Le devoir, 8 novembre 2014, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 NOVEMBRE 2014 lift'.'.\u2019)' ' m- lA PENSÉE.est AüsF\u2018^*^' ' CLOSE QU\u2019UN SERPENT ':' - ENROULÉ.\"\u2018'AiffeMII ¥ SUR IMÉM '1\u201d¦\u201e> ; .v44ÿ^.té %' TIFFET Y a-t-il des vérités en amont ?Pascal Quignard réinvente la joie des énigmes qui donnent à penser Le dernier royaume IX de Pascal Quignard s\u2019intitule Mourir de penser.Est-ce rultime opus ?Il n\u2019en est rien.L\u2019œuvre testamentaire de l\u2019essayiste trouve son chemin imprévisible, son rythme accidenté, son qui-vive vital, en nouant l\u2019origine et la fin.GUYLAINE MASSOUTRE CA est une œuvre à coda.Dès le 7 premier tome, Les ombres errantes (Grasset, 2002), Quignard couchait ses réflexions en dia-riste, fragments de lectures et d\u2019historiettes, d\u2019idées géniales et paradoxales.A la barre d\u2019une flottille de titres, dirigée depuis les eaux souterraines des livres anciens, le maître païen orchestre sa liberté de lecteur.Il traduit en termes contemporains ce qui lui semble intemporel dans la pensée des Anciens.Observateur reclus, rêveur cherchant à se dérouter lui-même dans des œuvres oubliées, passant sans transition de l\u2019enfant qu\u2019il a été à l\u2019homme savant qu\u2019il est devenu, il écrit s\u2019adonner à «perdre conscience au sein de ce transfert à l\u2019état libre qu\u2019est un roman».Le voici en conversation avec son daimon, son ange gardien dans Mourir de penser.L\u2019épreuve du passé «Con-scientia», il épingle ce mot, pour noter comment ce fil d\u2019Ariane permet de circuler avec méthode et sûreté dans le labyrinthe du cerveau.La conscience, est-ce le contenu de toute pensée ?Il aborde la question en artiste, d\u2019un livre à l\u2019autre, ravivant le mot usé pour que sa profondeur sans âge se mette à chatoyer.Il y a une antériorité à la conscience, dit-il.Scia, l\u2019ombre, scio, je sais; d\u2019une langue à l\u2019autre, puis à la nôtre, naît la conscience, ce sentiment intérieur d\u2019exister entouré d\u2019ombres, qu\u2019elles soient grecques, latines, médiévales ou contemporaines.Il argumente et poursuit l\u2019idée.L\u2019être «non parlant» qu\u2019est tout enfant, littéralement, naît avec une histoire, effaré, stupéfait, écrit-il, sidéré par l\u2019engendrement.Ses neuf livres évoquent ce passage d\u2019un royaume à l\u2019autre, du jour où la parole s\u2019extrait de la trace perdue et la retrouve dans des livres anciens.Telle une «faim intellectuelle sans cesse affamée»^ penser tient à la curiosité envers les métamorphoses de toute vie, «la tentative de pensée, c\u2019est-à-dire du voyeurisme sexuel, de la carence, de l\u2019aporie mentale, de la sécession sociale, de la peur excitant le cerveau, du regard animal et vital sur n\u2019importe quelle anomalie qui désordonné le champ».Suivre ses associations libres de grand lecteur, répercutées en maximes sonores, est un exercice exigeant.Le texte a beau être ouvert et la lan^e, magistrale et belle, la densité des trouvailles tient aux références gréco-latines, qu\u2019émaillent les scories étymologiques de ses sourires aux anges gardiens.Souvent drôle et en escalier, chaque essai de Quignard est un palimpseste.Qu\u2019est-ce que penser?Est-ce tirer de sa mémoire la lignée savante des références désarçonnées, orphelines, détournées de leur objet premier?Quignard af- Extrait de Mourir de penser «Scolie 2.Le premier cri s\u2019élève dans l\u2019abandon du corps hôte.Tout ce qu\u2019on dit en poussant son souffle est d\u2019abord un adieu.Aussi tout ce qu\u2019on pourra dire dans la langue qu\u2019on apprendra dans la lumière signifiera-t-il d\u2019abord cet adieu à un royaume antérieur, sonore mais non parlant, interne, replié, secret, non lumineux, solitaire.Chronos dévore aussitôt ceux qu\u2019il engendre dès l\u2019instant où ils sont expulsés dans la lumière et qu\u2019il les y découvre.Le dieu Temps dévorera tous les êtres vivants que la projection de la lumière sépare entre eux dans le monde visible et que la sexualité oppose entre eux pour les renouveler.Et le soleil s\u2019éteindra et l\u2019espace se dévorera lui-même, et en se dévorant dévorera le temps où l\u2019espace s\u2019est éployé, dévorera la terre, dévorera le souvenir des animaux et des hommes et des rêves et des mots.Le souvenir de la mort elle-même disparaîtra dans la nuit où toutes les langues humaines se seront réabsorbées en même temps que les souffles qui les adressaient au vent astral qui passe.» firme: les pensées sont des images hallucinées, qui croient s\u2019émanciper en se parant de mots.Les formules baroques jaillissent en maximes fortes et denses, souvent merveilleuses.Pour lui, même les mots font illusion.La pensée est aussi close qu\u2019un serpent enroulé sur lui-même.Elle hante tous les passés d\u2019avant notre naissance ; car elle n\u2019engendre rien, écrit-il opiniâtrement, en livrant ses qui-gnardises délicieuses: «Il s\u2019agit d\u2019engendrer en détail le naissant sans fin.» Et ses mots jaillissent, héraclitéens, nietzschéens, s\u2019éveillant aux idées travesties