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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2014-11-01, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI l ^ ^ ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2014 Nos \u2022 V pionnières de l\u2019écriture moderne MICHEL LAPIERRE En 1931, Jovette Bernier incarnait «la grande conquête» de la sensibilité moderne à laquelle avaient confusément aspiré toutes celles dont traite Chantal Savoie dans Les femmes de lettres canadiennes-françaises au tournant du XX'^ siècle.C\u2019est rhistorienne elle-même qui le croit.Son intuition est pénétrante.L\u2019héroïne de Ui chair décevante, de Jovette Bernier (tout juste réédité chez Fides), suggérait la modernité ainsi: «J\u2019étais dans mon cœur la plus amorale des femmes sans m\u2019en douter.» De 1895 aux années 1930, dans la société culturellement arriérée qu\u2019était le Qpébec par rapport, entre autres, à la France et aux Etats-Unis, Jovette Bernier (1900-1981) détonne.Malgré une imitation encore servile de la littérature française, son roman de 1931 confirme l\u2019opinion éclairée de Louis Dantin.L\u2019année de la parution du livre à scandale, le critique montréalais exilé près de Boston, qui apprécie déjà les poèmes de Jovette Bernier et d\u2019autres femmes, affirme à propos de la littérature cana-dienne-française : «Les monopoles masculins sont de plus en plus en péril.» Cela est si vrai que Didi, héroïne de La chair décevante, se présente comme l\u2019insolente séductrice à la fois des sens et de l\u2019esprit en disant à son amoureux: «J\u2019enlève à ton physique superbe ce qu\u2019il a de fort et de triomphant.» Comme si de rien n\u2019était, elle formule un réquisitoire ironique contre le moralisme de l\u2019époque: «J\u2019allais à l\u2019encontre de toutes les lois naturelles: ma taille trop moulée me faisait honteuse; mon bras nu était un péché.» Didi formule même une nouvelle croyance: «Ily a quelque chose de plus fort que le courage, la tendresse, le dévouement, le sacrifice.» Elle insiste: «E y a plus fort que toi, l\u2019Amour, et toi, la Mort; plus fort que tout, plus fort que vous tous, il y a la Vie.» Ce discours a, certes, quelque chose de whitma-nien, voire de nietzschéen, mais il reste surtout audacieux.Narquoise, Jovette Bernier sait se distancer du féminisme de bon aloi, cher aux dames pa-tronnesses et à tant de femmes de lettres héritières du ton moralisateur que Laure Conan (1845-1924) introduisit chez elles tout en devançant les hommes par la publication sous forme de feuilleton, en 1881-1882, du premier roman psychologique québécois: Angéline de Montbrun.«L\u2019établissement de rapports internationaux par les femmes de lettres canadiennes-françaises se fait principalement autour de l\u2019Exposition universelle de Paris en 1900» Désolantes librairies Chantal Savoie rappelle que la critique de l\u2019époque vit dans cette œuvre un «texte patriotique et catholique» sans égard à son originalité littéraire.L\u2019historienne est très consciente de la pénible situation intellectuelle du Québec d\u2019alors, mais elle constate que l\u2019urbanisation et les progrès de l\u2019enseignement commencèrent, au tournant du XX® siècle, à faire évoluer la société.Elle souligne la visite que Thérèse Bentzon, romancière et essayiste fi'ançaise, effectua en 1897 au Canada pour tisser des liens littéraires entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique.Soucieuse de l\u2019émancipation des femmes, cette amie de George Sand sign^a; «E n\u2019y a rien de plus vide, de plus désolé qu\u2019une librairie de Québec, si ce n\u2019est le même magasin à Montréal.Mais, à Montréal, une réaction commence à se produire, et elle vient des femmes.» Avec beaucoup de discernement, Chantal Savoie estime que le,s chroniques journalistiques de la Montréalaise Eva Circé-Côté (1871-1949), fille spirituelle de Papineau, représentent le mieux, à partir de 1900, l\u2019aspect progressiste de l\u2019élan féminin.« Urbaines, modernes, poétiques et engagées», elles tranchent alors, selon Thistorienne, sur les chroniques des autres femmes de lettres canadiennes-fi'ançaises.La fronde d\u2019être Un peu cqmme Jovette Bernier mais sur un ton plus grave, Eva Circé-Côté prend en effet le contre-pied des poncifs du milieu littéraire ambiant.On lui doit cet émouvant témoignage laïque de 1920: «Je n\u2019aspire pas à sauver les âmes.E suffirait pour ma sérénité de conscience d\u2019avoir arraché une seule âme â la vénalité du siècle, au mensonge décoré de noms VOIR PAGE F 4 : PIONNIÈRES L ARCHIVES LE DEVOIR Jovette Bernier BANQ Léonise Valois, entre 1930 et 1940.Bibliothèque et Archives nationales du Québec.BAnQ Vieux Montréal.Fonds Léonise Valois.ARCHIVES LE DEVOIR Éva Circé-Côté J\u2019allais à l\u2019encontre de toutes les lois naturelles: ma taille trop moulée me faisait honteuse; mon bras nu était un péché.)) Didi, héroïne de La chair décevante de Jovette Bernier Silex and The City: la série philobédé de Jul Page F 3 La littérature qui voyage, en conclusion des Traductions infidèles Page F 5 Moins de livres pour plus de lecteurs Le Réseau des bibliothèques publiques de Calgary élague pour mieux grandir.L\u2019organisme liquide environ 10% de sa collection, 300 000 livres au total, afin de recevoir le double des usagers actuels.La culbute de la fréquentation devrait s\u2019amorcer en janvier avec l\u2019élimination des frais d\u2019inscription.Le Réseau prévoit que 400 000 usagers supplémentaires s\u2019inscriront dans les prochains mois.Ils seront donc, si les prévisions se réalisent, 800 000 dans une ville de 1,1 million d\u2019habitants.La compression du catalogue vise les ouvrages très peu ou jamais consultés, mais aussi des livres usés, jugés irrécupérables.Certains documents plus précieux seront entreposés, les autres seront vendus en ligne d\u2019ici la fin de l\u2019année.Le Réseau compte 18 bibliothèques.La principale, datant de 1963, a été très éprouvée par les inondations de l\u2019an dernier.La Ville a donc accéléré un projet pour la renouveler.Le projet de 245 millions de dollars doit aboutir en 2018.Les plans de la firme norvégienne Sno-hetta montrent un édifice tout en lumière, aux deux tiers plus grand que l\u2019ancien.Le plan d\u2019urbanisme prévoit de l\u2019utiliser comme stimulant pour la revitalisation cl\u2019un quartier à l\u2019est du centre-ville.A elle seule, cette grande bibliothèque ul-tramoderne, bourrée de hautes technologies, contiendra environ 600 000 livres.Le Devoir Il y a r instant, juste avant.16,95$ 112 pages F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI I®^ ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2014 LIVRES Un cri qui déchire Danielle T^t Laurin aK A mon fils, Simon, qu\u2019il soit vivant, toujours.» La dédicace de L\u2019enfant hiver en dit long.Livre du deuil impossible, de l\u2019intolérable souffrance, de la désespérance de la mère après la mort de son fils, oui.Mais une façon de le garder vivant aussi, c\u2019est ce que l\u2019on ressent à la lecture du troisième roman de Virginia Pésémapéo Bordeleau.Nous sommes quelque part entre la nuit noire de la mort et la vie qui vibre de toutes parts.Nous sommes avec une mère, métisse crie comme l\u2019auteure, peintre et écrivaine, comme elle, qui tente de refaire le parcours de son fils mort depuis sa naissance.Et qui, ce faisant, doit remonter aux sources de sa propre histoire familiale.La structure du livre n\u2019est pas évidente.Trois parties, la première étant la plus longue, la plus forte aussi.Les deux dernières, si elles recèlent de petits trésors, nous offrent parfois des scènes qui paraissent superflues, sinon surfaites.Comme si le besoin d\u2019espérance, tellement intense, se traduisait par le désir de voir des signes partout.d\u2019en mettre, d\u2019en remettre.Quelque chose de décousu, se dit-on à première vue.La chronologie est constamment brisée : alternent les souvenirs liés à l\u2019enfance du fils et ceux qui appartiennent à l\u2019enfance de la mère.La narration comme telle est multiple.On passe (lu «je» de la mère au «elle».A la fois dedans, dehors, la mère.A la fois engloutie dans sa douleur et distancée d\u2019elle-même.Tantôt elle devient personnage, se regardant vivre au passé, agir avec son fils vivant, tantôt elle est cette mère en détresse, privée de son enfant disparu.Son seul recours, alors, c\u2019est de s\u2019adresser à son père.Son père mort, lui aussi.