Le devoir, 25 octobre 2014, Cahier H
[" SCIENCES PRIX DE L\u2019ACFAS CAHIER THÉMATIQUE H > LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 Ce mercredi 22 octobre se tenait à Montréal le 70® Gala de rAssociation francophone pour le savoir-Acfas.L\u2019occasion annuelle de célébrer Texcellence de la recherche québécoise de remettre les Prix de TAcfas qui viennent souligner la carrière de chercheurs et de chercheuses de toutes disciplines.Le Devoir vous présente dans ce cahier les lauréats de l\u2019édition 2014.^ J = TJ'.- *\u2022 t*ni^'.3^^r^s3E*S5S3K?Hff\t\u2022 -i ¦\t\u2022 ' ** \u2022«\tVi\u2019\"\" i.i\" .\tV»\u2019 U\t»Wr»' V prarF* tVi Dans le domaine de la nanotechnologie ou de la science en général, la recherche ne cesse de progresser.Le Québec n\u2019est pas en reste dans ces domaines.Ci-dessus nanomachine du monde équipée d\u2019un dispositif ultrasensible qui promet de révolutionner la façon dont les maladies sont diagnostiquées.LA NEWS LTD AGENCE ERANCE-PRESSE vue d\u2019artiste de la première Prix Adrien-Pouliot Un mathématicien qni joue avec les mots MICHEL BELAIR Il y a longtemps que Srecko Brlek voyage beaucoup.Le professeur au Département dlnformatique de rUQAM s\u2019est d\u2019abord fait connaître par sa théorie des espèces de structure, mais il se consacre depuis toujours ou presque à des recherches théoriques sur la combinatoire des mots et des objets discrets, qui l\u2019ont mené un peu partout.Au fil des années, ses travaux ont rendu incontournable la collaboration entre les universités françaises (Bordeaux d\u2019abord, puis Nice So-phia-Antipolis, Paris et Amiens) et québécoises dans son secteur bien particulier de la recherche, qui combine les mathématiques théoriques et l\u2019informatique.Il est ainsi devenu, durant les années 1990, un artisan majeur de la collaboration scientifique internationale en développant des programmes d\u2019échanges, au CNRS, entre la France et le Québec.Le professeur Brlek a longtemps dirigé le Laboratoire de combinatoire et d\u2019informatique mathématique (La-CIM) et a développé des liens étroits entre le LaCIM et le La-boratoire bordelais de recherche en informatique (La-BRI), à Bordeaux.Il faudrait aussi parler de ses nombreuses publications, de ses talents d\u2019éditeur scientifique et de sa passion à diriger des étudiants à la maîtrise ou au doctorat, mais l\u2019espace manque pour rendre compte de l\u2019ampleur de son travail et de son influence suç le secteur tout entier.A quelques jours du congrès annuel de l\u2019Acfas, nous l\u2019avons rejoint à Halifax, où il partici- TT- \\ : A COURTOISIE SRECKO BRLEK Le professeur au Département d\u2019informatique de l\u2019UQAM, Srecko Brlek, estime que le concept de «géométrie discrète est au cœur de nos vies».paît à une rencontre de l\u2019Association américaine de mathématiques.Et au téléphone, comme ça, alors qu\u2019il tentait de nous faire saisir le concept de «géométrie discrète», il s\u2019est mis à citer du Georges Pérec.La théorie d\u2019abord Plus justement, il a d\u2019abord commencé en soulignant que la plupart des gens n\u2019ont pas vraiment conscience du fait que «la géométrie discrète est au cœur de nos vies».Un sourire calme au bout de la voix, il explique que ses travaux théoriques sur les algorithmes forment «une méthode efficace pour traiter des objets discrets» et que tout cela peut jouer, par exemple, «un grand rôle dans le traitement numérique des images».Pour faire saisir ce qu\u2019est un «objet discret», le professeur Brlek prend l\u2019exemple d\u2019un cercle apparaissant sur un écran de télévision.«Auparavant, avec la vieille télé analogique, des faisceaux d'électrons balayaient la surface de l'écran selon une fréquence bien précise.Aujourd'hui, la technologie utilise plutôt des matrices de petits points [les pixels] et c'est l'allumage de certains de ces points qui définit, à partir d'un cercle théorique, l'image du cercle que nous voyons à l'écran et qui n'est qu'une approximation de cercle.Voilà un problème de géométrie discrète qu'on aborde avec des séries d'algorithmes.» Ce ne sont toutefois pas les applications pratiques se cachant au détour des algorithmes \u2014 et souvent ensuite dans les cartes graphiques des ordinateurs \u2014 qui fascinent notre mathématicien, c\u2019est la théorie d\u2019abord et avant tout.Il en donne pour exemple le vaste et toujours plus prometteur secteur de la cryptographie.«La théorie derrière la cryptographie, poursuit-il, relève de la géométrie discrète et de la combinatoire des mots, qui est une théorie mathématique.Le mot \u201cmathématique\" est une juxtaposition de lettres dont le découpage ou le décodage en milliers de caractères met à jour une structure.Tout cela, bien sûr, sans égard au sens propre des mots et de la phrase.Un peu comme dans les fameux palindromes de Georges Pérec, qui se lisent dans les deux sens.» > Elu par cette crapule Avant de développer sa pensée en se servant des mots de l\u2019écrivain français, M.Brlek insiste sur la répétition comme structure, à partir d\u2019un exemple simple.Soit un motif formé de deux lettres : A et B.«Si on développe ce motif en ajoutant A, cela donne un palindrome : ABA.Tout comme ABBA.Avec ABBB on obtient plutôt un cube, mais ce qu'il faut retenir, c'est que, lorsque la répétition des lettres augmente, certains motifs apparaissent et des structures se dégagent.» «La combinatoire des mots met en relief des structures sous-jacentes^ poursuit notre théoricien.A partir d'un tel constat, un philosophe peut se demander si le monde n'est pas construit sur un nombre de pièces de base.Ou si l'ordre ne surgit pas du chaos.» Mais venons-en enfin à Georges Pérec.Qui a écrit, entre autres.Le grand palindrome, un ouvrage admirable de 1247 mots grammaticalement sans faute, à l\u2019orthographe absolument irréprochable.mais totalement vide de sens.Un texte qui se mord la queue puisqu\u2019on y retrouve, dans la deuxième partie, la première partie à l\u2019envers (voir notre encadré).Sans qu\u2019il y manque évidemment une seule lettre, comme dans ce segment cité, au hasard bien sûr, par Srecko Brlek et qui se lit dans les deux sens : élu par cette crapule.Le chercheur souligne encore que l\u2019approche théorique \u2014 tout comme l\u2019intérêt pour les palindromes \u2014 mène à tout: «Cela peut même mener à comprendre la structure de la vie et de l'univers, puisque, finalement, la chaîne des lettres qui composent l'ADN humain est une sorte de palindrome.» A l\u2019autre bout du fil, le mathématicien conclut l\u2019entretien en disant être très touché par ce prix décerné lors du congrès de l\u2019Acfas.«Même si les honneurs marquent parfois le début de la fin, je voudrais dédier ce prix à tous les étudiants avec lesquels fai travaillé et qui ont fait mon grand bonheur.» Collaborateur Le Devoir Le grand palindrome, amorce et fin Le texte de Georges Pérec est divisé en deux blocs distincts, le deuxième reprenant le premier.à l\u2019envers.Les toutes premières phrases se lisent comme suit : «Trace l'inégal palindrome.Neige.Bagatelle, dira Hercule.Le brut repentir, cet écrit né Perec.L'arc lu pèse trop, lis.» On retrouvera exactement le même texte en lisant, à l\u2019envers, les toutes dernières phrases de la deuxième partie du grand palindrome : «S'ilporte, sépulcral, ce repentir, cet écrit ne perturbe le lucre: Haridelle, ta gabegie ne mord ni la plage ni l'écart.» H 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 SCIENCES Prix André-Laurendeau Manger du cinéma dans tous les formats Spécialiste du cinéma des premiers temps comme de la révolution des écrans, André Gaudreault reçoit le prix André-Laurendeau MICHEL BELAIR Quand on regarde tout ce qu\u2019a fait André Gaudreault au cours du dernier quart de siècle, on est soufflé.On a l\u2019impression de voir s\u2019activer une comète à vive allure, là devant nous.Ou plutôt de sentir passer un chasse-neige lancé à toute vitesse sur une route de campagne en plein blizzard ! C\u2019est que le parcours de ce prof de cinéma de TUniversité de Montréal est tout simplement sidérant.Cet homme a tout fait! Ou presque.Même que ses champs d\u2019activité sont si vastes et son énergie est tellement gigantesque qu\u2019on ne pourra pas vraiment saisir ici l\u2019envergure colossale de ce personnage exceptionnel qui s\u2019est vu remettre le prix André-Laurendeau lors du congrès de TAcfas.Tentons au moins de tracer les grandes lignes de son action.Un parcours hors du commun Devant l\u2019envergure du personnage, donc, et l\u2019immensité de ses réalisations, il faut se résoudre à passer par l\u2019énumération : passons-y donc.Commençons par le fait qu\u2019André Gaudreault a écrit \u2014 en plus de centaines d\u2019articles et de textes de conférences prononcées un peu partout sur la planète \u2014 quelques livres majeurs qui ont marqué le champ des études cinématographiques: Du littéraire au filmique (préfacé par Paul Ricoeur, en 1988), La fin du cinéma ?Un média en crise à l\u2019heure du numérique (avec Philippe Marion, en 2013), The Kinematic Turn: Film in the Digital Era and its Ten Problems (avec Philippe Marion, en 2012).Il a aussi fondé une revue consacrée aux études cinématographiques {Cinémas, qu\u2019il dirige depuis 1999) et fait partie du comité éditorial de plusieurs revues scientifiques importantes {Sociétés & Représentations, Cinema Journal, Archivas de la Filmoteca, etc.).Il a, de plus, créé ou cofondé des groupes de recherche qui ont littéralement dynamisé et transformé tout le secteur des études cinématographiques : le Groupe de recherche et d\u2019analyses filmographiques (GRAF) en 1984, DOMITOR (Association internationale pour le développement de la recherche sur le cinéma des premiers temps) en 1985, GRAFICS (Groupe de recherche sur l\u2019avènement et la formation des institutions cinématographique et scénique) en 1992, le Centre de recherche sur Tintermédialité (le CRI, devenu le CRIalt) dès 1997, l\u2019Observatoire du cinéma québécois en 2010 et, finalement, le partenariat international de recherchç sur l\u2019histoire technique du cinéma (TECHNES) en 2014, qui regroupe une impressionnante liste de participants et de collaborateurs de plusieurs pays, dans le but de publier en ligne \u2014 avec un budget de départ de deux millions de dollars et d\u2019ici 2017 \u2014 une édition bilingue de VEncyclopédie raison-néq des techniques du cinéma.A tout cela, il faut rajouter l\u2019organisation de nombreux colloques spécialisés, des conférences données aux quatre coins du globe, l\u2019enseignement, le développement de programmes pour l\u2019Université de Montréal, le travail avec des étudiants au doctorat, le prix Jean-Mitry, en 2010, pour sa contribution à la mise en valeur du cinéma muet, ainsi que des récompenses prestigieuses comme la bourse Killam en 1997 et la bourse Guggenheim en 2013.Oufffff.On vous avait prévenus.ATAWAD André Gaudreault a amorcé sa carrière fulgurante en s\u2019intéressant à Georges Méliès et surtout à tous ceux qui Font précédé dans l\u2019avènement des «images en mouvement».Il a développé des concepts-clés \u2014 celui de la «monstration», par exemple \u2014 pour faire saisir les liens profonds unissant la technique et l\u2019esthétique du nouvel art qui venait ébranler la façon de raconter des histoires.Par une sorte de retour du balancier, il se voit forcé de constater que la situation qui prévalait à l\u2019aube du cinéma.ressemble à s\u2019y méprendre à ce que nous vivons actuellement.