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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-01-10, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 FATWA sur l\u2019écriture?GEORGES LEROUX Quand ils ont chargé leur kalachnikov en ce matin froid de janvier, à quoi pensaient ces jeunes assassins ?Avaient-ils dans leur poche une fatwa leur assignant la cible et leur promettant le paradis?Après Salman Rushdie il y a déjà plus de 25 ans, après Kamel Daoud il y a seulement quelques semaines \u2014 et doit-on craindre pour Michel Houellebecq?\u2014, nos camarades de Charlie Hebdo deviennent ainsi les victimes d\u2019une terreur plus violente encore, car elle demeure sans visage, elle n\u2019accomplit la fatwa de personne à moins qu\u2019il ne s\u2019agisse de l\u2019islam entier.Qui voudrait soutenir cela?Comme pour Rushdie, la cible est l\u2019écriture, au sens le plus noble de ce mot, la liberté d\u2019écrire et de parler, de se moquer, la liberté même de penser.De leurs mitraillettes achetées aux revendeurs du marché noir, ces meurtriers tirent jouissance en massacrant la culture, mais quand ils crient «Allah est grand!», à qui s\u2019adressent-ils?De qui peuvent-ils se réclamer ?Prenant la fuite, ils crient : «Nous avons vengé le Prophète.» La seule question les concernant me semble celle de leur volonté.Le geste qui atteint la limite du non-sens, le meurtre vengeur de journalistes et de policiers chargés de les protéger, devient pour eux l\u2019exercice terrifiant de leur liberté.Contrairement au chef de Boko Ha-ram, ils ne cherchent pas la caméra, ils ne font pas de discours.Ils ne savent que tuer ceux qui parlent.La haine qui gruge de l\u2019intérieur l\u2019islamisme politique est d\u2019abord une haine de la raison, une guerre contre l\u2019écriture qui soutient nos démocraties.Qui voudra douter que leur rapport au mal et la conscience qu\u2019ils pourraient en avoir ne soient érodés, et cela jusqu\u2019à la folie, par ce ressentiment meurtrier?Qn pourrait l\u2019exprimer en quelques mots : vous ne continuerez pas longtemps à nous humilier, vous paierez toutes les humiliations du présent et du passé.Paradoxe Devant la terreur, que peut l\u2019écrivain: L\u2019injustifiable ne peut être justifié, il ne peut qu\u2019être condamné, mais ^ peut-il l\u2019être seulement au nom d\u2019un universel comme cette liberté que nous chérissons?Contre le fanatisme, contre l\u2019obscurantisme, l\u2019écrivain a le devoir de ne pas céder.11 n\u2019existe pas telle chose que des civilisations irréductibles, l\u2019une libre et ouverte sur l\u2019universel des droits et l\u2019autre luciférienne par essence et vindicative ; il existe des sociétés qui souffrent et sont victimes du ressentiment.Aucun programme politique rationnel ne peut en effet soutenir une action aussi barbare, aucune stratégie ne peut légitimer pareille cruauté, personne ne la revendiquera.Et pourtant, c\u2019est le paradoxe de la terreur, elle s\u2019exerce contre toute raison.Rien ne peut l\u2019expliquer sinon le nihilisme qui attaque la raison de l\u2019intérieur.L\u2019écrivain doit d\u2019abord le comprendre.Le contexte de l\u2019islamisme politique rampant, autant celui des mosquées périphériques que celui du djihadisme international, mixture opaque dans laquelle viennent se fondre les milliers d\u2019actes terroristes recensés selon Europol sur le sol de la Communauté européenne au cours des cinq dernières années, tout cela c\u2019est le bouillon de culture de la terreur.Qu\u2019il s\u2019agisse ou non d\u2019un réseau, cet attentat contre la liberté de pensée ne s\u2019explique que par ce nihilisme dévorant.Il dénature l\u2019islam, il en pervertit l\u2019essence et rend ainsi possible le crime contre l\u2019esprit.La liberté d\u2019expression est le cœur de nos droits, elle se trouve au fondement de la liberté de conscience et de la liberté religieuse.Pourquoi la prendre pour cible, sinon parce qu\u2019elle est l\u2019essence de la démocratie ?Il n\u2019y a donc pas que la vengeance, il y a aussi, inséparablement, la haine et le désespoir.La maladie Dans sa violence, ce geste plonge ses racines dans une souffrance séculaire que ravivent au quotidien le sentiment d\u2019oppression, la misère, l\u2019exclusion, l\u2019illettrisme qui afflige partout les terres de la charia.Il trouve son espace dans une violence vindicative qui se transforme en haine politique.L\u2019islam pathologique de ces militants radicalisés n\u2019a certes rien à voir avec l\u2019islam communautaire \u2014 il faut le réaffirmer si on veut éviter de nouvelles dérives islamophobes \u2014, mais il met à nu VOIR PAGE F 4 : EATWA L\u2019islam est malade de ce cancer du nihilisme qui l\u2019envahit de métastases mortelles et que ses voix les plus pures ne semblent plus pouvoir contenir ILLUSTRATION TIFFET IL» \"iJ 'ilv, Ite?»\tLiC Un roman historique sur l\u2019art et l\u2019anatomie Page F 2 Contre la capitulation linguistique Page F 6 F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 LIVRES La Vitrine Bertrand Bergeron CE COTE-CI DES CHOSES LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE CE CÔTÉ-CI DES CHOSES Bertrand Bergeron L\u2019Instant même Québec, 2014, 160 pages Né à Sherbrooke en 1948, deux fois lauréat du prix Adrienne-Choquette grâce à Maison pour touristes en 1988 et à Visa pour le réel en 1993, Bertrand Bergeron nous revient avec une quarantaine de textes courts, parfois très courts (le plus succinct ne faisant qu\u2019un seul.mot), qui ont pour la plupart paru dans la revue XYZ.Ce côté-ci des choses explore la mince et dense frontière qui sépare le rêve et la réalité, le trivial et le nécessaire, le passé et le présent.Des exemples : un délire sur la voix de Vincent Davy, un moment de stupeur à la naissance d\u2019un enfant, un exercice de souvenir qui plonge aux origines du Festival de jazz sur un air d\u2019affrontement entre les fils et les pères.L\u2019initiation d\u2019un gardien de sécurité, un voyage oblique à Bar Harbor, une escapade dans les iles de Sorel \u2014 beau moment de temps suspendu \u2014, le récit autoréférentiel d\u2019une lecture publique.Partout, une manière tortueuse de raconter, tel quelqu\u2019un qui aime le son de sa propre voix, jamais trop pressé d\u2019aller quelque part.Un ton un peu facétieux anime d\u2019un bout à l\u2019autre ce recueil dont les multiples histoires à la réalité flottante, incertaine, ne sont pas sans faire penser à celles de Julio Cortazar.Christian Desmeules BERCEAU ROMAN BERCEAU Éric Laurrent Minuit Paris, 2014, 94 pages.Entre avril 2012 et septembre 2013, le couple Laurrent se rend au Maroc pour rendre visite à un bébé marocain.Ils ont adopté cet enfant, parmi les 7000 à 9000 autres, abandonnés dans ce pays chaque année.Sitôt né, il a été placé dans les bras des futurs parents.Mais il trottera, lorsque l\u2019autorisation sera donnée de le sortir de l\u2019orphelinat.Entretemps, les parents s\u2019installent régulièrement à Rabat et promènent l\u2019enfant.Le lien est créé, l\u2019enfant tisse sa socialité dans ce monde intermédiaire et, disons-le, parmi les autres il a de la chance.L\u2019écrivain raconte donc ce temps passé immergé dans cette culture.Très beau récit, modeste et simple, il touchera le cœur de ceux qui aiment ce dévouement et cette patience, cet apprivoisement et ce respect indispensables aux lois et aux coutumes qui finalement permettront la migration du petit.C\u2019est un parcours restituant l\u2019émotion, l\u2019intensité, la différence et la réalité épurée des épreuves et des difficultés rencontrées.Surprenant, précis et singulier, un récit de grâce.Guylaine Massoutre EDU\\RDO CALEWO LE FOOTBALL i ESSAI LE EOOTBALL OMBRE ET LUMIÈRE Eduardo Galeano Traduit de l\u2019espagnol par Jean-Marie Saint-Lu Lux Montréal, 2014, 320 pages Pour plusieurs, un peu partout à travers le monde, c\u2019est la seule et unique religion.Dans Le football.Ombre et lumière, Eduardo Galeano, journaliste et écrivain uruguayen, célèbre auteur des Veines ouvertes de l\u2019Amérique latine (Pocket) \u2014 mais footballeur médiocre, de son propre aveu \u2014, décortique avec passion le culte du ballon rond.