«Te parler, peu importe où tu es ou si tu existes encore.J\u2019ai besoin de partager l\u2019intolérable avec toi, papa, car en ce jour de complet anéantissement, je n\u2019ai personne vers qui me tourner.» Malédiction ?Déroutants, tous ces va-et-vient, par moments.Mais les liens se tissent, derrière.Une courtepointe se dessine au travers des mots, des images d\u2019une grande poésie.Chemin faisant, les différents fragments se répondent, s\u2019éclairent les uns les autres, et on comprend qu\u2019ils font partie d\u2019un tout, un grand tout noueux, douloureux, qui remonte bien avant la naissance du fils, qui appartient à la gé- Marie-Claire BLAIS # « Les Jardins des Acacias auraient pu s\u2019appeler Les Fleurs du mal.» Astrid de Larminat Le Figaro littéraire « C\u2019est une écriture absolument magistrale.Il faut lire Marie-Claire Blais.» Chrystine Brouillet Salut, Bonjour!, TVA « Une œuvre limpide autour de la vie des marginaux.» Catherine Simon Le Monde des Livres «Avec Aux Jardins des Acacias, Marie-Claire Blais se surpasse [.], une visionnaire, témoin du naufrage de la civilisation.» Chantal Guy, La Presse Marie-Claire Blais AUX JARDINS\tai ¦¦ DES ACACIAS \u20ac4 b Ch Ch O LO ÜC CM Boréal # w.editionsboreai.qc.ca f f AGENCE FRANCE-PRESSE Virginia Pésémapéo Bordeleau raconte une histoire de deuil, celui de son fils et de sa propre enfance.néalogie familiale, telle une malédiction ancestrale.Dessous, il y a la culpabilité terrifiante de la mère, qui a abandonné ses enfants, comme sa propre mère l\u2019avait fait avant elle.Il y a l\u2019alcool omniprésent, et la maladie mentale qui se transmet de génération en génération.Il y a la rage de la mère face à la mort de son fils, mais aussi la rage de la mère face à ce qu\u2019elle lui a légué, malgré elle.Et la rage de la mère face à son père à elle, qui l\u2019a privée d\u2019enfance.Nous sommes dans la déchirure extrême de la mère.Elle qui, dès l\u2019âge de six ans, en tant qu\u2019aînée de famille, voyait à la bonne marche de la maisonnée.Ses parents: ivres morts, très souvent.Sa mère : réfugiée la plupart du temps chez les siens, loin de ses petits, «une mère incompétente, une ivrogne incapable de voir les conséquences de son absence et de son inconscience».Son père : traumatisé par son expérience de soldat pendant Je suis devenue, moi aussi, une mère indigne, abandonnant mes enfants, trop fatiguée de ce rôle de mère tenu depuis mes tendres six années, oui les blessures de mon fils.Je les porte en moi.J\u2019assume sa mort dont Je suis en partie coupable.)) Extrait de L\u2019enfant hiver la Deuxième Guerre mondiale.«Tu as vécu des années de colère, plein de violence, emmuré dans tes souvenirs de cette guerre», se rappelle-t-elle.Puis: «Je tenais à te remettre entre les mains cette colère rentrée que tu nous avais transmise, cette peur constante de perdre pied en esprit, je n\u2019en voulais plus; ne pas faire confiance à personne, je ne voulais plus.» Elle farfouille dans son en- fance noire.Déflorée, à sept ans, par son frère revenu du pensionnat des Blancs.Personne pour veiller sur elle.Tout remonte à la surface, dans la tête de la mère, tandis qu\u2019elle s\u2019adresse à son père.Se prolonger Refaire le chemin de là d\u2019où elle vient lui permet de se voir autrement, d\u2019être plus indulgente envers elle-même.En- vers ses manques comme mere.Parallèlement, elle revit les moments marquants de sa relation avec son fils, depuis l\u2019accouchement.Cet enfant, né avec le cordon ombilical autour du cou, a toujours eu un nuage noir au-dessus de sa tête.Combien de fois a-t-il frôlé la mort?Combien de fois l\u2019a-t-il lui-même provoquée par son comportement fantasque, irresponsa-blq, autodestructeur?A qui la faute?«Je suis devenue, moi aussi, une mère indigne, abandonnant mes enfants, trop fatiguée de ce rôle de mère tenu depuis mes tendres six années, oui les blessures de mon fils, je les porte en moi, j\u2019assume sa mort dont je suis en partie coupable.Terrible constat, mon père, qui mène doucement vers l\u2019enfer.» C\u2019est le tiraillement incessant de la mère devant sa propre histoire et son prolongement dans l\u2019histoire de son fils mort qui donne tout son sens au récit.Toute sa force explosive.Ça nous happe, c\u2019est un cri qui déchire.C\u2019est aussi, malgré tout, un cri d\u2019espoir.On comprend finalement que ce qui préserve la mère, presque malgré elle, de l\u2019anéantissement total, irrévocable, prend plusieurs avenues.Il y a l\u2019art, d\u2019abord : «l\u2019art qui sauve de la déchéance, de la noirceur largement ouverte sur la mort.Comme l\u2019écriture, car f écris, papa, tout ce qui tremble en moi de colère, d\u2019impuissance, de démesure.J\u2019écris pour ne pas te haïr».Le réconfort peut aussi venir de l\u2019amitié indéfectible de certaines personnes, dans les moments de grande noirceur, mais pas seulement: dans la découverte partagée, les sourires échangés.Dans la nature aussi, source d\u2019apaisement.Et qui sait, il pourrait aussi se trouver sur la route un amoureux imprévu, celui qu\u2019on n\u2019attendait plus, comme dans les contes de notre enfance.L\u2019ENFANT HIVER Virginia Pésémapéo Bordeleau Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2014; 160 pages / / LITTERATURE QUEBECOISE Des ombres et des hommes CHRISTIAN DESMEULES A travers ses personnages d\u2019hommes un peu amers et légèrement irascibles, Jean-Paul Beaumier décortique doucement les pièges du quotidien et révèle du même coup, le plus souvent, l\u2019amertume légère de la vie conjugale.L\u2019écrivain \u2014 tout de même rare \u2014 revient dans Fais pas cette tête avec 17 nouvelles.De courtes histoires souvent allusives, bercées de mélancolie, de doutes et d\u2019illuminations tranquilles.Par exemple, un écrivain qui se fait rare croise après un concert une femme qui le ramène à sa condition \u2014 terrifiante \u2014 d\u2019écrivain qui n\u2019écrit pas {La lectrice).Ailleurs, la lassitude et l\u2019usure amoureuse ins- pirent un parallèle entre un couple en rade et une vieille voiture qui rend l\u2019âme un soir d\u2019hiver {Fourrière) ou un précieux bol à thé fissuré {Le bol à thé).Un père, veuf, est d\u2019un coup projeté dans l\u2019avenir parce que sa fille de cinq ans veut se faire percer les oreilles {Deux petits trous).«Elle parle déjà comme une adulte, soulève des questions auxquelles je ne sais pas toujours répondre.J\u2019appréhende le jour où elle refermera la porte de la salle de bains derrière elle, où elle n\u2019aura plus besoin de moi pour sortir du bain, j\u2019entendrai couler la douche tandis que je m\u2019assoirai dans la cuisine en attendant qu\u2019elle vienne me rejoindre.» Un homme, horripilé depuis trente ans par la présence de olivieri Librairie Gf Bistro Au cœur de la société Mercredi 5 novembre à 19h Causerie Justice et mémoire des crimes de génocide : n\u2019est-il jamais trop tard?Avec l\u2019historienne française Annette Wieviorka Spécialiste de la Shoah et de l'histoire des Juifs au XXe siècle et Christian Nadeau Philosophe Série éducative suri HOLOCAUSTE Education Se.i.-s mhmc.ca 29\t9 ', , Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal EN VENTE DANS TOUTES LES LIBRAIRIES SAUE RENAUD-BRAY Réservation obligatoire Contribution suggérée 5$ RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges .\"ASSli c ,o 'Toundation ses voisins, quels qu\u2019ils soient, en prend pour son grade avec les nouveaux venus {Baiser à la fenêtre).Autres subtils exemples d\u2019enlisement conjugal: un homme à qui sa femme réclame une liste de suggestions de cadeaux pour son anniversaire se braque et s\u2019emporte {Une courte liste), tandis qu\u2019un autre, lui, est allergique aux chats au point de se mettre à croire que sa femme lui préfère un autre homme {Nous).Tic tac Dans Femme à la fenêtre, un prof de littérature dont le frère et la sœur sont morts dans le tremblement de terre de Port-au-Prince est désormais le seul à rendre visite à sa vieille mère de 93 ans.Revoyant sa mère lever le bras pour le saluer face à la fenêtre, il repense au personnage d\u2019Agnès dans L\u2019immortalité, le roman de Milan Kundera.Et quand il revient à la maison, un peu nostalgique, sa femme esquisse en sa direc- tion un geste semblable, suffisant pour faire se télescoper le passé, le présent et l\u2019avenir.«Nous ne sommes que des ombres, pense-t-il.[.] Des ombres sans âge.» Le temps s\u2019écoule donc à grand bruit dans Fais pas cette tête, le S'\" recueil de Jean-Paul Beaumier, après notamment Petites lâchetés, Dis-moi quelque chose et Trompeuses, comme toujours (L\u2019Instant même, 1991,1998 et 2006).Il use les nerfs et les couples, rend les enfants semblables à leurs parents.Il fait son travail, patient, régulier, impitoyable.Il n\u2019y a semble-t-il rien d\u2019autre à en espérer.Et c\u2019est bien de ce côté un peu sombre, avec beaucoup de justesse et de retenue, que se situe Beaumier.Collaborateur Le Devoir FAIS PAS CETTE TÊTE Jean-Paul Beaumier Druide Montréal, 2014, 144 pages PARTEL TAPORTE, LEGENDES D'UN-\"' PEUPLE- S^SEPTENTi WLA RÉFÉRENCE EN LE DEVOIR, LES SAMEDI I^R ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2014 F LITTERATURE VktîS ères I>\u20acS \\/(C-TiM\u20acS Ih RAcOVte RtoWr }0\u20acAMî)ERTfjAL! ^CcrrSr «P'je ü£s f^sCconsi^ oj j)eviy»>ÎT ces A'ilseP-/ ' coiJTlEJy!ft.^[ é'fAw; Moi foc.M\u20ac f CferVûLCOK foKJT PAS J i)\u20acp,'e(îAes\" P' \u2019.