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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2015-02-14, Collections de BAnQ.

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[" Idées : 50 nuances de Grey, la Saint-Valentin des belles au bois dormant Page b 5 Michei David : le discours des lucides a-t-il fait son œuvre ?Page b 3 Manon Corneiiier : Justin Trudeau promet beaucoup, mais reste vague Page b 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 Vi rïs?«Lv 'ifi PHOTO DU HAUT LAWRENCE COTE-COLLINS ET PHOTO DU BAS, JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer quel rôle jouera le gouvernement du Québec dans le dossier du pipeline.TransCanada Un port de perdu, un pipeline de trouvé ?Malgré la mise au rancart du port pétrolier de Cacouna, l\u2019essentiel du projet de TransCanada demeure.Mais depuis des mois, le gouvernement Couillard se contente de répéter qu\u2019il mènera une évaluation environnementale du pipeline Energie Est, alors que rien n\u2019a encore été annoncé.Est-ce que les libéraux iront au-delà de leur préjugé favorable ?ALEXANDRE SHIELDS Avec l\u2019abandon de son projet de port pétrolier à Cacouna, TransCanada se trouve à laisser tomber son deuxième projet majeur dans ce village du Bas-Saint-Lau-rent.Sauf que, cette fois, la décision n\u2019est pas le résultat d\u2019un calcul économique, mais bien d\u2019une vive controverse qui n\u2019a pas cessé de s\u2019amplifier au fil des mois, au point de forcer la main à la pétrolière.L\u2019entreprise connaissait pourtant bien le secteur de Cacouna.Ce n\u2019est pas la première fois que TransCanada s\u2019intéresse à ce port.En 2007, la multinationale avait eu le feu vert des libéraux de Jean Charest pour la construction d\u2019un imposant port destiné à importer du gaz naturel liquéfié.iL décret, publié en plein été, donnait même le droit à l\u2019entreprise de mener des travaux en milieu marin de juin à octobre, la période la plus critique poiu les bélugas qui fréquentent le secteur, notamment pour y mettre bas.En fait, l\u2019autorisation accordée par les libéraux ne prévoyait aucune mesure de protection pour l\u2019espèce, qui était pourtant déjà classée «menacée» de disparition en vertu des lois québécoises et canadiennes.La construction du port aurait d\u2019ailleurs pu provoquer les mêmes effets dommageables irréversibles pour les bélugas.Leur situation, quoique similaire à celle qu\u2019on connaît aujourd\u2019hui, n\u2019avait cependant pas provoqué de levée de boucliers comme cela a été le cas avec le projet de port pétrolier.Miser sur l\u2019indifférence Peut-être croyait-on que l\u2019indifférence de 2007 se manifesterait une deuxième fois ?Car l\u2019histoire aiuait pu se répéter.TransCanada a déposé son avis de projet pour le port pétrolier en mars 2014, aussitôt suivi par la « directive » émise par le ministre de l\u2019Environnement péquiste Yves-Erançois Blanchet.Cette directive donnait des indications précises concernant l\u2019étude d\u2019impact que devait produire l\u2019entreprise.Eait étonnant, avant même d\u2019avoir terminé son étude d\u2019impact sur le projet de Cacouna, TransCanada a commencé ses travaux en milieu marin.Des levés sismiques ont été réalisés au printemps.Ceux-ci devaient être suivis de forages menés en pleine période de fréquentation intensive du secteur par les femelles bélugas et leurs jeunes.Malgré les impacts environnementaux majeurs relevés par des spécialistes de l\u2019espèce, ni Québec ni Ottawa n\u2019ont cru bon d\u2019exiger des avis scientifiques avant d\u2019autoriser ces travaux.Il aura fallu que le Centre québécois du droit de l\u2019environnement entame des démarches judiciaires pour que TransCanada se décide à demander un certificat d\u2019autorisation au gouvernement.Le ministre David Heurtel l\u2019accorde, et ce, malgré les refus répétés de la pétrolière de lui fournir un «avis scientifique» sur son projet.Dans un jugement particulièrement sévère, une juge de la Cour supérieure conclura en septembre à «une faille dans le processus décisionnel du ministre».Libéraux favorables Malgré les constats judiciaires et scientifiques, le premier ministre, Philippe Couillard, affirme dès le lendemain que les travaux doivent reprendre à Cacouna.Il faut dire que les libéraux ne cachent pas leur préjugé favorable epvers le projet de pipeline.Le ministre de l\u2019Énergie, Pierre Arcand, a lui-même livré un plaidoyer en sa faveur, et ce, après avoir participé à un souper financé par TransCanada.En dépit de cet appui manifeste, le gouverne- ment répète depuis des mois son intention de mener une évaluation environnementale du projet selon les lois québécoises.Mais depuis que TransCanada a signifié son intention de construire ici le plus important pipeline de l\u2019histoire canadienne, Québec n\u2019a jamais reçu d\u2019avis de projet de la part de l\u2019entreprise.Sans cet avis de projet, tout le processus devant mener à une évaluation sous l\u2019égide du Bureau d\u2019audiences pubhques sur l\u2019environnement (BAPE) se trouve bloqué.Dans le cas du port de Cacouna, l\u2019avis de projet avait été transmis dès mars 2014.Il est vrai que TransCanada a soutenu, dès mars 2014, que la décision concernant le projet de pipeline appartenait uniquement au gouvernement fédéral.Pas question que la décision revienne au gouvernement du Québec, affirmait alors son porte-parole, Philippe Cannon.La pétrolière est «uniquement réglementée par l\u2019Office national de l\u2019énergie», disait-il alors.Le projet de pipeline Pour le moment, le seul processus d\u2019évaluation en cours est justement celui mené par Qt-tawa.Le fédéral a donc un contrôle total sur l\u2019étude du dossier, qui doit être achevée d\u2019ici 15 mois.Et la question des impacts environnementaux de l\u2019exploitation du pétrole des sables bitumineux est totalement exclue de l\u2019étude.Des voix se sont néanmoins manifestées au sein de groupes environnementaux, mais aussi de municipalités et de l\u2019opposition à Québec, pour réclamer une intervention plus active du gouvernement Couillard.Après tout, ce projet de pipeline constitue une première dans l\u2019histoire québécoise.Celui-ci transportera 1,1 million de barils par jour, soit 400 millions de barils par année.L\u2019imposant tuyau qui devra être construit au Québec aura une longueur de plus de 700 kilomètres.Il traversera non seulement de très nombreux secteurs agricoles, mais aussi le territoire de dizaines de municipalités.Tout au long de son tracé, le pipeline doit aussi franchir de VOIR PAGE B 2 : PILELINE UIŒAINE Un cessez-le-feu devrait entrer en vigueur dès dimanche soir Un accord à l\u2019arraché qui reste bancal MARC SEMO Le pire a été évité, c\u2019est-à-dire un échec pur et simple qui aurait signifié une immédiate escalade de la guerre en Ukraine.Mais l\u2019accord obtenu à l\u2019arraché à Minsk une nuit de négociations entre le président français, Eran-çois Hollande, le Russe Vladimir Poutine, l\u2019Ukrainien Petro Porochenko et la chancelière allemande, Angela Merkel, semble bien bancal.Il ouvre peut-être la route à la paix, mais les obstacles restent encore très nombreux.Prudente, la chancelière allemande affirme ne se faire «aucune illusion» et souligne «l\u2019importance des efforts encore à faire».Plutôt optimiste à la sortie des négociations, exprimant son espoir «d\u2019un règlement politique global», Prançois Hollande s\u2019est montré beaucoup plus perplexe ensuite, affirmant que «l\u2019accord est plus qu\u2019une lueur d\u2019espoir», mais qu\u2019il ne «garantit pas un succès durable».En revanche, les dirigeants des rebelles de l\u2019Est exultent, ainsi que le président russe.« Un accord sur l\u2019essentiel a été trouvé», a déclaré Vladimir Poutine, ajoutant: «Cela n\u2019a pas été ma meilleure nuit, mais c\u2019est une bonne matinée.» Certes, l\u2019intégrité territoriale de l\u2019Ukraine est solennellement rappelée.Mais, de fait, une des questions les plus cruciales, celle d\u2019un contrôle international des 400 kilomètres de frontière entre la Russie et les zones séparatistes, ne se concrétisera qu\u2019à la fin de tout le processus, si celui-ci va jusqu\u2019au bout.Et, jusque-là, le matériel militaire comme les «volontaires » \u2014 les soldats russes \u2014 pourront affluer.Pendant les pourparlers, 50 chars russes ont d\u2019ailleurs pénétré en Ukraine depuis la Russie, selon Kiev.Deux négociations La négociation s\u2019est déroulée à deux niveaux.D\u2019un côté, ces quatre dirigeants, dont le parrainage au plus haut niveau donne tout son poids au compromis négocié sur la base des accords déjà signés à Minsk en septembre.De l\u2019autre, le «groupe de contact», réunissant sous l\u2019égide de l\u2019Qrganisation pour la sécurité et la coopération en Europe (QSCE) des émissaires de Kiev, de Moscou et les représentants des rebelles séparatistes qui se sont engagés sur une feuille de route précise afin d\u2019arrêter un conflit qui a déjà fait plus de 5300 morts en dix mois.Cette feuille de route porte sur un cessez-le-feu en vigueur dès dimanche et sur le retrait des belligérants et de leurs armes lourdes permettant la création d\u2019une zone tampon élargie, passant de 30 kilomètres à 50 à 70 kilomètres autour de la ligne de front.Les combats pourraient donc assez vite s\u2019arrêter, mais le plus difficile commence après.D\u2019où la grande prudence de Berlin comme de Kiev.Les précédents n\u2019incitent guère à l\u2019optimisme.Les accords de paix de 2008 en Géorgie, obtenus à l\u2019époque à l\u2019arraché par Nicolas Sarkozy alors que Moscou clamait vouloir pousser son offensive jusqu\u2019à Tbilissi, n\u2019ont jamais été apphqués même si la guerre s\u2019est arrêtée.Cette petite république du Caucase est toujours amputée de près d\u2019un quart de son territoire et Moscou a en outre reconnu plus tard l\u2019indépendance des autoproclamées républiques d\u2019Abkhazie et d\u2019Qssétie du Sud, où reste stationnée l\u2019armée russe.VOIR PAGE B 3 : UKRAINE ANDREY BORODULIN AGENCE ERANCE-PRESSE PLes combats se poursuivent dans l\u2019est du pays. B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 PERSPECTIVES Gagner du temps Manon CORNELLIER à Ottawa epuis qu\u2019il est le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Justin Trudeau promet beaucoup de choses : être transparent, tenir des mises en nomination ouvertes dans toutes les circonscriptions, faire la politique autrement.Cela ne l\u2019a pas empêché d\u2019ouvrir les bras à la conservatrice Eve Adams tout en fermant la porte à des aspirants candidats au solide passé libéral.Sur le front des politiques, il prend prétexte de son engagement à consulter pour ne pas ouvrir son jeu.Plus les élections approchent, plus la pression se fait sentir cependant, mais la stratégie choisie par son équipe est toujours d\u2019attendre la campagne électorale pour dévoiler le détail de ses positions.Entre-temps, il reste aussi vague que possible.Un gouvernement libéral investirait dans les infrastructures, dit-il, mais on ignore dans quelle mesure, alors que c\u2019est le nerf de la guerre.11 mettra fin au fractionnement du revenu pour les familles avec enfants parce que cette politique ne favorise qu\u2019une minorité mieux nantie.11 ne dit cependant pas ce qu\u2019il fera exactement pour venir en aide à l\u2019ensemble des familles.Justin Trudeau en dit juste assez pour créer l\u2019impression qu\u2019il a un plan, mais quand on gratte un peu, on constate qu\u2019il préserve avant tout sa marge de manoeuvre et ménage l\u2019éventail le plus large possible d\u2019électeurs.Cette logique prévaut dans le dossier des changements climatiques.M.Trudeau a présenté sa position le 6 février dernier devant le Canadian Club de Calgary.Sa solution : s\u2019inspirer du modèle de l\u2019assurance maladie pour travailler de concert avec les provinces.Le chef libéral inviterait les premiers ministres provinciaux à l\u2019accompagner à la conférence de Paris sur le cbmat à l\u2019automne 2015 pour ensuite tenir une réunion avec eux dans le but de s\u2019entendre sur des objectifs de réduction des émissions.