Le devoir, 7 mars 2015, Cahier B
[" Philosophie : La discipline avec son caractère particulier est-elle masculine?Pageb 6 Manon Cornellier : Ottawa, la sécurité et la lutte antiterroriste Page b 2 États-Unis : il y a 50 ans, la grande marche pour les droits à Selma Page b 3 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE MARS 2015 Bibi et Barack Une querelle toute politique La visite de trois jours que Benjamin Nétanyahou a faite à Washington cette semaine a suscité une crise sans précédent entre le gouvernement américain et le premier ministre israélien.Dans son discours prononcé devant le Congrès mardi, ce dernier a accusé le gouvernement Ohama de vouloir conclure d\u2019ici la fin du mois un accord qui laisserait « inévitablement» à l\u2019Iran la possibilité de développer l\u2019arme atomique.Du coup, Barack Ohama a accusé M.Nétanyahou de «conjecturer» sur un accord qui n\u2019existe pas encore et de «politiser» les relations entre Israël et les Etats-Unis.Mais dans cette affaire, tout est politique.MARIE-CHRISTINE BONZOM à Washington Devant la Chambre et le Sénat américains réunis, Benjamin Nétanyahou a d\u2019emblée déclaré qu\u2019il regrettait «profondément de voir certains considérer [sa] présence au Congrès comme politique alors que ça n\u2019a jamais été [son] intention».Mais tant le discours du premier ministre israélien que les réactions à sa visite étaient éminemment politiques.Il s\u2019agissait de politique dans tous les sens du terme: la «grande» politique, celle qui, en l\u2019occurrence, concerne la tentative d\u2019empêcher l\u2019Iran de se doter de l\u2019arme atomique, et la « petite » politique, celle politicienne dans les contextes israélien et américain.Dans son allocution.Benjamin Nétanyahou a dit que les ambitions nucléaires de l\u2019Iran constituent «une menace grave» pour «la survie du peuple d\u2019Israël» et pour «la paix du monde entier».Il a averti que l\u2019Iran n\u2019est pas digqe de confiance dans ses négociations avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l\u2019Allemagne.Il a affirmé que des concessions majeures sont déjà faites à Téhéran, qui «ne feront que garantir que l\u2019Iran aura des armes atomiques».Notamment, il croit savoir que l\u2019Iran a obtenu le droit de conserver l\u2019essentiel de son infrastructure nucléaire.Du jamais vu Ce discours a certes été copieusement applaudi dans l\u2019hémicycle, par la majorité républicaine et par la minorité démocrate.Mais il a aussi provoqué des réactions jamais vues cjans l\u2019histoire de l\u2019alliance entre Israël et les Etats-Unis.Une cinquantaine d\u2019élus démocrates ont ainsi boycotté l\u2019événement.Nancy Pelosi, tête de file des amis de Barack Obama à la Chambre, était présente, mais a quitté l\u2019hémicycle avant Benjamin Nétanyahou, en signe de protestation, avant de qualifier son discours à\u2019«insulte à l\u2019intelligence des Etats-Unis ».Contrairement à la tradition qui prévaut quand un dirigeant étranger parle devant le Congrès, le président américain avait ordonné aux membres de son gouvernement de ne pas assister à l\u2019allocution du premier ministre israélien.Barack Obama a aussi refusé de recevoir Benjamin Nétanyahou pendant sa visite.Les relations personnelles entre Obama et Nétanyahou n\u2019ont jamais été bonnes.Sur le plan politique, leurs relations sont souvent agitées en privé, notamment à propos des colonies juives en Cisjordanie.Après le discours du premier ministre, le président a jugé que celui-ci «n\u2019a rien apporté de nouveau» et «n\u2019a offert aucune solution de rechange» aux négociations avec l\u2019Iran.«Notre approche est le meilleur moyen d\u2019empêcher l\u2019Iran d\u2019obtenir l\u2019arme atomique», a martelé le chef de la Maison-Blanche.1 AGENCE ERANCE-PRESSE Les relations entre Barack Obama et Benjamin Nétanyahou n\u2019ont jamais été très amicales.«Ces tensions entre les États-Unis et Israël vont durer, car elles sont structurelles», indique au Devoir Harvey Feigenbaum, professeur de sciences politiques dans la capitale, à l\u2019Université George Washington.Comme Churchill C\u2019est à l\u2019invitation du président de la Chambre, le républicain John Boehner, que Benjamin Nétanyahou a pris la parole devant les députés et les sénateurs.Un privilège réservé aux plus proches alliés des Etats-Unis, comme Israël, un privilège historique aussi pour Benjamin Nétanyahou puisqu\u2019on s\u2019exprimant devant le Congrès pour la troisième fois, il ne partage cet honneur qu\u2019avec Winston Churchill.Conscient du symbole politique associé à l\u2019événement, John Boehner a d\u2019ailleurs offert à son invité un buste du premier ministre britannique.Dès l\u2019invitation annoncée, la Maison-Blanche a accusé le président de la Chambre de rompre avec le protocole en accueillant le chef du gouvernement israélien sans avoir consulté Barack Obama et de s\u2019ingérer dans la vie politique israélienne en le recevant à deux semaines d\u2019une « Ces tensions entre les f Etats-Unis et Israël vont durer, car elles sont structurelles» élection importante pour le premier ministre.John Boehner maintient qu\u2019il a le droit d\u2019inviter des responsables étrangers et de souligner le danger iranien alors que le président Obama cherche à conclure un accord avec l\u2019Iran d\u2019ici le 24 mars.A bien des égards, la scène de théâtre politique autour du discours de Benjamin Nétanyahou s\u2019inscrit dans la pièce qui se joue entre les républicains et Barack Obama, et plus largement entre le législatif et l\u2019exécutif américains.Conflit interne Les républicains, qui jouissent de la majorité à la Chambre et au Sénat depuis janvier grâce à leur victoire aux législatives partielles de novembre, prônent, avec l\u2019appui de certains démocrates, une proposition de loi qui vise à renforcer les sanctions américaines contre l\u2019Iran immédiatement de façon, selon eux, à accroître la pression sur le régime iranien pour l\u2019amener à conclure un « bon accord», c\u2019est-à-dire, pour les partisans de ce texte, un accord qui démantèle complètement VOIR PAGE B 3 : QUERELLE RUSSIE La stratégie du complot permanent ISABELLE MANDRAUD A Moscou La théorie du complot prend de l\u2019ampleur à Moscou.Bien que l\u2019enquête sur l\u2019assassinat de l\u2019opposant Boris Nemtsov, tué par balles en plein cœur de la capitale russe le 27 février, n\u2019ait, pour l\u2019heure, fourni encore aucune piste, le pouvoir russe n\u2019hésite pas à désigner de plus en plus ouvertement son commanditaire, l\u2019Occident, accusé de vouloir «déstabiliser la Russie».«Le scénario est pratiquement le même partout.On tue une figure de l\u2019opposition pour jouer sur l\u2019émotion et déclencher des émeutes de rue, comme en Syrie, en Irak, en Libye et en Ukraine», ont déclaré jeudi, dans les locaux de la plus grande agence de presse russe, les animateurs du mouvement anti-Maïdan, hostile au pouvoir ukrainien et proche du Kremlin.«Nous devons prêter une plus grande attention aux crimes de grande envergure, y compris ceux qui ont un fond politique», avait exhorté la veille Vladimir Poutine.Devant les responsables du ministère de l\u2019Intérieur réunis au grand complet et en uniforme mercredi, le président russe a qualifié de «honte» et de «tragédie» le «meurtre audacieux» de Boris Nemtsov.Dans la foulée, le chef du Kremlin, qui est apparu les traits tirés, a mis en avant son inquiétude sur les «extrémistes qui empoisonnent la société par leur militantisme nationaliste, leur intolérance et leurs agressions», avant de préciser: «A quoi cela peut-il mener?On le sait bien en regardant l\u2019exemple de notre voisin ukrainien.» «Victime sacrificielle» Le ton avait déjà été donné dans les heures qui ont suivi la mort de Boris Nemtsov, présentée par le porte-parole du Kremlin comme une «provocation» et l\u2019opposant comme une «victime sa-crijîcielle» par une autre source officielle.Comprendre: l\u2019opposant aurait été «sacrifié» par son propre camp dans le but de fragiliser le pouvoir russe.Cette thèse était reprise le lendemain même du meurtre par Ramzan Kadyrov, le président de la Tchétchénie, sur son compte Insta-gram.«Il n\u2019y a aucun doute que l\u2019assassinat de Nemtsov a été organisé par les services spéciaux de l\u2019Occident, qui cherchent par tous les moyens à provoquer un conflit intérieur en Russie.C\u2019est leur pratique.D\u2019abord, ils entrent en contact avec la personne, la désignent comme un ami des États-Unis et de l\u2019Europe, puis la sacrifient » «L\u2019activité des extrémistes devient de plus en plus sophistiquée», a souligné mercredi, devant les forces de sécurité, le chef de l\u2019État, en décrivant «l\u2019utilisation de méthodes» \u2014 «des actions illégales dans les rues jusqu\u2019à la propagande de la haine sur les réseaux sociaux» \u2014 destinées «à provoquer des émeutes» et à saper, «en fin de compte, la souveraineté de la Russie».«Il faut immédiatement réagir», poursuivait Vladimir Poutine en incitant les forces de sécurité à davantage s\u2019appuyer sur les droujiniki.Auxiliaires civils volontaires de la police du temps de l\u2019URSS, ces derniers ont été remis au goût du jour il y a moins d\u2019un an, dans une loi portant sur la participation des citoyens dans la défense de la sécurité publique promulguée le 2 avril 2014.Ils étaient déjà visibles avec leurs brassards lors de la marche organisée à Moscou le U\u2018^mars en mémoire de Boris Nemtsov, qui a attiré des dizaines de milliers de Russes et dont ils assuraient le service d\u2019ordre.Contre-feux Médias, «experts» et partisans du pouvoir sont ainsi mis à contribution pour allumer des contre-feux alors que l\u2019opposition dénonce le VOIR PAGE B 2 : RUSSIE FORUM SUR L'ACCEPTABILITÉ SOCIALE 20 MARS 2015 PROFITEZ D'UNE OFFRE SPECIALE A 150$ POUR UNE DURÉE LIMITÉE* 9 CAMPUS DE LÉVIS UQAR INSCRIPTIONS : INM.QC.Ca| INSTITUT DU NOUVEAU MONDE UQAR * Cette offre s'applique au tarif régulier uniquement et ne peut être jumelée à aucune autre offre.Cette offre n'est ni monnayable, ni remboursable.Valide seulement pour les nouvelles inscriptions effectuées en ligne.L'offre prend fin le 10 mars 2015 à 23 h 59 HNE.Tous les détails sur-www.inm.qc.ca.GAZ METRO - SOCIETE DE DEVELOPPEMENT ANGUS - UPA - VILLE DE LEVIS - VILLAGE DE VAL-DAVID ET PLUSIEURS AUTRES B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE MARS 2015 PERSPECTIVES Sécurité à deux vitesses Manon CORNELLIER à Ottawa La salle du Comité de la sécurité publique et nationale était pleine à craquer hier.Tout le monde voulait être aux premières loges pour voir la vidéo enregistrée par Michael Zehaf-Bibeau avant de commettre son attentat à Ottawa, le 22 octobre dernier.Le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson, a dit qu\u2019il l\u2019aurait rendue publique plus tôt, mais qu\u2019on l\u2019en avait dissuadé en invoquant le risque de nuire à l\u2019enquête et de la voir récupérée par les mouvements djihadistes.11 a finalement cédé, a-t-il ajouté, à cause des pressions des parlementaires, bien qu\u2019il en ait retranché 18 secondes pour des «raisons opérationnelles».Qu\u2019il ait plié devant les pressions a de quoi surprendre puisqu\u2019il avoue toujours craindre l\u2019impact sur l\u2019enquête et une possibje récupération par des groupes armés comme l\u2019Etat islamique.La diffusion de cette vidéo permet toutefois au gouvernement d\u2019insister à nouveau sur la menace terroriste.Le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a aussitôt réagi par voie de communiqué pour dire que «cette vidéo nous rappelle malheureusement que les Canadiens doivent rester vigilants, car la menace du terrorisme est une réalité, au Canada et à l\u2019étranger».11 a aussitôt enchaîné en vantant les actions de son gouvernement.