Le devoir, 3 janvier 2015, Cahier E
[" La science et les scientifiques, inspiration artistique 5 Cinéma : Claude Gagnon s\u2019attaque au plus québécois des cowboys Page E 6 Culture livres CAHIER E .LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JANVIER 2015 Les géographies de l\u2019attente D\u2019un inédit de Julien Gracq, retour sur les chamanes du roman GUYLAINE MASSOUTRE Combien de romans ont commencé par l\u2019étude attentive et obstinée d\u2019une carte de géographie?Océans, montagnes, fleuves ou plaines, pays mystérieux ou Atlantide, îlots minuscules ou déserts infranchissables, ils flottent, signes de l\u2019irréel entre les codes graphiques.Ce sont des Terres du Milieu insituables, brouillées, matrices composites, dotées de mille imperfections.L\u2019auteur d\u2019un tel imaginaire déploie des stratégies où sa liberté finit par confronter son désir.L\u2019espace creux, disponible à tous les surgissements du néant, ne dérobe alors plus sa nature vide, lorsqu\u2019appa-raissent ces globes oculaires où miroite l\u2019obsession.Car toute conquête est celle d\u2019une présence, celle du quêteur, marcheur ou fantassin, même, et peut-être surtout, s\u2019il exprime sa terreur.Le guetteur verra, le marcheur aboutira, le guerrier guerroiera, pour son triomphe ou la mort.Alberto Manguel et Gianni Guadalupi ont recensé, dans leur Dictionnaire des lieux imaginaires (Actes Sud, 1998), d\u2019innombrables chimères romanesques, incarnées sous des climats et des topographies qui ont en commun une fixité noire.Qu\u2019on pense à Pi, le naufragé traumatisé de Yann Martel de la désormais célébrée Histoire de Pi (XYZ), rescapé d\u2019un océan fantastique affolant.La parution de ce roman est conco mitante avec le 11-Septembre.Voyages extraordinaires De Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, dont les éditions des Saints Pères viennent juste de republier le manuscrit, en fac-similé de luxe, au dernier avatar cinématographique du Bilbo de J.R.R.Tolkien, du succès de Lewis Carroll à la consécration d\u2019Antoine Volodine, les encyclopédistes de la littérature exotique et postexotique ont conçu des atlas, où l\u2019errance garantit l\u2019éloignement du réel, tandis que l\u2019espace coïncide, en parallèle, avec une ou des époques connues.Par la rêverie, cette imagination jusqu\u2019au-boutiste n\u2019en construit pas moins des contes cruels, qui rejoignent les sagas sans frontière ni âge.Anne Hébert, Jacques Poulin ont vu, de près ou de loin, le pays par la fenêtre fantasmée du roman et les images désolées de Jean-Paul Lemieux.Il y a eu des drames.Là s\u2019épanouissent les passions propres aux esprits hantés par le chaos, le sens immodéré du retrait, les pertes et les distractions ineffables, les spectacles entrevus en rêve ou les bizarreries excluant tant la civilité que la connaissance stable.Le XX® siècle s\u2019est défait de l\u2019utopie.Aquin, Ducharme, engloutis dans la béance d\u2019un pays demeuré désir, privés de repère paternel, ont investi les traces culturelles avec leur égarement particulier dans la révolte ou le silence.Sans doute Gracq avait-il mis un point d\u2019orgue, mec&on Rivage des Syrtes en 1951 (José Corti), à l\u2019espace arasé du désir, qui gonfle dans l\u2019attente et se refuse, en fin de compte, à renoncer à son objet.Il préfère se soumettre à l\u2019impossible achèvement de se satisfaire et que la culture s\u2019effondre dans la guerre: il provoquera l\u2019envahisseur honni, même s\u2019il en sait la barbarie supérieure.Aussi Gracq ne pouvait-il aller au-delà du Rivage des Syrtes, grand succès littéraire ; mais il en reprit l\u2019idée générale, la tension sournoise, puis l\u2019hostilité déclarée des parties en guerre {{Au-delà, la Crête s\u2019élevait d\u2019un jet, lisse, énigmatique, violemment éclairée par la lune, d\u2019un rose décoloré et froid.La longue crête dentelée parlait dure et tranchante dans 1^ cette nuit laL éveillée.yy i dans son roman suivant.L\u2019écrivain n\u2019a pas voulu le finir ni le publier.Soixante ans plus tard, la menace alors décrite résonne durement.Aux confins du Couchant Les éditions Corti et son éditrice dans la Pléiade, Bernhild Boie (aussi exécutrice testamentaire de Gracq), ont donc décidé de le donner à lire, ô surprise, en 2014.De 1953 à 1956, Gracq rédigea Les Terres du Couchant, ce roman inachevé d\u2019angoisse élaborée, tout de géographie imaginaire.Saturé de marche et de gestes menaçants, dans l\u2019ambiance lourde de l\u2019écriture perlée, de la surcharge descriptive, de l\u2019onirisme et du climat de traque et d\u2019embuscade, il ressemble au Rivage, en plus violent, sans quête amoureuse, fort de la camaraderie de survie.L\u2019histoire est brouillée, irréelle, l\u2019ennemi sans visage lance ses exactions, flambe et cavale.De ce roman, Gracq avait extrait la nouvelle La route, quintessence brève.Entretemps, il avait signé Un balcon en forêt Üosé Corti, 1958), un épisode réel de la guerre de 1914, souvent lu dans les lycées français.Mais Les Terres du Couchant, dans le contexte de mondialisation dangereuse où nous le lisons, prend un autre sens.Au pied des murailles d\u2019Armagh, la légende nordique, germanique et celtique de Gracq raconte de féroces combats au sortir des forêts jusqu\u2019au cœur de la citadelle.Les hommes VOIR PAGE E 2 : COUCHANT ALAIN JOCARD AGENCE ERANCE-PRESSE En haut, le monde, orienté sud/nord, vu par le géographe arahe Al-Idrisi (1100-1265).La limite entre géographie imaginaire ou ancienne est parfois mince.En has, Julien Gracq, en 2001.{{llest singulier que les lieux accoutumés de vivre à l\u2019ombre gardent longtemps encore dans le plein Jour cet aspect chauve et ébloui qui les dénonce, comme une bête des cavernes qui se tortillerait au grand soleil )) Extraits de Les Terres du Couchant E 2 LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE JANVIER 2015 CULTURE Le génie de la lampe du coffret Lavoie J' Odile Tremblay / i urant le temps des Fêtes, vrai carburant de nostalgie, on pense souvent à son berceau.Le mien se balançait dans la ville de Québec, un des endroits les plus romanesques d\u2019Amérique du Nord pour y grandir et prendre son essor.A cause du poids de l\u2019histoire, de l\u2019enracinement dans un passé sur lequel on s\u2019enfarge à chaque instant, de la campagne toute proche et du fleuve qui pointe vers le Nord, comme une boussole.Ces réflexions-là surgissaient ces derniers jours en génie de la lampe du coffret Richard Lavoie, cinéaste enfanté par Québec et marqué de son empreinte de mémoire.Vingt-sept de ses oeuvres y sont triées parmi une centaine : documentaires, fictions et docu-fictions sur la ville, les régions agricoles, la mer, le Grand Nord, les vieux métiers, la francophonie, etc., commentaires et livret à l\u2019appui, sous distribution des Films du 3 mars.Une production d\u2019un demi-siècle.Son premier film, il l\u2019avait fait très jeune : Rencontres dans l\u2019invisible, en 1957, hommage au capucin père Venance, qui filmait au microscope l\u2019univers des gouttes d\u2019eau.Mais il co-réalisait avec son père depuis son âge tendre.Car celui-ci, Herménégilde Lavoie, fut un pionnier du cinématographe.Entre eux, la transmission de savoir s\u2019est effectuée de maître à apprenti, à la façon des anciennes confréries d\u2019artisans.Père et fils se préoccupaient de préservation de patrimoine à Québec et en région dans leurs films et leur vie.Ça m\u2019impressionnait de savoir qu\u2019Herménégilde avait payé de sa poche le propriétaire du désormais célèbre moulin à vent de L\u2019Isle-aux-Coudres pour l\u2019empêcher de le raser au cours des années 40.Le dernier film de son fils, le magnifique Quais-blues, en 2011, documentaire sur les anciens quais du Saint-Laurent menacés de destruction par le gouvernement fédéral au grand dam des villageois riverains, lançait un même cri d\u2019indignation en une sorte d\u2019écho, plusieurs décennies plus tard.Comme quoi, chez nous, on n\u2019apprend toujours pas à préserver notre âme et nos trésors.Vocation dynastique Richard Lavoie s\u2019était installé à Tewkesbury, à 25 kilo- JACQUES NADEAU LE DEVOIR Richard Lavoie a été un œil témoin des environs et des campagnes de la région de Québec, avant de migrer vers la métropole.Un coffret de six DVD de son œuvre est maintenant disponible.mètres du centre-ville, dans la vallée de la rivière Jacques-Cartier, où les paysages automnaux constituent un lieu de pèlerinage annuel à cause de leur splendeur multicolore.11 y offrit longtemps des services de location d\u2019équipement pour des tournages en région.Québec n\u2019a jamais été un haut lieu cinématographique, encore moins Tewkesbury, et Richard Lavoie donnait là-bas aussi du travail aux techniciens et artistes de la capitale.Certains étaient mes amis.Qn allait le visiter dans son royaume, regardant aussi ses rushes.11 nous semblait une figure tutélaire, sorte de PME à lui tout seul, sortant des films de liberté de son chapeau.Ainsi ce Guitare sur une musique de Jocelyn Sheehy que tout le monde appelait Joce, où des enfants vivaient des ap-prentissages d\u2019aventure et d\u2019humanité sans parents pour les déranger, à l\u2019état sauvage.D\u2019où les ennuis avec les diffuseurs télé, qui ne savaient guère trop à quel auditoire cette fiction expérimentale s\u2019adressait (aux enfants ?aux adultes ?).Le type d\u2019œuvre à peu près inconcevable aujourd\u2019hui, parce que les télés sont omnipotentes et que des enfants, lâchés lousses, ça fait désordre, comme on dit.Dans le commentaire d\u2019accompa- « Ce gars-là à Québec est en train de faire tout seul ce qu\u2019on fait à l\u2019ONF» gnement au coffret, le cinéaste rappelle que Guitare était qualifié à l\u2019époque (1974) de «film de gauche pour enfants».Drôle! Le cinéaste Fernand Danse-reau témoigne aussi, évoquant ses réflexions du temps: «Ce gars-là à Québec est en train de faire tout seul ce qu\u2019on fait à l\u2019ONF.» Richard Lavoie finit tout de même par rejoindre la métropole, puissant aimant.D\u2019ailleurs, ses enfants travaillent parfois avec lui.Vocation dynastique, donc.Généalogie Dans le coffret, outre des œuvres phare comme Rang 5 sur les métiers agricoles, acclamé et primé, Noël à Vile aux Grues, et Charles Daudelin, des mains et des mots, où le sculpteur se livre dans toute sa ferveur créatrice, se retrouve aussi le film hommage que Richard Lavoie a consacré à son père, en sauvant du coup plusieurs de ses œqvres promises à