diffuseur public.Depuis l\u2019arrivée des conservateurs de Stephen Harper, les choses ont changé.Pour eux, règne à la SRC/CBC un esprit libéral intolérable.Ses budgets ont été au mieux gelés.Ses revenus publicitaires lui auront permis de tenir le coup jusqu\u2019à ce qu\u2019ils s\u2019effondrent avec la perte du contrat de diffusion des matchs de la LNH.Plus moyen d\u2019éviter le mur.La collision a entraîné des compressions de 130 mil-_ lions et la suppression de 657 postes en mars.Pour le gouvernement Harper, Radio-Canada doit faire avec le 1,34 milliard qu\u2019il lui r\tattribue, ce qui est peu comparé à ce que les autres pays de l\u2019OCDE octroient.Sans le dire, ' «B les conservateurs l\u2019ont mise dans l\u2019obligation de se repenser.La direction de la SRC aurait pu se révolter, dire son désaccord, voire démissionner, mais en réalité il n\u2019y avait pas de désaccord.Le conseil d\u2019administration est conservateur et pense comme le gouvernement.Le plan Lacroix répond à une logique économique.La réalité du marché des médias traditionnels n\u2019est pas différente à Radio-Canada qu\u2019ailleurs.Devant la baisse des revenus, les rationalisations, comme la vente d\u2019actifs immobiliers, et les réductions d\u2019effectifs, sont inévitables, mais pas sans risques.Le risque ici est le désinvestissement dans ce qui est la marque principale de Radio-Canada, la création et les créateurs.On abandonne la télévision pour le numérique, se lançant tête baissée là où tous les autres diffuseurs privés vont parce que les revenus publicitaires se déplacent vers le numérique.là où les budgets sont quatre, cinq ou six fois moindres.Et pour obtenir sa part, elle devra faire comme ses concurrents et se faire de plus en plus commerciale.Einancièrement, rien n\u2019est garanti, d\u2019autant plus que la contribution d\u2019Ottawa pourrait à nouveau diminuer.Les amis de Radio-Canada réclament un débat public, à raison.Les questions à soulever sont nombreuses.D\u2019abord quant au maintien de sa mission de diffuseur public, qui est de contribuer à refléter et à façonner sa communauté, ce qu\u2019elle a fait admirablement au Québec par ses productions audiovisuelles.Puis quant à ses objectifs, qui sont de viser des productions de qualité plutôt que la recherche du plus grand auditoire.Ce qui a fait la spécificité de Radio-Canada est la qualité de ses productions et son expertise dans le secteur audiovisuel.Dans le numérique, il lui sera difficile de se distinguer de ses concurrents privés et facile de se disperser sur de multiples plateformes pour grappiller quelques revenus aléatoires.Pourquoi ne pas se concentrer sur ses forces ?Pourquoi abandonner sans se battre davantage ?Cela ressemble à une fuite en avant avec en main un plan d\u2019affaires bien plus que stratégique.WAL-MART Immense victoire ! euf ans plus tard, les employés de Wal-Mart à Jonquière remportent une victoire historique dont profiteront tous les salariés qui désirent exercer leur droit d\u2019association dans des entreprises aux penchants antisyndicaux.La Cour suprême a tranché : congédier ses employés constitue un changement unilatéral aux conditions de travail qui va à l\u2019encontre de l\u2019article 59 du Code du travail si le geste est posé pendant la période qui sépare le dépôt d\u2019une requête en accréditation et l\u2019exercice du droit de grève, de lockout, ou l\u2019arbitrage d\u2019une première convention collective.En congédiant tous ses employés de Jonquière une semaine après que le sjmdicat fraîchement accrédité eut fait appel à un arbitre pour rédiger leur première convention collective, au printemps 2005, Wal-Mart croyait n\u2019avoir à invoquer que le droit de toute entreprise à fermer ses portes pour éviter tout recours.