qu\u2019il cite et fait valser dans un pur ravissement frontal.Penser, serait-ce un jeu?Un effet de roue du paon?Une dislocation de nous-mêmes, dit-il, une danse de flammes invisibles qui irradient l\u2019esprit hypnotisé : « Un feu invisible incendie brusquement l\u2019organisme tout entier de ceux qui pensent.» Xénophon décrivait Socrate; Quignard, Platon.Et de s\u2019en donner à cœur joie dans «l\u2019état joyeux du cerveau humain».Voluptueux, extatique, lucide, il en jouit.Est-il aux prises avec la Voix divine, le Logos, les quatre vices stoïciens {«la tristesse, le désir, VOIR PAGE F 3 PENSER du rétroéclairé à la littérature Page F 4 Le corps comme écrin de l\u2019identité Page F 5 L\u2019auteur?Bof.Il semble finalement qu\u2019on juge les livres à leurs couvertures.A la quatrième de couverture en fait.Et plus précisément au résumé promotionnel qui s\u2019y trouve.Un sondage vient de montrer que, pour les deux tiers des Erançais, l\u2019auteur n\u2019est pas un critère important quand vient le temps de choisir un livre.Par contre, sept lecteurs sur dix se laissent séduire par le résumé de la quatrième de couverture.Et pourquoi ce serait différent ici ?Les étonnantes données proviennent d\u2019une enquête réalisée pour le compte de Libri-nova (une plateforme d\u2019autoédition) et Youbox (une sorte de Net-flix du livre).Les deux compagnies cherchaient à comprendre comment pousser la vente de leurs ouvrages.Les données disent aussi que 6% de lecteurs ne lisent que des auteurs qu\u2019ils connaissent alors que 67 % aiment en découvrir de nouveaux.Les autres critères de sélection se rapportent aux recommandations des proches (53%) et des médias (42%).Le Devoir : y- -f» Nouveauté Une œuvre capitale pour la première fois en format de poche Guy Frégault La civiiisation de la Nouvelle-France (1713-1744) IBLIO ¦ F I D E S BIBLIO-FIDES livres de poche F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 NOVEMBRE 2014 LIVRES POLARS Les séquelles du succès MICHEL BÉLAIR En mettant les pieds ces jours-ci dans une librairie, vous risquez de faire une découverte étonnante : une toute nouvelle enquête d\u2019Hercule Poirot, le célébré détective de la non moins célébré et célébrée Agatha Christie.Prés de 40 ans après la mort de la romancière britannique.Meurtres en majuscules porte la signature de Sophie Hannah, avec la bénédiction de l\u2019Agatha Christie Limited (ACL) qui gère le catalogue de l\u2019auteur anglais le plus lu après Shakespeare.Le livre, publié en français aux éditions du Masque, a reçu un accueil plutôt dithyrambique aux Etats-Unis, le New York Times y compris, alors que les commentateurs anglais se sont pour la plupart montrés étonnés.Ce «nouveau Poirot », qui est arrivé chez nous il y a quelques semaines, est très réussi, di-sons-le tout de suite.On y retrouve une atmosphère typiquement agathachristienne et l\u2019on se surprend tout du long à voir le comédien David Suchet chaque fois que Poirot pose un geste ou parle de ses cellules grises.Mais bien au-delà de sa parution, le livre pose une question intéressante, celle des séquelles et des suites.Une pratique courante ?James.qui?Quand on y regarde de plus près, on pourrait presque parler d\u2019une mode qui consiste, chez les éditeurs anglophones, à demander à un auteur reconnu d\u2019écrire une nouvelle aventure d\u2019un personnage que tout le monde connaît.C\u2019est ainsi que le grand romancier William Boyd a écrit un James Bond {Solo, publié en Angleterre en 2013 et en français au Seuil en mars dernier).Boyd est d\u2019ailleurs loin d\u2019être le seul.Kingsley Amis, John Gardner, Raymond KIERON MCCARRON ASSOCIATED PRESS/ITV/ACORN TV David Suchet dans le rôle d\u2019Hercule Poirot, dans la version télévisée des aventures du détective Benson, Charlie Higson et Jeffrey Deaver font partie de ceux qui ont commis le même péché.Soulignons que le créateur du personnage, lan Flemming, a écrit 14 James Bond.alors qu\u2019on trouve 38 de ses aventures sur le marché, dont une bonne partie sur les grands écrans.Dans une entrevue donnée au New York Times, Sophie Hannah \u2014 qui vient d\u2019écrire son premier Poirot après plusieurs «thrillers» à fort tirage \u2014 raconte qu\u2019elle attend avec impatience, comme plusieurs, la publication d\u2019une nouvelle enquête de Sherlock Holmes en 2015: «Les gens aiment ces personnages et souhaitent continuer à lire leurs aventures, dit-elle en subs- tance.J\u2019ai personnellement l\u2019impression de rendre hommage à Agatha Christie en écrivant une enquête de Poirot qui ressemble vraiment à une enquête de Poirot.» Et c\u2019est tout à fait le cas.Meurtres en majuscules est situé à Londres en 1929, alors que l\u2019on découvre trois cadavres «installés» selon le même rituel dans trois chambres différentes d\u2019un hôtel chic situé près de Piccadilly.Poirot est doublement mêlé à l\u2019enquête puisqu\u2019il partage la même pension de famille que l\u2019inspecteur de Scotland Yard qui en est chargé et qu\u2019il rencontre dès le départ un personnage mêlé à l\u2019affaire.Le détective mé- Le catalogue Agatha Christie