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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-10-25, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Une traversée littéraire de Nancy Huston à Siri Hustvedt et Linda Lê Et si les femmes avaient une force insoupçonnée, qui ne se dégage qu\u2019en les lisant sans préjugés?L\u2019actualité les rassemble, sans nécessité ni hasard.Par leurs récits, leurs romans et leurs essais, elles forcent en silence le respect.GUYLAINE MASSOUTRE Vivre n\u2019est pas filer en ligne droite.De son nouveau récit Bad Girl.Classes de littérature (Actes Sud), Nancy Huston s\u2019entretient au Devoir-.«Ce n\u2019est pas une autobiographie au sens habituel, mais une classe de littérature, c\u2019est-à-dire une réflexion précise sur ce qui m\u2019a fait écrire; jusque-là je n\u2019avais pas pratiqué le genre autobiographique, hormis dans mes essais, où dans de petits paragraphes personnels je raconte ce que j\u2019ai vu, lu ou vécu, pour réfléchir de là sur le désespoir, la séduction, etc.L\u2019année dernière, fai déménagé et c\u2019est alors que j\u2019ai vu ma vie défiler.» Inspirée par les trois volumes du Daybook {Livre des jours.Penguin) de la sculpteure américaine Anne Truitt, que lui fait découvrir l\u2019artiste québécoise Sophie Jodoin, Huston entre- prend de faire parler Dorrit, foetus dans le ventre de sa propre mère, qui regarde sa famille, sa naissance, son enfance albertaine bousculée.Par l\u2019humour et la tendresse de son récit, elle explique qu\u2019«0M ne tombe pas du ciel, on pousse sur un arbre généalogique».Traumatisée, sans qu\u2019elle le sache avant d\u2019être mère elle-même, par le divorce de ses parents et la privation de sa mère, Huston n\u2019a alors que cinq ans.Une nouvelle famille commence, complexe, avec de multiples naissances et des lettres pré- Siri Hustvedt cieuses, entre une mère partie vivre son intelligence jusqu\u2019en Europe et un père remarié qui a une tout autre conception de la famille et des devoirs maternels.Le lien intérieur Réflexion construite et non mensonge.Bad Girl raconte subjectivement, à la deuxième personne, l\u2019histoire de cette enfant.Tous les membres de sa famille sont là, avec des noms changés, introjectés sous le masque et recomposés comme Huston l\u2019a écrit dans L\u2019espèce fabulatrice.Avortement, judéité, poésie, déplacement, vrais lieux.Rambo et Astérix chez VLB: la chronique de Christian Desmeules Page F 2 ses thèmes littéraires apparaissent dans un espace intelligent de représentation.«Le départ de ma mère est un événement fondateur, mais je ne suis pas une enfant abandonnée.Ma mère n\u2019est pas partie de manière irresponsable, ce fut difficile, en accord avec mon père et ma belle-mère ; elle a fait l\u2019impossible pour garder sa souffrance pour elle et ne pas alourdir l\u2019ambiance de nos échanges.Elle est restée maternelle, et moi, dépendante de ces liens épistolaires, Linda Lê\téchanges symboliques litté- raires qui ont accompagné ma jeunesse et demeurent.» La lutte des femmes pour leur autonomie enrichit la notion de trauma chez Huston.Cette mère modèle favorise l\u2019expatriation, l\u2019acquisition d\u2019autres langues, les voyages, la culture, l\u2019art.Si blessure et ressentiment n\u2019occultent pas la douleur, le lien entre la mère et la fille existe : «La difficulté de concilier famille et émancipation a fait de ma mère une pionnière, qui a essuyé les plâtres à la fin des années 50, et cela a fini par lui VOIR PAGE F 4 : TRAVERSÉE Faut-il un nouveau parti pour les orphelins politiques?Page F 6 Pierre Graveline part à l\u2019aventure t BRAHHACHAT p_ : Nouveauté 19,95$ \u2022 184 pages FIDES F F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 LIVRES La Vitrine BOB ET SON FANTÔME ALBUM JEUNESSE BOB ET SON FANTÔME Texte et illustrations de Geneviève Côté Scholastic Toronto, 2014, 32 pages Le bal des sorcières et des bonbons approche dangereusement, de quoi raviver chez certains enfants la peur des monstres de tout acabit, et tout particulièrement les redoutables et insaisissables fantômes.Ce très bel album, à la souplesse qui permet de le rouler dans une citrouille de plastique et au prix équivalent à celui d\u2019un gros sac de friandises, pourrait sans doute avoir également la vertu de rendre les ectoplasmes les plus terrorisants relativement sympathiques aux yeux de vos petits du préscolaire et des premières années de primaire.L\u2019auteure et illustratrice Geneviève Côté, une référence en littérature jeunesse, autant en anglais qu\u2019en français, désamorce de belle façon la dimension horrifique de ces personnages drapés de blanc en relatant l\u2019étrange relation entre le jeune Bob et son «fantôme » de compagnie, l\u2019hyperactif et un peu malcommode Toumou.Ce dernier se livrera à une escalade de mauvais coups qui aurait pu être fatale pour leur relation particulière.Heureusement, le jeune maître du fantôme indiscipliné saura trouver une solution qui saura ravir tout le monde.Cette fable sur l\u2019acceptation de la différence, livrée dans une série d\u2019illustrations qui ont l\u2019immense intérêt de ne jamais dépeindre les fantômes comme des êtres ignobles mais plutôt comme des incompris, s\u2019engouffre en quelques minutes et se reconsomme jusqu\u2019à plus faim.La traduction lumineuse de Carole Tremblay rend justice à cette histoire de spectres pas ordinaire.Amélie Gaudreau JORGE LUIS BORGES POÈMES D\u2019AMOUR n,f ANTHOLOGIE POÈMES D\u2019AMOUR Edition bilingue Jorge Luis Borges Traduit de l\u2019espagnol par Silvia Baron Supervielle Gallimard Paris, 2104, 138 pages C\u2019est une initiative de la traductrice de Borges : rassembler, à travers les neuf cahiers qu\u2019il a laissés, les poèmes d\u2019amour.En faire une anthologie, incluant aussi les hymnes aux villes chères \u2014 Buenos Aires, Montevideo, Genève.« C\u2019est l\u2019amour avec ses mythologies, ses vaines petites magies./ Il y a un coin de rue par lequel je n\u2019ose passer./ Déjà les armées m\u2019assaillent, les hordes./ (Cette chambre est irréelle; elle ne l\u2019a pas vue) / Le nom d\u2019une femme me dénonce./ Une femme me fait mal dans tout le corps.» Pas de romantisme, plutôt la puissance d\u2019un mystère engloutissant, la nostalgie, les mémoires, hiératiques.L\u2019écriture est magnifique, bien sûr, profonde, et l\u2019édition bilingue permet de jouir des sonorités originelles et originales.Le livre pourtant sent le rendez-vous « à thème » forcé, le citron de l\u2019amour pressé hors contexte.L\u2019ajout, dans le dernier tiers, de toutes les dédicaces adressées à la conjointe Maria Kodama, pour renflouer des feuillets qui seraient restés sinon trop minces, renforce cette impression.Catherine Lalande Astérix chez VLB Christian Desmeules Comme biographe, on l\u2019ignore parfois, Victor-Lévy Beaulieu a beaucoup essaimé depuis une quarantaine d\u2019années.Kérouac, essai-poulet (VLB, 1972).Seigneur Léon Tolstoï (Trois-Pis-toles, 1992), essai-journal./awcs Joyce, le Québec, l\u2019Irlande, les mots (2006), essai hilare.Ses ouvrages sur Victor Hugo, Herman Melville, Voltaire ou Yves Thériault, écrits d\u2019une manière personnelle, inimitable, ont aussi chacun laissé leur trace.Et certains de ses livres se jouent plus que d\u2019autres des frontières.C\u2019est un peu le cas, tenez, de la biographie que VLB consacre cette fois au syndicaliste Bernard «Rambo» Gauthier, agent d\u2019affaires de la ETQ-Construction sur la Côte-Nord.Un patriote des régions-res-sources qui s\u2019oppose