^ c, ^\tCe droit existe bel et bien, reconnaît la Cour ^\t^ suprême dans un jugement majoritaire.Mais le ^ plus haut tribunal rejette l\u2019argument de Wal-Mart, de la Cour d\u2019appel du Québec et des juges minoritaires qui soutenait que cette obligation de maintenir les conditions de travail tombait d\u2019elle-même dès lors que l\u2019entreprise fermait.Pour congédier son personnel à ce moment précis du processus de syndicalisation, Wal-Mart aurait dû faire la preuve que sa décision était conforme aux pratiques de gestion en vigueur à Jonquière avant l\u2019accréditation, ce qu\u2019elle n\u2019a pas fait.En conséquence, la Cour ordonne à l\u2019arbitre au dossier, qui avait aussi conclu à une infraction en 2009, de déterminer le montant de la réparation.Et la cerise sur le gâteau, c\u2019est qu\u2019elle condamne Wal-Mart à payer tous les frais juridiques engagés depuis le début des procédures, en 2005, y compris ceux du syndicat.Pour justifier cette décision, le juge Louis Lebel offre une interprétation libérale du fameux article 59.Selon lui, cette obligation au statu quo de la part de l\u2019employeur ne vise pas seulement à assurer un équilibre entre les parties, mais à favoriser clairement l\u2019exercice du droit d\u2019association chez les salariés.Par ce jugement qui a pris tout le monde par surprise, la Cour suprême fournit une arme puissante aux organisations syndicales.Désormais, il sera plus difficile de laisser planer la menace d\u2019une fermeture et surtout beaucoup plus coûteux de passer de la parole au geste sans fournir une preuve convaincante que la même décision aurait été prise «dans le cours normal des opérations», à cause de difficultés financières par exemple.Après plusieurs échecs subis à tous les paliers du système judiciaire, voilà enfin une bonne nouvelle pour ces employés dont le seul tort fut de vouloir exercer leur droit d\u2019association, et surtout pour tous ceux qui voudront faire de même à l\u2019avenir.m Jean-Robert Sansfaçon LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Lf8CL\tlE\tl>u WouVfAU Font CriAMftAiA/»* AH! VdüJ wf C fST UN Çoiir A PÉAGf m h e LETTRES Une longue plainte pour Radio-Canada Je dépose une longue plainte, tout comme ceux qui ont besoin de Radio-Canada pour apprendre ce qui se passe dans nos parlements du Canada et du Québec, pour comprendre ce qui se passe dans les partis politiques, les syndicats, les compagnies, en éducation, pour suivçe ce qui se pqsse en Ukraine, en Irak, en Eg5q)te, oui, î\u2019Eg5q)te d\u2019aujourd\u2019hui, et partout ailleurs dans le monde.Le premier ministre conservateur et le p.-d.g.de Radio-Canada sont-ils au courant de ce que ça veut dire ?Mario Cardinal Ex-ombudsman de Radio-Canada Le 27 juin 2014 Les annonces d\u2019Hnbert T.Lacroix.ou l\u2019art de faire passer des coupes draconiennes pour un plan stratégique.Après Nathalie Normandeau pour sa prestation devant la commission Char-bonneau, c\u2019est Hubert Lacroix, président de CBC/Radio-Canada, qui mériterait une mise en nomination aux prix Gémeaux pour son interprétation du haut cadre dynamique visionnaire.Lors de sa tournée médiatique de jeudi dernier, M.Lacroix a réussi le tour de force de faire passer des coupes de 150 millions de dollars dans son budget, de 25% de son personnel et de 50% de ses espaces comme une bonne nouvelle pour l\u2019avenir de Radio-Canada en présentant le tout comme un plan stratégique destiné à faire de la société d\u2019Etat une entreprise à la fois plus pioderne, plus souple et plus efficace.Evacuée, la dimension essentiellement politique de cette nouvelle pour faire toute la place à ce que M.Lacroix présente hypocritement comme une décision d\u2019affaires motivée par les nouvelles exigences du monde des médias.En fait, le gouvernement Harper a trouvé en M.Lacroix un émissaire pour le travail de sape qu\u2019il mène contre le diffuseur public.Comme M.Charest avait trouvé en Nathalie Normandeau une soldate pour ses basses œuvres.Yvonne Langford Iles-de-la-Madeleine, le 27 juin 2014 REVUE DE PRESSE De MacKay à Fahmy, un festin d\u2019erreurs GUILLAUME BOURGAULT-COTE La chroniqueuse Tabatha Southey {Globe and Mail) ne manquait pas de qualificatifs pour décrire le ministre de la Justice cette semaine.