Le devoir, 31 janvier 2015, Cahier B
[" Philosophie : Juste, notre guerre contre le groupe État islamique ?Page b 6 Michel David : la langue a été évacuée du débat politique Page b 3 Manon Cornellier : plus de pouvoir sans davantage de surveillance Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI SI JANVIER ET DIMANCHE I®'\u2018 EÉVRIER 2015 Education Savoir et austérité Quel impact auront les compressions sur la qualité de l\u2019enseignement universitaire ?«L\u2019université fait partie du développement économique du pays » LISA-MARIE GERVAIS Moins de sous, donc moins de profs, moins de livres, moins de diplômés.Et moins de recherche et de qualité de l\u2019enseignement universitaire, très certainement.L\u2019équation liant un financement adéquat et le succès de l\u2019entreprise universitaire semble facile à faire, nul besoin d\u2019un doctorat en mathématiques, semblent croire les recteurs et la communauté de l\u2019enseignement supérieur.Mais quel est ce fameux seuil de financement \u2014 soit le chiffre magique \u2014 en deçà duquel les universités commencent à perdre de la valeur?Combien d\u2019argent peut-on retrancher de son budget avant que son diplôme ne soit dévalué ?Et surtout, quel effet réel auront les compressions de 200 millions en enseignement supérieur exigées actuellement par le gouvernement Couillard ?Voilà d\u2019autres questions moins claires, où il n\u2019est pas évident que 1-1-1 égale 2.Depuis quelques semaines souffle un vent de panique dans le milieu universitaire, une grande inquiétude vivement relayée par les syndicats qui ont tôt fait de dénoncer les divers scénarios proposés par les administrations.Pour absorber les compressions, on propose des réductions moyennes de salaire, des suppressions de cours, la fusion de départements ou un gel des embauches.Pris entre l\u2019arbre et l\u2019écorce, les recteurs disent que ce n\u2019est pas de gaieté de cœur.«On essaie de minimiser l\u2019impact, mais c\u2019est un leurre de penser qu\u2019il y a de l\u2019argent qui flotte et que les coupes n\u2019ont pas d\u2019impacts», a dit le recteur de l\u2019Université de Montréal, Guy Breton, en marge d\u2019une conférence devant l\u2019Association des MBA du Québec.11 fait dans l\u2019analogie culinaire pour illustrer sa pensée : «Si vous avez 100 tartes aux fraises à faire, mais que vous m\u2019envoyez moins de fraises, c\u2019est clair qu\u2019elles vont être moins grosses», a-t-il lancé.Et très certainement moins bonnes, pepse-t-il.A coups de lettres dans les médias, de cris d\u2019alarme devant des entrepreneurs, de plaidoyers auprès des principaux intéressés au gouvernement, M.Breton veut sensibiliser la population à l\u2019importance d\u2019une stabilité des budgets des universités pour pouvoir mieux les gérer et assurer leur qualité.« Je serais capable de vivre si l\u2019Etat me disait: on est moins riche que le reste du Canada, alors tu vas avoir 15 % de moins.Mais ce n\u2019est pas ça.J\u2019ai l\u2019impression que mes cargaisons de fraise diminuent continuellement.» Et il a surtout l\u2019impression de ne pas être entendu.«Je crois que [les gens au gouvernement] l\u2019entendent.Mais le comprennent-ils ?Je n\u2019en suis pas certain», a poursuivi le recteur Brçton.A l\u2019UQAM, qui demeure fragile après ses déboires financiers, ce coup au flanc est difficile à digérer.«20,7 millions, c\u2019est 5% du budget de l\u2019UQAM», souligne le recteur Robert Prouk.11 a l\u2019impression que la «mission particulière» de son université, soit d\u2019être très accessible à tous les types de clientèle, n\u2019est pas prise en compte.«Cette mission demande des investissements un peu plus gros.» 1 \\ JACQUES NADEAU LE DEVOIR On ne sait pas encore comment les coupes dans les budgets des universités vont se traduire concrètement Faire du ménage Bien sûr, Robert Proulx reconnaît que l\u2019exercice a ceci de salutaire qu\u2019il permet de retourner toutes les pierres pour voir si on ne pourrait pas mieux faire.« Oui, il y a toujours moyen, dans n\u2019importe quelle organisation, d\u2019améliorer le processus et de le rendre plus efficient», admet-il, ajoutant du même souffle que les universités sont déjà sous-financées.Professeure pendant 20 ans en sciences politiques à l\u2019Université Laval et maintenant à l\u2019UQAM depuis deux ans, Anne-Marie Gin-gras croit que les compressions demeurent une occasion de faire du ménage, tout en permettant un examen en profondeur des pratiques.«Je comprends que les syndicats tirent la sonnette d\u2019alarme.Mais c\u2019est un peu trop alarmiste à mon goût, soutient-elle.On n\u2019est pas en train de faire des coupes à blanc.» Certes, le programme de doctorat étant en révision, certains cours ont été abolis.Mais d\u2019autres ont été créés, affirme M\u201c® Gingras.Ce processus de transformation est constant.«Dans mon département, il n\u2019y a eu aucun bouleversement majeur.Ce n\u2019est pas une catastrophe.» Après tout, ce sont 150 charges de cours qui sont abolies sur un total de plus de 7000 en comptant les études supérieures, rap-pelle-t-elle.Et éliminer les doublons ou fusionner des cours n\u2019est pas une si mauvaise chose.«Avoir 50 étudiants au lieu de 30, ça ne me gêne pas trop.A l\u2019Université Laval, j\u2019enseignais à une classe de 175 personnes et c\u2019était une dynamique formidable.» La professeure ne nie pas que les universités ont besoin de plus de financement, surtout en recherche.Mais elle estime qu\u2019on ne peut encore tirer de conclusions sur l\u2019impact des compressions.«Comment les choses vont-elles se traduire concrètement?On ne le sait pas vraiment.C\u2019est pour ça qu\u2019à ce stade-ci, je voudrais un débat pour nous permettre de mieux comprendre l\u2019impact.[.] Il faut mettre en contexte et tenter de comprendre les choses d\u2019une manière plus micro», note M\u201c® Gingras.VOIR PAGE B 2 : UNIVERSITÉ RUSSIE La crise s\u2019enlise.Poutine s\u2019isole VERONIKA DORMAN à Moscou Depuis le début de la crise ukrainienne, Vladimir Poutine a perdu beaucoup d\u2019amis, et pas seulement parmi les leaders occidentaux.L\u2019entourage immédiat du président russe a été sensiblement réduit, indique une enquête de l\u2019agence Bloomberg, de plusieurs dizaines de «personnes de confiance » à une poignée de jusqu\u2019au-boutistes, partisans des séparatistes du Donbass: le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolai Patrouchev, les chefs du ESB, Alexandre Bortnikov, et des services de renseignement extérieur, Mikhaïl Fradkov, et le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou.En persistant dans son soutien à la rébellion prorusse et dans son refus de prendre de réelles mesures pour sortir du conflit, le président russe a fini par irriter ses «amis les plus riches», écrit Bloomberg.Réciproquement, Poutine est devenu méfiant à l\u2019égard de ceux qui ont prospéré ^âce à lui et qui ont été particulièrement touchés par les sanctions occidentales.Ils représentent, à ses yeux, des maillons faibles.Selon les indices de Bloomberg Billionaires, en 2014, les 21 personnes les plus riches de la Russie ont perdu plus de 75 milliards $CAN, toutes fortunes confondues, dont les amis de longue date de Poutine Gennady Timchenko et les frères Arkady et Boris Rotenberg.Les hommes d\u2019affaires proches du chef de l\u2019État reconnaissent la dette qu\u2019ils ont envers lui, a indiqué une source de l\u2019agence, et ils ne le critiqueront pas publiquement.Mais ils ne veulent pas non plus sacrifier leur fortune à ses ambitions personnelles.«Ils sont coincés, commente l\u2019ancien conseiller du Kremlin Gleb Pavlovsky.Ils ne sont pas d\u2019accord avec Poutine, mais ils ne peuvent pas le défier car il a le pouvoir de les écraser.» La situation économique de la Russie se détériore de plus en plus Menace inexistante Les hauts fonctionnaires et ministres chargés de maintenir à flot l\u2019économie russe se plaignent de devoir attendre des mois dans l\u2019antichambre présidentielle.La critique revient aussi du côté d\u2019anciens membres du gouvernement, comme Evgueni Primakov, ex-premier ministre et ancien chef de la diplomatie russe, VOIR PAGE B 3 : POUTINE MIKHAIL KLIMENTYEV AGENCE ERANCE-PRESSE Vladimir Poutine FIGURES MARQUANTES de notre histoire Québec a ?La Fondation LIONEL-GROULX QUEBEC Jeanne Mance et les pionnières de la Nouvelle-France Invitée: Louise Harel, femme politique Animateur: Eric Bédard, historien Auditorium de la Grande Bibliothèque, 3 février 2015, 19 h B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI SI JANVIER ET DIMANCHE I®'\u2018 EEVRIER 2015 PERSPECTIVES La juste mesure Manon CORNELLIER à Ottawa Le premier ministre Stephen Harper le promettait avant même les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu et d\u2019Ottawa, il est passé à l\u2019action.Son gouvernement a présenté hier son projet de loi contre le terrorisme, profitant du climat d\u2019inquiétude et d\u2019insécurité pour frapper fort.Le projet de loi C-51 élargit le mandat et les pouvoirs du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).11 allège les exigences pour procéder à la détention préventive d\u2019un individu soupçonné de vouloir commettre un acte terroriste.11 rend criminelle la promotion ou la défense du terrorisme en général.11 permet l\u2019échange de renseignements liés à la sécurité nationale \u2014 et non seulement au terrorisme \u2014 entre un plus grand nombre d\u2019agences et de ministères fédéraux.Le gouvernement croit avoir respecté l\u2019équilibre entre la protection des droits des Canadiens et leur sécurité parce qu\u2019il exige, dans bien des cas, l\u2019obtention d\u2019une autorisation judiciaire ou d\u2019un mandat.11 faudra cependant un certain temps pour le vérifier.Prenons la détention préventive.Le recours à cette pratique sera facilité, comme le souhaitait la Gendarmerie royale du Canada (GRC).L\u2019agent de la paix n\u2019aura plus à prouver au juge qu\u2019il a des motifs raisonnables de soupçonner que cette détention est «nécessaire afin» d\u2019empêcher une personne de poser un acte terroriste.11 lui suffira de démontrer que la détention «aura vraisemblablement pour effet » de prévenir la même chose.De plus, l\u2019incarcération pourra être prolongée jusqu\u2019à sept jours.11 y a contrôle judiciaire, mais le test a été assoupli.La détention préventive est un pouvoir qui a été accordé pour cinq ans aux forces de l\u2019ordre au lendemain des attentats du 11 septembre 2011.11 a été renouvelé une fois les conservateurs majoritaires.11 n\u2019a jamais été utilisé et personne n\u2019a démontré la nécessité de l\u2019assouplir.M.Harper a formulé l\u2019hypothèse que cela aurait peut-être été utile pour prévenir l\u2019attentat de Saint-Jean, mais aucun fonctionnaire n\u2019a osé lui faire écho.Le gouvernement crée une nouvelle infraction ciblant quiconque fait, sciemment, la promotion ou encourage «la perpétration d\u2019infractions de terrorisme en général» tout en sachant ou en se fichant que cela puisse entraîner de tels actes.Mais qui fera la distinction entre un appel à la guerre de libération et un appel au terrorisme ?Pour bien du monde, cela semble clair, surtouf lorsqu\u2019on voit les vidéos du groupe armé Etat islamique, mais il faut se rappeler que l\u2019ANC de Nelson Mandela était qualifiée de terroriste à l\u2019époque de l\u2019apartheid.Le mandat du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) est par ailleurs modifié.En vertu du projet de loi (î-51, il ne se contentera plus de faire de la collecte de renseignements, il pourra interrompre des menaces à la sécurité nationale.Pour ce faire, il pourrait aller jusqu\u2019à poser des gestes illégaux, ici ou à l\u2019étranger, pour contrecarrer un attentat sur le point de se produire et portant atteinte à la sécurité du Canada.11 ne pourra agir sans l\u2019autorisation d\u2019un juge ni causer des lésions corporelles ou la morf détourner le cours de Injustice ou porter atteinte à l\u2019intégrité sexuelle d\u2019une personne.