«Les gouvernements provinciaux et territoriaux auraient alors la possibilité d\u2019élaborer leurs propres politiques pour respecter ces engagements, y compris leurs propres politiques de tarification du carbone», précise le site de son parti.Les provinces recevraient un «financement fédéral ciblé pour les aider à atteindre ces objectif, de la même façon que le gouvernement fédéral contribue financièrement aux soins de santé».Qu\u2019il veuille travailler avec les provinces est une bonne nouvelle, Stephen Harper ayant toujours refusé de le faire.Le problème du Canada en matière de lutte contre les changements climatiques tient cependant au morcellement des approches qui n\u2019assurent pas l\u2019atteinte des objectifs canadiens.La défunte Table ronde sur l\u2019environnement et l\u2019économie l\u2019a dit, le commissaire à l\u2019environnement et au développement durable aussi.M.Trudeau ne fait rien pour y remédier.Les provinces ont pris les devants parce que le gouvernement fédéral n\u2019a assuré aucun leadership dans ce dossier.11 n\u2019a fait que fixer des cibles, ou presque.Le défi est de trouver comment les atteindre.Les moyens adoptés par les provinces varient beaucoup et leur efficacité est inégale.Les provinces ont leur mot à dire puisque les ressources naturelles relèvent de leurs compétences, mais l\u2019environnement, lui, est une compétence partagée.Devant un défi comme les changements climatiques, le gouvernement fédéral ne peut pas simplement faire de l\u2019animation de groupe et envoyer un chèque, il doit faire plus.Laisser aux seules provinces le soin d\u2019agir n\u2019est pas très différent finalement de ce qu\u2019ont fait les conservateurs.Ces derniers ont privilégié l\u2019inaction sous le couvert d\u2019un régime réglementaire toujours incomplet après neuf ans au pouvoir.Les règlements pour le secteur gazier et pétrolier, responsable de la plus forte croissance des émissions du Canada, n\u2019ont toujours pas été adoptés.Le NPD, de son côté, promet la mise en place d\u2019un système de plafonds d\u2019émission assorti d\u2019un mécanisme d\u2019échange de crédits comme il en existe en Europe et au Québec.M.Trudeau, lui, dit ne pas vouloir imposer une solution uniforme afin de tenir compte de la réalité de chaque province.Au final, il n\u2019en choisit aucune.En optant pour cette approche, il laisse les coudées franches aux provinces productrices de pétrole et de gaz qui, jusqu\u2019à présent, ont évité d\u2019imposer des contraintes significatives à leur industrie.Rien ne les obligera à faire davantage.En attendant le résultat des discussions avec les provinces pour en dire plus, M.Trudeau s\u2019offre une porte de sortie pour éviter, d\u2019ici les élections, les questions les plus difficiles.A-t-il des cibles planchers en tête ?Est-ce Kyoto ou Copenhague ?Y aura-t-il un prix minimal pour les émissions de carbone ?11 espère en fixer un avec les provinces, mais il ne dit pas qu\u2019il en fera une obligation.Les provinces qui rateront leurs cibles seront-elles pénalisées ?Pour en savoir plus, il faudra l\u2019élire.Avec cette annonce, Justin Trudeau rassure à la fois ceux qui veulent que le Canada apporte sa contribution contre les changements climatiques et ceux qui craignent une taxe sur le carbone et l\u2019effet d\u2019une action trop vigoureuse sur l\u2019économie.mcornellier@ledevoir.com FRANCE Le Front national, parti de ponvoir ?Le vote FN n\u2019est plus simplement un vote de protestation CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Le Front national premier parti de France».Ce slogan électoral qui s\u2019est vérifié aux dernières élections européennes est peut-être en train de devenir une réalité.En effet, jusqu\u2019ici, la capacité du parti de Marine Le Pen de passer le premier tour d\u2019une présidentielle ne faisait guère de doute.Mais ce qui s\u2019est joué récemment dans l\u2019élection partielle du Doubs, selon plusieurs analystes, c\u2019est sa capacité non seulement de passer le cap du premier tour dans certaines circonscriptions, mais de l\u2019emporter seul au second tour.Dimanche dernier, dans ce petit département de la Pranche-Comté à 500 kilomètres de Paris, l\u2019élection s\u2019est jouée à 800 voix près en faveur du candidat socialiste Christophe Barbier, successeur de l\u2019ancien ministre Pierre Moscovici.Qr, disent les experts, la dynamique du report des voix qui empêchait jusqu\u2019ici le EN de l\u2019emporter au second tour est de plus en plus favorable au parti de Marine Le Pen.Que s\u2019est-il donc passé?Après que le EN fut arrivé en tête au premier tour, au second, le vote du centre droit (UMP) s\u2019est complètement éparpillé entre l\u2019abstention (50%), le EN (25%) et le Parti socialiste (25%).Plus significatif encore, un sondage de riPQP montre que de nombreux abstentionnistes du premier tour sont venus soutenir le EN au second tour.C\u2019est du jamais vu.Qn était plutôt habitué de voir les abstentionnistes se mobiliser au second tour pour contrer le Pront national.Aujourd\u2019hui, les deux mouvements existent et peuvent donc s\u2019annuler.«Habituellement, écrivent les journalistes du Monde Luc Bronner et Nicolas Chapuis, la hausse de la participation handicape l\u2019extrême droite qui mobilise au maximum son électorat dès le premier tour, alors que le PS et l\u2019UMP possèdent davantage de réserve de voix chez les abstentionnistes.Le scrutin dans le Doubs vient infirmer en partie cette analyse.» Voilà qui fait dire à Jérôme Pouquet, de l\u2019institut Ipsos, que ce «parti attrape-tout », qui parle aussi bien à la droite qu\u2019à la gauche, peut aujourd\u2019hui l\u2019emporter même s\u2019il n\u2019est pas dans une triangulaire.Les principaux élus du EN, comme Gilbert Collard (Gard) et Marion Maréchal-Le Pen (Vaucluse), ont toujours triomphé dans un match à trois.La donne viendrait donc de changer.« Une victoire du FN en duel est de plus en plus plausible», dit Jérôme Pouquet.L\u2019analyste rappelle qu\u2019un premier cas de figure s\u2019était produit aux dernières élections municipales à Hénin-Baumont, où Steeve Briois l\u2019avait emporté dès le premier tour.Aux élections départementales, les 22 et 29 mars prochains, ce scénario pourrait ne plus être exceptionnel.Et l\u2019on pourrait voir une déferlante de matchs à deux, le EN perdant ou l\u2019emportant de justesse.La mort du «front républicain» L\u2019élection du Doubs aura donc permis de découvrir que le EN est de plus en plus considéré comme un parti comme un autre.Elle signe la mort de la stratégie du «front républicain», qui voulait qu\u2019en cas de finale avec le EN, l\u2019UMP reporte ses voix sur les socialistes et vice-versa, comme à la présidentielle de 2002.Cette stratégie fait aujourd\u2019hui long feu.Contestée depuis plusieurs années à LUMP, notamment par Nicolas Sarkozy, elle est maintenant désavouée par la grande majorité des électeurs de droite.L\u2019un de ses derniers défenseurs, l\u2019ancien premier ministre Alain Juppé, est aujourd\u2019hui soutenu par moins de 25% de l\u2019électorat de droite.En fait, il est surtout populaire chez les centristes et.les socialistes.«Il faut aussi admettre que la formule consacrée selon laquelle le Front national serait un m à «Une victoire duFN en duel est de plus en plus plausible» SEBASTIEN BOZON AGENCE ERANCE-PRESSE Le vice-président du Front nationai, Fiorian Phiiipot, en campagne dans ie Doubs parti antirépublicain, véhiculant le racisme et l\u2019antisémitisme, n\u2019est plus opérante», écrit dans Le Monde le spécialiste de l\u2019extrême droite Jean-Yves Camus.Depuis le temps que Marine Le Pen annonce l\u2019éclatement de Î\u2019UMP, elle n\u2019a jamais été aussi près du but.Devant le FN, l\u2019UMP n\u2019a plus guère le choix qu\u2019entre deux stratégies.Soit l\u2019alliance, qui se concrétise de plus en plus à l\u2019échelon local.Soit la lutte sans merci, qui est défendue à la fois, mais chacun à sa manière, par Nicolas Sarkozy et Alain Juppé.Force est cependant de constater que le premier n\u2019est pas parvenu à affaiblir le FN pendant les cinq années de sa présidence et que la guerre fratricide que se mènent ces deux candidats pressentis à la présidentielle fait les délices de Marine Le Pen.Est-ce un signe de ce qui se prépare ?Jusqu\u2019ici, rUMP avait remporté douze élections partielles.11 a suffi que Nicolas Sarkozy revienne à sa tête pour que le parti soit défait.L\u2019ancien ministre de l\u2019Agriculture Bruno Lemaire est l\u2019une des rares personnalités de rUMP à reconnaître que la droite s\u2019est trompée et à appeler à un «électrochoc».