«Le premier devoir d\u2019un gouvernement est de protéger ses citoyens.C\u2019est pourquoi nous avons déposé la Loi antiterroriste de 2015 \u2014pour que la police et les organisations chargées de notre sécurité nationale disposent des outils nécessaires pour protéger les Canadiens», écrit-il.Mais M.Paulson ne pouvait se présenter en comité sans répondre à certaines questions et il a confirmé que, si Michael Zehaf-Bibeau n\u2019était pas mort, il aurait pu le faire accuser de terrorisme en vertu des lois existantes.11 a aussi dit que l\u2019enquête n\u2019avait rencontré aucun obstacle jusqu\u2019à présent alors qu\u2019aucune nouvelle loi n\u2019a encore été adoptée.11 a également déclaré qu\u2019il avait les ressources nécessaires pour enquêter sur la menace terroriste en général, mais cette dernière est en hausse, a-t-il ajouté, et pour y faire face, il a dû faire appel à des agents assignés aux enquêtes sur le crime organisé, les affaires de drogue et celles de fraude.On ne parle pas d\u2019une réaffectation mineure d\u2019effectifs, mais d\u2019environ 600 policiers maintenant réassignés à la lutte antiterroriste.Bob Paulson a avoué que «cela n\u2019était pas soutenable».En octobre dernier, il avait reconnu devant un comité sénatorial que cette réaffectation avait un «impact» sur les secteurs touchés et sur le mandat de la GRC.On s\u2019en doute bien.Mais si, comme le dit le ministre Blaney, le premier devoir d\u2019un gouvernement est de protéger ses citoyens, il ne peut accepter que la police néglige une menace pour une autre.Le crime organisé est le maître d\u2019œuvre du recel, du chantage, du prêt usuraire, du blanchiment d\u2019argent, du vol d\u2019identité, du trafic humain, de drogues, d\u2019armes.11 fait plus de dégâts année après année que les terroristes.Un ancien sous-commissaire de la GRC, Pierre-Yves Bourduas, confiait récemment à Postmedia News ses inquiétudes à ce sujet.Si la réaffectation des effectifs devait perdurer, le crime organisé pourrait en tirer parti, croit-il.La seule façon pour le gouvernement d\u2019éviter que des pans de l\u2019application de la loi soient négligés n\u2019est pas de multiplier les lois, mais de donner aux forces de l\u2019ordre les ressources nécessaires pour faire leur travail sur tous les fronts.Le gouvernement ne cesse de répéter que les budgets de la GRC et des services de renseignement ont augmenté du tiers depuis l\u2019arrivée des conservateurs au pouvoir.Ils ont atteint un sommet en 20f2-20f 3 pour fléchir ensuite.Entre 20f3-20f4 et 20f4-20f5, le budget de la GRC a diminué.Selon les crédits pour 2045-2046 qui ont été soumis à la fin de février, son budget total pourrait légèrement augmenter mais celui de fonctionnement, diminuer.Les fonds destinés aux opérations policières augmenteront en 2045-2046, mais resteront inférieurs à ce qu\u2019ils étaient en 2043-2044.En revanche, le budget des services d\u2019application de la loi et celui des services internes de la GRC diminueront.Pour comparaison, le budget du Service canadien du renseignement de sécurité, lui, augmentera.11 est vrai que le projet de loi antiterroriste C-5f accorde aux espions de nouveaux pouvoirs qui ont leur prix.Au quotidien, ce sont les crimes de droit commun qui ébranlent avant tout le sentiment de sécurité des citoyens et non le terrorisme.En même temps, attention aux épouvantails qu\u2019on brandit devant nous à intervalles réguliers.La criminalité est en baisse constante au Canada depuis presque 20 ans.Elle ne sera jamais éradiquée, bien entendu, et certains types de crime ont connu une hausse, selon les données de Statistique Canada, mais il est démontré que ce qui dissuade le plus un criminel n\u2019est pas une sentence sévère, mais la crainte de se faire prendre.Si la police est occupée ailleurs, il n\u2019en sera qu\u2019heureux.11 ne s\u2019agit pas de négliger la lutte antiterroriste, mais elle ne doit pas conduire à un détournement de ressources qu\u2019occultent les discours musclés et les lois coups-de-poing.mcornellier@ledevoir.com M OU F?Les transgenres luttent pour l\u2019égalité juridique et sociale Un homme qui se sent une femme mais qui garde ses organes génitaux masculins doit-il inscrire un M ou un F sur ses papiers d\u2019identité ?Doit-il fréquenter les toilettes pour messieurs ou pour dames ?Et s\u2019il est arrêté par la police, doit-il être incarcéré dans un établissement pour hommes ou pour femmes ?Ce sont les questions que les tribunaux et gouvernements se posent dans plusieurs juridictions à travers le monde.Le Québec et le Canada ne font pas exception à la règle.Mais cela ne se fait pas sans heurts.JESSICA NADEAU Notre lutte s\u2019apparente aujourd\u2019hui à celle des gais et lesbiennes des années 1970.On veut une égalité juridique et une égalité sociale.Parce qu\u2019en ce moment, une personne transgenre qui est entre deux sexes n\u2019est personne légalement.On nous voit encore comme des gens de seconde zone », déplore Audrey Gauthier, directrice générale du Conseil québécois LGBT (lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres).Audrey Gauthier est devenue une femme au milieu des années 2000.Comme elle a subi une chirurgie de réassignation sexuelle, elle n\u2019a eu aucun problème à faire changer son nom et son identité au bureau du Directeur de l\u2019état civil.Agent de bord, il était primordial pour elle que l\u2019identité de genre inscrit sur son passeport corresponde à son apparence physique.Mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019une personne ne se sent pas en concordance avec le sexe qui lui a été attribué qu\u2019elle souhaite nécessairement se faire opérer, explique-t-elle.C\u2019est généralement le cas des personnes transgenres, qui refusent les traitements hormonaux et chirurgicaux.D\u2019autres ne peuvent tout simplement pas.Bouleversements «Pour l\u2019avoir vécu avec plusieurs collègues, le traitement ne fait pas à tout le monde.Ça peut provoquer des bouleversements émotionnels importants.Pour certaines personnes, c\u2019est trop.Il y a aussi les effets secondaires, dont le principal est de faire des caillots de sang qui provoquent une phlébite, une embolie pulmonaire ou, pire, un AVC.Sans oublier que certains médecins imposent des conditions: il faut avoir un poids santé, ne pas fumer, etc.Bref, ce n\u2019est pas tout le monde qui veut ou qui peut se faire opérer.» Mais bien qu\u2019elles gardent leurs attributs génitaux, ces personnes se sentent d\u2019un genre dif férent et souhaitent se voir reconnaître le droit de se définir légalement sous ce genre.«Quand tu entames un changement de sexe et que tu n\u2019as pas la mention légale pour aller avec, ça devient vite catastrophique, tu deviens un député des banquettes arrière de ta propre vie, raconte Audrey.Surtout ces dernières années, avec le vol d\u2019identité.Quand une femme donne son CV mais que son diplôme est au nom de Marc, ou quand elle veut signer un bail et que c\u2019est écrit sexe masculin sur son permis de conduire, ça devient vite un obstacle à la vie courante.C\u2019est pour ça qu\u2019il y a un mouvement qui est né dans différents pays, pour permettre à tout ce monde de fonctionner en société.» Réglementation contestée En 2013, l\u2019ancien ministre de la Justice Bertrand St-Arnaud a fait modifier le Code civil afin d\u2019en retirer l\u2019obligation de passer sous le bistouri pour devenir femme ou homme.L\u2019idée a été applaudie par les groupes LBGT et autres défenseurs des droits de la personne.Mais rien n\u2019a encore changé, car le règlement d\u2019application n\u2019a toujours pas été adopté.En décembre dernier, la nouvelle ministre de la Justine, Stéphanie Vallée, a déposé le très attendu projet de réglementation.Consternation dans les milieux concernés : le projet de règlement va à l\u2019encontre de toutes les recommandations qui ont été faites pendant les consultations publiques du précédent projet de loi.Le gouvernement veut imposer aux personnes transgenres de vivre depuis deux ans «sous l\u2019apparence du sexe pour lequel un changement de mention est demandé».En début de semaine, Gabrielle Bouchard, du Centre de lutte contre l\u2019oppression des genres, sonnait l\u2019alarme sur la discrimination et l\u2019exacerbation des stéréotj^es que cette condition amenait.L\u2019avocat spécialiste dans les droits des personnes trans, M® Jean-Sébastien Sauvé, lui donne raison.«A mon avis, le projet de règlement proposé remplace une situation discriminatoire par une autre, affirme-t-il.Ça ne passerait X JAY DIRECTO AGENCE ERANCE-PRESSE « Quand tu entames un changement de sexe et que tu n\u2019as pas la mention légale pour aller avec, ça devient vite catastrophique.» pas le test des chartes québécoise et canadienne.» Plusieurs pays d\u2019Europe sont aux prises avec le même problème.Ils conviennent qu\u2019il est discriminatoire d\u2019imposer des chirurgies aussi invasives, mais se demandent comment faire pour encadrer la procédure afin d\u2019éviter les dérapages.Car c\u2019est bien de cela qu\u2019il est question, juge M® Jean-Sébastien Sauvé.