à la mobilité de la main-d\u2019œuvre.Une sorte d\u2019Astérix, passé de zéro à héros après avoir été entendu en février dernier aux audiences de la commission Charbonneau.Bernard Gauthier a «ouvert les livres» et s\u2019est entretenu avec VLB pendant une semaine.Résultat?45 heures de conversation sans fard dont Bernard Gauthier Rambo représente la substantrfique moelle.Un personnage haut en couleur qui ne cache rien de ses origines.Enfant malcommode et hyperactif, puis adolescent délinquant, à Rivière-Pentecôte et à Port-Cartier.Ses sept années dans l\u2019armée, suivies d\u2019un passage à vide presque aussi long: le BS, le trafic de drogues, l\u2019alcool, la toxicomanie.La naissance de son fils, son travail dans la construction, le syndicalisme \u2014 son épiphanie.Le Viking innu Et un ami des animaux: «J\u2019ai braconné jusqu\u2019à l\u2019âge de 27 ans, dit Rambo.Après, f avais plus besoin de le faire: mon ascendance innue reconnue, je pouvais désor- h JACQUES NADEAU LE DEVOIR Bernard Gauthier a « ouvert les livres » et s\u2019est entretenu avec VLB pendant une semaine.mais pécher et chasser à l\u2019année longue.Au début, je trouvais ça quasiment plate de ne plus être considéré comme un braconnier même si je n\u2019ai jamais vendu la viande que je braconnais.C\u2019était juste pour moi, parce que fai-mais pêcher et chasser comme les Innus le font, en étant respectueux de la nature.» Respectueux de la nature, Rambo l\u2019est jusqu\u2019à filer la métaphore animalière : «la vie, c\u2019est comme la jungle: si tu montres pas que tu dépasses les autres d\u2019une tête, on va essayer tout le temps de t\u2019écraser».C\u2019est ce qu\u2019il a fait, il ne s\u2019en cache pas.Et c\u2019est ce qui a valu une réputation de matamore des chantiers de construction à ce syndicaliste fort en gueule, amateur de la chasse aux «chaudrons», ces entrepreneurs ou ouvriers qui travaillent mal, ne pensent qu\u2019à leur profit, au mépris de la vie des travailleurs et de «l\u2019écologie» des régions.Les journalistes, pardonnez-nous, ont souvent l\u2019obsession des étiquettes : c\u2019est le degré zéro de la synthèse.Comment définir Bernard Gauthier Rambo ?Une biographie ?Une autobiographie écrite par Victor-Lévy Beaulieu?Mieux: une hagiographie instantanée?Ouvrage de circonstance, bouquin rapide, mémoires minute, le livre brille par l\u2019absence d\u2019autres points de vue.Des amis, des témoins, des ennemis interrogés?Pas même quelqu\u2019un, quelque part, à qui faire lire les épreuves?Question d\u2019éviter, à tout le moins, que les fautes d\u2019orthographe et les erreurs historiques se retrouvent entre les mains des lecteurs \u2014 on y apprend notamment qu\u2019un «grand nombre de Berlinois de l\u2019ouest ne voulant pas être sous la coupe communiste fuyaient vers Berlin-Est».Mais là où certains commentateurs pressés \u2014 ou qui répugnent à lire le livre \u2014 se trompent, c\u2019est lorsqu\u2019ils croient que cette biographie de Rambo est une commande alimentaire, comme le Célébration du yogourt (VLB) qu\u2019il avait publié en 1981 en collaboration avec sœur Berthe.C\u2019est faire fi des convictions de VLB, qui est solidaire du combat que mène Bernard Gauthier.«J\u2019aime les êtres d\u2019exception, explique VLB, qui n\u2019a pu s\u2019empêcher de mettre du sien dans le livre, particulièrement en régions, car sans ces êtres d\u2019exception, celles-ci n\u2019obtiendraient guère leur part, juste et légitime, de l\u2019exploitation qu\u2019on y fait et dont les profits essaiment à leurs dépens vers les grands centres urbains et à l\u2019étranger.» Au final, c\u2019est un Rambo plutôt sympathique qui se plie au fameux «Questionnaire de Proust» et partage avec nous sa devise personnelle : « Toute ma vie, je vais préférer manger un sandwich debout au lieu de manger un steak à genoux!» Bien sûr, on peut aussi pratiquer l\u2019art du compromis et manger un steak d\u2019orignal tranquillement assis à table.Mais c\u2019est une autre histoire.cdesmeules@ledevoir.corn BERNARD GAUTHIER RAMBO Victor-Lévy Beaulieu Editions Trois-Pistoles Trois-Pistoles, 2014, 254 pages REEDITION Duras, toiÿours Duras Gregory Boum GREGORY BAUM Vérité et pertinence Un regard sur lo théologie catholique au Québec depuis la Révolution tranquille Un regard sur la théologie catholique au Québec depuis la Révolution tranquille CATHERINE LALONDE Ct estime longue lettre adressée à Marguerite Duras (1914-1996).Un constat de la place, énorme, que son œuvre a prise dans le parcours de la collègue Danielle Laurin.Pas une lettre d\u2019amour, même si la passion littéraire y est nommée.Plutôt une tentative de décortiquer pourquoi cet attachement à Duras la tenaille.Et pourquoi Laurin n\u2019est pas seule dans ce cas, l\u2019auteure du Ravissement de Loi V.Stein (Gallimard, 1965) et de La douleur (P.O.L., 1985) ayant déclenché son lot d\u2019amour et de controverses.La journaliste raconte comment elle a voulu s\u2019approcher du mythe, arrachant quelques courtes conversations téléphoniques à une Duras cloîtrée pour écrire, interviewant ses biographes, son fils, l\u2019inévitable compagnon Yann Andréa, voyageant au Vietnam sur les traces de l\u2019enfance de Duras et du dé- cor de L\u2019amant (Minuit, 1984).Tout pour se rapprocher, dans une quête dérisoire par ses détours et belle par son assiduité, du mentor.Ceux qui ont lu Duras la revoient à travers les yeux de fan de Laurin.Ceux qui la découvriront ainsi pourront saisir, peut-être, à la fois le personnage-auteur, ses obsessions, la fascination qu\u2019il peut exercer.Jusqu\u2019à cette façon qui teinte les phrases de Laurin, pas entièrement durassiennes, mais pas entièrement libérées de l\u2019idole.Normal, puisqu\u2019au centre du livre, cette question: «Jusqu\u2019à quel point peut-on faire corps avec son mentor, sans être complètement avalé par lui ?Je ne sais pas.Je ne sais pas, encore aujourd\u2019hui.» Le Devoir DURAS, LTMPOSSIBLE Danielle Laurin Québec Amérique Montréal, 2014, 178 pages BOCK-COTE \u2022 COURTOIS ¦ MAROIS ROUSSEAU \u2022 SABOURIN INDEPENDANCE LES CONDITIONS DU RENOUVEAU sous LA DIRECTION DE MATHIEU BOCK-CÔTÉ ?Ib éditeur Sociologie, histoire, démographie, stratégie politique: le point sur l\u2019avenir du projet souverainiste.INDEPENDANCE LES CONDITIONS DU RENOUVEAU sous la direction de Mathieu Bock-Côté rlb éditeur Une société de Québécor Média Pierre Popovic La mélancolie des Misérables Essai de sociocritique PRIX SPIRALE EVA-LE-GRAND 2014 PIERRE POPOVIC LA MÉLANCOLIE DES MISÉRABLES Essai de sociocritique Le Ouartanier, coll.« Erres Essais », 2013, 314 p.Le lauréat a reçu une œuvre de l'artiste québécoise Rose-Marie Goulet pour l'occasion.www.magazine-spirale.com arts I lettres | sciences humaines LE DEVOIR, LES\tS,4M EDI 2 5 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 F 3 LITTERATURE La dentellière Alice Munro Danielle \u2018 ' £ Laurin e la retenue, de la distance.Une écriture qui peut paraître sèche.Pas d\u2019épanchement romantique, sauf subrepticement, pour être avalé aussitôt.Rien de tonitruant, ni de glamour.Plutôt, de petites vies ordinaires dans de petits milieux ruraux.Des personnages féminins, la plupart du temps, sans beauté particulière.De l\u2019anodin, du quotidien.Des détails qui peuvent sembler insignifiants.Et pourtant.couve là-des-sous un feu qui à tout moment risque de s\u2019embraser, on le sent.Ça vibre sous la surface.Ça craque de partout derrière les masques.