l\u2019oubli.A l\u2019adolescence, Herménégilde Lavoie, un orphelin, s\u2019était rêvé architecte, mais faute de moyens, ne put terminer ses études au cours des années 20.Un temps fonction- naire, renvoyé par Duplessis comme forte tête, il sauva sa famille de la misère grâce à sa passion pour le cinématographe.Qn lui devait des documentaires sur les coins du Québec encore préservés mais menacés, parfois des œuvres de commande, sur les communautés religieuses souvent.Tout le parcours d\u2019Her-ménégilde Lavoie paraît emblématique de celui du Québec de la Grande Noirceur en route vers sa percée de lumière.Celui de son fds pose un pied dans le temps en mouvement, gardant l\u2019autre collé à la mémoire collective, avec un regard d\u2019anthropologue.En 1974, la ville de Québec fut l\u2019hôte de la Super Franco-fête, notre Expo 67 à nous, pour l\u2019ouverture à 360 degrés qu\u2019elle Impliquait.Richard Lavoie avait été chargé d\u2019immortaliser en fdm cet événement vraiment extraordinaire, béni par un beau temps perpétuel.Tous ces artistes francophones venus des quatre coins du monde mettaient la ville à l\u2019heure planétaire, en Illuminant l\u2019été et les esprits.Le documentaire qu\u2019il en a tiré.Franc-jeu, avait été jugé Irrévérencieux et trop politique.Mol, je m\u2019étais laissée longtemps hanter par une chanson africaine sur Instrument à cordes, servie en leitmotiv à ce film-là.Les coffrets rétrospectives servent également à ça parfois : nous remettre un air à l\u2019oreille, aussi mélodieux que dans notre souvenir.11 me semble que l\u2019œuvre de Richard Lavoie aurait été mieux connue s\u2019il avait quitté les environs de Québec plus rapidement.Mais un œil témoin se serait alors effacé des campagnes à la ronde et des murs ancestraux qui nous faisaient rêver.Et ça, quel enfant de ce berceau-là aurait pu le souhaiter?otremblay@ledevoir.com LINACRUZ IMAGINARIUM, NI LES ANIMAUX! 21,22, 23 JANVIER 20 H iS NOURRIR COUCHANT SUITE DE LA PAGE E 1 hantent le paysage, armés de la puissance magique des armes et d\u2019un sens de la manœuvre où la liberté de tuer exalte l\u2019Imagination et l\u2019Instinct.Ces archétypes.Immobiles et gravés à la manière de Dürer, associent l\u2019histoire et l\u2019Inconscient avec puissance, ravivant notre cauchemar de ce qui se passe actuellement à nos frontières.Innombrables sont les écrl- CHOREGRAPHIE INTERPRÈTES Lina Cruz Tanya Crowder, Danielle Davidson, Jean-François Duke Catherine Larocque, Loïc Stafford, Fabien Piché Ghislaine Deschambault MEZZO-SOPRANO MUSIOUE/INTERPRETATION ÉCLAIRAGES Philippe Noireaut Christophe Nicolas DU 13 AU 17 JANVIER 2015 A 19 H MISE EN SCÈNE HANNA ABD EL NOUR PRODUCTION URD/VOLTE 21 BILLETTERIE / 514 525.1500 840, RUE CHERRIER MONTREAL WWW.AGORADANSE.COM BILLETTERIE 514 521 4191 WWW.ESPACELIBRE.QC.CA/ 1945 RUE FULLUM V AGORA DE LA DANSE PHILIPPE NOIREAUT LOÏC STAFFORD C AT H E R I N E LA R O C Q U E DA N I E L L E D AV I D S O N PHOTO /ALEXANDRE FRENETTE vains Inspirés par Gracq.Des collections d\u2019essais, telle Liberté grande chez Boréal, ou des maisons d\u2019édition de romans, telles Attila ou Zulma, le saluent de maints choix éditoriaux.Jacques Abeille, Jean-Marie Bias de Roblès, Hubert Haddad écrivent sur le vertige des gouffres approchés Inéluctablement, les yeux ouverts sur un enfer.Lorsque François Quellet et François Paré, professeurs de littérature québécoise, s\u2019écrivaient entre 1998 et 2000 {Traversées, Nota bene, 2014), tentant des «conjonctures» sur leur discipline.Ils faisaient remarquer que la contre-culture, la route, avait cédé le pas à V«impuissance radicale».Chacun pour sol, l\u2019enchantement s\u2019est désorienté.Toutefois, l\u2019écriture «réclame quelque chose à la limite», observait François Quellet; la «fin du patriarcat», la «venue d\u2019un autre monde», une «fin de civilisation», un «passage à vide de l\u2019humanité».Cet appel du paysage.Insistant chez Aquin, chez Jacques Brault, résonne étrangement en 2014, sous ces mots de François Paré, qui écrivait après Michel Serres : « Toute écriture est une approche et un dépassement de la rive.Un pont pour les tremblants marcheurs que nous sommes.» Collaboratrice Le Devoir LES TERRES DU COUCHANT Julien Gracq Corti Paris, 2014, 259 pages T.-» 'm ALPHONSE DE NEUVILLE/EDOUARD RIOU Illustration tirée de Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne LE DEVOIR LES SAMEDI ET DIMANCHE JANVIER 2015 E 3 CULTURE.ME DI AS KEVIN WINTER AGENCE ERANCE-PRESSE/GETTY IMAGES Les deux fondateurs des Yes Men, Igor Vamos (alias Mike Bonanno) et Jacques Servin (alias Andy Bichlbaum), en 2004, lors du lancement du documentaire sur les actions du collectif.Des airs de faussaires qui trouvent leurs racines dans Fart Moussé par Internet, le canular est devenu une figure de style mainstream Le canular, sur Internet notamment, est devenu une figure de style du courant dominant: certains sites produisent des canulars quotidiennement.Les racines du genre sont à chercher notamment dans les pratiques des artistes, héritiers du situationnisme ou de l\u2019interventionnisme, d\u2019homme enceint en chimpanzé peintre, de conférences de presse bidon en signatures imaginaires.JONAS PULVER Cet article dira toute la vérité, rien que la vérité, promis, juré, craché.Jugez plutôt: «Musée Grévin \u2014 Les visiteurs autorisés à gifler les statues des personnalités qu\u2019ils n\u2019aiment pas chaque vendredi.» « Une artiste de New York crée de l\u2019art invisible et les collectionneurs dépensent des millions pour se l\u2019offrir.» Vous n\u2019y croyez pas ?Et vous avez raison.Ces extraits d\u2019articles de presse se font l\u2019écho de trois canulars lancés cette année à l\u2019assaut de la média-sphère, concoctés dans le premier cas par le site satirique Le Gorafi, dans le deuxième par une marque de chocolat, dans le troisième cas par deux humoristes de la radio CBC (dont l\u2019histoire d\u2019art invisible n\u2019aura pas paru révolutionnaire une seule seconde à qui est familier avec le travail d\u2019un John Cage ou d\u2019un Gianni Motti).Trois « hoaxes», pour utiliser la terminologie anglaise, trois arnaques mises en œuvre par des activistes, des responsables marketing ou des personnalités du show-business, le tout catalysé par la puissance de propagation d\u2019Internet.Jouer avec la dimension discursive et friable du réel, avec les représentations qui le composent: une pratique chère aux artistes, bien avant que le canular ne devienne cette figure de style aujourd\u2019hui entrée dans le répertoire de la culture mainstream.Ainsi de l\u2019excentrique Sarah Bernhardt, photographiée assoupie dans le cercueil qu\u2019elle transportait en tournée, et affichée en une de la presse de boulevard.Ainsi de Nat Tate, artiste sorti de l\u2019imagination de l\u2019écrivain William Boyd et de David Bowie, dont la «redécouverte» fera gloser les plus grands ti- tres, y compris le New York Times.Ainsi du Taïwanais Lee Mingwei, auquel le Mori Museum de Tokyo consacre en ce moment une rétrospective, et qui se présentait en 1998 comme le premier «homme enceint» par le biais d\u2019une plateforme Internet richement do-cumentée (coupures de presse, interviews.), cependant entièrement bidon.«Le canular se joue dans la relation avec les médias.En ce sens, il est lié avec le développement de la presse», note Denis Pernet, commissaire d\u2019exposition et directeur de l\u2019espace spécialisé dans l\u2019édition Hard Hat à Genève.«C\u2019est son succès médiatique qui rend le hoax possible ou non, dans le potentiel de la nouvelle à être reprise, et à acquérir un statut de vérité.C\u2019est l\u2019effet de réel dont parle Roland Barthes.Beaucoup d\u2019artistes vont utiliser la presse dans une perspective activiste, en héritiers du détournement cher au situationnisme théorisé par Guy De-bord.Il y a toute une tradition du hoax qui a pour but d\u2019éveiller les consciences, une forme de hacking [détournement] de la réalité.» Mettre en lumière les travers des systèmes dominants: c\u2019est le parti pris du site LeGorafi.fr dans ses publications plus politisées, mais aussi, comme le rappelle Denis Pernet, du collectif The Yes Men, dont les artistes imposteurs, dès le début des années 20(30, s\u2019emploient à infiltrer de puissantes organisations pour mieux en faire apparaître l\u2019hypocrisie.En 2009, ils tentent de faire croire au cours d\u2019une conférence de presse que la US Chamber of Commerce va déve- «Le canular se joue dans la relation avec les médias.En ce sens, il est lié avec le développement de la presse» WIKIMEDIA Une des œuvres de «Fartiste» chimpanzé, Congo lopper une politique plus éco-sympatique ; ils ne parviendront pas à terminer leur élocution, mais quelques semaines plus tard l\u2019institution annonce officiellement des changements, quoique l\u2019ancien vice-président Al Gore déclarera que «ce n\u2019était pas à cause des Yes Men».Critique Les discours façonnent le réel: subvertir les institutions qui nous montrent le monde, c\u2019est déjà amorcer le changement.Pour le sociologue de l\u2019image Gianni Haver, «il y a là une dimension de mise en danger qui rappelle certaines performances» : The Yes Men ont dû faire face à plusieurs actions en justice.«On peut se mettre en danger en se taillant la peau, en travaillant sur le corps, mais on peut aussi se mettre en danger en se faisant passer pour quelqu\u2019un d\u2019autre.» Et si toutes les arnaques ne mènent pas jusqu\u2019au tribunal, ils procèdent presque toujours d\u2019une mécanique du piège et de la disqualification: piège à journalistes, ou piège à experts, comme dans les différents cas de peintures réalisées par des singes, par exemple celles du chimpanzé Congo, exposées par le primatologue Desmond Morris.«Le canular est une critique des modes de production culturelle, mais on est bien obligé de constater que cette critique est récupérée et intégrée: même si le canular est une critique de l\u2019information, on en fait quand même de la nouvelle, analyse Gianni Ha-ver.Le présent article en est la preuve, non ?Une fois que la nouvelle fausse a été communiquée, on va continuer de communiquer pour expliquer pourquoi et comment elle était fausse.La machine à curiosité est en marche, elle va se nourrir d\u2019elle-même.C\u2019est assez circulaire.» L\u2019incroyable réalité Une ronde évidemment accélérée, amplifiée, décuplée par Internet.Et c\u2019est bien cette portée inédite qui a permis l\u2019émergence des sites comme Le Gorafi, ou The Onion, son pendant anglophone, descendants autant des caricatures du XIX® siècle ou de la presse satirique que des pratiques de détournements culturels des Yes Men ou Lee Mingwei.