Édition revue et augmentée d\u2019un livre déjà paru en France en 1997, l\u2019ouvrage livre, en plus d\u2019une centaine de courts textes, d\u2019abondantes anecdotes sur l\u2019origine des règles modernes du soccer, des portraits de joueurs, de matchs et de stades célèbres, de buts d\u2019anthologie et de souvenirs personnels.Galeano n\u2019oublie pas non plus de lever le voile sur le côté obscur de ce sport : le racisme, l\u2019argent et les récupérations politiques dont il a souvent fait l\u2019objet, faisant de ce sport un parfait «opium du peuple».Pour mémoire, le président de l\u2019Atlético de Madrid sous le régime franquiste déclarant: «Le football est idéal pour empêcher les gens de penser à des choses plus dangereuses.» Un essai à la fois fasciné et lucide.Christian Desmeules ROMAN LES HOMMES TREMBLENT Mathieu Lindon P.O.L.Paris, 2014,169 pages Les hommes tremblent Que feriez-vous si un sans-abri venait s\u2019installer, avec son ballot, ses cartons et sa puanteur, dans l\u2019entrée chaude de votre immeuble ?S\u2019il recevait une pocharde dans votre local à poubelles ?S\u2019il invectivait les habitants au gré de leurs passages et lorsqu\u2019ils attendent l\u2019ascenseur?S\u2019il connaissait bientôt toutes les habitudes de l\u2019habitation ?Auriez-vous le cœur de le jeter dehors?De le voir revenir s\u2019incruster?De faire une collecte pour l\u2019envoyer ailleurs?De le tolérer, lorsque vous constatez que des Roms se sont installés dans la cabine téléphonique de la rue et qu\u2019ils y crèchent au vu de tous, tels des animaux en cage ?Rassurez-vous, cela se passe à Paris.Mathieu Lindon le raconte avec humour et acuité, mi-apitoyé, mi-exaspéré, comme si cela se passait justement sous son nez.Sous nos yeux, c\u2019est un comble de nos sociétés.Guylaine Massoutre ROMAN HISTORIQUE Heureux mariage de l\u2019art et de la science MARI E-FREDERI QUE DESBIENS Disons-le d\u2019emblée, La Fa-brica, premier roman de Marilyne Fortin, est d\u2019une incontestable originalité.Tant par les lieux et l\u2019époque reconstitués que par les personnages marginaux mis en scène, l\u2019œuvre détonne dans la production du roman historique québécois.L\u2019incursion au cœur du Paris de la Renaissance, favorisée par le récit de formation d\u2019un jeune apprenti peintre, est captivante.Fils d\u2019ouvriers miséreux, «Biaise était une curiosité.Les artistes étaient rares et le fait qu\u2019il était un enfant fascinait».D\u2019abord vendu à Maitre Bat-tisto, le garçon est par la suite cédé à Gaspar De Vallon, ambitieux et cruel anatomiste projetant de réaliser «le plus beau de tous les traités anatomiques de son époque».Piètre artiste, le chirurgien ne peut compter que sur le talent de Biaise pour illustrer sa grande œuvre qui marierait «les récentes découvertes de la science et la fine fleur de l\u2019art moderne».Le destin de Biaise croise bientôt celui de Marie-Ursule, orpheline élevée par l\u2019Anglaise Adel Knox, «chercheuse des morts», exilée et vouée à la damnation éternelle.Grâce aux manigances de la mère adoptive, la fille est admise dans le cercle intime de De Vallon, où elle fait la rencontre du dessinateur.Entre ces deux «enfants trouvés» se tisse une amitié amoureuse qui ne tombe jamais dans le trivial.La fuite qu\u2019ils entreprendront pour échapper à De Vallon et à la prison, marquée par une surabondance de péripéties moins crédibles, mènera Biaise jusqu\u2019en Italie, où «tout ne fera que^ commencer pour l\u2019artiste».A travers les sombres ruelles du quartier des Halles, le cimetière des Saints- 1 SOURCE QUEBEC AMERIQUE Portrait de l\u2019anatomiste Vésale, auteur du traité De humani fabrica libri septem (1543), réalisé par un artiste corporis inconnu.Innocents propice à la «chasse aux cadavres», le cagibi de dissection, les théâtres d\u2019anatomie publique, la maison de chambres de la prêteuse sur gages, se crée une sorte d\u2019esthétique des bas-fonds qui rappelle le célèbre feuilleton d\u2019Eugène Sue Les mystères de Paris.Au scalpel Fortin manie la plume avec finesse et précision.Sa langue est crue, bien maitrisée; les descriptions glacent parfois le sang : «À l\u2019aide d\u2019une scie acérée, le jeune étudiant ouvrit le crâne en deux, en traçant une ligne bien nette au-dessus de l\u2019arcade sourcilière.Au bout de longues minutes de travail minutieux et exigeant, il retira enfin la calotte et épongea le liquide qui s\u2019écoulait afin d\u2019apercevoir la dure-mère, puis le cerveau.Lorsque Biaise eut terminé ses croquis, l\u2019anatomiste et son assistant entrepri- Fabnc rent d\u2019extraire le cerveau.Les deux hommes durent rompre des os, en écarter, tailler des muscles et des nerfs, puis plonger délicatement les mains dans la matière visqueuse.» Le roman est un parfait dosage entre faits attestés et fiction pure.Fortin y entremêle sa connaissance de l\u2019art, de la science et de la vie parisienne du XVI® siècle sans que cette érudition nuise à la fluidité de l\u2019intrigue.Une postface dévoile le contexte de l\u2019écriture : «L\u2019artiste qui a réalisé les gravures exceptionnelles de la Fabrica est inconnu.La littérature nous envoie sur la piste de Jan van Calcar, de Titien ou de son atelier, mais bien peu d\u2019éléments confirment la théorie.» Tentant de combler les vides du discours officiel constatés par Fortin lors de ses études en histoire, La Fabrica, de manière aussi inventive qu\u2019éclairée, s\u2019inscrit dans la branche savante du roman historique qui constitue pour certains chercheurs le prolongement de leurs travaux académiques, comme le font en France Chantal Thomas {Les adieux à la reine.Seuil) et au Québec Bernard Andrés {L\u2019énigme de Sales Laterrière, Québec Amérique) ou Réal Ouellet {L\u2019aventurier du hasard.Le baron de Lahontan, Septentrion).Au sortir de cette découverte qu\u2019est La Fabrica, dont la lecture est enrichie par des illustrations tirées d\u2019un traité anatomique de 1543, on ne peut que souhaiter que l\u2019auteure récidive dans cette voie où elle se distingue déjà.Collaboratrice Le Devoir LA FABRICA Marilyne Fortin Québec Amérique Montréal, 2014, 556 pages OTTERATURE QUEBECOISE Conscience malheureuse CHRISTIAN DESMEULES \\ A cette époque, je n\u2019avais que vingt-quatre ans.Ma vie était déjà lugubre, désordonnée et solitaire jusqu\u2019à la sauvagerie», écrit Dostoïevski dans Les carnets du sous-sol, paru en 1864.Dans ce morceau de mauvaise foi, éloge de l\u2019inaction et de «l\u2019inertie contemplative», un «homme intelligent ne peut rien devenir \u2014 il n\u2019y a que les imbéciles qui deviennent».En un mot: la conscience est le malheur de l\u2019homme.Les carnets du demi sous-sol, premier roman de Nicolas Cout-lée, né en 1986 en Montérégie, s\u2019ouvre sur une note (fictive) de l\u2019éditeur qui nous prévient qu\u2019on a «voulu adapter l\u2019univers dostoievskien au goût de notre époque, d\u2019une manière digeste pour le public contemporain».Enfermé, immobile, absolument solitaire, sans vraiment faire la différence, jamais, entre le jour et la nuit, un protagoniste qui s\u2019exprime au «je» survit dans son petit appartement en demi sous-sol \u2014 un classique montréalais.Dans ce trou où il a échoué au fil de circonstances qui nous demeureront inconnues, les déchets s\u2019accumulent, l\u2019hiver progresse, et l\u2019homme met sur papier quelques souvenirs amers.Il régresse, halluciné, s\u2019affame, tout en se gavant des mauvais livres dont il traine toute une caisse \u2014 des récits véridiques (un miraculé du cancer, un mineur russe deux fois sauvé), des histoires à l\u2019eau de rose, de vieux «bouillons de poulet tièdes», espérant peut-être y trouver toute la lumière qui lui fait défaut.«Ils me réchauffaient le cœur, me rendaient plus fort.Rien à voir avec la fiction dont je m\u2019étais jadis gavé et dont il ne me restait plus rien aujourd\u2019hui.» Proutski Brusque changement de ton dans la seconde partie (intitulée Sur la neige mouillée, comme chez Dostoïevski), qui raconte le parcours d\u2019un écrivain qui accède enfin au monde de l\u2019édition et qui est une longue déambulation déli- MSi siiii r'V'- JSüiii / .Vi \u2022'¦'?> Portrait de Dostoïevski en 1872 par le peintre Vasily Perov rante.Confronté au cynisme de son éditeur, qui le rebaptise Proutski, un nom qui se vend mieux, et s\u2019occupe de réviser le texte jusqu\u2019à le dénaturer complètement, l\u2019écrivain se heurte à la dure réalité du monde: «Des livres, il y en a déjà trop.Tout peut s\u2019écrire.La difficulté n\u2019est pas là; ce qui pose problème, c\u2019est trouver quelqu\u2019un pour lire ce qui est écrit.» Mais le lancement tourne au cauchemar, on accuse l\u2019auteur de plagiat et il doit prendre la fuite.La suite tourne.elle, un peu à vide, prenant le goût d\u2019une sauce trop étirée : quelques péripéties désastreuses qu\u2019il n\u2019aurait jamais connues s\u2019il n\u2019avait pas cherché à s\u2019extraire, en voulant devenir écrivain, de sa banalité d\u2019homme «normal».Roman énigmatique et ironique aux accents «kaf-kaesques » et à l\u2019écriture particulièrement maitrisée.Les carnets du demi sous-sol fait entendre quelques faibles échos de Paul Auster {Moon Palace) , de Knut Hamsun et de Vladimir DOMAINE PUBLIC Sorokine {Lard bleu), mais la référence à Dostoïevski parait un peu racoleuse, tant l\u2019original semble éloigné de son «adaptation».Le «public contemporain», lui, y trouvera peut-être son compte.Collaborateur Le Devoir LES CARNETS DU DEMI SOUS-SOL Nicolas Coutlée Triptyque Montréal, 2014,151 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 F 3 LITTERATURE PEDRO RUIZ LE DEVOIR Tout se passe comme derrière les mots, par allusions, allégories, dans Les filles bleues de Vété, premier roman de Mikella Nicol, étudiante en littérature de 22 