«Les mesures doivent être justes et adaptées aux circonstances.» Et la définition des menaces pouvant être perturbées va au-delà du terrorisme pour inclure l\u2019espionnage, le sabotage, les activités influencées par l\u2019étranger et la «subversion intérieure».Le service devra faire rapport chaque année au ministre et restera soumis à l\u2019examen du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS).Mais cela suffira-t-il, d\u2019autant plus qu\u2019il s\u2019agit du second projet de loi en trois mois à modifier le mandat du SCRS ?Le CSARS n\u2019a pas vu ses pouvoirs ni ses ressources être ajustés en conséquence.Jusqu\u2019à hier, il ne pouvait compter que sur trois commissaires au lieu de cinq.Dans son rapport annuel publié l\u2019automne dernier, il se plaignait des difficultés et retards qu\u2019il rencontrait pour obtenir du SCRS certains documents nécessaires à ses enquêtes.Rien dans le projet de loi d\u2019hier ne corrige cette lacune.En fait, le gouvernement fait fi depuis 2006 d\u2019une des principales recommandations de la commission O\u2019Connor sur la tragédie de Maher Arar, celle sur la refonte des mécanismes de surveillance du SCRS, de la GRC et du Centre de la sécurité des télécommunications.Cet automne, les anciens juges de la Cour suprême Erank lacobucci et John Major ont dit qu\u2019on ne pouvait augmenter les pouvoirs des uns sans augmenter ceux des autres.Le premier ministre Harper n\u2019aime pas qu\u2019on évoque toujours d\u2019éventuels abus ou atteintes aux libertés fondamentales lorsqu\u2019il est question de lutte contre le terrorisme.Le terrorisme djihadiste est ce qui menace nos libertés, a-t-il martelé hier, et non pas les forces de l\u2019ordre qui le combattent.M.Harper défend ce projet avec vigueur.Parce qu\u2019il reflète ses convictions et parce qu\u2019il sait avoir une bonne partie de l\u2019opinion publique de son côté, comme en témoignent les derniers sondages.Malheureusement, ce projet de loi, qui mériterait une étude soignée, risque de souffrir de la fièvre électorale qui a commencé à s\u2019emparer de la colbne parlementaire.mcornellier@ledevoir.com ntrats publics industrie onstruction Québec CORRUPTION La commission Charbonnean cherche son souffle Le délai de production du rapport était inévitable La commission Charbonneau est revenue dans l\u2019actualité pour de bien mauvaises raisons cette semaine.Et la suite ?BRIAN MYLES Encore un délai.La commission Charbonneau est incapable de respecter ses échéances.Après avoir arraché 18 mois de prolongation du gouvernement Marois, en mars 2013, la commission est revenue à la charge cette semaine pour demander sept mois de grâce de plus.Les écrivains habitués au syndrome de la page blanche comprendront sûrement l\u2019angoisse qui tenaille la juge Erance Charbonneau, le commissaire Renaud Lachance et leur équipe.La rédaction du rapport définitif n\u2019est pas une mince affaire.La preuve repose sur 292 témoins et 151 mémoires, le tout en 261 journées d\u2019audiences.Ne serait-ce que pour trouver le titre du rapport, c\u2019est un casse-tête, me dit-on mi-drôle, mi-sérieux à l\u2019interne.La demande de prolongation était écrite dans le ciel, à partir du moment où les procureurs ont commencé à acheminer aux vilains canards de la corruption et de la collusion des préavis de blâme.Environ une centaine de témoins, dont Lino Zambito, Bernard Trépa-nier, Julie Boulet et même Jean Charest, ont reçu ce préavis, qui est l\u2019équivalent juridique du baiser de la mort.En vertu des règles applicables dans les commissions d\u2019enquête, les personnes qui s\u2019exposent à un blâme dans le rapport définitif peuvent demander à être réentendues, en public, pour fournir des explications.De nombreux témoins ne voudront rien savoir d\u2019un nouvel épisode d\u2019humiliation publique, mais on peut prédire qu\u2019il y aura assez de volontaires pour forcer la tenue d\u2019une nouvelle ronde d\u2019audiences pubbques.Critiques injustes L\u2019échéance du 19 avril prochain devient d\u2019autant plus difficile à respecter que la tâche est colossale.A cet égard, les critiques formulées cette semaine par le juge à la retraite John G orner y sont injustes.M.Gomery croit que la commission a parfois traîné puisqu\u2019elle n\u2019avait pas «le sentiment d\u2019urgence » nécessaire à l\u2019accomplissement de son mandat.«Ils ont pris plusieurs congés, les journées n\u2019étaient pas longues, parfois.Ils n\u2019étaient visiblement pas pressés d\u2019en finir.Je n\u2019ai pas vu de volonté de travailler rapidement», a dit à La Presse l\u2019ex-responsable de la Commission d\u2019enquête sur le scandale des commandites.La commission a souvent fait entendre des témoins superflus, tel ce plâtrier qui a statué qu\u2019il était impossible de gagner sa vie honorablement dans l\u2019industrie de la construction en respectant les décrets en vigueur.Elle s\u2019est parfois perdue dans les détails et les tuyaux enfouis sous les dalles de béton du boulevard Saint-Laurent.Elle a pris un malin plaisir à démolir la ETQ-Construction (ETQ-C), à raison d\u2019ailleurs, tout en se montrant bien docile à l\u2019égard des grands donneurs d\u2019ouvrage comme Hydro-Québec, à tort.Une partie du délai est imputable aux méthodes de travail de la commission et à la difficulté de recruter des témoins.Mandat très large Pour l\u2019essentiel, la commission a hérité d\u2019un mandat trop vaste, portant à la fois sur les stratagèmes de corruption et de collusion dans l\u2019industrie de la construction, sur l\u2019infiltration du crime organisé et sur le financement politique.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Une partie du délai est imputable aux méthodes de travail de la commission et à la difficulté de recruter des témoins.Bien inconsciemment, le gouvernement de Jean Charest avait demandé à la commission de faire le procès d\u2019une époque, le procès d\u2019un système bien enraciné, et de remonter jusqu\u2019à 1996 pour être certain d\u2019éclabousser au passage le PQ et la défunte ADQ.La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a indiqué qu\u2019elle étudiera la demande de prolongation.A-t-elle vraiment le choix de refuser ou non ?M\u201c® Vallée se retrouve dans la même situation que son prédécesseur Bertrand Saint-Arnaud, en mars 2013.Aucun politicien ne veut porter l\u2019odieux d\u2019avoir freiné, compromis ou ralenti la capacité de la commission Charbonneau de faire la lumière sur les problèmes de corruption et de collusion qui ont miné le Québec.Après avoir injecté quelque 35 millions dans cette aventure, il serait bête d\u2019arrêter à l\u2019avant-veille de l\u2019étape la plus importante, soit les recommandations afin «d\u2019identifier, enrayer et prévenir» la corruption, la collusion et l\u2019infiltration du crime organisé dans la construction.C\u2019est le cœur du mandat.Le gouvernement Couillard est bien mal placé pour freiner la commission dans son élan, même s\u2019il a le pouvoir de le faire.Les partis d\u2019opposition accuseraient le premier ministre d\u2019avoir voulu protéger l\u2019image de marque de son parti, qui sera fort probablement éclaboussé, plus que toutes les autres formations, dans le rapport définitif.Et Cloutier?La demande de prolongation fait par ailleurs diversion.Les mensonges attribués à Gilles Cloutier, témoin-vedette de la commission Charbonneau et de rUPAC, sont autrement plus préoccupants.L\u2019ex-organisateur d\u2019élections clés en main a Le gouvernement Couillard est bien mal placé pour freiner la commission dans son élan été mis en état d\u2019arrestation pour une quinzaine de parjures.Sa crédibilité est au plus bas.Ses affirmations sur l\u2019implication de l\u2019ex-mi-nistre péquiste Guy Chevrette dans «une magouille» pour que le contrat de la route 125 soit confié à Roche, en échange d\u2019un pot-de-vin de 100 000$, ne tiendraient pas la route.Idem pour ses interventions afin de corrompre le défunt maire de Saint-Sta-nislas-de-Kosta, Maurice Vaudrin.M.Cloutier est un témoin unique, recruté dans des circonstances exceptionnelles.En 2010, les enquêteurs lui auraient promis l\u2019immunité en échange de son témoignage contre les accusés de fraude dans le procès de Boisbriand.Ce n\u2019est pas un repenti, au sens légal du terme, et il n\u2019a pas de contrat de délation.Les enquêteurs ne lui ont jamais fait passer un test du polygraphe (comme on le fait avec les délateurs) avant de le recruter.Gilles Cloutier, dépeint par son ex-conjointe comme «un menteur pathologique », a pu raconter la vérité comme il l\u2019aimait.Une vérité à son avantage, une vérité lui permettant de régler ses comptes avec ses ennemi^.C\u2019est le même enquêteur, Eric Roy, qui l\u2019a recruté pour témoigner dans Boisbriand et à la commission Charbonneau.S\u2019est-il laissé mener en bateau par le capitaine du mensonge ?En coulisses, les avocats des parties impliquées à la commission se frottent les mains.Personne ne le dira ouvertement, mais les errements de la commission dans l\u2019encadrement et la gestion du témoin Cloutier serviront de munition à des témoins qui s\u2019exposent à des blâmes.11 doit y en avoir au moins un, à Juliette, qui est prêt à en découdre avec la commission.Le Devoir UNIVERSITE SUITE DE LA PAGE B 1 Un problème d\u2019argent récurrent Ce n\u2019est pas d\u2019hier que les universités réclament plus d\u2019argent.Avant d\u2019entamer sa longue carrière d\u2019universitaire, Jean-Pierre Proulx, alors journaliste au Devoir, se souvient d\u2019avoir entendu le recteur de l\u2019Université de Montréal, Paul Lacoste, lancer un cri d\u2019alarme.C\u2019était au début des années 1980.