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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-07-26, Collections de BAnQ.

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[" Idées : Le complexe hydroélectrique la Romaine, un coût irrécupérable Page b 5 Air Aigérie : la météo est-elle la cause de l\u2019écrasement?Page b 3 Syrie : les ambitions djihadistes sèment le chaos chez les rebelles Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUILLET 2014 PEDRO RUIZ LE DEVOIR De plus en plus de personnes âgées emplissent aujourd\u2019hui les rangs des sans-abri.L\u2019omniprésente itinérance PHILIPPE ORFALI Elle est partout, omniprésente et invisible à la fois.Plus que jamais, l\u2019itinérance se complexifie, forçant les organismes montréalais qui viennent en aide aux personnes sans abri ou à risque de le devenir à redoubler de créativité et d\u2019efforts, alors que se fait attendre le plan d\u2019action de Québec à cet égard.Portrait de la situation.Difficile de connaître l\u2019ampleur réelle du phénomène de l\u2019itinérance.Chose certaine, celui-ci a rapidement évolué ces dernières années.Le «robineux» à la barbe ^ise et au visage usé par l\u2019alcool et la rue constitue encore aujourd\u2019hui l\u2019image que se font plusieurs du sans-abri.La population itinérante de Montréal est pourtant plus diversifiée que jamais.Plus âgée, aussi.Le plus récent «recensement», effectué en 1998, chiffrait à quelque 28000 individus la population sans domicile fixe de la métropole.La plupart des organismes, dont le gouvernement fédéral, estiment aujourd\u2019hui à 30 000 le nombre de personnes qui se retrouvent dans cette situation au cours d\u2019une année, ce qui représenterait approximativement 20% des sans-abri du pays.Des données trop vagues et anciennes au goût de plusieurs, à commencer par le maire Denis Coderre, qui a annoncé, en janvier dernier, son intention d\u2019entreprendre cet automne, pour la première fois en plus de 15 ans, une opération de dénombrement des personnes itinérantes dans la métropole.S\u2019il se réjouit de l\u2019intérêt du maire pour la question de l\u2019itinérance, citant en exemple son action rapide dans le dossier des « pics à itinérants» devant le magasin Archambault de la rue Sainte-Catherine, le Réseau d\u2019aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAP-SIM) estime toutefois que les efforts que nécessitera ce décompte auraient pu être plus utiles ailleurs.D\u2019autant plus que Québec prépare, en parallèle, un portrait de l\u2019itinérance à l\u2019échelle provinciale, qui doit lui aussi voir le jour au cours des prochains mois.«Ce recensement, c\u2019est une sorte d\u2019instantané, de Polaroid de la situation», estime Marjolaine Despars, coordonnatrice adjointe du RAPSIM, qui regroupe 102 groupes qui luttent contre l\u2019itinérance dans la métropole.«La réalité, c\u2019est qu\u2019il y a autant de parcours, de profils et de visages qu\u2019il y a de personnes dans la rue.On sait qu\u2019il y a de plus en plus de femmes, de plus en plus de personnes âgées.Des Inuits et des personnes issues de l\u2019immigration aussi », dit-elle.Visages changeants Encore aujourd\u2019hui, les hommes forment néanmoins la majorité des gens qui se retrouvent à la rue.Dépendance à l\u2019alcool, aux drogues, voire aux jeux de hasard, troubles mentaux, infections transmissibles sexuellement et par le sang 0TSS) font partie du vécu de bon nombre d\u2019entre eux.«Les femmes, elles, ont des problèmes légèrement différents.Mais c\u2019est une itinérance cachée», souligne M\u201c® Despars.Elles développent de nombreuses stratégies pour éviter de se retrouver dans la rue.Des stra- tégies de survie.Quand elles arrivent dans la rue, c\u2019est qu\u2019elles ont épuisé toutes les avenues et toutes leurs ressources possibles.Des victimes de la crise économique, qui n\u2019ont plus un cent, ayant perdu emploi et logement à la suite d\u2019une maladie, ou encore ruinées par le jeu.De 73 à 81% d\u2019entre elles sont ou ont été victimes de violence, psychologique, physique ou sexuelle, révèlent des études menées à l\u2019échelle du pays.Plus que tout groupe, elles constituent une population en croissance dans les rues de Montréal, au point où elles représenteraient aujourd\u2019hui près du tiers des itinérants.Dans les centres d\u2019hébergement pour femmes, le taux d\u2019occupation atteignait 125% la semaine dernière.Aînés à 50 ans Alors que pendant des années les stratégies de lutte contre l\u2019itinérance ont ciblé les jeunes de la rue, de plus en plus de personnes âgées emplissent aujourd\u2019hui les rangs des sans feu ni lieu.«On voit bien que la population itinérante vieillit, comme le reste de la population du Québec d\u2019ailleurs.Mais elle vieillit plus rapidement, est plus vulnérable et moins en santé que la population en général», résume la directrice générale de la Maison du père, Erance Desjardins, dont l\u2019organisme aide depuis plus de 40 ans les hommes à sortir de la rue et à se reprendre en main.Ces écorchés de la vie présentent souvent, dès la cinquantaine, un profil de santé semblable à celui de personnes de dix à vingt ans plus vieilles.Ce sont de véritables personnes âgées, la cinquantaine à peine commencée.Si une bonne partie de la population itinérante âgée vit depuis longtemps dans la rue, une part non négligeable de celle-ci est éduquée, a eu un travail pendant une bonne partie de sa vie, mais se retrouve néanmoins sans rien.«Quand on perd son emploi à 50 ans, c\u2019est beaucoup plus difficile.On est plus à risque d\u2019être dans la précarité.L\u2019économie est aujourd\u2019hui plus difficile, et beaucoup de gens vivent de paie en paie, ou sont travailleurs autonomes.On peut se retrouver rapidement sans rien », ajoute M\u201c® Desjardins.Une solitude incommensurable Jeunes, vieux, femmes, hommes, issus de l\u2019immigration ou originaires du Québec, la plupart de ces personnes ont une chose en commun, soulignent les, inter venants: la solitude.Professeur à l\u2019Ecole de travail social de l\u2019UQAM, Michel Parazelli a étudié pendant quatre ans les enjeux relatifs au partage de l\u2019espace public à Montréal.Les chercheurs ont rencontré politiciens, fonctionnaires municipaux, travailleurs communautaires, sans-abri et marginaux, commerçants et résidants pour obtenir leurs points de vue, afin de dresser un portrait des rapports entre les itinérants et les autres couches de la société.«Souvent, on les force à bouger, à se déplacer, à ne pas trop se montrer.A avoir des comportements dits \u201cnormaux\u201d.Cela crée une pression.Le problème n\u2019est pas si simple, on ne peut sortir des gens de la rue comme on en sort des objets», s\u2019exclame le professeur et chercheur, selon qui l\u2019in- Les itinérants vieillissent plus rapidement que le reste de la population dividualisme et l\u2019esprit de compétition ambiants contribuent à la marginalisation de gens éprouvant des difficultés à composer avec ces exigences de la société.«Depuis qu\u2019on a laissé tomber la religion, le sentiment communautaire, collectif, a disparu.C\u2019est l\u2019individualisme qui prime.» Un plan d\u2019action québécois à l\u2019automne Les ressources gouvernementales, elles, sont toujours aussi éparses.et instables.Des organismes qui viennent en aide aux personnes sans abri accusaient par exemple le gouvernement fédéral de retenir des fonds destinés à la lutte contre l\u2019itinérance en début de semaine.L\u2019adoption par le gouvernement Marois, en février, de la première politique nationale de lutte contre l\u2019itinérance constitue néanmoins une victoire de taille pour les organismes.La politique déposée par l\u2019ex-ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon, élevait au rang de priorité gouvernementale l\u2019accès au logement, aux services de santé et aux services sociaux, au revenu, à l\u2019éducation, l\u2019insertion sociale et socioprofessionnelle, la cohabitation et les enjeux liés à la judiciarisation des sans-abri.Le gouvernement Couillard s\u2019est déjà engagé à mettre en application la politique, par l\u2019entremise d\u2019un plan d\u2019action, mais n\u2019a toujours pas précisé la portée de celui-ci.«La politique, c\u2019est le cadre théorique.C\u2019était une belle victoire.On est très heureux de cette première.On a maintenant hâte de voir le plan d\u2019action qui devra nécessairement en découler, dit la coordonnatrice adjointe du RAPSIM, Marjolaine Despars.L\u2019enjeu, c\u2019est de s\u2019assurer qu\u2019elle ne sera pas tablettée, et qu\u2019un plan d\u2019action gouvernemental verra véritablement le jour, et qu\u2019il sera déployé à l\u2019échelle de la province.» Répondant à une question de la députée solidaire Manon Massé, à la suite du dépôt du premier budget du gouvernement Couillard, la successeure de M\u201c® Hivon, Lucie Charlebois, a affirmé que son gouvernement «travaille activement à produire le plan d\u2019action», mais elle a refusé de fournir une date précise pour son dépôt.Elle a rappelé que, dans le dernier budget, les 8 millions prévus pour l\u2019itinérance étaient maintenus, mais il n\u2019a été aucunement question des 6 millions supplémentaires promis par le dernier gouvernement péquiste.Le gouvernement a maintenu l\u2019ajout de 3000 logements sociaux, soit 250 de moins que ce que le Parti québécois avait annoncé, dont 500 seraient réservés à la clientèle itinérante.