Le devoir, 12 juillet 2014, Cahier E
[" L\u2019éloge du théâtre muet de Frédéric Barbusci Page E 3 La mort en direct sous ' la plume de David Giimour Page E 7 Culture Livres CAHIER E > LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JUILLET 2014 « i ¦' A PHOTOS PEDRO RUIZ LE DEVOIR Crèvecœur-sur-l\u2019Escaut Poste scriptum, ce sont huit cartes postales vintages envoyées à autant d\u2019auteurs estimés du Devoir pour les inspirer.C\u2019est aussi une carte blanche littéraire où chacun composera tour à tour ime microfiction de style libre, insufflée par l\u2019image ou le texte, la provenance ou la calligraphie, le timbre ou le cachet d\u2019oblitération, selon le bon gré de l\u2019écrivain.Aujourd\u2019hui: KimThüy.Née à Saigon en 1968, elle fait paraître en 2009 son premier livre après avoir été traductrice, interprète, avocate et restauratrice.Ru (Libre Ejqjression) est le récit de l\u2019arrivée et de l\u2019implantation de sa famille au Québec.Elle a signé depuis trois autres titres, dont mân (Libre Expression, 2013).KIM THÛY Je te revois sur le toit à remplacer les tuiles et sur l\u2019échelle à gratter la peinture de la porte d\u2019entrée.et à genoux à placer les dalles.Il y a presque trente ans, tu posais les mêmes gestes pour agrandir et embellir la maison de tes enfants dans la banlieue de Montréal.Trente ans plus tard, tu continues à Bantouzelle le travail de tes ancêtres pour retrouver, derrière les fenêtres placardées, l\u2019écho des rires des meutes de jeunes dans les couloirs et des bruits d\u2019ustensiles contre les assiettes.Qui aurait cru qu\u2019un minuscule village au milieu des champs du nord de la France puisse posséder ce bâtiment aussi immense qui abritait une colonie de vacances.C\u2019était l\u2019idée de qui déjà?Ton arrière-grand-père ou ton arrière-arrière-grand-père ?J\u2019allais te mentir et te dire que je t\u2019avais retrouvé après moult recherches.La vérité est bien plus simple : je ne t\u2019ai jamais laissé sortir de mon champ de vision.Tu es toujours là, debout sur ma ligne d\u2019horizon, le lieu exact où nous nous sommes rencontrés la première fois, n n\u2019a pas été difficile de te suivre puisque tu n\u2019as pas changé d\u2019adresse ni de femme.Tu as attendu le départ des enfants et plus tard, beaucoup plus tard, celui de ta femme.Tu lui as tenu la promesse de rester à ses côtés jusqu\u2019à la fin, jusqu\u2019au dernier murmure.Je t\u2019ai vu insister auprès des fossoyeurs pour jeter tout doucement des pelletées de terre après le départ des proches et y déposer le dernier bouquet hebdomadaire de fleurs.La fleuriste m\u2019a confirmé ton infaillible attention à choisir les muguets au printemps, les pivoines au mois de mai, les roses à son anniversaire, les lys blancs à la fête nationale.et les oiseaux du paradis pour souligner le début des vacances.Un jour, après avoir vidé les garde-robes et jeté la brosse à dents qui avait toujours accompagné la tienne, tu as déterré derrière les bosquets de bruyères d\u2019hiver les boîtes qui contenaient mes lettres.Tu les avais gardées fermées jusqu\u2019à ton arrivée à Bantouzelle où tu as sorti et étalé les lettres une à une sur la grande table communale de la salle à manger.Chacune des enveloppes a été conservée, même celles qui avaient été endommagées par les voyages au-dessus des mers et à travers les terres.Le premier jour, tu les as placées par ordre chronologique et le lendemain, par ordre de grandeur pour finalement choisir l\u2019ordre géographique.J\u2019étais si souvent à mille lieues de toi.Mais toujours, tu savais où je dormais.Cette fois, contrairement à mes habitudes, ce n\u2019est pas une carte postale que je t\u2019envoie, mais une photo de moi devant la maison de Crèvecœur-sur-l\u2019Es-caut.Je l\u2019ai louée pour une période indéterminée.Je sais que le ruban jaune symbolise habituellement l\u2019attente du retour d\u2019un être cher parti sur un champ de bataille.Certains disent même que les femmes se le nouaient autour du cou ou dans les cheveux pour afficher l\u2019indisponibilité de leur cœur resté fidèlement amoureux d\u2019un être absent.Comme elles, sur mon corps.VOIR PAGE E 5 L\u2019ESCAUT\t \t \t \t \t \t^ IMUSËEDES ly 1 BEAUX-ARTS l\\ 1 MONTRÉAL F A B U L 1 E B ^\t.JOAILLIER DES TSARS .\t^ \u2022 VMFA Osler Bdi E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JUILLET 2014 CULTURE ¦MUSIQUE MUSIQUE CLASSIQUE L\u2019étonnante revanche des artistes : une victoire à la Pyrrhus ?CHRISTOPHE HUSS Les éditeurs de disques multiplient la publication de coffrets dédiés à des artistes.Toujours plus gros, toujours moins chers.11 n\u2019est pas rare aujourd\u2019hui de payer 2$ pour un enregistrement de prestige, réalisé à Vienne ou à Berlin, qui en valait dix fois plus il y a dix ans.Le discophile n\u2019a jamais été aussi gâté.Deux logiques peuvent conduire à l\u2019édification d\u2019un catalogue discographique : la logique d\u2019artiste ou la logique de répertoire.Très largement, jusqu\u2019à l\u2019apparition du disque compact, la logique d\u2019artiste s\u2019imposait.Des majors du disque.Columbia, Victor (RCA), His Master\u2019s Voice (HMV), Deutsche Grammophon (DG), signaient des contrats avec des vedettes.Callas était une chanteuse HMV, George Szell, un chef Columbia et Artur Rubinstein, un pianiste Victor.Rubinstein aurait bien voulu enregistrer avec Szell, mais ce n\u2019était pas possible.La sclérose du répertoire Certains artistes ont multiplié les disques en faisant la tournée des éditeurs.Ainsi, Eugene Ormandy a enregistré deux fois le grand répertoire symphonique pour Columbia, en monophonie puis en stéréo.Au tournant des années 1970, il a signé un contrat avec Victor et tout réenregistré pour l\u2019étiquette RCA.Quant à Herbert Karajan, il avait résolu le problème en signant deux contrats d\u2019exclusivité : l\u2019un avec HMV, l\u2019autre avec DG! De cette logique d\u2019artiste découle l\u2019infini ressas-sement du même répertoire.Chaque violoniste veut enregistrer le concerto de Brahms, chaque chef souhaite graver les neuf symphonies de Beethoven.Timidement à partir des années 50 avec Erato, puis dans les années 60 avec Harmonia Mundi, sont apparues des étiquettes qui se sont attelées à combler avant tout des lacunes de répertoire, en l\u2019occurrence la musique baroque.Certains des artistes engagés pour cela \u2014 tels William Christie ou Philippe Her-reweghe chez Harmonia Mundi \u2014 sont ensuite devenus des vedettes.Le fait majeur de l\u2019ère du disque compact, notamment à partir de la création de Naxos en 1987, a été la prise de pouvoir progressive de la logique de répertoire dans la construction des catalogues.Certes, au chapitre des ventes, Pavarotti and Friends (Decca) surpas- AGENCE ERANCE-PRESSE Leonard Bernstein sait, ô combien, la série des Concertos pour piano romantique d\u2019Hyperion.Mais en matière d\u2019offre, avec des labels tels que Naxos, Bis, CPO, Hyperion, Capriccio ou Alpha, l\u2019exploration du répertoire régnait en maître.Aujourd\u2019hui, à maturité, après 20 à 25 ans d\u2019activité et des artistes qui se sont imposés sur le marché, les meilleures de ces étiquettes jonglent au mieux avec une double logique artiste et répertoire : Hyperion, avec ses pianistes, tous devenus vedettes (Hame- DE QUEBEC Direction généraip et artistique : Grégai^ Legendre in imaeria lin, Shelley, Osborne, Hough, Hewitt), illustre bien ce phénomène.La plaie du doublon Depuis environ cinq ans, les anciennes majors du disque se sont mises à rassembler en coffrets des monographies d\u2019artistes.En 2008, EMl a publié tous ses enregistrements de Karajan en deux boîtes monumentales.RCA faisait de même avec 144 CD d\u2019Artur Rubinstein en 2011.Depuis trois ans, les vannes sont ouvertes, mais dans une confusion qui vire à l\u2019ineptie et à un rythme qui, chez certains (Sony Classical notamment), a dépassé la frénésie.11 faut savoir trier le bon grain de l\u2019ivraie, et désormais développer une certaine tolérance pour les doublons: le Requiem de Verdi de Georg Solti vient d\u2019être réédité quatre fois en un an par Decca: une fois dans un coffret Solti dirige Verdi, une fois dans l\u2019intégrale Tutto Verdi, une fois dans la Pavarotti Edition, puisque Pavarotti en est le ténor, mais aussi dans le cube The Decca Soundl Le cas n\u2019est pas isolé, et les concertos se retrouvent dans les coffrets dédiés aux chefs, dans ceux consacrés aux solistes, sans compter les compilations du genre «Les plus beaux concertos».Tout cela est à prix souvent bradé, mais la culture du doublon s\u2019installe au fur et à mesure que les discothèques des particuliers \u2014 souvent rangées par compositeurs \u2014 sont déconstruites.Nos choix Pour éviter au mieux les irritants et profiter des aubaines, nous vous conseillons de vous méfier des coffrets parcellaires, du genre Ist-van Kertesz.The London Years (Decca), qui picorent çà et là de manière frustrante.On s\u2019aperçoit aussi aujourd\u2019hui que les cubes par labels (Decca Sound, RCA Living Stereo, Philips Original Jacket) sont, à terme, de vrais viviers à doublons.Nous vous proposons de vous concentrer sur les publications d\u2019intégrales et en conseillons quatre.Maxim Vengerov, Complete Recordings (1991-2007), déjà présenté dans notre Vitrine du disque il y a deux semaines (Warner 19 CD 0825646315147).Annie Fischer, Complete London Studio Recordings, un digne hommage à la grande pianiste hongroise, qui aurait eu 100 ans le 5 juillet (Warner Icon 2564 63412-3).Maria Joao Pires, The Complete Erato Recordings, la boîte la plus émouvante et la plus nostalgique, avec, pour la première fois, toutes les pochettes originales des enregistrements qui ont lancé la carrière de l\u2019une des plus grandes pianistes de notre temps (Erato 17 CD 08256146310654).Leonard Bernstein Collection, volume I, un coffret hors normes d\u2019une qualité de réédition exemplaire, premier de deux volumes rassemblant tous les disques (ici de Beethoven à Liszt) de Bernstein pour DG.C\u2019est un modèle, mais on est ici dans l\u2019objet de luxe, pas dans le coffret fourre-tout super-économique (DG 59 CD 479 1047).Reste une dernière question, essentielle, sur cette grande braderie des fonds de catalogue.Lorscme, par exemple, Sony publie en 39 CD à 80$ tout ce que Claudio Abbado a gravé pour RCA et Sony dans des conditions sonores impeccables, comment l\u2019industrie phonographique va-t-elle faire, ensuite, pour vendre à prix fort les nouveautés de Yannick Nézet-Séguin ou Gustavo Dudamel?La manne qui nous tombe du ciel séduit les dis-cophiles, mais risque de tourner en victoire à la Pyrrhus pour les éditeurs.Le Devoir Le pianiste du chef-d\u2019œuvre : Ben Sidran SERGE TRUEEAUT Une fois n\u2019est pas coutume, mais pour une fois (bis), on a été la contradiction de l\u2019idiot de famille.Probablement pour la dernière fois (re-bis), d\u2019ailleurs.Toujours est-il que l\u2019on a résolu l\u2019équation ouli-pienne du retour sur le temps, et non dans le temps.Elle est la suivante: (blues + mots) facteur de (jazz + Bob Dylan) facteur de (finesse à la puissance 10 + convictions au pluriel) = qui?Ben Sidran.Quelle question ! Bon, clarifions.Le retour évoqué e,st daté: le 3 juillet dernier.A ce moment, il y a une unité de lieu : l\u2019Upstairs, soit le club situé physiquement en dessous alors qu\u2019il emprunte au dessus son nom propre.Comme le disait Raymond Devos, cette histoire qui s\u2019est déroulée au-dessus m\u2019a mis sens dessus dessous.Bon (bis), on revient sur le show de Sidran non pas pour en faire la critique mais bien pour vous faire des suggestions.On s\u2019explique.Voilà, au ras du bitume et non des pâquerettes, au cours de sa prestation, du reste splendide, il a décliné bien des morceaux gravés lors de l\u2019enregistrement récent de Don\u2019t Cry For No Hispter paru sur étiquette Bonsai au début de 2013.Cet album, on vous conseille très vivement d\u2019en faire la cible d\u2019une OPA, à moins que vous en soyez déjà le propriétaire, car il est un chef d\u2019œuvre.11 est ainsi car il est d\u2019abord et avant tout un album complet.11 est également un album singulier, car à l\u2019image, comme l\u2019a chuchoté le sieur de La Palice, de son auteur.On dit complet car il est le cocktail des éléments sonores, des faits musicaux, des réalités instrumentales et autres variables qui ont r^hmé l\u2019his- SIX MEDIA Ben Sidran toire du jazz, qui ont fait le jazz.On se doit de préciser: le free-jazz mis à part.L\u2019étendue de ses talents d\u2019auteur-compositeur combinée à une connaissance encyclopédique du jazz et du blues fait que Sidran a dépassé son maître.On a nommé l\u2019immense Mose Allison, le signataire d\u2019If You Live, le romancier de Your Mind Is on Vacation.On le répète : avec Don\u2019t Cry For No Hipster, Sidran prend le relais, avec éclat, d\u2019Allison.En effet, dans tout ce qu\u2019il fait, quoi qu\u2019il fasse, quoi qu\u2019il touche, Sidran injecte une dose de swing.11 possède un sens de la balance entre sa voix et son jeu au piano qui force l\u2019admiration.Dans chacun des morceaux, il est convaincant.Ce qui n\u2019est pas rien.Y compris lorsqu\u2019il interprète le délicieux Reflections de sir Thelonious Sphere Monk.Qui plus est, il est un homme de goût.On dira même d\u2019un goût si prononcé qu\u2019il est en fait le reflet de sa très longue expérience.Mais encore?11 sait fort bien s\u2019entourer.On pense notamment, voire beaucoup, à la présence d\u2019un guitariste prodigieux de finesse.Will Bernard.Ce dernier est un maître ès ponctuations.Pour faire court, mais vrai : Don\u2019t Cry For No Hipster est un chefd\u2019œuvre.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS JUILLET 2014 E 3 CULTURE>ARTS DE LA SCENE Sans texte et contexte : éloge du muet et du théâtre silencieux «Pas de paroles ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019action» FABIEN DEGLISE Ly idéal aurait été de ne pas ' parler, de laisser les dits et les non-dits de la communication non verbale s\u2019installer entre deux artistes spécialistes de l\u2019improvisation et un journaliste attablés dans un café de la métropole.Il y aurait eu une posture interrogative incarnée par un regard insistant et des épaules balancées de manière prévisible vers l\u2019avant.Il aurait pu y avoir un roulement d\u2019yeux, une complicité rapide recherchée dans l\u2019œil de l\u2019autre, un geste de la main, puis un autre ou, qui sait, le début d\u2019un jeu de mime.Mais non.Finalement, les mots n\u2019ont eu d\u2019autre choix que de sortir pour évoquer leur absence dans ce drôle de théâtre d\u2019improvisation que se prépare à monter, avec cinq potes à lui, Frédéric Barbusci, dans le cadre du festival hétéroclite Zoofest.La chose a été baptisée Sans texte et contexte.Elle prend l\u2019affiche la semaine prochaine pour quatre soirs au très glauque Café Cléopâtre du boulevard Saint-Laurent à Montréal, étrange établissement qui combine un étage cabaret ordinaire monté sur un autre dédié à la danseuse nue, dans toute sa vulgarité.«En bas, ça va être tout nu, en haut, ça va être dépourvu», lance en rigolant, devant un bol de café, le comédien Réal Bossé qui, avec Barbusci, Frédéric Forget, Eric Mar-çoux, Antoine Vézina \u2014 et Eric Desranleau à la musique \u2014 va être de cette aventure.La formule ne pouvait être mieux choisie pour résumer l\u2019exercice de style auquel le Nick Beroff de la série télévisé 19-2 a accepté de se frotter dans les prochains jours : sur scène, avec les autres, il va devoir en effet improviser chaque soir sur des thèmes choisis, dévoilés le soir même, sans pouvoir faire usage de la parole.Le public est, lui aussi, invité à ne pas laisser sortir les mots de sa bouche durant la représentation.«Pas de paroles ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019action», explique Barbusci, qui a eu l\u2019idée de ce genre de spectacle en 2012 en montant huit matchs d\u2019impro qualifiés «d\u2019instables ».Chacun avait sa contrainte : que des solos, que des marionnettes, que des femmes.L\u2019un s\u2019est joué sans mots, avec un résultat plutôt intéressant, selon l\u2019idéateur de la chose, qui a eu envie de récidiver.Proposition plutôt incongrue Dans un présent qui surcommunique, qui parle trop, souvent et partout, particulièrement lorsque les mots tiennent dans un texto ou sur le mur d\u2019un réseau social numérique, la proposition est plutôt incongrue, cherchant à ramener l\u2019échange entre des êtres à sa forme primale, à l\u2019origine du monde presque.« Quand tu enlèves la parole, tu n\u2019enlèves pas forcément de l\u2019intelligence et de la sensibilité, bien au contraire», dit Réal Bossé, qui voit dans l\u2019improvisation, qu\u2019il pratique depuis une jeunesse passée à Rivière-du-Loup, un espace nécessaire pour permettre au comédien de « vérifier sa capacité de créer».«Aujourd\u2019hui, avec tous les outils de communication à notre disposition, nous communiquons finalement très peu, en nous donnant collectivement l\u2019impression du contraire.Comme pour le PEDRO RUIZ LE DEVOIR Frédéric Barbusci, à gauche, et Réal Bossé: «En bas, ça va être tout nu, en haut, ça va être dépourvu.> projet En ville sans ma voiture [aujourd\u2019hui disparu], ce spectacle cherche aussi à faire réfléchir sur la place de la parole dans notre environnement social en la faisant disparaître un instant.» Instant! Barbusci, lui, en promet plusieurs, dans ce culte très présent de l\u2019instantané, du ici-maintenant, qui déplace désormais les foules et fait se multiplier les paroles dans les univers numériques.«L\u2019offre de spectacles est très forte, dit-il.Il faut créer des événements pour se démarquer.Chaque soir va amener un spectacle différent dont on ne peut pas connaître la teneur à l\u2019avance.Pour en être témoin, il va falloir venir, et surtout être attentif avec les yeux», puisque c\u2019est surtout par là que cette création va se jouer.Pas question de jaser avec son voisin ou de prendre ses textes pendant le spectacle.Il dit: «On aurait pu appeler ça \u201cSans texte, contexte et texto\u201d.» Il rigole et ajoute : «Vous connaissez le FOMO [Fear of missing out, la peur de rater des choses lorsqu\u2019on se tient loin des univers numériques] ?Nous, on pratique le JOMO [pour Joy of missing out, le plaisir de rater des choses dans les univers numériques pour prendre part à des phénomènes bien matérialisés sous ses yeux].» Et là, forcément, l\u2019interlocuteur a tout pour rester sans mots.Le Devoir Le théâtre non verbal en six mots Sophron, dit Sophron de Syracuse, est certainement le père fondateur de l\u2019expression scénique du mime.Poète grec, il vivait au V® siècle avant J.-C.Marceau, Marcel de son prénom, a fait rayonner la dramaturgie sans mot à travers le monde avec son personnage de Bip inventé en 1947.Avec le temps, le Français a fait apparaître beaucoup de caricatures de lui-même.Bouche bée est le titre donné à la première expérimentation d\u2019impro sans paroles de Frédéric Barbusci et ses complices.C\u2019était en 2012 dans un petit troquet de Montréal.L\u2019intitulé aurait toutefois pris un autre sens dans le cadre d\u2019un spectacle présenté au Café Cléopâtre, mi-cabaret, mi-club de danseuses.Second City, l\u2019incubateur de comédiens basé à Chicago, est passé maître dans l\u2019art de monter des spectacles dénués de paroles, et donc plus faciles à exporter sur plusieurs « marchés » en même temps.En 2009, la troupe livrait d\u2019ailleurs son spectacle Rêverie, de l\u2019humour non verbal, en ville, dans le cadre du festivaljuste pour rire.28E FESTIVAL INTERNATIONAL NUITS D\u2019AERIQUE Pierre Kwenders: un potentiel majeur YVES BERNARD Le phénomène de la world 2.0 québécoise s\u2019implante lentement mais sûrement.Après Poirier, Boogat, Heavy Soundz, Face-T, Mr OK, entre autres, voici Pierre Kwenders, celui par qui les villes se fondent îes unes aux autres, de Kinshasa à Montréal.Il a lancé en 2013 deux minialbums marqués d\u2019un potentiel majeur.Il marie la rumba congolaise et quelques autres rythmes de sa RDC natale aux musiques urbaines nord-américaines.Et la présence de l\u2019élec-tro est probante.Il s\u2019amène en trio ce jeudi à la Sala Rossa et devrait lancer son premier album complet en octobre.