«Combattre le Front national, dit-il, c\u2019est d\u2019abord reconnaître devant les électeurs que depuis trente ou quarante ans nous n\u2019avons pas fait le travail qu\u2019attendaient les Français.» MIGUEL MEDINA AGENCE ERANCE PRESSE Marine Le Pen «Le feu au lac» En même temps qu\u2019ils déchantaient dans le Doubs, LUMP et le PS ont découvert avec stupeur que les événements qui ont suivi la tuerie de Charlie Hebdo n\u2019avaient pas freiné la progression du FN.Au contraire, selon les sondages, malgré un regain des socialistes, les attentats ont permis au FN de se hisser à 30% d\u2019opinions favorables.Son exclusion du cortège du 11 janvier à Paris pourrait même avoir favorisé encore plus le parti.Du moins a-t-elle accordé du crédit au slogan «UMPS» que claironne Marine Le Pen sur toqs les toits.A gauche, malgré une victoire à l\u2019arraché, le scrutin du Doubs a un goût amer.Cette victoire semble en effet renvoyer le Parti socialiste à sa vieille stratégie anti-FN.Une stratégie que le parti traîne depuis François Mitterrand, lui qui avait même favorisé en sous-main le parti de Jean-Marie Le Pen afin de poser en rempart contre le fascisme.Cette stratégie est pourtant de plus en plus inopérante depuis que la fille a enterré l\u2019antisémitisme du père et qu\u2019elle a récupéré plusieurs éléments du programme de la gauche, comme la laïcité et la défense des emplois industriels contre l\u2019Union européenne.Le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cam-badélis, a beau crier qu\u2019il y a «le feu au lac», on ne voit guère comment le PS pourrait demain répondre aux motivations de ces électeurs des milieux populaires de plus en plus tentés par Marine Le Pen.Alors que le président du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, rêve d\u2019un Syriza à la française, il est peut-être temps de se demander si celui-ci n\u2019existe pas déjà et s\u2019il n\u2019est pas dirigé par Marine Le Pen.Le Devoir PIPELINE SUITE DE LA PAGE B 1 nombreuses rivières majeures du sud du Québec, dont plusieurs sont utilisées comme source d\u2019eau potable.Plus d\u2019une trentaine de cours d\u2019eau présentent des risques évidents de glissements de terrain en raison de l\u2019instabilité des rives, selon une étude produite pour TransCanada.D\u2019où la question déjà posée à plusieurs reprises: qu\u2019arrivera-t-il en cas de rupture de ce pipeline, dans lequel 695 barils couleront chaque minute, 24 heures sur 24 ?En cas de rupture, on ignore totalement combien de temps il faudrait pour stopper le flux de pétrole brut.Qn ignore aussi comment se comporterait le pétrole des sables bitumineux si, par exemple, il était déversé dans le Saint-Laurent.Pourtant, le pipeline traversera le fleuve, un peu en amont de Québec, en plein cœur d\u2019une réserve naturelle située à Saint-Augustin-de-Desmaures.Sur le plan économique, Québec n\u2019a toujours pas en main une évaluation indépendante des retombées.La construction, limitée à un peu plus de deux ans, doit permettre de créer des centaines d\u2019emplois, selon TransCanada.Mais une fois terminé, le pipeline nécessiterait le maintien de 60 emplois directs, selon les documents déposés à l\u2019QNE.En contrepartie, le gouvernement devrait évaluer les coûts associés à un déversement, répètent les groupes environnementaux depuis des mois.L\u2019heure juste Bref, pour avoir l\u2019heure juste, il reste fort à faire pour le gouvernement du Québec.S\u2019il veut mettre en pratique ce qu\u2019il répète depuis des mois, il devra d\u2019abord convaincre TransCanada de déposer un avis de projet.11 faudra ensuite étudier l\u2019ensemble des risques environnementaux, indiquer les zones les plus critiques et d\u2019éventuelles mesures de précaution, évaluer les impacts économiques, traiter de la question de l\u2019acceptabilité sociale, statuer sur la capacité d\u2019intervention en cas d\u2019incident et finalement formuler des recommandations.Tout cela devra être terminé avant l\u2019automne 2015, soit à temps pour les audiences fédérales, dont les règles ont été fixées par le gouvernement Harper.Pour le moment, le premier ministre Couil-lard a surtout mis en avant l\u2019argument voulant que ce pipeline constituerait une contribution du Québec à la péréquation canadienne.Pour certains, la province contribuera également à la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada en facilitant le développement des sables bitumineux.Mais alors que l\u2019année 2015 doit se conclure par la signature à Paris de l\u2019accord climatique le plus ambitieux de tous les temps, les libéraux ont clairement fait savoir qq\u2019il n\u2019était pas question d\u2019étudier cet aspect.Energie Est générera néanmoins plus de GES que toutes les industries québécoises réunies.Les prochaines semaines seront donc cruciales pour déterminer quel rôle jouera véritablement le gouvernement du Québec dans un dossier qui pourrait provoquer une vive contestation.Après tout, plusieurs municipalités, MRC et citoyens ont déjà manifesté leurs inquiétudes par rapport au passage du pipeline.Mais maintenant que le port pétrolier de Ca-couna est écarté, est-ce que l\u2019élément central du projet, soit le pipeline lui-même, sera plus facile à faire passer?Le point de passage Au moment où le débat devrait avoir lieu, un premier pipeline acheminera déjà du pétrole de l\u2019Quest vers Montréal.Enbridge espère en effet inverser finalement le flux dans l\u2019oléoduc 9B d\u2019ici juin 2015.Quelque 300 000 barils couleront à ce moment vers le Québec dans cet oléoduc vieux de 40 ans, traversant de nombreux cours d\u2019eau, mais aussi des secteurs résidentiels.Avec ce premier projet à se concrétiser, puis celui de TransCanada, le Québec verra couler 1,4 million de barils de pétrole chaque jour vers son territoire.Si on ajoute à cela le transport de pétrole par train jusqu\u2019à Sorel-Tracy, puis son chargement à bord de pétroliers, il est de plus en plus évident que le Québec est sur le point de devenir le point de passage le plus stratégique au pays pour l\u2019exportation de pétrole de schiste et celui des sables bitumineux.Pour le moment, aucun de ces projets n\u2019a fait l\u2019objet d\u2019une évaluation environnementale, sociale ou économique selon la législation québécoise.Le Devoir LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 B 3 PERSPECTIVES HSBCO PHILIPPE LOPEZ AGENCE ERANCE-PRESSE Présente dans plus de 80 pays, la banque HSBC est un des poumons de l\u2019économie mondiale.SWISSLEAPfâ HSBC, la banque de tous les scandales ANNE MICHEL La femme qui tape du poing sur la table, ce jour de juillet 2013, c\u2019est Elizabeth Warren, la nouvelle coqueluche du Parti démocrate américain.Sa cible: la banque britannique HSBC.«Combien de milliards de dollars faut-il blanchir, combien d\u2019embargos faut-il violer pour qu\u2019on envisage enfin de fermer une banque comme celle-ci?», s\u2019emporte la sénatrice du Massachusetts, scandalisée par la simple sanction de 1,9 milliard de dollars infligée à la filiale américaine de HSBC.Celle-ci vient d\u2019être reconnue coupable de blanchiment de l\u2019argent de la drogue des cartels mexicain et colombien et d\u2019organisations liées au terrorisme.La banque a tout avoué.Des guichets avaient été ouverts pour blanchir les valises de billets des narco-trafiquants.Puis l\u2019argent était convoyé par avions et véhicules blindés jusqu\u2019aux Etats-Unis.Le trafic a duré sept ans, de 2003 à 2010, admis sinon couvert par les dirigeants.Comme ont été aussi tolérés les liens d\u2019affaires avec des organisations suspectées de soutien au terrorisme, dont la banque d\u2019Arabie Saoudite al Rajhi, proche d\u2019al-Qaïda.L\u2019affaire est très grave, mais elle se solde par une amende.Une sanction vite payée, vite oubliée donc, même si elle est assortie d\u2019une période de probation de cinq ans, jusqu\u2019en 2018.Devant la commission sénatoriale consacrée à l\u2019affaire, les mots d\u2019Elizabeth Warren cinglent, laissant le représentant du Trésor américain, David Cohen, un moment sans voix.L\u2019impuissance des politiques L\u2019affaire HSBC n\u2019est pas seulement le symbole des dérives de la finance.Elle révèle l\u2019impuissance des politiques devant ces mastodontes bancaires, qui se relèvent toujours indemnes des pires scandales, au nom de leur place centrale dans le financement de l\u2019économie.Avec 270 000 salariés dans plus de 80 pays, HSBC est un poumon de l\u2019économie mondiale.Qui oserait compromettre son avenir en la privant de sa licence bancaire ?Et pourtant.Les infractions commises par le géant bancaire en Amérique centrale et du Sud sont loin d\u2019être des faits isolés.Du blanchiment d\u2019argent sale aux affaires de manipulation de taux servant de référence aux activités financières (Libor, Euri-bor.), en passant par la vente de produits financiers toxiques, on ne compte plus les procédures judiciaires dans lesquelles le groupe est impliqué ou cité.Et voilà que s\u2019ouvre un nouveau front, avec cette affaire d\u2019évasion fiscale dont HSBC semble s\u2019être rendue coupable à grande échelle, pour le compte de fraudeurs au fisc, mais aussi, fait bien plus préoccupant, de groupes criminels fichés, voire déjà condamnés.Des criminels dont la banque a aidé à dissimuler l\u2019argent dans les paradis fiscaux les plus opaques.Comment de tels individus ont-ils pu passer le filtre de l\u2019obligation faite aux banques du monde entier de connaître leurs clients et de surveiller leurs comptes ?Comment de telles pratiques ont-elles pu exister au sein d\u2019un groupe soumis à une double surveillance interne et externe, jusqu\u2019alors bien réputé \u2014 en tout cas en Europe \u2014 en matière de contrôle anti-blanchiment ?Une longue histoire Eaut-il incriminer la banque ?Sa culture ?Sa taille?La régulation?Dans un monde où les scandales bancaires se multiplient \u2014 explosant depuis la crise de 2009, révélatrice des excès \u2014, le cas de HSBC frappe.Par l\u2019histoire singulière de cette institution, tout d\u2019abord, créée dans des conditions sulfureuses, dans le Hong Kong de la fin des années 1860.L\u2019Empire britannique vient alors de remporter la guerre de l\u2019opium qui l\u2019oppose à la Chine depuis 20 ans.Il force les ports chinois à participer à son lucratif trafic d\u2019opium.L\u2019idée de créer une banque pour financer ce commerce germe dans la tête d\u2019un Ecossais spécialisé dans l\u2019importation de cette drogue produite aux Indes.HKSC, l\u2019ancêtre de HSBC, est né.Pour Thomas Sutherland, le fondateur de l\u2019établissement, c\u2019est le jackpot.Et pour la banque, le début d\u2019une odyssée financière.Après s\u2019être émancipée de la région Asie-Pacifique dans les années 1970, elle s\u2019impose comme l\u2019un des plus gros conglomérats financiers mondiaux, grqce au rachat de concurrents aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.Le siège de HSBC est transféré de Hong Kong à Londres en 1,993, avant la rétrocession de la cité-Etat à la Chine.Ce gigantisme a-t-il nui au contrôle ?Micros éteints, les meilleurs régulateurs mondiaux acquiescent.Ils renvoient au profil de ce géant sino-britannique, doté de la plus intercontinentale des banques de gestion de fortunes présentes dans tous les pays.Y compris ceux à risques, où circule l\u2019argent du crime et où la lutte contre le blanchiment constitue le défi majeur, sous-estimé par les régulateurs locaux, y compris jusqu\u2019à récemment par les autorités de Hong Kong.De facto, une partie du «business » de HSBC est « en risque ».Les conditions dans lesquelles s\u2019est faite l\u2019expansion du groupe sont soulignées.Car l\u2019un des enjeux de la croissance par acquisitions est de contrôler ses cibles, la qualité des portefeuilles comme la probité des dirigeants.Surtout si, localement, lois et autorités de contrôle sont faibles.Les manquements de HSBC au Mexique ne sont-ils pas dus, pour une large part, au Grupo Einanciero Bital, acquis en 2002 ?Aucun contrôle anti-blanchiment spécifique n\u2019avait été instauré.De même, l\u2019héritage du banquier milliardaire Edmond Safra, Brésilien d\u2019origine libanaise, et de sa banque d\u2019af- « Certaines banques sont si grandes que le management ne peut plus les gérer» faires, la Republic New York Corporation, rachetée en 1999 par HSBC, pèse lourd.C\u2019est cet établissement aux méthodes peu scrupuleuses qui a apporté la clientèle de diamantaires et la culture de l\u2019offshore.