«Le gouvernement va déposer son plan à l\u2019automne», a confirmé au Devoir l\u2019attachée de presse de M\u201c® Charlebois, Alexandra Bernier, soulignant que la ministre effectue actuellement une série de rencontres avec les organismes communautaires afin de préparer les initiatives qui découleront de la Politique nationale de lutte à l\u2019itinérance.Des initiatives qu\u2019attendent impatiemment les centaines de groupes de lutte contre l\u2019itinérance de la province.Le Devoir PEINE DE MORT «Les abolitionnistes ont arrêté le moralisme » Aux États-Unis, le soutien à la peine capitale est mis à mal Simon Grivet, historien des Etats-Unis associé au Centre d\u2019études nord-américaines de l\u2019EHESS, a consacré son doctorat à la peine de mort aux Etats-Unis.Selon lui, les « scandales suscités par les erreurs judiciaires » ont fait reculer le soutien à la peine capitale.Est-ce que l\u2019exécution particulièrement sordide de Joseph R.Wood va changer quelque chose?Quelque chose va changer dans son application, mais je serais beaucoup plus prudent sur l\u2019abolition de la peine de mort elle-même.Certes, le soutien à la peine capitale est à un niveau historiquement bas : à peine la moitié des 300 millions d\u2019Américains y sont favorables.Cela s\u2019explique par les scandales suscités par les nombreuses erreurs judiciaires constatées après un certain nombre d\u2019exécutions.Une deuxième raison est le fait que les appels durent très longtemps : dans ce dernier cas, Joseph R.Wood n\u2019a été exécuté que vingt-cinq ans après avoir commis son crime.Enfin, une troisième raison est la brèche qu\u2019a réussi à ouvrir l\u2019argumentation de la détention à perpétuité comme solution à la fois plus logique et plus cruelle.Les abolitionnistes ont-ils changé de stratégie?Le référendum de 2012 pour l\u2019abolition de la peine de mort en Californie s\u2019est conclu avec une étroite défaite des abolitionnistes.Ils avaient mené campagne sur l\u2019irrationalité et sur les coûts de ce système, sur le fait qu\u2019il ne marche pas, sur son inutilité.Les abolitionnistes ont arrêté le moralisme.Mais des pôles de résistance demeurent.11 y a les procureurs qui, aux Etats-Unis, sont élus par la population et sont donc des politiciens.11 y a la volonté des proches des victimes d\u2019obtenir vengeance, ce que comprennent beaucoup de gens.En outre, depuis vingt ou trente ans, s\u2019affirme up discours sur la douleur des victimes.Aux Etats-Unis, il n\u2019existe pas, comme en Erance, les «parties civiles».Du coup, rendre l\u2019honneur aux victimes, faire en sorte que leurs souffrances soient en quelque sorte lavées par la peine de mort, est devenu le vrai, seul, fort argument des partisans de la peine de mort.Pourquoi une majorité d\u2019Américains continuent-ils à soutenir la peine de mort?Qn oublie souvent le niveau de violence de la société américaine, où le taux de criminalité est bien plus fort qu\u2019en Europe.Je pense que beaucoup de gens croient dans l\u2019efficacité de la peine de mort.Mais surtout, je crois que, pour eux, cela représente le seul châtiment imaginable, même si le soutien à tout cela est aujourd\u2019hui à son minimum historique.Pqur l\u2019abojition, ce sera une longue marche.Etat par Etat.Quelles sont les raisons des variations de l\u2019opinion sur la peine de mort?11 y a eu dans les années 70 une poussée abolitionniste, puis un grand retour de la peine de mort à partir des années 80 sur fond de durcissement des politiques pénales et des peiqes.Dan§ ces années-là furent mises en oeuvre.Etat par Etat, des lois draconiennes.Ainsi la three-strikes law («loi des trois coups») selon laquelle au troisième crime pénal, quelle qu\u2019en soit la nature, l\u2019accusé est nécessairement in-çarcéré, voire risque la perpétuité dans certains Etats.C\u2019est cela qui a créé cet énorme archipel pénitentiaire américain.Depuis dix ans environ, la tendance s\u2019est inversée.Cela s\u2019explique par les nombreuses erreurs du système judiciaire, qui ont suscité l\u2019indignation, mais surtout le fait que tout cela \u2014 et en premier lieu le système pénitentiaire \u2014 coûte trop cher.11 est immense, de plus en plus difficilement gérable, et surtout il ne marche pas.Les institutions judiciaires savent très bien que, quand un condamné prend dix ans pour un crime de droit commun, il en sort encore pire qu\u2019avant.11 y a certainement un lien indirect entre la crise systémique de l\u2019archipel pénitentiaire et ce recul du soutien à la peine de mort.Propos recueillis par Filippo Ortona Libération B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUILLET 2014 PERSPECTIVES ISRAEL Hamas ou Hezbollah, le même combat pour Tsahal «Leur mode opératoire, leur entraînement, tout cela vient d\u2019Iran» AUDE MARCOVITCH Correspondante à Tel-Aviv Une semaine après avoir lancé ses troupes sur le terrain plat mais creusé de Gaza, l\u2019armée israélienne a dperdu 32 soldats et plus de 150 autres ont été blessés.Un nombre que le pays, qui vit au rythme des enterrements retransmis à la télévision, n\u2019a plus connu depuis la deuxième guerre du Liban en 2006.La précédente opération sur Gaza accompagnée d\u2019une incursion terrestre, «Plomb durci» en 2008-2009, n\u2019avait causé que dix pertes militaires (et trois civils) .Elle avait par contre été très meurtrière pour les Palestiniens, avec environ 1400 personnes tuées.«Au moment où les soldats sont entrés sur le terrain, nous savions que cette opération ne serait pas facile », commente le major Arye Shalicar, porte-parole de Tsahal.En cause : non pas tant l\u2019impréparation des forces israéliennes que le développement de la tactique militaire du Hamas, entraîné notamment au contact du Hezbollah libanais.«Leur mode opératoire, leur entraînement, tout cela vient d\u2019Iran», poursuit Arye Shalicar.Pour Jacques Neria, conseiller diplomatique de l\u2019ex-premier ministre Yitzhak Rabin et spécialiste des questions de sécurité, il existe une «coopération internationale, un savoir-faire transmis par l\u2019Iran, le Hezbollah et des spécialistes de la Corée du Nord».Repérages Après la guerre de 2006, le mouvement libanais du Hezbollah a tiré les leçons de son affrontement avec l\u2019armée israélienne et en a fait profiter les islamistes du Hamas.«Ils ont compris qu\u2019ils ne pouvaient pas défier nos avions ou utiliser des armes plus sophistiquées, alors ils ont investi dans les roquettes et dans le développement d\u2019un réseau de tunnels», relève le porte-parole de Tsahal.Trente et une de ces galeries, longues de plusieurs centaines de mètres, ont été découvertes depuis le début de l\u2019opération.Plusieurs d\u2019entre elles débouchent en Israël.De même, les services de renseignement israéliens ont repéré, au Liban, une expansion des activités du Hezbollah en zone urbaine ces dernières années.«Il y a plus de 200 villages au sud du Liban qui sont devenus des bastions du Hezbollah : ils y utilisent des maisons habitées pour en faire des points d\u2019observation et des caches d\u2019armes.Ils ont creusé des tunnels qui permettent de passer d\u2019une habitation à l\u2019autre», explique Arye Shalicar, soulignant que «ce que nous observons au Liban se déroule de la même manière à Gaza.Le Hamas se sert à la fois des appartements où vivent les gens, mais aussi des bâtiments publics, des mosquées ou des hôpitaux, qu\u2019ils prennent comme entrepôts d\u2019armes, points d\u2019observation ou bases de tir».Des drones Le Hamas, comme le Hezbollah, a par ailleurs mis au point des drones pour tenter des repérages en territoire israélien.Ces deux dernières semaines, Tsahal a indiqué avoir abattu à l\u2019aide de missiles deux petits avions sans pilote partis de Gaza.Au printemps 2013, elle avait également annoncé avoir détruit un drone en provenance du Liban, arrivé au large de la ville portuaire d\u2019Haïfa.Dans la bataille qu\u2019ils ont engagée à Gaza, les soldats israéliens sont rarement confrontés à des combats en face à face.Selon les récits des militaires, les militants du Hamas apparaissent soudain de sous terre, tirent, puis disparaissent à nouveau, ou se pointent à la fenêtre d\u2019une maison avant de s\u2019en retirer aussitôt.Mourabitouns Pour entraîner ses soldats à ce type de guérilla urbaine, Tsahal a reconstitué une localité libanaise sur la base d\u2019Elyakim, dans le nord d\u2019Israël.Dans des rues vides et poussiéreuses, où des coques de bâtiments en béton cachent les entrées des boyaux souterrains, les soldats améliorent leurs techniques de lutte et tentent de pallier la surprise des apparitions et disparitions soudaines de combattants.Le heu, prévu à l\u2019origine en cas de nouvel affrontement avec le Hezbollah, peut aussi désormais servir d\u2019entraînement à la guerre urbaine contre le Hamas.En matière d\u2019organisation aussi, le mouvement palestinien a amélioré ses capacités militaires.«Il existe des centaines de postes de commandement d\u2019où les ordres sont donnés; des milliers de militants organisés, disciplinés, des équipes de lanceurs de roquettes, des équipes spécialisées dans les RPG [lance-roquettes portatifs, NDLR], des équipes de surveillants qui observent nos troupes, une véritable petite armée.A la différence près qu\u2019ils officient au sein de la population», relève Shalicar.La tactique Le chercheur Adnan Abu Amer a récemment rédigé, pour le magazine en ligne Al-Monitor, un récit de sa rencontre avec des unités « mourabi-toun», liées aux brigades Ez-zedine al-Qassam, la branche armée du Hamas.