Le devoir, 18 octobre 2014, Cahier B
[" Sciences : Une caméra pour voir l\u2019infiniment grand et l\u2019infiniment petit Page b 6 Michei David sur le projet de garderies de Thomas Mulcair Page B 3 Manon Corneiiier sur l\u2019aide de Jean Chrétien à Justin Trudeau Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 OCTOBRE 2014 l'A.'\t>\ti, I- Wf MIKE STONE AGENCE ERANCE-PRESSE Dans la crise de TEbola, la surabondance d\u2019informations embrouille au lieu d\u2019éclairer.Fièvre médiatique Entre panique et déséquilibre : la couverture de l\u2019épidémie d\u2019Ebola STEPHANE BAILLARGEON La peur est une bien mauvaise égé-rie.Deux personnes sur trois (69%) sondées la semaine dernière par la maison Rutgers-Eagleton au New Jersey s\u2019inquiétaient de la possibilité fie voir l\u2019épidémie d\u2019Ebola s\u2019étendre aux Etats-Unis.En même temps, ceux qui affirmaient suivre le plus les nouvelles sur le grave sujet se révélaient les moins aptes à fournir des informations justes sur la terrible maladie.Le sondeur David Redlawsk n\u2019a pas hésité à blâmer les médias, ou en tout cas une certaine couverture médiatique, pour cette paradoxale situation où la surabondance d\u2019informations embrouille au lieu d\u2019éclairer.«Le ton des reportages semble amplifier la peur au lieu d\u2019améliorer la compréhension, a-t-il déclaré à NJ.com.Il suffit de se tourner vers la télé pour saisir l\u2019hystérie des commentateurs des médias.C\u2019est vraiment étendu d\u2019un bout à l\u2019autre.Les bandeaux au bas des écrans ne parlent que de peur.Mais dans toute cette peur et tous ces commentaires, il y a bien peu d\u2019informations.» La routine habituelle, quoi.Nous y revoici donc.L\u2019histoire hoquette, encore.Les mêmes dérives alarmistes ont été observées autour des risques de la grippe HlNl, plus contagieuse, mais moins mortelle.Les médias carburent au catastrophisme, et la fièvre Ebola fournit la catastrophe parfaite, digne du film et du livre de zombies World War Z.«Le phénomène de l\u2019Ebola, c\u2019est un phénomène de peur filtré et déformé par les médias, encore plus aux Etats-Unis, mais ici aussi, au Canada», dit Patrick Robitaille, chercheur de l\u2019Observatoire canadien sur les crises et l\u2019aide humanitaire de l\u2019UQAM et travailleur humanitaire.«Les cas découverts au Texas ont augmenté la panique jusqu\u2019à une couverture sensationnaliste.» La mauvaise graine M.Robitaille a réalisé une quinzaine de missions pour Médecins sans frontières.Care et la Croix-Rouge.11 a déposé en 2009 un mémoire de maîtrise en sciences politiques sur l\u2019impact des médias dans l\u2019implication gouvernementale canadienne en cas de catastrophe naturelle étrangère.«Ceux qui font des choix politiques sont influencés par le filtre et la distorsion médiatiques, dit-il.La crise de l\u2019Ebola le montre encore.La distorsion des médias fait faire des choix qui ne sont pas bien éclairés.L\u2019accent est mis sur les cas apparus aux Etats-Unis et l\u2019intérêt se porte de ce côté alors que, dans les faits, on parle d\u2019une épidémie présente dans trois pays africains.C\u2019est là qu\u2019on a besoin de ressources.C\u2019est là qu\u2019il faut intervenir.Je dirais même que la peur stimulée par les médias freine les interventions nécessaires dans les régions qui ont le plus besoin d\u2019aide.» On peut oser un parallèle avec les assassinats récpnts d\u2019Occidentaux par le groupe Etat islamique.Des milliers de Syriens, de Kurdes ou d\u2019irakiens ont été torturés, égorgés, empalés et crucifiés avant que la décapitation d\u2019une poignée d\u2019Occidentaux ne stimule l\u2019intervention d\u2019une coalition internationale dans le conflit.«Ce qu\u2019on appelle le terrorisme est basé sur la peur, et les médias sont des vecteurs de cette peur, ajoute Patrick Robitaille.Il faut être conscient de l\u2019impact des médias.Il faut être plus factuel, plus rationnel.» Ashish K.Jha, professeur de médecine à l\u2019Université Harvard, ne fait que ça, observer froidement les faits épidémiologiques.«Le danger réel [de l\u2019Ebola] pour l\u2019Amérique est très, très, très petit, a dit le spécialiste en santé publique au Washington Post.Pour moi, le vrai problème, c\u2019est que la maladie continue de s\u2019étendre en Afrique de l\u2019Ouest.[.] Dans un monde idéal, au lieu de la peur, on verrait s\u2019étendre une volonté d\u2019éradiquer l\u2019Ebola dans cette partie du monde.» Le bon grain 11 ne faut pas tout mélanger, évidemment.Sans être «idéale», la couverture de Radio-Canada demeure appréciable.Le média public a dépêché sa journaliste Sophie Langlois en Guinée pour du travail de terrain.RDI a consacré au sujet une émission spéciale de 24 heures en 60 minutes jeudi dernier.M.Robitaille refuse tout de même de dépar- « Il faut être conscient de l\u2019impact des médias.Il faut être plus factuel, plus rationnel.» tager le bon grain de l\u2019ivraie médiatique.«On connaît tous les médias qui font du bon travail, dit le spectateur engagé.Leurs efforts sont très valables.Ce travail requiert beaucoup de ressources et demande de contrer les craintes naturelles tout en évaluant les risques.Le fait de se rendre sur place est un acte courageux, pour les journalistes comme pour les travailleurs humanitaires.» 11 revient finalement sur cette idée du miroir déformant, de la distorsion de la réalité par la couverture médiatique.L\u2019épidémie d\u2019Ebola demeure inquiétante, tragique et misérable, surtout qu\u2019elle frappe encore cette terre de Caïn déjà surchargée de catastrophes aux proportions bibliques.N\u2019empêche, il en traîne d\u2019autres au fond du noir chaudron des malheurs de l\u2019humanité.M.Robitaille a effectué sa dernière mission au Soudan harassé d\u2019infortunes.11 a travaillé en Haïti dévasté.Quel média parle encore de cette terre de détresse après que les caméras du monde entier y sont passées en coup de vent à la suite du tremblement de terre dévastateur de 2010?«Il faudrait être plus balancé dans la couverture du monde.Si on veut que le journalisme rapporte correctement ce qui se passe dans le monde, les médias ne devraient pas baser leurs choix sur des situations de peur et de panique qui les amplifient par ailleurs.Il y a certainement des raisons de se poser des questions et de se préparer devant la menace de l\u2019Ebola.Mais il y a un débalancement flagrant dans l\u2019intérêt médiatique qui devrait se tourner vers la couverture de l\u2019épidémie en Afrique de l\u2019Ouest.» Le Devoir « Pourquoi je pars couvrir l\u2019Ebola » «Je pars parce que la désinformation, dans cette crise, fait des morts.Je suis convaincue que l\u2019information, la bonne, celle qui éclaire au lieu de faire peur, est capable de faire reculer les chiffres effarants d\u2019une crise sans précédent.Il faut combattre la peur, qui est plus contagieuse que le virus.Je pars aussi parce que les victimes sont des Africains.Au printemps, des centaines de Guinéens, puis des hordes de Libériens et de Sierra-Léonais sont morts.Silence.En juin, l\u2019organisation Médecins sans frontières déclare l\u2019épidémie hors de contrôle.Silence.L\u2019ONG répète son cri d\u2019alarme en juillet.Silence.Il a fallu que des humanitaires blancs soient infectés, en août, pour qu\u2019on commence à s\u2019y intéresser, à s\u2019inquiéter pour notre santé.La semaine dernière, l\u2019Ebola a débarqué en Amérique et on en a parlé davantage que durant les six premiers mois de l\u2019épidémie.Tout le monde a vu le visage de cette première victime de l\u2019Ebola en sol américain.Combien de visages de victimes mortes en Afrique avons-nous vus ?Notre silence et notre inaction nous rattrapent.Si on avait pris cette épidémie au sérieux dès le départ, elle serait déjà maîtrisée.Mais le pire reste à venir.» Extrait du blogue de Sophie Langlois, correspondante de Radio-Canada, en date du 9 octobre 2014: http://bit.ly/EbolaSRC ECONOMIE Pourquoi les Bourses mondiales sont perturbées AUDREY TONNELIER MARIE CHARREL Cela faisait longtemps que les marchés financiers n\u2019avaient pas connu pareille secousse.Au point que les analystes d\u2019Aurel BGC évoquent «un petit goût de crise financière ».Après la baisse quasi généralisée des grands indices boursiers dans le monde mercredi, les marchés parvenaient à relever la tête pour fermer sur une note contrastée jeudi et vendredi.Les craintes concernant la croissance mondiale n\u2019étaient pas écartées pour autant.Wall Street, déjà fortement secouée la veille, a aligné jeudi une sixième séance consécutive de baisse.En Europe, tous les indices suivaient également une spirale bais-sière : les Bourses de Milan et de Lisbonne et le Dax allemand ont réussi à limiter la casse au cours des dernières séances de la semaine.Vendredi, les participants s\u2019accrochaient aux annonces, plutôt encourageantes, de résultats financiers des entreprises baromètres, poussant les indices en forte hausse et clôturant une semaine boursière particulièrement troublée.Des inquiétudes aux États-Unis et en Allemagne Les investisseurs ont pris peur après la publication d\u2019indicateurs macroéconomiques américains décevants, qui ont attisé les inquiétudes sur l\u2019éconpmie mondiale.Les prix à la production aux Etats-Unis ont baissé en septembre pour la première fois depuis plus d\u2019un an, suggérant que l\u2019économie peine à générer de l\u2019inflation pour éloigner le risque de déflation.Sur la même période, les ventes au détail ont marqué leur premier recul depuis janvier.Enfin, les stocks des entreprises américaines ont augmenté moins que prévu en août.Du coup, les économistes de Goldman Sachs ont abaissé leurs prévisions de croissance de l\u2019économie américaine.Ils tablent désormais sur une hausse de 3,2% du produit intérieur brut en rythme annualisé au troisième trimestre, contre 3,5% précédemment, et de 3% au lieu de 3,25% au quatrième trimestre.Ces désillusions s\u2019ajoutent à celles qui ont frappé la zone euro la semaine dernière.En quelques jours, une série noire d\u2019indicateurs a jeté le discrédit sur la santé économique de l\u2019Allemagne, que les investisseurs voyaient jusque-là en locomotive capable de remettre le continent sur les rails de la croissance.Chute des commandes à l\u2019industrie, de la production industrielle, qui a reculé de 4%, et même des exportations, point fort traditionnel du pays.Du jamais vu depuis cinq ans ! Dans la foulée, Berlin a revu en forte baisse