Le devoir, 4 octobre 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE OCTOBRE 2014 Tintin peut-il être écrivain i 9 r/Z/r/Ufi Réflexions sur les journalistes (aspirants) auteurs ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR On trouve une porosité très grande entre le milieu des journalistes et celui des écrivains, qui se construisent pourtant dans l\u2019imaginaire en opposition radicale.Depuis que les journaux existent, les plumitifs de la nouvelle commettent aussi, en cours de carrière, des livres.Vrai que l\u2019écriture, chez le journaliste comme chez l\u2019écrivain, est l\u2019outil, le porte-voix.Est-ce suffisant pour dire le désir de passer du canard au houquin ?Ce désir a animé les plus grands \u2014 Ernest Hemingway, Hunter S.Thompson, Jean Rolin, ici Arthur Buies, Louis Eréchette, Gil Courtemanche, etc.Réflexions sur les journalistes (aspirants) écrivains qui chargent les étagères des nouveautés cette saison.CATHERINE LALONDE Ecrire un reportage, c\u2019est bien.Ecrire un livre, est-ce mieux, beaucoup mieux?«Il y a ce mythe de l\u2019opposition radicale entre les journalistes et les écrivains», suggère en entrevue téléphonique Michel Lacroix, professeur à rUQAM, spécialiste en sociologie de la littérature.Que ce soit dans la France du XIX® siècle ou ici, on aime croire que ces mondes s\u2019opposent, «alors que les travaux récents démontrent que ce sont exactement les mêmes milieux, et qu\u2019à peu près tous les écrivains qu\u2019on connaît publiaient régulièrement dans les journaux.Certaines des formes majeures de la littérature, comme le poème en prose, s\u2019inventent là \u2014 dans les chroniques, précisément \u2014 avant que Baudelaire en fasse quelque chose d\u2019exceptionnel.» On trouve alors une porosité très grande entre le milieu des journalistes et celui des écrivains, qui se construisent pourtant dans l\u2019imaginaire en opposition radicale.Pourquoi?«Parce que, pour les écrivains, le journalisme est vu comme une écriture à regret, poursuit le professeur, écriture alimentaire, faite sous la pression d\u2019un nombre de caractères, d\u2019une heure de tombée, du contrôle du monde financier et politique.» Une idée nourrie par les romans du XIX® siècle : «En littérature française, comme chez Balzac dans Les illusions perdues, si on met en scène des écrivains, le méchant est souvent un journaliste, qui entraîne l\u2019aspirant écrivain du côté des séductions faciles et l\u2019empêche de rester pur et poète.Le journaliste y est le mauvais écrivain.» Cette mauvaise réputation pâlira avec l\u2019apparition du reporter et la constitution du journalisme d\u2019information.«Tintin n\u2019est plus écrivain », illustre Michel Lacroix.Les mondes se scindent, les ordres professionnels se fondent.L\u2019écriture journalistique, dès lors influencée par la pensée américaine, se tournera de plus en plus vers les faits et la recherche de l\u2019objectivité.L\u2019immortalité Il est clair, malgré les transformations, que le livre demeure l\u2019écrin par excellence de l\u2019écriture, au sens le plus fort possible, ajoute Michel Lacroix.«L\u2019histoire littéraire, c\u2019est une histoire de livres», résume-t-il, donnant en contre-exemple l\u2019histoire littéraire des femmes, en partie oubliée parce qu\u2019une majorité d\u2019entre elles ont publié surtout dans les journaux.«Dans le rapport à la mémorialisa-tion, ou à l\u2019immortalité telle que peuvent la concevoir les écrivains, mieux vaut avoir publié un livre.» Même un recueil de chroniques, récupérées, choisies, éditées, reprises, permet au journaliste de «basculer du côté des écrivains».L\u2019entrée dans l\u2019histoire ne peut donc s\u2019imaginer que par l\u2019édition.«C\u2019est même un critère absolu.Et une question capitale va surgir: dans 50 ans, qui va connaître les blogueurs d\u2019aujourd\u2019hui qui n\u2019ont pas publié de livres ?Mon intuition me dit qu\u2019il n\u2019y aura pas beaucoup de gens qui vont aller relire un blogue vieux de 50 ans.L\u2019obsolescence risque d\u2019être plus forte là qu\u2019ailleurs.Ce n\u2019est pas pour rien que des Eric Chevillard [L\u2019autofictif L\u2019Arbre vengeur] et Caroline Allard [Chroniques d\u2019une mère indigne, Hamac], entre autres, font des livres.» L\u2019actualité Le journal, ajoute M.Lacroix, crée l\u2019idée de l\u2019actualité, «cette idée que ce qui était important hier, que vous devez savoir aujourd\u2019hui, qui fait votre monde, c\u2019est moi qui vous le dis ce matin.Ce qui a eu lieu avant-hier est déjà dépassé.Avec les réseaux sociaux, tout ça s\u2019accélère énormément.Le livre peut alors permettre un recul.Prenez Les confessions post-référendaires [L\u2019Homme] de Chantal Hébert et Jean Lapierre: on n\u2019aurait pas pu voir un journal proposer une série d\u2019articles sur ce qui se passait en 1995 sans entrer en conflit avec son propre mandat».Même si le livre n\u2019a plus sa longévité légendaire, il dure encore plus longtemps que le journal, condamné à court terme.Ce rapport au temps entre en ligne de compte.Le professeur donne comme exemple Suzanne Jacob, même si elle est bien davantage auteure que journaliste : «Quand elle fait un livre de ses chroniques parues dans La Gazette des femmes, ça présente totalement un autre rapport à la temporalité.C\u2019est comme si ça ne s\u2019adressait plus à un lecteur pris dans l\u2019actualité, mais au lecteur [hors temps].» Ce n\u2019est donc pas la longévité seule de l\u2019écrit qui est en jeu, mais tout le rapport au VOIR PAGE F 2 : ÉCRIVAIN Journalistes-écrivains de saison Romans, essais, chroniques, enquêtes, biographies : les journalistes qui commettent des livres, cette saison, touchent à tous les genres.On a parlé déjà des Confessions postréférendaires (L\u2019Homme) de Chantal Hébert et Jean Lapierre,\tAccents circomplexes (Stanké) du nouveau collègue à la chronique Jean-Benoît Nadeau.En sont aussi Dcwiaiw, il sera trop tard, mon fils (Stanké), de Lucie Pagé, L\u2019affaire Gerda Munsinger GCL) de Gilles-Philippe