«Il y a une crainte de fraude qui semble être sur le bout de la langue des décideurs, mais très peu osent le verbaliser.Pourtant, c\u2019est insensé comme crainte.Les gens qui effectuent un changement de sexe sont vraiment exposés.» Quant au risque de voir une explosion de demandes farfelues de changement de mention de sexe, la directrice du Conseil québécois LGBT remet les pendules à l\u2019heure: «Les groupes de peur disent que ça va être le \u201cfree for ail\u201d, mais un changement de sexe, ce n\u2019est pas anodin.Ça prend du front pour se présenter devant le directeur de l\u2019état civil et dire: \u201cJe veux changer de sexe.\u201d Une fois rendu là, le cheminement, il a été fait dans ta tête.C\u2019est un méchant \u201ccoming out\u201d.Il n\u2019y a personne qui a envie de faire ça juste pour le plaisir.» Ailleurs au Canada Les groupes trans québécois demandent au gouvernement de s\u2019inspirer de ce qui se fait ailleurs, notamment en Angleterre et en Argentine, où les personnes transgenres peuvent modifier leur statut légal sur une simple déclaration assermentée.Mais il n\u2019est pas nécessaire d\u2019aller aussi loin, note M® Jean-Sébastien Sauvé.«Ailleurs au Canada, il y a des tribunaux qui ont reconnu que l\u2019obligation d\u2019avoir recours à des interventions chirurgicales pour obtenir un changement de sexe légal allait à l\u2019encontre des droits et libertés des personnes trans.» En Qntario, le gouvernement permet le changement de mention de sexe pour toute personne de 16 ans sur une simple déclaration solennelle.En Alberta, il faut également avoir une lettre d\u2019un médecin ou d\u2019un psychologue, mais sans avoir à subir une opération.«Le Québec aime se targuer de son rôle proactif en matière de personnes transgenres, mais il ne fait Pouf tant pas bonne figure», constate M® Sauvé.A l\u2019échelle canadienne, un autre projet de loi, présenté par le député néodémocrate Randall Garrison, est à l\u2019étude depuis des années.Le C-270 vise à protéger les personnes transgenres contre les crimes haineux et la dis- « Le projet de règlement proposé remplace une situation discriminatoire par une autre » crimination.Mais à force d\u2019être amendé, le projet de loi est en train de perdre toute consistance, déplore Audrey Gauthier.Qn veut aujourd\u2019hui en retirer l\u2019application dans les toilettes publiques, les centres d\u2019aide aux femmes et les vestiaires.«Le sénateur conservateur Donald Plett a soutenu qu\u2019il était nécessaire de protéger les femmes dans ces endroits, comparant les personnes trans à des pédophiles et à des agresseurs potentiels», dénonce Audrey Gauthier.Transphobie ou ignorance?Les personnes trans se heurtent souvent à la transphobie.Mais c\u2019est souvent de la simple ignorance, note M\u201c® Gauthier.«Les gens ne comprennent pas la réalité des personnes transgenres.Ils font difficilement la différence entre orientation et identification sexuelles.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019une personne est transgenre qu\u2019elle est gaie ou lesbienne.Ce sont deux choses complètement différentes.» Et même les personnes censées être au fait du dossier, comme la ministre de la Justice québécoise, Stéphanie Vallée, confondent encore les concepts.Le communiqué de presse émanant de son bureau en décembre dernier pour annoncer le projet de règlement sur le changement d\u2019identification de genre était titré : «Lutte contre l\u2019homophobie».C\u2019est bien la preuve qu\u2019il reste encore beaucoup de chemin à faire.Le Devoir Petit lexique LGBT LGBT : lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres Transsexuel : personne ayant effectué un changement de sexe complet avec traitement hormonal et chirurgie de réassignation sexuelle Transgenre: personne qui ne s\u2019identifie pas au sexe assigné à la naissance, ayant subi ou non des traitements Intersexué (anciennement hermaphrodite) : personne qui porte les caractéristiques génitales, hormonales ou chromosomiques des deux sexes Queer: personne qui remet en question l\u2019idée même d\u2019une identité de sexe (ni homme ni femme) RUSSIE SUITE DE LA PAGE B 1 «climat de haine» créé par les partisans du pouvoir comme le responsable de cet assassinat politique et sa mise en œuvre comme le travail de professionnels.Sur ce poinp il y a consensus en Russie, mais pas dans la même direction.La télévision publique, où Boris Nemtsov était interdit d\u2019antenne, consacre désormais du temps à la «victime sacrificielle».De ce côté-ci, une seule piste; l\u2019implicadon sans nuance de l\u2019Occident, et des Etats-Unis en particulier.«C\u2019est une provocation bien planifiée, juste avant la manifestation [prévue à l\u2019origine par l\u2019opposition le fT mars], tout près du Kremlin, sur la route qui mène à Bolotnaïa [lieu de grands rassemblements hostiles au pouvoir en 20ii et 2042], il n\u2019y avait pas de meilleur endroit pour une victime sacrificielle.C\u2019est la première du Maïdan en Russie et il est tout à fait évident que c\u2019est le travail des Etats-Unis », a lancé l\u2019écrivain Nikolai Starikov, l\u2019un des représentants de l\u2019anti-Maïdan.Créé au mois de janvier et soutenu par le Kremlin, ce mouvement repose sur quatre animateurs censés représenter la population : un intellectuel, Nikolai Starikov, un politique, Dmitri Sabline, ex-député du parti au pouvoir Russie unie, aujourd\u2019hui président de l\u2019association des vétérans d\u2019Afghanistan, un ouvrier, Alexei Balniberdine, employé de la plus grande usine de l\u2019Qural, et Alexandre Zaldostanov, dit le «chirurgien», patron du groupe de motards Les Loups de la nuit, qui se déplace dans un véhicule mili- «La paix en Ukraine sera ramenée seulement par l\u2019intégration avec la Russie» taire sur lequel est écrit «Pour la patrie, pour Staline».Haut en couleur, ce dernier qualifiait, à la sortie, les «méthodes occidentales pour détruire la Russie» de «nouvelle arme plus puissante qu\u2019une bombe nucléaire».«On ne restera pas sans réagir», prévenait-il, ajoutant: «La paix en Ukraine sera ramenée seulement par l\u2019intégration avec la Russie.» «Lâchez-les [les Ukrainiens] !», enjoignait ce colosse à un journaliste occidental, avant de se radoucir vis-à-vis d\u2019un autre : «La France a son propre point de vue, et nous allons inviter Marine Le Pen à un \u201cBike Show\u201d à Sébastopol.Elle me plaît beaucoup comme politique.» Le Monde LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 MARS 2015 B 3 PERSPECTIVES 50 ANS APRES SELMA « Martin Luther King était un révolutionnaire non violent » Il y a cinquante ans, des marches pacifiques, avec Martin Luther King en tête, étaient organisées de Selma à Montgomery, capitale de l\u2019Alabama, contre les restrictions, au droit de vote imposées aux Noirs dans les Etats du Sud (lire Libération du mercredi 4 mars).Le 7 mars 1965, 600 manifestants sont attaqués par la police à coups de matraque et de gaz lacrymogène: les images de ce «Bloody Sunday» choquent toute l\u2019Amérique.En août 1965, le Congrès adopte le Voting Rights Act qui met fin à ces discriminations.Une victoire pour Martin Luther King.L\u2019américaniste Sylvie Laurent, professeure à Sciences Po, publie au Seuil une biographie du leader noir américain où elle démontre comment sa personnalité et son héritage ont été édulcorés au fil des années.Un livre qui lui rend toute sa radicalité.Aux États-Unis, la statue du monument commémoratif dédié à Martin Luther King, sur le Mail de Washington, est très pâle.Pourquoi?Il est assez ironique de voir que le monument commémoratif est en terre d\u2019albâtre, donc d\u2019un blanc rosé.Ce monument ne fut inauguré qu\u2019en 2011 par Barack Obama.L\u2019édulcoration du message du pasteur a commencé après son assassinat, le 4 avril 1968.Après avoir été un réprouvé, il apparaît subitement comme un martyr de l\u2019Amérique, érigé en icône de la réconciliation.L\u2019assassinat déclenche une unanimité nationale, on oublie opportunément tout ce qu\u2019il avait de radical et de séditieux.Martin Luther King était, en effet, un militant non violent contre le racisme, mais également un critique acerbe du capitalisme américain, frère siamois de l\u2019impérialisme.Pour lui, l\u2019Amérique était malade du racisme, du capitalisme ensauvagé et du militarisme, mais on ne retient que son discours très conciliateur de 1964 : «J\u2019ai fait un rêve.» La lénification ne doit rien aux hasards de l\u2019histoire : c\u2019est Ronald Reagan qui décrète, en 1983, une Journée nationale Martin Luther King.C\u2019est habile.Il récupère ainsi la figure de l\u2019activiste pour en faire un symbole d\u2019unité nationale, il le fait basculer dans le camp de l\u2019Amérique bonne et juste, celle qui gagne toujours à la fin de l\u2019histoire.Martin Luther King, le dissident, entre dans le giron des pères fondateurs.C\u2019est le premier à qui on a voulu faire porter le discours postracial, comme s\u2019il incarnait la fin de l\u2019histoire raciale américaine.Il est devenu un bon pasteur placide invoquant le «rêve américain».L\u2019Amérique a fait King, elle a donné aux Noirs le droit de vote après avoir interdit la ségrégation : c\u2019est bien la preuve, suggère le récit, que l\u2019Amérique est parvenue à une forme de rédemption.La personnalité de Malcolm X a-t-elle aussi aidé à la simplification du mythe King?Le casting était parfait: Malcolm X, le musulman violent et séparatiste, face à King, le chrétien patriote, qui veut s\u2019intégrer.En réalité, ces deux personnalités se rapprochaient de plus en plus.S\u2019ils n\u2019avaient pas été assassinés l\u2019un et l\u2019autre, ils auraient pu se retrouver à des manifestations communes contre le capitalisme et le militarisme.Malcolm X refusait toute idée d\u2019assimilation.C\u2019est pour cette raison qu\u2019il s\u2019était converti à l\u2019islam, le christianisme lui apparaissant comme la religion hypocrite des Blancs.Il est dans une logique séparatiste.Les deux hommes ont évolué dans une sorte de chiasme.A la fin de sa vie, Malcolm X s\u2019est recentré et a rejoint les autres militants de la cause noire, allant à Selma par exemple.King, de plus en plus radical et intransigeant, déplaça son combat dans les ghettos du Nord, à Chicago notamment.Pourquoi Martin Luther King apparaît-il comme un réformiste alors que vous le décrivez comme un révolutionnaire?Il qualifiait le discours sur le «nécessaire réalisme» de «gradualisme