^^HCiVL L\u2019auteur Jul utilise la bédé pour exprimer ses angoisses sur l\u2019époque, avec humour.La dérision pour survivre JUL/DARGAUD FABIEN DEGLISE Cy est complètement loufoque et c\u2019est pour ça que c\u2019est bon ! Depuis 2009, le bédéiste Jul expose dans sa série Silex and The City (Dargaud), dont le 5® chapitre vient tout juste de sortir, un microcosme préhistorique grotesque, au sens caverneux du terme, dans lequel Blog Dotcom, prof de chasse, Url Dotcom, «alter-darwiniste radical», et Werther, «chaînon manquant de la philosophie», cherchent, depuis leur passé sans électricité, à éclairer par l\u2019humour décalé l\u2019obscurité d\u2019une certaine modernité présente.Intolérance, surconsommation, discours politique creux, manipulation des masses par les marchands de rêves, par les idéologues verts, rouges ou bleus, dérives communautaristes, religieuses, gauchisantes, écologistes ou racistes nourries par un certain Front Néandertal, les thèmes portés par cette série comique à l\u2019effet secondaire réflexif sont nombreux, sans complaisance, mais ils sont également plus que vitaux pour l\u2019auteur, qui avoue avoir mis cet univers au monde un peu pour ses lecteurs, mais surtout pour lui-même.«Les thèmes que j\u2019aborde dans Silex sont ceux qui m\u2019angoissent fondamentalement dans ma vie, lance à l\u2019autre bout du fil Jul Berjeaut (c\u2019est son vrai nom), joint il y a quelques jours à Paris par Le Devoir.Le terrorisme, la violence sociale, la consommation de masse sont des choses absurdes et désespérantes.Si je devais les prendre tout cru, comme ils apparaissent à l\u2019heure des nouvelles, je passerais ma vie à l\u2019hôpital, au département des ulcères.J\u2019ai be- soin de les mettre à distance pour réussir à respirer dans un monde finalement un peu trop suffocant.» Avec Vigiprimate, titre donné au plus récent tome de sa série, le créateur et dessinateur de presse, qui a biberonné l\u2019esprit Charlie Hebdo et la douce subversion de ce média, poursuit sa thérapie introspective par le dessin d\u2019humour en mettant cette fois-ci ses personnages mal dégrossis, en apparence du moins, au service de la critique des dérives sécuritaires du présent.Il y est question de populisme, de surveillance, de peurs collectives alimentées par des gens qui espèrent en tirer profit.Entre autres.Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé n\u2019est bien sûr pas fortuite.Tout comme d\u2019ailleurs les références au monde de la finance, de la géopolitique.des médias, des groupes de pression, ou encore au milieu de la philosophie que Jul aime bien, depuis quelques années, intégrer frontalement à ses créations.Il est l\u2019auteur, après tout, de Platon La Gaffe (Dargaud), un guide pour survivre au travail en plongeant dans la philo, imaginé en 2013 avec Charles Pépin, avec qui il a signé un an plus tard une encyclopédie désopilante des philosophes intitulée La planète des sages (Dargaud).«J\u2019ai l\u2019étiquette du dessinateur intello, dit l\u2019auteur.Plus jeune, j\u2019ai étudié la philo pendant quatre ans, avec une cer- taine douleur et quelques frustrations.Avec la bande dessinée, ça me permet aujourd\u2019hui de me venger de cette matière.» Drôle d\u2019oiseau, Jul dit aimer jouer avec la langue, comme en témoignent les titres des aventures qu\u2019il met au monde : La croisade s\u2019amuse (Albin Michel, 2006), journal intime de la femme de Ben Laden, est du nombre.Il dit s\u2019attaquer dans ses œuvres à son «propre cas clinique» en rigolant de son côté intello qui aime aussi la culture pop, en titillant sa dimension «victime de la mode» qui aime bien suivre les aventures des « people » ou encore en mettant à mal le «Khmer vert» en lui nourri par «l\u2019ambiance salle de prof», très gau-gauche morale et pleine de contradictions, que ses deux parents, deux profs, rapportaient à la maison quand il était plus jeune.«Ce qui est important en humour, c\u2019est l\u2019autodérision», lance-t-il en évoquant Gébé, qui l\u2019a initié, avant de disparaître, à l\u2019art de l\u2019ironie et de l\u2019humour décalé, «plus efficace, plus transgressif que le pamphlet», ajoute-t-il.Avec Jul, en fait, le chasseur de gibiers, sans distinction d\u2019espèces, de races et de discours, n\u2019est pas seulement incarné par le Blog Dotcom de sa série.Le Devoir SILEX AND THE CITY TOME 5 : Vigiprimate Jul Dargaud Paris, 2014, 48 pages La préhistoire à Hollywood Silex and The City est passé de la bande dessinée au dessin animé, avec des capsules diffusées depuis quelques mois sur les ondes d\u2019Arte en France et d\u2019UNIS au Canada.Mais la série pourrait aussi atteindre bientôt les Etats-Unis avec un titre modifié dans les circonstances : The Darwiners.«Dans quelques jours, je m\u2019envole pour Los Angeles afin de présenter l\u2019adaptation à des producteurs américains, dit Jul.C\u2019est très excitant et je suis très curieux de voir comment cela va être reçu.Silex, c\u2019est finalement assez universel.Ça parle des sociétés occidentales dans tous leurs aspects», en évoquant sans doute cette vérité aussi glaciale qu\u2019une nuit d\u2019hiver dans une caverne : finalement, nous avons peut-être tous un Néandertal en nous ! P\tGaspard LE DEVOIR 1ALMARÈS Du 20 au 26 octobre 2014 MICHÈLE OUIMET Causerie autour de son premier roman La promesse publié aux Éditions du Boréal Animation : Tristan Malavoy-Racine SAMEDI NOVEMBRE A 14H Librairie Monet Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Réservations : 514 337-4083 ou evenements@librairiemonet.com \t\tH \t\t Romans québécois\t\t 1 Lit double \u2022 Tome 3\tJanette Bertrand/Libre Expression\t1/2 2 La veuve du boulanger\tDenis Monette/Logiques\t2/6 3 Les gardiens de la lumière \u2022 Tome 3 Au fil des jours\tMichel Langlois/Hurtubise\t5/2 4 Les béritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 10 Décbéance\tAnne Robillard/Wellan\t3/5 5 Malpbas \u2022 Tome 4 Grande Liquidation\tPatrick Senécal/Alire\t4/6 6 Les infirmières de Notre-Dame \u2022 Tome 4\tMarylène Pion/Les Éditeurs réunis\t8/3 7 La faille en toute chose\tLouise Penny/Flammarion Québec\t7/7 8 La promesse\tMichèle Quimet/Boréal\t1D/3 9 Un voisinage comme les autres \u2022 Tome 3\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t6/4 10 Lit double \u2022 Tome 2\tJanette Bertrand/Libre Expression\t-/I Romans étrangers\t\t 1 Le siècle \u2022 Tome 3 Aux portes de l\u2019éternité\tKen Follett/Robert Laffont\t1/4 2 Terrible trafic\tKathy Reichs/Robert Laffont\t-/I 3 Arrêtez-moi\tUsa Gardner/Albin Michel\t-/I 4 Les neuf cercles\tRoger Jon Ellory/Sonatine\t-/I 5 Juste une fois\tAlexandre Jardin/Grasset\t3/5 6 Le ver à soie\tRobert Galbraith/Grasset\t-/I 7 Juste une mauvaise action\tElizabeth George/Presses de la Cité\t2/3 8 La ferme\tTorn Rob Smith/Belfond\t4/2 9 Week-end en enfer\tJames Patterson | David Ellis/Archipel\t5/7 10 On ne voyait que le bonheur\tGrégoire Delacourt/Lattès\t7/2 Essais québécois\t\t 1 Jean-François Lépine, sur la ligne de feu\tJean-François Lépine/Libre Expression\t-/I 2 Confessions post-référendaires.Les acteurs politiques.\tChantal Hébert | Jean Lapierre/Homme\t1/8 3 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t2/3 4 Portrait de famille.14 vrais ou faux mythes québécois\tAlain Dubuc/La Presse\t3/2 5 Les orphelins politiques\tPaul St-Pierre Plamondon/Boréal\t6/2 6 Raison et déraison du mythe\tGérard Bouchard/Boréal\t7/4 7 Chroniques d\u2019un cancer ordinaire\tDominique Demers/Québec Amérique\t4/3 8 De remarquables oubliés \u2022 Tome 2\tSerge Bouchard | Marie-Christine Lévesque/Lux 8/18\t 9 Boire et déboires.Histoires d\u2019alcool au Québec\tNormand Cazelais/Transcontinental\t-/I 10 Comment sauver le commun du communisme?\tÉrik Bordeleau/Quartanier\t-/I '?'Essais étrangers\t\t 1 Le grand mythe du cholestérol\tStephen T.Sinatra/Édito\t2/4 2 Guerriers de l\u2019impossible.L\u2019argent, les armes.\tSamantha Nutt/Boréal\t1/2 3 Nouvelles guerres.L\u2019état du monde 2015\tCollectif/La Découverte\t5/3 4 Plaidoyer pour les animaux\tMatthieu Ricard/Allary éditions\t3/3 5 Le capital au XXP siècle\tThomas Piketty/Seuil\t4/24 6 Le patient et le médecin\tMarc Zaffran/PUM\t9/3 7 L\u2019équilibre sacré (Édition revue et augmentée)\tDavid Suzuki/Boréal\t-/I 8 Mémoires de préhistoriens.L\u2019extraordinaire aventure.\tH.de Lumiey | M.-A de Lumley/Qdile Jacob\t-/I 9 Plaidoyer pour l\u2019altruisme.La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NiL\t-/I 10 Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre\tÉlisabeth Roudinesco/Seuil\t-/I Boréal www.editionsboreal.qc.Ci La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Easparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de EsspsrEe\\ est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Easparil © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite La Vitrine POESIE POUR ENFANTS QUAND J\u2019ÉCRIS AVEC MON CŒUR Mireille Levert La Bagnole Montréal, 2014, 44 pages a La publication d\u2019un recueil de poésie pour enfants reste un événement rare.Par contre, difficile de croire qu\u2019un petit de 7 ans puisse y avoir accès.Que peut comprendre un très jeune enfant ici: « Quand j\u2019écris avec mes yeux/Je vois dans la rue / le monsieur pas de souliers / qui sent le fromage / et je lui fais mon sourire / à trois millions de dollars» ?De la condescendance se cache sous ce sourire monnayable et douteux.La pensée magique s\u2019accentue dramatiquement si on lit: «Quand/écris avec mon cœur/ Plus personne n\u2019a faim [.]