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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier G
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2015-01-24, Collections de BAnQ.

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[" CAHIER THEMATIQUE G LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 JANVIER 2015 LE VIVIER foyer de la diversité des musiques nouvelles lO îlû STEPHAN FLOSS FREDERIQUE DOYON Un lieu, plusieurs musiques.Installé au théâtre du Gesù, Le Vivier a maintenant tous les outils pour faire valoir la richesse de la diversité musicale qui le définit.Et qui constitue l\u2019essence du milieu des nouvelles musiques au Québec.«C\u2019est un lieu où, chaque fois qu\u2019on viendra, il y a aura quelque chose de différent», résume le nouveau président du Vivier, Fabrice Marandola.Le percussionniste et professeur a fondé l\u2019ensemble de percussions contemporaines Sktrum en 2007.En refusant de se cantonner dans un seul genre musical, il incarne bien l\u2019esprit que cultive Le Vivier, fondé la même année, qui réunit 33 ensembles et entités célébrant autant de sonorités et de rythmes différents, mais ayant tous la création dans leur ADN.La grande famille compte autant la musique actuelle (Productions Su-perMusique), électroacoustique (Ekumen) que contemporaine (Nouvel Ensemble moderne, Ensemble de musique contemporaine) ou expérimentale (Espaces sonores illimités), flirtant avec le jazz, le rock, l\u2019électro (Bradjrworks), la musique de chambre Qnnovations en concert), axée sur les voix (Chant libre) ou le choeur (Yoces boréales), revisitant parfois les traditions diverses ((Constantinople).Le regroupement inclut aussi des étiquettes (Diffusion i média, Ambiances magnétiques), une revue de musicologie {Circuit) et le Centre de musique canadienne.Un lieu de diffusion permettra aussi au milieu d\u2019inviter des artistes de l\u2019étranger «On balaye très, très large.Mais c\u2019est la réalité de la création.», souligne M.Marandola, reconnaissant du même coup la difficulté de promouvoir ces identités multiples.« Un des problèmes qu\u2019on a, c\u2019est le manque de visibilité.Le niveau artistique des organismes membres est superélevé, mais l\u2019attention médiatique n\u2019est pas à la hauteur de leur talent.» Emménagé au Gesù, centre de créativité depuis le début de l\u2019année, après une tentative avortée d\u2019installer ses quartiers dans l\u2019ancienne bibliothèque Saint-Sulpice, Le Vivier a bien l\u2019intention de changer cet état de choses.M.Marandola signale, à titre d\u2019exemple, comment le milieu de la danse contemporaine a multiplié son public avec la fondation d\u2019un théâtre dédié à la discipline (Agora de la danse).Avec le Cîesù comme principal pôle d\u2019attraction naturel des publics, les membres du Vivier peuvent désormais consacrer plus d\u2019énergie à faire de la musique \u2014 et moins de temps à administrer leur entité.Après s\u2019être réunis sous une même bannière nominale et un même site Web, ils promettent toutes sortes de nouvelles formules d\u2019abonnement favorisant la découverte, qu\u2019on choisisse de se cantonner dans un créneau ou qu\u2019on privilégie d\u2019abattre toutes les frontières.La journée portes ouvertes qui se déroulera le 25 janvier permettra à plusieurs membres d\u2019investir le lieu tout entier et d\u2019offrir ainsi aux publics une immersion totale dans le bain des musiques nouvelles.« Ce sera sous forme de parcours avec des prestations courtes et des ateliers, notamment pour les enfants, explique au Devoir LAURENT CASTELLUCCI Le nouveau président du Vivier et fondateur de i\u2019ensembie Sixtrum, Fabrice Marandoia Fabrice Marandola, dont l\u2019ensemble Sixtrum reprendra des extraits de La grande tortue, pièce jouée déjà 250 fois pour le jeune public.Ça fait longtemps qu\u2019on se promet de faire ça.» Réciprocité, identité Un lieu de diffusion permettra aussi au milieu d\u2019inviter des artistes de l\u2019étranger.Une réciprocité qu\u2019il peinait à honorer jusqu\u2019ici.L\u2019an dernier, l\u2019événement de réseautage Cartel a posé les premiers jalons de ces relations internationales.Les participants étrangers ont ainsi pu découvrir la diversité musicale québécoise.«Ça nous a fait prendre conscience de l\u2019identité des musiques nouvelles d\u2019ici, explique M.Marandola, aussi professeur à l\u2019Université McGill.Nos structures sont souvent dirigées par des interprètes, alors que, en Europe et ailleurs, ce sont beaucoup des compositeurs qui ont formé des ensembles pour faire jouer leur musique.» Il cite les exemples de Lorraine Vaillancourt, la pianiste et chef d\u2019orchestre qui a fondé le Nouvel Ensemble moderne, ou encore de Quasar (en photo), mené par un saxophoniste.«Les ensembles se retrouvent donc moins enfermés dans des chapelles stylistiques qu\u2019en Europe, poursuit-il.Ils sont beaucoup plus perméables aux croisements avec d\u2019autres formes d\u2019art.On a plus d\u2019ensembles qui font des choses avec les nouvelles technologies.» L\u2019autre défi à relever est celui de la diffusion en région.Fort d\u2019un nouveau programme mis sur pied par le Conseil québécois de la musique (inspiré de La danse sur les routes), le milieu commence à faire de petites tournées dans certains théâtres multidisciplinaires hors des grands centres.Des relations naissantes qui doivent être maintenues et renforcées, malgré le contexte économique plus difficile \u2014 des coûts de production qui augmentent, des mesures de soutien qui stagnent.Si Le Vivier est surtout montréalais, le regroupement compte depuis quelques années des membres venus de Québec, Trois-Rivières et Rimouski.M.Marandola invite surtout les gens à se VOIR PAGE G 2 : DIVERSITÉ Plus de 60 musiciens aux portes ouvertes Page G 3 À la conquête du public.et des musiciens Page G 5 G 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 JANVIER 2015 LE VIVIER Danielle Palardy-Roger, eondatrice du Vivier La musique uouvelle avait besoiu d\u2019uu lieu Tout le milieu en est certain : sans elle, Le Vivier ne serait pas ce qu\u2019il est aujourd\u2019hui et surtout, surtout, il ne pourrait pas s\u2019enorgueillir d\u2019avoir enfin, avec son installation au Gesù début janvier, un lieu, une salle, un carrefour de rencontres pour tous les professionnels et amateurs de musiques nouvelles.Elle, c\u2019est Danielle Palardy-Roger, compositrice, percussionniste, improvisatrice et grande défenseuse du bruit comme partie intégrante de la pratique musicale.Fondatrice du Vivier, elle a présidé à sa destinée depuis ses débuts, avant de passer le témoin, l\u2019automne dernier.HÉLÈNE ROULOT-GANZMANN Elle n\u2019arrivait pas à croire que les musiques nouvelles ne parviennent pas à avoir un lieu à elles.Elle a réuni le milieu derrière cette idée, raconte Pierrette Gingras, directrice générale du Vivier.Il y a juste elle qui aurait pu faire ça.Son caractère de rassembleuse et le respect qu\u2019elle peut aller chercher chez tous les membres ont véritablement joué.C\u2019est quelqu\u2019un d\u2019admirable.Elle n\u2019est pas glamour, elle ne se met pas de l\u2019avant, elle n\u2019a pas cherché son profit personnel.Nous sommes un milieu qui n\u2019était pas nécessairement habitué à la solidarité, poursuit-elle.Le milieu musical travaille plutôt de manière individuelle.Elle a réussi à amener la confiance chez chacun avec une vision très centrée sur le besoin, c\u2019est-à-dire un lieu.Elle est parvenue à convaincre tout le monde qu\u2019il ne fallait pas se contenter de petites choses.Résultat: nous venons d\u2019emménager au Gesù!» Lorsque, en 2007, Le Vivier voit le jour, le milieu des musiques nouvelles est en plein désarroi.Deux organisations avaient été mises sur pied par le passé pour tenter d\u2019obtenir une salle de concert dédiée, mais en vain.Et puis, au début des années 2000, Radio-Canada, l\u2019un des rares organismes à faire rayonner ce genre musical si particulier, se met à en diffuser et à en parler de plus en plus.