Delorme et Danielle Roy, La promesse (Boréal), première fiction de Michèle Ouimet (lire notre critique en page F 3), Sur la ligne de feu (Libre Expression) de Jean-François Lépine, Ici ÉTAIT Radio-Canada (Boréal) d\u2019Alain Saulnier.Doit-on compter aussi les animatrices?Catherine Perrin signe le récit Une femme discrète (Québec Amérique) et Claudia Larochelle son premier roman, dans le projet Vol 459 commandé par VLB, Les îles Canaries.Et si Dominique Demers, désormais reconnue comme auteure jeunesse, signe Chronique d\u2019un cancer ordinaire.Ma vie avec Igor (Québec Amérique), c\u2019est comme journaliste qu\u2019elle a débuté.Aussi, Le roman de Renée Martel (Québec Amérique), biographie signée par la collègue Danielle Laurin, qui réédite également son Duras, l\u2019impossible (Québec Amérique) ; Bienvenue dans le siècle de la diversité.La nouvelle carte culturelle du monde (Stanké) de l\u2019ex-direc-teur au Devoir Jean-Louis Roy et l\u2019attendu recueil annuel des caricatures de Garnotte (Boréal) .Et dans la salle de rédaction, publient aussi, si ce n\u2019est cette saison, l\u2019essayiste Jean-François Nadeau, la nouvelliste Caroline Mont-petit, l\u2019auteur de polars François Lévesque, etc.A PAS THATMDCH A FAIRS'^ POUR UtI SUfmiÉO} EUAOID^ Louis Hamelin sur la traduction, Gaston Miron, Acadieman et Rod le Stod Page F 4 L\u2019école nuit-elle à rémancipation des enfants?Page F 6 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE OCTOBRE 2014 LIVRES La Vitrine l^cryptâz mâMSfi Pour ne plus vous laisser manipuler par lets médias ESSAI DÉCRYPTEZ L\u2019INFORMATION Pour ne plus vous laisser manipuler PAR LES MÉDIAS Jean-Luc Martin-Lagardette Dangles Escalquens, 2014, 96 pages Déjà auteur, notamment, d\u2019un bon Guide de l\u2019écriture journalistique (La Découverte, 2007), le journaliste français Jean-Luc Martin-Lagardette, dans cet opuscule, propose une solide réflexion sur une des notions centrales de son métier : l\u2019objectivité.Tout en reconnaissant, comme bien d\u2019autres avant lui, dont Pierre Bourgault, que la pure objectivité est une mission impossible pour l\u2019humain, Martin-Lagardette insiste sur la nécessité de la considérer «comme horizon à atteindre».Pour lui, «la recherche de la vérité est la condition d\u2019une information digne de ce nom, crédible», et elle ne doit pas reposer seulement sur l\u2019impartialité du journaliste, mais aussi sur le respect d\u2019une méthode de travail, sur l\u2019acceptation d\u2019une surveillance (conseil de presse) et sur un débat public permanent, qui suppose une capacité d\u2019autocritique.Belle leçon de journalisme, cet essai appelle les professionnels du métier et leurs lecteurs à de hautes exigences.Louis Cornellier POESIE Les ouragans intérieurs LES OURAGANS INTERIEURS Nora,Atalla Les Ecrits des Eorges Trois-Rivières, 2014,100 pages Nora Atalla, née au Caire, d\u2019origine gréco-libanaise et franco-géorgienne, vit au Québec, mais se promène un peu partout.Elle témoigne de sa «vie de malmenée», avec vigueur et une transe frappée de frayeur, dans ses Ouragans intérieurs, en des textes souvent fragmentés.Il faut dire que le paysage est parfois d\u2019une noirceur profonde, quand «sur une tête décapitée / un drapeau de fortune claque», quand «au matin / l\u2019angoisse reprend sa marche».Aucune concession donc, qu\u2019une lucidité bouleversée ! «Que faire que taire / aux aubes douloureuses» ?Surtout au moment où «par la toile entrouverte / la lumière entre / dans le noir étonné du silence».Cette parole attentive aux malheurs du monde est un appel, un cri d\u2019alarme.Je ne suis pas certain que la poète ait trouvé la paix, mais la question est posée : « Combien de fins du monde nous briseront les os / combien de larmes nous faudra-t-il verser/ pour museler les hurlements» ?Nora Atalla sera présente au Festival international de poésie de Trois-Rivières du 8 au 11 octobre.Hugues Corriveau BANDE DESSINEE FAR OUT Gautier Langevin et Olivier Carpentier Lounak Montréal, 2014, 78 pages C\u2019est la rencontre de deux mondes : celui des robots avec celui du western, de l\u2019aridité de l\u2019environnement, des duels de rue au colt avec des articulations qui grincent et des yeux qui éclairent dans le noir.Avec Far out, le duo de bédéistes composé de Gautier Langevin et d\u2019Olivier Carpentier exporte sur du papier une aventure qui a débuté sur le Web, mais également cet univers graphique atypique qui trouve son originalité dans le mélange des genres.Le dessin est impeccable, explorant dans ses courbes, ses tonalités et ses lumières les contours d\u2019une robotique fantastique qui anime quelques pans de la sphère culturelle dessinée ou animée depuis une ou deux décennies.Il y a un peu de Miyazaki et de son Château dans le ciel, un peu des Sentinelles de Breccia et Dorison, un peu de Marvel Comics.Mais il y a aussi une trame narrative qui a tout ce qu\u2019il faut d\u2019«adulescent» pour séduire cette clientèle cible.Fabien Deglise LITTERATURE QUEBECOISE Le pot de verre CHRISTIAN DESMEULES AU cœur de Dagaz, premier roman de Stéphanie Pelletier, deux ans après Quand les guêpes se taisent (Leméac), un recueil de nouvelles couronné par un Prix du Gouverneur général, se niche une image reprise comme un leitmotiv.Celle d\u2019une grenouille capturée par des enfants, prisonnière d\u2019un pot Mason et laissée en plein soleil.Isabelle, cuisinière de 33 ans dans un foyer pour personnes âgées de Baie-des-Sables, un petit village du Bas-Saint-Lau-rent, est en couple depuis douze ans avec Pierre, qui lui travaille dans la construction.La jeune femme qui se raconte est en dépression après avoir connu sa troisième fausse couche \u2014 le nombre 3 s\u2019insinuant un peu partout, d\u2019autant qu\u2019il est ici question d\u2019un triangle amoureux.Poussée par ses échecs successifs pour devenir mère, par une insatisfaction devenue chronique, Isabelle renoue avec Martin, un charmant voisin célibataire de retour dans la région.Elle fera croire à son compagnon, à tort, qu\u2019elle a un amant.Celui-ci ira travailler dans une autre région durant quelques semaines, le temps de la laisser réfléchir.Ou de lui permettre de passer à l\u2019acte.Journal d\u2019un non-choix L\u2019image de la grenouille dans son pot, en ce sens, est chargée de symboliser le désarroi et la distance qui sépare le monde et cette femme incapable de vivre selon ses désirs, inapte à faire des choix, prisonnière de sa valse-hésitation amoureuse.Une captive qui, se posant en victime de tous, semble se déresponsabiliser entièrement de tout ce qui lui arrive \u2014 ou ne lui arrive pas.