«Meta-wrong», «Wrongman», «Superhero of wrong», autant de variations sur le thème de celui qui se trompe toujours et enfile les erreurs à la chaîne.Souvent élu député le plus sexy d\u2019Qt-tawa \u2014 dans les concours annuels organisés par l\u2019hebdomadaire politique Elill Times \u2014, Peter MacKay a retenu l\u2019attention pour de tout autres raisons dans les derniers jours.Sa déclaration stipulant que, s\u2019il y a si peu de femmes nommées juges au Canada, c\u2019est parce que celles-ci ne veulent pas s\u2019éloigner de leur progéniture, puis le contenu de deux courriels envoyés à la fête des Mères et à celle des Pères l\u2019ont mis dans l\u2019embarras.«Avant le moment où vous arrivez au bureau, vous avez déjà changé des couches, fait les lunchs, couru pour attraper l\u2019autobus scolaire, déposé les enfants à la garderie, pris soin d\u2019un proche vieillissant et peut-être même pensé au souper», indiquait M.MacKay dans son courriel pour les mères.Celui envoyé à son personnel pour la fête des Pères parlait plutôt de «l\u2019immense influence» que les pères ont sur leurs enfants et du fait que leurs «paroles et actions façonnent grandement qui ils deviendront ».D\u2019un côté, les couches.De l\u2019autre, la formation des leaders de demain.Tabatha Southey remarque que, ces jours-ci, Peter MacKay est dans l\u2019erreur à propos de tout et qu\u2019il l\u2019expose partout.Elle se dit impressionnée par «l\u2019incompétence» chronique de MacKay: projet de loi C-36 sur la prostitution, accusation infondée contre Justin Trudeau (disant que le chef libéral veut rendre accessibles aux enfants des drogues dangereuses), projet de loi C-13 (sur la cybercriminalité).Southey estime que tout ce que MacKay touche se change en fiasco.Savoir se taire Dans le même journal, Margaret Wente dit qu\u2019elle se sent mal pour MacKay, qui essuie rebuffade sur rebuffade, notamment dans ses relations avec les tribunaux.Mais sur le fond de ses derniers commentaires, Wente estime que Peter MacKay a raison de souligner que les femmes font généralement plus de sacrifices que les hommes pour s\u2019occuper de leur famille.Et elles le font souvent par choix, affirme Wente.Sauf que Peter MacKay devrait savoir que ce genre de choses ne se dit pas en public, écrit-elle.S\u2019il n\u2019est pas assez intelligent pour comprendre ça, il ne l\u2019est peut-être pas assez pour être ministre, ajoute Margaret Wente.Dans le Toronto Star, en éditorial, on écrit que le débat soulevé par Peter MacKay sur la représentation au sein de la magistrature est important.mais qu\u2019il a été très maladroitement mis en avant.Le problème actuel, selon le Star, c\u2019est qu\u2019on n\u2019a aucune idée des raisons pour lesquelles les femmes ne postulent pas pour les postes de juge, ni même s\u2019il est vrai qu\u2019elles ne posent pas leur candidature.Le journal s\u2019inquiète aussi de la très faible présence des minorités visibles au sein de la magistrature.«Il n\u2019est pas crédible de dire que seuls les avocats masculins et blancs répondent aux critères de qualité, d\u2019intégrité et d\u2019expérience pour être nommés juges, croit le Star.Il est important que ceux qui interprètent nos lois représentent ce que sont nos communautés.Le système de nomination \u2014 complexe, opaque et sujet aux manipulations politiques \u2014 ne produit pas de bons résultats.» Peter MacKay devrait s\u2019attarder à régler ce problème plutôt que de conjecturer sur les liens mères-enfants, pense-t-on.Dans le National Post, Christie Blatchford suggère que le processus de nomination des juges par le fédéral suive la voie tracée par l\u2019Qntario avec son Comité sur les nominations à la magistrature.Celui-ci est efficace, plutôt transparent, et il diminue l\u2019arbitraire qui entoure le processus fédéral, note-t-elle.