«Le cinéma est un art en mouvement, explique-t-il.Il a traversé des crises majeures tout au long de son histoire, comme le passage du muet au parlant ou l\u2019avènement de la télévision, et, chaque fois, cela l\u2019a transformé complètement.Autant dans ses techniques et ses façons de rejoindre le public que dans ses façons de raconter ses histoires.Cela peut nous aider à mieux saisir ce qui se passe aujourd\u2019hui, alors qu\u2019il vit une autre révolution majeure parce que multiple: celle du numérique, celle aussi de la convergence des écrans et des plateformes, qui implique la disparition des différences.Il est évident, par exemple, que l\u2019avènement des plateformes multiples change la perspective des créateurs.Dans les faits, cela change tout! Déjà, des productions sont conçues pour des plateformes précises, et cela est en train de transformer radicalement tout le contexte de la production et de la distribution du contenu cinématographique.» Il raconte qu\u2019un journaliste a créé un mot pour décrire ce phénomène: nous vivons à l\u2019heure de !\u2019«ATAWAD», pour «Any Time, Any Where, Any Device» («n\u2019importe quand, n\u2019importe où, n\u2019importe quelle plateforme »).Aujourd\u2019hui, on consomme du contenu cinématographique, des séries télé et même de l\u2019opéra ou du football américain sur une diversité de plateformes, y compris le téléphone portable et l\u2019écran de la salle de cinéma.Cela change effectivement beaucoup de choses.André Gaudreault a donc encore beaucoup de pain sur la planche.«C\u2019est excellent pour tous les doctorants que nous formons présentement et qui ne s\u2019ennuieront pas.D\u2019ailleurs, je suis particulièrement fier d\u2019avoir contribué au développement fulgurant des études cinématographiques en Amérique et plus précisément ici, dans notre milieu universitaire francophone.Les gens ne se rendent pas compte que c\u2019est un secteur tout jeune; dans les années 1990, il y avait trois ou quatre profs de cinéma au département, alors que nous étions déjà une bonne quinzaine en 2007.» C\u2019est du moins grâce à lui que l\u2019Université de Montréal a été la première au Canada à développer un programme de doctorat en études cinématographiques dès 2007, avant que Concordia, en 2010, puis l\u2019Université de Toronto, en 2013, ne fassent de même.Tout est donc en place pour qu\u2019on puisse continuer à observer les transformations radicales du monde de l\u2019image.Collaborateur Le Devoir Le professeur de cinéma à Montréal, André Gaudreault JOËL LEHMANN l\u2019Université de Prix Jacques-Rousseau Voyager avec les bactéries Si on était propulsé dans un film de science-fiction, on verrait une équipe de scientifiques monter à bord d\u2019un sous-marin miniaturisé pour voyager dans le corps humain à la recherche d\u2019un caillot de sang.Mais nous sommes bien loin des studios d\u2019Holl)Tvood, dans le laboratoire de nanorobotique de Polytechnique à Montréal, là où la réalité du professeur Sylvain Martel dépasse la fiction.Invitation au voyage fantastique.MARIE-HELENE ALARIE En fait, dans la réalité, les scientifiques miniaturisés sont remplacés par des médicaments et le sous-marin par des bactéries téléguidées.Mais il y a pire : ces bactéries peuvent voyager dans les 100 000 kilomètres de vaisseaux sanguins du corps humain, grâce aux champs magnétiques qui les dirigent directement sur une tumeur pour la détruire.Ça, c\u2019est le quotidien de Sylvain Martel, considéré par ses pairs comme un expert de renommée mondiale en nanorobotique et en conception de plateformes destinées à des interventions thérapeutiques non invasives.La formation de Sylvain Martel débute avec l\u2019obtention d\u2019un baccalauréat en génie électrique à TUniversité du Québec à Trois-Rivières, suivi d\u2019une maîtrise en génie électrique à l\u2019Université McGill.C\u2019est à cette même université que Sylvain Martel obtiendra un doctorat et c\u2019est à ce niveau qu\u2019au génie électrique se greffera une spécialisation en génie biomédical.C\u2019est au prestigieux Massachusetts Institute of Technology, le MIT, que notre chercheur effectuera, pendant trois ans, son stage postdoctoral puis travaillera pendant un an, avant de revenir à Montréal, où il sera embauché comme professeur à Pol54echnique, en 2001.Depuis, Sylvain Martel s\u2019illustre dans les domaines de la nanorobotique et du génie biomédical.Malheureusement, Le Devoir a été incapable de parler au professeur Martel, toutefois, son assistant, Charles Tremblay, a bien voulu s\u2019entretenir avec nous.Il nous rappelle les débuts de Sylvain Martel dans le monde des robots: «En terminant son postdoctorat au MIT, Sylvain Martel travaille sur des nanorobots, les Nanowalkers, qui devaient partir pour la planète Mars, mais qui malheureusement n\u2019y ont jamais mis leurs trois pattes.Parallèlement, il travaille sur des applications et des appareils médicaux.» Quand Sylvain Martel est embauché comme professeur en 2001, son champ de recherche est la nanorobotique: «Il a beaucoup aimé travailler sur le Nanowalker et sur les contraintes que ces nouveaux outils représentent.A Polytechnique, il a continué ce travail.» Quand on fait de la miniaturisation, ce qu\u2019on cherche, c\u2019est de toujours fabriquer plus petit.Dans ce sens, quand on veut envoyer des robots dans le corps humain, on essaie d\u2019en simplifier la structure, «et quand COURTOISIE SYLVAIN MARTEL Sylvain Martel est un pionnier de la navigation des bactéries téléguidées.on a tout enlevé, il ne reste que le médicament magnétique, tout le reste du robot est à l\u2019extérieur, son système de contrôle, de positionnement, de communication.A l\u2019intérieur, il ne restera que la dernière fonction du robot, qui est le traitement », explique Charles Tremblay.Voguer sur les eaux humaines Sylvain Martel est un pionnier de la navigation des bactéries téléguidées ou, comme ^ ( QUATRE DOMAINES DE RECHERCHE STRATEGIQUES À L\u2019UNIVERSITÉ BUSHOP\u2019S Changements climatiques et environnementaux Santé psychologique et bien-être Astrophysique stellaire et relativité Création des identités sociales et culturelles ubishops.ca/research on l\u2019appelle plus sérieusement, de la conception de techniques et de plateformes nano-robotiques exploitant les propriétés uniques des entités à l\u2019échelle moléculaire.Charles Tremblay poursuit en ajoutant que «la technologie de microfabrication nous permet de faire des circuits très miniaturisés, mais on est loin d\u2019être en mesure de reproduire ce que la nature est capable de faire au niveau de la complexité des protéines, des molécules et de l\u2019assemblage nanométrique des bactéries».Dans le laboratoire de Sylvain Martel, on voit ces bactéries comme des machines, ou plutôt comme des animaux qu\u2019on tente de domestiquer avec des carottes.Qn essaie de trouver les carottes de la bactérie pour pouvoir l\u2019utiliser comme un élément d\u2019un minisystème.C\u2019est son approche multidisciplinaire qui fait l\u2019originalité des travaux de Sylvain Martel, dont le laboratoire est composé d\u2019ingénieurs et de médecins qui réussissent à parler un même langage.Ses recherches permettent de jeter les bases de méthodes de traitement du cancer plus efficaces, mais surtout d\u2019en réduire les effets toxiques que nous connaissons actuellement Deux premières mondiales ont marqué la carrière de Sylvain Martel.La première a été réalisée en 2007, lorsque le chercheur a réussi à guider in vivo un microdispositif se déplaçant à une vitesse de lOcm/se-conde à l\u2019intérieur d\u2019une artère.Par la suite, avec l\u2019aide de chercheurs du (Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal, l\u2019équipe est parvenue à intro- duire et à diriger une sphère de 1,5 mm de diamètre à l\u2019intérieur de l\u2019artère carotide d\u2019un porc.Ce véhicule, composé de matériaux ferromagnétiques, était contrôlé par un système clinique d\u2019imagerie par résonance magnétique.Depuis, on tente de réduire la taille de la sphère pour que, d\u2019ici quelques années, on puisse l\u2019utiliser dans les plus petits vaisseaux humains.En attendant, la technologie est en phase de commercialisation par Gestion Univalor, une société en commandite de Polytechnique Montréal.Son deuxième exploit, Sylvain Martel le réalise en 2011, lorsque, en utilisant un appareil d\u2019imagerie par résonance magnétique, son équipe a réussi à introduire des microtransporteurs, chargés d\u2019une dose de doxorubicine, jusqu\u2019au foie d\u2019un lapin.Et, comme le précise Charles Tremblay, on réussit même à faire du ciblage : «Dans un foie de lapin, il y a quatre lobes, et au lieu d\u2019envoyer le médicament dans tout le foie et d\u2019avoir un effet toxique dans tout l\u2019organe, on est capable d\u2019isoler le lobe malade pour ainsi diminuer les effets néfastes du traitement.» Au laboratoire de nanorobotique, l\u2019équipe de Sylvain Martel procédera très bientôt à de nouveaux tests sur les porcs et, si tout se passe bien, les premiers essais cliniques sur des humains devraient avoir lieu dans les trois prochaines années.Voilà des nouvelles qui devraient réjouir les malades et leur famille.Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR.LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 H 3 SCIENCES Ces jours-ci débutera une étude clinique pancanadienne afin de déterminer pourquoi la fécondation in vitro chez la femme ne fonctionne qu\u2019une fois sur trois.ALAIN JOCARD AGENCE ERANCE PRESSE Prix Léo-Pariseau L\u2019ovule au cœur des préoccupatious Sa carrière est lancée avec la naissance de neuf veaux-éprouvettes.C\u2019était il y a 30 ans.Depuis, la fécondation de l\u2019ovule et le développement embryonnaire sont au cœur des recherches de Marc-André Sirard.Veaux, vaches et cochons, c\u2019est bien beau, et si ces recherches s\u2019appliquaient à la fertilité de la femme ?Incursion dans le monde de l\u2019ovule.MARIE-HELENE ALARIE important, c'est Vovule!» f Marc-André Sirard le répétera plusieurs fois durant l\u2019entrevue.Ici, on parle autant de l\u2019ovule de la vache que de celui de la femme.Le parcours de Marc-André Sirard oscille entre les deux.Après des études en médecine vétérinaire, il fait son doctorat en fécondation in vitro humaine, tout en défendant une thèse portant sur les bovins.Il obtient ensuite un poste dans une faculté d\u2019agriculture, tout en souhaitant que ses recherches puissent trouver des applications chez l\u2019humain.Commencer sa carrière en fabriquant neuf veaux-éprouvettes, c\u2019est frapper un grand coup.C\u2019est aussi l\u2019idéal pour se faire remarquer, ce qui n\u2019a pas été long pour le jeune professeur, qui sera agrégé en mode accéléré pour développer la Chaire de recherche Se-mex du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, le CRSNG: «Semex est un amalgame des centres d'insémination des vaches à travers le Canada.J'ai reçu un mandat de dix ans pour développer des technologies tant du côté mâle que femelle.» Finalement, tout a tellement bien fonctionné qu\u2019en 2000 Semex et Marc-André Si- rard ont reçu le prix canadien Synergie pour l\u2019innovation.En 1995, le Sirard fonde le Centre de recherche en reproduction, une conséquence de l\u2019expérience des dix années précédentes : «Après mon postdoctoral, j'ai recruté des chercheurs intéressés par les nouvelles technologies de la fécondation in vitro.Avec l'appui de l'équipe de gynécologie du Centre hospitalier de l'Université Laval, on était en mesure de former un petit centre de recherche à Québec.Le centre a grossi jusqu'à devenir un des plus grands au Canada.» Le moment était bien choisi, puisque rallier médecine humaine et médecine vétérinaire facilitera grandement la recherche.L\u2019impact de l\u2019environnement Pour Marc-André Sirard arrive en 2008 la direction du réseau stratégique du CRSNG, EmbryoGENE: «C'est une grande étape, parce que c'est ici qu'on a réussi à fédérer tous les gens intéressés par la génomique et l'épigénomique, qui devient aujourd'hui presque mon principal sujet de travail.Et qu'est-ce que cet épigénomique ?Ce sont tous les effets de l'environnement sur notre santé et sur la santé de nos enfants.Il y a dix ans à peine, on ignorait encore que Le chercheur Marc-André Sirard l'environnement et notre style de vie avaient de l'influence sur la santé de la génération suivante.Ce qui est vrai tant chez les animaux que chez l'humain.» Ce réseau réunit plus de 20 chercheurs, 7 universités et 8 entreprises.C\u2019est en utilisant le modèle bovin et porcin qu\u2019on a cherché à comprendre et à minimiser les conséquences des technologies de la reproduction in vitro.«On a découvert que l'embryon qui a passé une semaine in vitro n'aime pas ça et s'en souvient! Ça ne signifie pas que tous les enfants ou les animaux sont tous malades, mais il y a des précautions à prendre pour minimiser les effets.» MARC ROBITAILLE C\u2019est en 2001 que le Sirard obtient la première chaire de reproduction au Canada, la Chaire de recherche du Canada en génomique de la reproduction.Cette nomination vient récompenser les travaux qu\u2019il a amorcés cinq ans plus tôt au centre de recherche.Rapidement, on se rend compte que, pour comprendre l\u2019ovule, on a besoin d\u2019un outil puissant, comme l\u2019amplification des gènes.Grâce à cet outil, il ne faut plus maintenant que cinq ovules pour interroger 25 000 gènes, alors qu\u2019auparavant il fallait 5000 ovules pour une analyse sommaire de leurs protéines.Rappelons que nous sommes au début des années 2000, une époque où, dans les médias, on commence à peine à entendre parler de génome et de génomique.Puis, au fil des ans, des découvertes faites dans le cadre d\u2019Em-bryoGENE viennent nourrir les recherches de cette chaire: «Claude Robert, un jeune chercheur, a développé dans le réseau EmbryoGENE des outils moléculaires qui nous permettent d'étudier le génome des embryons.Il y a le monde de la souris avec lequel nous sommes en compétition, mais, dans le monde des gros animaux et de l'humain, on peut affirmer que nous sommes en avance.Les gens ne s'aperçoivent pas à quel point le fonctionnement des ovules et des ovaires d'une vache ressemble à celui d'une femme.» Sauf que, contrairement à la femme, la vache, elle, n\u2019est jamais ménopausée.Les mystères de la fécondation in vitro En 30 ans de recherches sur l\u2019ovule, Marc-André Sirard, tout en tentant d\u2019en améliorer la qualité, a cherché à savoir pourquoi les ovules ne sont pas toujours viables, que ce soit chez la vache ou chez la femme.Ces jours-ci débutera une étude clinique pancanadienne afin de déterminer pourquoi la fécondation in vitro chez la femme ne fonctionne qu\u2019une fois sur trois: «Il n'y a pas beaucoup de pratiques médicales où on peut se contenter d'un taux de réussite de 33%! Les médecins n'ont pas suffisamment d'outils pour déterminer pourquoi la fécondation n'a pas fonctionné.Ce qu'on propose, c'est de récupérer des cellules qui cohabitent avec l'ovule.Ces cellules nous donnent de l'information sur l'environnement dans lequel se trouvait l'ovule.On cherchera à savoir si on a donné trop d'hormones, si on a induit l'ovulation trop tôt ou trop tard pour ainsi aider le médecin à ajuster son traitement.» «Les organes ont tous les mêmes structures, la même fonction et la même origine, qu'on soit animal ou homme.Si l'homme tire clairement la frontière entre l'animal et lui, en biologie ce n'est pas aussi évident.Tous les gènes sont présents et tous les morceaux sont les mêmes, souvent c'est la régulation qui diffère.Par exemple et en simplifiant énormément, on peut dire que notre cerveau n'a rien de plus que celui d'un animal, mais, plutôt que d'arrêter de se développer, il continue à le faire.» Pour Marc-André Sirard, les animaux «sont un modèle extraordinaire pour nous rappeler qu'on est.des animaux.On se croit supérieur, mais on s'aperçoit que nous sommes des machines biologiques, mais des machines quand même.Quand on étudie les animaux, on se comprend mieux et on apprend à faire la différence entre ce qui est l'effet de notre intelligence et ce qui est programmé.On devient aussi plus conscient de l'influence de notre environnement.» Bref, la biologie contrôle à peu près tout et le reste n\u2019est qu\u2019illusion.Collaboratrice Le Devoir LE SAVOIR EST LA f.Hubert Doucet Claude Villeneuve Sous lo d fecr od de Michel Claes e Lyda Lannegrand Willems Pierre Brisson Prévention des toxicomanies Uethique clinique Pour une approche relationnelle dans les soins La psychologie de l\u2019adolescence La famille et les troubles émotionnels des jeunes Aspects theor ques et methodolog q O Marc Zaffran Le patient et le médecin Par I auteur de La maladie de Sachs et Le chœur des femmes (sous le pseudonyme de Martin Wmckle DISPONIBLES EN VERSION NUMÉRIQUE À f DU PRIX O PAPIER Université iTn de Montréal Les Presses de l'Université de Montréal www.pum.umontreal.ca H 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 SCIENCES Prix Michel-Jurdant Le chercheur Paul Del Giorgio remporte la 30® édition ÉMILIE CORRIVEAU Créé en L985 en l\u2019honneur d\u2019un des penseurs les plus éloquents du mouvement écologiste, le prix Michel-Jurdant est remis chaque année par l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas) à une personne dont les travaux sur l\u2019environnement connaissent un important rayonnement scientifique et ont un effet sur la société.Spécialiste des écosystèmes aquatiques et titulaire de la Chaire de recherche en biogéochimie du carbone du Département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal, M.Paul Del Giorgio remporte cet automne la trentième édition de ce prestigieux prix.Enfant, Paul Del Giorgio rêvait de devenir biologiste.Comme plusieurs gamins de son âge, il regardait les émissions de Jacques-Yves Cousteau et s\u2019imaginait sur un navire en quête d\u2019aventures maritimes.Aussi, lorsque vient le temps de choisir un métier, M.Del Giorgio se tourne tout naturellement vers l\u2019éçologie aquatique.Etudiant passionné, il quitte son Argentine natale, après avoir obtenu une licence en biologie de rUniversité de Buenos Aires, potu\" venir feire son doctorat à l\u2019Université McGill, à Montréal.Saisissant l\u2019occasion de se joindre à un groupe de recherche travaillant en limnologie, il décide de faire de cette discipline son principal champ d\u2019intervention, bien qu\u2019il s\u2019intéresse aussi à l\u2019océanographie.