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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2015-01-12, Collections de BAnQ.

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[" Le Nigeria appelle à l\u2019aide internationale pour lutter contre Boko Haram Page B 1 L\u2019icône de La Dolce Vita, Anita Ekberg, n\u2019est plus Page B 8 www.ledevoir.corn ^ LE DEVOIR Vol.C V I N» 2 LE DEVOIR, LE LUNDI 12 JANVIER 2015 1,13 $ + TAXES = 1,30 $ 1 ï LOÏC VENANCE AGENCE ERANCE-PRESSE A Paris, les manifestants se sont réunis place de la République, certains prenant d\u2019assaut le monument représentant Marianne.Sur les traces posthumes des djihadistes Washington doute du lien entre les terroristes, al-Qaïda et le groupe État islamique PHILIPPE ORFALI Pendant que la France et le monde proclament «être Charlie», les autorités chargées de faire la lumière sur les tragédies de la semaine dernière en apprennent un peu plus chaque jour.Dimanche, Washington a émis de sérieux doutes sru la thèse voulant que les tireurs de Charlie Hebdo et de l\u2019épicerie cacltère aient été appuyés par al-Qaïda ou le groupe Etat islamique (El).Il n\u2019y a «pas d\u2019information crédible» attestant qu\u2019al-Qaïda ou que l\u2019EI soient derrière les attentats ayant fait L?, morts, a affirmé le procureur général des Etats-Unis, Eric Holder, dimanche en direct de Paris.«Nous devons voir exactement qui est responsable [pour] déterminer quel type de réponse sera approprié», a-t-il ajouté.Affaiblie, al-Qaïda n\u2019a plus les moyens d\u2019accomplir des attentats de l\u2019ampleur de ceux du Ü-Septembre, mais ses fi- liales comme l\u2019Aqpa au Yémen sont passées à « de plus petites attaques», «qui impliquent une ou deux personnes, un petit nombre d\u2019armes [et] qui peuvent avoir un impact catastrophique, comme on l\u2019a vu en France», a-t-il précisé.L\u2019un des frères Kouachi ayant perpétré l\u2019attentat à Charlie, Chérif, s\u2019était revendiqué d\u2019Aqpa, tandis que l\u2019auteur de la prise VOIR PAGE A 8 : ENQUÊTE Charlie Hebdo Solidaires face à la terreur Des millions de Français envahissent les rues de Paris et d\u2019autres villes CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Jamais les potaches de Charlie Hebdo, dont le journal sruvivait de peine et de misère, n\u2019auraient imaginé faire descendre dans les rues plus de trois millions de personnes avec, en prime, une cinquantaine de chefe d\u2019Etat et de gouvernement.Quatre jours à peine après la tuerie de Charlie Hebdo et deux jours après la prise d\u2019otages dans une épicerie juive, une marée humaine sans précédent a submergé la France d\u2019est en ouest et du nord au sud.Aucune ville ni aucun village ne semblent avoir échappé à cette mobilisation historique digne de la Libération.Selon le ministère de Hnté-rieiu, il s\u2019agissait d\u2019un rassemblement «sans précédent».Peut-être la plus grande manifestation jamais recensée en France.Ni après le LL-Septem-bre ni après les attentats de Madrid, on n\u2019avait as-sisfé à une telle mobilisation.À Paris seulement, plus d\u2019un million de personnes ont défilé tout l\u2019après-midi de République VOIR PAGE A 8 : ATTENTAT Actualités > Le Québec joint son silence aux hommages.Page A 3 Actualités > La peine.Une chronique de Jean-François Nadeau.Page A 3 Culture > Confession aux cons.Une chronique de Stéphane Baillargeon.Page B 8 Aujourd\u2019hui ï 1 Société > Consommation.La « détox» : un mythe ou un remède aux maux de l\u2019organisme?Page A 5 Actualités > L\u2019UQTR dans la mire deVUFAC.Page A 4 Actualités > Épreuve unique de français en 5^ secondaire.L\u2019écart se creuse entre les écoles publiques et privées.Page A 4 Le Monde > Terrorisme.Course à la fermeture de la prison de Guantanamo.Page B 3 Avis légaux.Décès.Météo Mots croisés Petites annonces.Sudoku.B2 B6 B5 B5 B6 B2 Anne Frank ou le culte de la joie Éric-Emmanuel Schmitt relit le journal de l\u2019écolière à travers les yeux de son père, Otto Frank Par son immense gloire posthume, elle aura en quelque sorte triomphé des nazis qui l\u2019ont tuée.Icône du XX® siècle, Anne Frank, auteure du journal qui porte son nom, est morte du typhus au camp de concentration de Bergen-Belsen, il y a 70 ans cette année.À cette occasion, le Théâtre du Nouveau Monde plonge dans les pages du célèbre journal pour nous faire revivre le drame vécu par son père, Otto Frank, à partir du moment où il revient seul du camp d\u2019Auschwitz.CAROLINE MONTPETIT Ctt est en effet l\u2019angle qu\u2019a X pris l\u2019auteur français Eric-Emmanuel Schmitt pour camper sur scène la déchirante histoire de cette jeune fille de L3 ans, dont la famille s\u2019est cachée des nazis durant deux ans dans l\u2019annexe d\u2019une maison d\u2019Amsterdam, avant d\u2019être dénoncée, puis envoyée dans les camps de concentration allemands, où elle mourra, sauf le père.«Je me balade entre deux temps, après la guerre et avant la guerre», dit Schmitt en entrevue.En L945, à son retour du camp d\u2019Auschwitz, où sa femme a péri, Qtto Frank se rend tous les jours à la gare avec une pancarte portant les noms de ses filles Anne et Margot, avec l\u2019espoir de les retrouver.Mais il doit se rendre à l\u2019évidence : il est le seul survivant de tous ceux qui ont peuplé l\u2019Annexe.C\u2019est alors qu\u2019il découvre le journal que sa fille Anne écrivait durant leur réclusion.Son ancienne secrétaire, Miep Gies, qui avait également caché les Frank durant la guerre, l\u2019avait ramassé le join de l\u2019arrestation et le lui a remis.Dans ce joiunal, qu\u2019il avait toujours pro- PEDRO RUIZ LE DEVOIR C\u2019est la jeune Mylène St-Sauveur qui personnifiera Anne Frank.mis de ne pas lire, il découvre une Anne autre que, celle qu\u2019il croyait connaître, poursuit Eric-Emmanuel Schmitt.Il est surpris par une profondeur qu\u2019il n\u2019imaginait pas chez sa fille.«Il y a des choses qui le gênent, l\u2019éveil de la sexualité par exemple.» Au coins de sa réclusion, Anne a une VOIR PAGE A 8 : ERANK P*INT CHAUD SÉISME À Haïti Un rendez-vous manqué avec l\u2019histoire LISA-MARIE GERVAIS Les Haïtiens l\u2019appellent «goudou goudou» ou la «chose».Mais ils ne le nomment pas par son nom.Par peur qu\u2019il revienne.Cinq ans après le tragique événement, le poète québéco-haïtien Rodney Saint-Eloi, lui, n\u2019hésite pas à dire le mot «séisme».Qu «catastrophe», ou «tremblement de terre».Ni même à le crier.Il parle aussi des «nègres», en parlant de son peuple, parce que même si ce mot est une injure pour ceux qu\u2019il désigne, il faut l\u2019utiliser pour conjurer, en quelque sorte, cet imaginaire de déni^ement, soutient le fondateur des éditions Mémoire d\u2019encrier.«Il faut l\u2019utiliser pour qu\u2019on prenne conscience qu\u2019on est tous issus de Dessalines», dit-il en parlant du leader de la Révolution.Rodney Saint-Eloi était là le jour fatidique du L2 janvier 20L0.Fraîchement débarqué de l\u2019avion, en compagnie de son ami Dany Laferrière.Comme s\u2019il avait un rendez-vous avec le destin.«Ce n\u2019est pas un hasard si je me suis trouvé là.C\u2019était comme un rappel.J\u2019étais là pour renouveler VOIR PAGE A 8 : HAÏTI Lire aussi > Se rebâtir.Un éditorial de Josée Boileau.Page A 6 Lire aussi > Haïti.De violentes manifestations à la veille des commémorations.Page B1 77831303442403 A 2 LE DEVOIR, LE LUNDI 12 JANVIER 2015 TUERIE A Opposer le courage aux ^ihadistes Michel, Lassana et Ahmed sont intervenus à leur façon Le gérant d\u2019une imprimerie qui va au-devant des djiha-distes pour protéger son employé, un musulman qui cache des juifs dans un supermarché cacher, un policier abattu en arrivant sur les lieux du carnage à Charlie Hebdo: des héros ordinaires ont résisté lors des attentats.AMBRE TOSUNOGLU ÈVE SZEETEL THIBAULD MALTERRE à Paris T eudi vers 9 h 30 (heure lo-J cale), Chérif et Said Kouachi, les deux hommes les plus recherchés de France, arrivent en trombe devant l\u2019imprimerie de Dammartin-en-Goële, au nofd de Paris.À l\u2019étage, le gérant, Michel Catalano, 47 ans, les aperçoit.«Je ne savais pas que c\u2019était eux, mais j\u2019ai vu la kalachnikov et un lance-roquettes», explique-t-il, encore très ému, à l\u2019AFP.Il va aussitôt voir son gra- J\u2019ai entendu des coups de feu.Puis fai vu mon collègue et des clients descendre en courant.Je leur ai dit: venez, venez! Je les ai fait rentrer dans les congélateurs.)) Lassana Bathily, employé du supermarché cacher visé vendredi phiste, Lilian Lepère, 26 ans, «pour lui dire de se cacher».Le jeune homme se dissimule sous un évier dans la salle de restauration.«Ils arrivaient par les escaliers lorsque je suis allé à leur rencontre.J\u2019ai essayé de parler avec eux pour les ralentir, pour que Lilian ait le temps de se cacher», se souvient Michel, qui peine à trouver ses mots.«Je suis allé jusqu\u2019à leur proposer un café.J\u2019ai vu que l\u2019un d\u2019entre eux était blessé au cou et j\u2019ai proposé de le soigner», raconte Michel, qui n\u2019a alors qu\u2019une obsession en tête: «Je pensais à Lilian, qu\u2019ils ne puissent pas le trouver.» Les frères Kouachi, qui ne cherchaient pas à s\u2019emparer d\u2019otages, finissent par laisser partir Michel Catalano.Lilian Lepère, lui, n\u2019est jamais découvert par les djihadistes: avec des SMS, il a donné des éléments précieux aux forces d\u2019élite de la gendarmerie, qui ont tué les agresseurs lors de l\u2019assaut, vers 17 h.«Je ne suis pas un héros», assure Michel Catalano, qui se dit désormais en proie au «harcèlement de la presse», mais dont l\u2019acte de bravoure a été unanimement salué.Dans le congélateur Un exemple qui n\u2019a pas été unique, au cours des trois jours d\u2019attentats qui ont bouleversé la France et vu la mort de dk-sept personnes et trois djihadistes.Dans le supermarché cacher à Paris, c\u2019est un employé d\u2019origine malienne, musulman pratiquant, Lassana Bathily, qui a aidé vendredi des clients pani-qués à se dissimuler dans la chambre froide.Peu avant 13 h, Amedy Coulibaly, un délinquant devenu un islamiste radical en prison, agissant en coordination avec les frères Kouachi, fait irruption et tire sur les employés et clients à la kalachnikov.Un groupe de personnes, avec un nourrisson, emprunte un escalier au fond du magasin pour parvenir devant la chambre froide.Là, Lassana Bathily, 24 ans, leur ouvre la porte, selon son témoignage à plusieurs télévisions.«J\u2019ai entendu des coups de feu.Puis j\u2019ai vu mon collègue et des clients descendre en courant.Je leur ai dit: venez, venez! Je les ai fait rentrer dans les congélateurs», a-t-il raconté.Lassana Bathily prend soin d\u2019éteindre le système de réfrigération, puis propose de s\u2019enfuir par un monte-charge.Mais personne n\u2019ose prendre le risque : il s\u2019échappe seul, tandis que ses compagnons sont peu après découverts.«J\u2019ai donné tous les plans» du magasin, pour aider les policiers à préparer l\u2019assaut, a-t-il précisé.«On est des frères.Ce n\u2019est pas une question dejuijs, de chrétiens ou de musulmans.On est tous dans le même bateau, il faut qu\u2019on s\u2019aide pour sortir de cette crise», a expliqué avec humilité le jeune homme.Le président français François Hollande l\u2019a appelé dimanche matin pour le féliciter.« Je suis Ahmed» La série d\u2019attentats avait débuté mercredi, lorsque Saïd et Chérif Kouachi, vêtus de noir, cagoulés et porteurs d\u2019armes automatiques, avaient ouvert le feu au siège du journal satirique Charlie Hebdo à Paris en pleine conférence de rédaction, criant «Allah Akbar» (Dieu est le plus ^and, en arabe).Parmi les premiers policiers arrivés sur les lieux.Ahmed Merabet est blessé puis froidement abattu à bout portant.Son frère Malek Merabet reste hanté par la voix d\u2019Ah-med, blessé, à terre, qui implore les terroristes de l\u2019épargner dans une vidéo authentifiée et largement diffusée: «Je l\u2019entends tous les jours.» D\u2019après sa famille, originaire d\u2019Algérie, Ahmed Merabet était un «bosseur», animé par un objectif: «gravir les échelons de la société».Après avoir travaillé «au Mac Donald\u2019s, à la SNCF [société ferroviaire nationale] et à [l\u2019aéroport de] Roissy», il avait entamé sur le tard une carrière de policier, qui s\u2019est achevée lorsqu\u2019il est «tombé pour la République», selon le président de l\u2019Assemblée nationale, Claude Bartolone.Pour lui rendre hommage, internautes et manifestants ont lancé le slogan «Je suis Ahmed», une manière aussi de rappeler que des victimes étaient originaires du Maghreb, alors que beaucoup redoutent que les attentats, commis au nom de l\u2019islam, ne se traduisent par un amalgame entre musulmans et terroristes.Agence France-Presse r\t, ÜH XtAVViÇ Cette affiche, qui détourne une phrase de La Marseillaise, côtoyait piusieurs pancartes iiiustrées.PHOTOS JOEL SAGET AGENCE ERANCE-PRESSE VILLE-MARIE MON CENTRE Appel de candidature -Comité consultatif d\u2019urbanisme L\u2019AMÉNAGEMENT URBAIN AU CENTRE DE VOTRE QUALITÉ DE VIE L\u2019urbanisme de Montréal vous intéresse?Résidants de l'arrondissement de Ville-Marie, intéressés et concernés par l'urbanisme, l'aménagement, l'architecture et le patrimoine montréalais : participez au développement urbain d'un centre-ville habité, dynamique et offrant une diversité intéressante de projets.Déposez votre candidature pour devenir membre du comité consultatif d'urbanisme (CCU) de l'arrondissement de Ville-Marie.Renseignements : ville.montreai.qc.ca/villemarie (section « À surveiller » sur la page d'accueil).Pour soumettre votre candidature, écrire à : urbanisme_ville-marie@ville.montreal.qc.ca avant le 30 janvier 2015.Les résidants de l\u2019arrondissement doivent transmettre leur nom, leurs coordonnées, un curriculum vitae accompagné d\u2019une lettre détaillant leur intérêt à occuper cette fonction et leur expérience dans les champs d\u2019expertise visés.Ville-Marie Montréal Caricatures: incendie et alerte à la bombe Un quotidien allemand de Hambourg, qui avait publié des caricatures de Mahomet provenant de Charlie Hebdo, a été la cible, sans victime, dimanche matin d\u2019une attaque avec un engin incendiaire, la première du genre depuis l\u2019attentat meurtrier contre l\u2019hebdomadaire satirique français.Un engin incendiaire a visé le Hamburger Morgenpost dans la nuit de samedi à dimanche, mais la police de Hambourg se refusait dans un premier temps à faire un lien avec les événements de Paris.