/ Tous les enfants ont un papa et une maman.» (Et deux papas ou deux mamans, alors ?) En contrepartie, cela fait plaisir de lire un livre qui s\u2019adresse à l\u2019intelligence d\u2019une petite fille et qui ouvre la poésie au quotidien : «La poésie / c\u2019est quand je mets / une chaussette rouge / et une autre bleue / une petite culotte à pois / une robe à rayures / un chapeau avec des antennes.» N\u2019empêche que l\u2019on parle beaucoup de «guenilles» à la petite fille, maintenant, par le fait même, une certaine forme de stéréotype alors qu\u2019on s\u2019y englue dans une bonne volonté guimauve : «La poésie / c\u2019est voir la guerre et pleurer /puis ouvrir ses bras /pour consoler les petits et les grands / avec les mots du cœur.» La cour est pleine.Hugues Corriveau I Concision et densité, réalisme cru, ellipses surprenantes qui émail-lent chaque nouvelle.» Chantal Guy La Presse « Elle a le don de parler des gens ordinaires.C\u2019est vraiment mervei eux.» \u2014 LTi en eu en en Danielle Laurin Radio-Canada « Il n y a aucun autre écrivain qui réussisse à ce point à illustrer les aléas de l\u2019amour, la confusion ou les frustrations de l\u2019existence, à révéler la cruauté secrète grâce au geste le plus discret ou au changement de ton le plus subtil.» The Washington Post Boréal www.editionsboreal.qc.ca EN VENTE DANS TOUTES LES LIBRAIRIES SAUF RENAUD-BRAY F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 1®^ ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2014 LITTERATURE La Vitrine Mimlt HISTOIRE MONTCALM ET WOLFE Roch Carrier Libre Expression Montréal, 2014, 333 pages On a beaucoup parlé de la « cession » du Canada par la France cet été avec le passage remarqué du traité de Paris au Musée de la civilisation de Québec.La parution du Montcalm et Wolfe du romancier Roch Carrier permet de rappeler que la colonie a d\u2019abord été conquise avant d\u2019être cédée à la Grande-Bretagne.Reprenant le titre du classique de Francis Parkman, ce chassé-croisé biographique fait penser à bataille du Canada (Le Jour) de Laurier LaPierre, qui a connu un certain succès au début des années 1990.Carrier met lui aussi l\u2019accent sur la description du parcours des deux généraux plutôt que sur l\u2019analyse détaillée de leurs choix tactiques.Le lecteur pointilleux y relèvera quelques erreurs factuelles : Wolfe n\u2019ayant pas combattu à cheval sur les plaines d\u2019Abraham tandis que l\u2019évêque de Québec n\u2019a pas assisté à l\u2019agonie de Montcalm.S\u2019il ne renouvelle pas l\u2019historiographie, ce récit captivant offre un bon survol de la carrière des généraux ennemis dont les noms sont devenus indissociables.Dave Noël SPLENDEURS ET MISÈRES DE L'ASPIRANT ÉCRIVAIN ûrealsirmaK ««¦inpTOe, roman GUIDE SPLENDEUR^ ET MISÈRES DE L\u2019ASPIRANT ECRIVAIN Jean-Baptiste Gendarme Flammarion Paris, 2014, 174 pages À qui s\u2019adressent ces «conseils à Vusage de ceux qui souhaitent publier un premier roman (et qui pourraient bien y parvenir) » ?Au wannabe écrivain, mais seulement celui qui souhaite publier dans l\u2019Hexagone, puisque ces conseils ne visent que l\u2019édition française, parisienne même.Le guide vise aussi l\u2019auteur qui réussira, bien sûr, puisque huit pages seulement sont consacrées à la possibilité de recevoir un refus d\u2019une maison d\u2019édition, soit moins que les chapitres qui traitent de la promotion et de la bonne manière de traiter un attaché de presse.Un guide trop optimiste donc pour être réellement pratique, trop niché pour aider l\u2019auteur québécois en herbe.Mais le style et le ton de Jean-Baptiste Gendarme sont vifs et divertissants, et pour le néophyte, le propos peut lever le voile sur une part de l\u2019industrie de l\u2019édition et ses manières d\u2019être et de faire.La meilleure partie de l\u2019ouvrage ?Les anecdotes et citations d\u2019éditeurs et d\u2019auteurs, leurs histoires de manuscrits refusés, leurs confidences sur les disciplines d\u2019écriture.C\u2019est peu, mais cette part charme le voyeur du petit monde littéraire.Catherine Lalonde BANDE DESSINEE LE TECKEL Hervé Bourhis Casterman Bruxelles, 2014, 86 pages Comédie caustique prenant place du côté obscur des compagnies pharmaceutiques, du marketing sale et de la vente sous influence dans les cabinets de médecins.Le teckel est un petit bijou d\u2019efficacité narrative qui vient de faire son apparition dans le monde de la bédé.Hervé Bourhis, qui en 2008 signait le très wmuswnt Enterrement de vie de jeune fille (Dupuis), pilote cette aventure sur les routes de France où un certain Guy Farkas, vieux de la vieille dans le domaine de la pilule, va, en traînant avec lui un petit jeune de la relève, chercher à refourguer un peu partout son Marshall 2.La version 1 du médicament est à l\u2019origine de centaines de décès.Il doit tout faire pour occulter ce fait, nourrissant au passage un récit grinçant, cynique, drôle et mordant dans lequel un duo décalé, en puisant de manière classique dans les extrêmes et les antagonismes, va finir par devenir attachant.Fabien Deglise L\u2019amour au temps des dictatures LISE GAUVIN Le dernier roman de Yanick Lahens, Bain de lune, emprunte aux tableaux des maîtres haïtiens un sens précis de la couleur et une distribution de personnages en silhouettes répétitives et pourtant différenciées.Alors que son roman précédent, Guillaume et Nathalie (Sabine Wespieser, 2013), se déroulait dans un registre intimiste, celui-ci se déploie en une vaste fresque racontant les heurts et malheurs des habitants du village d\u2019Anse bleue, un lieu traversé par les ouragans naturels et politiques.Une jeune naufragée est trouvée par des pêcheurs sur la plage après une tempête, le corps mutilé et sans vie.Sa voix toutefois se fait entendre, qui retrace les destins des trois générations de paysans l\u2019ayant précédée et tente ainsi d\u2019expliquer l\u2019engrenage impitoyable auquel elle n\u2019a pu échapper.Histoires de clans et de rivalités familiales sur fond de dictature politique et d\u2019intimidation militaire.Histoires de cohabitation plus ou moins chaotique entre les divinités vaudou et les dieux chrétiens.Histoires, enfin, d\u2019éveil à l\u2019amour et à la souffrance de femmes soumises par atavisme, dont les désirs et l\u2019appétit de vivre sont vite engloutis dans un quotidien sans gloire.Quelques-unes se révoltent, telle cette Olmène Lafleur qui, une première fois, avait enfreint la règle non écrite en devenant amoureuse du chef du clan opposé au sien, ce Tertu-lien Mésidor puissant et riche qui la choisit comme maîtresse ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE François Duvalier, alias Papa Doc, en compagnie de sa femme, Simone, en 1957 à Port-au-Prince et lui donna un fils et une maison.L\u2019idylle fut de courte durée et, l\u2019amant devenant de plus en plus insupportable, Olmène décida de s\u2019enfuir et de reprendre sa liberté.Jours d\u2019ouragan Cette chronique débute alors qu\u2019«d l\u2019automne 1963, l\u2019homme à chapeau noir et lunettes épaisses recouvrit la ville d\u2019un grand voile noir.Port-au-Prince aveugle, affaissée, à genoux, ne vit même pas son malheur et baissa la nuque au milieu des hurlements de chiens fous».Dans les villages, certains hommes acceptent de faire partie des Tontons macoutes, la milice du dictateur, exécutant sans broncher les basses œuvres qu\u2019on leur commande.Jusqu\u2019à ce que ces hommes soient à leur tour rejetés par l\u2019arrivée au pouvoir de celui qu\u2019on appelait le prophète mais qui, hélas, s\u2019est peu à peu «transformé en quelque chose qui ressemblait étrangement à l\u2019homme à chapeau noir et lunettes épaisses.» Tout cela narré avec une justesse de ton et un style sans enflure ni pathos, appliqué à rendre les gestes des uns et des autres avec une profusion de détails qui leur donnent tout leur sens.L\u2019horreur n\u2019en devient que plus explicite, la tendresse plus touchante.Certains passages sont de véritables pièces d\u2019anthologie, telle cette description de l\u2019immobilité provoquée par un ouragan: «Ce furent trois longues journées ennuyeuses d\u2019attente, à gronder les enfants qui se cha- maillaient et ne tenaient plus en place, à faire des nattes aux filles, aux femmes, à les défaire et à les refaire à nouveau.A raconter les rêves, à leur trouver un sens.A ressasser le temps d\u2019avant, le temps longtemps, et à raviver les commérages.Trois longues journées de palabres traversées de silences pour parler aux dieux.» Du point de vue de la langue, le récit est émaillé de mots et d\u2019expressions créoles donnés en italique et assortis d\u2019un lexique final.Tout en appréciant cette présence du créole sous la forme d\u2019indices renvoyant à la parole des paysans, on ne peut que s\u2019étonner de cette mise en évidence de son caractère d\u2019étrangeté.Les romanciers de la créolité nous avaient habitués à des stratégies d\u2019intégration de cette