Décédée en 1976 à l\u2019âge de 85 ans, Agatha Christie a laissé une œuvre impressionnante.et créé dès 1955 une société pour la gérer.Ses descendants en possèdent toujours 36% et le reste a été acquis par la société américaine Acorn en 2012 pour la modique somme de 10 millions de livres sterling (18 millions $CAN).66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre traduits dans le monde entier portent sa signature.dont 33 romans et 51 nouvelles racontant les enquêtes d\u2019Hercule Poirot.Une bonne partie de ses textes a été adaptée pour le théâtre, le cinéma et la télé ; on en a tiré de nombreuses séries télévisées mettant en vedette Hercule Poirot \u2014 avec Peter Ustinov et David Suchet surtout \u2014 et Miss Marple.On trouve même des bandes dessinées et un jeu vidéo racontant des histoires d\u2019Agatha Christie.ticuleusement maniéré tirera bien sûr au clair cette histoire de vengeance brillamment mise en scène par le meurtrier.La chose est finalement si bien menée.qu\u2019on plongerait volontiers dans un autre «nouveau Poirot ».Collaborateur Le Devoir MEURTRES EN MAJUSCULE Sophie Hannah Traduit de l\u2019anglais par Valérie Rosier Éditions du Masque Paris, 2014, 357pages L\u2019aveuglement volontaire Dans son deuxième roman, Suzanne Myre explore avec humour l\u2019incompatibilité amoureuse DANIELLE LAURIN On se réjouit déjà.De son humour acéré, de son sens de l\u2019exagération.On rit jaune juste à l\u2019idée des petites méchancetés et coups bas qui vont se multiplier.On sait d\u2019avance que tout va aller de mal en pis, se déliter.Ça ne peut pas faire autrement : on est chez Suzanne Myre, découverte comme nouvelliste il y a une douzaine d\u2019années.On se doute aussi, surtout depuis la parution de son premier roman.Dans sa bulle (Marchand de feuilles), il y a quatre ans, qu\u2019il y aura des éclaircies, des échappées belles du côté de l\u2019apaisement.On pressent la sensibilité derrière le masque du cynisme, de l\u2019au-todérision crasse.Et la gravité, nécessairement, derrière la légèreté apparente.Mais à ce point?L\u2019écrivaine montréalaise n\u2019a jamais été aussi désarçonnante.Change- ments de ton constants, ruptures de rythme, de style, oscillation entre le pessimisme exacerbé et l\u2019eau de rose énamourée.Surenchère, au-delà du vraisemblable.Pour finir avec une scène-choc qui rappelle les films de gangsters.B.E.C.Le titre du roman renvoie au statut de l\u2019héroïne et narratrice, Laurence.B.E.C., pour Blonde d\u2019Entre-preneur en Construction.«Je suis veuve d\u2019entrepreneur.Pas que mon entrepreneur soit mort mais parfois, j\u2019en ai la vague impression.J\u2019ai toujours plaint les femmes de médecin.C\u2019était avant de connaître le sort des Blondes d\u2019Entrepre-neur en Construction.» Laurence se plaint.Elle geint constamment.Jamais là pour elle, son homme, trop pris par son entreprise en plein essor.C\u2019est à elle, préposée dans une bibliothèque médicale, de s\u2019ajuster à son horaire à lui.Même quand il PRIX DU QUEBEC 2OI4 Les éditions du Septentrion félicitent chaleureusement JACQUES MATHIEU LAURÉAT DU PRIX GERARD-MORISSET et DENIS VAUGEOIS LAUREAT DU PRIX GEORGES-EMILE-LAPALME IB PjflWi ! «Il SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC vient la voir dans son quatre et demie, quand il daigne passer du temps avec elle, Jean-Marc s\u2019avère un piètre amant, trop pressé d\u2019en finir.Insatisfaction totale.Elle lui reproche son égoïsme, mais pas seulement.Ses fautes d\u2019orthographe, sa voix trop forte, ses doigts rêches, son gros 4x4, etc.Incompatibilité sur toute la ligne.L\u2019art de l\u2019exagération Et pourtant, elle s\u2019accroche.Quémandeuse de miettes, Laurence.Prête à s\u2019aveugler, pour garder vivante une relation amoureuse qui bat de l\u2019aile.Prête à pardonner même l\u2019impardonnable tromperie.Tellement peur de ne plus pouvoir séduire, Laurence.Tellement peur de vieillir.De vieillir seule, surtout.C\u2019est un des aspects du roman.L\u2019aveugle-ment amoureux jusqu\u2019au déni, traité comme il se doit par Suzanne Myre à coups de clichés, de remarques dévastatrices, de détails anodins qui JACQUES GRENIER LE DEVOIR L\u2019écriture de Suzanne M5Te est d\u2019un ton grinçant.prennent une ampleur démesurée, jusqu\u2019à la parodie.S\u2019ajoute à cela un mal-être retourné en tics, en comportements déraisonnables, en débordements de toutes sortes.Pour combler ses manques, son ennui, pour mettre du piquant dans sa vie, Laurence vole.Toutes sortes de choses.Dans les magasins, mais pas seulement.Cleptomane finie, Laurence.Et joueuse de tours aussi.Tout cela raconté sur le ton de la fanfaronnade.On veut L' Chroniques des années molles LANCEMENT ET ENTRETIEN AVEC L\u2019AUTEUR Dimanche 9 novembre 2014, 14 h LIBRAIRIE LE FURETEUR 25, rue Webster Saint-Lambert (Québec) J4P 1W9 450 465-5597 bien.On s\u2019amuse, c\u2019est vrai.Mais au bout de quelques pages on craint que la superfi-cidité prenne le dessus, on se demande si quelque chose d\u2019autre se profile de plus engageant, si l\u2019intrigue tiendra le coup pendant les quelque 330 pages