«Si quelque chose de faux peut être perçu comme vrai, alors ce qui est en apparence vrai pourrait bien se révéler faux, avec toute la dimension politique que cela implique, résume le journaliste et chercheur Lrédéric Martel dont le dernier ouvrage, Smart, vient d\u2019être traduit en sept langues.Des choses in- croyables et impossibles à imaginer deviennent vraies: ainsi d\u2019un ministre du Budget qui a un compte bancaire caché en Suisse; d\u2019un ministre qui n\u2019a pas déclaré ses impôts depuis plusieurs années alors qu\u2019il était chargé de la transparence financière à l\u2019Assemblée nationale, etc.LeGorafi.fr aurait pu sortir ces informations et on aurait pensé que c\u2019était impossible: mais c\u2019est Médiapart qui les a sorties! Démêler le vrai du faux est, par essence, le métier du journalisme.Le canular est là pour les mêler, les emmêler, pour mieux les révéler.C\u2019est sa force.» Le Temps JAZZ Camus, Orwell et Carroll en bleu SERGE TRUEEAUT Fallait y penser.En fait, ce n\u2019est pas tout à fait ça.11 fallait oser.C\u2019est dit.11 fallait oser, et pas à peu près.Quoi donc?Conjuguer tout un album avec la littérature en général, Albert Camus, George Orwell, Lederico Garcia Lorca et Lewis Carroll en particulier.C\u2019est ce que notre très cher Ben Sidran vient de réaliser.Le fait, le seul fait d\u2019avoir fait cela, fondre les éclaircissements de L\u2019étranger dans les notes du jazz-blues, et inversement, mérite toutes les médailles \u2014 les républicaines, on tient à le préciser.Le titre de cet album paru sur l\u2019étiquette française Nardis/Bonsaï est évidemment au diapason de l\u2019ambition affichée : Blue Camus.L\u2019objet ainsi nommé étant une affaire de mots et de sons, sa déclinaison mérite, ou plus exactement oblige des arrêts appuyés.AUons-y Blue Camus est inspiré de L\u2019étranger.On y entend, chanté en français, notamment ceci : «Un homme du midi/Un homme détruit/Un homme de la vie/C\u2019est tout, c\u2019est fini [.] La lumière, la lumière/Je peux pas voir/Je peux pas sentir/It\u2019s ail so dark.» A Is For Alligator est inspiré de La ferme des animaux d\u2019Or-well.Sidran y raconte cela: «Maybe that\u2019s the reason people finally had to build themselves a zoo/They call it New York City but it\u2019s just another alligator stew.» Oups! The King of Harlem emprunte un peu,beaucoup à Poète à New York de Lorca.11 y est suggéré : «Go tell Dali, go tell Bunuel/Go tell the millionaires it\u2019s time to sell/the final boot/Is on the stairs.» On voudrait définir la déflation qu\u2019on ne s\u2019y prendrait pas autrement.Wake Me When It\u2019s Over est Il fallait oser, et pas à peu près.Quoi donc?Conjuguer tout un album avec la littérature en général.inspiré A Alice au pays des merveilles de Carroll.Cela donne notamment ceci : «Maybe I\u2019m right/Maybe I\u2019m wrong/But too many people/just won\u2019t get along/Got nothing to say/But saying it louder and louder and louder/And every day/Hold so-meone/hostage/Make someone hostage.» Entre ces divers morceaux, ces poèmes ou dissertations, Sidran et ses amis ont intercalé des pièces strictement instrumentales.Leur qualité ?Mises bout à bout, elles évitent à l\u2019album d\u2019être qualifié de trop bavard.Car les hommages rendus aux écrivains sont passablement longs.Les complices de Sidran s\u2019appellent Ricky Peterson à l\u2019orgue, le très fidèle Billy Peterson à la contrebasse \u2014 ces deux frères cumulent un nombre d\u2019expériences hallucinant \u2014, son fils Léo à la batterie et, sur certains morceaux.Bob Rockwell au saxophone.Le tout est remarquable.11 confirme surtout que Sidran est bel et bien l\u2019héritier direct de l\u2019immense Mose Allison.Le Devoir BLUE CAMUS Ben Sidran Nardis/Bonsaï SIX MEDIA MARKETING Ben Sidran ï % CELIKE BOhNIER ^ DMMY BOUDREAULT ^ M/GALIE LÉPIIME-BLOIDEÀU ^ JEAIM-hOÏSE MARTIN ^ ÉRIC ROBIDOUX PAUL LEFEBVRE ADAPTATION SCENIQUE S MISE EN SCÈNE SERGE DEK5NCOIRT UNE PRODUCTION D\u2019ESPACE GO THEATRE ESPACE GO 4890, BOUE.SAINT-LAURENT, MONTRÉAL BILLETTERIE:514 845-4890 ESPACEGO.COM ^transat ConMilMsArts du Canada PARTENAIRE DE SAISON E 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JANVIER 2015 CULTURE» MU SI QUE CLASSIQUE Les meilleurs albums classiques de 2014 BORIS HORVAT AGENCE ERANCE-PRESSE Le chef d\u2019orchestre argentin Leonardo Garcia Alarcon use de sa notoriété pour promouvoir des œuvres méconnues.Le résultat est passionnant, selon notre critique Christophe Huss.Explorer des terres musicales inconnues Johann Wenzel Kalliwoda, Charles Wakefield Cadman : plus que des noms dans des encyclopédies ! Dans notre «top 10» des CD classiques 2014, six parutions dévoilaient des œuvres inédites ou méconnues.Trente après son avènement, le CD reste un incomparable instrument de découvertes, et la recherche de trésors oubliés devient une discipline musicale de plus en plus populaire auprès des interprètes.En voici cinq parfaits exemples.CHRISTOPHE HUSS GIOSEFFO ZAMPONI: Ulysse all\u2019isola di Circe (opéra 1650) Capella Medi-terramea.Chœur de chambre de Namur, Clematis, Leonardo Garcia Alarcon.Ri-cercar 2 CD RIC 342.Voilà très exactement la mission d\u2019un grand interprète: user de sa notoriété et de sa crédibilité pour promouvoir des œuvres méconnues.N\u2019avoir pas fait cela (à l\u2019exception de Sibelius dans les années 50) est le reproche que l\u2019on peut associer pour l\u2019éternité à Herbert von Karajan.Leonardo Garcia Alarcon, révélation musicale (avec Teodor Currentzis et Raphaël Pi-chon) de cette première moitié de décennie, brille dans le Requiem de Mozart ou les Vêpres de Monteverdi, pour mieux nous révéler Elena de Cavalli (en DVD chez Ricer-car) ou ce pur chef-d\u2019œuvre postmonteverdien, créé en 1650 à Bruxelles.Gioseffo Zamponi, né en même temps isalle Boure 4» SAISON 2014*2015 ourgie ^TI0N LA FONDATION ARTE MUSIOA PRESENTE JEAN-EFFLAM BAVOUZET, piano 2 CONCERTS MUSIQUE DE CHAMBRE Mercredi 14 janvier 2015 \u2022 19h30 Pleins feux sur Beethoven BEETHOVEN Trio pour piano et cordes n° 5 « des esprits» BEETHOVEN Ouatuor à cordes n° 2 EAURÉ Ouatuor pour piano et cordes n° 1 PIANO SOLO Jeudi 15 janvier» 19h30 DEOAUX Clairs de lune (extraits) PIERNÉ Nocturne en forme de valse DEBUSSY Clair de lune DEBUSSYJeux RAVEL Miroirs Premier récital à Montréal ! VENEZ DECOUVRIR CE PIANISTE EXCEPTIONNEL! Billets et programmation complete sallebourgie.ca 514-285-2000 #4 Présente par MUSEE DES BEAUX-ARTS MONTRÉAL ARTE MUSICA que L\u2019Orfeo de Monteverdi, autour de 1600, est mort en 1662.On a perdu toute trace de lui avant qu\u2019il œuvre, à partir de 1648, à Bruxelles et y compose cet Ulysse all\u2019isola di Circe, le premier opéra représenté dans cette ville.Un Ulysse, dix ans après le chant du cygne de Monteverdi! Et pas seulement cela: un opéra qui tient parfaitement la comparaison.Inutile de paraphraser un livret parfait, qui décrit, dans un luxueux livre-disque, toutes les circonstances de la création et de la reconstitution moderne de cette œuvre.Le résultat est passionnant et une composition majeure vient d\u2019entrer au répertoire.WALTON ET HINDEMITH : Concertos pour violoncelle ET ORCHESTRE (1956 ET 1940) Christian Poltéra, Orchestre symphonique de Sao Paolo, Frank Shipway.Bis SACD 2077 (SRI).Oh que ce disque a failli se trouver dans le «top 10» de l\u2019année 2014! Le seul minime reproche que je peux lui adresser est un positionnement des micros un peu trop près du soliste.Cela dit, techniquement, le bilan est très positif, car les timbres sont superbes et l\u2019orchestre remarquablement fouillé.Et, musicalement, quel bonheur! Alors, œuvres à découvrir?Oui, car les noms de Walton et Hindemith ont beau être connus, ils se retrouvent beaucoup plus dans les livres d\u2019histoire de la musique que dans les programmes des concerts.Ces deux compositeurs illustrent bien ce que j\u2019appelle le «XX® siècle perdu», effet de la double entreprise de marginalisation par les nazis (Hindemith, compositeur déclaré «dégénéré»), et par le leurre, après-Guerre, du «progrès en musique».Walton s\u2019en est mieux tiré qu\u2019Hindemith, car les Anglais ont toujours continué à promouvoir leurs compositeurs éminents.Cela dit, ces interprétations exceptionnellement détaillées et justes viennent à point nommé pour tenter de réhabiliter un répertoire.Et bravo à Christian Poltéra, pour cette croisade, déjà incarnée dans un CD Martin, Honegger Schoeck en 2012.Les œuvres pour violoncelle seul (Passa-caille de Walton et Sonate op.25 n° 3 àe Hindemith) ne sont pas à négliger, loin de là.DANSES POUR PIANO ET ORCHESTRE Œuvres de Pierné, Castro, Chopin, Saint-Saëns, Weber, Gott-schalk et Cadman.Joel Fan (piano), Northwest Sinfonietta, Christophe Chagnard.Reference Recordings RR-134 (Naxos).La musique sert aussi au divertissement.Voici donc le disque «anti-prise de tête» pour ceux qui aiment le répertoire pour piano volubile.Il y a cinquante ans, le Scherzo de Henry Litolff était le parangon de ces œuvres pour piano et orchestre autour de dix minutes et visant l\u2019éblouissement par la verve et la virtuosité.Le pianiste américain Joel Lan remet au goût du jour sept de ces pièces d\u2019apparat.Il ne retourne pas à Litolff, mais parmi les œuvres un peu connues choisit Krakowiak de Chopin et la Polonaise brillante de Weber, orchestrée par Liszt.Le reste est vraiment rare: Fantaisie-ballet de Pierné, Valse-caprice de Saient-Saëns, Grande tarentelle de Louis Moreau Gottschalk, Valse-caprice de Ricardo Castro Herrera et un petit bijou.' Dark Dancers of the Mardi Gras de Charles Wakefield Cadman (1881-1946).Le Northwest Sinfonietta n\u2019est assurément pas le Philharmonique de Berlin, mais ceux qui aiment le genre n\u2019ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent ces dernières années.KALLIWODA: Les trois Quatuors à cordes Quatuor Talich.La Dolce Volta LDV260 (HM).Il ne s\u2019agit pas là d\u2019une nouveauté.La Dolce Volta a choisi de rééditer les plus beaux enregistrements Calliope du Quatuor Talich.Celui-ci, de 2005, nous révélait les extraordinaires trésors des trois quatuors composés par Johann Wenzel Kalliwoda (1801-1866) entre 1835 et 1838.Dans un idiome post-Haydn, on trouve ici les œuvres d\u2019un esprit riche et inventif, comme en témoigne le Scherzo en pizzicato