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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2014-11-29, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO NOVEMBRE 2014 Sfï: Le « cours classique » a-Ml existé ?\"Ê 0\u201c GEORGES LEROUX Depuis leur fermeture en 1967, les collèges classiques n\u2019ont cessé de voir croître leur légende.Ceux qui les ont connus en conservent un souvenir ému, mais ne souhaiteraient pas les restaurer.Ceux qui ne les ont pas connus pensent souvent qu\u2019ils ont été privés de l\u2019essentiel.Entre la nostalgie d\u2019une institution d\u2019élite et l\u2019évolution vers un modèle démocratique, le choix paraît aisé.Mais que sait-on au juste de leur histoire?Est-il possible de reconstruire à travers cette histoire les valeurs que ces collèges véhiculaient?Ces questions reposent en partie sur une prémisse: le «cours classique» aurait constitué une sorte d\u2019invariant, qu\u2019on pourrait retrouver dans les nombreux établissements qui l\u2019ont offert pendant deux siècles.Aux yeux de plusieurs historiens, cette prémisse ne tient pas la route.Les études regroupées dans Le collège classique pour garçons concluent plutôt qu\u2019au cours de sa longue histoire, le «cours classique» n\u2019a cessé de varier et, même si une sorte d\u2019idéal type s\u2019est maintenu d\u2019un lieu à l\u2019autre, les différences sont plus importantes que l\u2019unité d\u2019un modèle idéalisé.«Plus complexe, plus changeant», affirment les historiens, en rupture avec l\u2019image monolithique du passé.Un thème récurrent illustre leur lecture: les variations considérables entre un cours centré sur l\u2019humanisme classique, nourri de la culture antique, et un autre d\u2019abord désireux de former pour les métiers du commerce.Déjà, dans ses grandes études sur les collèges des jésuites, Eran-çois de Dainville avait signalé la résistance de plusieurs villes européennes à l\u2019établissement de ces collèges sur leur territoire: on n\u2019avait pas besoin d\u2019une éducation fondée sur les arts de la robe desti- eu cours au Québec, et on le retrouve ici analysé Le collège classique pour garçons des Sulpiciens à Montréal (1773), le séminaire de Saint-Hyacinthe (1811), le collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (1829) et le collège de Sherbrooke (1857).Le fait de ne pas présenter les collèges jésuites, même si tous les établissements se fondent à divers degrés sur leur programme éducatif, le Ratio Studiorum de 1599, permet en effet d\u2019étudier de près des établissements qui étaient auparavant poussés à la marge.Dirigés par des prêtres séculiers, ces collèges reflètent une réalité très différente de celle des collèges jésuites de Montréal et de Québec.Centrés sur la formation d\u2019une élite locale, ils se révèlent souvent plus sensibles à la nécessité d\u2019une adaptation au monde moderne.Qn trouvera ici des figures fascinantes, comme cet abbé Chartier, auteur d\u2019un abrégé hostile au Ratio des jésuites, ou encore le curé Painchaud de Sainte-Anne.Ces pionniers de l\u2019éducation collégiale travaillaient chqcun dans leur coin, le ministère de l\u2019Éducation n\u2019existait pas encore et l\u2019influence des diocèses était prédominante.En 1950, le réseau des collèges québécois comptait 58 établissements répartis sur tout le territoire.Ce grand déploiement ne doit pas faire oublier que dans les meilleures années ce n\u2019était jamais que 6 % de la cohorte qui les fréquentait.Qualifiés de «citadelles nationales» par Étienne Parent, les collèges étudiés ici présentent un portrait sociologique très sédimenté.La provenance de milieux populaires en région fait contrepoids à la bourgeoisie des collèges métropolitains.Cette mixité sociale semble aller de pair avec une offre éducative plus diversifiée.Les auteurs portent également un regard attentif sur les collèges comme milieux de vie communautaires, autant pour les élèves que pour les personnels gravitant autour des enseignants religieux.Le recrutement bre de collèges étant de fait des séminaires, et la f Vers une histoire sociale des colleges Ces études se concentrent sur cinq établisse ments: le collège de Nicolet (1803), le collège VOIR PAGE F 5 CLASSIQUE SOURCE FIDES Jacques Derrida dix ans après sa mort Page F 4 Souvenirs de jeunesse Saramago Page F 5 James Patterson à la défense des librairies américaines Les temps sont durs pour les li-l^raires américains.Alors que les États-Unis comptaient pas moins de 10 000 librairies dédiées il y a 20 ans, «ily en a moins de 3000» aujourd\u2019hui, déplore l\u2019auteur à succès James Patterson.Le père de la série Alex Cross, dont les livres s\u2019écoulent à plusieurs millions d\u2019exemplaires, a récemment lancé une pétition demandant au président Qbama de se saisir des questions touchant le livre et la lecture chez les jeunes.Les citoyens sont aussi encouragés à écrire à leurs élus.«Nous nous trouvons à un moment charnière de l\u2019histoire.La démocratie dépend d\u2019un électorat qui peut lire et penser de manière critique », insiste le romancier.Un adolescent américain moyen regarde plus de trois heures par jour de divertissements vidéo, mais ne lit que huit minutes par jour, selon lui.Le Devoir Margaret Visser Que dit une petite église sur une grande eivilisation ?Margaret Visser LA GEOMETRIE DE L'AMOUR tspace, temps, mystère et sens à propos d'une petite église ordinaire Nouveauté 29,95$ \u2022 392 pages FIDES F F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO NOVEMBRE 2014 LIVRES POESIE Benoit Jutras exalté La nuit porte les poètes à une forme de délire aux images tortueuses HUGUES CORRIVEAU emain encore, je serai ^ une idée sainte, perdue entre les mondes.» Sans crier gare, nous voilà entraînés par Benoit Jutras parmi les décombres d\u2019une pensée souffrante qui malaxe les images jusqu\u2019aux confins.Troublante Outrenuit que celle-ci ! Mystérieuses exhortations afin de «prier comme une laideur chauve», pendant la Nuit sur le mont Chauve de Moussorgski peut-être.Si ce n\u2019est sur le mont Tabor pour une transfiguration au moment de lire les épî-tres, les psaumes ou autres textes sacrés qui parsèment ce recueil aux facettes multiples.La démultiplication de l\u2019identité se fait sous une obscure luminescence, «celle-là du soleil mangé et de l\u2019outrecorps, celle-là du refus».Au moment où on assiste à la fragmentation de l\u2019identité elle-même, à l\u2019obsolescence de la conscience claire de soi, nous comprenons que « la nuit est un sein qui boit le sens de [sa] vie».Outresoi On ne peut s\u2019empêcher de penser au poète Marcel La-bine dans l\u2019obsession du classement qui se dégage de cette quête soutenue et musicale, dans cette volonté de faire le tour d\u2019un territoire, ici celui d\u2019un moi effiloché, fracturé.Dans Traité, Jutras accumule une série d\u2019admonesta- BENOIT-J I OUTRENUIT ES HERBES BOUGES I PQPSIF tions qu\u2019il s\u2019adresse à lui-même : «Sois le mémorial, l\u2019orage atone, le confesseur, l\u2019ossuaire, l\u2019adoré.[.] Sois chacune de tes vies jusqu\u2019à la bouche.Sois la cendre heureuse.» Incitations noires comme des magies métamorphiques.Alors le poète convie les opprimés pour mieux apparenter le Benoit qu\u2019il est à V« idiot homo juif» marqué de V « étoile jaune », au «Nègre», ce «Jutras chemise lambeaux à chaque poème».11 en appelle aux auteurs russes, à Bataille, Rimbaud, Artaud, et pourquoi pas à Bilal.et pourquoi pas aux goulags de Kolyma?Pourquoi pas, en effet, tous les opprobres et les condamnations pour le rachat de soi, face aux autres et à soi-même?Parce que cela se dit «comme une phrase pour pénitent».