langue au tissu narratif qui permettaient d\u2019éviter ce marquage de la différence rappelant l\u2019esthétique du roman réaliste.Mais dans le domaine du pluralisme textuel, rien n\u2019est simple.On retiendra de cette chronique le portrait d\u2019une société en proie aux bouleversements les plus inattendus, ceux de la terre et des éléments tout autant que ceux de l\u2019amour et de la passion, et un art du suspense consommé de la part d\u2019une romancière qui tient le lecteur en haleine jusqu\u2019à la dernière page.Collaboratrice Le Devoir BAIN DE LUNE Yanick Lahens Sabine Wespieser Paris, 2014, 273 pages Les continents perdus de Bias de Roblès L\u2019écrivain exploite un filon devenu rare dans la littérature française : le roman d\u2019aventures CHRISTIAN DESMEULES Le point Némo est le petit nom donné par les scientifiques au «pôle maritime d\u2019inaccessibilité», un point de l\u2019océan Pacifique \u2014 en l\u2019occurrence \u2014 qui est le plus éloigné de toute terre émergée.Attachant son wagon de romancier au grand train de la littérature populaire du XIX® siècle Qules Verne, Alexandre Dumas, de même que tout un tas de feuilletonistes aujourd\u2019hui méconnus), Jean-Marie Bias de Roblès nous y entraîne au moyen d\u2019histoires qui s\u2019agglomèrent avant de s\u2019emboîter à la manière de poupées gigognes.L\u2019écrivain, né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, est l\u2019auteur du monumental Là où les tigres sont chez eux (Zulma, prix Médicis 2008), suivi aussi par La montagne de minuit (Zulma, 2010).Dans un monde où les livres, les librairies et les bibliothèques ont disparu.Monsieur Wang est le directeur chinois de B@bil Books, une usine d\u2019assemblage de liseuses numériques installée à La Roque-Gageac, dans le Périgord.On y fait la lecture aux travailleurs de la chaîne de montage, comme on lisait dans les manufactures de cigares à Cuba.C\u2019est ainsi qu\u2019on lit aux ouvriers de B@bil Books l\u2019histoire d\u2019un feuilletoniste «du siècle passé» dans laquelle le héros, Martial Canterel, est une sorte de dandy opiomane, incapable d\u2019envisager un voyage de quelques jours sans ses souliers en python de Guyane et sa malle-cabine.En compagnie d\u2019un ami anglais, vague descendant de Sherlock Holmes, de son majordome et de sa propre gouvernante anglaise versée dans les arts martiaux, il se lance à la poursuite d\u2019un diamant inestimable, volé à Lady MacRae, alias Clawdia Chauchat, avec qui il a déjà eu une brève aventure {«ses yeux de Kirghize à demi clos semblaient éUouis d\u2019un soleil rasant»).Machine à rêves Tout ce joli monde s\u2019embarque à bord du Transsibérien avec l\u2019intention de rejoindre Pékin le plus rapidement possible, espérant précéder sinon suivre de très près (ils n\u2019en sont jamais certains) l\u2019Enjam-beur, un assassin mystérieux et particulièrement cruel.Empruntant tour à tour zeppelin, jonque, frégate ou sous-marin, ils verront leurs projets contrariés par une série d\u2019incidents et de rencontres improbables : pluie de pachydermes, monstres marins, séductrices unijambistes, artistes de cirque, scientifiques parias.Cette épopée un peu vaine, prétexte plutôt agréable à de multiples digressions, est aussi pimentée d\u2019épisodes grivois qui produisent un drôle d\u2019effet de contraste.Sous l\u2019humour permanent, Jean-Marie Bias de Roblès a aussi placé mine de rien quelques enjeux bien de notre époque, tels que l\u2019environnement et la question de la transmission des livres, du savoir et de la littérature.Le point Némo du roman étant en réalité une.île flottante de matières plastiques \u2014 le plastique des liseuses numériques ?\u2014 accumulées au milieu de l\u2019océan.Une véritable machine à inventer des histoires qui fonctionne, en somme, exactement à la manière du rêve et de l\u2019imagination : « On prend un bec par ici, une patte par là, un plumage, des écailles luisantes, et une machine en nous les recompose pour en faire une créature nouvelle, un collage monstrueux de bribes, de choses vues, de lectures oubliées, de peurs enfantines qui reviennent, s\u2019agglomèrent la nuit pour former des îles, des continents noirs.» Jean-Marie Bias de Roblès lui-même, à sa manière inimitable et pas du tout inaccessible, ne fait pas autre chose dans L\u2019île du point Némo.Et il continue d\u2019exploiter avec bonheur un filon devenu plutôt rare dans la littérature française contemporaine: le roman d\u2019aventures.Collaborateur Le Devoir UÎLE DU POINT NÉMO Jean-Marie Bias de Roblès Zulma Paris, 2014, 464 pages Un récit émouvant Chacun se reconnaîtra dans ces personnages pétris d'universalité et sera renvoyé à son propre destin, tant le texte est riche de vérité humaine.Une lecture dont on ne sort pas indemne.RECTO VERSO ?ePUB PIONNIERES SUITE DE LA PAGE E 1 pompeux qui leurrent les esprits, pour que je m\u2019endorme de mon dernier sommeil.» Beaucoup moins rebelle mais issue également d\u2019une famille libérale, Léonise Valois (1868-1936), dont Chantal Savoie mentionne la redécouverte grâce à l\u2019essai biographique de Louise Warren (L\u2019Hexagone, 1993), s\u2019impose par sa subtilité novatrice.Dans L\u2019orage, son poème de 1903, loin d\u2019un romantisme attardé, la mélancolie qui s\u2019abat sur la rêveuse est soudainement dissipée par l\u2019inexplicable effet de la nature.«Je sens dans mon âme oppressée / Un flot du cœur monter.courir./ Il pleut très fort! Je suis sauvée!» Au lieu de se proclamer féministe, Léonise Valois, chroniqueuse de 1900, se joint à ses consœurs qui «s\u2019amusent fort» du mouvement émancipateur provoquant, «chez le seye à barbe, une si grande peur bleue».Comme Eva Circé-Côté et Jovette Bernier, elle comprend que, pour une femme, dans le Québec d\u2019autrefois, simplement publier tient déjà de la fronde.Patricia De Marîa^M^ l'Incarnat^^ |R-^à Nelly Arcan Collaborateur Le Devoir LES FEMMES DE LETTRES CANADIENNES-FRANÇAISES AU TOURNANT DU SIECLE Chantal Savoie Nota bene Montréal, 2014, 244 pages ESSAI DE MARIE QE LTNCARNATION A NELLY ARCAN Se dire, se faire PAR l\u2019écriture intime Patricia Smart Boréal Montréal, 2014, 432 pages Patricia Smart ose lier Marie de l\u2019Incarnation, religieuse de la Nouvelle-France, canonisée cette année, à Nelly Arcan, ex-call-girl et romancière rompue à l\u2019autofic-tion, qui s\u2019est suicidée à Montréal en 2009.En scrutant l\u2019écriture intime d\u2019une trentaine de femmes à travers l\u2019histoire du Québec, elle décèle une continuité qui fait réfléchir.Dans l\u2019union mystique au Christ, Marie de l\u2019Incarnation évoque «des pénétrations de lui en moi» et «de moi en lui» pour être enfin «perdue à moi-même».Quant à la narratrice de Putain, d\u2019Arcan, elle soutient au sujet de ses clients: «C\u2019est donc toute une armée de femmes qu\u2019ils baisent lorsqu\u2019ils me baisent, c\u2019est dans cet étalage de femmes que je me perds.» Littérairement, à trois siècles de distance, la mystique et la sexualité s\u2019enivrent d\u2019un verbe troublant : se perdre.Michel Lapierre LE DEVOIR LES SAMEDI I^R ET DIMANCHE NOVEMBRE 2014 F 5 LIVRES TRADUCTIONS INFIDELES (5 DE 5) La littérature qui voyage Louis Hamelin Je me lève avec une superbe vue de Detroit par la baie vitrée qui court sur tout le mur sud de ma chambre au Waterfront.Comme quelqu\u2019un me l\u2019a expliqué la yeille, à Windsor, quand on regarde vers les Etats-Unis, on regarde vers le nord, expérience déstabilisante pour un habitant des solitudes canadiennes.Passé la rivière, quelques centaines de kilomètres plus au nord, se trouve le lac Walloon où le jeune Hemin^ay apprit à chasser, à pêcher et à lutiner les filles.Et pas très loin du Walloon, le Leelanau, sur les rives duquel Jim Harrison s\u2019installa, à 30 ans, dans une petite ferme avec femme et enfants.As-tu reçu la version anglaise de mon livre.Big Jim ?L\u2019éditrice était censée te l\u2019envoyer.On me dit que tu vis maintenant dans le Montana, que tu joues les snowbirds en Arizona.il a aussi été question d\u2019un service de presse à Adam Gopnik, le vieux pote de Mordecai Richler qui écrit dans le New Yorker.C\u2019est devenu chez moi un rituel ironique, un automatisme plein d\u2019autodérision : à chaque nouvelle livraison du prestigieux magazine, aller voir à la rubrique «Briefly noted» si mon bouquin, un peu tard, par un ahurissant coup de pot, n\u2019y aurait pas mérité ne serait-ce qu\u2019une désobligeante douzaine de lignes dont la seule présence imprimée sur cette page ferait déjà figure de retentissante consécration.Une chance sur combien de millions ?Bon vieux New Yorker.Dans l\u2019édition du 27 octobre, il y a une nouvelle de Torn Hanks.Oui, ce Torn Hanks là.Le type à la boîte de chocolats.Un truc bizarre à propos d\u2019un faux voyage dans la Lune.Bref, si tout livre est une bouteille lancée à la mer, comme le veut la métaphore éculée, parfois la mer est un étang à grenouilles où il faudrait être bien malchanceux pour ne pas faire au moins quelques ronds dans l\u2019eau.L\u2019océan, le vrai, avec des vents de 40 noeuds