Le devoir, 21 février 2015, Cahier J
[" UNIVERSITE RECHERCHE CAHIER THEMATIQUE J > LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 EEVRIER 2015 Positionner le Québec comme acteur du Grand lAOX^PageJS '^prr.Wi 1\ta JACQUES NADEAU LE DEVOIR Identités nordiques Une Chaire sur l\u2019imaginaire du Nord, de l\u2019hiver et de l\u2019Arctique voit le jour FREDERIQUE DOYON Le Québécois est un homo hivernus.Bien qu\u2019il ne veuille pas toujours l\u2019admettre en continuant de vivre « en attendant l\u2019été», la nordicité fait partie de la culture d\u2019ici.Le premier convaincu est Daniel Chartier, titulaire de la nouvelle Chaire sur l\u2019imaginaire du Nord, de l\u2019hiver et de l\u2019Arctique QNHA).«On se dit Nord-Américain de langue française; ajoutons donc \u201cnordiques \", parce que ça fait partie de nos comportements sociaux», plaide le professeur au Département d\u2019études littéraires de l\u2019UQAM.Déjà, quand on s\u2019attarde aux habitudes culturelles des Québécois, on constate qu\u2019elles sont liées d\u2019une manière assez évidente au changement des saisons.« Consomme-t-on la culture de la même manière l\u2019été et l\u2019hiver?Poser la question, c\u2019est y répondre, dit-il.On n\u2019a qu\u2019à penser aux saisons de théâtre, de télé.L\u2019automne, c\u2019est le début de l\u2019année pour à peu près tout le monde.» Au-delà de cette consommation culturelle, le rapport au froid est souvent ce qui nous définit quand on entre en contact avec des étrangers.M.Chartier aime bien rappeler les propos de l\u2019auteur Dany Laferrière se moquant du fait qu\u2019un immigrant doit aimer l\u2019hiver s\u2019il veut s\u2019intégrer.«C\u2019est profond dans la façon dont ça nous touche, dit celui qui voit même notre appartenance au Nord dans notre discours hiverno-phobe, à toujours chialer contre le froid.Ce qui m\u2019intéresse aussi, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019exclu dans cette définition de nous-mêmes; qu\u2019on soit autochtone, immigrant, québécois francophone, on se retrouve dans cette idée qu\u2019on vit dans un pays froid.» Tous égaux devant l\u2019hiver.Qfficiellement lancée le l®Qanvier, la Chaire vient en fait couronner et soutenir le travail du Laboratoire international d\u2019étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord, fondée en 2003 par Daniel Chartier.Ce laboratoire n\u2019a rien du lieu qu\u2019on associe normalement aux sciences.Son équipement spécialisé, c\u2019est une poignée d\u2019ordinateurs et d\u2019outils visant à identifier, à rassembler, à étudier et parfois à concevoir des oeuvres qui traitent du Nord dans le monde circumpolaire, pour réfléchir et comparer les représentations qui s\u2019en dégagent.Car le postulat de ce laboratoire \u2014 et que la Chaire vient entériner \u2014 est que la nordicité se définit davantage dans le croisement des discours pluriculturels des nations bordant les pôles que dans une approche strictement définie du point de vue territorial, géographique.«Mon but a toujours été de comparer la culture québécoise à d\u2019autres cultures en sortant des comparaisons traditionnelles.On se compare toujours à la française, à l\u2019américaine ou à la canadienne, alors qu\u2019on est une petite culture, plus froide, éloignée, isolée sur sa péninsule», souligne M.Chartier.Qu\u2019est-ce qui nous rapproche ou nous différencie, par exemple, de la Scandinavie?«Si on a peu de liens historiques et culturels, on s\u2019inspire de son modèle social», répond-il.Il précisera que la culture danoise a inventé l\u2019architecture de la lumière par l\u2019usage de la fenêtre éclairée.Mais ce qui distingue la nordicité du Québec est sa lumière naturelle éblouissante, si particulière en hiver.«On a la lumière de la Provence parce que Montréal est à la hauteur de Marseille et on a le froid et la neige qui la reflètent», dit-il, contrairement aux longues nuits Scandinaves ou aux jours gris de Paris.En étudiant la culture québécoise, Daniel Chartier constate la récurrence constante des représentations du Nord depuis deux, voire trois siècles.Les exemples les plus connus sont sûrement le Carnaval de Québec, les paysages d\u2019hiver de Jean-Paul Lemieux, les chansons de Gilles Vigneault {«Mon pays.c\u2019est l\u2019hiver»).Publications et colloques Les activités de la Chaire rejoignent celle du Laboratoire international d'étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord de l\u2019UQAM.Qutre l'étude du corpus d'œuvres de sa base de données (voir le texte), la recherche prend la forme de colloques.Le prochain, Les métamorphoses de la noirceur dans le Nord, se tient à Reykjavik à la fin de la semaine.M.Chartier y parlera entre autres de l\u2019utilisation de la lumière pour animer la ville.Le volet de publications vient de s\u2019enrichir de La nordicité «Même aujourd\u2019hui, d\u2019autres oeuvres les reprennent [ces représentations], c\u2019est donc quelque chose de constitutif de notre identité.» Il cite le festival Montréal en lumière, le concours Lu-minothérapie, l\u2019Igloofest.La petite équipe québécoise du laboratoire \u2014 à laquelle sont aussi associés une douzaine d\u2019autres chercheurs d\u2019universités de la Scandinavie, de la France, de l\u2019Allemagne et d\u2019ailleurs \u2014 a déjà constitué une imposante base de données réunissant une banque d\u2019images, de citations et quelque 30 000 œuvres littéraires, cinématographiques, visuelles ou tirées de la culture populaire.La recherche peut se décliner en fonction de 300 critères, qui incluent autant la nationalité de son auteur-e que des éléments caractéristiques de l\u2019imaginaire nordique qu\u2019a identifiés l\u2019équipe : le froid, la neige, bien sûr, mais aussi la souffrance, l\u2019absolu, l\u2019alcool, la solitude, la beauté de la nature.Un bon tiers de ces œuvres viennent de l\u2019extérieur du Québec.« Une des motivations profondes d\u2019étudier ça, c\u2019est d\u2019arriver à une \u201cécologie du réel\" [expression qu\u2019il emprunte à Pierre Neveu], d\u2019avoir des modes de pensée qui correspondent à là où on vit.» Cesser de penser son pays en fonction de l\u2019été est évidemment la première étape d\u2019une nordicité bien vécue.Collaboratrice Le Devoir du Québec, série d\u2019entretiens avec le géographe Louis-Edmond Hamelin (celui qui a inventé les termes nordicité et hivernité) parue en décembre dernier.L\u2019équipe mise aussi sur la réédition et la traduction d\u2019ouvrages écoulés, comme le premier roman inuit du Québec, Le harpon du chasseur, de Markoosie, les ouvrages français du XIX® siècle Chez les Lapons et Deux émigrés en Suède, et une poignée de titres du Groenland, oû M.Chartier a donné un cours à l\u2019automne dernier.Vaincre l\u2019insomnie, c\u2019est possible Page J 5 POLITIQUE NATIONALE DE LA RECHERCHE ET DE L\u2019INNOVATION Zones d\u2019ombre sur la PNRI Depuis l\u2019élection du gouvernement Couillard, le milieu de la recherche universitaire navigue dans un brouillard, engendré par la mise en veilleuse de la Politique de la recherche et de l\u2019innovation (PNRI), et sur une mer houleuse, provoquée par les compressions exigées des établissements.ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND La Politique de la recherche et de l\u2019innovation (PNRI), dévoilée en octobre 2013 par le gouvernement Mar ois, est-elle morte au feuilleton?Sera-t-elle plutôt maintenue ?Transformée ?Le mystère persiste depuis l\u2019arrivée des libéraux au pouvoir.Yves Mauffette, vice-rec-teur à la recherche et à la création de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM), trouve que le message du gouvernement actuel «n\u2019est pas clair».«C\u2019est triste, parce qu\u2019il y avait de beaux investissements qui se faisaient», dit-il.Le budget Leitâo déposé en juin dernier est venu annoncer la révision de la PNRI, malgré le large consensus dont elle a fait l\u2019objet.Cette politique prévoyait des investissements de 3,7 milliards sur cinq ans.Ces sommes ne sont plus assurées et les chercheurs demeurent dans l\u2019attente.Un commentaire du premier ministre Philippe Couillard le 13 février dernier, lors de la conférence de presse ayant entouré la désignation de Paul Shrivastava, professeur de l\u2019Université Concordia, comme directeur général du secrétariat de la Future Earth, n\u2019a rien fait pour le rassurer.Selon ce que rapportait le quotidien La Presse, M.Couillard aurait répondu à une question au sujet des investissements à prévoir en recherche scientifique en indiquant que cela «fera partie des choses qu\u2019on aura la liberté de faire mieux lorsque l\u2019équilibre budgétaire sera atteint».