Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (9)

Références

Le devoir, 2015-02-14, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EÉVRIER 2015 ILLUSTRATION TIFFET L\u2019amour existe encore Avertissement Votre cahier Livres se défait de ses habitudes en se posant sous les auspices de Cupidon pour la Saint-Valentin.En amuse-gueule, ci-dessous, une fiction érotique exclusive, pensée pour Le Devoir par l\u2019auteure, biogueuse et érotomane Anne Archet.Pour adultes avertis.Bonne lecture ! ANNE ARCHET Chaque année je me promets que ce sera la dernière.Je jure devant dieu et les hommes que je ne serai plus jamais le dindon de la farce grotesque de Hallmark, qu\u2019on ne m\u2019y prendra plus à participer à cette arnaque rose fluo à 5% de cacao qu\u2019est la Saint-Valentin.Et pourtant, encore une fois, j\u2019ai succombé.Prise de sueurs froides en regardant le calendrier, je me suis arrangée pour avoir un rendez-vous le soir du 14 février.Vous viendrez ensuite me raconter que le libre arbitre est autre chose qu\u2019une chimère.J\u2019ai donc réactivé en soupirant mon compte sur Okcupid dans l\u2019espoir un peu fou de me trouver une date pas trop pitoyable, qui s\u2019est présentée en la personne d\u2019un certain Mathieu de Masson-Angers.Ses messages étaient exempts de fautes d\u2019orthographe, alors je me suis dit qu\u2019il méritait une chance.Je l\u2019ai donc laissé choisir le restaurant où il m\u2019attendait, à la date et à l\u2019heure dite, une rose à la main.Sa photo de profil ne mentait pas : il avait la trentaine dégarnie du toupet et bien gar- nie du bide, le complet d\u2019un correspondant parlementaire et le sourire 3D White.Quant à sa conversation, elle était aussi intéressante qu\u2019une soirée passée à zapper entre des info-pubs et des reprises du Jour du Seigneur.De l\u2019entrée au dessert, j\u2019ai eu droit au sport, à la météo, à un éditorial sur le terrorisme-c\u2019est-terrible-où-s\u2019en-va-le-monde?, à une critique du dernier blockbuster à la testostérone et à un exposé interminable sur les vertus miraculeuses des baies d\u2019açaï.Heureusement qu\u2019il ne m\u2019a pas en plus récité la rubrique nécrologique, sinon j\u2019aurais cru me taper la grosse Gazette du samedi.Bref: il a été pédant, satisfait de lui-même \u2014 et à la fin, carrément insupportable.Nous nous sommes embrassés avec empressement et j\u2019ai défait sa ceinture pendant qu\u2019il s\u2019escrimait avec les boutons de mon chemisier Alors qu\u2019il finissait de gober sa crème caramel en parlant la bouche pleine, je me suis dit qu\u2019il fallait que je saute de ce navire en perdition.Les femmes d\u2019abord! Plus près de toi mon Dieu! J\u2019ai donc ramassé ce qui me restait de dignité et je me suis levée.Me voyant faire, il a bredouillé : \u2014 Euh.Anne ?Mais.Qu\u2019est-ce que tu fais ?\u2014Je pars, mais je dois d\u2019abord faire un arrêt au petit coin.Ça te dirait de m\u2019accompagner?Il est devenu soudainement pâle comme un drap.\u2014 C\u2019est que.J\u2019ai pour principe de ne jamais faire l\u2019amour au premier rendez-vous.\u2014Je comprends parfaitement, mais baiser au dernier.ça ne te pose pas trop de scrupules moraux ?Il était trop tétanisé pour répondre.J\u2019ai donc fait quelques pas en direction des toilettes en tortillant artistiquement du popotin.Quand je me suis retournée, j\u2019ai constaté que mon manège avait produit l\u2019effet recherché : le pauvre Mathieu laissait des billets sur la table en tentant tant bien que mal de camoufler la bosse dans son pantalon.Lorsqu\u2019il a poussé la porte, je retouchais mon rouge à lèvres, penchée au-dessus du lavabo, le dos bien cambré, dans la position de la biche aux abois.Il s\u2019est approché, gauche et hésitant.J\u2019ai alors compris qu\u2019il fallait encore que je prenne les devants: je l\u2019ai attrapé par la cravate et l\u2019ai entraîné comme un gentil toutou dans une cabine.Nous nous sommes embrassés avec empressement et j\u2019ai défait sa ceinture pendant qu\u2019il s\u2019escrimait avec les boutons de mon chemisier.Hélas, dès que sa bite s\u2019est pointée hors de son caleçon, ce fut trop pour lui : il s\u2019est crispé et a éjaculé à grands traits en éclaboussant ma jupe.\u2014 Anne je m\u2019excuse, c\u2019était juste trop.euh.tu sais.a-t-il bredouillé, d\u2019un air franchement contrit.\u2014 Ça va, ne t\u2019inquiète pas, c\u2019était une mauvaise idée.Rassuré par ces paroles remplies de VOIR PAGE F 3 : AMOUR WIKIMEDIA M\u201c® de La Fayette Enseigner les romans d\u2019amour MARIE-FRÉDÉRIQUE DESBIENS La tradition du roman d\u2019amour est longue.Certains commentateurs font remonter ses origines à l\u2019Antiquité ou à l\u2019époque médiévale.D\u2019autres voient dans ùi princesse de Clèves (1678) de M™'^ de La Layette le premier roman sentimental.Or, c\u2019est au XVHP siècle, avec Pamela ou la vertu récompensée de Samuel Richardson, que se met en place le canevas moderne du genre : rencontre \u2014 conflit \u2014 triomphe de l\u2019amour.C\u2019est sur ce modèle que se déploient les sagas de Jane Austen au XIX'^ siècle, comme les nombreux ouvrages de Delly au tournant du XXe.Les éditions Harlequin (fondées à Toronto en 1949) et J\u2019ai lu (avec notamment les centaines de romans de Barbara Cartland) vont ensuite développer une sorte de monopole du roman d\u2019amour sériel, en parallèle avec les carrières de romancières adulées, comme Danielle Steel.Perçu comme une marchandise de grande consommation, déclassé du côté de la littérature pour femmes, le roman d\u2019amour a longtemps été négligé, méprisé par la critique.Encore à ce jour, les études sur le sujet sont peu nombreuses.Pourtant, il s\u2019agit du genre littéraire le plus lu, avec le roman historique, en Europe comme en Amérique.Les premiers travaux scientifiques sur le sujet paraissent dans la foulée des études culturelles et féministes dans les années 1970-1980.Ces recherches pionnières sonf dues entre autres à Janice Radway aux États-Unis (Reading the Romance), à Julia Bettinotti et son équipe au Québec (La corrida de l\u2019amour, Les 50 romans d\u2019amour qu\u2019il faut lire, ce dernier chez Nuit blanche éditeur) et à Ellen Constans en Lrance (Parlez-moi d\u2019amour, PULIM).Aujourd\u2019hui, alors que les corpus populaires sont relativement bien intégrés aux programmes universitaires, qu\u2019en est-il du roman d\u2019amour?Quelles avenues la critique emprunte-t-elle pour saisir sa portée?L\u2019iceberg Harlequin Auteur d\u2019importants travaux sur le roman d\u2019aventures et d\u2019espionnage, Paul Ble-ton l\u2019avoue, n\u2019eût été son amitié avec Bettinotti et Constans, il ne se serait sans doute pas intéressé au roman d\u2019amour.C\u2019est en leur hommage qu\u2019il a conçu à la TELUQ un cours qui conjugue plusieurs approches (psychologique, sociologique, narratolo-gique) pour cerner l\u2019histoire du roman d\u2019amour français, québécois et américain.Le professeur amène ses étudiantes à réfléchir au plaisir de lecture que procure le roman d\u2019amour et qui contribue à son succès planétaire.Celui-ci réside-rait-il dans la répétition d\u2019un scénario VOIR PAGE F 2 : ENSEIGNER ROBERT LACROIX.LOU,s «ANE.UES GRANDES UNIVERSITES Se recherche ?La publication des classements internationaux a fait l\u2019effet d\u2019une bombe.Ce livre devrait provoquer une explosion deux fois plus forte encore.\u2014\tAlain Touraine A lire absolument.\u2014\tAlan Bernstein Un bijou d\u2019information qui nous force à réfléchir aux défis de l\u2019avenir.\u2014\tRobert Giroux Un livre réfléchi et courageux.\u2014\tHoward Alper Une étude riche et rigoureuse.\u2014\tMichèle Lamont CE QU\u2019IL FAUT SAVOIR SUR LES UNIVERSITÉS www.pum.umontreai.ca/les-grandes-universites-de-recherche F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 AMOUR, ROMANCE, EROTISME La bibliothèque rose Quelques souvenirs et su^estions de lectures amoureuses ou coquines, glanés dans la salle de rédaction du Devoir.Une chaumière et un cœur, ou Quatre pas dans les nuages (Fernand-Nathan).C\u2019est à coup sûr une bien belle façon, de la part du papa de Snoopy, de Charlie et consorts, d\u2019expliquer par des petites vignettes rigolotes et émouvantes comment peut se décliner l\u2019émotion insaisissable qu\u2019est l\u2019amour.Amélie Gaudreau Au seuil de la puberté, c\u2019est le catalogue Sears, aux pages des sous-vêtements féminins, qui constituait notre lecture érotique préférée.Enfin, lecture est un grand mot, car ce sont bel et bien les images des mannequins en petite tenue qui nous intéressaient.Comme dirait l\u2019autre, à défaut de pain, on mangeait de la galette.Benoît Hunger Jane Eyre (Charlotte Brontë).L\u2019histoire d\u2019amour impossible entre Jane Eyre et Mr.Rochester, grand classique anglais, est d\u2019un lyrisme délicieux avec ses dialogues polis et ses rebondissements de circonstance.Bien dosée en espoir et en tourments, la saga fait renaître direct la grandiloquence de l\u2019Angleterre victorienne.Geneviève Tremblay Au secondaire, on devait lire La Corriveau, par Andrée Lebel (VLB).On trouvait ça terriblement ennuyant, comme n\u2019importe quel roman du terroir dans les mains d\u2019un ti-cul de 14 ans.Mais à la page 44 \u2014 j\u2019y vais de mémoire \u2014 il y avait une scène érotique qui arrivait de nulle part, où la Corriveau se faisait basculer dans le foin.Je peux-tu te dire que tous les garçons du cours avaient les yeux gros comme des balles de golf à la lecture de ce passage, que l\u2019on trouverait probablement très prude aujourd\u2019hui.Disons qu\u2019en déposant les livres sur le bureau, plusieurs des copies s\u2019ouvraient toutes seules à cette fameuse page 44.Philippe Papineau Going Down.Ce recueil de textes érotiques, rassemblés à la fin des années 1990 par Chronicle Books dans le plus pur esprit de San Francisco, affiche un sous-titre sans équivoque: «Lip Service From Great Writers».De Philip Roth à Anaïs Nin en passant par John Updike, Frank Zappa ou Norman Mailer, ce voyage au Sud dévoile des charmes aussi nombreux que diversifiés qui font délicieusement réfléchir sur les valeurs inusables du don et de l\u2019accueil.Cela, pardonnez la facilité, dans une langue habile et sans retenue.Louise-Maude Rioux Soucy Le plus marquant?Le grand cahier (Seuil) d\u2019Agota Kristof, lu sous le bureau pendant un cours de Math 416.Une puissante et importante initiation littéraire.La froideur, le détachement, les scènes lues, relues et rereluees.Le bain de la servante, l\u2019escapade de la cou- sine et celle, troublante, de Bec-de-lièvre et du chien.Et de penser, à la fin de chaque chapitre : « Est-ce que la prof de français l\u2019a lu avant de nous le mettre à son programme ?» Émilie Folie-Boivin Le postier de Charles Bu-kowski (Grasset).