ans.Retourner à la paix, à l\u2019innocence Danielle Laurin Tout de suite, on est saisi.Par l\u2019intensité.Sans comprendre vraiment de quoi il s\u2019agit.Il y a bien un récit, mais qui sous-entend plus qu\u2019il ne dit.Tout se passe comme derrière les mots, par allusions, allégories, dans Les filles bleues de l\u2019été, premier roman de Mikella Nicol, étudiante en littérature de 22 ans.Tout de suite, une voix.Une voix double, qui plus est.Dès le début et jusqu\u2019à la toute fin alternent deux narratrices, dont les identités ont tendance à s\u2019entremêler, tant elles sont fusionnelles.Clara, ou Chloé, qui parle ?se demande-t-on au passage., Tout de suite, c\u2019est frappant.A quel point pes deux filles se complètent.A quel point le regard qu\u2019elles portent l\u2019une et l\u2019autre sur Ip monde extérieur se rejoint.A quel point le regard qu\u2019elles portent l\u2019une sur l\u2019autre est compatissant, sans jugement aucun, chaleureux, bienfaisant.Elles ont 20 ans et des poussières, sont amies depuis toujours.Elles se sentent étrangères partout, même parmi leurs amis.Elles sont dans la détresse toutes les deux.Dans l\u2019autodénigrement constant.Clara est la plus enragée, c\u2019est dans son tempérament.Chloé se laisse davantage submerger par la tristesse.Clara vit une peine de cœur, elle se sent abandonnée, trahie, elle en veut au monde entier.Elle est «épuisée de chagrin» et «lourde de haine».Chloé, de son côté, vient de passer quelques mois dans une clinique «où on enferme celles qui se veulent du mal»: anorexie, automutilation étaient devenues son mode de vie.Hors le monde Nous les rencontrons là.Tandis que Clara va chercher Chloé au sortir de la clinique, et qu\u2019elles filent, en automobile, vers le chalet de leur enfance, au bord d\u2019un lac.Vite quitter la ville, fuir le béton, la pression, le regard des autres.Elles ont deux mois devant elles, deux mois d\u2019été, hors du monde.Elles vont tenter de se reconstruire, ensemble, de se guérir, de chasser leurs démons, leurs peurs, dans leur ermitage sauvage, à coups de baignades dans le lac, de siestes dans l\u2019herbe, de promenades en forêt, ponctuées de beuveries.Et de souvenirs partagés: «Les souvenirs ne sont pas les gens : ils ne nous délaissent pas.» Deux mois, c\u2019est vite passé.Qu\u2019adviendra-t-il ensuite?osent-elles à peine se demander.Comment faire pour ne pas retomber?Dans les mots de Chloé, ça se traduit comme ceci : «La force que nous avions puisée ici, il fallait trouver un moyen de la transporter jusqu\u2019à la ville.Mon nouveau corps, plein du repos et du courant du lac, il me fallait le faire fonctionner au milieu des voitures.Dans les immeubles, sur les trottoirs.» Ein de la première partie.Après les jours bleus, les jours gris.On s\u2019attend au pire.La dégringolade ne tarde pas.Bientôt la noirceur prend le pas sur tout.Les deux amies ne rêvent que d\u2019une chose: retourner vers l\u2019été.Retourner vers l\u2019été, c\u2019est-à-dire : revenir au chalet, en dehors du monde.En dehors de ce monde où elles se sentent exclues, jugées.Retourner vers l\u2019été, c\u2019est-à-dire, pour ces deux belles filles de vingt ans et des poussières qui ont déjà l\u2019impression que tout est derrière : retrouver l\u2019innocence de l\u2019enfance, se délester de leur peine, de leur rage, trouver la paix enfin, la paix totale, définitive, absolue.Elles ont pris leur décision.Elle est irrévocable.Ça ressemble à un pacte.Un pacte secret.C\u2019en est un.Sombre Troisième partie du roman.Dans le présent, alors que tout jusqu\u2019ici s\u2019était déroulé au passé.C\u2019est le moment crucial, celui où tout peut basculer.Celui où une amitié belle, entière, totale, fusionnelle peut se transformer en une relation malsaine à l\u2019extrême.Nous sommes au bord du précipice, devant l\u2019impensable, l\u2019irréparable.Nous sommes au dernier chapitre d\u2019une tragédie en train de se jouer.Rien de tragique aux yeux de Clara et Chloé cependant.Au contraire : ces deux êtres fragiles, blessés, cherchent plutôt la sérénité, ont soif de lumière, d\u2019absolu.Et c\u2019est ce qu\u2019il y a de plus dramatique, finalement.Les filles bleues de l\u2019été est à inscrire au registre des réussites tant sur le plan formel que pour les émotions contradictoires qu\u2019il suscite.Il y a dans ce livre une force d\u2019évocation exemplaire.Et une violence sourde, au travers des éclats de beauté, qui n\u2019est pas sans rappeler Anne Hébert, à qui l\u2019auteure a emprunté le titre de son livre.Et qui a aussi écrit, dans Le tombeau des rois : «Notre fatigue nous a rongées par le cœur / Nous les filles bleues de l\u2019été / Longues tiges lisses du plus beau champ d\u2019odeur.» LES FJLÇES BLEUES DE UETE Mikella Nicol Le Cheval d\u2019août Montréal, 2014, 128 pages POESIE Deux premiers recueils convaincants Des poèmes incisifs et pénétrants de Roxane Desjardins et d\u2019Isabelle Lamarre HUGUES CORRIVEAU Quelle force de frappe dans Ciseaux de Roxane Desjardins ! Premier recueil solo de cette auteure d\u2019un peu plus de 20 ans qui met sa colère à nu, qui attaque de front les rugueuses aspérités de ce qui la contraint.«Je veux me lancer dans un carnage de sous-sol / sur mes propres genoux sur ma propre peau / m\u2019enfiler le ciseau par la bouche / et décider du sort des vertèbres / et dépecer les muscles attachés», crache-t-elle d\u2019entrée de jeu.C\u2019est frontal, c\u2019est radical, et le recours à une écriture de combat avoué tient le coup, parce que le projet est fort de ce cri sous-jacent qui porte sa voix.Mais c\u2019est aussi fragile quelque part, comme le sont les plus grands aveux, comme le sont les traces du corps témoin: «je n\u2019ai que / douleur et peine et douleur et joie / et douleur», apprend-on, «je suis / faite / vol avalé fièvre avouée j\u2019accepte / la défaite autour du cou».Quelqu\u2019un n\u2019est plus là, n\u2019habite plus le corps, mais consume l\u2019esprit de la poète qui ressent les coups au cœur, comptant les coups d\u2019une éperdue fracture.L\u2019écriture-scalpel craque, se morcelle et cherche une voie de rupture pour se refaire une conscience plus claire.S\u2019imposent alors «des pendus verbaux / des morts entassés dans le goût ferreux / que gardent les volontés rabattues.» Isalicllel iiiiüftL Ljnin-c dts trois priiitcn Retenir le temps qui fuit\t® Avec son Année des trois printemps, Isabelle Lamarre semble vouloir retenir l\u2019insensé bonheur de fuir.Fausses joies, fausse naïveté que ce recours à une idyllique résurgence des magies enfantines.Mais il ne faut pas s\u2019y tromper.Derrière les apparences se cachent les ogres.Ceux auxquels on érige des statues.Alors, pour l\u2019occasion, «on aura teint chiens et chats en vert en fuchsia.Il y aura des canons à confettis.Des bénévoles énergiques distribueront des fanions à ton effigie.Les professeurs auront tressé leur barbe.Les agents de sécurité se tiendront dignement, comme des trophées.Des cercles rouges aux joues, les vierges entonneront \u201cChemin chéri\u201d».Tout ici est en porte-à-faux.L\u2019équilibre précaire entre l\u2019iro-' ®\tnie et la cruauté sous-tend ce dé-\u201erapage faussement rose.«Noires, noires, les boues de mars, qui ont tant vu passer mes pas./ Tandis que la peur sue dans ses draps, moi je pousse et je ne cède pas.// Creuse, creuse, ma poitrine hâve, le feu meurt, la terre fend./ Quand le Bon Dieu vend sa pisse et mon sang, moi je feule et il se rend.» S\u2019imposent un quotidien larvé, des objets simples, des animaux domestiques.Les mots transforment peu à peu l\u2019air du rien, le petit doute qui fait basculer les lieux domestiques du côté de l\u2019insolite où l\u2019âme se transforme.Printemps de débâcles et d\u2019une beauté féline, les trois printemps inaltérables de l\u2019étonnement renouvelé.«Les sons sont d\u2019infimes textures sur le silence.» Ces poèmes tiennent le pari de la beauté simple, retracent des fulgurances que seuls certains privilégiés entendent derrière les apparences.Collaborateur Le Devoir CISEAUX Roxane Desjardins Les Herbes rouges Montréal, 2014, 84 pages L\u2019ANNÉE DES TROIS PRINTEMPS Isabelle Lamarre L\u2019Oie de Cravan Montréal, 2014, 68 pages La Vitrine BANDE DESSINEE CDCTITE IMPÉRATRICE Anne Simon Misma éditions Le Fauga, 2014, 80 pages Pour le rationnel et le cartésien, c\u2019est forcément ailleurs qu\u2019il faut aller ! Essayons d\u2019expliquer : dans Cixtite impératrice, Aglaé, reine du Pays de Marylène, doit résoudre un conflit qui pourrit la vie de ses sujets : sa rivale, la grosse Cixtite, impératrice de la Tchitchinie, lui a volé tous les hommes de son royaume pour les castrer.Elle s\u2019ennuyait.Les femmes de son pays en ont marre.Un crocodile-cuisinier va contribuer à la résolution du problème avec de la ratatouille, tout en contrôlant une frite cleptomane qui, elle, s\u2019en prend à la couronne de la reine.En gros.Complètement pété ?Oui, mais c\u2019est dans ce cadre qu\u2019Anne Simon, jeune auteure adepte de l\u2019absurde mis en dessin, excelle, avec ici un autre récit aux repères confus qui puise dans les personnages et intrigues de ses bouquins passés.