«La recherche ne peut pas toujours se permettre d\u2019attendre un an ou deux avant d\u2019être relancée, rétorque M.Mauffette.La recherche est en continuum et on ne fait pas des arrêts pour repartir un mois plus tard.Ce n\u2019est pas une chaîne de montage.» Cet horizon flou inquiète aussi la Fédération québécoise des professeures et professeurs d\u2019université (FQPPU).«Il n\u2019y a pas de vision à moyen terme, et encore moins à long terme, du soutien à la recherche universitaire depuis que le nouveau gouvernement est en place, s\u2019inquiète Max Roy, président de la FQPPU.On ne nous donne pas d\u2019indication quant à l\u2019avenir.On ne sait pas quelle sera l\u2019enveloppe qui sera accordée aux chercheurs.Il n\u2019y a aucune annonce à cet égard et c\u2019est extrêmement préoccupant.» La suspension de la PNRI a déjà eu ^es répercussions.Yves Bolduc, ministre de l\u2019Education et de l\u2019Enseignement supérieur, a annulé rapidement les huit chaires sur l\u2019identité québécoise prévues dans la PNRI, après son entrée en poste.Les crédits de base donnés par le gouvernement du Québec aux Fonds de recherche du Québec (FRQ) n\u2019ont pas diminué, mais le réinvestissement annoncé dans la PNRI, soit une augmentation de 25% de la base budgétaire des FRQ, ne s\u2019est jamais concrétisé.Il faut aussi noter que les crédits de base ne tiennent pas compte des crédits additionnels accordés entre 2007 et 2013 dont bénéficiaient les FRQ sous les Stratégies québécoises de la recherche et de l\u2019innovation (SQRI) du gouvernement Charest.Au-delà des répercussions sur le financement direct prévu pour la recherche universitaire, M.Mauffette souligne les effets sur les programmes «qui gravitaient autour de la PNRI».La politique prévoyait des investissements dans des sociétés partenaires des universités ou des consortiums auxquels participaient universités et entreprises privées.De ce côté, « il y a eu des coupes assez dramatiques qui ont été faites, note le vice-recteur.A ce moment-là, ça réduit les effectifs de ces équipes partenaires et ça réduit le potentiel de collaboration ou l\u2019émergence de nouveaux projets.» Compressions Autre variable importante: les universités VOIR PAGE J 3 : OMBRE J 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 EEVRIER 2015 RECHERCHE Une recherche de moins en moins distincte En novembre dernier, l\u2019Association canadienne pour le savoir (Acfas) a appelé les chercheurs à se faire entendre pour protéger les investissements gouvernementaux en recherche.Entrevue avec sa présidente, Louise Dandurand, dans un contexte politique qui laisse planer plusieurs doutes sur l\u2019avenir de la recherche universitaire.PROPOS RECUEILLIS PAR ÉTIENNE PLAMONDON ÉMOND Le gouvernement Couillard demeure flou sur ce qui subsistera de la Politique nationale de la recherche et de l\u2019innovation (PNRI).Est-ce que cela vous inquiète?Nous sommes extrêmement inquiets.La communauté scientifique l\u2019est dans son ensemble.Depuis l\u2019arrivée du gouvernement Couillard, c\u2019est le silence radio.Une première décision qui nous a surpris et inquiétés, ce fut de scinder le couple «recherche» et «innovation» dans deux ministères différents.C\u2019est une décision que je ne m\u2019explique pas et qui trahit une incompréhension de ce qu\u2019est un processus de recherche et de ses rouages intrinsèques.La recherche fondamentale aboutit à des innovations et c\u2019est un continuum qu\u2019on ne peut pas briser ou scinder artificiellement sur des bases administratives.Ensuite, la seule fois où le gouvernement s\u2019est prononcé sur la PNRI de façon formelle, c\u2019est pour dire, dans son texte accompagnant le premier budget Leitâo, que les conclusions du Sommet sur l\u2019enseignement supérieur et la PNRI allait faire l\u2019objet d\u2019un examen de la Commission de révision permanente des programmes, présidée par Lucienne Robil-lard.A cette inquiétude s\u2019ajoutent des décisions comme celles prises récemment au ministère de la Faune, où l\u2019on a congédié des scientifiques, ou celle prise juste avant Noël de supprimer les subventions à des organismes de culture scientifique.Le ministre a fait volte-face deux jours plus tard dans ce dernier cas, mais le fait qu\u2019on a pu prendre cette décision témoigne d\u2019une incompréhension de la valeur profonde de la science, de la recherche, de la technologie et de la culture scientifique dans une société qui se veut innovante.L\u2019Acfas avait été mandatée par le gouvernement du Québec, avec l\u2019Association pour le développement de la recherche et de l\u2019innovation du Québec (ADRIQ), pour mener les consultations sur la PNRI.Que la politique soit étudiée par la Commission permanente de révision des programmes, est-ce que vous l\u2019interprétez comme un désaveu du travail que vous avez accompli ?Le mot « désaveu » est peut-être un peu fort.Ce n\u2019est pas tellement qu\u2019on n\u2019accorde pas d\u2019importance au travail de l\u2019Acfas et de l\u2019Adriq qui UNIVERSITE CONCORDIA «Je le répète: le gouvernement n\u2019a pas annoncé ses couleurs à l\u2019égard de la PNRI.» dérange, mais qu\u2019on n\u2019accorde pas d\u2019importance à la teneur de cette consultation, à son existence même, au fait que la communauté scientifique s\u2019est fortement prononcée.Je ne peux pas encore parler de désaveu, car je ne sais pas quels seront les résultats de la réflexion de Robillard et de ses collègues, mais très certainement d\u2019une omission d\u2019accorder à cette consultation le poids qu\u2019elle devrait avoir.Dans les dernières semaines, plusieurs scénarios proposés par les établissements universitaires pour absorber les compressions ont fait les manchettes, que ce soit des réductions de salaire, des suppressions de cours, la fusion de départements ou des gels des embauches.Est-ce qu\u2019il y a des signes selon lesquels la recherche sera aussi bientôt touchée?Cela va de soi que, si les universités sont davantage coupées, il y aura des effets en cascades.Si on envisage de réduire le nombre de professeurs, d\u2019augmenter la charge de cours et de réduire les salaires, le pouvoir d\u2019attraction des universités québécoises pour les chercheurs de très haut calibre ou la rétention de ces chercheurs vont diminuer considérablement.Ce faisant, la qualité de la recherche va également diminuer.Vous avez accueilli tièdement la nouvelle Stratégie des sciences, de la technologie et de l\u2019innovation du Canada en décembre dernier.Vous avez salué les sommes annoncées, mais vous vous êtes montrés inquiets devant les modalités.Que redoutez-vous?Sur le programme Apogée, des fonctionnaires vont siéger au comité d\u2019évaluation (voir texte ci-dessous) .C\u2019esf à notre avis, quelque chose d\u2019absolument aberrant.On exprime aussi, de façon beaucoup plus générale, une inquiétude quant aux orientations très appliquées des programmes de recherche soutenus par le gouvernement fédéral.Quels sont les impacts directs de cette stratégie adoptée à Ottawa sur la recherche universitaire au Québec?Dans la mesure où l\u2019on exige de plus en plus que les projets de recherche soient financés en partenariat, et essentiellement en partenariat avec le secteur privé, ça déséquilibre le système.Dans le mémoire qu\u2019on a remis à la commission Robillard, l\u2019Acfas disait qu\u2019un système équilibré favorise l\u2019ensemble des disciplines et soutient tout aussi bien la recherche fondamentale que la recherche appliquée.C\u2019est ce déséquilibre-là qui est très inquiétant et qui a des retombées sur la recherche universitaire au Québec et au Ca- nada.