du roman.Pas facile, non plus, de sympathiser avec cette Laurence, qui malgré son côté clown nous apparaît plutôt détestable.Mais l\u2019auteure nous attend au tournant.Et ce n\u2019est qu\u2019un début.On va de but en blanc revisiter le passé de l\u2019héroïne, son enfance.On comprend que son désarroi vient de loin.On met le doigt sur sa vulnérabilité.Situation dramatique, ton intimiste.Finies les envolées drolatiques.Pour l\u2019instant.Car les scènes de «je t\u2019aime, je te hais» entre Laurence et son Jean-Marc vont revenir épisodiquement.Avec la même verve explosive.On se retrouvera au Mexique, dans un tout-compris, en vue d\u2019une réconciliation.Le temps de rire au passage de tous, d\u2019envoyer valser les stéréotypes comme Suzanne Myre sait si bien le faire.De fil en aiguille, tout ira de pire en pire pour cette chère Laurence qui n\u2019en rate pas une.Jusqu\u2019à ce qu\u2019elle touche le fond du baril.Pour mieux rebondir?Et si la rédemption était possible ?Trop beau pour être vrai, se dit-on.Autant l\u2019exagération dans le pire atteignait des sommets, autant le portrait idyllique qui nous est présenté vers la fin semble forcé.Vraiment, pas de demi-mesures avec Suzanne Myre.Oups.attendez.Il reste deux petites pages au roman.Deux petites pages qui vont tout chambouler.De façon complètement inattendue.Et sans retour en arrière possible, cette fois.Collaboratrice Le Devoir B.E.C.Blonde d\u2019entrepreneur EN CONSTRUCTION Suzanne Myre Marchand de feuilles Montréal, 2014, 334 pages 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec Le Noroît salue avec fierte le poete et essayiste dont l\u2019œuvre se porte tout entière vers l\u2019amour - thématique première de ses vers, mais aussi force généreuse de son engagement grâce auquel la poésie s\u2019affirme comme connaissance universelle.L art nous reste, avec I amour, réponse souveraine.» (Jours d\u2019atelier, 1984) Tf Noroît LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 NOVEMBRE 2014 LITTERATURE Je t\u2019aime, moi nonplus Le Québec expliqué aux Français par Denise Bombardier m Christian Desmeules Sur le plateau de Ca-nal+ le 26 octobre dernier, Fleur Pelle-rin, ministre française de la Culture, a été incapable de citer le moindre titre d\u2019un roman de Patrick Modiano, Prix Nobel de littérature 2014.Elle avouait même sans battre les paupières ne pas avoir le temps de lire depuis qu\u2019elle est au gouvernement.«Modiano, ni lu ni connu», titrait avec ironie Le Monde.Ailleurs, quelques voix ont pris sa défense, soulignant sa franchise tout en criant au «racisme de classe» (intellectuelle) et au terrorisme façon Saint-Ger-main-des-Prés.C\u2019est un discours, dans tous les cas, étrangement familier pour des oreilles québécoises, qui ont depuis longtemps l\u2019habitude de l\u2019ignorance et de la franchise en ces matières.Après l\u2019anglicisation rampante \u2014 la prolifération des raisons sociales en anglais ces dernières années, à Lyon comme à Paris, laisse pantois \u2014, voici que la France se rapproche encore un peu plus du Québec.Mais au chapitre des efforts de rapprochement outre-At-lantique, il faut reconnaître que rien ne vaut Denise Bombardier et son désormais proverbial Dictionnaire amoureux du Québec.Québécois / Nous sommes québécois Il arrive qu\u2019à peine la lecture entamée, on sache que l\u2019espace va nous manquer tant les perles déjà se ramassent à la pelle.Les éditions Plon ont invité la plus française des au-teures québécoises à commettre un titre dans leur célèbre collection.Journaliste, romancière, polémiste, née en 1941 à Montréal, chroniqueuse durant une dizaine d\u2019années au Devoir, l\u2019auteure de La déroute des sexes (Seuil, 1993) et de Vieillir JACQUES GRENIER LE DEVOIR Denise Bombardier joue à la nostalgique moralisatrice dans son Dictionnaire amoureux du Québec.avec grâce (L\u2019Homme, 2013) se fait plaisir \u2014 c\u2019est après tout le concept de la collection.En moins d\u2019une centaine de courts chapitres baignés par une odeur légère d\u2019encens et de renfermé, où les rares références culturelles sont le plus souvent datées, ce Dictionnaire amoureux du Québec résonne comme un long lamento nostalgique à l\u2019endroit d\u2019un Québec qui n\u2019existe plus.Du «matriarcat psychologique» à la pêche au saumon {«Je persiste à croire que quiconque n\u2019a jamais pêché ne peut être un Québécois à part entière»), de la Révolution tranquille (responsable de la «déchristianisation du Québec») au tutoiement généralisé, des escaliers de Montréal à Céline Dion {«Au même titre que l\u2019hydroélectricité, Céline Dion doit être classée dans la catégorie richesse naturelle»), de l\u2019hiver à la poutine {«Au risque de me faire de nouveaux ennemis, je dirais que la mixture n\u2019est pas qu\u2019étrange, elle est immonde», sans oublier les zouaves (vous avez bien lu) et le jouai, «une langue clanique incompréhensible pour qui n\u2019est pas québécois de souche».C\u2019est un peu, il est vrai, le festival du raccourci et du so- phisme.Surtout, peut-être, lorsque cette pêcheuse confond les mouches noires