Ça vole un peu haut, surtout au-dessus d\u2019un univers graphique aux relents de Taïga, de Chine de la dynastie Ming et des publicités françaises rétro pour la Végétaline (de l\u2019huile pour les frites), en donnant même un peu de cohérence à toutes ces choses qui n\u2019en ont forcément pas.Fabien Deglise SCIENCE yÉCOLE DES SURICATES A LA DÉCOUVERTE DES CULTURES ANIMALES Michel de Pracontal Points Paris, 2014, 224 pages Dans son célèbre essai Le singe nu (Grasset, 1968), le zoologiste britannique Desmond Morris proposait de considérer l\u2019homme comme un singe et d\u2019expliquer tout son comportement par la biologie.Or, au même moment, la primatologue Jane Goodall découvrait que les chimpanzés avaient une culture ! Journaliste scientifique, notamment à Mediapart, Michel de Pracontal, dans L\u2019école des suricates, donne raison à Goodall et à d\u2019autres éthologues de terrain (et non de laboratoire) en démontrant que toutes les espèces sociales (l\u2019humain, évidemment, mais aussi les singes, les baleines, les oiseaux et plusieurs autres) transcendent leurs déterminismes biologiques et pratiquent l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage par imitation.L\u2019animal n\u2019est pas un «robot biologique» ; il existe, écrit le journaliste, «un autre type de sujet que le sujet humain».Recueil d\u2019histoires vraies de macaques qui lavent des patates, de mésanges qui apprennent à voler du lait en bouteille et de baleines qui modifient leur chant au gré des «modes», cet essai, Charles Tisseyre aurait raison de le dire, est fascinant.Louis Cornellier Jtliilul de Pracontal L\u2019ecole des suricates la dvu A Gaspard LE DEVOIR jtLMARÈS Du 29 décembre 2014 au 4 jauvier 2015 f\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR 1 Les heritiers du fleuve \u2022 Tome 4 1931-1941\tLouise Tiembiay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t1/5 2 Le gazon.toujours pius vert chez ie voisin?\tAmeiie Dubois/Les Éditeurs reunis\t3/7 3 Vioience a i\u2019origine\tMartin Michaud/Goeiette\t2/7 4 La veuve du houianger\tDenis Monette/Logiques\t4/14 5 Lit douhie \u2022 Tome 3\tJanette Bertrand/Libre Expression\t6/10 6 Les années de piomh \u2022 Tome 4 Amours de guerre\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t5/5 7 Maiphas \u2022 Tome 4 Grande Liquidation\tPatrick Senecai/Aiire\t7/14 8 La vie sucree de Juiiette Gagnon \u2022 Tome 2 Camisoie en.\tNathaiie Roy/Libre Expression\t8/7 9 La faiiie en toute chose\tLouise Penny/Fiammarion Quebec\t9/2 10 Dix petits hommes hiancs\tJean-Jacques Peiietier/Hurtubise\t-/I W Romans étrangers\t\t 1 L\u2019affaire Cendriiion\tMary Higgins Ciaik | Aiafair Buriæ/Aibin Michei\t1/3 2 Le siecie \u2022 Tome 3 Aux portes de i\u2019eternite\tKen Foiiett/Robert Laffont\t2/12 3 Terrihie trafic\tKathy Reichs/Robert Laffont\t3/9 4 Les neuf cercies\tRoger Jon Eiiory/Sonatine\t4/9 5 Cher John\tNichoias Sparks/Michei Lafon\t6/6 6 Arrêtez-moi\tLisa Gardner/Aibin Michei\t9/9 7 Centrai Park\tGuiiiaume Musso/XO\t5/4 8 Une main encombrante\tHenning Mankeii/Seuii\t7/8 9 Les hrumes du Caire\tRosie Thomas/ Guy Saint-Jean\t-/I 10 Georgian \u2022 Tome 3 Si vous m\u2019emhrassez\tSyivia Day/Fiammarion Quebec\t-/I ^ Essais québécois\t\t 1 Jean-François Lepine, sur ia iigne de feu\tJean-François Lepine/Libre Expression\t1/9 2 Les acteurs ne savent pas mourir\tAiain Vadeboncoeur/Lux\t3/11 3 Confessions post-iefeiendaires.Les acteuis poiitiques de 1995.\tChantai Hebert | Jean Lapierre/Homme\t4/16 4 Chroniques des années moiies\tNormand Baiiiargeon/Lemeac\t2/5 5 De lemaïquahies ouhiies \u2022 Tome 2 iis ont coum i\u2019Amerique\tSeige Bouchard | Marie-Christine Levesque/Lux\t9/4 6 Tenir tête\tGabriei Nadeau-Dubois/Lux\t5/5 7 Nos amis, ies poiiticiens\tVincent Marissai/La Presse\t6/7 8 Une histoire phiiosophique de ia pédagogie \u2022 Tome 1 De Piaton.Normand Baiiiargeon/Poete de brousse\t\t8/5 9 ici était Radio-Canada\tAiain Sauinier/Boreai\t7/7 10 Libres d\u2019apprendre.Piaidoyers pour ia gratuite scoiaire\tCoiiectif/Écosociete\t-/I ^Essais étrangers\t\t 1 LLe capitai au XXie siecie\tThomas Piketty/Seuii\t1/32 2 Y a-t-ii un grand architecte dans i\u2019univers?\tStephen Hawking/Qdiie Jacob\t2/6 3 Marie de Magdaia\tPatrick Banon/Michei Lafon\t10/3 4 L\u2019État isiamique\tSamuei Laurent/Seuii\t5/4 5 Les âmes biessees\tBoris Cyminik/Qdiie Jacob\t4/8 6 Piaidoyer pour ies animaux\tMatthieu Ricard/Aiiary editions\t6/2 7 Nouveiies guerres.L\u2019etat du monde 2015\tCoiiectif/La Decouverte\t7/11 8 Le grand mythe du choiesteroi\tStephen T.Sinatra/Édito\t-/I 9 Et dans i\u2019eternite, je ne m\u2019ennuierai pas\tPaui Veyne/Aibin Michei\t-/I 10 Soeurs voiees\tEmmanueiie Waiter/Lux\t9/5 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse BdSfdU sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Gsspsnl et est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet SasfarB © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 LITTERATURE S\u2019en laisser conter GUYLAINE MASSOUTRE La petite à la burqa rouge, Hakim à la houppe, Jawhara endormie sur un métier à tisser, Sakina se rendant au bal.les avez-vous reconnus, affublés sous leurs oripeaux?Ce sont la belle au bois dormant, le Chaperon rouge, Barbe-Bleue, le Chat botté, Cendrillon, Petit Poucet, Peau d\u2019âne et compagnie.Qui ne connaît pas ces trésors du XVIP siècle, apprêtés en sauce ?La dernière version, et non la moindre, signée Ben Jelloun, s\u2019autorise d\u2019une vieille tante à la verve fabulatrice exceptionnelle.A sa manière, l\u2019écrivain transpose ces contes dans un Maghreb où les monstres mettent à mal des innocents, affrontant la pire adversité.Résultat: elle est formidable, cette réécriture! Laïque et violente, détaillée et fantaisiste, elle puise prédations, viols et assassinats dans l\u2019actualité comme dans l\u2019imaginaire.La palette des égoïsmes et des cupidités, pour peindre l\u2019insatiable folie humaine, se colore au gré des imams.Barbe-Bleue, terrifiant de perversion et de mensonge, épouses crédules et sorcières d\u2019épouvante, princesses et pauvresses?Victimes ou vengeresses, on les reconnaît, campées dans le réel.Amélie Nothomb a rencontré Barbe-Bleue (Albin Michel) à Paris.Ben Jelloun sait faire rire de la puissance et de la ruse, de la cruauté masculine envers les femmes et de leurs manières de se venger, toucher la sottise et la résilience, les injustices et abus des régressions musulmanes.Fascinant Chaperon voilé, cobra qui parle, château ficelé pour cent ans ou Belle noire et stupide, le merveilleux se mélange à la barbarie.Et si le médiéval rejoint l\u2019actuel, c\u2019est pour s\u2019en moquer et s\u2019en défendre.Collaboratrice Le Devoir MES CONTES DE PERRAULT TaharBen Jelloun Seuil Paris, 2014, 293 pages L\u2019hémorragie moldave CHRISTIAN DESMEULES Il y a quelques années, dans un train qui reliait Chisinau à Bucarest, tous les deux coincés dans un compartiment transformé en sauna sous la chaleur du mois de juillet, j\u2019avais fait la connaissance de Nicolae, un Moldave qui retournait en Italie où il travaillait comme jardinier depuis une dizaine d\u2019années.Pendant quelques heures, en passant du russe à l\u2019italien, cet homme d\u2019une cinquantaine d\u2019années m\u2019avait raconté comment il avait appris le russe au cours de son service militaire en Ukraine, à l\u2019époque où la Moldavie faisait encore partie de l\u2019Empire soviétique : à coups de poing sur la gueule.Pays le plus pauvre d\u2019Europe, dont le quart de la population active vit à l\u2019étranger \u2014 les transferts d\u2019argent en provenance des travailleurs à l\u2019étranger représentent jusqu\u2019à 25% de son PIB \u2014, coincé entre la Roumanie et l\u2019Ukraine, la Moldavie connaît depuis la fin des années 1990 une véritable saignée.Cette réalité brutale et plutôt triste, Vladimir Lortchenkov l\u2019aborde de front dans Des mille et une façons de quitter la Moldavie.Exilé depuis peu à Montréal, cet écrivain russe et francophile de 35 ans, ancien journaliste d\u2019enquête, a récemment choisi de mettre lui aussi les voiles avec sa famille, ne se sentant plus vraiment en sécurité en Moldavie.Voyage en tracteur A Larga, un petit village moldave, chacun rêve de fuir ce pays ensorcelé et maudit, ce morceau de terre enclavé situé si loin de l\u2019Europe, de l\u2019euro, du rêve \u2014 même si les statistiques nous disent en réalité que l\u2019argent envoyé par des Moldaves depuis l\u2019étranger provient plutôt largement de la Russie.Certes, nous sommes ici dans la caricature.Mais pour les protagonistes du roman, désespérés, une seule solution, un seul horizon: l\u2019Italie.Un pays «normal» (tout dépend du point de vue) «où les rues sont propres et les gens polis».Un pays magnifique, certes, mais surtout «la promesse d\u2019un travail sans effort».Et pour rejoindre