«Martin ou Pierre.Pierre ou Martin.Il me semble qu\u2019à force de me fondre en eux, de ne penser qu\u2019à eux, j\u2019ai bifurqué de moi.Je ne suis que la somme des autres.» Aliénée depuis toujours par sa mère al-coolique, par son père distant, par son caractère d\u2019altruiste déraisonnable, la narratrice de Dagaz revisite son passé familial.Se souvenant en particulier d\u2019une histoire de grand-tante disparue il y a une cinquantaine d\u2019années.Un fait divers devenu une légende locale, bien avant de nourrir les fantasmes de liberté d\u2019Isabelle.Cette histoire secondaire, un peu plaquée, mal arrimée au reste du roman et qui apparaît comme une tentative de relier sa narratrice à une lignée de sorcières et de Sicphanii; Pellef femmes étouffées, Stéphanie Pelletier aurait aussi bien pu en faire un autre livre.Narré comme une sorte de journal, à coup de phrases ¦ courtes et sans beaucoup de perspective sur les événements, Dagaz est servi par une écriture plutôt terne, incapable de transcender cette histoire d\u2019éveil tardif.Comme s\u2019il s\u2019agissait de faire éprouver au lecteur, au jour le jour, le processus de transformation.Maîtrise de l\u2019illusion ou authentique pauvreté de l\u2019écriture?Allez savoir.Collaborateur Le Devoir DAGAZ Stéphanie Pelletier Leméac Montréal, 2014,174 pages POESIE Claude Beausoleil rencontre Oscar Wilde HUGUES CORRIVEAU Il n\u2019y a pas à dire, Claude Beausoleil admire Oscar Wilde de tout son cœur, miroir flou lui renvoyant une image de lui-même aux confins de tous les sens.Comme lui, Wilde aima Dublin, Paris ou Rome.voyagea, parla beaucoup, fit de son œuvre le sens de sa vie.Parler du Mystère Wilde, c\u2019est aussi entrer dans un itinéraire improbable, posant de ville en ville, de poème en poème, des marques jumelles rapaillant lectures et passions, arts et avidité de connaissances.Mimétisme oblige, un certain goût suranné convie le style à des émois romantico-émotifs et à des poses de dandy au foyer des théâtres.« Quel plaisir / extrême que cette délicatesse des mots / lovés entre les regards en excès poseurs / ou traduire l\u2019angoisse / avec une légèreté ludique»] Et comme tout ce que publie Beausoleil depuis des années, un cumul parfaitement assumé amalgame tout cela aux élégances stylistiques idoines : «Je feuillette l\u2019album du jardin, nous dit-il, précieux, fixant corolles tiges écume et envols.» Cette absence d\u2019élagage qui caractérise souvent les recueils de Beausoleil devient ici extrême, le tout-venant donné pour bon, chaque ligne devant être sauvée pour la postérité du poème vu comme acte de vie et de respiration.Mais force est de constater que le poète connaît son sujet et qu\u2019il réussit fort heureusement à nous en redonner une image tremblée, porteuse d\u2019émoi.Eait-il état de ses lectures, il précise, en une belle formule, que «les mots sont une passion durable / lire un poème n\u2019est pas # A i ARCHIVES AGENCE ERANCE-PRESSE Le recueil de Claude Beausoleil Mystère Wilde mélange récit biographique, poésie et réflexion sur l\u2019écriture du célèbre poète irlandais Oscar Wilde.le découvrir / mais l\u2019égarer en nous en le réécrivant».Ensemble, virtuellement «Tout veille: les manuscrits les idées / la mémoire des autres et leurs récits / fictives les scènes écrites revisitent / tout.» Lisant Wilde, il en écrit.Voyageant, il suit ses traces, «en poèmes rythmiques hiératiques», en une cérémonielle admiration, «dans une mémoire vive en métamorphose».Admirant dans un journal un article de Marco Antonio Campos sur le poète Manuel Acuna, il se prend à rêver d\u2019un Wilde lisant Nelligan et ce poète: «J\u2019imagine Wilde prenant ces poètes dans ses bras.J\u2019imagine, dit-il, des rencontres virtuelles entre ces créateurs fiévreux.J\u2019imagine un subtil labyrinthe dans lequel, rayonnante, la poésie a le dernier mot.» Or, n\u2019est-ce pas exactement ce qui se produit dans ce Mystère Wilde, à savoir la rencontre de Beausoleil et d\u2019une image iconique ?Ce recueil très dense, dont la deuxième partie est constituée de sonnets libres, lie «l\u2019esprit de Wilde et des Contemporaneos».«Mystère Wilde est un prisme dans lequel se répondent des facettes d\u2019une façon de vivre, de comprendre et de décrire ce qui entre les mots fragiles incarne le sens de l\u2019existence.» Collaborateur Le Devoir MYSTÈRE WILDE Claude Beausoleil Ecrits des Forges Trois-Rivières, 2014, 280 pages Claude Beausoleil sera présent au Festival de poésie de Trois-Rivières du 4 au 6 octobre.Imaginaires de l\u2019enseignement conxre JOUR CA 11 IL lis LITTERAIRES ''.V' Aimiéio Ti Lié 2(1 li n»33 Discussion autour du thème de Renseignement en compagnie de Christian Saint-Germain, suivie d\u2019un vin et fromages IMAGINAIRES DE L\u2019ENSEIGNEMENT Christian Saint-Germain Jean-François Bourgeault Thomas Mainguy Vincent Lambert Robert M.Hébert, Sylveline Bourion Etienne Beaulieu Kiev Renaud Réjean Beaudoin Guillaume Asselin Lancement Nardi 7 octobre, 18h Librairie Le port de tête 262, avenue Mont-Royal Est, Montréal Conseil des Arts\tCanada Council du Canada\tfor the Arts Québec HO CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL WWW.contre -j our.ca ECRIVAIN SUITE DE LA PAGE E 1 regard du lecteur: historique sur le livre; déjà teinté par la couleur du bac à recyclage sur le journal.David Bélanger, étudiant au doctorat à l\u2019UQAM qui se penche sur les rapports de l\u2019écrivain à l\u2019institution et auteur de Métastases (L\u2019Instant même), croit que le journaliste qui publie sort ainsi de la nouvelle, en «devient l\u2019objet et non plus son commentateur».Une façon de faire autre que de devenir vedette à CNN.Les contraintes journalistiques s\u2019inversent alors, «la prison du présent s\u2019effondre», le lien qui retient à l\u2019actualité se brise et, peut-être, libère.Pour lui, le journaliste qui se lance dans la fiction peut même bénéficier de son passage par la presse.