visqueux».Selon lui, «la liberté ne se sollicite pas, elle s\u2019exige».Les réformes ne sauraient être différées.C\u2019était un idéaliste, mais aussi un fin politique.Il était convaincu d\u2019une chose : le pouvoir est dans la K AGENCE ERANCE-PRESSE Martin Luther King (5® depuis la gauche) a participé à l\u2019importante marche de Selma à Montgomery, en 1965.rue.Pour lui, les manifestations collectives étaient aussi un moyen de rendre leur dignité aux exclus.D\u2019être debout.D\u2019oser dire qu\u2019une loi est injuste.Il pense et pratique la désobéissance civile.C\u2019est, certes, un activiste, un militant de la base, mais c\u2019est aussi un intellectuel.La nature du pouvoir et le sens de la justice sont des sujets qui l\u2019obsèdent.Il lit énormément, se remet constamment en cause.C\u2019était un révolutionnaire non violept, qui n\u2019a jamais succombé à l\u2019anarchisme.L\u2019Etat lui semble le seul garant de l\u2019égalité.Il pense aussi que les ferments de la révolution sont déjà présents en Amérique, qu\u2019il n\u2019est pas nécessaire de faire table rase, tout est déjà dans la Constitution, dévoyée par les puissants qui se sont approprié le pouvoir.Selon lui, l\u2019Amérique aurait pu être autre chose qu\u2019une nation hyperconsumériste, raciste, arrogante et impérialiste.Sauf qu\u2019à un moment de son histoire, elle a pris un mauvais chemin.C\u2019est un révolutionnaire conservateur.Pour lui, il faut revenir aux textes, comme la Déclaration d\u2019indépendance qui affirme : « Tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables.» Un texte qui ne s\u2019est appliqué qu\u2019aux Blancs.Les Américains blancs du XVIIP siècle étaient, étonnamment pour l\u2019époque, égaux entre eux politiquement.C\u2019est le grand paradoxe américain, la première grande démocratie éga-litariste moderne fut imaginée par des hommes blancs et riches qui asservissaient les Noirs.Cette démocratie, confisquée, devait être rendue à tous les dépossédés, et King, à la fin de sa vie, invite aussi les femmes, les Indiens, les Latinos et les Blancs pauvres à le rejoindre pour une grande marche dissidente sur Washington.Elle sera posthume.Son dernier sermon, que l\u2019on trouvera dans la poche de King AGENCE ERANCE-PRESSE Martin Luther King à Washington en 1963 après son assassinat, témoigne de cette orientation : «Amérique, je ne te laisserai jamais tranquille, tant que tu n\u2019auras pas été à la hauteur de tes promesses.» Le déni de racisme existe-t-il encore aujourd\u2019hui?Après les événements de Eerguson l\u2019été dernier*, nous retrouvons les mêmes dénégations, les sondages montrant que la majorité des Américains pensent que Eerguson n\u2019a rien à voir avec le racisme.Le bilan du progrès racial, cinquante ans après King, est affligeant: un enfant de couleur sur cinq est pauvre, les mariages entre Noirs et Blancs ne re- présentent que 2% des unions, la prison \u2014 qui a été un moyen d\u2019émancipation pour King \u2014 est aujourd\u2019hui le principal outil de répression et de criminalisation de la communauté noire.Et il y a moins de mixité scolaire aujourd\u2019hui qu\u2019en 1968.Pourtant, le président des États-Unis est noir?Certes, c\u2019était une élection inouïe.Une fois élu, Obama a déclaré à Selma: «Je suis là parce qu\u2019ils ont marché.» C\u2019est assez juste, il a fallu des générations et des générations de militants pour qu\u2019un Noir entre enfin à la Maison-Blanche.Mais nous ne sommes pas pour autant entrés dans l\u2019ère de la justice raciale et Obama n\u2019est pas la fin de l\u2019histoire.L\u2019élection d\u2019un seul, le succès d\u2019une poignée, ne parle malheureusement pas pour les masses.Depuis quinze ans, on assiste même à une régression significative de la question noire aux Etats-Unis.La crise les a touchés plus violemment.Les mesures de l\u2019affirmative action sont progressivement démantelées, et la Cour suprême a récemment amputé la loi sur les droits civiques de 1965.La ségrégation explique la permanence des mécanismes racistes: quand des Américains répondent qu\u2019il n\u2019y a pas de biais racial chez les forces de l\u2019ordre, on peut dire que c\u2019est du racisme ou du déni, mais c\u2019est surtout une méconnaissance absolue de la part des Blancs de ce qu\u2019est la vie d\u2019un Américain de couleur.Propos recueillis par Catherine Calvet Libération * En août 2014, des émeutes éclatent dans cette ville du Missouri après le décès d\u2019un Afro-Américain de 18 ans tué par la police locale, alors que, selon les témoignages, il ne portait pas d\u2019arme.QUERELLE SUITE DE LA PAGE B 1 le programme nucléaire iranien civil pour empêcher tout programme nucléaire militaire.Le chef de la Maison-Blanche a promis d\u2019opposer son veto à l\u2019augmentation des sanctions si le texte est adopté.Or Benjamin Nétanyahou soutient l\u2019idée d\u2019un renforcement des sanctions américaines contre l\u2019Iran.Pour Barack Obama, un accord avec l\u2019Iran est une priorité depuis sa première campagne présidentielle en 2008 et reste, en l\u2019absence d\u2019un grand succès international, le trophée historique qu\u2019il espère intégrer au bilan de sa présidence.Par ailleurs, et depuis vingt ans environ, les parlementaires déplorent que la Chambre et le Sénat soient en passe de devenir des chambres d\u2019enregistrement pour les politiques d\u2019une présidence de plus en plus puissante.Cette plainte, d\u2019abord entendue parmi les républicains libertariens et sur l\u2019aile gauche du Parti démocrate, est reprise par l\u2019appareil républicain depuis l\u2019arrivée de Barack Obama au pouvoir.Avec l\u2019avènement d\u2019une cohabitation entre le président démocrate et un Congrès entièrement dominé par les républicains, John Boehner entend réaffirmer les pouvoirs du législatif, y compris en politique étrangère.D\u2019où l\u2019invitation faite à Benjamin Nétanyahou, qui est en phase politiquement avec les républicains.Mais dans le contexte de la polarisation extrême du bipartisme américain, ce type de manœuvre conduit à l\u2019impasse, voire à la crise ouverte comme ce fut le cas cette semaine.«Les institutions américaines ne peuvent fonctionner que si les deux partis collaborent, souligne Harvey Eeigenbaum.Depuis le New Deal, il y a une évolution qui va vers l\u2019accroissement des pouvoirs de l\u2019exécutif mais cela ne peut fonctionner que si les partis politiques sont moins polarisés qu\u2019aujourd\u2019hui, que si le président peut former des coalitions selon les dossiers.Or le système a changé maintenant parce que la possibilité d\u2019accords entre les partis n\u2019existe pratiquement plus, donc au lieu d\u2019avoir un président qui devient le plus puissant face au législatif, ce qui s\u2019est passé depuis 10-15 ans, surtout sous Obama, c\u2019est une énorme polarisation des partis qui nous condamne à la paralysie.» Dans le dossier des relations entre les Etats-Unis et Israël, la polarisation des partis démocrate et républicain s\u2019accompagne de changements importants dans le paysage politique américain au sens large.UAIPAC L\u2019organisation la plus influente du lobby juif américain, le Comité américain d\u2019affaires publiques pour Israël (AIPAC), créé en 1963 dans un esprit bipartisan et fort aujourd\u2019hui de plus de 100 000 membres, a commencé à se rapprocher des républicains dans les années 80 et a perdu de son influence auprès de la Maison- « Notre partenariat transcende la politique politicienne et il en sera toujours ainsi» Blanche de Barack Obama.«Au sein de l\u2019AI-PAC, il y a eu peu à peu une prise de pouvoir des juifs conservateurs, des républicains et du Likoud, le parti de Nétanyahou», note le professeur Eeigenbaum.Parallèlement, l\u2019opinion publique américaine et la communauté juive en particulier ont elles aussi évolué, mais dans un sens moins favorable à Israël.Si la plupart des Américains restent pro-israéliens, comme pendant la guerre contre le Hamas en juillet, les jeunes le sont moins que leurs aînés.Durant les bombardements sur Gaza, seulement 44% des Américains de 18 à 29 ans soutenaient Israël, contre 51% pour l\u2019ensemble de leurs compatriotes et 60% pour ceux de plus 65 ans.En outre, de plus en plus de jeunes juifs américains refusent de défendre Israël aveuglément.«La communauté juive vit un changement générationnel aux Etats-Unis.Les jeunes, au moins ceux de gauche, ne veulent plus être servilement loyaux envers Israël et leur loyauté dépend désormais de la nature du gouvernement en place en Israël», explique Harvey Eeigenbaum.Réduire les tensions Avant le discours de Benjamin Nétanyahou devant le Congrès, la conseillère de Barack Obama pour la sécurité nationale, Susan Rice, n\u2019a pas hésité à qualifier la visite du chef actuel du gouvernement israélien de «destructrice» pour les relations bilatérales.Depuis, les protagonistes de cette crise ouverte ont essayé de réduire les tensions.Barack Obama a dépêché deux représentants de haut niveau au congrès annuel de l\u2019AI-PAC qui se tenait à Washington en même temps que la visjte du premier ministre.L\u2019ambassadrice des Etats-Unis auprès de l\u2019ONU a réaffirmé la solidité de l\u2019alliance américano-israélienne.«Notre partenariat transcende la politique politicienne et il en sera toujours ainsi», a lancé Samantha Power.Pour sa part.Benjamin Nétanyahou a assuré les quelque 16 000 congressistes de l\u2019AI-PAC que son discours devant le Congrès ne reflétait «aucun manque de respect pour Barack Obama, ni pour la fonction qu\u2019il occupe».Dans son discours devant le Congrès, il a ensuite déclaré qu\u2019il sera «toujours reconnaissant envers le président Obama pour tout ce qu\u2019il a fait pour Israël».Mais les tensions sur le fond demeurent et leur résolution semble devoir reposer sur l\u2019avenir politique des partenaires.«Il semble exclu que Nétanyahou perde les élections du 17 mars en Israël, donc la situation ne pourrait changer qu\u2019avec un nouveau président américain», explique M.Eeigenbaum.