«On l\u2019a ressenti très vivement, se souvient Danielle Palardy-Roger.Nous avions déjà commencé à organiser des tables sectorielles, au Conseil québécois de la musique, pour essayer de mettre en place des outils qui nous permettraient de mieux faire rayonner les musiques nouvelles, qu\u2019elles soient actuelles, contemporaines ou élec-troacoustiques, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019interprétation ou d\u2019improvisation.Toutes nos discussions aboutissaient toujours au même constat: il nous fallait une salle où se réunir, discuter, présenter des activités, des conférences.C\u2019était une question de vie ou de mort.» C\u2019est à l\u2019automne 2007 qu\u2019a lieu le premier grand rassemblement Montréal, métropole culturelle 2007-2017.Pour M™® Palardy-Roger, c\u2019est une évidence, il faut y être présent, faire du bruit, montrer à toutes les instances gouvernementales à quel point il est urgent de soutenir la diffusion et la création des musiques nouvelles.«Ça été l\u2019événement déclencheur et, pour moi, le grand motivateur pour réunir toutes les troupes afin de nous assurer une visibilité dans la ville, raconte-t-elle.La danse avait son tremplin, avec l\u2019Agora de la danse, le théâtre de création avait ses lieux.La musique nouvelle n\u2019avait pas le sien et on le ressentait comme une grande blessure.Or ce jour-là, lorsque j\u2019ai pris la parole devant toutes les instances gouvernementales, pour la première fois, nous avons eu l\u2019impression d\u2019être écoutés.Christine St-Pierre, qui était ministre de la Culture à ce moment-là, est venue personnellement me voir pour me dire que notre situation l\u2019intéressait et qu\u2019elle allait nous soutenir.» La route allait cependant être encore longue.Il a fallu évaluer les besoins administratifs et techniques, bâtir un argumentaire, définir ce que serait le regroupement aussi, monter des dossiers, frapper à toutes les portes, faire du lobbying, ne rien lâcher, recommencer chaque fois que les gouvernements tombaient â Québec.«La première année, le comité exécutif s\u2019est réuni 180 fois, se souvient M\u201c® Gingras.Et tout cela, bénévolement! La direction était collective.L\u2019objectif était de développer notre milieu tout en restant pluriel au niveau de l\u2019esthétique, de l\u2019artistique.Définir les conditions qui nous conviennent à tous, trouver un fonctionnement qui nous convienne à tous.Danielle avait cette vision, elle allait toujours au fond des choses, elle a une capacité d\u2019écoute exceptionnelle.Elle a agi assez discrètement et très démocratiquement.Et avec les résultats qu\u2019on connaît.» Ainsi, depuis le début de l\u2019année.Le Vivier a ses bureaux au Gesù, où les musiciens peuvent également tenir leurs réunions artistiques.En outre, l\u2019amphithéâtre leur est réservé 105 jours par an, soit une semaine par mois environ, et les cinq autres salles, une vingtaine de jours par année, â commencer par ce dimanche, â CELINE COTE La compositrice, percussionniste et improvisatrice Danielle Palardy-Roger l\u2019occasion de la journée portes ouvertes, destinée â mieux faire connaître les musiques nouvelles au grand public.«Avoir notre salle, c\u2019est déjà un bon bout de chemin parcouru, estime Danielle Palardy-Roger.Mais il en reste encore à faire.D\u2019abord, il faut qu\u2019on s\u2019implante au Gesù, qu\u2019on y devienne incontournable.La scène montréalaise est exceptionnellement dynamique en matière de musiques nouvelles.Nous avons une reconnaissance internationale, tant du point de vue de la création que de la production.Il faut maintenant que, dans la tête de tous, nous soyons associés au Gesù.Que si quelqu\u2019un veut un soir aller écouter ce type de musique, il sache où aller.» Un objectif que la compositrice laisse le soin â d\u2019autres de mener â bien maintenant.«Avec l\u2019obtention du Gesù, elle a considéré que la boucle était bouclée, commente Pierrette Gingras, tout en la remerciant au nom de tous les membres du Vivier pour tout le travail accompli.Durant ses six derniers mois de présidence, nous avons travaillé à ce que l\u2019élan ne retombe pas.C\u2019est une nouvelle époque qui s\u2019ouvre et nous sommes tous prêts à entrer en phase 2.» Collaboratrice Le Devoir Une maison pour les musiques nouvelles Le Vivier s\u2019installe au Gesù Carrefour des musiques nouvelles, Le Vivier vient tout juste d\u2019installer ses pénates au Gesù, vm lieu historique où les organismes spécialisés en musique de création et les jeunes professionnels pourront tirer parti de plusieurs salles.Un moment longtemps attendu par le milieu.MARTINE LETARTE Le bail est signé pour cinq ans en attendant le réaménagement du bâtiment, mais l\u2019objectif est de le transformer en bail de 30 ans.En plus d\u2019espaces de bureau et du salon des musiciens, où les organismes pourront tenir des réunions et échanger.Le Vivier se voit réserver l\u2019amphithéâtre de 425 places pendant 105 jours par année, soit au moins une semaine par mois.Les autres salles, comme l\u2019église, la salle d\u2019exposition et la salle de conférence, pourront aussi être utilisées par le regroupement â plusieurs reprises pendant l\u2019année.«L\u2019arrivée du Vivier au Gesù change complètement la donne pour le milieu des musiques nouvelles, affirme Pierrette Gingras, directrice générale du Vivier.Avoir un lieu dédié a un effet structurant.C\u2019est un ancrage.» Les membres du Vivier pourront maintenant s\u2019y réunir, échanger, travailler sur le développement de projets et avoir accès facilement â un lieu de diffusion.Le public pourra aussi bénéficier de ce lieu consacré aux musiques nouvelles.«C\u2019est à fréquenter les événements de musiques nouvelles qu\u2019on y développe le goût.Un peu comme on le fait avec les fromages, illustre Pierrette Gingras.Et, une fois qu\u2019on y prend goût, on ne peut plus s\u2019en passer.Nous établir au Gesù nous permettra de briser notre isolement et permettra à la population de mieux connaître ces artistes qui sont de véritables trésors dans notre société.On a des créateurs d\u2019envergure au Québec, mais on les connaît peu encore et c\u2019est une perte pour les citoyens.» C\u2019est le défi que se donne l\u2019équipe du Vivier en investissant le Gesù : réaliser un mail- lage plus profond entre les différents publics et les artistes.Pour mettre la table, une journée portes ouvertes se tiendra ce dimanche 25 janvier.Une soixantaine de musiciens issus d\u2019une vingtaine d\u2019organismes participeront â l\u2019événement.«Nous envahirons pour l\u2019occasion tous les espaces du Gesù, il y aura des rencontres avec des artistes et des vidéos diffusées en continu, énumère M\u201c® Gingras.Ce sera un beau moment pour plonger dans les musiques nouvelles.» Repositionnement du Gesù L\u2019arrivée du Vivier survient â un moment-charnière pour le Gesù, â l\u2019aube d\u2019un grand repositionnement.«Nous sommes arrivés à une phase de notre histoire où nous avons besoin de réactualiser notre mission et de nous ouvrir davantage à de nouvelles possibilités, alors que la communauté jésuite, propriétaire des bâtiments, veut se retirer pour laisser la place à une organisation à but non lucratif dans un avenir rapproché», explique Daniel Le-Blond, président du conseil d\u2019administration du Gesù-Centre de créativité.Cette année est également le 150® anniversaire du Gesù et Daniel LeBlond en profite pour lancer un appel aux artistes et aux partenaires financiers qui souhaitent prendre part â la programmation en prévision de l\u2019automne.Ce sera l\u2019occasion de célébrer la richesse de l\u2019histoire de ce lieu, mais aussi de partager une vision d\u2019avenir.