«Je suis la pulpe et l\u2019aveu», avoue-t-il, «fai le mal de la fleur commune / fai du froid le savoir exact / pour réver juste».Benoit Jutras, poète «tombé de la maison d\u2019aimer», nous donne un livre très fort, exigeant, mais pénétrant, qui met la langue en demeure de se briser, de pénétrer dans les arcanes incandescents de l\u2019inquiétude et du désir.Collaborateur Le Devoir OUTRENUIT Benoit Jutras Les Herbes rouges Montréal, 2014, 130 pages LITTERATURE QUEBECOISE Un drôle d\u2019oiseau à Val-d\u2019Or CHRISTIAN DESMEULES C> était un enfant pas comme les autres, Jonas.Lui qui à dix-huit ans en avait l\u2019air de douze, jeune violoniste prodige qui a arrêté la musique à quinze ans et qui ne ressemblait en rien à ses frères.Un «drôle d\u2019oiseau», assurément, dans le Val-d\u2019Or des années 1960.Dès lors, la narratrice de Jonas de mémoire se souvient.De sa propre enfance en Abitibi et de ce petit voisin, Jouas Perrault, fils d\u2019un électricien.Lui qui va cinquante ans plus tard découvrir la vérité sur ,sa naissance et ses origines.A savoir qu\u2019il est en réalité le fils naturel d\u2019une jeune Juive immigrée à Montréal à la fin des années quarante, partie de la Transylvanie roumaine.Et ce dont elle ne se souvient pas ou qu\u2019elle ignore, elle enquête ou elle le projette \u2014 elle invente, autrement dit.Car «des voix il en faut pour dire l\u2019histoire détournée qui est aussi la mienne la nôtre, s\u2019attache à moi nous lie à elle ».Des années plus tard, au hasard de révélations tardives de la sage-femme qui avait aidé à le mettre au monde.Jouas, ayant abandonné il y a longtemps déjà la foi catholique, retrouve l\u2019un de ses oncles biologiques et décide de vivre avec lui en juif pratiquant, «pour goûter connaître la loi dans ma chair à chaque heure de la vie».Re-création «Il faut écrire l\u2019histoire à partir de presque rien bribes fragments récits inachevés commencés n\u2019importe où.» A partir de visions et de ra- 1 STEPHEN LAPIDUS ARCHIVES DU CONGRES JUIE CANADIEN Elevé en Abitibi dans une famille catholique, Jonas choisit de vivre en juif pratiquant en découvrant ses origines.Photo tirée du livre A la découverte du Montréal yiddish de Chantal Ringuet (Fides).contars au sujet des origines et de la naissance de Jouas Perrault, qu\u2019elle mêle aussi à des souvenirs qui lui sont propres et à ses obsessions singulières pour le judaïsme, mais sans pouvoir lever tous les ipystères, Anne Elaine Cliche compose un flux narratif qui avance à tâtons vers son but: «on invente comme on peut l\u2019enfance de Malka des Carpates».L\u2019arrivée de la famille en 1948 par bateau, son installation à Montréal, les fugues JONAS DE MÉMOIRE mystérieuses de la jeune hile, Malka Eriedman, qui donnera bientôt naissance à dix-huit ans à Yona (enfant trouvé ensuite dûment baptisé Jouas par sa famille catholique), sa volonté répétée de «partir», de ne «plus en être» et de se libérer de la condition juive.Née à Val-d\u2019Or en 1959, professeure à runiversité, auteure de La pisseuse (Tryphque, 1992, Grand Prix du livre de Montréal), de Rien et d\u2019autres souvenirs, de Mon frère Ésaü (XYZ, 1998 et 2008), omxj DECOUVREZ LA PLUS BELLE SELECTION Anne Élaine Cliche poursuit dans Jonas de Mémoire un travail de mémoire, d\u2019autobiographie voilée et de commentaire amorcé auparavant.Une intéressante tentative de re-création du passé, une exploration sensible et aiguë d\u2019une mémoire enfouie qui donne une voix aux identités juives au sein de notre société.Collaborateur Le Devoir JONAS DE MÉMOIRE Anne Élaine Cliche Le Quartanier Montréal, 2014, 232 pages Félicitations à la poète Monique Deland membre nouvellement admise de FAcadémie des lettres du Québec « Assieds-toi et écoute ; j\u2019ai ton histoire à raconter.Noroît wwwJenonut corn DE LIVRES CADEAUX ! t-f ^\t3®\t> ^\tédition\t^ Galeries Normandies \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Tél.: 514-337- 4083 \u2022 librairiemonet.com \u2022 monet.leslibraires.ca Sortie 4 / Autoroute 15 / Angle de Salaberry \u2022 Vaste stationnement gratuit Liste préliminaire des Prix des libraires du Quebec 2015 « Epuree, limpide et evocatrice, récriture d Aki Shimazaki charme à tout coup.» Josee-Anne Paradis.Les libraires Société de développement des entreprises\tCC OH ?OuebecBiEa @ 514 524-5558 emeac@ emeac.eom LE DEVOIR, LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 NOVEMBRE 2014 F 3 LITTERATÜRE La Vitrine Le voleur de sandwichs ROMAN ILLUSTRE JEUNESSE LE VOLEUR DE SANDWICHS Patrick Doyon et André Marais La Pastèque Montréal, 2014, 160 pages LE PETIT BANC DE BOIS Mais qui donc vole les sandwichs dans la boîte à lunch du petit Martin à l\u2019école?Le gros Robin?Benjamin le fatigant?La pauvre Marie ?Ou, pire encore, la bien nommée Mme Tzatziki, enseignante dans cette école située sans l\u2019ombre d\u2019un doute sur un Plateau près de chez vous et où les lunchs, un tantinet bobo, faits par une mère qui semble l\u2019être tout autant, se retrouvent ici au cœur d\u2019une intrigue amusante ?Sans prétention, mais avec habileté, une jolie narration et surtout un sens aigu de l\u2019esthétisme, Patrick Doyon au crayon et André Marois au texte signent avec cette histoire de voleur un récit ludique efficace et bien ficelé où, bien sûr, les apparences sont trompeuses et où les évidences peuvent en cacher d\u2019autres.C\u2019est raffiné comme un sandwich aux légumes grillés avec humus de lentilles orange, et surtout, ça n\u2019a finalement pas d\u2019âge pour être consommé.Fabien Deglise LITTERATURE QUEBECOISE LE PETIT BANC DE BOIS Lectures libres 1985-1999 Jean-Pierre Issenhuth Nota Bene Montréal, 2014, 484 pages Jean-Pierre Issenhuth (1947-2011) était habité par Iq conviction que la littérature était d\u2019importance moyenne.A d\u2019autres, le «frénétisme littéraire», les grandes manœuvres, l\u2019écume au bord des lèvres les soirs de lancement.A sa manière, il répondait par une «opposition [sans bruit] à la société du spectacle littéraire».En ce sens, loin d\u2019une attitude de vénération, Issenhuth pouvait entretenir une distance critique envers la chose littéraire.Lecteur minutieux, contemplateur actif, chercheur d\u2019infini, l\u2019homme avait aussi la passion du dehors.Passion dont témoignent ses carnets (comme Le cinquième monde ou Chemins de sable, Fides, 2009, 2010), où se mélangent avec un certain bonheur l\u2019infi-niment « petit rien », le banal rempli de sens et le dilettantisme littéraire.Paru d\u2019abord chez Trait d\u2019union en 2003, le Centre d\u2019études Hector-De Saint-Denys-Garneau et les éditions Nota Bene ont eu la bonne idée de rééditer Le petit banc de bois (« Tout Issenhuth est dans le titre et le sous-titre de ce recueil», écrit justement Yvon Rivard qui en signe l\u2019introduction), un recueil de critiques (surtout de poésie) parues dans la revue Liberté, dans Le Beffroi et \u2014 durant une période trop brève \u2014 dans Le Devoir.Franc-tireur de la critique, souvent «divergent», voire «délinquant», c\u2019est de cette exigence libre dont témoignent la plupart des textes d\u2019Issenhuth qui revivent ici.Christian Desmeules ROMAN STRIP-TEASE Georges Simenon Le Livre de poche Paris, 2014, 256 pages À l\u2019occasion du 25® anniversaire de la mort de Georges Simenon (1903-1989), Le Livre de poche publie, en une édition spéciale dont le