Le devoir, 7 mars 2015, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 MARS 2015 h GRACIEUSETE DE MARGALO GRANT WHYTE Portrait de groupe en journalistes Une polybiographie retrace le voyage de presse à Saint-Louis de seize pionnières du journalisme canadien et québécois STEPHANE BAILLARGEON Le monstre, c\u2019est celui que l\u2019on montre, et il n\u2019y a pas de meilleur endroit pour l\u2019exhiber qu\u2019une exposition universelle.Celle de Saint-Louis en 1904 marque le centenaire de l\u2019achat de la Louisiane, la plus avantageuse transaction foncière de l\u2019histoire du monde.La république américaine naissante a payé à la France 3 cents l\u2019acre les deux millions de kilomètres carrés, soit 15 millions de dollars au total.Le prix d\u2019un penthouse à New York, aujourd\u2019hui, pour le cinquième du pays.Parmi les freaks du show de la capitale çlu Missouri, se trouve alors Edouard Beaupré, aîné d\u2019une famille canadienne-française comptant 20 enfants.Il mesure huit pieds et trois pouces et traîne 375 livres.Les cirques l\u2019exhibent depuis son adolescence.Le géant Beaupré peut soulever un cheval.En 1901, le journal La Presse a commandité un combat l\u2019ayant opposé à Louis Cyr au parc d\u2019attractions Sohmer, près du Vieux-Montréal.L\u2019homme-ours a cloué l\u2019homme-girafe en trois minutes.Saint-Louis le terrasse pour de bon.Le géant meurt deux jours après son arrivée à l\u2019Expo.Les seize journalistes canadiennes, dont une moitié de francophones, toutes déléguées pour couvrir le rassemblement universel, n\u2019ont même pas pu le voir.La sororité a par contre pu contempler les incubateurs pour nouveau-nés avec de vrais d,e vrais enfants prématurés.A l\u2019époque, un nourrisson sur quatre meurt avant son premier anniversaire.Des petits monstres qui pourront devenir grands.«Les femmes furent ainsi confrontées à toutes formes d\u2019humanité \u2014 et d\u2019inhumanité \u2014 ainsi qu\u2019à leurs préjugés et autres idées reçues, écrit ELLES ETAIENT SEIZE Linda Kay dans Elles étaient seize.[.] L\u2019Exposition de Saint-Louis illustrait la grande confusion des Occidentaux en matière de race.Alors que les organisateurs refusaient de reconnaître leurs pleins droits de citoyen aux Noirs américains, ils présentaient avec fierté plusieurs cultures aborigènes.On retrouvait au Pike [le site de l\u2019Expo] des Patagons d\u2019Amérique du Sud, des Aïnous du Japon, des Pygmées d\u2019Afrique, des Indiens Cocopas du Nord du Mexique.Le guerrier apache Gero-nimo était parmi les plus populaires attractions du Pike.Trônant sur une bûche, il vendait son autographe pour dix cents.» Des pionnières Le passionnant ouvrage défricheur, tout juste traduit, raconte la genèse, le déroulement et les conséquences du voyage de presse historique, pourtant complète- ment oublié des «premières femmes journalistes au Canada», comme l\u2019indique le sous-titre.La professeure Kay a fouillé les archives publiques et privées pour reconstruire le périple d\u2019une dizaine de jours qui a mené à la fondation du Canadian Women\u2019s Press Club, premier du genre au pays.Club qui s\u2019est sabordé en 2004.L\u2019auteure Linda Kay a elle-même été une pionnière notable, comme première femme reporter à la section des sports du Chicago Tribune, dans les années 1980.La néo-Québécoise enseigne maintenant son métier à l\u2019Université Concordia.«Je donnais un cours de journalisme sur les genres et fai découvert qu\u2019une femme de Montréal couvrait le sport pour le Globe & Mail dans les années 1930, explique-t-elle au Devoir.J\u2019étais très étonnée.Alors, fai décidé de m\u2019intéresser à ce phénomène des femmes complètement oubliées de l\u2019histoire.Je suis remontée dans le temps et VOIR PAGE F 3 : PIONNIÈRES GALLMEISTER Craig Johnson TOUS LES DÉMONS SONT ICI CrAi(ç Johnson La passion de Craig Johnson MICHEL BÉLAIR à Avignon Le Stetson se fait plutôt rare entre la place de l\u2019Horloge et le Palais des papes, mais Craig Johnson le porte fièrement.D\u2019autant que le fond de l\u2019air est frais depuis qu\u2019il a amorcé sa tournée dans le sud de la France.C\u2019est son 16® voyage déjà et il est accueilli ici comme une sorte de