«Depuis plusieurs années, des artistes sont présents dans ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR Daniel LeBlond, président du conseil d\u2019administration du Gesù-Centre de créativité, en compagnie de Pierrette Gingras, directrice générale du Vivier «Avoir un lieu dédié a un effet structurant.C\u2019est un ancrage.» l\u2019église, certains sont en résidence, il s\u2019y donne des concerts, on présente des expositions, souligne Daniel LeBlond, qui a lancé le projet il y a 20 ans.Mais, maintenant, nous voulons aller beaucoup plus loin.Nous voulons susciter de nouveaux partenariats financiers et artistiques pour faire vivre ce lieu.Nous sommes en pourparlers d\u2019ailleurs avec certaines organisations et certains créateurs.» L\u2019objectif est d\u2019assurer la pérennité de ce lieu.«Nous avançons, le Gesù est en pleine ébullition, ajoute M.LeBlond.L\u2019arrivée du Vivier en est une belle illustration.Nous avons toujours voulu que des artistes vivent dans ce lieu, qu\u2019il y ait un va-et-vient de créateurs, plutôt que de les voir seulement y faire diffuser leurs œuvres.» L\u2019équipe du Gesù a été séduite par Le Vivier.«Nous nous intéressons aux gens qui innovent, qui font de la recherche, qui développent de nouveaux publics et qui ont à cœur l\u2019art sous toutes ses formes, affirme M.LeBlond.La mission du Vivier se rapproche de celle de notre centre de créativité, qui accueille des artistes avec des projets audacieux.L\u2019église patrimoniale séduit aussi et les musiques nouvelles correspondent bien à ce lieu.Nous serons heureux d\u2019ouvrir cet espace sacré, unique à Montréal, à des artistes qui ont cette sensibilité.» Le Gesù sera réaménagé, sans toutefois que soit éliminé son côté sacré.« Cet aspect continuera à vivre parce que le lien entre l\u2019art et le sacré est quelque chose d\u2019extraordinaire, mais cela sera vécu autrement, indique M.LeBlond.Nous sommes en pleine élaboration du projet, avec la Chaire de recheràie du Canada en patrimoine urbain, dirigée par Luc Noppen (Ecole des sciences de la gestion de l\u2019UQAM).Il y a beaucoup de potentiel.» Les travaux commenceront cet été, avec l\u2019amélioration de l\u2019acoustique de l\u2019amphithéâtre et la rénovation du hall d\u2019entrée.La salle d\u2019exposition doit aussi être réaménagée pour devenir un petit cabaret pouvant accueillir de 50 â 75 personnes.Le Vivier a obtenu, pour sa part, une subvention provinciale pour se procurer de l\u2019équipement de sonorisation et audiovisuel.Le chemin parcouru Pour arriver dans cette maison, Le Vivier en a parcouru, du chemin.Créé en 2007, Le Vivier s\u2019était tout de suite donné pour priorité d\u2019obtenir un lieu identifié aux musiques nouvelles, de créer un repère pour les publics, les milieux et l\u2019international.Le regroupement devait d\u2019abord s\u2019installer dans la Bibliothèque Saint-Sulpice, un lieu accordé en 2010 par Christine St-Pierre, alors ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.Après un an et demi de travail sur le projet, il s\u2019est toutefois avéré que les coûts d\u2019exploitation de cet édifice patrimonial, même après rénovations, atteindraient de 1 â 1,2 million par année.«Nous n\u2019avions pas les moyens, alors nous avons dû envisager un plan B, explique Pierrette Gingras.Nous avons regardé différentes salles en fonction de nos besoins et, vraiment, avec ses différents lieux en un seul bâtiment, le Gesù s\u2019est avéré idéal pour nous.» Collaboratrice Le Devoir DIVERSITE SUITE DE LA PAGE G 1 défaire d\u2019une vieille image qui colle aux musiques contemporaines \u2014 intellectuelles, hermétiques, dissonantes \u2014 et qui date des années 1950! La vitalité et la multiplicité des musiques nouvelles d\u2019aujourd\u2019hui convient plutôt â tous les possibles.Sixtrum Fondé en 2007, cet ensemble de percussions contemporaines est membre du Vivier depuis 2008.En pleine éclosion, Sixtrum est en discussion avec la troupe de danse O Vertigo pour créer un nouveau spectacle destiné â une tournée.L\u2019ensemble participera aux Echanges percutants, les 30 et 31 janvier, les journées de la percussion du Québec, qui réunissent artistes, étudiants des conservatoires et des écoles autour de classes de maître et d\u2019invités internationaux.Livrée au festival Montréal musiques nouvelles, leur nouvelle mouture réunit trois jeunes compositeurs québécois autour des nouvelles technologies, avec six tables tournantes, six marimbas (vi-braphones), six caisses claires.Le sextet voyagera aussi en France pour présenter Batêche, spectacle inspiré des poèmes de Gaston Miron.Collaboratrice Le Devoir MARTINE DOYON Le théâtre du Gesù LE DEVOIR, LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 JANVIER 2015 G 3 LE VIVIER Plus de 60 musiciens aux portes ouvertes EMILIE CORRIVEAU Le 5 janvier dernier, Le Vivier, carrefour de musiques nouvelles, emménageait au Gesù, rue Bleury, dans le Quartier des spectacles.Afin de célébrer cette nouvelle page de son histoire et de faire découvrir l\u2019ampleur de ses activités, l\u2019organisme ouvrira ses portes au public le dimanche 25 janvier, à l\u2019occasion d\u2019une fête familiale haute en musique ! Diffuseur spécialisé qui est formé de l\u2019association de 33 ensembles et organismes musicaux, Le Vivier a pour mission de favoriser le développement des musiques nouvelles et d\u2019offrir à tous, par la diffusion d\u2019œuvres de qualité, une porte ouverte sur la culture.«L\u2019idée, c\u2019est qu\u2019en se rassemblant on profite d\u2019une plus grande visibilité, précise Emmanuelle Lizére, médiatrice culturelle de l\u2019organisme Le Vivier.Il ne faut pas se leurrer: les artistes de musiques nouvelles ne sont que très peu médiatisés par les diffuseurs traditionnels comme la radio ou la télévision.En se regroupant, ils ont plus d\u2019impact et peuvent davantage faire connaître les multiples facettes de la musique nouvelle.» Une pro^ammation diversifiée Désireux de représenter la diversité de ses membres et la vivacité de leur association.Le Vivier a prévu, pour sa journée portes ouvertes, une programmation éclectique.Débutant à 13 h 30, les activités auront lieu dans six espaces de diffusion du Gesù et réuniront plus de 60 musiciens.«On a prévu une sorte de parcours balisé, pour guider les gens dans leurs découvertes, tout en les laissant très libres de goûter à ce qui les intrigue et de laisser de côté ce qui les interpelle moins.On n\u2019a pas à craindre d\u2019essayer, dans le cadre de cette journée.Si on n\u2019aime pas quelque chose, on n\u2019est pas obligé de l\u2019endurer pendant une heure! On peut naviguer d\u2019un espace à l\u2019autre, d\u2019une sonorité à l\u2019autre, sans contrainte.On a tout à y gagner, en fait! L\u2019idée, c\u2019est de présenter toutes les facettes du Vivier et de faire en sorte que, peu importe l\u2019heure à laquelle on arrive, on peut toujours découvrir des choses intéressantes», commente Lizére.Ainsi, dans l\u2019église, dans l\u2019amphithéâtre et dans le hall du Gesù, des concerts seront donnés tout au long de l\u2019après-midi.Notons la participation de la relève étudiante issue de l\u2019Ensemble contemporain de Montréal (ECM -i-), qui a été préparée par la directrice artistique, Véronique Lacroix, et qui offrira une vibrante prestation de 20 minutes.Egalement, Guy Pelletier, un des flûtistes les plus appréciés de la scène québécoise, membre de L\u2019Ensemble Transmission, donnera une représentation fort attendue.Dans le même esprit, la flûtiste Cléo Palacio Quintin explorera des zones étonnantes lors d\u2019un bref récital.Chants libres proposera, pour sa part, un extrait de l\u2019opéra Les chants du capricorne, de Scelsi.Vidéo Phase offrira une performance aussi intéressante sur les plans auditif et visuel, grâce â un savant cocktail de percussions, de vidéos et d\u2019électronique.Quant au quatuor â cordes Bozzini, il interprétera divers extraits d\u2019œuvres contemporaines.D\u2019autres ensembles membres du Vivier donneront également de brefs concerts au cours de l\u2019après-midi.