Ça ment, ça trahit.Le fossé est énorme entre qui on donne à voir et qui on est vraiment.Beaucoup de secrets enfouis, de pensées inavouables, derrière le paraître, la parade, la conformité.Ça rêve, beaucoup.Ça espère une vie meilleure.Ça veut sortir du rang, du moule, au fond.Ça ose, parfois.Non sans mal.L\u2019inattendu est au rendez-vous.Quelque chose se produit \u2014 un accident, une rencontre, une maladie, un rêve éveillé \u2014 et le point de bascule est enclenché.Pas de doute, on est bien chez la dentellière de la nouvelle Alice Munro.Profondeur, densité.Multicouches constantes.Et fins ouvertes, la plupart du temps, énigmatiques.On a beau se retrouver au fin fond de l\u2019Ontario, la plupart du temps à une époque révolue, celle de la Deuxième Guerre mondiale entre autres, celle des années 60 aussi, on se reconnaît dans les nouvelles de Rien que la vie.C\u2019est de condition humaine qu\u2019il est question.De condition féminine aussi.Alice Munro en trois dates 1931 Naissance le 10 juillet en Ontario d\u2019Alice Ann Laid-law, de son nom de jeune fille.1968 Publication du premier recueil de nouvelles, Dance of the Happy Shades {La danse des ombres, Québec Amérique, 2013), Prix du Gouverneur général.2004 Deuxième prix Giller \u2014 le premier empoché en 1998 \u2014 pour Runaway {Fugitives, Boréal, 2008).2013 Premier écrivain canadien à remporter le Nobel de littérature.CHAD HIPOLITO LA PRESSE CANADIENNE Dans Rien que la vie comme ailleurs, Alice Munro excelle quand vient le temps de mettre le doigt sur les contradictions de ses personnages, leurs manques, leurs désirs inassouvis, leurs déchirements.On a beau refuser haut et fort aujourd\u2019hui le statut de femme dominée, dépendante, soumise, on a beau s\u2019être débarrassé dans les années 60 de l\u2019emprise de la religion, une petite lumière s\u2019allume à l\u2019intérieur.Et puis, Alice Munro est habile.Même il y a une cinquantaine d\u2019années, même chez les femmes qui clamaient encore, comme l\u2019un de ses personnages féminins, que «la tâche la plus importante d\u2019une femme est de faire un havre pour son homme», qui a dit qu\u2019au fond d\u2019elles-mêmes la soumission était totale ?L\u2019écrivaine excelle quand vient le temps de mettre le doigt sur les contradictions de ses personnages, leurs manques, leurs désirs inassouvis, leurs déchirements.Peu importe l\u2019époque, au fond.Personne n\u2019est épargné.Et personne n\u2019a le monopole de la vérité.Mariée deux fois, mère de quatre enfants, dont une fille morte à la naissance, Alice Munro a déjà dit: «Si j\u2019ai commencé par écrire des nouvelles, c\u2019est parce que ma vie ne me laissait pas assez de temps pour me lancer dans un roman et, après, je n\u2019ai plus jamais changé de registre.» La première nouvelle de son quatorzième recueil.Rien que la vie, dont elle a dit en 2012, lors de la parution en anglais, que ce serait son dernier, donne le ton.Une femme mariée, dans un train, avec sa petite fille.Elle est poète.Ce qui à son époque est très mal vu.Encore plus mal vu : une femme mariée qui batifole avec un étranger dans un train.Et qui au sortir des ébats se rend compte que son enfant a disparu.C\u2019est face à elle-même que le jugement sera le plus dur, toutefois.«C\u2019était terrible, quand elle pensait à ce qui aurait pu arriver, si terrible.» Mais ce n\u2019est là qu\u2019un aspect de la nouvelle.L\u2019auteure nous réserve et réserve à son héroïne une surprise de taille.Qui pourrait bien, encore une fois, faire basculer sa vie.Que se passera-t-il ensuite ?Tout est possible.Culpabilité, quand tu nous tiens La maternité.Et le besoin irrépressible de sauter la clôture, parfois de prendre la fuite, carrément, pour tout laisser derrière soi.Ce sont des thèmes qui reviennent souvent dans le recueil.De même que le sentiment de culpabilité.Il y a cette histoire de la petite fille dont la grande sœur s\u2019est noyée sous ses yeux.Mais pourquoi sa grande sœur s\u2019est-elle jetée dans l\u2019eau glacée avec son chien ?Par jeu ?Normalement, la petite aurait dû tout de suite aller alerter la maman et son nouvel amoureux.Peur de déranger?Inconscience?Toute sa vie ne sera pas suffisante pour comprendre le geste fou de sa sœur, pour se pardonner à elle de ne pas avoir réagi plus tôt.«Mais, dans ma tète, Caro continue de courir vers l\u2019eau et de se jeter dedans, triomphalement pour ainsi dire, et moi je reste coincée, dans l\u2019attente de l\u2019explication qu\u2019elle va me donner, dans l\u2019attente du splatch.» Quinze nouvelles composent le recueil.Ce serait mentir que d\u2019affirmer que toutes sont exceptionnelles.Mais ce qui fascine, ce sont les recoupements qu\u2019on y retrouve.C\u2019est encore plus frappant à la lecture des quatre dernières, à saveur autobiographique: «Je crois qu\u2019elles sont les premières et dernières choses \u2014 et aussi les plus proches \u2014 que j\u2019aie à dire de ma propre vie», précise la discrète Alice Munro avant de nous les donner à lire.Toutes ont un lien avec l\u2019enfance de l\u2019auteure, née le 10 juillet 1931 à Wingham, dans l\u2019ouest de l\u2019Ontario.La ruralité.Les soldats qui s\u2019engagent lors de la Deuxième Guerre mondiale.Le sort des femmes à la maison.Les secrets.Les tabous.Tout y est.Mais incarné dans une réalité lointaine, la sienne, qu\u2019elle cherche à rattraper et à rendre au plus juste.On y voit la petite Alice auprès de son père éleveur de renards argentés, qui a dû se résoudre à travailler dans une fonderie.Auprès d\u2019une jeune sœur, aussi, qu\u2019elle a craint d\u2019étrangler.Et d\u2019une mère autrefois institutrice, maniaque du «bon parler», désireuse de paraître au-dessus de son rang de fille de paysans.Une mère atteinte de parkinson trop jeune, auprès de qui sa fille ne s\u2019est pas rendue quand elle était au plus mal, ni pour son enterrement.«De certaines choses on dit qu\u2019elles sont impardonnables, ou qu\u2019on ne se les pardonnera jamais.Mais c\u2019est ce qu\u2019on fait \u2014 on le fait tout le temps.» En refermant Rien que la vie, je me suis demandé : peut-être vaut-il mieux commencer à lire le recueil par la fin ?RIEN QUE LA VIE Alice Munro Traduit de l\u2019anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso Boréal Montréal, 2014, 320 pages ROMAN QUÉBÉCOIS Manucure japonaise CHRISTIAN DESMEULES Après Coma (Leméac, 2012), court roman dans lequel un Japonais qui s\u2019était enfui à Shanghai revenait au chevet de la femme qui avait tenté de le tuer, Erançois Gilbert persiste dans son exploration japonisante et sa prédilection pour le motif du double.Son deuxième roman, La maison d\u2019une autre, navigue aussi dans ces eaux troubles.Nanami, une jeune femme de Kawasaki, est sur le point de se marier avec le patron du petit bureau d\u2019architectes oû elle travaillait jusqu\u2019à tout récemment.A quelques jours de la noce, alors que leur future maison est en construction, un ancien amant de la jeune femme l\u2019appelle, pris avec un cadavre sur les bras.Dans une autre vie, il n\u2019y a pas si longtemps, sous l\u2019emprise de «désirs mauvais», dirait-elle, Nanami fréquentait des «bars à touristes» de Tokyo.Le genre de bars oû des Occidentaux peuvent faire connaissance avec de jeunes Japonaises, disons, bien disposées à leur égard.C\u2019est ainsi, sous le prétexte de longs après-midi de bénévolat, qu\u2019elle y présent que je connaissais son nom, k cadavre prenait une consistance plus particulière à mes yeux.Shimizu Etsuko.Je venais de comprendre que sa mort était réelle.Irréparable.)) Extrait de La maison d\u2019une autre avait fait la rencontre d\u2019Olivier, un danseur suisse fasciné par le nô, amateur de ligotage à la japonaise et adepte un peu trop enthousiaste de la cordelette.Croyant \u2014 ou voulant croire \u2014 à l\u2019accident, elle accepte de l\u2019aider au nom de son ancienne passion, irrationnelle, et en souvenir de l\u2019effervescence de ces rencontres qui la sortaient de la monotonie de son existence.