ses prévisions de croissance pour 2014 et 2015, à respectivement 1,2% et 1,3% (contre 1,8% et 2% précédemment).VOIR PAGE B 2 : BOURSES SPENCER PLATT AGENCE ERANCE-PRESSE Les investisseurs ont pris peur cette semaine. B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 OCTOBRE 2014 PERSPECTIVES Chrétien à la rescousse X Manon CORNELLIER à Ottawa Le Canada ne devrait pas participer aux frappas aériennes contre le groupe armé Etat islamique (El), tranche Jean Chrétien.Généralement discret, l\u2019ancien chef libéral est sorti de sa réserve hier, dans une lettre publiée dans nos pages, afin d\u2019épauler Justin Trudeau qui, depuis une semaine, essuie une cascade de critiques, y compris de ténors libéraux comme Bob Rae et Lloyd Axworthy Sans le vouloir, M.Chrétien a cependant fait la preuve, avec cette missive, que l\u2019expérience, qui fait défaut à son successeur, est un atout important quand vient le temps de se prononcer sur une question de cette importance.Sa conclusion est la même que celle de M.Trudeau, mais les raisons qu\u2019il invoque et les propositions qu\u2019il fait sont plus précises.Alors que M.Trudeau a esquivé le sujet dans ses allocutions, M.Chrétien, lui, a rappelé l\u2019importance de voir une action multilatérale sanctionnée par l\u2019OTAN ou les Nations unies, ce qui n\u2019est pas le cas en Irak et en Syrie actuellement.A son avis, une coalition dominée par les pays occidentaux risque seulement d\u2019attiser un sentiment antioccidental bien enraciné dans la région après des décennies de colonialisme et les dix ans de guerre en Irak.Cette guerre lancée sous de faux motifs a mené au gâchis actuel, dit-il.Avoir refusé d\u2019y participer demeure pour lui une grande source de fierté.Selon M.Chrétien, il ne fait pas de doute qu\u2019il faut contrer l\u2019El et ses horreurs, mais pour éviter les dangers qu\u2019il évoque, il faut que la mission de combat soit menée par des pays de cette région, quitte à ce qu\u2019ils bénéficient de l\u2019aide d\u2019un très petit nombre de pays occidentaux, dont les Etats-Unis, pour mener des frappes aériennes.La contribution offerte par Ottawa est mal avisée, dit-il, puisqu\u2019elle restera marginale et ne servira qu\u2019à allonger la liste des participants.11 vaudrait mieux miser sur la bonne opinion qu\u2019a inspirée le refus du Canada de participer à la guerre de 2003 pour offrir une aide différente et s\u2019attaquer à d\u2019autres aspects du problème.L\u2019option militaire n\u2019est pas la seule.11 fait deux suggestions à M.Harper: accepter rapidement 50 000 réfugiés fuyant l\u2019El et verser immédiatement 100 millions de dollars au Programme alimentaire mondial pour aider à nourrir les réfugiés à la veille de l\u2019hiver.On pourrait prétendre que tout cela n\u2019est pas si différent de ce qu\u2019a essayé de dire, plus maladroitement, M.Trudeau, mais il est évident que M.Chrétien tente ici de combler certains vides.Des vides qui n\u2019avaient pas de raison d\u2019être puisque le chef actuel du PLC a eu plus d\u2019une occasion de s\u2019exprimer sur le sujet aux Communes.11 n\u2019en a pas entièrement profité, ce qui aurait été inimaginable de la part de MM.Chrétien, Martin, Dion, Ignatieff ou Rae.Après avoir reproché à Stephen Harper d\u2019avoir annoncé la contribution supplémentaire du Canada lors d\u2019un passage à New York, il a lui-même fait son plus long discours sur la question à l\u2019extérieur du Parlement, devant le groupe de réflexion Canada 2020.11 y a évoqué la guerre de 2003 et ses conséquences.11 a dénoncé le manque de transparence du gouvernement dans ce dossier.11 a souligné que le Canada pouvait contribuer autrement, sans participer aux combats avec des «avions vieillissants».11 a parlé d\u2019aide médicale, humanitaire et même militaire non offensive, mais il a évité d\u2019être trop précis.Son propos avait aussi quelque chose d\u2019ambigu.11 disait s\u2019opposer au projet du gouvernement, mais donnait l\u2019impression que la porte restait ouverte si le premier ministre se montrait plus transparent et offrait des réponses « honnêtes ».«Si nous devons à présent leur demander [aux forces armées] d\u2019en faire encore plus, nous ferions mieux d\u2019avoir une bonne raison.» Mais lui-même n\u2019a pas offert une raison fondamentale, comme celles offertes par M.Chrétien ou encore le chef du NPD, Thomas Mulcair, pour rejeter sans partage l\u2019option des frappes par des avions canadiens.En Chambre, le chef libéral a répondu à la déclaration que le premier ministre a faite le 3 octobre dernier, mais a offert les mêmes arguments, sans plus.11 aurait aussi pu étoffer son propos lors de deux débats tenus aux Communes, il ne l\u2019a pas fait.En s\u2019absentant du débat d\u2019urgence, en ne faisant pas de discours lors du débat sur la motion gouvernementale, le chef libéral a raté deux moments cruciaux de s\u2019imposer, d\u2019autant plus que, comme l\u2019écrit Jean Chrétien, «il n\u2019y a pas de décision plus grave pour un élu que d\u2019envoyer des hommes et des femmes dans des conflits», au péril de leur vie.Ce genre d\u2019occasions ne se rate pas, surtout quand on est un chef de parti qui convoite le poste de premier ministre.Jusqu\u2019à présent, Justin Trudeau a pu surfer sur sa popularité et se contenter d\u2019un message vague mais positif Malheureusement pour lui, l\u2019heure de vérité arrive.Plus les élections approchent, plus les citoyens voudront savoir s\u2019il a la stature nécessaire pour jongler avec les enjeux les plus fondamentaux, la guerre en étant un.H lui revient d\u2019en faire la preuve, car M.Chrétien ne pourra pas toujours sauver les meubles.mcornellier@ledevoir.com HBO, NETFUX ET LA TELE SUR LE WEB Les trouble-fete de la tele La France aimonce son intention de forcer à son tour les diffuseurs en ligne à contribuer aux redevances STEPHANE BAILLARGEON Action, réaction.La révolution numérique se poursuit autour çle la télé tandis que la résistance de certains Etats s\u2019organise.Et encore une fois, la différence de culture politique entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique du Nord saute aux yeux.Ici, les grands joueurs de la nouvelle économie se drapent dans l\u2019idéologie libertaire du «touche pas à mon Net».Là-bas, les gouvernements adaptent des mesures pour réglementer les nouveaux canaux.HBO, chaîne phare du nouvel âge d\u2019or des séries télé, annonçait cette semainç qu\u2019elle of frira un abonnement en ligne aux Etats-Unis à compter de janvier 2015.Le service HBO Go, donné jusqu\u2019ici en complément du service câblé, deviendra alors une offre de vidéo à volonté, à l\u2019image de Netflix, grand trouble-fête mondial des empires de la télé.Les actions de Netflix ont reculé de 22% après l\u2019annonce.«Il est temps d\u2019abattre les obstacles qui barrent la route de ceux qui veulent s\u2019abonner», a dit mercredi Richard Plepler, patron de la chaîne qui a créé et diffusé des séries de très haute qualité depuis deux décennies, dont les récentes Game of Thrones et True Detective.La prerpière phase de la webtélé ne concerne que les Etats-Unis.Logiquement, le service devrait s\u2019étendre rapidement dans le monde, y compris au Canada.Tout le temps, partout Le choix rappelle le mouvement de bascule rapide, massif et révolutionnaire qui affecte le monde de la télévision.Les modes de consommation des contenus audiovisuels ont évolué à la faveur des mutations technologiques.La dématérialisation et la mobilité permettent maintenant de visionner du contenu tout le temps, partout.Cette transformation touche aussi le cœur du système de financement de la télévision.Les redevances sont souvent en retard d\u2019une révolution et tout le temps, partout, les systèmes nationaux s\u2019inquiètent de l\u2019érosion des ressoruces.Le président de la Erance a annoncé la semaine dernière qu\u2019il souhaitait modifier sa mécanique nationale pour y inclure les nouveaux écrans de captation de la télé.Les patrons des chaînes traditionnelles militent pour cet ajustement depuis des mois.La contribution française est fixée à 133 euros (192 $) par année, par poste de télé.La mécanique fiscale est née à une époque où il n\u2019existait que ce moyen pour capter les émissions.La contribution à l\u2019audiovisuel public (CAP) finance généreusement certains mastodontes.Erance Télévision reçoit par cette entremise les deux tiers de son budget et Radio Erance y puise 18% du sien.L\u2019enveloppe sert aussi à soutenir un peu (3%) l\u2019Institut national de l\u2019audiovisuel 0NA), fleuron de la mémoire et des études télévisuelles et cinématographiques de Erance.A terme, comme dans certains autres pays européens, la possession d\u2019une tablette ou d\u2019un ordinateur forcera le paiement de la taxe réservée jusqu\u2019ici aux ménages possédant un téléviseur.La transformation est prévue pour 2016 en Erance.Le président Hollande a aussi interpellé l\u2019Union européenne pour qu\u2019elle uniformise ses politiques.Le diffuseur en ligne Netflix émet en Erance depuis le Luxembourg pour échapper à la fiscalité française.Et ici?La modernisatiop des systèmes de redevances taraude les Etats plus ou moins piter-ventionnistes.Au Canada, comme aux Etats-Unis, il n\u2019existe aucune taxe spécifique liée aux appareils possédés par les citoyens.Les réseaux publics sont subventionnés directe- numéro quatre STEPHANE DE SAKUTIN AGENCE ERANCE-PRESSE Les transformations en cours touchent le cœur du système de financement de la télévision.ment.Par contre, les chaînes généralistes n\u2019ont pas droit aux partages d\u2019une part des revenus de la câblodistribution alors que toutes les composantes du système bénéficient de différentes mesures fiscales pour encourager la production.Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, organisme réglementaire, poursuit ses travaux «Parlons télé» pour comprendre ce que veulent les citoyens consommateurs et les joueurs de l\u2019industrie.En audiences, le mois dernier, Netflix s\u2019est livré à un bras de fer avec le CRTC, martelant qu\u2019il refusait d\u2019être réglementé et qu\u2019il ne fournirait aucune donnée sur l\u2019étendue de son marché.Le gouvernement conservateur est intervenu dans le débat en affirmant qu\u2019il n\u2019était pas question de «taxer Netflix».De même, il y a quelques années, les conservateurs ont refusé la «taxe iPod» qui aurait pu fournir une redevance à l\u2019industrie de la musique, complètement chamboulée par la numérisation et le pillage massif de fichiers.Dans les faits, en l\u2019occurrence, il ne s\u2019agirait pas de créer un nouveau prélèvement, mais d\u2019étendre celui existant.Peu importe, les jeux semblent faits, et ici l\u2019action n\u2019entraînera vraisemblablement pas de réaction.Le Devoir 215 $, 240 $ ou 350 $ par tablette La Suède, le Royaume-Uni et l\u2019Allemagne ont déjà réussi à réformer leur système pour y inclure les nouveaux écrans numériques.Stockholm taxe maintenant les PC et les tablettes à une hauteur dépassant les 2000 couronnes (environ 350$).Les téléphones intelligents ne sont pas encore concernés.Environ 90% des ménages payaient déjà la redevance télé traditionnelle selon un calcul basé sur les «foyers fiscaux», les ménages, quoi, comme en Erance, en Italie, en Suisse et en Irlande.La collecte a commencé en mars 2013.Londres, qui taxe la radio depuis les années 1920 et la télé depuis 1946, appbque maintenant la « Colour TV Licence » à tous les écrans, ordinateurs, téléphones mobiles, tablettes, à l\u2019enregistreur vidéo «ou d\u2019autres appareils».Les ménages qui possèdent un de ces récepteurs doivent payer la taxe annuelle de 240$, et c\u2019est tout.Berlin passe encore par les logements, selon le principe que chacun est maintenant branché ou câblé.Auparavant, les personnes qui ne possédaient pas de téléviseur n\u2019étaient soumises automatiquement qu\u2019à la « miniredevance» sur les postes radio.L\u2019impôt allemand au contenu coûte 215euros (310$) par année et par logement depuis le 1®\"^ janvier 2013.BOURSE SUITE DE LA PAGE B 1 Des craintes quant aux résultats des entreprises Couplés à la perspective d\u2019un ralentissement chinois et aux tensions géopolitique^ et sanitaires (crise ukrainienne, groupe Etat islamique, Ebola.), de tels indicateurs n\u2019augurent rien de bon pour les résultats des entreprises.Or c\u2019est justement sur les perspectives de chif fre d\u2019affaires et de bénéfices que se fondent les investisseurs boursiers pour acheter ou vendre les actions.Mais le mal semble encore plus profond.«On vit une rupture.Les investisseurs prennent brutalement conscience de la fin des rachats d\u2019ac-tijs américains par la Réserve fédérale américaine, qui a été le principal moteur de la hausse des Bourses depuis deux ans», indique Pierre Sabatier, président du cabinet PrimeView.Dopé par les montagnes de liquidités injectées dans les marchés, le S&P 500 a bondi de 80% depuis mars 2011.Quant aux marchés européens (EuroStoxx), ils ont grimpé de plus de 40% depuis l\u2019été 2012 et la fameuse déclaration de Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), de faire «tout ce qu\u2019il faudra » pour sauver l\u2019euro.r Les taux d\u2019emprunt des Etats refont le grand écart Dans ce contexte, il n\u2019a pas fallu longtemps aux investisseurs pour retrouver leurs vieux réflexes de crise.Luyant les marchés d\u2019actions, ils se sont rués sur les actifs considérés comme BRYAN THOMAS AGENCE ERANCE-PRESSE Les courtiers ont connu une semaine difficiie.des placements refuges : les obligations à dix ans américaines, les Bund allemands et, dans une moindre mesure, les bons du Trésor français.Résultat : les rendements de ces titres (qui évoluent en sens inverse de la demande) ont chuté.Mercredi, les taux américains à dix ans sont ainsi repassés sous la barre des 2%, ce qui ne leur était plus arrivé depuis juin 201$.Les Allemands, eux, sont tombés à 0,76%.A l\u2019inverse, les taux des pays dits «périphériques» ont flambé.En Grèce, ils ont frôlé la barre des 8% \u2014 un record depuis février \u2014 tandis qu\u2019ils ont grimpé à 3,29% au Portugal, à 3,42% en Italie et à 2,12% en Espagne.Là aussi, c\u2019est la fin d\u2019une époque.Ces divergences mettent fin à plusieurs mois d\u2019accalmie sur le marché des dettes, pendant lesquels l\u2019écart (le «spread») entre les taux des pays considérés comme sûrs, à savoir la Erance et l\u2019Allemagne, et ceux jugés plus à risque, au sud de l\u2019Europe, n\u2019a cessé de se réduire.La hausse de cet écart rappelle dangereusement celle observée pendant la crise de 2010, lorsque les investisseurs, redoutant une explosion de la zone euro, avaient fui en masse les Etats les plus fragiles, contribuant ainsi à aggraver la situation de leurs finances publiques.Les signaux des banques centrales scrutés attentivement Dès lors, comme en 2010, c\u2019est vers les grandes banques centrales que se portent tous les regards.Et notamment vers la banque centrale américaine (Led).«Les investisseurs vont être très sensibles aux moindres déclarations officielles de Janet Yellen [la présidente de la Led], notamment sur un éventuel changement dans l\u2019annonce d\u2019une hausse des taux directeurs», soulignent les analystes d\u2019Aurel BGC.Dès la semaine dernière, le vice-président de la Led, Stanley Eischer avait indiqué que, «si la croissance mondiale s\u2019avérait plus faible [.], la Fed pourrait réduire moins vite que prévu sa politique accommodante».Elle doit mettre fin ce mois-ci à sa politique de rachat d\u2019actifs, entamée en 2012.Certains observateurs anticipent une remontée des taux directeurs américains à l\u2019automne 2015, plutôt qu\u2019à l\u2019été.Côté européen, le programme de rachat d\u2019actifs titrisés, promis par Mario Draghi pour réamorcer la pompe du crédit et tenter de réanimer l\u2019économie, sera scruté de près.Le Monde LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 OCTOBRE 2014 B 3 PERSPECTIVES 1 Ils étaient très nombreux, les Catalans, à manifester pour l\u2019indépendance le mois dernier.CATALOGNE Une consultation populaire en guise de consolation ?QUIQUE GRACIA AGENCE ERANCE-PRESSE Devant la pression exercée par Madrid, le gouvernement de la Catalogne a finalement renoncé à tenir un référendum le 9 novembre prochain.Maintenant le cap, son président, Artur Mas, réplique par un plan B qui comprend une consultation populaire et une élection référendaire regroupant les partis séparatistes, portant sur la question centrale de l\u2019indépendance.Ce plan tient-il la route?LISA-MARIE GERVAIS T ^ consultation est morte», «Mas [.] jette l\u2019éponge», titraient les grands journaux espagnols au lendemain de l\u2019abandon de l\u2019option référendaire par le président du gouvernement catalan (Generalitat), Artur Mas.Certains ont dit qu\u2019il n\u2019avait guère le choix s\u2019il voulait que le processus d\u2019indépendance demeure dans la légalité.En effet, le 29 septembre dernier, qualifiant la consultation d\u2019inconstitutionnelle, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Ra-joy avait asséné un coup dur aux Catalans indépendantistes en obtenant du tribunal constitutionnel qu\u2019il suspende la loi et le décret permettant d\u2019organiser un référendum le 9 novembre.La mesure de suspension a une durée de cinq mois, période durant laquelle la question de la légalité du processus sera étudiée sur le fond.« C\u2019est difficile pour nous de comprendre cela parce qu\u2019on est dans une fédération et qu\u2019on a une compétence pour organiser nos propres élections, mais en Catalogne, et en Ecosse aussi, on est dans un pays unitaire où c\u2019est l\u2019Etat central qui organise l\u2019élection ainsi que les référendums.C\u2019est lui qui a les listes électorales et qui joue le rôle de l\u2019équivalent de notre Directeur général des élections [DGE} », explique Patrick Taillon, professeur à la Eaculté de droit à l\u2019Université Laval.«Tout comme les Ecossais étaient condamnés à s\u2019entendre avec Londres, car ils n\u2019avaient pas les ressources logistiques nécessaires, Barcelone doit aussi s\u2019entendre avec Madrid.Sauf que le partenaire à l\u2019autre bout de la table ne veut rien savoir d\u2019un scrutin.» L\u2019autre hypothèse, qui pourrait expliquer la renonciation du gouvernement catalan à tenir un référendum, réside dans la perte du consensus entre les quatre partis indépendantistes, favorables au référendum.Le président de la Generalitat, Artur Mas, ne l\u2019a pas nié et a admis que ce consensus, sur la façon de rétorquer à l\u2019aJffront de Madrid, commençait à se «fissurer».Certains, comme Esquerra republicana (ERC) qui est un parti indépendantiste de gauche, prônent la désobéissance civile alors que d\u2019autres ne veulent pas dépasser le cadre de la légalité.Un plan B Reste que, devant cette tourmente, le gouvernement de la Catalogne ne pouvait pas laisser ses partisans sur le carreau.Après avoir renoncé au référendum, le président Mas a aussitôt affirmé qu\u2019il maintenait le cap.Le moyen d\u2019affirmer la volonté d\u2019indépendance sera légèrement différent, soit une consultation populaire qui offrira aux Catalans la possibilité de se prononcer sur les deux mêmes questions référendaires : « Voulez-vous que la Catalogne soit un Etat?Et si oui, voulez-vous que cet Etat soit indépendant?» En cela, l\u2019engagement du président allait être «intact et ferme».Même si le processus a des allures d\u2019ersatz, il y aura donc consultation le 9 novembre prochain, avec des urnes, des bulletins de vote et 20 000 bénévoles qui assureront le bon déroulement de ce processus participatif destiné aux 16 ans et plus et qui se tiendra dans des édifices appartenant au gouvernement catalan.Un prix de conso- SJ LLUIS GENE AGENCE ERANCE-PRESSE Artur Mas mercredi au Parlement catalan, à Barcelone lation pour contenter le clan du oui?«On est dans une situation où la société civile indépendantiste est très active.B fallait que le 9 novembre il se passe quelque chose pour au moins marquer cette date», a soutenu Patrick Taillon.Le principe n\u2019est pas totalement nouveau, la Catalogne ayant déjà effectué un vaste sondage sur les velléités indépendantistes des Catalans, notamment en septembre 2009, auprès des habitants de la localité d\u2019Arenys de Munt, où le oui l\u2019avait emporté de façon écrasante.Cette consultation populaire avait été organisée grâce à la collaboration des acteurs sur le terrain et à l\u2019appui de certaines personnalités et de partis, mais n\u2019avait aucune valeur légale.Mais cette fois, la consultation n\u2019ayant pas non plus force de loi, seuls les convaincus iront voter, rappelle le professeur à la Eaculté de droit.