«Je pense notamment aux étudiants de l\u2019Université McGill et de l\u2019Université de Montréal, ajoute la médiatrice culturelle.Ils participeront à des activités d\u2019improvisation, menées par Jean-Marc Bouchard, de Quasar, et Guillaume Bourgogne, de l\u2019Université McGill.Egalement, une chanteuse de l\u2019ensemble Innovations en concert interprétera des récitations d\u2019Aper-ghis et une pièce qui s\u2019appelle Ma belle si tu voulais, un rap qui dérape l II y en a tellement, c\u2019est impossible de les nommer tous ! » Du côté du salon des musiciens, des postes d\u2019écoute audiovisuels seront installés pour l\u2019occasion.Les visiteurs pourront y découvrir des ensembles ou des œuvres.On pourra notamment y voir une vidéo de Jean-Prançois Laporte, membre de Quasar, expliquant comment il a fabriqué son intrigante table Babel.Une partition qu\u2019il utilise pour en jouer sera également affichée â l\u2019écran.Une autre salle servira aux rencontres avec les compositeurs.Joane Hétu y offrira notamment un atelier participatif pour adultes sur les parti- JEAN-SEBASTIEN GASCON Le quatuor à cordes Bozzini (ci-dessus en compagnie du groupe Wandelweiser) interprétera divers extraits d\u2019œuvres contemporaines.lions graphiques.«Les gens pourront découvrir ce qu\u2019est une partition graphique et en faire une en direct.Ça s\u2019annonce très intéressant», relève M\u201c® Lizére.Activités familiales Un des espaces de diffusion sera réservé aux activités familiales.Le Moulin â musique, un groupe qui crée, produit et diffuse des spectacles musicaux dédiés au jeune public â des fins artistiques, éducatives et sociales, y offrira des ateliers particuliers.Dans le même esprit, L\u2019Arsenal â musique, qui a pour mission de faire connaître la musique â tous et particulièrement aux jeunes par des interventions, des spectacles et des événements ainsi que par la mise en œuvre de stratégies d\u2019initiation aux arts dans le milieu sco- laire, proposera aux enfants de partir â la découverte d\u2019un univers musical hors du commun.L\u2019ensemble de percussions Sixtrum y présentera aussi un extrait de son œuvre intitulée La grande tortue, un spectacle pour enfants qui met en lumière les spectaculaires personnalités des instruments â percussion dans une atmosphère tantôt intime, tantôt endiablée.Les portes ouvertes se termineront par la tenue d\u2019un cocktail festif, lequel sera suivi d\u2019un concert d\u2019improvisation musicale dans l\u2019amphithéâtre du Gesù.Celui-ci sera offert par l\u2019ensemble de musique spontanée Of Sound, Mind and Body, qui regroupe quatre artistes réputés en création instantanée: Tim Brady, Shawn Mativetsky, Helmut Lipsky ainsi que Gabriel Dharmoo.Réunis, les membres de ce quatuor cumulent une vaste gamme d\u2019expériences et de perspectives.M.Brady jouit d\u2019une renommée internationale grâce â ses talents de compositeur et de guitariste.M.Lipsky est un virtuose du violon classique et jazz ayant offert de nombreux concerts â travers le monde.M.Dharmoo, pour sa part, est reconnu pour ses improvisations vocales ainsi que pour la qualité et la singularité de ses compositions.Quant â M.Mativetsky, il est considéré comme l\u2019un des meilleurs joueurs canadiens de tabla indien traditionnel et de percussions du monde.Bien que toutes les activités offertes au cours de la journée soient gratuites, les spectateurs devront débourser 25 dollars pour assister â ce dernier concert.Pour obtenir plus de détails MUSIQUES NOUVELLES \\|il|CÈNES^ 1||1 '\u201cÿesu PORTES OUVERTES LE25 JANVIEF LE\u2014 sur la programmation complète de l\u2019événement, consultez la page Eacebook de l\u2019organisme Le Vivier.Collaboratrice Le Devoir Au Vivier, toutes les musiques tonnent et résonnent JEROME DELGADO On y diffuse des spectacles, on les produit aussi.On y analyse des œuvres musicales, on les répertorie également, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019accumuler les pièces â conviction d\u2019une épopée sans fin.Le Vivier porte fort bien son appellation de «carrefour des musiques nouvelles».S\u2019y croisent tous les acteurs: compositeurs, interprètes, enseignants et bien des seconds violons.Le Vivier est â ce point un grand boulevard qu\u2019il serait impossible de réunir toutes les musiques qui y circulent sous un même toit.Que Le Vivier s\u2019enracine désormais au Gesù, église au centre-ville, il restera toujours «un lieu virtuel, un collectif puissant, une force de lobbying», selon Walter Boudreau, éminent compositeur et chef d\u2019orchestre.Il ne faut pas s\u2019y méprendre: le Gesù n\u2019accueillera pas tous les concerts et ateliers du Vivier.Pas de l\u2019avis de Walter Boudreau, directeur artistique de la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), l\u2019organisme derrière le festival Montréal nouvelles musiques.Ni de celui de Peter Burton, voix de la Société des arts libres et actuels (SALA), mieux connue pour son Suoni Per II Popolo, festival de «musique d\u2019avant-garde expérimentale».Même son de cloche au Centre de musique canadienne au Québec (CMC-Québec) et â la revue Circuit, musiques contemporaines.Pour les porte-paroles de ces quatre catalyseurs du Vivier, il n\u2019est pas question d\u2019emménager au Gesù.Chacun tient â son autonomie, â son identité propre.Suoni Per II Popolo restera ancré dans les salles situées aux abords du Mile-End qui lui donnent ses couleurs, les Sala Rossa et Casa del Popolo.Circuit ne quittera pas la montagne d\u2019où elle agit sous les bons soins de la Eaculté de musique de l\u2019Université de Montréal (UdeM).Le CMC-Québec, lui, vient de s\u2019établir dans un bâtiment historique du Vieux-Montréal où a pris forme l\u2019Espace Kendergi, une sorte de salon pour récitals intimes doté de son piano â queue.«Le Vivier^est un organisme très souple.Ce n\u2019est pas un Etat fédéral, nous sommes tous souverains.On a en commun la musique, mais on fait des choses différentes», résume Walter Boudreau, qui tient â ce que la SMCQ continue â diffuser au centre Pierre-Péladeau et dans la foule de salles du territoire montréalais.Depuis sa fondation, en 1966, par les Wilfrid Pelletier, Jean Papineau-Couture et autres figures du modernisme musical québécois, la SMCQ est â la source de la création.L\u2019arrivée â sa tête de Walter Boudreau, en 1988, a coïncidé avec la volonté de démocratiser ces musiques, aux antipodes des airs populaires.«Il y a 15 ans, on s\u2019est retroussé les manches.L\u2019avenir n\u2019est pas chez ceux qui ont un pied dans la tombe, mais dans la jeunesse.On s\u2019est dit qu\u2019il fallait travailler avec les jeunes, les intéresser, les embarquer», explique l\u2019ancien étudiant de Xenakis et de Boulez.Celui qui dit être «tenu de commander et créer des œuvres, mais aussi d\u2019informer et d\u2019éduquer le public» savoure chaque projet consacré aux écoliers, tant les ateliers de création que les bédés biographiques dédiées â des compositeurs d\u2019ici.«Un compositeur est autre chose qu\u2019un mythe, dit Boudreau.Les jeunes s\u2019imaginent les musiciens à travers des portraits de vieillard dans des bouquins poussiéreux.Nous, on leur présente Ana Sokolovic, qui a l\u2019air d\u2019un mannequin.Denis Gougeon n\u2019est peut-être pas George Clooney, mais il est pilote d\u2019avion.Il est un modèle véritable, pas un superhéros.» Pelletier, Papineau-Couture, Sokolovic, Gougeon, Boudreau lui-même: les portraits des compositeurs québécois, toutes époques confondues, ornent l\u2019Espace Kendergi, au Centre de musique canadienne au Québec.Ce sont eux, la raison de l\u2019antenne québécoise de cette entité basée â Toronto.Ici comme lâ-bas, la mission est simple: conserver la partition de chaque pièce.Le CMC, qui prône la diversité musicale, est une véritable pépinière.Et, selon la directrice de l\u2019aile québécoise, Sonia Pâquet, des demandes provenant d\u2019aussi loin que de l\u2019Estonie parviennent â son bureau.L\u2019ère du numérique ne semble pas encore avoir gagné les interprètes.Le CMC-Québec a même son atelier de reprographie.