et des vagues de dix mètres, quand on se Le Coelho, le Baricco, le Pennac.Le Kim Thuy.L\u2019Alexandre Jardin.Et tous ces Marc Lévy.Ils ne seraient pas là s\u2019ils ne se vendaient pas.tient au seizième étage d\u2019un hôtel de Windsor,,c\u2019est quelque part par là-bas, au sud du lac Erié, qu\u2019il s\u2019étend.Réussir aux States Boudé à Paris, où il trouvait que Ducharme lui faisait de l\u2019ombre, Hubert Aquin, au mitan des années 60, reconnaissait miser davantage sur un succès étasunien.L\u2019ex-loup solitaire du LLQ ne pensait apparemment pas au Canada anglais, qui presque 40 ans plus tard allait posthumement le consacrer dans le cadre du concours «Canada Feads».Mais le mythe du «make it big» aux Etats agit encore comme un puissant aphrodisiaque sur l\u2019ambition littéraire du Canadien français.Regardez-les aller : leur premier manuscrit poireaute sous une pile quelque part et ils parlent déjà de se prendre un agent new-yorkais.Mais la vérité, c\u2019est qu\u2019à part quelques exceptions qui commencent à dater \u2014 les critiques bienveillantes réservées à The Tin Flute de Ga-brielle Roy, Marie-Claire Blais adoptée par Edmund Wilson, et le cas un peu inclassable de cette espèce d\u2019El-vis Gratton du roman, Marc Lisher, qui aurait vendu cinq millions de livres «à l\u2019international» et se décrit sur son site Web comme un «conférencier d\u2019inspiration».\u2014 pour la littérature québécoise, ce qui s\u2019étend au sud de la frontière est un désert critique et lectoral (de «lectorat») dont les oasis sont les quelques facultés d\u2019universités qui vouent aux oeuvres d\u2019ici un intérêt savant d\u2019une nature vaguement entomologique.Le Canada nous traduit?Tant mieux.Mais la littérature canadienne ressemble un peu au football canadien: la vraie game se joue de l\u2019autre côté du 45® parallèle.Louis Gauthier, à l\u2019époque où il présidait l\u2019Union des écrivaines et des écrivains québécois, m\u2019écoutait discourir de traduction et de débouchés extérieurs avec cet air goguenard et désillusionné qui semble briller à demeure sous sa paupière tombante.11 me répondit un jour : mon pauvre Hamelin, il faudrait que la littérature québécoise commence par conquérir son propre public.Comme c\u2019est arrivé à la musique, puis au cinéma, aurait-il pu ajouter.En attendant, il faut se lever, s\u2019habiller, aller prendre ces deux avions et cet autobus qui m\u2019emmèneront à mille kilomètres d\u2019un Windsor où presque tous les francophones que je ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « C\u2019est devenu chez moi un rituel ironique : à chaque nouvelle livraison du New Yorker, aller voir à la rubrique \u201cBriefly noted \u2019\u2019 si mon houquin n\u2019y aurait pas mérité ne serait-ce qu\u2019une désobligeante douzaine de lignes.» rencontre vivent en expatriés branchés sur les nouvelles du Québec et au fait des dernières idées de Lisée sur la monnaie et l\u2019armée.J\u2019essaie de me faire du café dans ma chambre d\u2019hôtel, mais oublie de placer le verre en carton censé me servir de tasse à l\u2019endroit approprié sous le bec verseur de la machine.Première gaffe de la journée.La veille, je devais parler de traduction avec l\u2019écrivain et traducteur Wayne Grady, devant un public franco-bilingue du cru.L\u2019an dernier, le même événement accueillait maître Dany La-ferrière et le bon vieux David Homel.Je lis un passage de mon roman en français, Wayne lit le même passage en anglais, ensuite nous répondons aux questions du public.Quand l\u2019affaire se termine, nous n\u2019avons à peu près pas parlé de traduction.Livres de vol Et ce matin, je reprends l\u2019avion.Le Iqc Erié s\u2019étire sous la carlingue du biréacteur.A Dor-val, j\u2019entre dans la petite tabagie-librairie de l\u2019aérogare qui voit passer à peu près 30 000 personnes par jour.Justin Trudeau me saute dans la face.Coup d\u2019œil au présentoir des ouvrages en anglais.Que du Ludlum et des noms qui me passent à cent pieds par-dessus la tête dans des éditions de poche bon marché aux couvertures brillantes.Je me tourne vers l\u2019étalage de titres français.A la vue du genre de bouquins qui s\u2019exposent dans un tel lieu, je ressens toujours le même léger écœurement, une forme très cérébrale de vertige devant la concentration d\u2019une si grande quantité de mots, de noms et de faces dans un espace restreint.Et aussi, une douce jalousie.Les rayonnages de livres du Pharmaprix ne me font pas le même effet.J\u2019envie ces auteurs «placés» à l\u2019aéroport, car ils sont, ne serait-ce que par défaut, ce qui s\u2019approche le plus concrètement d\u2019un visage international de notre littérature.Mais oui.Car c\u2019est bien eux que vous emporterez à Berlin ou à Rangoon.S\u2019ils ne sont pas tous traduits, à tous s\u2019offre le même air recyclé de départ et d\u2019arrivée.Le Coelho, le Baricco, le Pennac.Le Kim Thuy.L\u2019Alexandre Jardin.Et tous ces Marc Lévy.Ils ne seraient pas là s\u2019ils ne se vendaient pas.Et vice-versa.Une librairie d\u2019aérogare, c\u2019est le contraire d\u2019une boîte de chocolats.LETTRES Les vertiges de Ying Chen LOUIS CORNELLIER f Ecrivaine canadienne d\u2019origine chinoise, Ying Chen, qui écrit en français, a vécu à Montréal pendant quelques années avant de s\u2019installer à Vancouver.Dans La lenteur des montagnes, un essai qui prend la forme de lettres adressées à son fils adolescent, elle évoque, au fil de la plume, sans souci de démonstration, sa démarche de femme, de mère, d\u2019immigrante et de romancière.«J\u2019écris avec vertige et étourdissement», avoue l\u2019artiste, chez qui la quête de la sagesse est habitée par de multiples déchirements.Dotée «d\u2019un tempérament un peu grave, un peu montagnard» qui lui fait chérir le silence et le recul, Ying Chen, elle y revient souvent, recherche «le calme ZOHAR Ying Chen intérieur» et cultive l\u2019esprit de douceur, mais assume pleinement les malaises existentiels qui la tiraillent en permanence.Joie de vivre et «lassitude à l\u2019égard du vaste monde», chez elle, cohabitent, sans cause précise, sinon, dans un cas, la mort du père de son fds.Souvent, le malaise est beau, quoiqu\u2019un peu déroutant.Les romans de Ying Chen, «presque sans sujet», avec des personnages «presque inexistants», note-t-elle, «se contentent d\u2019explorer les ténèbres et de décrire les combats intérieurs d\u2019êtres qui essaient, sans grand succès, d\u2019intégrer une expérience silencieuse à la vie mortelle, à l\u2019excitation et au bouillonnement».Leur intention, poursuit-elle, n\u2019est pas de parler de quelque chose de précis, d\u2019offrir réponses et conclusions, mais d\u2019explorer le langage dans une «indicible atmosphère», caractérisée par la quête d\u2019une «grande simplicité», pourtant «peu compatible avec la littérature», ajoute l\u2019écrivaine.S\u2019il est difficile de ne pas re-coimaître une noble et véritable POLAR Fermer les livres MICHEL BELAIR Même atteint d\u2019un cancer, Henning Mankell continue d\u2019agir comme il l\u2019a toujours fait.Qn sait qu\u2019il a pris l\u2019engagement de «chroniquer son combat» et c\u2019est avec la conscience du cancer et de la chimiothérapie en arrière-fond qu\u2019il continue à écrire et à réfléchir sur la condition humaine en dénonçant le racisme sous toutes ses formes.11 explique d\u2019ailleurs, à la fin de ce petit livre particulièrement touchant, que c\u2019est précisément ce qui l\u2019a fait revenir une dernière fois au personnage de Kurt Wallander, qui l\u2019a fait connaître à travers le monde.Dans cette histoire qui se situe chronologiquement tout juste avant la toute dernière enquête de Wallander {L\u2019homme inquiet.Seuil, 2010), le commissaire sent qu\u2019il arrive au bout du rouleau.Ses points de repère ne tiennent plus vraiment : tout a changé autour de lui, depuis ses premières patrouilles en uniforme il y a déjà plusieurs éternités.La société suédoise n\u2019est plus la même et devient elle aussi de plus en plus violente et de moins en moins égalitaire.Quant au travail, il se révèle à chaque affaire plus routinier, pour ne pas dire «paperassier».Bref, il commence à penser à la retraite dans une petite maison de campagne pas trop loin de la mer.C\u2019est d\u2019ailleurs quand il croit avoir peut-être trouvé cette perle rare que les ennuis commencent.Par hasard, en faisant le tour du jardin de cette maison qui lui plaît beaucoup, Wallander trébuche sur ce qu\u2019il croit d\u2019abord être un morceau de bois mais qui est en fait une main.Qu plutôt les os d\u2019une main.Et c\u2019est parti.Adieu ?C\u2019est parti vers le passé puisqu\u2019il faudra remonter jusqu\u2019aux années de guerre pour que Wallander puisse élucider l\u2019affaire \u2014 et abandonner complètement l\u2019idée d\u2019acheter cette maison de ferme \u2014 après y avoir trouvé un squelette entier, puis un deuxième.L\u2019histoire est com- plexe, pas facile à démêler, mais c\u2019est l\u2019occasion pour Mankell de souligner à quel point la Suède, comme la plupart des pays occidentaux d\u2019ailleurs, accueillait à cette époque beaucoup plus simplement les migrants et les réfugias des pays voisins.A la toute fin, quand l\u2019affaire sera résolue et que Wallander fermera les livres pour la dernière fois, c\u2019est d\u2019ailleurs Henning Mankell qui reprendra la parole.Comme pour lancer un dernier adieu à son improbable héros.Mais surtout pour rappeler qu\u2019il écrit des livres pour dénoncer la tare du racisme et que le polar est une des façons les plus efficaces qu\u2019il ait trouvées pour le faire.Collaborateur Le Devoir UNE MAIN ENCOMBRANTE Henning Mankell Traduit du suédois par Anna Gibson Seuil Paris, 2014, 182 pages démarche artistique dans un tel programme, il faut toutefois admettre que le caractère par trop éthéré de l\u2019œuvre de Ying Chen peut irriter.La brume montagnarde, en effet, n\u2019est pas toujours sjmonjmie de substance.Yi Jing Dans cet essai qu\u2019elle a voulu composé de «lettres qui permettent la spontanéité et l\u2019intimité, sous une apparence informelle», Ying Chen parle à son fils de l\u2019impermanence de toute chose en ce monde, de «la pluralité de la vérité», de la dialectique du soi et de l\u2019autre, de la nécessité de mettre l\u2019un et l\u2019autre à distance pour les penser.