«Deux pièces ont subi des dégâts, mais le feu a été éteint rapidement», a déclaré la porte-parole de la police Karina Sa-dowsky.Deux hommes de 35 et 39 ans ont été interpellés dans le quartier.«Le motif n\u2019est pas clair, il n\u2019y a pas de revendication et pas d\u2019autres indications», a précisé M\u201c® Sadowsky.Elle s\u2019est refusée à lier cet incident aux attentats de Paris.Dimanche après-midi, le siège du quotidien belge Le Soir à Bruxelles a été évacué après des menaces d\u2019un individu se réclamant de l\u2019extrême gauche et protestant contre le traitement de l\u2019attentat.Un suspect a été interpellé en soirée pour cette alerte à la bombe.Agence France-Presse Les dessins, armes d\u2019indignation massive C\u2019est par la plume qu\u2019ont répondu plusieurs manifestants à Paris ERANCK lOVENE à Paris est l\u2019encre qui doit couler, pas le sang» : dessins, slogans ou croquis ont été brandis pendant la marche républicaine dimanche à Paris, caricaturistes d\u2019un jour ou confirmés rivalisant d\u2019imagination pour dire leur colère, leur incompréhension, leur peur aussi parfois.Quatre crayons tout simples, griffonnés dans la nuit, qui encadrent quelques mots «Amour, réaction, liberté, ironie, espoir, merci.» «Tout est écrit, rien à ajouter», dit à l\u2019AFP l\u2019auteur du croquis, Jean-Robert Epstein, un Parisien de 64 ans qui s\u2019est abonné à Charlie Hebdo pour soutenir l\u2019hebdomadaire satirique après l\u2019attentat meurtrier de mercredi, où 12 personnes sont mortes dont 5 des dessinateurs du journal.«Si tu dessines, je te croque!», menace, sur une pancarte, un homme effrayant aux dents acérées et ensanglantées.Sur le même dessin, Marianne, symbole de la République française, sourit, une fleur dans une main, un crayon dans l\u2019autre.«Si tu dé-connes, je te croque», rétorque-t-elle.Plus combatif, ce poing fermé dont le majeur est un crayon levé, façon doigt d\u2019honneur, que l\u2019on retrouve tout au long du cortège.Certains marcheurs ont choisi de reprendre l\u2019humour corrosif cher aux caricaturistes de Charlie Hebdo, d\u2019autres ont exprimé leur tristesse simplement par des mots, «plus jamais », «espoir», ou des slogans, «Dieu, prix Nobel de la guerre».Plus nostalgique, cette vieille couverture jaunie de Marianne, symbole de la République française, sourit, une fleur dans une main, un crayon dans l\u2019autre.«Si tu déconnes, je te croque.» Charlie, signée Cabu, représentant le célèbre tableau d\u2019Eugène Delacrok La liberté guidant le peuple et où il est écrit: «On s\u2019est battus pour votre liberté.» «Cette couverture est accrochée chez moi depuis vingt ans, Charlie avait déjà des difficultés pour survivre et se battait pour la liberté d\u2019expression.Elle est plus que jamais d\u2019actualité, rien n\u2019a changé», raconte Rachel Demougeot, 44 ans, venue de Besançon pour participer à la marche.Nouveaux classiques?Autres symboles, ces crayons entourés de bougies allumées, jonchant par centaines le sol de la place de la République, cœur du rassemblement parisien.A la mort des dessinateurs de Charlie Hebdo, on a vu fleurir dans la presse et les sites Internet du monde entier des dessins, que l\u2019on retrouve partout dans le cortège.Parmi eux, un avion volant vers deux crayons dressés vers le ciel, référence explicite aux attentats du 11 septembre 2001.Ou encore le croquis de ce dessinateur congolais qui représente un catcheur dont les deux bras se terminent par deux crayons.C\u2019est le dessin choisi pour défder par Agathe Lambert-Caille, une étudiante de 20 ans.D\u2019autres ont préféré mettre en avant les dessins des caricaturistes de Charlie Hebdo eux-mêmes.Samuel Granjean, 37 ans, a choisi une couverture publiée en plein débat sur le mariage homosexuel en France en 2013, où un dessinateur embrasse un imam sur la bouche.«La haine a fait beaucoup de dégâts, ça suffit», explique-t-il.Agence France-Presse I\tV Certains marcheurs ont repris des dessins publiés après les attentats. LE DEVOIR, LE LUNDI 12 JANVIER 2015 A 3 CHARLIE HEBDO PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Des dizaines de milliers de personnes étaient réunies à Montréal pour une marche en Thonneur de la liberté d\u2019expression.Le Québec joint son silence aux hommages VICKY FRAGASSO-MARQUIS Des dizaines de milliers de manifestants ont marché en silence à Montréal, à Québec et dans d\u2019autres grandes villes du pays, dimanche, en mémoire des victimes de l\u2019attentat de mercredi contre le journal satirique Charlie Hebdo.A Montréal, les participants, munis tantôt de drapeaux canadiens, québécois et français, tantôt de leurs crayons et de leurs affiches avec le slogan planétaire «Je suis Charlie», ont convergé dans le quartier des spectacles avant de se diriger vers le Consulat général de France.Les dignitaires présents \u2014 dont le maire, Denis Coderre, le consul général de France, Bruno Clerc, ainsi que plusieurs ministres québécois \u2014 ont ouvert la marche, en se tenant tous par les bras.«Après le deuil, le sursaut», a lancé M.Clerc à la foule, rassemblée devant le consulat général.Il a remercié les Montréalais «du fond du cœur» pour leur solidarité.Après avoir observé une minute de silence, les manifestants ont spontanément entonné La Marseillaise, l\u2019hymne national de la France.Attaque contre un pilier Plusieurs Montréalais d\u2019origine française sont venus dénoncer ce qu\u2019ils considèrent comme une attaque à l\u2019un des «piliers» de leur démocratie, la liberté d\u2019expression.«Un attentat contre les valeurs de notre pays, c\u2019est un attentat contre chacun d\u2019entre nous», a tranché Anne-Sophie Courtois, qui a participé à l\u2019organisation de la marche, avec le collectif «Je suis Charlie Montréal».La liberté d\u2019expression n\u2019était pas une valeur «propre» aux Français; elle est universelle, a d\u2019ailleurs relevé le Français d\u2019origine malgache Thierry Brucker.Laurent Beltritti, un agent de bord parisien, qui était à Montréal seulement 24 heures, a tenu à participer à l\u2019événement, à défaut d\u2019être à Paris.Il dit ne pas avoir peur de revenir chez lui, malgré les perturbations des derniers jours.«C\u2019est ce qu\u2019ils [les assaillants] veulent II faut vraiment être présent et continuer à vivre sa vie [.].Il ne faut pas les laisser gagner», a-t-il souligné.Plusieurs marches Denis Coderre s\u2019est dit «fier» que ses concitoyens soient si nombreux pour la marche.Il croit qu\u2019il faut rester vigilant pour qu\u2019un drame semblable ne se reproduise pas à Montréal.La ministre de l\u2019Immigration, Kathleen Weil, qui ne s\u2019est pas dite inquiète outre mesure de la situation à Montréal, croit toutefois qu\u2019il faut rester prudent.«On est inclusifs.On se sent forts au Québec à ce chapitre-là.Mais comme on l\u2019a appris ces derniers mois.tout le monde est à risque», a-t-elle conclu.A Québec, près de 2000 personnes, dont le premier ministre Philippe Couillard, ont manifesté, et une affiche géante marquée du slogan «Je suis Charlie » avait été accrochée sur le bâtiment du parlement.«Nous disons surtout non au fanatisme, non à la violence aveugle, à la violence inhumaine», a déclaré le chef libéral.A Toronto, un demi-millier de personnes se sont réunies devant l\u2019hôtel de ville, ayant en main pancartes, crayons et fleurs.«Si nous avons accompli quelque chose aujourd\u2019hui, c\u2019est bien de nous unir pacifiquement, malgré toutes nos différences.On a fait exactement le contraire de ce que souhaitaient les terroristes», a remarqué Fabienne Thuet, qui cumule les nationalités française et canadienne.Dans la capitale fédérale, près de 500 personnes venues d\u2019Ottawa, Gatineau et d\u2019ailleurs ont investi la place de la Confédération pour manifester leur appui à la France ainsi qu\u2019à la liberté de presse.La communauté juive de Montréal tenait aussi en soirée une vigile à la mémoire des victimes à la synagogue Beth Israël Beth Aaron, à Côte-Saint-Luc.Plusieurs autres rassemblements se sont aussi déroulés dans d\u2019autres villes du Canada, dont Vancouver et Halifax.Avec Le Devoir La Presse canadienne Plusieurs manifestants brandissaient des crayons.{{Nous disons surtout non au fanatisme, non à la violence aveugle, à la violence inhumaine)} Philippe Couillard, premier ministre du Québec {{ On a fait exactement le contraire de ce que souhaitaient les terroristes )) Fabienne Thuet, citoyenne canadienne et française Des rassemblements partout dans le monde La Marseillaise chantée à Rome et à Madrid, le drapeau français déployé à Londres, «ensemble contre la haine» à Bruxelles, des milliers dans les rues de Washington et des «Nous sommes Charlie» partout: des dizaines de milliers de personnes ont exprimé dimanche, en Europe et ailleurs, leur solidarité avec la France où ^17 personnes ont été tuées cette semaine.A Bruxelles, 20 000 personnes ont marché sous le slogan «Ensemble contre la haine».«C\u2019est un mouvement magnifique.[.] Nous disons notre attachement à la liberté de pensée et d\u2019expression, dans le respect des autres, c\u2019est très important», a commenté le dessinateur belge vedette Philippe Geluck, dans le cortège.A Berlin, 18 000 personnes avaient fait le déplacement devant l\u2019ambassade de France.Beaucoup étaient venues en famille et arboraient des pancartes «Berlin ist Charlie», ou encore «Surmonter la terreur», et même une caricature de Mahomet.Idem à Vienne.«We are Charlie» pouvait-on lire à Washington sur la pancarte tenue par l\u2019ambassadeur de France, Gérard Araud, qui a conduit un cortège de plusieurs milliers de personnes entre le musée de la presse et un mémorial aux forces de l\u2019ordre.La directrice du FMI, Christine La-garde, y était, cornme plusieurs ambassadeurs et la secrétaire d\u2019Etat adjointe aux Affaires européennes, Victoria Nuland.Près de 600 personnes se sont aussi rassemblées à Los Angeles, où des parapluies noirs portaient le slogan «Je suis Charlie».Madrid solidaire se souvient Madrid avait donné le coup d\u2019envoi en matinée avec plusieurs centaines de personnes rassemblées pour observer plusieurs minutes de silence, avant d\u2019entonner l\u2019hymne français.«C\u2019était un acte terriblement barbare, ils ont attaqué des valeurs universelles», déclarait Angel Freire, un enseignant retraité.Les participants devaient ensuite rejoindre un rassemblement prévu devant la gare d\u2019Atocha, théâtre des attentats islamistes les plus meurtriers commis en Europe, le 11 mars 2004, avec 191 morts.A Stockholm et Oslo, plus de 3000 personnes ont bravé la neige pour brandir des stylos.À Londres, 2000 personnes étaient à Trafalgar Square.«Londres et Paris sont unis dans le deuil, dans l\u2019indignation mais aussi dans la détermination pour se battre pour la liberté», a déclaré le maire Boris Johnson.L\u2019Irlande, la Grèce, la Suisse et le Portugal, l\u2019Italie et le Luxembourg ont également accueilli des centaines de manifestants.Hors Europe, des cérémonies ont été organisées par la mairie de Jérusalem, devant un écran sur lequel était écrit en français «Jérusalem est Charlie».Des centaines de personnes se sont aussi retrouvées à Beyrouth.En Afrique, des centaines de personnes ont manifesté à Bujumbura, capitale du Burundi, ainsi qu\u2019en Côte d\u2019ivoire.«Le gouvernement ivoirien se sent aujourd\u2019hui français, car il a été atteint dans sa dignité», a déclaré Af-foussy Bamba, la ministre de la Communication, à la double nationalité franco-ivoirienne.Des centaines de personnes se sont rassemblées à Buenos Aires et à La Havane afin de rendre hommage à la rédaction de Charlie Hebdo.Agence France-Presse La peine Jean-François Nadeau m ^ -A jCv t Au dernier jour de décembre.Maria Car-mella Séminaro, vingt ans, a été retrouvée rue Saint-Henri, à Sherbrooke.Elle venait d\u2019être égorgée.Elle gisait dans une mare de sang près d\u2019Antonio Potiquin, son mari.Lui respirait toujours, bien qu\u2019il ait tenté de se trancher la gorge.Poliquin reprochait à sa jeune épouse d\u2019avoir voulu le quitter.En 1930, il faudra seulement vingt minutes à un jury pour le condamner au gibet.J^rès huit longues minutes de convulsions au bout d\u2019une corde, le décès sera constaté par le médecin.Puisqu\u2019il ne faut jamais tuer, Poliquin a été exécuté comme d\u2019autres dans la cour de la prison Winter.Par derrière moi, j\u2019entends encore le bruit des souvenirs que m\u2019a laissés dans mon enfance la visite de cette prison lugubre où les murs de pierres suintaient de douleurs.La parenthèse de Noël refermée sur ses beignes, ses tourtières et autres icônes de mon enfance, j\u2019aurais voulu revenir sur ce qu\u2019a déclaré le maire de LouisevÜle, Yvon Deshaies, en faveur de la peine de mort.Le massacre de Charlie Hebdo m\u2019y ramène.Ce n\u2019est pas tant le fait que le maire de Louise-ville se soit affiché comme bien d\u2019autres en faveur de la peine de mort qui me semble le plus affligeant, mais tout ce qui conduit à réactiver cet intérêt en sa faveur.Depuis 2012, divers sondages pancanadiens indiquent qu\u2019environ 60% de la population est désormais en faveur du retour des exécutions.Du jamais vu depuis leur abolition en 1976.Cela risque d\u2019augmenter encore.Pourquoi?La justice, cette éternelle boiteuse, revient marcher dans le sang de la torture, de la captivité suffocante et des exécutions, comme s\u2019il s\u2019agissait de gages de bonne santé pour l\u2019humanité.Ce qui est en train de se produire ici diffère assez peu de ce qui se produit partout ailleurs.Notre époque possède des traits particuliers et généraux plus forts que ceux de simples nationalités.Le clairon qui annonce le retour au pire est défendu partout pour un élan qui va dans le sens d\u2019une avancée collective.Le maire de LouisevÜle, parmi bien d\u2019autres, estime qu\u2019on devrait réduire les «services» offerts aux criminels, puisque «chacun doit faire sa part» au nom de l\u2019austérité.«On est rendus là», a-t-Ü dit au Journal de Montréal.