Égypte Si le Canada a été très timide dans sa réaction à la condamnation du journaliste canadien Mohamed Pahmy en Egypte, c\u2019est peut-être par stratégie, écrivait mercredi Campbell Clark dans le Globe and Mail.Nul doute que, si Eahmy avait été condamné en Iran, Qttawa n\u2019aurait pas eu le même ton, croit-il.La justice égyptienne a condamné Eahmy et deux collègues d\u2019al-Jazira pour, essentiellement, avoir fait du journalisme qui déplaît au gouvernement d\u2019al-Sissi, rappelle Clark, qui s\u2019intéresse de près à la diplomatie canadienne.Le chroniqueur suggère des explications : peut-être Stephen Harper pense-t-il avoir une chance de faire débloquer ce dossier par la voie diplomatique, dans les coulisses?Peut-être ménage-t-il le gouvernement égyptien parce qu\u2019U croit que toute solution de remplacement à celui-ci serait pire que la situation actuelle ?Mais si le ton mesuré du Canada \u2014 qui n\u2019a exprimé que sa «déception» à la suite du jugement \u2014 est autre chose qu\u2019une tactique, c\u2019est une grosse erreur, pense Clark.Le régime égyptien a tout d\u2019une dictature, et le Canada devra bientôt décider s\u2019il continuç à tenter d\u2019améliorer ses relations avec l\u2019Egypte ou s\u2019il finit par reconnaître que ce qui se passe là-bas est inacceptable, dit-il.Sur Twitter: ©gbcote Le Devoir Les liens vers les articles originaux sont associés à la version en ligne de ce texte. LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2014 B 5 IDEES Nouvelles compressions à la Société Radio-Canada La saignée JACQUES GRENIER LE DEVOIR La SRC subit des compressions depuis plusieurs années.Ci-dessus: une manifestation syndicale en mai 2009.JEAN-FRANÇOIS FORTIN Député de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia es médecins du Moyen-Age Lavaient l\u2019habitude de saigner leurs patients.Si ce n\u2019était pas le meilleur moyen de sauver la vie du malade, ça avait au moins l\u2019avantage de les empêcher de se plaindre du service par la suite.Déjà faibles, beaucoup en mou-raient, et les plus chanceux Dénissaient leurs chances.Hubert Lacroix se comporte en médecin médiéval, en Sganarelle, mais sans l\u2019humour.Comme un imposteur qu\u2019on croyait dévoué aux intérêts de la télévision publique mais qui travaille à démolir irrémédiablement la SRC.Après son passage, jamais plus Radio-Canada ne sera la même.Affaiblie, émasculée, cette société d\u2019Etat qui a tant contribué au développement de la culture québécoise est en voie \u2014 au rythme où vont les choses \u2014 de devenir la PB S canadienne.La « restructuration » (euphémisme hypocrite, s\u2019il en est un! Allez dire à des centaines d\u2019employés congédiés qu\u2019ils ont été «restructurés» pour voir !) annoncée cette semaine amorce le démantèlement de la télévision publique souhaité depuis des années par le Reform Party.Stephen Harper n\u2019aime pas les journalistes, il s\u2019en est toujours méfié.De fait, à part avec l\u2019exécutif, le premier ministre n\u2019aime pas partager le pouvoir.Ni avec le judiciaire, ni avec le législatif, ni avec le quatrième pouvoir.Qu\u2019il s\u2019attaque à Radio-Canada n\u2019a rien de surprenant.Tout comme Shelley Glover, la ministre du Patrimoine, qui, en bonne tory, n\u2019a pas l\u2019intention de bouger le petit doigt pour aider le ra-diodiffuseur public.Bref, que le gouvernement fédéral soit l\u2019ennemi objectif de l\u2019information et de la culture ne surprend personne.Mais Hubert T.Lacroix ! ?Parce que ce n\u2019est pas le syndicat qui devrait être dans la rue à hurler son indignation, ce n\u2019est pas les employés qui devraient être les plus découragés et les plus indignés, c\u2019est le président.Celui-là même qui se cache derrière des écrans