« Ces pans de ma vie devaient demeurer en vase clos: deux pièces attachées l\u2019une à l\u2019autre, séparées par un mur épais, sarts ouvertures.» A quelques jours de « disparaître » à travers les liens sacrés du mariage, avalée par son rôle d\u2019épouse puis de mère, prélude \u2014 on l\u2019imagine \u2014 à une longue anesthésie, Nanami va toutefois rapidement s\u2019identifier à la jeune femme dont elle a pris en charge le cadavre.Descente aux enfers, folie inquiétante et glacée, résurrection in extremis: La maison d\u2019une autre, sans trop en dévoiler, nous réserve son lot de surprises.Japonisme Erançois Gilbert, que ce soit à travers sa fréquentation réelle des Japonais ou une connaissance approfondie de la littérature japonaise, a bien saisi certains des enjeux de cette société fascinante, à la fois calme et explosive, à cheval depuis quelques millénaires sur ses îles et sa centaine de volcans, conditionnée par les éléments \u2014 lave, écume, cailloux, neige, mousse.Des millions d\u2019individus sous pression, au caractère forgé par l\u2019omniprésence des «autres» et la ritualisation à l\u2019excès des rapports humains.C\u2019est un drôle d\u2019objet, malgré tout, que cette histoire nip-pone inventée par un écrivain québécois, traduite directement en français, dirait-on, dans une langue aussi manucurée qu\u2019un pin à cinq aiguilles taillé par un retraité de Nagahama à coups de pinces et de petits ciseaux.Si le résultat envoûte ou impressionne, on saisit mal à quelles nécessités et à quels enjeux \u2014 intérieurs, littéraires ou cryptés \u2014 répond le roman.Même maîtrisé à la perfection, le pastiche reste une manie ou une énigme qui confine un peu à l\u2019exercice de style et en limite la force de frappe.Collaborateur Le Devoir LA MAISON D\u2019UNE AUTRE François Gilbert Leméac Montréal, 2014,144 pages POLAR Un vrai « noir » d\u2019ici MICHEL BÉLAIR Hurtubise a déjà publié une bonne quantité de polars dans ses collections jeunesse «Atout» et «Caméléon», mais c\u2019est la première fois que l\u2019éditeur lance une enquête policière «pour adultes».Pour une première, c\u2019est un coup de maître, il faut le dire tout de suite.Ce texte, d\u2019abord publié en anglais à Toronto en 1953 puis repris l\u2019an dernier dans la même langue par la petite mai-son montréalaise Véhiculé Press, est une véritable découverte.Dans la grande tradition des romans noirs \u2014 on pense plus à Dashiell Hammett qu\u2019à Raymond Chandler \u2014, David Montrose (de son vrai nom Charles Ross Graham) raconte une histoire tordue plantée chez les riches, sur les hauteurs de Westmount.Le Montréal d\u2019avant Jean Drapeau qu\u2019il nous décrit est absolument fascinant.C\u2019est celui de l\u2019argent, des grandes familles anglo-canadiennes et des maisons cossues, des héritières blasées et d\u2019un style de vie qui fait un peu penser à celui des existentialistes qui, à la même époque, sublimaient leur ennui en s\u2019éclatant dans les bars de jazz de Saint-Ger-main-des-Prés.Rye au lait et Dow froide Russell Teed, le privé de Montrose qui n\u2019a rien à envier à Philip Marlowe, descend de la montagne dans son « roadster » pour écumer les bars de jazz et les barbottes afin d\u2019apprendre ce qui est arrivé à John Sark, le mari louche d\u2019une amie d\u2019enfance, disparu depuis quelques jours.Il trouve rapidement Sark dans son appartement de 13 pièces au Château, sur Côte-des-Neiges.mais le problème, c\u2019est qu\u2019il est mort.En fouillant, Teed découvre aussi là une sorte de carte grossièrement dessinée qu\u2019il suivra, bien sûr, jusque dans les Lau-rentides oû, surprise, il tombera sur un deuxième cadavre de John Sark.L\u2019intrigue se complexifiera davantage et l\u2019on saisira bientôt que c\u2019est le contrôle du monde interlope montréalais qui est en jeu.L\u2019enquête sur la disparition de Sark permet en fait à Teed de mettre au jour un réseau de distribution de cocaïne et toutes sortes de trafics louches.Le tout pimenté par la lourde présence du flic francophone de service, mais surtout par quelques personnages féminins, dans le plus pur style noir, qui sont à l\u2019origine de répliques savoureuses qu\u2019auraient enviées Hammett et Chandler s\u2019ils avaient pu connaître David Montrose.On se demande d\u2019ailleurs, plus on avance dans la lecture, comment il se fait que personne n\u2019ait eu conscience de cette perle sombre qui dormait en nos murs.Eemmes fatales, whisky, bars enfumés sur fond d\u2019airs de jazz, un privé qui a du chien, un style sans faux artifices et résolument noir.tout est là: Montrose est un grand du genre.Quand on aura publié ses trois autres romans qui dorment encore en anglais, il connaîtra peut-être la gloire, fût-elle posthume, à laquelle il a droit.Collaborateur Le Devoir MEURTRE^ AWESTMQUNT UNE ENOUÊTE DE RUSSELL TEED MEURTRE A WESTMOUNT David Montrose Traduit de l\u2019anglais par Sophie Cardinal-Corriveau Hurtubise Montréal 2014, 262 pages Gaspard'LE DEVOIR ALMARÈS Du 13 au 19 octobre 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Lit double \u2022 Tome 3\tJanette Bertrand/Libre Expression\t-/I 2 La veuve du boulanger\tDenis Monette/Logiques\t1/5 3 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 10 Decbeance\tAnne Robillard/Wellan\t2/4 4 Malpbas \u2022 Tome 4 Grande Liquidation\tPatrick Senecal/Alire\t3/5 5 Les gardiens de la lumière \u2022 Tome 3 Au fil des jours\tMichel Langlois/Hurtubise\t-/I 6 Un voisinage comme les autres \u2022 Tome 3\tRosette Laberge/Les Editeurs reunis\t4/3 7 La faille en toute chose\tLouise Penny/Flammarion Quebec\t6/6 8 Les infirmières de Notre-Dame \u2022 Tome 4\tMarylene Pion/Les Editeurs reunis\t9/2 9 Les années de plomb \u2022 Tome 3 Le choix de Thalie\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t7/7 10 La promesse\tMichele Ouimet/Boreal\t5/2 Romans étrangers\t\t 1 Le siecle \u2022 Tome 3 Aux portes de l\u2019eternite\tKen Follett/Robert Laffont\t1/3 2 Juste une mauvaise action\tElizabeth George/Presses de la Cite\t4/2 3 Juste une fois\tAlexandre Jardin/Grasset\t2/4 4 La ferme\tTorn Rob Smith/Belfond\t-/I 5 Week-end en enfer\tJames Patterson | David Ellis/Archipel\t3/6 6 Le royaume\tEmmanuel Carrere/POL\t-/I 7 On ne voyait que le bonheur\tGrégoire Delacourt/Lattes\t-/I 8 Le scandale des eaux folles \u2022 Tome 1\tMarie-Bernadette Dupuy/JCL\t6/9 9 Lincolore Tsukuru Tazaki et ses années de pelerinage\tHaruki Murakami/Belfond\t-/I 10 Lîle aux papillons\tDonna Bomann/Guy Saint-Jean\tID/2 Essais québécois\t\t 1 Confessions post-referendaires Les acteurs politiques\tChantal Hebert | Jean Lapierre/Homme\t1/7 2 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t2/2 3 Portrait de famille 14 vrais ou faux mythes québécois\tAlain Dubuc/La Presse\t-/I 4 Chroniques d\u2019un cancer ordinaire\tDominique Demers/Quebec Amérique\t3/2 5 De la liberté au don de SOI\tBenoît Garceau/Mediaspaul\t-/I 6 Les orphelins politiques\tPaul St-Pierre Plamondon/Boreal\t-/I 7 Raison et déraison du mythe\tGerard Bouchard/Boreal\t4/3 8 De remarquables oublies \u2022 Tome 2\tSerge Bouchard | Marie-Christine Levesque/Lux 8/17\t 9 Des bonobos et