«Il avait convoqué les journaux et avait dit que ça ne pouvait plus continuer comme ça.Les universités manquaient de financement et elles avaient atteint le seuil.Il avait dit que les universités ne pouvaient descendre plus bas, car la qualité de l\u2019enseignement allait être mise en péril», raconte M.Proulx, fin observateur du milieu de l\u2019éducation aujourd\u2019hui retraité.Du rapport Parent, auquel il a contribué dans les années 1960, à aujourd\u2019hui, le sociologue Guy Rocher a vu les besoins des universités croître à une vitesse fulgurante.«J\u2019ai constaté une grande accélération du rythme dans la vie universitaire.On est happés par beaucoup de choses, les professeurs.Au-delà de la présence en classe, il y a la correction, les travaux, la recherche, les publications, l\u2019accompagnement des étudiants à la maîtrise et au doctorat.On a une vie beaucoup plus intense, fébrile.J\u2019ai vu ça se produire à partir des années 1970-1980.» Et pour soutenir le rythme effréné de la vie universitaire, il faut des moyens.«L\u2019université fait partie du développement économique du pays, c\u2019est grâce à elle si le Québec a pu se développer au cours des 50 dernières années», croit l\u2019éminent professeur à l\u2019Université de Montréal et «doyen» de la sociologie et du droit au Québec.«Ça exige de l\u2019argent et ça en exigera toujours.Surtout dans une période où le développement économique va demander des technologies de plus en plus pointues et avancées.Et à une époque où l\u2019université est maintenant en concurrence avec le monde entier, ajoute-t-il.Il faut au moins pouvoir être comparables aux grandes universités dans le monde.» Mesurer la qualité Mais il est difficile de mesurer combien d\u2019argent a besoin minimalement une université pour être de qualité, encore plus compliqué est le fait de définir et de mesurer cette qualité.«Par définition, la qualité, ce n\u2019est pas comme la quantité, elle ne se mesure pas», note Jean-Pierre Proulx.Mais il reconnaît que la satisfaction générale des étudiants à l\u2019égard du service et de l\u2019enseignement qu\u2019ils reçoivent est un bon indicateur.Des données existent à cet effet, recueillies au moyen des évaluations.S\u2019il est difficile de définir la qualité, l\u2019exercice devient certes plus facile en situation de perte.Pour le recteur de l\u2019Université de Montréal, elle diminuera assurément si l\u2019argent n\u2019est plus au rendez-vous pour continuer à enrichir les collections de livres de bibliothèque dans une discipline donnée, par exemple.«Un deuxième exemple: si, lorsque UBC [une université de taille semblable à l\u2019UdeM], pour former un étudiant dans un programme, a cinq projs qui se partagent la formation et la recherche et que moi, je n\u2019en ai qu\u2019un seul qui va être obligé de travailler comme cinq, à un moment donné, [ce prof] ne pourra pas faire autant, dit-il.Personne ne va me convaincre que si, de façon répétitive, nous formons des médecins, des dentistes et des historiens avec la moitié des revenus qui existent ailleurs, on va obtenir les mêmes résultats.» Guy Rocher plaide pour le retour du Conseil des qniversités, qui a été aboli par l\u2019ex-ministre de l\u2019Éducation Lucienne Robillard, aujourd\u2019hui présidente de la Commission de révision permanente des programmes.« C\u2019était une erreur majeure parce que, depuis cette abolition, nous avons beaucoup moins de données sur les universités.Nous dépendons de celles de la CREPUQ, mais qui proviennent de recherches commandées par les recteurs et qui demeurent entre leurs mains et ne sont pas publiées», déplore-t-il.Lors du dernier court mandat du gouvernement péquiste, le ministre de l\u2019Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, avait commandé un chantier pour réanimer ce Conseil des universités, présidé par Claude Corbo, ancien recteur de l\u2019UQAM.Ce dernier a rendu son rapport public en juin 2013, recommandant la reconstitution d\u2019un tel conseil, qui aurait pour mission de «concourir à l\u2019évaluation de la qualité des activités universitaires, notamment de la formation aux trois cycles et de la recherche, et d\u2019en témoigner publiquement».«Ça nous aiderait à avoir une vue d\u2019ensemble sur toutes les activités que nous avons créées, affirme M.Rocher.Et cela pourrait nous aider à faire un ménage adéquat.» Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI SI JANVIER ET DIMANCHE I®'\u2018 EEVRIER 2015 B 3 PERSPECTIVES RADICALISATION Cet intégrisme qui embête tant Philippe Couillard veut faire de la défense des valeurs communes un er\\jeu de sécurité Il y a eu la flagellation de Raïf Badawi en Arabie Saoudite, un pays que connaît bien Philippe Couillard.Puis l\u2019irruption de l\u2019imam Hamza Cbaoui, qui a fait «le choix personnel», pour reprendre les mots du premier ministre, de se faire intégriste.Décidément, la dernière semaine a été lancinante pour le chef libéral.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Philippe Couillard n\u2019a jarpais pensé que la neutralité religieuse de l\u2019État \u2014 il répugne à utiliser le terme « laïcité » \u2014 représentait un enjeu crucial au Québec.Il aurait bien aimé la laisser de côté, mais la volonté du Parti québécois de faire adopter une charte des valeurs ainsi que l\u2019agitation de l\u2019opiniâtre Fatima Houda-Pepin l\u2019ont piégé.Il y a un an, en présentant la position du Parti libéral du Québec en matière de neutralité de l\u2019État, après des mois de tergiversations marquées par une divertissante polémique sur le tchador, Philippe Couillard répondait à des préoccupations qu\u2019il ne partageait pas.Cette neutralité est déjà acquise.«Ya-t-il quelqu\u2019un qui pense qu\u2019on est un Etat religieux au Québec actuellement, dans l\u2019état actuel du droit?», avait-il lancé en conférence de presse.Mais il acceptait que cette neutralité effective soit inscrite dans la Charte des droits et libertés de la personne, un changement qui ne changeait rien à l\u2019état du droit.Reprenant l\u2019expression de la commission Bouchard-Taylor, Philippe Couillard parlait d\u2019une «pseudo-crise des accommodements», ajoutant que les ministères et organismes publics s\u2019étaient dotés depuis de guides en la matière.«Depuis ce temps-là, vous devez admettre qu\u2019il y a très peu d\u2019épisodes qui ont été signalés à l\u2019opinion publique, parce que les situations, justement, sont variées, sont toutes différentes et sont gérées localement», s\u2019était-il réjoui.Dp port de signes religieux par des agents de l\u2019État en position d\u2019autorité, comme les policiers, le chef libéral disait qu\u2019il s\u2019agissait «d\u2019une situation hypothétique ».Au sujet du tchador, même constat: «On a rarement vu une question hypothétique prendre autant de place dans l\u2019opinion publique.[.] Alors, non seulement cette situation n\u2019existe pas, mais il est hautement improbable qu\u2019elle se produise.» La lutte Il y a un an, Philippe Couillard n\u2019hésitait pas à parler de «lutte à l\u2019intégrisme», sans doute influencé par Fatima Houda-Pepin, qui en avait fait un cheval de bataille.«Sur cette question d\u2019intégrisme, nous dénonçons toute idéologie qui justifie des comportements portant atteinte à la liberté, à la dignité, à l\u2019autonomie de la personne, au droit à l\u2019égalité», avait-il déclaré.Mais il ajoutait: «L\u2019intégrisme au Québec, c\u2019est un phénomène heureusement peu présent chez nous encore.» Contrairement à la députée de La Pi-nière, il ne croyait pas qu\u2019il y avait péril en la demeure, mais il acceptait tout de même qu\u2019on documente le phénomène.C\u2019est plutôt de radicalisation que Philippe Couillard parle aujourd\u2019hui.Il a d\u2019ailleurs donné cette semaine une définition stricte, originelle, de l\u2019intégrisme, comme on définissait l\u2019intégrisme catholique: «Une pratique religieuse poussée à l\u2019extrême qui, tant qu\u2019elle n\u2019enfreint pas les droits des autres \u2014 des autres, exemple, les femmes \u2014 bien sûr fait partie des choix personnels de chacun», a-t-il dit, comme le fait de se mortifier en portant un cilice.«C\u2019est quelqu\u2019un qui vit de façon très, très rigoureuse, selon ses propres pensées, qui peut vivre en isolation [sic] », affirmait jeudi la ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Kathleen Weil.Ces distinctions sont les mêmes que celles que propose Gérard Bouchard.«Il y a manifestement un lien entre intégrisme et terrorisme, mais l\u2019un ne conduit pas nécessairement à l\u2019autre.D\u2019où la question : la prévention de la radicalisation religieuse conduira-t-elle à surveiller tous les intégristes et à restreindre leurs droits ?Ce serait inadmissible », écrivait-il dans La Presse.Ce n\u2019est pas un hasard : dans une entrevue accordée au Devoir, Kathleen Weil a révélé qu\u2019elle avait beaucoup discuté avec l\u2019historien et sociologue.Qr, pour Djemila Benhabid et Zineb El Rha-zoui, la journaliste de Charlie Hebdo qui était de passage au Québec cette semaine, l\u2019intégrisme.ft SU ! fci (MARÜE JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Philippe Couillard a participé à la marche de solidarité à Québec à la suite des attentats de Paris.dans sa forme islamique, du moins, c\u2019est bien davantage qu\u2019une pratique individuelle.Il s\u2019agit d\u2019une idéologie, une idéologie qui mène au terrorisme.«Je me demande si M.Couillard ne confond pas intégrisme et piété», a suggéré la journaliste française d\u2019origine marocaine.L\u2019imam salafiste Quand il a présenté sa charte de la laïcité re-vampée, Bernard Drainville a affirmé que la lutte contre l\u2019intégrisme ne se limite pas à contrer la violence et le terrorisme.«La majorité des intégristes respectent les lois [.], mais ils testent nos lois, a-t-il dit.Ils carburent aux accommodements religieux.Ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est changer la norme [.], c\u2019est imposer la loi de Dieu aux lois votées par les hommes et les femmes.» Une conception que Phihppe Couillard a vivement dénoncée.Qr voilà qu\u2019entre en scène un imam salafiste, Hamza Chaoui.Cet intégriste, qui projette d\u2019ouvrir un centre d\u2019enseignement islamique dans l\u2019est de Montréal, professe une orthodoxie radicale typique.Il juge que l\u2019islam et la démocratie sont incompatibles parce que celle-ci permet l\u2019élection «d\u2019un mécréant ou bien d\u2019un homosexuel ou d\u2019un athée qui affirme l\u2019inexistence d\u2019Allah» et que les femmes doivent être accompagnées en pubhc par un tuteur.Il avance aussi que l\u2019amputation est un moyen plus efficace que l\u2019emprisoimement pour punir les voleurs, comme elle est pratiquée, d\u2019ailleurs, en Arabie Saoudite.Rien de bien original.Ces éructations religieuses ont fait bondir Kathleen Weil.Ce sont des «propos dangereux» qui véhiculent l\u2019oppression des femmes, des propos «totalement inacceptables dans une société démocratique».Qr, dans une société démocratique comme la nôtre, il y a la Charte des droits de la Il y a un an, Philippe Couillard n\u2019hésitait pas à parler de «lutte à l\u2019intégrisme personne qui protège la liberté d\u2019expression.Kathleen Weil est une juriste qui a travaillé à Al-hance Québec pour la défense des droits des anglophones pendant des années.Elle connaît les chartes comme le fond de sa poche.Sa réaction intempestive était essentiellement pohtique.Discrimination Comme Louis-Philippe Lampron, professeur de droit à l\u2019Université Laval, le signale au Devoir, selon l\u2019article 20 de la Charte québécoise des droits, la discrimination pratiquée au nom des religions est permise.Les femmes sont discriminées dans toutes les grandes religions, tout comme les homosexuels.Dans la mesure où l\u2019imam n\u2019a pas fait d\u2019appel à la violence ni versé dans la propagande hqineuse, il ne peut pas être inquiété.A cet égard, les critères de preuve établis par la Cour suprême sont élevés.Que les propos soient offensants ou répugnants ne suffit pas.Dans l\u2019entourage du premier ministre, on reconnaît qu\u2019on ne peut sans doute pas sévir contre Hamza Chaoui.Mais on le tiendra à l\u2019œil, assure-t-on.La lutte contre l\u2019intégrisme, puis contre la radicalisation, est devenue une lutte contre la radicalisation violente, a précisé Kathleen Weil.Cette semaine, Phihppe Couillard a insisté pour mettre la sécurité de la population en tête de ses priorités.Dans une bonne mesure, la défense des valeurs communes, qui indisposait les libéraux lors du débat sur la Charte de la laïcité péquiste, tombe dans la cour de la Sécurité publique.Et dans la cour du gouvernement fédéral.Une façon commode de se débarrasser d\u2019un enjeu embêtant.Le Devoir POUTINE SUITE DE LA PAGE B 1 qui a appelé la Russie à reconnaître l\u2019intégrité territoriale ukrainienne et à cesser de combattre la «menace inexistante de révolutions de couleur».Primakov suggère plutôt de se concentrer sur l\u2019économie et la coopération avec les États-Unis ou l\u2019Europe, nonobstant les sanctions.De son côté, l\u2019ex-ministre des Finances, Alexeï Koudrine, est convaincu que la crise sera longue et il ne cesse de critiquer la pohtique «d\u2019extinction d\u2019incendies » du Kremlin.«J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019à tous les échelons du pouvoir, y compris au niveau du numéro 1, on n\u2019évalue pas objectivement les défis auxquels la Russie doit faire face», a-t-il déclaré au journal RBC.Pour de nombreux experts, le plan anticrise publié mercredi par le gouvernement s\u2019inscrit précisément dans cette logique, en proposant des mesures chocs, à coups de dépenses colossales, mais sans affronter les problèmes systémiques d\u2019une économie russe qui ne peut plus se passer de Réformes en profondeur.Dans l\u2019immédiat, l\u2019État prévoit de débourser 1375 milliards de roubles (soit 25,5 milliards $CAN).Le ministre des Finances, Anton Silouanov, assure que les 170 milliards de roubles du fonds gouvernemental anticrise devraient suffire pour les premiers mois.Le reste du financement proviendra d\u2019une réduction des dépenses budgétaires de 10% en 2015 et de 5% pendant les trois années suivantes.Des coupes qui ne devraient pas toucher les prestations sociales, les dépenses liées à la défense, le soutien à l\u2019agriculture et l\u2019accomplissement des engagements internationaux de la Russie.Les plus importantes injections se feront dans le système bancaire et les retraites.Entre les effets des sanctions occidentales, qui viennent d\u2019être prolongées de six mois, et la chute des cours du pétrole, le climat économique et financier de la Russie se détériore de plus en plus.Au point que l\u2019agence américaine Standard & Poor\u2019s a rétrogradé la dette publique russe en catégorie BB +, comme un placement «spéculatif», comprendre «pourri» dans le jargon financier.L\u2019inflation, à 12% actuellement, continue d\u2019accélérer.La consommation et les investissements ne cesseront pas de baisser dans les mois à venir.Le rouble, qui a perdu 34% de sa valeur par rapport à l\u2019euro en 2014, reste désespérément bas.Et si, à la surprise générale, la Banque centrale russe a abaissé vendredi son taux directeur de 17 à 15%, il reste à un niveau qui étrangle l\u2019activité économique.Libération Le débat oublié Michel David Il aura fallu un juge de la Cour du Québec pour rappeler à tout le monde que, près de quarante ans après l\u2019adoption de la loi 101, la situation du français à Montréal demeure très fragile.Qn peut compter sur la détermination de ce défenseur acharné des droits de la communauté anglophone qu\u2019est Brent Tyler pour que cette nouvelle contestation des dispositions de la Charte de la langue française relatives à l\u2019affichage commercial se rende jusqu\u2019en Cour suprême, mais c\u2019est le diagnostic posé par le juge Salvatore Mascia qu\u2019il faut surtout retenir.«Même si le français est la langue d\u2019une majorité de Québécois, il est minoritaire en Amérique du Nord.Comparativement à l\u2019anglais \u2014 la langue dominante sur le continent (et même dans le monde) \u2014, son pouvoir d\u2019attraction est faible», estime-t-il.C\u2019est là tout l\u2019enjeu du débat linguistique des dernières décennies.La loi 101 a largement contribué à redonner aux Québécois confiance en eux-mêmes, mais cela n\u2019assure pas la pérennité du français.Le défi est de faire en sorte que son pouvoir d\u2019attraction soit suffisamment fort pour que les immigrants trouvent intéressant de l\u2019adopter malgré un environnement qui lui est défavorable.Le juge Salvatore a fait valoir l\u2019importance de la «valeur symbolique» de la «nette prédominance» du français dans l\u2019affichage, que contestait un groupe de marchands anglophones, mais la projection de l\u2019image d\u2019un Québec français n\u2019est qu\u2019un moyen parmi d\u2019autres.Une pohtique linguistique est un tout que maintient chacune des parties.Il est remarquable qu\u2019après avoir été omniprésente pendant si longtemps, la question linguistique ait été presque complètement évacuée du débat politique au profit de la laïcité.Qn dira que l\u2019impossibilité de faire adopter le projet de loi 14 sur la langue a tout naturellement amené le gouvernement Marois à se tourner vers un autre dossier, mais il était clair dès le départ que la charte de la laïcité n\u2019avait pas plus de chances de rallier la CAQ.En réalité, on pensait surtout qu\u2019un débat sur la laïcité serait plus rentable sur le plan pohtique.Les attentats de l\u2019automne dernier à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Qttawa puis le drame de Charlie Hebdo ont remis la lutte contre l\u2019intégrisme à l\u2019ordre du jour, et le PQ ne demande pas mieux que de voir les libéraux s\u2019enliser dans ce débat comme ils l\u2019avaient fait l\u2019an dernier dans le cas du tchador.Le plus grand défi auquel le Québec fait face n\u2019en demeure pas moins celui de la pérennité du français, sans parler de son épanouissement.Les libéraux n\u2019ont jamais osé révoquer la loi 101, dont ils avaient férocement combattu l\u2019adoption en 1977.Ils se sont contentés de l\u2019affaiblir le plus possible.Les signaux d\u2019alarme ont eu beau se multiplier, leur prétendue «vigilance» ressemble plutôt à du laisser-faire, et Phihppe Couillard n\u2019entend manifestement pas mettre un terme à ce laxisme.Cette procrastination, qui reflète fidèlement la volonté de la clientèle du PLQ, n\u2019a rien d\u2019étonnant.Ce l\u2019est davantage de voir la question linguistique occuper plus de place dans le discours de la CAQ, qui entend lui donner un accent plus identitaire, que dans celui du PQ, même si les intentions concrètes de la CAQ demeurent passablement vagues.Le plus grand défi du Québec demeure celui de la pérennité du français Mercredi, à l\u2019Université de Montréal, les candidats à la succession de Pauline Marois ont systématiquement évité de répondre à la question qui était posée sur la disproportion largement documentée entre le financement accordé aux universités anglophones et le poids démographique des anglophones.Seule Martine Quehet a convenu qu\u2019il faudrait établir un meilleur équilibre.Certes, la question est délicate, mais les candidats auraient pu profiter de l\u2019occasion pour aborder plus généralement celle de la langue de l\u2019enseignement postsecondaire, qui a un effet déterminant sur la langue de travail, plutôt que de renchérir sur l\u2019évidente priorité qu\u2019il convient d\u2019accorder à l\u2019éducation.Après plusieurs années d\u2019un débat parfois houleux, les délégués au congrès péquiste d\u2019avril 2011 avaient résolu d\u2019étendre au niveau collégial les dispositions de la loi 101 qui régissent l\u2019accès à l\u2019école anglaise au primaire et au secondaire.Sous prétexte que la CAQ s\u2019y opposait, le gouvernement Marois n\u2019avait pas inclus cette mesure dans le projet de loi 14 et personne n\u2019en a plus reparlé.Le Québec est probablement le seul endroit au monde où l\u2019enseignement dans une langue autre que l\u2019officielle est subventionné à une telle hauteur.Dans une société à plus de 80% francophone, la moitié des étudiants qui fréquentent le cégep anglais ne sont pas des anglophones.Cela illustre bien le faible pouvoir d\u2019attraction du français qu\u2019invoquait le juge Mascia, mais puisque le Québec sera bientôt un pays, les aspirants à la direction du PQ n\u2019ont sans doute pas à s\u2019en préoccuper.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI SI JANVIER ET DIMANCHE I^R EEVRIER 2015 EDITORIAL C-51 Harper vise large Le premier ministre Harper hausse de plusieurs crans sa lutte contre le terrorisme en territoire canadien.Forces de police et de renseignement obtiendront, avec le projet de loi C-51, de nouveaux pouvoirs.Trop?Dans le débat à venir, le Parlement devra se demander si les droits et libertés n\u2019en seront pas amoindris.1 est toujours difficile d\u2019aborder la question des droits quand un gouvernement invoque la sécurité du pays pour justifier l\u2019attribution de plus de pouvoirs aux forces de l\u2019ordre.D\u2019emblée, Stephen Harper récuse ici l\u2019idée que ce projet de loi puisse menacer les droits des Canadiens.La menace à ses yeux vient du djihadisme, qui est «l\u2019ennemi le plus dangereux de notre monde».A l\u2019intention des députés d\u2019opposition qui voudraient critiquer le projet de loi C-51, il rappelle que ce sont les djihadistes «qui veulent nous enlever nos libertés».Ce projet de loi \u2014 ne tombons pas dans la paranoïa \u2014 n\u2019est pas liberticide.Il répond à un souci de sécurité face à un mouvement qui a fait des victimes au Canada.Ensuite, ce n\u2019est pas beaucoup, mais il reste que le Canada est visé, comme tous les pays occidentaux.Le contexte est, à cet égard, différent de celui qui prévalait au lendemain du 11 septembre 2001.Le Canada avait revu son arsenal de mesiues de séciuité poiu se prémunir contre des attaques,de la part d\u2019al-Qaïda et pour pouvoir aider les Etats-Unis.C\u2019est ce pays qui était visé par ce groupe.Ces lois adoptées en 2001 sont toujours en vigueur.Il faut demander au gouvernement en t ^ «.