de télévision pour parler à son personnel.Celui-là même qui dit que rien n\u2019est ac- Un impact considérable pour les régions du Québec, pour notre capacité à nous informer quis pour les prochaines années, que tout dépend des crédits parlementaires.Celui qui devrait défendre Radio-Canada est un de ses fossoyeurs.Une véritable honte ! Le virage numérique est nécessaire et doit se faire sur une période raisonnable.Si les mandats de Radio-Canada se multiplient, les sommes nécessaires doivent suivre.On en demande plus à la SRC ?Eh bien, qu\u2019on en donne plus.Ce n\u2019est pas comme si Ottawa manquait d\u2019argent.Un choix politique.Un choix idéologique.L\u2019absence d\u2019indignation et de combativité du président en fait clairement un complice.Je ne demande pas sa démission, mais à sa place, incapable de défendre mon monde, je démissionnerais.Les principes ne doivent pas être négociables.Les régions vont en pâtir, comme d\u2019habitude, comme avec le EAPL, comme avec l\u2019assurance-emploi.Déjà, il est question que le Téléjournal Est-du-Québec passe d\u2019une heure à trente minutes dès 2015.Un impact considérable pour les régions du Québec, pour notre capacité à nous informer sur notre coin de pays, à débattre d\u2019enjeux qui nous concernent, à développer le sentiment d\u2019appartenance à nos régions.Néfaste.Je dirais inacceptable si ce mot n\u2019avait été si galvaudé.Eaut croire que le «ICI» de Radio-Canada ne s\u2019adressait pas à nous.Les régions vont en pâtir, l\u2019information et la créativité aussi.On voudra des émissions qui ne coûtent pas cher, des séries à fortes cotes d\u2019écoute, prudentes, pas trop d\u2019audace.Grande Oursel Les Bougon ?Série noire ?Risqué.Et ce sont les créateurs québécois qui vont en faire les frais.Je suis indépendantiste.Je veux qu\u2019à terme, le plus tôt possible, mon pays devienne un pays.Je veux une télévision publique québécoise de la stature de celle qu\u2019avait Radio-Canada avant le bulldozer conservateur.Mais ce n\u2019est pas une raison pour que j\u2019accepte que des créateurs québécois, des journalistes québécois, des techniciens, des réalisateurs, des producteurs québécois, de toutes les régions du Québec, perdent leur emploi.Je défendrai Radio-Cadenas, comme dirait Ealardeau, et j\u2019invite tous les Québécois, fédéralistes et indépendantistes, à le faire aussi.C\u2019est notre culture et notre accès à l\u2019information qui sont attaqués.Ne restons pas les bras croisés.Ne laissons pas Stephen Harper, Shelley Glover et Hubert Lacroix continuer leur saignée.Propos sexistes : lettre à Peter MacKay Confidences d\u2019un père à un autre J ERIC PINEAULT Professeur au Département de sociologie de l\u2019UQAM e me présente, Peter: Eric Pineault, professeur d\u2019université, père de deux enfants (un gars, une fille) et beau-père d\u2019une troisième grande fille de 19 ans.Oui, tu es ministre, personnalité politique importante, un des piliers du nouveau conservatisme canadien, mais je me permets de t\u2019interpeller comme père, Peter.On a presque le même âge : tu es né en 1965, moi, en 1967.Comme moi, tu as certainement été confronté aux importants bouleversements dans les rôles «genrés» entre ta naissance et aujourd\u2019hui.Comme moi, tu as peut-être été témoin de l\u2019ambivalence de nos mères, qui ont massivement quitté le foyer à partir de la fin des années 1970 pour se lancer dans une carrière professionnelle, mais aussi en même temps par contrainte économique à mesure que les revenus du paternel stagnaient ou déclinaient.On est de la génération qui a vécu la fin du modèle «papa a raison» dans un contexte de restructuration économique profonde.Derrière les chiffres, il y a des histoires : ma mère contrainte de travailler plus qu\u2019elle le voulait, mon père soudainement au chômage, mais incapable de prendre en main l\u2019ordinaire de la maison par manque de savoir