«Too big to manage» «L\u2019effet taille induit des comportements dangereux», souligne l\u2019économiste Gabriel Zucman, qui enseigne à la London School of Economies.C\u2019est le fameux aléa moral par lequel toute banque «too big to fail» (trop grande pour faire faillite) se sait protégée par l\u2019Etat.Jusqu\u2019à se sentir «too big to jail» (trop grande pour être condamnée).«Invulnérable», résume-t-il.L\u2019histoire récente a montré que le sentiment d\u2019impunité avait gagné les banquiers.«Sur des effectijs de 300 000, il suffit de 4% à 5% de personnes malhonnêtes pour créer de gros troubles, affirme Thierry Philipponat, membre du collège de l\u2019Autorité des marchés financiers de Erance, expert en régulation.Certaines banques sont si grandes que le management ne peut plus les gérer, c\u2019est le \u201ctoo big to manage\u201d.» HSBC se serait-elle crue au-dessus des lois?Son identité complexe, presque apatride, à cheval entre l\u2019Asie, son berceau, et l\u2019Europe, a pu nourrir chez ses dirigeants le sentiment de se perdre entre les systèmes de régulation.Voire de pouvoir circuler librement entre les lois.Lan dernier, n\u2019est-ce pas la même HSBC qui, à peine votée la directive européenne limitant les bonus des banques, dévoilait stoïquement sa méthode pour la contourner ?In fine, les errements de HSBC montrent le besoin constant de renforcement des règles et des lois.Cette banque étant contrôlée depuis Londres, la mise en place de la 4® directive anti-blanchiment, en 2016, contribuera à lutter contre les angles morts de la régulation.Elle améliorera la coopération entre pays et imposera aux banques de rechercher l\u2019identité des bénéficiaires réels des sociétés écrans.Un pas vers plus de transparence.Mieux encore, la mise en place d\u2019un système mondial d\u2019échange automatique des données fiscales sur les contribuables, en négociations au G20, devrait porter un coup d\u2019arrêt à la fraude.Il est espéré à l\u2019horizon 2017-2019.Enfin, il faudra diffuser la culture de la régulation.Peter Hahn en fait son plus grand défi d\u2019enseignant à la renommée Cass Business School de Londres: «L\u2019attrait pour l\u2019argent et le court terme domine depuis les années 1990.Si l\u2019on veut changer les institutions, il faut bien former la génération qui vient, dit l\u2019ex-conseiller de la Banque d\u2019Angleterre.Ma priorité, c\u2019est de préparer les étudiants aux conflits d\u2019intérêts et aux cas de conscience auxquels ils devront faire face.» Le Monde UKRAINE SUITE DE LA PAGE B 1 Dans le cas précis de l\u2019Ukraine, les premiers accords de Minsk n\u2019ont jamais été respectés et les rebelles ont conquis 500 km^ depuis leur signature.Ils prévoyaient notamment un cessez-le-feu immédiat, l\u2019instauration d\u2019une zone démilitarisée, le retrait des armes lourdes, le départ des «forces étrangères» \u2014 en clair, des soldats russes \u2014, le contrôle de la frontière russo-ukrainienne, un statut pour les zones aux mains des séparatistes tout en préservant l\u2019intégrité territoriale de l\u2019Ukraine.C\u2019est ce que reprend le nouveau plan, qui se veut plus précis et contraignant et, surtout, qui cherche à «engager » Poutine dans sa mise en oeuvre.Mais celui-ci n\u2019a par exemple pas signé formellement le document de soutien à la feuille de route.Kiev et Moscou n\u2019auraient pas réussi, de plus, à se mettre d\u2019accord sur un des points les plus cruciaux à long terme : le statut des zones aux mains des séparatistes.Tout reste dans le flou même si le mot «fédéralisation», refusé par les Ukrainiens, ne figure pas dans le texte final.Les accords de Minsk prônaient un «dialogue national inclusif» et une réelle décentralisation du pouvoir.Les autorités réformistes de Kiev ont fait une loi sur un «statut spécial» très généreux.Les séparatistes ont rejeté ces propositions, organisant leurs propres élections législatives et présidentielles le 2 novembre, avant de demander leur rattachement à la Russie.Le Kremlin a refusé, contrairement à ce qu\u2019il avait fait au printemps avec la Crimée, annexée de jure.Le Kremlin n\u2019en continue pas moins d\u2019exiger une très large autonomie pour les zones sous contrôle rebelle et l\u2019élection des gouverneurs régionaux (actuellement nommés par Kiev) afin de légitimer ainsi les leaders des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk.L\u2019accord prévoit en outre que les mi- lices des séparatistes demeurent responsables de l\u2019ordre public dans les zones sous leur contrôle.D\u2019où la crainte de Kiev, qui dénonce une volonté de Moscou de vassaliser leur pays en gardant le contrôle direct ou indirect d\u2019une partie de son territoire.Enfin, sur le fond, les choix stratégiques des autorités pro-européennes de Kiev et ceux de l\u2019homme fort du Kremlin sont difficilement conciliables.Les premières veulent une démocratie à l\u2019occidentale et une Ukraine associée à l\u2019Union européenne, même si les « 28 » rejettent toute idée d\u2019une adhésion.Vladimir Poutine, en revanche, veut rétablir son influence dans l\u2019ex-espace soviétique et garder des moyens de contrôler le futur de cette république qui avait par référendum voté à plus de 80% pour l\u2019indépendance lors de l\u2019éclatement de l\u2019URSS.D\u2019où la crainte qu\u2019un éventuel accord ne reste qu\u2019un chiffon de papier.Libération A quoi bon ?Michel David Au printemps dernier, les libéraux avaient ressorti l\u2019épouvantail référendaire trois semaines avant que la campagne électorale soit officiellement déclenchée.La recette a donné de si bons résultats que le premier ministre Couillard a déjà décidé d\u2019appliquer la même à la prochaine élection.Le PQ «a encore une fois comme priorité la question de la séparation et du référendum.Comment?Pourquoi?Pour qui?Avec des études, pas d\u2019étude ?Je voudrais les remercier d\u2019avoir déjà posé la question électorale de 2018.Je les félicite.C\u2019est parfait», a-t-il lancé à l\u2019Assemblée nationale jeudi.Le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bé-dard, a répliqué que le premier ministre cherchait simplement à distraire l\u2019attention de ses politiques d\u2019austérité.Il a parfaitement raison.Le gouvernement ne veut tellement pas entendre prononcer ce mot qu\u2019il a bloqué une motion présentée par Amir Khadir, qui voulait saluer l\u2019élection du nouveau gouvernement de gauche en Grèce, afin d\u2019éviter toute tentation de parallèle.En cette semaine de reprise des travaux parlementaires à Québec, on pouvait néanmoins sentir une certaine morosité au sein des partis d\u2019opposition.Cela fera bientôt un an que les libéraux ont été reportés au pouvoir sur la base d\u2019une plateforme qui était très discrète sur les compressions budgétaires à venir.Depuis des mois, on accuse le gouvernement d\u2019avoir trompé les électeurs.Malgré la colère des syndicats, des organismes communautaires, des régions ou encore des médecins, tout indique que le PLQ serait facilement réélu si une élection avait lieu aujourd\u2019hui.Soit, il a perdu 5 points depuis sa victoire du 7 avril dernier, selon le récent sondage Léger Marketing-Le Devoir, mais il conserve une avance de 12 points sur le PQ et la CAQ, qui font du surplace.Même avec PKR la lutte serait très serrée.Québec solidaire était en droit d\u2019espérer trouver de nouveaux appuis chez ceux qui craignent de voir le Québec s\u2019éloigner des valeurs de justice sociale et de solidarité qui caractérisaient la « société distincte».Pourtant, les intentions de vote de QS ont augmenté d\u2019un maigre point depuis l\u2019élection.Autant dire que c\u2019est la stagnation.Quand la première vague de compressions a été annoncée, plusieurs ont cru à une répétition de ce qui est survenu après l\u2019élection de 2003, quand la tentative de «réingénierie» de Jean Charest a rapidement entraîné le PLQ dans une chute vertigineuse.À peine dix mois après l\u2019avoir emporté par 12 points sur le PQ, les libéraux avaient déjà pris un retard de 7 points.Il est vrai que la course à la succession de Pauline Marois, qui affecte inévitablement la cohésion du PQ, rend la vie plus facile au gouvernement.Au début de 2004, Bernard Landry était toujours en poste, mais il laissait lui-même planer up doute sur son avenir.A l\u2019époque, personne ne savait qui mènerait les troupes pé-quistes à l\u2019élection suivante.Les libéraux ont été chanceux que ce soit finalement André Boisclair.Qn objectera que les effets des coupes décrétées par le gouvernement Couillard commencent à peine à se faire sentir.Combien faut-il de temps avant que des compressions à la protection de la faune causent des dommages visibles?Pourtant, en 2004, on s\u2019insurgeait contre une «réingénierie» qui demeurait strictement virtuelle.La fin de l\u2019universalité dans les garderies est passée comme une lettre à la poste Qn peut toujours se moquer de la cassette sur la nécessité d\u2019un redressement budgétaire pour mieux assurer l\u2019avenir que le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, repasse ad nauseam, mais les manifestations qui se succèdent ne semblent pas arriver à rendre contagieuse l\u2019exaspération qui pourrait provoquer un nouveau printemps érable.Ceux qui espéraient à l\u2019époque que quelque chose allait réellement changer se demandent peut-être à quoi bon.Le premier ministre aurait-il raison de croire que le discours sur l\u2019urgence de stopper l\u2019explosion des dépenses a finalement pénétré l\u2019esprit de la majorité silencieuse?Cela fait des années que, de rapport en étude, le discours des « lucides » occupe une place de plus en plus importante dans l\u2019espace médiatique.L\u2019indexation des tarifs à la hausse du coût de la vie, que tous les gouvernements jugeaient jadis trop risquée, est presque devenue une routine.Qui aurait cru que la fin de l\u2019universalité dans les garderies passerait comme une lettre à la poste ?Pour gagner encore un peu de temps, M.Couillard évoque de plus en plus fréquemment l\u2019allégement du fardeau fiscal qui suivra l\u2019atteinte du déficit zéro.En 2018, cela lui permettra d\u2019apporter une variante à la question électorale.Peu importe que le PQ en promette un ou non, ce pourrait être: «Voulez-vous un référendum ou une baisse d\u2019impôt?» Il y a de quoi rendre morose.