du 1\" Quatuor (oui: la 4\u201c Symphonie de Tchaïkovski 40 ans avant !).La musique de Kalliwoda sonne comme une sorte de Haydn tchèque.La danse est présente, par exem- DOMAINE PUBLIC Le pianiste américain Joel Fan remet au goût du jour des œuvres pour piano et orchestre.pie dans l\u2019irrésistible Linale du 5\" Quatuor, un chef-d\u2019œuvre d\u2019inventivité.Kalliwoda est en quelque sorte un compositeur qui, au milieu des années 1830, maintenait la verve et l\u2019héritage spirituel de Mozart et Haydn (puis Mendelssohn) au moment ou le monde musical germanique s\u2019enfonçait dans le romantisme profond.C\u2019est à connaître, non seulement comme une découverte, mais aussi comme un vrai «disque de compagnie » dont vous ne vous lasserez pas.Reste à trouver un moyen de ne pas déchirer le carton en cherchant à sortir le CD de son fourreau.REZNICEK: Symphonies n° 3 et 4 Robert-Schumann Philharmonie, Frank Beermann.CPO -\t777637-2.Je n\u2019allais pas ra-ter l\u2019aubaine de rappeler au bon souvenir de tous Emil Nikolaus von Reznicek (1860-1945), connu pour son ouverture Donna Diana, mais avant tout collègue et «ami» frustré de Richard Strauss, dont il a parodié le succès et la vanité dans deux poèmes symphoniques irrésistibles : Schlemihl et Der Sieger.CPO continue son salutaire travail de réhabilitation de Reznicek.Si les symphonies (la «Tragique» et V«Ironique») parues jusqu\u2019ici n\u2019avaient pas totalement tenu leurs promesses, les Symphonies n°3et4 (1918 et 1919) sont fascinantes, à la fois pour leurs réussites et leurs impasses.La question-clé, qui se pose à Reznicek en 1918, est « où va le genre symphonique ?» La 5\" Symphonie, «Dans un style ancien», brasse un univers vieux de cent ans (le début du Finale : pure 4®de Mendelssohn!).Oh que Reznicek devait envier Kalliwoda d\u2019avoir vécu à son époque ! La 4\" Symphonie entérine le constat que le vaste poème symphonique à la Richard Strauss offre au compositeur du début du XX® siècle un cadre plus accueillant que celui, codifié, de la symphonie.L\u2019œuvre est néanmoins pur bonbon pour qui connaît son XIX® sîècle germanîque.Wagner, Mahler, Strauss, Beethoven sont brassés et rebrassés par l\u2019esprit caustique d\u2019un musicien quasiment désemparé face à l\u2019avenir.Le Devoir LE DEVOIR.LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JANVIER 2015 E 5 CULTURE DE VISU Exercices de transparence Les sciences de la mer connotent la première muséale de l\u2019artiste Laurent Lamarche LAURENT LAMARCHE, D.E.MO Musée régional de Rimouski 35, rue Saint-Germain, Rimouski Jusqu'au 8 mars 2015 MARIE-EVE CHARRON Pour qui n\u2019aurait pu encore s\u2019initier au travail de Laurent Lamarche, le Musée régional de Rimouski offre jusqu\u2019en mars un contexte idéal.Dans cette première exposition muséale en carrière, l\u2019artiste de Montréal présente une sélection serrée d\u2019œuvres produites au cours des quatre dernières années.Il a surtout, avec l\u2019éclairé concours de la commissaire et conservatrice de l\u2019art contemporain Eve De Garie-La-manque, déployé et adapté sur mesure deux de ses projets.Ils trouvent en ces lieux une expression des plus abouties.L\u2019univers scientifico-arüs-tique typique à Lamarche est campé d\u2019entrée de jeu avec Fossile (2012).Le large tableau s\u2019offre à la vue encastré dans une cimaise, avec ses motifs hybrides, à la fois organiques et mécaniques, qui s\u2019agglutinent sur la surface.Le doux camaïeu gris évoque des formations figées dans la pierre ou l\u2019imagerie de puissants microscopes capables de scruter le monde dans ses confins cellulaires.L\u2019œuvre agit comme seuil, comme lieu de passage, en donnant à voir son verso et, par conséquent, en dévoilant en partie les artifices à la base des effets perçus.L\u2019endos expose davantage la matière, du PHOTOS LAURENT LAMARCHE Diffraction - Estuaire^ lasers, plastique thermoformable rigidifié et résine époxy, 2014 vulgaire plexiglas, et laisse deviner les gestes ayant engendré de tels motifs ; la matière a simplement été gravée par des outils dont la tête perceuse varie dans ses dimensions.lœs procédés de travail, de cette œuvre comme des autres, font d\u2019ailleurs l\u2019objet d\u2019éclaircissements dans les textes d\u2019accompagnement de l\u2019exposition.U^t et la science A l\u2019exemple d\u2019une bonne part du travail de l\u2019artiste, l\u2019œuvre se dévoile ainsi en deux temps: elle fascine, puis fait le jour sur ses moyens, plutôt rudimentaires.Comme pour ce qui est de la science dans ses visées \u2014 l\u2019artiste se nourrit de son imagerie, de ses discours et de ses méthodes \u2014, les œuvres sont ainsi, au sens figuré.un modèle de transparence.Elles produisent des phénomènes, optiques et de perceptions, tout en mettant en scène leurs explications pour les rendre accessibles.Loin donc de s\u2019en tenir à ce qu\u2019on pourrait qualifier de racoleurs effets spéciaux, le travail de Lamarche parle indirectement du besoin de transparence chèrement ressenti à notre époque.De cela précisément Stephen Harper se moque, comme semblent l\u2019indiquer les entraves posées aux travaux des scientifiques.Rimouski et ses instituts de recherche en savent quelque chose pour avoir subi d\u2019importantes coupes du fédéral dans un secteur de pointe comme celui de la recherche dans le domaine maritime, notamment en ce qui a trait aux impacts des hydrocarbures et autres contaminants sur l\u2019espèce menacée qu\u2019est le béluga.C\u2019est aux sciences de la mer et au paysage fluvial auxquels Laurent Lamarche a justement voulu faire écho dans cette exposition, en particulier avec Diffraction - Estuaire (2014), spécifiquement conçue pour le musée sis sur les rives de Sa Majesté le fleuve.L\u2019installation lumineuse qui occupe la grande salle est une variation sur un dispositif qu\u2019il a développé depuis 2012.Ce sont des lasers bleus, succédant à la série des rouges, qui tracent sur les murs d\u2019évanescents dessins, en apparence réalisés par de complexes calculs.Pourtant, seuls des rayons traversant du plastique thermoformé et rigidifié causent ces chi- C3H6-PLEX-01^ impression numérique, 2011 mères; la preuve est là sous les yeux, au cœur de la salle.La partie arrière de l\u2019exposition présente quelques échantillons de la série d\u2019impressions numériques C3H6-PLEX-01 (2011) et deux spécimens de la nouvelle série Transfigurateurs (2014).L\u2019imaginaire scientifique s\u2019impose encore par références de plats de Petri et de lentilles grossissantes.De vils plastiques, ces dérivés du pétrole que l\u2019artiste emploie sciemment depuis ses débuts, s\u2019y parent de mirifiques effets, figés qu\u2019ils sont par la macrophotographie ou portant leurs ombres alors que des tiges les agitent mécaniquement, sous nos yeux.L\u2019envoûtement ne doit pourtant pas durer.Or, les atours sont une condition préalable.Ainsi le rappelle l\u2019intervention lumineuse donnant sur l\u2019extérieur.Tous les jours, une des fenêtres du musée s\u2019anime en effet de projections bleutées.Cette mystérieuse activité graphique est une invitation à franchir les portes du musée, une invitation où imagination et fiction vont de pair avec connaissance et savoir.Collaboratrice Le Devoir THEATRE Le choc des planètes Le dénominateur commun entrechoque dramaturges et scientifiques autour du mystère de la vie MARIE LABRECQUE Ce n\u2019est pas souvent qu\u2019on discute électrons ou trous noirs lors d\u2019une entrevue avec des dramaturges.La science et le théâtre font rarement ménage.Pourtant, le scientifique et l\u2019artiste ne sont-ils pas tous deux des chercheurs, chacun à leur façon ?«Le travail de création est proche de la recherche scientifique dans le sens qu\u2019on y pose des hypothèses, pense Eran-çois Archambault.Quand j\u2019écris, c\u2019est pour réfléchir à voix haute sur une situation, et j\u2019émets des hypothèses sur cette question à travers une histoire.Sauf que le laboratoire où j\u2019essaie des choses, c\u2019est ma tête.» Afin de créer Le dénominateur commun, le metteur en scène Geoffrey Gaquère a provoqué des rencontres entre deux auteurs et quatre scientifiques : un physicien des particules, une théologienne, un g^ néticien, un psychologue.A ces chercheurs, qui eux aussi s\u2019intéressent, mais sous un tout autre angle, à la place des êtres humains dans le monde, Erançois Archambault et Emmanuelle Jimenez avaient pour mandat de poser trois questions aussi vastes qu\u2019essentielles : qui sommes-nous ?d\u2019où venons-nous?où allons-nous?Le duo d\u2019auteurs est visiblement ressorti emballé, et secoué, par l\u2019expérience.«Si on avait lu sur ces sujets, je ne pense pas qu\u2019on aurait eu le même choc qu\u2019en rencontrant ces êtres passionnés par leur matière, avance Archambault.C\u2019est ce qui m\u2019a bouleversé aussi.Et chaque fois, on sortait de ces rencontres en ayant l\u2019impression de comprendre le monde.Mais la vision du monde était complètement différente d\u2019une entrevue à l\u2019autre.» Ces contacts ont expulsé tous les intéressés de leur zone de confort.Les scientifiques, surpris par des questions qu\u2019ils ne se font jamais poser.Les artistes, confrontés à des concepts abstraits, difficiles.Et souvent troublants.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le duo d\u2019auteurs composé d\u2019Emmanuelle Jimenez et François Archambault avait pour mission de poser trois questions existentielles et essentielles : qui sommes-nous ?d\u2019où venons-nous ?où allons-nous ?L\u2019auteur de La société des loisirs a été frappé par la récurrence de la notion de vide au sein des diverses disciplines.«Le psychologue parlait de manque, de vide spirituel.En théologie aussi.Même le physicien nous expliquait que toute matière est faite de 99 % de vide!» Pour Emmanuelle Jimenez, le choc venait aussi de recevoir toutes ces révélations sur l\u2019univers, et «après, de retourner chez soi en métro, de retrouver [son] petit quotidien.» Evacués de nos vies courantes, ces questionnements fondamentaux nous feraient pourtant du bien en relativisant nos problèmes ponctuels.