ce pays de Cocagne \u2014 que même le président moldave, dans le roman, cherche à atteindre en sautant d\u2019un avion en parachute pour se fondre dans la nature \u2014, tous les moyens sont bons.Eormer une fausse délégation de joueurs de curling, par exemple.Soudoyer à coups d\u2019euros les fonctionnaires.Quelques comparses débrouillards et rêveurs n\u2019hésiteront pas, quant à eux, à transformer un tracteur en sous-marin, puis en avion.Des mille et une façons de quitter la Moldavie part en lion, mais s\u2019effrite et part en vrille dans la seconde moitié, peut-être étouffé par les facilités du grotesque et les répétitions, comme si l\u2019auteur avait manqué de souffle pour aller au bout de sa satire sociale et politique.Un roman agile et amusant aux nombreuses péripéties, malgré tout, servi par un humour grinçant.L\u2019humour qui, dit-on, est parfois la politesse du désespoir.Collaborateur Le Devoir DES MILLE ET UNE EAÇONS DE QUITTER LA MOLDAVIE Vladimir Lortchenkov Traduit du russe par Raphaëlle Pache Mirobole éditions Bordeaux, 2014, 250 pages POLAR Cupidité 101, selon Donna Leon MICHEL BELAIR Depuis le temps que le commissaire Guido Brunetti réfléchit sur les travers des hommes en parcourant les ruelles sinueuses de la Sérénissime, on a l\u2019impression de le connaître comme on connaît un vieil ami.Brunetti est un honnête homme comme il ne s\u2019en fait plus, et cette 21® enquête traduite en français permettra au lecteur de découvrir un volet plutôt inattendu de sa conscience sociale.Tout s\u2019amorce avec la découverte du cadavre d\u2019un homme dans le Grand Canal.Malgré son aspect qui le différencie singulièrement\u2014l\u2019homme était affligé de la maladie de Madelung qui entraîne des accumulations de gras un peu partout sur le corps \u2014, le commissaire mettra quelques jours à l\u2019identifier.En élargissant patiemment les paramètres de son enquête, Brunetti apprendra qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un vétérinaire du continent qui travaillait aussi dans un abattoir près de Mestre pour arrondir ses fins de mois.Et l\u2019établissement est, comme par hasard, dirigé par le gendre d\u2019un personnage influent du «milieu».Pour en avoir le cœur net, Brunetti visite l\u2019abat-toir.ce qui donne à Donna Leon l\u2019occasion d\u2019une envolée littéraire tout en odeurs, en couleurs et en cris de toutes sortes! Brunetti et son ami inspecteur Vianello digéreront difficilement ce passage sur la terre ferme.De retour à Venise, ruminant encore la scène d\u2019horreur à laquelle il vient d\u2019assister, le commissaire se réfugie chez lui, où Paola, son universitaire de femme, l\u2019attend avec une question assassine sur la responsabilité morale et la corruption.11 y a de ces journées.Tout cela permettra au commissaire d\u2019y voir un peu plus clair dans cette affaire et de tisser des liens entre l\u2019assassinat, ce qu\u2019il suspecte de se passer à l\u2019abattoir et la santé publique de la Vénétie tout entière.Grâce à l\u2019aide de ses complices bien connus, la signorina Elettra (au clavier), l\u2019inspecteur Vianello (à l\u2019intuition) et le vice-ques-teur Patta dans son rôle habituel du repoussoir, Brunetti parviendra à tirer au clair cette affaire sordide où la cupidité joue un rôle clé.Un peu grâce à sa façon de transcrire son amour profond de Venise et aussi, bien sûr, grâce au charme de Brunetti, Donna Leon fait encore une fois la preuve dans son style inimitable qu\u2019il n\u2019y aura probablement jamais de limites à la rapacité des hommes.Collaborateur Le Devoir LTNCONNU DU GRAND CANAL Donna Leon Traduit de l\u2019anglais par Gabriella Zimmerman Calmann-Lévy Paris 2014, 308 pages FATWA SUITE DE LA PAGE E 1 cette misère du ressentiment qui menace l\u2019islam tout entier.Source de toute violence, blessure effroyable du cœur humain, maladie de l\u2019âme comme l\u2019écrivait si justement Abdelwa-hab Meddeb.Politique de part en part, mais surtout social et misérable, ce ressentiment devient aveugle sur ses propres finalités, il s\u2019autodétruit en détruisant sa propre humanité.L\u2019islam est malade de ce cancer du nihilisme qui l\u2019envahit de métastases mortelles et que ses voix les plus pures ne semblent plus pouvoir contenir.Voilà ce qu\u2019il faut arriver à penser devant la terreur de fous qui se réclament de Dieu pour attaquer l\u2019écriture.Cette maladie atteint désormais non seulement ces jeunes européens rêvant de Syrie, qu\u2019elle mobilise dans leur illusion de réparation, mais aussi les nôtres qui se reconnaissent comme leurs frères et rêvent à leur tour de djihad dans un monde qui les exclut.Affronter Comment, faut-il enfin demander, ne voyons-nous pas que ce nihilisme, cette indifférence au mal au nom d\u2019un bien qui ne semble pouvoir trouver sa définition que dans une logique de compensation, est autant notre créature que la leur ?Afghanistan, Palestine, Irak, nous avons enfanté ce monstre, nous ne cessons de le nourrir et nous nous étonnons qu\u2019il se retourne contre nous.Quand la déraison se dresse contre l\u2019esprit, quand la violence la plus brute attaque l\u2019écriture et la presse, expressions sublimes de la raison et de la culture, ne voyons-nous pas que c\u2019est l\u2019universel de la liberté dont nous nous réclamons qui est attaqué ?Pourquoi l\u2019est-il?Parce qu\u2019il ne tient pas ses promesses, parce que son programme émancipateur a conduit à un monde clivé dont les musulmans se sentent expulsés.L\u2019universel de la liberté n\u2019a de sens que si cettç liberté peut être partagée.Elle ne l\u2019est pas.À la place, nous avons les drones ciblés, et cela, hélas, Charlie Plebdo ne l\u2019a pas souvent dessiné.L\u2019écrivain doit affronter la logique qui transforme ce ressentiment en violence, il doit montrer que l\u2019écriture et la recherche de l\u2019universel demeurent les seuls chemins pour guérir la violence, il doit inte^eller les politiques sur l\u2019inutilité de la répression et la nécessité de la solidarité.S\u2019il ne le fait pas, il reproduit le fanatisme en l\u2019inversant, il approfondit la fracture que lui impose une histoire meurtrière où Caïn ne cesse d\u2019assassiner Abel et où Ismaël crie seul dans le désert, il se condamne à l\u2019impuissance devant son propre destin d\u2019ouverture et d\u2019accueil, de fraternité et de paix.Qui peut entendre cela dans les ruelles d\u2019Alep, où les frères s\u2019entretuent, où l\u2019universel offre à chacun le visage de l\u2019échec ?Qui peut l\u2019entendre dans les HLM de banlieue où les jeunes en quête de leur destin ne trouvent que le visage du refus?Qui peut l\u2019entendre dans les camps où les réfugiés syriens viennent retrouver leurs frères palestiniens ?L\u2019écrivain peut le dire, il peut affronter la terreur et son courage est toujours le même : face aux violences de toute nature, promouvoir encore son idéal universel de liberté et de paix.Collaborateur Le Devoir % CHQttTC Ltl PMUUI» TOCACTl vmwi HEBr# iMTûUCHAetfô.SET\u2019-.*.\u2014« FRED DUFOUR AGENCE FRANCE-PRESSE Charb dans les bureaux du Charlie Hebdo en 2012 Mort aux cons ! EABIEN DEGLISE Saloperie ! Le fanatisme religieux et l\u2019obscurantisme délétère n\u2019ont pas seulement emporté dans la mort, avant l\u2019heure, le directeur de la publication de Charlie Plebdo.Ils ont aussi fait taire à jamais un esprit critique redoutable couplé à une plume fine et corrosive à la fois.Une plume trempée dans l\u2019indignation et la dérision qui condamnait la bêtise humaine sous toutes ses formes, les conformismes malsains, les discours creux érigés en remèdes trop faciles, l\u2019intolérance nourrie aux dogmes, et dont témoignent quelques fragments habilement critiques qui vont survivre à leur auteur dans Les fatwas de Charb.Cet esprit malicieux et corrosif, celui du caricaturiste et pamphlétaire Stéphane Charbonnier, est tombé dans l\u2019exercice de ses fonctions sous les balles de fous de Dieu.Le drame s\u2019est joué mercredi matin dans l\u2019attentat 12 fois mortel commis contre la rédaction de l\u2019hebdo.Hommage et testament, malgré lui, le bouquin concentre en 50 coups de gueule bien sentis le sens critique de l\u2019homme et l\u2019efficacité narrative avec laquelle il était capable de la partager chaque semaine dans les pages du journal satirique qu\u2019il a dirigé à la vie, à la mort.Ses fatwas, référence narquoise bien sûr aux condamnations religieuses de l\u2019islam, ratissent large, exposant au final une lucidité qui ne frappait que très rarement sur le barbu aux dépens, bien sûr, de tous les autres : la vacuité des slogans des mouvements sociaux de la gauche française, l\u2019amour inconditionnel des Erançais pour Georges Brassens \u2014 un «puissant laxatif», écrit-il \u2014, les moralistes de tout acabit, la dictature du champagne \u2014 ce «pisse-aigre et gazeux qui ramone l\u2019œsophage» \u2014 comme accessoire indispensable de la fête ont également goûté à sa plume dans ses exercices