«Ce serait la pendaison, pas la chaise électrique, je ne veux pas qu\u2019on prenne du courant pour rien.» La vie n\u2019a plus de valeur lorsqu\u2019il est question d\u2019économiser.La révolution conservatrice dont se réclame cette attitude rétablit le passé, mais ose se présenter comme une avancée.Ce n\u2019est même plus au nom des dangers que représentent certains êtres pour la société qu\u2019il faudrait désormais tuer, mais parce que les incarcérations prolongées constituent une menace pour l\u2019économie.Nous sommes devenus des prisonniers de la comptabilité.Comment faire pour s\u2019évader?Remarquez qu\u2019en évoquant la peine de mort, le maire de LouiseviUe a pris soin de dire qu\u2019il parlait en son nom personnel.Voilà exactement ce qu\u2019a frit lui aussi Stephen Harper lorsqu\u2019il a rappelé, dans une entrevue accordée à la CBC en janvier 2011, qu\u2019il était en faveur d\u2019exécutions, du moins «dans certains cas».Parler «à titre personnel», voilà une précision fort utÜe puisqu\u2019elle permet sûrement au premier ministre de faire la sourde oreille lorsque Stephen Harper s\u2019adresse à lui.Entre les propos du maire de LouisevÜle et ceux de Stephen Harper, la différence n\u2019en reste pas moins importante.Le premier dit qu\u2019Ü fera désormais campagne en faveur de la peine capitale ; le second affirme au contrarie qu\u2019Ü n\u2019a pas l\u2019intention de se lancer dans pareil combat tout en montrant qu\u2019il y est favorable.Stephen Harper sari, lui, qu\u2019Ü n\u2019a pas besoin de se battre en faveur des exécutions puisque ses politiques font déjà ce travail à sa place.Après avoir conduit au démantèlement de multiples politiques sociales, après s\u2019être posé en professeur du «moins d\u2019Etat» et du laisser-farie économique, tout ce beau monde défend sans cesse plus d\u2019Etat et de fer pour les matières pénales et judiciaries.Est-ce là une contradiction?Pas du tout.L\u2019inégalité et les tensions que génèrent leurs politiques, ces révolutionnaries du marché les imputent à la gestion policière et pénale.Ce qu\u2019on épargne d\u2019un côté à l\u2019État, on le lui fait payer de l\u2019autre.Les coûts sociaux de pareille politique deviennent donc des frais transférés au système de coercition.Sur ce chemin, la peine de mort peut ainsi revenir toute seule caracoler en tête des pelotons de l\u2019opinion.Nourrir, éduquer et soigner a cédé le pas aux punitions offertes par les juges, les policiers et les gardiens de prison.On vit de plus en plus dans cette situation où l\u2019abandon de la gestion des problèmes sociaux conduit à un traitement répressif de la misère plutôt qu\u2019à son soulagement.Pour les croyants de l\u2019économie façon Stephen Harper et Philippe Couillard, l\u2019État libéral se montre tel le bienfaiteur des classes aisées et le père Fouettard des milieux populaires de plus en plus précaires.L\u2019humanité se plaît de nouveau à faire souffrir parce qu\u2019on lui a d\u2019abord crevé les yeux.On ne me fera pas croire que le massacre de Charlie Hebdo tient à la seule religion et pas aussi à un profond désarroi social.L\u2019utopie du tout à l\u2019économie dont souffrent aujourd\u2019hui nos sociétés en est à imposer la précarité comme un horizon normal.Elle tente de normaliser la misère du monde dans un jeu de démolition des luttes sociales menées depuis le XIX® siècle.Pour combattre cette douleur imposée à notre époque, Ü faut qu\u2019intervienne d\u2019abord très vite une réforme des esprits.jfn@ledevoir.com A 4 LE DEVOIR, LE LUNDI 12 JANVIER 2015 ACTUALITES DÉCÈS D\u2019ALAIN MAGLOIRE L\u2019enquête publique du coroner débute LISA-MARIE GERVAIS Dans quelles circonstances Alain Magloire, cet homme abattu par des policiers montréalais Thiver dernier, a-t-il été tué ?Pourquoi s\u2019est-il retrouvé en liberté malgré les menaces qu\u2019il proférait?Pourquoi sa grande détresse n\u2019a-t-elle pas été prise au sérieux par le milieu hospitalier?Ce sont là quelques questions auxquelles s\u2019attardera le coroner pendant les deux prochaines semaines à l\u2019occasion d\u2019une enquête publique qui s\u2019ouvre aujourd\u2019hui lundi.M® Luc Malouin présidera ces audiences, qui verront défiler la preuve ainsi que plusieurs témoins, en remplacement de M® Catherine Rudel-Tessier, récemment nommée coroner en chef par intérim.Cette enquête publique vise également à examiner la question des interventions d\u2019urgence faites auprès de personnes soupçonnées d\u2019avoir des problèmes de santé mentale.S\u2019il le juge opportun, le coroner pourrait également formuler des recommandations plus larges pour assurer une meilleure protection de la vie humaine.C\u2019est le matin du 3 février 2014, en face du terminus d\u2019autocars de la rue Berri, à l\u2019angle de la rue Ontario, qu\u2019Alain Magloire a été tué par des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).Ceux-ci avaient été dépêchés sur les lieux à la suite d\u2019une violente altercation entre M.Magloire, armé d\u2019un marteau, et un membre du personnel d\u2019un hôtel.En crise, M.Magloire avait menacé plusieurs passants et a finalement trouvé la mort sous les balles d\u2019un groupe de policiers de la SPVM, ceux-ci ayant cru que l\u2019homme allait frapper une collègue tombée au sol.D\u2019après des témoins, quatre coups de feu auraient été tirés.Le 7 février dernier, au moment de décréter qu\u2019il y aurait une enquête publique, l\u2019ex-coro-ner en chef M® Denis Marsolais, avait indiqué qu\u2019une telle enquête était nécessaire «compte tenu du fait que certaines interventions d\u2019urgence dans des lieux publics auprès de personnes souf frant de troubles de santé mentale ont donné lieu à des décès au cours des dernières années».Sceptiques Le Collectif opposé à la brutalité policière se montre sceptique.Sur son site, il rappelle qu\u2019il faudrait faire la lumière sur plusieurs autres cas qui ne sont pas arrivés dans des lieux publics, comme celui de Jean-François Nadreau, un homme en crise abattu par des policiers en 2012 sur le palier de sa résidence.Rappelons qu\u2019une enquête publique avait été menée par M® Rudel-Tessier sur un cas similaire, soit celui de Mohamed Anas Bennis, tué en 2005 par des policiers alors qu\u2019il sortait d\u2019une mosquée de Côte-des-Neiges.L\u2019homme aurait menacé avec une arme blanche et agressé «sans raison apparente» deux policiers, qui ont plus tard été blanchis au terme de l\u2019enquête.Le Devoir EPREUVE UNIQUE DE FRANÇAIS L\u2019écart se creuse entre les écoles publiques et privées JOCELYNE RICHER à Québec Il vaut mieux inscrire son enfant à l\u2019école privée si on veut lui donner toutes les chances de pouvoir rédiger un court texte dans un finançais acceptable à la fin de ses études secondaires.Le constat paraît implacable: les jeunes finissants de cinquième secondaire ont une bien meilleure maîtrise du français écrit s\u2019ils ont fréquenté une école privée, plutôt qu\u2019une école publique.C\u2019est ce qui ressort clairement, une fois de plus, des plus récentes données compilées par le ministère de l\u2019Éducation, qui vient de rendre publics les résultats officiels de l\u2019épreuve unique 2014 de français écrit de cinquième secondaire.Entre les deux réseaux, force est d\u2019admettre que l\u2019écart se creuse.En juin 2014, le taux de réussite de l\u2019examen de finançais écrit des finissants du secondaire fréquentant le réseau public était de 74,5%.Au privé, il était de 90%.L\u2019écart atteint donc presque 16 points, soit trois de plus que l\u2019année précédente.En 2013, le taux de réussite était de 79,6% au public et de 92,5% au privé.ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Environ 74,5% des élèves de cinquième secondaire du réseau public ont réussi leur épreuve unique en 2014, contre 90% au privé.Il est intéressant de noter que même si l\u2019on s\u2019en tient uniquement au réseau public, le nombre de jeunes finissants qui échouent au test de français a tendance à croître.On observe que le taux de réussite a chuté de cinq points en un an, passant de 79,6% en 2013 à 74,5% en 2014.Depuis 2011, la performance du secteur public (qui était alors de 80,5%) est en baisse constante.Au contraire, celle du secteur privé s\u2019est toujours maintenue au-dessus de 90%.Dans son texte de 500 mots, l\u2019élève qui cumule 11 ans de scolarité peut commettre jusqu\u2019à 14 fautes d\u2019orthographe et conserver la mention «compétence acceptable».Et ce, même s\u2019il a tout le loisir d\u2019utiliser un dictionnaire, une grammaire et un recueil de conjugaisons.Son court texte devra comporter plus de 35 fautes d\u2019orthographe pour que l\u2019élève perde automatiquement 50% des points.L\u2019épreuve écrite imposée aux jeunes de 5® secondaire consiste à écrire un texte d\u2019opinion d\u2019environ 500 mots sur un sujet donné.Ils ont 3 h 15 pour effectuer le travail.L\u2019évaluation est axée sur la qualité de l\u2019argumentaire et la compréhension du mandat (30%), tandis que l\u2019orthographe et la grammaire ne comptent que pour 20% de la note finale.La cohérence du texte (20%), la construction de phrases (25%) et la qualité du vocabulaire utilisé (5%) complètent le tableau.La note de passage en français, qui cumule la cote obtenue en français écrit, en lecture et en expression orale, est de 60%.Mais pour chacune des composantes, une note de 50% suffit.Le ministère s\u2019inquiète Le ministère mène présentement une analyse des résultats visant à comprendre pourquoi le taux de réussite fléchit d\u2019une année à l\u2019autre et pourquoi un tel écart se creuse entre l\u2019école publique et l\u2019école privée.En fait, le taux de réussite varie beaucoup d\u2019une école à l\u2019autre et d\u2019une région à l\u2019autre, dans le réseau public.Par exemple, la région de Montréal n\u2019a pas enregistré une performance mémorable en juin dernier.Le taux de réussite de la Commission scolaire de Montréal a été de 69,6%, ce qui signifie que seulement deux élèves sur trois onf réussi le tesf.A Montréal, l\u2019École internationale a obtenu un score, enviable de 95,9%, tandis que l\u2019Ecole Eu-lalie-Durocher a dû se contenter d\u2019un score de 43,9%.Dans le réseau privé, toujours à Montréal, le Collège Jean-de-Brébeuf (96,3%), le Collège Jean-Eudes (98,8%) et le Collège Mont-Saint-Éouis (99,6%) ont obtenu un scqre presque parfait.A Québec, les élèves des écoles privées ont eux aussi une excellente maîtrise du français écrit, comme en témoigne la cote du Collège Jésus-Marie (97,9%) et du Collège Saint-Charles-Garnier (94,7%).Le ministre de l\u2019Éducation, Yves Bolduc, n\u2019a pas donné suite à une demande d\u2019entrevue.Le ministre prépare présentement un plan d\u2019action visant à revoir l\u2019enseignement du français au primaire et au secondaire.Sa stratégie, qui devrait être connue sous peu, doit mettre l\u2019accent sur la compétence à acquérir en lecture et en écriture.La Presse canadienne SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE Les exercices annuels de l\u2019opération de souveraineté baptisée «Nanook» sont surveillés par des équipes de contre-espionnage depuis 2008.Ci-dessus, un brise-glace de l\u2019exercice de 2010.Le Canada craint la présence d\u2019espions dans l\u2019Arctique MURRAY BREWSTER à Ottawa Les forces militaires canadiennes ont régulièrement déployé des équipes de contre-espionnage afin de se protéger contre de possibles actes d\u2019espionnage, de terrorisme et de sabotage lors de ses exercices annuels dans l\u2019Arctique.Selon plusieurs experts, il s\u2019agit de mesures inhabituelles puisque l\u2019opération Nanook est effectuée dans des secteurs éloignés du Grand Nord canadien et que l\u2019implication étrangère est limitée aux alliés rapprochés du Canada.Wesley Wark, professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa, juge que ces mesures sont curieuses puisqu\u2019elles relèvent habituellement du Service canadien du renseignement de sécurité ou de la Gendarmerie royale du Canada.Un porte-parole de la branche du renseignement des On n\u2019a toutefois pas voulu préciser quel genre de menaces pourraient être posées dans cette région éloignée forces militaires a déclaré que l\u2019équipe avait été déployée chaque année depuis 2008, soit deux années après que le premier ministre Stephen Harper eut commencé à assister aux exercices en compagnie de membres de la tribune de la presse parlementaire.Les seuls membres étrangers de la presse ayant participé à ces voyages proviennent de la Chine, y compris des membres de r,agence de presse de l\u2019État chinois et \u2014 en 2013 \u2014 un représentant d\u2019un quotidien important chinois, qui sont dans les deux cas accrédités à la tribune parlementaire d\u2019Ottawa.i Congédié ?Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Vieux Montréal 514.845.5545 Menaces Le capitaine Travis Smyth a indiqué que la branche du renseignement militaire a une responsabilité légale de protéger les forces canadiennes.Les exercices dans l\u2019Arctique, même s\u2019ils ont lieu à l\u2019intérieur des frontières du pays, sont «très visibles et le risque de menaces contre la sécurité existe».Il n\u2019a toutefois pas voulu préciser quel genre de menaces pourraient être posées dans cette région éloignée, citant la sécurité des opérations.Quand on lui a demandé directement si les membres des médias étaient ciblés, le capitaine Smyth a répondu par courriel: «Lourdes raisons liées à la sécurité des opérations, tout individu ou groupe d\u2019individus qui pourraient faire l\u2019objet d\u2019une enquête ne peuvent être mentionnés publiquement.» Les dirigeants du Canada répètent depuis plusieurs années que le pays ne fait face à aucun véritable danger dans l\u2019Arctique.Or, une série de documents obtenus par La Presse canadienne grâce à la loi sur l\u2019accès à l\u2019information démontrent que le service de contre-espionnage avait reçu l\u2019ordre \u2014 autant «avant qu\u2019après» les exercices \u2014 de «détecter, identifier et réduire les menaces d\u2019espionnage, de terrorisme, de sabotage et de bouleversements» contre l\u2019armée, son personnel, son équipement et ses infi'astructures.Le groupe a reçu l\u2019ordre de se concentrer sur les «menaces directes» à l\u2019intérieur du «secteur des opérations», ce qui inclurait quelques centaines de soldats et une poignée de vaisseaux de guerre déployés dans le Grand Nord.La Presse canadienne L\u2019UQTR dans la mire de TUPAC PHILIPPE ORFALI Plongée dans la controverse depuis près de trois ans, l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) n\u2019est pas au bout de ses peines.Après le vA rificateur général, l\u2019Unité permanente anticorruption (UPAC) se penche à son tour sur les actes de la haute gestion de l\u2019établissement, notamment en matière d\u2019octroi de contrats.Le président du conseil d\u2019administration de la maison d\u2019enseignement, Yves Tousignant, a été interrogé par des enquêteurs de l\u2019UPAC en juin dernier, a-t-il confirmé dimanche au Devoir.