«Les indécis resteront à la maison, et ça va donner des résultats largement favorables», souligne-t-il.Une faveur populaire comme celle qui a émané des gigantesques manifestations d\u2019appui à l\u2019indépendance, notamment lors de la fête nationale le 11 septembre dernier qui, selon la mairie de Barcelone, aurait rassemblé 1,8 million de personnes.Des élections plébiscitaires Artur Mas a reconnu que cette consultation ne sera bien sûr pas définitive et déterminante et que seules des élections pourraient jouer ce rôle «d\u2019instrument final» menant à l\u2019indépendance.Des élections de la Catalogne auxquelles les électeurs seraient appelés à plébisciter, ou non, une coalition forte de partis séparatistes qui se seraient entendus sur une liste de candidats et une plateforme commune : l\u2019indépendance.C\u2019est la deuxième partie de son plan B.Dans son discours lundi dernier au Parlement, Artur Mas a rappelé que de telles élections plébiscitaires anticipées, qui feraient de ce scrutin un référendum de facto, devraient éma- «Les indécis resteront à la maison, et ça va donner des résultats largement favorables» ner des partis, et non du gouvernement.Mais pour l\u2019heure, l\u2019idée est loin de faire consensus.Les quatre partis nationalistes (CiU, ERC, ICV-EUiA et CUP) divergent d\u2019opinion.Les partis ICV-EUiA et la CUP ne sont pas convaincus du bien-fondé d\u2019élections plébiscitaires, pas plus qu\u2019ils ne se rallieraient à une liste commune de candidats pro-indépendance.ERC veut se rallier, à condition qu\u2019il y ait un engagement ferme qui permettrait de proclamer l\u2019indépendance dès le lendemain d\u2019élections victorieuses, quitte à le faire de façon unilatérale, sans négociation aucune.Il veut que tous les partis fassent front commun et que la seule issue possible, si les Catalans votent massivement pour ce bloc de partis pro-indépendance, soit la séparation.Quant au président Mas, il sonde ses appuis.Le parti qu\u2019il dirige, Convergencia i Unio (CiU), est une coalition de deux partis de centre droit (CDC et UDC) qui ont chacun leur vision.CDC n\u2019est pas particulièrement intéressé à ce que l\u2019indépendance soit proclamée automatiquement après les élections ,et plaide pour une négociation en amont avec l\u2019Etat espagnol.Bien que le CiU soit le parti traditionnel et partenaire des gouvernements successifs à Madrid, il n\u2019a plus la majorité absolue depuis 2012 et doit s\u2019appuyer sur les autres partis indépendantistes.Ce n\u2019est pas une chose facile, pour un parti qui a toujours eu une facilité à prendre le pouvoir, de perdre de son importance, de s\u2019effacer au profit d\u2019un idéal commun d\u2019indépendance, note Patrick Taillon.« C\u2019est ce parti qui peut dire: oui, on pèse sur la gâchette et on va de l\u2019avant avec une élection référendaire.Mais quand ça signifie remettre notre siège en jeu, et possiblement prendre du recul advenant une élection [plébiscitaire] anticipée, ça prend du courage», constate-t-il.Le Devoir Le choix du modèle G Michel \"é David La réplique du gouvernement Harper à l\u2019ambitieux programme de garderies à 15$ proposé par Thomas Mulcair était hautement prévisible.«Notre gouvernement conservateur croit que les parents savent ce qui est le mieux pour les enfants», a (déclaré par voie de communiqué la ministre d\u2019Etat au Développement social, Candice Bergen.Le porte-parole du NPD en matière de Pi-nances.Nathan Cullen, a reproché aux conservateurs de recourir à la même rhétorique que celle utilisée par les républicains américains pour dénigrer la réforme de la santé de Barack Obama.M.Cullen n\u2019avait pas besoin de chercher une comparaison outre-frontière.L\u2019opposition libérale à l\u2019Assemblée nationale, dont M.Mulcair lui-même était une des vedettes, avait invoqué exactement le même argument que les conservateurs quand le gouvernement Bouchard avait créé le réseau des centres de la petite enfance (CPE).«Je pense qu\u2019il faut donner des choix aux parents au lieu de faire un \u201cone size fits all\u201d, un système qui est le même pour tout le monde, avait déclaré Jean Charest dans une entrevue accordée au Devoir en septembre 1998.U faut des formules qui respectent le choix que veulent faire les parenû.» C\u2019est précisément pour respecter ce choix que le gouvernement Harper a instauré la prestation universelle pour la garde d\u2019enfants, a fait valoir M\u201c® Bergen.Le PLQ n\u2019était pas allé jusqu\u2019à proposer un «bon de garde», comme l\u2019avait fait l\u2019ADQ, mais il reprochait vivement au gouvernement Bouchard d\u2019avoir sabré les allocations familiales pour financer les CPE, pénalisant même les familles qui n\u2019y inscrivaient pas leurs enfants.Bien entendu, à l\u2019instar de M.Mulcair, les libéraux ont fini par changer d\u2019idée en constatant la grande popularité des garderies à 5$, puis à 7 $, qu\u2019aucun gouvernement ne songerait aujourd\u2019hui à abolir malgré l\u2019explosion des coûts.Le premier ministre Couillard cite régulièrement une étude de l\u2019économiste Pierre Portin selon laquelle les retombées économiques des CPE justifient cet investissement.Sans parler de leur effet positif sur le statut de la femme.Son président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, dont on ne sait jamais si on doit attribuer ses propos à l\u2019économiste ou à l\u2019idéologue, semble maintenant le seul à contester les conclusions de M.Portin, qu\u2019il a déjà comparées à la multiplication des pains.Peut-être M.Coiteux verrait-il la chose d\u2019un meilleur œil si un gouvernement néodémocrate créait un réseau pancanadien en collaboration avec les autres provinces et versait au Québec une importante compensation pour l\u2019aider à financer son propre réseau.L\u2019économiste \u2014 ou l\u2019idéologue \u2014 ne serait peut-être pas convaincu, mais le gestionnaire des finances publiques apprécierait certainement cette contribution à la lutte contre le déficit.Même si les surplus qui vont s\u2019accumuler à Qttawa au cours des prochaines années permettraient de financer aisément un tel réseau, à la condition de ne pas les effacer au fur et à mesure en diminuant les impôts, il y a encore très loin de la coupe aux lèvres.Il serait néanmoins savoureux que les CPE, qui sont présentés depuis des années comme l\u2019exemple par excellence de la déplorable propension du Québec à vivre au-dessus de ses moyens en parasitant le reste du pays, servent éventuellement de modèle à ce dernier.Les CPE sont présentés comme l\u2019exemple du parasitisme québécois Paul Martin voyait jadis la création d\u2019un réseau national de garderies comme le prochain symbole de «l\u2019édification de la nation canadienne», au même titre que le Medicare.H n\u2019avait pas tort: il s\u2019agit là d\u2019un véritable choix collectif qui suppose une communauté de valeurs.Le modèle des CPE reflète-t-il celles d\u2019une majorité de Canadiens ?En s\u2019adressant en début de semaine aux membres de la Chambre de commerce et d\u2019industrie de Québec, Justin Trudeau a déclaré que le Canada avait besoin du Québec, mais ses garderies n\u2019ont pas l\u2019air de l\u2019inspirer.Du moins, pour le moment.L\u2019avantage de parler pour ne rien dire est qu\u2019on ne risque pas de se contredire si on change d\u2019idée.Le chef libéral semble plutôt voir la contribution québécoise à la fédération comme une affaire individuelle.Il est en effet permis de croire que des élus québécois joueraient un rôle plus important dans son gouvernement que dans celui de M.Harper, où ils sont à peine plus que des figurants.Il est vrai qu\u2019on peut difficilement leur en demander davantage.Il ne faudrait cependant pas confondre la bonne fortune de quelques individus appelés à faire une intéressante carrière ministérielle avec la promotion des intérêts du Québec au sein de la fédération.Le coup de force constitutionnel de 1982 de même que l\u2019adoption de la Loi sur la clarté ont démontré qu\u2019une forte présence québécoise à Qttawa pouvait au contraire se traduire par de grands reculs.Ce qu\u2019on a appelé le Erench Power n\u2019a été toléré que dans la mesure où ceux qui l\u2019exerçaient ont accepté de forcer le Québec à entrer dans le moule canadien.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 OCTOBRE 2014 EDITORIAL .A Serge Truffaut EXPANSION DE L\u2019EBOLA EN AFRIQUE Le virus du gain Au Nigeria, les autorités sont parvenues à ramener les méfaits du virus Ebola à trois fois rien.Au Liberia et en Sierra Leone, le contraire, soit l\u2019expansion du fléau, a été constaté.À un point tel, d\u2019ailleurs, qu\u2019on appréhende son introduction en Guinée et même en Côte d\u2019ivoire.Le moteur de cette asphyxie sanitaire ?La corruption d\u2019abord et avant tout.onrovia, la capitale du Liberia, compte au-delà de 420 000 habitants.Jusqu\u2019à tout récemment, le nombre d\u2019ambulances qui circulaient dans les rues de cette ville se comptait sur les doigts d\u2019une main, trois pour être précis.Pour réduire tant bien que mal les saignées du virus Ebola, un individu, et non le gouvernement, a acheté récemment trois ambulances d\u2019occasion des Etats-Unis.Bien.Le pays compte plus de 4,2 millions d\u2019habitants.Le nombre de médecins ?Même pas une centaine.Dans une étude consacrée à ce sujet, Stephen Chan, professeur à l\u2019Université de Londres, explique cette carence par le fait suivant : beaucoup de docteurs ont quitté ce pays parce qu\u2019ils n\u2019y étaient pas payés.Tout simplement, tout bêtement.Depuis qu\u2019elle a été élue, pour la première fois en 2006, présidente du Liberia, Ellen Johnson-Sirleaf a reçu des centaines de millions de dollars en aide de l\u2019étranger afin de moderniser, de mettre à niveau, les systèmes de santé et d\u2019éducation ainsi que le mode de production agricole.Dans un en-tretien accordé au quotidien Le Monde, Hassan C ^\t^ '¦ Bility, responsable local de la défense des ^\t- droits de la personne, assure que de cet argent \\\til n\u2019y a «pas de traces: ni dans la santé, ni dans l\u2019éducation, ni dans les infrastructures ».Bon.Dans son analyse, le Britannique Chan insiste passablement sur l\u2019aspect suivant : faute d\u2019avoir investi certains de ces millions dans la mise en place de balises propres à « hygiéni-ser » la chaîne alimentaire, les Libériens ont consommé d\u2019importants volumes de viande de brousse, ou bushmeat.Ce faisant, la propagation du virus a été grandement favorisée car, faut-il le rappeler, l\u2019origine de ce dernier est.animale ! Selon les confidences recueillies par