\tgjjgg devenues insuffisantes.Idem .\tpour le Code criminel.Déjà, la GRC et le Ser- vice canadien de renseignement de sécurité _/!¦ (SCRS) ont les moyens de ficher et de suivre les déplacements aériens des Canadiens.Ils ont le pouvoir de les détenir de façon préventive pendant trois jours.Pouvoir le faire pendant sept jours facilitera les choses aux policiers, comme le fait qu\u2019ils n\u2019auront, pour intervenir, qu\u2019à convaincre un juge qu\u2019un crime pourrait être commis, plutôt qu\u2019à démontrer qu\u2019il est sur le point d\u2019être commis.La différence est énorme.On préviendra de façon plus certaine le passage à l\u2019acte, mais on ouvre la porte à des excès et à des erreurs de jugement.Plus inquiétante encore est cette proposition, qu\u2019on trouve dans le projet C-51, de donner au SCRS des pouvoirs d\u2019intervention pour perturber des actes terroristes avant qu\u2019ils ne surviennent.Cela nous ramène aux années 1970.La GRC, qui avait alors le double mandat d\u2019un service de police et de renseignement, menait des interventions de perturbation en faisant fi des lois, avec faux communiqués du FLQ, incendie de grange et pose de bombes.La commission MacDonald avait fait enquête et recommandé de créer un SCRS dont le mandat se limiterait au renseignement.Le gouvernement fait valoir que les services de renseignement des pays alliés ont de tels pouvoirs.Cela change fondamentalement le rôle du SCRS, qui s\u2019approche du modèle de la CIA.Est-ce cela qu\u2019on veut?Si sécurité et liberté vont de pair, comme le soutient Stephen Harper, tout est, par contre, affaire d\u2019équilibre.Le projet de loi prévoit des mesures d\u2019encadrement judiciaire des pouvoirs donnés à la GRC et au SCRS.II faudra s\u2019assurer qu\u2019ils sont suffisants.Des mécanismes de contrôle parlementaires sont aussi nécessaires.La démocratie qu\u2019on veut protéger exige une reddition de comptes publique.Le débat siu ce projet de loi doit être mené en ne se laissant pas aveugler par le sentiment d\u2019inséciuité qu\u2019agitent les tenants de l\u2019attribution de plus de pouvoirs à la police.Oui, la sécurité est une responsabilité qu\u2019on ne peut ignorer.Le danger vient des excès que commettront ceux qui appliqueront le projet C-51.Le cas du Canadien Maher Arar, envoyé croupir dans les prisons sjuiennes en 2002 par les Américains qui s\u2019étaient basés sur des renseignements fournis par le Canada, est là pour nous le rappeler.L\u2019IMAM CHAOUI Jouer sur les limites Bernard Descôteaux ^ « Josée Boileau installation dans un quartier de Montréal d\u2019un « centre communautaire » dirigé par un imam radical, Hamza Chaoui, lance un appel à l\u2019imagination.Dans un monde où les menaces à la démocratie changent de forme, il faut s\u2019adapter pour mieux riposter, et c\u2019est encore ce qu\u2019on a du mal à faire.Peut-on légalement empêcher M.Chaoui de tenir des propos inadmissibles sur les femmes, les homosexuels, les mécréants et tout le reste que le fondamentalisme islamiste honnit?Non, évidemment.La liberté d\u2019expression doit pouvoir ratisser large, et les concepts de diffamation, d\u2019incitation à la haine ou à la violence établissent des limites dont il est heureux qu\u2019elles gardent un certain flou afin que la critique reste possible.Les anarchistes aussi dénoncent le système démocratique, et ce se-rait une société terrifiante que de les faire taire.Reste que M.Chaoui dit des bêtises qui, dans le contexte sociopolitique actuel, n\u2019ont r\td\u2019anodin en raison de l\u2019effet d\u2019entraîne- ment qu\u2019elles peuvent avoir et du risque qui en découle pour la sécurité.Il faut donc lâcher les grands concepts et rester très terre à terre pour faire face à ce cas précis.Ce n\u2019est pas la Charte des droits et libertés qui nous y aidera, mais la réglementation municipale.Que fait-on dans un « centre communautaire islamique » ?Qn y prie, disent ceux qui suivent les intégristes à la trace.Que les autorités municipales en prennent note : l\u2019endroit est donc un lieu de prières, le reste est du vent, donc on vous ment.Est-ce que ça rentre dans les critères de zonage ?Voilà une vraie piste d\u2019action.Autre approche: l\u2019ordre public.Qui fréquente l\u2019endroit?Quel genre de va-et-vient cela crée-t-il?Quel impact sur la tranquillité du voisinage ?N\u2019a-t-on pas dans le passé cherché à bloquer l\u2019installation de refuges pour femmes battues ou pour ex-détenus sur la base de tels critères ?Ils pourraient servir à meilleur escient cette fois ! Il y a encore cet article de la Loi des cités et villes qui évoque le danger pour la vie ou poiu la santé des personnes et qui a récemment servi à bloquer l\u2019accès à un local occupé par les Hells.Le rigorisme de M.Chaoui, dans le contexte actuel, n\u2019est-il pas susceptible de nuire à la santé mentale des jeunes auxquels il veut s\u2019adresser ?L\u2019argument n\u2019est pas plus limite que ceux des Chaoui et consorts qui jouent sur les frontières de la légalité.Mais les grands principes alors ?Eux relèvent d\u2019une approche globale face à l\u2019intégrisme, un message que l\u2019on attend du gouvernement: assurer la laïcité de l\u2019État, chasser la confessionna-lité de l\u2019éducation, créer un observatoire qui repérerait les dérives, nommer le danger islamiste.Que le premier ministre Philippe Couillard ose donc eiffin s\u2019y mettre ! LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET fROJfTPf LOV ANTiTfRgOpiÇTf\tPftTWf i.ARSf.{uRVtiufl ftuTRo?En Irak Et \u20acm LETTRES Ras-le-bol Ras le bol de cette suite de doléances et d\u2019arguments entre les docteurs et le ministre de la Santé, étalée partout dans les médias.Ras le bol, comme médecin, de composer tous les jours avec un système public en déroute, où nos patients sont si mal servis et où la charge de travail devient monstrueusement complexe pour nous tous.Moi qui suis médecin de famille, je suis prête, dès demain matin, à gagner 30% de moins, et sans doute à devenir encore plus performante que ce que nous demande le ministre, pour enfin mettre en route un véritable changement de mentalité dans le réseau de la santé au Québec.[Ce qu\u2019il faut:] 1-\tune première ligne forte assumée en grande partie par les infirmières; 2-\tun vrai travail collaboratif avec elles, à qui nous déléguerions plus de pouvoirs et d\u2019autonomie ; 3-\tun changement de mentalité dans la population, qui accepterait aussi de se faire soigner par des infirmières, et non pas des médecins, quand cela est requis; 4-\tplus d\u2019autonomie pour les pharmaciens afin d\u2019alléger nos liens avec eux; 5-\tun vrai dossier médical électronique ; 6-\tet une commission permanente de penseurs ou d\u2019administrateurs dont c\u2019est le métier de réfléchir à l\u2019organisation des systèmes sociaux, appuyés par des chercheurs en santé qualifiés.Ras le bol, j\u2019ai dit! Na! Renée Laberge, médecin de famille au CLSC Limoilou Québec, le 30 janvier 2015 REVUE DE PRESSE Le patin libre, une affaire de « dignité nationale » BRIAN MYLES La bureaucratie dans tout ce qu\u2019elle a de plus inepte a commis un sacrilège en empêchant les Canadiens de patiner.L\u2019affaire n\u2019a fait aucun bruit au Québec, mais elle a déclenché une polémique en Qntario.Il est désormais interdit de patiner sur l\u2019étang Grenadier, cette oasis de paix au cœur de Toronto où les gens patinent et jouent au hockey depuis des temps immémoriaux.C\u2019est comme si les patineurs étaient bannis du parc La Fontaine pour des raisons de sécurité.Aux interdictions de patiner s\u2019ajoutent des prohibitions sur la glissade dans de nombreuses villes nord-américaines, note le Toronto Star.Le plus grand quotidien au pays voit deux logiques à l\u2019œuvre dans ces interdictions typiquement «un-Canadian».D\u2019une part, les municipalités tentent de gérer les risques de poursuite en interdisant purement et simplement des activités hivernales.D\u2019autre part, les Canadiens, comme les tribunaux d\u2019ailleurs, sont devenus de moins en moins tolérants au risque.N\u2019empêche.Les autorités municipales devraient cesser de mettre à l\u2019amende les patineurs d\u2019étang et les glisseurs du dimanche.Il suffit de sécuriser les lieux, dans la mesure du possible, et d\u2019aviser ces téméraires patineurs qu\u2019ils s\u2019aventurent sur l\u2019étang à leurs risques.Le National Post en arrive à la même conclusion.Le fait d\u2019empêcher les Canadiens de profiter d\u2019une belle journée d\u2019hiver en patins, sans aucune raison valable, n\u2019est «rien de moins qu\u2019une trahison de notre dignité nationale».Gaspillage à Québec Puisqu\u2019il est question de patinage et de pratiques à risque, un détour vers Québec s\u2019impose.Le nouvel amphithéâtre de Québécor à Québec, vendu à la population comme la future maison des Nordiques, devrait ouvrir ses portes en septembre.L\u2019aréna est fin prêt pour accueillir une équipe de la Ligue nationale de hockey (LNH).Qui ne viendra pas.La ligue se fout éperdument du rêve et des ambitions de Pierre Karl Péladeau.Ses projets d\u2019expansion ne passent pas par Québec.Que faire alors du nouvel éléphant blanc payé à même les fonds publics?Qn pourra toujours y faire du patin libre, a suggéré le maire de Québec, Régis Labeaume.Le National Post tourne le fer dans la plaie.Le gouvernement provincial a englouti 200 millions dans le projet de patin libre et la Ville de Québec a mis 187 millions.«Bravo, Monsieur le Maire.Votre ville a construit une patinoire familiale de 400 millions et un monument au gaspillage gouvernemental», écrit le Post.Même si les Nordiques revenaient à Québec, le projet ne serait pas rentable, affirme le quotidien.Les investissements publics dans le sport professionnel ne sont pas rentables pour les municipalités.Tout au plus permettent-ils à des propriétaires milliardaires et à des joueurs millionnaires de compter sur la générosité des simples contribuables.Il est trop tard pour corriger le fiasco de Québec, mais l\u2019aventure devrait servir de leçon aux décideurs publics qui envisageraient d\u2019engloutir des fonds dans le sport professionnel : il faut dire non.Le cynisme de Harper Quand le premier ministre Stephen Harper recommence à faire la vie dure aux terroristes et aux récidivistes, c\u2019est la preuve que des élections fédérales sont imminentes.Le premier ministre a annoncé son intention de durcir encore une fois le Code criminel pour empêcher les pires meurtriers de retrouver un jour leur liberté.