«Pour le disque, je reprends quatre ou cinq chansons des deux EP.Les autres seront nouvelles, mais dans la même saveur.Parfois, je me suis inspiré de la musique plus ou moins dance électronique des années 1980 en Afrique du Sud, alors je vais aussi vers des chansons plus funky ou d\u2019autres qui rappellent un peu le drum des fanfares militaires», raconte Pierre Kwenders.Pour la scène, il donne pour l\u2019instant la priorité au trio.«Le percussionniste Julien Sagot est toujours là avec son énergie électrisante.Il a une façon de jouer les congas avec ses bâtons qui n\u2019a rien à voir avec la salsa.» Kwenders parle aussi de Daniel Leznoff, nouveau venu au cla- vier et à la guitare: «C\u2019est d\u2019abord un rockeur, mais il est fan de musique électronique.Il m\u2019a dit que ce serait bien d\u2019ajouter de la guitare à certaines chansons.Nous avons essayé et le résultat est magnifique.Çq ajoute ce petit côté groovy ».A cela s\u2019ajoute l\u2019ordjnateur avec les sons électros.A la base de la musique de Kwenders, une superbe voix doucement céleste de rumba congolaise qui survole ces rythmes de la RDC passés dans la machine et mâtinés de tous les mondes urbains, du soul au r&b, en plus du hip-hop par l\u2019esprit.Whisky & Tea, un premier mini-album paru en avril 2013, a révélé une musique sale, électro et distordue, mais pourtant si mélodique.PuisA^f-can Dream, paru en octobre suivant, plus rythmique, plus tribal, en continuité avec le premier disque.Son répertoire, Kwenders le chante en lingala, en tschiluba, en kikongo, en français et en anglais.Un point commun entre les productions: l\u2019engagement d\u2019Alexandre Bilodeau, dit Nom de Plume.D\u2019autres collaborations suivront, dont celle avec Poirier.Après son arrivée ici en 2001, Pierre Kwenders s\u2019est impliqué au sein de la chorale Le Cœur des anges.Il y a développé des influences de chant classique et maintient un goût marqué pour des interprètes plus pop, comme Josh Groban ou Andrea Bocelli.Vocalement, il descend pourtant des grands chantres de l\u2019histeire congolaise, comme Koffi Olomide d\u2019abord, puis Franco et Tabu Ley Rochereau.Un autre l\u2019a beaucoup marqué: Michael Jackson.«C\u2019était un visionnaire et sa musique dépasse les générations.Aujourd\u2019hui, tu écoutes sa musique comme si c\u2019était de la musique courante.C\u2019est au même niveau, même meilleur que certaines des musiques qu\u2019on écoute à la radio aujourd\u2019hui.C\u2019est une de mes plus grandes inspirations.» Kwenders revient à l\u2019importance de l\u2019électro dans sa musique, née beuacoup de sa rencontre avec Nom de Plume: «Je m\u2019identifie de plus en plus à ce genre-là et j\u2019aime le résultat avec ma façon de chanter.On peut l\u2019appeler \u201cmusique électronique\", mais il y a là-dedans des sons qui viennent de partout.Moi, j\u2019apporte dans mon chant un peu de rumba congolaise, mais en même temps, j\u2019essaie de rester vrai à l\u2019électronique.» Il chante l\u2019amour, la joie et la paix, mais écrit instinctivement.Il vise la planète et a le talent pour y arriver.Collaborateur Le Devoir A la Sala Rossa Jeudi 17 juillet à 21 h 30 IV Écouter > La pièce Irene, \" de Pierre Kwenders, à ledevoir.com/musique LA MUSIQUE DES GRANDS ESPACES 24 AOUT 2014 ring Quartet VENDREDI 18 JUILLET 20 H CORDES VIRTUOSES! Mark Fewer, Paul Marleyn, Philip Chiu et plusieurs autres Oeuvres de Beethoven, Ravel, Schubert SAMEDI 19 JUILLET 20 H EMERSON STRING QUARTET Soirée LES BRUNCHES-MUSIQUE CASINO CHARLEVOIX Tous les dimanches de l'été! Du 8 juin au 31 août 10 h 30 à 12 h : U' service [12 h 30 à 14 h : 2^ service Détails sur domaineforget.com 418.452.3535 | 1 888.DFORGET (336.7438) Suivez-nous sur QOOO M Patrimoine Canadian canadien Heritage QuébecSS Municipalité de Saint-Irenee E 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS JUILLET 2014 CULTURE>CIIEMA Les cinémas 4D tentent une percée aux États-Unis EMMANUELLE JARDONNET Il y a quelques jours, dans le centre-ville de Los Angeles, ouvrait la première salle de cinéma en 4D américaine, dotée de 104 places, rapporte VHolly-wood Reporter.Tour d\u2019horizon de ce dispositif et d\u2019un marché en expansion.Qu\u2019ajoute la 4D à la 3D exactement ?Û La 4D est de la 3D augmentée, c\u2019est-à-dire enrichie de sensations autres qu\u2019auditives.Les sièges sont conçus pour s\u2019incliner, vihrer ou carrément secouer son occupant en parfaite synchronisation avec l\u2019action à l\u2019écran.Le système prévoit également de faire la pluie et le beau temps dans la salle, avec un système de vaporisation d\u2019eau, de diffusion de fumée et de projection d\u2019air sur le visage.Les odeurs clés des scènes sont aussi déclinées.Gadget ultime : des huiles peuvent venir appuyer «l\u2019atmosphère bouillante de certaines scènes», précise l\u2019entreprise coréenne CJ 4DPlex, qui vient d\u2019implanter sa technologie au Regai LA Live Stadium 14 de Los Angeles.Le dispositif pose dès lors quelques problèmes d\u2019ordre pratique, relève le journaliste d\u2019Hollywood Reporter ayant assisté à une séance de démonstration: il faut sécuriser ses éventuels paquets de pop-corn ou boissons.Autre inconvénient: il faut essuyer ses lunettes 3D après certains arrosages, même s\u2019il est prévu un bouton «on/off» pour les projections d\u2019eau.C\u2019est le blockbuster Captain America: Le soldat de l\u2019hiver qui avait été choisi pour la projection proposée en avant-première à la presse.Le film a offert aux spectateurs la sensation d\u2019être à bord d\u2019un bateau, avec en plus des secousses de l\u2019action, le balancement marin en mouvement de fond.L\u2019effet peut indisposer les personnes sujettes au mal des transports car, à la différence d\u2019une courte attraction, l\u2019expérience porte sur des films de plus de deux heures.L\u2019accès est par ailleurs déconseillé aux spectateurs souffrant d\u2019épilepsie photosensible (à cause des effets stroboscopiques utilisés), mais aussi aux moins de six ans, et plus généralement aux personnes mesurant moins de 1,20 mètre.Quel marché?Quel modèle économique?L\u2019entreprise CJ 4DPlex, basée à Séoul, a ouvert ses premières salles en 2009 en Chine.Aujourd\u2019hui, sa technologie 4DX est implantée dans 109 cinémas à travers 26 pays, ce qui représente un total de 16000 sièges.Les plus gros marchés sont actuellement la Chine, la Corée du Sud et le Mexique.L\u2019entreprise avance les chiffres de 700000 spectateurs en 2010, de 1,6 million en 2011 et de six millions en 2013.La saüe de Los Angeles sert de test pour le marché américain, qui est désormais ciblé.Le dispositif a bien sûr un coût pour le spectateur: une séance en 4D au LA live s\u2019élève à 26,80 $US.N\u2019qst-ce qu\u2019un effet de mode?A Los Angeles, le succès est pour l\u2019instant au rendez-vous.Les 15 séances inaugurales pour le public, avec la projection de Transformers au cours du week-end, étaient complètes.Effet de nouveauté?Ce type de salle semble en tout cas promis aux seuls films d\u2019action.Ce n\u2019est pas la volonté affichée de CJ, qui veut pouvoir proposer une panoplie de genres le plus large possible: «Le dispositif n\u2019est pas seulement voué aux films d\u2019action, c\u2019est avant tout une question d\u2019immersion», a déclaré Brandon Choi, le directeur de la communication de l\u2019entreprise, qui a cité l\u2019exemple des projections de Gravity, oû les sièges recréaient une impression de flottement en continu.Au-delà de cet exemple imparable d\u2019un film qui a su séduire le public autant que la critique et qui a la particularité sensorielle de se dérouler dans l\u2019espace, on peut s\u2019interroger, à l\u2019instar d\u2019Hollywood Reporter, sur l\u2019intérêt pour des films moins grand spectacle d\u2019être déclinés dans un folklore 4D.Le responsable a en tout cas évoqué la collaboration entre les équipes créatives de CJ et les réalisateurs pour l\u2019élaboration des effets de 4D, précisant que les studios valident la formule adoptée avant son lancement.Au-delà des films précités, Noé, de Darren Aronofsky, et le film d\u2019animation Dragons 2 ont récemment été adaptés pour ces projections fortes en sensations.Le Monde BUENA VISTA Captain America: Le soldat de l\u2019hiver, film disponible en 4D Seuls contre tous MY SWEET PEPPER LAND ?1/2 Réalisation : Hiner Saleem.Scénario : Hiner Saleem, Antoine Lacomblez.Avec Korkmaz Arslan, Golshifted Farahani, Tarik Akreyî.Image: Pascal Auffray.Montage: Juliette Haubois.Allemagne-Irak-France, 2013, 100 min.ANDRÉ LAVOIE Démarrer un film avec une pendaison et trouver le moyen d\u2019en rire (un peu) : voilà une des audaces du cinéaste Hiner Saleem {Si tu meurs, je te tue.Kilomètre zéro), qui revient sur sa terre natale, le Kurdistan, explorant à nouveau les tourments et les contradictions d\u2019un peuple meurtri par la guerre, la cruauté de Saddam Hussein, mais aussi les traditions rétrogrades.H fait d\u2019ailleurs flèche de tout bois dans My Sweet Pepper Land, se réclamant surtout des codes du western, et d\u2019un certain manichéisme qu\u2019il ne cherche même pas à masquer.Car lorsque deux esprits libres décident d\u2019affronter des petits barons locaux ou leur propre famille éprise de respectabilité et sensible aux rumeurs, même si elles sont fausses, ils ont fort à faire pour s\u2019imposer face à tous ces ennemis impitoyables.On pourrait même affirmer que les caprices du climat, la rudesse du paysage et le caractère délabré des infrastructures de ce coin du monde aux frontières de l\u2019Iran, de l\u2019Irak et de la Turquie suffisent à éloigner la modernité.Chacun à leur manière, Ba-ran (Korkmaz Arslan, une belle gueule de malotru), un ancien héros de guerre, et Govend (Golshifted Farahani, aussi lumineuse que dans Pierre de patience), une jeune institutrice, mènent un com- J \\ Golshifted Farahani, aussi lumineuse que dans Pierre de patience bat inégal pour l\u2019épanouissement des leurs et une fidélité courageuse à leurs valeurs.Baran accepte de devenir le chef de police (intègre) d\u2019un village isolé tandis que Govend y poursuit