«Il est difficile d\u2019imaginer que les républicains gagneront les présidentielles de 2016.Chez les démocrates, Hillary Clinton penche un peu plus vers une ligne dure envers l\u2019Iran qu\u2019Obama.En tout cas, le nouveau président américain, quel qu\u2019il soit, aura à cœur de définir sa propre politique étrangère», ajoute le politologue.Collaboratrice Le Devoir B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE MARS 2015 EDITORIAL CRISE AU CHUM De très gros sabots La démission du directeur général du CHUM, suivie quelques heures plus tard de celle du président du conseil d\u2019administration, a entraîné une crise qui devrait interpeller le premier ministre Couillard.Elle révèle les tensions que crée dans tout le réseau de la santé le mode de gestion de son ministre Gaétan Barrette.J Bernard Descôteaux e premier regard qu\u2019il faut porter est sur l\u2019institution qu\u2019est le CHUM, qui va de crise en crise, et ce, dès ses balbutiements, alors que l\u2019on plaçait au milieu des années 90 sous un même chapeau l\u2019Hôtel-Dieu, l\u2019hôpital Notre-Dame et l\u2019hôpital Saint-Luc.Ce furent d\u2019incessantes chicanes de clochers entre médecins, puis à propos du choix du site du nouveau CHUM.Plus récemment, ce sont les problèmes de gestion qui devinrent récurrents avec le siège du directeur général devenu éjectable.Une véritable misère, que l\u2019histoire de cette institution.Nommé directeur général il y a à peine neuf mois, Jacques Turgeon avait remis la gestion du CHUM sur les rails et tourné les esprits vers l\u2019objectif commun qu\u2019est l\u2019intégration de tous les services dans le nouveau centre hospitalier, qui est en phase finale de construction.Mais voilà que le ministre de la Santé est venu se (\tmêler d\u2019imposer au nouveau directeur général la nomination du Patrick Harris à la tête du A .département de chirurgie, qu\u2019un comité de sé-lection dûment constitué a écarté.Appelons un chat un chat, il y a là un interventionnisme inacceptable, car le pouvoir de nomination des cadres dans l\u2019hôpital appartient à la direction et au conseil d\u2019administration.Dans le cas de la nomination d\u2019un nouveau patron du département de chirurgie, un processus de sélection était sur le point de se conclure et le ministre n\u2019avait pas à s\u2019ingérer dans ce processus.Jacques Turgeon a eu raison de démissionner.Gaétan Barrette défend son intervention en évoquant des «sonneurs d\u2019alerte» qui à deux reprises ont attiré son attention sur le processus de sélection poiu ce poste.Encore faut-il distinguer les «alertes» des simples récriminations.Dans le premier cas, il fait valoir qu\u2019un premier candidat retenu poiu le poste de directeur de la chirurgie était lié à une enquête policière.Il lui fallait aviser le CHUM.Dans le deuxième cas, l\u2019alerte venait de médecins insatisfaits du déroulement du nouveau processus de sélection.La prudence ici s\u2019imposait, d\u2019autant plus que l\u2019actuel ministre de la Santé, lui-même médecin, a affaire à d\u2019anciens collègues et amis.La ligne à ne pas franchir pour ne pas tomber dans un conflit d\u2019intérêts est ténue.Il l\u2019a franchie allègrement, allant, selon Jacques Turgeon, jusqu\u2019à exercer un chantage à son endroit pour obtenir la nomination du D\"^ Harris.Ce n\u2019est pas pour rien que la loi donne aux conseils d\u2019administration des établissements une autonomie dans la prise de décision.Rappelons-lui que même les ministres doivent respecter la loi.Cette crise au CHUM survient à l\u2019heure où la loi 10 sur la réorganisation du réseau de la santé est mise en œuvre.Le ministre mène tambour battant sa réforme, n\u2019hésitant pas à écraser de ses gros sabots tous ceux qui s\u2019opposent à lui.Jacques Turgeon est une autre de ses victimes.Philippe Couillard ne devrait pas donner à Gaétan Barrette l\u2019appui sans réserve qu\u2019il lui accorde.Le groupe d\u2019experts qu\u2019il envoie au CHUM faire le point sur les problèmes de discorde ne devrait pas être placé sous l\u2019autorité du ministre de la Santé.Cet examen devrait être fait par un groupe indépendant.Il en va de la crédibilité même du gouvernement.Si la réforme du réseau de la santé est faite pour les patients, comme aime le dire Philippe Couillard, celui-ci devrait voir que ceux qui s\u2019occupent des patients sont de plus en plus démotivés par leur ministre, qui est en voie de devenir l\u2019ennemi de sa propre réforme.8 MARS Rien d\u2019inoffensif Josée Boileau uébec, Ontario, premiers joius de mars 2015.Dans un cas, un ministre presse les membres d\u2019une Chambre de commerce à venir à Montréal en ajoutant que «leurs conjointes sont bienvenues» vu qu\u2019il y «a beaucoup de centres d\u2019achats».Dans la province d\u2019à côté, une première ministre, «déterminée à user de [sjow influence pour changer les choses», lance une campagne contre le harcèlement sexuel et la violence faite aux femmes, lesquels «prennent leurs racines dans la misogynie».D\u2019un côté, la condescendance qui désespère (en sommes-nous encore là?), de l\u2019autre, l\u2019assiuance qui réjouit (oui, nous sommes rendues là !).D\u2019un côté, le sexisme ordinaire, de l\u2019autre, un modèle poiu le contrer.On voit donc encore de tout en ce 8 mars, et s\u2019il reste crucial de dénoncer la discrimination la plus cruelle \u2014 particulièrement frappante dans certaines parties du monde où l\u2019on marie des fillettes, où on les empêche d\u2019aller à l\u2019école, où l\u2019on mutile leurs parties génitales \u2014, il faut aussi savoir reconnaître la myriade de situations inégalitaires imbriquées au quotidien.L\u2019attention a crû au cours des derniers mois envers ce sexisme de tous les jours, celui où les madames magasinent.Attention nourrie notamment par une jeune génération élevée par des parents plus égalitaires et persuadée que pour elles, pour eux, ça y était.Mais qui constate que sur la rue, sur le Web, au travail, dans leur couple ou celui des copains, il y a toujours quelque chose qui ne tourne pas rond.Quelque chose qu\u2019on ne peut pas nommer sous peine d\u2019être une « maudite fatiquante qui n\u2019a pas le sens de l\u2019humour », mais qui est bel et bien un caillou dans le soulier de l\u2019égalité.Du dérangeant.Ces observations féministes ne sont pas en soi nouvelles, mais tant qu\u2019il fallait se battre pour que les femmes puissent entrer dans les tavernes ou devenir jurées, percer des bastions masculins au travail, avoir accès à des garderies, grimper l\u2019échelle des promotions, dénoncer les agressions sexuelles, la violence conjugale, le harcèlement au travail ou la pornographie., le carcan social passait au second plan.Ce que l\u2019on mesure mieux aujourd\u2019hui, c\u2019est que ce carcan, qui semble plus inoffensif, repose sur les mêmes fondements de passivité et de soumission des femmes que les agissements les plus ouvertement misogynes.Sourire, ne pas hausser le ton, se faire couper la parole, ne pas la prendre tant qu\u2019on n\u2019y est pas invitée, minimiser ses compétences, s\u2019oublier pour le chum ou l\u2019enfant, c\u2019est une face banale de l\u2019inégalité des femmes mais qui n\u2019a rien de «normal».Le souligner relève tout à fait du détricotage historique du patriarcat, un autre fil, peut-être le plus résistant.Mais maintenant qu\u2019on le voit.LE DEVOIR FONDE PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET UN fl.EP«ANT vans un magasin H PoBCCtAiNr-\u2022\u2022 'ê ' LETTRES Simonne Monet-Chartrand, une pionnière inspirante En cette Journée internationale des femmes, nous aimerions rappeler deux ^ands enjeux qui ont été au cœur de l\u2019action sociale de notre mère, Simonne Monet-Chartrand (1919-1993).D\u2019abord, les droits politiques et sociaux des femmes, ici et dans le monde.Elle fut une des arti-sanes de la lutte pour leur droit de vote.Avec d\u2019autres, elle a été de tous les combats pour les droits et libertés civiques ainsi que pour la justice sociale.Rappelons aussi son implication dans les mouvements pour la paix et le désarmement en cette période de guerres disséminées sur la planète.Se souvenir, c\u2019est aussi se donner la force de poursuivre les luttes de cette femme exceptionnelle.Ses enfants : Micheline Chartrand Payen, Hélène Chartrand Deslauriers, Alain Chartrand, Suzanne-G.Chartrand, Madeleine Chartrand et Dominique Chartrand Le 4 mars 2015 Justice neutre et respectueuse de l\u2019égalité Dans l\u2019article «Et si la juge Eliana Marengo avait raison ?», Victor-Lévy Beau- lieu aurait pu ajouter que le Coran rend le témoignage d\u2019un homme égal à celui de deux femmes.Quiconque affiche par ses vêtements son adhésion à cette règle religieuse est en contradiction flagrante avec nos principes d\u2019égalité.Cela ne sert pas la justice que nous souhaitons la plus neutre possible.Pour être entendu et jugé sans préjugé, mieux vaut se présenter au tribunal sans afficher sa conviction de l\u2019inégalité entre les hommes et les femmes.Qn ne veut pas reculer.Claudette Jobin Présidente de la Ligue des femmes du Québec Le 4 mars 2015 REVUE DE PRESSE Des efforts futiles pour lutter contre la criminalité BRIAN MYLES Les semaines se suivent et se ressemblent à Qttawa.Le gouvernement Harper poursuit ses politiques de la ligne dure dans la lutte contre la criminalité.Dans le National Post, le chroniqueur Andrew Coyne dénonce le plus récent projet de loi des conservateurs visant à abolir les libérations conditionnelles après 25 ans.Les peines de prison à vie se rapprocheront ainsi de la peine de mort, écrit Coyne.Les auteurs de crimes atroces et crapuleux (tels que le meurtre avec agression sexuelle ou enlèvement, le terrorisme, le meurtre d\u2019un agent de police ou d\u2019un gardien de prison) seront forcés de passer le reste de leur vie en prison, sans possibilité d\u2019en sortir autrement que dans un cercueil.Après 35 ans, un prisonnier pourrait demander une libération, mais le pouvoir de la lui accorder serait confié au ministre de la Sécurité publique (et non à la Commission nationale des libérations conditionnelles, comme ça devrait être le cas).Le premier ministre Stephen Harper a indiqué que le projet de loi visait à protéger les Canadiens contre les criminels endurcis.Pour Coyne, l\u2019idée selon laquelle le public est menacé par une vague de détenus libérés après 25 ans ne tient tout simplement pas la route.«C\u2019est un non-sens.Les prisonniers ne sont pas tous libérés après 25 ans.Seuls ceux qui présentent un faible risque de récidive le sont», rappelle Coyne.La réhabilitation n\u2019est pas la tasse de thé du gouvernement Harper.Son projet est calqué sur une éthique de la vengeance, constate-t-il.Les sociétés civilisées ont abandonné depuis belle lurette les châtiments basés sur le principe du «œil pour œil, dent pour dent».