sympathique petit format a la grandeur d\u2019une main, cinq des plus célèbres « romans durs » (c\u2019est-à-dire sans l\u2019inspecteur Maigret) du grand écrivain.D\u2019abord paru en 1958, Strip-tease se déroule principalement dans un cabaret d\u2019effeuilleuses, à Cannes.Célita, 32 ans, y travaille comme danseuse et ambitionne de mettre le grappin sur le propriétaire, dont elle est la maîtresse frustrée.Une nouvelle venue, aguichante grâce à son air candide, vient toutefois contrecarrer ses plans.Dans l\u2019admirable style sobre et direct qui est le sien, Simenon raconte avec force l\u2019énergie trouble qui anime les personnages de ce glauque univers.Tragédie réaliste d\u2019inspiration existentialiste, ce roman témoigne du génie littéraire de ce prolifique écrivain.Louis Cornellier LOISEL ET TRIPP Rencontre autour du 9® volume de «Magasin général»: Notre-Dame-des-Lacs Animation : Sylvain Cabot SAMEDI 6 DECEMBRE A 14 H Librairie Monet Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Réservations : 514 337-4083 ou evenements@librairiemonet.com f\tf LITTERATURE QUEBECOISE / Histoires d\u2019Eros et de Thanatos CHRISTIAN DESMEULES C> qst un ancien soldat en Erythrée installé à Montréal, qui est hanté par ses souvenirs de la guerre, de tranchées, par la mémoire de ses camarades tombés au combat {L\u2019homme au fond du trou).C\u2019est un homme planqué, devenu concierge, ancien tortionnaire sous la dictature militaire en Argentine, qui se souvient sans remords de ses crimes: «C\u2019est un métier comme un autre.Un peu plus sale, sans doute.Puis on s\u2019habitue à tout.» {La jeune fille et la main) Ou c\u2019est un couple chilien ravagé par le coup d\u2019Etat de Pinochet en 1973, son flirt rapproché avec la mort et son exil sans retour au Canada {Orfeo en Chile).C\u2019est aussi une fillette et son père cachés dans un conteneur sur un cargo en route vers le Canada, les prières impuissantes d\u2019une petite sorcière devant l\u2019absurdité du réel et l\u2019hostilité des autres passagers clandestins {Paradis perdu).Un clochard de Montréal qui se rappelle le face-à-face qui aurait pu lui être fatal avec des Tontons macoutes en Haïti, puis sa rencontre furtive avec l\u2019envoûtante et sen- __________ suelle veuve qui l\u2019avait ramené à la vie {Quand on laisse un fou raconter une bonne histoire.).Un tueur à gages, meurtri et amoureux de littérature romantique, nous raconte: «J\u2019en ai saigné beaucoup, des semblables.Ces êtres brutaux et indignes me rappelaient trop les soudards de mon adolescence.Pas un ne méritait une seconde chance.Pas un homme d\u2019ailleurs ne mérite d\u2019exister sur cette terre.Leur cœur est vicié, pourri à la racine.» {Le poète) Un narrateur enragé, engagé et CONTES VIOLENTS vociférant rédige un petit traité dans lequel il revisite certains épisodes clés de l\u2019histoire du monde où, selon lui, le diable serait intervenu {L\u2019adversaire).Des contes?Peut-être.Le genre nous pousse à chercher une sorte de morale à ces his- ______ toires, à leur prêter une finalité, une intention.Olivier Demers, qui enseigne la philosophie au collégial, avait signé il y a deux ans un premier roman.L\u2019hostilité des chiens (Triptyque, 2012), qui racontait, sous forme de carnets trouvés, la dérive d\u2019un chômeur graphomane et misanthrope dans un quartier populaire de Montréal, ses «sporadiques envies de meurtre».On pourra lire dans ses solides Contes violents une exploration de la banalité du mal, qui existe à l\u2019état de germe en chacun de nous.Jamais loin non plus de cet autre versant de la passion, désir de sexe ou de liberté.C\u2019est cette vieille et indépassable histoire d\u2019Eros et de Thanatos, qui s\u2019emboîtent comme les deux parties d\u2019un tout.Embusqués dans une ville étrangère, agents en dormance, anciens terroristes, lourds d\u2019un passé qu\u2019ils essaient toujours de fuir ou qui les rattrape, pour la plupart des personnages qui traversent les douze nouvelles de ces Contes violents, la fuite est impossible.La chose est en eux, près d\u2019eux, depuis longtemps et pour toujours.Collaborateur Le Devoir CONTES VIOLENTS Olivier Demers Triptyque Montréal, 2014, 180 pages BANDE DESSINEE Dans la tête du conservatisme Un bédéiste engagé mène la charge contre le néolibéralisme FABIEN DEGLISE Tout est dans tout, c\u2019est bien connu, y compris face à l\u2019adversité.La crise économique de 2008 n\u2019aura été finalement que la conséquence prévisible de la montée en flèche dans les années précédentes d\u2019un conservatisme un peu crasse, d\u2019un néolibéralisme à saveur hyperindividuali-sante qui, en érodant le sens du groupe au profit de l\u2019intérêt individuel, porte désormais atteinte de manière irréversible au vivre-ensemble.Voilà en substance la thèse, habilement mise en image par Darryl Cunningham, dessinateur britannique plus qu\u2019engagé, dans L\u2019ère de l\u2019égoïsme, petit bijou de réflexion, de subversion et de vulgarisation qui passe en revue les fondements du drame économique et social des temps présents, comme pour mieux chercher à l\u2019enrayer.L\u2019œuvre est précise, concise et particulièrement bien documentée.Elle s\u2019ouvre sur la vie et la pensée d\u2019Ayn Rand, guide spirituelle et idéologique, avec des romans comme La source vive (Plon, 1943) et La grève (Belles Lettres, 1957), d\u2019une frange libertarienne et conservatrice de la classe politique et L'ÈRE DE L'ÉGOÏSME COnnENT LE NÉOLiBÉRAUSnE L'A EnPORTÉ économique américaine \u2014 et même canadienne \u2014, pour mieux passer ensuite au crible les conséquences délétères d\u2019un nouvel égoïsme sur les institutions publiques et sur les marchés.C\u2019est un résumé.Le projet de Cunningham, à qui l\u2019on doit déjà une autopsie de la « science business» {Fables scientifiques, Çà et là, 2012) et une autre de la maladie mentale {Fables psychiatriques, Çà et là, 2013), est ambitieux.Il devient aussi, en 240 pages, très limpide et lucide en exposant, à travers des faits plutôt que des généralités, l\u2019hypocrisie des banquiers, l\u2019indolence des gouvernements, mais surtout la grande fatalité avec laquelle l\u2019humanité semble aujourd\u2019hui appréhender le présent, en oubliant, dit-il, que si l\u2019hommerie vient des hommes \u2014 et des femmes aussi \u2014, l\u2019inverse, forcément, peut également être vrai.Le Devoir UÈRE DE UÉGOÏSME Comment le néolibéralisme l\u2019a emporté Darryl Cunningham Çà et Là Bussy-Saint-Georges, 2014, 240 pages Neurotica « Terriblement puissant.[.] Bien plus qu\u2019un sombre portrait de la maladie mentale, ce récit rend hommage avant tout à l'amour inconditionnel d\u2019une fille pour sa mère.» Laila Maalouf, La Presse+ CEST UNE ERREUR DE CROIRE QUE UES CIRCONSTANCES POLITIQUES actuelles Sont gravées dans LE marbre.SOURCE ÇÀETLÀ Planche tirée de Uère de Végoïsme T> 0GaspardLE DEVOIR PALMARÈS Du 17 au 23 novembre 2014 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 4 1931-1941\tLouise Tremblay-D'Essiambre/Guy Saint-Jean -/I\t 2 Le gazon.toujours pins vert chez ie voisin?\tAmélie Dubois/Les Éditeurs réunis\t1/3 3 Les années de piomb \u2022 Tome 4 Amours de guerre\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t-/I 4 Vioience à i'origine\tMartin Michaud/Goélette\t2/3 5 Lit doubie \u2022 Tome 3\tJanette Bertrand/Libre Expression\t3/6 6 La veuve du bouianger\tDenis Monette/Logigues\t5/10 7 La vie sucrée de Juiiette Gagnon \u2022 Tome 2\tNathalie Roy/Ubre Expression\t4/3 8 Survivre! Survivre!