des hommes\tDéni Yvan Bechard/Ecosociete\t-/I 10 Je le dis comme je le pense Souveraineté\tClaude Morin/Boreal\t6/4 '?'Essais étrangers\t\t 1 Guerriers de l\u2019impossible Larqent, les armes\tSamantha Nutt/Boreal\t-/I 2 Le grand mythe du cholesterol\tStephen T Sinatra/Edito\t1/3 3 Plaidoyer pour les animaux\tMatthieu Ricard/Allary editions\t3/2 4 Le capital au XXP siecle\tThomas Piketty/Seuil\t2/23 5 Nouvelles guerres L\u2019etat du monde 2015\tCollectif/La Decouverte\t4/2 6 Une breve histoire de l\u2019economie mondiale\tRoberte Allen/Boreal\t6/2 7 Le chagrin des animaux\tBarbara J King/de Fallois\t-/I 8 Le sang Essence de la vie\tLawrence Hill/Pleine lune\t9/2 9 Le patient et le médecin\tMareZaffran/PUM\t5/2 10 II existe d\u2019autres mondes\tPierre Bayard/Minuit\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d information et d analyse Easpard sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Easpaid et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Easpard © BTLF toute reproduction totale ou partielle est interdite PRIX VICTOR-BARBEAU 2014 de l'Académie des lettres du Québec * * * PRIX ALPHONSE-DESJARDINS de ['Association des auteures et auteurs de i'Estrie YVETTE FRANCOLI LE NAUFRAGE DU VAISSEAU D'OR Les vies secrètes de Louis Dantin «Je vous l\u2019avoue, je suis secoué par le pavé de Francoli ! 11 cogne.Le travail de fouille, de recherche, la lecture attentive des correspondances, les liens établis entre les faits, la maîtrise dans le maniement et le questionnement d\u2019archives, et l\u2019intelligence intuitive digne des meilleurs détectives, de Marlowe à Columho, ne peut plus laisser cours à l\u2019interprétation convenue du grand poète inspiré de la rue Laval.» Robert Lévesque, 24 images Yvette Francoli, une des meilleures spécialistes de la littérature québécoise, est la première depuis Grignon à soutenir, preuves « circonstancielles » à l\u2019appui, que les meilleurs poèmes attribués à NeUigan ont été écrits « à quatre mains » par le poète et son mentor.[.] Madame Francoli le démontre avec brio.Paul Bennett, Le Devoir « Madame Francoli nous a livré un précieux volume.La lecture de cet essai biographique nous entraîne dans les dédales souterrains de la vie littéraire au Canada français, début xx' siècle.» FFuguette O\u2019NeÜ, L\u2019Alinea LE NAUFRAGÉ DU VAISSEAU D\u2019OR 458 pages \u2022 illustré \u2022 34,95$ WWW.DELBUSSOEDITEUR.CA EN LIBRAIRIE \u2022 DISTRIBUÉ PAR SOCADIS F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 LITTERATÜRE KENZO TRIBOUILLARD AGENCE ERANCE-PRESSE Le Havre (photo), Honfleur, Houlgate, Trouville.le cadre A\u2019Œuvres vives est maritime.Emboîtements Linda Lê publie deux livres qui se répondent GUYLAINE MASSOUTRE Née à Dalat en 1963, instruite à l\u2019école française de Saigon, Linda Lê est arrivée au Havre à 14 ans avec sa mère et ses sœurs, y a vécu quatre ans avant d\u2019étudier la littérature à Paris.Son œuvre, rare, sophistiquée, inventive, est d\u2019une qualité si égale que, malgré la dureté des thèmes récurrents \u2014 perte, culpabilité, absence du père, folie, en-fre aufres \u2014, sa renommée n\u2019a cessé de grandir.Lectrice insatiable, écrivaine infatigable et d\u2019une sensibilité extrême, invoquant la figure du père désespérément, elle a affronté altération et folie.Revenue à l\u2019écriture, elle a montré sa volonté farouche à travers un désir obscur et sans fond.Sa let-frcA l\u2019enfant que je n\u2019aurai pas (Nil, 2011) est un ouvrage étonnant, où la narratrice opposait la littérature à la maternité.De nombreuses distinctions pointent son œuvre, considérable et troublante.De ses livres effaçant les frontières, elle tire son accomplissement.A quoi se substituent ses figures de papier?Souvent il est question de la Beauté.Le nom de Lê figure sur la liste pour les prix Décembre 2014, le contestataire du Concourt et ami des figures d\u2019ombre.De l\u2019essai au roman Voyez ses titres austères.Et ses choix, ce Par ailleurs (exils) droit dans la ligne des Edward Saïd, Blanchot, Levinas, Todo-rov et Cioran sur la solitude.Eorte d\u2019eux, elle saisit les Conrad, Gregor von Rezzori, Ovide, Montaigne, Montesquieu, Hesse, Perec, Weiss, Mann, Améry, Kertész, An-telme, Segalen, Hearn, Chatwin, Bolano, Amrouche, Yacine, Gombrowicz, Bianciotti, Pham Van Ky, Nabokov, Pondane, Is-trati, Tsvetaeva, Melville, Pes-soa, Laporte, Saint-John Perse, Pizarnik, Bernhard, Pavese, Artaud, et d\u2019autres, chacun saisi, retenu, chuchoté.Litanie d\u2019hommages brefs aux exilés, aux suicidés: Lê vante ces bâtisseurs, leur force exemplaire.Insubordonnés, résistants, mémorialistes, lutteurs, «irrésignés», ironiques, ils ont brisé les chaînes de leur détresse.A contre-courant, ils refluent près d\u2019elle vers l\u2019essentiel, «ce Soi qu\u2019on exhausse en le délivrant de son habitacle d\u2019égocentrisme, ce Soi qui s\u2019enrichit de ce qui vient d\u2019ailleurs».Dans son roman, elle est apprivoisée, plus aisément fréquentable.Œuvres vives est le récit, à la première personne, d\u2019un journaliste qui découvre, au Havre, un écrivain tout juste décédé, Antoine Sorel.Bouleversé par son livre, le narrateur enquête sur ce Sorel.On plonge dans cette fiction comme si la littérature entière dépendait, de toute urgence, d\u2019une mémoire vive.Ombres chinoises Roman sur la nécessité d\u2019écrire, qui évoque le tandem Plaubert-Maupassant et l\u2019ébranlement de leurs cerveaux, jusque dans les séismes communiqués au lecteur, la vie y est un voyage triste, encastré dans un paysage de géographie et de culture; mais aussi d\u2019espoir.Le Havre, Honfleur, Houlgate, Trouville.le cadre maritime fait ressortir une figure d\u2019écrivain qui a sacrifié sa vie à son art.Lutte quotidienne, difficultés de créer, le narrateur découvre ce qui se cache sous le suicide programmatique de Sorel : « Quand j\u2019écris, je pourrais donner ma vie», relève-t-il chez Marina Tsvetaieva.Sorel résume tous ceux que Lê décline dans Par ailleurs (exils).Ses deux livres, comme le doublet dans Œuvres vives, se correspondent: «Un flottement entre le néant et personne à condition qu\u2019il y ait du vent», écrivait Heiner Müller dans Rivage à l\u2019abandon.C\u2019est une telle impression qui frappe à la lecture du roman nocturne et silencieux, mi-échappée mi-délivrance.Ce qu\u2019elle avait nommé, en se racontant.Le complexe de taliban (Bourgois, 2005), alter ego invisible de ses conflits avec la langue française.Sans autre ancrage que les livres, Lê vit une exaltation au bord du gouffre.Elle sait nommer cette étrangeté à soi-même, qui la fait dériver, des tourments à la moquerie légère, vers un horizon immense.Elle est poète, dans sa prose ouverte et secrète comme un grimoire.Collaboratrice Le Devoir ŒUVRES VIVES ET PAR AILLEURS (EXILS) Linda Lê Christian Bourgois Paris, 2014, 334 pages et 163 pages TRAVERSEE SUITE DE LA PAGE E 1 retomber dessus.On l\u2019a privée de sa maternité.» Du côté de l\u2019enfant, «j\u2019ai dévissé», raconte Huston, qui ne dénonce rien mais décrit les déchirements.De Huston à Hustvedt Huston et la New-Yorkaise Siri Hustvedt, romancières anglophones, essayistes, artistes et amies, ont en commun de regarder l\u2019aspect biologique des vies intriquées fondamentalement au culturel.Hustvedt, qui publie un roman magistral.Un monde flamboyant (Actes Sud), est aussi proche des neurosciences que de la littérature, de l\u2019art et de la psychologie.Chacun de ses livres s\u2019attache à «révéler les rouages complexes de la perception humaine et de la façon