et de culture domestique.Peut-être, comme moi, as-tu été marqué par cette transition ?En tout cas, de mon côté, l\u2019impuissance domestique de mon père et l\u2019insécurité professionnelle de ma mère furent des expériences identitaires fondamentales.A cela s\u2019est ajouté l\u2019apport décisif de quelques compagnes de vie qui, confrontées aux mêmes questions, ont trouvé dans le féminisme des réponses importantes.Je voulais te confier que je suis fier comme parent, et comme père, de transmettre à mon fils et à mes filles les savoirs domestiques dont ils auront besoin pour vivre leur vie adulte, fier que mon gars tienne pour acquis qu\u2019il devra cuisiner, faire la vaisselle et prendre soin des enfants parce que je le fais devant lui et surtout ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE Comme l\u2019auteur de ce texte, le ministre MacKay, accompagné ici de son épouse et de leur enfant, est de la génération qui a vécu la fin du «papa a raison».parce que c\u2019est mon devoir de parent de lui montrer cela autant que de lui parler de mon travail comme enseignant et chercheur, tout comme le fait ma conjointe.Nous considérons qu\u2019il faut montrer à nos enfants que la vie domestique et la vie professionnelle n\u2019appartiennent à aucun genre, que les tâches se modulent et se divisent selon les circonstances, pas selon le sexe.En fait, je suis plutôt heureux de cette époque où on peut bricoler beaucoup plus librement que le purent mes parents avec nos contributions et engagements dans la vie familiale et professionnelle.En même temps, il faut reconnaître la ténacité des stéréotypes et des rapports de pouvoir entre les genres.L\u2019égalité est un effort au quotidien, pas un acquis, que ce soit à la Cour suprême ou dans la cuisine.Peter, mon gars va apprendre à changer des couches.Et peut-être que, comme moi, il va être celui à qui cette tâche sera dévolue dans sa famille.Quant à ma fille, cet été je vais lui apprendre à fendre du bois de chauffage (nous restons à la campagne) afin que jamais elle ne pense que c\u2019est une tâche de gars, qu\u2019elle doit dépendre d\u2019un homme pour se chauffer.Peter, comme père, je suis profondément offusqué qu\u2019un ministre de la Justice tienne des propos aussi sexistes et rétrogrades que ceux que tu as tenus.Mais, baume sur ma colère, tes propos, mes enfants ne peuvent tout simplement pas les comprendre, tellement ils sont étrangers à notre époque, à nos valeurs.Peter, j\u2019ai fait de cette période trouble que j\u2019ai vécue avec mes parents la base d\u2019une plus grande liberté pour moi, ma conjointe et mes enfants.Et toi ?Des grands bouts de vie David Desjardins William Verge et Nadège Brunelle sont beaucoup moins babas cools que je ne les avais imaginés.En fait, ils ne le sont pas du tout.Mais j\u2019y peux rien: dans mon esprit obtus, parcourir le monde en cherchant le trouble pendant 21 mois pour aller geler en Terre de Eeu, visiter des mines en Bolivie, faire du trekking au Népal, barboter dans la misère au bord du Gange et, afin d\u2019économiser, choisir les plus pénibles moyens de transport, des hôtels minables et tutoyer les coquerelles, ça vient avec quelque chose comme une sorte de territoire culturel.Pensez à des vêtements informes en lin et aux refrains manichéens des chansons de Tryo.Quand j\u2019ai sonné à leur porte, à côté de laquelle une boutique de poteux exhibe ses sélections de papiers fins et de pipes à eau, ç\u2019a évidemment galvanisé mon préjugé.Sauf que, comme je le disais, j\u2019étais très, très loin dans le champ.En même temps, j\u2019aurais dû m\u2019en douter.Des babas cools ne se seraient pas souciés de ce qui allait advenir de leurs carrières respectives (elle est infirmière et lui est ingénieur) après deux ans à faire le tour du monde.Et une fois en Asie, ils auraient fait comme dans The Beach (le film de Danny Boyle tiré du roman d\u2019Alex