\tMichel Tremblay/Leméac\t6/3 9 Maiphas \u2022 Tome 4 Grande Liguidation\tPatrick Senécal/Alire\t7/10 10 Dix petits hommes biancs\tJean-Jacgues Pelletier/Hurtubise\t8/2 Romans étrangers\t\t 1 Le siécie \u2022 Tome 3 Aux portes de i'éternité\tKen Follett/Robert Laffont\t2/8 2 Terribie traflc\tKathy Reichs/Robert Laffont\t1/5 3 Une main encombrante\tHenning Mankell/Seuil\t4/4 4 Georgian \u2022 Tome 3 Si vous m'embrassez\tSylvia Üay/Flammarion Québec\t3/3 5 Cher John\tNicholas Sparks/Michel Lafon\t5/2 6 4rrêtez-moi\tUsa Gardner/Albin Michel\t7/5 7 Les neuf cercies\tRoger Jon Ellory/Sonatine\t6/5 8 Juste une fois\tAlexandre Jardin/Grasset\t-/I 9 Le ver à soie\tRobert Galbraith/Grasset\t10/5 10 Le poison d'amour\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t-/I Essais québécois\t\t 1 Jean-François Lépine, sur !a iigne de feu\tJean-François Lépine/Libre Expression\t1/5 2 Une histoire phiiosophigue de ia pédagogie * Tome 1\tNormand Baillargeon/Poète de brousse\t-/I 3 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t2/7 4 Chronigues des années moiies\tNormand Baillargeon/Leméac\t-71 5 ici était Radio-Canada\tAlain Saulnier/Boréal\t3/3 6 Confessions post-référendaires.Les acteurs.\tChantal Hébert I Jean Lapierre/Homme\t4/12 7 Nos amis, ies poiiticiens\tVincent Marissal/La Presse\t6/3 8 Le iourna! de Usée.18 mois de pouvoir.\tJean-François Usée/Rogers\t5/4 9 Tenir tête\tGabriel Nadeau-Hubois/Lux\t-71 10 Légendes pédagogigues\tNormand Baillargeon/Poètes de brousse\t-71 Essais étrangers\t\t 1 Le grand mythe du choiestéro!\tStephen T.Sinatra/Édito\t1/8 2 Y a-t-i! un grand architecte dans i'univers?\tStephen Hawking/Odile Jacob\t2/2 3 Sœurs votées\tEmmanuelle Walter/Lux\t-71 4 La chair interdite\tHiane Hucret/Albin Michel\t6/2 5 Guerriers de i'impossibie.Largent, ies armes.\tSamantha Nutt/Boréal\t3/6 6 Nouveiies guerres.Létat du monde 2015\tCollectif/La Hécouverte\t7/7 7 Le capital au XXI' siècle\tThomas Piketty/Seuil\t10/28 8 Les âmes blessées\tBoris Cyrulnik/Odile Jacob\t4/4 9 Plaidoyer pour les animaux\tMatthieu Picard/Allary éditions\t9/7 10 Le vrai lieu.Entretiens avec Michelle Porte\tAnnie Emaux | Michelle Porte/Gallimard\t-/I (fe développement des entreprises 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Québec \u201c\u201c La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019Infoimatlon et d\u2019analyse 6dspdti sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Sdspsrd © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est Interdite, F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE SO NOVEMBRE 2014 LITTERATURE JACQUES DERRIDA La pensée toujours au travail Depuis la disparition de Jacques Derrida, d\u2019importantes publications continuent de faire connaître ses écrits, inédits ou introuvables.Ginette Micbaud contribue à cet hommage au philosophe, dont la pensée féconde confronte la scène, souvent désastreuse, du monde.GUYLAINE MASSOUTRE Il y a dix ans, le 8 octobre 2004 exactement, mourait Jacques Derrida, laissant un héritage colossal.Il était né en 1930, dans un faubourg d\u2019Alger, et deviendrait très lu, traduit et enseigné, notamment dans les universités américaines après 1968, pour sa pensée critique appelée «la déconstruction ».Fondée sur des concepts d\u2019émancipation et de justice \u2014 un terme qu\u2019il entendait, après Emmanuel Levinas, comme la reconnaissance de l\u2019autre \u2014, sa pensée est devenue synonyme d\u2019une cause, comme la révolution le fut en d\u2019autres temps: accompagner lucidement la transformation de l\u2019espace public, du droit, de la science ou de l\u2019art, aussi bien que des événements politiques au retentissement international.Parce qu\u2019il démonta les contradictions qui traversaient les pensées de notre temps, la professeure de l\u2019Université de Montréal Ginette Michaud, co-responsahle d\u2019éditer ses séminaires, a titré son dernier essai, Jacques Derrida.L\u2019art du contretemps.Elle pointe par là comment Derrida décolla le temps de lui-même, décloisonnant le présent de sa dite unicité (sa substance, son immédiateté close) pour agrandir son espace.Il a fait entendre l\u2019inactuel, le spectral, une disjointure anachronique où des scènes imprévisibles résonnent par anticipation ou dans l\u2019après-coup.Même en ce qui concerne Dieu, il a donné des mots d\u2019une présence intérieure qui donne accès à quelque chose de l\u2019ordre du secret.Dans son face-à-face avec l\u2019art, il obéit à l\u2019in- Parutions récentes La commémoration de la mort de Jacques Derrida fait fleurir un bouquet de publications.Quelques titres.Heide^er: la question de l\u2019Être et l\u2019Histoire, Jacques Derrida, Galilée, 2013.Lecture critique passionnante de Heidegger et un des premiers cours de Derrida.Penser à ne pas voir.Écrits sur les arts du visible, 1979-2004, Jacques Derrida, édité par (Jinette Michaud, Joana Maso et Javier Bassas, La Différence, 2013.Plus de vingt ans de réflexion sur JOEL ROBINE AGENCE ERANCE-PRESSE Le père de la déconstruction ne séparait pas littérature et philosophie.jonction «tais-toi et parle», outrepassant le geste d\u2019art sans le domestiquer.Déchiffrement incessant, appel d\u2019une pensée dépouillée, déplacement de «l\u2019impossible»: à cette tâche, Derrida vouait la pensée, et c\u2019est ce déploiement qui nous le fait aimer.L\u2019à-venir derridien Il ne séparait pas littérature et philosophie: il inventait sans cesse.De l\u2019idée d\u2019une justice inaccessible, en raison de l\u2019altérité qu\u2019on porte même en soi, il a permis que la philosophie déborde de son domaine.Il l\u2019ouvrit à l\u2019à-venir, «ce qui s\u2019annonce comme une promesse et excède la modalité du présent».Un exemple: «Justices», inédit qui ouvre le collectif magistral que Danielle Cohen-Le-vinas et Michaud publient à Paris, unit aux essentiels Jean-Luc Nancy, René Major, Georges Leroux, J.Hillis Miller, J.-M.Rabaté et M.Calle-Gruber, l\u2019art, hantée par la compréhension du visible.Le dernier des Juifs, Jacques Derrida, Galilée, 2014.Les yeux de la langue, Jacques Derrida, Galilée, 2012.Histoire du mensonge.Prolégomènes, Jacques Derrida, Galilée, 2012.Comment se raconte l\u2019événement historique.Pardonner.L\u2019impardonnable et l\u2019imprescriptible, Jacques Derrida, Galilée, 2012.Séminaire La peine de mort, Jacques Derrida, Galilée, 2012.Le vent dans le dos « A coups de phrases ciselées et pleines d\u2019écho, patientes et sans lourdeurs, Natalie Jean se donne une véritable voix, capable d\u2019exprimer autant la force calme que l'émotion.» Christian Desmeules, Le Devoir pour en réamorcer la lecture dans une chaîne de substitutions possibles.Ainsi vont 28 articles de ce collectif.Appels de Jacques Derrida, qui soulignent son originalité, biais d\u2019appropriation vivifiante qui concerne le politique, la sphère théologique, l\u2019Algérie, le nom, l\u2019amitié, la «différance», le temps, l\u2019exil, l\u2019animal, les arts, la littérature, la loi, la langue, la traduction, autrui et, vers la fin de sa vie, la guerre.Quoi faire ?Il a posé cette question une fois rompues les évidences, et chacun y retrace en un chapitre comment il a donné des réponses nuancées, déconcertantes de prime abord.En politique, il eut des engagements variés, «ceux d\u2019un philosophe», écrit Michaud, entendant que ses principes, «l\u2019exigence absolue de justice dressée contre les hiérarchies, les dominations, les exploitations, contre les différences imposées et manipulées», et l\u2019exigence de refonder les