«Les journalistes sont pour le public dépositaires d\u2019un rapport au réel, et pourvoient leur production littéraire du même prestige de réalité.Ils apportent une légitimité à l\u2019œuvre de fiction, si on veut.» Le doctorant souligne AD ALBERTO ROQUE AGENCE ERANCE-PRESSE Les accessoires de travail qu\u2019utilisait Ernest Hemingway lors de son séjour à Cuba aussi la figure, encore pas brillante, que prend le journaliste dans certains livres contemporains, que ce soit l\u2019avide de scoops dans Folle (Seuil) de Nelly Arcan ou Les désastrées (VLB) de Melikah Abdelmou-men, ou le chroniqueur méprisé de Terre des cons (La Mèche) de Patrick Nicol.Si publier est devenu plus facile, l\u2019acte conserve un certain prestige, rappelle Michel Lacroix.«Se dire écrivain a un poids beaucoup plus grand que se dire journaliste.Faire le pas, s\u2019assumer comme écrivain, c\u2019est dire \u201cDésormais je m\u2019estime dans la même ligue que Balzac.\u201d Il y a un poids symbolique très, très grand qui accompagne encore l\u2019idée du livre.» Pour combien de temps encore ?Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 4 ET DIMANCHE 5 OCTOBRE 2014 LITTERATURE Entre Kaboul et Montréal Danielle Laurin Une journaliste montréalaise aguerrie, qui s\u2019est rendue plusieurs fois en Afghanistan pour ses reportages, retourne dans ce pays «aux mille malheurs», alors que les forces occidentales abandonnent peu à peu les populations locales à leur sort.Elle s\u2019intéresse particuliérement au cas d\u2019une jeune Afghane défigurée par son mari et dont la vie est menacée au nom de l\u2019honneur.C\u2019est le point de départ de La promesse.Avant même d\u2019ouvrir ce roman, le premier de la journaliste Michéle Ouimet, je me disais que je voulais l\u2019aimer.Ce n\u2019était pas une question de parti pris.Simplement, l\u2019au-teure n\u2019avait pas le droit de me décevoir.J\u2019apprécie depuis longtemps ses reportages pour La Presse, à l\u2019étranger notamment, dans les pays ravagés par la guerre.Cette grande reporter a le don de nous immiscer dans une réalité loin de la nôtre, de nous titiller la conscience.Elle nous raconte parfois des histoires à la limite de l\u2019insoutenable, mais, pas de fioritures, pas de lyrisme larmoyant : sa plume est directe, presque sèche.Sous cet apparent détachement, on sent bien que le feu couve cependant.C\u2019est ce feu-là que je voulais ressentir dans son roman.Mais allait-elle parvenir à tenir le rythme pendant quelque 250 pages ?Et puis, la vraie question : allait-elle parvenir à dépasser le simple roman de journaliste ?Destins croisés Roman de journaliste, c\u2019est-à-dire : roman signé par un journaliste qui met en scène un journaliste, qui revisite les lieux de ses reportages, s\u2019inspire de personnes rencontrées en vrai, de leur histoire.Et parfois, en profite pour dénoncer une situation criante, une guerre, une tragédie humanitaire.Oui, Michèle Ouimet signe un roman de journaliste.Un bon roman de journaliste: fouillé, efficace, percutant.Servi par une écriture avant tout concrète.Mais pas seulement.On pénètre véritablement dans les coulisses du métier.On est avec la journaliste quand elle débarque à Ka- PEDRO RUIZ LE DEVOIR Michèle Ouimet signe un premier roman cru, inspiré de sa propre expérience en Afghanistan.boul, on voit le monde par ses yeux, on a peur avec elle.On est avec elle encore quand elle cherche à se dépasser comme journaliste, qu\u2019elle constate qu\u2019elle tient une grosse histoire qui va faire boule de neige.Avec elle quand elle négocie avec son patron et quand elle fait face, dans la salle de nouvelles montréalaise, aux tensions, aux jeux de pouvoir et de séduction, à l\u2019arrivisme sans limite de certains collègues.Avec la journaliste toujours quand elle se rend compte qu\u2019à peu près plus personne, à la direction de son journal et dans la population en général, ne veut entendre parler de l\u2019Afghanistan.Parce qu\u2019il y a d\u2019autres guerres ailleurs, parce que ce pays-là s\u2019enlise dans des «drames désespérants sans fin et sans issue».Avec elle quand, dans un tout autre dossier, elle est confrontée à un problème d\u2019éthique, concernant le passé d\u2019un homme politique montréalais : «Pour la première fois de sa carrière, elle avait fait passer ses principes avant son ambition.C\u2019était fou comme elle se sentait bien.» De la même façon, on est happé par la réalité des Afghans, leur pays détruit, corrompu, violent, abandonné à lui-même.En particulier, on est confronté de plein fouet à la réalité des femmes afghanes.contraintes de se soumettre aux règles ancestrales, sacrifiées au nom de l\u2019honneur.On est avec la jeune Afghane quand elle se fait violer et battre à 12 ans par son mari, un géant, une brute de 52 ans.Avec elle quand il lui lacère le visage parce qu\u2019elle a tenté de s\u2019enfuir.Avec elle quand elle se retrouve, à 15 ans, dans un foyer pour femmes battues.Où elle va demeurer pendant quatre ans.On suit jusqu\u2019à la toute fin, en parallèle et parfois de façon croisée, la journaliste montréalaise et la jeune afghane qu\u2019elle acceptera d\u2019aider pour lui sauver la vie.Ces deux personnages aux antipodes constituent les pivots de l\u2019histoire.On pénètre dans leur vie intime, dans leur tête, leur mal-être, leur douleur.Mais pas seulement.On est amené aussi à s\u2019immiscer dans la vie de leurs proches.Paroles non tenues Les chassés-croisés sont incessants, les allers-retours dans le passé aussi.Tput cela est vivant, incarné.A peine