Garland), se seraient trouvé un bout de paradis, loin des regards, où laisser flotter leur insouciance en se croyant plus fins que les autres touristes, simplement parce qu\u2019ils ont dégoté un nouvel endroit à salir.Des esprits frivoles n\u2019auraient pas publié un livre en forme de récit de voyage à leur retour pour pouvoir le montrer à leurs futurs employeurs.Bouquin au titre en forme de justification : Le trou dans mon CV.J\u2019ignore pourquoi cette image grossière avait collé dans ma tête, parce qu\u2019il n\u2019y a rien de caricatural dans ce petit ouvrage publié à compte d\u2019auteur, mis en page par le frère de William qui, lui, signe avec Nadège une poignée de textes drôles, simples, et si dénués de toute prétention qu\u2019on ne peut faire autrement que d\u2019en aimer les auteurs, si toutefois on ne trouvait pas de grandes vertus à leur prose.Une écriture qui, sans être exceptionnelle, s\u2019avère limpide et, disons-le, bien plus divertissante que celle de la moyenne de mes semblables, journalistes et chroniqueurs.Les auteurs flirtent un peu avec la petite morale de l\u2019Occidental qui se frotte à la misère de la multitude, mais sont pas cons.Jamais gagas ni messianiques.Lucides, avec du cœur.«Je sais que ça reste du tourisme», admet bien volontiers William, ironisant un peu ensuite en disant que le tourisme, c\u2019est mal.«Mais je suis dépendant.» Ils reviennent tout juste de trois semaines de rechute en Europe.Suède, Croatie, Italie.Pour aller voir des amis et trimbaler le bébé de 18 mois qui nous tourne autour tandis que nous discutons du retour à la réalité, de cette normalité qu\u2019ils ont fuie et qui les happe, surtout avec un enfant, le boulot, le loyer.Quand j\u2019évoque cette famille qui était dans les journaux la semaine précédente et qui est partie faire un énorme périple à vélo, les yeux de Nadège s\u2019allument.C\u2019est elle qui avait le plus hâte de rentrer au terme de ce long périple, mais c\u2019est aussi pour elle que le retour s\u2019est révélé le plus complexe.«Je ne savais plus trop ce que je voulais en rentrant», confie-t-elle.Elle enseigne en ce moment.Sinon, les malheurs que certains proches avaient prophétisés ne se sont pas avérés.Et ils ne regrettent pas une seconde d\u2019avoir flambé un confortable dépôt (environ 20000$ chacun) sur une maison pour vivre l\u2019aventure d\u2019une vie.Il n\u2019y a rien qui se compare à ça, dit William.«C\u2019est l\u2019inconnu tous les jours qui t\u2019attend.» «C\u2019est le contact avec les gens», ajoutç Nadège, citant ceux croisés en Birmanie, en Egypte, en Iran.«C\u2019est les nouvelles situations, la chair de poule de l\u2019incertitude, des nouvelles odeurs, des nouveaux sons.Il n\u2019y a jamais de routine», termine son chum.Sont pas babas cools.Ni naïfs.Ils ont seulement envie d\u2019autre chose.Une vie qui serait mieux que du temps condensé, hachuré, segmenté, étiqueté.Je les quitte dans l\u2019humide torpeur de ce matin de Saint-Jean que peuplent les mendiants, les errants en tous genres, ceux pour qui la fête s\u2019est étirée jusque dans l\u2019aube.Comme celui avec des shorts hawaïens, une chemise avec des flammes dessus et un sac à l\u2019effigie d\u2019un dojo de karaté yoseikan qui se tient devant la boutique de poteux.Il avance dans la rue avec la lenteur déterminée d\u2019une limace, un sourire large comme un continent lui barre le visage.C\u2019est le bonheur simple de celui qui n\u2019a rien, et surtout pas d\u2019horaire.Il me fait le même effet que la lecture du bouquin de William et Nadège.Je n\u2019enviais jamais leur sort, mais j\u2019étais jaloux pareil.Parce qu\u2019il y a de grands bouts de vie et de liberté qui n\u2019appartiennent qu\u2019aux vagabonds.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste), information générale : Isabelle Paré {chef de division), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Philippe Orfali (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel 'Da.Y\\6.