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 EDITORIAL BOMBARDIER Le géant fragile Qui ne risque rien n\u2019a rien, dit l\u2019adage.Dans le cas de Bombardier, des milliers d\u2019emplois dépendent du pari très audacieux à l\u2019origine du lancement de la CSeries qui lui rend la vie si difficile, ces jours-ci.Faire aboutir ce projet est une nécessité incontournable pour le Québec et le Canada.D Jean-Robert Sansfaçon epuis le début de l\u2019aventure de la CSeries, plusieurs experts doutent de la capacité de Bombardier à concurrencer ses adversaires beaucoup plus puissants que sont Boeing, Airbus et même Embraer.Parmi les conditions de la réussite, on spécifiait la rapidité avec laquelle Bombardier parviendrait à faire voler cet avion équipé d\u2019un nouveau moteur silencieux et plus économique conçu par Pratt & Whitney.Or, des difficultés multiples \u2014 dont l\u2019explosion d\u2019un moteur à l\u2019essai \u2014 ont retardé de deux ans l\u2019étape cruciale d\u2019homologation du SClOO et fait grimper les dépenses d\u2019investissement requises de 3,4 à 5,4 milliards $US.Pendant ce temps, les concurrents ont pu lancer leurs propres modèles dans le même créneau.Ce fut le cas d\u2019Airbus avec son A320neo, une adaptation d\u2019un modèle existant qui n\u2019a exigé que 1,5 milliard en investissements et dont la compagnie a déjà vendu plus de 3750 exemplaires.En comparaison.Bombardier peine à s\u2019approcher du seuil minimal de 300 unités fixé pour entreprendre la fabrication.En s\u2019attaquant au marché des avions de ligne, la famille Beaudoin savait qu\u2019elle risquait gros.Et elle risque gros, en effet ! Le remplacement cette semaine du grand patron Pierre Beaudoin par un ex-dirigeant de United Technologies Corp., Alain Bellemare, n\u2019est qu\u2019un des signaux d\u2019alarme.En 15 ans, l\u2019action de Bombardier a chuté de 26$ à 2,58$ à la clôture des marchés, vendredi.Bien sûr.Bombardier ce n\u2019est pas seulement la CSeries et tout ne va pas mal dans toutes les divisions ! Présente dans 60 pays, elle emploie toujours quelque 70 000 personnes et dispose de plus de 2 milliards de liquidités.Mais cela est insuffisant et il faut maintenant trouver 2,1 milliards sous forme de capital et d\u2019emprunts.Pour le Québec, l\u2019industrie aéronautique est cruciale, tant au chapitre de l\u2019emploi qu\u2019à celui de la recherche et développement.Malheureusement, il n\u2019y a pas de solutions miracles aux obstacles qui se dressent sur la route de Bombardier, comme de toutes les sociétés actives dans les ligues majeures.Depuis toujours.Bombardier a eu l\u2019oreille attentive des gouvernements qui sont, eux aussi, en concurrence pour attirer chez eux des investissements et des emplois.Que ce soit sous forme de subventions, de crédits d\u2019impôt ou même de favoritisme lors d\u2019appels d\u2019offres, les sociétés comme Bombardier connaissent la musique et n\u2019hésitent pas à jouer leur partition, en public ou en privé.Inutile d\u2019en appeler à plus d\u2019aides financières des contribuables, cela n\u2019y changerait rien! D\u2019une part parce que ces aides ne sont pas des gages de succès automatique devant la concurrence; d\u2019autre part parce qu\u2019elles ne suffisent souvent pas à faire contrepoids à des régions comme le Mexique.Chez Bombardier comme chez Couche-Tard, SNC-Lavalin ou CGI, le succès repose essentiellement sur la compétence des dirigeants et sur l\u2019environnement dans lequel l\u2019entreprise évolue.II faut continuer de soutenir ces joyaux de notre économie et leurs dirigeants dans la mesure où ceux-ci prennent les bonnes décisions et respectent les lois et les règles de l\u2019éthique en affaires.Ce qui n\u2019a pas toujours été le cas.NIQAB ET ASSERMENTATION Test du serment ue les nouveaux citoyens prêtent serment au Dominion à visage découvert: la directive, adoptée en 2011 par le ministre Jason Kenney, relevait du bon sens.Ces cérémonies sont publiques.Les juges de la citoyenneté doivent observer ces nouveaux venus promettre «fidélité et allégeance au Canada» et à la «reine du Canada» ; ils s\u2019engagent à «respecter les droits et li- Antoine Robitaille hertés» de la fédération, à défendre ses «valeurs démocratiques», à observer fidèlement ses «lois et à remplir [les] devoirs et obligations de citoyen ».La musulmane intégriste Zunera Ishaq porte un niqab.De la forcer à l\u2019enlever durant la prestation de serment violait sa liberté de religion, estimait-eîle.Et ajoutait que la directive était contraire au Règlement sur la citoyenneté.Elle a donc porté l\u2019affaire devant les tribunaux.Et comme nous le redoutions (en octobre dans ces pages), un juge de la Cour fédérale, Keith Boswell, lui a donné gain de cause la semaine dernière.Selon lui, la directive sur le visage à découvert limite excessivement le devoir des juges de la citoyenneté \u2014 inscrit dans le Règlement sur la citoyenneté \u2014 d\u2019accorder «la plus grande liberté possible pour ce qui est de la profession de foi religieuse ou l\u2019affirmation solennelle des nouveaux citoyens».Le juge, notons-Ie, a explicitement refusé de s\u2019aventurer sur le terrain des droits, même si les avocats de M\u201c® Ishaq et de la Couronne avaient tous deux invoqué la Charte.Autrement dit, au lieu, comme il l\u2019a annoncé, d\u2019en appeler du jugement, le gouvernement Harper ne pourrait-il pas simplement reformuler l\u2019article 17 du Règlement sur la citoyenneté pour y baliser les devoirs du juge ?Par exemple de voir le visage de celui ou celle qui prête le serment?Au Canada anglais, plusieurs ont condamné le gouvernement.Le Globe and Mail et le National Post ont soutenu que la liberté de religion à la canadienne permettait à une femme de se voiler le visage, même lors de cérémonie d\u2019assermentation.L\u2019obligation du visage à découvert?Pour un permis de conduire ou pour des raisons de sécurité seulement.Et encore.Limiter davantage serait déraisonnable.Pourtant, comme l\u2019ont bien dit les avocats de la Couronne, la citoyenneté n\u2019est pas un droit, mais un privilège.Si l\u2019on rejette les règles du pays duquel on veut devenir citoyen, on devrait accepter les conséquences ! M\u201c® Ishaq pourrait très bien demeurer résidente permanente.Ce qui est exigé d\u2019elle n\u2019est aucunement un serment du test (de 1763 à 1774, les catholiques durent abjurer leur foi pour obtenir des charges publiques).Ici, au contraire, c\u2019est M\u201c® Ishaq qui semble vouloir tester le système.par le serment.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET HARVEfî\t?£t»\u2018tÎ(5N PpuR U PwTpr aoéBec PAR LeCN*- ?Éif4TüRt! LETTRES L\u2019arrogance médicale au pouvoir.Endormissement, saignée, purgation : on avait plutôt parlé, pourtant, durant la campagne électorale, de développement économique et de création d\u2019emplois.Pour nous endormir avant le rude jeu inattendu des saignées et des purgations?Mes rencontres des dernières années avec des médecins m\u2019avaient fait croire qu\u2019était révolue l\u2019époque \u2014 la tradition \u2014 de l\u2019arrogance du médecin qui sait ce qui est bon pour nous et s\u2019autorise donc à décider pour nous du traitement auquel nous serons soumis.Aujourd\u2019hui, on s\u2019informe auprès du malade, on fait des examens avant d\u2019oser faire un diagnostic dont on dit parfois qu\u2019il faudra éventuellement le revoir, on propose diverses interventions possibles avec les pronostics probables, puis on demande à la personne en cause, le patient, de décider \u2014 de donner «un consentement libre et éclairé».Avec le trio de première ligne Couil-lard-Barrette-Bolduc, l\u2019arrogance médicale a pris le pouvoir, pour mettre en œuvre son plan d\u2019intervention sans que nous puissions donner notre avis directement (en commission parlementaire, par exemple) ou par l\u2019intermédiaire de députés ayant liberté de parole (nous sommes tous Charlie!), et éventuellement d\u2019autres partis, ni sur le diagnostic, ni sur le traitement proposé.Les élus issus d\u2019une élection démocratique s\u2019arrogent un pouvoir qui ne leur a certes pas été donné de façon libre et éclairée.Alors, d\u2019où vient cet arrogant pouvoir sur de trop patients concitoyens ?C\u2019est aussi simple qu\u2019au temps de Molière : « Clystérium donare, postea saignare, ensuita purgare.Ensuita, resaignare et re-purgare.» Endormissement, saignées et purgations.Guy Bourgeault Laval, le 11 février 2014 REVUE DE PRESSE L\u2019aide médicale à mourir ne fait pas l\u2019unanimité hors du cercle fermé de la Cour suprême BRIAN MYLES La Cour suprême a décriminalisé le 6 février le suicide assisté.La décision unanime du plus haut tribunal du pays est loin de faire l\u2019unanimité dans la presse d\u2019opinion anglophone.C\u2019est «une journée d\u2019infamie», affirme sans détour la chroniqueuse du Calgary Herald, Licia Corbella, qui fait un parallèle avec le naufrage du Titanic.Un naufrage moral, il va sans dire, puisqu\u2019il n\u2019y aura pas moyen d\u2019empêcher une banalisation du suicide assisté et un glissement vers l\u2019euthanasie sélective.Dans le National Post, Andrew Coyne développe un argument similaire.La Cour suprême «a franchi le Rubicon», selon le chroniqueur.Dans un futur proche, il anticipe des cas d\u2019euthanasie d\u2019enfants atteints de maladies dégénératives incurables, à la demande des parents, ou de personnes affligées par la maladie mentale et incapables de fournir un consentement éclairé.Le Calgary Sun s\u2019indigne aussi de cette «victoire des baby-boomers» et de leur culture du «moi d\u2019abord».Au crépuscule de leur vie, les membres de cette génération habitués de vivre comme ils l\u2019entendent veulent le plein contrôle sur leur destinée.«C\u2019est à travers ce prisme qu\u2019il faut voir la décision de la Cour suprême», écrit le quotidien, qui accepte la décision, non sans peine.«Devant un tel choix, nous croyons que les gens devraient choisir la vie.Soyez combatijs.La vie est sacrée.» Toujours dans le Sun, le chroniqueur Ezra Levant dénonce sans détour la légalisation du meurtre par la Cour suprême, ce curieux animal politique qui en mène trop large.« Quand les juges, et non les législateurs, écrivent les lois, vous n\u2019êtes plus un citoyen, vous êtes un sujet.» La Cour suprême a découvert à l\u2019intérieur du droit fondamental à la vie «le pouvoir de tuer \u2014 les vieux, les faibles, les malades.Ces gens que les médecins sont censés aider», décrie Levant.Une nouvelle loi A l\u2019inverse, le Winnipeg Free Press soutient l\u2019idéal de dignité humaine sous-jacent à l\u2019arrêt de la Cour suprême.Le gouvernement devrait maintenant rédiger une loi limitative pour encadrer le suicide assisté pour les personnes en fin de vie seulement, en s\u2019assurant de protéger les plus vulnérables.Le Globe and Mail invite Ottawa et les provinces à s\u2019inspirer de l\u2019exemple du Québec, la première province à avoir encadré l\u2019aide médicale à mourir (une des rares initiatives du PQ appuyées par le Globe).Le chroniqueur santé du Globe, André Picard, s\u2019attarde pour sa part aux réactions possibles du législateur, qui çlis-pose d\u2019un délai d\u2019un an pour agir.L\u2019Etat pourrait très bien choisir de ne rien faire, comme ce fut le cas en 1988, lorsque la Cour suprême avait invalidé les dispositions du Code criminel interdisant l\u2019avortement.En matière de suicide assisté, le lais-ser-faire rend les médecins «mal à l\u2019aise».