quelques scènes parfois où le jupon de la journaliste dépasse un peu, des scènes qui semblent superflues dans le cours de l\u2019histoire, mais qui finissent au tournant par établir un lien avec ce qui s\u2019est produit ou ce qui s\u2019en vient.Du souffle de romancière, il y en a dans La promesse, et il nous porte, nous tient en haleine.Pendant quelque 250 pages, oui.Les intrigues sont multiples, complexes.Et les sujets abordés vont bien au-delà du travail journalistique et de la situation afghane.On assiste en filigrane au naufrage d\u2019un coupje.A une amitié qui se délite.A une enfance gâchéç.A la descente dans l\u2019dcool.A la peur de vieillir chez les femmes.Aux ravages de l\u2019alzheimer.Au désir d\u2019enfants à tout prix et, d\u2019un autre côté, à la çarrière qui prend le des^sus.A la violence sans nom.A la résignation, aussi, dans certains cas.Au fossé entre les cultures.On assiste par-dessus tout à une série de trahisons.Trahisons du mari, de l\u2019amie, du patron, de la collègue, de la personne qui devrait en sauver une autre dans le besoin.Trahison de la vie elle-même, qui ne remplit pas ses promesses.Pas de happy end ici.C\u2019est brutal.Sans fard.Si la romancière rattache tous les fils des intrigues à la fin, ce n\u2019est surtout pap pour les coudre de fil blanc.A peine une petite porte de sortie.peut-être.Et ça dépend pour qui.LA PROMESSE Michèle Ouimet Boréal Montréal, 2014, 264 pages Découpures en noir et blanc Foenkinos raconte envers l\u2019histoire de l\u2019artiste Charlotte Salomon, raflée en 1942 GUYLAINE MASSOUTRE De David Eoenkinos, on retient surtout La délicatesse (Gallimard), roman qui a connu un grand succès, en lecture comme au cinéma.Dans son nouveau Charlotte, il pousse l\u2019émotion au maximum de l\u2019étranglement, à la phrase minimale, tout près du blanc.Il ne ressemble à rien, sous sa couverture élégante, blanche, rouge et noire de Gallimard, trop classique pour lui.Vous pourriez lire ce roman sur votre téléphone.Dans le bus, dans le bruit, dans une cohue, dans une file d\u2019attente.Il fait le vide.Chaque phrase tient en une seule ligne.Ce roman compte huit parties, très aérées et chiffrées à l\u2019intérieur.Et un épilogue, parce que c\u2019est une fable.Des mots?Un par ligne, jusqu\u2019à une dizaine, au plus : Charlotte se veut une prouesse technique, une faiblesse narrative qui vire en émotion durable.L\u2019histoire est vraie, non pas originale, mais captivante : l\u2019ouvrage est sélectionné pour le Renaudot.Scénario, il tient du monologue.Théâtre, il a des caractères, trois générations que frappent la guerre et la maladie mentale, le suicide qui se répète dans la lignée.Roman, c\u2019est celui de Charlotte Salo- SOURCE MUSEE FODOR Autoportrait de Charlotte Salomon, daté de 1940 mon, née en 1917 à Berlin, bien éduquée, qui doit prendre la fuite à l\u2019ère nazie, bientôt enceinte, finalement raflée à Villefranche-sur-Mer.L\u2019écrivain prétend avoir été si ému qu\u2019il pouvait à peine en parler.Peinture Il est vrai que Eoenkinos aura tu cette histoire longtemps.Charlotte a aimé, peint, voyagé.Elle a tenté de vivre selon sa vraie nature.Et, de son cahier autobiographique, Richard Dindo tirait un film, Charlotte, vie ou théâtre ?, produit par Esther Hoffenberg et présenté au Centre Georges Pompidou, dans le cadre d\u2019une exposition consacrée à Charlotte Salomon en 1992.Elle a vécu jusqu\u2019à 26 ans.Juive allemande, artiste passionnée, intelligente, fauchée en exil, elle a réussi à protéger ses dessins.Son histoire, son errance personnelle, ses batailles.tout est tragique.Elle laisse un ouvrage de 784 gouaches de figures et de mots peints, composé dans l\u2019urgence entre l\u2019été 1940 et l\u2019été 1942.Mystère d\u2019une vie, images témoins.Difficile de ne pas ressentir l\u2019émotion poétique de Eoenkinos, la force des noms propres, la précision du trait.Mais il y a aussi la réduction, et parfois le cliché.On vivra cette lecture en respirant entre les stations que cette narration inhabituelle propose, mais l\u2019épure rejoint aussi le banal.Aurait-on souhaité qu\u2019il l\u2019écrive vraiment?Qu\u2019il ne l\u2019infuse pas dans notre imaginaire et le livre sans heurts ?Seuls Duras, Perec, Beckett, Modiano parviennent à graver la mémoire faillible et le silence.Eoenkinos est un romancier paresseux, certes artiste, mais il dit ses sources sans se prendre au jeu de l\u2019altérité.On passe à travers Charlotte, qui nous appelle, puis nous échappe.La ribambelle flotte légèrement au-dessus de la gravité.Etrange, ce dessin romanesque, aux simples contours en vers.Collaboratrice Le Devoir CHARLOTTE David Foenkinos Gallimard Paris, 2014, 221 pages ROMAIN GARY Le vin des morts, un conte macabre PAUL BENNETT / Etrange conte macabre, burlesque et scatologique inspiré à la fois de Lewis Carroll, d\u2019Edgar Allan Poe et de Louis-Eerdinand Céline, le roman inédit de Romain Gary Le vin des morts, que vient de publier Gallimard à l\u2019occasion du centenaire de la naissance de l\u2019écrivain (1914-1980), c\u2019est un ^e\\x Alice au pays des merveilles veçsion cauchemardesque.Ecrit entre 1933 et 1937, le manuscrit, signé Roman Kacew \u2014 du vrai nom de l\u2019écrivain, d\u2019origine juive polonaise \u2014, fut refusé à l\u2019époque par tous les éditeurs, ce qui incita l\u2019auteur à changer de veine.et de nom.Gary (et ses lecteurs) leur doit une fière chandelle ! L\u2019auteur de La promesse de l\u2019aube et de La vie devant soi (Gallimard) restera toutefois attaché toute sa vie à cette première tentative avortée d\u2019écriture romanesque.Comme l\u2019explique en préface Philippe Bre-not, qui en a établi le texte.Le vin des morts peut en effet être considéré comme la clé et la matrice de toute l\u2019œuvre de Gary, qui en reprendra des fi'agments dans son premier roman publié.