«Ses membres ont reçu l\u2019ordre de ne jamais quitter leurs postes ou le point près des frontières qu\u2019ils observent», relève-t-il, affirmant que «ces unités connaissent les routes utilisées par les véhicules israéliens, placent des mines anti-véhicules aux entrées de Gaza, plantent des bombes sur le bord des voies et déploient leurs combattants avec des RPG pour empêcher la progression et piéger les Israéliens avec leurs explosifs dans ce qui devient leur terrain de chasse improvisé».Disposés sur différents axes de la bande de Gaza, ces mourabitouns comptent également, selon Al-Monitor, des cellules «martyres» qui peuvent le cas échéant faire des attaques-suicides contre les soldats.Enfin, sur le plan des armes, le Hamas fait usage d\u2019engins qui n\u2019étaient apparemment pas en sa possession il y a quelques années.Les RPG, notamment le RPG 29, ont été vus à plusieurs reprises sur l\u2019épaule des combattants du Hamas.Plus classiques, des kalachnikovs, des mines et toutes sortes d\u2019engins explosifs sont aussi souvent utilisés.Libération JL- JACK GUEX AGENCE ERANCE-PRESSE Tsahal poursuivait son opération à Gaza vendredi.\t t\tt \t^ î fM AHMED DEEB AGENCE ERANCE-PRESSE Un combattant rebelle cette semaine peu après un raid aérien à Alep, en Syrie.SYRIE Les ambitions ^ihadistes disloquent les rangs des opposants à Assad Les rebelles luttent désormais sur trois fronts : contre les forces du régime, contre l\u2019EI et contre le Front al-Nosra SERENE ASSIR à Beyrouth Les rangs des insurgés hostiles au régime de Bachar al-Assad sont en train de se disloquer avec la volonté d\u2019al-Qaïda de créer son propre «émirat» en Syrie à l\u2019instar des çljihadistes ultraradicaux de l\u2019État islamique (El).Pour la première fois, des combats ont éclaté entre les alliés d\u2019hier, à savoir les rebelles et le Eront al-Nosra, branche officielle d\u2019al-Qaïda en Syrie, rapporte l\u2019Observatoire syrien des droits de l\u2019homme (OSDH).Ces affrontements rendent le conflit encore plus complexe.Ainsi, les rebelles luttent désormais sur trois fronts : contre les forces du régime, contre l\u2019El et dernièrement contre le Eront al-Nosra.A cela s\u2019ajoutent les combats de l\u2019El contre l\u2019armée de Bachar al-Assad et les autonomistes kurdes, tandis qu\u2019al-Nosra croise le fer avec le régime, les rebelles et l\u2019El.«Les heurts entre al-Nosra et les rebelles ont commencé début juillet, mais la bataille la plus sanglante a eu lieu il y a un peu plus d\u2019une semaine dans la région de Jisr al-Choughour, dans la province d\u2019Idleb», a expliqué jeudi Rami Abdel Rah-mane, directeur de l\u2019OSDH.Cette bataille, précédée par des assassinats des deux côtés, a fait «des dizaines de morts» dans les rangs d\u2019al-Nosra et du Eront des révolutionnaires de Syrie (ERS), une coalition d\u2019insurgés modérés.Le ERS et al-Nosra ont reconnu ces affrontements sur leurs pages Eacebook.Les rebelles soupçonnent la branche syrienne d\u2019al-Qaïda de chercher à le^ chasser afin d\u2019établir un « Émirat islamique » rival de celui établi par l\u2019El, dans la mesure où, malgré leurs combats, al-Nosra et l\u2019El partagent la même idéologie djihadiste.Un autre État islamique C\u2019est le chef d\u2019al-Nosra, Abou Mohammad al-Jolani, qui a donné le signal le 11 juillet en annonçant dans un enregistrement audio son intenfion d\u2019ériger un «véritable État islamique» en Syrie.«Le temps est venu, mes très chers, de créer un émirat au Levant», a-t-il dit en précisant qu\u2019il y aurait des frontières avec «le régime, les ultras [l\u2019El], les corrompus [les re- belles] et le PKK [les Kurdes] ».Quelques semaines plus tôt, son rival, le chef de l\u2019El, Abou Bakr al-Baghdadi, a proclamé un califat à cheval sur la Syrie et l\u2019Irak, après son offensive fulgurante contre les forces de Bagdad.Issus de la branche irakienne d\u2019al-Qaïda, al-Nosra est apparu en Syrie fin 2011.L\u2019El a fait scission en 2013.Dans leur bras de fer, l\u2019El l\u2019a emporté en chassant al-Nosra de son fief de Deir Ezzor, une province riche en pétrole, et en renforçant son prestige auprès des djihadistes étrangers.Selon Abou Yasmine, un rebelle d\u2019idleb joint par Internet, «al-Nosra traverse une crise et l\u2019annonce de la création prochaine d\u2019un émirat vise à attirer de nouveaux djihadistes et à constituer un territoire entièrement sous son contrôle».Malgré leurs combats, al-Nosra et l\u2019EI partagent la même idéologie djihadiste Hier alliés, des rebelles changent maintenant d\u2019opinion sur al-Nosra: un groupe d\u2019insurgés modérés, dont le groupe pro-occidental Hazem et le ESR, ont récemment appelé à ne plus coopérer avec ce groupe djihadiste.Le fief d\u2019al-Nosra Selon M.Abdel Rahmane, al-Nosra cherche à prendre le contrôle sans partage de différentes régions à la frontière turque et à établir un fief dans la province méridionale de De-raa.«Il agit exactement comme l\u2019El, qui a d\u2019abord pris le contrôle de territoires puis annoncé son califat», note-t-il.En outre, al-Nosra est en train de couper ses relations avec les tribunaux islamiques, instances composées de représentants des deux ex-alliés.Pour justifier ses opérations, al-Nosra a lancé, comme l\u2019avait fait auparavant l\u2019El, une campagne contre les «corrompus», accusant ses adversaires, pas toujours à tort, de se livrer au pillage.Pour un officier rebelle d\u2019idleb, le Eront al-Nosra, composé en majorité de Syriens, «commence à montrer son vrai visage».«Son but n\u2019est pas la liberté et la démocratie.Il veut prendre le pouvoir et agit de manière confessionnelle.Ce n\u2019est pas l\u2019objectif de notre révolution.» La guerre en Syrie avait commencé en mars 2011 par des manifestations réclamant des réformes et plus de liberté.Devant une répression sanglante et implacable, elles ont dégénéré en insurrection armée puis en guerre généralisée, avant que les djihadistes ne montent en puissance.Agence France-Presse Le « Djihadistan », nouvel État islamiste au Proche-Orient Taillé à coups de raids meurtriers et d\u2019attentats, un nouveau «pays» voit le jour dans le monde arabe : appe-lons-le le «Djihadistan».H s\u2019installe à cheval sur la Syrie (dans le nord-est du pays) et sur l\u2019Irak (dans l\u2019ouest et le nord).C\u2019est un événement d\u2019une portée considérable, non seulement pour la région.Profitant de l\u2019affaiblissement, voire de l\u2019éclatement, de ces deux ex-États forts du Proche-Orient, le groupe djihadiste que dirige l\u2019Irakien Abou Bakr al-Baghdadi, l\u2019État islamique (El), ne cesse d\u2019agrandir son domaine.Jamais al-Qaïda, même en Afghanistan sous le règne des talibans, à la fin des années 1990, n\u2019avait contrôlé pareil territoire.L\u2019El supplante al-Qaïda en puissance de feu et en moyens financiers.Prônant officiellement la même pureté islamiste sunnite et la même violence extrême, il peut modifier durablement la carte de la région \u2014 amputant la Syrie et l\u2019Irak d\u2019une partie de leurs provinces pétrolières.L\u2019Europe ne peut rester indifférente: l\u2019El séduit des centaines, peut-être des milliers, de jeunes musulmans européens, venus se battre dans ses rangs, essentiellement en Syrie./ Un mini-Etat entre la Syrie et l\u2019Irak En Irak, l\u2019El s\u2019est installé dans la région de Ninivee et domine la quasi-totalité du pays sunnite irakien.En Syrie, Î\u2019EI a conquis toute une partie de l\u2019est du pays, s\u2019assurant une continuité territoriale avec son fief irakien.Ainsi, c\u2019est un mini-État qui prend racine, levant l\u2019impôt, rançonnant, pillant et vendant le pétrole en contrebande.Tel est le but d\u2019al-Baghdadi: recréer une base djihadiste, à l\u2019instar de ce que fut PAfghanistan pour al-Qaïda.Le régime syrien, celui de Bachar al-Assad, le laisse faire pour des raisons tactiques.Le régime irakien, dominé par la majorité chiite du pays, ,est incapable d\u2019arrêter Î\u2019EI.A Bagdad, le gouvernement de Nouri al-Maliki a gouverné en pratiquant un sectarisme prochiite qui lui vaut l\u2019hostilité de la minorité arabe sunnite irakienne.Résultat?Un extraordinaire chaos stratégique, où il est difficile de se retrouver.Parce que Bagdad les martyrise, les tribus sunnites irakiennes soutiennent l\u2019EI.Parce qu\u2019il est l\u2019allié de Bachar al-Assad \u2014 tous les deux sont des protégés de l\u2019Iran \u2014, al-Maliki envoie les milices chiites ira-kiennes,se battre en Syrie.Les États-Unis sont des deux côtés.En Syrie, ils soutiennent \u2014 un peu \u2014 la rébellion contre le régime al-Assad.Mais en Irak, ils appuient \u2014 un peu \u2014 al-Maliki contre l\u2019EI.La Russie reste fidèle à son alliance avec l\u2019Iran et la Syrie.L\u2019Europe regarde ailleurs.En 2003, au nom de la guerre contre le terrorisme, l\u2019Amérique envahissait l\u2019Irak.Qnze ans plus tard, sur les décombres d\u2019une folle invasion, le djihadisme triomphe en Irak! Ultime désastre pour Washington.Tragédie sans fin pour les Irakiens et les Syriens.Menace à venir pour les Européens.