lois de la cité ne le conduisirent pas à déclarer une quelconque souveraineté du sujet, tant il le tenait pour soumis à la sphère du fantasme.Bel exemple, que sa réserve sur la «perestroïka», lors de son voyage à Moscou en 1990, analysé par G.Leroux.Il voyait dans ce qui arrive la nécessité d\u2019être surpris : il a ainsi élu l\u2019hospitalité, le don, l\u2019exposition vulnérable à la venue de l\u2019autre, sans négliger ce qui nous menace.Dissémination La philosophie est nécessaire, dès l\u2019enfance, disait-il, l\u2019exerçant dans plusieurs directions et registres.Qu\u2019il soit question de vivre ou de mourir, il y a toujours un seuil où se tenir, voir et dire.Il repensa le temps, en termes de venue et de départ, disséminant sa pensée féconde du côté littéraire, artistique, philosophique ou poétique, les unissant comme dans Glas (Galilée) où, entre Hegel et Genet, il engagea une force pulsionnelle nietzschéenne qui les fit relire à neuf.Qu\u2019il soit question d\u2019animalité, de silence, de cri, d\u2019écriture, d\u2019affabulation, de trace, de transmission, de mémoire ou d\u2019acte, il a fait cheminer sa pensée vers le monde.Son écriture, qui incluait la mémoire des bibliothèques, réfléchissait aussi, inversement, sur la tradition historique, sociale, pulsionnelle, fantasmatique inscrite dans les livres.Il a réuni ces croisements dans Politiques de l\u2019afiitié (Galilée, 1994).A cette oeuvre immense.Appels de Jacques Derrida répond, qu\u2019il y a un Derrida à venir.A tort, on l\u2019a dit illisible ; c\u2019était le risque de sa proximité avec tous les arts, cet appel du mystère dans ses textes poétiques, intellectuellement et psychiquement puissants.Aux sujets graves, il répondait avec rigueur, admirant Celan, traitant Heidegger avec méticulosité.Sa survivance tient à ses dizaines de livres, mais aussi à sa lecture de ses devanciers.Collaboratrice Le Devoir JACQUES DERRIDA L\u2019art du contretemps Ginette Michaud Nota bene Montréal, 2014, 376 pages APPELS DE JACQUES DERRIDA Textes réunis et présentés par Danielle Cohen-Levinas et Ginette Michaud Hermann Paris, 2014, 657pages 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Société\t\" cfe développement\t(a des entreprises\tc culturell^\tcm\tQ Québec ca es\t® La Vitrine \tCauserie \tÀ l\u2019occasion de la parution du livre Réflexions sur l'université Le devoir de vigilance \td\u2019Ethel Greffier \tPresses de l\u2019Université Laval \tL'université est-elle une des rares institutions encore suffisamment indépendante pour s'opposer au capitalisme sauvage et tenter de ramener la société au souci du bien commun ?\tAvec Ethel Greffier, Georges Leroux \tet \tGabriel Nadeau- \tDubois POLAR LE VER À SOIE Robert Galbraith Traduit de l\u2019anglais par Florianne Vidal Grasset Paris, 2014, 568 pages Depuis que Cormoran Strike a résolu «l\u2019affaire du mannequin », son bureau est fort occupé ; il est tellement pris, en fait, qu\u2019il songe de plus en plus à faire de sa secrétaire.Robin, son associée.Puis voilà que surgit une étrange affaire qui va rapidement reléguer toutes les autres au deuxième plan : Cormoran découvre le corps mutilé d\u2019un écrivain célèbre disparu depuis quelque temps.La police accuse sa femme, mais la mise en scène du meurtre fait comprendre au détective qu\u2019elle n\u2019a rien à y voir et que le tueur est plutôt du milieu littéraire.L\u2019enquête sera compliquée et donnera lieu à une étonnante galerie de personnages tirés du monde de l\u2019édition londonien.Personne ne sait dessiner des personnages ou tirer les fils d\u2019une histoire comme J.K.Rowling \u2014 qui écrit son deuxième roman sous le pseudonyme de Galbraith \u2014, et Cormoran est un héros crédible, aussi solide que vulnérable.Mais on s\u2019ennuie quand même un peu de l\u2019invention permanente qui caractérisait le cycle Harry Potter.Michel Bélair PAUL ARDENNE comment je suis oiseau ROMAN COMMENT JE SUIS DEVENU UN OISEAU Paul Ardenne Le Passage Paris, 2014, 285 pages Étrange objet, qu\u2019on pourrait croire écrit par Paul Éluard.Ou par une voix intérieure, prêtée au mémorable Nicolas Cage dans le film d\u2019Alan Parker Birdy, en 1984.Il est complètement dingue, ce narrateur qui prétend être «né oiseau».Être enfermé humain dans un corps qui n\u2019est pas le sien.Ça pourrait être agaçant, ou drôle durant quelques pages.Mais sur la longue distance, c\u2019est dérangeant, cette « oiséité » : Paul Ardenne revendique ce désir de métamorphose, l\u2019ayant intensément vécu enfant.Le roman de ce critique d\u2019art et muséologue aguerri se penche sur cet amour libre et naturel, hors conventions, irrationnel, imprédictible.Qu\u2019arrive-t-il à qui ne veut pas se conformer à son destin biologique, organique et humain?Réponse originale, intéressant symptôme, fantastique, mais tout à fait psychique, assurément.Guylaine Massoutre ROMAN ADO C\u2019EST LA FAUTE À FÉLK RIOPEL Luc Gélinas Hurtubise Montréal, 2014, 240 pages Cinquième et dernier tome de la populaire série C\u2019est la faute à., ce roman sportif amène le jeune hockeyeur Félix Riopel aux portes de la Ligue nationale de hockey.Capitaine de l\u2019Qcéanic de Rimouski dans la LHJMQ, Riopel, 19 ans, participe au Championnat mondial de hockey junior, en Russie, avant de signer son premier contrat chez les pros, avec les Kings de Los Angeles.Il faut beaucoup aimer le hockey pour apprécier ce roman.Journaliste à RDS, Gélinas adore ce sport et n\u2019a pas de perspective critique sur son versant compétitif et professionnel.Sorte de Lance et compte pour ados, son roman multiplie les descriptions de matchs, reproduit les clichés du monde du hockey et agrémente sa trame sportive d\u2019une idylle entre son héros et une princesse russe ainsi que de quelques petits drames privés.Le tout manque de charme stylistique et d\u2019originalité, mais le lecteur amateur de hockey (j\u2019en suis) se laisse néanmoins prendre par l\u2019atmosphère d\u2019aréna qui règne en ces pages.Louis Cornellier Ucw KAUFMAN Les Weird LITTERATURE CANADIENNE LES WEIRD Andrew Kaufman Traduit de l\u2019anglais par Nicolas Dickner Alto Québec, 2014, 368 pages Les cinq enfants Weird \u2014 Angie, Lucy, Kent, Richard et la rousse Abba \u2014 ont chacun reçu de leur grand-mère à leur naissance un don.Angie pardonne tout, instantanément, par exemple, alors que Lucy ne se perd jamais.Mais ces dons finissent par modeler tellement leurs vies qu\u2019ils en viennent à ressembler fort à des malédictions.Sentant sa mort venir, la grand-mère veut réunir ses petits-enfants, dispersés aux quatre vents, afin de lever le sort.Cette tentative de réunion de famille bigarrée, car chaque membre est plus coloré que l\u2019autre, devient forcément pour la fratrie Weird une quête familiale.Peut-on sortir la mère de la folie dans laquelle elle a sombré lors de la disparition du père ?Ce père dont on n\u2019a jamais vu le corps est-il vraiment décédé?Peut-on, frères et soeurs, se retrouver?Fable ludique de l\u2019auteur de Tous mes amis sont des superhéros et de Minuscule (Alto), cette fiction pop rebondit sur un humour maîtrisé et très bien traduit par Nicolas Dickner \u2014 tiens, il traduit, lui ?Qu pourra trouver la finale poussée côté pathos, attendue, et la morale appuyée.N\u2019en demeure pas moins que ce livre se lit tout seul, sourire aux lèvres.Catherine Lalonde LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 NOVEMBRE 2014 F 5 LIVRES La pêche aux choses envolées Louis Hamelin\tI « S i l\u2019académie [Nobel] décide