Ça risque de pervertir, d\u2019une certaine façon, la finalité de la recherche universitaire et la recherche elle-même.Je ne dis pas que le péril est imminent.Il continue à se faire encore beaucoup de recherches fondamentales dans les universités.Je crois qu\u2019on exagère parfois avec le terme «marchandisation du savoir», mais c\u2019est un enjeu à propos duquel il faut être extrêmement vigilant.Et la pente très savonneuse sur laquelle s\u2019est engagé le gouvernement fédéral, si elle devait s\u2019accélérer, risque de faire du tort à l\u2019essence même de l\u2019activité de recherche et à son importance dans la société.Est-ce que le combat politique pour le financement de la science est similaire devant Québec et Ottawa?Il y a malheureusement de plus en plus de similitudes.Je dis ça sous toutes réserves, car le gouvernement du Québec n\u2019a pas encore annoncé ses couleurs.Des décisions, même si elles ont été renversées, prises à l\u2019égard d\u2019organismes de culture scientifique, comme le magazine Les débrouillards, sont extrêmement inquiétantes.Cela ressemble beaucoup à ce qui se passe au fédéral.Le Québec a été pendant des décennies un modèle au sein du Canada en ce qui concerne le soutien à la recherche.Et on est malheureusement en train de s\u2019éloigner de ce modèle en diminuant ou en coupant l\u2019aide à la recherche.Si ça devait s\u2019avérer, on diminuerait le pouvoir concurrentiel qu\u2019ont eu, de tout temps, les chercheurs québécois auprès des organismes fédéraux.Le Québec avait des structures particulièrement visionnaires.Et maintenanfi tout ça est en train de s\u2019effriter, de s\u2019éroder.Je le répète: le gouvernement n\u2019a pas annoncé ses couleurs à l\u2019égard de la PNRI.Mais son silence est inquiétant.En novembre dernier, vous avez publié une lettre ouverte invitant les chercheurs à agir et à se faire entendre pour défendre la recherche devant les mesures d\u2019austérité.Est-ce que la réponse vous a satisfaits?Je n\u2019ai pas connu d\u2019aussi grande mobilisation de chercheurs au Québec ou au Canada.Qn a eu, à ce jour, plus de 6600 signatures.Lorsque des pétitions pancanadiennes de chercheurs atteignaient 2000 noms, c\u2019était considéré comme quelque chose d\u2019extraordinaire.Au début du mois de décembre, il y a plus de 150 chercheurs qui ont répondu à notre appel et qui ont écrit aux 125 députés de l\u2019Assemblée nationale une lettre personnalisée, qui faisait état de l\u2019importance de leur propre recherche.C\u2019est une mobilisation sans pareille de la communauté scientifique.La consultation que nous avons tenue sur la PNRI a enclenché une mobilisation permanente de la communauté scientifique et on s\u2019en réjouit.Collaborateur Le Devoir La stratégie fédérale loin de faire Tunanimité Applaudie par les établissements universitaires, mais vivement critiquée par les professeurs et les chercheurs, la nouvelle Stratégie fédérale dans le domaine des sciences, de la technologie et de l\u2019innovation, lancée par le gouvernement Harper le 4 décembre dernier, est loin de faire l\u2019unanimité.ETIENNE PLAMONDON ÉMOND Les réactions sont polarisées.D\u2019un côté, le dévoilement de la Stratégie fédérale dans le domaine des sciences, de la technologie et de l\u2019innovation a soulevé l\u2019enthousiasme des établissements universitaires, plus particulièrement du Regroupement des universités de recherches du Canada (U-15) et de l\u2019Association des universités et collèges du Canada (AUCC).«Je crois que la stratégie est un signe de la part du gouvernement qu\u2019il reconnaît vraiment le rôle de la recherche et que, avec l\u2019innova- tion, elle est vraiment la clé de la prospérité à long terme du Canada, explique, à l\u2019autre bout du fil, Gail Bowkett, directrice relations internationales et recherches de l\u2019AUCC.Je pense que la stratégie reconnaît aussi l\u2019importance des universités, le rôle qu\u2019elles jouent et les recherches qu\u2019elles conduisent.» En comparaison avec la Stratégie des sciences et de la technologie lancée par le premier ministre Stephen Harper en 2007, Bowkett considère la nouvelle mouture comme «une importante mise à jour».«Dans celle-ci, il y a plus d\u2019accent mis sur l\u2019innovation, dit-elle.Ce n\u2019est pas unique au Canada.On voit cela dans les programmes de recherche à travers le monde.Si on regarde plus particulièrement Horizon 2020, le programme européen pour la recherche et le plus grand fonds de recherche au monde, son cadre accorde une attention croissante à l\u2019innovation.» Le son de cloche est complètement différent chez les professeurs, qui se montrent beaucoup plus critiques envers la nouvelle stratégie.«La seule innovation, c\u2019est qu\u2019on a utilisé le mot «innovation»», lance Sylvain Schetagne, directeur général associé de l\u2019Association canadienne des professeures et professeurs d\u2019université (ACPPU).Si la précédente stratégie s\u2019articulait autour de trois «avantages», soit l\u2019avantage du savoir, l\u2019avantage humain et l\u2019avantage entrepreneurial, la nouvelle version est axée sur «les gens», «les connaissances» et {\u2019«innovation».Aux quatre industries ciblées en 2007 comme bénéficiaires de la stratégie, une seule a été ajoutée en 2014, soit le secteur manufacturier.«C\u2019estplate à dire, mais il n\u2019y a pas de changement.L\u2019argent est transféré vers le marché, dit-il.Le fondement reste le même, c\u2019est-à-dire comment utiliser les ressources, qui allaient auparavant à la recherche fondamentale et gouvernementale, au profit des entreprises.» M.Schetagne ajoute qu\u2019«î7 y a de moins en moins de projets de recherche fondamentale qui reçoivent de l\u2019argent».Selon les chiffres compilés par l\u2019ACPPU, le taux de réussite au concours du programme de subvention à la découverte du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG) est QUATRE DOMAINES DE RECHERCHE STRATEGIQUES À L\u2019UNIVERSITÉ BUSHOP\u2019S ?Changements climatiques et environnementaux Santé psychologique et bien-être Astrophysique stellaire et relativité Création des identités sociales et culturelles ubishops.ca/research passé de 71% en 2008 à 64% en 2013.Le pourcentage de réussite des candidats aux subventions de recherche ordinaires du Conseil de recherche en science humaine (CRSH), désormais nommées «subventions Savoir», a chuté de 40% en 2006 à 21% en 2013, tandis que les propositions acceptées aux Instituts de recherche en santé du Canada 0RSC) représentaient 18% des demandes en 2013, contre 31 % en 2009.«Le postulat du gouvernement, c\u2019est de donner plus d\u2019argent aux entreprises pour que ces dernières mettent de l\u2019argent dans la recherche et le développement (R & D) pour créer de l\u2019innovation qui va ensuite créer des emplois et de l\u2019activité économique, analyse-t-il.La vérité, c\u2019est que cela n\u2019a pas fait en sorte que les entreprises ont mis plus d\u2019argent.» Selon les chiffres de Statistique Canada, les investissements des entreprises canadiennes en R & D au Canada sont en fait passés, en dollars constants, de 17 milliards à 14 milliards entre 2007 et 2013.Le total des sommes injectées dans la R & D au Canada a chuté de 30 milliards à 27,7 milliards sur la même période.«Il y a eu moins d\u2019investissements, moins d\u2019emplois et moins d\u2019activité économique qui est en est ressortie.Ça n\u2019a pas fonctionné», insiste M.Schetagne.Selon l\u2019ACPPU, il faudrait investir 2,5 milliards pour pallier ces pertes.Qr c\u2019est un nouvel investissement de 1,5 milliard sur 10 ans qui a été annoncé en grande pompe, lors du dévoilement de la nouvelle stratégie, avec la création du Fonds d\u2019excellence en recherche Apogée Canada (FERAC).Ce fonds provoque tout autant la polémique.Si les sommes allouées par le gouvernement aux trois organismes subventionnaires ont légèrement augmenté depuis 2007, en dollars constants de 2010, leur budget global a plutôt diminué de 6,1% sur la même période.C\u2019est pourquoi Max Roy, président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d\u2019université (FQPPU), ne voit dans le fonds Apogée qu\u2019un «déplacement du soutien qui était normalement consenti aux organismes de recherche ».Qr, de son point de vue, les organismes subventionnaires accordaient davantage d\u2019espace pour la recherche théorique et fondamentale.Dans le fonds Apogée, «il n\u2019y en a plus du tout ou très peu.Sinon, ce n\u2019est pas perceptible », observe-t-il.Les subventions rattachées VOIR PAGE J 5 : STRATÉGIE Des consultations controversées Tout a démarré dans la controverse.Les consultations menées au début de l\u2019année 2014 par le gouvernement fédéral au sujet de la Stratégie dans le domaine des sciences, de la technologie et de l\u2019innovation se gont réalisées à travers un processus opaque et inhabituel.A peine un mois avait été laissé par Industrie Canada pour formuler des recommandations.Si tous pouvaient faire parvenir des suggestions, seuls quelques groupes avaient reçu une invitation officielle à se prononcer, dont l\u2019AUCC.En revanche, d\u2019importants regroupements de chercheurs, comme la FQPPU, l\u2019ACPPU et l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas), sont demeurés sur la touche.Le fonds Apogée, dévoilé en décembre dernier, fait écho au plaidoyer de rU-15, formé de 15 établissements universitaires, qui demandait au gouvernement la création d\u2019un nouveau fonds pour promouvoir l\u2019excellence de la recherche sur la scène mondiale. LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 EEVRIER 2015 J 3 RECHERCHE Symposium sur la recherche nordique Positionner le Qnébec conune actenr dn Grand Nord CLAUDE LAFLEUR Philippe Couillard rêve de placer le Québec au cœur du développement du Grand Nord.L\u2019automne dernier, il a participé au sommet du Cercle polaire, en Islande, et voilà qu\u2019il tiendra, du 25 au 27 février, le premier Symposium international sur le développement nordique.