et les mouches à chevreuil en prétendant décoder l\u2019été québécois.Ailleurs : «Les Québécois ne pensent pas comme les Français.Leur langue, plus directe, plus drue, plus brutale aussi, rend compte d\u2019une autre éthique.» Ou encore, estimant que «les Québécois, sauf quelques ermites au nord et quelques contemplatijs au sud, sont tous turbulents, rieurs, enragés, gueulards et placoteux à en perdre le souffle».Mieux: «La mémoire est au cœur de l\u2019identité québécoise.» L\u2019attachement de la polémiste à l\u2019héritage catholique du Québec \u2014 de même qu\u2019à certaines de ses valeurs \u2014 n\u2019est un secret pour personne.Elle oint, asperge, enrobe et moralise avec sa nostalgie du bon parler et son catastrophisme.Les religieuses, ces «féministes avant la lettre» (?) «ont souvent réussi à évoluer avec plus de souplesse, d\u2019ouverture d\u2019esprit et de lucidité que nombre de Québécois qui, eux, ont reproduit dans la société décléricalisée et déchristianisée tous les travers, les tics et l\u2019idéologie bornée du Québec de la catholicité étouffante».Oubliées, les «pis- Denise Bombardier en cinq dates 1941 Naissance à Montréal le 18 janvier.1974 Obtient un doctorat en sociologie de la Sorbonne à Paris.1979 Devient, avec Noir sur blanc à Radio-Canada, la première femme à produire et animer une émission d\u2019affaires publiques à la télévision.1985 Publie Une enfance à l\u2019eau bénite (Seuil), un roman autobiographique.1993 Est décorée du titre de chevalier de la Légion d\u2019honneur en France.seuses» \u2014 comme beaucoup les appelaient \u2014, victimes revanchardes d\u2019un système dont elles étaient aussi l\u2019arrière-garde.La plupart des lecteurs français risquent de s\u2019étouffer de rire lorsqu\u2019ils liront que le Québec, «en se délestant de la religion avec une fulgurance jamais enregistrée dans l\u2019histoire d\u2019un peuple, a perdu la moitié de son identité».De manière sinueuse, à coups de commentaires moraux disséminés ici et là, ce Dictionnaire amoureux du Québec est bien entendu l\u2019expression d\u2019un fascinant et complexe rapport amour-haine envers le Québec, «pays plus métaphorique que réel».Pour ajouter à la confusion, le livre s\u2019ouvre sur l\u2019illustration d\u2019une feuille d\u2019érable et se referme sur celle d\u2019un castor.Rien n\u2019y fait.On se sent même un peu voyeur, avant de se rappeler que ce livre, en effet, ne s\u2019adresse pas à nous.cdesmeules@ledevoir.com DICTIONNAIRE AMOUREUX DU QUEBEC Denise Bombardier Plon Paris, 2014, 400 pages POÉSIE Laurence Lola Veilleux partie en chasse Une nouvelle voix poétique, intense, radicale et d\u2019une grande pertinence HUGUES CORRIVEAU uvre les yeux que je ^ kJ t\u2019invente un nom», dit la poète à la femme vive et chercheuse de sens, ce qui pourrait bien résumer le but ultime qui motive cette jeune auteure d\u2019à peine 20 ans, elle qui nous propose un premier recueil solide, écrit dans le vif du corps meurtri, dans la révolte qui prend la vie à bras-le-corps.Le titre de Chasse aux corneilles se réfère à La corneille, poème de Gaston Miron, cité dans le texte.Si l\u2019année 2013 fut celle d\u2019une belle découverte avec Michaël Trahan et son Nœud coulant (Le Quartanier), cette année 2014 pourrait bien être celle de Laurence Lola Veilleux, qui fait une belle entrée en poésie.«Laissez la mollesse des femmes aux oiseaux», nous dit-elle afin de les regarder de plein fouet, d\u2019atteindre au vif une langue qui la convie à la conscience d\u2019être et dans une parole souvent singulière, proche (mais autrement) d\u2019une Josée Yvon qui fut, par bien des côtés, une ouvreuse de consciences.Des prénoms de femme donnent leur titre aux parties du recueil, avec un subtil hommage à Claude Gauvreau et à sa Ragamuche {«je t\u2019explo-réais», dira-t-elle au détour d\u2019un poème), convient les lecteurs à suivre cette amazone qui piste les maux du corps et de l\u2019esprit, rameutant une radicalité assumée.Le piège de St-Benjamin Les textes ramènent la poète aux «vêtements roses» honnis de son enfance, au «gerbillage», à cette sensation de vomir constamment sa condition, les fèces s\u2019avérant souvent la seule preuve Chasse aux corneilles extérieure de sa propre existence.Violence sourde du souvenir quand on se rappelle «la taille des queues mieux que du son des voix».Sans compromis, donc, ce retour à la chair.Bête de proie, la jeune auteure s\u2019extirpe littéralement du piège de Saint-Benjamin, son village natal, dont les «baraques centenaires / camouflent des arcanes mortuaires».Et c\u2019est le ventre vide, vide de tout le fiel et du mal confit qu\u2019elle cherche à mourir : « il y a ici quelques grabuges ficelés / de fillettes périmées».