un jour de distinguer un marxiste fréquentable, écrivais-je le printemps dernier, Sepulveda, avec son profil plus politique que littéraire, pourrait faire l\u2019affaire.» J\u2019oubliais José Saramago, couronné en 1998.Marxiste lui aussi, mais avec un profil plus littéraire que politique, je dirais, et tellement fréquentable qu\u2019une légende le fait débarquer au Festival international de poésie de Trois-Rivières et en repartir avec une demoiselle du boutte.Saramago avait 84 ans lorsque parurent, en 2006, ces mémoires d\u2019une enfance portugaise dans l\u2019entre-deux-guerres, comme on continue de qualifier la fragile trêve de vingt ans qui s\u2019intercala, à la manière d\u2019une pause publicitaire, au milieu du massacre général qu\u2019a été la première moitié du vingtième siècle.Saramago a d\u2019abord songé, dit-il, à intituler ses souvenirs «Le livre des tentations », l\u2019ambition du projet initial lui ayant été inspirée par le saint Antoine halluciné que peignit Jérôme Bosch: «[.] montrer que la sainteté, cette manifestation \u201ctératologique\u201d de l\u2019esprit humain, capable de subvertir notre animalité permanente et apparemment indestructible, perturbe la nature, la plonge dans la confusion et la désoriente.[Elle fait] se lever des profondeurs toutes les forces, [.] les monstres du cerveau et les idées sublimes qu\u2019il engendre, la luxure et les cauchemars, tous les désirs secrets et tous les péchés manifestes.» Peut-être que l\u2019écrivain, se retournant à sept décennies de distance sur l\u2019enfant qu\u2019il fut, et même s\u2019il reconnaît avoir alors été «poursuivi par les plus horrifiques épouvantes de la nuit», n\u2019aura rien trouvé, ou si peu, dans cet humble passé, cet environnement pauvre et fabuleux d\u2019un village d\u2019éleveurs de cochons près des rives du Tage, qui puisse justifier la morbide comparaison avec les grotesques outrances de Bosch.Tentations il y eut pourtant, et très tôt: «Tu veux venir avec moi?», lance au gamin de 12 ans une grasse prostituée «lasse et indifférente», embusquée sur le chemin du cinéma local.«S\u2019il est vrai que certaines des fantasmagories boschiennes semblent exclure toute possibilité d\u2019une quelconque comparaison entre le saint et l\u2019enfant, ce sera uniquement parce que nous ne nous souvenons plus ou nous ne voulons pas nous souvenir de ce qui se passait alors dans notre tête.» L\u2019invention des souvenirs Saramago, lui, veut se souvenir.Et il y arrive merveilleusement bien, dans une langue somptueuse qui, du confluent du Tage et de l\u2019Almonda \u2014 la rivière de son enfance, et, ici, plaignons les enfants qui grandissent loin des rivières et de leurs aventures \u2014, semble couler de source jusque dans cette mélodieuse et magnifique traduction de Geneviève Leibrich.Le petit mécréant qui, pour commencer à vraiment s\u2019épanouir comme écrivain, devra attendre la cinquan- DOMAINE PUBLIC La tentation de saint Antoine, Jérôme Bosch, entre 1500 et 1525.Inspirée par la vision qu\u2019a Bosch de saint Antoine, Saramago a d\u2019abord songé à intituler ses mémoires «Le livre des tentations».taine d\u2019années et la Révolution des œillets de 1974, se révèle un mémorialiste scrupuleux.Sa reconstruction s\u2019avance en tenant la bride haute à l\u2019imagination, comme d\u2019autres surveillent leurs arrières.Pleinement assumé, un certain flou de la remémoration lui semble préférable à la licence de l\u2019invention comme aux recherches documentaires d\u2019une plus grande précision.«Le déménagement rue Carlos Ribeiro eut sans doute lieu en 1938 ou peut-être en 1937.À moins que ma mémoire encore fiable ne laisse remonter à la surface de nouvelles références et d\u2019autres dates, il m\u2019est difficile, pour ne pas dire impossible, de situer certains événements dans le temps.» Il se méfie aussi des facultés créatrices mises en branle par le récit.«Je me demande parfois si certains souvenirs m\u2019appartiennent vraiment, s\u2019il ne s\u2019agit pas plutôt de faux souvenirs d\u2019épisodes dont j\u2019aurais été l\u2019acteur inconscient et dont f aurais seulement eu connaissance plus tard et qui m\u2019ont été racontés par des personnes qui y auraient assisté, si tant est qu\u2019elles ne les aient pas colportés elles aussi par oui-dire.» Parfois l\u2019histoire avec ou sans majuscule se fabrique ainsi, au carrefour du racontar et de la capacité de transmutation inhérente à la mémoire individuelle.Saramago encore: «Très souvent nous oublions ce que nous aimerions pouvoir nous rappeler, d\u2019autres fois, récurrentes, obsédantes, réagissant à la moindre stimulation, des images nous viennent du passé, des paroles isolées, des fulgurances, des illuminations, et elles n\u2019ont pas d\u2019explication, nous ne les convoquons pas, mais elles sont là.» Premières amours Deux de ces images, une photo et une caricature, glanées dans les journaux à l\u2019âge de dix ans, le suivront toute sa vie: «celle d\u2019un Dolfuss [chancelier d\u2019Autriche] souriant en regardant défiler les troupes, peut-être déjà condamné à mort par Hitler, [et] celle de la main de fer de Salazar cachée sous la douceur d\u2019un velours hypocrite».Ce Salazar avec sa poigne de velours dans un gant de fer plaisait beaucoup à nos curés, les mêmes qui, quelques années plus tard, obligeraient les écoliers de la génération de ma mère à s\u2019agenouiller et à prier pour le bon général Franco et le bon maréchal Pétain.Mais la politique, ici, est reléguée au vaste arrière-plan constitué par l\u2019avenir presque vierge, par ce siècle à peine entamé qui s\u2019étend devant la vie, l\u2019ouvrage préférant s\u2019attarder à fâge où les champs de manœuvre de la conscience ont encore les dimensions d\u2019un bois, d\u2019une berge embroussaillée, d\u2019une friche inculte.«La pêche ne fut jamais mon fort.[.] Avec pour conséquence que mes prises se réduisirent toujours à quelques stromatées, de rares barbeaux et fort petits, et de longues heures passées en vain (qui n\u2019étaient nullement vaines car sans que je m\u2019en rendisse compte, je \u201cpêchais\u201d des choses qui à l\u2019avenir ne s\u2019avéreraient pas moins importantes pour moi, des images, des odeurs, des bruits, des vents, des sensations).» Précieux butin en forme de petits bonheurs.Le récit du premier rendez-vous amoureux est à couper le souffle de beauté.Après l\u2019avoir quittée, il trompe sa faim avec un morceau de pain de mais moisi, puis s\u2019écroule de sommeil au fond d\u2019une cabane.