«Les parcours de recherche sont toujours dictés par un mélange d\u2019intéréts et de concours de circonstances, relève M.Del Giorgio.On rencontre des gens, des mentors, et on est influencé par leur travail.Mon cas ne fait pas exception! Je m\u2019intéressais à l\u2019écologie aquatique et il y avait une ouverture pour moi du côté de la limnologie à McGill.J\u2019ai tout simplement saisi l\u2019occasion.» Il faut croire que le hasard a bien fait les choses puisque, aujourd\u2019hui, M.Del Giorgio est considéré comme l\u2019un des plus éminents spécialistes mondiaux de l\u2019écologie aquatique microbienne et de la biogéochimie du carbone des écosystèmes aquatiques.La liste de ses publications est impressionnante et comprend plusieurs contributions majeures tant sur le plan conceptuel qu\u2019empirique et méthodologique.Des travaux fondateurs Dans la première partie de sa carrière, M.Del Giorgio a remis en question un vieux principe de la limnologie, selon lequel la photosynthèse lacustre est la source suprême d\u2019énergie du réseau trophique en milieu d\u2019eau douce, et a démontré que la respiration dans les écosystèmes était souvent supérieure à la production primaire brute.Cela a eu potu- effet de placer la communauté des chercheurs en environnement devant une lacune incontestable dans les connaissances de base qu\u2019ils avaient au sujet des lacs.Puis, il a exploré et expérimenté des idées connexes sur une vaste gamme de systèmes.En s\u2019intéressant au rôle que jouaient les bactéries aquatiques dans le cycle du carbone des écosystèmes marins, il a permis d\u2019améliorer de façon significative la compréhension scientifique des phénomènes de respiration.En publiant en 2005, avec le professeur Peter Williams, une synthèse quantitative des données internationales sur le sujef «Respiration in Aquatic Systems», il a largement contribué à fournir une première estimation de la respiration aquatique à l\u2019échelle globale.Par cette publication, il a également permis de mettre en lumière les incongruités des modèles courants du cycle du carbone et de déterminer des pistes de recherche susceptibles d\u2019améliorer la compréhension scientifique du cycle du carbone dans les écosystèmes aquatiques mondiaux.Aujourd\u2019hui, le travail du chercheur porte essentiellement sur l\u2019interaction des microbes et du fonctionnement métabolique des écosystèmes à différentes échelles.Menés dans le cadre des activités de la Chaire de recherche industrielle CRSNG/Hydro-Québec, dont il est à la tête, bon nombre des projets de M.Del Giorgio ont pour objectif de quantifier le rôle des systèmes aquatiques dans l\u2019économie du carbone de paysages entiers, des travaux qui s\u2019avèrent particulièrement pertinents dans un contexte de changements climatiques.«On est en train d\u2019explorer la biogéochimie du carbone dans les écosystèmes aquatiques boréaux.C\u2019est un sujet qui me passionne vraiment», indique le chercheur.«Notre région boréale a un impact majeur sur le bilan global des sources de carbone, poursuit-il.Or les composantes aquatiques de cette région boréale ne sont presque pas étudiées.Pourtant, elles ont un rôle ^trémement important! La partie aquatique de cette région-là fait preuve d\u2019une grande activité biochimique.Pour comprendre ce paysage-là, il faut comprendre l\u2019eau, et c\u2019est ce qu\u2019on est en train d\u2019essayer de faire avec nos recherches.» La portée de ces travaux sur la dynamique des gaz à effet de serre dans les écosystèmes aquatiques est considérable, puisque les découvertes du scientifique s\u2019appliquent à toutes les régions boréales de la planète et qu\u2019elles ont un impact sur les modèles de prédiction des émissions de carbone.«Actuellement, les eaux douces que nous étudions ne sont pas prises en compte dans les modèles de carbone globaux.Notre tâche, c\u2019est de fournir les informations et les outils qui vont permettre d\u2019incorporer ces eaux douces dans les modèles de carbone régionaux.» Un prix valorisant S\u2019il n\u2019est pas du genre à chercher les honneurs, M.Del Giorgio admet que le prix Michel-Jurdant revêt une importance singulière à ses yeux.Comme ce dernier reconnaît une contribution au sein de l\u2019environnement non seulement en matière de connaissances, mais également sur le plan de sa mise en lumière et de sa protection, le scientifique estime qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une récompense fort valorisante.«Au Québec, nous sommes les gardiens d\u2019un NATHALIE SAINT PIERRE Le spécialiste des écosystèmes aquatiques et titulaire de la Chaire de recherche en hiogéochimie du carbone du Département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal, Paul Del Giorgio nombre incroyable de lacs, de fleuves et de rivières, commente-t-il.C\u2019est très important pour moi de sensibiliser les gens à la beauté de notre environnement et à la responsabilité que nous avons par rapport à nos ressources aquatiques.Le prix Michel-Jurdant me plaît énormément, parce qu\u2019il reconnaît justement cet aspect de mon travail.» M.Del Giorgio souligne toutefois que, à ses yeux, ce prix devrait être attribué à l\u2019ensemble de son groupe de travail.«Toutes mes re- cherches résultent d\u2019un travail collectif, conclut-il.Ce prix, je le dois beaucoup à mon groupe, à mes collaborateurs ! On ne peut pas concevoir un programme de recherche et apporter des contributions importantes sans avoir une équipe en arrière.J\u2019en suis très conscient et c\u2019est pourquoi j\u2019aimerais partager ce prix avec mes collègues aussi.» Collaboratrice Le Devoir Prix Pierre-Dansereau Le féminisme récompensé ÉMILIE CORRIVEAU Militante depuis les années L970, Line Chamberland s\u2019est toujours efforcée de faire avancer le féminisme et de se porter à la défense de l\u2019égalité des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles (LGBT).Aujourd\u2019hui profes-seure au Département de sexologie de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire de la Chaire de recherche sur fhomophobie, elle remporte le prix Pierre-Dansereau de l\u2019Association francophone pour le savoir en raison de son engagement auprès de la collectivité.Même si cela fait aujourd\u2019hui plus de 20 ans, Line Chamberland se souvient comme si c\u2019était hier du moment où elle a annoncé à sa mère qu\u2019elle souhaitait entreprendre des recherches doctorales sur les expériences vécues par des lesbiennes dans le Montréal des années L950-L960.Inquiète pour sa fille, cette dernière lui avait répondu qu\u2019elle était bien trop en avant de son temps.La mère de M\u201c® Chamberland n\u2019avait pas tort, mais, taraudée par le désir de mieux comprendre la communauté au sein de laquelle elle s\u2019investissait, la militante est tout de même retournée sur les bancs d\u2019école pour y entreprendre un doctorat, après avoir passé deux décennies comme professeure de sociologie au collégial.«Il y avait, dans les mouvements de lesbiennes dont je faisais partie, une forte mouvance féministe, explique-t-elle.Moi qui m\u2019affirmais depuis plusieurs années comme lesbienne féministe, je m\u2019interrogeais beaucoup sur le fémi- I ANDREW DOBROWOLSKYJ Si elle concède qu\u2019être une pionnière dans le domaine des études gaies et lesbienne n\u2019a pas toujours été de tout repos, M\u201c® Chamberland relève que sa frondeur lui a permis d\u2019accomplir beaucoup de choses dont elle n\u2019osait même pas rêver à l\u2019époque où elle entamait son doctorat.nisme et son lien avec le lesbianisme.Je me demandais si le volet féministe ne venait pas donner en quelque sorte sa respectabilité au fait d\u2019étre lesbienne en lui procurant une justification politique.Ça me préoccupait beaucoup.C\u2019est pour ça que j\u2019ai cherché à savoir comment les expériences lesbiennes avaient pu être vécues dans un contexte où il n\u2019y avqit pas le féminisme.» Egalement animée par le désir de faire évoluer les conditions de vie des personnes de minorités sexuelles, M™ Chamberland cultivait le désir d\u2019inscrire le champ des études gaies et lesbiennes au sein d\u2019une uni- versité québécoise, chose qui n\u2019avait encore jamais été faite.«Je voyais que, dans d\u2019autres pays, on commençait à faire des recherches sur le sujet, évoque-t-elle.Je trouvais que le fait de documenter ces problématiques-là allait permettre de mieux les connaître et donc de mieux les combattre.Pour moi, le passage de l\u2019activisme à la recherche allait de soi.Mon moteur premier, c\u2019était que ma recherche ait des retombées sociales.Ce l\u2019est encore, d\u2019ailleurs.» Du doctorat à la chaire de recherche Après avoir abordé la question du lesbianisme d\u2019un point de vue historique, sociologique et culturel dans le cadre de son doctorat, M™ Chamberland a continué de s\u2019investir dans la recherche, tout en poursuivant son travail de professeure au niveau collé^al, où elle a d\u2019ailleurs multiplié les projets pédagogiques autour des questions de diversité sexuelle et de genre au sein de cours de formation professionnelle.A la même période, elle a mené une recherche-action à la Confédération des syndicats nationaux sur les travailleurs homosexuels, ce qui lui a permis de constater que ces derniers étaient encore largement marginalisés.«Je me souviens du témoignage d\u2019un homme qui n\u2019avait pu assister aux funérailles de son conjoint parce qu\u2019il n\u2019avait jamais fait son coming out au travail, raconte la chercheure.De toute façon, même s\u2019il l\u2019avait dit, il n\u2019aurait pas pu y aller, parce qu\u2019on n\u2019accordait pas encore de congé, dans le cadre d\u2019un décès, aux employés dont le conjoint était de même sexe.Sa détresse m\u2019avait beaucoup touchée.» Par la suite, M\u201c® Chamberland s\u2019est engagée dans le groupe interdisciplinaire de recherche et d\u2019études Homosexualité et société, le tout premier programme d\u2019enseignement et de recherche sur les minorités sexuelles au Québec.Elle a aussi enseigné les études lesbiennes à l\u2019Université Concordia et a collaboré à plusieurs cours de premier et deuxième cycles universitaires.Depuis, la production scientifique et l\u2019engagement social de M\u201c® Chamberland n\u2019ont cessé de croître.Ses recherches ont donné matière à des publications scientifiques dans de mul- tiples revues avec comité de lecture, à des collaborations à des chapitres de livre et à plus d\u2019une centaine de communications dans des congrès organisés tant au Québec qu\u2019ailleurs au Canada et à l\u2019étranger.Quant à son engagement auprès de nombreux poupes du mouvement LGBT, il n\u2019a jamais fléchi au cours des années.Aujourd\u2019hui, en plus d\u2019être professeure au Département de sexologie de l\u2019UQAM et titulaire de sa Chaire de recherche sur l\u2019homophobie, M\u201c® Chamberland cumule plusieurs rôles au sein de l\u2019établissement.Elle est également directrice de l\u2019équipe de recherche Sexualités et genres : vulnérabilité et résilience, membre associée de l\u2019institut Santé et société et professeure régulière au sein de l\u2019Institut de recherçhes et d\u2019études féministes.A cela s\u2019ajoutent ses fonctions de consultante à la programmation et à la réalisation d\u2019activités diverses pour des organismes de communautés culturelles, de participante à titre de chercheure experte pour le collectif de travail LGBT, ainsi que de membre consultante de la Table nationale de lutte à l\u2019homophobie en milieu collégial et de la Table nationale de lutte à l\u2019homo-phobie en milieu scolaire.Des accomplissements majeurs Qutre le fait d\u2019avoir eu un impact certain sur la reconnaissance des droits et l\u2019amélioration des conditions de vie des personnes de minorités sexuelles, M\u201c® Chamberland estime que sa plus grande réussite réside dans le fait d\u2019être parvenue à déployer son domaine de recherche et à former une relève apte à prendre le flambeau.