«J\u2019ai du travail pour les 100 prochaines années», dit Louis-Noël Eontaine, qui s\u2019affairait â corriger, â l\u2019écran, la version PDF d\u2019une partition manuscrite.Les 22 000 œuvres entreposées au centre seront numérisées, souhaite Sonia Pâquet.Le virage numérique s\u2019amorce, mais «la conversion, dit-elle, dépendra du financement public ».Québec l\u2019a promis cet automne ; reste â voir la teneur de l\u2019aide.Le numérique?Jonathan Goldman, professeur de musicologie â l\u2019UdeM, sait que ce support offre de multiples possibilités.Le rédacteur en chef de la revue Circuit est cependant convaincu que le milieu musical «aime le papier».La publication ne cultive cependant pas le passé, même si, â sa fondation, en 1989, par Lorraine Vaillancourt, directrice du Nouvel Ensemble moderne, et Jean-Jacques Nattiez, réputé sémiologue musical, elle se proclamait «revue nord-américaine de musique du 2(P siècle».Circuit s\u2019occupe de toutes les musiques «actuelles, électroacoustiques, improvisées, à tendance rock aussi», dit celui qui la dirige depuis 2013.Le plus récent numéro est consacré â Fausto Romitelli, un compositeur italien décédé â 41 ans qui s\u2019inspirait volontiers de Jim Morrison.«Cela dit, précise Jonathan Goldman, on a un certain parti pris pour une musique à partition, à concert.C\u2019est une musique de création, par opposition à une musique d\u2019industrie.Ça peut se comparer à l\u2019art contemporain.» Rassembleuse, l\u2019appellation «musiques nouvelles » sied bien â la SALA et aux «sonorités pour le peuple» qu\u2019elle défend.L\u2019organisme a «l\u2019ambition, selon Peter Burton, de présenter la musique exploratoire».«Ça peut vouloir dire différentes choses, reconnaît-il.Il y a beaucoup de créativité et notre vision est celle de la diversité.» Le festival Suoni Per II Popolo est né avec le XXI® siècle, a fait des petits en dehors de son mois de juin et rassemble, depuis, des publics très épars.Entre le courant indie et les avant-gardes d\u2019ici et d\u2019ailleurs que la SALA diffuse, Peter Burton se plaît â clamer «avoir résisté à la suroccidentalisation de la musique» et â la commercialisation.Le festival, qui s\u2019étend sur plusieurs semaines, attire davantage un public local que touristique, preuve qu\u2019il ne peut se vendre comme un attrait passager.Au-delâ de son âme rassembleuse.Le Vivier, c\u2019est un peu ça aussi: un réservoir musical dans lequel les Montréalais peuvent s\u2019abreuver sans cesse, 365 jours sur 365.Collaborateur Le Devoir EREDERIC NIVOIX ANDREA CLOUTIER Pour le chef d\u2019orchestre et compositeur Walter Boudreau, Le Vivier restera toujours «un lieu virtuel, un collectif puissant, une force de lobbying». G 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 JANVIER 2015 LE VIVIER Un réseau international pour les musiques nouvelles CLAUDE LAFLEUR En juin dernier, Le Vivier a participé à la création du premier réseau international de diffusion de musiques nouvelles, annonce Pierrette Gingras, directrice générale de ce diffuseur.Un tel réseau existait déjà en Europe, ainsi que quelques regroupements au Canada (dont Le Vivier), mais rien de tel entre les deux continents, précise-t-elle.«Nous nous sommes dit que, en participant à la création du réseau, on affirmerait notre leadership ainsi que notre présence sur la scène internationale, ajoute Gingras.Voilà qui est très important pour nous, puisque, bien sûr, cda favorisera la dijfusion de nos artistes à l\u2019étranger.» C\u2019est d\u2019ailleurs ce que confirme Marie-Chantal Leclerc, directrice artistique du quatuor de saxophones Quasar, tout juste rentré d\u2019une tournée en Europe.«Pour une PME comme la nôtre, le marché international est vital, dit-elle.Si nous avons établi de bons contacts un peu partout en Europe, nous n\u2019avons toutefois pas les moyens de tout faire.Un réseau international de diffusion est sans aucun doute très, très important pour tous les artistes et producteurs du Québec.» La tête de pont Pierrette Gingras relate que, mine de rien, le Québec occupe déjà une belle place sur la scène internationale des musiques nouvelles.Elle raconte ainsi que l\u2019idée de créer un réseau international provient de Graham McKenzie, directeur du Huddersfield Contemporary Music Eestival, le plus gros festival du genre en Angleterre.«Graham a créé en Europe le réseau des directeurs artistiques spécialisés en musiques nouvelles, précise-t-elle.Il connaît bien le Québec, car il travaille depuis longtemps avec plusieurs de nos ensembles.Un jour, il m\u2019a dit ceci: \u201cJ\u2019aimerais avoir un pied-à-terre en Amérique pour faire un réseau et je pense que ça pourrait être Montréal.\u201d » C\u2019est ainsi que, en juin dernier.Le Vivier a accueilli 33 diffuseurs représentant 13 pays et 23 villes de l\u2019Europp et de l\u2019Amérique (dont ceux du Canada et des Etats-Unis).«Ça été un moment très intense, raconte M\u201c® Gingras, les yeux pétillants.Sans public, sans média et sans gouvernement, on s\u2019est parlé entre quatre yeux de ce que sont nos réalités et de la façon de bâtir un réseau.» Le but du réseau est non seulement de diffuser des artistes de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique, mais également de créer «une famille, une véritable famille», lance M\u201c® Gingras.Elle rapporte ainsi que, durant la réunion de quatre jours, l\u2019un des participants a relaté l\u2019esprit de famille qui régne au sein du réseau européen.«Il nous a raconté que l\u2019un des membres du réseau européen a, un jour, eu des difficultés financières, dit-elle.\u201cEt nous, nous avons tous convenu de le soutenir en faisant des coproductions avec lui\u201d, a-t-il indiqué.C\u2019est cet esprit de famille que nous cherchons à créer», résume la directrice générale du Vivier.Elle ajoute que l\u2019un des constats qui se sont dégagés des quatre jours est que «le travail en réseau, la synergie est la seule façon si on veut à présent conserver une voix qui soit différente, qui B.MASSENET CartelMTl 2014, qui a réuni à Montréal 33 diffuseius de 13 pays de l\u2019Eiuope et de l\u2019Amérique, fut la première conférence internationale en musiques nouvelles.reste spécifique et qui nous ressemble, une voix qui soit notre signature.» Pour cette raison, les producteurs et diffuseurs québécois de musiques nouvelles se sont déjà regroupés au sein du Vivier, souligne-1-elle.«Mais nous nous rendons compte que ce qu\u2019il nous faut maintenant, c\u2019est un réseau international de diffuseurs spécialisés en musiques nouvelles.C\u2019est une nécessité si on veut percer le marché international et si nous souhaitons que la musique nouvelle soit plus présente.» Outre la diffusion et l\u2019esprit de famille, ce réseau servira à partager les connaissances et l\u2019expertise, tant aux niveaux organisationnel que promotionnel, en matière de développement de public et artistique, souligne-t-elle.Une question de survie Un tel réseau s\u2019avère d\u2019ailleurs crucial pour Marie-Chantal Leclerc, l\u2019une des membres du quatuor de saxophones Quasar.Celui-ci célèbre d\u2019ailleurs ces jours-ci ses 20 ans d\u2019existence.«En 1994, Quasar, c\u2019étaient quatre jeunes di- plômés qui sortaient de l\u2019école et qui avaient envie de réaliser leurs propres projets, raconte-t-elle avec enthousiasme.On se disait qu\u2019on n\u2019attendrait pas les autres pour faire du quatuor, ajoute-t-elle, et on a donc mis sur pied un quatuor, tout simplement, par passion et par désir!» Mais un tel ensemble de saxophonistes ne peut espérer survivre uniquement au Québec.Comme l\u2019illustre si vivement M™® Leclerc, «Quasar ne peut pas donner 50 concerts par année à Montréal!» Elle a ainsi tissé une foule de contacts qui amènent son ensemble en tournée au Canada et en Europe.Cet automne.Quasar a ainsi donné 16 concerts en Europe.