Éducation européenne (Gallimard, 1945).Il y puisera de nouveau pour alimenter ses œuvrer parues sous le pseudonyme d\u2019Emile Ajar.Le vin des morts «transpire la sueur, le sang, le sperme, les larmes et les excréments de tous ordres, crachats, urine, chiure, vomissures», souligne Bre-not.Cette complaisance dans le visqueux, le morbide et le grotesque explique sans doute en partie le rejet des éditeurs de l\u2019époque.Car cette fable grinçante, métaphore d\u2019une bourgeoisie pourrie et corrompue, exige en effet du lecteur une bonne dose de sang-froid ; et tout ce bazar de danse macabre (larves, rats, crapauds, cadavres) finit par lasser.D\u2019outre-tombe Le vin des morts se présente comme une succession d\u2019histoires courtes enchâssées les unes dans les autres et reliées entre elles par le parcours du ARCHIVES AFP L\u2019écrivain Romain Gary héros.Tulipe, dans le monde souterrain des morts-vivants où il s\u2019est égaré.Cet univers infernal est une espèce de caricature inversée du monde des vivants.Tulipe y rencontre une foule de personnages bizarres et loufoques (flics sadiques, prostituées insatiables, suicidés, ivrognes) se livrant à des occupations absurdes.«Et si la vie n\u2019était qu\u2019une parodie de la mort», suggère l\u2019auteur.Les thèmes sont ceux qui reviendront constamment dans toute l\u2019œuvre de Gary: l\u2019enfance, la liberté sexuelle, le suicide et l\u2019alcool qui désin-hibe et permet de faire jaillir des vérités cachées.Le style elliptique du Vin des morts, proche de l\u2019argot et du langage parlé, fait penser au Céline de Mort à crédit (Gallimard, 1936), les points de suspension étant remplacés ici par des points d\u2019exclamation.Les passages narratifs empruntent la forme de longs monologues délirants, introduits souvent par des formules propres aux contes.Le vin des morts gêne par son enflure verbale, son intrigue répétitive, ses procédés faciles et son humour douteux.Pour amateurs très avertis seulement! Collaborateur Le Devoir LE VIN DES MORTS Romain Gary Gallimard Paris, 2014, 238 pages ?^Gaspard LE DEVOIR ALMARÈS Du 22 au 28 septembre 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 La veuve du boulanger\tDenis Monette/Logiques\t1/2 2 Malphas \u2022 Tome 4 Grande Liquidation\tPatrick Senécal/Alire\t2/2 3 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 10 Déchéance\tAnne Robillard/Wellan\t-/I 4 Madame Tout-le-monde \u2022 Tome 4 Vent de folie\tJuliette Thibault/Hurtubise\t6/2 5 La faille en toute chose\tLouise Penny/Flammarion Québec\t3/3 6 Les années de plomb \u2022 Tome 3 Le choix de Thalie\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t4/4 7 Chroniques d\u2019une p\u2019tite ville \u2022 Tome 41962.La vérité éclate\tMario Hade/Les Éditeurs réunis\t5/3 8 Appelez-nous pas matante!\tFrancine Gauthier/Les Éditeurs réunis\t10/2 9 Coup sur coup \u2022 Tome 2 Coup d\u2019envoi\tMicheline Duff/Québec Amérique\t-/I 10 Le retour de l\u2019oiseau-tonnerre \u2022 Tome 1 L\u2019éveil\tAnne Robillard/Wellan\t8/5 Romans étrangers\t\t 1 Juste une fois\tAlexandre Jardin/Grasset\t-/I 2 Week-end en enfer\tJames Patterson | David Ellis/Archipel\t3/3 3 Le scandale des eaux folles \u2022 Tome 1\tMarie-Bernadette Dupuy/JCL\t1/6 4 Tempête de feu\tRichard Castle/City\t6/6 5 Envoûtements\tSylvia Day/Michel Lafon\t2/4 6 Le royaume\tEmmanuel Carrere/PDL\t4/3 7 Tirs croisés\tJames Patterson/Lattes\t5/6 8 Central Park\tGuillaume Musso/XD\t9/25 9 Une autre idée du bonheur\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t7/21 10 On ne voyait que le bonheur\tGrégoire Delacourt/Lattes\t-/I Essais québécois\t\t 1 Confessions post-référendaires.Les acteurs politiques.\tChantal Hébert | Jean Lapierre/Homme\t1/4 2 Révolutions\tNicolas Dickner | Dominique Fortier/Alto\t3/2 3 Libres d\u2019apprendre.Plaidoyers pour la gratuité scolaire\tCollectif/Écosociété\t4/4 4 De remarquables oubliés \u2022 Tome 2 Ils ont couiu l\u2019Amérique\tSerge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 8/14\t 5 Un médecin se confie.Pour des soins plus humains\tSerge Daneault/La Presse\t6/2 6 Je le dis comme je le pense.Souveraineté \u2022 Vie politique.,\t.Claude Morin/Boréal\t-/I 7 Demain, il sera trop tard, mon fils\tL.Pagé | J.Naidoo | K.Naidoo-Pagé/Stanké 7/3\t 8 Un regard qui te fracasse.Propos sur le théâtre et la mise.\tBrigitte Haentjens/Boréal\t10/2 9 Ma vie rouge Kubrick\tSimon Roy/Boréal\t2/2 10 Les accents circomplexes\tJean-Benoît Nadeau/Alain Stanké\t5/2 '?'Essais étrangers\t\t 1 Le capital au XXIe siecle\tThomas Piketty/Seuil\t2/20 2 Guerriers de l\u2019impossible.L\u2019argent, les aimes et l\u2019aide.\tSamantha Nutt/Boréal\t1/3 3 II existe d\u2019autres mondes\tPierre Bayard/Minuit\t6/6 4 Le patient et le médecin\tMarcZaffran/PUM\t5/2 5 La vérité sur les médicaments\tMikkel Borch-Jacobsen/Édito\t3/32 6 Le sens de ma vie\tRomain Gary/Gallimard\t-/I 7 Mourir de penser\tPascal Quignard/Grasset\t-/I 8 La grande vie\tChristian Bobin/Gallimard\t-/I 9 Tintin.Les secrets dévoilés\tJ.-M.Lofficier | R.Lofficier/Pages ouvertes -/I\t 10 Construire l\u2019ennemi.Et autres écrits occasionnels\tUmberto Eco/Grasset\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Sasparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Ssspsnl et est constitue des releves de caisse de 2B0 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsril © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE OCTOBRE 2014 LITTERATURE TRADUCTIONS INFIDELES (3 DE 5) Tous des traducteurs Louis Hamelin Une amie me décrit le processus mental suivant: elle veut dire «divertir», mais c\u2019est d\u2019abord le mot « entertain » qui se présente au bout de sa langue.Par automatisme, au pif, elle le traduit en français, ce qui donne «entretenir».Ce n\u2019est pas ça non plus.En un ultime réflexe de sauvegarde linguistique, elle retourne à son « entertain » et le francise illico : entertainer (prononcez «enterté-ner ») devient alors un verbe : je t\u2019entertaine, tu m\u2019entertaines.Ce minuscule combat qui met aux prises des sons et des sens a occupé une région de son cerveau droit pendant une grosse seconde en tout.L\u2019amie en question n\u2019évolue pas dans une chanson de Eisa LeBlanc.Elle fait un doctorat en littérature.Permettez que j\u2019en profite pour faire mon coming out \u2014 sortie de placard.J\u2019écris des romans, des essais et des articles en français depuis un quart de siècle, j\u2019ai vécu presque toute ma vie au Québec, et il m\u2019arrive souvent (et en fait plus que jamais) d\u2019entendre les mots, et parfois des phrases complètes, résonner en anglais dans ma tête, obligé que je suis de les traduire ensuite pour les plier à ma langue natale.