«Ça donne une autre perspective sur les choses, ajoute son collègue.Je suis très antireligion, mais avant, on se réunissait une fois par semaine pour s\u2019extraire de notre quotidien et réfléchir à des questions existentielles.On devrait assister à une conférence obligatoire sur la science tous les dimanches.» Leçon d\u2019humilité A partir de ces rencontres marquantes, les auteurs ont écrit chacun de leur côté, en toute liberté, mais mus par l\u2019urgence d\u2019un délai serré.Très fragmentés, les textes du Dénominateur commun se promènent entre situations incarnées et réflexions, lyrisme et humour.Car comment se prendre au sérieux dans une pièce sur le sens de l\u2019univers?Les auteurs y ont «tordu» certains concepts, les poussant jusqu\u2019à leur logique extrême.Au tour des scientifiques consultés d\u2019avoir reçu un choc, lorsqu\u2019ils ont entendu l\u2019œu- vre au Eestival du Jamais lu.Erançois Archambault compare le spectacle, défendu par Benoît Dagenais, Muriel Dutil, Maxim Gaudette et Johanne Haberlin, à «une messe païenne.Elle a quelque chose de la célébration d\u2019un mystère.Le mystère humain, de notre présence sur la Terre.» Une énigme qui revenait dans chaque discipline, puisqu\u2019il y a toujours un moment «où la science n\u2019arrive plus à tout expliquer».La pièce illustre notre position d\u2019humilité quant à ce mystère de l\u2019univers.En effet, l\u2019étude de la science a l\u2019avantage de rendre humble, constate Emmanuelle Jimenez.Comment ne pas rabattre son ego devant l\u2019infinité vertigineuse du cosmos, qui sera toujours trop complexe pour être appréhendé par un cerveau humain, aux dires du physi- cien, ou confronté à l\u2019idée selon laquelle on est uniquement sur Terre «pour reproduire notre bagage génétique» ?Plus choquant encore, et mettant à mal notre désir d\u2019avoir le contrôle sur notre vie : cette théorie avancée par le généticien selon laquelle notre peau serait recouverte par tellement de gènes bactériens que ces bactéries pourraient affecter notre humeur.«Sa conclusion est que chacun d\u2019entre nous est un environnement, précise la dramaturge.Alors ton individualité.» Les auteurs affirment sortir grandis de ce projet unique.Bien sûr, «ça ne règle pas la question du sens de notre vie ici, dit Erançois Archambault.Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait?La question nous appartient.» Il en est un peu de même pour ce show éclaté: à cha- Les spécialistes Jean-François Arguin: Ce professeur adjoint au Département de physique de l\u2019Université de Montréal (UdM) concentre ses recherches sur l\u2019expérience ATIAS, un détecteur permettant d\u2019analyser les «collisions produites par le Grand collisionneur de hadrons», un très puissant accélérateur de particules.Solange Lefebvre: On connaît déjà cette théologienne, titulaire de la Chaire religion, culture et société à l\u2019UdM, par ses nombreux écrits dans les médias, dont Le Devoir.Nicolas Lévesque: Le psychologue est aussi un essayiste publié aux éditions Nota Bene: Le deuil impossible nécessaire, Le Québec vers l\u2019âge adulte.Les rêveries de la Plaza St-Hubert, et le récent Ce que dit l\u2019écorce, coécrit avec Catherine Mavrikakis.François-Joseph Lapointe: Ce professeur à l\u2019ÜdM détient non seulement un doctorat en sciences biologiques, il a aussi soutenu une thèse en danse en 2012, à l\u2019UQAM.Et selon Erançois Archambault, il a même créé «une chorégraphie inspirée de son génome».Le Devoir cun de construire son sens.« Quand on l\u2019a présenté en lecture publique, c\u2019était fascinant, parce que je pense que pas un spectateur ne l\u2019a reçu de la même manière.Je crois que le show est intéressant pour ça.C\u2019est un objet ouvert, qui nous échappe.Qui embrasse le mystère.» Collaboratrice Le Devoir LE DÉNOMINATEUR COMMUN Texte: François Archambault et Emmanuelle Jimenez Idéation, dramaturgie et mise en scène : Geoffrey Gaquère Production du Théâtre Debout.Du 13 au 31 janvier, à La Licorne. E 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE JANVIER 2015 CULTURE>CINEMA PEDRO RUIZ LE DEVOIR Uhistoire de Will James (alias Ernest Dufault) fascine Claude Gagnon, qui prévoit faire un film « qui soit béton et corresponde à la réalité» sur ce québécois qui incarna le mythe du cowboy de POuest aux Etats-Unis dans les années 20 et 30.Derrière la légende de Ml James Le cinéaste Claude Gagnon souhaite révéler le destin d\u2019un cowboy de chez nous ODILE TREMBLAY aventure a commencé f pour Claude Gagnon devant le documentaire de Jacques Godhont Alias Will JameSy en 1988.Qui était rtiomme caché derrière ce pseudonyme?Il n\u2019en avait jusque-là rien su, comme la plupart des Québécois, et le découvrait avec stupeur.Aux Etats-Unis, Will James, qui fut la personnification du mythe du cowboy, célèbre au cours des années 20 et 30 pour ses livres, ses dessins de chevaux reliés à sa carrière de pur Yankee et les westerns tirés de ses œuvres, est encore révéré dans les corrals de l\u2019Ouest américain.Son livre Smoky^ raconté à travers la bouche du cheval, est réimprimé aux Etats-Unis depuis sa sortie en 1926.Trois biographies lui furent consacrées là-bas.Se cache pourtant sous la légende un Québécois, Ernest Dufault, né en 1892 à Saint-Nazaire d\u2019Acton, élevé en partie à Montréal, mais mort au Montana en 1942.Le documentaire de Jacques Godbout interrogeait aussi des membres de sa famille au Québec, dont son neveu, l\u2019ex-commentateur sportif Pierre Dufault.La chanteuse Luce Dufault est sa petite-nièce.Tous surveillent les démarches de Claude Gagnon, qui présente sur son site www.willjames.ca des commentaires et clips d\u2019interviews, car ce périple a dé- WillJamesest un personnage fabuleux, un grand artiste, un excellent conteur et illustrateur }} Claude Gagnon marré bien avant le tournage, à travers ce carnet de bord.Claude Gagnon, cinéaste (La-rose, Pierrot et la Luce, Kenny, Kamataki) fasciné par ce profil d\u2019aventurier, a suivi sa route après avoir reçu la bourse de carrière Michel-Brault du Conseil des arts et des lettres du Québec.Depuis le début juillet, il sillonne l\u2019Ouest canadien et américain, rencontre des gens, met aussi la main sur des lettres et documents d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Son but: réaliser un long métrage de fiction Sur les traces de Will James, idéalement en 2016, en déblayant les faussetés sous le mythe pour retrouver l\u2019homme.«Mais je veux un film qui soit béton et corresponde à la réalité.» « Will James est un personnage fabuleux, estime le cinéaste, un grand artiste, un excellent conteur et illustrateur.Peu de gens réalisent leurs rêves.Lui Va fait et je l\u2019imagine à l\u2019adolescence, couché à la belle étoile, écoutant les chevaux et le bétail qui criaient en arrière, avec un objectif en tête: devenir le meilleur des cowboys.» Au long des 25 dernières années, Claude Gagnon gardait l\u2019envie de ce film biographique, lisant les 24 livres de James, enquêtant à l\u2019occasion, sans que ça aboutisse.Uhomme qui murmurait à Toreille des chevaux Will James était un peu, avant la lettre, le Kerouac du Ear West, même si l\u2019auteur de Sur la route, de parents québécois francophones, était né de son côté aux Etats-Unis.«Le recul venu de leur culture leur a fait mieux rêver le territoire américain.» Will James, qui avait quitté le Québec à 16 ans puis abouti en Saskatchewan entre 1907 et 1911, s\u2019était enfui aux Etats-Unis, après un crime de sang commis là-bas.«En 1914, ü fut arrêté pour vol de bétail au Nevada et a fait de la prison [15 mois].Plusieurs cowboys changeaient de nom pour brouiller leurs pistes.Mais dans son autobiographie Lone Cowboy, il s\u2019est dit né de parents américains, pour être accepté là-bas, prétendait qu\u2019un trappeur canadien-français l\u2019avait élevé après qu\u2019il fut devenu orphelin, ce qui expliquait son accent français.Plus il devenait célèbre \u2014 et il était très présent à Hollywood, où il fut d\u2019abord cascadeur sur des films muets \u2014, plus il craignait que la vérité éclate et qu\u2019on le traite d\u2019imposteur, mais il n\u2019a jamais renié sa famille au Québec, comme certains l\u2019ont prétendu.Il leur écrivait, leur envoyait de l\u2019argent, et est venu les visiter.Même sa femme, Alice Conradt, Miss Nevada, épousée à 16 ans, ignorait sa véritable identité.» Will James allait mourir alcoolique et ruiné au début de la cinquantaine, mais Claude Gagnon rappelle qu\u2019il ne pouvait plus monter à cheval depuis l\u2019âge de 28 ans, ayant eu tous les os brisés au contact des chevaux sauvages et montures diverses, ce qui lui avait valu un long épisode d\u2019hospitalisation.«En fait, comme les joueurs de hockey, il avait subi une commotion cérébrale par semaine.Il fut le héros et la victime de sa passion.» Claude Gagnon entend faire un film dans le ton vivant des livres de Will James.«Le gros de mon histoire se déroulera entre 1907 et 1912, mais je reviendrai aussi sur son enfance québécoise.Les dialogues seront en français et en anglais avec sous-titres.De riches Américains du pétrole, qui veulent un film sur lui, sont déjà prêts à y injecter des fonds privés.» Le Devoir DU REALISATEUR DU FILM LES DAMES EN BLEU ^ iFFICIAL SELECTUN ^\t^ sari I hOtDOCS 1 D'OÙ JE VIENS Une ode à la vie et à la beauté du monde 5 NDMINATIDNS aux GDLDEN GLOBES® - DONT - MEILLEUR FILM il il * l«i S- (hi \"\t'h Un film de Claude Demers Avec la participation de Cédric Joyal et Bastien-Xavier Landry-Miron Scénarisati.n, réalicitiBnetnarratiBn Claude Demers Image Jean-Pierre St-Louîs, Nîcolas Cannîcdonî Mantage Alexandre Leblanc San Sylvain Vary, Claude Beaugrand, Serge Boivin PiaJuctrice Colette Loumède Une praductian Je l'Office national du film du Canada oook I onf.ca/doujeviens BU PRESENTEMENT A L'AFFICHE ! Consultez les guides-horaires des cinemas GAGNANT PRIX DU PUBLIC TIFF 2014 GAGNANT CHICAGO INT L FILM FESTIVAL ¦ ENEDICT CUMBERBATCH\tKEIRA version française de The Imitation Game t RftrriLUnr D\u2019APRES UNE HISTOIRE VRAIE ^ Qui a peur de Mike Nichols ?La Cinémathèque québécoise salue le cinéaste récemment décédé FRANÇOIS LEVESQUE La mort subite du cinéaste Mike Nichols le 19 novembre dernier a surpris tout le monde.Malgré un âge fort respectable de 83 ans, le cinéaste affichait en effet une forme splendide au moment de reprendre le classique d\u2019Harold Pinter Trahisons, avec Daniel Craig et Rachel Weisz, l\u2019un de ses plus gros succès critique et populaire sur Broadway.A cet égard, il y a une certaine poésie à ce qu\u2019il eût terminé son illustre carrière là où il l\u2019avait commencée.Or, le metteur en scène aux neuf prix Tony était également détenteur d\u2019un Oscar pour la réalisation du chef-d\u2019œuvre Le lauréat, son second film seulement après le tout aussi magistral Qui a peur de Virginia Woolf?.Pour apprécier, et pour se souvenir, la Cinémathèque québécoise les présentera tous deux du 7 au 9 janvier.Sorti en 1966 et basé sur la pièce d\u2019Edward Albee, Qui a peur de Virginia Woolf?relate une soirée trop arrosée qui dégénère en jeu de massacre entre deux hôtes chicaniers, elle (Elizabeth Taylor, sidérante), la fille du doyen de l\u2019université, lui (Richard Burton, brillant), un professeur d\u2019histoire, et leurs invités, un jeune couple naïf.