«On est allé à Moscou, à Edimbourg, à Tallinn [Estonie] », raconte Marie-Chantal Leclerc.Pour les quatre musiciens, «percer sur la scène internationale s\u2019est fait très tranquillement», indique-t-elle.Elle explique qu\u2019il y a, de fait, un grand réseau de musique contemporaine dans le monde, comme une très grande famille.« Pour faire partie de la famille, il faut se faire connaître; un ami de la famille nous pré- sente à un autre ami.C\u2019est donc un réseau qui se développe au fil des ans.» C\u2019est de la sorte que Quasar a donné huit concerts en Estonie cette année, alors que sa première visite en ce pays remonte à 2004.«Tranquillement, on a développé des liens», glisse-t-elle.Marie-Chantal Leclerc souligne au passage que Montréal est un important centre de création de musiques nouvelles.«Il se fait ici d\u2019importantes choses et, de plus en plus, les membres du Vivier sortent de Montréal, ce qui est une excellente chose.» Et, pour elle, nul doute que la mise en œuvre d\u2019un réseau international facilitera la vie d\u2019un ensemble comme le sien.«Quasar est une compagnie autogérée, dit-elle, et, après 20 ans, on est rendu là où on n\u2019aurait jamais osé imaginer être lorsqu\u2019on a commencé! Notre quatuor n\u2019a jamais été aussi bien, on est occupé et on a de beaux projets.Quasar est dans une forme splendide!» Collaborateur Le Devoir Les nouvelles technologies de mieux en mieux intégrées Depuis l\u2019avènement des magnétophones à bande magnétique, des compositeurs curieux se sont approprié la technologie pour enregistrer puis manipuler électroniquement des sons produits de manière acoustique.Aujourd\u2019hui, les créateurs de musiques dites nouvelles peuvent compter sur un arsenal de nouvelles technologies, mises en dialogue avec l\u2019ordinateur, pour transporter le public \u2014 et les interprètes \u2014 au cœur d\u2019expériences poétiques inédites et immersives.BENOIT ROSE A kousma, le festival montréalais des musiques numériques immersives, présente chaque année à l\u2019Usine C des concerts de musique électroacoustique avec orchestre de haut-parleurs.«C\u2019est-à-dire qu\u2019on a une soixantaine de haut-parleurs qui entourent le public dans la salle, et le compositeur vient présenter sa pièce à la console et spatialiser son œuvre dans l\u2019espace», explique Louis Dufort, directeur artistique de l\u2019événement depuis 2011.C\u2019est une musique qui se veut très prenante, ajoute-t-il, où il n\u2019y a rien à voir et tout à entendre, l\u2019auditoire baignant littéralement dans le son.Le public peut aussi y apprécier un certain éclatement formel de ce genre musical, soutenu par le développement tou-jours effervescent des nouvelles technologies et par la créativité des artistes.L\u2019art numérique, par exemple, prend sa place à sa façon, au fur et à mesure que des compositeurs se mettent à exploiter l\u2019ordinateur non seulement pour se faire un cinéma auditif, mais pour manipuler aussi des images de synthèse, créant des œuvres dites de «vidéomusique».«La vidéomusique est une forme hybride qui livre, en même temps en image et en musique, une vision poétique et ouverte de l\u2019imaginaire, décrivait le compositeur Jean Fiché en 2003.Elle prétend à la poésie sensorielle.[.] L\u2019ouverture de sa forme permet l\u2019exploration débridée du magique, du fantasmagorique et d\u2019un nouveau type d\u2019absolu: la musique devenue image.» Fiché, Dufort, Sylvain Fohu et Dominic Thibault ont tous participé en tant que compositeurs à la création de K\u2019anchay en 2011, une expérience vidéomusicale formée de quatre pièces interprétées par l\u2019ensemble de percussions Sixtrum.«Jouer de la vidéo» Membre de Sixtrum, Fabrice Marandola dit avoir trouvé ce projet très stimulant: «Les nouvelles technologies apportent d\u2019abord une ouverture vers tout un monde de sons qu\u2019on n\u2019aurait pas sans elles, mais elles viennent aussi travailler sur notre relation entre le geste et le son.» Car, de plus en plus, les musiciens sont appelés à utiliser des interfaces et des instruments électroniques nouveaux et à s\u2019adapter par exemple à un traitement du son en temps réel ou encore à des dispositions très variées de haut-parleurs dans l\u2019espace.Ils doivent carrément développer de nouvelles techniques de jeu.Pour K\u2019anchay, les percussionnistes devaient jouer avec des baguettes sur des claviers de type vibraphone, mais comportant des lames en caoutchouc.Si, à la base, le jeu pou- A Un instrument à vent de musique nouvelle, le trio Bol vait se rapprocher d\u2019un jeu « normal », il arrivait toutefois que les musiciens déclenchent avec leurs frappes à la fois des sons électroniques de différentes natures selon les œuvres et des éléments visuels dans les images projetées derrière eux.En quelque sorte, comme l\u2019affirme tout sourire Marandola, les percussionnistes étaient appelés à «jouer de la vidéo», une expérience particulière et visiblement passionnante.C\u2019est que l\u2019informatique aujourd\u2019hui ne sert plus seulement à produire des sons à partir d\u2019un programme, mais aussi à faire de la traduction d\u2019informations générées dans l\u2019espace physique par des objets ou des corps en mouvement, explique Dufort.C\u2019est ainsi que, à titre d\u2019exemples, sont utilisés différents capteurs, des circuits électroniques qui font de la détection de mouvement et des objets qui nous entourent ou qu\u2019on invente, tous des procédés et dispositifs servant à écrire des compositions originales et à faire de la manipulation en temps réel.«La technologie sort du cadre de l\u2019ordinateur et tombe dans un espace en trois dimensions», résume Dufort.Lors de la dernière édition du festival Akousma, l\u2019artiste Myriam Bleau a utilisé des toupies pour sa pièce Soft revolvers.Comme elle l\u2019expliquait au Devoir cet automne, elle se dit «fascinée par la physique des mouvements, par le détournement d\u2019objets du quotidien pour en extraire la musicalité ».Elle a donc, pour reprendre les mots du journaliste Fabien Deglise, «fait danser des toupies lumineuses, dans la pénombre, pour mieux les faire chanter», à l\u2019aide de composantes électroniques permettant de traduire le mouvement en son et en lumière.Une autre esthétique qui n\u2019est pas purement et sim- PRODUCTIONS TOTEM CONTEMPORAIN plement auditive et qui, à sa façon, lie le son à l\u2019image.Alliances avec les chercheurs Si, pour paraphraser Marandola, l\u2019humain s\u2019ingénie avec acharnement à inventer des façons inédites de produire du son, c\u2019est dans cet esprit que des alliances redoutables se forment dans les universités québécoises entre artistes et chercheurs issus de différents domaines.Frofesseur à l\u2019Université McGill, le percussionniste de Sixtrum, qui est aussi le président du Vivier, est membre actif du Centre interdisciplinaire de recherche en musique, médias et technologie (CIRMMT), un groupe réunissant des chercheurs et des étudiants provenant de différentes universités québécoises.Basé à McGill, le CIRMMT est partenaire de plusieurs ensembles de musique nouvelle.«Le Centre apporte son expertise technologique, tandis que les ensembles apportent leur expertise artistique, et, en travaillant ensemble, ça donne des choses qu\u2019on ne pourrait pas faire chacun de son côté», soutien Marandola.Fauline Vaillancourt, directrice artistique de la compagnie de création Chants libres, qui diffuse de nouvelles formes d\u2019opéra où l\u2019innovation artistique et technologique est valorisée, collabore pour sa part avec le centre de recherche en arts méfiiatiques Hexagram, de l\u2019UQAM.