«A la suite de sa visite en Islande, le premier ministre a décidé d\u2019organiser un symposium, relate Maryse Lassonde, directrice scientifique du Fonds de recherche du Québec \u2014 Nature et technologies (FRQNT).Notre grande force au Québec, ce sont les sciences nordiques, poursuit-elle, et nous allons montrer de quoi nous sommes capables!» Lassonde dirige incidemment le volet scientifique de l\u2019organisme du gouvernement du Québec qui subventionne les recherches reliées principalement aux sciences naturelles, aux mathématiques et au génie.« C\u2019est nous qui finançons la majeure partie de la recherche fondamentale qui se fait dans le développement du Nord», précise-t-elle.Le symposium est coprésidé par le gouvernement du Québec et le Conseil nordique des ministres, en collaboration avec l\u2019Université Laval, «où il se fait énormément de recherches sur le développement nordique», souligne-t-elle au passage.Un regard québécois sur le Nord C\u2019est ainsi que, la veille du symposium, le 24, le Fonds de recherche du Québec organise une journée scientifique sur le thème «La recherche nordique: un regard du Québec sur le monde».«Ce sera l\u2019occasion pour nos chercheurs de montrer leur savoir-faire, indique Maryse Lassonde.Et, autre aspect intéressant, chacun de nos chercheurs sera jumelé à un collègue étranger » Par exemple, deux chercheurs, l\u2019un de l\u2019Université du Québec à Rimouski et l\u2019autre de l\u2019Université de Tromso (Norvège), décriront l\u2019écosystème arctique en changement.Un duo québécois et français parlera de la géothermie au service des mines et des communautés nordiques.D\u2019autres traiteront du développement communautaire via la production alimentaire et le bioalimentaire nordique.Un jeune chercheur de l\u2019Université Laval parlera même des «floraisons phytoplanctoniques dans un océan Arctique en mutation», etc.«Il s\u2019agira de faire état des connaissances et des enjeux qui concernent le Grand Nord, explique l\u2019organisatrice de cette journée de science, ce qui permettra de situer le Québec comme l\u2019un des principaux acteurs du Grand Nord.Du point de vue scientifique, il ne fait aucun doute que nous sommes très avancés, puisque nos chercheurs publient énormément de trapaux en ce domaine.» A son avis, le bagage scientifique acquis par nos chercheurs permet de nous positionner en regard des politiques gouvernementales et internationales, ainsi que par rapport au développement industriel du Grand Nord.«Il s\u2019agira donc de faire état des connaissances et des enjeux sur tout ce qui a trait au Grand Nord, dit-elle, ce qui permettra de situer le Québec comme l\u2019un des grands acteurs.» Vers un développement concerté du Grand Nord On se souviendra que, l\u2019automne dernier, le premier ministre Couillard est allé présenter le Plan Nord en Islande, à l\u2019occasion de la réunion du Cercle polaire, rappelle Maryse Lassonde.«A ce moment-là, il a été décidé d\u2019organiser un symposium rassemblant des politiques, des chercheurs et des industriels, avec l\u2019idée, espère-t-on, que cela devienne un événement récurrent», rapporte-t-elle.C\u2019est ainsi que ce symposium de trois jours réunira des représentants politiques, dont le premier ministre de l\u2019Islande, le président du conseil des ministres du Cercle polaire et les ministres d\u2019une demi-douzaine de pays nordiques.Il y aura également des représentants du milieu universitaire, des populations nordiques \u2014 y compris des nations autochtones elles-mêmes \u2014 ainsi que des gens d\u2019affaires et des entreprises, «afin de partager les connaissances, les expériences et les visions d\u2019un développement nordique durable», résume M\u201c® Lassonde.Parmi les pays et régions représentés, on compte bien entendu l\u2019Islande, le Groenland, la Norvège, le Danemark ainsi que l\u2019Alaska, mais, signe des temps, peu ou pas de représentants de la Russie, pourtant le plus vaste pays qui borde le Cercle polaire.Ce symposium donnera lieu à une douzaine d\u2019ateliers abordant des thèmes aussi variés que l\u2019éducation et la formation, le tourisme, l\u2019alimentation, les enjeux sociaux, ainsi \u2018A*\tt 1 ANNE PÉLOUAS Le premier Symposium international sur le développement nordique aura lieu du 25 au 27 février.que l\u2019environnement, la conservation, les changements climatiques, de même que l\u2019énergie et les infrastructures.On y traitera plus spécifiquement du rôle des autorités locales et des gouvernements infranationaux dans le développement du Grand Nord.«Ces thématiques ont été choisies parce qu\u2019elles tiennent à cœur autant aux ministres nordiques qu\u2019au gouvernement du Québec, précise M\u201c® Lassonde.Ce sera une belle façon de faire valoir le savoir-faire québécois.» Par exemple, dans le cadre de l\u2019atelier sur l\u2019éducation, on présentera des chercheurs de TUniversité du Québec en Abi-tibi-Témiscamingue qui se spécialisent dans l\u2019enseignement aux autochtones.«Quant à l\u2019atelier sur le tourisme, il y a là énormément de recherches à faire, notamment pour voir quels sont les obstacles et les bonnes pratiques à appliquer, rapporte Maryse Lassonde.Le tourisme est, entre autres, très bien organisé au Groenland.» Cet atelier est d\u2019ailleurs placé sous le thème «Réalité et possibilité, la stratégie québécoise du tourisme au nord du 49® parallèle ».Par ailleurs, le symposium traitera des politiques publiques appliquées par divers pays qui bordent le Cercle polaire.M\u201c® Lassonde cite d\u2019ailleurs le cas des politiques européennes en matière de développement durable.«Nous cherchons à présenter les connaissances factuelles au sujet du Grand Nord, pour voir ce qui se fait un peu partout, résume l\u2019organisatrice de la journée scientifique.On peut sûrement apprendre des bonnes pratiques qui se font un peu partout.» Collaborateur Le Devoir OMBRE SUITE DE LA PAGE J 1 font l\u2019objet d\u2019importantes compressions, alors que Québec a jusqu\u2019à maintenant demandé au réseau de dégager des économies de près de 200 millions.Certaines administrations envisagent une baisse des salaires, des gels d\u2019embauche ou l\u2019abolition de cours pour combler le manque à gagner.«Le premier effet, il est d\u2019abord sur l\u2019enseignement.C\u2019est là que ça fait mal, souligne M.Roy.Mais les torts sont aussi ressentis dans la communauté des chercheurs universitaires.» D\u2019abord, des réductions d\u2019emploi risquent de se traduire par une diminution de postes dans le personnel de soutien dans les laboratoires, les instituts de recherche ou les centres de recherche.«Et c\u2019est assuré que, si les universités font des ponctions dans leurs budgets, elles ne peuvent pas accorder autant d\u2019intérêt ou d\u2019attention aux initiatives de recherche.Elles vont peut-être même laisser de côté certaines activités qui avaient été entreprises, mais qui n\u2019avaient pas encore reçu leurs subventions ou les budgets requis.Ça va inévitablement avoir un effet pervers.» Oui, ces compressions pourraient affecter la recherche, reconnaît Yves Mauffette.Au moment de mettre fin à l\u2019entrevue téléphonique avec Le Devoir, il se dirigeait vers une réunion durant laquelle allaient être étudiées des hypothèses ou des stratégies de coupes.«Les décisions qu\u2019on doit prendre au niveau de nos budgets sont réelles et on a des coupes de «Les administrations universitaires nous disent qu\u2019elles ont du mal à boucler leur budget et qu\u2019elles doivent faire des sacrifices, mais elles les font presque toujours du côté de l\u2019enseignement» fonctionnement, dit-il.L\u2019une des hypothèses regardées, c\u2019est de réduire à tous les niveaux de fonctionnement l\u2019ensemble des services à l\u2019intérieur de l\u2019UQAM.La recherche, comme service, serait touchée si j\u2019ai une réduction d\u2019un pourcentage.C\u2019est la réalité de toutes les universités en ce moment.On fait des coupes de services, mais tous les services sont touchés.» Même la réduction des autres services pourrait avoir des conséquences sur la recherche, remarque-t-il.