monument partout où il passe.Intense, direct, authentique jusque dans ses très rares hésitations, il a pris le temps, entre des rencontres à Cavaillon etTarascon, de parler au Devoir de son plus récent livre.Tous les démons sont ici, qui sort au Québec mercredi prochain.et surtout de sa grande passion : l\u2019écriture.Respirer «J\u2019ai retardé le moment de me mettre à écrire jusqu\u2019à il y a un peu plus d\u2019une dizaine d\u2019années.J\u2019ai toujours voulu écrire, mais il y avait la vie à vivre et ce n\u2019est que lorsque mon ranch a été solidement établi que je m\u2019y suis mis.» Il écrit d\u2019abord en s\u2019inspirant de l\u2019actualité, mais aussi de l\u2019impact que celle-ci aurait sur ses personnages s\u2019ils étaient vivants.Bien campés dans les paysages à la fois somptueux et désertiques des hautes vallées du Wyoming, c\u2019est eux et leur profonde authenticité qui font le succès de ses livres, qui se retrouvent tout aussi souvent sur la liste du New York Times Review of Books que sur celle des grands magazines littéraires français.«Ecrire, pour moi, poursuit-il, c\u2019est comme respirer; je n\u2019ai jamais connu l\u2019angoisse de la page blanche.Au contraire: embarquer dans un livre, c\u2019est se lancer dans un voyage, explorer un territoire inconnu encore [«a journey to a place you\u2019ve never been »].Une fois que fai trouvé mon sujet, je me donne un maximum d\u2019un an pour effectuer ma recherche; pour ce nouvel épisode, par exemple, fai lu tout ce que fai pu trouver sur L\u2019enfer de Dante pour bien m\u2019en imprégner.Puis, lorsque je ne peux plus me retenir de mordre dans ma nouvelle histoire, je plonge.et je ne ressors que lorsque fai terminé le premier jet, trois ou quatre mois plus tard.» «Au départ, je me demande toujours comment mes personnages récurrents et surtout Walt [Longmire, le shérif au centre de toutes ses histoires] vont réagir devant l\u2019histoire terrible que fai prise dans l\u2019actualité et que j\u2019ai choisi de transposer au Wyoming, dans mes montagnes.Ce sont toujours des sujets universels; des histoires d\u2019amour, de vengeance ou de cupidité dans lesquelles s\u2019affrontent le bien et le mal.Des sujets extrêmes incarnés dans un paysage tout aussi extrême où la nature apparaît comme l\u2019ul-tîme frontière avec laquelle îl faut négocier sa vîe.» Craig Johnson est de ceux qui écrivent à partir d\u2019un plan.«Je sais toujours en gros ce quî va arriver.maïs je me laisse toute la place pour Improviser, tout l\u2019espace pour explorer les chemins de traverse qui se présentent.Cela me permet, par exemple, de me montrer plus empathique face aux \u201cméchants\u201d [«empathy for the devils»], de mieux les comprendre et de les rendre plus vrais.C\u2019est là, souvent, que se trouvent les plus belles surprises, et c\u2019est cela aussi qui fait le r^hme, la respiration profonde [«pacing»] du texte.J\u2019écris avec énergie.Avec enthousiasme.Et je me sers de tout ce que fal vécu dans mes \u201cautres vies\u201d.» «J\u2019écris avec énergie.Avec enthousiasme.Et je me sers de tout ce que j\u2019ai vécu dans mes \u201cautres vies n Il lit avec les chevaux.Il raconte vivre le temps passé entre l\u2019écriture intensive et le travail sur le ranch comme un équilibre parfait.Un sourire au coin des lèvres, il dit lire parfois des passages entiers de ses manuscrits à ses chevaux, accoudé à la clôture du corral situé entre les rivières Clear Creek et Pi-ney Creek, au milieu d\u2019un nulle part grandiose.«Je ne suis pas très CSI [Les experts], vous savez.J\u2019aime les contacts authentiques, les paysages VOIR PAGE F 5 : AUTHENTICITÉ La vieillesse, la perte et le deuil de la mère vus par Patrick Nicol Page F 3 L\u2019autre en soi: l\u2019identité réside-t-elle dans le corps?Page F 6 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE MARS 2015 LIVRES La Vitrine Diane Vincent Peaux de soie POLAR PEAUX DE SOIE Diane Vincent Triptyque Montréal, 2015, 278 pages Josette Marchand est massothérapeute de son état, mais la voilà soudain mêlée aux intrigues du monde de la mode et de la haute couture lorsqu\u2019une top modèle réputée vient recevoir un massage chez elle.Ses liens avec l\u2019étrange Irène Wat s\u2019approfondissent.jusqu\u2019à ce qu\u2019elle soit assassinée avec son mari couturier après la présentation de sa nouvelle collection.