«On pouvait entendre l\u2019océan courir là-bas, [.1 on pouvait sentir la marée monter et descendre.J\u2019ai pris mon temps, avec elle; on a parlé et on a bu.On a fait marcher la sauce tout en rigolant et en causant et en écoutant l\u2019océan.Je me suis défringué mais je lui ai fait garder ses vêtements.Ensuite je l\u2019ai portée sur le lit et tout en me frottant partout sur elle je lui ai finalement enlevé ses frusques, et je suis rentré.J\u2019ai eu du mal pour entrer.Ensuite elle a laissé passer.J\u2019ai rarement eu mieux.J\u2019entendais l\u2019eau, f entendais la marée monter et descendre.C\u2019était comme si f avais moussé avec tout l\u2019océan.» Avoir 20 ans et lire ceci, ça donne le goût de devenir postier, poète, écrivain, buveur et, bien entendu, bai-seur.Je n\u2019ai jamais été postier.Olivier Zuida D\u2019un cours de littérature érotique suivi à l\u2019UQAM au début des années 1990, ce que j\u2019ai retenu ?La thèse originale de notre professeure, soit que les romans érotiques sont construits comme les contes de fées.Sade et Andersen côte à côte ?Je ne l\u2019aurais jamais imaginé toute seule.Michèle Malenfant Jours tranquilles à Clichy (Henry Miller, Bourgois).Le brûlant auteur américain n\u2019a jamais décrit les ébats à demi-mot, mais dans ce volet moins connu relatant ses aventures parisiennes, les règles sont totalement abandonnées.Vraie, crue et follement captivante, la débauche y est présentée comme la seule manière de vivre possible, dans un Pqris qui a depuis bien changé.Erotique?Non.Grivois, certainement! Sophie Chartier Dans Hadriana dans tous mes rêves (Gallimard), le français, l\u2019espagnol, l\u2019anglais et le créole frenchent goulûment.Mais dans ce roman de René Depestre, ce sont aussi les zombies et les papillons qui excitent! La nouvelle zombie Hadriana Siloé, une jeune Blanche qui doit épouser un Noir, tombe raide morte après avoir dit «oui» devant l\u2019autel.Une immense fête sensuelle dont elle est la reine morte s\u2019ensuit entre morts et vivants.Balthazar Granchiré a couché avec la «femme-jardin de son sorcier».Pour punition, il est transformé en papillon et doit désormais coucher avec les femmes pendant leur sommeil.Les victimes racontent: «Pendant ce temps ses doigts remontaient en crabe, fiévreusement, le long de mes cuisses».Une prose haïtienne lascive à souhait! Marie-Pier Frappier Le désir au féminin LISE GAUVIN Le projet était ambitieux: demander à des écrivaines du monde noir d\u2019écrire une nouvelle à propos du plaisir au féminin.La responsable, Leonora Miano (Prix Femina 2013 pour Une saison de l\u2019ombre), explique ainsi son titre : «En dépit de sa forme érectile, le volcan est aussi creux.Il peut avoir un ou plusieurs cratères, à travers lesquels ses explosions, diffusant du gaz ou de la lave, font suffoquer le monde, l\u2019embrasent parfois.Se dressant vers le ciel tout en abritant des abîmes, il a un côté androgyne, ce qui ouvrait d\u2019infinies possibilités créatives.» Après Première nuit.Une anthologie du désir (Mémoire d\u2019encrier, 2013), réservée aux écrivains masculins, voici Volcaniques.Une anthologie du plaisir, comprenant douze nouvelles d\u2019auteures connues et moins connues originaires du Cameroun, du Sénégal, de la Guinée, de la Martinique et de la Guadeloupe, certaines d\u2019entre elles résidant en France ou aux Etats-Unis.De cet ensemble aux allures libertines, je retiens moins les descriptions osées, somme toute assez monotones et répétitives, que les diverses configurations du désir au féminin, celui-ci prenant les aspects les plus inattendus, souvent inavouables.Aussi est-ce moins l\u2019acte sexuel lui-même que les circonstances qui le motivent qui font l\u2019originalité du recueil.Telle cette avocate qui ne peut fantasmer que sur une seule et même personne, qu\u2019elle substitue en pensée à chacun de ses partenaires (Nafissatou Dia Diouf).Ou cette autre dont le mari est impuissant et qui trouve un remplaçant capable de lui rendre quelques services sans trop de conséquences (Gisèle Pineau).Il s\u2019agit chaque fois de mises L\u2019auteure Leonora Miano en situation dans des contextes fort différents : une soirée au théâtre (Marie Dô), un déménagement (Nathalie Etoke), une escapade hors de son pays (Fabienne Kanor).Figures légères Tout cela en vaut-il la peine ?se demande l\u2019une des narratrices, résignée au célibat après avoir qualifié de pathétique le jeu de séduction qui consiste à déployer «tant d\u2019efforts pour se retrouver à l\u2019horizontale».Au terme d\u2019ex- THOMAS SAMSON AGENCE ERANCE-PRESSE périences traumatisantes, la jeune femme de la nouvelle de Leonora Miano décide de changer son prénom, comme on se refait une virginité, et en conclut à une sorte de parcours programmé du désir: «Si le désir est avant tout mimétique, s\u2019il est vrai qu\u2019il reproduit un modèle, il ne s\u2019agit pas seulement de celui du couple parental.Ce que l\u2019on imite, c\u2019est aussi la sorte de désir qui s\u2019est portée sur nous à l\u2019origine.Au commencement de l\u2019aventure sexuelle.» Quant aux amants, leurs figures ne sont qu\u2019esquissées dans ces textes délibérément orientés vers les points de vue féminins.A vrai dire, je n\u2019ai retenu aucun portrait d\u2019hommes particulièrement saisissant, comme si le fait de les instrumentaliser frappait ceux-ci d\u2019inexistence à titre de personnages.Du côté des amantes, rares, le trait est plus poussé, la mise en scène plus élaborée.C\u2019est ce qu\u2019on retrouve dans le texte d\u2019Elizabeth Tchoungi, Diane Chasseresse, qui trace un tableau sans ménagement de la dérive sexuelle: «J\u2019ai cédé à l\u2019injonction.Chair triste chair cruelle.Chair infibulée, chair à canon, hymens de guerre par-ci.Chair désincarnée sur papier glacé par-là.Le porno chic pour vendre des sacs.» A-t-on vraiment dévoilé les mystères du plaisir féminin, ainsi que le souhaitait Leonora Miano ?A chacun d\u2019en décider.Le plaisir auquel lecteurs et lectrices ont véritablement accès, là comme ailleurs, est d\u2019abord celui du texte.L\u2019un ne saurait s\u2019épanouir sans l\u2019autre, qui hélas n\u2019est pas toujours au rendez-vous.Il est inévitable, dans un collectif thématique, que les nouvelles soient d\u2019inégal intérêt.A la suite de cette lecture, on ne peut que constater à quel point le désir au féminin reste un continent encore trop peu exploré, imprévisible et sournois.Un sujet pour lequel il serait intéressant de comparer les pistes offertes par Volcaniques à tout un pan de l\u2019espace romanesque, de M™® de La Fayette à Nelly Arcan.Collaboratrice Le Devoir VOLCANIQUES UNE ANTHOLOGIE DU PLAISIR Collectif dirigé par Leonora Miano Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2015, 220 pages ENSEIGNER SUITE DE LA PAGE E 1 universel qui permettrait à la lectrice de se «brancher sur l\u2019éternité de l\u2019amour» ?Ou plutôt dans «les variations, les surprises» qui créeraient des écarts entre la fiction et le vécu personnel de chacune ?Bleton révèle de la complexité dans ce genre en apparence simpliste.Sa vaste expérience lui a d\u2019ailleurs appris cyyf «aucune règle générale ne permet jamais de résumer la littérature populaire».L\u2019ouvrage de Pascale Noizet L\u2019idée moderne de l\u2019amour (Kimé) est incontournable pour comprendre le roman sentimental en série.L\u2019auteure postule que «les Harlequinades sont la pointe d\u2019un iceberg sociétal» et que l\u2019idéologie qui les sous-tend «continue de structurer le système sexe/genre dans nos sociétés contemporaines».La chercheuse s\u2019attarde aussi au récit introspectif, à la «vi- ^arhara (oartlanâ sion avec l\u2019héroïne» qu\u2019épouse la lectrice par-delà la trame narrative de la conquête.De 1990 à 2005, Noizet a enseigné à l\u2019UQAM le roman d\u2019amour à plusieurs cohortes d\u2019étudiantes avides de ce type de livres.Tandis que la popularité de Harlequin ne se dément pas, Noizet note l\u2019existence d\u2019une «nouvelle littérature féminine», l\u2019auto-fiction érotique, veine de laquelle découlerait en partie le phénomène de l\u2019heure sur les nuances de Grey.Policier, le roman d\u2019amour?Sophie Létourneau, professeure de création littéraire à l\u2019Université Laval, offre depuis peu un séminaire sur «l\u2019histoire d\u2019amour».Elle-même auteure de Chanson française (Quarta-nier), qualifié par la critique de grand roman d\u2019amour contemporain mais qui visait plutôt à en détourner les codes, Létourneau s\u2019est adonnée à un «travail conceptuel et formel sur l\u2019amour» inspiré de Flaubert, de Proust et de Galle.Plutôt que le thème, ce sont les formes et les structures qui retiennent son attention.Selon Létourneau, «le roman d\u2019amour est un roman policier», genre qui, lui, a acquis ses lettres de noblesse.En lieu et place des suspects se retrouvent des prospects ; aux indices se substituent une foule de signes à déchiffrer.Enfin, pour elle, la perte de sens du roman sentimental serait un «appauvrissement littéraire, puisqu\u2019il y a aussi une vérité dans le roman d\u2019amour».