«Ils veulent connaître les règles», note Picard.Parmi les questions à élucider, il souligne les critères d\u2019admissibilité des patients qui veulent mettre fin à leurs jours, l\u2019encadrement du processus décisionnel, la liberté de conscience des médecins, les procédures administratives à suivre.Picard relativise les inquiétudes en matière de santé publique en s\u2019appuyant sur un portrait factuel rigoureux.Malgré l\u2019ampleur du débat et les déchirements, l\u2019aide médicale à mourir reste un phénomène marginal.En se fiant aux données disponibles dans d\u2019autres pays où l\u2019aide médicale à mourir a été légalisée, l\u2019auteur en arrive à la conclusion qu\u2019il n\u2019y aura guère plus que quelques centaines de suicides assistés parmi les 260 000 décès enregistrés annuellement au Canada.Eve au paradis libéral Le passage de l\u2019ex-députée conservatrice Eve Adams dans le giron libéral suscite une vive polémique.M\u201c® Adams a dit trouver en Justin Trudeau un leader inspirant qui ne s\u2019en remet pas constamment aux campagnes de peur et d\u2019intimidation.En éditorial, le Globe and Mail rappelle que les conservateurs avaient récemment interdit à M\u201c® Adams de se présenter sous la bannière du parti, en raison des tactiques déloyales qu\u2019elle avait utilisées pour remporter l\u2019investiture dans la circonscription d\u2019Oakville-North-Burlington l\u2019an dernier.Son conjoint, Dimitri Soudas, avait été renvoyé de son poste de directeur exécutif du parti pour son rôle dans ce fiasco.Il avait manqué à son devoir de neutralité en mettant secrètement les ressources du parti à la disposition de sa conjointe pour la course à l\u2019investiture.Les changements d\u2019allégeance alimentent le cynisme des électeurs, constate le Globe, en multipliant les jeux de mots \u2014 et de maux \u2014 sur un traumatisme crânien qu\u2019avait subi M\u201c® Adams.« Tous les Canadiens se cognent la tête contre le mur aujourd\u2019hui en raison de la politique fédérale.» John Ivison, chroniqueur au National Post, voit l\u2019affaire sous un autre jour.Eve Adams entraîne avec elle Dimiti Soudas, qui conseillera fort probablement le Parti libéral lors de la prochaine campagne.La nouvelle est là, et elle suscite la frayeur dans les rangs conservateurs.«Soudas, l\u2019ancien directeur exécutif du Parti conservateur, sait où sont enterrés les cadavres parce qu\u2019il les a lui-même enterrés», écrit Ivison.Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte. LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 B 5 IDEES UNIVERSAL PICTURES Le film \u2014 et le roman à succès \u2014 reproduit le cliché de la séduction d\u2019une jeune vierge par un bel homme extrêmement riche et surtout, très mystérieux.50 NUANCES DE GREY La Saint-Valentin des belles au bois donnant MARTINE DELVAUX Écrivaine, professeure en littérature à l\u2019UQAM e samedi, c\u2019est la Saint-Valentin.Holljrwood a choisi cette merveilleuse journée pour sortir en salles le long métrage tourné à partir du roman à succès Fifty Shades of Grey.C\u2019est quand même quelque chose que de sortir un fdm comme celui-là dans la foulée de l\u2019automne dernier.Hollywood ne vit pourtant pas en vase clos.Et c\u2019est justement cela qui est intéressant.D\u2019une part, Bill Cosby est accusé de multiples agressions sexuelles (fait dont se sont allègrement moquées Amy Poehler et Tina Fey lors de la cérémonie des Golden Globes) ; d\u2019autre part, on met le paquet pour faire la promotion de l\u2019adaptation au cinéma d\u2019un best-seller particulièrement mal écrit et qu\u2019on qualifie de «mommy porn».Relation d\u2019emprise, scénarios tirés du BDSM, mais surtout, reconduction d\u2019une histoire lue et relue depuis des siècles : séduction d\u2019une jeune vierge par un bel homme extrêmement riche et surtout, très mystérieux.J\u2019ai grandi en consommant une quantité industrielle d\u2019histoires d\u2019amour.Romans à l\u2019eau de rose pour adolescentes, mais aussi les multiples versions du Roméo et Juliette de Shakespeare, Love Story, Endless Love, et Les oiseaux se cachent pour mourir.Je ne sais pas si l\u2019histoire d\u2019amour entre une jeune femme et un prêtre beaucoup plus âgé qu\u2019elle est préférable aux cinquante nuances de conneries qu\u2019on nous propose.Peut-être que oui.Dans tous les cas, ce que j\u2019ai envie d\u2019interroger, c\u2019est l\u2019emprise de cette culture qui place les filles dans les bras d\u2019hommes qui vont forcément les faire souffrir.Le topo de l\u2019histoire d\u2019amour, c\u2019est celui-là.On ne dit pas «il faut souffrir pour être belle», mais «il faut souffrir pour être aimée, il faut souffrir quand on aime, l\u2019amour doit faire souffrir».Comme si tomber amoureuse équivalait à tomber tout court \u2014 dans le terrier d\u2019un lapin, comme Alice au pays des merveilles, mais sans savoir ce qu\u2019on va trouver de l\u2019autre côté et si on va en revenir en un morceau.On associe 50 nuances de Grey à une situation d\u2019emprise, et Christian Grey au prince version pervers narcissique.Les psychologues le disent depuis des années: les pervers Au lieu d\u2019aller narcissiques sont partout, le narcissisme est le trouble de personnalité le se faire servir plus important de notre jeune siècle.Mais qui est pervers, ici?Si le pervers encore une narcissique est celui qui, comme l\u2019écrit 1q mhmc.A\tTA £\ti- 11 J\tCS J.\tIWlS Ici Anne Dufourmantelle dans Se trouver ÜC Lattès), se sert des failles qu\u2019il histoire, trouve dans l\u2019autre pour établir son pouvoir, que peut-on dire d\u2019Holljwood et du pourquoi ne cinéma de masse en général qui recon-\t.duit sans cesse les mêmes clichés?P®® visionner Quellp blessure est-on en train de creu- i\u201e +AiAcA,.:p ser?A quelle blessure l\u2019industrie du cinéma est-elle en train de s\u2019alimenter The Fall?pour empocher des millions de dollars?La perversion, n\u2019est-ce pas celle-là, dont les cinquante nuances de violence ne sont qu\u2019un des milliers d\u2019exemples?Ainsi, le soir de la Saint-Valentin, au lieu d\u2019aller ^e faire servir encore une fois la même histoire \u2014 Eve et Adam revus sur le mode du BDSM \u2014 pourquoi ne pas regarder, plutôt et en rafale, la té-îésérie The Fall, dans laquelle on voit justement Jamie Dorman en meurtrier, celui-là même qui incarne Christian Grey dans les cinquante nuances de contes de fées?Bien sûr, c\u2019est une autre de ces séries où se multiplient d\u2019épisode en épisode, les cadavres de femmes.Mais surprise! Ici le narcissique poursuivi par la détective n\u2019est pas le prétexte utilisé pour nourrir la blessure des femmes et les soumettre (au récit à l\u2019image, et qui sait peut-être, à une certaine organisation du réel!) par le biais d\u2019un endormissement de leurs défenses, les spectatrices fantasmées par l\u2019industrie du film comme autant de belles au bois dormant réveillées à leur sort de femmes dominées.Ici, les choses se passent autrement Ici, je suis invitée à m\u2019identifier à une détective brillante et dont les propos sont clairement féministes.Et ils sont féministes en ce sens que non seulement elle dénonce la haine de certains hommes envers les femmes (d\u2019où sa détermination à attraper ce meurtrier), mais qu\u2019elle incarne la possibilité, pour une femme, de sortir du scénario habituel.Cette femme-là choisit avec qui elle va coucher, et elle le choisit entièrement.Elle dicte les termes de la rencontre, elle suit ses élans, elle s\u2019extirpe des rapports de pouvoir.Et pas un seul instant la question du consentement n\u2019est appelée à être remise en question.Voilà quelque chose dont on a besoin par les temps qui cou-reuL surtout après l\u2019automne que tant de femmes ont traversé avec douleurs, courageusement.Parce que ça vaut la peine de renverser les choses, une fois de temps en temps.Comme la détective Stella Gibson le dit si bien à un de ses collègues, après qu\u2019il ait tenté de lui faire honte en renvoyant à sa vie sexuelle : « Un homme baise une femme.Sujet: homme; verbe: baiser; objet: femme.C\u2019est OK.Une femme baise un homme.Femme: sujet; homme: objet Vous ne vous sentez plus aussi à l\u2019aise maintenant, n\u2019est-ce pas?» UNION DES SOUVERAINISTES Un rendez-vous avec Sol Zanetti « Un café ?Tu me permettras de te proposer plutôt un souper! Et d\u2019y convier les cousins, les cousines ! C VERONIQUE HIVON Députée de follette ber Sol Zanetti, chef d\u2019Option nationale.J\u2019ai été heureuse de te voir saluer, dans un récent billet intitulé « Un café avec Véronique Hivon», la volonté d\u2019Alexandre Cloutier et moi de travailler à la refondation du mouvement indépendantiste et, pour ce faire, de rassembler les forces autour d\u2019un espace neutre de dialogue et de travail.Avec ses milliers de membres engagés et proactifs.Option nationale est l\u2019une des forces de notre mouvement et sa présence au sein d\u2019une éventuelle Equipe de préparation de l\u2019indépendance est de notre poinf de vue primordiale.Le succès de cette Equipe, qui comprendra, nous le souhaitons, plusieurs partenaires, doit reposer sur des «objectifs clairs» et sur un «engagement clair à réaliser l\u2019indépendance dans un premier mandat», nous dis-tu.Nous sommes parfaitement d\u2019accord.C\u2019est pourquoi la démarche proposée par Alexandre Cloutier dans le cadre de la course à la direction du Parti québécois, et dont il m\u2019a confié la responsabilité, trace clairement l\u2019horizon jusqu\u2019à la tenue d\u2019une consultation populaire sur l\u2019indépendance du Québec en 2021.D\u2019ici là, le plan d\u2019Alexandre Cloutier repose sur trois éléments essentiels : 1- nous rassembler, en réunissant les indépendantistes de tous les milieux autour d\u2019une même table; 2- nous préparer, en travaillant ensemble à l\u2019élaboration d\u2019un projet de pays; et 3- nous mobiliser, en créant un vérita- ble mouvement citoyen autour de ce projet.Je note que tu émets des réserves au sujet de cette mobilisation préalable, qui s\u2019incarnerait notamment à travers la signature d\u2019un registre national par un million de Québécois et Québécoises approuvant la tenue d\u2019une consultation populaire sur notre projet de pays.Tu fais allusion à un retour aux concepts de «conditions gagnantes» et de «moment opportun».Regardons cela d\u2019un autre œil.L\u2019objectif de cette approche mobilisatrice n\u2019est pas d\u2019attendre les «conditions gagnantes», au contraire.Elle consiste à mettre en place une garantie de mobilisation qui nous assiuera non pas de TENIR un référendum dans un premier mandaf mais bien de GAGNER un référendum dans un premier mandat! 