«Et le voilà reparti.Le premier ministre Stephen Harper n\u2019a jamais trouvé une loi criminelle qu\u2019il ne voulait pas durcir, et il s\u2019apprête à serrer la vis encore», se désole le Toronto Star.Les conservateurs ont trouvé une solution à un problème qui n\u2019existe pas puisque les récidivistes, les tueius en série, les terroristes et autres délinquants dangereux restent enfermés pour le reste de leurs jours.La libération après 25 ans n\u2019est pas un automatisme, malgré les doutes que laisse planer le projet des conservateius.Le Star insiste sur les conséquences de l\u2019ordre du jour « tough on crime» des conservateurs.Le diucissement des lois et des peines a fait grimper les coûts reliés à l\u2019administration de la justice de 5 milliards de dollars.Les prisons sont surpeuplées, avec 15 000 détenus, en hausse de 25%.Ces mesures n\u2019ont aucune incidence sur la sécurité de la population.Les taux d\u2019homicide connaissent une tendance à la baisse depuis 1975, soit bien avant que Stephen Harper se lance dans ses réformes aussi ambitieuses que futiles.Le Globe and Mail se prononce également contre le projet d\u2019imposer des peines de prison à vie sans possibilité de libération.Le Globe est d\u2019accord avec le gouvernement Harper pour faire en sorte que la lie de la société, les pires des pires tueurs, finisse ses jours en prison.Le hic?C\u2019est déjà la norme.Le quotidien dénonce les peines de prison à vie sans aucune possibilité de libération.C\u2019est une forme de châtiment qui va à l\u2019encontre des principes de proportionnalité des peines, en plus de nier la finalité du système judiciaire depuis l\u2019abolition de la peine de mort en 1976.Le Canada a tourné le dos à la logique de la maxime « œil pour œil, dent pour dent».Il mise sur la réhabilitation et la réinsertion des délinquants.«On ne condamne plus automatiquement les gens à mourir en prison, et nous ne devons pas revenir en arrière», affirme le Globe, qui se porte à la défense de la réhabilitation.Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte. LE DEVOIR LES SAMEDI SI JANVIER ET DIMANCHE I®'\u2018 EEVRIER 2015 B 5 IDEES LETTRE AUX RESTAURATEURS ERUSTRES Ceux qui réussissent savent se blâmer NICOLAS PHAM L\u2019auteur est étudiant en journalisme et travaille en restauration depuis 10 ans.ans la foulée des fermetures récentes de restaurants connus, divers acteurs de l\u2019industrie ont pris la parole pour analyser sa situation.Lesley Chesterman, entre autres, en a fait le résumé dans «Boom Equals Bust», paru dans The Gazette en novembre.Un des intervenants de son article, Carlos Ferreira \u2014 qui avait pourtant su peser ses mots alors \u2014, a lancé une nouvelle salve par après en une du Journal de Montréal et s\u2019est permis des énormités qui appellent à une réponse publique.«Je ne crois plus au libre marché», dit d\u2019entrée de jeu le propriétaire du Café Ferreira, qui doit pourtant sa fortune à ce même marché ouvert \u2014 où un immigrant portugais peut arriver modestement, tenter sa chance et viser haut.« On devrait protéger les bons restaurants.Même moi, je suis en danger si on ne fait rien.» Peut-être que l\u2019arrogance n\u2019était pas intentionnelle; elle n\u2019en demeure pas moins impressionnante.Tout le propos de M.Ferreira concerne cette nuance entre les «vrais bons» et les opportunistes, ceux qui «écoutent une émission de cuisine, se font faire des tatouages et ouvrent un restaurant».Or, qu\u2019est-ce qu\u2019un bon restaurant?C\u2019est celui qui est plein.Ce sont les clients qui, en définitive, rendent le jugement.Un jeune enthousiaste a le droit, si ça lui chante, de faire à manger mieux et/ou de facturer moins cher qu\u2019une de ces «institutions» poussiéreuses dont l\u2019obsolescence, inéluctable, ne blesse que le capitalisme de leur di- JEAN-FRANÇOIS LEBLANC LE DEVOIR La féroce concurrence fait partie du monde de ia restauration.Seion i\u2019auteur, un bon restaurant est défini par son achaiandage.recteur.Les travailleurs, eux, dans une industrie qui se renouvelle sans cesse, continueront à pratiquer leur métier chez le voisin.C\u2019est triste, un restaurant qui ferme.C\u2019est un rêve brisé, que ce soit celui du jeune insouciant qui n\u2019avait pas fait ses devoirs avant de tout risquer ou celui du millionnaire qui rechigne à s\u2019adapter à une industrie dynamique.Lorsqu\u2019il dit «souhaiter une crise financière pour nettoyer l\u2019industrie», M.Ferreira.La restauration devrait être réservée aux bien nantis?11 souhaite la faillite \u2014 rien de moins \u2014 à ces jeunes dont il faisait partie lorsqu\u2019il a entamé sa conquête ?Les quotas La solution d\u2019un nombre maximum de restaurants par quartier est incohérente.Comme le fait remarquer François Pageau, de l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec, les quotas «protégeraient les restaurants existants, même les mauvais, tout en limitant l\u2019entrée des bons».Dire qu\u2019à partir d\u2019un moment il ne peut plus y avoir de nouveaux restaurants dans un quartier, c\u2019est affirmer que ce quartier n\u2019a subitement plus droit à mieux.François Meunier, de l\u2019Association des restaurateurs du Québec, avance que «les gens n\u2019ont plus d\u2019argent à dépenser.Nous n\u2019aimons pas l\u2019admettre, mais le Québec est une province pauvre ».Peut-on reprocher aux ménages surendettés de vivre moins au-dessus de leurs moyens ?Peut-on en vouloir aux Québécois de se faire à manger eux-mêmes ?Le problème avec le genre de restaurateurs frustrés, favorables aux quotas, c\u2019est qu\u2019ils ont toujours quelqu\u2019un d\u2019autre à blâmer.C\u2019est la faute aux taxes, à la réfection de la voie publique, au prix des aliments, aux clients qui sont trop cons pour faire la différence entre une tendance et une tradition.S\u2019en prendre aux modes, c\u2019est s\u2019en prendre à la nature humaine ; reprocher aux gens d\u2019être absents, c\u2019est se cantonner dans les dernières limites de l\u2019aveuglement volontaire afin de ne pas avoir à faire ce que font les gens qui réussissent encore : se blâmer soi-même.APRES 150 ANS L\u2019Alberta reviendra-t-elle au bilinguisme ?La prochaine décision de la Cour suprême enverra un message puissant sur sa conception de la fédération canadienne d\u2019aujourd\u2019hui ANTOINE LEDUC LL.D.Avocat, président de l\u2019Association du Barreau canadien.Division du Québec a Cour suprême du Canada décidera prochainement si l\u2019Assemblée législative de l\u2019Alberta a l\u2019obligation constitutionnelle d\u2019adopter et de pu-J blier ses lois à la fois en français et en anglais.Pour ce faire, elle sera appelée à interpréter les droits historiques d\u2019un rameau souvent oublié de la famille francophone du Canada, soit les Métis de langue française de l\u2019Ouest canadien.En 1870, la terre de Rupert et le Territoire du Nord-Ouest \u2014 qui couvraient ensemble tout l\u2019espace situé entre les Grands Lacs et les montagnes Rocheuses \u2014 ont été annexés au Canada.Dans l\u2019affaire Caron, le plus haut tribunal du pays devra statuer si le régime de bilinguisme officiel qui existait dans ce vaste territoire avant son annexion a été constitutionnalisé et s\u2019applique toujours en Alberta et, par ricochet, en Saskatchewan.Quelle qu\u2019elle soit, la décision de la Cour suprême enverra un message puissant sur sa conception de la fédération canadienne d\u2019aujourd\u2019hui et sur la place qu\u2019occupe à ses yeux la dualité linguistique au rang des valeurs fonda-mqntales définissant le Canada.A l\u2019époque de la traite des fourrures, les Métis formaient la grande majorité de la population des Prairies et la plupart d\u2019entre eux étaient francophones.D\u2019ailleurs, le français y est demeuré la principale langue européenne de communication, jusqu\u2019à l\u2019entrée des Prairies au sein du Canada, en 1870.Les Métis bénéficiaient d\u2019un régime de bilinguisme officiel bien établi.En effet, les autorités civiles dispensaient leurs services et publiaient leurs lois en français et en anglais et les tribunaux tenaient des procès dans chacune de ces langues.En 1869 et 1870, le gouvernement Macdonald-Cartier et le gouvernement provisoire de Louis Riel mènent des négociations pour définir les conditions d\u2019entrée des Prairies au sein du Canada.Au moyen d\u2019une proclamation royale lancée à la fin de 1869, les autorités fédérales promettent à la population des Prairies qu\u2019elle pourra conserver son mode de vie et ses droits, y compris sur les plans de la langue et çle la religion.A l\u2019issue des pourparlers tenus en 1870, on conclut ce qui équivaut à un contrat social, fondé sur un modèle dualiste semblable à celui du Québec.Toutefois, en fin de parcours, on décide de créer une province relativement petite appelée Manitoba et d\u2019annexer tout le reste de l\u2019espace sous le nom de Territoires du Nord-Quest.Le Manitoba est constitué en province par la Loi de 1870 sur le Manitoba, laquelle comporte des garanties au sujet des éléments suivants : le bilinguisme des institutions publiques, les écoles confessionnelles et l\u2019octroi de terres aux enfants des Métis.Pour leur part, les Territoires du Nord-Quest demeurent sous la tutelle fédérale et aucun texte officiel ne précise immédiatement à leur égard les garanties découlant de ce contrat social.Désaveu du compromis De 1870 à 1890, avec farrivée d\u2019un grand nombre d\u2019Qntariens anglophones et d\u2019immigrants de l\u2019Europe de l\u2019Est, de profonds changements démographiques s\u2019opèrent dans la région des Prairies, les francophones et les Métis y d,evenant minoritaires.A la fin du XIK® siècle, la nouvelle élite anglophone et protestante n\u2019accepte plus le régime de protection conféré à la minorité française et catholique.L\u2019Quest canadien est alors le théâtre d\u2019un affrontement brutal entre deux visions diamétralement opposées du Canada : d\u2019une part, une vision bidimensioimelle selon laquelle le Canada constitue une fédération ancrée dans le pacte solennel conclu entre les deux peuples européens fondateurs ; d\u2019autre part, une vision unidimensionnelle selon laquelle nous vivons dans un pays où une seule nation, une seule langue et une seule culture sont reconnues officiellement et où les francophones sont considérés comme étant essentiellement sur le même pied que les autres groupes ethnolinguistiques.La vision unidimensionnelle l\u2019emporte et le contrat social de 1870 est rompu.Le modèle L\u2019honneur et la dignité des Métis, occupants autochtones du territoire, doivent être pris en compte dualiste visant à protéger la minorité franco-phpne de l\u2019Quest est alors répudié.A partir des années 1960 et 1970, certaines injustices du passé ont été corrigées ou, à tout le moins, reconnues.Citons notamment l\u2019arrêt Forest, par lequel la Cour suprême a redonné vie au bilinguisme parlementaire, législatif et judiciaire au Manitoba, en 1979.11 reste en ce moment un seul élément d\u2019envergure du contrat social de 1870 à résoudre, soit celui du bilinguisme parlementaire, législatif et judiciaire en Alberta et en Saskatchewan.11 serait paradoxal que seul cet aspect particulier de la lutte menée par les groupes francophones et métis se solde par un résultat négatif pour