À lire et à entendre Bleton, Noizet et Létourneau, on se demande comment on pourrait se priver d\u2019études sur ce genre, apanage de plus de 50 millions de lectrices régulières \u2014 et de quelques lecteurs anonymes \u2014, qui informe à la fois nos relations sentimentales, mais aussi sociales et culturelles.Collaboratrice Le Devoir Trois romans d\u2019amour à l\u2019étude Kamouraska d\u2019Anne Hébert (1970, Seuil) Les filles de Caleb d\u2019Arlette Cousture (1985, Libre Expression) Chanson française de Sophie Létourneau (2013, Quartanier) «Je repensais l'histoire littéraire du côté des auteures, recomposais une antériorité pour accéder à des perspectives nouvelles.Pourquoi les écrivaines avaient-elles été si peu lues ?» Avec « Généalogie littéraire », France Théoret signe la rubrique LE LIVRE JAMAIS LU de ce numéro.UIT B il'J Ci 2.1 NOi37 hiver 2015 f ^ 95Ï\tI ^ Michael DELISLE Robert LALON H S \\ COTTE I Paul VE :{0 En kiosque et en librairie le 14 février 2015 Économisez jusqu'à 350/0 du prix en kiosque Quatre numéros par année Offrez-vous Abonnement ?1 an: 34$\t0 2 ans: 56$ TAXES INCLUSES Offrez-lui Abonnement-cadeau ?1 an : 34 $\t?2 ans : 56 $ TAXES INCLUSES Cadeau offert par COORDONNEES DE L'ABONNE(E) Nom\tPrénom Adresse Ville\tProvince Code postal\tTél.Courriel ?Chèque à l'ordre de Nu/t blanche ?VISA ?MasterCard N° de la carte Date d'expiration Postez ce coupon à Nuit blanche, 1026, rue Saint-Jean, bureau 403, Québec (Québec) CIR 1 R7 ou 418 692-1354 ou site@nuitblanche.com LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 F 3 LITTERATÜRE If- t A'âi \\ % mmM ¦ œm* Il L;C'\u2018W'\\f ' ' ¦ '\tt* n A.ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE La crise du verglas, cette tempête de pluie verglaçante qui a paralysé pendant plusieurs jours une partie de l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord en janvier 1998, privant d\u2019électricité des dizaines de milliers de foyers de Montréal et de la Montérégie, a frappé les consciences.Un enfer de glace Pour son deuxième roman, Gabriel Anctil met en scène un huis clos familial CHRISTIAN DESMEULES C> était à la fois beau et terrifiant.Les rues étrangement calmes, les arbres cristallisés, ce silence impossible.La crise du verglas, cette tempête de pluie verglaçante qui a paralysé pendant plusieurs jours une partie de l\u2019est de l\u2019Amérique du Nord en janvier 1998, privant d\u2019électricité des dizaines de milliers de foyers de Montréal et de la Montérégie, a frappé les consciences.Chaque personne qui l\u2019a vécue a sa petite histoire.Après Sur la 132 (Héliotrope, 2012), roman qui suivait la trajectoire d\u2019un publicitaire montréalais quittant tout pour s\u2019installer dans le Bas-Saint-Laurent et se rebrancher sur les racines collectives, Gabriel Anctil s\u2019inspire de cette crise du verglas dans La tempête.11 compose cette fois un huis clos familial explosif.Le contexte est idéal pour exhumer de vieilles rancœurs et des secrets familiaux.Des personnages tendus, réunis ensemble contre leur gré, vont s\u2019affronter dans ce deuxième roman au titre shakespearien.Aveux Après deux jours sans électricité, les parents de Jean, le narrateur de La tempête, qui avait 14 ans au moment des faits qu\u2019il raconte, prennent la décision de quitter leur maison de Notre-Dame-de-Grâce pour aller demander l\u2019hospitalité à la grand-mère maternelle du garçon.Elle vit à Outremont, dans l\u2019une de ces grosses «cabanes» du chemin Côte-Sainte-Catherine, avec son fils, Arthur, auquel la mère de Jean n\u2019a pas adressé la parole depuis plusieurs années.Pris entre une mère dépressive et un père fuyant et autoritaire, l\u2019adolescent tout à coup «avait le puissant sentiment d\u2019avoir êtê expulsé de l\u2019enfance, contre son grê».La grand-mère, elle, beau personnage mais largement aveugle à ce qui se joue réellement autour d\u2019elle, aborde comme à son habitude la vie «comme une grande fête».Chef représentant pour une importante compagnie pharmaceutique, le père de Jean, lui, s\u2019absente et profitera des circonstances pour prendre une décision qu\u2019il repoussait depuis longtemps.Alors que sa mère, faisant dépression sur dépression, assommée par les médicaments, est «fragile comme le crépuscule, tiraillée entre le jour et la nuit, repoussant sans répit la noirceur qui parvenait parfois à abattre ses remparts et à l\u2019engloutir complètement».Tout le contraire de sa sœur, Arthur s\u2019agite et pète les plombs à tout propos, n\u2019hésitant pas à entrer en conflit ouvert avec son neveu qu\u2019il connaît à peine.Ancien musicien dans un petit groupe de covers qui faisait la tournée des bars du Québec, c\u2019est un agent de sécurité vantard et frustré.Une grande gueule qui vit là avec sa compagne aux crochets de sa mère dans cette grande maison, heureuse de ne pas y habiter seule.Origines Ces quelques jours vécus en commun durant la crise du verglas agiront donc comme un révélateur, il faut s\u2019y attendre, des failles et des tensions familiales.Pour Jean, le jeune narrateur, c\u2019est une expérience initiatique.Son monde s\u2019écroule sous ses yeux, comme les branches des grands arbres ployant sous le verglas à l\u2019extérieur de la maison.«Il avait suffi de quelques gouttes de pluie pour que les membres de sa famille se mettent à nu et qu\u2019il apprenne à vraiment les connaître.Pour le meilleur et pour le pire.» Un roman largement dialogué, à l\u2019oralité crue et exacerbée par les tensions qui agitent tous ces personnages pris au piège des circonstances et de leur histoire commune.Cette maîtrise des dialogues, déjà à l\u2019œuvre dans son roman précédent, est l\u2019une des forces de Gabriel Anctil.Mais rien qui soit suffisant pour faire oublier les nombreux défauts de ce roman farci de raccourcis psychologiques et qui s\u2019inspire de la fameuse réplique tirée du Huis clos de Sartre, placée en exergue: «Pas besoin de gril: l\u2019enfer, c\u2019est les Autres.» En empilant révélation par-dessus révélation, jusqu\u2019à dévoiler à Jean «la véritable histoire de ses origines», multipliant les secrets, Gabriel Anctil donne à cette tempête intérieure des airs de vaudeville.Une main trop lourde qui fait souvent basculer La tempête vers un simplisme de téléroman.Comme pour l\u2019aveu final qui n\u2019ajoute rien à l\u2019histoire, au drame, à la crise.Rien.Sinon le superflu et le ridicule.Collaborateur Le Devoir LA TEMPÊTE Gabriel Anctil XYZ Montréal, 2015, 224 pages LITTERATURE QUEBECOISE Folies de M.Blais et autres tourments de Serge Un autre ovni signé François Blais CHRISTIAN DESMEULES Roi des nuits du «Grand Shawinigan» pendant un certain temps, imbu de lui-même au-delà du raisonnable et né \u2014 c\u2019est l\u2019évidence \u2014 avec un poil dans la main, monsieur B*** est un drôle de pistolet.Eils d\u2019un ancien professeur de boxe anglaise, dangereusement timbré, l\u2019homme est toujours prêt à recourir aux conseils de son éternel ami Eirmin, mais sans jamais les suivre, lorsque les circonstances l\u2019y poussent.Cataonie, le premier recueil de nouvelles de Erançois Blais, déjà auteur de huit romans (Nous autres ça compte pas.Document 1, tous deux à L\u2019Instant même), rassemble six aventures de ce protagoniste narrateur aux obsessions singulières.Des histoires étrangement loufoques qui ne sont pas aussi éloignées qu\u2019on pourrait le croire de l\u2019univers habituel de cet écrivain prolifique.Personnage altier, monsieur B*** taquine lui aussi la muse et on fait sa connaissance alors qu\u2019il met le point final à son dernier roman.Tourments de Serge.Préoccupé à l\u2019excès par la longueur de son manus- crit, ne faisant pas confiance à son traitement de texte pour lui donner le compte exact des mots, il sollicite les services d\u2019un «compteur de mots» professionnel.Mais le doute persiste et il finira par compter et recompter lui-même jusqu\u2019à l\u2019épuisement nerveux (Combien ?).Plus loin, on retrouve le quadragénaire amoureux fou d\u2019une naine, caissière dans une épicerie.«Je ne pouvais plus continuer à me mentir: j\u2019avais cette naine dans la peau.» Mais comble d\u2019injustice, cette personne de petite taille refuse ses avances.Un rejet qui le pousse au meurtre, même en ayant recours à une « victime de substitution » (La naine).Dans une autre nouvelle, achetant à vil prix un vieux numéro de Placid et Muzo, une série de bandes dessinées, monsieur B*** s\u2019aperçoit avec consternation qu\u2019une page déchirée ampute la blague de la semaine de sa chute, celle du petit cochon qui passe sur la chaise électrique, envoyée par un lecteur, un certain André Camus (La chute de Camus).Univers parallèles Assassiner sa vieille tante à coup de hachette sans broncher, comme chez Dostoïevski?Monsieur B*** aussi en est capable, comme de la plus renversante des franchises : «mon but est de vous occire et, dans quelques jours, assister à vos funérailles, y rencontrer le vicomte de G*** et m\u2019en faire une relation utile» (Raskolnikov).Dans L\u2019intrus, Erançois Blais \u2014 c\u2019est son nom complet \u2014 rêve qu\u2019il est un personnage dans Angéline de Montbrun, le roman de Laure Conan.Secrètement amoureux d\u2019An-géline dans ces rêves, il y «vit» des événements qui ne se retrouvent pas dans le roman.Mais chacun de ses épisodes nocturnes a pour effet de modifier le livre original jusqu\u2019à changer même son titre.Ses tentatives dérisoires pour vérifier la réalité le font basculer encore plus avant dans un univers à la Ray Bradbury.Cataonie, dont le titre est emprunté au géographe romain Strabon, donne naissance à un monde fou qui se déploie dans un style extrava- gant où Erançois fait largement usage de l\u2019imparfait du subjonctif Mélangeant la rigueur hautaine de la langue avec l\u2019humour noir, maniant avec enthousiasme l\u2019ironie et l\u2019écart, Erançois Blais émaillé ses nouvelles de dialogues pince-sans-rire du genre : «Mais, mon cher, vous ne bandez guère.