un journaliste du Monde d\u2019un diplomate étranger en poste à Momovia, Johnson-Sirleaf et tout son cabinet sont les sujets d\u2019une défiance qui «a vraiment commencé avec leur réélection en 2011.Le niveau de corruption s\u2019élève sans cesse, elle place ses proches aux plus hautes fonctions, dont son fils à la tête de l\u2019Agence nationale de sécurité.» Comme c\u2019est toujours le cas avec la corruption, plus on en épouse les vices et plus on incline vers la concentration des pouvoirs.Ainsi, le 10 octobre dernier, la présidente a demandé des pouvoirs extraordinaires en précisant qu\u2019elle voulait notamment gommer le droit d\u2019expression et de manifestation.En Sierra Leone, il en va comme au Liberia.La corruption et la répression y ont fait le lit d\u2019Ebola.Dans une entrevue emegis-trée par le site Médiapart, Sylvain Baize, responsable du Centre national de référence des fièvres hémorragiques virales de l\u2019Institut Pasteur, indique que les deux pays nommés sont d\u2019ores et déjà aux prises avec le «scénario de progression exponentielle».On a «un peu l\u2019impression d\u2019être sur un bateau où l\u2019on écope avec un verre tandis que l\u2019eau se déverse par seaux».Dans un document obtenu par l\u2019Associated Press, les responsables de l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS) composent un acte de contrition en ces termes : «Presque tous ceux impliqués dans la réponse à l\u2019épidémie ont raté des choses évidentes.» En fait, les bévues dont l\u2019OMS se dit responsable sont la conséquence d\u2019une perversité.Laquelle?Les directeurs nationaux en Afrique de l\u2019agence onusienne sont nommés par les gouvernements africains.En 2011, Johnson-Sirleaf a eu le Nobel de la paix.Elle mérite son exact contraire : le Nobel de l\u2019inhumanité.JUSTIN TRUDEAU Le petit garçon e Parti libéral du Canada caracole en tête des sondages au Canada depuis que Justin Trudeau en est le chef.Il en est de même au Québec, où il maintient une solide avance sur le NPD.Il ne balaierait sans doute pas le Québec à la prochaine élection, comme l\u2019avait fait son père en 1980 en remportant 74 des 75 sièges.Néanmoins, sa base apparaît suffisamment solide pour partir depuis le Québec à la conquête du Canada.A un an des élections, les incertitudes restent nombreuses.Parmi elles, il y a sa personnalité encore immature, politiquement parlant, qui pourrait lui faire glisser des mains une victoire qui apparaît possible.Aux yeux de bien des Québécois, il est Tï- ~ d\u2019abord le nom de famille qu\u2019il porte et, en cela, une image.Il est un Trudeau, et par là on J .'\tle voit de la lignée des leaders canadiens-fran- #\tçais, qui de sir Wilfrid Laurier à Jean Chrétien I\tVH ont fait du Parti libéral le parti des Québécois ¦.\t.'K iW\t^ Qttawa.Tout naturellement, ils ont pu se sen- Bernard\ttir rassurés en voyant un Trudeau à la tête de Descôteaux\tce parti qu\u2019ils boudaient depuis deux décen- nies.En effet, pourquoi, après être allé vers le Bloc québécois puis le NPD, ne pas revenir vers celui avec lequel on a entretenu un lien affectif durant plus d\u2019un siècle ?Cette réconciliation avec les libéraux pourrait bien n\u2019être que transitoire dans la mesure où l\u2019image de ce jeune leader n\u2019est que cela, une image, construite autour d\u2019un nom de famille.Qn ne lui reprochera pas d\u2019être « le fils de », mais tant qu\u2019il ne s\u2019en sera pas détaché, il demeurera dans l\u2019imaginaire de ceux qui ont voté pour son père le petit garçon qu\u2019ils ont connu à cette époque.Un petit garçon qui a encore besoin d\u2019être tenu par la main, comme le symbolise l\u2019intervention cette semaine de Jean Chrétien venu défendre la position de Justin Trudeau sur la non-participation du Canada aux opérations militaires en cours en Irak.Pierre Trudeau aimait dire que c\u2019est à la fin de la soirée que l\u2019on reconnaît le meilleur danseur.Sans doute le jeune chef libéral saura-t-il faire quelques belles pirouettes sur des scènes comme celle que lui offre ce week-end l\u2019émission Tout le monde en parle.L\u2019emportera à la fin celui qui a de l\u2019endurance et de la profondeur, ce qu\u2019avait son père, qui avait aussi cette qualité consistant à savoir bien s\u2019entourer.Il avait autour de lui les Jean Marchand et Gérard Pelletier, et d\u2019autres comme Marc Lalonde et Jean-Luc Pépin.Il avait une équipe.Qr Justin Trudeau est aujourd\u2019hui seul à incarner son parti, sans personne qui lui serve d\u2019appui.Certes, on est à un an du prochain scrutin et il est tôt pour présenter son équipe, mais s\u2019il y a pour lui une urgence c\u2019est bien de montrer qu\u2019il n\u2019est pas seul.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET L?AVÎ(?n k\\> i 1 LETTRES Réseaux « asociaux » La trop grande présence des réseaux sociaux dans la vie des étudiants est un fléau grandissant.En effet, plusieurs études démontrent d\u2019innombrables faits et statistiques sur ce sujet mais, sur un plan plus humanisé, il faut s\u2019attarder aux conséquences directes que ce cataclysme entraîne sur la santé psychologique de ses utilisateurs technos.Tous sont d\u2019accord pour affirmer que ce sont les jeunes qui bâtissent l\u2019avenir.Et si ces jeunes étaient sur la mauvaise route ?S\u2019ils étaient corrompus en raison des stupidités retrouvées sur le Web qu\u2019ils consomment avec avidité?Les comportements avares d\u2019attention que l\u2019on retrouve de plus en plus chez les jeunes amènent à aborder l\u2019individualisme grandissant de la jeune société.L\u2019individualisme : un terme souvent employé pour désigner la façon de penser des citoyens.Cet individualisme se voit malheureusement nourri, en grande partie, par les réseaux sociaux.La raison est simple : plus un étudiant passe du temps à cultiver les mentions «j\u2019aime» sur ses statuts insignifiants ou encore sur ces populaires égopor traits, moins il en investit dans un apprentissage sain de ce qu\u2019est la véritable nature sociale des gens qui l\u2019entourent.D\u2019autant plus que la période scolaire d\u2019un jeune est celle où il a le plus besoin d\u2019encouragement pour trouver, ou du moins conserver, une motivation qu\u2019il devra cultiver jusqu\u2019à sa vie adulte.De manière indirecte, il est donc possible d\u2019affirmer que les réseaux sociaux, en plus de rendre asociaux, nuisent aux études à court et à long terme.Rose Perreault Le 16 octobre 2014 De quoi y parlent ?Je ne puis m\u2019empêcher de réagir à tous ces critiques de la langue employée par les personnages du film Mommy, car ils m\u2019étonnent.Selon moi, la langue qui est parlée dans ce film est percutante précisément par son authenticité.J\u2019ignore s\u2019il faut la qualifier a) d\u2019acadienne, b) de franglais, c) de jouai ou d) d\u2019aucune de ces réponses.En revanche, elle m\u2019est apparue tout à fait juste et justifiée à l\u2019écoute du film.Toute autre manière de parler eût été affectée ! Sortez donc de votre petit confort, messieurs dames, pour écouter parler des gens, jeunes et moins jeunes, s\u2019interpeller dans des corridors ou des cuisines, des bars ou des restaurants, au volant de leins voitures ou sin des trottoirs, et vous reconnaîtrez la voix de mommy, de Steve ou de lein voisine.Claude L.Normand Gatineau, le 16 octobre 2014 Revue de presse Début de vie, fin de vie GUILLAUME BOURGAULT-COTE Si le gouvernement Harper respecte sa propre loi, la prochaine élection fédérale aura lieu dans exactement un an dimanche, le 19 octobre 2015.Et tant le Nouveau Parti démocratique que les conservateurs ont commencé à dresser la table de la campagne cette semaine.Avec au centre des débats portant sur de jeunes enfants.La proposition de Thomas Mulcair de créer un plan national de garderies à cotisations obligatoires pour les gouvernements provinciaux lui a valu une attention médiatique comme il en a rarement profité dans le RQC au cours des derniers mois.Le NPD veut «créer ou maintenir» d\u2019ici huit ans un million de places à 15$ par jour dans les garderies canadiennes.A terme, la mesure coûterait 5 milliards par année.Qttawa financerait 60 % du programme, les provinces devant y contribuer à hauteur de 40%.Une bonne idée?Les avis divergent dans la presse anglophone, mais tous ont salué une proposition «ambitieuse, sérieuse et chiffrée», comme l\u2019a résumé Andrew Coyne dans le National Post.Voilà une «contribution importante au débat national», dit-il.Habile, également, parce qu\u2019elle positionne le NPD tout à l\u2019opposé des conservateurs et rappelle que les libéraux n\u2019ont jamais pu concrétiser leur promesse de créer un programme semblable durant les années Chrétien.Mais pour autant, Coyne ne considère pas que ce soit là une bonne politique publique.Selon lui, le principe de l\u2019actuelle Prestation universelle pour la garde d\u2019enfants (PUGE) \u2014 où les parents reçoivent directement 100$ par mois par enfant de moins de six ans \u2014 est plus intéressant.Il permet aux parents de choisir ce qu\u2019ils jugent être le mieux pour leurs enfants (ce pro- gramme sera vraisemblablement étendu, révélait le Post la semaine dernière).Le plan du NPD forcerait plutôt chaque enfant à fréquenter une garderie « approuvée», idéalement syndiquée, dit (Joyne.Sauf que tous les parents ne veulent pas nécessairement ça: des arrangements plus informels peuvent être plus intéressants pour ceux-ci.Cette liberté de choisir n\u2019est pas incluse dans le plan Mulcair, déplore-t-il.Deux visions Dans le Globe and Mail, on souligne en éditorial le contraste entre l\u2019annonce du projet du NPD et celle, le même jour, du ministre des Pinances qui confirmait que les surplus budgétaires prévus pour 2015 seront retournés assez directement dans les poches des Canadiens.Voilà deux visions diamétralement opposées de deux partis sur la façon d\u2019utiliser les fonds publics.Le plan Mulcair aurait un impact positif pour aider les femmes à retourner sur le marché du travail après avoir eu un enfant, souligne-t-on en citant l\u2019exemple du Québec.La PUGE a pour elle l\u2019avantage de coûter moins cher, de ne pas avoir besoin d\u2019une grosse bureaucratie et de laisser aux familles le choix de dépenser l\u2019argent comme elles l\u2019entendent.Les deux propositions ont du bon, estime le Globe.Et surtout, elles soulèveront un débat sur un enjeu de fond.C\u2019est le geme de discussion qui redonnera de la