«Je suis vraiment contente que le champ de recherche soit maintenant établi et qu\u2019il y ait de la relève, commente-t-elle.J\u2019ai toujours eu cet objectif en tête, parce que, quand j\u2019ai étudié à l\u2019Université de Montréal, il y avait d\u2019éminentes spécialistes en études féministes et que, lorsqu\u2019elles sont parties, il n\u2019y avait plus personne pour assurer la relève.J\u2019ai gardé une leçon de ça.A l\u2019UQAM, on a beaucoup travaillé sur l\u2019enseignement et l\u2019inscription des études féministes dans l\u2019établissement.Et moi, j\u2019ai toujours eu en tête d\u2019y inscrire mon champ de recherche pour qu\u2019il y ait une certaine pérennité.Continuer à faire de la recherche sur l\u2019homophobie, c\u2019est aussi s\u2019assurer de mieux la contrer.» Si elle concède qu\u2019être une pionnière dans le domaine des études gaies et lesbiennes n\u2019a pas toujours été de tout repos \u2014 la chercheuse a vécu beaucoup d\u2019isolement et a longtemps été confrontée à un manque de ressources et d\u2019appui institutionnel \u2014 M\u201c® Chamberland relève que sa frondeur lui a permis d\u2019accomplir beaucoup de choses dont elle n\u2019osait même pas rêver à l\u2019époque où elle entamait son doctorat.«Finalement, ma mère n\u2019avait pas tout à fait raison, note la lauréate du prix Pierre-Dansereau.Qui, il a fallu que je défriche et que je bûche pour faire reconnaître mon champ de recherche, mais, ultimement, c\u2019est le fait d\u2019être en avant de mon temps qui m\u2019a le mieux servie ! » Collaboratrice Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 H 5 SCIENCES \\ ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR «Il y a une proportion importante des individus ayant vécu une telle agression qui ne la dévoilent à personne; avant de se confier, ils vont attendre jusqu\u2019à cinq ans ou plus.» Prix Thérèse-Gouin-Décarie Enfants victimes d\u2019une agression sexuelle : un Québec mieux outillé RÉGINALD HARVEY Pionnière au milieu des années 1980 dans le domaine de la recherche sur la problématique des agressions sexuelles chez les enfants, Martine Hébert deviendra une source d\u2019inspiration pour les communautés qu\u2019elle côtoie : plusieurs de ses partenaires se lanceront dans des projets de soutien à l\u2019enfance.Elle codirige présentement la Chaire de recherche interuniversitaire Marie-Vincent sur les agressions sexuelles envers les enfants.Psychologue et professeure-chercheuse au Département de sexologie de TUQAM, Martine Hébert montre un intérêt pour l\u2019enfant dès son secondaire.Elle poursuivra dans cette voie pendant ses études universitaires à TUniversité McGill et à TUniversité Concordia.Au niveau de la maîtrise, elle se retrouve en stage à l\u2019hôpital Sainte-Justine : «Il a eu lieu à ce qu\u2019on appelait alors la Clinique de protection de l\u2019enfance, qui porte aujourd\u2019hui le nom de Clinique de pédiatrie so cio juridique ; à ce moment-là, la clientèle que je voyais pendant mon séjour était vraiment composée d\u2019enfants victimes d\u2019une agression sexuelle.» C\u2019était autour de 1984 et la jeune psychologue était confrontée à une problématique dont il était peu question à cette époque : «Pour donner une idée de la situation, il n\u2019y avait peut-être que 500 articles scientifiques publiés sur ce sujet, alors qu\u2019il y en a près de 20 000 aujourd\u2019hui.» Au terme de son stage, elle quitte Concordia et se dirige vers TUniversité de Montréal pour son doctorat; elle est bien résolue à ce que sa thèse porte sur de telles agressions.Elle résume de quelle façon les chercheurs abordent le problème durant cette période : «La question de base consistait à savoir quelles sont les conséquences associées aux agressions chez ces enfants et on se demandait comment dépister ceux-ci.Existe-t-il une constellation de difficultés ou de symptômes propres aux agressions qui nous aideraient pour le dépistage ?» D\u2019hier à aujourd\u2019hui, le pesant silence Les études réalisées dans différents pays et au Québec même servent à dégager ce portrait actuel d\u2019un mal trop répandu, rapporte M™® Hébert: «L\u2019agression sexuelle touche entre 20 et 25 % des femmes et de 7 à 10% des hommes.» Il s\u2019agit là d\u2019une minorité tout de même significative: «On se livre souvent à cette analogie: si on trouvait une maladie qui frappe autant de gens, il va de soi qu\u2019on consacrerait beaucoup d\u2019énergie à trouver un vaccin pour l\u2019éradiquer.» Elle dégage le facteur qui complique les interventions: «Il y a une proportion importante des individus ayant vécu une telle agression qui ne la dévoilent à personne; avant de se confier, ils vont attendre jusqu\u2019à cinq ans ou plus.» Une étude montre que, au Québec, une personne sur cinq garde à jamais le silence et que de 50 à 60% des gens taisent l\u2019événement durant cinq ans avant de s\u2019ouvrir sur le sujet, de sorte que Tentant de huit ans attendra jusqu\u2019à l\u2019adolescence avant de se confier.Il s\u2019ensuit des conséquences lourdes: «Les gens qui ne dévoilent pas l\u2019agression ne bénéficient pas de services.Il est certain que les impacts sur le développement de l\u2019enfant sont majeurs, ce qui est largement documenté présentement: toutes les phases de celui-ci sont touchées, que ce soit sur les plans affectif ou social, sans compter les enjeux particuliers pour l\u2019adaptation en milieu scolaire.» Ces enfants-là risquent de partir à la dérive sans le soutien requis et de faire en sorte que leurs comportements se répercutent sur leur entourage durant toute leur vie.Le parcours de recherche A partir de 1999, la chercheuse a poursuivi ses travaux à TUQAM, où elle enseigne.Après avoir défini les différents angles sous lesquels elle entendait aborder les effets causés par les agressions chez les enfants, elle tisse des partenariats pour mieux documenter ses recherches: «Dans ce but, on a travaillé avec beaucoup de partenaires dans les milieux de pratique et chez les organismes communautaires, notamment avec l\u2019hôpital Sainte-Justine et avec le centre Marie-Vincent.» Elle s\u2019est vraiment tournée vers le terrain, là où les problèmes font surface : «Pour l\u2019enfant victime, il est confronté à plusieurs acteurs qui vont entrer dans le décor.» Il lui est pénible de cheminer à travers un processus complexe dans ce cas, mais il peut actuellement suivre un itinéraire plus approprié : «Il y a un centre qui a été créé à Montréal et qui figure vraiment comme une innovation sociale; c\u2019est le centre Marie-Vincent, qui a vu le jour en 2005.» En même temps, une chaire de recherche a été mise sur pied, dont elle est la « cotitulaire ».Il s\u2019agit du seul centre d\u2019appui pour enfants qui existe au Québec et il présente cette particularité : les services sont intégrés et sont tous offerts sous un même toit.Elle souligne un trait particulier de cet endroit, qu\u2019elle qualifie de child-friendly: «On y offre un traitement de fine pointe qui relève djune pratique exemplaire et qu\u2019on a adapté des États-Unis, là où il a vraiment été testé; il apporte des améliorations perceptibles chez les enfants.» Les retombées sur les milieux Tout au long de son cheminement de carrière, Martine Hébert a effectué des travaux de recherche qui ont apporté des retombées positives pour les enfants et les collectivités ; elle a laissé des traces de son passage dans son milieu : «Il y a des infrastructures qui ont été mises sur pied et qui ont favorisé le travail en partenariat; il y a aussi eu des infrastructures de recherche qui ont pris forme, comme le Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et sur les agressions sexuelles (CRIP-CAS).» De la sorte, la circulation de l\u2019information scientifique est facilitée.La professeure se penche sur une autre réalisation: «On a publié un livre en deux tomes, parus en 2011 et en 2012.On vise par ces publications à aider les intervenants de différents secteurs à mieux comprendre la problématique; ils sont utilisés notamment dans le cadre de la formation des policiers et de celle que le centre Marie-Vincent dispense.» Ces ouvrages contiennent les faits saillants de la littérature scientifique qui sont résumés en français à l\u2019intention des intervenants auprès de la population québécoise.Depuis 20 ans, elle mesure le chemin parcouru : «Il y a plusieurs étudiants qui ont été formés et qui travaillent comme psychologues dans les centres d\u2019expertise.On a également créé un nouveau programme court à l\u2019UQAM qui porte spécifiquement sur cette forme de violence sexuelle.Il y a des gens qui sont maintenant mieux sensibilisés et outillés pour faire face à cette réalité.» Collaborateur Le Devoir Les autres lauréats Lauréats du Concours de vulgarisation de la recherche de TAcfas Parrainé par le Secrétariat à la politique linguistique Alexandre BIGOT, Ecole polytechnique de Montréal \u2014 Sacrés aimants.Ils n\u2019ont pas fini de nous étonner! Sophie BRAJON, Université Laval \u2014 Une touche de bonheur en élevage porcin Rachel LANGEVIN, UQAM \u2014 Les jeunes victimes d\u2019agressions sexuelles: émotions et résilience Richard NAUD, Université d\u2019Ottawa \u2014 Des grenouilles qui savent compter Morgane URLI, Université de Sherbrooke \u2014 Les érables à l\u2019assaut des montagnes au Québec ?Lauréats des prix d\u2019excellence de TADÉSAQ Remis par l\u2019Association des doyens des études supérieures au Québec Sciences humaines et sociales, arts et lettres: Marie-Claude DESJARDINS, Université Laval Sciences de la santé : Simon GIRARD, Université de Montréal Sciences naturelles et génie : Eric PROIETTI, Université INRS Lauréates des prix de thèse en