«Et l\u2019une des choses qu\u2019une société civilisée ne fait pas, c\u2019est emprisonner les gens pour toujours, sans égard au risque qu\u2019ils posent», conclut Cojme.Pour le Toronto Star, l\u2019approche des conservateurs en matière de lutte contre la criminalité est guidée par «le cynisme et les calculs politiques».«Les tribunaux et la Commission des libérations savent comment protéger le public des criminels les plus dépravés», affirme le quotidien en éditorial.Comme d\u2019habitude, le gouvernement Harper agite des épouvantails pour faire des gains politiques, déplore le Star.Il n\u2019est pas ici question de la sécurité des Canadiens, mais de la réélection de Stephen Harper, observe le Star.Méfiance et congestion à Vancouver Vancouver est l\u2019endroit idéal pour les défenseurs du transport public.L\u2019agglomération est enclavée par le Pacifique et les Rocheuses.Il n\u2019y a pas moyen d\u2019envisager sérieusement une expansion du réseau autoroutier pour réduire la congestion et améliorer la fluidité du transport.L\u2019avenir a toujours passé par le transport collectif.Du moins en théorie.Un référendum pour augmenter d\u2019un demi-pour cent la taxe de vente afin de financer des projets de transport collectif et d\u2019amélioration des routes devrait y passer comme une lettre à la poste.Et pourtant non.L\u2019opposition gagne du terrain, et l\u2019issue du vote semble favoriser le camp du non.L\u2019enjeu est de taille.L\u2019augmentation de la taxe de vente permettrait de créer une enveloppe additionnelle de 7,5 milliards de dollars sur dix ans, qui serait utilisée notamment pour financer un métro, un SLR et un nouveau pont.Dans The Province, Michael Smyth explique que les réserves d\u2019une partie de la population viennent du fait qu\u2019en Colombie-Britannique, l\u2019argent des taxes est trop souvent utilisé à d\u2019autres fins que celles annoncées à l\u2019origine.«Qu\u2019est-ce qui empêchera les villes et le gouvernement de la Colombie-Britannique de mettre leurs mains collantes dans le nouveau [plat de bonbons] et de dépenser l\u2019argent sur d\u2019autres priorités ?», s\u2019interroge-t-il.La méfiance à l\u2019égard de la société de transport (TransLink), comparée à un vampire qui va siphonner le portefeuille des contribuables, devait inciter les autorités à prévoir des mécanismes d\u2019imputabilité et de reddition de comptes dans la façon de dépenser la nouvelle cagnotte, estime Smjtih.Dans le Globe and Mail, Jeffrey Simpson se demande si les Vancouvérois auront le courage de «voirgrand» en matière de transport.Le camp du non a réussi à creuser son avance dans les sondages en s\u2019appuyant sur une campagne de méfiance et de dénigrement à l\u2019égard du gouvernement et de TransLink.L\u2019élite politique n\u2019a que faire de l\u2019honnête contribuable qui gagne durement sa vie, clame le camp du non.Le problème, c\u2019est que la solution proposée par le camp du non se réduit à une absence de solution de rechange, analyse Simpson.Le chroniqueur dresse la liste des effets bénéfiques des investissements en transport collectif: amélioration du bilan environnemental, de la fluidité et de la productivité, etc.«C\u2019est un choix fondamental que Vancouver doit faire, et ce choix est d\u2019une importance qui va au-delà des détails du plan », écrit-il.Simpson y va d\u2019une recommandation pour le camp du oui.La première ministre Christy Clark est restée beaucoup trop prudente jusqu\u2019à présent, même si elle a indiqué qu\u2019elle voterait pour la hausse de la taxe de vente.Selon Simpson, il est grand temps qu\u2019elle s\u2019implique plus activement dans ce débat important pour le futur de la troisième agglomération en importance au Canada.« Un vote pour le non va renforcer un statu quo débilitant», avertit-il.Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE MARS 2015 B 5 IDEES I CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR La pratique de l\u2019artisanat demeure l\u2019activité principale dans les Cercles de fermières, où métiers et rouets continuent de fonctionner.CENTENAIRE DES CERCLES DE EERMIÈRES Entre tradition et modernité MICHELINE DUMONT Historienne a très grande majorité des associations féministes ou féminines du début du XX® siècle ont fini par disparaître.Les Cercles de fermières, eux, sont toujours là.Les Cercles de fermières ont été fondés en 1915 par deux agronomes du ministère de l\u2019Agriculture, Alphonse Désilets et Georges Bouchard, à Roberval et à Chicoutimi.Ils ont été créés à l\u2019image des «Women\u2019s Institutes» (1903), qui s\u2019activaient au Canada anglais et ayaient pour objectif de s\u2019opposer à l\u2019exode rural.A cette époque de première militance féministe, Georges Bouchard rassure: «Ceux qui craignent de voir leurs jeunes filles devenir des suffragettes ou des émancipées n\u2019auront qu\u2019à apprendre le fonctionnement des cercles pour voir leur objection se dissiper.» L\u2019association est en effet étroitement dirigée par le ministère de l\u2019Agriculture.Rapidement, on utilise le concept d\u2019agriculture féminine, en prônant l\u2019aviculture, l\u2019apiculture, l\u2019horticulture.Leur popularité est immédiate et le mouvement se répand rapidement: en 1922, on compte déjà 70 cercles et plus de 2000 membres.Des subventions sont disponibles, en argent et en nature (œufs, ruches, graines).On offre également des cours de cuisine et d\u2019artisanat.Bientôt, en 1920, on publie une revue, La Bonne Fermière, qui paraît de 1920 à 1931 et où on trouve, à côté des articles pratiques, des propos opposés aux timides revendications féministes de l\u2019époque : suffrage, droits civils des épouses.Après un ralentissement notable causé par la crise économique, les activités repreiment de plus belle.Des technicieimes passent de cercle en cercle pour donner des cours; on subventionne l\u2019achat de métiers à tisser et de rouets, et le ministère procède à la création de fédérations, selon les régions agronomiques du Québec.Des concoius (tissage, couture, tricot, broderie, courtepointes, crochet, biscuits, marinades, fleurs, etc.,) sont organisés dans chaque cercle, dont les laïuéates se présentent au «Concoius inter-cercles» de leiu fédération, et finalement à la grande exposition provinciale de Québec.Ces concoius constituent un élément d\u2019émulation central, alors que le palmarès des cercles est publié chaque année.Coup de tonnerre Le ministère de l\u2019Agriculture publie La Revue des fermières en 1941, qui devient La Terre et le Foyer en 1945.C\u2019est dans cette revue qu\u2019on trouve la liste des « concours » qui seront exigés aux expositions annuelles.La pratique de l\u2019artisanat devient ainsi le centre d\u2019intérêt principal.Qn compte 645 cercles et plus de 27 000 membres en 1940.En 1944, coup de tonnerre : l\u2019épiscopat publie un mandement incitant les Cercles de fermières à se dissoudre pour rejoindre plutôt Les Dames de l\u2019UCC, modelée sur l\u2019Union catholique des cultivateius.Cette directive suscite inquiétude et colère et est suivie de diverses façons suivant l\u2019humeur de chaque évêque ou aumônier.«Depuis que les femmes ont été gratifiées du droit de vote, explique l\u2019un d\u2019eux, le fait qu\u2019elles soient organisées en cercles dépendant de l\u2019Etat, comporte la possibilité qu\u2019un gouvernement aux abois ou que des politiciens peu scrupuleux soient tentés de profiter de la situation pour influencer leurs votes.» Les prêtres, eux, recourent à de discutables intimidations auprès des responsables : votre fils ne sera pas ordonné, la salle paroissiale n\u2019est plus disponible, etc.Dans plusieius diocèses, les souvenirs sont amers.Toujours est-il que de nombreux cercles quittent l\u2019association, mais au moins 30 000 femmes (sur 49 000) refusent d\u2019obéir.«Les évêques n\u2019ont pas à se mêler de questions économiques», soutiennent-elles.Elles tiennent à l\u2019encadrement des techniciennes et au soutien financier du ministère de l\u2019Agriculture.La nouvelle association Union catholique des fermières deviendra en 1958 rUnion catholique des femmes rurales, pour inclure les femmes qu) ne sont pas des épouses de cultivateurs.L\u2019Église suscitera en 1952 la création d\u2019une autre association, rivale, les Cercles d\u2019économie domestique, pour tenter d\u2019entamer la clientèle urbanisée des Cercles de fermières, qui avait résisté à cette offensive.C\u2019est pourquoi l\u2019association des Cercles de fermières perd des membres et des cercles pendant une décennie.Schisme Au début des années 1960, les présidentes provinciales de ces trois associations féminines se rencontrent pour tenter de mettre en place une fusion de toutes ces associations.Rapidement, les Cercles de fermières, qui souhaitent fêter leur cinquantenaire, se retirent du processus.Les deux autres mettront en place en 1966 l\u2019Association féminine d\u2019éducation et d\u2019action sociale : l\u2019AEEAS.Dès lors, ces deux regroupements vont se distinguer de plus en plus.Alors que l\u2019AEEAS va évoluer vers un féminisme de plus en plus affirmé, les Cercles de fermières vont continuer d\u2019exploiter le sillon qui leur a tant réussi, la pratique de l\u2019ardsanat, et de se tenir à l\u2019écart du féminisme.Qn compte plus de 750 cercles au milieu des années 1960.Au moment de la création de la Eédération des femmes du Québec (EEQ), en 1966, les Cercles de fermières refusent de s\u2019y associer, invoquant la non-confes-sionnalité du nouvel organisme pour refuser leur adhésion.Un projet de vie En 1968, les Cercles de fermières deviennent indépendants du ministère de l\u2019Agriculture.Les responsables publient finalement une nouvelle revue en 1974, La Revue des fermières, devenue L\u2019Actuelle.Ils achètent une maison à Longueuil où ils déposent leurs archives, tiennent leur réunion et planifient leur congrès annuel.Ils publient plusieurs livres de recettes {Qu\u2019est-ce qu\u2019on mange ?) qui ont été des succès de librairie.Les Cercles de fermières ont publié également, en 1990, Des femmes se racontent, où on présente les biographies des dirigeantes des années 1940 à 1990.L\u2019épisode de la scission de 1944 et de 1952 y est présenté comme une épreuve douloureuse.En lisant ces biographies, on constate qu\u2019œuvrer au sein des Cercles de fermières est devenu un projet de vie pour de nombreuses femmes.En 1980, les Cercles ont atteint le nombre assez exceptionnel de 78 000 membres, mais le nombre