vitalité à la démocratie canadienne, pense-t-on.Dans le même journal.Jeffrey Simpson salue le fait que le NPI) présente enfin une politique consistante qui saura parler aux Canadiens.Une politique cohérente avec l\u2019ADN d\u2019un parti qui croit en un gouvernement fort et interventionniste, estime Simpson.Plusieurs familles canadiennes paient plus de 1000 $ par mois en frais de garderie.Ces frais importants peuvent convaincre les femmes de demeurer à la maison plutôt que de réintégrer le marché du travail.La mesure Mulcair aurait l\u2019avantage de faciliter un retour au travail.ce qui enrichirait le gouvernement par la voie des impôts, souligne le chroniqueur.Ce serait ainsi une «grosse réforme sociale» qui viendrait corriger la «parodie» de plan national de garderies que constitue selon lui la PUGE.Mourir dans la dignité La Cour suprême étudiant le dossier du suicide assisté, le Globe and Mail a réitéré cette semaine son souhait de voir le Parlement adopter une loi permettant aux médecins d\u2019aider des patients à mourir si ces derniers le désirent \u2014 une mesure appuyée par une majorité de Canadiens, dit-on.Ce n\u2019est pas aux tribunaux de rédiger ce genre de politique, mais aux politiciens, rappelle le quotidien en éditorial.Le Québec a ouvert la voie en situant sa loi dans une optique médicale, mais il serait temps que le Code criminel reconnaisse à la grandeur du pays le droit de mourir dans la dignité, souligne le Globe.Dans le Chronicle Herald (Halifax), la professeure Catherine Prazee aborde le dossier sous l\u2019angle des personnes handicapées (elle en fait partie).Erazee craint qu\u2019on en vienne à ériger en politique publique les préjugés envers les handicaps.Elle rappelle que la perte d\u2019autonomie et le besoin d\u2019avoir de l\u2019aide au quotidien n\u2019entraînent pas nécessairement le souhait de mourir.La dignité de la vie ne s\u2019exprime pas que dans une pleine santé, rappelle-t-elle.Sur Twitter: ©gbcote Le Devoir Les liens vers les articles originaux sont intégrés à la version en ligne de ce texte. LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 OCTOBRE 2014 B 5 IDEES Octobre nous colle toujours à la peau PASCAL ALAIN Historien, Carleton-sur-Mer crire sur Octobre.Encore.Une crise politique aux allures de crisette pour bien des pays de la planète ?N\u2019em-pêche.C\u2019est notre crise à nous.Notre cri dans la nuit qui fait encore écho.Récemment, j\u2019étais à Percé pour prononcer une conférence sur la Crise d\u2019octobre et la Maison du pêcheur.Quarante-cinq ans plus tôt, les fères Paul et Jacques Rose y passaient l\u2019été, ainsi que Francis Simard.Ils seront rejoints plus tard par Bernard Lortie, de Gaspé, pour ensuite former la cellule Chénier du Front de libération du Québec.Que le FLQ ait eu tort ou raison d\u2019exprimer son trop-plein par des enlèvements politiques et des attentats à la bombe m\u2019importe peu.Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est l\u2019histoire.Je veux comprendre.Faire comprendre aux gens le contexte de l\u2019époque, qu\u2019ils aient été témoins ou non de cette période où le Québec moderne s\u2019est construit.La Gaspésie contestataire A l\u2019été 1969, Percé est un haut lieu touristique, mais également un lieu de rassemblement de la jeunesse québécoise.Une auberge de jeunesse peu conventionnelle y ouvre ses portes.Pour les Rose, Simard et Lortie, l\u2019idée de monter une organisation prend forme dans cet ancien hangar de pêche baptisé la Maison du pêcheur.Bien qu\u2019ils soient perçus comme des indésirables dans ce Percé plutôt conservateur, les jeunes résistent aux autorités.Un proche se souvient de l\u2019année 1969, alors que le cégep de Gaspé accueille ses premiers étudiants: «Des proches de la Maison du pêcheur vont s\u2019installer à Gaspé à l\u2019automne.Il y a un vent de changement qui souffle et ces personnes en font partie.Ils parlent du pouvoir étudiant; ils ont un discours enflammé et critique par rapport aux autorités, mais qui ne plaît pas à tout le monde.Il se produit un genre d\u2019éveil des consciences.» En octobre 1969, le bill 63 est adopté.Cette loi accorde aux parents le libre choix de la langue d\u2019enseignement pour les enfants.Mon informateur m\u2019indique : «A Gaspé, on discute de cette loi lors des rencontres de l\u2019association étudiante.L\u2019une des filles de la Maison du pêcheur a pris la parole lors d\u2019une assemblée générale en disant: \u201cOn va aller à Québec manifester, pis on va s\u2019y rendre en taxi s\u2019il le faut.\u201d C\u2019est ce qu\u2019on a fait! On est partis une quinzaine avec trois voitures ! » Le spectre d\u2019Octobre Une quarantaine d\u2019années plus tard, Qctobre nous colle toujours à la peau.Le sujet fait toujours réagir.En 2010 paraît l\u2019excellent roman de Louis Hamelin La constellation du Lynx (Boréal) .Le romancier récidive cette année avec Fabrications (PUM), un essai littéraire cette fois, qui se veut aussi politique et historique.S .A-.;.THIERRY HAROUN LE DEVOIR Pendant le tournage du film La Maison du pêcheur Hamelin semble convaincu qu\u2019Qctobre empeste la manipulation.Selon lui, la police a délibérément laissé perdurer la crise ayant mené à la mort du vice-premier ministre Pierre Laporte, ce qui aurait permis de justifier une intervention soigneusement préparée, soit la Loi sur les mesures de guerre, promulguée dans la nuit du 16 octobre 1970.Tout est-il manipulé à ce point?Ne sommes-nous tous que des pions, manipulables à souhait, facilement déplaçables sur un échiquier contrôlé par un pouvoir à huit têtes, et ce, jusqu\u2019à ne pas en avqir conscience ?La vie se résume-t-elle à cela?A se faire téléguider à outrance ?Dans l\u2019essai d\u2019Hamelin, bijou littéraire certes, nous attendons toutefois la démonstration de vraies preuves qui confirmeraient le complot des forces policières puisqu\u2019elles connaissaient, selon lui, le lieu de séquestration de Laporte.Mais les preuves formelles ne viennent jamais.Qn progresse dans ce livre comme dans une file d\u2019attente qui serait sans fin.Si bien qu\u2019à la fin, même Sisyphe est fatigué.Que la police ait pu utiliser Qctobre, personne n\u2019en doute.Mais qu\u2019Qctobre se résume à une triste pièce de théâtre jouée derrière des volets clos où des militants sont condamnés à ne jouer, malgré eux, que le même rôle me force à me poser deux questions.Si c\u2019est bien le cas, à quoi ça sert alors de vouloir changer les choses ?Quel sens l\u2019action politique a-t-elle?En octobre 1970, j\u2019ai moins de trois ans.Bien que la mort de Duplessis ait permis de se débarrasser d\u2019un carcan clérico-traditionnel-ultra-conservateur, l\u2019atmosphère n\u2019est pas à la rigolade au Québec.Un rattrapage s\u2019imposait.Et cela n\u2019était pas qu\u2019affaire d\u2019institutions et de belles histoires officielles, du «Maîtres chez nous» de Jean Lesage aux Insolences du frère Untel, à Ja nationalisation de l\u2019hydroélectricité ou à r«Egalité ou indépendance» de Johnson et autres.Il y avait aussi derrière la grande histoire une histoire populaire, celle du peuple, véritable moteur de l\u2019histoire en marche.J\u2019ai en tête Marcel Chaput et son livre Pourquoi je suis séparatiste ?, ce même Chaput et André D\u2019Allemagne qui fondent le Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN), la création de la revue Parti pris qui oriente sa lutte sur le laïcisme, l\u2019indépendantisme et le socialisme, la création du FLQ, le Samedi de la matraque, le manifeste révolutionnaire Nègres blancs d\u2019Amérique de Pierre Vallières, le mouvement étudiant d\u2019octobre 1968, le Lundi de la matraque, les innombrables grèves et manifestations qui ont secoué alors tout le Québec.Pourquoi Qctobre ?Pour toutes ces raisons.La jeunesse québécoise a les yeux rivés sur le monde.Elle a conscience de la mouvance internationale dans laquelle elle baigne.Le globe vibre à l\u2019heure des mouvements de libération nationale et de décolonisation en Afrique, des manifestations des Noirs américains, des protestations contre la guerre au Vietnam, de Mai 68 en France, des mouvements populaires en Palestine et en Amérique latine, du Printemps de Prague, de l\u2019IRA en Irlande, de Woodstock, qui rassemble la jeunesse mondiale.Le Québec n\u2019allait pas demeurer à la remorque du reste du monde.De jeunes militants allaient reprendre à leur façon la lutte des Patriotes de 1837-1838 pour redéfinir la direction de leur pays.De tout temps, la jeunesse n\u2019est-elle pas porteuse d\u2019aspirations et d\u2019espoir ?COHABITATION VELOS-CAMIONS Un peu d\u2019audace, SVP MATHIEU SEGUIN Membre de la Coalition vélo Montréal près un été marqué par plusieurs collisions mortelles entre cyclistes et poids lourds, un article du Devoir du 16 octobre {«Les poids lourds en cause dans le tiers des morts à vélo ») présente des faits bien sombres, mais peu surprenants.Les camions font bel et bien mauvais ménage avec les utilisateurs les plus vulnérables de la route, surtout en ville, où l\u2019espace est souvent plus restreint et l\u2019activité, plus importante.Malgré tout, malgré des statistiques on ne peut plus claires, les accidents graves et les morts, que fait-on pour changer la situation?Alors que de plus en plus de citoyens choisissent le vélo pour se déplacer, aller au travail, faire leurs achats, aller reconduire les enfants à la garderie, comment assure-t-on la sécurité de ces personnes dans leurs déplacements ?Comment peut-on continuer d\u2019accepter que près du tiers des accidents mortels de cyclistes impliquent un camion?Les problèmes ont beau être connus, on s\u2019en tient essentiellement à des vœux pieux et aux petites mesures.A la suite du décès de Mathilde Blais en avril dernier, la Ville de Montréal a rapidement réagi, notamment en obligeant les véhicules lourds à circuler à gauche sous les viaducs.C\u2019est mieux que rien, diront certains.Toutefois, l\u2019occasion était belle pour que tous s\u2019engagent clairement à régler durablement ce grave problème de partage dç la route dans les zones les plus dangereuses.A la place, on envoie les camions à gauche, les vélos sur les trottoirs sous certains viaducs, et on ANNIK MH DE CARUEEL La cohabitation est possibie et souhaitabie.croise les doigts.C\u2019est la solution diachylon par exçellence ! Evidemment, les cyclistes et les piétons doivent s\u2019assurer d\u2019être aussi visibles que possible et éviter à