tant bien que mal sa tâche d\u2019enseigner à des enfants dont les parents se méfient de cette femme pas encore mariée, et farouchement indépendante.Leurs principes déplaisent souverainement au caïd des environs, habitué à être obéi au doigt et à l\u2019œil.11 aura fort à faire pour imposer sa loi à ce tandem uni devant la même bêtise et la même corruption.11 n\u2019est pas inconvenant de révéler que tout se terminera dans un bain de sang, question de respecter jusqu\u2019à la fin les principes du western, ce que Hiner Saleem fait avec un amusement certain.Au milieu de ce décor sauvage, de cette poussière et de ces habitations modestes, dont certaines en perpétuelle rénovation (le commissariat de police, par exemple, symbole d\u2019un lieu de passage oû les locataires ne vivent pas très vieux), les camps sont parfaitement délimités.Avec leurs gueules de stars et leurs yeux éblouissants, ces deux preux chevaliers de la liberté à la sauce occidentale imposent le respect et obtiennent sans mal les faveurs du cinéaste, qui pose sur eux un regard admiratif.De ce constat se dégage un certain pessimisme (le film se déroule en 2003, au lendemain de la chute de Saddam Hussein, l\u2019ennemi juré des Kurdes), comme si les changements sociaux tant espérés ne se feraient pas sans mal et sans une bonne dose de patience.Mais Hiner Saleem succombe aussi à un sentimentalisme qui fait sourire, et qui n\u2019aurait pas déplu à John Ford ou à Sergio Leone.Non, le western n\u2019est pas mort, et encore moins sa façon naïve et rassurante de séparer le bien du mal.Collaborateur Le Devoir Chercher sa voix, se perdre en chemin LAVOK DE L\u2019OMBRE ?Réalisation et scénario : Annie Molin Vasseur.Avec France Castel, Mario Saint-Amant, Isabelle Laurier.Image: Nicolas Venne, Abbey Neidik.Montage: Philippe Vasseur, Annie Molin Vasseur.Musique : Justin Bé-chard, Patrick Spisak.Québec, 2013, 82 min.ANDRÉ LAVOIE On dit de certaines personnes, et de certains personnages, qu\u2019elles parlent comme des livres ouverts.Le qualificatif peut souligner leur grande érudition, mais aussi leur manière désincarnée, artificielle, d\u2019exprimer les choses.Dans La voix de l\u2019ombre, un premier long métrage d\u2019Annie Molin Vasseur, on entend souvent tourner les pages lors des nombreux échanges larmoyants ou lyriques qui ponctuent la liaison secrète et particulière entre Marie-Hélène (France Castel), photographe, et Thomas (Mario Saint-Amant), cinéaste.D\u2019ailleurs, si la première semble littéralement rivée à son appareil, le second pourrait tout aussi bien être itinérant, poète ou professeur de cégep.Illustrations La différence d\u2019âge apparaît A-Z FILMS De nombreux retours en arrière et en enfance parsèment le film.comme un détail; le statut d\u2019homme marié et de père de famille de Thomas complique davantage les choses, sans compter sa personnalité tourmentée qui le pousse à quitter Marie-Hélène sur un coup de tête.Comme un malheur n\u2019arrive jamais seul dans cet univers aux prétentions plus littéraires que cinématographiques, un accident de vélo plonge ce téméraire dans un coma profond, forçant son ancienne maîtresse à revenîr à son chevet à l\u2019însu de l\u2019épouse légitime, lui racontant son quotidien dans l\u2019es- poir de le ramener à la vie.Elle y tient d\u2019ailleurs tellement qu\u2019elle répète plus d\u2019une fols: «Faut que tu sortes du coma.» Au cinéma, c\u2019est parfois aussi facile à dire qu\u2019à faire.Comme si cette trame mélodramatique n\u2019apparalssalt pas suffisamment chargée, le scénario est farci de retours en arrière Illustrant le passé malheureux de l\u2019héroïne avec sa mère (Isabelle Laurier), elle dont la voix traverse tout le film, narratrice d\u2019un texte poétique ,d\u2019une lourdeur affligeante.A cela s\u2019ajoutent les réminiscences de cet accidenté de la route, expliquant peu à peu les raisons obscures de son attirance pour Marie-Hélène ; de là à dire que tout cela est cousu de fil blanc.Des dialogues faussement profonds {«Le mensonge était notre seule vérité»), un montage parfois brouillon (pourquoi un plan de paysage enneigé dans une séquence se déroulant au début d\u2019un automne magnifique ?), des acteurs à l\u2019accent changeant et pointu, signe d\u2019une direction d\u2019acteurs plutôt molle, autant de maladresses qui ne donnent pas une très grande portée, ni un réel éclat, à cette Voix de l\u2019ombre.Collaborateur Le Devoir EXC3NTRIS MY SWEET PEPPER LAND MINER SALEEM-95 MIN.BILLETTERIE : 514 847-2206 ET AUSSI A L\u2019AFFICHE; GERONTOPHILIA BRUCE LABRUCE BORGMAN ALEX VAN WARMERDAM ^52 IDA PAWEL PAWLIKOWSKI I«i4-I LA VENUS A LA FOURRURE ROMAN POLANSKI fn I DOCVILLE : IS THE MAN WHO IS TALL HAPPY?MICHEL GONDRY - JEUD117 JUILLET 19H ET AUSSI DE NOMBREUX TITRES SUR 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL CINEMAEXCENTRIS.COM Plus de 2 millions pour sept films en français Téléfilm a annoncé mardi son appui financier à sept films en français à plus petit budget \u2014 Inférieur à 2,5 millions de dollars \u2014, dont deux seront réalisés par des nouveaux venus dans la réalisation de long métrage.Au total, cela représente un Investissement de plus de 2 millions pour Téléfilm.Les films sélectionnés sont Le bruit des arbres du réalisateur François Pélo-quln; Ceci n\u2019est pas un polar de Patrick Gazé; Le Cyclotron d\u2019Olivier Asselln; Desperado de Richard Angers ; Neuf variations s]ur le vide de Jean-Philippe Duval, Léa Pool, Erik Canuel, Chloé Roblchaud, Stéphane E.Roy, Claude IJrle, Anaïs Barbeau-Lavalette, Ricardo Trogl et Eric Tessier; Le problème d\u2019infiltration de Robert Morin; et Sodom de Charles-Olivier Mi-chaud.Patrick Gazé et François Péloquln en seront tous deux à leur première expérience de réalisation d\u2019un long métrage.La Presse canadienne Le Resnais au FFM L\u2019ultime opus d\u2019Alain Resnais, monstre sacré du cinéma français décédé en mars, sera présenté en primeur nord-américaine comme film de clôture du 38® Festival des films du monde de Montréal (FFM).Aimer, boire et chanter, qui met en vedette, notamment, Sabine Azéma et André Dus-solller, deux fidèles du défunt cinéaste, a été primé d\u2019un Ours d\u2019argent au dernier festival de Berlin.Dans le communiqué diffusé jeudi, le directeur du FFM, Serge Losique, indique qu\u2019il a «le sentiment de rendre un hommage posthume» à Alain Resnais.Malgré ses problèmes financiers, le Festival des films du monde se tiendra à Montréal du 21 août au D® septembre.Le Devoir Alain Resnais LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JUILLET 2014 E 5 CULTURE>CINEMA 20TH CENTURY FOX Andy Serkis interprète César, le chef des singes.Le résultat est troublant de réalisme.L\u2019aube de la planète des singes: bon matin UAUBE DE LA PLANETE DES SINGES (V.F.DE DAWN OF THE PLANET OF THE APES) ?Réalisation : Matt Reeves.Scénario : Rick Jaffa, Amanda Silver, Mark Bomback, d\u2019après l\u2019univers créé par Pierre Boulle.Avec Andy Serkis, Jason Clarke, Keri Russell, Gary Oldman.Image: Michael Seresin.Montage: William Hoy, Stan Sal-fas.Musique: Michael Giacchino.États-Unis, 2014, 131 min.FRANÇOIS LÉVESQUE Il y a dix ans de cela, Thumanité a été décimée par un virus créé en laboratoire et testé sur des chimpanzés qui, eux, ont subi une évolution accélérée.Depuis, des factions de survivants se terrent dans les villes tandis que les forêts sont devenues le royaume des singes.La suite de La montée de la planète des singes (2011), L\u2019aube de la planète des singes, relate la genèse, le déroulement et les conséquences d\u2019un affrontement armé entre humains et simiens.Une suite, donc, plus sophistiquée, plus achevée et, globalement, plus réussie.Ce succès tient essentiellement à deux facteurs.Il y a d\u2019abord la composition saisissante d\u2019Andy Serkis \u2014 alias Golum dans Le seigneur des anneaux et King Kong dans le remake de Peter Jackson \u2014, qui interprète ici César, le chef des singes.Certes, les effets spéciaux sont remarquables, mais, au final, ce sont la gestuelle, la voix et les yeux de Serkis qui font en sorte que la magie opère.Le résultat est troublant de réalisme.Ensuite, il y a la réalisation de Matt Reeves (Cloverfield, Laisse-moi entrer), fluide et belle, quoique jamais esthétisante.Lx)rs de l\u2019une des séquences de bataille, la caméra vissée à la tourelle mobile d\u2019un char d\u2019assaut donne lieu à un panoramique à 360 degrés hallucinant, entre autres morceaux de bravoure inspirés.D\u2019ailleurs, ce qui mène au combat ultime \u2014 la mise en place des enjeux, la montée de la tension, le jeu de miroirs entre les hommes et les bêtes \u2014 s\u2019avère du tout premier ordre, tant sur le plan dramatique que sur le plan cinématographique.On se croit alors mûr pour un dé- nouement transitif sombre mais honnête (un peu comme celui de L\u2019empire contre-attaque) puisque, c\u2019est entendu, la 20th Century Fox a ressuscité sa lucrative série pour un bout de temps.Qui s\u2019attarde ennuie Hélas, une bonne quarantaine de minutes supplémentaires voient l\u2019adjonction de ce qui ressemble presque au condensé d\u2019un autre film.Le rythme s\u2019essouffle, l\u2019ennui s\u2019installe.Soudain, le message pour le contrôle des armes à feu qui, dans le film, rendent les singes aussi débiles que l\u2019ancienne espèce dominante, apparaît inutilement appuyé.Surtout, on a tout loisir de se rendre compte à quel point les personnages humains sont sous-développés.Heureusement, les dernières minutes retrouvent le souffle épique que Matt Reeves est parvenu à insuffler aux deux premiers actes, permettant à cette proposition de qualité de se terminer sur une note positive.En attendant Le zénith et Le crépuscule de la planète des singes.Le Devoir Ils connaissent la chanson BEGIN AGAIN (V.F.: NOUVEAU REFRAIN) ?1/2 Réalisation et scénario : John Carney.Avec Mark Ruffalo, Keira Knightley, Hailee Steinfeld, Catherine Keener, Adam Levine.Image: Yaron Orbach.Montage: Andrew Marcus.Musique: Gregg Alexander.