11 s\u2019agit de remettre notre idéal collectif entre les mains de la population, qui sera maître d\u2019œuvre de cette marche vers son destin et créera le mouvement pour y parvenir.S\u2019entendre sur l\u2019essentiel Certes, il y en aiua toujours poiu trouver des défauts à cette nouvelle approche.Elle sera «trop ci» poiu les uns, «pas assez cela» pour les autres.Qr ces questionnements ne doivent pas devenir un frein à notre collaboration.Si nous attendons d\u2019être d\u2019accord sur tout avant de nous asseoir ensemble, nous n\u2019avancerons jamais.Les programmes officiels du Parti québécois, de Québec solidaire et d\u2019Qption nationale préconiseront encore, à l\u2019issue de la course à la direction du Parti québécois, dans trois mois, des démarches différentes d\u2019accession à l\u2019indépendance.Des souverainistes se sentant orphelins ou s\u2019étant laissé tenter par une autre aventure pourront encore ressentir des insatisfactions.Nous pouvons nous enorgueillir longtemps de la qualité de notre position respective, chacun de notre côté.Qu nous pouvons mettre ces considérations sur la glace pour un moment et nous concentrer sur ce qui nous unit: la volonté indéfectible de faire du Québec un pays.L\u2019ouverture dont tu témoignes à notre égard me laisse croire qu\u2019il sera possible de travailler ensemble 1- pour répondre aux questions légitimes des Québécois par rapport à notre projet; 2- pour dessiner les contours du pays, ce que nous appelons le «tronc commun», qui nous permettra d\u2019exposer ce qu\u2019un «Québec-pays» pourra changer concrètement dans la vie des gens ; 3- et finalement pour nous entendre sur un projet de constitution actuelle et transitoire.Nous ne nous entendrons pas sur tout au «jour 1» de notre collaboration! Mais, sur bon nombre d\u2019enjeux relatifs à l\u2019indépendance du Québec, nous pourrons, à force de travail et d\u2019ouverture, unir nos voix pour ensuite relancer le dialogue avec la population.C\u2019est possible, j\u2019en suis convaincue.11 suffit de réapprendre à se faire confiance.Pour ce qui est de ton invitation à prendre un café, tu auras deviné que cela me ferait vraiment plaisir.11 ne sera jamais trop tôt pour entreprendre la discussion.Mais tu me permettras de te proposer plutôt un souper.Après tout, nous avons beaucoup de travail devant nous.Et je suis certaine que nous devrons rapidement agrandir la table pour accueillir les cousins, cousines ! On joue f David Desjardins Cy est un monde de désirs changeants, fugitifs, et pourtant assouvis aussitôt qu\u2019ils apparaissent.Qn jouit.Qn passe à l\u2019objet suivant de notre convoitise, neuf, rutilant.Qn met à jour nos systèmes d\u2019exploitation volontaire.L\u2019attente devenue insupportable, l\u2019Qccident bâfre à crédit, ou par procuration, en déclinant les nuances d\u2019un gris de plus en plus pâle.Un gris qui n\u2019est ni ici ni là-bas.Mais dans un centre mou où il ne se passe plus rien parce qu\u2019on s\u2019y réfugie pour mieux renoncer à son pouvoir de citoyen, se satisfaisant de la jouissance sourde, ressource éternellement renouvelée pour ceux que nous sommes: masses industrieuses, tectoniques d\u2019anxiété, pourtant incapables d\u2019envisager l\u2019avenir autrement que dans la répétition de ce présent qui nous éreinte.Mais comment faire autrement?Comment retrouver le sentiment que les choses avancent quand on ne cesse de nous dire qu\u2019elles vont de mal en pis?Comment retrouver l\u2019espoir dans ce «nous» qui ne fait plus fantasmer, quand la seule notion de vivre ensemble qui transcende la petite politique est le protocole d\u2019une mort digne ?Nous sommes prisonniers de ce centre, captifs volontaires et résignés : qu\u2019y a-t-il de mieux dehors, sinon l\u2019incertitude?Nous sommes les personnages de la série Walking Dead qui se réfugient dans une prison parce que la sécurité d\u2019une geôle vaut mieux que la crainte permanente dans l\u2019errance.Les pseudo-intellos de ma race sont les pires du genre.Nihilistes cools, porteurs de cette connaissance qui se moque, qui profane le sacré, se repaît dans la violence esthétlsante, bî-beronnée au Tarantino et aux mangas, dopée à la porno, nous ne croyons à rien.Sinon qu\u2019il suffit de savoir, de connaître notre condition, de nous amuser de nos contradictions.Nous pensons que de savoir que nous sommes soumis et captifs de la mollesse nous exempte de faire un geste pour nous extraire de notre condition.Nous ne sommes pas mieux que ceux qui ignorent tout et se laissent porter.Nous sommes pires.Eux avancent comme ils peuvent.Nous avons renoncé au pouvoir que recèle cette conscience de ce qui nous entoure, et n\u2019est plus que source de malheur impuissant, ou de bonheurs fugaces.Souvenez-vous cette scène, dans The Matrix des frères Wachoski, où l\u2019un des personnages se voit offrir d\u2019avaler une pilule pour oublier qu\u2019il sait qu\u2019il est la triste marionnette d\u2019un système: ignorance is bliss, dit-il.Douce ganacherie.Alors nous rions de tout pour oublier.Nous dansons.Nous nous saoulons.Nous jouissons tout autant en recyclant dans le bonheur.Nous nous goinfrons bio.C\u2019est déjà ça de pris, croyons-nous.Sauf qu\u2019il y a une vie en dehors de cette mollesse.Un endroit ferme, où l\u2019on marche, le pied mal assuré, c\u2019est vrai, en tanguant un peu avec la houle de l\u2019incertitude, mais où le désir se construit de longue haleine, dans la fabrication de projets qui peuvent échouer, mais aussi nous apporter la véritable jouissance, l\u2019orgasme transcendant, et pas cet instant volé qui serait l\u2019équivalent d\u2019une vidéo serbo-croate sur You-Porn, regardée en accéléré.Le courage de mettre le pied sur ce rivage incertain vient avec une ivresse.Avec le sentiment de toucher à la réalité.Non plus au fantasme du monde idéal.Nous avons fini par tout tourner en dérision.Par ne plus croire à la gauche, parce qu\u2019on ne voit que son idéalisme naïf, et pas la beauté de sa portée dans le réel ni sa compassion, authentique.De même, il est de bon ton de vomir les gens d\u2019affaires parce qu\u2019on n\u2019entend que l\u2019argent tomber au sol quand ils parlent, et pas l\u2019audace de ce qu\u2019ils font, dans un monde qui n\u2019est pas qu\u2019économie, mais qui est un peu ça aussi.Et, au mépris de ceux qui célèbrent leur ignorance dans les médias qui pratiquent le racolage de masse, nous n\u2019avons plus à opposer que le mépris de ceux qui savent.Même si nous ne savons rien, et que nous savons cela aussi.Nous ne sommes alors plus que des consciences coupables dans une société que nous avons condamnée à l\u2019immobilisme.Comme dirait le philosophe pop Philippe Nassif: nous avons oublié comment jouer.Pas sur une console.Pas à Candy Crush sur un iPhone.Jouer dans cette vie : essayer, gagner, perdre, prendre le risque d\u2019obtenir mieux, de se battre, croire à autre chose qu\u2019à soi.Pourtant rien n\u2019est perdu.Rien n\u2019est fini.Même pas la politique.Même pas les médias.Tout est à faire.Tout n\u2019a pas été dit, du moins pas par nous.La véritable impertinence est de croire au lieu de désespérer, de rire parce que la mort est trop sérieuse, mais surtout pas parce que la vie est grotesque.Alors, on se l\u2019invente ce jeu ?ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagne (adjoints a la direction de l\u2019information), Pcntomo.Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idees), Michel Garneau (caricaturiste) ,Ja.cqu.&^ Nadeau (photographe), Michael Monnier et Ohvier Zuida (recherchistes photos), information générale : Isabelle Pare {chef de divisionj, Lisa-Marie Gervais (education),\tShields (environnement), Axcioho.Daoust-Boisvert (santé), Pauhne Gravel (sciences), Fabien Deghse (société), Jean Dion (sports), Bnan Myles, Jessica Nadeau, Philippe Orfah et Karl Rettino- ParazeUi (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel T>av\\A(chroniqueur), Helene Buzzeth et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Belair-Cinno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), Juhe Carpentier (pupitre), information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), François Levesque et Carohne ls/ioTvXp)QXit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineauinformation économique Gerard Berube (chef de division), François Desjardins et Enc Desrosiers {reporters'), Gerald DaUaire (pupitre), information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Guy Taillefer (reporter), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editonale et cahier Perspectives^, Sophie Chartier et Jean-Fredenc Legare-Tremblay (pupitre), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers 'Week-end et Plaisirs), équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Frappier et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G Ferrans et Corahe Mensa (assistants) , correction : Andreanne Bedard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis) DOCUMENTATION Manon Derome (Montreal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Mehsande Simard (adjointe par interim), Jean de Billy, Jean-François Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebai (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais {coordonnatrice), Laurence Hemond (secretaire) PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Monn, et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service a la clientèle), Manon Blanchette, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Nathahe Eihon et Kevin McKissock ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Elorentina Draghici et Xavier Pigeon (par interim) B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 PHILOSOPHIE Devoir de philo ?Platon, défenseur du « Renouveau pédagogique » i Le socioconstructivisme qui a sous-tendu la réforme de l\u2019éducation québécoise charmerait en partie le grand philosophe grec Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.