Ça se produit le plus souvent quand, tel le Miron de la belle époque arpentant canne en l\u2019air et mâchoires claquantes la rue Roy dans le bout de Saint-Denis, j\u2019écris dans ma tête tout en marchant.à l\u2019amour et au reste.Comme si, ici, on n\u2019apprenait pas tant l\u2019anglais qu\u2019on le respirait avec notre o^gène quotidien.Miron ne traverse pas le paragraphe qui précède pour rien.Les lecteurs de L\u2019homme ra- A PAS TUAT MÜCH A FAIRE POUR üW smmm} euac^ié- Une case d\u2019un album de la série bédé Acadieman, qui raconte les aventures d\u2019un superhéros acadien parlant le chiac.paillé auront reconnu, dans cette esquisse du Québécan-thrope en quidam autotraduit, l\u2019inoubliable diagnostic {«tu es la proie de l\u2019osmose») jadis émis par le poète A\u2019Aliénation délirante.Et depuis, nul linguiste, il me semble, ne nous a emmenés plus loin que ce Miron de 1964.Il avait compris le principal: au Québec, la réalité nous arrive d\u2019abord en anglais.Nous sommes tous des traducteurs.Qu pas.Car traduire représente un effort, c\u2019est fatigant, c\u2019est de l\u2019ouvrage, rien qu\u2019un autre avatar de cette fatigue culturelle (autre diagnostic célèbre) qui confine aujourd\u2019hui à une déperdition d\u2019énergie collective.Qui, parce que vos amis de trente ans ne sont pas les seuls à truffer leur conversation de mots anglais.Tout en haut de l\u2019échelle de la Kul-tur, à Radio-Canada, il est devenu courant d\u2019entendre animateurs et invités s\u2019accorder sur le fait que l\u2019atmosphère du dernier CD de Machin-Chouette est peut-être dark, mais que le message, lui, est deep.comme si les bons vieux «sombre» et «profond» ne faisaient tout simplement plus le travail.Il y a quelques années, pendant un séjour en Acadie, j\u2019ai commencé à m\u2019intéresser au chiac, ce patois franglais qui est au phénomène de la créolisation des langues ce que les combats extrêmes de l\u2019UEC sont à la lutte gréco-romaine.La langue d\u2019Acadieman, un superhéros de bande dessinée, me fascinait.Je n\u2019avais pas tant l\u2019impression d\u2019avoir affaire à un francophone en cours d\u2019assimilation que celle, étrange, de me trouver devant un être linguistiquement vierge, privé de sa langue maternelle et s\u2019amusant à remodeler, à l\u2019aide d\u2019une syntaxe française réduite à un vague souvenir, la matière anglo-américaine brute qui constituait son ordinaire.Acadieman traitait donc le problème de l\u2019assimilation en le retournant cul par-dessus tête: transitoire, même plus en état de s\u2019angliciser, son français ne pouvait plus que travailler l\u2019anglais de l\u2019intérieur, produire des mimiques à la manière d\u2019un spectacle de travestis qui, sur le plan de l\u2019histoire, à l\u2019échelle d\u2019une culture, revenait à décocher un sympathique pied de nez avant la disparition définitive.Les Québécois, m\u2019étais-je dit, devraient s\u2019intéresser au chiac.Créolisation et création Bref Radio Radio et Montréal, même combat! Dans la polémique de l\u2019été 2014 sur le franglais, une des interventions les plus intelligentes est venue d\u2019un rappeur.Rod le Stod {Le Devoir, 6 août).Il nous y invitait à considérer la langue dans sa dimension affective plutôt que strictement utilitaire : « Ce qui est [problématique], c\u2019est l\u2019utilisation systématique de l\u2019anglais pour décrire le monde qui nous entoure, pour nous exprimer, pour parler de nos émotions.» Prenant lucidement acte de la création \u2014 au-delà des expé- riences langagières s\u2019autorisant de la liberté artistique \u2014 d\u2019un véritable «dialecte bilingue» au Québec, le Stod ajoutait: «[.] ça ne peut pas devenir un moyen de communication général.Deux langues secondes pour un peuple, c\u2019est ridicule.» Nous sommes les traduc-teurs-nés de nous-mêmes.S\u2019exprimer en français sur ce continent se traduif y compris sur le plan mental, dans l\u2019intimité des pensées de chacun, par une lutte de tous les instants.Qr ce petit effort qui demande une seconde, de plus en plus nombreux sont ceux qui, par simple paresse, ou désaffection envers un héritage du passé, refusent de le consentir.Il y a, dans l\u2019abâtardissement des langues, différents degrés de créativité.Ainsi, la créolisation, au se;is qu\u2019a donné à ce mot un Edouard Glissant, constitue le versant positif de l\u2019autotraduction, il s\u2019y joue un authentique processus de création : d\u2019une fusion verbale naît un sens nou- DANO LEBLANC veau.C\u2019est ainsi que le «hitch hiking» étasunien est devenu, au pays des québécréoles, «faire du pouce».L\u2019adepte du franglais qui se contente de repiquer tels quels les mots de l\u2019Âutre pour béatement en saupoudrer son discours, avec une servilité étrangère à toute faculté d\u2019adaptation comme à toute préoccupation conceptuelle ou contextuelle, ne crée rien.Il vit dans un univers d\u2019emprunt.Nous suivions, l\u2019autre jour, le camion d\u2019une entreprise spécialisée dans les équipements de garage.Sur la tôle, en lettrage commercial au milieu d\u2019une liste de services offerts, je lis: VÉRINS (LIFTS).Ce «lijts» ajouté entre parenthèses s\u2019adressanf non à nos compatriotes anglos, mais au grand insécure linguistique en nous.Au Québec, même quand on tombe sur le bon mot, le monde roule en anglais.