\u2014 En effet, ma mie, cela est fâcheux.» Dans cet univers parallèle où évolue son personnage psychopathe et bédéesque comme un poisson dans l\u2019eau, tous les coups sont permis.Malgré ses histoires brèves et plus que jamais déjantées, Cataonie trouve sa place à côté de la plu-part des livres de Erançois Blais, qui sont le plus souvent peuplés de personnages oisifs et doucement obsédés.Bon voyage en Cataonie.Un autre ovni signé Erançois Blais.Collaborateur Le Devoir CATAONIE François Blais L\u2019Instant même Québec, 2015, 120 pages En librairie le 17 février AMOUR SUITE DE LA PAGE F 1 miséricorde, il s\u2019est rebra-guetté à la hâte et a fui sans demander son reste (ou mon numéro de téléphone).Encore une Saint-Valentin qui tournait en poisson d\u2019avril.Je suis donc retournée dans mon demi-sous-sol en maugréant, car je savais exactement ce qui m\u2019y attendait.En ouvrant ma porte, je fus immédiatement assaillie par un parfum de fauve et des cris de mé-nade qui fusaient de la pénombre.11 y avait des corps dénudés partout: étendus sur le parquet et sur le divan, assis sur le comptoir de la cuisine, debout dans le placard, accrochés à mes bibliothèques et même planqués derrière le chauffe-eau.J\u2019ai enjambé tant bien que mal les couples enlacés qui encombraient le couloir pour me rendre jusqu\u2019à la porte entrouverte de ma chambre.Au son des craquements du lit et des halètements, j\u2019ai su que j\u2019allais surprendre Jessica, mon amoureuse, en pleine séance de « pince-mi pince-moi».Je n\u2019ai pas été déçue: elle était couchée sur le dos au sommet d\u2019un monticule d\u2019oreillers et se faisait besogner avec fougue par le gentil monsieur qui habite au troisième.Autour du lit, la demi-douzaine de quidams qui, tout sourire, attendaient sagement leur tour, me saluaient de la main.Jess a joui lorsque je suis arrivée près du lit.Dégageant de mon index les cheveux humides de son front, je lui ai susurré à l\u2019oreille : \u2014 Allô ma chérie, je suis de retour.Elle a ouvert les yeux et m\u2019a souri faiblement, puis, après avoir repris son souffle, a annoncé à la ronde : \u2014 OK tout le monde.Pause pipi ! Les mâles ont un peu ronchonné, mais l\u2019ont quand même aidée à se relever.Elle s\u2019est rendue en claudiquant à la salle de bain où elle m\u2019a embrassée tendrement avant de me demander : \u2014 Alors, mon amour, le grand rendez-vous romantique ?Ça s\u2019est bien passé ?\u2014 Pas trop.Il était ennuyeux comme la pluie et éjaculateur précoce par-dessus le marché.Elle a fait cette moue boudeuse qui me fait toujours craquer et, toute de miel, m\u2019a dit: \u2014 Ne t\u2019en fais pas, trésor, tu vas finir par le rencontrer, le prince charmant qui t\u2019amènera sur son blanc destrier souper chez ta mère.Le cœur qui chavire et une larme au coin de l\u2019œil, je l\u2019ai embrassée de nouveau, avant de lui dire : \u2014 Ma chérie, c\u2019est vraiment toi la dernière des romantiques.Collaboration spéciale Le Devoir Anne Archet, qui écrit anonymement de la littérature érotique depuis que le monde est monde, a publié récemment Le carnet écarlate, fragments érotiques lesbiens aux éditions du Remue-Ménage.Elle pourrait être n\u2019importe qui \u2014 même vous.L\u2019AGENDA L\u2019HORAIRE TELE, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi LE DEVOIR ^Gaspard LE DEVOIR LMARÈS ^Du 2 au 8 février 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Baiser \u2022 Tome 1 Les dérapages de Cupidon\tMarie Gray/Guy Saint-Jean\t1/4 2 Sous l'emprise de Monsieur Addams\tMarjorie 0.Lafond/Les Éditeurs réunis\t-/I 3 Un voisinage comme les autres \u2022 Tome 4 Un hiver fiévreux\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t3/5 4 Le retour de Toiseau-tonnerre \u2022 Tome 2 Perceptions\tAnne Robillard/Wellan\t2/3 5 Le gazon.toujours plus vert chez le voisin?\tAmélie Oubois/Les Éditeurs réunis\t5/12 6 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 4 1931 -1941\tLouise Tremblay-O'Essiambre/Guy Saint-Jean\t4/1Q 7 Un jukebox dans la tête\tJacgues Poulin/Leméac\t-/I 8 À Tétat sauvage\tRobert Lalonde/Boréal\t-/I 9 Violence à l'origine\tMartin Michaud/Goélette\t6/12 10 Coup sur coup \u2022 Tome 3 Coup de maître\tMicheline Ouff/Québec Amérigue\t7/3 Romans étrangers\t\t 1 Leffet papillon\tJussi Adler-Qlsen/Albin Michel\t2/2 2 Cinguante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t-/I 3 Soumission\tMichel Houellebecg/Flammarion\t1/3 4 Colère ardente\tRichard Castle/City\t3/3 5 Le jour où j'ai appris à vivre\tLaurent Gounelle/Kero\t8/2 6 Le Women murder club \u2022 Tome 1212 coups pour rien\tJames Patterson j Maxine Paetro/Lattès\t4/4 7 Le marchand de sable\tLars Kepler/Actes Sud\t5/4 8 Cinguante nuances plus sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t-/I 9 Que ta volonté soit faite\tMaxime Chattam/Albin Michel\t7/2 10 La colline aux esclaves\tKathleen Grissom/Guy Saint-Jean\t6/4 Essais québécois\t\t 1 Jean-François Lépine, sur la ligne de feu\tJean-François Lépine/Libre Expression\t1/14 2 Oérives de la commission Charbonneau\tLouis Oemers/Liber\t3/2 3 Oemain, il sera trop tard, mon fils\tL Pagé j J.Naidoo j K Naidoo-Pagé/Stanké\t-/I 4 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t5/16 5 Le roman sans aventure\tIsabelle Oaunais/Boréal\t-/I 6 Ma vie rouge Kubrick\tSimon Roy/Boréal\t7/3 7 Oe remarguables oubliés \u2022 Tome 2 Ils ont couru l'Amérigue\tSerge Bouchard j Marie-Christine Lévesgue/Lux\t6/9 8 Une histoire philosophigue de la pédagogie * Tome 1 Oe.\t.Normand Baillargeon/Poète de brousse\t-/I 9 Chronigues des années molles\tNormand Baillargeon/Leméac\t-/I 10 Le cimetière des humanités\tPierre-Luc Brisson/Poètes de brousse\t2/2 Essais étrangers\t\t 1 Le nénuphar et l'araignée\tClaire Legendre/Les Allusifs\t-/I 2 Le capital au XXIe siècle\tThomas Piketty/Seuil\t1/37 3 Y a-t-il un grand architecte dans l'univers?\tStephen Hawking/Qdile Jacob\t4/11 4 LÉtat islamigue\tSamuel Laurent/Seuil\t5/9 5 Houellebecg économiste\tBernard Maris/Elammarion\t-/I 6 Le retour des djihadistes.Aux racines de l'État islamigue\tPatrick Cockburn/des Éguateurs\t6/2 7 Les âmes blessées\tBoris Cyrulnik/Qdile Jacob\t2/13 8 La chair interdite\tOiane Oucret/Albin Michel\t3/3 9 Soeurs volées\tEmmanuelle Walter/Lux\t-/I 10 Les barbares.Essai sur la mutation\tAlessandro Baricco/Gallimard\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse Gdspdnl sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn!et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 LITTERATURE PEDRO RUIZ LE DEVOIR Si elle écrit ne fréquenter la poésie qu\u2019en touriste, Véronique Côté l\u2019a pourtant récitée et mise en scène, avec sa sœur Gabrielle (en arrière-plan), dans Attentat, au Théâtre de Quat\u2019Sous, en décembre dernier.Le surgissement Louis Hamelin Il y a des mots qui, au fil du temps, à coups de métaphores, tendent à s\u2019agrandir, à étendre à d\u2019autres signifiés le territoire qu\u2019ils se taillent dans l\u2019empire du Sens.Prenez «coq».Simple onomatopée à l\u2019origine, reproduisant le cri de l\u2019oiseau qu\u2019il nomme, le mot désigne aujourd\u2019hui autant une coiffure (on écrit parfois «coque») qu\u2019un vaniteux séducteur de l\u2019espèce humaine.L\u2019anglais s\u2019en est éventuellement emparé pour lui conférer la dignité de synonyme de l\u2019organe viril.D\u2019autres mots nous donnent l\u2019impression de rapetisser avec le temps.«Beauté» est de ceux-là.Au commencement, était beau ce qui procurait une émotion esthétique.Utilisez le même mot aujourd\u2019hui, dites «Je veux parler de la beauté.», et il y a d\u2019assez bonnes chances pour que, autour de vous, l\u2019on évoque spontanément les masques antirides et les canons irréalistes des magazines féminins.Et tant pis pour le scintillement miraculeux de la neige fraîche et cette intense lumière bleue d\u2019un ciel de janvier caressé par le vol glissé d\u2019un épervier.Expérience facile : je gou-gueule conjointement les mots « beauté » et « nature » sur mon ordi.Mon coup de sonde se voit récompensé par une panoplie commerciale où reviennent les mots «cosmétiques» et « soins esthétiques ».Quand j\u2019ai fini de lire La vie habitable de Véronique Côté, je rentrais d\u2019une promenade en famille dans la neige: deux adultes tirant chacun un traîneau avec un petit humain dedans.Les rues de ce quartier résidentiel parfaitement banal où nous précédions le chasse-neige et qui, dans le soir, nous environnaient d\u2019une douceur et d\u2019une solitude comme irréelles au milieu des flocons qui continuaient de tomber, semblaient transfigurées.Mais combien comme nous ce soir-là, et combien devant la télé, et combien, le lendemain, à pelleter leur entrée de cour en maugréant comme celui qui me dit un jour: «Assez de cette merde blanche.» La poésie en touriste «Je parle de poésie; je ne parle pas de poème», précise l\u2019auteure dès les premières pages, à l\u2019intention, peut-être, de ceux qui seraient tentés de chercher dans La vie habitable un discours sur la poésie en tant que genre littéraire distinct, même s\u2019il y a un peu de ça, aussi, dans ces pages traversées par quelques silhouettes inoubliables, les Miron, Giguère, Godin en «sacraments d\u2018étoles / de crucifix de calvaires / de couleuré d\u2019ardent voyage» et, plus près de nous, ce crooner radio-canadien de la déclamation