ÉRIC LAPOINTE Professeur au Département de philosophie du collège François-Xavier-Garneau En 200,7, le ministère de l\u2019Education, du Loisir et du Sport a mandaté des chercheurs de l\u2019Université Laval pour évaluer les effets du Renouveau pédagogique (2005) sur la réussite des élèves au secondaire.Les résultats ont été publiés le 2 février dans un rapport, Perception de l\u2019enseignement et réussite éducative au secondaire: une analyse comparative selon que les élèves ont été exposés ou non au Renouveau pédagogique.Selon les auteurs, les résultats à l\u2019épreuve finale de mathématiques des élèves exposés au Renouveau ont été légèrement inférieurs à ceux des étudiants qui n\u2019y ont pas été exposés.Ils indiquent aussi qu\u2019un pourcentage moins élevé d\u2019élèves exposés au Renouveau a obtenu des cotes très fortes au critère « cohérence de l\u2019argumentation» de l\u2019épreuve finale de français et que le taux de réussite pour le critère «orthographe » est plus bas.Finalement, les auteurs soulignent que les garçons exposés ont été moins nombreux que leurs homologues non exposés à obtenir leur diplôme.Les auteurs ne concluent pas pour autant que le Renouveau est un échec.Ils interrogent les causes de ces résultats et nous invitent à réfléchir aux solutions.Parmi les causes relevées, on note le rehaussement du contenu de certains programmes après l\u2019implantation du Renouveau, les chambardements engendrés par cette implantation, lesquels ont pu causer du stress et de la résistance chez les professeurs, et le manque de formation de ces derniers pour affronter le nouveau courant.Contrairement aux auteurs eux-mêmes et à une majorité d\u2019experts favorables, plusieurs médias ont conclu à l\u2019échec du Renouveau.En fait, ce débat qui déchire la société oppose deux grands courants pédagogiques: l\u2019approche par objectifs, inspirée de la psychologie cognitive (Bloom, Gagné, Taba) et de la tradition universitaire classique, contre l\u2019approche par compétence, inspirée de la psychologie socioconstructiviste (Glasersfeld, Le Moigne, Jon-naert et Vander Borght).La formule pédagogique principale de l\u2019approche par objectif est l\u2019exposé magistral, alors que les plus importantes de l\u2019approche par compétence sont l\u2019étude de cas et la réalisation de projets.Il va de soi que l\u2019approche par compétence est la grande caractéristique du Renouveau.Elle a supplanté l\u2019ancienne approche par objectif.L\u2019un des plus grands philosophes, Platon (428/427 av.J.-C.- 348/347 av.J.-C.), était passionné de pédagogie.Il en parle dans certains dialogues, dont le plus célèbre est La République.Cet ouvrage contient l\u2019allégorie de la caverne.Au dire même de Platon, ce m54;he a pour thème l\u2019éducation.En résumé, l\u2019allégorie décrit des gens captifs au fond d\u2019une grotte.Des marionnettistes présentent des jeux d\u2019ombres aux détenus, sans que ces derniers puissent en connaître l\u2019origine, car leurs têtes sont fermement attachées.Ils ne peuvent se retourner.On libère ensuite un prisonnier, qui voit les marionnettistes et qui observe, par après, l\u2019extérieur de la caverne.Puis, le prisonnier redescend au fond, explique aux autres RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Éric Lapointe, professeur au Département de philosophie du collège François-Xavier-Garneau.Selon lui, le socioconstructivisme charmerait Platon sur le plan pédagogique.Sur le plan de l\u2019ontologie, par contre, Platon s\u2019y opposerait, estime-t-il.que les ombres viennent des marionnettistes et sont, en fait, inspirées du réel à l\u2019extérieur, mais on se moque de lui.Cette situation, nous dit Socrate qui raconte l\u2019allégorie, est celle de la majorité des gens.Us sont prisonniers des apparences, prisonniers de ce qu\u2019on leur montre.Ils ne possèdent pas les outils intellectuels pour vérifier la véracité des informations qu\u2019ils reçoivent.Ils ne savent même pas qu\u2019ils ne savent pas, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils n\u2019ont pas le souci de la vérité.C\u2019est ce que Socrate appelle la «double ignorance».A partir de ce constat, la véritable éducation, pour Platon, est vue comme une remontée, d\u2019abord vers ceux qui transmettent les connaissances (les marionnettistes), ensuite vers les réalités mêmes que les connaissances décrivent (le monde extérieur).La véritable éducation, pour Platon, est vue comme une remontée, d\u2019abord vers Platon choisirait le «socioconstructivisme » Si Platon voyait le système éducatif québécois actuel, fondé sur une approche par compétence véhiculée par une pédagogie socioconstructiviste, il se demanderait possiblement si ce système permet aux étudiants d\u2019entreprendre de vérifier par eux-mêmes si la réalité correspond correctement aux connaissances qu\u2019on leur transmet.Il se demanderait, à partir de cette prémisse, si cette nouvelle approche est meilleure que la traditionnelle.A mon sens, Platon choisirait le socioconstructivisme, et ce, pour trois raisons.Premièrement, il me semble que, pour Platon, l\u2019être humain en quête de connaissances doit à la fois être passif et actif dans son apprentissage.On voit l\u2019aspect passif dans l\u2019allégorie : on n\u2019y mentionne pas que le prisonnier se libère «lui-même» de ses liens.Elle dit plutôt qu\u2019on libère le prisonnier.Cela laisse entendre qu\u2019il aurait besoin d\u2019un guide pour l\u2019aider à se libérer.La remontée est, par ailleurs, contraignante: le choc ceux qui transmettent les connaissances, ensuite vers les réalités mêmes que les connaissances décrivent du passage de l\u2019ombre à la lumière le fait souffrir.Il fait preuve de résistance face à ce qu\u2019on lui fait subir.Cela me paraît symbolîser l\u2019îdée que le professeur doit laisser les étudiants s\u2019élever jusqu\u2019à lui.Ces derniers doivent souffrir la difficulté de ne pas être exposés qu\u2019à des choses auxquelles Ils sont gagnés d\u2019avance.D\u2019un autre angle, le prisonnier est aussi actif, puisqu\u2019il s\u2019habitue à voir plus clairement par lui-même.Il s\u2019efforce de discerner ce qu\u2019il volt, de communiquer aux autres son savoir.Il se détourne de l\u2019Ignorance pour se convertir à la science.On pourrait extrapoler cette Idée en concluant que Platon utiliserait l\u2019approche par objectif pour honorer le processus passif de l\u2019apprentissage et l\u2019approche socioconstructiviste pour honorer le processus actif.La formule pédagogique de l\u2019exposé magistral, dans l\u2019approche par objectif, lui semblerait utile pour amener l\u2019étudiant à un niveau de science qu\u2019il n\u2019aurait sûrement pas pu atteindre par lui-même.C\u2019est l\u2019aspect passif.Dans l\u2019autre aspect, «actif», la formule pédagogique de l\u2019étude de cas, propre à l\u2019approche par compétence, lui semblerait utile.L\u2019étudiant y apprendrait à résoudre des problèmes et à poser des diagnostics.Mon premier argument est donc nuancé.Deuxièmement, une note vers la fin de l\u2019allégorie suggère que Platon s\u2019oppose à l\u2019éducation comme endoctrinement.Nous n\u2019introduisons pas la connaissance dans des intellects inactifs (nous n\u2019introduisons pas la vision dans des yeux aveugles, dit-il).Platon dirait peut-être que, sous un certain angle, les professeurs qui utilisent l\u2019approche traditionnelle sont semblables aux marionnettistes de l\u2019allégorie de la caverne et s\u2019exposent par conséquent davantage à la tentation de l\u2019endoctrinement?Dans l\u2019approche traditionnelle, la formule pédagogique de l\u2019exposé magistral nécessite un acte de confiance de la part de l\u2019étudiant à l\u2019égard ce que le professeur expose.L\u2019étudiant doit croire que ce que le professeur lui dit est fidèle à ses propres sources.Il doit, en outre, croire que le professeur détient les bonnes références, et pour cause, le professeur a été engagé parce qu\u2019il est un expert.De ce fait, l\u2019exposé magistral pourrait s\u2019apparenter à l\u2019endoctrinement si le professeur ne présente pas ses références ou s\u2019il n\u2019expose pas suffisamment les perspectives autres que les siennes.La tentation de l\u2019endoctrinement est moins forte dans le socioconstructivisme parce que, dans cette pédagogie, l\u2019étudiant ira lui-même chercher ses propres références sous l\u2019œil du professeur, ou encore, il aura en mains les textes sur lesquels le professeur s\u2019appuie et devra les analyser en classe.Ce processus me paraît plus près de la pédagogie platonicienne, puisqu\u2019il demande à l\u2019étudiant de voir patiemment la réalité de ses propres yeux plutôt que de se faire dire comment elle se présente par d\u2019autres personnes.Troisièmement, Platon valoriserait sans doute l\u2019aspect social de l\u2019approche socioconstructiviste, un aspect beaucoup moins présent dans l\u2019approche traditionnelle.Cet aspect social de l\u2019acquisition des connaissances est central chez Platon.Pour lui, la pensée est un dialogue avec soi-même, ce qui implique la présence de l\u2019autre, fût-elle symbolique.Sa philosophie elle-même est une manière de dialoguer caractérisée par la dialectique, oû l\u2019on s\u2019efforce d\u2019employer des termes compris par tous et de chercher la vérité au lieu de vouloir remporter le débat à tout prix.L\u2019avantage de l\u2019aspect social qu\u2019apporte le dialogue est que les étudiants sont exposés aux multiples problèmes soulevés par les autres.Cette démarche encourage le développement du sens critique et de l\u2019aptitude à problématiser des connaissances.Dans l\u2019approche traditionnelle, il y a, tout de même, un aspect social.L\u2019étudiant apprend à s\u2019adapter à son professeur, à s\u2019élever vers lui.Il n\u2019en demeure pas moins que la formule de l\u2019exposé magistral implique une représentation de l\u2019étudiant oû il est un sujet parmi d\u2019autres pour lequel on ¦'-ïf V- m.y>) i SOURCE WIKIMEDIA COMMONS L\u2019un des plus grands philosophes, Platon, était passionné de pédagogie.Il en parle dans certains dialogues, dont le plus célèbre est La République.a conçu un savoir «prêt-à-porter» (selon l\u2019expression de R Jonnaert).Cela n\u2019a rien à voir avec l\u2019aspect social du socioconstructivisme, qui réhabilite le sujet.Dans cette pédagogie, les étudiants sont davantage réunis en groupes de recherche.Ils s\u2019approprient les sources ensemble et doivent apprendre à s\u2019adapter, cette fois, et en plus, à leurs propres collègues.Ils doivent nécessairement dialoguer dans un but pédagogique d\u2019élévation vers la vérité.Il me semble donc que Platon apprécierait plus particulièrement le socioconstructivisme en raison de son caractère social dominant.En conclusion, même si je pense que le socioconstructivisme charmerait Platon sur le plan pédagogique, il est évident que, sur le plan de l\u2019ontologie, Platon s\u2019y opposerait, car il croit en l\u2019existence d\u2019un réel en soi qui est le même pour tous, alors que le constructivisme rejette cet axiome.Cette re- marque m\u2019amène à poser la question des conséquences de la conception constructiviste du réel.L\u2019une d\u2019elles est la considération qu\u2019il n\u2019y a pas de vérités universelles, mais que des approximations de la vérité.La connaissance est construite au terme d\u2019un échange et est susceptible d\u2019évoluer en fonction des nouveaux arguments.Le constructivisme relève-t-il d\u2019un mépris pour l\u2019autorité, pour la science et pour la rigueur, comme le soutient Normand Baillargeon (dans Argument, automne 2006-hiver 2007, p.41.) ?Ou alors relèverait-il d\u2019une vision plus réaliste, et moins prétentieuse, de la connaissance?Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille: arobi-taille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo "]
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