(chroniqueur), Hélene Buzzetti et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Bélair-Cinno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, (Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Véronique Chagnon et Louis Gagné (pupitre) information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), Julie Carpentier (pupitre), information économique Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins, Enc Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettmo-Parazelli {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Folie-Boivm (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Frappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Florence Sara G Ferrans (assistants) , correction : Andréanne Bédard,^Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secretaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis) DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome ((Montreal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBLICITE Edith Caron (adjointe), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlene Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Nathalie Jobm (par interim), Claire Paquet, et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amélie Maltais {coordonnatrice), Laurence Hémond (secretaire) PRODUCTION Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Olivier Leclerc (coordonnateur du service a la clientele), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables).Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Florentma Draghici, Céline Furoy et Véronique Pagé B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 28 ET DIMANCHE 29 JUIN 2014 JEUX DE MOTS Chaque samedi pendant la saison estivale, pour une sixième année, les lecteurs peuvent mettre leurs connaissances, et surtout leur patience, à l'épreuve en complétant les jeux préparés par notre collaborateur Michel Roy, professeur de français à la retraite.En règle générale, les amateurs de mots croisés retrouveront aussi leur passe-temps favori dans cette page.CHASSE AUX CINQ VOYELLES Les dix séquences de lettres qu'on vous donne sont en fait des mots qui ont tous été amputés de cinq voyelles différentes; on n'a pas touché aux consonnes.Vous aurez donc à insérer correctement dans chacun de ces dix groupes les cinq voyelles manquantes.Autre point important : quand la première lettre du groupe de consonnes est soulignée, cela veut dire que le mot à reconstituer commence par cette lettre; d'autre part, si la dernière consonne est soulignée, alors le mot cherché se termine par cette consonne.Bonne chasse.1 )\tS\tP\tR N T\t6)\tS S P L 2)\tP\tP\tLCR\tn\tN R D 3)\tR\tN\tTX\t8)\tÇT H L Q 4)\tR\tC\tL LX\t9)\tM LT N 5)\tB\tT\tN Q\t1 0 )\tM N ETYMOLOGIE ANIMAUX Associez chaque nom (1 à 10, colonne de gauche) MOTS à la langue d'origine de ce nom (A à J, colonne de droite) LANGUES D'ORIGINE 1\tEIDER\tA\tALLEMAND 2\tÉPERLAN\tB\tANGLAIS 3\tHADDOCK\tC\tESPAGNOL 4\tHARFANG\tD\tGREC 5\tHASE\tE\tISLANDAIS 6\tIGUANE\tF\tLATIN 7\tLÉOPARD\tG\tMALAIS 8\tMACAQUE\tH\tNÉERLANDAIS 9\tMICROBE\t1\tPORTUGAIS 10 ORANG-OUTAN\t\tJ\tSUÉDOIS PROVERBES DESORDONNES Voici quatre proverbes étrangers dont les mots ont été volontairement mélangés.Vous devez donc reconstituer chacun sous sa forme originale en replaçant les mots dans le bon ordre.Pour vous permettre de partir du bon pied, on a inscrit en lettres majuscules le mot de départ de chacun des proverbes ou dictons.1\t\u2014 l'oreiller est diable paresse du LA (danois) 2\t\u2014 la fardeau est fourbu AU un cheval crinière (tchèque) 3\t\u2014 UNE hivers cœur pendant chaud parole du venue tient trois (chinois) 4\t\u2014 LA jambes seul le mains a promesse des don a des (allemand) 1/3 5 U) î* \u2018S .£ E S 6 (V U > oô ÿ 8 oû q) 1_ ^ 0^ \u2022M
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