est maintenant tombé à 36 000 femmes, réparties dans 648 cercles, eux-mêmes rassemblés en 25 fédérations.Leur activité principale demeure la pratique de l\u2019artisanat, et c\u2019est dans leurs cercles que métiers et rouets continuent de fonctionner.Les Cercles de fermières ont maintenu vivante et dynamique une tradition d\u2019artisanat qui continue de passionner des milliers de femmes.REMUNERATION DES DEPUTES À coût nul, vraiment ?L CLAIRE JOLY Directrice générale de la Ligue des contribuables e rapport L\u2019Heiueux-Dubé siu la rémunération des députés propose une hausse importante de leur salaire.Qr cette augmentation n\u2019est pas simplement la conséquence d\u2019une restructuration de leiu rémunération ou de l\u2019abolition de certaines indemnités.Une bonne partie de cette hausse est une augmentation de salaire piue et simple, sans contrepartie.Les politiciens avaient donné un double mandat au comité L\u2019Heureux-Dubé.Premièrement, les membres du comité devaient analyser la rémunération des députés et proposer des réformes afin de la rendre cohérente et transparente.C\u2019est ce que réclamaient les citoyens.L\u2019auùe mandat du comité, moins connu, était de se pencher sur la «valeur de la fonction» de député, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils devaient déterminer si les députés étaient suffisamment rémunérés ou pas.Le comité est arrivé à la conclusion que le salaire des élus était trop bas et qu\u2019il devait être augmenté.Peut-être que le salaire des députés est insuffisant.Mais c\u2019est une question qui devrait être étudiée séparément, par souci de clarté et de transparence.Le comité L\u2019Heiueux-Dubé aiuait dû ne recevoir qu\u2019un seul mandat dans un premier temps, soit celui de moderniser la rémunération des députés sans toutefois les appauvrir.Mais nos élus n\u2019ont pas choisi la voie de la transparence, avec pour conséquence que la confusion règne autoiu de la fameuse augmentation de salaire.Qn nous répète que cette augmentation serait «à coût nul».Une partie de la hausse de salaire le serait, oui, mais l\u2019autre partie n\u2019a rien à voir avec les changements proposés par le comité aux allocations de transition, à leur régime de retraite ou à l\u2019allocation de dépenses non imposable.Répétons-le: il s\u2019agit d\u2019une augmentation de salaire dans l\u2019absolu.Depuis quand une hausse de salaire dans le secteur public ne coûterait-elle rien aux contribuables ?Le comité lui-même concluait que la rémunération globale des députés (salaire et régime de retraite) coûterait 2,3 millions de dollars de plus si on appliquait intégralement leurs recommandations, une augmentation de 11,3%.Si une telle majoration était accordée aux employés de la fonction publique, ce cadeau serait-il à « coût nul » pour les contribuables ?Bien sûr que non.Beaucoup de citoyens auront la désagréable impression que certains politiciens tentent de profiter de la controverse au sujet des allocations de transition poiu s\u2019accorder une augmentation de salaire.Cela étant, de plus en plus de Québécois sont d\u2019avis que les ministres et le premier ministre ne sont pas assez bien rémunérés, par exemple.Chers politiciens, faites preuve de franchise et de transparence avec les citoyens.Vous poiuriez être agréablement surpris.En périphérie de Véconomie David Desjardins Ici bat le cœur de Léo.Ceux d\u2019Alice, de Nathan, d\u2019Qlivier, de William, de Samuel, de Romane, de Elorence et de Philippe aussi.Le rythme est rapide.Une chamade.Même lorsqu\u2019ils sont couchés, placides, on perçoit avec la main posée sur leur poitrine ce petit martèlement sourd qui déboule dans la paume.Ce sont de tout petits humains.Nés en 2011 ou après, tout au plus.Depuis que le gouvernement Charest a permis aux Québécois l\u2019accès gratuit à la fécondation in vitro, dont ils sont issus.Avec leurs petits ventricules, donc, palpitent aussi ceux de leurs parents, comblés.Mais jamais aussi fort que le cœur de ceux et celles qui seront vraisemblablement privés de ce programme que le gouvernement s\u2019apprête à considérablement appauvrir.Celui-là veut sortir de leur poitrine et hurler.Je n\u2019étais pas de ceux qui ont applaudi lorsqu\u2019on a instauré ce programme.D\u2019abord parce que je n\u2019ai jamais cru qu\u2019avoir un enfant est un droit, que le désir d\u2019enfant, bien que légitime, devait être pris en charge par les finances publiques.Cela dit, c\u2019est peut-être con, mais, comme j\u2019ai eu une fille, je me sentais exclu d\u2019office de cette discussion.J\u2019ai écrit sur la question, mais j\u2019avais le sentiment d\u2019être un imposteur.Comme si d\u2019avoir obtenu si facilement cette petite vie que d\u2019autres se meurent d\u2019avoir faisait de moi un privilégié.Un riche qui voudrait couper dans l\u2019aide aux pauvres.Mais bon, c\u2019est un débat qu\u2019on n\u2019a jamais fait, de toute manière.Devant un lobby puissant, mais surtout très visible (bonjour M\u201c® Snyder), Jean Charest s\u2019est effacé, s\u2019abandonnant aux prédictions des ineptes comptables de son entourage, ignorant la portée d\u2019une telle politique touchant près du quart des Québécois qui vivent désormais avec des problèmes de fertilité.Cinq ans plus tard, le budget de la procréation assistée a explosé.Mais maintenant qu\u2019on a ouvert la porte, peut-on aussi cavalièrement la refermer ?Pour le moment, le projet de loi 20 ne se contente pas de la claquer.11 y va de quelques gifles en prime, et d\u2019un paternalisme écœurant.Rien de très surprenant, venant d\u2019un ministre de la Santé qui est peut-être médecin, mais surtout radiologiste : il a beau avoir sondé l\u2019intérieur des gens, à force de garder ses distances, de les considérer comme des images extraites de machines, il faut croire qu\u2019il ne voit plus chez eux qu\u2019un enchevêtrement d\u2019organes, des diagnostics, des cas.Mais si, comme M.Barrette, je n\u2019étais pas pour ce programme avant qu\u2019on l\u2019instaure, je vois difficilement comment on peut le sabrer ainsi.Ah oui, je sais bien, nous saignons de l\u2019argent.Je comprends.Mais ajoutons à la logique comptable celle de la médecine : si l\u2019infertilité n\u2019est pas une maladie, ne l\u2019est-elle pas devenue à partir du moment où l\u2019on a décidé de la soigner à même le budget de l\u2019assurance qui y est dévolue ?Et peut-on, du coup, si facilement remettre le dentifrice dans le tube ?Je sais pas.Peut-être que oui.Mais à force de côtoyer des gens de mon âge qui souffrent de ne pas pouvoir avoir d\u2019enfant, je comprends de moins en moins qu\u2019on puisse rester froid devant leur trouble, et réduire l\u2019expression d\u2019un désir aussi puissant à une tentative d\u2019en faire un simple enjeu de droit, ou pire, à un enfantillage.Et puis, dans ce débat qu\u2019on n\u2019a pas fait, en amont, s\u2019est-on jamais interrogé sur la pression sociale de laquelle résulte en partie ce problème d\u2019infertilité : cette implacable nécessité de la réussite d\u2019études, de la carrière, de tout ce qui doit précéder l\u2019enfant afin qu\u2019il naisse dans des conditions idéales, telles que vues dans le catalogue IKEA?S\u2019est-on jamais demandé jusqu\u2019à quel point, collectivement, nous sommes responsables d\u2019une culture qui favorise cette difficulté de procréer ?C\u2019est vrai, c\u2019est du fric, 250 millions sur cinq ans.Mais c\u2019est aussi du monde.Une goutte d\u2019eau dans l\u2019océan du budget de ce qu\u2019il en coûte pour réparer les vivants.Des vies dont on connaît le prix.Dont on sait qu\u2019obèses, elles écrasent le système de santé.Que trop salées, elles l\u2019hypertenslon-nent.Que sédentaires, elles engorgent ses artères.Bref, que nous sommes responsables, en bonne partie, de son embonpoint budgétaire.Qui, nous comprenons les finances, le fric, l\u2019avenir, le crédit.Nous vivons au-dessus de nos moyens?D\u2019accord.C\u2019est entendu.Nous savons que désormais le cœur logera en périphérie de l\u2019économie, nous savons précisément ce que coûte une vie.Ce serait quand même bien, aussi, des fois, de se souvenir de sa valeur.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagne (adjoints a la direction de l information), Antoine RobitaïUe (éditorialiste, responsable de la page Idees), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Michael Monnier et Ohvier Zuida (recherchistes photos), information générale : Isabelle Pare {chef de division), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), 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défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.RHEA JEAN Docteure en philosophie, auteure de L\u2019intime et le marché, PUL, 2015 ANDRÉ DUHAMEL Professeur, Département de philosophie et d\u2019éthique appliquée.Université de Sherbrooke La Journée internationale pour les droits des femmes est souvent une occasion de mettre l\u2019accent sur les inégalités persistantes entre les hommes et les femmes.Le domaine de la philosophie ne fait malheureusement pas exception à cet égard : les femmes ne représentent toujours qu\u2019une minorité dans les départements de philosophie, tant au Québec qu\u2019aux Etats-Unis ou en Europe.Après les premières percées des années 1980 et 1990, leur proportion a atteint 20 ou 30% (parfois moins), mais stagne le plus souvent depuis.Pourtant, durant la même période, les femmes ont connu des avancées très significatives en médecine et en sciences, ainsi qu\u2019en sciences sociales et humaines.La situation en philosophie paraît une sorte d\u2019anomalie et ne s\u2019explique pas facilement.Les obstacles externes que les femmes connaissent bien (rareté des modèles féminins, misogynie rampante, discrimination sournoise) ainsi que les mesures prises pour atteindre plus d\u2019équité dans l\u2019emploi (comité d\u2019équité, discrimination positive) se rencontrent en effet dans les autres secteurs et ne rendent pas compte du «plafond de verre» particulier qui semble exister en philosophie.Se pourrait-il que le caractère peu attrayant et peu hospitalier du milieu tienne à des caractéristiques internes à la discipline, à la manière dont elle construit son discours et rapporte son histoire?C\u2019est l\u2019hypothèse «On observe, au fond, que beaucoup d\u2019entre elles restent à mi-route du devenir-philosophe : quelque chose dans l\u2019entreprise philosophique les rebute et barre leur identification» qu\u2019explore