«Les enquêteurs voulaient avoir l\u2019appui de la haute direction et je les en ai assurés.[.] À ce que je sache, tout se fait dans les règles de l\u2019art au niveau de l\u2019octroi des contrats, et je n\u2019ai pas vu d\u2019irrégularités depuis mon arrivée il y a un an et demi», a-t-il expliqué.Radio-Canada Mauricie rapporte que des agents de l\u2019UPAC se sont déplacés à Trois-Rivières à maintes reprises depuis l\u2019été, le plus récemment à la mi-décembre, afin d\u2019interroger des personnes œuvrant ou ayant œuvré à rUQTR au cours des dernières années.Outre l\u2019octroi de contrats, les démarches ayant mené au déménagement de la chaire de recherche dirigée par Nadia Ghazzali de l\u2019Université Laval à l\u2019UQTR, à la suite de son entrée en fonc- «Les enquêteurs voulaient avoir l\u2019appui de la haute direction et je les en ai assurés» tion à titre de rectrice, en 2012, ferait partie des dossiers abordés par les enquêteurs.La rectrice aurait obtenu de l\u2019UQTR un engagement en soutien et services pour sa chaire de près de 1 million de dollars, sans l\u2019approbation du conseil d\u2019administration «C\u2019est certain que c\u2019est un sujet que je crois qu\u2019ils vont fouiller», a ajouté M.Tousignant, précisant maintenir son appui à M™® Ghazzali.Cette dernière se fait pour sa part rassurante.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une «enquête », «mais d\u2019une visite, d\u2019une recherche d\u2019information», en raison de dénonciations effectuées auprès de l\u2019Unité.Elle dit ne pas avoir été interrogée par l\u2019UPAC.Les controverses semblent pourtant s\u2019accumuler à l\u2019UQTR: des «lacunes de gestion» ont été soulevées dans un rapport externe, et un rapport du vérificateur général est attendu au printemps.L\u2019établissement connaît aussi un taux de roulement élevé au sein de sa haute direction: de nombreux cadres ont été remerciés, sont partis de façon volontaire ou n\u2019ont pas vu leur contrat renouvelé.D\u2019autres, comme l\u2019ex-vice-recteur Martin Gélinas et le secrétaire général André Gabias, ont quitté leurs fonctions, mais conservent leur statut de cadre.L\u2019UQTR compte 14 000 étudiants.Le Devoir Harper vante John A.Macdonald et snscite la controverse Résultats des tirages du : 2015-01 -10 01 11 23 25 27 30 Prochain gros lot (approx ) 30 000 000 $ 43\t\t02 03 28\t41 compl.\t\t36 42 44\tcompl.+ 1 LOT GARANTI DE 1 000 000 $ 73723964-01 1376066 Résultats des tirages du : 2015-01 -09 Résultats complets sur lotoquebec.com Prochain gros lot (approx) ;50 000 000 $ + ^I^AXMILLIONS 11 lots de 1 million $ (APPRO En cas de disparité entre cette liste et la liste officielle de Loto Quebec cette derniere a priorité 0460654 PHILIPPE ORFALI Les célébrations du bicentenaire de la naissance du père de la Confédération John A.Macdonald par le gouvernement canadien provoquent l\u2019ire de certains groupes, dont la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) de Montréal, qui lançait dimanche un site Web consacré au premier premier ministre.La SSJB souhaite présenter le «côté sombre» de celui qui fut le premier chef de gouvernement de la fédération canadienne, de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891, évoquant le sort consacré à Éouis Riel, aux Sino-Cana-diens ou aux Canadiens français sous son gouvernement De passage à Kingston, considérée comme la ville d\u2019origine du politicien conservateur, le premier ministre Stephen Harper a vanté cet «homme ordinaire».«Sans lui, le Canada tel qu\u2019on le connaît n\u2019existerait tout simplement pas», a ajouté le premier ministre.Les commémorations seront nombreuses au cours des prochains mois : la Monnaie royale canadienne dévoilera une nouvelle pièce de deux dollars, et Postes Canada émettra sous peu un timbre en son honneur.Des célébrations doivent être tenues dans plusieurs villes.Francophobe M.Harper a salué la vision de John A.Macdonald, tout en reconnaissant son alcoolisme.Il a toutefois tu les prises de position racistes et francophobes de son prédécesseur, déplore la SSJB, notant que le premier ministre «demeure insensible aux nombreuses protestations de citoyens dont les communautés ont été victimes du suprématisme anglo-saxon de Macdonald».Le Devoir LE DEVOIR, LE LUNDI 12 JANVIER 2015 A 5 SOCIETE #CHRONIQUEFD Mort aux enfumeurs Fabien Deglise Une fois n\u2019est pas coutume, laissons un peu l\u2019esprit des fatwas de Charb, ces billets hebdomadaires du satiriste et homme de presse français, tombé dans l\u2019exercice de ses fonctions sous les balles des fous de Dieu, mercredi dernier à la rédaction de Charlie Hebdo, s\u2019emparer de cette chronique.Et pourquoi donc.Monsieur, Madame?Pour lui rendre hommage, pardi, en varlopant au passage quelques-unes des têtes de Turc, et autres irritants sociaux, qu\u2019il aimait bien secouer : les enfumeurs.Vous avez remarqué, vous aussi, comment, en période de crise ou de lendemains de tragédie, ces enfumeurs se bousculent au portillon de l\u2019opinion publique avec la même subtilité que des vautours sur un macchabée encore tiède pour désorienter le monde avec leur écran de fumée.Classique : ils veulent faire prendre des vessies pour des lanternes, égarer les gens sur les chemins du sens et de la compréhension, mais également les abuser, Jes exciter, les tromper, les attirer vers leur Eglise, avec cet intéressement malsain et plutôt déplacé en période de recueillement.L\u2019attentat sordide et 12 fois mortel commis par deux abrutis contre les bureaux de Charlie Hebdo n\u2019a pas manqué de fait ressortir ces profiteurs de l\u2019horreur qui ont pris des formes assez étonnantes et parfois même bizarres dans les derniers jours.11 y a eu ce politicien \u2014 Erançois Legault, pour le nommer \u2014 qui sur Twitter a appelé à la rescousse Carrie Mathi-son \u2014 oui, oui, le personnage psychologiquement instable de la fiction télévisée Homeland \u2014, pour combattre les extrémismes ou encore cet autre politicien, maire d\u2019une étrange ville près d\u2019un Ijord, qui est venu dire que tout ça était finalement «la faute du diable».En 2015, un ado dirait: «Sérieux?».Arrêtez ça tout de suite, les gars, c\u2019est criminel votre truc ! Plusieurs de vos contemporains pourraient finir par en mourir.de rire.L\u2019enfumeur a eu de la glace en masse dans les derniers jours pour patiner sur le thème de l\u2019insécurité, sur celui de la guerre des religions, mais également pour montrer du doigt l\u2019islam et ses millions d\u2019adeptes dans le monde comme la source d\u2019un mal que seules des lois pour renforcer la sécurité, des chartes pour protéger des valeurs ou des appels au repli identitaire pourraient en chœur aider à combattre.Ici, Harper a même fait sa petite parade habituelle au bulletin de nouvelles pour parler de renforcer ses lois et son ordre.Là-bas, Marine Le Pen a relancé le débat sur la peine de mort.De l\u2019absurde opposé à la connerie, pour endormir le monde.Connerie et bêtise Parce que c\u2019est bien de la connerie, de la bêtise humaine poussée à l\u2019extrême, plus que de la religion et de l\u2019islam, qu\u2019il a été question mercredi matin, finalement, dans les locaux de Charlie Hebdo, cette connerie qui s\u2019installe dans la tête des gens lorsqu\u2019ils finissent par se persuader que leur vision du monde est la seule valable, que les réponses simples qu\u2019ils ont réussi à assimiler sur des questions existentielles forcément complexes sont à ce point rassurantes pour eux qu\u2019elles méritent d\u2019être imposées à tous.Cela peut être à coup de fouet, de menaces et d\u2019intimidation, pour les uns, mais aussi de communication intrusive, de campagnes publicitaires, pour d\u2019autres.Car le fondamentalisme, le dogme dans sa forme ridiculement prosélyte, n\u2019a pas toujours une barbe.11 peut aussi se tenir dans les tavernes une bière dans la main, sur les parquets de certaines Bourses, devant la porte d\u2019un centre commercial le 26 décembre au matin, même dans une école de yoga, un aréna, une exploitation agricole biodynamique-hystérique ou dans les couloirs de l\u2019agence de notation Moody\u2019s.On en croise même parfois sur des pistes cyclables ! Humanité rime avec iniquité, en général, mais jamais face à la connerie.C\u2019est fatal.Du coup, les enfumeurs peuvent bien arriver avec leur idée de lois, ou de Carrie Mathison, pour combattre les extrêmes.Si des législations, ou l\u2019adhésion à un parti politique, étaient capables d\u2019éradiquer la connerie de la surface du globe, cela fait longtemps que le problème aurait été réglé, non?Et on serait peut-être déjà en train de s\u2019ennuyer des enfumeurs.La connerie a besoin de choses sans doute moins triviales pour être combattue.Comme la coquerelle et la vermine, elle a peur de la lumière.11 suffit donc de l\u2019allumer.Comment?En cultivant le partage non pas de vérités à l\u2019emporte-pièce, de prêches rétrogrades ou de slogans publicitaires érigés en prière, mais d\u2019une culture du doute et de la question, en nourrissant le goût de l\u2019art, de la musique, de la dérision, bref en adhérant à des lois humaines qui ouvrent les esprits et cautionnent la curiosité, pas qui renferment l\u2019humain sur lui et attisent la peur.A moins que ce ne soit la peur du conformisme et des consensus mous.Je crois que vous serez d\u2019accord, il faudrait mettre la tête de tous ces enfumeurs dans une ruche pleine d\u2019abeilles, juste avant l\u2019enfumage, pour leur faire comprendre que les gestes guidés par la connerie n\u2019ont pas toujours besoin d\u2019être armés et teintés de références religieuses plus ou moins foireuses, pour être lourd de conséquences.Amen.et tchao, Charb ! ANNISTON STAR ASSOCIATED PRESS Après la saison des Fêtes, on ressent le besoin de nettoyer son corps et, pourquoi pas, de perdre quelques kilos.Faut-il alors s\u2019offrir une cure de détox?CONSOMMATION Qui a besoin d\u2019une détox ?Le concept permet davantage de vendre des produits que de soigner des maux EMILIE EOLIE-BOIVIN Plutôt que de cesser de fumer, faire de l\u2019activité physique ou manger plus de fruits et de légumes, après les bombances des Fêtes, les gens bien intentionnés se tournent vers les produits et les cures de «détox», à la recherche d\u2019un remède qui saura «désengorger leur foie» et «éliminer les toxines».Des expressions qu\u2019entend plusieurs fois par jour le pharmacien Olivier Bernard.«Mais désengorger un foie, ce n\u2019est pas vraiment quelque chose qu\u2019on puisse faire», explique le professionnel de la santé.Et, pour ce qui est d\u2019éliminer les «toxines» et les «déchets accumulés dans l\u2019organisme», l\u2019auteur du blogue d\u2019humour Le Pharmachien, dans lequel il utilise ses connaissances pour vulgariser et différencier «le vrai du faux» en santé, se gratte la tête.Parce que les organes n\u2019ont aucune difficulté à accomplir ce travail, et ce, même après 10 jours d\u2019un régime de mousseux, de saucisses cocktails et de beignes de grand-maman.«Mais l\u2019idée de la détox est tellement ancrée dans l\u2019esprit des gens qu\u2019on a de la difficulté à leur faire comprendre que ce concept n\u2019existe pas», dit le pharmacien, qui se réjouit de voir ce nouveau courant de scepticisme nuancer cette pseudo-médecine.La notion de détox «est à la fois très ancienne [.] car elle renvoie à l\u2019idée religieuse du carême et du manger maigre, [un concept qui] s\u2019est métissé au fil du temps», expliquait la sémiologue Mariette Darrigrand au magazine Madame Figaro.Cette idée s\u2019inscrit dans une époque où les consommateurs sont plus conscients des agents polluants présents dans l\u2019environnement et méfiants envers les manipulations génétiques et les produits transformés qu\u2019ils ingèrent.Un remède à toutes les sauces Aujourd\u2019hui, plusieurs spas proposent des programmes de détoxication du corps.Les recettes de jus verts abondent dans le Web, thés.diètes liquides, gélules à base de plantes estampillés «détox» sont commercialisés, avec pour promesse de perdre 10 livres en quelques jours, de se «réénergiser», de couper les fringales, de remettre à neuf son métabolisme.Autant de produits et de modes de vie marqués au sceau de la « détox» foisonnent et apparaissent, aux yeux du consommateur, comme la solution aux troubles de digestion ou de sommeil, au manque d\u2019énergie, aux ballonnements.«La détox semble être la réponse à tous les maux, alors qu\u2019en réalité, ce n\u2019est pas le cas», admet David Côté, cofondateur et président de Crudessence, une entreprise québécoise d\u2019alimentation vivante et sans cuisson.Sa réponse contraste avec la détox de 30 jours qu\u2019annonce son site Web, un programme qui permet de «nettoyer votre corps grâce à l\u2019alimentation thérapeutique».Et il reconnaît d\u2019emblée la contradiction.« On va changer le nom cette année, car le mot \u201cdétox\u201d insinue que le corps est sale et qu\u2019on doit le nettoyer.Notre corps n\u2019est pas sale.Mais c\u2019est logique de lui donner une pause de temps en temps», note-t-il.Ces supposées «toxines» accumulées dans le corps sont davantage une hypothèse qu\u2019un fait scientifiquement prouvé.La BBC a d\u2019ailleurs fait le test de soumettre 10 bambocheuses à une retraite fermée de 10 jours.Pendant que la moitié pouvait continuer à lever le coude et à manger de la viande rouge, le reste du groupe devait s\u2019astreindre à une diète stricte.Au terme de l\u2019exercice, après un examen des reins et du foie et des prises de sang, l\u2019étude a démontré qu\u2019il n\u2019y avait aucune différence notable entre les deux groupes.«Le mot \u201ctoxine\u201d existe, mais personne jusqu\u2019à présent ne peut nous confirmer que notre corps est incapable d\u2019éliminer les substances accumulées dans le corps», dit Olivier Bernard.Une intoxication, c\u2019est un état critique qui menace la vie, c\u2019est grave, mentionne le pharmacien en donnant comme exemple les intoxications aux métaux lourds tels le mercure et le plomb.