Ça semble un peu convenu, même « trop arrangé », mais cette histoire tordue explose au contraire en une aventure pleine de rebondissements où il est question de nouvelles technologies, de pédophilie et de trafic d\u2019enfants.On découvrira ici des personnages solides, autonomes, comme Josette bien sûr, mais aussi comme son ami enquêteur, Vincent Bastianello, des Crimes majeurs du SPVM, qui mènera officiellement la triple enquête.Tout cela est raconté dans un style étonnant s\u2019appuyant sur une grande culture et une écriture extrêmement vivante, riche et pertinente.Mais la surprise est encore plus grande quand on découvre que cette histoire complexe et fort bien menée de Diane Vincent \u2014 qui est aussi journaliste et essayiste à ses heures \u2014 n\u2019est que la plus récente des ayentures de Josette Marchand, et que trois autres polars {Epidermes, Peaux de chagrin etPwazon, tous publiés chez Trjqjtique) la précèdent.C\u2019est rare, mais il y a parfois des avantages au fait de tomber des nues.Michel Bélair Marjorie Pedneault LE QUÉBÉCOIS NOMBRILISME ESSAI LE NOMBRILISME QUEBECOIS Marjorie Pedneault Editions de la Erancophonie Lévis, 2014, 116 pages Saguenéenne d\u2019origine et Acadienne d\u2019adoption, la journaliste et traductrice Marjorie Pedneault dénonce, dans ce «cri du cœur», «l\u2019indifférence et la méconnaissance du Québec à propos de tout ce qui est canadien-français».Les six millions de Québécois francophones et le million de francophones du reste du Canada ne se parlent presque plus, ne se connaissent plus.Pourtant, ils auraient tout avantage à collaborer.Cet éloignement s\u2019explique par des intérêts politiques divergents, que Pedneault résume malheureusement de façon simpliste.On sera toutefois d\u2019accord avec elle pour dire qu\u2019une réconciliation, dans le respect des intérêts de chacune des communautés, serait souhaitable, et pour noter que Radio-Canada sert mal les Canadiens français, obligés d\u2019écouter CBC pour entendre parler de leurs régions.N\u2019oublions pas, enfin, que Le Devoir a des lecteurs au Canada français.Louis Cornellier SEITI'MBKi; ROMAN SEPTEMBRE Jean Mattern Gallimard Paris, 2015, 135 pages Dans ce court roman, l\u2019écrivain Jean Mattern revient sur l\u2019attentat commis aux Jeux olympiques de Munich, en 1972, qui se solda par la mort de tous les otages, 11 athlètes juifs enlevés dans le village oljunpique, et des kidnappeurs palestiniens.11 reconstitue le déroulement des faits, qu\u2019on a déjà oubliés, et l\u2019ipipréparation des forces policières allemandes à l\u2019époque.À cela, il mêle une histoire d\u2019amour entre deux journalistes, dont, à vrai dire, on pourrait se passer.Roman mince, donc, et en cela décevant, mais qui nous fait mesurer combien ces faits choquants se sont hélas banalisés et quelles réponses désormais les Etats donnent à de tels actes insensés.On y comprend aussi que les adversaires et les causes ont changé.Guylaine Massoutre olivieri Ldmirie Bistro Au cceur de la littérature Jeudi 12 mars 2015 19 h 00 PRX ittéraire COLLÉGIENS Une présentation du CRILCQ avec le soutien du Conseil des arts du Canada Entrée libre Réservation obligatoire R SVP : 514 739-3639 Bistro : 514 739-3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Rencontre avec les écrivains finalistes du Prix littéraire DES COLLÉGIENS Ce prix est décerné par un jury d\u2019étudiants provenant des différents collèges et cégeps du Québec et récompense une œuvre de fiction québécoise.Avec Jean-Paul Beaumier Fais pas cette tête (Druide) Michael Delisie Le feu de mon père (Boréal) Catherine Mavrikakis La ballade d'Ali-Baba (Héliotrope) Andrée A.Michaud Bondrée (Québec Amérique) Larry Tremblay L'orangeraie (Alto) Animateur Bruno Lemieux PLAN DE LAVILIl- m.TARIS.Son CJSfUfV (VnntiM/ltVC ,fiWJ CHyt/il.l: W Jan rj^7, VJ.iû/t ijes tijvi /ifirpjlcvi?iv Ariurh«\u2019>! ?uvrrrr^.itiv i\u2019rai'cx ^'crl>Aux lie Cüinpliv ruhitây f\u2019 IlF.SCRIPTTCfN.HfLlPf.yll\u2019GUSTE arrit r
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