États-Unis, 2013,103 min.ANDRÉ LAVOIE Difficile de dire si le cinéaste irlandais John Carney aime davantage la musique que le cinéma tant ses films sont remplis de chansons.Et c\u2019est grâce à une romance musicale qu\u2019il a acquis une certaine notoriété en 2006 avec Once, une production tournée avec trois fois rien dans les rues de Dublin mais farcie de ritournelles accrocheuses qui allaient frayer leur chemin jusqu\u2019à Broadway, en version comédie musicale.Après quelques films plus confidentiels (Zonad, The Rafters), il revient aux sources avec Begin Again, remplaçant Dublin par New York et des acteurs talentueux mais peu connus par une galerie de vedettes, dont certaines habituées à la modestie des productions indépendantes.Cette variation apparaît tout de même plus luxueuse, et pas seulement parce que Mark Ruffalo y conduit une Jaguar; la bagnole apparaît surtout comme le symbole d\u2019une renommée maintenant bien lointaine.Ce n\u2019est pas tant la gloire que les bas-fonds pour les deux figures principales de Begin Again, toutes deux échouées dans un petit bar à spectacle, lui à boire, elle à chanter.Lorsque Dan (Ruffalo) entend Greta (Keira Knightley, un charme fou et une voix un peu chevrotante qui ferait fureur en France) gratter la guitare tout en livrant une mélodie de son cru, il est convaincu de détenir le sésame pour son grand retour.Car cet alcoolique mis à la porte de sa propre compagnie de disques et du foyer conjugal a bien besoin d\u2019espoir, surtout en cette journée catastrophique.Par un autre amusant retour en arrière, on découvre que celle de Greta ne fut pas plus brillante, muse blessée d\u2019une star montante de la chanson (Adam Levine, du groupe Maroon 5).Alors que rien ne laisse croire que Dan peut propulser Greta au sommet, celle qui compose et chante par pur plaisir se laisse convaincre d\u2019enregistrer tout un album.dans les rues de New York, et ses lieux emblématiques.Cette virée se révèle aussi séduisante que casse-cou (le caractère aseptisé des studios s\u2019entend toutefois très bien), rapprochant ces deux êtres esseulés et transformant au passage leur entourage, y compris la conjointe (Catherine Keener, en mode mineur) et la fille (Hailee Steinfeld) de ce mauvais garçon de l\u2019industrie musicale qui, par désespoir, a même vendu ses trophées (Jrammy pour un peq d\u2019argent de poche ! À défaut d\u2019étonner ceux qui auront vu et aimé Once, cette nouvelle fantaisie musicale, juste un peu moins déjantée, séduit tout autant par le nombre impressionnant de vers d\u2019oreille et la spontanéité avec laquelle ils sont livrés.Carney réussit à contourner quelques clichés, mais il est difficile d\u2019éviter ceux du rappeur millionnaire, des musiciens fauchés dans des appartements miteux et tous ces bonzes bien cravatés.Ils ne rendent que plus attachant ce duo aussi musical que romantique, déambulant dans la ville avec l\u2019insouciance des bohémiens, bien branchés à \\çm playlist, ce qui donne d\u2019ailleurs une scène absolument savoureuse et émouvante.Il y en a plusieurs du même cru, jouant sur la même note juste et délicate, dans Begin Again.Collaborateur Le Devoir L\u2019ESCAUT SUITE DE LA PAGE E 1 contre mon sein gauche, tout près du sternum, j\u2019ai tatoué ce ruban.Et sur les branches du cerisier devant la maison, chaque jour, j\u2019attache un ruban jaune espérant ton retour.Ou plutôt, ton arrivée.Lorsque nous étions beaucoup moins âgés, lorsque nos voix étaient nécessaires pour rendre notre amour tangible, je fai promis de t\u2019attendre jusqu\u2019à la prochaine vie, jusqu\u2019à l\u2019autre vie, celle qui se tient sur le bout de la ligne du temps.Par vanité, tu m\u2019as fait part que tu détesterais me revenir avec un corps dévasté par la traversée même de ce temps.Tu as raison, le choc aurait été grand si je n\u2019avais pas pu voir les taches de vieillesse apparaître une à une sur le dessus de ta main et les rides se dessiner sur ton visage d\u2019une nuit à l\u2019autre.Mais, puisque j\u2019ai suivi la naissance de presque chacun de tes cheveux gris, l\u2019étirement de ta peau, la fatigue de tes paupières ou tes nouvelles cicatrices ne me surprendront pas.Peut-être que tu n\u2019as jamais su que j\u2019avais la complicité de ton frère d\u2019armes, le voisin immigrant que tu as adopté, qui captait en images ta cheville sans chaussette, tes joues ivres de vin, l\u2019arête de ton nez qui ne cesse de grandir.et parfois ton essoufflement, ton abandon.Peut-être que tu n\u2019as jamais su que je suis restée tout près.Ou si, tu l\u2019as toujours su.Collaboration spéciale Le Devoir ej^\t£\u2022 CS' U Y.r' i'Z eyt COMBIER IMPRIMEUR MACON (71 S &L) CiM Photographie Véritable - Reproduction Interdite 71 o A -7^.^ ^7 LE DEVOIR ET EN COMPAGNIE DE Musée national des beaux-arts du Québec Québec HD MNBAQ .ORG JUSQU'AU 7 SEPTEMBRE 2014 ^Éé^Québec Office du tourisme de Québec UEXPOS ONES ORGAN SEE PAR E MUSEE NA ONA DES gBAU ARTS DU OUEBEC A EC E GENEREUX CONCOURS DU MUSEE DES BEAUX AR S DE MONTREA E DUMUSEE DES BEAU AR S DU CANADA OHU MAN A A PLAGE SAN EANDE-EUZ DEA 929 930 HU E$UR PAPER COLESUR O E 466 555\t4 CM MUSEE DES BEAUX AR S DUÇANADA OT AWA DON DE A SUCCESS ON DE ^tARX S ERN l9éS.-SaON EXPRESS ON DE SA VO ON E PUO O MBAC E 6 LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 1.3 JUILLET 2014 CULTURE>DE VISU BILLY NAME THE ANDY WARHOL EOUNDATION Les deux œuvres proposées successivement par Andy Warhol à l\u2019Exposition universelle de New York de 1964 ont été refusées.Recherche vauriens passionnément Au Queens Museum, une expo raconte l\u2019histoire d\u2019une œuvre majeure et censurée de Warhol 13 MOST WANTED MEN: ANDY WARHOL AND THE 1964 WORLD\u2019S FAIR Queens Museum, Queens, New York, jusqu\u2019au 6 septembre NICOLAS MAVRIKAKIS 1964.Exposition universelle de New York.On y trouve des pavillons nationaux, mais aussi des pavillons présentant des compagnies.American Express, RCA, Coca-Cola, Seven-Up, DuPont, Johnson\u2019s Wax, Eastman Kodak, Clairol, Scott Paper.Le visiteur peut aussi y visiter des pavillons vantant les mérites de groupes religieux, les orthodoxes, russes, les mormons, les protestants.Mais c\u2019est aussi un moment important pour l\u2019histoire de l\u2019art.C\u2019est ce que nous explique une exposition très bien documentée au Queens Museum à New York, une expo qui dresse un formidable portrait d\u2019époque.Pour cet événement, l\u2019architecte Philip Johnsop, qui dessine le pavillon de l\u2019Etat de New York, demande à dix artistes, parmi les créateurs les plus recherchés del\u2019époque, de réaliser une œuvre.Dix murales sont donc installées sur les murs extérieurs de ce pavillon, œuvres de Agostini, de John Chamberlain, de Robert Indiana, d\u2019Ellsworth Kelly, de Roy Lichtenstein, d\u2019Alexander Lieberman, de Robert Mallary, de Robert Rauschenberg, de James Ro-senquist et.d\u2019Andy Warhol.Pour son panneau, Warhol prend un sujet étonnant.Il utilise les photos des treize criminels les plus, recherchés par la police de l\u2019État de New York en 1962.Voilà qui pourra surprendre ceux qui connais- sent bien les portraits que Warhol réalisa plus tard, portraits de gens riches et célèbres dont chacun valait la coquette somme de 50000 $ (un montant important pour l\u2019époque, même si bien sûr il ne rivalise pas avec les prix de notre art contemporain).Selon John Giorno, l\u2019amoureux de Warhol à ce moment-là, l\u2019idée viendrait en fait du peintre Wynn Chamberlain.Dans un repas où Warhol expliquait qu\u2019il ne savait vraiment pas quoi faire pour ce pavillon, Chamberlain lui aurait suggéré d\u2019utiliser les photos de ces criminels, ajoutant que son copain policier pourrait lui fournir le livret avec toutes les images.Censure Évidemment, le projet cho-qqa.Est-ce le gouverneur de l\u2019État de New York, Nelson Rockfeller, qui demanda son retrait?Sept des treize criminels avaient des noms italiens et il n\u2019aurait pas voulu déplaire à son électorat.italien.Certains dirent que c\u2019était plutôt Robert Moses, urbaniste ayant réorganisé profondément la ville de New York et président de l\u2019exposition universelle, qui exigea que cette œuvre disparaisse.Le gigantesque panneau fut repeint en couleur argent.Peut-être pour éviter le scandale et certainement pour, sauver les apparences (les États-Unis, terre de liberté censurant un artiste, cela pouvait donner une mauvaise image du pays.Ç Johnson annonça que c\u2019était Warhol lui-même qui, n\u2019étant pas content du résultat, avait fait repeindre son œuvre.Warhol proposa un deuxième projet, une photo de Robert Moses, mais cela lui fut aussi refusé.PHOTOS ACHIM KUKULIES THE ANDY WARHOL EOUNDATION Andy Warhol a utilisé les photos de criminels les plus recherchés pour son œuvre.30 octobre - 2 novembre de TORONTO à NIAGARA Degas, Rembrandt, Colville en exposition L\u2019opéra Madama Butterfly de Puccini.Prix spécial jusqu\u2019au 15 juillet 3 août : il est encore temps de réserver! Concert Brahms à JOLIETTE Paavo Jarvi et la Philharmonie de Brême ^^%eaux detours CULTURE s www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Rosemont Titulaire d un permis du Quebec Bouts d\u2019essai Comme l\u2019a écrit l\u2019historien de l\u2019art Thomas Crow, c\u2019est l\u2019époque où Warhol s\u2019intéresse à des sujets tragiques, à ce qu\u2019on pourrait nommer une «peinture noire», tout comme on parle de film noir ou de roman noir.Il représente la chaise électrique, des accidents de voiture et des portraits de vedettes ayant souffert (Marilyn, Liz Taylor, Jackie Kennedy).Warhol voulait regrouper toutes ses œuvres dans une expo intitulée Death in America.Richard Meyer, dans son livre Outlaw Representation, explique avec détails comment Warhol travaille alors sur un mélange entre «célébrité, mort et criminalité».Il montre comment cette œuvre refusée avait peut-être aussi des liens avec ce que les gais vivaient alors.Elle donnait à voir de mauvais garçons, des hommes poursuivis par la police, au moment même où cette police multipliait les descentes dans les bars gais, désirant «net- toyer » la ville à l\u2019approche de l\u2019Éxpo universelle.Quelques mois plus tard, Warhol commença à réaliser ses Screen Tests, sa célèbre