«Certains ratés ne peuvent pas supporter la valeur et le mérite des autres.La faiblesse, le vice et la médiocrité ont horreur de la force, de l\u2019innocence et de la bonté» : cette réplique illustre parfaitement l\u2019enjeu qui se cache derrière l\u2019argument.Ainsi, alors qu\u2019à l\u2019avant-scène, les vieux amants aigris s\u2019invectivent à qui mieux mieux, en coulisse, c\u2019est l\u2019union de leurs cadets inexpérimentés qu\u2019ils minent avec une toxicité consommée.Cette double intention, le cinéaste en était pleinement conscient.« Un bon film est à propos d\u2019une chose, mais également d\u2019une autre», déclara-t-il à ce propos.Cette philosophie, Mike Nichols s\u2019y tint sa carrière durant.Son film suivant.Le lauréat, en constitue un exemple patent.La grande séduction Le lauréat désigne Benjamin Braddock (Dustin Hoffman, star en devenir), un étudiant amorphe qui, après s\u2019être illustré au collège, rentre chez ses parents.S\u2019il n\u2019a aucune idée de ce qu\u2019il désire faire du reste de sa vie, il sait en revanche qu\u2019il ne veut pas de celle que mènent ses parents.Ostentatoire, son mépris pour un milieu bourgeois et superficiel cache un désarroi existentiel profond.Benjamin est certes le personnage principal, mais celui de Mrs.Robinson (Anne Bancroft, inoubliable) l\u2019éclipse presque.La conjointe blasée, alcoolique et dépressive de l\u2019associé du père de Benjamin, la belle « couguar» avant la lettre séduit le protagoniste, qui s\u2019éprend ensuite de la fille de son amante.Un drame ponctué de touches d\u2019humour corrosif.Le lauréat est au premier degré l\u2019histoire d\u2019un jeune homme amoureux d\u2019une femme mûre, puis d\u2019une femme de son âge.Au second, c\u2019est l\u2019allégorie d\u2019une génération en rupture avec les valeurs établies par les générations passées.Lait intéressant, la réalisation de Mike Nichols s\u2019inscrivait elle-même en porte à faux avec les diktats d\u2019Hollywood.Elle lui valut un Oscar.Et fit école.Le Devoir MGM/STUDIO CANAL Dustin Hoffman et Anne Bancroft dans Le lauréat (The Graduate), sorti en 1967 MAINTENANT AU CINËMA KinE Le Devoir métropde GAGNEZ L\u2019UN DES 50 LAISSEZ-PASSER DOUBLES POUR ASSISTER À LA PREMIÈRE DU FILM «UN PUR CHEF-D'ŒUVRED^ PALME D'OR FESTIVAL DE CANNES SOMMEIL D\u2019HIVER -\tV ^ ¦Lt >\t^ UN FILM DE -NURI BILGE CEYLAN (Wtnter Sleep) fe#!\" U A ¦f, A.D ^\t^ ^ ' A LE MARD113 JANVIER A19H AU CINEMA EXCENTRIS (3536 boul St Laurent) POUR PARTICIPER VISITEZ LE concoursmetropolefilms.com Sp'\" ^Pf'^'^°Q®Jf®J®y^^l®®^'\u2018^^27^cerTt3fBaj5pnTO?rï:lijsvaTientet^letf^æferatej6|anver A\\ % .êO gagnants iBcevront par la poste une nv tat on pour deux personnes 3Z Annexe Commun cat ons AU CINEMA LE 16 JANVIER I rj ^ YniifîTO K metropolëfilms com'^ LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 4 JANVIER 2015 E 7 CULTURE>LIVRES LITTERATURE QUEBECOISE Infusions organiques CHRISTIAN DESMEULES Une jeune femme émerge d\u2019un long sommeil, flottant entre la conscience et l\u2019amnésie, au milieu d\u2019une atmosphère surannée : un manoir au fond des bois, habité par ce qui reste d\u2019une famille richissime, isolée et dégénérée, au cœur d\u2019une campagne québécoise qu\u2019en grands bourgeois ils semblent tous mépriser.Jasmin Muguet, le seul héritier de cet empire fantôme, habite avec sa mère encombrante et se désespère parce qu\u2019Adèle, sa femme, ne l\u2019aime plus.«Comme certaines pâmées, Jasmin pensait que si Adèle le quittait un jour, il cesserait de respirer » Fin connaisseur des plantes et de leurs usages, il décide de précipiter cette issue inévitable et de sacrifier l\u2019objet de son amour en l\u2019empoisonnant petit à petit, jour après jour, avec des infusions de baies de morelle noire \u2014 une plante aussi appelée «tue-chien», de la même famille que la belladone.Une octogénaire russe, autrefois gouvernante au service de la famille Muguet, auquel Jasmin s\u2019était attaché, habite encore la région.Après avoir quitté le service de la famille, Ivana Bittova \u2014 trans-littéré de cette façon, le nom a plutôt une consonance tchèque \u2014 a recueilli puis adopté Nicolas, un garçon maltraité par ses parents.Thanatomorphose Nicolas, lui, qui a aujourd\u2019hui une quarantaine d\u2019années, mène une existence solitaire, sillonne les ^\t-\u2018VS CLINT AUSTIN ASSOCIATED PRESS/THE DULUTH NEWS TRIBUNE Le personnage de Nicolas sillonne les route en quête d\u2019animaux morts frappés par les routiers.routes de la région et ramasse les carcasses d\u2019animaux sauvages qui ont eu la malchance d\u2019être frappés par les automobilistes.«Dans ma camionnette, il y a cette odeur indéfinissable de poil, de sang, de sueur, de saisons et de prières.Des prières courtes et ferventes \u2014 des éjaculations \u2014 prononcées pour je ne sais qui, qui se jettent vers le ciel comme mes bêtes devant les voitures.» Réussissant à tromper son mari, Adèle parviendra à fuir son emprise, avant d\u2019être recueillie par Nicolas, qui va la ramener à la vie et lui insuffler à nouveau le désir \u2014 et notamment le désir de se venger de son bourreau.Histoire teintée de folie et de cruauté, tout imprégnée de relents organiques, de mort et de décomposition.Les fleurs carnivores, quatrième roman de Marie-Chantale Gariépy, À la fin de ma Journée, 13 carcasses gisent dans le ventre du camion.Plus ou moins une tonne.)) Extrait de Les fleurs carnivores est aussi une réflexion diluée sur l\u2019amour qui emprisonne et qui détruit ce qu\u2019il touche.On pourra trouver, toutefois, l\u2019infusion peu concentrée : la plupart des personnages manquent de profondeur et de texture, et le dernier tiers apparaît un peu précipité.Des impressions qui portent à croire que le roman aurait sans doute gagné à être plus élaboré.Quelques références culturelles russes, sorties de nulle part et pas vraiment maîtrisées, viennent aussi écorcher le vernis d\u2019étrangeté d\u2019un roman qu\u2019illuminent pourtant, par ailleurs, de réelles qualités d\u2019écriture.Collaborateur Le Devoir LES FLEURS CARNIVORES Marie-Chantale Gariépy Tête première Montréal, 2014,158 pages POESIE L\u2019art de Joël Pourbaix HUGUES CORRIVEAU On croirait aborder le livre d\u2019un vieux sage, tranquille ment penché sur le poids de sa propre vie, quand on ouvre Le mal du pays est un art oublié.Poésie incarnée dans l\u2019air du temps, dans le temps qui passe.«Grincements d\u2019oiseaux et claquements de portières, je reconnais le flot imminent de l\u2019agitation commune qui rongera la noblesse du petit matin», nous confie-t-il, d\u2019entrée de jeu, au le ver du jour.Le calme qui se dégage de ces textes remplit l\u2019heure d\u2019une conscience d\u2019être à l\u2019affût d\u2019une certaine exactitude.«Il fut un temps où errer n\u2019était point se tromper», constate le poète, qui tend sa parole dans la direction d\u2019une pensée attentive.Ailleurs, on rencontre Henri, un itinérant amateur de pétanque, qui fait dire à Pourbaix ç\\u\u2019«un cadavre a le don brutal de trouer un lieu de son silence».A de nombreuses reprises, l\u2019efficacité redoutable de ces pensées tranche le texte, lui donne une dimension inattendue, supérieure, qui porte le poème vers des lieux de tremblements où l\u2019âme s\u2019entend, se reconnaît.Le poète va dans les bars à la recherche de ce petit défaut dans la dégradation du monde qui pourrait bien surseoir à l\u2019anéantissement, alors qu\u2019il «cherche la douleur de la brèche», l\u2019assouvissement de l\u2019apesanteur.Car le poète donne de lui-même l\u2019image d\u2019un homme ordinaire, englué dans l\u2019inertie souvent abrutissante de la télé et des croustilles englouties dans cette envie toujours prégnante de manger ses émotions.Blessé, il écoute ce corps rapatrié.Dérouté, il voyage à travers pays et souvenirs.Mélancolique, il retourne aux sources de l\u2019enfance.Dix fois, cent fois Petite musique du désespoir aussi que ces chants ombrés, que cette voix qui traverse les embûches et les joies.Les proses de Pourbaix s\u2019inscrivent dans la poésie dite narrative, la tiennent à bout de mots, avec cette langueur qu\u2019imposent la nostalgie aussi bien que la lucidité.«Nous perdons notre âme dix fois, cent fois dans une vie, il faut bien la recouvrer», constate le poète dans cette ardeur qui le fait arpenter son proche territoire.Entre les cauchemars et les ultimes méandres du bonheur ancien ou présent, le poète nous fait pénétrer au cœur de scènes qui prennent l\u2019allure de rêves éveillés ou de fulgurantes découvertes d\u2019un présent lumineux.Et tant il est vrai cyd\u2019«une caresse mouillée réinvente le vertige d\u2019être lâ», tout aussi vrai est le fait que «chaque jour qui passe mérite son sol».Beau recueil aux textes généreux qui nous entraînent dans cette pensée du poème conçu comme la voix même de l\u2019intériorité et de la conscience de soi.Collaborateur Le Devoir LE MAL DU PAYS , EST UN ART OUBLIE Joel Pourbaix Le Noroît Montréal, 2014,144 pages POLARS Débusquer l\u2019enfer MICHEL BÉLAIR C^est avec un thriller planté dans le «Deep South » américain {Seul le silence, Sonatine) que R.J.El-lory a fait une entrée fracassante il y a déjà presque une décennie.Et voilà que sa plus récente histoire se déroule au Mississippi.Ce n\u2019est pas le seul point commun entre les deux tragédies, qu\u2019il nous raconte dans un style d\u2019une richesse inimitable.La vie s\u2019étire mollement à Whytesburg pendant que Richard «Tricky Dicky» Nixon s\u2019enlise de plus en plus dans l\u2019affaire du Watergate.Jusqu\u2019au jour où le shérif John Gaines, à peine revenu du Vietnam, découvre un cadavre enfoui sous la berge de la petite rivière bordant paresseusement la localité.Nancy Denton était portée disparue depuis 20 ans et la vase a préservé son corps de jeune adolescente.Sa réapparition va déclencher une accumulation d\u2019horreurs: meurtres, incendie criminel, suicide, mutilations.En l\u2019espace de quelques jours, les cadavres vont