«Lorsque je me réveillai à la première clarté de l\u2019aube et sortis en me frottant les yeux dans une brume lumineuse, [.] je fus pris de la sensation, si fai bonne mémoire, si je ne suis pas en train de l\u2019inventer maintenant, que je venais enfin de finir de naître.Il était temps.» MENUS SOUVENIRS José Saramago Traduit du portugais par Gene- viène Leibrich Seuil Paris, 2014, 143 pages lA Regarder > Le documen- \u201d taire de Miguel Conçalves José y Pilar (en portugais, sous-titré en anglais) à ledevoir.com/livres CLASSIQUE SUITE DE LA PAGE E 1 morale et sexuelle des collégiens fait aussi l\u2019objet d\u2019études très neuves sur la fraternité masculine et la construction d\u2019un idéal de virilité.Parmi les constats importants de ces recherches, il faut noter la durée variable des études.Certaines années, plus de 90% des élèves ne terminaient pas le parcours idéal de huit années.Dans son étude sur le collège de Montréal, Ollivier Hubert conclut qu\u2019il convient de parler de fdières ou de classes plutôt que de «cours classique».La proportion des élèves qui a vécu le modèle idéalisé a beaucoup varié.Un autre constat concerne la critique du modèle des «humanités».Les conflits importants entre les œuvres des frères, soucieux de formations utiles, et les défenseurs du collège traditionnel sont ici documentés par un travail d\u2019archives passionnant: honnête homme ou homme pratique ?C\u2019est l\u2019axe du débat analysé par Louise Bienvenue.On lira cette étude avec attention : elle nous montre des familles dressées contre l\u2019autoritarisme clérical, dans des milieux où le «vrai homme» n\u2019était pas le lecteur de Cicéron ! Il est donc question ici de mettre en œuvre une histoire sociale des collèges, pour y saisir autant le rôle confié aux humanités dans la construction des nouvelles élites que la nécessité de maintenir une formation adaptée aux requêtes du travail et la relève du patriotisme canadien-français.A bien des égards, ce livre permet de renouveler en le complétant l\u2019ouvrage classique de Claude Galarneau, Les collèges classiques au Canada français (1620-1970) (Fides, 1978), et il entre en résonance avec les riches travaux de Claude Corbo dans La mé- a Faut-il hermétiquement fermer les huis ou laisser pénétrer le vent?)) Extrait de Le collège classique pour garçons moire du cours classique et Les jésuites québécois (Logiques, 2000 et Septentrion, 2004).Alors que s\u2019amorce au Québec, dans la foulée d\u2019un rapport déposé en juin 2014 sur l\u2019offre de formation dans les cégeps, un nouveau débat sur la formation générale et la place de la culture dans l\u2019éducation des collégiens, la lecture de ces études apportera une perspective historique essentielle sur l\u2019évolution des finalités de l\u2019éducation post-secondaire.Faut-il recréer des filières séparées pour les futurs techniciens ou ne faut-il pas lutter pour conserver pour tous un programme ouvert sur la réflexion et la culture ?L\u2019histoire de la démocratisation des collèges, une histoire impulsée par le rapport Parent qui les instituait, le montre sans ambiguité : dans le contexte d\u2019une philosophie civique de l\u2019éducation, il serait malheureux de produire de nouvelles exclusions en recréant l\u2019élitisme de robe du passé.Collaborateur Le Devoir LE COLLÈGE CLASSIQUE FOUR GARÇONS Etudes historiques sur une INSTITUTION QUÉBÉCOISE DISPARUE Louise Bienvenue, Ollivier Hubert et Christine Hudon Fides Montréal, 2014, 416 pages « [.] Dagazes\\ un roman ambitieux, d une écriture fine et maîtrisée, qui nous entraîne sur les berges houleuses du Saint-Laurent.Dans un hymne à la nature et à la dualité qui se trouve en chacune des femmes, Stéphanie Pelletier prouve que l\u2019écriture du roman lui sied aussi bien que celle des nouvelles.« Josee-Anne Paradis, Les libraires Ouéber Félicitations à lonathan Charette pour son recueil Je parle arme blanche lauréat de la première édition du Prix de poésie des collégiens m Noroît « aux enfants j\u2019apprends à saigner le vocabulaire » mùL POETIQUES Ville frontière ville fantôme ville minière ville-dortoir Lecture-performance Avec le poete Louis-Philippe Roy Mise en scene Pierre-Luc Landry Musique et habillage sonore Stefania Becheanu décembre à 17 h Université d\u2019Ottawa \u2014 Studio Léonard-Beauine 135 rue Seraphin-Manon Ottawa Entrée libre Anthologie diasporeuse Lecture-performance Montage textuel conception et mise en scene Gabriel Robichaud Avec environnement sonore de Marcel Aymard 3 décembre à 18 h La petite marche \u2014 restaurant bar 5035 rue Saint-Denis Montréal Entrée libre Là d'où je viens Darling! Lecture-performance Avec les poetes Danielle Fournier Violaine Forest (directrice artistique) Guy Jean Étienne Lalonde Stéphanie Filion Laure Morali et Louis-Philippe Hébert 5 décembre à 17 h Université d\u2019Ottawa \u2014 Studio Léonard-Beauine 135 rue Seraphin-Marion Ottawa Entrée libre MAISONdela POESIE i^dfcf de Montreal 1^1 Conse des arts Canada C Conseil des arts etdeslettres Québeci bepartemen de theatre F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 29 ET DIMANCHE 30 NOVEMBRE 2014 ESSAIS Le christianisme musclé de Gregory Baum Depuis 50 ans, les théologiens québécois sont engagés dans la lutte pour la justice Louis CORNELLIER On pouvait-on lire, au fronton de l\u2019Académie, l\u2019école où professait Platon: «Qwe nul n\u2019entre ici s\u2019il n\u2019est géomètre».Que nul n\u2019entre ici s\u2019il méprise le catholicisme, s\u2019il honnit la foi et, par conséquent, tient la théologie pour une fumisterie, aurais-je envie d\u2019écrire en épigraphe à cette chronique.L\u2019essai dont elle traitera, en effet, est un brillant hommage à la théologie catholique québécoise telle qu\u2019elle se pratique depuis la Révolution tranquille.Son auteur, Gregory Baum, n\u2019hésite pas à écrire, par exemple, «que le combat pour la liberté et la paix n\u2019est pas une entreprise prométhéenne, mais une réponse à un appel divin».Aussi, que les mécréants satisfaits soient prévenus : ils seront, dans les pages de ce livre et les lignes qui suivent, en territoire étranger.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas, cependant: les grenouilles de bénitiers, les cathos peinards qui trouvent que le nouveau pape est trop progressiste et que le regretté Raymond Gravel était trop audacieux se retrouveront eux aussi, dans ce qui suit, en territoire hostile.La théologie que présente et salue Baum dans Vérité et pertinence est celle qui puise dans la foi en Dieu et dans l\u2019exemple de Jésus les raisons des combats pour la justice sociale, l\u2019égalité entre les hommes et les femmes et la préservation de l\u2019environnement.«Dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui, écrit l\u2019essayiste, Jésus-Christ ne nous invite pas au repos, mais à une sainte fébrilité.» Tout ce livre, admirable et passionnant, chante une théologie québécoise francophone contemporaine qui se veut une invitation à se tenir debout face à ce qui entrave la liberté et la dignité humaines.Héritage et projet Théologien anglo-québécois d\u2019origine allemande, Gregory Baum, 91 ans cette année et militant de Québec solidaire, a enseigné à l\u2019Université de Toronto et à l\u2019Université McGill.Son livre, écrit en anglais et paru dans cette langue chez McGill-Queen\u2019s University Press il y a quelques mois, visait d\u2019abord à faire connaître au public anglophone l\u2019évolution récente de la réflexion catholique du Québec francophone.Qr, cette dernière est si peu connue par les francophones eux-mêmes que la traduction MICHAEL MONNIER LE DEVOIR Gregory Baum, 91 ans, est théologien et militant de Québec solidaire.française de l\u2019ouvrage, réalisée par Richard Dubois, s\u2019imposait.Avec la Révolution tranquille, rappelle Baum, les Québécois veulent «se montrer à la hauteur de la modernité et demeurer, envers et contre tout, une société distincte».Les théologiens seront de la partie, inspirés en cela par le concile Vatican 11, auquel Baum a participé à titre d\u2019expert, dont l\u2019esprit d\u2019ouverture s\u2019accorde avec l\u2019élan de la Révolution tranquille.En 1971, la commission Dumont, mise sur pied trois ans plus tôt par les évêques québécois\tVérité et afin de nourri le dia-\tpertinence logue entre l\u2019Église et\t¦ ce Québec nouveau, reconnaît que ce dernier est devenu laïque et pluraliste.Le rapport, qui insiste sur les notions d\u2019héritage et de projet, lance un appel en favetp\u2019 de la démocratisation de l\u2019Église, d\u2019un partage des responsabilités entre les laïcs et les religieux dans ses rangs et d\u2019une reconnaissance,de la dissidence en Église.A l\u2019heure où, au Québec, le catholicisme culturel, c\u2019est-à-dire d\u2019habitude, décline, les théologiens retrouvent, eux, une ferveur croyante et militante d\u2019une rare intensité.Dumont et Grand\u2019Maison Baum consacre de belles pages à la pensée théologique de Fernand Dumont, auteur du rapport du même nom, qui considère la foi comme «une donnée anthropologique universelle qui guide l\u2019être humain vers une transcendance sans nom», tout en demeurant habitée par le doute.Pour Dumont, cependant, cette transcendance a un nom, c\u2019est le Dieu de la Bible.Le rencontrer, par le Fils, transforme le cœur et la conscience humaine.Dans cette expérience, la doctrine, ou la vérité, vaut, mais ne suffit pas.