de style appelant tous, dans leur titre, à la mort des nombreux irritants sociaux.Ses charges satiriques et exagérément enragées se terminaient chaque fois par un verdict caustique et un «Amen ! » toujours de circonstance.Avant d\u2019être confronté à la sienne, il en a souhaité, des morts, le bonhomme, celle des cons dans leur ensemble, mais également celle des parents d\u2019élèves qui ouvrent «leur gueule pour postillonner des lieux communs nauséabonds sur l\u2019éducation», ou celle encore du cinéma 3D, inventé uniquement pour justifier l\u2019augmentation des places de cinéma.11 a conspué la mode des plats servis en verrine dans les restaurants, le remplacement du balai par les souffleuses à feuilles bruyantes et polluantes, l\u2019insipidité de la mozzarella, l\u2019obsession de certains voyageurs pour leurs bagages ou encore la truffe, «cet épate-couillon », ce «signe ostentatoire du parvenu sans talent», dans ses colonnes qui se lisent d\u2019un trait en convoquant souvent le sourire.Sur les fondamentalistes religieux, il aura écrit: «Notre peur est leur raison de vivre.Notre peur est leur véritable religion.Notre peur les nourrit Bs boivent notre sueur froide comme les vampires boivent le sang de leurs victimes.Notre peur est la complice de ces connards», avant d\u2019appeler la laïcité et son «large fessier» à «s\u2019asseoir sur cette vermine et [à] l\u2019écrabouiller».En 120 pages d\u2019humour à forte valeur réflexive, Charb démontre facilement qu\u2019il n\u2019a jamais vraiment eu peur de rien.Surtout pas des menaces et de l\u2019intimidation.Et bien sûr, il est désormais agréable de croire que cette posture intellectuelle, exposée dans cet ultime recueil, peut devenir finalement contagieuse.Le Devoir LES EATWAS DE CHARB Charb Les échappés/Charlie Plebdo Paris, 2014, 120 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 F 5 LIVRES Djian : le déjanté désenchanté L\u2019auteur de 37°2 le matin se glisse dans la peau d\u2019un danseur travesti DANIELLE LAURIN Histoires tordues, humour décalé, dialogues pétillants : Philippe Djian n\u2019en finit plus depuis quelques années de nous régaler.Après Impardonnables, Incidences, Vengeances et, plus récemment.Oh.(tous les quatre chez Gallimard), le romancier français de 65 ans, loin de s\u2019essouffler, en remet avec Chéri-Chéri.On s\u2019éclate dans ce livre froufrou qui flirte avec le roman noir.C\u2019est burlesque, vaudevil-lesque, rocamholesque, à la limite du vraisem-hlahle.Ça coule, pourtant.Ça déhoule, ça virevolte, pas le temps de souffler.Tout s\u2019enchaîne à un rythme d\u2019enfer, dans une langue colorée farcie d\u2019expressions populaires, parsemée d\u2019images et de métaphores inattendues, surprenantes.Dés le tout début, le ton est donné : «Le jour, on m\u2019appelait Denis.J\u2019étais un écrivain qui connaissait un certain succès et qui avait la dent dure, comme critique.Certains soirs, on m\u2019appelait Denise.Bon, je dansais dans un cabaret.» Denis gagne mal sa vie comme écrivain, Denise parvient à peine à combler ce qui manque pour boucler les fins de mois.Si Denise prend plaisir à émoustiller la gent masculine dans une boîte de nuit par ses déhanchements en petite tenue, elle prend soin de préciser que «l\u2019on peut faire ce que je fais sans être homo».Denis est marié, et bien marié, à une femme qui l\u2019adule.«S\u2019il y avait bien quelqu\u2019un à qui je n\u2019avais rien à reprocher, c\u2019était elle, c\u2019était Hannah, cette femme un peu fêlée, au sourire un peu niais, cette poupée Barbie grandeur nature, aux longs cils, à l\u2019âme innocente.» Le hic : les beaux-parents.Ils vivent dans l\u2019appartement au-dessous.L\u2019immeuble appartient en fait à beau-papa, un richard très racaille, pour ne pas dire mafieux, qui a fait fortune «en plumant des poulets par wagons entiers» et qui n\u2019hésite pas à envoyer son homme de main tabasser les mauvais payeurs pris dans les filets de ses magouilles.Le moins que l\u2019on puisse dire c\u2019est que le courant ne passe pas entre Denis et cet homme violent, sans scrupule, égocentrique et radin, qui n\u2019hésite pas à réclamer à son beau-fils le loyer qu\u2019il n\u2019arrive pas à payer.Le chantage Philippe Djian en 2009 n\u2019est pas exclu, au contraire, il fait partie du quotidien de beau-papa, qui en use à outrance avec Denis.Pour ce dernier, c\u2019est simple : le père de sa femme «cristallise aujourd\u2019hui la somme de tous les connards qui ont un jour croisé ma route».Voilà pour le contexte.Au passage, des réflexions senties sur le métier d\u2019écrivain.« J\u2019aimerais sincèrement apparaître dans les listes des meilleures ventes, mais je ne suis pas prêt à tout, je suis tenu par la poigne d\u2019une entité supérieure qui me détruirait si je cédais à de méprisables renoncements.» Aussi : des coups de griffes dans ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la pipolisation de la littérature.Et des clins d\u2019œil aux sulfureux écrivains Maurice Dantec et Michel Houellebecq: que diriez-vous si on vous invitait à passer une C HELIE GALLIMARD semaine dans une chambre d\u2019hôtel avec eux?Parlant de l\u2019auteur de La carte et le territoire (Flammarion), une parenthèse plutôt comique : le héros et narrateur de Chéri-Chéri porte un anorak «modèle Houellebecq 2010 vert olive».Pour le reste : les développements et les retournements de situation seront constants.Il y aura de multiples cassages de gueule, des poursuites automobiles, des cadavres.Il y aura aussi toutes sortes de chassés-croisés amoureux.Et, comme toujours chez Djian, beaucoup de sexe.On franchit allègrement la barrière des interdits, même en famille.Car comment résister à son instinct animal, à ses pulsions sexuelles, comment ne pas franchir le Rubicon, malgré toute la bonne volonté du monde?«Mais c\u2019est dresser un rempart de Djian en qnelqnes dates 1949 Naissance à Paris.1981 Parution de son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé 50 contre un Q\u2019ai lu).1985 Sortie en librairie du roman qui le rendra célèbre, 37°2 le matin Q\u2019ai lu), adapté au cinéma l\u2019année suivante par Jean-Jacques Beineix.2012 Prix Interallié pour Oh.(Gallimard), où le romancier se met dans la peau d\u2019une femme violée.cristal contre un bélier de bronze brut et se croire à l\u2019abri que de donner foi à cette foutaise, notre soi-disant force intérieure, nos résolutions soi-disant intangibles, notre maîtrise, notre raison de fer, notre volonté d\u2019acier trempé.» Pshittt, sous le tapis, la culpabilité.Comme toujours chez Djian, on ment allègrement, on trahit à tour de bras.Sous des dehors de ne pas y toucher, malgré ses constantes ba-dineries, l\u2019auteur démonte encore et toujours la mécanique des rapports humains.Aucun personnage ne s\u2019en sort indemne, surtout pas Denis-Denise, qui s\u2019enlise, se trouve pris dans un engrenage qui le dépasse, jusqu\u2019à devenir prisonnier d\u2019une toile d\u2019araignée qu\u2019il a aidé à tisser.Regard déjanté, mais surtout désenchanté, pour ne pas dire implacable, de Djian sur le genre humain.Puis, question de désamorcer le tout, de terminer sur une entourloupette tout à fait djianesque, cette dernière phrase qui tombe : «Et tout ça est vrai, tout ça n\u2019est qu\u2019invraisemblable et pure vérité.» Collaboratrice Le Devoir CHÉRI-CHÉRI Philippe Djian Gallimard Paris, 2014; 197pages Essai : rallumer le feu des usines LOUIS CORNELLIER Dans le monde de l\u2019industrie québécoise, le bilan des trois dernières décennies prend des allures de cimetière.En 1992, à Montréal, l\u2019usine Angus met un terme à ses activités.Suivront, notamment, les fermetures de General Motors (2002) à Boisbriand, de la raffinerie Shell à Montréal (2010), d\u2019Electrolux (2010) à L\u2019Assomption, de MABE (2012) à Montréal, de RioTintoAlcan (2013) à Shawinigan, et de plusieurs autres.Les chiffres, ici, ne mentent pas.En 2000, la part du PIB réel du secteur manufacturier dans l\u2019économie québécoise est de 22,9%.En 2013, elle n\u2019est plus que de 13%.En 1980, la part du manufacturier dans l\u2019emploi est de 23%.En 2011, elle a chuté à 12%.On assiste donc bel et bien à une désindustrialisation de l\u2019économie québécoise.Ce constat est celui de Jacques Houle, qui a été conseiller et cadre à Emploi Canada pendant plus de vingt ans.Dans II était une fois des usines.Essor, déclin et relance de l\u2019industrie québécoise, un essai dont la perspective est à la fois historique, économique et sociale.Houle raconte, de manière synthétique et efficace, les beaux jours de l\u2019industrie québécoise, du XIX® siècle à 1982, analyse les causes de son déclin et propose des pistes de solution pour la relancer.Le style est plutôt terne, mais le parcours, éclairant.Devenu, par un revers de fortune, une colonie britannique en 1760, le Québec connaît une industrialisation précoce.Dès 1850, ses usines de produits alimentaires (farine, sucre, produits laitiers), de cuir (chaussures), de bois, de