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUILLET 2014 B 3 PERSPECTIVES AIR ALGERIE La météo est-elle la cause de l\u2019écrasement du vol AH 5017 au Mali?YANN PHILIPPIN La météo est-elle responsable de l\u2019écrasement du vol Ouagadougou-Alger d\u2019Air Algérie, qui a fait 118 morts, dont 54 Français?Après la découverte de l\u2019épave et d\u2019une des deux boîtes noires dans le nord-est du Mali, c\u2019était la piste privilégiée, vendredi, par les autorités.Gérard Arnoux préside le Comité de veille pour la sécurité aérienne (CVSA), créé en début d\u2019année par sept associations pour assister les familles de victimes d\u2019accidents aériens.Cet ancien commandant de bord à Air France, qui a participé à plusieurs enquêtes judiciaires (Rio-Paris, Concorde, etc.), analyse les causes possibles de l\u2019écrasement.La météo est-elle l\u2019hypothèse la plus probable?Les militaires français présents sur place ont constaté que la zone des débris était concentrée, ce qui semble montrer que l\u2019appareil était entier lorsqu\u2019il s\u2019est écrasé.On peut en déduire qu\u2019il n\u2019a probablement pas éclaté en vol, sous l\u2019effet d\u2019un missile ou d\u2019une bombe à bord.Reste la météo, qui est en effet une hypothèse crédible.Pourquoi?L\u2019équipage avait signalé des difficultés météo et demandé un changement de route.L\u2019écrasement s\u2019est produit dans le front intertropical (FIT), ou «pot au noir», comme pour celui du Rio-Paris en 2009 et celui de la West Carribean en 2005, qui avait tué 152 Martiniquais.Ce sont des zones très dangereuses, avec d\u2019énormes colonnes nuageuses, les cumulonimbus.On y trouve des turbulences et des cisaillements très violents, des chutes de grêlons qui peuvent faire jusqu\u2019à 1 kilo, et enfin des phénomènes de givrage qui peuvent alourdir la voilure et neutraliser les sondes des moteurs [West Carribean] ou de mesure de vitesse [Rio-Paris].Bref, il faut tout faire pour ne pas entrer dans ces zones, soit en les évitant avec le radar météo, soit en changeant de route.Pourquoi les pilotes y sont-ils allés?C\u2019est une question fondamentale.Quand on regarde la carte météo satellite, on voit que le FIT n\u2019était pas continu : il y avait des endroits plus calmes qui permettaient de contourner les AGENCE ERANCE-PRESSE L\u2019armée française a publié cette photographie montrant deux de ses soldats près des débris de l\u2019avion d\u2019Air Algérie.points chauds.Or les pilotes sont passés exactement dans le plus gros cumulonimbus de la région! Si j\u2019avais eu la carte satellite, jamais je n\u2019aurais suivi cette route.Comment expliquez-vous ce choix?On ne sait pas s\u2019ils avaient l\u2019information.Au niveau réglementaire, il n\u2019est toujours pas obli gatoire de fournir les cartes météo satellites aux pilotes lors de la préparation du vol ! Dans la quasi-totalité des cas, ils n\u2019ont que les cartes de prévisions, dites «Temsi».Si elle était assez précise ce soir-là, cette carte est souvent obsolète, vu l\u2019évolution rapide des cumulonimbus.Avant un vol Nice-Paris que j\u2019effectuais l\u2019été dernier, on savait qu\u2019il y avait une grosse ligne de grains.Comme on n\u2019avait pas la carte satellite, mon copilote a dû la télécharger sur son iPhone, ce qui nous a permis de choisir la route la plus sûre.Il est tout aussi anormal que les cartes satellites ne soient pas disponibles sur les écrans du cockpit des avions de ligne, alors que c\u2019est déjà le cas depuis longtemps dans les avions d\u2019affaires et dans certains avions légers.Peut-ll s\u2019agir d\u2019une erreur de pilotage?Si la météo a très probablement joué un rôle, il faudra attendre l\u2019analyse des boîtes noires pour comprendre précisément ce qui s\u2019est passé.Y a-t-il eu un problème technique ?Une mauvaise manoeuvre qui a précipité la perte de contrôle?La plupart des écrasements ont plusieurs causes.Prenez celui de la West Carribean, qui s\u2019est déroulé dans le FIT avec le même tjqie d\u2019appareil.On avait une compagnie poubelle, un avion trop lourd qui volait trop haut, une entrée dans un cumulonimbus, un givrage des sondes moteur, une perte de vitesse, puis un commandant de bord qui n\u2019a pas senti que l\u2019avion décrochait.Faut-ll mettre en cause la compagnie charter espagnole affrétée par Air Algérie?Cette compagnie a plutôt bonne réputation.Elle vole depuis 1983 sans incident grave.Mais les compagnies low-cost ont tendance à pousser jusqu\u2019aux limites de la réglementation.Cette compagnie a-t-elle, comme Air France, une cellule qui analyse 24 heures sur 24 les cartes satellites et prévient l\u2019équipage en cas de danger ?Les pilotes connaissaient-ils bien l\u2019Afrique ?Ont-ils enchaîné l\u2019aller-retour Alger-Ouagadougou ?Si tel était le cas, cela m® semble excessif au chapitre de la fati^e, surtout pour un vol de nuit dans des conditions défavorables.L\u2019avion étalt-ll fiable?Il a été contrôlé récemment par les autorités françaises.Bien qu\u2019ancien, le MD-83 est un avion fiable.Mais ses radars météo ont une ou deux générations de retard par rapport à ceux des Airbus ou des Boeing, ce qui ne facilite pas l\u2019évitement des zones dangereuses.Libération TRANSMISSION DU VIH Les nouvelles stratégies de prévention du sida sont prometteuses PAUL BENKIMOUN à Melbourne Les résultats encourageants de plusieurs études sur des stratégies destinées à prévenir la transmission du VIH ont été présentés lors de la 20® Conférence sur le sida, qui s\u2019est tenue cette semaine à Melbourne.Ces stratégies sont au nombre de trois : l\u2019administration de médicaments anti-VIH chez des personnes séronégatives exposées au risque d\u2019être infectées, appelée prophylaxie pré-exposition (PrEP en anglais) ; la circoncision ; et enfin, le dépistage à domicile.La première démonstration de l\u2019efficacité de la démarche de PrEP a eu lieu en 2010 avec l\u2019étude dite «iPrEx» : des hommes homosexuels séronégatifs prenant quotidiennement une association de deux antirétroviraux avaient un taux de contamination par le VIH inférieur de 44% à ceux prenant une substance inactive.Un prolongement de cette étude \u2014 «iPrEx OLE» \u2014 a consisté à suivre pendant 72 semaines dans les conditions de vie réelles quelque 1600 personnes, hommes ayant des rapports homosexuels et transgenres d\u2019âge moyen de 28 ans, ayant participé à des essais de PrEP.Ils choisissaient de prendre ou non une dose quotidienne combinant deux antirétroviraux, par voie orale, comme méthode de PrEP.Les trois quarts des participants (76%) ont pris le traitement prophylactique et le reste a décliné la proposition.Le professeur Robert Grant (Université de Californie à San Francisco), qui a présidé l\u2019essai, a présenté mardi les résultats de l\u2019étude iPrEx OLE, achevée en décembre 2013.Efficacité démontrée pour prévenir l\u2019infection «La PrEP s\u2019est montrée très efficace pour prévenir l\u2019infection par le VIH chez des hommes ayant des rapports homosexuels et des transgenres, même lorsqu\u2019il leur arrivait d\u2019oublier de temps en temps un comprimé: aucun des participants prenant au moins quatre doses par semaine n\u2019a été infecté au cours de l\u2019étude», a précisé Robert Grant.Chez les participants absorbant deux ou trois comprimés par semaine, le risque de contracter le VIH était diminué de 90%, alors que chez ceux ne prenant pas de PrEP, le taux d\u2019infection était de 4,7% au cours d\u2019une année de suivi.« Ceux qui ont le plus besoin de ce type de prévention sont aussi ceux qui y ont eu le plus recours, a commenté Robert Grant.De plus, si le suivi du traitement doit être bon pour être protégé, il n\u2019a pas besoin d\u2019être parfait.Cela correspond à la vie réelle où des oublis de traitement peuvent se produire.» La prise d\u2019une prophylaxie ne s\u2019est pas accompagnée de comportements à risque.La circoncision diminue le risque de transmission Autre approche pour diminuer le risque d\u2019acquérir le virus : la circoncision, dont plu- ESTHER LIM AGENCE ERANCE-PRESSE Les préjugés à propos du sida sont toujours très présents.sieurs essais depuis 2005 ont montré qu\u2019elle réduisait le risque chez les hommes de 50 à 60%.Cette intervention médicale chez les jeunes hommes est bien acceptée dans les régions oû le taux d\u2019infection par le VIH est important.Pour autant, protège-t-elle les femmes partenaires d\u2019hommes circoncis ?L\u2019équipe du professeur Bertran Auvert (Inserm U1018, Université de Versailles-Saint-Quentin) a décidé de répondre à cette question.Ces chercheurs ont à leur actif la première démonstration de l\u2019efficacité de la circoncision pour les hommes dans le cadre d\u2019une étude financée par l\u2019Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS, France) menée avec leurs collègues sud-africains à Orange Farm, une township à 45 kilomètres de Johannesburg.Kévin Jean (Inserm U1018) a présenté les résultats de la nouvelle étude sur les effets indirects de la circoncision, qui rassemble les données recueillies en 2007, en 2010 et en 2012, chez près de 2500 femmes âgées de 15 à 29 ans.Quelque 30% d\u2019entre elles indiquaient n\u2019avoir eu de relations sexuelles qu\u2019avec des hommes circoncis.Chez elles, le taux d\u2019infection par le VIH était de 17,8%, tandis qu\u2019il s\u2019élevait à 30,4 % chez celles ayant eu des partenaires non circoncis.Grâce à un modèle 90 % de la population d\u2019Afrique du Sud subira des tests de dépistage mathématique, les scientifiques ont évalué la proportion de nouvelles infections dans l\u2019année, qui s\u2019est révélée inférieure de 20 % chez les partenaires d\u2019hommes circoncis.