Le devoir, 22 novembre 2014, Cahier F
[" m r-ai SALON CAHIER F .LE DEVOIR.DU LIVRE DE WIONTREAL LES SAMEDI 22 Le mystère Louise Trembla^ D\u2019Essiambre A Ite lE 23 NOVEMBRE 2014 ¦m c Et l\u2019univers parallèle dans lequel gravite le roman historique m 't -lA;' fÆ?Ptji iWiUiJ lisi\u2019l?itf?¦i i- uÿifjîrikTiT'! -% fl 'ns 1 Si 1 -f, 'n PEDRO RUIZ LE DEVOIR EMILIE EOLIE-BOIVIN As-tu déjà entendu parler de Louise Tremblay-D\u2019Essiam-bre?», me demande la responsable du cahier Livres en tendant deux de ses tomes.Silence.Devrais-je?«C\u2019est l\u2019un des auteurs les plus lus au Québec.» Le nom ne me dit rien, ce qui est étrange, car je lis journaux québécois et magazines populaires.Comment une icône ayant écoulé plus de 2,5 millions d\u2019exemplaires de 37 romans \u2014 selon les chiffres et dires de l\u2019éditeur \u2014 peut-elle échapper à la vigie des citoyens informés ?Au téléphone, Louise Tremblay-D\u2019Essiambre nomme l\u2019éléphant dans la pièce.«Je suis cataloguée comme auteure populaire.Tout simplement, dit l\u2019auteure, qui célèbre ses 30 ans de carrière cette année et dont le quatrième tome des Héritiers du fleuve vient de sortir.Le roman historique n\u2019intéresse pas les critiques littéraires.» Les lectrices \u2014 son lectorat est en grande partie féminin \u2014 lui parlent énormément de cette absence médiatique.« \u201cPourquoi ne vous voit-on pas à Tout le monde en parle ?Pourquoi n\u2019êtes-vous jamais dans les émissions littéraires?\u201d, me demande-t-on.Je leur réponds: \u201cAppelez les journalistes et demandez-le-leurl\u201d, lance-t-elle en riant.Pas que ça me tente d\u2019aller à la télévision, mais je le ferais au même titre que je continue de donner des conférences dans les bibliothèques, par respect pour ceux qui me lisent.» Le roman historique est un genre aussi dévalorisé que la littérature jeunesse, en plus d\u2019être victime du préjugé des best-sellers.« C\u2019est le roman populaire englué dans le roman populaire», remarque Marie-Frédérique Desbiens, chercheuse en littérature à l\u2019Université Laval et l\u2019une des rares universitaires à se pencher sur le genre du roman historique.«C\u2019est comme si on considérait que la masse n\u2019a pas les capacités nécessaires pour reconnaître les qualités littéraires d\u2019une oeuvre.Ce qui est tout à fait erroné», reconnaît-elle, en mentionnant que le portrait type du lecteur de best-sellers a souvent un diplôme collégial ou universitaire.Mme Tremblay-D\u2019Essiambre reconnaît qu\u2019elle écrit simplement, «pour ne pas dire [de façon] simpliste, selon certains», ajoute-t-elle.Un style que ses lectrices apprécient, car elles ont tout le loisir de se plonger dans ses histoires.Ce lectorat, elle le défend comme une mère protectrice, et elle s\u2019empourpre quand les critiques sont mesquins et réducteurs non pas envers ses livres, mais à l\u2019égard de ses lecteurs.« Vous savez, il y a des gens qui m\u2019ont avoué qu\u2019ils ne lisaient pas et qui m\u2019ont dit: \u201cGrâce à vous j\u2019ai repris goût à la lecture.\u201d Pour moi, ça vaut tous les prix littéraires du monde.» Un autre espace-temps Le public des romans historiques fait mentir ces gens qui prétendent que les Québécois ne Usent pas et que la littérature se meurt.«Il y a tout un discours catastrophique autour de la littérature québécoise, et les 2,5 millions de ventes de Louise Tremblay-D\u2019Essiambre montrent une réalité complètement contradictoire », dit M\u201c® Desbiens en montrant le succès que remportent les romanciers du genre.Ce star-système dans lequel s\u2019inscrit la popularité de Louise Tremblay-D\u2019Essiambre ressemble lui aussi à un univers parallèle.11 est bien différent de celui d\u2019une Véronique Cloutier ou même d\u2019une Chrystlne Brouillet: ce ne sont pas les médias qui permettent à son étoile de briller, mais les admiratrices avant tout \u2014 selon un portrait établi par La Presse, les lecteurs de romans historiques sont des femmes de 35-50 ans.Certaines suivent Tremblay-D\u2019Essiambre depuis dix, vingt ans, ou depuis la publication du livre Le tournesol \u2014 réédité récemment sous le titre La fille de Joseph \u2014 en 1984.«Il y a ce que j\u2019appelle un triptyque féminin autour du roman historique écrit par les femmes, poursuit M\u201c® Desbiens.On a une romancière de saga qui met en scène une ou des héroïnes féminines et qui s\u2019adresse, on s\u2019en doute très bien, à un lectorat en grande partie féminin.Ce mécanisme explique en partie la popularité du genre.» Les lecteurs de romans historiques sont extrêmement fidèles, et c\u2019est souvent ce même public que l\u2019on retrouve d\u2019un auteur à l\u2019autre.Ils se partagent les tomes entre membres de la famille, entre amis, et insistent auprès des bibliothécaires pour emprunter des titres de saga qui ne sont pas encore publiés.Ces lecteurs sont séduits par des éditeurs qui les courtisent en misant sur les chiffres \u2014 records de vente, succès commercial, saga étalée sur de multiples tomes.Dans cette optique, M\u201c® Desbiens remarque qu\u2019ils sont dans une logique complètement opposée à celle des éditeurs de livres plus «littéraires».«Ces livres donnent un sentiment d\u2019appartenance à une communauté.L\u2019envie d\u2019être au fait de ce qu\u2019on devrait avoir lu.C\u2019est une valeur tout à fait contraire dans le champ de la littérature plus artistique.» VOIR PAGE F 2 : MYSTÈRE Vie et mort et vie du roman historique C\u2019est en 1951, après la publication de L\u2019ampoule d\u2019or (Gallimard) de Léo-Paul Desrosiers, que la mort du roman historique est annoncée.«En fait, il n\u2019est pas vraiment mort, mais il est disqualifié dans le champ de la grande littérature pour entrer dans le courant de la littérature plus populaire», explique la chercheuse de l\u2019Université Laval Marie-Frédérique Desbiens.Le genre revient en force dans les années 1980, un courant dans lequel s\u2019inscrit Louise Tremblay-D\u2019Essiambre, qui a publié son premier roman en 1984.Appelé «nouveau roman historique», ce courant a connu une véritable explosion au Québec dans les années 1990 et 2000.Un phénomène que la chercheuse a aussi pu observer en France et en Amérique du Sud.Nous sommes-nous avachis dans le roman?Page F 3 ^ Le péché originel du souverainisme Page F 8 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 22 ET DIMANCHE 2 NOVEMBRE 2014 LIVRES 0 li ne jU3e pas ieS aenS.I\\ Sent le ce
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