eux.Les autorités fédérales étaient tenues de négocier de bonne foi, avec honnêteté, loyauté et intégrité.Leurs engagements solennels devraient donner naissance à des obligations juridiques contraignantes.Selon la preuve historique, il semble invraisemblable que les parties aient recherché un résultat de type tout ou rien, aux termes duquel seuls les habitants du Manitoba jouiraient de garanties linguistiques, contrairement à ceux des Territoires du Nord-Quest.L\u2019honneur et la dignité des Métis, occupants autochtones du territoire, doivent être pris en compte dans toute solution à cette épineuse question.Le rétablissement du bilinguisme officiel en Alberta contribuerait à favoriser l\u2019atteinte d\u2019un objectif constitutionnel reconnu par la jurisprudence, soit le développement et la vitalité des communautés francophones.11 sera intéressant de voir si la Cour suprême choisira ou non d\u2019honorer le contrat social de 1870.Comme le relevait Josée Boileau dans son éditorial (« Français hors Québec - Encore se battre », Le Devoir, 3 août 2014), en matière de droits autochtones, le plus haut tribunal «a su dépasser une lecture littérale de la loi pour tenir compte des engagements de la Couronne britannique et donner ainsi prise aux demandes des premiers habitants du territoire canadien».Nous verrons si cette approche prévaudra dorénavant en matière de droits linguistiques des francophones à l\u2019extérieru du Québec.L\u2019abcès David Desjardins Ça y est.C\u2019est reparti pour un autre tour à se donner mal au cœur sur le manège déjà laïcité.La faute à qui?A Philippe Couillard, qui s\u2019emploie à allonger le marathon de gigue autour de la question, sorte d\u2019interminable partie de Dance Dance Revolution sémantique où celui qui ne pose jamais le pied sur un terme vaguement délictueux remporte la mise ?La faute à Stéphane Bédard, qui s\u2019est ridiculisé en prêtant d,es valeurs saoudiennes au premier ministre ?A Bernard Drainville, qui ramenait sa charte 2.0 tandis que les cadavres de la rédaction de Charlie Hebdo étaient encore chauds ?Qu à Legault, trop content de donner quelques coups de tisonnier dans le brasier de l\u2019intolérance soffl Disons surtout la faute aux libéraux de Jean Charest qui, après avoir commandé la commission Bouchard-Taylor pour se donner bonne conscience, se sont ensuite empressés de s\u2019en laver les mains.Qui, leur faute, parce qu\u2019en s\u2019employant à ignorer les conclusions de cette douloureuse expérience qu\u2019avait été la ponction publique de la bigoterie ordinaire, l\u2019ancien premier ministre et ses conseillers ont refusé d\u2019éteindre un feu qui menace de se rallumer chaque fois que pointe l\u2019ombre d\u2019un conflit entre la loi des hommes et celle de Dieu.Suffit de relire les recommandations du duo d\u2019intellectuels pour comprendre qu\u2019il y avait là un moyen de dépolitiser le discours, de l\u2019éloigner du nationalisme et de l\u2019identitaire pour établir les bases d\u2019une laïcité inclusive.Pas des «valeurs québécoises», simplement démocratiques.Des valeurs républicaines, en quelque sorte, qui p\u2019appartiennent pas à un peuple, mais à un Etat de droit.Ce dont le Québec n\u2019a pas le monopole.Qu\u2019importe si ces recommandations étaient, pour certains, trop molles.C\u2019était un début.Une manière de poser des balises claires, mais aussi de les accompagner d\u2019une myriade de politiques visant l\u2019intégration des immigrants (dont la reconnaissance des diplômes), en même temps que des initiatives afin de contrer le racisme qu\u2019alimente la presse populiste.Le gouvernement avait-il fui le débat juridique dans lequel risquait fort de l\u2019enliser l\u2019interdiction du port Je signes religieux par les représentants de l\u2019Etat en position d\u2019autorité, comme le proposaient les commissaires?Qu alors avait-on, simplement, refermé le couvercle sur cette boîte de Pandore qui avait beaucoup permis de montrer le visage sombre du Québec?Nous voilà guère plus avancés.C\u2019est la petite politique qui ravive les flammes, et ce, depuis le projet de charte de Bernard Drainville, qui cherchait \u2014 en s\u2019en défendant bien, évidemment! \u2014 à puiser dans le même bouillon de culture dont l\u2019ADQ avait, avant cette commission, largement profité.La situation est loin d\u2019être parfaite, et le multiculturalisme à la canadienne a le dos large en matière d\u2019accommodements.Mais le problème, c\u2019est la politisation d\u2019un enjeu majeur, qui n\u2019a aucune chance d\u2019être menée à bien dans le contexte de la joute partisane.Joute dans laquelle on ne cherche jamais à avoir raison ensemble, mais plutôt à démontrer que l\u2019autre a tort.Sauf qu\u2019on ne peut plus faire l\u2019économie d\u2019un véritable débat sur la question sans la laisser dans les mains des identitaires ou en choisissant la voie de l\u2019angélisme.Dans un cas comme dans l\u2019autre, on pellette par en avant, plutôt que de prendre la décision réfléchie d\u2019établir des barrières civiques qui, pour bien faire,, évacueraient entièrement la religion de l\u2019État.Plus de Bible en cour, plus de prière à l\u2019hôtel de ville de Saguenay, plus de crucifix à l\u2019Assemblée nationale.Pas de laïcité à deux vitesses qui se drape dans le prétexte historique.Mais pas non plus d\u2019aplaventrisme devant les demandes d\u2019accommodements déraisonnables, ou de danse de Saint-Guy autour d\u2019un intégrisme qui n\u2019est acceptable que lorsqu\u2019on ne le fait subir qu\u2019à soi-même.Une laïcité ouverte, recommandaient Bouchard et Taylor.Pas uq bar ouvert multiculturel, mais une idée de l\u2019État où l\u2019on accompagne l\u2019autre, dans la lignée d\u2019une loi 101 où l\u2019application d\u2019une éducation de langue commune aura permis l\u2019intégration de générations d\u2019enfants d\u2019immigrants.Pas leur exclusion.Si Couillard n\u2019a pas le courage d\u2019aborder la question de front \u2014 c\u2019est ce qu\u2019annoncent ses plus récentes sorties sur la question \u2014 il condamne le Québec à un jour de la marmotte où, à la fin, ce sont ceux qui manipulent la foule apeurée qui rompront cette malédiction de l\u2019immobilisme, crevant l\u2019abcès que le premier ministre, comme son prédécesseur libéral, aura laissé se remplir de pus.Tout ça parce qu\u2019il aura eu peur de s\u2019y souiller les mains ; une lâcheté qui, au final, nous salira tous.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagne (adjoints a la direction de l information), PiXAovcvç.Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idees), Michel Garneau (caricaturiste) ,Ja.cqu.^^ Nadeau (photographe), Michael 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Ehmam, Claire Paquet, Chantal RamviUe et Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais {coordonnatrice), Laurence Hemond (secretaire) PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Monn, et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service a la clientele), Manon Blanchette, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Nathahe Eihon et Kevin McKissock ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Elorentina Draghici et Xavier Pigeon (par interim) B 6 LE DEVOIR.LES SAMEDI 31 JANVIER ET DIMANCHE I^R FEVRIER 2015 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO 9 Juste, notre guerre contre le groupe Etat islamique ! À cette grave question, la théorie du philosophe américain Michael Walzer nous permet d\u2019offrir une réponse nuancée et étoffée Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d^histoire et d^his-toire des idées le défi de décrypter une question d^actualité à partir des thèses d^un penseur marquant.DOMINIC MARTIN Chercheur postdoctoral à la Faculté de droit de VUniversité de Montréal Ses recherches se concentrent sur les questions de moralité de la rivalité ou d'éthique adversative.La guerre ne vous intéresse peut-être pas, mais vous, vous intéressez la guerre», écrit Michael Walzer (1935-) en paraphrasant un aphorisme de Léon Trotski.Le célèbre philosophe de Princeton et de Harvard veut suggérer par là que personne n\u2019échappe à un conflit armé tant les enjeux, l\u2019horreur et le mal sont importants.Le Canada est lui-même engagé ^ans une mission militaire contre le groupe Etat islamique depuis quelques mois.Le gouvernement doit décider en avril s\u2019il renouvelle cet engagement.Il ne faut donc pas cesser de se demander si cette intervention est légitime, surtout qu\u2019elle semble évoluer considérablement sur le terrain.Quelle serait la position de Walzer ou, plus précisément, quelle réponse peut-on offrir à la lumière de sa théorie développée dans Guerres justes et injustes (Belin, 1999) ?L\u2019ouvrage de Walzer offre, encore aujourd\u2019hui, une grille très précise pour analyser la dimension éthique des conflits armés à l\u2019échelle internationale.Celui qui œuvre pour la revue d\u2019idée Dissent depuis des lunes (il en est le co-éditeur émérite actuellement) s\u2019inscrit dans la tradition de la guerre juste, tradition dont il est l\u2019une des figures contemporaines les plus connues.On peut la faire remonter à Cicéron, ou même avant, en passant par Thomas d\u2019Aquin et saint Augustin.Plusieurs des règles de la théorie de la guerre juste ont été codifiées dans le droit international, comme la Charte des Nations unies, les Conventions de La Haye et les Conventions de Genève.En théorie de la guerre juste, on distingue les questions de droit à la guerre, ou \\^jus ad bellum (suivant l\u2019appellation latine plus connue), ànjus in hello.On s\u2019intéresse dans le premier cas aux conditions sous lesquelles il est justifié de s\u2019engager dans un conflit armé.Par exemple, la cause est-elle juste?On les distingue des règles selon lesquelles on peut se comporter pendant un conflit.Par exemple, respecte-t-on le principe de l\u2019immunité des non-combattants?Un Etat peut être justifié de s\u2019engager dans un conflit, mais combattre injustement.Il peut s\u2019engager injustement dans un conflit, mais combattre justement, et ainsi de suite.Déterminer si le Canada était justifié ,de s\u2019engager dans le combat contre le groupe Etat islamique est donc une question à^jus ad bellum.Déterminer si l\u2019ensemble des actions du Canada pendant le conflit est justifié relève du jus in hello.On se concentre ici sur la première question.La décision du Canada serait-elle justifiée aux yeux de Walzer?Trois cas de figure Walzer appelle «théorie de Vagression» la partie de sa théorie portant sur la justice avant la guerre.Il part de la prémisse suivante : dans la sphère internationale, chaque Etat jouit d\u2019un droit à fintégrité territoriale et d\u2019un droit à la souveraineté.Par défaut, une violation de ces droits est une agression.Elle est un crime.Elle est injuste., Toutefois, une violation des droits des Etats peut être justifiée dans trois cas de figure.La violation: 1)\test une réponse à