«Les vérités ne peuvent élever ou transformer les sujets qui les rencontrent sans un élan de l\u2019âme et du cœur, sans une adhésion subjective», écrit Jean-Philippe Warren, en préface, pour expliquer la notion de pertinence.S\u2019il vivait ce renouveau catholique comme une grâce, Dumont, toutefois, ne manquait pas de déplorer son épuisement rapide dans un Québec de plus en plus individualiste, utilitariste et capitaliste.Plus pasteur et prophète que savant, Jacques Grand\u2019Maison affirme, dès 1965, que «croire en Jésus et à son enseignement fait du chrétien un témoin qui s\u2019engage à promouvoir justice et solidarité partout dans le monde».S\u2019il ne répond pas aux angoisses et aux ques-tiqns concrètes des croyants, l\u2019Évangile, clame-t-il, perd sa pertinence.11 y a, dans ce monde, des péchés personnels, mais aussi des péchés structurels qu\u2019il faut combattre, déclare Grand\u2019Maison.Se déresponsabiliser devant un système injuste n\u2019est pas digne d\u2019un catholique.En 1987, les évêques canadiens écriront, dans le même sens, que «ce combat pour la justice n\u2019est donc pas pour les chrétiens un choix qui leur serait offert.Il fait partie intégrante de l\u2019annonce de l\u2019Evangile au monde».Pour désigner cette foi militante d\u2019abord engagée dans ce monde, les anglicans, au XEK® siècle, parlaient d\u2019un «christianisme musclé».Baum, et presque tous les théologiens et théologiennes qu\u2019il présente, cultive cette foi agissante, en insistant pour dire que leur élan provient «de l\u2019action d\u2019une grâce salvatrice ».Qu\u2019on le sache : le christianisme bien compris n\u2019est pas une thérapie et la gauche, au Québec, est parfois catholique.Sur Twitter: ©louiscornelier VÉRITÉ ET PERTINENCE Un regard sur ia théologie CATHOLIQUE AU QuÉBEC DEPUIS IA Révolution TRANQUILLE Gregory Baum Traduit de l\u2019anglais par Richard Dubois Fides Montréal, 2014, 336 pages \tRencontre du CRILCQ Dessiner la carte du monde \t \tCauserie avec Geneviève Pettersen \tGeneviève Pettersen est l'auteure de La déesse des \tmouches à feu (Le \tQuartanier), premier roman portant sur l\u2019adolescence d\u2019une jeune saguenéenne dans les années 1990.Elle se consacre depuis 2011 à l\u2019écriture d\u2019un \tblogue sous le pseudonyme de \tMadame Chose.C'est \td'ailleurs sous ce pseudonyme qu'elle publiait récemment Vie et mort du couple - du dating au divorce (Éditions La Presse).\t \tAnimée par \t \tMartine-Emmanuelle \tLapointe La maison d\u2019une autre Liste préliminaire des Prix des iibraires du Québec 2015 « Un récit intimiste servi par une plume fluide, sur le pont que chacun d'entre nous traverse, un jour ou l\u2019autre, à la recherche de son ego.Gilbert est ici d\u2019une justesse sublime, et c\u2019est avec un plaisir quasi hypnotique qu\u2019on emprunte ses sentiers sinueux.» Chantai Fontaine, Les libraires Orwell, l\u2019indépendant MICHEL LAPIERRE Pour comprendre toute la portée de la satire politique dans La ferme des animaux et 1984 (Éolio), les deux grands romans de George Qr-well (1903-1950), Une vie en lettres, choix commenté de sa correspondance que l\u2019on vient de traduire en français, est indispensable.A cause du choc que fut pour l\u2019écrivain britannique sa participation en 1936-1937 à la guerre d\u2019Espagne, capitalisme, fascisme et communisme se ressemblent éton-napiment dans l\u2019horreur.A partir d\u2019environ 1700 lettres conservées d\u2019Qrwell, Peter Davison, éditeur de ses œuvres complètes en anglais (20 volumes, plus un supplément), a choisi 269 d\u2019entre elles de manière à reconstituer le parcours de l\u2019écrivain, de sa naissance à sa mort.Né au Bengale d\u2019une famille anglaise liée à l\u2019expérience coloniale, Qrwell, après avoir grandi en Angleterre, gagne une autre possession britannique, la Birmanie, pour y être, de 1922 à 1927, officier de la police impériale.Ce qui lui permet en 1937, après avoir combattu en Espagne le fascisme de Franco aux côtés des républicains, de soutenir que le colonialisme anglais en Asie «n\u2019est pas meilleur que le fascisme allemand, bien qu\u2019en apparence il semble moins gênant».Tous de droite Maelstrom des idéologies politiques, la guerre civile espagnole révèle à Qrwell, militant de gauche venu prêter main-forte à une formation marxiste dissidente, chez les républicains en Catalogne, que «le fascisme n\u2019est qu\u2019un développement du capitalisme» et que «la plus modérée des soi-disant démocraties est capable de se transformer en fas- cisme en cas de crise».La découverte s\u2019élargit encore.Qrwell écrit: «Le trait le plus grotesque, que très peu de gens ont saisi en dehors de l\u2019Espagne, est que les communistes étaient plus à droite que tous les autres, et qu\u2019ils étaient encore plus désireux que les libéraux de pourchasser les révolutionnaires.» 11 leur reproche de rejeter les milices ouvrières «où tous les grades recevaient le même salaire» pour les remplacer par une armée où règne l\u2019inégalité criante comme dans «le système bourgeois».Sa satire romanesque des régimes totalitaires ne devra pas être interprétée comme une critique de l\u2019égalitarisme mais comme le désaveu des systèmes politiques à parti unique où l\u2019on ne tolère pas l\u2019opposition.Pour combattre ces systèmes, le réalisme pousse Qrwell à dévaloriser Tolstoï ou Gandhi qui, malgré leurs idées généreuses, n\u2019ont pas été, à ses yeux, à l\u2019abri du «culte de la personnalité» dont ils pouvaient être l\u2019objet.Éa militante Jennie Lee, compagne du ministre travailliste britannique Aneurin Be-van, a dit de l\u2019écrivain: «Il n\u2019était pas seulement socialiste, mais aussi profondément libéral.Il détestait l\u2019imposition d\u2019une discipline partout où il en trouvait, même dans les rangs socialistes.» 11 n\u2019y a guère de meilleur portrait d\u2019Qrwell, cet être souvent insaisissable.Collaborateur Le Devoir UNE VIE EN LETTRES Correspondance (1903-1950) George Orwell Traduit de l\u2019anglais par Bernard Hœpffner Agone Marseille, 2014, 672 pages ARCHIVES ASSOCIATED PRESS Photo non datée de l\u2019auteur de 1984, George Orwell Lytta Basset en conférence LYTTA BASSET Oser la bienveillance Al hill Michel Rencontre organisée par I Lundi I décembre 19 h 30 Coût : 15 $ 2653 Masson (2® avenne) Montréal, Qc, _ l^lines 514 849-3585 LIBRAIRIE www.librairies.paulines.qc.ca 514 524-5558 lemeac@lemeac.com Société de développement\t^ des entreprises\tc \u201c\u201c\u201c'\u2019A* XI\tran\tO Québec Ea is\t® "]
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