se mettre à s\u2019empiler autour de la petite ville jadis tranquille et Gaines se croira presque R.J.Ellory ERANÇOIS GUILLOT AEP plongé dans l\u2019enfer qu\u2019il vient tout juste de quitter.Rien ne sera simple dans cette enquête impossible chevauchant les décennies sous le regard suspicieux des grandes familles bourgeoises et des partisans du Klan.Gaines devra naviguer sous le vent pendant qu\u2019en sourdine on entendra tout au long une sorte de réquisitoire contre la guerre, ou plutôt contre l\u2019inhumanité qu\u2019elle engendre et les plaies béantes qu\u2019elle sème derrière elle.Les neuf cercles du titre font tout autant référence à l\u2019enfer de Dante qu\u2019à celui né de la guerre, celle du Vietnam ou celle que les Américains ont menée dans le Pacifique contre les Japonais.Ce que traque ici le shérif Gaines s\u2019apparente à la part d\u2019ombre qui nous habite et prend parfois chez certains le visage du mal incarné.Comme dans Seul le silence.Hanté lui-même par ses souvenirs et le grondement des bombes au napalm éclatant dans la jungle.Gaines sera confronté à ses démons avant de pouvoir mettre un terme au cauchemar.C\u2019est un récit terrible et déroutant raconté par un des grands maîtres du genre.L\u2019écriture d\u2019Ellory (rendue brillamment par Fabrice Pointeau, son traducteur attitré) est encore plus souple, plus intuitive et plus percutante que jamais.Les neuf cercles est un grand livre, toutes catégories confondues, et l\u2019on en sortira profondément bouleversé, autant par l\u2019histoire que par la façon dont elle est racontée.Que l\u2019auteur se soit amusé à faire lui-même son éloge sur Internet sous un nom d\u2019emprunt et qu\u2019il fasse encore partie ou non de l\u2019église de scientologie n\u2019y changera strictement rien.Collaborateur Le Devoir LES NEUF CERCLES R.J.Ellory Traduit de l\u2019anglais par Fabrice Pointeau Sonatine Paris, 2014, 574 pages La Vitrine ROMAN QUEBECOIS JEUX INTERDITS Des monstres Dionis Cerdà Fides Montréal, 2014, 304 pages Un jeune prof de français dans une prestigieuse école secondaire privée de Montréal séduit quelques-uns de ses étudiants de quinze ans, filles ou garçons.Narcissique et manipulateur.Omar Ramos a parfois quelques angoisses morales, mais rien pour l\u2019empêcher de dormir.Ses quatre préférés vont vite former une petite « communauté », se disputant les faveurs du maître ou se livrant entre eux à des marivaudages de plus en plus pervers.Premier roman de Dionis Cerdà, Des monstres, largement dialogué, est une sorte de thriller psychologique et sexuel prétentieux, interminable et racoleur.L\u2019écriture sans éclat donne à ce roman l\u2019apparence du plus banal des téléromans.De pudiques chassés-croisés amoureux, truffés d\u2019invraisemblances, sans la moindre intensité littéraire.Christian Desmeules J\u2019existe à peine ROMAN J\u2019EXISTE A PEINE Michel Quint Héloïse d\u2019Ormesson Paris, 2014, 288 pages L\u2019univers des forains hante l\u2019imaginaire de Michel Quint.L\u2019auteur, connu pour ses romans noirs, tâte régulièrement d\u2019autres genres.On trouvait dans sa merveilleuse novella Effroyables jardins Üoëlle Losfeld, 2000) des clowns faisant plus que survivre à l\u2019horreur de la Seconde Guerre, et se liant malgré leurs allégeances.Un cascadeur à moto sévissant dans les foires traversait Cake-walk Üoëlle Losfeld, 2001).Cette fois, voici Alexandre : ce transformiste-caméléon, adepte de Fregoli et de tous les travestismes, œuvre sur les places publiques à remettre en scène des faits divers, souvent sordides, qui ont frappé l\u2019imaginaire.Artiste mineur au grand talent, il retourne, à la suite d\u2019une grave malchance professionnelle, au village de son enfance.La langue de Michel Quint est encore ici une force ; son r3dhme, sa crudité, l\u2019utilisation des patois composent une belle musique, rebondissante.D\u2019abord récit d\u2019un retour aux sources, la trame est augmentée de l\u2019histoire d\u2019une région et d\u2019amours doubles, avant de pécher dans le dernier quart par trop d\u2019explosions dramatiques.Retrouvailles avec la mère biologique ; dévoilement des malheurs d\u2019enfance, si épouvantables qu\u2019Aurore l\u2019enfant martyre semble presque bénie ; mort tragique de la nouvelle aimée, etc.Si le zoom sur une vie artistique hors norme expose un monde fascinant, trop, c\u2019est trop, et nous voilà, lecteur charmé des premières pages, dégoulinant sous le pathos des dernières.Catherine Lalonde Œuvres QinrfOGBii iii«fd REEDITION ŒUVRES Truman Capote Gallimard Paris, 2014,1467pages Même en langue anglaise, il n\u2019existe à ce jour aucune édition intégrale et critique de l\u2019œuvre, pourtant déterminante quant à l\u2019évolution du roman américain, de Truman Capote (1924-1984), qui a exploré tous les genres \u2014 nouvelle, roman, théâtre, scénario, reportage, poésie \u2014, le plus souvent avec succès.Gallimard, qui détient les droits sur ses œuvres en français, vient d\u2019en publier un choix assez complet dans la collection Quarto, incluant De sang-froid, qui, inexplicablement, ne figurait pas dans une anthologie précédente (collection Biblos).Ce gros volume réunit donc, parfois dans de nouvelles traductions, tous ses romans et récits, presque toutes ses nouvelles, dont certaines inédites, la plupart de ses propos et impressions de voyage et, dans une dernière partie, une vingtaine de courts portraits de célébrités artistiques.L\u2019ouvrage est précédé d\u2019un texte autobiographique éclairant de Capote sur ses ambitions littéraires, intitulé Ma vie d\u2019écrivain, suivi d\u2019un résumé rernarquable, ponctué de photos, de sa vie et de son œuvre.A lire, ou à relire, sans modération.Paul Bennett EXCBNTRIS FOXCATCHER (v.o.stf.) - BENNETT MILLER - 130 MIN.PRIX DE LA MISE EN SCÈNE - CANNES 201^ BILLETTERIE : 514 847-2206 3536, BOULEVARD ST-LAURENT, MONTRÉAL \t WILD (v.o.stf.) - JEAN-MARC VALLÉE\t LE JEU DE L\u2019IMITATION (THE IMITATION GAME) (v.o.stf.) - MORTEN TYLDUM\tS'»! D\u2019OÙJE VIENS -CLAUDE DEMERS\tS'»! ACHTUNG FILM! PRÉSENTE: SUPERÉGOS (v.o.stf.) - BENJAMIN HEINSENBERG JEUDI 8 JANVIER À19H\t ET AUSSI DE NOMBREUX TITRES SUR CINEMAEXCENTRIS.COM E 8 LE DEVOIR, LES SAMEDI 3 ET DIMANCHE 4 JANVIER 2015 CULTURE.LIVRES FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Jules Tessier s\u2019intéresse ici au français.Il s\u2019attriste, entre autres, de la disparition des chroniques linguistiques dans la presse.Jules Tessier et la fraternitéfrancophone O Louis CORNELLIER^.œuvre récente de Jules Tessier est un des trésors cachés du monde de l\u2019essai québécois.Composée de trois ouvrages de prose libre et réflexive \u2014 Sur la terre comme un ciel.(Fides, 2010), Le ciel peut donc attendre (de la Francophonie, 2013) et le récent Avant de quitter ces lieux \u2014, elle brille par son raffinement sans affectation, par sa fluidité envoûtante et par sa simplicité pleine de grâce.Tessier écrit comme on n\u2019écrit plus, à la manière de Montaigne.Ses essais ont le ton d\u2019une conversation à la fois amicale et délicate et s\u2019inscrivent dans la tradition de l\u2019humanisme canadien-français.Ils prennent position, mais ils le font au passage, au fil d\u2019une méditation souriante constamment habitée par le souci de la culture.Avant sa retraite, Tessier a enseigné les lettres françaises à l\u2019Université d\u2019Ottawa, une expérience qui l\u2019a mis en contact avec les francophonies nord-américaines hors Québec, auxquelles il est très attaché depuis sa jeunesse.On sent, chez lui, une nostalgie du temps où, pour reprendre le titre d\u2019un des essais qui figurent dans Avant de quitter ces lieux, «nous étions tous Canadiens français».Tessier n\u2019a rien d\u2019un réactionnaire qui souhaiterait revenir à cette époque d\u2019avant l\u2019indépendantisme québécois.Il déplore toutefois le fait que les Québécois et les francophones hors Québec soient devenus insensibles les uns aux autres, depuis les états généraux du Canada français en 1967.Pour lui, les francophonies nord-américaines perdent à se diviser.Il souhaiterait donc une renaissance de cette fraternité francophone, celle qui faisait dire à Honoré Mercier «Riel, notre frère, est mort!», celle qui incitait les Québécois à s\u2019engager directement dans la lutte pour le français en Ontario en 1912, sans s\u2019illusionner sur l\u2019ouverture canadienne à la francophonie.Tessier évoque ce rêve d\u2019une réconciliation en racontant une expédition à Saint-Boniface, Manitoba, en auto-stop, en 1961, avec un ami scout.C\u2019est sa manière, et elle est belle.Toujours la langue Tout, chez lui, est affaire de langue, c\u2019est-à-dire de français.Dans un autre essai.Par ma très grande faute!, il s\u2019attriste de la disparition des chroniques linguistiques dans la presse.Cette tradition, rap-pelle-t-il, est pourtant riche.Au Québec, l\u2019abbé Thomas Maguire fut un précurseur en la matière en publiant, en 1841, le premier «ouvrage destiné à signaler nos accrocs à l\u2019orthodoxie du français, mise à mal notamment par la proximité de l\u2019anglais».Dans les journaux, dont Le Devoir, l\u2019abbé Etienne Blanchard, Gérard Dagenais, Louis-Paul Béguin et Pierre Beaudry poursuivront cette tradition de vigilance linguistique, aujourd\u2019hui incarnée par Guy Bertrand, de Radio-Canada, et, à l\u2019occasion, par «Pépère-la-virgule» Foglia, dans La Presse.Si le genre tend à disparaître, explique Tessier en donnant raison à Foglia, c\u2019est tout simplement parce que «dans la population en général, on s\u2019en fiche».Cette indifférence, ajoute-t-il tristement, «a des relents d\u2019aliénation ».L\u2019essayiste ne s\u2019y résout pas.Dans un essai qui raconte une journée ordinaire, il note les fautes qu\u2019on lui sert.Au téléphone, un agent de télémarketing se présente par la formule «mon nom est» au lieu de dirç «je m\u2019appelle» ou «je suis».A la radio, la prononciation anglaise s\u2019infiltre : des fanZ, un «zou».Sur une voiture publicitaire, Tessiçr lit «Mon hit.Mon fun.» A la porte d\u2019une pharmacie, un mendiant lui ré- II déplore le fait que les Québécois et les francophones hors Québec soient devenus insensibles les uns aux autres clame du «change».