«Mon service s\u2019occupe des subventions, fait le lien avec les professeurs et les organismes subventionnaires, mais à cela s\u2019associe aussi tout un service juridique qui doit négocier et contrôler les ententes.J\u2019ai aussi un service financier.C\u2019est interrelié.» «Les administrations universitaires nous disent qu\u2019elles ont du mal à boucler leur budget et qu\u2019elles doivent faire des sacrifices, mais elles les font presque toujours du côté de l\u2019enseignement», critique par contre Max Roy.Il déplore la création de postes de cadre dans certains établissements, sous prétexte des besoins nécessaires pour gérer la «décroissance».De plus, questionné tout juste après le conseil fédéral de la FQPPU, qui réunissait une quinzaine de syndicats membres, Max Roy a affirmé qu\u2019on y a «appris qu\u2019un peu partout les administrations universitaires font des réserves à partir de leur budget pour verser dans les fonds d\u2019immobilisations des montants qui devaient servir aux opérations».Il ajoute: «Cette attitude, bien qu\u2019on l\u2019ait dénoncée au Sommet sur l\u2019enseignement supérieur, se poursuit.» Collaborateur Le Devoir MARIE-HELENE TREMBLAY Oui, ces compressions pourraient affecter la recherche, reconnaît Yves Mauffette, vice-recteur à la recherche et à la création de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).Regards croisés sur la recherche NOS CHERCHEURS SE DÉVOILENT D\u2019UNE FAÇON INÉDITE! 7 VIDEOS à découvrir sur le Web USherbrooke.ca/regards UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE Voir au futur J 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 EÉVRIER 2015 RECHERCHE UNIVERSITE DE SHERBROOKE Des chercheurs contribuent à un projet de la NASA Une collaboration des chercheurs d\u2019ici avec la NASA permettra de mieux comprendre l\u2019impact du gel et du dégel du Nord sur les changements climatiques et de mesurer les risques écologiques de son développement.THIERRY HAROUN Le SMAP, ça vous dit quelque chose?En fait, c\u2019est le satellite de télédétection appelé Soil Moisture Active Passive qui a pris son envol le 31 janvier depuis la base Space Launch Complex 2, située à Vandenherg (Californie), et dont les données sont attendues au sol au début avril.Développé par la NASA, ce satellite dernier cri fournira aux météorologues, aux climatologues, aux agronomes et aux scientifiques des données inédites sur l\u2019humidité du sol, les paramètres de végétation et le gel au sol.Pour y voir plus clair, nous nous sommes entretenus avec deux experts qui y participent, soit Alain Royer et Alexandre Langlois, qui sont professeurs au Département de géomatique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke et chercheurs au Centre d\u2019applications et de recherches en télédétection de cette même université.Ce projet de près d\u2019un milliard de dollars canadiens est piloté par la National Aeronautics and Space Administration (NASA).En partenariat avec Environnement Canada, l\u2019Agence spatiale canadienne appuie une équipe, soit SMAP-Canada, dont font notamment partie Alain Royer et Alexandre Langlois.De manière pointue, on notera que le nouveau satellite possède à son bord deux capteurs micro-ondes complémentaires: un dit «actif» (qui émet des ondes radar et mesure les réflexions des ondes sur la surface du sol) et un autre dit «passif» (qui mesure les ondes émises naturellement par la surface).Toujours selon la documentation disponible, le SMAP fournira des données indispensables qui permettront de développer et d\u2019améliorer les méthodes d\u2019estimation des paramètres hydrologiques, telles l\u2019humidité du sol, la rugosité du sol et la végétation.Cette mission spatiale permettra également le déploiement d\u2019une méthode de cartographie des champs saturés des zones agricoles.Parmi les résultats anticipés, les chercheurs souhaitent obtenir une meilleure caractérisation de la variabilité spatio-temporelle de l\u2019humidité du sol dans un contexte opérationnel.De manière concrète, maintenant.On sait depuis quelques années que l\u2019humidité du sol fait partie des paramètres écologiques les plus importants pour la compréhension et le suivi des changements climatiques, mais ce projet étudiera la question de près.Pourquoi?«Vous savez, c\u2019est un peu le chaînon manquant de toutes les analyses.On sait à peu près ce qui tombe [sur la Terre], on sait à peu près ce qui s\u2019écoule dans les rivières.Mais il nous manque un bout dans le cycle hydrologique, c\u2019est-à-dire cette eau qui s\u2019accumule à la surface du sol et qui est en partie évaporée, en partie ruisselée et en partie dirigée f UNIVERSITE DE SHERBROOKE L\u2019équipe de chercheurs de l\u2019Université de Sherbrooke a participé à l\u2019envoi du satellite SMAP, dont les résultats sont attendus début avril.Le SMAP fournira des données indispensables qui permettront de développer et d\u2019améliorer les méthodes d\u2019estimation des paramètres hydrolo^ques, telles l\u2019humidité du sol, la rugosité du sol et la végétation.vers les réserves aquifères souterraines.Cet aspect de l\u2019humidité est une variable-clé des prévisions météorologiques.D\u2019ailleurs, les météorologues se sont aperçus depuis 10 ou 15 ans que, si on avait une meilleure connaissance de cette humidité, on pourrait améliorer les prévisions météorologiques.Et c\u2019est pour cette raison qu\u2019En-vironnement Canada s\u2019est associé à ce projet.Environnement Canada souhaite, au fond, intégrer ce paramètre dans les modèles de prévisions», fait remarquer Alain Royer.Gel et dégel Restons au sol.Le suivi des périodes de gel et de dégel du sol en rapport avec l\u2019activité végétale est un autre des grands objectifs du SMAP.Et c\u2019est précisément ici où l\u2019expertise de nos deux chercheurs est mise principalement à contribution.«C\u2019est en effet un phénomène que la NASA entend étudier dans le détail, confirme le professeur Royer.Ce paramètre est étroitement lié à l\u2019activité de photosynthèse des plantes et de la forêt en particulier.L\u2019hiver, comme l\u2019automne, la forêt boréale tombe en dormance.Donc, lorsque le sol est gelé, cela signifie qu\u2019il y a moins d\u2019absorption du gaz carbonique.Comme les échanges de dioxyde de carbone (CO2) et d\u2019oxygène par photosynthèse sont au point mort, il y a plus de gaz à effet de serre, donc plus de réchauffement.Un changement de l\u2019état du sol lié au réchauffement climatique pourrait ainsi avoir des effets de rétroaction significatijs.Mais AU-DELA DE LA RECHERCHE DES RESULTATS CONCRETS DOMAINES DE RECHERCHE ÉNERGIE ENVIRONNEMENT LOGICIELS ET APPLICATIONS INFORMATIQUES MATÉRIAUX ET FABRICATION Toute rinformation sur nos programmes de 2° et 3° cycles à www.etsmtl.ca SCIENCES DE L'INGÉNIERIE TECHNOLOGIES DE LA SANTÉ TECHNOLOGIES DE L'INFORMATION ET DES COMMUNICATIONS TRANSPORT TERRESTRE ET AÉROSPATIALE LETS est une constituante du reseau de I Université du Quebec Le génie pour l'industrie Ecole de technologie supérieure sa caractérisation est difficile, car très variable spatialement, selon la couverture du sol et le type de sol et de sous-sol, et temporellement, selon la variabilité climatique.L\u2019impact du cycle de gel et de dégel au sol sur le CO2 est encore mal connu, surtout pour la forêt boréale du Nord.» De retour sur le plan technique, Alain Royer ajoute que, à partir de là, les équipements au sol vont «recevoir les données [en provenance du satellite] et on va essayer de les comparer avec les données au sol avec une validation des algorithmes d\u2019inversion.Ce qu\u2019on mesure, en fait, ce sont les mesures indirectes du phénomène du gel et du dégel.» Bien, mais que sont ces équipements qui seront au sol?C\u2019est son collègue, Alexandre Langlois, que nous avons joint par courriel à la station de recherche du Finnish Meteorological Institute, à Sodankyla, située dans le nord de la Finlande, qui a apporté cette précision.«Notre instrument-vedette est un radiomètre situé au sol qui est pratiquement identique à celui qui est en orbite dans le satellite.Cela permettra donc de prendre des mesures très précises du sol, pour améliorer notre compréhension de ce que le satellite voit.L\u2019instrument sera à plusieurs endroits.Cette année, nos collègues d\u2019En-vironnement Canada ont le leur en Saskatchewan, le nôtre sera déployé aussi en Saskatchewan en 2016, et ensuite dans l\u2019Arctique canadien (probablement dans la région de Cambridge Bay) et le nord du Québec (probablement dans la région de Kuujjuarapik).Mais cela reste à déterminer, c\u2019est un gros instrument qui nécessite un bon effort logistique.» Alexandre Langlois juge par ailleurs que le projet SMAP viendra combler un vide à l\u2019échelle scientifique et météorologique au sujet de ce phénomène.