cotutelle Remis par le Consulat général de la France à Québec et le ministère des Relations internationales et de la Francophonie Prix de thèse en cotutelle Québec-France: Marie-Claude DESJARDINS, Université Laval Prix de thèse en cotutelle France-Québec : Magali GAUTHIER, Université INRS 1 EMILIE TOURNEVACHE « Les gens qui ne dévoilent pas l\u2019agression ne bénéficient pas de services.Il est certain que les impacts sur le développement de l\u2019enfant sont majeurs, ce qui est largement documenté présentement: toutes les phases de celui-ci sont touchées, que ce soit sur les plans affectif ou social, sans compter les enjeux particuliers pour l\u2019adaptation en milieu scolaire.» W BRAVO À RENAUD BOULANGER ET SACHA CAVELIER! Le Gala de i\u2019Acfas célèbre l\u2019excellence de la recherche québécoise, et McGill est très fîère que deux de ses étudiants aux cycles supérieurs aient rennporté de prestigieux prix cette année.RENAUD BOULANGER (à gauche, bioéthique) a reçu le Prix Desjardins-Maîtrise pour ses études ayant trait à l\u2019éthique entourant l\u2019épidénnie du virus Ebola.SACHA CAVELIER (à droite, génie nnécanique) a quant à lui obtenu le Prix du public Eurêka, pour sa photo où apparaît le fornnidable arrangennent structurel de la nacre des coquillages.FÉLICITATIONS À MM.BOULANGER ET CAVELIER POUR LEURS CONTRIBUTIONS À LAVANCEMENT DE LA RECHERCHE EN FRANÇAIS.McGill H 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 SCIENCES Les cinq lauréats des prix de l\u2019Acfas étudiantchercheur CLAUDE LAFLEUR Prix Acfas-Fondation Desjardins doctorat Non, nous n\u2019avons pas tous accès aux mêmes soins de santé ! Lorsqu\u2019on consulte un professionnel de la santé, on s\u2019attend tous, évidemment, à être traité sans égard à la couleur de la peau ou à l\u2019âge, sans égard non plus au fait d\u2019étre un homme ou une femme, riche ou pauvre, etc.Malheureusement, la réalité n\u2019est pas si rose!», constate Maude Laliberté, candidate au doctorat en sciences biomédicales à l\u2019Institut de recherche en santé publique de l\u2019Université de Montréal.Celle-ci observe en effet divers biais dans la priorisation et le suivi des patients.Par exemple, les gens plus âgés, les minorités visibles, les gens à faible statut socio-économique et les femmes ont moins accès à une chirurgie de prothèse de hanche ou de genou que le reste de la population.«Mon but, au doctorat, est d\u2019étudier les facteurs qui influencent la prise en charge des patients en physiothérapie», indique M\u201c® Laliberté.Elle espère que ses travaux formeront le point de départ d\u2019une réflexion quant aux facteurs qui influencent la prise en charge des malades.«Je suis une personne très dynamique et j\u2019ai toujours aimé avoir plusieurs occupations, rôles et emplois en même temps!, raconte-t-elle.Présentement, je suis étudiante au doctorat, physiothérapeute, professeure adjointe de clinique à l\u2019Ecole de réadaptation de l\u2019Université de Mont- réaj et syndic adjointe.» (!) A la question : où vous imaginez-vous dans 30 ans ?, elle répond joyeusement: «Difficile de m\u2019imaginer à un seul endroit! Je m\u2019imagine donc professeure à l\u2019université et engagée dans diverses organisations professionnelles dans le but ultime d\u2019améliorer les pratiques dans ma profession de physiothérapeute, d\u2019influencer les politiques des établissements publics et privés en physiothérapie (par exemple, la gestion des listes d\u2019attente) et, plus largement, d\u2019influencer les politiques publiques afin que les patients aient plus facilement accès aux services de réadaptation et aient une meilleure qualité de vie.Et voilà!» De toute évidence, Maude Laliberté est une chercheuse dynamique promise à un bel avenir! Prix Acfas-Fondation Desjardins maîtrise Les dilemmes moraux de tout chercheur humanitaire Dans le cadre de ses études de maîtrise en éthique à l\u2019Université McGill, Renaud Boulanger tente de cerner les dilemmes moraux que rencontrent les chercheurs travaillant en situation de crise humanitaire.«Je demande à des chercheurs, qui sont allés sur le terrain peu de temps après une catastrophe naturelle, de me parler de leur expérience, explique M.Boulanger.Je suis particulièrement intéressé à en apprendre davantage sur les dilemmes moraux qu\u2019ils ont vécus.» Il songe entre autres au cas d\u2019étudiants au baccalauréat qui sont allés observer les populations affectées par le tsunami de 2004 et par un séisme ~UHLS aux lauréats de l'Université du Québec Les établissements de l'Université du Québec sont fiers de souligner la contribution scientifique de leurs chercheurs et de leurs étudiants.PRIX ACFAS 2014 Gabrielle Legendre (Prix IRSST - Doctorat) Étudiante au doctorat interdisciplinaire en santé et société Université du Québec à Montréai Eric Proietti (Prix ADESAQ) Docteur en sciences de l'énergie et des matériaux Institut national de la recherche scientifique Centre Énergie Matériaux Télécommunications Srecko Briek (Prix Adrien-Pouliot) Professeur au Département d'informatique Université du Québec à Montréal Paul del Giorgio (Prix Michel-Jurdant) Professeur au Département des sciences biologiques Université du Québec à Montréal Line Chamberland (Prix Pierre-Dansereau) Professeure au Département de sexologie Université du Québec à Montréal Martine Hébert (Prix Thérèse Gouin-Décarie) Professeure au Département de sexologie Université du Québec à Montréal CONCOURS DE VULGARISATION DE LA RECHERCHE Rachel Langevin Étudiante au doctorat en psychologie Université du Québec à Montréal LA PREUVE PAR L'IMAGE (1\" Prix - Toutes disciplines) Alexandre Lamarre Étudiant au D.E.S.S.en systèmes d'information géographique Michelle Garneau Professeure au Département de géographie Université du Québec à Montréal PRIX DE THÈSE EN COTUTELLE FRANCE-QUÉBEC Magali Gauthier Docteure en sciences de l'énergie et des matériaux Institut national de la recherche scientifique Centre Énergie Matériaux Télécommunications \u2022\tUniversité du Québec à Montréal \u2022\tUniversité du Québec à Trois-Rivières \u2022\tUniversité du Québec à Chicoutimi \u2022\tUniversité du Québec à Rimouski \u2022\tUniversité du Québec en Outaouais \"Ê Université du Québec www.uquebec.ca \u2022\tUniversité du Québec en Abitibi-Témiscamingue \u2022\tInstitut national de la recherche scientifique \u2022\tÉcole nationale d'administration publique \u2022\tÉcole de technologie supérieure \u2022\tTélé-université en Amérique du Sud.«Laissés à eux-mêmes sur le terrain, ils ont dû faire face aux besoins criants des populations locales sans pouvoir faire grand-chose, commente-t-il.Tout un choc pour un nouveau chercheur!» Parmi les problèmes éthiques auxquels sont confrontés régulièrement les chercheurs sur le terrain, Renaud Boulanger cite la possibilité que les volontaires qui se prêtent à leurs études aient l\u2019impression qu\u2019ils recevront une meilleure attention médicale.D\u2019autre parL les chercheurs songent-ils à la possibilité que leurs travaux puissent avoir des conséquences auxquelles ils ne pourront remédier?Par exemple, quelles pourraient être les conséquences de l\u2019essai, sur le terrain, de vaccins expérimentaux pour contrer l\u2019épidémie d\u2019Ebola en Afrique?Son projet de maîtrise se veut même l\u2019amorce d\u2019une quête plus globale, dit-il.«Ma maîtrise me permet de tester une approche spécifique pour une recherche plus vaste, tout en contribuant de façon très concrète à l\u2019amélioration \u2014 je l\u2019espère! \u2014 de l\u2019éthique de la recherche en situation de crise.» Où se voit-il dans 30 ans?«A bord d\u2019un grand navire-hôpital axé sur l\u2019enseignement, un genre de fusion entre le USNS Comfort et le Peace Boat.version voiles et panneaux solaires, dit-il.Ce navire aurait la triple mission de porter secours aux gens affectés par une catastrophe naturelle ou un conflit, de dispenser de l\u2019enseignement et de servir de lieu de réflexion pour intellectuels et scientifiques.» Prix Acfas-IRSST maîtrise, santé et sécurité du travaii Gare à vous si vous pratiquez trop intensément la musique ! Quiconque s\u2019est suffisamment entraîné à jouer d\u2019un instrument de musique se souviendra probablement d\u2019avoir ressenti certaines douleurs.Ce phénomène porte même un nom : la douleur musculos-quelettique liée à l\u2019exécution de la musique, ou DMEM.Selon Judith Robitaille, ergothérapeute et étudiante en maîtrise à l\u2019Université de Sherbrooke, ce phénomène est d\u2019autant plus préoccupant que les étudiants en musique acquièrent, durant leur formation, des habitudes de travail qu\u2019ils garderont tout au long de leur carrière.«La santé et la sécurité de ces étudiants doivent donc être favorisées par des mesures de prévention», dit-elle.Par conséquent, elle étudie les facteurs de risque liés au temps que consacrent des étudiants à jouer d\u2019un instrument à cordes frottées.«L\u2019impact de la durée passée à jouer d\u2019un instrument sur la DMEM n\u2019a pas encore été documenté, ob-serve-t-elle.Pourtant, les étudiants y sont régulièrement exposés, notamment lors de leur participation annuelle à des camps musicaux intensifs durant la période estivale.» Dans le cadre de sa maîtrise, M\u201c® Robitaille surveille l\u2019apparition de douleurs mus-culosquelettiques selon la durée de pratique d\u2019un instrument, cherchant ainsi à établir la relation entre la DMEM et le temps de pratique.«Ces informations permettront aux jeunes musiciens et à leur entourage (parents, enseignants) de prendre conscience du phénomène», espère-t-elle.Comme ergothérapeute, Ju- dith Robitaille souhaite ultérieurement offrir ses services aux musiciens et aux étudiants qui sont aux prises avec des problèmes de santé.Elle espère en outre sensibiliser les établissements musicaux au bien-être de leurs musiciens et souhaite même que ses travaux mènent un jour à la mise en place de mesures de prévention de la DMEM.Prix Acfas-IRSST doctorat, santé et sécurité du travail Une militante pour la santé et la sécurité des travailleurs immigrants Gabrielle Legendre, étudiante au doctorat interdisciplinaire en santé et société à rUQAM, a une grande préoccupation, une passion même : la santé et la sécurité des immigrants au travail.Dans le cadre de ses études de doctorat, elle a participé à la création et à l\u2019implantation d\u2019une table de concertation visant à favoriser la collaboration d\u2019acteurs issus de différents milieux concernés par cette problématique.