«J\u2019étouffe à connaître le bruit du monde», dit-elle encore.La difficile quête pour trouver sa voie l\u2019égare, alors que c\u2019est «froid à l\u2019intérieur des os / froid au centre des cuisses».Elle se transforme en itinérante des chemins de traverse : « J\u2019étends mes ongles sur la terre brûlée / gratte ma peau raide d\u2019enfance // je survis aux mémoires / restes d\u2019oiseaux liquides.» Le tourment trouve pourtant les mots qu\u2019il faut pour surligner de rouge les béances troublées d\u2019un mal profond, d\u2019une mauvaise enfance accablée de lucidité.La jeune auteure chassée et proie, chasseresse et parlante, s\u2019incarne au plus près du cri : «Ma voix grelottante entre les racines / je parle dans le vide / la bouche en cerceaux va / du vide aux larmes / sans réplique droite», mais cette voix touche pourtant au but de dire la vie la plus crue, la plus sauvage.Collaborateur Le Devoir CHASSE AUX CORNEILLES Laurence Lola Veilleux Poètes de Brousse Montréal, 2014, 68 pages PENSER SUITE DE LA PAGE F 1 la crainte, la joie»), les sept péchés capitaux (« vie, vue, ouïe, odorat, langage, goût, procréation ») ou l\u2019enfer chrétien, calqué sur les trois ordres chamaniques {«paradis, purgatoire, enfer») «inventés dix^uit millénaires plus tôt»?Il s\u2019amuse, puis aborde la question du danger.L\u2019invention du temps Mourir de penser, est-ce un paradoxe?Dans l\u2019extase, explique Quignard, gît l\u2019abîme.Ce trop que la pensée flaire et repère, elle l\u2019a connu en naissant, en tombant dans la désolation du vide, de la carence, du manque.Le langage compense cet accident natal, manière de figurer le temps.Baroque, Quignard, par la EUGENIO PRIETO GABRIEL Pascal Quignard surenchère?Classique, par l\u2019ascèse de la traduction ?Post-moderne désolé?Antique, avec Héraclite et Thésée?Poète, dans le périple des chamanes et les circonvolutions de Plotin?Créateur d\u2019idées, traducteur neuf.Les sensations fluctuent avec sa pensée : «Lire, c\u2019est suivre sans finir des yeux la présence invisible» ou «Celui dont vous lisez l\u2019histoire est plus vous-même que vous-même.Il est plus près de vous que votre main qui tient le livre que votre vue oublie elle-même en le lisant.» Avec lui, les concepts ont un corps.Collaboratrice Le Devoir MOURIR DE PENSER Pascal Quignard Grasset Paris, 2014, 226 pages Pascal Quignard en cinq dates 1948 Naissance, à Ver-neuil-spr-Avre, le 23 avril.1968 Ecriture de L\u2019être du balbutiement.Essai sur Sacher-Masoch (Mercure de France), premier essai publié, qui le fera remarquer.1990 II fonde le Festival international d\u2019opéra et de théâtre baroques de Versailles \u2014 car il est aussi organiste et violiste.1992 Sortie du film Tous les matins du monde, d\u2019Alain Corneau, tiré du roman éponyme, qui fera connaître Quignard d\u2019un plus large public.2002 Prix Concourt pour Les ombres errantes (Grasset), premier tome de sa série Dernier royaume, encore en évolution.Jean Royer Le poème debout FELICITATIONS AU LAUREAT DU PRIXATHANASE-DAVID 2014 O l\u2019Hexagone Une société de Québécor Média DES VOIX QUI PORTENT ?l^Gaspard LE DEVOIR ALMARÈS Du 27 octobre au 2 novembre 2014 \t\t \t\t ?Romans québécois\t\t 1 Lit double \u2022 Tome 3\tJanette Bertrand/Libre Expression\t1/3 2 La veuve du boulanger\tDenis Monette/Logiques\t2/7 3 Les gardiens de la lumière * Tome 3 Au fil des jours\tMichel Langlois/Hurtubise\t3/3 4 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 10 Décbéance\tAnne Robillard/Wellan\t4/6 5 Malpbas \u2022 Tome 4 Grande Liquidation\tPatrick Senécal/Alire\t5/7 6 La faille en toute chose\tLouise Penny/Flammarion Québec\t7/8 7 La promesse\tMichele Ouimet/Boréal\t8/4 8 Confessions d\u2019une célibataire.repentie\tM.Beaubien j J.Normandin/Les Éditeurs réunis\t; -/I 9 Un voisinage comme les autres \u2022 Tome 3\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t9/5 10 Les infirmières de Notre-Dame \u2022 Tome 4\tMarylene Pion/Les Éditeurs réunis\t6/4 Romans étrangers\t\t 1 Terrible trafic\tKathy Reichs/Robert Laffont\t2/2 2 Le siecle \u2022 Tome 3 Aux portes de l\u2019éternité\tKen Follett/Robert Laffont\t1/5 3 Arrêtez-moi\tLisa Gardner/Albin Michel\t3/2 4 Les neuf cercles\tRoger Jon Ellory/Sonatine\t4/2 5 Une main encombrante\tHenning Mankell/Seuil\t-/I 6 L\u2019épée de vérité \u2022 Tome 14 Le crépuscule des prophéties\tTerry Goodkind/Bragelonne\t-/I 7 Le ver a soie\tRobert Galbraith/Grasset\t6/2 8 Troisième humanité \u2022 Tome 3 La voix de la Terre\tBernard Werber/Albin Michel\t-/I 9 Juste une fois\tAlexandre Jardin/Grasset\t5/6 10 Juste une mauvaise action\tElizabeth George/Presses de la Cité\t7/4 Essais québécois\t\t 1 Jean-François Lépine, sur la ligne de feu\tJean-François Lépine/Libre Expression\t1/2 2 Confessions post-référendaires.Les acteurs politiques .\tChantal Hébert j Jean Lapierre/Homme\t2/9 3 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t3/4 4 Portrait de famille.14 vrais ou faux mythes québécois\tAlain Dubuc/La Presse\t4/3 5 Des bonobos et des hommes\tDéni Yvan Béchard/Écosociété\t-/I 6 Indépendance.Les conditions du renouveau\tCollectif/VLB\t-/I 7 Raison et déraison du mythe\tGérard Bouchard/Boréal\t6/5 8 Le journal de Lisée.18 mois de pouvoir.\tJean-François Lisée/Rogers\t-/I 9 De remarquables oubliés \u2022 Tome 2\tSeige Bouchard j Marie-Christine Lévesque/Lux\t8/19 10 Les oiphelins politiques\tPaul St-Pierre Plamondon/Boréal\t5/3 '?'Essais étrangers\t\t 1 Le grand mythe du cholestérol\tStephen T.Sinatra/Édito\t1/5 2 Une breve histoire de l\u2019économie mondiale\tRobert C.Allen/Boréal\t-/I 3 Plaidoyer pour les animaux\tMatthieu Ricard/Allaiy éditions\t4/4 4 Guerriers de l\u2019impossible.L\u2019argent, les aimes.