post-psychédélique qu\u2019est Jean-Paul Daoust.De cette poésie-là, qu\u2019elle avoue connaître mal et aimer «en touriste», l\u2019auteure sait parler, mais moins bien, je trouve, que de l\u2019autre, qui a rapport à la beauté, à des formes de beauté n\u2019ayant rien à voir avec ce que promeut et promet l\u2019industrie de l\u2019obsession narcissique : la beauté qui embrasse large, la beauté du monde, cette idée démodée, cet idéal esthétique d\u2019un autre âge, rendu caduc, nous expliquent les vestons-cravates, par la plomberie de Eort McMurray.Côté propose cette définition: «Poésie: surgissement irrépressible de la beauté.» Et aussi: «Poésie: réponse sauvage à des questions qui ne se posent pas.» La vie habitable Véronique Côté «Il y a une beauté de la nature, du territoire, qui provoque en nous quelque chose qui nous élève, ou mieux, nous agrandit.» Dans ce manifeste d\u2019une indignée dont la poésie est la bannière, on avance sur le fleuve natal de l\u2019auteure, qui coule comme langue maternelle tandis que le pays s\u2019offre au regard {«regarder, ce luxe inouï») avec ses richesses et ses vicissitudes : bélugas, «bat-tures, estuaires et îles, oies, ber-naches, huards, lupins, églan-tines dans l\u2019odeur des algues, épinettes, lacs.», pétroles de schiste et forages d\u2019Anticosti, et de Gaspé à Restigouche, la Gaspésie abandonnée, livrée par son gouvernement aux avocasseries, fricas-series et autres poursuites-bâillons de compagnies prédatrices.«[.] ils ne savent pas ce qu\u2019ils font.[.] si, comme moi, ils se frottaient à ce pays, même peu, même sans le vouloir, [.] s\u2019il goûtaient [sic] un seul moment la prodigieuse splendeur qui s\u2019abat sur nous quand on se met à vraiment regarder ce bout de terre inouï sur lequel nous marchons, ils arrêteraient tout ce cirque grossier.Je voudrais les emmener voir le Québec avant qu\u2019ils ne le détruisent.» Langue de terre C\u2019est écrit comme ça tout du long, avec cette passion, dans une langue dont la force donne l\u2019impression à certains moments de fusionner, comme ch ez Miron, avec l\u2019espace laurentien lui-même.J\u2019aurais envie d\u2019en citer encore des grands bouts, ce qui pourrait, j\u2019en conviens, ressembler à une forme de démission critique, mais il se trouve que je viens de lire dans mon journal que le champion de l\u2019austérité provincialiste s\u2019attelle mainte- nant au démantèlement du ministère de la Eaune.Là-bas dans le fauteuil du premier ministre, le pêcheur de saumons qui pose au grand seigneur technocratique a jugé qu\u2019il pouvait se passer du pygargue à tête blanche et de quelques autres créatures à poil ou à plumes dont le statut est fragile.Pour ce qui est du faucon pèlerin, il le préfère sans doute perché au poing d\u2019un scheik.Véronique Côté m\u2019enlève les mots de la bouche.Tout est lié.Nos paysages massacrés: «[.] nous construisons sans jamais nous arrêter pour réfléchir l\u2019espace, sabotant la beauté des lieux à grands coups de développements résidentiels inconsidérés [.].C\u2019est une laideur qui n\u2019est pas anodine: elle sape \u201c les esprits.» La « vente de feu » : « [.] terres, mers, oiseaux, mammifères, 06 merveilles et mondes entiers inattaqués, vie sauvage et eau potable.» La dénaturation de la langue : «L\u2019époque fait grand bruit Difficile en effet de trouver un coin où se mettre à l\u2019abri de l\u2019assourdissant manège tournant jour et nuit, pétaradant, hoquetant, ronflant \u2014 le flot pollué des ondes est le véhicule d\u2019une logorrhée boueuse et indigeste qui semble s\u2019autogénérer, sans possibilité de ralentissement, de pause, ou mieux, de silence.» Oui, le silence fait du bien.Mais le silence est bien la dernière chose dont on a envie en refermant La vie habitable.« Quand on n\u2019a que l\u2019amour.», chantait Brel.Et nous, qu\u2019avons-nous d\u2019autre que la poésie à opposer à la Couillardise ?LA VIE HABITABLE Véronique Côté Atelier 10 Montréal, 2014, 92pages POESIE Le nom de Marie-Hélène Montpetit HUGUES CORRIVEAU T ^ ma faim dans ma ^ J main comme un iris», nous dit Marie-Hélène Montpetit dans son troisième recueil.Une faim inassouvie, un besoin de surseoir à une déprime hante ses mots, cette vie dont elle témoigne, révoltée par ce qui opprime son désir d\u2019absolu.Le «cœur-faucon» d\u2019Anne Hébert n\u2019est pas loin chez la poète, qui avoue quelques vers plus loin: «Je suis aveugle.» Sa «rouge raide colère», levain solide dans l\u2019âme, soutient le souffle porteur.Elle ne va pas vers les pharaons, mais vers son amant.«Au-dessus d\u2019un landau vide», «une bête rôde dans les tranchées / avec une patte en moins aspirée par la lune / son ventre vidé de sa bourre», l\u2019enfance enfuie, le couffin déserté, l\u2019auteure est désemparée devant la vie qui lui advient.Et l\u2019aimé aussi n\u2019est plus, elle qui avoue, candide et héroïne de soap: «J\u2019ai cru au miracle de l\u2019amour.» Elle essaie de s\u2019en remettre: «Je dresse devant moi mes épées de papier.» On frémit devant tant de clichés, on en reste ébaubi.Et la confiance qu\u2019elle a en la puissance de la parole est telle qu\u2019elle déclare : «Les mots sont abrasifs / Je m\u2019assois devant eux / comme une fille païenne devant le Sacré-Cœur» ! Seigneur.prends pitié ! Et son seigneur viendra.D\u2019autres chambres, d\u2019autres lieux.L\u2019abandonneur est remplacé par un être si doux que la poète déclare: «Je dépose sans le savoir ma ferveur dans sa paume / Mon cœur inquiet baisse le front devant lui», «portant sur la tête / une tiare sertie d\u2019étoiles», il est «le héros viril et salvateur» ! Le cœur sauvage de mon nom Des vies supplémentaires Peut-être cette part d\u2019abaissement n\u2019est-elle que le pendant d\u2019une insatisfaction d\u2019être, de ce malaise de n\u2019être justement que soi-même.Et comme dans les jeux vidéo, elle confie : «J\u2019aimerais avoir d\u2019autres vies à brandir que la mienne / dans les aérogares et les espaces publics».Ce livre, qui reste très touffu, dévie, va nous mener à croire que la chambre amoureuse reste guerrière, que la présence de l\u2019autre ne contre pas la solitude.Après tout, l\u2019auteure cherche à saisir «la violence de la douceur».Alors, les mots sont des armes sur l\u2019écran de la feuille, et les chambres de combats, des fractures dans les couloirs de la quête.Labyrinthes d\u2019intrigues, donc, que ce recueil qui évoque par certains égards les films de Christopher Nolan dans lesquels le paysage se replie et se déploie de nouveau.La poète confie: «Je me souviens [.] de m\u2019être avancée déjà au-delà de mes forces / dans des jeux de vaillance / où je devais déchirer le ciel dans un bolide.» Ainsi, elle se «retrouve mêlée à des trafics étranges / qui incendient la maison de la tranquillité», ajoutant en un douteux jeu de mots qu\u2019elle est «Incendiée par le Verbe».Décidément, Paul-Marie Lapointe vient souvent mettre le feu aux poudres dans la poésie actuelle.Collaborateur Le Devoir LE CŒUR SAUVAGE DE MON NOM Marie-Hélène Montpetit Triptyque Montréal, 2015, 72pages La Vitrine RUC VERB ST POLAR LE CRUCIVERBISTE Claire Cooke Editions Goélette Montréal 2015, 506 pages Le petit milieu des agents immobiliers est secoué : on vient de retrouver un des leurs pendu.et tout laisse croire que c\u2019est un faux suicide.Lorsqu\u2019on découvre une deuxième victime, on se met à la SQ à penser à un tueur en série, même si le modus operandi, justement, n\u2019est pas le même : c\u2019est que le meurtrier laisse des notes en latin près de ses victimes.Et qu\u2019en plus il fait parvenir des grilles de mots croisés à la policière chargée de l\u2019enquête, Emma Clarke.Les choses ne commenceront à se préciser qu\u2019après un troisième assassinat, commis toujours dans le même milieu : l\u2019inspectrice Clarke pense pouvoir tirer l\u2019affaire au clair lorsqu\u2019elle se retrouve à son tour prisonnière du tueur.Malgré une intrigue bien menée et des personnages plutôt crédibles, il faudrait amputer quelques centaines de pages à ce gros livre à l\u2019écriture un peu bavarde.Mais comme c\u2019est un premier roman, les quelques promesses qui se laissent deviner ici et là parviendront peut-être à se réaliser.Michel Bélair BANDE DESSINEE CE N\u2019EST PAS TOI QUE J\u2019ATTENDAIS Fabien Toulmé Delcourt Paris, 2015, 252 pages Le sujet n\u2019est pas facile, mais il est vachement bien tricoté par Eabien Toulmé, petit gars d\u2019Orléans, en Erance, ingénieur en génie civil de son état, éternel expatrié dans les pays chauds, qui a décidé de passer par la bande dessinée pour témoigner d\u2019une rencontre : celle qu\u2019il a eue un jour avec la trisomie 21 de sa fille Julia.Le petit bout de femme est né en Erance il y a quelques années, après avoir été conçu au Brésil où le père de famille a vécu avec sa femme.Intimiste \u2014 forcément \u2014, débordant d\u2019humanité, habilement découpé, sensible, graphiquement soigné et exposant parfois des fragments de cet humour simple que fait apparaître la vie dans les pans mouvementés de la condition humaine, ce récit illustré, son premier, expose déjà le talent d\u2019un grand.Un grand qui trouverait facilement sa place, dans une bibliothèque s\u2019entend, aux côtés d\u2019un Guy Delisle ou d\u2019un Michel Rabagliati.Vraiment.Fabien Deglise FABIEN Toulmé Tu iiionircras ma lêlu au |icii|iie ILCC NOUVELLES TU MONTRERAS MA TÊTE AU PEUPLE François-Henri Désérable Folio Paris, 2014, 210 pages Première œuvre d\u2019un écrivain français de 27 ans qui est aussi docteur en droit et joueur de hockey professionnel (eh oui !), ce recueil de nouvelles à forte teneur historique a beaucoup de qualités.Il nous plonge au cœur de la Terreur (1793-1795), période sombre de la Révolution française pendant laquelle la guillotine tranche