«Mon projet de recherche vise à évaluer cette table et les activités développées par les différents acteurs», explique-t-elle.Dans ses recherches, Mme Legendre constate que les immigrants occupent des emplois précaires et souvent dans des secteurs où les risques de lésion sont élevés.De plus, ceux-ci sont réticents à déclarer tout incident.Par conséquent, elle souhaite que les intervenants en santé et sécurité au travail soient «sensibilisés et mieux outillés pour intervenir plus efficacement auprès des immigrants».Plus spécifiquement, son projet de recherche consiste à évaluer la pertinence et les effets de la mise en œuvre d\u2019une table de concertation.Elle cherche ainsi à améliorer l\u2019impact de ce genre de structure sur la prévention des lésions.Elle espère aussi améliorer les conditions de travail des immigrants ainsi que les pratiques des intervenants sociocommunautaires.Gabrielle Legendre a une vocation, dit-elle : elle se veut une actrice de changements sociaux et dédie sa carrière à sensibiliser tous ceux et toutes celles qui œuvrent en santé et sécurité des immigrants au travail.Elle est d\u2019ailleurs déjà adjointe à la direction du RRSSTQ, le Réseau de recherche en santé et en sécurité du travail du Québec.Prix Acfas ressources naturelles Vers des alumineries plus efficaces et moins polluantes Le Québec est l\u2019un des grands producteurs mondiaux d\u2019aluminium.Qr le procédé de fabrication de l\u2019aluminium par électrolyse, qu\u2019on maîtrise depuis des décennies, peut encore être amélioré.C\u2019est le défi que s\u2019est donné Erançois Allard, étudiant au doctorat en génie chimique à l\u2019Université de Sherbrooke.«L\u2019industrie de l\u2019aluminium occupe une place d\u2019importance dans l\u2019économie du Québec, note-t-il, mais, pour demeurer compétitive, le coût de production de l\u2019aluminium doit constamment être réduit.» A cette fin, il étudie de très près les phénomènes de perte de chaleur au-dessus des cellules où s\u2019effectue l\u2019électrolyse, dans le but d\u2019op- 1 .it.A JEAN LEMIEUX Maude Laliberté, lauréate du prix Acfas-Fondation Desjardins doctorat ASEM BALA PHOTOGRAPHIE Renaud Boulanger, lauréat du prix Acfas-Fondation Desjardins maîtrise s ¦ SOPHIA PHOTOGRAPHE Judith Robitaille, lauréate du prix Acfas-IRSST maîtrise, santé et sécurité au travail timiser le procédé.Pour ce faire, il analyse des échantillons de matériaux prélevés dans les cellules industrielles, afin de déterminer leur composition chimique et leurs propriétés thermiques.Il tente ensuite de prédire le comportement de ces matériaux à l\u2019aide de logiciels informatiques et d\u2019un modèle numérique.Il espère ainsi parvenir à optimiser l\u2019efficacité énergétique des cellules d\u2019électrolyse et, du coup, à réduire les émis-sion§ d\u2019agents polluants.«A terme, mes travaux pourraient mener à une réduction de la consommation énergétique du procédé d\u2019électrolyse, à une meilleure stabilité des cellules et à une amélioration du bilan écologique», avance François Allard.«Dans 20 ans, je me vois chercheur de nouveaux produits utiles pour la société et responsable d\u2019une équipe de développement dans des secteurs technologiques de pointe, prédit-il.Je vise à œuvrer dans des secteurs comme la transformation des matières premières en produits de valeur ajoutée ou dans la recherche de nouvelles technologies de production et de stockage d\u2019énergie qui respectent l\u2019environnement.» Collaborateur Le Devoir COURTOISIE GABRIELLE LEGENDRE Gabrielle Legendre, lauréate du prix Acfas-IRSST doctorat, santé et sécurité au travail KIMBERLY GUENETTE François Allard, lauréat du prix Acfas ressources naturelles LE DEVOIR, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 H 7 SCIENCES Prix Urgel-Archambault Le projet fou mais réaliste de produire un ordi d\u2019une puissance insoupçonnée.REGINALD HARVEY Il existe un groupe de scientifiques chevronnés qui se sont attelés à la tâche, depuis une vingtaine d\u2019années, de recourir à la mécanique quantique pour produire un ordinateur d\u2019une puissance telle qu\u2019elle défie l\u2019imagination; cet ordinateur serait en mesure d\u2019effectuer des tâches se mesurant en milliards d\u2019années, en comparaison avec l\u2019ordinateur actuel le plus performant de la planète.Physicien de carrière, Alexandre Blais fait partie d\u2019une élite mondiale qui poursuit cette tâche colossale mais «moins farfelue qu\u2019elle pouvait paraître au départ», comme il se plaît â le dire.Il a achevé ses trois cycles d\u2019études universitaires â l\u2019Université de Sherbrooke en 2002, lâ où il occupe les fonctions de professeur-chercheur au Département de physique, après avoir obtenu son « postdoc » de l\u2019Université Yale, au Connecticut: «Dans notre domaine, ce n\u2019est pas tellement courant de revenir d\u2019où on est parti; il faut auparavant avoir pris un détour vers ailleurs pour apporter par la suite quelque chose, et c\u2019est ce que fai fait.» Flash-back sur son parcours universitaire â la maîtrise: «J\u2019ai alors décidé de travailler sur l\u2019informatique quantique, qui, à ce moment-là, était une discipline qui voyait le jour; il n\u2019y avait pas beaucoup de chercheurs dans ce secteur et l\u2019idée de construire un ordinateur quantique frôlait le farfelu et apparaissait comme un rêve.Je trouvais superintéressant d\u2019exploiter cette mécanique dans ses recoins les plus intimes; c\u2019était une véritable passion.» Un prof de chimie lui sert alors de mentor et il chemine plutôt en solitaire dans des sentiers peu fréquentés: «La situation a complètement changé aujourd\u2019hui», tient-il â préciser.Il s\u2019intéresse alors, entre autres, aux circuits supraconducteurs quantiques, ce qui, de fd en aiguille, le conduira vers Yale : â cet endroit, des chercheurs étudient déjà ceux-ci et se livrent â des expériences dans ce domaine pointu.De retour au bercail Alexandre Blais revient â Sherbrooke â titre de prof en 2006 et il oriente ses recherches vers l\u2019informatique quantique, qui, en termes de vulgarisation, est axée sur la mise au point et le développement d\u2019ordinateurs plus puissants.Mais encore?«Je peux brosser un petit portrait du rapport qui existe entre la mécanique quantique et l\u2019ordinateur et de ce qu\u2019on pourra réaliser avec ce gadget-là une fois qu\u2019on l\u2019aura en main.» Les explications suivent: «Premièrement, cette mécanique est probablement la théorie la plus étrange qui puisse être: elle prédit des choses farfelues si on la transpose à notre mode macroscopique de tous les jours.Par exemple, elle prédit que je peux être assis en train de vous parler et que je pourrais être assis à la plage en même temps; et la lumière pourrait être à la fois allumée et éteinte.» Cette théorie a été développée au début des années 1900 et il en résulte ce qui suit: «Elle a réussi à expliquer le comportement de certains matériaux que sont les semi-conducteurs, qui ont fait en sorte que nous nous sommes échangé des courriels et que nous sommes en train de nous parler: finalement, ils sont aujourd\u2019hui partout MICHEL CARON «Ce prix de l\u2019Acfas, c\u2019est le résultat du travail d\u2019un groupe, de collaborateurs à l\u2019externe mais aussi d\u2019un grand nombre de supersétudiants et de détenteurs de \u201cpostdoct\u201d avec lesquels j\u2019ai travaillé.» dans l\u2019industrie de l\u2019électronique.La mécanique quantique a servi à comprendre comment fonctionnent ces semi-conducteurs (le silicium) et comment on peut faire un transistor à partir de cela, comment on peut, en bout de ligne, manipuler et stocker de l\u2019information dans les matériaux, ce qui est à la base de nos ordinateurs, du smartphone et d\u2019Internet.» « Une grande partie de notre vie est due à une meilleure compréhension de cette mécanique, ce qui prouve que la physique ne relève pas seulement de trucs abstraits, mais qu\u2019elle donne des résultats aussi concrets que ceux-là», constate le physicien.15 milliards d\u2019années plus tard Et qu\u2019en est-il, au final, de votre ordinateur mégapuissant?«On a maintenant une connaissance beaucoup plus profonde de la théorie de la mécanique quantique et on possède des méthodes expérimentales beaucoup plus évoluées qui permettent des réalisations qui auraient paru complètement irréalistes il y a quelques années.» Il en vient â la démonstration scientifique de cette avancée, avant d\u2019en arriver â la résultante recherchée : «Maintenant qu\u2019on a en main des circuits électriques quantiques, il nous est donné d\u2019essayer de les mettre en pièces et d\u2019obtenir un ordinateur qui va exploiter ces étrangetés-là, ce qui ouvre plein de possibilités.» Il fournit une donnée plutôt renversante : «Monsieur et madame Tout-le-monde trouvent généralement que leur ordinateur est suffisamment rapide; dans le cas contraire, ils s\u2019en procurent un de la prochaine génération.Il s\u2019agit là d\u2019un problème simple, mais il en existe certains plus complexes qu\u2019on aimerait pouvoir résoudre maintenant, mais on ne peut le faire avec ce genre d\u2019outils: cela nous prendrait l\u2019âge de l\u2019univers pour y arriver en utilisant l\u2019ordinateur le plus puissant de la planète; on parle ici de 15 milliards d\u2019années ou de quelque chose de cet ordre-là.» Et qu\u2019en est-il de ce genre de problème d\u2019une grande complexité ?Le professeur sert l\u2019exemple du développement d\u2019un nouveau médicament.Il en coûte très cher pour suivre le processus nécessaire â l\u2019obtention du produit fini, même en utilisant les technologies de pointe.En mettant au point un système ou un ordinateur quantiques, «il serait exponentiellement plus rapide» de le faire.Il fait appel â un langage très imagé: «Le temps exact pour trouver la solution à un problème nécessitant l\u2019âge de l\u2019univers pour être résolu nous échappe pour l\u2019instant, parce que l\u2019ordinateur quantique n\u2019existe pas encore, mais il pourrait l\u2019être dans l\u2019espace d\u2019une semaine, d\u2019un mois ou d\u2019un an; on parvient là à quelque chose qui est humainement possible.» r