\tSamantha Nutt/Boréal\t2/3 5 Nouvelles guettes.L\u2019état du monde 2015\tCollectif/La Découverte\t3/4 6 Les âmes blessées\tBoris Cyrulnik/Odile Jacob\t-/I 7 Le capital au XXP siecle\tThomas Piketty/Seuil\t5/25 8 L\u2019équilibre sacré (Édition revue et augmentée)\tDavid Suzuki/Boréal\t7/2 9 Sucre, sel et matières grasses.Comment les industriels\t.Michael Moss/Calmann-Lévy\t-/I 10 Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre\tÉlisabeth Roudinesco/Seuil\t10/2 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Sasparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Ssspsnl et est constitue des releves de caisse de 2B0 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsril © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 8 ET DIMANCHE 9 NOVEMBRE 2014 LITTEUTURE Le sexe, du rétroéclairé au papier EMILIE FOLIE-BOIVIN Avec les années, le paysage pornographique virtuel s\u2019est enrichi d\u2019un torrent de festivités lubriques.Encapsulés et tablet-tés par catégorie, les fantasmes les plus inusités \u2014 et spécialisés \u2014 sont désormais accessibles à toute heure du jour au cyberflâneur, qui n\u2019a qu\u2019à mettre une main dans le sac à bonbons du Web (et l\u2019autre où il veut) pour tirer son plaisir n\u2019importe où, en tout temps.C\u2019est avec ce panorama en fond d\u2019écran que plusieurs auteurs québécois ont érotisé l\u2019automne littéraire.Trois publications, Le carnet écarlate d\u2019Anne Archet, le collectif de nouvelles érotiques Nu et Bleu nuit.Histoire d\u2019une ciné-philie nocturne, se réapproprient chacune à sa manière les images érotiques pour les redonner à l\u2019imaginaire, plutôt que de les exposer et de les imposer.Beau hasard, ces auteurs ont à peu prés tous vécu leur puberté en simultanée avec Bleu nuit.La veilleuse Par le défunt Bleu nuit, émission qui a habité les fins de soirée entre 1986 et 2007, Télévision Quatre-Saisons a donné deux mémorables décennies de rendez-vous coquins aux spectateurs.Une première sur la télé généraliste.Cette série de films dégourdis, tirant autant vers le film d\u2019auteur et le thriller érotique que vers le nanar affligeant, était plus qu\u2019une simple plage horaire.La preuve est reliée sous la couverture de Bleu nuit.Histoire d\u2019une cinéphilie pocturne, sous la direction d\u2019Eric Eala^deau et Simon Laperrière.Ecrit à plusieurs mains, l\u2019ouvrage aborde un sujet vécu dans l\u2019intimité, une «époque où nous pouvions voir sans tout voir, où le voyeurisme était possible sans que la découverte soit totale et irréversible », écrit dans l\u2019un des essais la directrice de production Marie-Andrée Lamontagne.Ces témoignages, critiques de films, entrevues (avec Guy Eournier, papa de Bleu nuit.ILLUSTRATION MÉLANIE BAILLARGÉ Illustration tirée du recueil Carnet écarlate, d\u2019Anne Archet l\u2019ex-chroniqueuse télé Louise Cousineau et Claude Eournier de Deux femmes en or) évoquent avec une douce nostalgie une période calfeutrée et lointaine, marquée par la télé câblée, la désobéissance aux parents et les premières tentations dans un sous-sol obscur, le volume à 1 et le nez collé à l\u2019écran cathodique.Le phénomène est montré, avec un amour senti, sous tous les angles.La « musique de fesses » est scrutée autant que le coït interrompu des téléthons, seul programme capable de suspendre l\u2019heure heureuse bleutée, sans parler du succulent cadeau fait en plein cœur du livre, un scénario (on préfère vous faire lan-guir) dont le contexte de la trouvaille nous fait sentir voyeurs, comme à la première heure.Avec la postface de Samuel Archibald, qui met le doigt sur tout ce qui a fait le charme de Bleu nuit, la somme de ces plaisirs de l\u2019ère du VHS remue des souvenirs et fait sourire, le tout servi dans un livre roulé.sacrément bien Encapsulés et tablettés par catégorie, les fantasmes les plus inusités sont désormais accessibles à toute heure du jour au cyberflâneur Une scène mise à nu Les seize auteurs québécois (dix femmes, six hommes) recrutés par Stéphane Dom-pierre ont eu six mois pour écrire leur nouvelle érotique insérée dans Nu, recueil littéraire aguicheur dirigé par l\u2019auteur ôéUn petit pas pour l\u2019homme (Québec Amérique, 2004).Si les hommes ont été un peu plus difficiles à convaincre de sortir de leur zone de confort (d\u2019après les dires de Dompierre), les filles, elles, ont consenti sans chichis.Nu permet à chacun de faire monter la température de leur univers respectif C\u2019est avec curiosité qu\u2019on s\u2019abandonne dans l\u2019aventure équestre de Marie-Hélène Poitras, alors qu\u2019une Nancy B.Pilon, tout en rythme, fait haleter un amour suspendu.Matthieu Simard, graphique, incarne avec esprit une star de la porno cherchant à combler l\u2019éternel vide typique de ses histoires, tout comme le fait Sophie Bien- venue avec sa fin du monde et Geneviève Jannelle avec