«A moins de souffrir d\u2019une grave maladie des reins ou du foie, on n\u2019a pas besoin de détox.» Les produits du commerce promouvant ces vertus détoxifiantes contiennent en général des laxatifs, des diurétiques et des plantes qui prétendent avoir des effets bénéfiques pour l\u2019organisme.«Si on va plus souvent à la toilette, on élimine plus d\u2019eau, donc, sur le coup, on se sent moins gonflé et on a l\u2019impression d\u2019avoir perdu du poids.Mais c\u2019est un effet temporaire », souligne le Pharmachien.L\u2019équilibre, avant tout Une détox, au fond, ça veut dire de sortir légèrement de sa zone de confort alimentaire, d\u2019éliminer les excès pendant un bout de temps pour sentir la différence dans son corps, soutient le président de Crudessence.«Ce n\u2019est pas juste de manger des jus verts; c\u2019est d\u2019éliminer des choses graduellement pour voir ce qui se passe dans notre corps, de comprendre comment ça marche et de ne pas oublier qu\u2019on mange aussi pour le plaisir.» Une devise que le fondateur à la proue de l\u2019entreprise crudivore suit à la lettre : ce midi-là, il avoue avoir bu une bière et mangé des frites.Derrière tous les symptômes dont lui parlent les gens dans les pharmacies où il travaille, Olivier Bernard estime qu\u2019il se cache des maux qu\u2019une détox d\u2019un week-end ne peut panser.« C\u2019est une solution simple à des problèmes beaucoup plus complexes.» Reste qu\u2019être à l\u2019écoute de son corps, inté-^er des aliments sains dans ses repas, être actif et trouver un équilibre sans tomber dans l\u2019or-thorexie (l\u2019obsession d\u2019une alimentation saine) est un engagement à long terme.Mais, de toutes les détox, il demeure l\u2019investissement le plus payant.«On veut toujours une pilule magique, mais la vie, ça ne marche pas comme ça, et c\u2019est le plus gros mal de notre société, dit David Côté.Au fond, c\u2019est une détox de notre paresse dont on a besoin.» Le Devoir Les bonbons, patrimoine mondial à croquer Une étude internationale s\u2019attache à la cartographie de la guimauve et du caramel mou.Futile, croyez-vous?Faux: le berlingot est riche de sens sociaux, culturels, anthropologiques.VERONIQUE ZBINDEN Des mous, des durs, des bombés ou d\u2019autres cubiques, des creux, des secs, des protéiformes et des ectoplasmiques, des pétaradants, des longilignes et d\u2019autres qui pétillent sur la langue.Certains en forme d\u2019animaux, d\u2019objets ou de joujoux, d\u2019autres anthropomorphes, à base de fruits, de légumineuses, de farine ou même de poisson séché.Souvent colorés, généralement sucrés, quoique pas toujours, tous ont un même parfum de reviens-y, d\u2019enfance et de cours de récréation, de nostalgie, de monnaie d\u2019échange parfois.De récompense souvent.r Etude internationale Ils se nomment berlingot, sottise, dragée, sucre d\u2019orge, angélique, nonpareille, bêtise.mais leur sens est loin d\u2019être aussi simplet que leurs appellations le laissent entendre.Certains sont issus de légendes, de rituels ou de formules magiques, de recettes jalousement gardées dans le secret de placards d\u2019alchimistes.Les bonbons, univers méconnu, mésestimé, souvent injustement dénigré, sont depuis peu l\u2019objet d\u2019une étude internationale des plus sérjeuses.À l\u2019origine du Candy Project, un des chefs les plus créatifs du moment, le Basque Andoni Luis Aduriz (Mugaritz), s\u2019est intéressé à ces doux petits riens à la faveur de ses voyages.En Colombie, il découvre que le bocadillo n\u2019a rien à voir avec un sandwich, mais est traditionnelle- ment fait de pâte de goyave et de sucre de canne, avant d\u2019être enveloppé dans des feuilles de palmier.Plus étonnant, il goûte aux calave-ras mexicains : des crânes en pâte à sucre, voire en chocolat ou en graines d\u2019amarante éclatants de couleurs et de fantaisie, traditionnellement confectionnés pour le jour des Morts.Au Tatarstan, en Russie, les chak-chak sont semblables à de grosses frites moulées en pâte à pain et enrobées de miel, alors que les petits Japonais sont friands de bâtonnets de poisson séché aux graines de sésame.En Inde, berceau supposé des bonbons, les enfants affectionnent les jalebi confectionnés à base de lentilles blanches fermentées, frites et enrobées de sirop.de sucre.Histoire et sociologie du bonbon Le répertoire semble infini, prodigieux, fascinant.Quand et à quelle occasion consomme-t-on ces petites gâteries ?Comment sont-elles produites et quelles en sont les saveurs et les textures dominantes ?Lesquelles ont marqué notre enfance ?L\u2019étude vise notamment à répondre à ces questions.Des chercheurs issus de l\u2019Université du Pays basque et l\u2019Université des sciences gastronomiques de Pollenzo se sont attelés à la mettre en forme et à produire un questionnaire détaillé que chacun peut remplir sur un site internet.Inaki Martinez de Albeniz, sociologue à l\u2019Université du Pays basque, et Gabriella Mo-rini, spécialiste de la chimie du goût à l\u2019Université des sciences gastronomiques de Pollenzo, sont mandatés pour conduire l\u2019étude.Pour recenser, étudier et cataloguer ce vaste patrimoine mondial immatériel, ils comptent sur le formidable réseau international du mouvement Slow Food, implanté dans plus de 170 pays.L\u2019étude comportera deux volets.Le premier.théorique, entend retracer l\u2019histoire universelle et les techniques de fabrication des bonbons.Le second, plus pratique, décodera les significations sociales de ces douceurs et leur utilisation dans un contexte gastronomique.«La signification du bonbon diffère selon le contexte social et reflète les singularités culturelles de chaque région ou pays», explique Gabriella Morini.Quelle est ici l\u2019incidence de la mondialisation et de la production de masse?L\u2019industrie a souvent pris le pas sur la fabrication artisanale de spécialités, notamment celles à base de fruits séchés dans les pays les plus pauvres.Y aurait-il menace sur le bonbon?Appauvrissement de certaines traditions?Slow Food relève ce nouveau défi.Si la guimauve habite notre imaginaire collectif, elle est aussi riche en informations sur les mécanismes et l\u2019apprentissage du goût.«La notion de récompense n\u2019est pas la même selon la culture, relève la chercheuse : les petits Coréens reçoivent, par exemple, des morceaux de calamar séché, les enfants nippons des confiseries à base de farine de poisson.Le goût du sucré est certes universel, mais sa généralisation dans les bonbons en guise de récompense ne date que de 200 à 300 ans, du fait de la mondialisation.» Les premières douceurs données à de jeunes enfants ont ainsi une incidence sur la formation du goût et des préférences alimentaires que l\u2019étude devrait permettre de mieux cerner.La collecte des données du Candy Project devrait être achevée courant 2015: les fabricants sont également appelés à se manifester afin de pouvoir esquisser la géographie mondiale des bonbons.De quoi dessiner une nouvelle carte du tendre et du doux.Le Temps A 6 LE DEVOIR LE LUNDI 12 JANVIER 2015 EDITORIAL HAITI, CINQ ANS PLUS TARD Se rebâtir Il y a cinq ans le choc, aujourd\u2019hui l\u2019ouhli ?Dans le tourbillon du monde, le sort d\u2019Haïti ne fait plus, et depuis longtemps, les manchettes, et aux informations disparates qui circulent, on a du mal à voir si l\u2019analyse optimiste ou négative doit l\u2019emporter.Mais aurait-on trop souhaité pour Haïti ?A Josée Boileau près que la terre eut tremblé en ce sombre 12® jour de janvier 2010, après que tout se fut écroulé, au milieu des gravats et des morts, et de la tristesse et de l\u2019anéantissement, il a bien fallu aussi survivre en Haïti.Et dans ce pays si mal pourvu et affligé de maux sans fin depuis des décennies, la tragédie a semblé pouvoir être transformée en source d\u2019espoir : recommencer à neuf, effacer les erreurs du passé.Cinq ans plus tard, on a bien compris que si rêver est nécessaire, ce n\u2019est pas à cette aune qu\u2019il faut mesurer les réussites, ou se décourager des échecs.À l\u2019échelle du Québec, osons une comparaison : à l\u2019été 2013, le centre-ville d\u2019une petite ville d\u2019ici, Lac-Mégantic, 6000 habitants, disparut en partie, devint inaccessible en totalité, à cause d\u2019une tragédie ferroviaire sans équivalent au Canada.Un an et demi plus tard, la ville ne s\u2019est pas encore entièrement remise de l\u2019explosion qui a causé 47 morts.Les familles des victimes attendent compensations, les récriminations sont de tout ordre et le sort du centre dévasté n\u2019est toujours pas scellé.Le drame a beau _\tavoir frappé dans une société riche, organisée, aux institutions solides, tout s\u2019est avéré plus compliqué qu\u2019on ne l\u2019avait cru au départ.L\u2019aide spontanée et la solidarité, pas plus que la popularité d\u2019une mairesse exemplaire, ne pouvaient tout compenser.Haïti, c\u2019est mille fois ce constat: 230 000 personnes y ont perdu la vie en ce 12 janvier 2010, sans oublier les plus de 300 000 blessés, au milieu de centaines de milliers d\u2019immeubles effondrés.Port-au-Prince, capitale dont la région compte 2,4 millions d\u2019habitants, fut détruite à 90%.«C\u2019était la désolation totale.On se tournait sur 360 degrés et tout était détruit», racontait Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d\u2019Haïti à Montréal, dans notre dossier de samedi.Dans ce pays parmi les plus démunis de la planète, tout en fait s\u2019était effondré: pertes humaines, pertes matérielles, à quoi s\u2019ajoutait l\u2019infrastructure même de la société anéantie dans ses pierres (palais présidentiel, bâtiments administratifs, hôpitaux, écoles, églises, cathédrale) et dans son personnel (fonctionnaires, médecins.) alors qu\u2019elle était déjà fragile dans son organisation.Comment l\u2019aide spontanée, immense, et la solidarité, immédiate, auraient-elles pu compenser., d\u2019autant que tout le monde avait décidé de s\u2019en mêler.La République des ONG, comme on désigne Haïti, compte 10 000 de celles-ci sur son territoire! Ces ONG n\u2019ont pas de comptes à rendre au gouvernement qui, par ailleurs, n\u2019a jamais cessé de voir sa légitimité remise en question, tare de la politique haïtienne à laquelle le président Michel Martelly n\u2019échappe pas.Dans ce contexte, penser de manière cohérente l\u2019avenir d\u2019Haïti tient de l\u2019impossible pari.Et pourtant, l\u2019Haïti de 2015 n\u2019est plus celui de la dévastation.On y a reconstruit, parfois mal, parfois en vain, parfois en deçà des attentes, et il y a encore énormément à faire.Mais des 1,5 million de personnes qu\u2019il y avait dans des camps à l\u2019été 2010, il en reste 80 000 aujourd\u2019hui.Des hôpitaux ont été rouverts et des améliorations ont été apportées au système d\u2019éducation primaire.Des entreprises s\u2019installent, le tourisme apparaît comme une voie d\u2019avenir, et des leaders de la communauté croient fermement au dynamisme de leur pays.Mais oui, il y a les retards, la corruption, les tensions politiques, ces élections qui ne viennent pas, la société toujours clivée entre les très riches et les pauvres, et les oubliés des 155 camps qui restent.Applaudir serait occulter toutes ces failles, mais cinq ans plus tard, on entend aussi des gens d\u2019ici dire qu\u2019Haïti a assez reçu, n\u2019a plus qu\u2019à se débrouiller.En entrevue à Radio-Canada, Erançois Audet, directeur de l\u2019Observatoire canadien sur les crises et l\u2019action humanitaire, répondait par une mise en garde: «On ne doit pas regarder Haïti avec des yeux d\u2019Occidentaux.» Rebâtir Haïti prendra « des générations ».Il a raison, car le tragique n\u2019est jamais loin dans ce pays.Le tremblement de terre a engendré de l\u2019aide, certes, mais parmi les aidants, des Casques bleus de l\u2019ONU ont apporté le choléra, qui avait disparu de l\u2019île depuis 150 ans.L\u2019épidémie a causé 8000 morts et surchargé des services de santé déjà débordés.La colère de Médecins sans frontières, qui dénonçait il y a quelques semaines le manque de lits et de médicaments, le problème d\u2019accès à l\u2019eau potable et aux latrines, n\u2019a pas été entendue.Il n\u2019y a pas d\u2019épidémies ici, ni de centaines de milliers de morts, ni de villes disparues et, pourtant, on se perd en discussions sur le nouveau pont Champlain.N\u2019est-ce pas ainsi que l\u2019on devrait mesurer la reconstruction d\u2019Haïti?LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET AVRÈS U VwSiULAPf A |V\\AT£ [?ltL ?i)l4p k RnSTy * Tout ce fluE\tNffggfjTf ^ f ) \\Jm mo frARNoTTf ; \"n 1 / \u2022l'I LETTRES Le nécessaire esprit de Charlie Il y a quelques jours, en faisant le ménage de ma bibliothèque, je me demandais ce que j\u2019allais faire des centaines de numéros de Charlie Hebdo accumulés au fil des ans.Maintenanf je sais: je vais les conserver et les léguer à mes enfants pour qu\u2019ils sachent un jour comment des gens ont combattu jusqu\u2019à la mort pour que vive la liberté.Avec preuves à l\u2019appui.Depuis l\u2019assassinat des valeureux responsables de Charlie, les grands médias ne parlent que de la liberté d\u2019expression sans trop préciser de quoi il s\u2019agit en l\u2019occurrence.Alors, précisons : si des fous de Dieu ont délibérément choisi comme cible cet hebdo et pas un autre, c\u2019est que celui-ci ridiculisait les religions.C\u2019est donc le droit d\u2019ironiser sur celles-ci qui est enjeu.Aucune entreprise humaine n\u2019est en soi à l\u2019abri de la bêtise et du droit que l\u2019on a de la dénoncer, si l\u2019on juge que c\u2019en est une.Or, toutes les religions sont des entreprises humaines et le droit de les ridiculiser est compris dans le droit d\u2019expression.Ainsi, on a tout à fait le droit de dire ou de montrer par des dessins qu\u2019il est aberrant de faire croire à des enfants qu\u2019un paradis nous attend après la mort et que, conséquemment, la vie sin terre vaut moins que cette retraite dorée avec Dieu.Aberrant et dangereux.Ces enfants grandissent avec cette idée et, un join, voulant en finir avec un mal de vivre, ils se transforment en combattants de Dieu convaincus qu\u2019une vie sans problème les attend dans un au-delà quelconque.Le problème, c\u2019est qu\u2019ils entraînent des innocents dans leur suicide absurde.N\u2019allons surtout pas croire que ces fous de Dieu pullulent seulement chez les adeptes du prophète.Ces jours derniers, et ce n\u2019est qu\u2019un exemple parmi plusieurs, en Alabama, un maire et son conseil municipal ont voté une résolution déclarant que Dieu est propriétaire de leur ville.Les humanistes ont encore du boulot devant eux! Comme quoi on ne peut se passer de l\u2019esprit de Charlie.Et pour se donner des forces, réécoutons le grand Léo chanter Ni Dieu ni maître] Robert Jasmin, Neuville, le 7janvier 2015 Seuls au front Il est facile de monter aux barricades quand on est légion à le faire.Moins quand on est tout seul.Charlie Hebdo a été longtemps tout seul au front ef s\u2019il a parfois fait preuve d\u2019immaturité voire de grossièreté dans ses satires, il aura au moins manifesté de la cohérence dans son parcours.Je note aujourd\u2019hui deux choses: on hurle à droite comme à gauche pour le maintien de la liberté de presse, qui est pourtant beaucoup plus menacée par la bienséance qu\u2019imposent la pensée unique et la concentration de la presse que par les balles terroristes.Parmi la meute, on trouve, comme le signale Jean-Erançois Nadeau, un grand nombre de journalistes qui n\u2019ont rien à craindre du terrorisme parce que la censure qu\u2019ils se sont eux-mêmes imposée les protège.J\u2019observe aussi qu\u2019on n\u2019en a ce matin que pour les journalistes morts.On rapporte pourtant que l\u2019attentat a fait douze victimes.