bien des têtes, célèbres ou non.Ainsi, grâce à une écriture ciselée et dense aux accents romantiques, Désérable reconstitue, en respectant l\u2019historiographie, les dernières heures de Charlotte Corday, de Marie-Antoinette, d\u2019Adam Lux, de Georges Danton, d\u2019Antoine Lavoisier, d\u2019André Chénier et de quelques Girondins, en plus de donner la parole au petit-fils de leur bourreau.Le style, lyrique, et les histoires, graves et bouleversantes, qui s\u2019apparentent à des tableaux littéraires, forment un tout prenant.Louis Cornellier Moxandi'i\u2019 Lacroix Comment vi\\Te lorsqu\u2019on ne eroil en rien?PHILOSOPHIE COMMENT VIVRE LORSQU\u2019ON NE CROIT EN RIEN?Alexandre Lacroix Flammarion Paris, 2014, 180 pages À l\u2019image de l\u2019homme se tenant debout tout en haut d\u2019une falaise, le sceptique se répète à lui-même qu\u2019il est «inutile de vouloir aller plus loin, ce serait se perdre; mieux vaut profiter du panorama en se contentant d\u2019être là, immobile».Dans cet essai inspiré de lectures des philosophes, mais aussi d\u2019expériences personnelles, l\u2019écrivain et directeur de la rédaction de Philosophie Magazine sème le doute en examinant d\u2019un œil sceptique les grandes questions qui nous tenaillent.Plutôt que de se laisser porter par les «illusions consolatrices» ou d\u2019adhérer au «bric-à-brac d\u2019opinions fausses qui pullulent sur le marché de l\u2019angoisse», Alexandre Lacroix assume l\u2019incertitude, l\u2019ignorance quand vient le temps de réfléchir au sens de la vie ou à la nature du bonheur.Dans cette optique, les Esquisses pyrrhoniennes du sceptique Sextus Empiricus (IL-HL siècle après J.-C.) qui ont inspiré Lacroix semblent bien pouvoir répondre à certaines préoccupations de notre temps.Renaud Lussier LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 F 5 LIVRES LITTERATURE CANADIENNE Ceux qui restent Miriam Toews se demande comment aborder le suicide sans pathos DANIELLE LAURIN On reconnaît les sujets d\u2019intérêt de l\u2019auteure de Drôle de tendresse (Boréal), Prix du Gouverneur général 2004 en fiction de langue anglaise.L\u2019enfance au sein d\u2019une communauté men-nonite hyperconservatrice.Le désir de s\u2019en extirper.Les relations complices entre soeurs.La littérature, l\u2019art, comme refuge.Et la maladie mentale, les tendances suicidaires.Et l\u2019impuissance des proches à sauver ceux qui en souffrent.Miriam Toews a déjà consacré un ouvrage biographique à son père bipolaire, mort suicidé : Jamais je ne t\u2019oublierai (Boréal).Elle a aussi abordé la dépression et le comportement suicidaire d\u2019une sœur dans Les Troutman volants (Boréal).Dans son septième roman.Pauvres petits chagrins, elle remet ça.Le père est là, dans toute sa complexité, comme une ombre qui plane.Son suicide est relaté, mais davantage pour replacer l\u2019histoire familiale dans son contexte.C\u2019est la sœur qui est à l\u2019avant-plan.La sœur aînée, désespérée, qui répète les tentatives de suicide, décidée à en finir.Nous sommes sœurs Comment cela est-il possible?Comment s\u2019expliquer qu\u2019Elf, sa grande complice, son modèle depuis l\u2019enfance, veuille à ce point tourner le dos à la vie?se demande sa cadette, Yoli, qui prend en charge le récit.Elf a tout.Pianiste au talent fabuleux, elle mène une carrière internationale extraordinaire.Elle a un mari aimant.Elle a la richesse.La beauté.Alors que Yoli, elle.sa vie: un fiasco.Deux mariages qui ont échoué.Deux enfants, devenus adolescents, qu\u2019elle a eus avec deux pères différents et en face de qui elle ne se sent pas à la hauteur comme mère.Des aventures sexuelles qui ne mènent nulle part.L\u2019argent qui manque.Pour ce qui est de la carrière : Yoli a connu un certain succès avec une série de livres pour adolescents, sans plus.Elle planche sur un vrai, vrai roman, traîne partout son manuscrit, mais va-t-elle y arriver?Bref Yoli a toutes les raisons d\u2019être désespérée, se dit-elle.Alors, pourquoi est-ce sa sœur qui déprime?Est-ce qu\u2019il y aurait des personnes du côté de la vie \u2014 Yoli, tout comme sa mère, d\u2019ailleurs \u2014 et d\u2019autres du côté de la mort \u2014 Elf leur père?Est-ce que ce serait dans les gènes?Jusqu\u2019à quel point?Le suicide vu par ceux qui restent.C\u2019est l\u2019angle adopté dans ce roman.Ceux qui restent avec leurs questions, leur chagrin, leur manque.Et leur impuissance, leur culpabilité.Yoli, qui vit à Toronto avec sa fille, multiplie les allers-retours à Winnipeg pour voler au chevet de sa grande sœur à l\u2019hôpital.Elle énumère toutes les bonnes raisons qu\u2019elle a de rester en vie.Elle passe en revue toutes les grandes œuvres littéraires qu\u2019elles ont lues.Elle fouille dans leurs meilleurs souvenirs d\u2019enfance.Elle l\u2019engueule, aussi.Elle lui parle comme seule une sœur, ou une amie de longue date, quelqu\u2019un d\u2019aimant sans condition, peut s\u2019adresser à une personne en déroute.Dans la dignité Leurs échanges ressemblent à ceci : «Arrête juste de me mentir sur la vie, dit Elf.D\u2019accord, Elf, je vais arrêter de te mentir si tu arrêtes d\u2019essayer de te tuer.» Ou encore à ceci : « Yoli, a-t-elle dit, je te déteste.Je me suis penchée pour l\u2019embrasser et je lui ai répondu à voix basse que je savais, que fêtais au courant.Moi aussi, je te déteste, ai-je dit.C\u2019était la première fois que nous M JACQUES GRENIER LE DEVOIR Bouleversant à Pextrême, ce Pauvres petits chagrins de Miriam Toews Miriam Toews en cinq dates 1964 Naissance au Manitoba, dans une communauté mennonite, qu\u2019elle finira par quitter pour aller vivre à Montréal, à Londres, puis à Toronto.1996 Parution de son premier roman.Summer ofMy Amazing Luck.1999 Journaliste pigiste, elle remporte la médaille d\u2019or du National Magazine articulions notre principal point de désaccord.Elle voulait mourir et moi je voulais qu\u2019elle vive et nous étions des ennemies qui s\u2019aimaient.» Peut-on sauver quelqu\u2019un qui ne veut pas l\u2019être?C\u2019est une des grandes et tristes questions auxquelles est confrontée Yoli.Elle est aussi profondément déchirée par la demande d\u2019Elf de la conduire en Suisse, où elle espère pouvoir se suicider en paix.L\u2019amour d\u2019une sœur peut-il aller jusque-là?Bouleversant à l\u2019extrême, ce Pauvres petits chagrins, qui doit son titre à un poème de Coleridge.D\u2019une infinie tendresse, ce roman.Désespéré, désespérant.Mais aussi : drôle, plein Award dans la catégorie «Humour».2000 Après un deuxième roman, elle fait paraître un essai biographique.Swing Low: A Life (Jamais je ne t\u2019oublierai), dans lequel elle se met dans la peau de son père bipolaire et suicidaire pour raconter sa vie.2014 La version originale de Pauvres petits chagrins est finaliste au prix Giller.d\u2019humour inattendu, parsemé de clins d\u2019œil pétillants, d\u2019envolées lumineuses.Un roman en montagnes russes.Collaboratrice Le Devoir PAUVRES PETITS CHAGRINS Miriam Toews Traduit de l\u2019anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2015, 384 pages Une utopie de bois brésilien Selon Miguel Sanches Neto, la machine à écrire idéale serait née au Brésil MICHEL LAPIERRE On aurait dit un petit piano.» Voilà com-menf dans La machine de bois de Miguel Sanches Neto, le narrateur, expliquant le titre, décrit l\u2019objet fait d\u2019un bois brésilien, le jaca-randa.Le roman fait revivre un prêtre inventeur qui, initié à la libre-pensée, expose, à Rio de Janeiro, dès 1861, l\u2019ancêtre de la machine à écrire.Mais, selon Neto, on aurait ravi et dépoétisé aux Etats-Unis le secref né au Brésil, du petit piano vulgarisateur de l\u2019écriture et du savoir.On reconnaît ici la fraîcheur, le merveilleux, l\u2019ingénuité qui caractérisent le réalisme magique, appellation que la critique accole souvent à la littérature latino-américaine.L\u2019écrivain, né au Brésil en 1965, s\u2019inspire toutefois de faits historiques.Son personnage du prêtre inventeur, Erancisco Joâo de Azevedo, a réellement existé.Même si Pedro II, empereur pourtant savant du Brésil, n\u2019aide pas l\u2019ecclésiastique éclairé à développer son prototype de machine à écrire, il partage avec lui un vif intérêt pour le progrès social du pays.En 1888, il abolira l\u2019esclavage, cette plaie brésilienne.Le roman évoque les basses tâches nauséabondes qu\u2019on imposait alors aux Noirs.Vie secrète À première vue, le prêtre inventeur paraît prude, comme le sacerdoce l\u2019exige, mais il est secrètement dévoré jusqu\u2019au bout des pieds par une folle sensualité.Aussi Erancisco, à l\u2019encontre du droit canon, vivra-t-il en concubinage avec une esclave affranchie à qui il témoignera une sincère affection.Pour exprimer le naif mélange de pudeur catholique et de luxure, le roman relate qu\u2019une prostituée d\u2019un bordel de Rio «s\u2019approcha d\u2019une petite niche dans le mur, abritant une image de saint Antoine, et la couvrit d\u2019un petit rideau en velours rouge» pour ne pas que l\u2019élu de Dieu l\u2019aperçoive en train de forniquer.Un autre trait du pittoresque brésilien frappe : les esclaves noirs furent admis dans une confrérie du Rosaire, soucieuse d\u2019avoir beaucoup de membres dévots.La confrérie prospéra si bien que son église, connue comme celle des Noirs, ne fut de 1737 à 1808 rien de moins que la cathédrale de Rio.Cela annonçait avec faste autant qu\u2019avec bonhomie l\u2019abolition de l\u2019esclavage, pourtant si tardive au Brésil.L\u2019esprit haut en couleur que le pays reflète, Neto le résume à merveille dans une réflexion de Pedro II: «Ce sont les arbres qui nous représentent le mieux.» Séduit par les forêts brésiliennes d\u2019où provenait le bois qu\u2019il avait pris pour la fabriquer, Erancisco «voyait en sa machine une femme», d\u2019après le roman