la philosophe féministe française Michèle Le Dœuff (1948 -) dans trois ouvrages marquants: Recherches sur l\u2019imaginaire philosophique (1980), L\u2019étude et le rouet (1989), Le sexe du savoir (1998).La philosophe féministe française Michèle Le Dœuff dernes (Mary Wollstonecraft, Harriet Taylor), période qui à ses débuts a davantage renforcé l\u2019exclusion, venant ainsi justifier la domination masculine dans les hautes sphères de la pensée humaine.Mais leur vie et leurs œuvres sont le plus souvent oubliées par l\u2019histoire de la philosophie, ce que reproduit encore aujourd\u2019hui leur absence dans la plupart des contenus de cours et des programmes d\u2019études.Pourquoi cette relégation aux marges de l\u2019histoire et du savoir?L\u2019idée répandue depuis Aristote veut que les femmes aient moins de «raison»: la raison serait donc l\u2019obstacle à l\u2019entrée en philosophie, ou conduirait à une dés-identification des femmes avec la discipline.Cette idée est reprise de nos jours par certaines féministes de la différence, selon lesquelles la raison elle-même serait d\u2019essence masculine.Ce n\u2019est pas l\u2019avis de Michèle Le Dœuff, qui critique la «duplicité philosophique qu\u2019il y a à faire passer la raison fétiche pour de la rationalité» et ainsi à jeter le bébé avec l\u2019eau du bain.Elle conclut: «Je ne me suis donc jamais brouillée avec la rationalité philosophique.Avec son irrationalité, c\u2019est autre chose.Plus précisément, il me semble que la philosophie ne relève pas d\u2019une \u201crationalité\u201d proprement \u201cmasculine\u201d, mais qu\u2019elle induit souvent un imaginaire misogyne, en essayant d\u2019être plus qu\u2019elle n\u2019est, en essayant de faire fonctionner la rationalisation au-delà de ses possibilités» {Imaginaire, p.134).Cette recherche de l\u2019irrationalité dans le domaine de la pensée constitue le cœur de son entreprise.Raison et rationalités Michèle Le Dœuff rappelle d\u2019abord que la philosophie n\u2019a représenté, dans l\u2019histoire humaine, que les questionnements existentiels d\u2019une minorité: «Philosopher n\u2019a concerné, jusqu\u2019aujourd\u2019hui compris, qu\u2019une frange fort minime t.I d\u2019une classe elle-même minoritaire.La ségrégation sexiste paraît peu de chose face à l\u2019exclusion massive qui fait que le philosophique est resté l\u2019apanage d\u2019une poignée de doctes» {Imaginaire philosophique, p.135).Des femmes se sont tout de même autorisé à philosopher (Diotime, Hypathie, Christine de Pisan, Gabrielle Suchon), jusque dans les temps mo- i W U ILLUSTRATIONS TIFFET L\u2019imaginaire philosophique Le Dœuff cherche à «montrer qu\u2019il existe, dans la philosophie, un imaginaire, qui n\u2019est pas importé d\u2019ailleurs, qui lui est spécifique et qui pose les conditions de ce qui s\u2019y construit comme philosophie» {L\u2019étude et le rouet, p.34).Que ce soit l\u2019image de Î\u2019île dans les utopies de Platon à More, la fable du bon sauvage au Siècle des lumières ou le mythe de l\u2019incapacité théorique des femmes, voilà qui est constitutif de la discipline à travers les siècles: «C\u2019estprécisément quand les philosophes entreprennent de fonder théoriquement la valeur de leur propre ef fort qu\u2019ils se mettent à dériver vers le mythe.» Cela tient en partie à la volonté de défier la fragilité inhérente de l\u2019entreprise philosophique: «L\u2019impuissance de la spéculation philosophique, la fragilité de toute construction métaphysique, la faille, la déchirure qui travaillent tout système du monde ne sont pas radicalement inconnus du philosophe.La référence à la femme (ou à tout autre sujet \u201cinapte\u201d à la philosophie) permet de méconnaître cette împuîssance» {Imagînaîre, p.148).La philosophie comprise comme pensée autosuffisante a ainsi toujours besoin de se fabriquer un Autre pour s\u2019assurer d\u2019elle-même.Dès l\u2019instant où l\u2019on sort de la dualité instaurée entre le philosophique et son autre, «dès qu\u2019on retrouve une pluralîté dans l\u2019orîgîne, la maîtrise de l\u2019autre s\u2019efface», af firme Le Dœuff Il y a là un plaidoyer pour la diversité et l\u2019ouverture au monde de l\u2019histoire devenu fréquent aujourd\u2019hui, mais qui a un poids énorme lorsqu\u2019il est question d\u2019approcher, d\u2019habiter et de se développer dans l\u2019univers de la pensée philosophique : «Pour l\u2019apprenti philosophe, îl y a des Images classiques, des Images dans lesquelles îl apprend la philosophie, parce que le désir s\u2019y structure en désir de philosopher.» Pour l\u2019apprentie philosophe, rencontrer le « système de défense » de la tradition paraîtra rebutant.Comment s\u2019étonner alors que beaucoup de femmes rejettent la philosophie, n\u2019y trouvent pas leur place, s\u2019y sentent peut-être Inconsciemment trahies ?Alors que cette discipline pourrait être la plus sûre alliée pour déconstruire les Inégalités, les stéréotypes et les Idées préconçues dont elles sont victimes, elle s\u2019avère paradoxalement une discipline qui charrie elle-même ces présupposés sexistes.Masculinisme théorique Il y a donc lieu d\u2019interroger les mythes ou les Images réglant les rapports entre Intel-lectuallté et sexualité, entre sexe et ordre des savoirs.Ce que Le Dœuff a dans sa ligne de mire, en somme, est cette espèce de «phllosophlsme» consistant à défendre une Idée et une pratique de la raison marquées au coin de l\u2019hégémonie, ce qu\u2019elle appelle un «mas-cullnlsme théorique» {Etude, p.151) ou un «antl-fémlnlsme philosophique».Dans l\u2019histoire de la philosophie, expllque-t-elle, on retrouve cela sous la forme du «complexe d\u2019Héloïse»: n\u2019ayant pas accès aux établissements d\u2019enseignement, quelques femmes ont pu acquérir une connaissance en philosophie par la fréquentation amoureuse d\u2019un philosophe (l\u2019Héloïse d\u2019Abélard en est le paradigme).Pour Le Dœuff, 11 y a des limites évidentes à une telle fusion : «Seul un rapport Institutionnel, trouvant place et sens dans un cadre réglé, peut éviter l\u2019hypertrophie du rapport personnel entre maître et élève.» SI les apprentis philosophes de sexe masculin ont pu aussi vénérer un maître pour leur ouvrir tout le monde du savoir, ces femmes philosophantes ont souvent été davantage rivées en une relation duelle avec la seule pensée de leur maître.Or, comme le note encore Le Dœuff, «être définitivement inféodé à une pensée particulière t.I paraît la négation même de l\u2019entreprise philosophique» {Imaginaire, p.141-142Ç «Cette affirmation de supériorité liée à des métaphores viriles, transparaît assez constamment dans les oeuvres de la tradition philosophique; c\u2019est elle, je crois, qui finit par éloigner les femmes de la tradition en question, si intéressées soient-elles par les méthodes critiques que la philosophie enseigne.On observe, au fond, que beaucoup d\u2019entre elles restent à mi-route du devenir-philosophe : quelque chose dans l\u2019entreprise philosophique les rebute et^barre leur identification » {Étude, p.88-89).Aujourd\u2019hui, 11 est heureusement plus fréquent de penser la rationalité autrement que sur le mode de l\u2019hégémonie ou de l\u2019ego-phllosophle, mais le poids de cette tradition subsiste Institutionnellement, rendant malaisé le désir de philosopher une vie durant si on est femme.L\u2019entreprise d\u2019éluclda-tlon critique de Le Dœuff, en FRANSISKA JEAN\tFED RO RUIZ LE D EVO IR La docteure en philosophie Rhéa Jean et le professeur à TUniversité de Sherbrooke André Duhamel s\u2019attachant au « masculinisme théorique » de la pensée philosophique, permet d\u2019avoir emprise sur lui et de le dépasser, retrouvant ainsi funiversalisme qui est pour elle au cœur du féminisme contemporain, et qui pour cette raison concerne aussi les hommes.r Epistémologie de l\u2019espérance Que penser de cette critique féministe ?Suffit-elle à expliquer le phénomène de sous-re-présentation des femmes en philosophie ?Certes, Le Dœuff écrivait en Erance il y a 25 ans, et le piédestal qu\u2019on offrait aux «grands penseurs» dans l\u2019Hexagone a sans doute perdu de sa hauteur.De plus, la philosophie revêt moins maintenant la figure «classique» qu\u2019elle critique: elle s\u2019est spécialisée et professionnalisée depuis; elle accueille davantage la collaboration interdisciplinaire et s\u2019engage plus volontiers dans des enquêtes particulières ou appliquées, plutôt que dans les systèmes et les fondements.L\u2019imaginaire philosophique qu\u2019elle dissèque est-il pour autant chose du passé ?Selon nous, il importe toujours de continuer à «voir, non qu\u2019il y a une marque du sexe dans le sujet pensant, mais, et c\u2019est plus fort, que tout sujet est pris dans un réseau imaginaire de représentations de soi, d\u2019autorisations et d\u2019inhibitions, plus prépondérants que les conditions seulement intellectuelles de la pensée» {Le sexe du savoir, p.226).Par exemple, l\u2019humilité est de rigueur en philosophie, mais pour les femmes.pèse en plus l\u2019humilité liée au genre.On peut cependant voir cela comme un défi stimulant pour remettre en question cet imaginaire ou les interprétations androcentrées des concepts et conduire une réflexion éthique sur les situations vécues par nombre de femmes, comme l\u2019ont fait Simone de Beauvoir en Erance ou, plus récemment, Susan Moller Qkin et Carole Pate-man aux États-Unis.Le Dœuff place son «espoir de trouver une forme nouvelle de philosopher, une forme qui ne soit pas, comme tant d\u2019autres, hégémonique» {Étude, p.18).Une rationalité considérée comme mouvement et non centrée sur un sujet autarcique constitue ce qu\u2019elle nomme une «rationalité en commun», une «méthode de rationalité faible ou limitée» mettant l\u2019accent sur une «intersubjectivité inquiète» et «la puissance d\u2019être dans le manque à penser».Peut-être est-ce ce qu\u2019on retrouve au Québec dans les regroupements d\u2019étudiantes comme Pillosophie à rUCJAM ou SoPépum à l\u2019Université de Montréal, de même que dans le projet d\u2019une Société des femmes en philosophie du Québec : l\u2019intérêt pour l\u2019apport des femmes à l\u2019histoire de la pensée et la joie de penser par soi-même.Des commentaires ?Écrivez à Antoine Robitaille: arobi-taille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire: www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo "]
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