«Absolument, il est connu que ces cycles surviennent, mais nous n\u2019avons pas d\u2019informations à savoir où.Quelle superficie ?Et combien de temps le sol reste non gelé ?On parle alors d\u2019identification des patrons spatio-temporels des cycles gel-dégel.Cela permettra donc de mieux adapter les modèles de surface et climatiques (pour les émissions de méthane, entre autres), qui assument souvent de manière quasi binaire un gel versus un dégel.Sans compter l\u2019importance que cette information aura sur les efforts de développement du Nord, à savoir quelles régions sont plus à risque pour les futures infrastructures comme les routes, le rail, les édifices, les pistes d\u2019atterrissage, etc.» La fascination du Nord Et, tout comme son collègue Alain Royer, le professeur Langlois rappelle combien il est «fascinant d\u2019étudier le Nord, qui vit des bouleversements importants en raison du réchauffement du climat.Le Nord est la première \u201cvictime \u201d des changements climatiques, car le réchauffement qui y est observé est plus fort que partout ailleurs sur la planète.C\u2019est donc en quelque sorte un prélude de ce qui est à venir chez nous.Quoiqu\u2019on commence déjà à observer les effets.Il est fascinant de voir la fragilité d\u2019un environnement aussi hostile et à la fois si magnifique.On revient très humble d\u2019une visite dans l\u2019Arctique.» Justement, que faites-vous en Finlande?«J\u2019y enseigne des notions de climatologie polaire, de télédétection et de mesures de neige et pergélisol.Les étudiants représentent la prochaine génération de scientifiques, et c\u2019est une superbe expérience pour eux de côtoyer des chercheurs de partout, mais aussi d\u2019avoir accès à des instruments uniques au monde, tels des radiomètres microondes comme celui du SMAP! En tant que professeur, c\u2019est aussi très intéressant de voir des étudiants aussi passionnés que nous.C\u2019est très encourageant et motivant!», a tenu à dire M.Langlois en fin d\u2019entrevue.Collaborateur Le Devoir a 9 a a a 9 a a a 9 a a a OU S\u2019OUVRENT LES PORTES DE VOTRE AVENIR EN GÉNIE?FORMATION INNOVANTE ET ÉQUILIBRÉE Offre complète de programmes : baccalauréat/maîtrise/ doctorat/ DESS /microprogrammes/ formation continue // polymtl.ca/futur ACnVITES DE RECHERCHE RECONNUES MONDIALEMENT Réalisations majeures et partenariats industriels dans des pôles stratégiques// polymtl.ca/es DEMANDES D\u2019ADMISSION DATES LIMITES Baccalauréat : l\u2019\u2019\u2019 mars 2015 Cycles supérieurs : 1\u2019\u2019\u2019 mai 2015 UNE VIE ETUDIANTE INSPIRANTE ET ENGAGÉE Nombre impressionnant de projets étudiants réalisés cfiaque année// polymtl.ca/vie POLYTECHNIQUE MONTRÉAL LE GÉNIE EN PREMIÈRE CLASSE LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 EÉVRIER 2015 J 5 RECHERCHE Vaincre l\u2019insomnie, c\u2019est possible Le froid qui fige le Québec depuis quelques jours donne des envies de dormir jusqu\u2019au printemps.Mais, pour les insomniaques, la simple pensée d\u2019une nuit sans réveil est inimaginable, alors, pour ce qui est de dormir pendant des semaines! Pourtant, de nouvelles recbercbes pourraient permettre à ces insomniaques de retrouver le sommeil perdu.MARIE-HÉLÈNE ALARIE Certains n\u2019ont aucun mal à s\u2019endormir en avion ou dans le métro.D\u2019autres réussissent même à dormir dans un déluge de décibels.Pour les insomniaques, c\u2019est une tout autre histoire alors que, pour eux, le moindre bruit réussit à les garder éveillés pendant des heures.Pourquoi cette injustice ?La cartographie du sommeil Dans la plupart des troubles du sommeil, on montre du doigt le stress comme le principal responsable des cas d\u2019insomnie.Mais le sommeil nous cache encore certains mystères, qu\u2019a voulu élucider le D\u2018^Thien-Thanh Dang-Vu, un médecin spécialiste de la neurologie diplômé de l\u2019Université de Liège qui a rejoint l\u2019Université Concordia en 2012, où il détient un poste de professeur adjoint en imagerie clinique.Depuis 2004, le D\"^ Dang-Vu mène des travaux de recherche qui visent à mieux cerner les méca-nisrnes du sommeil.«A l\u2019Université de Liège, nos premiers travaux consistaient à utiliser l\u2019imagerie par résonance magnétique (IRM) afin d\u2019observer l\u2019activité cérébrale des dormeurs», explique le D\"^Dang-Vu.Couplés à des électroencéphalogrammes, ces tests ont permis d\u2019établir, lors de cette première phase des travaux, qu\u2019une activité assez complexe se produit dans certaines régions du cerveau lors du sommeil et de déterminer le rôle important de celle-ci dans les processus de l\u2019apprentissage et de la mémoire.« Ces travaux se focalisaient sur ce qu\u2019on appelle les oscillations cérébrales ou les fuseaux du sommeil», deux termes qui désignent une activité alternée.Contrairement à son mode de fonctionnement en continu durant la journée, le cerveau, lorsqu\u2019on dort, est actif, mais de manière pha-sique, cyclique.Ces phases d\u2019activité et de silence alternent et finissent par créer un rythme.«On suspectait le phénomène avec les enregistrements faits au cours du sommeil chez les animaux, mais c\u2019est la première fois qu\u2019on pouvait l\u2019observer chez l\u2019humain avec des techniques non invasives.» On venait d\u2019établir la cartographie du sommeil.Dans un deuxième temps, le D\"^ Dang-Vu et son équipe ont voulu comprendre quelle était la fonction de ces oscillations du sommeil: on a calculé leur nombre, on a mesuré leur amplitude et on a évalué leur durée.Puis, on a ensuite voulu examiner comment le cerveau réagissait au bruit au cours du sommeil et «on a découvert que le cerveau est capable de percevoir le bruit lorsqu\u2019on est endormi: les aires impliquées dans l\u2019audition sont actives lorsqu\u2019on simule des bruits, mais pas n\u2019importe quand».On sait maintenant que, lorsqu\u2019est produite cette oscillation du sommeil, le son ambiant ne passe pas, le cerveau le bloque.Ce qui a permis de mieux comprendre le rôle de ces oscillations et de déterminer que plus le cerveau en produit, moins on est sensible au bruit et plus on profite d\u2019un sommeil plus stable.Ces oscillations, différentes d\u2019une personne à l\u2019autre, expliquent potentiellement nos différences dans le sommeil.Le D\"^ Dang-Vu et son équipe cherchent maintenant à savoir si les personnes qui produisent moins de fuseaux de sommeil sont plus à risque de développer de l\u2019insomnie.Le stress, oui, mais les gènes aussi C\u2019est bien connu, en période d\u2019examens, les étudiants sont stressés.C\u2019est pourquoi une étude clinique du D\"^ Dang-Vu s\u2019est penchée sur un groupe d\u2019étudiants universitaires.On les a regardés dormir au début d\u2019un trimestre, au moment où le stress n\u2019est pas élevé, et à la fin de celui-ci pendant la période d\u2019examens, là où le stress est à son comble.«On s\u2019est rendu compte qu\u2019un certain nombre de ces étudiants vont développer des symptômes d\u2019insomnie en période d\u2019examens.C\u2019est assez logique ! Mais ce qui est intéressant, c\u2019est qu\u2019on a découvert que ceux qui avaient plus tendance à développer cette insomnie sont ceux qui, de manière générale, avaient moins de fuseaux.» Grâce à FIRM et aux études menées sur les animaux, on sait que ces fuseaux sont générés par des interactions des neurones du thalamus et du cortex.Ce sont des boucles d\u2019interactions qui génèrent ces fuseaux.On sait aussi que l\u2019architecture du sommeil est en partie déterminée par les gènes qui contribuent à la plus grande intensité de ces oscillations du sommeil.«On aimerait bien pouvoir les induire et les augmenter, ces oscillations, afin de tenter de désensibiliser les gens à l\u2019insomnie.Il y a plusieurs instituts de recherche qui s\u2019y intéressent, mais on n\u2019a pas encore réussi à le faire de manière spécifique.» Un autre projet de recherche du D\"^ Dang-Vu vise à découvrir si la présence plus ou moins importante des oscillations du sommeil est cruciale dans le traitement de l\u2019insomnie.