touffu mais attachant de Neto.Cette machine à écrire était incapable d\u2019«hériter d\u2019un corps métallique», comme celui qu\u2019aura, en 1873, sa descendante industrialisée par l\u2019entreprise états-unienne Remington.Son inventeur utopiste la destinait à la libération de la Terre enhère et surtout à celle des pays du Sud par la douceur maternelle de l\u2019écriture.Collaborateur Le Devoir LA MACHINE DE BOIS Miguel Sanches Neto Traduit du portugais par Daniel Matias Lux Montréal, 2015, 296 pages LITTERATURE ERANÇAISE Aux sources des Anciens Patrick Rambaud vante l\u2019art élégant de ne rien faire L\u2019empire du Milieu a toujours fasciné.La Chine contemporaine est une énigme, parce qu\u2019elle concilie le communisme avec le capitalisme.Grande civilisation, affreuse par sa Révolution culturelle : ce pays a développé puis détruit une culture rayonnante, qui renaît.Nombreux sont les écrivains occidentaux qui s\u2019en sont inspirés.GUYLAINE MASSOUTRE Le passé de la Chine est-il perdu, ou caché et prêt à être redécouvert?Qu\u2019on pense au Yi King, ou Livre des transformations, traduit en allemand par Richard Wilhelm, qui fit connaître ce grand livre de divination.Un livre qui propose la connaissance symbolique des êtres, qui n\u2019exclut pas la transformation naturelle.Sa sagesse a des aspects oraculaires, liés à l\u2019histoire comme au futur, ce qui a séduit les curieux de littérature universelle par la pensée mythique.Alternative à la philosophie occidentale, il pense que les symboles imprègnent la vie, aux grandes ou petites heures du destin de chacun.Ou encore, prenez le juge Ti, figure historique qui vécut en Chine au VIT siècle.Le diplomate néerlandais Robert van Gulik, un érudit, a publié dix-sept volumes de ses enquêtes dans les années 40.Il l\u2019a rendu intelligent.Son compatriote Janwillem van de Wetering a écrit dans la même veine.Le Erançais Erédéric Lenormand l\u2019a repris aussi, en une vingtaine de volumes depuis l\u2019an 2000.Et les Américains Eleanor Cooney et Daniel Altieri s\u2019y sont adonnés.Il est même devenu Détective Dee au cinéma américain grand public.Dans la Chine ancienne Le rêve de maîtriser la nature est de toutes les cultures.C\u2019est ce qu\u2019illustre le roman de Rambaud, qui a pour titre, justement, Le Maître.Rambaud s\u2019intéresse aux hommes illustres et aux divers aspects de la puissance.Il en a fait un double champ d\u2019intérêt: se moquer de la politique française dans des journaux caustiques, tel Chroniques du règne de Nicolas P\u2019\u2019 (Grasset), suivi de six volumes très drôles, et faire revivre la lointaine et ancienne Chine qu\u2019il connaît tout autant.Le Maître est ainsi l\u2019histoire vivante d\u2019un écrivain anarchiste, Tchouang Tseu, un sage au temps de la brutalité générale.Il a vécu au IV® siècle, et on se dispute pour savoir qui, de lui ou de Lao Tseu, a fondé le tao.Ce qui est sûr, c\u2019est que Tchou a pratiqué le détachement et que le livre qu\u2019il a laissé est plein d\u2019humour et d\u2019anecdotes qui ont séduit Rambaud.Son roman fourmille donc de contes et d\u2019historiettes dia-loguées.Au contraire de nos certitudes, le sage dit: «Le voilà qui rêvait.Il était un papillon butinant de fleur en fleur, lorsqu\u2019il se réveilla: \u201cEtait-ce Tchang Tcheou qui se rêvait en papillon ou un papillon rêvant qu\u2019il était Tchouang Tcheou ?\u201d» La question sur ce qui est réel ou irréel est fameuse, et tient à la légèreté de cet écrivain, qui vécut un siècle après Confucius, grand commentateur du Yi King, et sut vagabonder librement en prêchant la saine oisiveté, l\u2019art de parler sans éloquence, ni frénésie, ni encombrements du monde.«Il faut mener sa vie comme une barque vide qui dérive au gré des courants», prônait-il.Charles Juliet, dans Sagesse et blessures.Réflexions sur l\u2019Ecclésiaste et Tchouang-Tseu (Bayard, 2009), s\u2019était attardé à la pensée de ce sage.Mais Rambaud signe un roman fantaisiste, divertissant, très accessible, et littéraire.Collaboratrice Le Devoir LEMAÎTRE Patrick Rambaud Grasset Paris, 2015, 236 pages Des manifestants rémunérés ?Un groupe d\u2019intérêt prétendument «citoyen», mais fondé et financé par une entreprise privée ?Cet ouvrage révèle 99 cas ^'astroturfing, une stratégie de communication dont la source réelle est occultée et qui prétend à tort être d\u2019origine citoyenne.Usurpation de l\u2019identité citoyenne dans l\u2019espace public Astroturfing, communicatioTi et démocratie Sophie Boulay DE IIDENTITÉ CITOYENNE DANS L\u2019ESPACE PUBLIC Astroturfing, communication et démocratie Sophie Boulay 2015 E3 PAPIER n PDF EPUB \"I Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR PUQ.CA 947 F 6 LE DEVOIR LES SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 EEVRIER 2015 ESSAIS PKP est-il l\u2019homme providentiel du PQ i Louis CORNELLIER O La candidature de Pierre Karl Péladeau (PKP) à la chefferie du Parti québécois (PQ) suscite un engouement certain dans les rangs péquistes.Des personnalités identifiées à la droite \u2014 Mathieu Bock-Côté et Richard Le Hir \u2014 comme à la gauche \u2014 Andrée Ferretti et Jacques Lanctôt \u2014 se sont ouvertement réjouies de son entrée dans cette course.PKP, il est vrai, depuis l\u2019élection d\u2019avril 2014, a martelé son projet de faire du Québec un pays.C\u2019est d\u2019ailleurs, à ce jour, le seul élément précis de son programme.On peut donc comprendre l\u2019enthousiasme de nombreux péquistes à l\u2019égard de l\u2019homme d\u2019affaires indépendantiste, une rareté.Il n\u2019empêche que cet emballement ne laisse pas non plus d\u2019étonner.PKP, après tout, traîne une réputation d\u2019antisyndicaliste déterminé \u2014 il a multiplié, depuis vingt ans, les lockout dans sa gestion des relations de travail et, en 2010, il remettait en question la formule Rand \u2014, une attitude traditionnellement peu prisée au PQ.Bien des péquistes, par exemple, gardent un mauvais souvenir de Lucien Bouchard, accusé d\u2019être trop à droite.L\u2019arrivée de PKP dans l\u2019élection de 2014, de plus, a plombé la campagne du P().Peut-il, aujourd\u2019hui, être le chef dont le PQ a besoin pour mener à bien le projet souverainiste ?Des intérêts en jeu Pierre Dubuc, qui pose cette question dans PKP dans tous ses états, croit que non, pour une foule de raisons.Directeur et rédacteur en chef du mensuel progressiste et indépendantiste L\u2019aut\u2019journal, tête d\u2019affiche du groupe Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre), Dubuc, dans cet essai politique rédigé dans l\u2019urgence, rappelle l\u2019historique antisyndical du candidat-vedette et conclut que, comme homme d\u2019affaires, «PKP a mis ses intérêts personnels au-dessus, voire à l\u2019encontre, des intérêts québécois».Dubuc ne nie pas que Québécor «joue un rôle important dans la promotion de la culture québécoise », mais il explique que cet apport positif n\u2019existe que parce qu\u2019il serf les intérêts de Québécor.A titre de propriétaire de la chaîne canadienne-anglaise Sun News, PKP, par exemple, n\u2019a rien fait pour faire cesser JACQUES NADEAU LE DEVOIR Pierre Karl Péladeau, depuis l\u2019élection d\u2019avril 2014, a martelé son projet de faire du Québec un pays.la propagande anti-Québec diffusée par ce canal.Pour se justifier de cette apparente contradiction, PKP invoque l\u2019indépendance des salles de rédaction.Qr, d\u2019après Dubuc, le magnat de la presse, malgré ses dénégations, a souvent fait fi de ce principe, notamment en faisant, en 2010-2011, dans Le Journal de Montréal, la promotion de François Legault, parce que cela le servait.Dubuc mentionne aussi que PKP \u2014 d\u2019abord prénommé Pierre Cari, il serait devenu Pierre Karl, à la fin des années 1970, en hommage à Karl Marx ! \u2014 aurait, dans les années 2000, fait des contributions financières, légales, au Parti conservateur du Canada, au Parti libéral du Québec et à l\u2019Action démocratique du Québec.L\u2019homme, suggère Dubuc, travaille d\u2019abord pour lui.Ce n\u2019est pas un crime, dira-t-on.En effet.Toutefois, ajoute Dubuc, cela pourrait avoir des implications politiques et économiques si PIÜ\u2019 devenait chef du PQ.Passons sur les passages moins convaincants du livre, dans lesquels Dubuc conteste les qualités d\u2019homme d\u2019affaires de PKP, pour nous concentrer sur l\u2019essentiel de la thèse.Manon Guilbea ec Michel Larose Lockout au lournal de Montréal L\u2019ami Mulroney\tlequel Bell lui livre une concur- L\u2019empire Québécor repose rence féroce.Pour se dévelop-principàement sur les télécom- per, au Canada anglais et au munications, un domaine dans Québec, il a besoin de compter ESSAI LOCKOUT AU JOURNAL DE MONTREAL Enjeux d\u2019un conflit de travail Manon Guilbert et Michel Larose M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2015, 184 pages Décrété le 24 janvier 2009, le lockout au Journal de Montréal durera 764 jours, ce qui en fait «le plus long conflit de travail de la presse francophone en Amérique du Nord», et prendra fin le mars 2011.Seulement 62 des 253 employés concernés retrouveront leur travail.Anciens journalistes de ce quotidien, Guilbert et Larose racontent en détail l\u2019évolution de cette bataille «perdue d\u2019avance».Ils en retiennent surtout l\u2019antisyndicalisme de Pierre Karl Péladeau et sa volonté de transformer le journal en machine à faire des profits, au service de ses intérêts et au mépris de la qualité de l\u2019information.S\u2019ils évoquent les bisbilles syndicales qui ont nui à la lutte des lockoutés, Guilbert et Larose déplorent surtout l\u2019insensibilité de la population, des artistes et des politiciens (notamment ceux du PQ et du Bloc) à la cause des artisans du journal, devenu depuis, écrivent-ils, un pur produit commercial sans crédibilité, à la solde d\u2019un propriétaire politicien.Cette situation ne va pas sans soulever un important enjeu démocratique, qu\u2019il faut lier au problème, plus large, de la concentration de la presse.sur des décisions favorables du CRTC et du gouvernement fédéral.Cette situation, affirme Dubuc, explique l\u2019existence d\u2019un axe Péladeau-Mulroney-Harper.Brian Mulroney, en effet, est le parrain d\u2019un des enfants du couple Snyder-Péla-deau et est à la tête du conseil d\u2019administration de Québécor.Il aurait, rapporte Dubuc, joué les entremetteurs entre PIÜ\u2019 et le premier ministre Harper.Nous ne sommes pas vraiment, ici, dans un cercle des amis de la souveraineté.Cette situation fait conclure à Dubuc, friand d\u2019analyses stratégiques parfois hasardeuses, que les péquistes sont en droit d\u2019être inquiets quant à la détermination indépendantiste de PKP.