dont des notions inconscientes de genre, de race et de célébrité influencent la compréhension que peut avoir le public d\u2019une œuvre d\u2019art donnée», écrit-elle dans l\u2019avant-propos.Huston renchérit sur la multiplicité des origines qui construi- sent les vies: «Surmonter l\u2019opposition entre la génétique et la culture permet d\u2019observer l\u2019empreinte culturelle énorme de la famille, avec la langue, l\u2019anglais des années 50 en Alberta, les ancêtres, la région, les forces historiques; j\u2019évoque l\u2019histoire de mes grands-parents, l\u2019impact de la féminité, qui est de rechercher le désir à la place de la mère.Je me reconnais dans ce syndrome.» L\u2019âme n'est pas une chose déposée; le soi est une fonction cérébrale développée, qui opère «le miracle», dit Huston, de communiquer.Et linda Lê À ces deux écrivaines majeures, qu\u2019il soit permis d\u2019ajouter linda Lê, qui publie un essai sur les écrivains exilés, souvent suicidés, et un roman qui rassemble toutes ces personnalités, Par ailleurs (exils) et Œuvres vives, chez Christian Bourgois (lire critique ci-haut).Toutes trois ont des identités transnationales, translin- guistiques et sensibles, assumées jusqu\u2019à la folie : «Hustvedt est brillantissime, courageuse, drôle.J\u2019ai moins d\u2019affinités avec Linda Lê, mais j\u2019ai écrit sur elle dans Professeurs de désespoir.[.] Je ne crois pas à l\u2019écriture des femmes.Mais nous avons en commun, Siri et moi, d\u2019être exaspérées par le manque de respect pour les œuvres littéraires de femmes.Les hommes n\u2019aiment pas avouer l\u2019influence d\u2019un livre de femme.» Nancy Huston en trois dates 1953 Naissance â Calgary, le 16 septembre.1981 Publication de son premier roman.Les variations Goldberg (Babel), écrit en français.2006 Prix Pemina pour Lignes de faille (Actes sud).De Huston, laissons ces mots résonner contre les stéréotypes et pour l\u2019art: «Dans presque 100% des cas, les grandes artistes femmes ont été abusées \u2014 viol, trauma, abandon, deuil \u2014 dans leur enfance.» Collaboratrice Le Devoir Siri Husvedt en deux titres Tout ce que j\u2019aimais (Actes Sud, 2003).Prix des libraires du Québec, son troisième roman demeure â ce jour celui qui a connu le plus grand succès populaire.La femme qui trembie.Une histoire de mes nerfs (Actes Sud, 2010).À la fois récit, journal de maladie et de guérison, et histoire de l\u2019hystérie â travers le temps et les perceptions.Julie Stanton PRIXLITTERAIREDUGOUVERNEURGENERAL Finaliste catégorie «POÉSIE» Mémorial pour Geneviève et autres tombeaux ¦ «Les heures bleues www.heuresbleues.com Julie Stanton MÉMORIAL POUR GENEVIÈVE El AUTRES TOMBEAUX ]'h()i(>grj|>hii.s ik Ikgis MjiI bleues Célyne Fortin PRIX LITTERAIRE DES ENSEIGNANTS catégorie «POÉSIE» Wabakin Wabakin Quatre fenêtres sur la neige OU Quatre fenêtres sur la neige ¦ -Les heures bleues www.heuresbleues.com iï LE DEVOIR LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 F 5 LIVRES Kafka, le saint malgré lui GILLES ARCHAMBAULT Saul Friedlander est un spécialiste de la Shoah \u2014 les catholiques auraient intérêt à lire son Pie XII et le IIP Reich (Seuil).Cet universitaire américain est né et a vécu ses premières années à Prague.Tout comme Kafka.Son Kafka, poète de la honte n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une réfutation de l\u2019image qu\u2019a donnée Max Brod de l\u2019écrivain, image qu\u2019a acceptée un nombre incalculable de commentateurs de l\u2019œuvre d\u2019un des écrivains majeurs du siècle dernier.Pour Friedlander, Brod a passé outre à de nombreux textes afin de donner de son ami une image tronquée.Il n\u2019aurait pas hésité en cours de rédaction de sa presque hagiographie à faire disparaître des détails gênants de sa correspondance.Toutes choses qui paraissent avec raison particulièrement blâmables à notre essayiste.Ce dernier s\u2019applique tout au long de son évocation de la figure de l\u2019écrivain à le désacraliser, en quelque sorte.Ce n\u2019est donc pas dans son livre que l\u2019on trouvera matière à nourrir sa fascination pour l\u2019auteur de La métamorphose (1915).Pour ce faire, on aura intérêt à privilégier les livres de Klaus Wagenbach ou de Marthe Robert.La vie paralittéraire Si, en revanche, il vous intéresse de savoir en long et en large que Kafka se défiait des femmes, qu\u2019il lui arrivait de dénigrer leur physique, qu\u2019il aimait les grosses, qu\u2019il fréquentait les bordels, vous trouverez matière à enseignement.Appelant à son aide Mark Anderson, auteur de Kafka, Homosexuality and Aesthetics (Edinburg University Press), Friedlander rappelle aussi que, si les relations hétérosexuelles pouvaient répugner à Kafka, «le désir homosexuel ne déclenche pas le même type de déni émotionnel que Vidée même du mariage ou les relations hétérosexuelles».Il ne faudrait pas déduire de ces quelques précisions que notre universitaire est un iconoclaste et qu\u2019il n\u2019aurait de cesse qu\u2019il n\u2019eût déboulonné la statue Kafka.Il n\u2019en aurait que contre Max Brod, vis-à-vis duquel il se montre intraitable.J\u2019aurais souhaité quant à moi qu\u2019il affiche à son propos une certaine reconnaissance.N\u2019est-ce pas grâce à lui que certains des textes les plus essentiels de la littérature nous sont parvenus?Pourquoi Kafka «poète de la honte» ?Il y a Kafka, le fils.Celui qui se sent prisonnier de sa famille.On connaît sa Lettre au père, les reproches qu\u2019il adresse à un homme omniprésent, alors que lui n\u2019est que l\u2019enfant chétif qui a honte de son corps.«Dans la famille étreinte par les parents, seuls les êtres déterminés ont leur place, qui répondent à des exigences très déterminées», écrit Kafka en 1921, trois ans avant sa mort.Pourtant, il n\u2019a quitté le foyer paternel qu\u2019à la toute fin.Dans son Journal et sa r «% m NGUYEN PHUONG THAO AGENCE ERANCE-PRESSE Sans déboulonner Kafka, Saul Friedlander s\u2019applique tout de même à le désacraliser.Sur la photo : le bronze signé Jaroslav Rona, érigé à Prague en 2003 en l\u2019honneur de l\u2019auteur de La métamorphose.Correspondance, il n\u2019est à peu près pas question de la Première Guerre mondiale.Il est juif écrit en allemand, a des velléités d\u2019apprendre l\u2019hébreu, ne va pas au-delà.Silences et conversations Friedlander montre bien la gêne que ressent Kafka devant le simple fait de vivre.Il croit que les femmes sont des êtres dangereux, il a honte de ce qu\u2019il esf de sa famille et de la communauté juive de Prague.De plus, il se sent coupable de cette honte même.Quelle meilleure illustration de ce sentiment que ce personnage qui un matin se retrouve métamorphosé en cancrelat?Que ce soit avec Felice ou Milena, il tourne autour de l\u2019idée d\u2019un mariage sans y adhérer tout à fait.Il se reconnaît juif dans une ville dont il ne songe pas sérieusement à s\u2019échapper même s\u2019il reconnaît en être le prisonnier.Sa vie bourgeoise ne l\u2019empêche pas de voir les avances de KK Pour écrire, fai besoin de vivre à l\u2019écart, non pas comme un ermite, ce ne serait pas assez, mais comme un mort )) Extrait de Lettres à Felice, de Franz Kafka l\u2019antisémitisme, mais son projet d\u2019un exil à Jérusalem fait long feu.Sioniste à la façon de son ami Max Brod, pas question.Kafka est un écrivain peu connu, peu lu de son vivant.Il écrit la nuit, le bruit le dérange.Hypocondriaque, il exagère ses malaises, façon pour lui de subir la vie alors qu\u2019il voit de plus en plus qu\u2019il n\u2019a pas sa place