son couple snobinard en goguette dans le Sud.Elles auraient un X de moins que la plupart des nouvelles de Nu auraient tout de même tenu leur pari, celui de faire rougir dans les lettres de l\u2019art, de former un recueil d\u2019abord et avant tout littéraire.En pièces détachées Pour clore ce tour du chapeau sexy, la petite plaquette d\u2019Anne Archet, pornographe tapie dans l\u2019ombre qui sévit depuis dix ans sur la blogo-sphère, sert les microrécits de son Carnet écarlate.Fragments érotiques lesbiens comme des bonbons mélangés qu\u2019il ne faut pas tout manger d\u2019un trait.Ses capsules saphiques, à la plume tout en finesse et illustrées avec le trait sexy de Méla-nie Baillargé, posent un regard érotique souvent en périphérie de l\u2019acte.Tantôt en pleine réflexion («La nuit n\u2019est pas un moment.C\u2019est une entité, un être avec ses propres désirs, sa propre respiration.Sa propre logique»).Archet observe (« Vision attendrissante, sous un pantalon blanc transparent, sa culotte noire qui, toute tordue, lui rentre dans les fesses») ou est en pleine action {«Mon nez enfoncé dans ta chatte et ma langue sur ton clitoris: home sweet home.») et tire des leçons {«Gueule de bois et lapsus freudien: «ça m\u2019apprendra à faire la fesse toute la nuit.»»).Du vite fait bien fait à l\u2019ère ou tout doit tenir en quelques caractères.Le Devoir BLEU NUIT Histoire d\u2019une cinéphilie NOCTURNE Sous la direction d\u2019Éric Falar-deau et Simon Laperrière Somme toute Montréal, 2014, 344 pages NU Sous la direction de Stéphane Dompierre Québec Amérique Montréal, 2014, 376 pages LE CARNET ÉCARLATE Fragments érotiques LESBIENS Anne Archet Remue-ménage Montréal, 2014, 144 pages POLAR Jean-Jacques Pelletier : la preuve par l\u2019absurde MICHEL BÉLAIR TOUS les amateurs de polars connaissent Jean-Jacques Pelletier.L\u2019ancien prof de philo mordu d\u2019économie, de finance et d\u2019information a déjà derrière lui une bonne dizaine de milliers de pages.et voilà qu\u2019il en rajoute presque 600 pour arriver au même constat: le monde est malade.Très malade.On est à Paris cette fois-ci.L\u2019inspecteur Théberge y prend des vacances de longue durée avec sa femme qui se remet difficilement des séquelles de l\u2019attentat dont elle a été victime à la fin de la précédente enquête de son mari.Et tout va tellement mal que même le printemps n\u2019arrive pas à prendre sa place.Dans un premier temps, on entre lentement dans la vie de la Ville lumière en dégustant des vins fins, en passant d\u2019un café célèbre à l\u2019autre, en suivant l\u2019actualité des Manif pour tous et en prenant conscience, comme tous les Parisiens, d\u2019une campagne plutôt énigmatique \u2014 probablement publicitaire \u2014 apparue partout sur les bus, les colonnes Morris et les panneaux d\u2019affichage : «lOPHB» suivi d\u2019un décompte.Personne n\u2019y comprend rien et les résçaux sociaux s\u2019enflamment.Évidemment, ce sera encore pire que tout ce que l\u2019on peut s\u2019imaginer, et ce n\u2019est certainement pas ici que vous en apprendrez plus.La conscience du désastre vient lentement, une découverte de cadavre à la fois en suivant les arrondissements de la capitale française : un dans le V, deux dans le 2®, trois dans le 3® et ainsi de suite.Une méthode C\u2019est là-dessus que tout s\u2019accélère et que Théberge entre dans l\u2019enquête à la demande de son ami Gonzague, un haut gradé de la Direction générale de la sécurité intérieure.Prost, l\u2019écrivain qui est un peu le double littéraire de Jean-Jacques Pelletier, est là aussi, à préparer un livre en investissant tous les jours la grande bibliothèque Lrançois-Mitterrand.Tout ce beau monde est aiguillonné par la rumeur populaire qui s\u2019est emparée de l\u2019affaire sur Twitter et Lacebook.Et bien sûr on passera par toutes les angoisses avant que tout ne se résolve.un peu en queue de poisson pour que la démonstration puisse continuer dans le prochain livre.C\u2019est évidemment une enquête captivante à laquelle on se laissera prendre après s\u2019être dit, quand même, que ce roman de Pelletier ressemble à tous ceux qui l\u2019ont précédé, ou presque.Les personnages ne sont pas tout à fait les mêmes, l\u2019Institut n\u2019est plus là, mais c\u2019est encore et toujours le Bien qui lutte contre le Mal.Par contre, la technique d\u2019écriture et le découpage du roman sont identiques à celui des grandes fresques auxquelles nous a habitués le romancier et qui font la preuve, par l\u2019horreur ou par l\u2019absurde, du sort peu enviable réservé à l\u2019humanité.Comme si, au fond, Jean-Jacques Pelletier écrivait toujours le même livre faisant toujours la même démonstration: le monde est condamné et les preuves de la bêtise humaine sont visibles à tous les niveaux.Il serait quand même peut-être intéressant d\u2019aborder tout cela d\u2019une façon un peu différente.Collaborateur Le Devoir DIX PETITS HOMMES BLANCS Jean-Jacques Pelletier Hurtubise Montréal 2014, 579 pages Actuellement en librairie Montréal en tête tuémoii tiii|)iili
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.