tout prix de se retrouver dans l\u2019angle mort d\u2019un poids lourd.L\u2019éducation et la sensibilisation ont donc leur place pour améliorer la cohabitation.Par ailleurs, où sont les infrastructures assurant une plus grande sécurité aux cyclistes dans les zones les plus fréquentées, comme autour du métro Vendôme où la Ville retarde l\u2019implantation d\u2019une piste cyclable sécurisée ?Et encore, même lorsque des bandes cyclables sont timidement installées, elles se transforment presque instantanément en zone de stationnement temporaire pour les taxis et les livreurs, forçant les cyclistes à les contourner et à se lancer subitement dans la circulation.Pire encore, ces bandes sont parfois cachées par des voitures stationnées ou collées sur leur gauche, augmentant ainsi le risque d\u2019emportiérage.Qu\u2019en est-il de l\u2019application rigoureuse du règlement interdisant le stationnement à moins de cinq mètres d\u2019une intersection?Une mesure pourtant bien simple qui augmente la sécurité des piétons en augmentant considérablement leur visibilité là où les dangers sont les plus grands.Pourquoi l\u2019industrie du transport s\u2019entête-t-elle encore à refuser d\u2019installer des protections latérales sur les camions alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une manière simple de réduire les décès en cas d\u2019accidents?La Ville de Montréal s\u2019est engagée à installer de telles protections au fd des prochaines années et la Ville de Westmount l\u2019a déjà fait, en plus d\u2019équiper ses camions de caméras pour couvrir les angles morts.Tous doivent collaborer pour que ce sombre bilan ne se répète pas.La cohabitation entre l\u2019ensemble des usagers de la route est possible et souhaitable, particulièrement entre les plus gros et les plus petits.Il suffit d\u2019une dose de courtoisie de la part des usagers et d\u2019un peu plus de volonté et d\u2019audace chez les décideurs.Et la rue sera alors vraiment accueillante pour tous.Le sirop David Desjardins a fille entre dans mon bureau.C\u2019est mercredi soir, elle veut me montrer un truc.\u2014J\u2019ai pas le temps, bébé.Je travaille.\u2014 Pncore?! Ben oui, encore.Comme samedi, comme dimanche, je sais.Comment je t\u2019expliquerais.Je travaille parce que j\u2019aime ça.Mais si je travaille beaucoup, c\u2019est pour que tu ne t\u2019inquiètes pas trop.Je sais que je ne devrais pas le dire, mais on ne se mentira pas, c\u2019est pour que tu puisses avoir une vie plus confortable, avec une maison, un nouveau vélo quand celui-ci sera trop petit et pour que tu puisses poursuivre tes cours de chant.Le ski ?C\u2019est grand-maman qui te l\u2019offre pour Noël.C\u2019est drôle, tu penses qu\u2019on est pauvres.Parce qu\u2019on n\u2019a pas de piscine et qu\u2019on ne va pas dans le Sud.C\u2019est mignon, mais je suis assez heureux que tu constates que c\u2019est pas parce qu\u2019on voit ma face dans le journal que l\u2019argent tombe du ciel.En fait, pour encore plus d\u2019heures travaillées, je fais moins d\u2019argent maintenant que j\u2019en faisais quand tu es née.Je pourrais te dire que j\u2019aurais dû rester plus longtemps à l\u2019école.Mais je serais sans doute devenu prof.Ça ou journaliste, les deux sont méprisés, souvent mal payés, précarisés, alors que ce sont pourtant nous qui offrons à la population les outils de son affranchissement.Faut croire qu\u2019on les aime, nos chaînes.Mais je ne te parlerai pas de tout cela.Ni n\u2019évoquerai mes inquiétudes concernant ton avenir, l\u2019état général des démocraties et celui de l\u2019air ambiant.Ça m\u2019évitera de révéler que si je ne faisais pas autant de sport, je ne dormirais sans doute plus de nuits complètes sans qu\u2019un milligramme ou deux de clonazépam caracole dans mes veines.Surtout, je ne dirai rien parce que je veux t\u2019offrir ce que mes propres parents m\u2019ont donné de plus précieux: le bonheur de l\u2019insouciance.C\u2019est encore le plus beau cadeau qu\u2019on peut offrir à un enfant, avant que tout bascule et qu\u2019on ne Tu tiens puisse plus jamais remettre le dentifrice de l\u2019angoisse de tes parents dans son tube.\t^\t,\t, Qh, tu ne manques pas C6tte manie de d\u2019amour, c\u2019est sûr.Et puis je ^ ^ rpmpftrp prends toujiours le temps de remettre répondre à tes questions, en question Cette semaine tu m\u2019as demandé : pourquoi faut-il percer un second trou sur la canne pour que le sirop d\u2019érable coule mieux?C\u2019est parce que l\u2019air doit remplacer le vide que laisse le sirop en sortant, ma ^ande.Mais c\u2019est vrai, je ne me porte jamais volontaire pour accompagner ta classe lors de sorties.Je ne dessine pas avec toi.Je n\u2019ai jamais fait de pâte à modeler, de casse-tête, de gouache.J\u2019aime pas jouer.Au fond, je suis égoïste.Je pars rouler, courir ou skier en te laissant à tes trucs à toi, et je t\u2019interdis souvent d\u2019écouter la télé et de te servir de tout bidule électronique alors que je ne m\u2019impose pas le même régime.Je t\u2019apprends à t\u2019ennuyer.Cette petite cruauté t\u2019empêchera de souffrir un peu de celle de la vie.Enfin, c\u2019est ce que je me raconte.C\u2019est pour cela aussi que je suis assez sévère.Pas militaire, mais à des lieues de ce qui se passait quand j\u2019étais enfant.Ma mère me trouve parfois inflexible.Toi, tes signes d\u2019impatience sont plutôt rares.J\u2019essaie quand même de faire attention pour que la seule attention que tu reçoives ne soit pas que disciplinaire.Alors je déconne.Depuis que tu es petite, j\u2019invente des histoires de monstres galactiques et transforme le chemin vers l\u2019école en récit délirant où des espions se voient confier la mission d\u2019éviter le trafic par mille raccourcis.C\u2019est ma seule richesse: l\u2019imagination.Je sais que tu en as hérité.Comme de ma manie de tout égarer.Tu vas avoir 10 ans dans quelques jours.Et moi 40, tout juste après.Je sais pas trop ce qui nous attend.J\u2019essaie de ne pas penser à tout ce qui va te blesser et m\u2019obliger à te voir souffrir.A tout ce que j\u2019aurai fait tout croche, dans l\u2019urgence, et qui reviendra me hanter.Tu tiens de tes parents cette manie de tout remettre en question.Sache que c\u2019est à la fois une marque d\u2019intelligence et la source de bien des bêtises.Tu peux pas imaginer comme ça rend con de toujours chercher à avoir raison.Pour le reste, sans doute me reprocheras-tu un jour d\u2019avoir été un père moyen.D\u2019avoir trop travaillé.Et peut-être d\u2019avoir mieux su te parler dans mes chroniques.Ça se peut.L\u2019existence s\u2019écrit plus facilement qu\u2019elle ne se vit.En attendant, ne vieillis pas trop vite, je t\u2019en prie.Je continue d\u2019inventer des histoires, de faire le pitre si tu veux, pourvu que ça t\u2019empêche de basculer déjà en dehors de l\u2019enfance, de ses mille questions, de ses merveilles toutes simples.Regarde Coco ! Le sirop coule presque plus si je mets mon pouce sur le deuxième trou.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine RobitaïUe (edîtonahste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deghse (société), Jean Dion (sports), Melanie Loisel et Philippe Orfah (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel T>a.'nA(chroniqueur), Helene Buzzeth et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Belair-Cmno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, JNIontreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), Véronique Chagnon et Louis Gagne (pupitre) information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane BaïUargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters), Juhe Carpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), François Desjardins, Enc Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettmo-Parazelh {reporters), Gerald Dallaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Elorence Sara G Eerrans (assistants) , correction : Andreanne Bedard,^Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), 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des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentina Draghici, Cehne Euroy et Véronique Page B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 OCTOBRE 2014 SCIENCES J OBSERVATOIRE DU MONT-MEGANTIC Greffée au télescope scientifique de 1,6 mètre de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic, la caméra mise au point par Olivier Daigle durant son doctorat a permis d\u2019obtenir une image d\u2019une galaxie à la suite de trois heures d\u2019exposition au cours desquelles environ trois millions de photons provenant de la galaxie ont été captés par la caméra.C\u2019est rhistoire d\u2019une belle aventure scientifique, celle d\u2019un jeune chercheur québécois passionné d\u2019astrophysique qui a conçu une caméra ultrasensible permettant de détecter les photons émis par des exoplanètes situées à des années-lumière de nous.Mais le plus étonnant est que cette technologie qu\u2019il a imaginée pour sonder l\u2019infiniment grand sert aussi à voir l\u2019infiniment petit, comme des cellules cancéreuses enfouies dans le cerveau.PAULINE GRAVEL Lor squ\u2019O livier Daigle entreprend son doctorat en astrophysique à l\u2019Université de Montréal, son but est d\u2019estimer la quantité de matière sombre que renferme un ensemble de galaxies proches, et de la localiser.Pour détecter la matière sombre qui n\u2019émet pas de lumière, on s\u2019intéresse à son effet gravitationnel, soit l\u2019effet de sa masse, sur la matière visible.C\u2019est en raison de la présence de matière sombre qu\u2019une étoile située à une certaine distance du centre de la galaxie se déplace à une vitesse précise sur son orbite, rappe\tEn mesurant la vitesse de rotation de la matière visible d\u2019une galaxie, on peut connaître la masse totale de la galaxie.Puis, en calculant la quantité de matière visible dans cette même galaxie, on peut déduire la quantité de matière sombre qu\u2019elle doit contenir et où elle se retrouve dans la galaxie par des modèles orbitaux», résume M.Daigle avant d\u2019expliquer comment il a procédé.Pour calculer la vitesse de rotation de la matière visible, le chercheur devait mesurer les légers décalages que subit la lumière émise par le nuage d\u2019hydrogène à proximité d\u2019une étoile en raison de l\u2019effet Doppler.