«On a des résultats préliminaires qui vont dans ce sens et qui semblent démontrer que ceux qui ont tendance à mieux répondre aux traitements de l\u2019insomnie sonf ceux qui possèdent plus de ces fuseaux.» A l\u2019heure actuelle, le traitement de première ligne et celui qui fonctionne le mieux, c\u2019est la thérapie cognitivo-comportementale, contrairement aux «somnifères, qui, à la longue, perdent de leur efficacité et rendent dépendant».Mais, malheureusement, cette thérapie n\u2019est efficace que pour les deux tiers des patients.Les plus récentes recherches de l\u2019équipe du D\"^ Dang-Vu s\u2019appliquent à tenter de prédire quel patient réagira bien à la thérapie.Ultimement, on pourra ainsi concevoir de nouveaux traitements qui viendront s\u2019associer aux traitements existants.Dans les laboratoires du D\"^ Dang-Vu, on entamera prochainement une troisième phase de recherche et «ce sera probablement celle qui va durer le plus longtemps!» Cette étape consistera à tenter soit de modifier les oscillations à l\u2019aide de différents traitements, soit de planifier des traitements qui seront plus efficaces chez les patients qui produisent moins de ces oscillations, mais sans nécessairement les modifier.Cette phase n\u2019est pas encore en place, mais STRATÉGIE SUITE DE LA PAGE J 2 Les subventions rattachées seront en effet accordées sur la base de «la pertinence stratégique pour le Canada, y compris en fonction des retombées économiques potentielles que présente à long terme pour le Canada le domaine de recherche», dixit les communications gouvernementales.«Cela induit un sens différent à la recherche.La recherche devient un outil au service de l\u2019entreprise et du milieu des affaires, alerte M.Roy.Miser strictement sur les entreprises, c\u2019est oublier que le premier objectif de la recherche, c\u2019est de faire des découvertes.» La FQPPU s\u2019inquiète aussi de la présence, au comité directeur du Fonds Apogée, des sous-ministres de la Santé et de l\u2019Industrie.Selon Max Roy, ces nominations augmentent les risques d\u2019ingérence politique.«Normalement, les organismes sont indépendants pour conserver leur impartialité, pour s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y a pas de favoritisme», rappelle-t-il.La FQPPU s\u2019inquiétait déjà depuis un certain temps du fait que les conseils d\u2019administration des organismes subventionnaires dénombraient de moins en moins de scientifiques et davantage d\u2019administrateurs ou de gens d\u2019affaires.Un phénomène aussi observé par l\u2019ACPPU.«Il y a de moins de moins de scientifiques qui ont un mot à dire sur qui et quoi reçoit de l\u2019argent, déplore M.Sche-tagne.Le processus de révision par les pairs est de plus en plus attaqué.On assiste de plus en plus à la nomination de politiciens ou de gens du milieu des affaires dans les trois organismes subventionnaires ou dans les processus d\u2019allocation de ces ressources.» Collaborateur Le Devoir h PEDRO RUIZ LE DEVOIR À l\u2019heure actuelle, le traitement de première ligne et celui qui fonctionne le mieux, c\u2019est la thérapie cognitivo-comportementale, contrairement aux «somnifères, qui, à la longue, perdent de leur efficacité et rendent dépendant».Mais, malheureusement, cette thérapie n\u2019est efficace que pour les deux tiers des patients.«elle consistera à confirmer nos résultats et à les étendre, c\u2019est ce vers quoi on tend».11 existe encore une autre étude qui tient à cœur au D\"^ Dang-Vu.Cette phase intermédiaire du projet de recherche s\u2019efforce de mieux comprendre l\u2019efficacité des traitements de l\u2019insomnie.Des études récentes montrent que les gens souffrant d\u2019un trouble du sommeil, particulièrement les personnes âgées, ont plus de risques de développer une maladie neurodégénérative telle que la maladie d\u2019Alzheimer.Un objectif du programme de recherche est d\u2019essayer de voir si, en traitant l\u2019insomnie avec les traitements qui existent déjà, il est possible d\u2019améliorer la mémoire des gens.Dans une certaine mesure, les insomniaques ont des déficits, parfois discrets et parfois plus prononcés, au niveau de la mémoire.On croit que ces déficits peuvent s\u2019accumuler, surtout chez les personnes âgées qui consomment des somnifères.«Le quart des personnes âgées subissent des in- somnies de manière chronique et on sait que presque la moitié de ces insomniaques font usage de somnifères, des médicaments nocijs pour la mémoire.» Avec ces deux facteurs de risque, le défi est d\u2019arriver à traiter ces personnes avec des approches non pharmacologiques et en même temps de faire en sorte qu\u2019elles cessent leur consommation de somnifères, «on aimerait ainsi vérifier si cette forme de traitement permettrait d\u2019améliorer la mémoire de ces personnes».Cette voie pourrait potentiellement prévenir et diminuer les risques de développer la maladie d\u2019Alzheimer.«Actuellement, il n\u2019y a pas de médicament pour soigner cette maladie, il faut donc essayer d\u2019agir sur tous les facteurs de risque.» On vieillit tous et on ne peut rien y faire.Mais on dort tous aussi et, sur le sommeil, on peut agir.Collaboratrice Le Devoir JACQUES NADEAU LE DEVOIR Malgré la satisfaction des universités, les chercheurs et les professeurs n\u2019ont pas le même avis concernant la PNRI.CONCORDA LE MONDE EST PETIT NOUS VOYONS GRAND AIDER L\u2019INDUSTRIE AEROSPATIALE À ATTEINDRE DE NOUVEAUX SOMMETS ENSEMBLE, REPENSONS LE MONDE CONCORDIA.CA INSTITUT DE CONCEPTION ET D\u2019INNOVATION AÉROSPATIALE DE CONCORDIA ^Concordia J 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 21 ET DIMANCHE 22 EEVRIER 2015 RECHERCHE Université McGill et Polytechnique Percée dans l\u2019ablation des tnmenrs au cerveau L\u2019Institut et Hôpital neurologiques de Montréal \u2014 le Neuro de l\u2019Université McGill et Polytechnique Montréal ont annoncé la semaine dernière la mise au point d\u2019une sonde permettant de détecter des cellules cancéreuses lors de l\u2019ablation d\u2019un type particulier de tumeur du cerveau.À terme, les chances de survie du patient s\u2019en trouveraient grandement améliorées.ARNAUD STOPA Si le célèbre neuropsychiatre David Servan-Schreiber, auteur des livres à succès Guérir et Anticancer, n\u2019avait pas été emporté par un cancer atypique en 2011, il se serait réjoui de cette percée dans son traitement : une nouvelle sonde développée dans les universités québécoises permet de différencier tissus sains et tissus malsains dans le cerveau.Lors d\u2019une opération d\u2019ablation de la tumeur, «le chirurgien est très inconfortable quant à enlever un tissu supplémentaire.S\u2019il est sain, cela peut avoir des répercussions sur le patient.Mais s\u2019il laisse [des tissus cancéreux], cela est dommageable pour le taux de survie.C\u2019est là que le nouvel outil a son plus grand bénéfice», explique Frédéric Leblond, professeur en génie physique de Polytechnique.«Plus nous en enlevons, plus la vie du patient sera prolongée.ùi sonde détecte des tissus qu\u2019on ne pouvait pas détecter auparavant», indique le Kevin Petrecca, chef du service.Car c\u2019est ici que résidait le principal problème : des cellules cancéreuses, dites invasives, se propagent aux alentours de la tumeur, parfois assez loin, à plusieurs centimètres, ce qui rend impossible le retrait total des cellules malignes.Car ces dernières, esseulées, ne peuvent être décelées sur une image par résonance magnétique et encore moins à l\u2019œil nu.« Ce qui est le plus excitant, c\u2019est que c\u2019est très facile à utiliser, s\u2019enthousiasme le chirurgien.On pose la sonde sur le tissu à interroger et on a la réponse dans la seconde!» «0,2 seconde, plus exactement», rectifie M.Leblond.Aussi grande qu\u2019un stylo, la sonde brevetée est utilisée après l\u2019ablation de la tumeur et sans modification importante du mode opératoire.Un spectromètre est installé au bout d\u2019un fil de fibre optique qui envoie un rayon lumineux, qui en retour renvoie une information à un ordinateur.Un algorithme traite ensuite l\u2019information pour la rendre intelligible au praticien : soit le tissu est cancéreux, soit il ne l\u2019est pas.