«M\u2019a te phoner un call», disait le chiaquophone, notre voisin.Allô ?Joseph Conrad ou le goût du risque GILLES ARCHAMBAULT Comment devenir l\u2019un des plus grands écrivains anglais de son époque même si le polonais a été sa langue maternelle et qu\u2019on a appris le français bien avant la langue de Shakespeare?Comment de plus expliquer que la carrière maritime rêvée d\u2019un auteur ait cédé la place à une vocation littéraire relativement tardive ?Avec Joseph Conrad, rien n\u2019est évident.C\u2019est ce que nous révèle Michel Renouard dans l\u2019essai biographique inédit qu\u2019il lui consacre.Né Jozef Konrad Korze-niowski, en 1857, dans une Pologne qui cherche à se libérer de l\u2019emprise de la Russie, notre auteur est très tôt confié à un oncle qui verra à son éducation.Toute sa vie, Conrad verra en cet oncle un parrain compatissant à qui il demandera sans cesse un soutien financier.Enfant, il rêve de devenir marin.Il tentera même sans succès de se faire engager comme mousse à bord d\u2019un navire en pqrtance pour une expédition.A 17 ans, il se rend à Marseille, fréquente des gens de mer et réussit à se trouver du travail.Même s\u2019il cherchera plus tard à faire croire qu\u2019il a eu un destin maritime hors du commun, il devra se contenter d\u2019une réalité plus modeste.Le monde, il le connaîtra, de l\u2019Australie au Congo, de Bombay à file Maurice, mais à peu près toujours comme commandant en second.Ayant enfin obtenu le poste convoité, il interrompt l\u2019écriture de son premier roman, La folie Al-mayer (Eolio), qu\u2019il ne terminera que cinq ans plus tard, en Les Éditions Fides félicitent chaleureusement ses auteurs dont les œuvres sont finalistes aux Prix de l\u2019Académie des lettres du Québec ' Finaliste au Prix Ringuet 1894.Il hésite encore entre l\u2019appel du large et l\u2019écriture.Il faut dire que sa santé était chancelante, que sa vie amoureuse battait de l\u2019aile et surtout qu\u2019il devait apprendre une langue, l\u2019anglais, dont il n\u2019avait qu\u2019une connaissance rudimentaire.Son apprentissage fut af faire de dure patience.S\u2019il avait suivi son instinct, c\u2019est en français qu\u2019il aurait écrit.Il connaissait cette langue depuis l\u2019enfance.Peut-être sera-t-on curieux d\u2019apprendre que les années de sa jeunesse passées à Marseille lui avaient légué un accent purement local.Mais pourquoi choisir l\u2019anglais?Surtout lui, perpétuellement aux prises avec des ennuis d\u2019argent et devant compter sur l\u2019aide matérielle de son oncle ?Les raisons sont purement utilitaires.L\u2019éternel voyageur qu\u2019il est a appris que cette langue lui ouvrirait des portes que la pratique du français lui interdirait.De toute manière, ses goûts fastueux l\u2019obligent à un travail assidu.Au cœur des ténèbres Selon toute vraisemblance, les femmes ont peu compté Joseph Conrad par MK^sl Renouard dans sa vie.S\u2019il a connu une période dépressive à la suite d\u2019une mésaventure amoureuse à file Maurice, il épousera à 39 ans Jessie George, pour qui il n\u2019éprouvera jamais à ce qu\u2019il semble une passion très accaparante.En a-t-il été autrement avec une journaliste américaine, Jane Anderson, rençon-trée sur le tard?A ce moment de sa vie, nous rapporte Michel Renouard, «le patriarche n\u2019est certes pas un Apollon, il perd ses dents, souffre de la goutte, a des névralgies faciales et broie souvent du noir, mais l\u2019Américaine le trouve beau et le lui dit».Si Jessie parlera plus tard des «fredaines» de son mari, on peut penser que Conrad était surtout un forçat de l\u2019écriture.Parfaitement égoïste, il se fie à sa femme pour l\u2019organisation matérielle de sa vie, l\u2019obligeant à de fréquents déménagements.Miné par la maladie, un peu hypocondriaque de surcroît, traqué par des besoins d\u2019argent, Conrad consacrera plusieurs années à l\u2019édification de son oeuvre.Nourri par ses expériences maritimes, il crée des romans d\u2019aventures singu- MAGALI François Payette Roger Payette SAUVES Denis RobitaiLle _ _ le frère du trapéziste roman ' ^Üne plongée au cœur de la culture hassidique d'Outremont.librairie a.inl,.a C .q c .c a liers, parfaitement portés par une profondeur d\u2019analyse hors du commun et un exotisme troublant.Il est le romancier de l\u2019inconfort.«Oui.L\u2019on marche.Et le temps marche aussi \u2014jusqu\u2019au jour où l\u2019on découvre devant soi une zone d\u2019ombre, qui vous avertit qu\u2019il va falloir, à son tour, laisser derrière soi la contrée de sa prime jeunesse.» Cet extrait de La ligne d\u2019ombre (10/18) en dit long sur sa manière jamais très loin de la nostalgie.Quand il meurt en 1924, Conrad peut ne pas trop s\u2019inquiéter de son avenir littéraire.S\u2019il avoue à André Gide n\u2019avoir rien écrit de conséquent depuis quatre ans, il ne peut oublier que ses romans.Le nègre du Narcisse, Lord Jim, Au cœur des ténèbres.Typhon (tous chez Gallimard), sont salués par la critique et un public nombreux.De plus, il a éfé reçu en grande pompe aux Etats-Unis, pays qu\u2019il ne prise guère, mais il sait qu\u2019il occupe une place importante dans la littérature de langue anglaise.La biographie dont il est ici question se lit d\u2019un trait.L\u2019approche est respectueuse, mais franche.En rien une hagiographie.Ni non plus un livre de référence sur Conrad.Qn pourra lui préférer Conrad.Une biographie critique (Autrement) de John Batchelor.Une introduction vivante toutefois à une oeuvre KK Et le temps marche aussi \u2014 jusqu\u2019au Jour où l\u2019on découvre devant soi une zone d\u2019ombre, qui vous avertit qu\u2019il va falloir, à son tour, laisser derrière soi la contrée de sa prime jeunesse, yy Extrait de La ligne d\u2019ombre, de Joseph Conrad qui n\u2019a pas cessé de retenir l\u2019attention d\u2019un vaste lectorat.Collaborateur Le Devoir JOSEPH CONRAD Michel Renouard Gallimard Paris, 2014, 332 pages Conférence à la librairie Paulines 'ésf^^âulines LIBRAIRIE Rencontre avec Dr Serge DaneaulÇ médecin en soins palliatifs Mardi 7 octobre 19 h 30 Contribution suggérée 5 $ Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585\tQuébec r PRESENTE EE SO'FESTIUAL INTERMATIONAL DE LA POESIE éâtiA powi ^c*tacee
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