textile, de vêtements et de matériel roulant (train) tournent rondement.Le développement de l\u2019hydroélectricité (1896-1929) consolide sa structure manufacturière.Les années de crise (1929-1939) sont difficiles, mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale entraîne une relance de la production industrielle.Houle qualifie à\u2019«âge d\u2019or de la croissance industrielle» les décennies qui suivent (1946-1982).Le déclin, toutefois, s\u2019annonce.Ses conséquences, on l\u2019a vu en début de texte, seront lourdes.Une fatalité ?Certains, explique Houle, considèrent «la désindustrialisation comme un phénomène irréversible qui s\u2019apparente â un coup du destin, lequel échappe â toute volonté humaine».Nous serions, disent-ils, entrés dans l\u2019ère de la société postindustrielle, dans laquelle nous assisterions «au passage d\u2019un modèle économique â dominante industrielle â un nouveau modèle â dominante de service».Houle conteste cette opinion, «qui masque les responsabilités des décideurs et de certains experts â l\u2019origine de ce fiasco économique».Pour lui, la désindustrialisation n\u2019est pas une fatalité, «mais le résultat de choix regrettables en matière de stratégie économique».H accuse principalement les «politiques de libre-échange extrêmes» d\u2019être responsables de ce déclin.En ouvrant nos frontières à la concurrence de pays à bas salaires, «ce grand dérangement industriel a aussi fragilisé l\u2019économie des pays développés en les privant de leur socle industriel essentiel â la croissance».Le conflit commercial canado-américain sur le bois d\u2019œuvre, au début des années 2000, et la forte hausse du dollar canadien, à partir de 2003, conséquence du boom des ressources naturelles dans certaines provinces (Alberta, Saskatchewan, Terre-Neuve), ont accéléré le travail de déconstruction de l\u2019industrie québécoise.Houle croit néanmoins possible une relance de cette dernière, pour une foule de raisons.D\u2019abord, note-t-il, «l\u2019ère du cheap labor asiatique semble tirer â sa fin ».Le Québec, de plus, dispose de nombreux atouts pour mener à bien cette mission : une TIEEET structure industrielle diversifiée, une économie mixte (secteurs privé, public et coopératif), une importante richesse hydroélectrique, forestière et minière, de même que «sa tradition industrielle ancienne, d\u2019un capital de compétence remarquable».Des conditions Afin de déclencher cette «Révolution industrielle dont le rayonnement sera comparable â celui de la Révolution tranquille» et qu\u2019il appelle de ses vœux.Houle énumère quelques conditions à respecter.H faut d\u2019abord, explique-t-il, «mettre toute la population dans le coup», la convaincre de la nécessité de cette relance, qui passera, notamment, par la vente à prix réduit de l\u2019électricité aux entreprises créatrices d\u2019emplois et respectant l\u2019environnement.Il faut, ensuite, procéder à une «montée en gamme de la valeur ajoutée» dans tous les secteurs manufacturiers: bois, textile, aéronautique, aluminerie, industries chimiques, pâtes et papiers et matériel de transport terrestre.Les parcours scolaires, de plus, doivent être «mieux arrimés â l\u2019industrie».Il importe, enfin, de «mieux baliser nos pratiques en matière de libre-échange» et de mitiger les impacts de la hausse du dollar sur le secteur manufacturier.H est difficile, dans une perspective économique, de s\u2019opposer à un tel programme, si bien présenté.H est nécessaire, toutefois, de lui adjoindre des mises en garde.L\u2019idée de mieux arrimer les parcours scolaires à l\u2019industrie, c\u2019est-à-dire de revaloriser le savoir-faire technique et scientifique, est bienvenue, dans la mesure où elle ne s\u2019accompagne pas d\u2019une mise à l\u2019écart de la formation générale pour tous et d\u2019une soumission des établissements d\u2019enseignement à certaines entreprises.Houle a certes raison de dire que le monde industriel contribue au sain dynamisme d\u2019une société et que les usines québécoises d\u2019aujourd\u2019hui ne sont plus les lieux infernaux d\u2019hier, mais il n\u2019insiste pas assez sur le rôle de l\u2019action syndicale dans cette évolution et sur la nécessité d\u2019assurer cette action dans un univers toujours tenté par la réduction des coûts de production sur le dos des travailleurs.Une relance industrielle sans une présence syndicale forte ne serait pas acceptable.Il convient de mentionner, enfin, que la thèse de Jacques Houle s\u2019inscrit pleinement dans le paradigme de la croissance, qui ne va pas sans susciter de profondes remises en question dans la famille de la gauche écolo^ste.Houle mentionne que la politique industrielle du gouvernement Ma-rois, dévoilée en octobre 2013, sans être parfaite, allait dans le sens d\u2019une reconquête industrielle souhaitable.Le gouvernement Couillard s\u2019inspi-rera-t-il d\u2019elle et des idées de Houle ?Si c\u2019est le cas, les mises en garde formulées plus haut, rarement entendues dans la bouche des libéraux, seront plus que jamais nécessaires.Collaborateur Le Devoir IL ÉTAIT UNE FOIS DES USINES Essor, déclin et relance DE l\u2019industrie QUÉBÉCOISE Jacques Houle Hurtubise Montréal, 2014, 144 pages F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 ESSAIS Contre la capitulation linguistique Louis CORNELLIER n tout temps, en tout lieu, je défends le français, sa qualité et son statut.C\u2019est une obsession.Et si je dois défendre ma langue maternelle, la seule langue officielle du Québec, c\u2019est qu\u2019elle est attaquée, de l\u2019extérieur et de l\u2019intérieur.De l\u2019extérieur, par la tendance mondiale et canadienne au tout-à-l\u2019an-glais.De l\u2019intérieur, par un relâchement linguistique décomplexé.Ces deux menaces forment un cercle vicieux : si le français perd sa nécessité sociale, sa qualité régresse (pourquoi maîtriser une langue non nécessaire ?) et, si sa qualité régresse, on ne voit plus ce qu\u2019on perd en l\u2019abandonnant.Nous devrions savoir, pourtant, que, comme le notait l\u2019écrivain français Sénac de Meilhan en 1795, «une nation qui parle une autre langue que la sienne perd insensiblement son caractère».Or, dans cette mission que constitue la défense de la qualité et du statut du français, ici comme ailleurs, le Québec a besoin de l\u2019appui de la France.Cette dernière, malheureusement, semble avoir envie de capituler devant ce que le poète et essayiste Alain Borer appelle r«anglobal», c\u2019est-à-dire «Vanglo-américain qui se mondialise, en néolatin, selon sa propension hégémonique, dans tous les domaines de responsabilité, s\u2019impose à l\u2019intérieur des autres langues en substituant aux différentes cultures ses représentations et ses modèles culturels, donc, à terme, juridiques et politiques ».Colonisation déchaînée Dans De quel amour blessée.Réflexions sur la langue française, un essai magistral et érudit, à la fois fiévreux et rigoureux.Borer, un spécialiste de Rimbaud, constate avec effroi l\u2019insouciance française devant cet envahissement de son pays par l\u2019anglobal et les effets délétères qu\u2019il entraîne sur sa langue.«En France colonisée, écrit-il, c\u2019est Halloween tous les jours!» La publicité, la finance, la médecine, la recherche scientifique, la littérature, le journalisme, la cui- sine, la mode, la musique, les prénoms, «tous les domaines capitulent les uns après les autres et se soumettent à cette colonisation naguère encore douce et maintenant déchaînée», pendant que «personne n\u2019y trouve à redire».Borer n\u2019hésite pas à parler d\u2019aliénation, «cette inhibition par laquelle le sujet ne se voit plus qu\u2019à travers les yeux d\u2019un autre, s\u2019assujettit», et de «collaboration».Quand Giscard d\u2019Estaing, en 1974, le soir de son élection à la présidence, s\u2019adresse d\u2019abord au monde en anglais, son message, déplore Borer, est clair: «la langue française n\u2019est plus une langue internationale ».L\u2019actuel premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a retenu la leçon.Il a justifié son discours en anglais, en Islande, l\u2019an dernier, en disant que cette langue s\u2019imposait pour convaincre les partenaires économiques du Québec d\u2019investir chez nous.En 2013, dans la même logique, la loi Fioraso, du gouvernement Hollande, proposait de permettre l\u2019enseignement en anglais à l\u2019université.Au Québec, nos capitulards provinciaux, notamment actifs à HEC Montréal (une appellation à l\u2019anglaise, soit dit en passant), avaient déjà eu cette idée «de livrer l\u2019université à l\u2019anglobal».Toute cette abdication a été justifiée au nom du «réel», qui «fut toujours l\u2019argument collabo», écrit Borer avant d\u2019ajouter que «le réel ne s\u2019oppose pas à l\u2019irréel ni au rêve, il s\u2019oppose au courage».Ce «choix de la défaite» quant au statut du français, en France comme ici, en nourrissant une dévalorisation du français, s\u2019accompagne inévitablement