série de courts portraits filmiques.Il la débuta avec 13 Most Beautiful Boys.Ce qui valut à Warhol une descente de police dans son studio.Le visiteur de l\u2019expo pourra d\u2019ailleurs voir aussi ces films de beaux garçons dans l\u2019exposition.Finalement, Warhol se resservit des trames de soie qu\u2019il avait utilisées pour sa murale de 1964 afin de créer treize tableaux distincts présentés à la galerie Ileana Sonnabend, mais à Paris en 1967.Cette série d\u2019œuvres ne fut montrée à New York qu\u2019en 1988, un an après la mort de Warhol.Et c\u2019est un événement que de pouvoir les voir presque toutes réunies dans le Queens Museum, bâtiment situé sur le lieu même de l\u2019Expo universelle de 1964.Collaborateur Le Devoir LIVRES La Vitrine POLAR CEUX QUI TOMBENT Michael Connelly Traduit de l\u2019anglais (américain) par Robert Pépin Calmann-Levy Paris, 2014, 390 pages Même si l\u2019heure de la retraite approche, Harry Bosch est toujours en selle à l\u2019escouade des crimes non résolus.Le voici sur la piste d\u2019un tueur en série qui sévit depuis les années 1970 lorsque le chef du LAPD lui confie une affaire qui vient tout juste de se produire.Le fils d\u2019un politicien en vue, très critique envers la police, vient de tomber du septième étage d\u2019un hôtel.Suicide ou meurtre ?Bosch doit faire vite en naviguant sous les pressions politiques qui arrivent de toutes parts sans jamais abandonner la poursuite du tueur en série.La fébrilité du récit séduit même si tout cela sent un peu la recette.Mais Michael Connelly sait raconter des histoires, et vous vous y laisserez prendre.Michel Bélair RECIT VIEILLES CHOSES.VIEILLES GENS Georges Bouchard Bibliothèque québécoise Montréal, 2014, 152 pages Publié pour la première fois en 1926 et maintes fois réédité depuis, ce recueil de récits campagnards se veut un éloge senti de la vie paysanne québécoise d\u2019avant les progrès techniques et de ses artisans.Agronome et député fédéral de Kamouraska, Georges Bouchard (1888-1956) y expose avec douceur et nostalgie son admiration pour les «vieux terriens» et tire de leur exemple des «leçons d\u2019énergie» visant à «provoquer le relèvement de nos courages amoindris».Bouchard, plein de tendresse, évoque le curé et son église, le laboureur et ses champs, la maîtresse d\u2019école et sa classe, de même que d\u2019autres personnages, lieux et travaux d\u2019antan, que le «prétendu progrès» est en voie d\u2019effacer.«Il regrette que la nuit de l\u2019oubli couvre tant de souvenirs admirables», écrivait, en 1928, Jean-Charles Harvey.Ce recueil n\u2019a pas le génie lyrique des Rapaillages de Lionel Groulx, mais il fait naître en nous la même gratitude envers nos modestes et valeureux ancêtres.Louis Cornellier Serge Bouchard Confessions animales ON NOUS A COUPÉ\t LES AILES Alb r> Vf hc\t \tV~r \\ ¥ ' ALBUM JEUNESSE ON NOUS A COUPE LES AILES Texte de Fred Bernard Elustrations d\u2019Émile Bravo Albin Michel Paris, 2014, 56 pages Parmi le lot impressionnant d\u2019ouvrages qui se publient ces derniers temps pour souligner le centenaire de la Première Guerre mondiale, void un album s\u2019adressant aux enfants de plus de huit ans (et même un peu plus, si vos petits ont tendance à cauchemarder sur leurs lectures de la veille.) qui aborde ce conflit de belle façon sans évacuer toute l\u2019horreur qu\u2019il a générée.Cette guerre, marquée par ses tranchées atroces \u2022\tet les premiers combats aériens, nous est racon- tée par René Nicolas, un soldat français qui a véritablement existé.Le récit entremêle habilement les extraits de lettres écrites sur le front et des moments choisis d\u2019une enfance heureuse, marquée par une passion pour l\u2019aviation alors naissante, par les jeux de guerre entre amis et les souvenirs d\u2019un grand-père qui a fait la guerre franco-allemande de 1870.(?es allers-retours dans le temps expliquent les déceptions que l\u2019âge adulte apporte, les rêves qui se brisent et la façon dont la guerre peut briser ceux qui la vivent.Un bel album qui risque^de susciter bien des questions fondamentales chez vos petits.A lire accompagné d\u2019un adulte.Amélie Gaudreau NOVELLAS 14-18 CENT ANS APRÈS r FRANZ SCHUBERT EXPRESS Tecia Werbowski Notabilia Paris, 2013, 92 pages Quel étrange livre que celui de Tecia Werbowski.Promettant deux intrigues entremêlées entre les quais de l\u2019Autriche et de la République tchèque, il ne donne que le doux ronron d\u2019un train à l\u2019heure, annonçant haut et fort chacun de ses virages.Quel dommage pour Maya Ney, vieille protagoniste en mal d\u2019aventures.Les rencontres inhabituelles qu\u2019elle fait dans le train sont censées nous envoûter, mais hélas il n\u2019en est rien.Est-ce un roman policier?Parsemées de questions naïves, les enquêtes de Maya avancent avec peine.Est-ce une farce ?Non.«Les trains, ces monstres sacrés.Il y aurait des livres entiers à écrire sur leur importance.» La narration a beau passer de la première à la troisième personne au milieu du roman, rien n\u2019y fait.Les références sont convenues, tel hôtel vieillot fait songer au Titanic d\u2019avant le naufrage et telle scène d\u2019injustice au film Eyes Wide Shut de Kubrick.Est-ce la traduction qui nous rend cette histoire d\u2019une «insoutenable pesanteur» ?Peut-être.Que faire ?En profiter pour en apprendre plus sur les cafés de Vienne et de Prague et sur le glorieux peuple des intellectuels qui les fréquenta jadis.Joseph Boju LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE IS JUILLET 2014 E 7 CULTURE'LIVRES La mort en direct Danielle Laurin Faites-le.Ouvrez Extraordinaire, le neuvième roman de David Gilmour.Difficile, pour vous, de prime abord?Parce que le nom de cet écrivain torontois est désormais associé au tollé qu\u2019il a suscité l\u2019automne dernier?Vrai, il a déclaré dans une entrevue qu\u2019en tant que professeur à l\u2019Université de Toronto, cela ne l\u2019intéresse pas d\u2019enseigner les livres écrits par les femmes, sauf pour ce qui est de Virginia Woolf.«Ceux que j\u2019enseigne, ce sont les mecs.Des mecs sérieusement hétérosexuels», af-firmait-il.Pas d\u2019écrivains canadiens dans le lot, ni de chinois non plus.Difficile de ne pas lui en tenir rigueur?Même s\u2019il se défend bien d\u2019être sexiste et raciste, plaidant plutôt pour sa liberté de choix en matière d\u2019enseignement : «Lorsque j\u2019ai pris ce poste, j\u2019ai dit que je n\u2019étudierais que des écrivains que j\u2019aime vraiment.» Difficile d\u2019ouvrir un de ses livres comme si de rien n\u2019était?impossible pourtant de nier que, parmi ses ouvrages précédents.L\u2019école des films (Leméac, 2010) était un bijou d\u2019écriture.Toujours cette question qui revient, à savoir si l\u2019on peut, si l\u2019on doit séparer la personne de l\u2019écrivain, l\u2019auteur de ses livres?Faites-le.Ouvrez Extraordinaire.D\u2019abord, cette citation de Proust en exergue: «Car comme les morts n\u2019existent plus qu\u2019en nous, c\u2019est nous-mêmes que nous frappons sans relâche quand nous nous obstinons à nous souvenir des coups que nous leur avons assénés.» La morf la culpabilité.Ce sera au cœur du roman.Au bout de quelques pages seulement, vous tombez sur ceci: «Est-ce que les morts nous pardonnent?Je me le demande.Je l\u2019espère.» Puis, sans transition: «Mais fai l\u2019impression qu\u2019ils ne font rien du tout, comme une étincelle qui jaillit d\u2019un feu de camp; ils fontpschuit et puis c\u2019est tout Ce qu\u2019ils ressentaient pour toi à la toute dernière seconde reste figé, du moins duns tes pensées, pour l\u2019éternité.Ou jusqu\u2019à ce que tu fasses pschuit à ton tour.» Au bout de quelques pages déjà, sans même vous en rendre compte, vous laissez tomber toute appréhension.Vous ne pensez plus à David Gilmour.Vous êtes dans le livre.Complètement Vous êtes dans un dialogue entre le livre et vous: cette histoire vous retourne, vous renvoie à vous-même.Vous êtes avec le narrateur.Avec le narrateur et sa demi-sœur paralysée, dont l\u2019état physique dépérit et qui lui a demandé de l\u2019aider à mourir.Vous êtes nécessairement happé par toute cette question du suicide assisté.Que feriez-vous, vous, à la place du demi-frère?il a les pilules nécessaires, il est là.Mais on n\u2019aide pas sa demi-sœur à se tuer sans ressentir un malaise, sans être pris de vertige devant le point de non-retour.Comment quand vont-ils en venir au moment fatidique exactement?Quelle attitude adopter?Comment interpréter ses réactions à elle?«[.] Les yeux de Sally, des lacs d\u2019encre dans un visage légèrement gonflé, m\u2019observaient avec.quoi, je n\u2019en suis pas sûr.C\u2019était le regard de quelqu\u2019un qui voyait quelque chose derrière ses yeux.Je n\u2019arrivais pas à déterminer si c\u2019était bon ou mauvais.» Au bout de la nuit Même si le récit des événements a lieu plusieurs années après les faits, c\u2019est comme si ça se passait maintenant.En une nuit.Entre elle et lui.Huis clos dans un appartement torontois.11 y a de l\u2019alcool, beaucoup.De la musique.Et même de la danse.11 y a le téléphone qui sonne dans le vide.11 y a une pluie d\u2019échanges, surtout.Les deux se connaissent si peu en réalité.Elle a 15 ans de plus que lui, ils n\u2019ont pas partagé la même maison.Après l\u2019accident qui a coûté à Sally sa mobilité et fracassé sa vie, il passait la voir de temps en temps.Pas assez.«La vérité, c\u2019est que fêtais si distrait par l\u2019échec de ma propre vie, que f avais l\u2019impression de ne pas avoir le temps de me donner du mal, ne serait-ce que momentanément, pour quelqu\u2019un d\u2019autre.» 11 a des regrets, encore aujourd\u2019hui.