«C\u2019est une chance de travailler avec ce centre, car il veut toujours expérimenter des choses», confie-t-elle.Far exemple, «on peut de plus en plus remplacer une scénographie par du virtuel.C\u2019est ce à quoi rêvent plusieurs artistes qui travaillent dans la recherche.» Chants libres a travaillé avec de nombreux compositeurs de musique nouvelle, tels Fiché, Dufort, mais aussi Gilles Tremblay, Zack Settel, John Oliver et Fierre Michaud, pour des opéras qualifiés tantôt d\u2019« opér\u2019installation», tantôt à\u2019«électr\u2019opéra» ou encore à\u2019«opéra de chambre».Si la directrice artistique souligne l\u2019importance d\u2019utiliser les nouvelles technologies de façon pertinente dans la création, Dufort et Marandola se réjouissent du fait que celles-ci tendent, avec le temps et le progrès, à se faire de moins en moins lourdes lors des concerts.«Elles deviennent de plus en plus intégrées et, par le fait même, s\u2019effacent au profit du contenu et du discours », constate Dufort.«Plus c\u2019est intégré, plus c\u2019est agréable de jouer, de confier Marandola.On passe moins de temps à faire la cuisine et plus de temps à la déguster!» Collaborateur Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 24 ET DIMANCHE 25 JANVIER 2015 G 5 LE VIVIER La musique nouvelle à l\u2019heure du multidisciplinaire ASSIA KETTANI Pouvez-vous citer le nom d\u2019un seul compositeur québécois de musique contemporaine?En posant cette question, Véronique Lacroix, la directrice artistique de l\u2019ensemble de musique contemporaine ECM +, met le doigt sur un des enjeux auxquels se confronte la création musicale d\u2019aujourd\u2019hui : la taille de son public.S\u2019adressant à un public d\u2019initiés, passionné mais restreint, les concerts de musique nouvelle attirent rarement plus de 200 personnes.Et ce, même si Montréal s\u2019inscrit parmi les villes les plus dynamiques et les plus intéressantes en matière de création musicale.«Quand j\u2019ai commencé il y a 30 ans, je me suis trouvée devant cette énigme: comment faire pour transmettre au public ma passion pour la musique contemporaine et pour la création musicale?», rappelle Véronique Lacroix.C\u2019est pour répondre à cette question que la chef d\u2019orchestre a choisi de se spécialiser dans les spectacles multidisciplinaires.Car, en ouvrant la porte aux autres arts, la musique contemporaine se dote de moyens efficaces pour apprivoiser l\u2019oreille non initiée.Aujourd\u2019hui, le multidisciplinaire est «une pratique très courante», dit Emmanuelle Li-zère, médiatrice culturelle au sein du Vivier.Même si la vidéo et les technologies font partie des moyens les plus prisés en la matière, le multidisciplinaire peut convoquer toutes les disciplines, comme la danse, le théâtre, le cirque, la littérature ou les arts visuels.Citons par exemple les opéras nouveaux de la compagnie PIERRE LEVEILLE Pour Véronique Lacroix, le multidisciplinaire peut non seulement attirer le public, mais aussi lui permettre de rester jusqu\u2019au bout de la pièce.Chants libres, qui réunissent librement théâtre, arts visuels, danse et vidéos, tout en explorant les multiples possibles de la mise en scène et les frontières de l\u2019espace.Ou encore la rencontre entre création musicale et arts picturaux que proposent Projections libérantes et le compositeur Simon Martin, conçue autour des tableaux de trqis peintres québécois, Paul-Emile Bor-duas, Jean-Paul Riopelle et Ozias L^duc.Les spectacles multidisciplinaires accrochent ainsi un public «curieux, mais pas nécessairement le public classique qui sort du conservatoire».poursuit Isabelle Bozzini, violoncelliste et codirectrice du quatuor Bozzini.Un public attiré par les acrobates, les images, les technologies ou les textes, amené â franchir le pas vers une musique qu\u2019il n\u2019aurait pas spontanément découverte.Et, qui sait, y prendre goût.comme dans le cas du projet du quatuor Quasar, Le cri des oiseaux fous, monté â la croisée de la musique et de la littérature â partir d\u2019ouvrages de Dany Laferrière et d\u2019enregistrements de sa voix.«Le public venait écouter la voix de Dany Laferrière et a été surpris d\u2019aimer la musique», rappelle Emmanuelle Lizère.Pour Véronique Lacroix, le multidisciplinaire peut non seulement attirer le public, mais aussi lui permettre de rester jusqu\u2019au bout de la pièce.Comment?En proposant «un habile mélange de connu et d\u2019inconnu », explique-t-elle, destiné â guider l\u2019auditeur pas â pas vers des zones sonores inexplorées.«Le sens de l\u2019oreille n\u2019est pas un sens facile à apprivoiser, comparativement au sens de l\u2019œil, explique-t-elle.L\u2019ouïe est le sens qui nous avertit du danger.Devant des sons inconnus, le réflexe normal est de fuir.» Alors, elle utilise des thèmes, des images, des com- positions connues ou des vidéos qu\u2019elle imbrique dans la création musicale, histoire de prendre l\u2019auditeur par la main et de l\u2019amener â bon port.«En mélangeant musique nouvelle et points de repère visuels, on est capable de donner accès à l\u2019auditoire à des références plus tangibles.Une image vaut mille mots.» Un exemple ?Le spectacle Illusions, qui prendra l\u2019affiche cette année, est conçu comme une odyssée multimédia alliant des projections vidéo, la musique du compositeur américain Charles Ives, une thématique de fête foraine et des pièces contemporaines que l\u2019auditeur est invité â découvrir.«Les éléments connus aident à se retrouver dans l\u2019inconnu et les éléments inconnus permettent d\u2019éclairer le reste sous un nouvel angle.Et cela crée un espace très riche pour l\u2019auditeur.» Pour ce qui est de la création de tels spectacles, Emmanuelle Lizère insiste sur un mot d\u2019ordre : la symbiose.Loin de chercher â assujettir un art â un autre, il s\u2019agit bien d\u2019inviter les créateurs â travailler ensemble.Une exigence qui n\u2019est pas sans son lot de contraintes, poursuit Véronique Lacroix.Au-delâ de la création artistique, il s\u2019agit en effet «d\u2019orchestrer les dialogues, d\u2019organiser des réunions, de déterminer les thèmes, de faire des choix artistiques, de réunir les techniciens, de mettre en place des images.C\u2019est un travail d\u2019orfèvre et de collaboration où les pièges sont multiples.» Mais c\u2019est aussi pour les artistes un moyen de donner libre cours â leur soif de créativité, réunissant un bassin de créateurs â l\u2019affût, perpétuellement motivés par l\u2019envie de faire bouger les frontières de leur art.«Pour nous, c\u2019est une nécessité d\u2019explorer, par mandat, par passion et par plaisir.C\u2019est ce qui nous définit: chercher et trouver de nouvelles façons de faire, sentir qu\u2019on se dépasse comme artiste et qu\u2019on ne reste pas dans sa zone de confort», estime Isabelle Bozzini, dont le quatuor jongle entre répertoire classique et créations multidisciplinaires.Et, pour le public, c\u2019est l\u2019occasion de se voir convié â un spectacle total, vivant, oû il est sollicité d\u2019un point de vue émotif.«On ne cherche pas à raconter une histoire: l\u2019objet scénique devient comme un tableau abstrait.Chaque spectateur perçoit une histoire et une émotion différentes de celles de son voisin, reçoit l\u2019œuvre et l\u2019interprète à sa manière, dit Pauline Vaillancourt, directrice artistique de Chants libres./e crois beaucoup dans la curiosité du public et son imagination.Ces spectacles sont des outils pour développer la curiosité du public et y répondre.» Mais, s\u2019il y a une réaction que le public n\u2019est pas tenu d\u2019avoir, c\u2019est l\u2019indifférence.