«Ces résultats sont encourageants et incitent à déployer davantage encore les programmes de circoncision médicale», estime Kévin Jean.Traiter précocement par une combinaison d\u2019antirétroviraux Une autre manière de prévenir les infections au VIH par un traitement consiste à traiter précocement les personnes vivant avec ce virus.Un traitement bien suivi par une combinaison d\u2019antirétroviraux réduit considérablement (plus de 90%) le risque pour une personne séropositive de transmettre le VIH à un partenaire séronégatif Mais, dans son dernier rapport, l\u2019ONUSIDA estime que 19 millions des 35 millions de personnes vivant avec le VIH ignorent leur statut sérologique.Or, pour pouvoir traiter, il faut d\u2019abord dépister.D\u2019oû la démarche consistant à faciliter le dépistage dans la population des régions affectées de manière importante, en proposant aux personnes qui se révèlent porteuses du VIH de commencer sans attendre un traitement.C\u2019est la stratégie «Treatment as Prevention» (TasP, « traitement comme prévention»).Quatre essais internationaux ont été lancés afin de savoir si cette approche réduit la transmission du VIH dans la population et de ce fait le nombre de nouvelles infections.Dépistage à domicile Dans un premier temps, il s\u2019agit de déterminer si cette stratégie est applicable dans la vie réelle : la population démarchée acceptera-t-elle le dépistage proposé en faisant du porte-à-porte et les personnes séropositives se rendront-elles dans une structure sanitaire pour commencer leur traitement?Les résultats de cette première phase de l\u2019essai international mis en route par l\u2019ANRS dans la province sud-africaine du KwaZulu-Natal, oû 17 % de la population est séropositive selon les chiffres officiels de 2012, ont été annoncés à Melbourne par le professeur François Dabis (Université Bordeaux Segalen).Vingt-deux zones géographiques comprenant chacune un millier de résidants ont été délimitées.Un dépistage individuel par test rapide à domicile était systématiquement proposé tous les six mois.Dans la moitié des zones, un traitement antirétroviral était offert à toutes les personnes séropositives, tandis que dans l\u2019autre moitié les recommandations officielles de traitement sud-africaines (en fonction de l\u2019état du système immunitaire) étaient appliquées.Convaincre les gens de se traiter 82% des résidants ont été dépistés et 85% des personnes séronégatives ont accepté un second test six mois plus tard, ce qui atteste que la proposition de dépistage est bien acceptée.Les chercheurs ont constaté que le taux d\u2019infection par le VIH était de 31 %, nettement plus que l\u2019estimation de départ.Dans les six mois suivant une sérologie positive pour le VIH, seulement 48% des personnes concernées se sont présentées dans une structure oû elles pouvaient commencer un traitement antirétroviral.La proportion a grimpé à 63% au cours de l\u2019année suivant un test positif.La proximité de la structure encourage les gens à se présenter.«Ces résultats sont importants, commente François Dabis.Nous sommes dans la bonne direction avec la stratégie TasP.Le test rapide est bien accepté.Les personnes séropositives ont besoin de temps pour accepter d\u2019être mises en traitement alors qu\u2019elles se sentent en bonne santé.Nous allons passer à la seconde phase de cet essai et espérons des résultats sur l\u2019impact de cette stratégie sur les nouvelles infections par le VIH vers la fin de l\u2019année 2016.» L\u2019essai risque cependant d\u2019être modifié, car les autorités sud-africaines viennent d\u2019annoncer qu\u2019elles appliqueront sans délai l\u2019objectif avancé par l\u2019ONUSIDA de dépister 90% de la population, de traiter 90% des personnes séropositives, donc sans critère biologique sur l\u2019état du système immunitaire, et de rendre le virus indétectable dans le sang chez 90% des personnes.Le Monde B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUILLET 2014 EDITORIAL L \\ ' Serge Truffaut GUERRE DE RELIGION EN IRAK Les détails du diable Alors que l\u2019Irak est à feu et à sang, les parlementaires auront gaspillé des semaines avant d\u2019élire un président.Au vu du déroulement de cet épisode, il est écrit dans le ciel que la nomination d\u2019un premier ministre sera aussi hasardeuse que douloureuse.Et dire que les djihadistes de l\u2019État islamique sont à quelques pas de Bagdad.e nouveau président de l\u2019Irak s\u2019appelle Fouad Massoum.Conformément aux balises fixées par le gouvernement Bush pour départager le pouvoir en fonction du poids démographique des «gros» groupes qui composent la mosaïque irakienne, Massoum est kurde.Le président du Parlement sera sunnite alors que le premier ministre devra être chiite.Bien.Si la fonction du président est avant tout protocolaire, reste que Massoum est condamné, c\u2019est le cas de le dire, à mener des arbitrages de la manière la plus ingénieuse qui soit.C\u2019est à lui que revient en effet le devoir de nommer un premier ministre.Or.Or il se trouve qu\u2019il est dans l\u2019obligation de choisir le futur chef du gouvernement au sein de la formation qui est arrivée en tête aux législatives d\u2019avril dernier, mais qui est dirigée par celui dont plus personne ne veut en Irak, soit Nouri al-Maliki, le premier ministre sortant.On répète : en Irak, personne n\u2019en veut, mais en Iran il en va tout autrement.Car Ma-liki est leur homme.Il est surtout l\u2019un de leurs instruments de prédilection dans la guerre régionale, et non plus strictement nationale, qui se poursuit dans cette partie du monde.Cette guerre qui en réalité est une guerre de religion.Bref, nous voici plongés dans le « compliqué complexe».Déclinons.Amorcé en 2010, le deuxième mandat de Maliki s\u2019est distingué tout d\u2019abord par sa campagne, à la demande du régime iranien, pour le départ de l\u2019armée américaine.Une fois cela obtenu, Maliki a amplifié son usage des forceps pour mettre l\u2019appareil juridique et l\u2019armée à sa botte.Bref, il s\u2019est posé en champion des politiques qui se conjuguent avec le sectarisme.Rien ne symbolise mieux ce vice que le reniement de ses promesses d\u2019ouverture qu\u2019il avait faites aux chefs des tribus sunnites en échange de leur soutien dans la lutte contre al-Qaïda.Son culte pour le sectarisme, pour la répression politique, culturelle et religieuse des sunnites a été si profond qu\u2019il a fait le lit de l\u2019Émirat islamique, qui aujourd\u2019hui contrôle des pans entiers des territoires irakien et sju\u2019ien.Ce faisant, Malild s\u2019est aliéné jusqu\u2019aux chiites.Résultat, ces derniers font plus que jamais appel aux services, aux conseils de l\u2019ayatollah Ali al-Sistani, qui est le «grand» chef religieux des chiites irakiens.Toujorus est-il que ceux-ci frappent plus que jamais à la porte de celui qui est l\u2019adversaire numéro 1 du grand ayatollah Ali Kha-meini sur le flanc, il est important de le préciser, de la théologie.C\u2019est bien simple, parce qu\u2019il est de tradition quiétiste, il a toujorus combattu le concept baptisé velayat-e faqih développé par Rouhol-lah Khomeini, qui stipule que les religieux peuvent et doivent même se mêler de politique.Khomeini est allé jusqu\u2019à avancer qu\u2019il revient au clergé chiite de présider aux destinées politiques de l\u2019Iran.Bref, au corus des dernières semaines, Sistani s\u2019est retrouvé sur le devant de la scène.Histoire de bien complexifier ce qui relève du «compliqué complexe», on rappellera que Sistani est iranien d\u2019origine et qu\u2019il est donc perse.Et alors?Les Perses n\u2019apprécient guère, poru rester pondéré, les Arabes, et inversement.C\u2019est donc dans ce contexte que Massoum va négocier avec les uns et les autres les contours du prochain gouvernement.Son coefficient de difficulté est d\u2019ores et déjà si élevé qu\u2019aux réalités déjà évoquées vient se greffer celle-ci : à la faveur de l\u2019offensive menée à l\u2019aube du 24 juillet, les djihadistes de l\u2019EI ne sont plus qu\u2019à 20km de.Bagdad! Qui a dit que le diable se cache dans les détails ?AIDE HUMANITAIRE Le devoir de rester est une boucle sans fin : en zone de guerre, comment protéger les travailleurs humanitaires qui viennent protéger des populations civiles que les troupes armées ne protègent pas?On en parle depuis 10, 15, 20 ans, et pourtant le problème va croissant Les chiffres le démontrent, les témoignages aussi : le manque de respect à l\u2019égard d\u2019organisations humanitaires aussi respectables que la Croix-Rouge est devenu «catastrophique», dit l\u2019une; il y a «un accroissement clair des attaques volontaires contre les hôpitaux, les ambulances, le personnel médical», dit l\u2019autre.Sans oublier les prises d\u2019otages de travailleurs, préoccupation désormais incontournable pour les ONG.Pourquoi en sommes-nous là?Les raisons sont multiples : l\u2019humanitaire se décline maintenant en une foule d\u2019organisations à la crédibilité parfois douteuse ou qui prennent parti ; des interventions armées dites à but humanitaire en ont perverti le concept; les chefs de guerre n\u2019ont plus sur leurs troupes les contrôles d\u2019autrefois ; le fanatisme religieux contribue à pousser plus loin la déshumanisation que constitue par essence toute guerre.Et pourtant, en dépit de tout, les organisations restent, bricolent des solutions.Partir, c\u2019est renoncer à tout espoir de civilisation.Pour ces groupes comme pour nous qui les voyons agir, il y a des démissions qui sont inimaginables.Mais comment faire respecter le droit international humanitaire, qui s\u2019est développé depuis 150 ans (la première Convention de Genève, qui donne un statut légal aux secouristes, date de 1864), alors que le sentiment d\u2019impunité est si puissant?En revenant à la base, au politique.Les conflits ont une genèse : revendications territoriales, luttes ethniques, pauvreté.La politique, c\u2019est accepter de s\u2019asseoir à la même table que son ennemi pour en parler.La pression publique, sur les élus, les États, i\u2019ONU, pour que cela s\u2019avère ne peut être relâchée.Il faut par ailleurs une cohérence face aux zones chaudes du monde.