«Ses intérêts économiques le rendent vulnérable aux pressions politiques et économiques», écrit Dubuc, qui craint, advenant l\u2019élection de PKP à la tête du PQ, la répétition du scénario d\u2019une alliance entre les conservateurs cana-diens-anglais et les nationalistes québécois, comme aux époques Diefenbaker-Duplessis et Mulroney-Lévesque.«Avec l\u2019attaque de PKP contre le Bloc, écrit Dubuc, le chat est à moitié sorti du sac.Mais nous pourrions avoir l\u2019occasion d\u2019admirer le chat dans toute sa splendeur, le jour où PKP annoncera qu\u2019il reporte le référendum jusqu\u2019à ce que \u201cle Québec dans le rouge\u201d soit chose du passé et qu\u2019il soit développé économiquement.» L\u2019hypothèse d\u2019un PQ prenant le virage caquiste, convenons-en, devrait soulever des inquiétudes dans les rangs péquistes.Pour le moment, le silence de PKP sur toutes ces questions ne contribue pas à les lever.Partisan, dans la course au PQ, de Martine Quellet, convaincu de la nécessité d\u2019une alliance PQ-syndicats-groupes sociaux pour réaliser l\u2019indépendance, Pierre Dubuc ne sui^rend pas en mettant les péquistes en garde contre PKP.Ses analyses ne sont pas toujours bétonnées {«selon une rumeur», «plusieurs spéculent», peut-on lire sous sa plume) et ses jugements manquent parfois de nuance (même s\u2019ils ne condamnent pas Duplessis, Bock-Côté et Eric Bédard n\u2019en font pas «leur héros providentiel historique»), mais les inquiétudes qu\u2019il exprime, dans une perspective indépendantiste de gauche, contribuent sainement au débat.louisco@sympatico.ca PKP DANS TOUS SES ÉTATS Pierre Dubuc Editions du Renouveau québécois Montréal, 2015, 160 pages La grande séparation L\u2019histoire et la littérature peuvent-elles se réconcilier?RENAUD LUSSIER Dans Histoire des grands-parents que je n\u2019ai pas eus (Seuil, 2012), Ivan Jablonka retrace la vie de Matés et Idesa, ses grands-parents morts q Auschwitz durant la guerre.A la démarche traditionnelle de l\u2019historien plongé dans les archives familiales se joint celle de l\u2019écrivain qui cherche à redonner vie à ces deux êtres qu\u2019il n\u2019a pas connus.Cette approche biographique, personnelle et volontairement subjective amène l\u2019historien à se questionner sur l\u2019écriture de l\u2019histoire aujourd\u2019hui, ce qu\u2019il fait cette fois dans un ouvrage théorique.Pour expliquer la relation parfois ambiguë qu\u2019entretiennent l\u2019histoire et la littérature, Jablonka revient sur le moment où apparut nécessaire, au XIX® siècle, une séparation entre le factuel et la fiction, entre l\u2019objectivité des scientifiques et la subjectivité des littéraires.L\u2019histoire devait définitivement tourner le dos aux belles-lettres qu\u2019elle fréquentait depuis l\u2019Antiquité pour être admise au rang de science.«L\u2019avènement des méthodiques.fait-il remarquer, est ce moment un peu absurde où l\u2019histoire a cru qu\u2019elle pouvait expulser la littérature d\u2019elle-même».L\u2019opposition entre une histoire scientifique et les lettres tournées vers la fiction est à ses yeux quelque peu artificielle, comme en témoigne notamment l\u2019essor d\u2019une « littérature du réel» à partir du XIX® siècle.« C\u2019est ainsi que les romans, en racontant des histoires dont tout le monde sait qu\u2019elles ne sont pas \u201cvraies\u201d, disent transmettre une connaissance plus \u201cvraie\u201d que l\u2019histoire.» Walter Çcott, Honoré de Balzac ou Émile Zola nous en apprennent autant sur l\u2019esprit d\u2019une époque qu\u2019un livre savant.Jablonka s\u2019intéresse aux genres hybrides de la littérature (Primo Levi, Alexandre Soljénitsyne, Robert Merle) et de l\u2019histoire (Georges Duby, Pernand Braudel, Natalie Zemon Davis), qui révèlent les possibilités d\u2019écriture se présentant au chercheur dont le travail consiste à «essayer de comprendre ce que les hommes font», pour reprendre la définition que l\u2019auteur donne à l\u2019histoire.Besoin d\u2019imagination Selon lui, l\u2019écriture continue à tourmenter les historiens, et les effets du divorce entre l\u2019histoire et la littérature remontant à l\u2019ère de la science positive se font toujours sentir dans l\u2019univers des sciences sociales: peur de la subjectivité, recours à un «\u201cnous\u201d de majesté», «style aseptisé» et «plan à tiroirs» limitent les formes que peut prendre un texte dont l\u2019auteur absent est en fait «relié à son sujet par mille fils invisibles».Ces questions ne sont pas nouvelles, comme le rappelle d\u2019ailleurs Jablonka en introduction, mais son essai entend poursuivre la réflexion entamée dans les années 1970 par Paul Veyne et Michel de Certeau.C\u2019est avec conviction et exemples à l\u2019appui qu\u2019il réussit à montrer comment, au XXI® siècle, l\u2019histoire peut se renouveler en acceptant qu\u2019elle forme une sorte de couple naturel avec la littérature.Gui, l\u2019histoire peut être littéraire sans perdre de sa scientificité, sans sacrifier la rigueur de sa méthode, soutient Jablonka.Elle «est avant tout une manière de penser, une aventure intellectuelle qui a besoin d\u2019imagination archivis-tique, d\u2019originalité conceptuelle, d\u2019audace explicative, d\u2019inventivité narrative».Parions que son livre servira à alimenter un débat qui est loin d\u2019être clos.Collaborateur Le Devoir L\u2019HISTOIRE , EST UNE LITTERATURE CONTEMPORAINE MANIEESTE POUR LES SCIENCES SOCIALES Ivan Jablonka Seuil Paris, 2014, 352 pages Louis XV, le « mal-aimé » DAVE NOEL Selon Jean-Christian Petit-fils, l\u2019enseignement de l\u2019histoire a besoin de grands personnages ancrés dans une trame nationale pour être intelligible.Le spécialiste français de l\u2019Ancien Régime fait oeuvre utile avec un brillant essai sur Louis XV, lui permettant de compléter son cycle biographique des quatre derniers Louis d\u2019avant la Révolution.Né en 1710, l\u2019arrière-petit-fils du Roi-Soleil monte sur le trône de Prance à l\u2019âge de cinq ans, son grand-père, son père et son oncle ayanfété fauchés par la maladie.A sa majorité, il confie le pouvoir au cardinal de Pleury, qui instaure une ère d\u2019austérité aux résultats mitigés.Ce premier ministre sans le titre n\u2019aurait «aucun grand dessein, nulle vue d\u2019ensemble sur le commerce, la marine ou les colonies, seulement une gestion de bon père de famille, s\u2019engluant progressivement dans l\u2019immobilisme».Partisan de la paix, Louis XV se laisse néanmoins entraîner dans les méandres de la guerre de Succession d\u2019Autriche (1740-1748) par une opinion publique belliciste, comme l\u2019écrit Petitfils, dont l\u2019essai va bien au-delà de la vie quotidienne du roi.Il y remet en cause les idées reçues sur le pouvoir royal dont les limites sont masquées sous des «dehors éclatants de pompe et de majesté».Au XVIII® siècle, la Prance a ainsi de la difficulté à prélever des impôts, contrairement à sa rivale britannique dotée d\u2019une représentation parlementaire.C\u2019est dans ce cadre qu\u2019émerge la marquise de Pompadour, issue du milieu de la finance.«La monarchie française ne s\u2019était jamais affichée à ce point avec ses bailleurs de fonds», souligne l\u2019auteur en relativisant l\u2019influence politique de la maîtresse du roi.Son impact est notable en revanche sur la chute de popularité du «bien-aimé», qui s\u2019effondre avec l\u2019abandon de ses conquêtes belges au terme de la guerre de Succession d\u2019Autriche.«Bête comme la paix», dira-t-on désormais dans les rues de Paris.Le règne de Louis XV est assombri par la guerre de Sept Ans (1756-1763) déclenchée par les attaques britanniques en Amérique et sur les océans.Militairement écrasée, la Prance y perd ses colonies du Canada et de l\u2019Inde.Plutôt indulgent, le biographe estime que le roi ne doit pas être tenu pour responsable «du déclin actuel de notre langue».Pour lui, «c\u2019est dès le début du règne de Louis XIV qu\u2019il eût fallu partir à la conquête des mers et des océans, au moment où l\u2019Angleterre était encore relativement faible».La Révolution française aurait-elle été évitée si Louis XV n\u2019avait pas été emporté prématurément par la variole à l\u2019âge de 64 ans ?Petitfds le suggère sans trancher au terme de cet essai passionnant sur la vie et l\u2019époque d\u2019un monarque dont le souvenir est écrasé entre le faste de son prédécesseur et les malheurs de son héritier.Le Devoir LOUIS XV Jean-Christian Petitfils Perrin Paris, 2014, 874 pages » m} Les Éditions XYZ offrent leurs plus sincères condoléances à la fannille et aux proches de Bernard La Rivière décédé la sennaine dernière.www.editionsxyz.com Docteur en théologie, ex-professeur de philosophie au Cégep de Saint-Jérôme et membre du Conseil national du Mouvement laïque québécois, il est aussi auteur de « Enfin la laïcité», paru en 2014."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.