«Parce que je l\u2019aimais, je l\u2019aimais vraiment.Mais je tenais pour acquis qu\u2019elle serait toujours là, cette ni-tout-à-fait-sœur, ni-tout-à-fait-mère, que je n\u2019avais nul besoin de m\u2019occuper de cette relation, d\u2019en prendre soin comme d\u2019un jardin.Et puis soudain, il était trop tard, de plusieurs années.Tout simplement.» Ultime biographie Cette nuit-là, Sally, 49 ans, raconte par à-coups sa vie : sa relation compliquée avec leur i SOURCE VLB L\u2019écrivain torontois David Giimour pubiie un neuvième roman.mère, son premier amour perdu, son mariage, son divorce, ses aspirations artistiques, ses fulgurances sexuelles, sa fille lumineuse qui s\u2019est éloignée d\u2019elle, son fils délinquant, qui a perdu la vie.et bien sûr son accident.A quoi se résume une vie ?Qu\u2019est-ce qu\u2019on retient à la fin, au travers des chambardements, des drames, de ce qu\u2019on a manqué, de ce dont on est fier d\u2019avoir accompli et heureux d\u2019avoir vécu, de ce pour quoi on s\u2019en veut?Lui, il l\u2019écoute, il commente, pose des questions.11 se livre aussi, par bribes.Les dialogues priment, ils coulent de source.Pas d\u2019enflure, aucune affection dans l\u2019écriture.Quelques banalités, des généralités.Mais même dans les moments les plus intenses on n\u2019y échappe pas : une façon de chasser la tension?Extraordinaire va bien au-delà de la question cruciale, difficile, du suicide assisté.Une foule de questions restent en suspens.«Et Sally, où sera-t-elle ?Je veux dire, physiquement.Une autre chose extraordinaire à laquelle je n\u2019avais pas pensé, me semblait-il.Parce qu\u2019on ne s\u2019évapore pas tout simplement dans l\u2019air quand on meurt; on va d\u2019abord dans d\u2019autres endroits, et ce n\u2019est pas toujours plaisant.» Puis, quand arrive le moment des pilules, elle qui demande: «Penses-tu qu\u2019il y a une vie après la mort?» Et lui qui répond par cette question: «S\u2019il y en a une, me le feras-tu savoir?» Plusieurs foyers de réflexion dans ce roman d\u2019une rare sensibilité, d\u2019une grande justesse.Faites-le.Quvrez Extraordinaire.EXTRAORDINAIRE David Gilmour VLB Montréal, 2014, 176 pages Cette chronique fera relâche pour la pause estivale.David Treuer et « Wjibway of life » Louis Hamelin La vengeance d\u2019un homme attaqué et déchiqueté par un grizzly, puis abandonné par ses compagnons.Un pionnier qui, pour venger la mort de son épouse indienne, se délecte du foie cru des Indiens Crow.Un jeune prédicateur qui «cherche sa place au sein d\u2019un monde neuf et violent», «un pays en formation, où tout était possible».Ces quelques arguments lus sur les quatrièmes de couverture du genre de livres qui atterrit régulièrement sur mon bureau nous apprennent que le mythe de la frontière, dans la littérature, a encore la cote.Qui saif sa brutalité rejoint peut-être la sensibilité contemporaine.Et la sauvagerie est à la mode.Des guerres indiennes et des grands résistants, les Crazy Horse et Sitting Bull (dont une bio de poche sous-titrée Héros de la résistance indienne (Texto) vient elle aussi d\u2019atterrir sur le coin de mon bureau), on a parlé autant comme autant.Qu\u2019elles soient ou non la conséquence de pareils faits d\u2019armes, la conclusion de traités entre nations et la création des réserves indiennes constituent un aspect nettement moins sexy de toute cette histoire.Quand s\u2019inté-resse-t-on aux réserves indiennes?Quand l\u2019eau gèle dans les tuyaux des masures oû s\u2019entassent des familles de quatorze et quand des enfants de huit ans s\u2019y intoxiquent en reniflant de la gazoline.Qn dépêche alors un reporter ou deux qui, pendant une semaine, nourriront la machine à nouvelles en profitant, sur le plan personnel, d\u2019une impres- sion d\u2019aventure nullement désagréable, comme s\u2019ils allaient couvrir des émeutes dans un quartier chaud de l\u2019Afrique du Sud.La réalité de notre tiers-monde intérieur, bien sordide, un peu monotone, vient conforter notre kit de prêt-à-penser.Ensuite, on passe à autre chose.Au bout de quelques dizaines de pages du nouveau livre de David Treuer, on se dit: voici enfin le livre que nous attendions, un ouvrage de non-fiction sur l\u2019histoire des réserves et la vie qu\u2019on y mène au troisième millénaire.Un essai vivant, fouillé, à la narration assurée, au ton souverain (juste assez intime et détaché), farci de scènes et de personnages, d\u2019anecdotes rigolotes, à la fois une enquête sur le terrain et un mémoire personnel d\u2019une grande lisibilité malgré la solide assise d\u2019une documentation recherchée.David Treuer est né d\u2019une mère ojibwée et d\u2019un père juif autrichien, dans la réserve de Leech Lake au Minnesota.11 a fait paraître trois ou quatre livres avant celui-ci et enseigne aujourd\u2019hui à l\u2019Université de Minneapolis, ce qui fait que Rez Life (le titre original de l\u2019ouvrage \u2014 rez pour «reservation» \u2014, auquel l\u2019éditeur français a curieusement substitué un autre titre en anglais) est donc, en partie, le récit d\u2019un retour aux sources.Si nous devions nous en tenir à une seule phrase pour décrire son bouquin, alors il faudrait que ce soit la simple question que Treuer s\u2019est lui-même posée, et qu\u2019il a posée autour de lui, question dérangeante peut-être, qui ne nous traverse parfois l\u2019esprit, à la vue des communautés les plus isolées, de leurs petites rues en terre battue et de leurs cours de maisons sans herbe ni un arbre, dont la désolation semble une injure voulue à la banlieusardisation du mode de vie dominant, que pour être mieux chassée au loin : «Alors, comment c\u2019est de vivre sur une réserve ?» Les Qjibwés, parfois epcore appelés Chippewa aux Etats-Unis, forment la nation autochtone la plus nombreuse d\u2019Amérique du Nord.Qn les nomme Algonquins au Québec, oû eux se reconnaissent comme Anish-nabe.Leurs bandes dispersées occupent un territoire qui, chevauchant la frontière, s\u2019étend de l\u2019Abitibi jusqu\u2019aux confins du Montana.La question des droits de chasse et de pêche concédés par traité et validés par les tribunaux, reçoit dans le livre de Treuer un traitement d\u2019autant plus éclairant qu\u2019il est nuancé.Ses Indiens n\u2019ont rien de noblement folklorique, ils peuvent même ressembler à des touristes suréquipés quand ils se mettent à la chasse au dindon sauvage sur leurs territoires ancestraux.Ils n\u2019ont rien des «écologistes naturels» que veulent voir en eux certains militants.Ils sont capables de vider un lac.Treuer: «Pourquoi prendre tant de peine pour quelques poissons?\u2014 Eh bien, commence Sean d\u2019une voix traînante tandis qu\u2019il réfléchit en fumant et qu\u2019il se remet de ses efforts après la mise à l\u2019eau du filet.Je vais te répondre par une autre question: pourquoi un chien se lèche la bite ?» Collaborateur Le Devoir INDIAN ROADS David Treuer Traduit de l\u2019anglais (américain) par Danièle Laruelle Albin Michel Paris, 2014, 420 pages CEST BIENTOT LE RETOUR DE www.nuitblanche.com + d'articles + d'archives contenus exclusifs compatibilité téléphones et tablettes Accès gratuit à la version numérique avec l'abonnement au magazine imprimé Plus de 10 000 textes et photos ! Le site littéraire le plus complet au Québec \\e.vX ^^@nuitblanchemag Il Nuit blanche magazine .d'abo\"\"®\u201d' .contre NUIT BLANCHE magazine littéraire IweIoncœur r ¦n Daniel , Wonche, 1026, rue Se.nt le.n, buresu 403, Quebec (Quebec) C1R1R7 En kiosque et en librairie le 10 juillet 2014 Économisez jusqu'à 350/0 du prix en kiosque Quatre numéros par année Offrez-vous Abonnement ?lan:34$\t?2ans:56$ taxes incluses Offrez-lui Abonnement-cadeau ?1 an : 34 $\t?2ans:56$ taxes incluses Cadeau offert par COORDONNÉES DE L'ABONNÉ(E) Nom\tPrénom Adresse Ville\tProvince Code postal\tTél.Courriel ?Chèque à l'ordre de Nuit blanche ?VISA ?MasterCard N\" de la carte Date d'expiration Postez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403, Québec (Québec) GIR 1 R7 ou 418 692-1 354 ou site@nuitblanche.com E 8 LE DEVOIR LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 JUILLET 2014 CULTURE>LIVR,ES Contre les collabos linguistiques U ^ Louis CORNELLIER Les Québécois sont obsédés par l\u2019anglais, qu\u2019ils considèrent comme un sésame.Ils souhaitent un enseignement intensif de cette langue au primaire, trouvent normal qu\u2019elle prenne de plus en plus de place dans les universités francophones et ne voient pas de problème dans le fait que des artistes francophones choisissent de créer en anglais ou dans la présence de chansons anglaises dans nos téléséries et nos films.Les Québécois semblent convaincus que le monde entier, celui qui compte en tout cas, parle anglais et croient donc qu\u2019ils doivent s\u2019y mettre, eux aussi, pour éviter le déclassement.Ils ne diront jamais qu\u2019ils veulent abandonner le français, mais on les sent prêts à toutes les compromissions à cet égard.«Il passe dans la tête de nos collaborateurs patentés que le français est inférieur à l\u2019anglais.Qu\u2019il ne peut pas, en tout état de cause, répondre aux défis de la modernité», écrit un auteur qui déplore cette situation.« C\u2019est cela qui écœure, note un autre auteur désolé devant cette colonisation des esprits.L\u2019indifférence à ce français mité.Le gavage comme des oies des pauvres bougres, obligés d\u2019avaler tous les matins, cou tendu, une mouture farineuse d\u2019anglais d\u2019aéroport.» Qr, triste constat, les deux auteurs sont français et ne parlent pas du Québec, mais de la France.Là-bas aussi, donc, au cœur de la francophonie internationale, la lâcheté fait son œuvre.Les Français et leurs gouvernants, écrit l\u2019homme et critique de théâtre Jean-Luc Jee-ner dans Pour en finir avec la langue de Shakespeare, font fausse route.«Us croient que les seuls, les vrais problèmes sont l\u2019économie, le pouvoir d\u2019achat, la sécurité des citoyens, le chômage.Ce sont des problèmes, bien sûr, mais tellement moins importants que la perte de son âme, de son identité, de sa dignité», lance Jeener.Ancien journaliste au Nouvel Observateur et à L\u2019Express, Alain Schifres ne dit pas autre chose dans My tailor is rich but my français is poor.«Le Français se sent ouvert alors qu\u2019il est béant, écrit-il.Le globish, le babélien, s\u2019engouffre en lui comme le vent par une porte fendue.» 