[.] La liberté d\u2019expression ne concerne pas que les seuls journalistes; les petits, les sans- grades, ceux qui font la recherche, la mise en page, les photos, ceux qui corrigent les textes, qui dressent l\u2019ordre de jour des réunions de rédaction, bref tous les artisans d\u2019une publication participent de cette liberté et ceux-là, à Charlie Hebdo, étaient tout aussi en danger que les vedettes du journal.J\u2019espère que les indignés d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019oublieront ces obscurs grâce à qui ils peuvent exercer la liberté dont ils se réclament François Jobin le 8 janvier 2015 Question de perspective Dernièrement plusieurs événements liés au « terrorisme » ont fait la une des journaux.Depuis des décennies, pour ne pas dire des siècles, nous, les Occidentaux, sous l\u2019égide de la démocratie, faisons de l\u2019ingérence politique dans plusieurs pays du globe et sommes responsables des dommages collatéraux.Maintenant le pendule nous revient et c\u2019est en Occident qu\u2019arrivent des horreurs au nom de principes, sans aucun jugement de valeur, tout aussi abstraits.La mort de 3 Canadiens ou celle de 12 Erançais est-ellç plus grave que celle de milliers d\u2019afghans?A l\u2019exception des suites de la torture, la mort prématurée d\u2019êtres humains est un drame qui n\u2019a pas à être placé sur une échelle de l\u2019horreur.Que ce soit celle d\u2019itinérants canadiens morts de froid, d\u2019enfants africains morts de faim, de journalistes assassinés par des fanatiques ou de milliers de civils victimes de guerres de principe, la mort comme dommage collatéral de nos sociétés est tout simplement injuste et injustifiable.Marie-Chantal Bouchard Berthierville, le 9 janvier 2015 LIBRE OPINION Pierre Elliott Trudeau n\u2019est pas la seule victime des citations erronées FRANÇOIS-XAVIER SIMARD Auteur du livre Le vrai visage de Pierre Elliott Trudeau (Les Intouchables, 2006) Dans Le Devoir du 3 janvier, Louis Massi-cotte explique comment Pierre Elliott Tru-eau fut victime d\u2019une citation inexacte extraite e son discours devant le Congrès américain en 1977.Il a dit en anglais que la séparation du Québec serait «a crime against the history of mankind», ce qu\u2019on aurait traduit en français par «un crime contre l\u2019humanité», au lieu d\u2019un «crime contre l\u2019histoire du geme humain».Ce n\u2019est pas la première fois que le passage d\u2019une langue à l\u2019autre sert la cause qu\u2019on veut défendre.Trudeau lui-même à la même époque s\u2019est servi de cette technique contre René Lévesque.Voici la vraie histoire d\u2019une fausse citation de Trudeau.Le 8 mai 1980 à Saint-Léonard, moins de deux semaines avant le référendum québécois, selon la seule journaliste, Julia Turner, à avoir entendu et rapporté ces paroles, René Lévesque aurait tenu les propos suivants : «He told a questioner, with a degree of bitterness and sarcasm, that Mr.Trudeau middle name \u201cElliott\u201d is significant because it shows he is partly Anglophone.\u201cHe\u2019s decided to follow the Anglo-Saxon part of his heritage\u201d, Mr.Levesque said, implying that Mr.Trudeau is not a true Quebecker since he supports the federalist cause.» Le 14 mai 1980, lors de son important discours au Centre Paul-Sauvé de Montréal, Trudeau a repris le sous-entendu {«implying») de la journaliste et y a rajouté sa propre interprétation: «On me disait que monsieur Lévesque, pas plus tard qu\u2019il y a deux jours, disait que dans mon nom il y a Elliott et puis Elliott, c\u2019est le côté anglais et ça s\u2019explique que je suis pour le Non, parce que, au fond, voyez-vous, je ne suis pas un Québécois comme ceux qui vont voter Oui.Eh bien, c\u2019est ça, le mépris, mes chers amis, c\u2019est de dire qu\u2019il y a différentes sortes de Québécois, c\u2019est dire que les Québécois du Non ne sont pas d\u2019aussi bons Québécois et puis ont peut-être un petit peu de sang étranger, alors que les gens du Oui ont du sang pur dans les veines.» Le lendemain du discours de Trudeau, lors d\u2019un dîner de partisans du Oui à Québec, Lévesque a précisé qu\u2019il «ne voulait pas nier aux Anglo-Québécois leur droit de voter pour le Non».Et le même jour en soirée, il a déclaré L\u2019interprétation de Trudeau est devenue une déclaration officielle de Lévesque que les Québécois pour le Non comme Trudeau étaient des Québécois comme ceux pour le Oui.' «Que les Trudeau, Chrétien et compagnie viennent au Québec nous parler, qu\u2019ils tentent de faire jouer leur prestige et leur influence, c\u2019est normal, ils en ont parfaitement le droit, ils sont Québécois comme nous», a-t-il dit lors d\u2019un grand rassemblement du Oui à Québec.Mais, trente-cinq ans plus tard, l\u2019interprétation de Trudeau est devenue une déclaration officielle de Lévesque lui-même.En effet, dans la biographie de Trudeau rédigée par John English pour le Dictionnaire biographique du Canada (DBC) en ligne, il est écrit: «Il [Trudeau] rappela que Lévesque avait dit qu\u2019il n\u2019était \u201cpas aussi québécois que ceux qui voter [aient] Oui\u201d.» Corrections attendues En 2009, j\u2019ai demandé au DBC de corriger cette citation erronée de René Lévesque.La rédactrice-historienne principale m\u2019a répondu qu\u2019«î7 est vrai que Lévesque n\u2019a pas lui-même prononcé ces mots, mais la biographie du DBC n\u2019affirme pas que c\u2019est Lévesque qui les a dits.C\u2019est Trudeau qui dit que Lévesque les a dits.[.] En fait.Trudeau va plus loin que les paroles prononcées par Lévesque.En expliquant les sous-entendus, Trudeau donne l\u2019impression que les paroles de Lévesque et ces sous-entendus ne forment qu\u2019un seul et même discours.Mais le texte n\u2019attribue pas ces paroles à Lévesque, et l\u2019auteur ne croit pas qu\u2019il faille changer ce texte.» Non satisfait de cette réponse, j\u2019ai demandé au codirecteur du DBC, Réal Bélanger, de corriger cette erreur de faits en citant la partie concernée du texte officiel du discours de Trudeau, reproduite plus haut.Monsieur Bélanger m\u2019a alors répondu qu\u2019ils avaient «déjà décidé d\u2019apporter quelques changements à ce texte»-, mais à ce jour, ces changements ne sont pas encore intégrés à la version en ligne du DBC.Pourtant, il est très important que cette citation erronée soit corrigée afin de respecter la pensée du grand démocrate qu\u2019était René Lévesque.Rappelons que, quatre ans avant le référendum, et dès le lendemain de l\u2019élection du Parti québécois, le 15 novembre 1976, René Lévesque promettait déjà «un gouvernement qui soit aussi vraiment celui de tous les Québécois de toutes les régions, de tous les milieux et de toutes les origines». LE DEVOIR, LE LUNDI 12 JANVIER 2015 A 7 IDEES Attentat de Paris 15131^ L Rgle con JEAN-FRANCOIS MONIER AGENCE ERANCE-PRESSE Manifestation de musulmans pour dénoncer les attaques terroristes devant une mosquée du Mans.Convertis à l\u2019absurde de la violence MAJID BLAL Ecrivain, poète et président du Regroupement des auteurs canado-marocains (RACMA) e mercredi 7 janvier 2015, les postes de télévision crépitent avec la même nouvelle, la même horreur.L\u2019attaque à l\u2019arme automatique et la mort de douze personnes au journal Charlie Hebdo.Les tueurs ont assassiné froidement des hommes qui n\u2019ont que des idées et des crayons comme arsenal.La folie des hommes a frappé encore une fois et cette fois pour casser et froisser les traits au fusain de la caricature.Le massacre de Charlie Hebdo ne sert ni les dieux ni les humains, mais uniquement ceux qui ont comme dessein de hriser les harmonies de la cohahi-tation entre les différences et, ainsi, sahoter le vivre ensemble.L\u2019ohjectif est machiavélique et il tend à forcer les citoyens à rentrer dans des enclos confessionnels échafaudés comme ghettos comme on parquait les lépreux dans des cavernes.Les terroristes radicaux ne souhaitent que la guerre entre ATTENTATS DE PARIS confessions pour qu\u2019ils puissent rire dans leurs harhes.C\u2019est le seul trait d\u2019humour qui les rassemble dans un burlesque des plus macabres.Ils ne souhaitent que de nous ramener et de nous tasser dans un monde tribal où ils décideraient de la vie et de la mort en fonction des critères qu\u2019ils voudraient promulguer.Grouper, couper les ponts avec l\u2019autre, semer la discorde et classifier les gens en fonction du degré de radicalisation et de dangerosité qui leur sied.Ils ont tué des hommes et, par ricochet, ils ont renforcé le pouvoir d\u2019attraction des idées ciblées et de la liberté dont la liberté d\u2019expression.On ne gomme pas les idées en effaçant les hommes.Dénoncer la terreur Au nom des gens qui ont la même vision que moi, nous condamnons énergiquement.Nous dénonçons la terreur et le crime odieux.Nous refusons tout court, net et c\u2019est déjà d\u2019une clarté limpide.Nous ne pouvons nous dissocier de ce à quoi nous n\u2019avons jamais été associés ni par le geste, ni par le verbe, ni par l\u2019intention.Se dissocier suppose être associé a priori.On se dissocie quand on a été partie prenante, protagoniste ou sympathisant.Personne ne devrait nous faire sentir coupables par association.Chacun doit répondre de ses actes, que ce soient les assassins, que ce soient leurs commanditaires.Nous déplorons la perte des vies humaines et nous nous sentons concernés comme humains, comme citoyens et comme membres de la profession des penseurs libres, des artistes et des auteurs, des journalistes et des caricaturistes.Nous compatissons avec les familles, des victimes, leurs collègues, leurs proches.Nous offrons nos sympathies aux défenseurs des libertés, aux baroudeurs de la protection des droits et aux humanistes qui dénoncent toutes les violences d\u2019où qu\u2019elles proviennent.Nous profitons de ce moment de deuil pour lancer un appel à nos amis occidentaux, dont nos concitoyens québécois : faisons attention de ne pas sombrer dans les amalgames et de ne pas extrapoler les gestes odieux sur toutes les personnes qui ont comme confession la religion de l\u2019islam.Des fois, ces actes barbares, quand ils surviennent, facilitent le déploiement des index et des accusations qui culpabilisent et stigmatisent par association.La barbarie ne justifie pas les discours haineux et l\u2019ostracisme des communautés déjà fragilisées par tant de terreurs, de rejets et par le rôle de bouc émissaire à toutes les turpitudes.Malades ou terroristes ?JEAN-PHILIPPE VAILLANCOURT Psychologue, chargé de cours à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières D ans la foulée des récents événements terroristes qui ont touché le monde occidental, de nombreuses analyses ont été réalisées à propos des individus qui les ont perpétrés.De ces analyses, un bon nombre auront été étayées par des journalistes et experts psychologues et psychiatres qui, à tour de rôle, auront défilé en laissant l\u2019impression de faire une différence très nette entre une action violente posée par un dérangé, un malade et une autre, terroriste cette fois, perpétrée par un «soldat» d\u2019une cause.Dans chacune de ces analyses, ces experts prétendent démontrer ce que la science moderne n\u2019aura jusqu\u2019à ce jour été incapable de faire, c\u2019est-à-dire de faire une distinction claire entre ce qui appartient au normal et au pathologique.En dépit du fait que la médecine et les conglomérats pharmaceutiques auront tenté à maintes reprises d\u2019établir cette distinction en traçant un lien direct entre la biologie et les problèmes de santé mentale, il n\u2019existe toujours aucune preuve scientifique pour confirmer cette hypothèse.En ce sens, les difficultés de santé mentale apparaissent plus tributaires des aspects culturels et politiques d\u2019une société que résultant d\u2019un désordre biologique qui reste à démontrer.Les exemples pour appuyer cette hypothèse sont nombreux.On a seulement à penser aux dissidents soviétiques qui se voyaient incarcérés dans des asiles en conséquence de leurs croyances politiques et que l\u2019on diagnostiquait comme schizophrènes torpides pour justifier leur retrait de la société.On pçut également parler des esclaves noirs aux Etats-Unis qui tentaient de s\u2019enfuir de leurs maîtres et qui recevaient le diagnostic de drapétomanie, la liberté n\u2019étant à ce moment pas considérée comme un besoin naturel chez eux.Ou plus récemment de l\u2019homosexualité qui était regardée comme une maladie mentale jusqu\u2019à ce que le lobby gai fasse valoir ses droits.Subjectivité A travers ces influences culturelles et politiques, le rapport de la psychiatrie à la religion aura toujours été pour le moins conflictuel, et les analyses qui auront été faites des récents k PATRICK BAZ AGENCE ERANCE-PRESSE Notre société s\u2019élèverait davantage à réellement tenter de comprendre ce qui pousse un individu à commettre des gestes de la sorte plutôt que d\u2019invoquer une «maladie» subjective.