«Si le spectateur est disponible, il recevra un ensemble d\u2019émotions.En général, les gens sont émus, touchés et surpris.Ils ne sortent pas vides.C\u2019est un gros défi pour les artistes, auquel il est de plus en plus difficile de répondre, dé-plore-t-elle, à cause de technologies qu\u2019on a dans notre salon.Mais, à partir du moment où les gens se déplacent pour aller voir les spectacles, rares sont ceux qui le regrettent.» Collaboratrice Le Devoir À la conquête du public.et des musiciens Les organismes et les ensembles musicaux s\u2019activent sur le terrain pour faire connaître les musiques nouvelles à la population, mais aussi aux interprètes et aux compositeurs qui ignorent pratiquement tout de cet univers contemporain.MARIE LAMBERT-CHAN TV yr usique contemporaine» rime encore ^ IVl et toujours avec «public averti».Une idée préconçue et tenace que s\u2019emploient â défaire depuis des années Le Vivier, carrefour des musiques nouvelles, et ses membres.«Les gens n\u2019ont pas un accès direct à l\u2019art contemporain parce qu\u2019il n\u2019est pas largement médiatisé, surtout dans le cas des musiques nouvelles, convient Emmanuelle Lizère, médiatrice culturelle pour Le Vivier.La radio ne les diffuse pas.Les interprètes et les compositeurs, de leur côté, n\u2019ont guère accès à la rue pour se faire voir et entendre, contrairement aux participants de la Biennale de Montréal, par exemple.» Les créateurs de musiques nouvelles s\u2019aventurent donc â l\u2019extérieur des salles de spectacle pour initier leurs futurs spectateurs.Cela commence avec les tout-petits.Des organismes comme L\u2019Arsenal â musique.Sacré Tympan et Le Moulin â musique créent des oeuvres originales pour les jeunes oreilles, ainsi que des ateliers de médiation oû ils font découvrir les musiques nouvelles aux écoliers.«Nous offrons une expérience acoustique aux enfants, explique Lorena Corradi, directrice générale de L\u2019Arsenal â musique, une compagnie qui a présenté plus de 15 000 spectacles depuis 1978 devant plus de 3 millions de personnes â travers le monde.A cet âge, ils sont de véritables éponges et ont soif de nouveauté.Le problème se situe plutôt du côté des adultes.Les parents et les professeurs présument souvent que les enfants n\u2019aimeront pas le contemporain.Or les petits sont généralement ravis de ce qu\u2019ils entendent.\u201cEncore, encore !\u201d, nous disent-ils.» Le public plus mature n\u2019est pas en reste.Le Vivier multiplie ses activités de médiation dans la collectivité.Emmanuelle Lizère donne en exemple le projet X-Art, une série d\u2019ateliers sur le processus créatif réalisés auprès d\u2019une dizaine de décrocheurs de 17 ans au Centre communau- taire de l\u2019Organisation des jeunes de Parc-Extension (PEYO).Il y a aussi ce projet de l\u2019organisme Projections libérantes qui mêle peinture et musique : l\u2019année dernière, des groupes de francisation â NJontréal ont découvert des tableaux de Paul-Emile Borduas, Jean-Paul Riopelle et Ozias Leduc, de même que des partitions créées spécifiquement par le compositeur Simon Martin en hommage â ces peintres.«Nous cherchons à toucher un public qu\u2019on ne connaît pas, résume M\u201c® Lizère.Nos ateliers ne versent pas dans le didactique.Au lieu de leur indiquer ce qu\u2019ils devraient entendre, nous partons de leurs perceptions \u2014 qui, au demeurant, sont souvent très justes ! Après coup, la plupart affirment que ce qu\u2019ils ont écouté n\u2019était pas ce à quoi ils s\u2019attendaient.Une fois qu\u2019ils ont goûté aux musiques nouvelles, les gens en deviennent friands !» Assurer la relève artistique Il n\u2019y a pas que le grand public qui ait besoin d\u2019un coup de pouce pour apprécier la musique contemporaine.Bien des musiciens ignorent tout de cet univers.«On ne fait pas suffisamment de place aux musiques nouvelles dans la formation actuelle, estime Isabelle Bozzini, violoncelliste et codirectrice du Quatuor Bozzini.Il est vrai qu\u2019un interprète doit faire ses gammes et apprendre le répertoire classique, mais on doit faire évoluer les choses, d\u2019autant plus qu\u2019il y a un réel intérêt chez les étudiants pour le contemporain.» Un tel enthousiasme n\u2019est pas feint.Depuis 2005, le Quatuor Bozzini organise le Composer\u2019s Kitchen, un événement oû quatre jeunes compositeurs, deux Canadiens et deux Britanniques, voient leur pièce lue, décortiquée, commentée, retravaillée et exécutée en concert.Au départ, le Quatuor Bozzini recevait une quinzaine d\u2019inscriptions, alors qu\u2019aujourd\u2019hui ils sont plus d\u2019une centaine, de part et d\u2019autre de l\u2019Atlantique, â convoiter une place dans cet atelier.Devant cet intérêt, le Quatuor a lancé d\u2019autres projets : le Bozzini Lab, un atelier de composition intensif qui a lieu â Vancouver et, pour la première fois cette année, â Montréal, oû sont invités des compositeurs en formation ou en début de carrière ; le Performer\u2019s Kitchen, un événement qui met en contact les jeunes interprètes avec des musiciens spécialistes des musiques nouvelles ; et le Concordia Creative Music Institute, un atelier d\u2019une semaine, sur la REGGI ETTORE L\u2019Arsenal à musique présente le spectacle L\u2019usine des sons, destiné aux enfants de 8 à 12 ans.musique de 1950 â aujourd\u2019hui, réservé aux étudiants inscrits â un programme d\u2019interprétation au cégep ou â l\u2019université.«Nous voulons transmettre notre amour et notre connaissance de cette musique à la prochaine génération, déclare Isabelle Bozzini.Et ça fonctionne! Nous jouons régulièrement les créations de compositeurs aujourd\u2019hui établis que nous avons en quelque sorte formés il y a de cela quelques années.» Abattre les frontières entre les répertoires Isabelle Bozzini l\u2019admet sans détour : les ensembles spécialisés en musiques nouvelles ne font pas dans le divertissement grand public.«On ne peut pas aller chercher les gens qui veulent juste relaxer sans se poser de questions, dit-elle.La musique contemporaine exige un minimum d\u2019investissement.» En même temps, la violoncelliste croit qu\u2019il serait malvenu de sous-estimer la capacité du public â apprécier des oeuvres qui sortent des sentiers battus.Elle se rappelle avoir joué avec son quatuor une pièce «assez aride et obscure» d\u2019un compositeur allemand,,dans le cadre du festival MUTEK en 2012.A son grand étonnement, 150 personnes s\u2019étaient déplacées pour l\u2019écouter.et ont aimé ! Selon Emmanuelle Lizère, le métissage des répertoires est une façon intéressante de lever le voile sur la musique contemporaine sans forcer la note.Elle mentionne entre autres le Quatuor Quasar, qui a déjà proposé un concert intitulé De Bach à Zappa, oû le classique frayait avec le nouveau.«L\u2019un n\u2019exclut pas l\u2019autre, croit-elle.La musique d\u2019hier, celle de Bach et de Beethoven, a déjà été une musique nouvelle.C\u2019est une continuité dans le temps.» Collaboratrice Le Devoir Québec ^ q Patrimoine canadien Canadian Heritage Emploi-Québec Conseil des Arts et des Lettres du Québec Ministère de la Culture et des Communications Conseil des Arts du Canada Canada Council for the Arts CONSEIL DES ARTS DE MONTRÉAL Conseil des ressources humaines du secteur culturel Cultural Human Resources Council SOCAN caissede laculture C^L ecorce LE DEVOIR La Scena Musicale LE CARREFOUR DES MUSIQUES NOUVELLES V V ER Musiques nouvelles au oesu 1200, rue de Bleury Montréal Il y a toujours eu des musiques nouvelles et il y en aura toujours, depuis les inventions de la Renaissance jusqu'aux explorations d'aujourd'hui aux sonorités inouïes.Nous sommes fiers de prendre le relais de l'histoire.levivier.ca Cenlgg^de canadienne au Qu Bradyworks Chants Libres ! DAME/ 'Constantinople Ambiances magnétiques '^Godfes d\u2019accès Ensemble contem de Montréal ( Erreur de type 27 (E27) ' ^^Espaqes sonjpres In Extensio Nouvel ^\u201c^nsemble Moderne Innovations Magnitudeô productions\tà pntemporain Hj Pt|d jections Ij Quasar^ jQuatuor Bozzini .1 À % : i L Société de musique Sixtrum A i contemporaine du Québec aux/Akousma ^ acre tympan Marie-Annick Béliveau Voces boréales arts libres et aHMÉft- Tour de bras Video phase Marié-Helene V Breault Louise Bessette Guillaume Bourgogne "]
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