«La sonde interroge au millimètre près.C\u2019est dans l\u2019ordre de grandeur de l\u2019ablation des cellules invasives», explique l\u2019ingénieur.La sonde ne fonctionne pour l\u2019instant que pour un type précis du cancer du cerveau : les gliomes.Il s\u2019agit d\u2019une forme rare et incurable de cancer du cerveau, gradé en fonction du La sonde ne fonctionne pour l\u2019instant que pour un type précis du cancer du cerveau: les gliomes.Il s\u2019agit d\u2019une forme rare et incurable de cancer.stade d\u2019importance.Le quatrième et dernier stade, plus communément appelé glioblastome, est un cancer agressif dont les pronostics sont parmi les plu^ mauvais de tous : de 6 à 15 mois de survie.A ce stade, plus aucun traitement n\u2019est efficace.Les gliomes touchent 8 personnes sur f00 000, principalement chez celles âgées de plus de 60 ans.Seuls 15% d\u2019entre elles vivent plus de cinq ans.Aux stades 2 et 3, l\u2019espérance de vie est par contre plus importante : on parle d\u2019une dizaine d\u2019années avant une réapparition du cancer.Développée en à peine deux ans, la sonde utilise la spectroscopie Raman, un phénomène optique découvert en 1928 par le physicien indien Chandrashekhara Venkata Râman.En rebondissant sur une molécule, la lumière reflétée est légèrement modifiée.En analysant les caractéristiques de la lumière réfléchie, il est alors possible de connaître la composition de la cellule.Même si le procédé est presque centenaire, il a fallu attendre l\u2019invention du laser dans les années 1960 et l\u2019explosion de la puissance des ordinateurs pour aboutir à un outil maniable.La sonde a depuis été étoffée par d\u2019autres instruments optiques : mesure de la fluorescence, de la réflectance ou encore de la concentration d\u2019hémoglobine.Autant d\u2019indicateurs ,d\u2019une plausible cellule cancéreuse.Eventuellement, l\u2019appareil pourrait être utilisé pour d\u2019autres pathologies oncologiques, selon M.Leblond.«La technologie telle que développée est idéale pour le cerveau.Elle a un énorme potentiel, mais il faudrait la retravailler pour chaque cancer en particulier.» Espoir de «rémission» Jusque-là, il fallait traiter les cellules invasives par chimiothérapie et radiothérapie.Mais, de l\u2019avis même du D\"^ Petrecca, il s\u2019agit de traitements peu efficaces.«En 30 années, il y a eu peu d\u2019avancées, même si, depuis 10 ans, on est passé de 6 à 15 mois d\u2019espérance de vie », dit-il.Dans un article publié dans la revue Science Translational Medicine, les deux chercheurs ont fait état de l\u2019utilisation de leur technologie sur 17 patients.Selon eux, cela permettrait de doubler la durée de vie des patients de f ,5 à 3 ans en moyenne.Une étude clinique à mener sur une centaine de patients est en cours pour valider les résultats à l\u2019Institut et Hôpital neurologiques de Montréal, qui doit s\u2019étaler sur un minimum d\u2019un an.Une étape obligatoire pour pouvoir être homologué par la Food and Drug Administration américaine et Santé Canada.Les deux professionnels abondent dans le sens d\u2019une généralisation rapide de la sonde dans les salles opératoires.«Cela marche très bien et ne requiert pas d\u2019importants changements dans la manière de pratiquer», explique le neurochirurgien.Collaborateur Le Devoir Incertitude dans l\u2019éolien La réduction des gaz à effet de serre (GES) est devenue une évidence un peu partout sur la planète, mais la filière de l\u2019éolien est toujours en proie à l\u2019incertitude, notamment dans les secteurs plus nordiques.ALEXANDRE LAMPRON Christian Masson, professeur au Départerpent de génie mécanique de l\u2019École de technologique supérieure (UrS) , croit que le défi de la filière éolienne ne se trouve pas au point de vue de la technique.Le Québec doit plutôt apprendre à en tirer un plus grand bénéfice en matière de revenus.«Il existe toujours une marge d\u2019erreur avec l\u2019éolien, et l\u2019industrie essaie de contribuer à faire diminuer cette incertitude, surtout dans un contexte économique qui nous oblige à être plus compétitifs, explique M.Masson, qui est également membre du Laboratoire de recherche sur l\u2019aérodynamique des éoliennes en milieu nordique (AEMN).Plus nous arrivons à prévoir avec précision ce qui peut être produit, plus nous serons en mesure d\u2019évaluer les revenus à en tirer.» Le développement mondial de l\u2019éolien se fait de façon «effrénée», poursuit M.Masson.La situation fait en sorte que l\u2019industrie doit s\u2019élargir davantage pour s\u2019installer sur des sites parfois moins traditionnels par rapport à ce qui a été fait dans le passé.« Traditionnellement, l\u2019éolien s\u2019est toujours développé sur des sites assez simples, sur des terres dont la géographie est souvent peu complexe, ajoute le professeur.Toutefois, pour répondre à la demande, nous nous retrouvons aujourd\u2019hui à devoir développer des parcs éo- liens à des endroits parfois plus difficiles.» Selon M.Masson, il existe actuellement de belles occasions dans les secteurs qui sont considérés comme nordiques, à l\u2019instar d\u2019une bonne partie du Canada et du Québec, «car il y a plus d\u2019énergie dans le vent à basse température.Le potentiel éolien est plus important parce que la température est faible».Le Canada et le Québec exploitent les éoliennes avec succès, mais il y a tout de même moyen de faire mieux, croit-il.L\u2019éolien devrait être davantage reconnu comme un moyen de production «rentable commercialement» et être analysé par rapport à d\u2019autres projets existants.«Ce qui limite son développement, c\u2019est de pouvoir comparer les technologies et faire des choix sur des bases rationnelles plutôt qu\u2019éditoriales, indique M.Masson.Si c\u2019est une filière intéressante pour le développement du Québec, allons de l\u2019avant, mais il faut néanmoins avoir accès à une information qui soit disponible et complète.Je ne crois pas que c\u2019est ce que nous avons actuellement.» Toujours selon le professeur au Département de génie mécanique, le Québec aurait tout à gagner à comparer plus efficacement les filières qui s\u2019offrent à lui et à choisir celle qui pourrait représenter le plus d\u2019intérêt pour la société québécoise.«Hydro-Québec semble s\u2019orien- ter seulement vers le développement hydraulique, affirme M.Masson.Est-ce la meilleure solution pour tout le développement et les besoins futurs?J\u2019en serais très surpris.» Il fait remarquer que l\u2019éolien a toujours été développé dans le cadre d\u2019appels d\u2019offres auprès de producteurs privés avec des obligations de contenu régional.«Si le Québec développe l\u2019énergie hydraulique, est-ce qu\u2019on lui imposera les mêmes exigences, les mêmes retombées économiques?» de-mande-t-il.M.Masson croit qu\u2019il est difficile, pour le Laboratoire de recherche sur l\u2019aérodynamique des éoliennes en milieu nordique, de prendre position, parce que ce sont très souvent des considérations plus politiques qui priment.Ce laboratoire cible plutôt des thématiques essentielles au développement et à l\u2019exploitation des parcs éoliens visant à faire diminuer les coûts de revient du kilowattheure et, ainsi, à rendre l\u2019éolien plus concurrentiel.«Hydro-Québec, ce sont 35 364MW d\u2019énergie hydraulique, une énergie qui est propre, renouvelable et produite à un coût avantageux», a simplement rétorqué Marc-Antoine Pouliot,,porte-parole de la société d\u2019État.Il cite la centrale Romaine-2, entrée en service le 18 décembre dernier, qui fournit de l\u2019énergie et de la puissance au coût de 6 C/KWh comparativement au prix moyen de 7,6C/KWh pour les trois dernières soumissions retenues par Hydro-Québec pour la fourniture d\u2019un bloc de 446,4 MW d\u2019énergie éolienne.Collaborateur Le Devoir D\u201cPETRECCA/D\u201c LEBLOND Dans un article publié dans la revue Science Translational Medicine, les deux chercheurs ont fait état de l\u2019utilisation de leur technologie sur 17 patients.Selon eux, cela permettrait de doubler la durée de vie des patients de 1,5 à 3 ans en moyenne.Un possible autre traitement disponible C\u2019est lors du dernier congrès de neuro-oncologie tenu à Miami en novembre 2014 que les résultats d\u2019une nouvelle étude sur le traitement des glioblastomes par impulsions électriques ont été dévoilés.L\u2019objectif ici est de retarder le développement de la tumeur.Si l\u2019étude est toujours en cours depuis 2010, l\u2019analyse des 315 premiers patients (sur un total de 700) répartis sur tout le globe montre que, en plus d\u2019être bien toléré, il doublerait le nombre de ceux qui survivent plus de deux ans.Il faudra toutefois attendre les résultats définitifs de l\u2019ensemble du groupe pour pouvoir généraliser le procédé.Parce que la recherche n\u2019est pas une dépense.mais un investissement Joignez le mouvement Faites comme plus de 6 000 chercheurs et sympathisants Signez la lettre ouverte sur acfas.ca Participez à la conversation #chercheurengagé V Association francophone pour le savoir A c fa s "]
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