événements terroristes en représentent un exemple probant.De cette manière, on semble tracer une distinction nette entre un individu de la même origine culturelle et religieuse que celle du groupe et des intérêts qu\u2019il représente (que l\u2019on qualifie d\u2019extrémiste ou de soldat) et un individu d\u2019une appartenance religieuse et culturelle originalement différente du groupe auquel cette personne se joint (que l\u2019on qualifie d\u2019être instable, malade ou troublé).Cette distinction purement arbitraire démontre toute la subjectivité du diagnostic psychiatrique et le jugement que son praticien porte sur les croyances, les valeurs et les idées défendues par un individu.Ces croyances, valeurs et idées, parce qu\u2019elles sont différentes de la majorité, parce qu\u2019elles sont violentes et haineuses (dans le cas présentement discuté) et ultimement inacceptables pour la majorité deviennent symptômes ou signes de maladie qui doivent être éradiqués afin de restaurer l\u2019état mental de l\u2019individu troublé.Qu\u2019est-ce qui fait que l\u2019un est moins ou plus «malade» que l\u2019autre sur le plan purement scientifique ?La question demeure à notre avis bien ouverte.11 nous apparaît extrêmement préoccupant que l\u2019on exerce ce type d\u2019analyse qui non seulement dicte ce en quoi les individus « sains d\u2019esprit» sont en droit de croire, mais continue de perpétuer les innombrables stigmates dont souffrent les individus qui vivent de la détresse sur les plans psychologique, affectif et relationnel.Notre société s\u2019élèverait davantage à réellement tenter de comprendre ce qui pousse un individu ou un groupe d\u2019individus à commettre des gestes de la sorte plutôt que d\u2019invoquer une «maladie» subjective qui prendrait le contrôle des actions posées par des assaillants.Thomas Szasz (1920-2012), psychiatre et philosophe, disait d\u2019ailleurs: «Si vous parlez à Dieu, vous êtes croyant.Si Dieu vous parle, vous êtes malade.» Charlie ou la tolérance Jean-Benoît Nadeau y F') JP ai passé toute l\u2019année 2013-2014 en France en préparation de mon prochain livre.Entre la sinistrose, le dé-clinisme, la montée de l\u2019extrême droite, la désillusion de la gauche, la défiance envers les élites, le chômage à plus de 10%, les tensions intergénérationnelles et l\u2019anglolàtrie, j\u2019ai eu l\u2019impression presque constante d\u2019être assis sur un volcan.Le tout est maintenant de savoir si la tuerie à Charlie Hebdo est le début de l\u2019éruption ou un signe avant-coureur.Bizarrement, cet événement ne change rien aux voeux que j\u2019aurais présentés aux Français : puissiez-vous ne pas succomber au vent mauvais.J\u2019ai passé l\u2019année à constater avec dépit la montée de l\u2019extrême droite à toutes les élections.Je comprends la défiance des Français à l\u2019égard des élites.Le discours « ni gauche ni droite » au pays qui a inventé la gauche et la droite est pleinement justifié.Mais les Français jouent avec le feu s\u2019ils croient régler la question en votant pour Marine Le Pen \u2014 dont le plus brillant geste politique aura été de récupérer le discours sur la laïcité.C\u2019est pourquoi je crois que la France ne réglera pas son problème islamiste avec plus de laïcité.Historiquement, leur loi sur la laïcité, qui remonte à plus d\u2019un siècle, était une arme dirigée d\u2019abord contre les catholiques.Elle s\u2019inscrivait dans le cadre d\u2019une lutte très dure qui a déchiré la France entre 1789 et 1960 alors que la religion dominante récusait tous les principes de la République.Le point le plus bas fut atteint en juin 1940 lorsque, profitant de la défaite durant la bataille de France, une dictature fasciste sauce française a pris le pouvoir avec la bénédiction du clergé et des autorités allemandes.La laïcité a fait partie de ce combat-là aussi.Malheureusement, depuis 20 ans, la laïcité n\u2019a plus le même parfum, car elle a surtout servi de voile au discours islamophobe ou antiarabe.Et c\u2019est encore pire depuis que Marine Le Pen a compris qu\u2019elle pourrait se voiler derrière le principe de la laïcité et les valeurs républicaines pour se refaire une légitimité.11 faudra donc trouver autre chose pour lutter contre l\u2019extrémisme islamiste.Pas de procès à l\u2019islam L\u2019autre erreur à ne pas commettre \u2014 et que les Français éviteront, je l\u2019espère \u2014 serait de faire un procès de l\u2019islam.La vraie question est de se demander pourquoi les 99% de musulmans tolérants ont peur des 1 % d\u2019intolérants.Et il faudra sans doute que tous les Français aident leurs compatriotes musulmans à attaquer l\u2019intolérance islamiste de l\u2019intérieur.De la même manière que ce sont les Français très majoritairement catholiques qui ont désossé l\u2019intolérance catholique.La France, vieux pays, a vécu son lot de crises graves dont elle n\u2019est pas toujours sortie grandie.En 1572, les tensions religieuses avaient provoqué le massacre de 5000 à 30 000 protestants dans une vingtaine de villes.Dans les jours qui ont suivi la tuerie de Charlie Hebdo, on a noté quelques attaques de mosquéqs, ce qui était malheureusement prévisible.A court terme, il ne faudrait pas que la tuerie de Charlie Hebdo suscite des violences de masse du genre de celles qui, en 1961, en pleine guerre d\u2019Algérie, firent des centaines de morts et de blessés maghrébins à Paris.Je me réjouis d\u2019ailleurs de voir le président Hollande tenir un discours rassembleur et consulter largement \u2014 à l\u2019exclusion de Marine Le Pen et compagnie.,Les événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont entraîné les incursions bâclées en Afghanistan et en Irak, qui ont été des désastres à tous égards.La France demeure un pays très influent et Paris demeure l\u2019une des principales capitales internationales.Si la France prend le bord du pire, cela sera pire pour nous tous.Le rire toxique En ces heures de deuil, j\u2019aimerais pouvoir me vanter du fait que je lisais Charlie^ Hebdo toutes les semaines.Je ne le lisais pas.A cause de son côté ado-scato, qui me rebute, même si j\u2019adore, par ailleurs, son côté provoc.C\u2019est un penchant personnel : je suis de ceux qui croient que le rire est toxique pour l\u2019intolérance.La dureté du combat de Charlie Hebdo prouve que tolérance n\u2019est ni mollesse ni soumission.La véritable tolérance ne peut pas tolérer l\u2019intolérance.Ce que l\u2019équipe comprenait mieux que la plupart des autres rédactions.Sur ce point, j\u2019admirais franchement les artisans de Charlie Hebdo, car il est dangereux de débusquer l\u2019intolérance avec la seule arme du ridicule \u2014 et surtout seul, sans le soutien des autres médias.Souhaitons donc que la réponse française à la tuerie de Charlie Hebdo ne fasse pas le jeu des intolérants de tout poil.^EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Philippe Orfali (reporters); information politique : Marco Portier (chef de division), Michel Xysvid (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter); Véronique Chagnon et Louis Gagné (pupitre), information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), Julie Carpentier (pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins, Eric Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettino-Parazelli (reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives) ; section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Eolie-Boivin (pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Erappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Florence Sara G.Ferraris (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: 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Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Florentina Draghici, Céline Furoy et Véronique Pagé. A 8 LE DEVOIR LE LUNDI 12 JANVIER 2015 ACTUALITES ATTENTAT SUITE DE LA PAGE 1 à Nation.Au-delà du cortège officiel ouvert par les proches des victiipes et suivi par une cinquantaine de chefs d\u2019Etat et de gouvernement, au moins deux défilés parallèles se sont lentement dirigés vers la place de la Nation.Le cortège officiel, sur le boulevard Voltaire, avait des allures de G20.Place Léon Blum, derrière les familles des victimes, François Hollande ouvrait la marche.11 avait tenu à être encadré d\u2019Angela Merkel et, surprise, de Bouba-car Keïta, président du Mali, un pays musulman récemment libéré des islamistes par la France.À sa droite, on distinguait les premiers ministres britannique et israéliep, David Cameron et Benjamin Nétanyahou.À sa gauche, le président de l\u2019Autorité palestinienne.Mahmoud Abbas, et du Conseil italien, Matteo Renzi.Personne ne manquait à l\u2019appel.Le peuple de 1789 Les grands de ce monde n\u2019ont pas fait 200 mètres devant les caméras de télévision avant de remonter dans leurs autocars.Seul François Hollande s\u2019est ensuite dirigé vers les familles des victimes pour leur serrer la main.C\u2019était la première fois qu\u2019un président français descendait dans la rue pour manifester depuis que François Mitterrand avait protesté contre la profanation du cimetière juif de Carpentras, en 1990.«Ils nous ont un peu volé notre manif», disaient des manifestants bloqués depuis deux heures sur la place de la République à cause de la sécurité exceptionnelle.Une fois prises les photos officielles, c\u2019est le peuple français, celui de 1789, de 1848 et de la Libération qui a littéralement pris possession des pavés.Face à l\u2019ampleur de la foule, un second défilé avait été prévu plus au sud.Devant l\u2019engorgement, un troisième s\u2019est improvisé plus au nord sur l\u2019avenue de la République.Pas une rue entre République et Nation qui n\u2019était envahie par cette foule bon enfant.Dans cette marée humaine, on pouvait aussi bien croiser le Prix Nobel Patrick Modiano, les chanteurs Arthur H et Jean-Jacques Goldman que tous les leaders politiques français, à l\u2019exception de Marine Le Pen, dont le parti n\u2019avait pas été invité.« C\u2019est une erreur de ne pas avoir invité le Front national», nous a déclaré Serge Grouard, député UMP et maire d\u2019Orléans.«Aujourd\u2019hui, on dépasse les clivages politiques.C\u2019est à l\u2019évidence le peuple de France qui est debout dans le calme et la dignité.Il montre que, face à l\u2019épreuve, il en sortira plus fort.» Narguant les élites parisiennes, la présidente du Front national a défilé à Beaucaire, où elle a été acclamée par un milker de personnes.Le droit de blasphémer Devant le cimetière du Père-Lachaise, des pancartes disaient «Je suis juif Je suis Charlie», en référence aux morts de l\u2019épicerie cachère de Vincennes.De nombreux manifestants étaient venus avec leurs enfants.Beaucoup brandissaient des drapeaux tricolores.Partout on chantait La Marseillaise.Des Femen, exceptionnellement habillées pour l\u2019occasion, lançaient le slogan «Charlie Akbar».Denise, une Haïtienne de 40 ans, était venue avec une bougie.«Je suis française parce que je parle français», disait-eUe.L\u2019enseignant Patrick Touzet nous a confié ne pas être un habitué des manifestations.«Mais là, ça fait trop! Il fallait réagir.Pour moi, le mot blasphème ne fait pas partie de mon vocabulaire.On a le droit de rire de tout le monde, de Jésus, de Mahomet ou des homos, peu importe.Sinon, où la censure s\u2019arrêtera-t-elle ?» Tous n\u2019étaient pas de cet avis.Malika, une des rares femmes voilées croisées dans la manifestation, disait être révoltée par ces assassinats.«L\u2019islam ne fait pas ce genre de choses, dit-elle.Il est propre.Mais ceux qui ont insulté le prophète auraient dû être mis en prison et le journal fermé», trancha-t-elle.Dès lundi, elle s\u2019envolera pour La Mecque.C\u2019est ici que le bât blesse chez de nombreux musulmans.«Je n\u2019ai pas de problème à vivre dans un pays où on a le droit de blasphémer, au contraire», disait son coreligionnaire Kirim, un architecte qui brandissait une pancarte affirmant: «Pas en mon nom».Jeudi, dans de nombreuses écoles, de jeunes Maghrébins ont refusé de respecter la minute de silence parce que Charlie Hebdo avait insulté le prophète.«Fn France, le droit de blasphémer existe», renchérit Kirim.Ce débat, Alain Parize le vit dans sa propre famille, lui qui a travaillé toute sa vie en Afrique.«Mon gendre sénégalais n\u2019accepte pas qu\u2019en France on caricature le prophète.Je lui ai dit que ce n\u2019était pas notre conception de la liberté d\u2019expression.Ça, ce n\u2019est pas négociable!» Sursaut national Partout, cette mobilisation exceptionnelle a suscité un élan de solidarité nationale qu\u2019on n\u2019avait pas vu depuis longtemps.«Nous sommes un peuple», titre ce matin le quotidien Libération avant d\u2019affirmer « Ça faisait longtemps qu\u2019on n\u2019avait pas été si fiers d\u2019être français».L\u2019écrivain Jean d\u2019Ormesson parle, lui, d\u2019un véritable «sursaut national».La mobilisation a été encore plus forte en région qu\u2019à Paris.Jamais, depuis la Libération, les Lyonnais n\u2019avaient vu autant de monde dans les rues (300 000 personnes).Même chose à Mar-seike (60 000), Montpelker (100 000) et Bordeaux (140 000).Dans la minuscule locakté de Dammar-tin-en-Goële, où s\u2019étaient réfutés les frères Koua-chi qui ont assassiné les dessinateurs, 10 000 per-soimes ont manifesté.Place Beauvau, siège du ministère de l\u2019Intérieur, s\u2019est tenu un sommet sur la lutte contre le terrorisme.Douze ministres européens étaient présents ainsi que le minisùe américain de la Justice, Eric Holder.Les ministres ont décidé d\u2019un renforcement des contrôles aux frontières, quitte à adapter le traité de Schengen.Les ministres proposent aussi l\u2019adoption d\u2019un fichier européen des passagers aériens.Après trois kilomètres de marche, en soirée, place de la Nation, les manifestants regroupés autour de bougies posées à même le sol semblaient ne plus vouloir partir.La soirée s\u2019est close par un spectacle de solidarité diffusé sur France Télévisions.Le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Gérard Biard, a souhaité que «maintenant, tout le monde, toutes les institutions, tous les politiques, tous les intellectuels [soient] avec nous pour défendre la laïcité.Parce que c\u2019est ça qu\u2019on défend!» Le Devoir ENQUÊTE SUITE DE LA PAGE 1 d\u2019otages de la porte de Vincennes, Amedy Coulibaly, s\u2019était réclamé de TEL M.Holder a aussi soutenu «travailler avec [ses] alliés» sur les Occidentaux infiltrés en Sjrie, comme c\u2019est probablement le cas pour la jeune compagne d\u2019Amedy Coulibaly, Hayat Boumeddiene, 26 ans, qui serait entrée en Turquie le 2 janvier.De là, elle se serait ensuite «probablement» rendue en Sjrie, ont affirmé à l\u2019AFP des sources du service de renseignement turc.La police française a lancé un avis de recherche pour déterminer son possible rôle dans les activités d\u2019Amedy Coulibaly.Aucun avis n\u2019avait été lancé auparavant contre elle.