«Il nous fallait une caméra très sensible, car nous devions utiliser des filtres à balayage très étroits permettant de mesurer des décalages Doppler de l\u2019ordre de fractions d\u2019angs-trom de résolution spectrale, et qui laissent passer très peu de lumière.De plus, la caméra devait permettre une vitesse de lecture rapide, car les conditions du ciel ne devaient pas changer pendant un balayage complet du filtre», explique M.Daigle qui, pour relever ce défi, a développé une nouvelle caméra qui détecte l\u2019arrivée des photons avec une grande précision grâce à une réduction du bruit parasite qui normalement brouille la mesure des signaux lumineux.Greffée au télescope scientifique de 1,6 mètre de l\u2019Observatoire du Mont-Mégantic, la caméra mise au point par Olivier Daigle durant son doctorat a permis d\u2019obtenir une image d\u2019une galaxie à la suite de trois heures d\u2019exposition au cours desquelles environ trois millions de photons provenant de la galaxie ont été captés par la caméra, «ce qui représente 100 000 milliards de fois moins de lumière qu\u2019émet une ampoule électrique de 100 watts en une seconde», précise le chercheur pour souligner la faible luminosité que peut détecter sa caméra à comptage de photons.La caméra à comptage de photons voit les photons arrivés un par un, alors que typiquement, une caméra normale ne peut déceler la présence de lumière qu\u2019à partir d\u2019une dizaine, voire une centaine de photons.«La caméra à comptage de photons n\u2019a besoin que d\u2019un seul photon.C\u2019est l\u2019ultime sensibilité.S\u2019il n\u2019y a pas de photon, la caméra devrait donner une image parfaitement noire, mais ce n\u2019était pas toujours le cas.Le bruit donnait l\u2019impression que le capteur avait vu de la lumière alors qu\u2019il n\u2019y en avait pas», explique Olivier Daigle qui a construit un système électronique dans le but de diminuer la quantité de bruit généré.«Le nouveau capteur a la même sensibilité, il voit autant de photons qu\u2019avant, mais lors de la lecture, il y a une plus grande probabilité qu\u2019un pixel ait été allumé par un photon que par du bruit généré par l\u2019électronique.» Source de bruit Lorsqu\u2019un photon arrivant d\u2019une étoile ou d\u2019une cellule qu\u2019on a rendue luminescente frappe le détecteur fait d\u2019un bloc de silicium, il arrache un électron à l\u2019atome qu\u2019il a percuté.Ce phénomène survient en vertu de l\u2019effet photoélectrique qu\u2019a découvert Albert Einstein et qui lui a valu le prix Nobel de physique en 1921.L\u2019électron qui a été sorti de son orbite autour de l\u2019atome de silicium s\u2019accumule ensuite dans le pixel, l\u2019unité de résolution du détecteur.Chaque pixel accumule ainsi des électrons pendant le temps d\u2019exposition, qui peut «Cette caméra a permis de quadrupler l\u2019efficacité de nos observations astronomiques.Ce qu\u2019on faisait en une heure d\u2019observation auparavant, on peut maintenant le faire en 15 minutes.» durer de quelques millisecondes à quelques heures.Une fois l\u2019exposition terminée, on doit « lire », c\u2019est-à-dire calculer, la quantité d\u2019électrons qui s\u2019est accumulée sur chacun des pixels, ce qui permettra de former l\u2019image.Plus un pixel aura accumulé d\u2019électrons, plus il sera brillant.Plusieurs phénomènes indésirables peuvent toutefois perturber la lecture du signal dans chacun des pixels et générer ce qu\u2019on appelle un bruit de lecture.« On ne peut pas compter les électrons un à un, car leur charge est trop faible.Pour en connaître la quantité, il faut donc déplacer les électrons dans un petit condensateur où il sera possible de mesurer une tension électrique qui correspondra à leur nombre», explique Oljvier Daigle.A très faible luminosité, la principale source de bruit est l\u2019injection de charge qui survient lors du déplacement des électrons vers le condensateur.C\u2019est un contrôleur branché à la puce d\u2019imagerie qui, en provoquant des variations brusques de tension dans la puce d\u2019imagerie, induit le déplacement des électrons accumulés sur un pixel vers le condensateur.Or, cette façon de faire générait de nouveaux électrons, qui allaient s\u2019accumuler dans les pixels.De plus, il était impossible de différencier un électron généré par un photon d\u2019un électron généré spontanément à la suite de variations de tensions induites par le contrôleur pendant le processus de déplacement des autres électrons.Ainsi, même si la caméra se trouvait complètement dans le EÉLICIEN LEGRAND, NUVU CAMÉRAS Olivier Daigle a développé une nouvelle caméra qui détecte l\u2019arrivée des photons avec une grande précision grâce à une réduction du bruit parasite qui normalement brouille la mesure des signaux lumineux.noir, il pouvait y avoir des pixels qui étaient allumés, ce qui donnait l\u2019impression qu\u2019ils avaient reçu de la lumière alors qu\u2019ils n\u2019en avaient pas eu.Pour éliminer ce faux signal-là, Olivier Daigle a construit un tout nouveau contrôleur qui génère avec plus de précision les tensions qui sont envoyées à la puce d\u2019imagerie pour déplacer les électrons.«Il faut monter graduellement la tension sur chacune des entrées de la puce d\u2019imagerie pour induire le déplacement des électrons d\u2019une manière plus gentille, ce qui génère moins de nouveaux électrons.» En reconstruisant l\u2019électronique de pilotage des puces d\u2019imagerie, le chercheur a réussi à diviser par 10 la source dominante de bruit des puces d\u2019imagerie, ce qui a eu pour conséquence de produire des images beaucoup plus nettes.«Cette caméra a permis de quadrupler l\u2019efficacité de nos observations astronomiques.Ce qu\u2019on faisait en une heure d\u2019observation auparavant, on peut maintenant le faire en 15 minutes.On peut donc observer plus d\u2019objets par nuit ou voir des objets faiblement lumineux qu\u2019on ne pouvait pas voir avant, car il aurait fallu rester trop longtemps sous le télescope», faifil remarquer.A la fin de son doctorat, Oliver Daigle, qui avait reçu une bourse en recherche industrielle de la compagnie Photon ETC, a reçu le soutien de cette dernière pour démarrer une entreprise qui permettrait de commercialiser sa caméra et de développer de nouvelles applications.Eondée en 2010, Nüvü Caméras inc.compte aujourd\u2019hui 25 employés et Olivier Daigne en est le vice-président recherche et développement.Un photon, c\u2019est un photon La caméra ne fait pas de distinction entre un photon provenant d\u2019une galaxie située à des années-lumière de nous et mesurant des milliers d\u2019années-lu-mière de diamètre et un photon émis par une cellule d\u2019un micromètre sous l\u2019objectif du microscope, fait remarquer M.Daigle avant de décrire les multiples utilisations de sa caméra en biologie, en chimie et en médecine.Par exemple, à l\u2019aide de traceurs lumineux, sa caméra permet de suivre l\u2019évolution d\u2019un cancer chez un petit animal ou d\u2019étudier l\u2019efficacité d\u2019un médicament.La caméra Nüvü peut également être greffée à un microscope chirurgical afin de guider en temps réel le neurochirurgien durant la résection d\u2019une tumeur au cerveau.Pour ce faire, on injecte d\u2019abord au patient une substance qui favorisera la production de protoporphyrine IX (PpDO, une molécule qui s\u2019accumule plus particulièrement dans les cellules cancéreuses et qui, lorsqu\u2019on vient l\u2019exciter LABORATOIRE DE RADIOLOGIE OPTIQUE, POLYTECHNIQUE , ERÉDÉRIC LEBLOND La caméra ne fait pas de distinction entre un photon provenant d\u2019une galaxie située à des années-lumière de nous et un photon émis par une cellule d\u2019un micromètre sous l\u2019objectif du microscope, fait remarquer le concepteur, Olivier Daigle, avant de décrire les multiples utilisations de sa caméra en biologie, en chimie et en médecine.avec une lumière bleue, émet une lumière rose.«Dans certains cancers, comme le cancer du cerveau, la molécule est indétectable dans les cellules normales alors que les cellules cancéreuses de glioblastome et de gliome de bas grade produisent une fluorescence qui est visible à l\u2019œil nu », précise Yoann Gosselin qui a travaillé sur cette application dans le cadre de sa maîtrise avec le profes,seur Prédéric Leblond de l\u2019Ecole polytechnique de Montréal.Les images générées par la caméra au cours de l\u2019opération deviennent particulièrement intéressantes vers la fin de l\u2019intervention, soit une fois que le chirurgien a enlevé le tissu cancéreux que l\u2019image obtenue par résonance magnétique avant l\u2019opération lui a révélé.Hypersensible, la caméra Nüvü permet de détecter des niveaux extrêmement faibles de fluorescence rose, souligne M.Leblond.Elle permet ainsi de repérer des cellules cancéreuses résiduelles que le chirurgien n\u2019avait pas vues.En éliminant ces dernières cellules, on augmente énormément les chances de survie du patient.Jusqu\u2019à maintenant, les neurochirurgiens utilisaient une sonde qu\u2019ils déplaçaient au hasard dans le tissu cérébral pour vérifier si au bout de la sonde, il y avait des cellules cancéreuses.Mais par cette détection point par point, il était possible que le chirurgien ne survole pas un endroit contenant des cellules cancéreuses, qui auraient été à l\u2019origine d\u2019une récurrence du cancer.«Avec la caméra, le neurochirurgien a une image de l\u2019ensemble du cerveau en temps réel et cette image est générée de façon absolument non invasive», souligne M.Daigle.L\u2019ajout de la caméra au microscope a jusqu\u2019à maintenant été expérimenté dans le laboratoire de radiologie optique sur de faux cerveaux, mais il le sera en salle d\u2019opération dans le cadre d\u2019une étude clipique qui se déroulera aux Etats-Unis l\u2019été prochain et à laquelle participera le professeur Leblond.Télescope WFirst Olivier Daigle se réjouit aussi tout particulièrement de l\u2019intérêt que portent à sa caméra les concepteurs du télescope spatial WFirst, qui succédera au télescope James Webb en 2024.«Ils planifient de mettre sur ce télescope un appareil qui permettra de faire l\u2019imagerie de planètes tournant autour d\u2019autres étoiles.La quantité de lumière qui nous arrive de ces planètes-là est excessivement faible, soit de l\u2019ordre de quelques photons par heure.Ils ont donc besoin d\u2019un système d\u2019imagerie excessivement sensible et ils étudient notre système qui pourrait être greffé derrière le télescope», explique M.Daigle.Le Devoir 00 "]
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