d\u2019atteintes à la qualité de la langue.Borer, qui fait souvent référence au Québec, parle d\u2019un «devenir shiak de la langue française», accéléré par la mutation numérique.Pour illustrer le phénomène, il évoque les anglicismes et les calques qui remplacent des mots et expressions français, mais surtout ce qu\u2019il appelle des «métaplasmes», c\u2019est-à-dire des atteintes à la précision de la langue (non-respect de l\u2019accord du participe passé) et à sa logique (la faute, par exemple, qui consiste à utiliser le subjonctif au lieu de l\u2019indicatif après «après que»).La liste est longue: utilisation d\u2019adjectifs comme adverbes {«je roule prudent»), abandon de la double négation {«c\u2019est pas grave»), suppression des pronoms, articles et prépositions {«faut pas rêver»), non-respect de l\u2019accord des pronoms relatifs (lequel, laquelle, lesquels.C HELIE GALLIMARD La France semble avoir envie de capituler devant ce que le poète et essayiste Alain Borer appelle l\u2019«anglobal», c\u2019est-à-dire «l\u2019anglo-américain qui se mondialise».duquel, etc.), anacoluthes {«Placé en détention, son dossier sera examiné»), confusion du futur et du conditionnel, prononciation à l\u2019anglaise, etc.Une langue écrite La démonstration est éblouissante.Borer, en effet, ne se contente pas de relever des fautes et de nous inciter à les corriger ; il explique, avec brio et dans une prose dense, poétique et emportée, que le génie de la langue française se perd dans cette débâcle.La particularité du français, précise-t-il, est d\u2019être une langue écrite, une lan^e qui ne prononce pas tout ce qu\u2019elle écrit, mais «dont la vérification a lieu par écrit» (le vers de Racine, éponyme du livre, en est la preuve), ce qui explique sa précision et sa rigueur.Borer démontre que la double négation (je NE marche PAS), tout comme son «je» fragile, est une manifestation de la préoccupation qu\u2019a le français pour l\u2019interlocuteur et que la distinction propre au français entre le sexe et le genre (le féminin est signalé par le « e » muet) témoigne d\u2019un parti pris en faveur d\u2019une «commune ontologie» entre l\u2019homme et la femme.Savant, raffiné et profond, cet essai porte un pressant message : la langue française, «sommet de la création humaine», architectonique d\u2019une civilisation et d\u2019une culture, est menacée par notre indolence.« Courage » est-il encore un mot français ?Sur Twitter: louisco@sympatico.ca DE QUEL AMOUR BLESSÉE Réflexions sur la langue française Alain Borer Gallimard Paris, 2014, 354 pages Paroles de soldats de la Wehrmacht SEBASTIEN VINCENT L> histoire de la Seconde ' Guerre mondiale s\u2019abreuve à de nombreuses sources qui posent autant de défis à l\u2019historien.Deux ouvrages nous font découvrir en français la parole vive des soldats allemands tout en constituant de belles démonstrations de méthodologie.Soldats, des universitaires Sonke Neitzel et Harald Wel-zer, se fonde sur les écoutes systématiques de milliers de prisonniers allemands effectuées par les Britanniques durant la guerre.Au fil des pages, forte est l\u2019impression d\u2019assister aux échanges entre soldats.Qn découvre, sans filtre, mais avec un certain recul par rapport aux événements relatés, ce qu\u2019ils avaient à dire entre autres sur la mort donnée et reçue, les crimes commis contre des prisonniers, la vie au front, la sexualité dans les bordels, la foi, les doutes dans la victoire, la bravoure et les valeurs militaires.Les commentaires documentés des deux chercheurs mettent en contexte les extraits classés par thèmes.Vie privée Ces écoutes constituent une source très importante pour saisir l\u2019état d\u2019esprit de ces hommes et leurs récits des événements.Elles ne fournissent par contre aucune information sur ces soldats, qu\u2019on ne peut alors resituer dans leur contexte personnel.Ce manque est comblé avec l\u2019ouvrage de Marie Mounier.Lettres de la Wehrmacht rassemble 97 missives fortes et éclairantes rédigées par des soldats S()ID\\TS au cœur même de la guerre.L\u2019espoir et l\u2019exaltation de la foi envers l\u2019Allemagne et Hiüer cèdent progressivement le pas aux désillusions des militaires, à leur détresse devant la brutalité des combats, à la dé^ada-tion des conditions physiques et matérielles à mesure que l\u2019inéluctable défaite approche.Dans sa préface, l\u2019historien Timothy Snyder note que ces écrits tirés d\u2019un fonds d\u2019archives allemand comptant plus de 16 000 lettres «nous rappellent [.] que les soldats allemands étaient aussi des hommes.Ils ne parlent ici ni à eux-mêmes, ni à leurs commandants, ni aux interrogateurs d\u2019après-guerre, ni même à l\u2019histoire.Ils parlent aux personnes qu\u2019ils aiment».La grande valeur de ce livre est qu\u2019il «nous force à penser la Seconde Guerre mondiale en des termes plus universels qu\u2019il ne nous plairait».Cette plongée dans l\u2019intimité de ces soldats met souvent mal à l\u2019aise.Ces combattants d\u2019Hitler étaient humains: «La catastrophe de la guerre n\u2019en apparaît que plus terrible», estime Marie Moutier.Collaborateur Le Devoir SOLDATS Combattre, tuer, mourir: Procès-verbaux de récits DE SOLDATS ALLEMANDS Sonke Neitzel et Harald Welzer Gallimard Paris, 2014, 619 pages LETTRES DE LA WEHRMACHT Perrin Paris, 2014, 335 pages Cette armée d\u2019Hitler [.] était composée de pères de famille, [.] qui reçurent un matin leur ordre de mobilisation)} Extrait de Lettres de la Wehrmacht L\u2019au-delà éphémère de Bonnefoy Héritier de Baudelaire, le poète réfléchit sur la transcendance du quotidien MICHEL LAPIERRE La publication en 1953 de son recueil Du mouvement et de l\u2019immobilité de Douve (Gallimard) a révélé Yves Bonnefoy et sa complice mystérieuse, à qui il disait: «Douve, je parle en toi; et je t\u2019enserre / Dans l\u2019acte de connaître et de nommer.» Dans son dernier essai, le poète et penseur dévoile Douve encore plus lorsqu\u2019il écrit: «La poésie ne naît pas des mots mais de l\u2019excès sur leur sens de la présence des choses.» Pour cerner Douve, qui, tantôt paysage, tantôt femme, habite la poésie comme une présence énigmatique mais très intime, Bonnefoy, né à Tours en 1923, scrute, dans Le siècle de Baudelaire, ce qu\u2019il appelle «un des grands événements de l\u2019histoire de l\u2019esprit».Il s\u2019agit, selon lui, de «la banalisation de l\u2019incroyance» au XIX® siècle et de «l\u2019effet que celle-ci a eu sur le travail des poètes».Qn peut se surprendre que Bonnefoy discerne en Baudelaire, qui, dans ses fragments Mon cœur mis à nu, avoua sa «tendance à la mysticité», ses «conversations avec Dieu», le pionnier d\u2019une recherche poétique de la transcendance au cœur du quotidien, donc loin du surnaturel.Mais, fruit de la réflexion d\u2019une vie, l\u2019exégèse baudelairienne de celui qui a occupé une chaire de poétique au Collège de France s\u2019intégre à une pensée esthétique aussi rigoureuse et nuancée que personnelle et parlante.Bonnefoy prend soin de préciser que l\u2019auteur des Fleurs du mal «ne croit pas, au moins en des moments qui sont au cœur de son attention ».Ce sont là ceux qui comptent le plus, ceux durant lesquels le poète perçoit la transcendance sensible et fugitive d\u2019un immédiat étranger aux principes éternels et abstraits ainsi qu\u2019aux mots eux-mêmes, en tout cas à leur sens ordinaire.Poésie, arts, musique À partir notamment du fameux vers baudelairien selon lequel «le soleil s\u2019est noyé dans son sang qui se fige», Bonnefoy résume sa hantise d\u2019un au-delà m HECTOR GUERRERO AGENCE ERANCE-PRESSE En décembre 2013, à 90 ans, le poète français Yves Bonnefoy est devenu le premier écrivain francophone à recevoir le prix de la Foire internationale du livre de Guadalajara, au Mexique.esthétique déjà exprimé dans la figure de Douve et que visent les poètes : «La poésie se distingue de la littérature comme le désir d\u2019être se distingue de la gestion de l\u2019avoir.» Naturellement, il soutient que celle-ci doit se subordonner à celle-là.Dans son esprit, la poésie s\u2019associe à tous les arts en les dépassant.Bonnefoy la lie en particulier à la musique en explorant l\u2019œuvre de Stéphane Mallarmé (1842-1898) qui.successeur de Baudelaire dans l\u2019expression d\u2019une transcendance areligieuse, rêva d\u2019une poésie toute musicale.Il a l\u2019ingénieuse audace de percevoir que l\u2019utopie esthétique mallarméenne annonça la musique atonale de Schon-berg et de Webern, qui illustrera la première moitié du XX® siècle en rompant avec une longue tradition musicale tributaire du christianisme.En faisant enfin de la ville et surtout de la banlieue mons- trueuse l\u2019avenir transcendant de la poésie dans la lignée baudelairienne, Bonnefoy prouve que son inoubliable Douve n\u2019a pas fini, en nous étonnant, de se métamorphoser.Collaborateur Le Devoir LE SIÈCLE DE BAUDELAIRE Yves Bonnefoy Seuil Paris, 2014, 272 pages "]
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