«Si nous avions eu ce renseignement à temps, nous aurions pu l\u2019extrader », a souligné la source turque, ajoutant que «l\u2019échange de renseignements» avec Paris est «désormais meilleur qu\u2019en temps normal».Par la voix de son avocat, la femme de Ché-rif Kouachi a quant à elle «condamné les actes de son époux».Libérée après 72 heures d\u2019interrogatoires, elle a exprimé «sa pensée pour les victimes» de Charlie Hebdo, a dit l\u2019avocat, selon qui la jeune femme n\u2019avait pas décelé chez son mari de signe laissant présager qu\u2019il allait ainsi passer des paroles à l\u2019acte.Chérif Kouachi, 32 ans, et son frère Saïd ont tué douze personnes \u2014 dont deux policiers \u2014 lors de l\u2019attaque des locaux du journal satirique.Fugitifs durant deux jours, ils ont été abattus vendredi AGENCE ERANCE-PRESSE Une vidéo de Coulibaly a surgi sur le Web.par la police à Dammartin-les-Goële, en Seine-et-Marne.L\u2019ADN du tireur trouvé ailleurs L\u2019enquête sur la prise d\u2019otages du supermarché cacher de Paris, vendredi, s\u2019accélère elle aussi.Une possible «planque» d\u2019Amedy Coulibaly, désormais soupçonné de plusieurs attaques dans la région parisienne, a été trouvée par la police, à Gentilly où Coulibaly avait accumulé, depuis un certain temps, armes et matériel islamiste.Son ADN avait déjà été isolé sur les lieux de la fusillade de Montrouge, petite ville adjacente à Paris, au cours de laquelle une policière avait été tuée jeudi.Un lien a également pu être établi entre une des armes retrouvées dans le supermarché cacher et les balles tirées contre un joggeur grièvement blessé mercredi soir à Fontenay-aux-Roses, dans la banlieue sud de Paris où habitait Amedy Coulibaly.Déjà saisi de l\u2019enquête sur l\u2019attaque de Charlie Hebdo, sur la fusillade de Montrouge et la prise d\u2019otages du magasin cacher, le parquet de Paris a annoncé dimanche qu\u2019il s\u2019occuperait des enquêtes sur les tirs contre le joggeur, qui relèvent désormais elles aussi de l\u2019antiterrorisme.Une vidéo inquiétante Agé de 32 ans et considéré comme un délinquant multirécidiviste, Coulibaly pourrait avoir des liens avec l\u2019explosion d\u2019une voiture piégée jeudi soir, selon une vidéo postée dimanche matin sur Internet.Les autorités françaises avaient déjà reconnu avoir retrouvé une caméra de type «GoPro» ainsi qu\u2019une carte mémoire sur le site de l\u2019épicerie cacher, sans préciser son contenu.L\u2019extrait \u2014 filmé pendant la prise d\u2019otages et vraisemblablement monté après la mort du tueur, ce qui soulève la possibilité de complicités \u2014 montre le suspecf, qui se réclame de l\u2019organisation djihadiste Etat islamique (El).En plus de revendiquer la responsabüité des divers crimes faisant l\u2019objet d\u2019enquêtes, il établit un lien avec l\u2019attaque de mercredi contre Charlie Hebdo par les frères Kouachi.«Notre équipe est divisée en deux.Les frères de notre équipe, ils ont fait Charlie Hebdo », dit-il.Amedy Coukbaly soutient ensuite avoir aidé, de quelques «milliers d\u2019euros» les frères Kouachi.Ces allégations n\u2019ont pas été confirmées par la police.Avec l\u2019Agence France-Presse et Le Figaro Le Devoir FRANK SUITE DE LA PAGE 1 idylle avec Peter, jeune garçon de 16 ans qui vit aussi dans l\u2019Annexe.Otto est aussi troublé de constater «les relations extrêmement tendues qu\u2019Anne a avec sa mère», poursuit Schmitt.Alors qu\u2019il s\u2019est battu de toute son âme pour que le journal de sa fike soit pubké et pour réak-ser ainsi le rêve d\u2019Anne de devenir écrivain, Otto Frank a d\u2019abord censuré certains passages du journal, dont ceux où Anne commentait le mariage de ses parents.Ces passages ont été restitués par la suite.Un wagon vers la mort La pièce se déroule donc çn deux,temps, comme un énorme flash-back.À Paris, Eric-Emmanuel Schmitt a acheté un théâtre, le théâtre Rive Gauche, pour la mettre en scène.Au TNM, la pièce se déploiera sur deux étages, kés par un escalier.Cet escalier symbolise à la fois le passage vers l\u2019âge adulte d\u2019Anne, qu\u2019on voit vieillir sous nos yeux, et celui vers la mort, e^qikque la metteure en scène Lorraine Pintal, friande de sjmboles.L\u2019étage supérieur représente l\u2019Annexe où trois familles juives réunissant huit personnes ont vécu les unes sur les autres durant la guerre.Celui d\u2019en dessous est le bureau d\u2019Otto Frank dans l\u2019usine de confitures Opekta où ü travaikait avant de devoir s\u2019y cacher.Des films d\u2019archives seront projetés pour rappeler le contexte historique de l\u2019histoire, et le tout rappellera les wagons à bestiaux qui emmenaient les Juifs vers les camps de concentration.«Je me suis inspirée de cette phrase d\u2019Élie Wie-sel: la vie est un wagon qui nous emmène vers la moft», dit Lorraine Pintal.À Amsterdam, les deux paliers étaient également séparés par un escaker, lui-même camouflé par une bibkothèque.Sur scène, c\u2019est la jeune Mylène St-Sauveur qui personnifiera Anne Frank, tandis que Paul Dou-cet incarnera Otto Frank et Sophie Prégent, Miep Gies.Le tout sera accompagné de la musique de la violoncelliste Jorane, qui fait également paraître un disque de cette musique chez Spectra.Lorraine Pintal a vu un lien entre le «corps de bois» du violoncelle, et le corps enfermé d\u2019Anne dans l\u2019Annexe.Ce sont les membres de la Fondation Anne Frank, créée par Otto Frank en 1963,, qui ont initialement commandé cette pièce à Eric-Emmanuel Schmitt.Le dramaturge, qui avait déjà lu le journal et l\u2019avait adoré, a été de nouveau subjugué par «le culte de la joie» qui en émane, mais aussi par les capacités de pardon d\u2019Otto Frank, qui n\u2019a jamais cherché à retrouver les personnes qui l\u2019ont dénoncé, avec sa famkle, ni à s\u2019en venger.«Il semblerait que l\u2019on sache qui c\u2019est.Les enfants de celui qui les a dénoncés ont dit que c\u2019était lui après sa mort.C\u2019était une famille hollandaise d\u2019Amsterdam », poursuit Schmitt.Exposition itinérante Pendant que le TNM met en scène le journal d\u2019Anne Frank, le Musée des beaux-arts de Montréal présente une exposition sur le même thème.On y retrouvera l\u2019exposition itinérante de la maison d\u2019Anne Frank, retraçant son histoire, ceke de l\u2019Annexe et celle de son journal, mais aussi une exposition de photos sur les camps de concentration du Montréalais Laszlo Mezei.Après Tel-Aviv et New York, Montréal est la vüle qui a accueilk le plus de survivants de l\u2019Holocauste, expkque Jean-Luc Murray, directeur du département de l\u2019éducation et de l\u2019action culturelle du Musée des beaux-arts de Montréal.En cokaboration avec le Centre commémoratif de l\u2019Holocauste, le Musée présentera aussi, à l\u2019entrée de l\u2019exposition, trois témoignages filmés de survivants de l\u2019Holocauste.Le Devoir HAÏTI SUITE DE LA PAGE 1 un contrat de solidarité avec Haïti.Ft je me suis senti grandi par la leçon d\u2019humanité et d\u2019humilité que nous donne toujours une catastrophe», raconte-t-ü dans un café du Müe-End.Pour ce miktant kttéraire, ü y a eu un «avant» et un «après» séisme.L\u2019«avant» fait d\u2019un sentiment de désespoir envers Haïti, envers les hommes et les femmes, par les pokticiens, l\u2019environnement, la méchanceté humaine, la destruction.«Mais après le séisme est née en moi l\u2019idée qu\u2019on peut rallumer la lumière, qu\u2019on peut passer d\u2019une violence ^rême à un combat plus doux», dit l\u2019essayiste.Aussi dévastateur fût-il, le séisme a été l\u2019occasion d\u2019un «ressaisissement», d\u2019un sursaut qui peut contribuer à ce qu\u2019ü appeke, dans son langage poétique bien à lui, une «remontée en humanité».«C\u2019était pour moi le moment où on allait pouvoir se parler à nous-mêmes, on allait pouvoir être seul à seul.Quand le séisme nous met face à l\u2019extrême, il ne reste que l\u2019humain.Parce que tout le monde est nu.Ft c\u2019est dans la ^udité qu\u2019on est dans la vérité», note Rodney Saint-Eloi.«C\u2019était le prêtée pour repenser Haïti sur de nouvelles bases, de repartir avec des idées et des valeurs beaucoup plus sûres et plus fortes, comme la justice sociale, de repenser le vivre ensemble», souligne celui qui a été journaliste et responsable des pages culturelles du quotidien haïtien Le Nouvelliste.Toutefois, les vieux démons ont repris de suite, constate-t-il sans se laisser aller au pessimisme.Car il y a certes eu des moments de grande générosité, dont il témoigne dans Haïti, kenbe la (éditions Michel Lafon), pubké peu de temps après le séisme.« Ces moments où tu oublies si tu es noir ou clair, si tu es de la haute ou de la basse ville, où tu as oublié les faux préjugés qui ont désuni les uns et les autres.Ça nous a fait croire qu\u2019on pouvait dépasser les problèmes artificiels pour aller vers l\u2019essentiel».Mais ü y a eq une certaine confusion, reconnaît Rodney Saint-Eloi.Comme si Haïti avait raté son rendez-vous avec l\u2019histoire.«On a pensé que la coopération pouvait développer un pays.Mais à vouloir trop être dans l\u2019humanitaire, on a oublié l\u2019humanité des gens, dit-ü.Comme si l\u2019argent de la coopération pouvait résoudre des siècles de malheurs.Comme si la démocratie pouvait être sauvée par la simple volonté de la communauté internationale.» Les élections, venues beaucoup trop tôt selon lui, répondaient à un certain pragrnatisme poktique et institutionnel qui ne convenait pas à un peuple «si af faissé et délabré dans son être».Trop et ùop vite.11 y a eu im gaspikage monstre de ressources pour la reconstruction, dont un infime pourcentage est réekement passé entre les mains de l\u2019Etat.«Personne n\u2019a demandé l\u2019avis des associations paysannes, on a délogé les gens, on leur a donné de l\u2019eau et du pain.Ce n\u2019est pas mauvais parce qu\u2019on était dans l\u2019urgence et qu\u2019il y avait des besoins criants.Mais on ne peut pas mettre, pour toujours, tout un peuple dans l\u2019urgence», croit-il.«On ne peut pas faire une république d\u2019ONG.On ne peut pas faire un pays sans sa classe moyenne.Il faut que les Haïtiens assument leur destin.» Un salut dans la culture Comment donner de la place aux rêves et faire en sorte que l\u2019avenir, pour la jeunesse haïtienne, ne rime pas avec «partir».Là est le défi, dit le poète.Et selon lui, la culture, fondamentale pour un peuple, a un rôle à jouer.« Tous les projets à base culturelle, c\u2019est là où ü y a un déploiement de la citoyenneté.Mais actuellement, on est dans un déni de cette citoyenneté parce qu\u2019on a affaire à des gens qui ont faim.Ft si on rend la population prisonnière de la faim, on ne peut pas avoir le sursaut qu\u2019il faut pour créer une armée de citoyens qui ont une conscience sociale, capables de cette remontée en humanité et de réagir collectivement», pense-t-ü.11 est persuadé que son Ajdti chéri en est capable.Eke qui produit des gens capables de décrocher le prix kttéraire Femina, de siéger à l\u2019Académie française, de diriger de grandes organisations internationales et de rayonner partout dans le monde.«Comment Haïti peut produire de tels individus et se permettre de telles échappées géniales ?Ft comment se fait-il que, collectjvement, on échoue?» s\u2019interroge Rodney Saint-Eloi.Les lycées sont remplis de jeunes gens intelkgents et qui ont un immense appétit du monde.«Il n\u2019y a pas de comptabilité pour ça et, pourtant, c\u2019est une énorme richesse nationale», lance-t-ü.PartouL ü y a des gens qui retroussent leurs manches, des mères seules qui n\u2019ont pas abandonné le rêve que leur enfant soit ingénieur ou médecin.«Ces gens-là sont toujours debout.Cette dignitédà devrait être consignée quelque part dans le PIB, dit-ü encore.Il y a réellement quelque chose en Haïti de l\u2019ordre de l\u2019insaisissable.Une autre histoire est possible, et il ne faut pas passer à côté de ce cri réel.» N\u2019est-il pas trop tard?«Non.C\u2019est pour cela qu\u2019on est là.» Le Devoir Rodney Saint-Eloi en 5 dates 1963 Naissance à Cavaillon, en Haïti.1989 Publication de son premier recueil de poèmes.Graffitis pour l\u2019aurore.200111 s\u2019installe pour de bon à Montréal.2003 11 fonde les éditions Mémoire d\u2019encrier.2012 11 reçoit le prix Charles-Biddle, du domaine des arts et de la culture.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9® étage, Montréal (Québec), H3A3M9 ® Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 D Le Devoir sur ledevoir.com GG sur Facebook et sur Twitter La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel\tredaction@ledevoir.com Par télécopieur\t514\t985-3360 Publicité Au téléphone\t514\t985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais)\t1 800 363-0305 Par télécopieur\t514\t985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone Par courriel Par télécopieur 514 985-3344 avisdev@ledevoir.com 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone\t514 985-3322 Par télécopieur\t514 985-3340 A.bonnenientS (lundi àvendredl, 7h30 à 16h30) Au téléphone\t514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel\tabonnements@ledevoir.com Par télécopieur\t514 985-5967 Agenda culturel Par courriel agenda@ledevoir.com Le Devoir peut, a l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnes a la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces orgamsations, veuillez en avertir notre service a la clientele.Le Devoir est pubhe du lundi au samedi par Le Devoir me.dont le siege social est situe au 2050, rue De Bleury, 9® etage, Montreal (Quebec), H3A 3M9.Il est imprime par Imprimerie Mirabel me., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québécor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montreal, qui a retenu pour la region de Quebec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Quebec, 450, avenue Bechard, Quebec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montreal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement n° 0858.Dépôt legal.Bibliothèque et Archives nationales du Quebec, 2007."]
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