À l\u2019écrivain qui lui mentionne qu\u2019il faut plutôt dire «monnaie», l\u2019homme répond que «ça rapporte plus quand on dit du \u201cchange\u201d».En France, où les anglicismes et la culture américaine ont la cote, ce n\u2019est guère mieux, constate l\u2019essayiste devant ces «relents de collaboration».Rioux a raison Son attachement pour l\u2019Acadie le rend toutefois complaisant envers le franglais des Lisa LeBlanc et Radio Radio, dénoncé avec virulence par le collègue Christian Rioux, dans nos pages, en 2012 et en 2013.Rioux se trompe, écrit Tessier.Les Acadiens, continue-t-il, sont fiers de leurs origines et de leur langue françaises.De plus, faire intervenir la norme dans le domaine de la créativité serait inapproprié.L\u2019argumentation de Tessier, ici, est faible.«Quand les gens se sentent obligés de proclamer qu\u2019ils sont fiers de leur langue, écrit la linguiste Marina Ya-guello, il y a des raisons de s\u2019inquiéter pour la langue en question.Le français est condamné en Louisiane et la fierté vient trop tard.» En matière linguistique, c\u2019est l\u2019effectivité qui compte.Clamer sa fierté d\u2019être français en franglais est le symptôme d\u2019une assimilation en marche.Affirmer que le franglais (ou le chiac) peut parfois avoir plus de puissance émotive que le français standard n\u2019est pas faux, mais il faut alors ajouter que cette puissance a quelque chose de tragique, qui tient à ce qu\u2019elle exprime une colonisation avancée.Quand les mots d\u2019une autre langue nous parlent plus que ceux de la nôtre, il n\u2019y a plus rien qui «va on», en effet.Ajoutons, au passage, que Tessier se trompe aussi quand il note que Lisa LeBlanc bouge bien sur scène.Elle bouge beaucoup, ce qui n\u2019est pas la même chose.On pardonnera à Tessier cette complicité indulgente, attribuable à l\u2019amitié.L\u2019honnête homme, la qualité de son style et la richesse de son propos en font foi, est étranger à toute maltraitance linguistique et culturelle.louisco@sympatico.ca AVANT DE QUITTER CES LIEUX Jules Tessier Del Busso Montréal, 2014, 228 pages LITTERATURE ETRANGERE L\u2019autre CaMno CHRISTIAN DESMEULES A yr on bureau est ^ IVL comme une île: il pourrait se trouver ici comme dans un autre pays.Et d\u2019ailleurs les villes sont en train de se transformer en une seule ville, en une ville ininterrompue où l\u2019on perd les différences qui autrefois caractérisaient chacune d\u2019elles.» Paris, Turin ou New York, c\u2019était un peu du pareil au même.Avec Ermite à Paris.Pages autobiographiques, Gallimard amorce la réédition intégrale de l\u2019œuvre d\u2019Italo Calvino (1923-1985), un écrivain italien de première importance.Vous vous direz peut-être : ces textes avaient déjà été publiés en France par les éditions du Seuil en 2001.Vous aurez raison.Mais ils n\u2019étaient déjà plus sur le marché, et les droits de toute son œuvre ont été repris il y a quelques années par la famille.Recueil de textes autobiographiques, Ermite à Paris nous donne à voir un écrivain sorti de la bulle littéraire qu\u2019il avait patiemment construite, plumitif d\u2019ordinaire discret dans son œuvre à propos de sa vie personnelle, qui croyait que «/es écrivains perdent quelque chose lorsqu\u2019on les voit en chair et en os».On est loin du fabuliste mélangeant l\u2019humour et la fantaisie avec Le baron perché.Le vicomte pourfendu et Le chevalier inexistant, de l\u2019explorateur littéraire membre de\t| l\u2019Oulipo, magistral\t^ avec Si par une nuit d\u2019hiver un voyageur et Les villes invisibles, du théoricien de la littérature des Leçons américaines, l\u2019inépuisable cycle de conférences qu\u2019il préparait pour l\u2019université Harvard tout juste avant que la mort l\u2019emporte.La Grosse Pomme Premier arrêt : Journal américain 1959-1960, un long texte dans lequel il raconte sqn séjour de cinq mois aux Etats-Unis, financé par la Fondation Ford \u2014 une résidence à la- E:in[i 11: a l\u2019vitis quelle participaient aussi le Belge Hugo Claus et l\u2019Espagnol Fernando Arrabal.Impressionné dès son arrivée à New York, Calvino s\u2019installe au Gros-venor, l\u2019un des hôtels les moins miteux de Greenwich Village.C\u2019est sa découverte de l\u2019Amérique.En plein cœur de l\u2019épicentre artistique et éditorial de New York, Calvino, membre du comité éditorial d\u2019Ei- \"¦.naudi en Italie, visite I\tles librairies et les édi- I\tteurs, assiste à une séance du mythique Actors Studio.Curieux de tout, mais un peu dégoûté par les beatniks barbus qu\u2019il a l\u2019occasion de croiser, et Allen Ginsberg (qui «vit comme mari et femme avec un autre barbu») ne l\u2019impressionne pas.Les femmes ?Les très belles femmes lui semblent rares, des petites-bourgeoises pas très différentes de celles de Turin, ville industrielle du Nord où il a grandi.Mais New York, pour lui, est une ville simple, une sorte de protot5rpe de ville de par sa topographie, son apparence et sa société.Tandis que Paris s\u2019enracine sous la surface, s\u2019étend en profondeur, cumule les significations et les possibilités.Parmi les autres textes de ce recueil, on trouve un survol de son enfance passée sous le fascisme, quelques notices biographiques «objectives», des mises au point concernant son engagement au sein de la gauche italienne et un éclairant compte-rendu de ses productives années parisiennes \u2014 il a vécu de 1969 à 1980 dans cette ville qu\u2019il compare à une encyclopédie ou à une bibliothèque, tout en faisant de multiples allers-retours en Italie.Collaborateur Le Devoir ERMITE À PARIS.PAGES AUTOBIOGRAPHIQUES Italo Calvino Traduit de l\u2019italien par Jean-Paul Manganaro Gallimard Paris, 2014, 310 pages La Vitrine Dictinnnaire amoureux de l\u2019Art moderne et contemporain Pierre Nahon ART CONTEMPORAIN DICTIONNAIRE AMOUREUX DE UART MODERNE ET CONTEMPORAIN Pierre Nahon Plon Paris, 2014, 679 pages En confiant leur Dictionnaire amoureux de l\u2019art moderne et contemporain au collectionneur et marchand d\u2019art Pierre Nahon plutôt qu\u2019à un critique ou un historien de l\u2019art, les éditions Plon prenaient un risque calculé : celui d\u2019un ouvrage axé tout autant sur les pratiques occultes et discutables du marché de l\u2019art que sur les mouvements et les artistes ayant marqué les cent dernières années.Le galeriste Léo Castelli et l\u2019homme d\u2019affaires et collectionneur François Pinault y côtoient sans complexe Picabia ou Klossowski.Nahon aborde de front la spéculation, les contrats ou la cote des artistes, les liens entre l\u2019art et les affaires ou encore les relations incestueuses entre les experts et les maisons de vente aux enchères.Sans cacher ses préférences pour les vedettes du nouveau réalisme jadis défendues par sa galerie du Marais (Klein, Arman, César, Tinguely), l\u2019auteur se garde de dénigrer les stars qui lui déplaisent (Cattelan, Koons, Murakami).Truffé d\u2019anecdotes et de confidences éclairantes, l\u2019ouvrage pèche toutefois par un nombrilisme agaçant et par un chauvinisme franco-français abusif.Paul Bennett BEAU LIVRE TOUT SUR L\u2019ARCHITECTURE Mouvements et chefs-d\u2019œuvre Denna Jones Hurtubise Montréal, 2014, 574 pages Une quarantaine de contributeurs font de cet ouvrage une petite bible pour le néophyte.Tout sur l\u2019architecture pourrait avoir les défauts de ses qualités : la noble intention de couvrir toute l\u2019histoire de cette discipline, depuis les habitations néolithiques des chasseurs-cueilleurs du Moyen-Orient jusqu\u2019au mouvement du développement durable, ne s\u2019avère-t-elle pas d\u2019emblée une condamnation aux raccourcis ?Mais l\u2019ouvrage réussit le survol, en traitant de manière concise et intelligente les différents courants théoriques et stylistiques accompagnés d\u2019exemples puisant autant dans le registre résidentiel, souvent moins connu, que privé ou institutionnel.Le livre a surtout le mérite d\u2019éviter l\u2019ethnocentrisme occidental et de mettre en valeur la longue histoire de croisements interculturels, essentielle pour comprendre le «bien construire ».Frédérique Doyon POESIE MARIE RÉPARATRICE Louis-Philippe Hébert La Grenouillère Saint-Sauveur-des-Monts, 2014, 56 pages Sous la présence tutélaire de Jacques Prévert, Louis-Philippe Hébert publie dans la collection « Grandeur de la poésie», dédiée aux «poètes contemporains les plus prisés » des Éditions de la Grenouillère, un roman-poème touchant, d\u2019une grande fragilité.Il y parle d\u2019une petite Marie aux pouvoirs miraculeux de ressusciter les animaux morts, de guérir cœurs et corps.Justement, le chat de la petite a été écrasé par une voiture, pourtant «ça se répare bien un chat/mais c\u2019est important de ne pas oublier de morceaux/je l\u2019ai ramené sur le bord du trottoir/le chat! le chat! j\u2019avais crié/l\u2019auto n\u2019a pas attendu».Prévert! veut-on crier de nouveau.! Mais «quand on aime/il y a toujours un prix à payer».Alors, cela dérape parfois, du côté du mépris, de l\u2019agression verbale ou de la violence de la part du père : «quand il crie après nous autres/il dit les femelles de la maison [.]/// fait des erreurs mais il n\u2019est pas méchant/juste qu\u2019il est très fatigué».Après que le père méchant s\u2019en prend à la mère, Marie va devoir la ressusciter elle aussi.Mais à quel prix ?Beau livre grave qui navigue sur les mots et le tragique, sur l\u2019enfance et l\u2019impression qu\u2019elle n\u2019est jamais l\u2019âge qu\u2019il faut.Hugues Corriveau MARIE RÉPARATRICE Louis-Philippe Hebert iiisTOiiu: i)i: MA si;\\i vi.ni; wf ROMAN HISTOIRE DE MA SEXUALITE Arthur Dreyfus Gallimard Paris, 2014, 361 pages Né à Lyon, Arthur Dreyfus est un jeune écrivain de vingt-huit ans, auteur de deux romans.Il tente, affirme-t-il, avant qu\u2019il ne soit trop tard, de décrire comment l\u2019abstraction du sexe s\u2019est imposée à l\u2019enfant qu\u2019il fut.Il accumule les anecdotes, les paroles de la famille, des amis.11 les livre dans ce qu\u2019il propose comme roman.Ses remarques sont ironiques, impertinentes, souvent banales.Il fait part de ses lectures, de ses rencontres.La sexualité intervient, mais n\u2019est point toujours le centre.11 indique son homosexualité, ses divers partenaires, qu\u2019il affuble de noms d\u2019emprunt, ainsi que les réactions de son entourage, à commencer par sa mère, suivie par sa grand-mère.Le roman demeure un projet.Le lecteur a l\u2019impression que l\u2019auteur adopte un style Twitter et Facebook pour consigner des pages d\u2019un roman hypothétique où les personnages, la chronologie et le récit sont absents.Est-ce une nouvelle forme d\u2019écriture ou une simple acceptation de la technologie ?Naïm Kattan "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.