dans l\u2019existence.Il déteste le monde et cherche à saper les fondements sur lesquels la société est construite.Ce qui le portait à faire montre d\u2019une ironie désespérée dans sa vie et ses écrits.Que l\u2019on ait vu dans ses œuvres des signes avant-coureurs du nazisme à venir n\u2019a rien de surprenant.Friedlander conteste cette vision.Pour lui, Kafka aura surtout été «le poète de son propre chaos».En corollaire au livre de Friedlander, on pourrait lire avec profit Conversations avec Kafka de Gustav Ja-nouch, paru aux Lettres Nouvelles/Maurice Nadeau en 1978.Pendant un an, un lycéen de 17 ans rencontre à son bureau de l\u2019Gffice d\u2019assurances ouvrières contre les accidents un écrivain qui ne joue pas à fêtre.Un portrait bienveillanf mais juste, sans enflure, d\u2019un témoin qui s\u2019est toujours refusé à lire les livres posthumes de son idole.Une lecture qui contrebalan- cerait les effets de l\u2019approche inexorable de notre auteur.Collaborateur Le Devoir KAFKA, POÈTE DE LA HONTE Saul Friedlander Traduit de l\u2019anglais par Nicolas Weill Seuil Paris, 2014, 246 pages D Lire > La Lettre au père sur ledevoir.com/livres Le passéisme de Gérard Bouchard L\u2019historien estime qu\u2019un mythe national québécois est nécessaire MICHEL LAPIERRE En appelant les Québécois à «mettre leurs culottes» lors du débaf en 2013-2014, sur l\u2019interdiction des signes religieux ostentatoires dans la fonction publique, le ministre Bernard Drainville aurait faussé un mythe collectif.La «reconquête» nationale ne visait plus alors les Anglais, mais des minorités «vulnérables» : musulmans, juifs, sikhs.Gérard Bouchard, dans Raison et déraison du mythe, en est certain.Malgré touf il fait du mythe l\u2019âme d\u2019un peuple.L\u2019historien influent n\u2019en démord pas.Le mythe, même le plus usé et le plus vain, comme la réparation de la Conquête britannique de 1759-1760, si distincte d\u2019une émancipation nationale actualisée et créatrice, est, pour lui, un «concentré d\u2019imaginaire, d\u2019émotion, de raison et de sacré» qui s\u2019enracine «dans le passé» et dont les sciences sociales «se sont étrangement détournées».Envers et contre tous.Bouchard soutient qu\u2019une société ne peut «se projeter efficacement dans l\u2019espace et dans le temps sans recourir au mythe».Il va jusqu\u2019à déclarer: «Ce sont les mythes, bien plus que les idées et les idéologies, qui \u201cmènent le monde\u201d.» Il est si hanté par leur dimension populaire qu\u2019il se plaît à voir, dans l\u2019histoire récente du Québec, le hockeyeur Maurice Richard et la chanteuse Céline Dion comme des symboles de la «reconquête» nationale.La largeur et l\u2019élasticité qu\u2019il donne à l\u2019image idéalisée de l\u2019affirmation québécoise devant l\u2019Amérique anglophone font sourire.Tradition Par son conservatisme.Bouchard est tributaire de la pensée historique de Lionel Grouk sans qu\u2019il avoue cette influence ou, peut-être même, sans qu\u2019il en soit conscient.Cela transparaît en dépit de la pléthore de références érudites, furtives et internationales qui confèrent à son essai un prestige scientifique.Virtuose des précautions oratoires, l\u2019historien signale, en évitant d\u2019établir un principe, epT«aux yeux de plusieurs» la Conquête britannique «constitue l\u2019ancrage principal de la mémoire québécoise».Même s\u2019il admet que naissent de «nouveaux mythes» en citant le pluralisme, les droits de la personne ou le cosmopolitisme.Bouchard associe le mythe à la tradition et au sacré.Il aime rappeler que «la religion (ou le religieux) est demeurée très agissante dans plusieurs nations contemporaines, y compris celles qui sont tenues pour les plus séculières».L\u2019écrivain Jacques Perron a fait ressortir, dans son œuvre, que la modernité québécoise, née du progressisme de 1837, est sujette à l\u2019évolution la plus insoupçonnée.Gérard Bouchard, quant à lui, laisse croire que le sort de la nation se rattache à la reconquête d\u2019une Nouvelle-France mythique, voire mystique.Qn peut se demander si, dans le débat sur la laïcité, sa défense des minorités «vulnérables» ne cachait pas le culte du passé qu\u2019un certain Québec confond encore avec l\u2019histoire et même avec l\u2019avenir.Collaborateur Le Devoir RAISON ET DÉRAISON DU MYTHE Au CŒUR DES IMAGINAIRES COLLECTIFS Gérard Bouchard Boréal Montréal, 2014, 232 pages JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le mythe est, pour Gérard Bouchard, un « concentré d\u2019imaginaire, d\u2019émotion, de raison et de sacré» qui s\u2019enracine « dans le passé».L\u2019AUTOMNE DES POÈTES À L\u2019HEXAGONE FRANCE THEORET JEAN ROYER LOUISE MAROIS DAVID JASMIN-BARRIÈRE SAMUEL MERCIER éditeur Romain Saint-Cyr Toujours en Afrique www.editionsxyz.com ©Également disponible en version numérique Romanichels Ifzl Un mystère, une enquête, un amour et la traversée de Focéan comme si vous y étiez.France Théoret L\u2019ete sans Louise Marois David Jasmin-Barrière TU NE VOIS PAS COMME UN OISEAU LA DIVINE MITOCHONDRIE \u2019Hexago Kffture» '-ff* '\u2018Q- .P l\u2019He:JcagOne Une société de Québécor Média F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 ESSAIS Des progressistes modérés en quête d'un parti Louis CORNELLIER epuis la rentrée, le mot «impasse» est revenu souvent dans mes chroniques.Cette impasse, diagnostiquée par plusieurs essayistes, est celle qui concerne notre question nationale.Nous nageons, dans ce dossier, entre deux eaux, et cela entrave le développement du Québec.Chroniqueur à Bazzo.tv, le jeune avocat Paul St-Pierre Plamondon, dans Les orphelins politiques, montre que cette indécision entraîne un grave effet pervers: elle empêche la prise du pouvoir par les forces progressistes.La réflexion est très stimulante.St-Pierre Plamondon postule, sur des bases fragiles mais plausibles, que 60% des Québécois seraient progressistes.Qr, aux élections de 2012 et de 2014, ce sont les partis de droite \u2014 le Parti libéral du Québec (PLQ) et la Coalition avenir Québec (CAQ) \u2014 qui ont obtenu environ 60% des suffrages.Comment expliquer cette distorsion?Par «l\u2019omniprésence du thème de la souveraineté», écrit St-Pierre Plamondon, qui «rend presque impossible la mise en valeur des chantiers progressistes».Les électeurs de tendance progressiste, c\u2019est-à-dire, selon St-Pierre Plamondon, sociaux-démocrates à la Scandinave, qui ne sont pas souverainistes ou qui pensent que le moment n\u2019est pas approprié pour procéder à ce grand changement, sont les principaux orphelins de la politique québécoise.Ne pouvant, en toute conscience, voter pour le Parti québécois (PQ) ou pour Québec solidaire (QS), ils finissent parfois par voter pour le PLQ ou pour la CAQ.Malaise Même des souverainistes progressistes peuvent ressentir un malaise devant l\u2019offre politique.Pour espérer faire l\u2019indépendance, le PQ, historiquement de centre gauche, doit jouer la carte de la coalition gauche-droite, au grand dam de ses partisans vraiment progressistes.Les tensions liées à l\u2019arrivée de Pierre Karl Péladeau au PQ le montrent bien.Les chefs de QS ne manquent pas d\u2019inviter ces pé-quistes déçus à rejoindre leurs rangs, mais le relatif radicalisme de cette formation politique n\u2019attire pas, de toute évidence, les partisans d\u2019une gauche plus pondérée.Aussi, ces orphelins politiques dont parle St-Pierre Plamondon sont donc les Québécois qui recherchent «plutôt une gauche constructive et modérée, à l\u2019image des gouvernements sociaux-démocrates