11 y a analogie, suggèrent-ils tous deux, entre I JACQUES NADEAU LE DEVOIR Manifestation à Montréal en 2012 pour la protection de la langue française dans la métropole les Français qui ont collaboré avec l\u2019envahisseur allemand et ceux qui s\u2019accommodent du tout-à-l\u2019anglais.Avec Pivot En polémiste remonté, Jeener dénonce la décision du gouvernement français de permettre l\u2019enseignement en anglais dans les universités françaises et appelle Bernard Pi- vot à la barre.«Si nous laissons l\u2019anglais s\u2019introduire dans nos universités, explique le célèbre animateur, si nous le laissons, seul, dire la science et le monde moderne, alors le français se mutilera et s\u2019appauvrira.Il deviendra une langue banale ou, pire, une langue morte.» Ce virage vers l\u2019anglais, dit-on, serait nécessaire pour attirer des étudiants étrangers.Qr que gagne-t-on à séduire en se reniant?POUR EN FINIR AVEC LA LANGUE DE SHAKESPEARE Alun Schifres My tail r i Rich bu' mY FrAncals iS oÜr Plus encore, alors que les Français et les Québécois peinent à maîtriser leur propre langue, comment justifier l\u2019urgence de ____________ passer au globish, cet anglais appauvri qui «n\u2019est plus la langue de Shakespeare, mais celle de Wall Street»1 Même l\u2019anglais y perd dans le processus.Un peuple, clame le dramaturge, ce n\u2019est pas une race; c\u2019est une histoire, une géographie, une culture, mais «c\u2019est d\u2019abord une langue».Aussi, quand on délaisse cette dernière, on est colonisé.Qn existe encore, explique Jeener, «mais on s\u2019inscrit dans un autre destin, dans une autre famille».Collabos, donc, ces artistes «qui chantent dans la langue du nouveau colonisateur» et qui, comme des capitalistes réfugiés dans des paradis fiscaux, « [font] fi de la nation et du pays».Collabos, ajoute Alain Schifres, ces Français à la mode, inspirés par des magazines en vogue, qui se vautrent dans le franglais \u2014 «Rien de plus easy living que cette génération de sticks», peut-on lire dans un magazine féminin populaire \u2014 pour faire «cool».Ces deux livres, surtout celui de Jeener, même s\u2019il est ironiquement truffé de fautes de français, sont de pressants appels à la résistance.11 y a des fautes de français dans les livres, admet Jeener, «mais le seul et authentique danger est la puissance potentiellement colonisatrice d\u2019une langue concurrente qui est déjà comprise par plus d\u2019un milliard de locuteurs.Quand l\u2019ogre est là, on ne fait pas la fine bouche!» 11 a raison.louisco@sympatico.ca POUR EN FINIR AVEC LA LANGUE DE SHAKESPEARE Jean-Luc Jeener Atlande Neuilly, 2014, 160 pages MY TAILOR IS RICH BUT MY FRANÇAIS IS POOR Alain Schifres First Paris, 2014, 144 pages L\u2019autre Montaigne PAUL BENNETT Les philosophes et les spécialistes de littérature n\u2019ont généralement retenu chez Montaigne (1533-1592) que le «sage», l\u2019humaniste ou le «génie» fondateur d\u2019un genre littéraire, l\u2019essai, négligeant l\u2019homme public et le serviteur royal, de même que tout ce qui relevait chez lui des stratégies de carrière.Or, soutient Philippe Desan, spécialiste de l\u2019histoire des idées et de la Renaissance, «il faut démythifier l\u2019image d\u2019Epinal qui présente l\u2019essayiste isolé dans sa tour, loin des agitations de son temps, jouant avec sa chatte et s\u2019interrogeant sur la condition humaine ».Dans un volumineux ouvrage, érudit, passionnant, mais exigeant, intitulé Montaigne.Une biographie PHILIPPE DESAN MONTAIGNE UNE BIOGRAPHIE POIITIQUE politique.Desan rappelle que ce descendant de marchands, petit seigneur récemment anobli \u2014 Montaigne est le nom de son domaine \u2014, fut tour à tour magistrat, parlementaire, maire de Bordeaux et diplomate, et «un homme comme les autres, avec des rêves et des désirs prévisibles pour son époque».Ses Essais, rédigés sur une période de 20 ans et dont quatre éditions ont paru de son vivant entre 1580 et 1592, servirent de « tremplin » aux ambitions nobiliaires et politiques du sieur Michel de Montaigne à chacune des étapes de sa vie; les mutations du texte des Essais, les «contradictions flagrantes » qu\u2019on y retrouve, de même que le silence de l\u2019essayiste sur certains événements clés de son époque ne sauraient s\u2019expliquer sans tenir compte des aspirations et des préoccupations mondaines de l\u2019auteur.Ce n\u2019est que dans les dernières années de sa vie, après l\u2019échec en 1588 de sa tentative de réconciliation entre le protestant Henri de Navarre (futur Henri IV) et le roi catholique Henri 111, que Montaigne abandonna définitivement toute ambition politique pour se consacrer à sa carrière d\u2019écrivain, «faute de mieux» ajoute Desan.INTERNATIONAL POR TRALL GALLERY Michel de Montaigne, « génie » fondateur de l\u2019essai, a été ma^strat, parlementaire, maire et diplomate.Montaigne avait lui-même mis ses lecteurs sur une fausse piste en invoquant une séparation totale entre sa vie publique et sa vie privée.«Le maire et Montaigne, écrit-il dans les Essais, ont toujours été deux d\u2019une séparation bien claire».Qr, cette dichotomie alléguée relève de l\u2019invention littéraire plu- tôt que de la réalité biographique, et le livre de Philippe Desan en fait la démonstration rigoureuse.Un autre Montaigne Contrairement à ce qu\u2019on croit trop souvent, Montaigne n\u2019est pas l\u2019homme d\u2019un seul livre, puisqu\u2019avant la publication de la première édition des Essais, il avait traduit en français et fait paraître la Théologie naturelle de Raymond Sebond en 1569, pui§ édité les œuvres de son ami Etienne de La Boétie en 1571.Qr déjà, selon Desan, ces deux ouvrages, dédicacés par Montaigne à de hauts personnages du royaume, visaient à le distinguer comme un lettré et un humaniste digne de son anoblissement récent, et à faire oublier ses origines bourgeoises.Dans la première édition des Essais, Montaigne effacera sa carrière de parlementaire et les activités marchandes de sa famille pour se présenter comme un fin politique prêt à servir son roi.En 1580, explique Desan, «les Essais tiennent lieu de carte professionnelle, de faire-valoir pour le serviteur royal».Au fil des éditions suivantes, le texte des Essais sera modifié et augmenté en fonction de l\u2019évolution des conceptions et des expériences diplomatiques décevantes de l\u2019auteur, pour enfin devenir, en 1592, l\u2019expression de son désenchantement et de son retrait forcé de la vie politique.L\u2019ouvrage magistral de Les chroniques d\u2019un homme engagé et d\u2019un observateur chevronné.CHRONIQUES POLITIQUES - tome 1 René Lévesque 966- 970 CHRONIQUES René Lévesque POilTIQUES tome 1 - 1966-1970 ?47urtubise Sous la direction d Eric Bédord et Xovier Hurtubise Egalement disponible en version numérique Histoire et politiq Cahiers ouquEBtc www.editionshurtubise.conn Philippe Desan est dérangeant parce qu\u2019il dépeint un autre Montaigne, constamment préoccupé par ses aspirations politiques et nobiliaires, prêt aux compromis, très différent de l\u2019image du maître de l\u2019întrospectîon à laquelle ses admirateurs ont été habitués.Un Montaigne changeant, ambitieux, calculateur même, mais peut-être pour cela plus humain et plus attachant.Collaborateur Le Devoir MONTAIGNE Une biographie politique Philippe Des an Odile Jacob Paris, 2014, 727pages 0GaspardLE DEVOIR ALMARÈS Du 30 juin au 6 juillet 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Métis Beach\tCiaudine Bourbonnais/Boréai\t1/9 2 La vie sucrée de Juiiette Gagnon \u2022 Tome 1\tNathaiie Roy/Libre Expression\t4/7 3 Un voisinage comme ies autres \u2022 Tome 2 Un été décadent Rosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t\t2/4 4 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 31918-1929\tLouise Trembiay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean 5/13\t 5 Fanette \u2022 Tome 7 Honneur et disgrâce\tSuzanne Aubry/Libre Expression\t3/5 6 Mensonges sur ie Piateau-Mont-Royai \u2022 Tome 2\tMichei Oavid/Hurtubise\t6/15 7 Les années de piomb \u2022 Tome 2 Jours de coiére\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t7/8 8 Un voisinage comme ies autres \u2022 Tome 1\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t8/3 9 Confessions d'une céiibataire.incorrigibie\tM.Beaubien I J.Normandin/Les Éditeurs réunis\t9/8 10 Nous étions ie soi de ia mer\tRoxanne Bouchard/VLB\t-/I Romans éfrangers\t\t 1 Centrai Park\tGuiiiaume Musso/XO\t2/14 2 Une autre idée du bonheur\tMarc Levy/Robert Laffont I Versiiio\t4/10 3 Le bieu de tes yeux\tMary Higgins Ciark/Aibin Michei\t5/7 4 Ceux gui tombent\tMichaei Conneiiy/Caimann-Lévy\t1/2 5 Muchachas \u2022 Tome 3\tKatherine Pancoi/Aibin Michei\t3/4 6 Aduitére\tPauio Coeiho/Eiammarion\t6/4 7 Un si beau jour\tEiin Hiiderbrand/Lattés\t7/2 8 Muchachas\tKatherine Pancoi/Aibin Michei\t10/3 9 Joyiand\tStephen King/Aibin Michei\t9/7 10 Muchachas \u2022 Tome 2\tKatherine Pancoi/Aibin Michei\t-/I Essais québécois\t\t 1 Oe remarguabies oubiiés \u2022 Tome 2\tS.Bouchard j M.-C.Lévesgue/Lux\t1/3 2 La revanche des moches\tLéa Ciermont-Oion/VLB\t3/13 3 Constituer ie Québec.Pistes de soiution.\tRoméo Bouchard/Ateiier 10\t2/7 4 Le Soi de ia terre\tSamuel Archibaid/Ateiier 10\t10/2 5 Poing de mire\tNormand Lester/Homme\t6/12 6 Paradis fiscaux : ia fliiére canadienne\tAiain Deneauit/Écosociété\t-/I 7 Lafghanicide\tMartin Eorgues/VLB\t9/9 8 Contes et comptes du prof Lauzon \u2022 Tome 5\tLéo-Paui Lauzon/Michei Brûié\t4/2 9 La souveraineté dans i'impasse\tSerge Cantin/PUL\t-/I 10 Ou je au jeu\tJean-Erançois Casabonne/Somme toute\t-/I Essais éfrangers\t\t 1 Le capitai au XXL siécie\tThomas Piketty/Seuii\t1/9 2 Le sens de ma vie\tRomain Gary/Gaiiimard\t5/2 3 La vérité sur ies médicaments\tMikkei Borch-Jacobsen/Édito\t2/21 4 Piaidoyer pour i'aitruisme.La force de ia bienveiiiance\tMatthieu Ricard/NiL\t4/36 5 La grande vie\tChristian Bobin/Gaiiimard\t3/17 6 Les Romanov.Une dynastie sous ie régne du sang\tHéiéne Carrère d'Encausse/Eayard\t6/4 7 Construire i'ennemi.Et autres écrits occasionneis\tUmberto Eco/Grasset\t-/I 8 Les somnambuies.Été 1914, comment i'Europe.\tChristopher Ciark/Eiammarion\t-/I 9 Repenser ie vieiiiissement\tNortin M.Radier/PU L\t8/3 10 Le nouvei art de ia guerre.Oirty Wars\tJeremy Scahiii/Lux\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite."]
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