É\u2019observation faite il y a 20 ans par l\u2019un des dirigeants de la Croix-Rouge devant une commission du Parlement européen qui se penchait sur le droit d\u2019intervention humanitaire tient toujours la route.Il disait: «Les déclarations enflammées et légitimes contre ceux qui font obstruction à l\u2019aide humanitaire seraient mieux comprises si les gouvernements qui les font mettaient tout leur poids pour appuyer les actions humanitaires quand elles peuvent se déployer.» L\u2019humanitaire n\u2019est pas une affaire de crise, mais une facette constante des relations internationales.A l\u2019heure où celles-ci se déclinent quasi strictement sur le mode commercial, c\u2019est un message qu\u2019il reste pertinent de rappeler.C\u2019 Josée Boileau LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET OTtAvua £»*T£mT> «î/vvpUififR lis\tffu-.LETTRES La justice cautionne-t-elle l\u2019idée que la vérité est préjudiciable ?J\u2019ai beaucoup de difficulté à comprendre ce droit que l\u2019on réclame de ne pas témoigner à une commission d\u2019enquête sous prétexte qu\u2019on pourrait s\u2019auto-incri-miner dans une autre cause.Le droit à un procès juste et équitable inclut-il automatiquement le droit de cacher la vérité pour ne pas se faire prendre ?Comment la justice peut-elle cautionner l\u2019argument que c\u2019est la vérité qui est préjudiciable et non les actes posés ?Est-ce bien là un droit ?Est-ce bien ça, la justice ?Est-ce bien ça, une apparence de justice ?J\u2019ai beaucoup de difficulté à comprendre autrement ce droit de ne pas s\u2019auto-incri-miner dans un procès.Il y a probablement des nuances qui m\u2019échappent à cause de toutes les tracasseries des lois et de l\u2019interprétation qu\u2019en font les avocats, mais il me semble que le fond du problème reste le même.On dirait que tout est fait pour qu\u2019on perde le fil.Ce droit ne devrait-il pas être repensé pour éviter que dans les faits on l\u2019interprète et l\u2019utilise comme un droit de ne pas dire la vérité dans le but de ne pas se faire prendre ?Si c\u2019est ça, la justice, elle me semble drôlement tordue.Gisèle Filion Montréal, le 24 juillet 2014 La franglicitude Depuis quelques années, tel un poodle en croissance (salut Falardeau!), Marc Cassivi s\u2019amuse à s\u2019aiguiser les crocs sur tout ce qui le dépasse ; il mordille là un mollet, là un nonosse, et va son chemin en jappant dans les langues de son choix.Un jour, sur huit colonnes (pourquoi se gêner, les grands espaces sont là?), il s\u2019est offert une mordée sur une proie de poids: Denys Arcand.Le titre grossier coiffant son papier m\u2019est resté sur le cœur : c\u2019est qui le ti-gars qui ose traiter le grand cinéaste de con ?Là, c\u2019est Christian Rioux qu\u2019il mordille parce que ce dernier s\u2019inquiète de la franglicitude galopante.Nous sommes tous témoins de ce phénomène qui contamine même la France.Peut-on le souligner, le regretter, sans être qualifié de janséniste en soutane?My God! Lors de la dernière Saint-Jean, sous ses drapeaux mouillés, la foule a chanté avec sa proverbiale ferveur du Lisa LeBlanc.En apothéose finale.Gens du pays avait cédé sa place à Ma vie c\u2019est de la marde.Drôle d\u2019hymne national pour un pays où c\u2019est en Angleterre qu\u2019on trouve son ùône! Fête ou délâite des plaines d\u2019Abraham ?Car le monde et les temps chan-an-gent.You bet! Rolande AUard-Lacerte Le 23 juillet 2014 Le choix de l\u2019adoption La clinique Morgentaler ferme au Nouveau-Brunswick en raison de la cessation de son financement public.Or, les cliniques Morgentaler au Canada génèrent pas moins de 11 millions de dollars bruts par année.Que cette entreprise privée fort lucrative reçoive de l\u2019argent des çontribuables en plus est une aberration.Étant donné que les nouveau-nés canadiens sont désespérément désirés par les milliers de couples canadiens inféconds et exaspérés par la fécondation in vitro ou par l\u2019adoption internationale, et étant donné que la population est la plus grande richesse d\u2019un pays, n\u2019aurions-nous pas tous grandement intérêt à soutenir la bonne part des 40000 Québécoises (100000 Canadiennes) chaque année qui se sentent forcées de recourir à l\u2019avortement faute de soutien, pour qu\u2019elles puissent garder leur enfant ou encore le confier en adoption ouverte ou semi-ouverte?Isabelle O\u2019Connor Gatineau, le 22 juillet 2014 Seconde réplique à Chaigneau Pierre Chaigneau, de l\u2019IEDM, soutient que «la croissance des inégalités dénoncée par Piketty pourrait simplement refléter le fait que les revenus sont plus variables d\u2019une année à l\u2019autre, surtout pour les revenus élevés, et non l\u2019augmentation des écarts de revenus entre individus», car, pense-t-il, la composition des personnes qui constituent le 1 % le plus rémunéré varie davantage qu\u2019auùefois.{Le Devoir, 18 juillet).Un correspondant, Gabriel Ste-Marie, concède, tout en le critiquant, que « Chaigneau peut avoir raison dans une certaine mesure» {Le Devoir, 21 juillet).En fait, Chaigneau a tout faux: son argumentaire est purement théorique et idéologique, et n\u2019a aucun fondement empirique.Un communiqué de Statistique Canada, daté du 28 janvier 2013, conclut que, si seulement 67 % des déclarants situés dans le 1 % supérieur en 1983 avaient réussi le même exploit l\u2019année précédente, cette proportion avait grimpé à 72% en 2010.De plus, 44% des déclarants situés dans le 1 % supérieur en 1987 l\u2019étaient aussi cinq ans auparavant (en 1982), tandis que 53% des déclarants situés dans le 1% supérieur en 2010 l\u2019était aussi cinq ans plus tôt.Ainsi, non seulement les inégalités de revenus sont grandissantes au Canada, mais en plus les gens les mieux rémunérés ont davantage tendance à conserver leur place dans le haut de l\u2019échelle que dans les années 1980.Marc Lavoie Professeur titulaire à l\u2019Université d\u2019Ottawa et associé de recherche à l\u2019Institut Broadbent Le 22 juillet 2014 LIBRE OPINION Hépatite C, l\u2019épidémie silencieuse MARIE-EVE MORIN Médecin Ce 28 juillet, 25 ans après la découverte du virus de l\u2019hépatite C, nous soulignons la Journée mondiale contre l\u2019hépatite.Pourquoi?Parce que plus de 50000 Québécois en sont atteints.Au Canada, près de 350000 personnes sont touchées, mais plus du quart l\u2019ignorent.Il existe de nouveaux traitements efficaces pour traiter et éradiquer l\u2019hépatite C, avec des taux de guérison allant de 90% à près de 100%.Pourtant, au Canada, moins de 5% des gens atteints ont eu accès à un traitement à ce jour.L\u2019hépatite C se transmet par le sang.Or, 60% des personnes atteintes font ou ont fait usage de drôles intraveineuses.Ce sont des individus qui ont déjà consommé de l\u2019héroïne ou de la cocaïne en injection.Aujourd\u2019hui, ils sont avocats, enseignants, baby-boomers et parents qui espèrent se défaire du virus.Il y a aussi ceux qui consomment par dépendance.Eux aussi rêvent de guérir et le traitement constitue souvent un incitatif pour cesser de consommer de la drogue.Alors, pourquoi l\u2019accès au traitement est-il limité à moins de 5% des personnes touchées ?En 2012, Ipsos sondait près de 1000 Canadiens et 300 médecins de famille pour la Fondation canadienne du foie: 57% des médecins ignoraient que l\u2019hépatite C peut être guérie; les Canadiens sont plus nombreux à avoir fait un test de dépistage du VIH (32%) que de l\u2019hépatite C (23%).Pourtant, au Canada, on compte cinq ou six cas d\u2019hépatite C pour chaque cas de VIH.Il faut donc en parler, pour encourager les Canadiens à se faire dépister.Aux États-Unis, le Center for Disease Control a proposé que tous les baby-boomers passent un test au moins une fois dans leur vie.Au Canada, la recommandation tarde à venir, même si cette maladie y entraîne la perte d\u2019un plus grand nombre d\u2019années de vie et une plus ^ande morbidité que toute autre maladie infectieuse.Nous espérons que les nouvelles combinaisons de traitements oraux, le dépistage, la prise en charge et l\u2019accès au traitement s\u2019amélioreront.Il faudra investir dans les infrastructures en santé, en augmentant notamment le nombre de professionnels ayant reçu une formation adequate pour traiter l\u2019hépatite C.A titre de