Equipe et avenir Alexandre Blais entre dans les détails de son parcours de recherche, avant de se tourner vers les gens qui l\u2019entourent : « Ce prix de l\u2019Acfas, c\u2019est le résultat du travail d\u2019un groupe, de collaborateurs à l\u2019externe mais aussi d\u2019un grand nombre de super étudiants et de détenteurs d\u2019un \u201cpostdoct\u201d avec lesquels j\u2019ai travaillé.» Tous manifestent un vif intérêt: «La mécanique quantique, c\u2019est une partie de la physique où il y a encore à découvrir et à comprendre; d\u2019autant plus qu\u2019on est en train de l\u2019explorer dans ses recoins les plus étranges et les plus bizarres.» D\u2019embryonnaire il y a quelques années, l\u2019idée de la création d\u2019un ordinateur quantique a fait du chemin: «Cela apparaît maintenant comme une vraie possibilité, à un tel point que des géants de l\u2019industrie comme IBM, Microsoft et Google investissent des millions de dollars dans ce domaine.» Ils ont mis sur pied des équipes de recherche qui suivent la voie tracée par le chercheur de Sherbrooke et ses collègues pour orienter leurs travaux.Collaborateur Le Devoir INNOVER EST UNE SCIENCE L\u2019UQAM félicite les huit professeurs et étudiants récompensés par l\u2019Acfas pour l\u2019excellence de leur contribution à la recherche scientifique.Professeurs chercheurs Prix Adrien-Pouliot - Coopération scientifique avec la France Srecko Briek Professeur au Département d\u2019informatique Prix Michel-Jurdant - Sciences de l\u2019environnement Paul del Giorgio Professeur au Département des sciences biologiques OU DEVELOPPE-T-ON DES VÉHICULES MINIATURES TÉLÉGUIDÉS QUI VOYAGENT DANS LE CORPS POUR LIVRER DES MÉDICAMENTS ANTI-CANCER AUX ORGANES MALADES?Uauféat DANS LE LABORATOIRE DE NANOROBOTIQUE DE L\u2019ÉQUIPE DU P'* SYLVAIN MARTEL! P' Sylvain Martel Prix Jacques-Rousseau Alexandre Bigot, doctorant Concours de vulgarisation de a recherche 2014 POLYTECHNIQUE MONTRÉAL nano.polymtl.ca LE GENIE EN PREMIÈRE CLASSE ggîs Prix Pierre-Dansereau - Engagement social du chercheur Line Chamberland Professeure au Département de sexologie Prix Thérèse Gouin-Décarie - Sciences sociales Martine Hébert Professeure au Département de sexologie Etudiantes chercheuses Prix Acfas IRSST - Doctorat Gabrielle Legendre Étudiante au doctorat interdisciplinaire en santé et société Prix du Concours de vulgarisation de la recherche Rachel Langevin Étudiante au doctorat en psychologie 1®\u2019prix du concours La preuve par l\u2019image La maison de bonbon Michelle Garneau, professeure au Département et Alexandre Lamarre, étudiant au diplôme d\u2019études supérieures spécialisées en systèmes d\u2019information géographique t de géographie, des sunérieures H UQÀM H 8 LE DEVOIPi, LES SAMEDI 25 ET DIMANCHE 26 OCTOBRE 2014 SCIENCES PRIX DE LA RECHERCHE AU COLLEGIAL Jusqu\u2019où peuvent mener les hasards de la vie CLAUDE LAFLEUR Je suis particulièrement ravi de recevoir le prix de PAcfas en recherche au collégial, puisqu'il montre qu'il se fait de la recherche fort intéressante dans les cégeps, déclare le lauréat, Luc Desautels.Ce prix montre aussi qu'il est possible de faire une carrière de chercheur au collégial et que les cégeps forment un bassin qui mérite d'être mis à contribution.» Professeur de philosophie et d\u2019éthique appliquée au Collège régional de Lanaudiére à L\u2019Assomption, M.Desautels se questionne dans ses recherches sur la réussite des étudiants et sur les problèmes éthiques que rencontrent ses collègues.Uétonnant parcours d\u2019un décrocheur Luc Desautels est un décrocheur.et deux fois plutôt qu\u2019une! Ainsi, lorsque, à la fin des années 1960, le Séminaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, où il étudiait, a été converti en cégep public, il a été recalé.«Alors que la moitié des élèves de mon niveau sont passés directement au cégep, moi, je suis resté collé en secondaire V, dit-il.Cela m'a tant insulté que j'ai décroché de l'école!» Le jeune Desautels tra- vaille alors à la tenue de livres du commerce familial, «pour m'apercevoir assez vite que je ne souhaitais surtout pas y passer ma vie!», se rappelle-t-il.Il s\u2019inscrit alors au cégep en sciences humaines.«Mais je n'avais pas les idées claires quant à mon orientation, dit-il, et j'ai changé de profil quelques fois.» Par conséquent, il abandonne à nouveau ses études pour «profiter de l'époque des hippies et des mouvements de jeunesse.» Ce n\u2019est que trois ans plus tard qu\u2019il reprend ses études, terminant son cégep puis s\u2019inscrivant en théologie au Collège universitaire dominicain d\u2019Ottawa.«Là, j'ai vraiment été mordu, dit-il, et j'ai obtenu un baccalauréat et amorcé une maîtrise.» Entre-temps, il se marie et a un premier enfant.«Il a alors fallu que je trouve le moyen de gagner notre vie», raconte-t-il.Durant deux ans, Luc Desautels enseigne la religion à l\u2019école secondaire Saint-Joseph d\u2019Hull.«On n'a toutefois pas renouvelé mon contrat, puisque, entretemps, je m'étais joint au comité de formation d'un syndicat! Et, comme c'était un collège privé, on n'a guère apprécié la chose.», dit-il en riant.CHRISTIAN BARETTE Le professeur de philosophie et d\u2019éthique appliquée au Collège régional de Lanaudiére à L\u2019Assomption, Luc Desautels Le jeune professeur met par la suite du temps avant de se replacer, profitant d\u2019une année de chômage forcé pour achever son mémoire de maîtrise.Finalement, en 1983, le Collège de L\u2019Assomption l\u2019embauche ; il passera 30 ans à en-seigner d\u2019abord la religion puis la philosophie.«Mais, comme la théologie et la philo- sophie sont deux disciplines différentes, je suis retourné aux études afin d'obtenir un certificat», ajoute-t-il.«Je vous raconte tout cela pour illustrer à quel point le \u201csort\" peut parfois se venger, lance-t-il en riant.Moi qui avais lâché deux fois l'école, voilà que je n'ai quasiment plus jamais cessé d'étudier!» Comment débattre entre collègues Mais le « sort» n\u2019en avait pas fini avec lui pour autant! C\u2019est ainsi que, au début des années 2000, Luc Desautels tombe sur un article du Devoir qui présente la Chaire d\u2019éthique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke que vient de fonder Jean-François Malherbe.«Cet BRAVO À NOS LAURÉATS! ANDRE GAUDREAULT Professeur Histoire de i\u2019art et études cinématographiques Prix Acfas André-Laurendeau Sciences humaines NOS ETUDiANTS-CHERCHEURS MARIE LALIBERTÉ Bioéthique Prix Acfas Desjardins \u2014 Doctorat SIMON GIRARD Institut de recherche en immunoiogie et en cancéroiogie de i\u2019Université de Montréai Prix Acfas ADESAQ \u2014 Sciences de ia santé YUKI HAMAMURA institut de recherche en bioiogie végétaie La preuve par Eimage, 2* prix NICOLAS LAWSON Département de physique La preuve par Eimage, 3* prix RENAUD MANUGUERRA-GAGNÉ Facuité de médecine et Hôpitai Maisonneuve-Rosemont Ma thèse en 180 secondes, 3* prix au Canada Nous sommes très fiers de nos chercheurs et chercheuses, qui préparent l\u2019avenir.Tout ce que nous faisons à l\u2019Université de Montréal, nous le faisons en pensant à demain.Et nous le faisons pour toute la société.M, campus .L - I Polytechnique Montreal MOntr0al Université de Montréal Université fm de Montréal article a tant piqué ma curiosité que j'ai sollicité un rendez-vous avec le prof Malherbe, raconte M.Desautels.Et c'est ainsi que je me suis inscrit au doctorat en philosophie, dans le but de réféchir aux enjeux éthiques de ma profession.» Dans le cadre de ce doctorat, il cherche à voir ce qui motive les étudiants de philosophie à suivre attentivement (ou non) leurs cours.«J'ai mené une enquête dans 13 collèges publics et privés, auprès de 600 étudiants, précise-t-il.fen suis venu à observer que ce qui motive le plus les étudiants, ce sont les liens qu'ils perçoivent entre la matière enseignée et leur vie.Autrement dit: plus un étudiant se sent engagé dans le processus d'apprentissage, plus il se montre intéressé et meilleurs sont ses résultats.Bref: moins d'enseignement magistral et davantage d'enseignement participatif » Luc Desautels obtient son doctorat en 2005, à l\u2019âge de 52 ans.«C'est dire que ce n'est que dans le dernier tiers de ma carrière que je me suis vraiment engagé en recherche», souligne-t-il.Son «sort» l\u2019amène ensuite à croiser la route de Christiane Gohier, chercheuse au Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante de l\u2019Université du Québec.De concert avec celle-ci et avec sa directrice de thèse (France Jutras, de l\u2019Université de Sherbrooke), il explore à présent les problèmes éthiques rencontrés par les professeurs de cégep.Comme exemple de problème éthique, il cite le cas d\u2019un étudiant qui, ayant de sérieuses difficultés d\u2019élocution, se serait inscrit dans un programme où l\u2019une des compétences à développer est l\u2019animation de discussions en groupe.« Que fait-on dans un tel cas quand vient le temps de l'évaluation ?», demande-t-il.«Notre première recherche nous a permis de constater que ce qui préoccupe le plus les projs de cégep, c'est justement la relation avec les étudiants \u2014 en particulier les cas difficiles d'évaluation des apprentissages \u2014 ainsi que les relations entre collègues: que fait-on avec les cas difficiles?» Le trio de chercheurs tente à présent de voir comment les enseignants discutent entre eux des enjeux éthiques, et ce, afin de cerner les meilleures pratiques.«Nous avons observé des \u201cconditions gagnantes \u201d pour discuter de problèmes éthiques», rapporte le chercheur.Il s\u2019avère ainsi que la composition du groupe est un facteur déterminant: le fait que les professeurs proviennent de différents programmes et de plusieurs cégeps et qu\u2019ils soient d\u2019âge varié favorise nettement les échanges.«Discuter entre collègues d'un même département peut poser des difficultés, puisqu'il y a parfois des clans et des \u201ccas problèmes\u201d», relate M.Desautels.Par contre, discuter au sein d\u2019un groupe diversifié offre un lieu neutre où on a de meilleures chances d\u2019éviter les «guéguerres de clocher» et les conflits de personnalité.Ne s\u2019agirait-il pas là d\u2019un constat qui pourrait s\u2019appliquer à bien d\u2019autres milieux de travail?Collaborateur Le Devoir "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.