«L\u2019universel, note-t-elle à raison, est néant sans le particulier, et le particulier, quel qu\u2019il soit, fait naturellement partie de l\u2019universel.» Critique du multiculturalisme canadien, qui «exprime une intolérance sous forme de tolérance», et de l\u2019engouement pour la technologie, qui donne surtout la liberté de ne pas lire pour vrai, Ying Chen chante l\u2019instinct maternel et, dans une déclaration d\u2019amour à son fils, lui confie l\u2019essentiel, c\u2019est-à- dire «ce qui donne un sens à une vie consciente»: le monde n\u2019est intéressant «que par son intériorité ».Ensuite, elle lit Pascal et fait silence, devant les montagnes, «par essence antimodernes » et, par là, gardiennes d\u2019une certaine vérité.Collaborateur Le Devoir LA LENTEUR DES MONTAGNES Ying Chen Boréal Montréal, 2014, 128 pages JPL ¦ ¦ 1914-2014 ¦ 1\\>V/ /Prix 2014 Z-J.l.Segal ^ présentés par la Bibliothèque publique juive La Bibliothèque publique juive est fière d\u2019annoncer les lauréats de cette année : Les prix seront présentés lors d\u2019une soirée spéciale Mercredi 12 novembre 2014 à 19 h 30.Prix Shuiamis Yeiin.\tTraduction d\u2019un livre sur un thème Livre en trançais sur un thème judaïque : judaïque : Perla Serfaty Garzon\tKàthe Roth « Vieillesse et Engendrements »\t\u201cThe First Jews in North America\u201d par Denis Vageois Prix Mona Elaine Adilman.Roman et poésie en anglais sur un thème judaïque Dan Vyleta \"The Crooked Maid\" Prix de i\u2019institut Azrieii du meiiieur iivre en Études israéiiennes en iangue angiaise ou française Anita Shapira \u201cIsrael: A History\u201d Prix Sara et Irwin Tauben.Livre documen- Prix Rosa et teu David Finestone.taire en anglais sur un thème judaïque : Gil Troy \u201cMoynihan\u2019s Moment: America\u2019s Fight Against Zionism as Racism\" Etudes juives canadiennes : Gerald Tulchinsky \u201cJoe Salsberg: A Lite ot Commitment\" El Prix Dr Hirsch & Dora Rosenfeid.Littérature en yiddish et hebreu : Boris Sandler \u201cLamed-Vovnikes Fun Mayn Zikorn\" Prix Michael-Moskovitz.Film sur un thème judaïque : Vladimir Kabelik \u201cBeautitully Broken\" Bibliothèque publique juive \u2022 5151 chemin de la Côte-Ste-Catherine \u2022 Entrée libre Champagne à 19 h \u2022 Une collation sera servie après la cérémonie Appeler (514) 345-6416 pour plus d\u2019information \u2022 Stationnement extérieur gratuit au YM-YWHA.Livres signés et vidéos en vente. F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI I'^'^ ET DIMANCHE NOVEMBRE 2014 ESSAIS Hart médical de Serge Daneault Louis CORNELLIER « L a médecine fut un deuxième choix [pour Camille Laurin], car selon l\u2019esprit du temps, si on ne pouvait soigner les âmes, il restait à soigner les corps», écrit le psychiatre Pierre Doucet dans Ces médecins qui ont marqué le Québec, un livre de l\u2019auteur médical Jacques Beaulieu.Cette phrase, aujourd\u2019hui, surprend.L\u2019esprit du temps, en effet, a bien changé.Le prestige hier réservé aux prêtres a été tout entier transféré aux médecins.Récemment, alors que je m\u2019amusais à tirer la pipe à mon médecin à ce sujet en lui disant que les membres de sa confrérie jouissaient abusivement du statut de demi-dieux que leur confère la société québécoise, il m\u2019a répliqué avec un trait d\u2019humour qui résume la situation : « Comment ça, demi ?» Aussi Jacques Beaulieu erre-t-il en écrivant, en conclusion à son ouvrage un peu fade qui présente vingt grandes figures médicales du dernier siècle (d\u2019Irma Levasseur à Gilles Julien, en passant par Norman Bethune, Armand Frappier, Hans Selye, Paul David, Lucille Teasdale et d\u2019autres), que «l\u2019aura des médecins s\u2019est atténuée».Elle me semble, au contraire, plus éclatante que jamais.Je travaille au quotidien avec de jeunes cégépiens qui s\u2019apprêtent à entrer à l\u2019université.Les plus forts d\u2019entre eux, sur le plan scolaire, songent presque tous à tenter leur chance en médecine.Pas nécessairement par désir de soigner, mais plutôt à cause du prestige social lié à cette profession.Dans une société où pèsent tous les doutes sur l\u2019âme, n\u2019est-ce pas, le corps prend toute la place et en devenir un experf grassement payé, n\u2019est plus un second choix.Vanité Serge Daneault, médecin spécialisé en soins palliatifs et professeur à l\u2019Université de Montréal, déplore, dans Un médecin se confie.Pour des soins plus hurr(ains, cette vanité médicale.A son fils médecin qui lui rapporte avoir été accueilli à l\u2019université en se faisant dire qu\u2019il faisait partie de «la crème de la société» par son doyen, Daneault répond ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le D'' Serge Daneault signe, avec Un médecin se confie, un plaidoyer pour un système de santé plus tolérant, plus humain.KK Tu ne peux pas faire semblant de vivre comme si ta n\u2019avais pas cette saloperie dans ton ventre.Mais, comme ta me l\u2019as écrit, ta as le cancer, mais ta n\u2019es pas le cancer, )} Extrait d\u2019Un médecin se confie qu\u2019il doit, pour être un bon médecin, se «débarrasser de ce sentiment de supériorité causé par le fantasme du prestige».Critique à l\u2019endroit de l\u2019esprit de compétition qu\u2019on impose aux étudiants en médecine et qui les transforme parfois en «infirme[^] dans [leurs] rapports avec les autres humains», Daneault confie à son fils «l\u2019immense stimulation intellectuelle que la médecine procure», mais insiste surtout sur le fait que c\u2019est d\u2019abord «la satisfaction provenant du contact avec les patients» qui compte.Pour arriver à développer ce contact de qualité, humain, ajoute-t-il, il faut reconnaître sa propre vulnérabilité, et en finir avec la suffisance.A sa nièce, infirmière, Daneault écrira d\u2019ailleurs que «la plupart des erreurs médicales ne sont pas de type scientifique », mais «liées à l\u2019attitude du médecin».Bellement et simplement écrites, habitées par une dou- ceur qui n\u2019interdit pas la franchise et la critique, les lettres qui composent le livre de Daneault, adressées à l\u2019ami cancéreux, au fils médecin et à la nièce infirmière, traitent toutes d\u2019enjeux liés à la médecine contemporaine, dans une prose à la fois réflexive et intime, pleine d\u2019humanité.Au passage, Platon, Jung, Pascal, Laborit, Saint-Exupéry et d\u2019Or-messon sont invoqués à fap-pui de ce plaidoyer pour une médecine qui place l\u2019accompagnement de l\u2019humanité souffrante en son cœur.Avec l\u2019ami malade, qui lui confie avoir dû subir un examen physique dans des conditions dégradantes, Daneault partage sa colère devant ces médecins qui ne savent pas «entrer en contact avec un être humain dénudé» et devant la réalité d\u2019une médecine à deux vitesses.Sa lettre sur l\u2019angoisse du malade est poignante, tout comme celle adressée à l\u2019ami mort.Avec son fils médecin, qui a choisi de travailler en milieu défavorisé et d\u2019être rémunéré à l\u2019heure plutôt qu\u2019à l\u2019acte, Daneault se livre à une critique des dérives de la médecine, trop souvent devenue une activité commerciale, pratiquée par des experts techniques surpayés, insensibles aux conditions psychosociales difficiles de leurs patients et mal préparés à l\u2019accompagnement des malades inguérissables.Ces derniers, pourtant, restent vivants et continuent «de pouvoir être l\u2019objet de toutes les attentions possibles», de soins utiles, même s\u2019ils sont dits palliatifs.Jusqu\u2019à la fin 11 reste beaucoup à faire même quand il n\u2019y a plus rien à faire, écrit Daneault à sa nièce infirmière.11 reste, pour le médecin, à « être avec son patient jusqu\u2019à la fin», en çombattant sa souffrance.Elogieux à l\u2019égard des infirmières qui maîtrisent ce «grand art de donner le bain à une personne malade» (un mot d\u2019hommage aux préposés qui en font autant aurait été bienvenu