médecin, je peux affirmer que la satisfaction d\u2019annoncer à un patient qu\u2019il est guéri de l\u2019hépatite C est immense, mais je devine que le bonheur d\u2019être guéri doit procurer une fierté inestimable. LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUILLET 2014 B 5 IDEES Le complexe hydroélectrique la Romaine Un coût irrécupérable à virer aux pertes et profits DANIEL CLAPIN-PEPIN Professeur de gestion, éthique et comptabilité environnementales au Département des sciences comptables de l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM our illustrer cette notion de «coût irrécupérable» en comptabilité managériale, imaginons une entreprise privée à but lucratif qui aurait déjà investi 11 millions de dollars dans un projet total à terme de 20 millions de dollars mais dont la direction vient d\u2019apprendre que, du fait de l\u2019émergence récente d\u2019une nouvelle technologie concurrente étrangère, sa rentabilité deviendrait quasiment nulle sur sa durée de vie estimative.D\u2019une part, un gestionnaire de style plutôt conservateur et béat d\u2019optimisme commettrait une grave erreur en se disant qu\u2019il faut continuer le projet puisque, à 55% de réalisation (soit 11 sur 20 millions de dollars déjà dépensés), la firme a déjà dépassé la moitié du chemin et que, nul ne connaissant l\u2019avenir, il faut se fier sur le passé récent, qui a si bien desservi son entreprise avec ses technologies actuellement en service.D\u2019autre part, son collègue managérial, plus réaliste et branché sur le futur avec ses nouvelles technologies, serait plutôt d\u2019avis contraire et reconnaîtrait que 1) tous les fonds investis jusque-là, soit 11 millions de dollars, ne sont plus justifiés puisque fort probablement non rentables; 2) ils ne doivent donc pas être poursuivis jusqu\u2019à leur terme planifié de 20 millions de dollars; 3) on se doit, par conséquent, la mort dans l\u2019âme, d\u2019avoir le courage et la lucidité de mettre fin à l\u2019investissement cumulé à date.En termes comptables, il s\u2019agit alors de créer un nouveau compte nommé « Coûts irrécupérables » pour la publication des prochains états financiers périodiques comprenant l\u2019état des résultats, avec un compte extraordinaire de pertes et profits, et de passer au bilan le mon- 1 I ALLIANCE ROMAINE Le coût du harnachement est estimé à 7 milliards.tant correspondant de 11 millions de dollars en déduction des surplus accumulés des années antérieures pour absorber cette malencontreuse perte et, parallèlement, nous permettre de réorienter notre stratégie d\u2019entreprise vers de futurs investissements centrés sur les nouvelles technologies énergétiques propres.Il en va de même pour le très grand projet hydroélectrique de la Romaine, dont le coût total est estimé à environ 7000 millions de dollars (c\u2019est-à-dire 7 milliards) mais dont le gouvernement du Québec ne nous a pas encore révélé les coûts déjà réalisés pour les phases 1 et 2, si tant est qu\u2019il les connaisse lui-même, ce dont je doute fort en l\u2019absence d\u2019obligation d\u2019imputabilité publique à cet égard.Or les tendances globales de l\u2019évolution des prix des énergies concurrentes à l\u2019hydroélectricité sont à la baisse pour les énergies «propres» solaires et éoliennes, dont le coût uni- taire de production décroît lentement mais çontinûment partout dans le monde, dont aux Etats-Unis, comparativement aux prix des énergies « sales » du charbon, du pétrole et du gaz (de schiste ou non), qui sont tendanciellement à la hausse ! Donc, en 2014, la plus sage décision pour le gouvernement du Québec serait de suivre l\u2019exemple du gouvernement japonais qui, au lendemain de la catastrophe du tsunami du 11 mars 2011 ayant détruit la centrale nucléaire de Eukushima, a alors décidé, sous la pression irrésistible de son opinion publique alarmée, de bloquer la construction en cours de ses nouvelles centrales nucléaires et de passer aux «pertes et profits» les quelques milliards de yens japonais cumulés et alors virés au compte « Coûts irrécupérables ».Patrimoine Un système de protection dysfonctionnel Étrangement, le 1420 boulevard du Mont-Royal aurait eu une meilleure protection juridique si la Loi sur l\u2019arrondissement historique n\u2019avait pas existé DENYSE VEZINA Vice-présidente du Rassemblement pour la sauvegarde du 1420, boulevard Mont-RoyaV D ans sa réponse à Jean-Claude Marsan {Le Devoir, 17 juillet), M.Claude Corbo, président de la Table de concertation du Mont-Royal (TCMR), vante les mérites de l\u2019orga- ________ nisme qu\u2019il préside.Cet organisme, nous dit-il, est parvenu à 38 consensus, à l\u2019établissement de principes et des composantes essentielles d\u2019un nouveau Plan de protection et de mise en valeur du mont Royal, à la création d\u2019un comité permanent d\u2019harmonisation de la gestion du site patrimonial du mont Royal, à l\u2019obtention d\u2019engagements de la part des propriétaires institutionnels pour la protection et la mise en valeur de leurs patrimoines propres et à l\u2019examen attentif des enjeux majeurs pour la protection et la mise en valeur de la montagne.Ces avancées ne doivent pas être dénigrées.Elles méritent en effet d\u2019être soulignées.Pourtant, sur le terrain, les citoyens qui s\u2019inspirent des principes mis de l\u2019avant par ladite TCMR ne parviennent pas à s\u2019opposer au processus de privatisation de propriétés institutionnelles situées dans l\u2019Arrondissement historique et naturel du Mont-Royal (AHNMR).En invoquant les privilèges associés à leur droit de propriété, des institutions hospitalières et universitaires en sont à vouloir se départir de certains de leurs pavillons, considérés comme excédentaires.D\u2019oû l\u2019actuel danger de perdre le contrôle du patrimoine bâti sur le mont Royal.Outre les cas de l\u2019Hôtel-Dieu et de l\u2019hôpital Royal Victoria, qui font par ailleurs l\u2019objet de propositions intéressantes visant à sauvegarder leur caractère public, ce sont le pavillon du 1420 boulevard du Mont-Royal, la salle Claude-Champagne, la Eaculté de musique et la Eaculté d\u2019aménagement de l\u2019Université de Montréal qui, actuellement, ont un avenir plus qu\u2019incertain.Au mépris des principes de développement durable, la direction de l\u2019UdeM persiste dans sa volonté de se départir d\u2019une partie de ses terrains et immeubles situés sur le campus de la JACQUES GRENIER LE DEVOIR Le 1420 boulevard Mont-Royal montagne.A ses yeux, il est plus intéressant de construire du neuf (associé à la création d\u2019un deuxième campus à la gare de triage d\u2019Outre-mont) que de rénover ce qui est vieux.Quitte à vendre à la pièce le domaine patrimonial du mont Royal ! En raison de la saga judiciaire qu\u2019il a générée, le cas du 1420 boulevard du Mont-Royal mérite une attention particulière.En réussissant à dézoner ce terrain appartenant à l\u2019Université de Montréal, et ce, après une demande émanant du Groupe E.Catania, la Ville de Montréal a ouvert la porte à d\u2019autres demandes de privatisation des composantes de l\u2019AHNMR.Contre toute attente, il appert aujourd\u2019hui que le bâtiment patrimonial du 1420 boulevard du Mont-Royal aurait eu une meilleure protection juridique si la Loi de protection et de mise en valeur de l\u2019AHNMR n\u2019eût pas existé ! En effet, si le « 1420» s\u2019était trouvé en dehors du périmètre de l\u2019AHNMR, les citoyens de l\u2019arrondissement d\u2019Outremont auraient pu se prononcer sur son avenir par voie de référendum.Or, parce que le « 1420» se trouvait de surcroît dans l\u2019AHNMR, le processus réglementaire a été pris en charge par la Ville de Montréal.Le changement de zonage a été bonifié par l\u2019adoption préalable d\u2019un règlement modifiant le Plan d\u2019urbanisme afférant au « 1420 ».Le terrain du «1420» est alors passé d\u2019institutionnel et com- munautaire à multirésidentiel, rendant ainsi possible la vente du « 1420» au Groupe E Catania.En fin de compte, les juges n\u2019ont pas tenu compte du fait que ces règlements n\u2019étaient et ne sont toujours pas conformes au Schéma d\u2019aménagement auquel ils sont assujettis et qu\u2019Jls se doivent de respecter.A quoi servent les plans d\u2019urbanisme et les schémas d\u2019aménagement s\u2019il est possible de les modifier au gré des desiderata des intérêts particuliers ?On peut faire fonctionner de façon efficace une Table de concertation, mais à quoi sert-elle si les citoyens doivent se battre contre la direction de l\u2019Université de Montréal, contre la Ville de Montréal et contre des juges pour empêcher une vente du public au privé?On peut parvenir à la formulation de principes, mais à quoi bon quand on se heurte à une déresponsabilisation des institutions publiques et à une réglementation municipale incapable de protéger l\u2019AHNMR! Comme cela se passe ailleurs au Canada pour des sites patrimoniaux d\u2019envergure et comme le souligne M.Marsan, il s\u2019avère essentiel que le ministère de la Culture gère cet arrondissement historique et naturel du Mont-Royal en recourant à une commission compétente en la matière, composée d\u2019experts bénévoles, et dont la présidente ou le président serait la personne responsable qui ferait le lien avec le Bureau du Mont-Royal chargé de l\u2019administration au quotidien.La Table de concertation pourrait ainsi