que l\u2019on a connus à quelques reprises au Québec depuis la Révolution tranquille ou de la so-cial-démocratie Scandinave».Parti de la «droite commerciale», englué dans les affaires de collusion et de copinage, le PLQ leur répugne, tout comme ne saurait leur convenir le maladroit programme de droite ca-quiste.Déchiré entre sa gauche ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Paul St-Pierre Plamondon offre une réflexion très stimulante dans Les orphelins politiques.a.Une séparation entre plate-forme électorale et projet de souveraineté permettrait de mettre de l\u2019avant des projets progressistes et de se concentrer sur des enjeux urgents, sans pour autant nier la question nationale yy Extraits de Les orphelins politiques et sa droite, plombé par son «obsession référendaire», le PQ n\u2019est plus leur lieu de ralliement.Incarnation d\u2019une gauche «outrée» et «parfois approximative», QS ne répond pas à leurs attentes.Pour réunir ces progressistes, St-Pierre Plamondon en appelle donc à la création d\u2019un nouveau parti doté d\u2019un programme de centre gauche et attaché à la promotion du fran-çais, parce que le progressisme doit refuser le «vide identitaire et linguistique».Ce pro- ^ gramme serait dissocié de la question de la souveraineté, dorénavant soumise au principe d\u2019un référendum d\u2019initiative populaire.« Une telle séparation entre plate-\t_ forme électorale et pro-\t¦ jet de souveraineté permettrait donc de mettre de l\u2019avant des projets progressistes et de se concentrer sur des enjeux urgents, sans pour autant nier la question nationale», écrit St-Pierre Plamondon, qui explique, d\u2019ailleurs, pourquoi cette question finira par s\u2019imposer aux Québécois.Le programme progressiste mis en avant par le jeune avocat est presque une version modernisée du programme socio-économique du PQ de 1976: lutte contre la corruption, engagement environnemental, plan de transport urbain, gestion raisonnable de la dette publique, réduction de l\u2019écart entre riches et pauvres, défense d\u2019un syndicalisme de partenariat, lutte contre le décrochage scolaire, égalité socio-économique 'H Paul St-Pieire PUfflondon .Les Orphelins politiques 1 hommes-femmes et défense active du français.Nouvelle stratégie A droite, on lui trouvera,surtout des défauts : trop d\u2019Etat, trop 4e syndicats, trop d\u2019impôts.A gauche, on lui en trouvera quelques-uns : croyance naïve aux miracles de la concertation patronale-syndicale, ouverture à la logique de la concurrence dans les services publics, rejet arbitraire du principe syndical de l\u2019ancienneté, stratégie individualiste, plutôt qu\u2019institutionnelle et légale, dans la promotion du français et, généralement, conception managériale et consensualiste, c\u2019est-à-dire apolitique, de l\u2019action gouvernementale.Le progressisme de St-Pierre Plamondon, en d\u2019autres termes, est plus un so-cial-libéralisme qu\u2019une franche social-démocratie.L\u2019essentiel, cependant, dans ce livre, n\u2019est pas dans le détail de ce programme.Il se trouve dans la proposition qui invite les progressistes québécois à dissocier, ne serait-ce que pour des raisons stratégiques, leur projet socio-économique de la question nationale, sans nier le caractère essentiel de cette dernière.Pour le moment, suggère St-Pierre Plamondon, les progressistes sont majoritaires au Québec, mais les souverainistes ne le sont pas.Lier indissolublement les deux causes revient à laisser le monopole du pouvoir à la droite québécoise.N\u2019est-il pas temps, pour les progressistes, de re- penser leur stratégie ?La question, nécessaire, s\u2019adresse d\u2019abord, on l\u2019aura compris, aux sociaux-démocrates souverainistes.Un PQ réinventé, comprend-on aussi, pourrait être ce nouveau parti.Jean-François Lisée lira sûrement cet essai avec grand intérêt.louisco @sympatico.ca LES ORPHELINS POLITIQUES Paul St-Pierre Plamondon Boréal Montréal, 2014, 256 pages D Relire > Les chroniques récentes de Louis Cornellier sur l\u2019impasse de la question nationale sur ledevoir.com/livres La Vitrine PIERRE BOUCHER HISTOIRE VERITABLE e.NATURELLE des mœurs et productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada 1664 HISTOIRE HISTOIRE VÉRITABLE ET NATURELLE DES MŒURS ET PRODUCTIONS DU PAYS DE LA NOUVELLE-ERANCE VULGAIREMENT DUE LE CANADA Pierre Boucher Septentrion Québec, 2014, 192 pages Le «prospectus de colonisation» du fondateur de Boucherville est enfin offert en français moderne, 350 ans après sa parution originale.Arrivé au Canada en 1635, Pierre Boucher y exerce les métiers d\u2019interprète et de soldat avant d\u2019être anobli en 1661.La même année, il est mandaté par le gouverneur de la Nouvelle-France pour convaincre Louis XIV de prendre en charge la colonie.C\u2019est à son retour au Canada qu\u2019il rédige son ouvrage visant à «informer avec vérité tous ceux qui auraient quelques volontés de s\u2019y venir habiter, et pour ôter la mauvaise opinion que le vulgaire en a».Boucher y traite du potentiel agricole et minier de la vallée laurentienne.Il évoque également les nuages de tourtes aujourd\u2019hui disparues et les «quantités admirables» de marsouins blancs (bélugas) que l\u2019on aperçoit entre Québec et Tadoussac.Fn France, l\u2019auteur s\u2019est souvent fait demander pourquoi on n\u2019y faisait pas pousser des vignes.«Je réponds à cela, qu\u2019il faut manger avant que de boire.» Boucher ne ménage pas les colons potentiels en leur présentant les désagréments de la colonie, dont les Iroquois, les maringouins et l\u2019hiver qui est «un peu âpre».Rédigé dans une langue simple, ce petit ouvrage va contribuer à la relance de la Nouvelle-France, un pays «attrayant pour ceux qui en savent goûter les douceurs».Dave Noël TEMOIGNAGE MA JOB OU MA VIE.François Paradis Druide Montréal, 2014, 192 pages Voix des midis du réseau TVA pendant des années, l\u2019animateur populiste François Paradis est devenu, le 20 octobre dernier, le nouveau député caquiste de la circonscription de Lévis.Cette victoire électorale survient tout juste après un combat qu\u2019il a dû mener contre un cancer des cordes vocales.C\u2019est ce difficile épisode de sa vie qu\u2019il raconte, sincèrement et sobrement, dans ce petit livre, écrit alors qu\u2019il recevait des traitements de radiothérapie.Passionné de tennis.Paradis propose une analogie entre ce sport et les épreuves de la vie, suggérant que l\u2019attitude qui permet de briller sur un court peut inspirer la manière 4e mener notre vie.Reconnaissant envers les proches et les soignants qui l\u2019ont accompagné dans la maladie.Paradis évoque ses inquiétudes, ses peurs, ses questionnements et ses espoirs sur un ton intime et chaleureux.Aujourd\u2019hui, le nouveau député va bien.Louis Cornellier L\u2019AGENDA L\u2019HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AIDER éditeur Pascal Millet Sayonara www.editionsxyz.com Également disponible en version numérique Une histoire sombre et troublante, qui nous tient en haleine du début à la fin.Romanichel: STZ L\u2019EXPERTISE PSYCHOLÉGALE 8L J ü L\u2019EXPERTISE PSYCHOLEGALE, ÉDITION Louis Brunet La dépression chez les adolescents Etat des connaissances, famille, ecole et strategies d intervention DIANE MARCOTTE LA DEPRESSION CHEZ LES ADOLESCENTS État des connaissances, famille, école et stratégies d\u2019intervention Diane Mareotte Plus de 1 300 livres à feuilleter AU SERVICE DE LA COMMUNAUTE UNIVERSITAIRE DEPUIS 1969 PUQ.CA "]
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