une agression antérieure 2)\test une forme d\u2019anticipation ou de guerre préventive; 3)\tentre dans ia catégorie des interventions.Chacun de ces cas de fi^re s\u2019accompagne d\u2019un certain nombre de conditions.Dans la situation actuelle du Canada, on peut écarter facilement le premier cas de figure., Il n\u2019y a pas eu d\u2019agression antérieure d\u2019un Etat, cela ne peut donc pa^ justifier la décision d\u2019Ottqwa.Le groupe Etat islamique n\u2019est pas un Etat au sens où on f entend ici.Il n\u2019est pas reconnu dans la communauté internationale, son territoire est indéfini, tout comme ^a population.Malgré son nom, le groupe Etat islamique s\u2019apparente beaucoup plus à un mouvement révolutionnaire, ou peut-être à une guérilla, au sein d\u2019un autre Etat: l\u2019Irak, la Syrie ou même la Turquie.De plus, il ne faut pas se laisser confondre par les événements récents ayant impliqué Martin Couture-Rouleau et Michael Zehaf-Bi-beau.Ces deux hommes ont commis des attaques au nom d\u2019une idéologie islamique radicale en tuant des soldats des Forces canadiennes et en prenant d\u2019assaut la Colline du Parlement.Déplorables, voire tragiques, ces événements ne sont toutefois pas des agressions pouvant justifier une réponse armée dans la sphère internationale.Sans parler de la question complexe de l\u2019affiliation réelle de ces deux hommes au groupe Etat islamique.Le Canada ne pourrait pas non plus justifier ses actions en invoquant la nécessité de f anticipation ou d\u2019une guerre préventive.Une guerre préventive implique généralement une menace à ARCHIVES LE DEVOIR Uouvrage Guerres justes et injustes du célèbre philosophe de Princeton et de Harvard Michael Walzer, offi*e une grille très précise pour analyser la dimension éthique des conflits armés à Téchelle internationale.imminente d\u2019un autre Etat.Non seulement le groupe Etat islamique n\u2019est pas un Etat, mais il n\u2019y a pas de menace imminente.La possibilité d\u2019autres attentats comme ceux de Couture-Rouleau ou de Zéhaf-Bibeau ne serait pas une raison suffisante.On fait face à une menace imminente, selon Walzer, lorsque la peur devant cette menace est objective.L\u2019expression est quelque peu ambiguë, soit, mais Walzer illustre son propos en évoquant le c,as de la guerre de,s Six Jours d\u2019Israël contre f Egypte en 1967.L\u2019Egypte avait bloqué le détroit de Titan aux,navires israéliens.Un conflit était imminent.L\u2019Egypte avait obtenu le soutien de la Syrie, de la Jordanie et de firak.Des troupes s\u2019amassaient près de la frontière isTaélienne.Gamal Abdel Nasser, président de l\u2019Egypte à f époque, avait aussi affirmé publiquement son intention de supprimer Israel.Selon les partisans de la décision d\u2019Israël d\u2019attaquer de manière préventive (dont Walzer fait partie), la peur devant la menace égyptienne était objective.Israel a donc eu raison de lancer cette attaque.Il faut aussi se méfier de f argument suivant: si on n\u2019intervient pas contre le groupe Etat islamique, celui-ci pourrait prendre le contrôle du nord de firak et de la Syrie, consolider son pouvoir, soutenir des mouvements terroristes internationaux, utiliser des armes de destruction massive, ou même se bâtir une armée et un jour représenter une menace pour le Canada.Outre le caractère hautement hypothétique de ce scénario, cette menace est trop lointaine pour justifier une guerre préventive, n\u2019en déplaise à une certaine rhétorique conservatrice canadienne qui ne fait rien pour dissiper la confusion.Une forme d\u2019intervention Si les actions du Canada sont justifiées à partir de la théorie de Walzer, elles doivent donc être une forme d\u2019intervention.Il est à noter d\u2019ailleurs qu\u2019on les présente de la sorte.Le gouvernement et les mqdias parlent d\u2019intervention contre le groupe Etat islamique et non de guerre contre ce dernier, comme on aurait parlé de la ^erre en Irak.Walzer divise les interventions en trois catégories.Premièrement, un Etat peut intervenir pour soutenir un mouvement sécessionniste (ou soutenir un Etat contre un mouvement sécessionniste).L\u2019intervention du Canada peut difficilement être classée dans cette catégorie dans la mesure où il est difficile de décrire le groupe Etat islamique comme un mouvement sécessionniste.Deuxièmement, on peut mener une contre-mtervention afin d\u2019équilibrer les forces si un Etat est déj^ intervenu dans la politique interne d\u2019un autre Etat.Si, par exemple, d\u2019autres Etats étaient intervenus en Irak pour soutenir le PEDRO RUIZ LE DEVOIR Dominic Martin est chercheur postdoctoral à la Faculté de droit de TUniversité de Montréal.groupe Etat islamique, le Canada pourrait être justifié d\u2019offrir son appui au gouvernement irakien.Ce n\u2019est pas le cas ici, donc cette justification ne s\u2019applique pas non plus.Reste la troisième et dernière catégorie: les interventions de type aide humanitaire.C\u2019est ici qu\u2019il faut chercher si on veut justifier l\u2019intervention du Canada du point de vue de la théorie de f agression de Walzer.Déterminer si une intervention est justifiée en éthique des relations internationales est toujours une question complexe.La principale difficulté réside dans le respect du droit à l\u2019autodétermination d\u2019un peuple.Si un Etat s\u2019immisce dans un conflit à l\u2019intérieur d\u2019un autre Etat pour offrir son soutien à un parti ou à un autre, comment s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019interfère pas avec la volonté populaire, ou même avec le processus par lequel le peuple est appelé à s\u2019émanciper?Walzer s\u2019appuie ici sur une idée développée par John Stuart Mill dans De la liberté.Il est vrai que le gouvernement irakien semble avoir demandé une aide internationale.Mais cela n\u2019est pas suffisant en soi.D\u2019abord, f intervention ne se déroule pas seulement en Irak, mais aussi en Syrie.Le gouvernement syrien de Bashar al-Assad n\u2019a pas donné son consentement à l\u2019intervention, contrairement à ce qu\u2019a pu faire le gouvernement irakien.Et, deuxièmement, cela ne garantit pas que l\u2019intervention respectait la volonté des Irakiens.Une intervention humanitaire justifiée ou non?Faut-il en conclure que f intervention n\u2019est pas justifiée?Non, tout au contraire, d\u2019autres considérations peuvent avoir préséance sur le 4roit à l\u2019autodétermination.Selon Walzer, un Etat doit pouvoir intervenir quand sévit une crise humanitaire.Il défend la légitimité des interventions humanitaires précisément pour cette raison: «Si, en effet, les forces dominantes dans un Etat sont engagées dans des violations massives des droits de Vhomme, le recours à Vau-todétermination \u2014 dans le sens que lui donne Mill, à savoir la capacité de se défendre seul \u2014 n'est pas exaltant.» Ces deux considérations, droit à l\u2019autodétermination et nécessité de mettre fin à une crise humanitaire, viennent se contrebalancer.La question de la légitimité de l\u2019intervention contre le groupe Etat islamique repose donc sur deux facteurs au moins.Plus f intervention est conforme à la volonté des populations du nord de l\u2019Irak et de la Syrie et plus les violations des droits de la personne par le groupe Etat islamique sont importantes, plus l\u2019intervention tend à être justifiée.Or, la vaste majorité des rapports provenant du nord de l\u2019Irak suggère que cqs deux conditions sont remplies.Le groupe Etat islamique ne semble pas jouir de l\u2019appui des populations locales.Celles-ci sont donc susceptibles d\u2019approuver une intervention militaire (mais elles ne sont peut-être pas prêtes à subir les dommages colla- Canada téraux, il faut aussi en tenir compte).On jouit aussi de pourrait-il l\u2019appui du gouvernement irakien et même de certaines atteindre communautés kurdes, dont , .les guerriers peshmergas ODjecniS sont aussi engagés dan^ la\tnipnîprp lutte contre le groupe Etat islamique.Le cas de la Syrie plus pacifiste?demeure plus complexe.Mais la mission canadienne Cela semble doit se concentrer sur l\u2019Irak,\t\u2022! j et on affirme vouloir l\u2019éten-\taans dre à la Syrie seulement si on obtient un appui clair de ce gouvernement.\tla lutte contre Quant à la deuxième\t/ condition, la sévérité de la Ic groupe Etat crise humanitaire est sans .| aucun doute suffisante.On ne compte plus les violations\tc\u2019est des droits de la personne par les membres du groupe possible, Etat islamique: massacre\t.des populations civiles, per- U a le devou* sécution des autres groupes ^ | p religieux, traitement cruel\tlane.des prisonniers de guerre, violence sexuelle, esclavage, enlèvements, décapitations et même usage d\u2019enfants-soldats.En se basant sur l\u2019argument de Walzer, le Canada semble donc justifié d\u2019intervenir contre le groupe Etat islamique.Trois bémols Toutefois, on ne peut se satisfaire simplement de cette conclusion sans mettre au moins trois bémols.Premièrement, l\u2019usage de la force est-il une solution de dernier recours?On retrouve souvent le critère de la nécessité en théorie de la guerre juste.Le Canada pourrait-il atteindre ses objectifs de manière plus pacifiste?Cela semble difficile dans le cas de la lutte contre le groupe Etat islamique, mais si c\u2019est possible, il a le devoir de le faire.Deuxièmement, quelles sont les chances de succès de l\u2019intervention?Sans trop verser dans la stratégie militaire, on peut se demander si le Canada peut atteindre ses objectifs en se limitant à des frappes aériennes.Le Canada, les Etats-Unis et les autres pays alliés ne veulent pas envoyer des troupes au sol pour ne pas recréer un scénario d\u2019enlisement comme celui de la guerre en Irak ou en Afghanistan.Cela est compréhensible.Mais le déploiement de troupes au sol est peut-être nécessaire pour mener à bien l\u2019intervention.Troisièmement, quelles sont les motivations réelles derrière les actions du Canada?Les exemples clairs d\u2019interventions humanitaires sont rares, soutient Walzer.Ce ne sont pas les gouvernements oppresseurs ou les cas de massacres qui manquent.Aq contraire, la liste est longue.Mais quand un Etat intervient et met la vie de ses citoyens en danger, il le fait souvent dans le but de satisfaire d\u2019autres intérêts stratégiques.Le gouvernement Harper a-t-il entraîné le Canada dans un conflit armé par seul souci de rnettre fin aux atrocités commises par le grqupe Etat islamique ou veut-il plaire à d\u2019autres Etats à f échelle internationale?Pense-t-il profiter d\u2019une militarisation des actions du Canada à l\u2019étranger?Le Canada ne doit pas seulement poser les bonnes actions pour protéger les droits de la personne.Il doit le faire pour les bonnes raisons.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille: arohitaille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d'histoire : www.ledevoir.com/societe/le-devoir-de-philo "]
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