continuer à remplir son rôle, mais avec l\u2019assurance de ne pas se faire tasser par des intérêts qui sont contraires aux objectifs qu\u2019elle poursuit.Et les Montréalais, eux, seraient enfin soulagés de ne plus faire les frais des dérives des institutions du secteur public.Vivement aussi l\u2019imposition d\u2019un moratoire sur les transactions immobilières portant sur le patrimoine bâti de ces institutions, avant que ne soit balisé le cadre dans lequel de telles transactions devraient être faites ! * Autres signataires: Andréa Audet, Micheline Cabana, Mariette Major, Madelaine Reid, Madeleine Sauvé, Denise Courteau.Le DixSO est un escabeau David Desjardins Ceci est le troisième texte d\u2019une série de cinq qui a pour sujet la banlieue.n arrivant au Dix30, une affiche immense nous avertit: «Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir.» Pour vrai?Ben non.C\u2019est juste écrit «Bros-sard».Ce qui revient un peu au même, se dit-on par ailleurs, en regardant les maisons de pierre identiques et les chicots d\u2019arbres plantés çà et là à l\u2019ombre de ces châteaux en série.J\u2019avais demandé à des gens qui aiment le Dix30 de m\u2019écrire avant ma première visite.J\u2019ai eu plein de réponses.Des profs de littérature, des médecins, des avocats, des informaticiens, des gens que je ne connais pas mais qui me semblaient tout sauf cons, et d\u2019autres dont je respecte l\u2019opinion et l\u2019intelligence.Ils aiment l\u2019endroit qu\u2019ils disent pratique.Pour plusieurs qui habitent Montréal, c\u2019est plus rapide d\u2019aller faire les courses là-bas, avec la voiture, qu\u2019en ville.Ceux qui ont tenté l\u2019expérience la fin de semaine racontent autre chose : files interminables pour s\u2019extraire du stationnement, puis encore le trafic pour la première lumière, puis la seconde, puis les travaux sur l\u2019autoroute.«Faut beaucoup aimer son auto», a résumé un couple d\u2019amis chez qui je dormais la veille de ma visite.Je m\u2019attendais au pire.Mais même en cette journée qui s\u2019était considérablement pourrie pour des raisons personnelles, je n\u2019ai pas vécu le traumatisme escompté.Peut-être parce que j\u2019avais déjà vu la même chose ailleurs.En Virginie, en Arizona, au Vermont, dans l\u2019État de New York, ces endroits sont légion et les terrasses de cafés qui bordent des stationnements, d\u2019une accablante normalité.Et si moi je trouve la chose absurde, le reste de l\u2019Amérique a décidé d\u2019en faire son mode de vie: nous sommes à l\u2019ère des power centers.Ce qui me dépasse du Dix30, c\u2019est sa prétention.Celle d\u2019être plus qu\u2019un centre commercial à ciel ouvert, mais aussi un quartier, un milieu de vie.J\u2019ai donc tenté l\u2019expérience.Celle de m\u2019y promener comme tout le monde.Sauf qu\u2019apparem-ment, je suis pas tout le monde puisque j\u2019aime pas faire les boutiques, et qu\u2019il n\u2019y a que ça ou presque.Alors je me suis mis à suivre des gens pour voir ce qu\u2019ils faisaient.Car il y a bien du monde venu niaiser ici.Des familles avec des poussettes, du monde en file pour acheter des cafés glacés, des jeunes filles qui hurlent en ressortant de chez H & M avec des sacs remplis.Mais ça n\u2019en fait pas un quartier.Et les rues ?Et le cinéma à côté ?Et l\u2019hôtel ?Et les restos ?Sans intérêt.Des bannières.Des trucs comme partout ailleurs.Mais je suppose que c\u2019est exactement ce qui plaît ici.Comme ce qui séduit les acheteurs dans les quartiers adjacents et leurs maisons génériques.(Tiens, j\u2019en ai trouvé une à distance de marche : deux étages, 32 x 32, seulement 890000$.) Mais comme je disais, des boutiques ne font pas un quartier.Des rencontres fortuites au rayon des cocottes chez Williams-Sonoma ne constituent pas non plus une vie sociale.Il manque le chaos du réel dans cet univers policé oû je conçois qu\u2019on vienne acheter des choses, mais pas s\u2019y balader.Je suis donc parti plus tôt que prévu, avec le sentiment d\u2019avoir fait le tour et même plus.Je n\u2019étais pas scandalisé, je m\u2019ennuyais.Suis bien allé essayer des vêtements pour tuer le temps.J\u2019ai acheté un café pour pouvoir utiliser le WiEi et brancher mon téléphone à l\u2019agonie.J\u2019avais fait le tour.Puis ma blonde m\u2019a texté: peux-tu acheter des tortillas, paraît qu\u2019il y a des épiceries vraiment fripantes au Dix30.Suis donc allé chez Adonis.Quand j\u2019ai enfin trouvé, après avoir tourné en rond dans un trafic pas possible, je me suis demandé ce que les gens trouvaient de si extraordinaire ici.Outre les montagnes de fêta, les piscines d\u2019olives et les pièces montées de baklavas, pour le reste, c\u2019est une épicerie ordinaire.J\u2019ai donc acheté des tortillas industrielles, les seules qu\u2019ils avaient.Mais aussi d\u2019excellents pi-tas, et des amandes au miel et à la crème.Ma visite n\u2019aura pas été vaine.Puis j\u2019ai essayé de sortir de là.Mais j\u2019en étais incapable.Comme si le Dix30 refusait de me recracher, et me punissait de ne pas l\u2019aimer ni le maudire.Quand j\u2019ai enfin trouvé l\u2019autoroute 10 oû je suis resté pris dans un bouchon, je me suis dit qu\u2019au fond, il n\u2019y a rien à dire sur cet endroit.Ce n\u2019est pas un cauchemar.C\u2019est rien.C\u2019est pratique?Alors c\u2019est un escabeau.Une friteuse.Un tournevis.Mais pas un lieu de vie.Rien de sale.Rien qui pue.Rien d\u2019un peu croche, comme l\u2019est la vie.C\u2019est la banlieue ?Nah.Même la plus terne n\u2019est pas aussi prévisible.Le Dix30 n\u2019existe pas vraiment.C\u2019est une fiction.Un simulacre de tout.Un jour, on le rasera, et une fois aplani, on se rendra compte que c\u2019était un jeu d\u2019argent.Une planche de Jour de paye, ou de Monopoly.La semaine prochaine: éloge de F ennui en banlieue avec Stéphane Lafleur.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste); information générale : Isabelle Paré {chef de division), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Philippe Orfali (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel Dscvid(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter); Véronique Chagnon et Louis Gagné (pupitre), information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), Julie Carpentier (pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins, Eric Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettino-Parazelli (reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Folie-Boivin (pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Florence Sara G.Ferraris (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire) ; Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICmÉ Édith Caron (adjointe), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Nathalie Jobin (par intérim), Claire Paquet, et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais {coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Olivier Leclerc (coordonnateur du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois, Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Florentina Draghici, Céline Furoy et Véronique Pagé. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 26 ET DIMANCHE 27 JUILLET 2014 JEUX DE MOTS Chaque samedi pendant la saison estivale, pour une sixième année, les lecteurs peuvent mettre leurs connaissances, et surtout leur patience, à l'épreuve en complétant les jeux préparés par notre collaborateur Michel Roy, professeur de français à la retraite.En règle générale, les amateurs de mots croisés retrouveront aussi leur passe-temps favori dans cette page.CHASSE AUX CINQ VOYELLES Les dix séquences de lettres qu'on vous donne sont en fait des mots qui ont tous été amputés de cinq voyelles différentes; on n'a pas touché aux consonnes.Vous aurez donc à insérer correctement dans chacun de ces dix groupes les cinq voyelles manquantes.Autre point important : quand la première lettre du groupe de consonnes est soulignée, cela veut dire que le mot à reconstituer commence par cette lettre; d'autre part, si la dernière consonne est soulignée, alors le mot cherché se termine par cette consonne.Bonne chasse.1 ) 2) 3) 4) 5) 1 2 P N C T LT\t6)\tISSNC R B G R\tn\tM D L R P T B L\t8)\tV N R H R M N Q\t9)\tR D N T R B S S\t1 0 )\tN T R 6 7 8 4\t\t9\t -1\t\t\t ETYMOLOGIE TITRES, PROFESSIONS, METIERS Associez chaque nom (1 à 10, colonne de gauche) MOTS 1\tBOLCHEVIQUE 2\tCOURTISANE 3\tFAKIR 4\tLAD 5\tMAGNAT 6\tMANITOU 7\tPOÈTE 8\tPUNK 9\tSHAH 10\tTORÉADOR à la langue d'origine de ce nom (A à J, colonne de droite) LANGUES D'ORIGINE A ALGONQUIN B ANGLAIS C ANGLO-AMÉRICAIN D ARABE E ESPAGNOL F GREC G ITALIEN H LATIN I PERSAN RUSSE PROVERBES DESORDONNES Voici quatre proverbes étrangers dont les mots ont été volontairement mélangés.Vous devez donc reconstituer chacun sous sa forme originale en replaçant les mots dans le bon ordre.Pour vous permettre de partir du bon pied, on a inscrit en lettres majuscules le mot de départ de chacun des proverbes ou dictons.1 2 3 4 pour le réputation CHACUN de sa vêtement soi taille (persan) préfère menteur une compliment ON critique sincère un à (latin) LE un une présente absent fanfaron craint tue et lion souris (anglais) bien en l'FAITES vous il au du diable et donnera enfer récompense (tchèque) CO Z O O CO - Z O Z >- CO 0^ D _op 03 OjO ai -M to ¦\u201c c 03 T3 ?'E OjO ro 03 O/D 1
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