ici), partisan des soins à domicile qui permettraient aux personnes âgées d\u2019éviter l\u2019urgence, Daneault, qui mentionne au passage que les infirmières voilées ne le dérangent pas du tout si elles s\u2019occupent bien des patients, rappelle avec émotion l\u2019importance de traiter les cadavres avec grand soin et déplore, à raison, la perte des rituels funéraires traditionnels.Ces gestes-là sont graves et concernent notre dignité.Les transformer en fêtes insignifiantes ou les expédier, c\u2019est dégrader les vivants et les morts.La médecine est certes une science exigeante, dit au fond Serge Daneault, mais c\u2019est, ce devrait être, d\u2019abord un art, une culture, impossible mais nécessaire, au service de la vie, qui inclut la mort.Les médecins et leurs patients ont trop souvent la faiblesse de l\u2019oublier.louisco@sympatico.ca CES MÉPECINS QUI ONT MARQUE LE QUEBEC Jacques Beaulieu Multimondes Montréal, 2014, 132 pages UN MÉDECIN SE CONFIE Pour des soins plus humains D\u2019\" Serge Daneault Editions La Presse Montréal, 2014, 184 pages Sigmund Freud, revu et revisité MICHEL LAPIERRE Il n\u2019avait «pas lui-même profité de la révolution sexuelle qu\u2019il avait apportée à la société occidentale».Pour écrire cela de Sigmund Freud (1856-1,939) et décaper son portrait, Élisabeth Roudinesco exploite plus que des archives enfin accessibles.Elle montre comment ce que Freud a cru voir dans le psychisme «n\u2019était au fond que le fruit d\u2019une société» dont il «interprétait magistralement la signification pour en faire une production de l\u2019inconscient».Née à Paris en 1944, l\u2019historienne, juive comme Freud, a toute la sensibilité pour saisir l\u2019atmosphère du milieu familial du médecin autrichien et la situa-tion politique à laquelle l\u2019homme était confronté.A la fois très originale et très érudite, la massive biographie qu\u2019elle lui consacre apparaît comme le résultat de la réflexion d\u2019une vie sur la psychanalyse et son fondateur.Loin de présenter un Freud dogmatique et de se perdre dans l\u2019examen des interprétations que les disciples ont données de la pensée du maître, elle souligne l\u2019incessante évolution et les multiples, tâtonnements de celle-ci.Élisabeth Roudinesco insiste plus sur le cheminement du chercheur que sur son succès.Impact littéraire «Le XX\u201d siècle, soutient-elle, était en quelque sorte plus freudien que Freud lui-même.» Elle le prouve notamment en signalant que le thérapeute viennois «ne comprit pas grand-chose » à l\u2019enthousiasme qu\u2019André Breton et les autres poètes surréalistes exprimaient à l\u2019égard de la «révolution freudienne».En littérature française, des goûts assez conventionnels orientaient plutôt Freud vers Anatole France, bien qu\u2019il correspondît avec Romain Rolland qui, beaucoup plus jeune, était, comme lui, l\u2019ami de l\u2019écrivain viennois Stefan Zweig.D\u2019ailleurs, la sexualité que le penseur perçut au cœur de cet inconscient, dont il fit découvrir, sans trop le vouloir, le rôle crucial à tant d\u2019écrivains, à tant d\u2019artistes, n\u2019occupait beaucoup de place dans sa vie que par sublimation.A 40 ans, «et souffrant parfois d\u2019impuissance», précise sa biographe, le strict monogame ¦iihi'di Kniidiiiosc Freud QM ElÉS cesse d\u2019avoir des relations sexuellqs avec sa femme.Ironique, Élisabeth Roudinesco conclut: «La vie charnelle du plus grand théoricien moderne de la sexualité aura donc duré neuf ans.» Elle a la hardiesse de signaler que la croyance du thérapeute à la bisexualité foncière de l\u2019être humain le pousse, grâce à l\u2019apport de ses grandes amies Marie Bonaparte et Lou Andreas-Sa-lomé, à tenter de percer le secret de la féminité, immense «continent nocturne».L\u2019héritage juif de Freud, pourtant incroyant, ne il\tserait pas étranger à , cette recherche.A la lumière de la judafté, le penseur définit, selon Élisabeth Roudinesco, «la destinée humaine» comme «la quête d\u2019un \u201cau-delà\u201d de soi, d\u2019un au-delà de la mort et de l\u2019amour».Comme la judaïté, la féminité révélerait l\u2019énigme du monde.Aussi, explique la biographe, Freud voit-il «dans la haine des femmes et dans leur abaissement l\u2019une des racines inconscientes de l\u2019antisémitisme».A la fausse image du phallocrate qui a réponse à tout, Élisabeth Roudinesco a substitué celle de l\u2019être inquiet s\u2019interrogeant sans cesse, du paria qui se réfugie à Londres pour fuir, peu avant sa mort, la menace du nazisme.Contre Hitler, Freud restera le témoin de l\u2019univers inconscient et féminin de la souffrance, de l\u2019exclusion, mais surtout de la persistance.Collaborateur Le Devoir SIGMUND FREUD EN SON TEMPS ET DANS LE NOTRE Elisabeth Roudinesco Seuil Paris, 2014, 592 pages DOMAINE PUBLIC Sigmund Freud PAUL VEYNE Souvenirs et vie d\u2019un historien RENAUD LUSSIER Lors d\u2019une promenade sur une colline quelque part en Provence, Paul Veyne trouve un tesson de céramique, une pointe d\u2019amphore remontant à l\u2019époque de la Rome antique.11 est âgé de huit ou neuf ans, et un monde autre que celui qu\u2019il connaît s\u2019ouvre à lui, un monde aboli qui va l\u2019intéresser toute sa vie.«Or qu\u2019est-ce que l\u2019intéressant?[.] l\u2019intéressant ne s\u2019explique par rien, il n\u2019est pas utile, ni égoïste, ni altruiste, il n\u2019est pas nécessairement rare, plaisant, élevé, précieux ou beau : l\u2019intéressant est désintéressé [.]» Le professeur honoraire au Collège de France a consacré sa carrière à l\u2019étude du monde gréco-romain, l\u2019esprit ouvert, sans adhérer au conformisme institutionnel.L\u2019histoire est «un roman vrai», avançait-il dans Comment on écrit l\u2019histoire (Seuil, 1971), n\u2019en déplaise aux tenants de la science historique pour qui histoire et littérature se devraient d\u2019appartenir à deux mondes irréconciliables.Veyne aime provoquer, et ce livre au «titre dogmatique et trompeur», dit-il, n\u2019était pourtant «rien de plus qu\u2019un témoignage sur la formation que s\u2019était donnée un jeune historien épris d\u2019idées générales».11 n\u2019en est pas moins devenu un classique traduit en plusieurs langues qui continue toujours d\u2019alimenter les débats d\u2019idées entre historiens.Petite histoire Veyne a habitué son lecteur à un discours plein d\u2019érudition, mais l\u2019heure est au bilan.11 raconte ici sa propre, histoire en toute simplicité, en toute humilité.A douze ans, il attend «impatiemment, chaque matin, la nouvelle de la victoire allemande à Stalingrad».«Collabo par mimétisme familial» durant la guerre, il prend sa carte du Parti communiste au début des années 1950 : «je la prendrai, mais en bouffonnant, moi aussi: faffecter ai d\u2019être ivre».11 quittera finalement un milieu qui ne l\u2019aura jamais convaincu, voyant en 1956 les chars soviétiques entrer dans Budapest pour mettre fin à l\u2019insurrection populaire.Car jeune étudiant, Veyne ne rêvait pas à «la Société future que promettait le marxisme» ; il rêvait d\u2019écrire un de ces livres savants traitant d\u2019histoire ou d\u2019archéologie du monde romain.Spécialiste de Rome et amoureux de la Grèce, c\u2019est un Veyne friand d\u2019expéditions en haute montagne, passionné de poésie et de peinture italienne, que l\u2019on découvre à travers ses années de jeunesse, ses voyages, ses souvenirs et ses amitiés.11 parle avec beaucoup d\u2019admiration de son «grand ami» le philosophe Michel Foucault et trace un portrait pour le moins vivant de son «poète et héros de toujours», René Char: «ce colosse colérique et conquérant, aux yeux méditatijs et bons, parlait d\u2019égal à égal aux petits comme aux grands, ne pontifiait pas, était éperdument généreux, violemment sympathique et 4 peu près invivable».A 84 ans, Veyne revient sur son cheminement professionnel, sur son élection au Collège de France, lui qui a toujours eu le sentiment d\u2019être un parvenu, et rappelle l\u2019origine de ses réflexions sur l\u2019économie antique ou encore sur l\u2019homosexualité dans l\u2019Antiquité, une question encore peu étudiée, pour ne pas dire gênante, dans les années 1970.H est question de la vie privée à Rome, certes, mais celui qui a été marié trois fois, «comme Cicéron, César et Ovide», évoque aussi ses amours et les destins tragiques d\u2019êtres chers.Dans ce «document social et humain à l\u2019usage des curieux», l\u2019historien ne cache rien.Collaborateur Le Devoir ET DANS L\u2019ETERNITE JE NE M\u2019ENNUIERAI PAS Paul Veyne Albin Michel Paris, 2014, 272 pages Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR POUR UNE ÉCOALIMENTATION histoires CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET BIODIVERSITÉ DU QUÉBEC POUR UNE ECOALIMENTATION Dix belles histoires Sous la direction de Lucie Sauvé, Nayla NaoufaI et Eva Auzou CHANGEMENTS CLIMATIQUES ET BlOOIVERSITÉ OU QUÉBEC Vers un nouveau patrimoine naturel Dominique Berteaux Plus de 1 300 livres à feuilleter AU SERVICE DE LA COMMUNAUTE UNIVERSITAIRE DEPUIS 1969 PUQ.CA "]
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