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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-04-11, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2015 MEDIATHEQUE LITTERAIRE GAETAN DOSTIE TRENTE ANS PLUS TARD Le docteur enviait la folie de Claude Gauvreau, son contraire et son double MICHEL LAPIERRE Pour le 30® anniversaire de la mort de Jacques Perron, survenue le 22 avril 1985, la réédition de son recueil d\u2019essais Du fond de mon arrière-cuisine tombe à point.On y trouve une profonde réflexion sur lui-même et sur un confrère poète, Claude Gauvreau, à la fois son contraire et son double.Ce qui permet à l\u2019écrivain de résumer sa démarche créatrice et de s\u2019interroger sur l\u2019enfantement douloureux de la littérature québécoise à la lumière de la folie et de la mort.Conteur souvent facétieux, fondateur, dès 1963, du Parti Rhinocéros voué à la raillerie de l\u2019électoralisme et de l\u2019infériorisation politique du Québec par Ottawa, Perron apparaît ici sous son jour le plus grave, le plus intime, le plus révélateur.Publié à l\u2019origine en 1973, le livre, présenté maintenant par le critique Patrick Poirier, renaît grâce au travaîl mînutîeux de Pîerre Cantin, assîsté de Luc Gauvreau, deux chercheurs quî, depuîs tant d\u2019années, ont faît énormément pour faîre connaître l\u2019homme et l\u2019œuvre.Le livre est dédié à Pierre Valllères, qui.Indigné, se demanda, le 5 mars 1973 dans Le Devoir, si Perron ne devenait pas «un visionnaire d\u2019arrière-cuisine » pour avoir consacré des «historiettes» à la Crise d\u2019octobre de 1970.La reprise de l\u2019expression « arrlère-cul-slne» par Perron se veut plus qu\u2019une taquinerie.Pn fait, elle cache beaucoup d\u2019estime pour Valllères, car îe recueil d\u2019essais, loin d\u2019être une réponse au polémiste révolutionnaire.est une méditation littéraire sur le destin du Québec qu\u2019un père offrirait à son fils.Dans le dernier texte du livre, Les salicaires, confession qui éclaire toute son écriture.Perron rend hommage à ces plantes herbacées à fleurs qui, si simples et si répandues, poussent près de l\u2019eau.Plies reflètent la pensée terrienne du créateur qui s\u2019adresse à lui-même : « Vous écrivez en langue commune, à même la sagesse des nations, sans inventer un seul mot, sans rien risquer, tel un scribe, tel un notaire.» La langue qui permet d\u2019être d\u2019un pays Tout opposait Perron à Claude Gauvreau, l\u2019écrivain qui, avec entre autres l\u2019explo-réen, a tenté de réinventer la langue en poésie, au théâtre et même dans le roman pour que le Québec pût enfin se libérer des conventions qui l\u2019étouffaient.Les dieux du novateur, Lautréamont, Breton, Artaud, n\u2019étaient pas ceux du «scribe», dont la seule audace consistait à préférer désormais la modernité d\u2019Apollinaire au néoclassicisme de Valéry, sans oublier que sa première inspiration restait la littérature orale québécoise.Gauvreau ne comprend pas, souligne Perron, que «la langue, greffe d\u2019un sens commun dans le cerveau de chacun », permet, par la communication, «d\u2019être d\u2019un pays, de faire partie d\u2019un peuple».Malgré cette inintelligence qui le sépare de lui, il envie son entêtement à « devenir prophète », son refus de gagner sa vie afin de n\u2019exister que pour l\u2019art, sa VOIR PAGE F 4 : EERRON ¦ - \"Cl?Dire sans concession l\u2019âpreté du Grand Nord Page F 2 Guerre fratricide à gauche Page F 6 ROMAN FRANÇAIS Une équipée burlesque en Amérique De Rabelais à Jarry, de Duchamp à Fournel, de Perec à Roubaud, entre Queneau, lourde et Bartelt, il y a Yak Rivais.Auteur pour la jeunesse né en 1939 et animateur d\u2019ateliers d\u2019écriture, ce pataphysi-cien aime la rigolade et la langue vive.On réédite son plus gros roman, à l\u2019humour intact.GUYLAINE MASSOUTRE En 1967, il publiait un roman truculent, Les aventures du général Francoquin, agité de personnages loufoques: le héros se nomme Joaquin Alvarez Pelipe dom Pranquin, dit Prancoquin.Particularité de l\u2019ouvrage, il repose sur des dialogues qui se déploient avec l\u2019esprit de l\u2019escalier: phrases-chocs, réparties de comédie, jeux de langue, écriture scénique.Dans un territoire accidenté par la conquête, rien n\u2019arrête ni n\u2019étonne les personnages, qui discutent âprement tout au long de leur parcours.Rivais a publié des dessins humo-risjiques et des histoires drôles à L\u2019École des loisirs, à l\u2019instar de Claude Ponti, ainsi que dans Fluide glacial, Spirou et L\u2019Almanach Ver-mot.Dans ses Fables impertinentes (Retz), il a récrit soixante fables de Éa Pontaine, en se donnant autant de consignes d\u2019écriture.11 a adapté Gargantua pour les enfants et est l\u2019auteur A\u2019Une épée pour Gildas Lar-zac (Polygraphe), roman de cape et d\u2019épée pour adolescents.Cet enseignant a une autre carrière.VOIR PAGE F 5 : BURLESQUE C-jfC LOF ViS VAWmiUB.'imji m YAK RIVAIS RaDio-canaDa et leSoleil présentent ÉALONINi Ville de DU LIVRE DE Québec l\u2019acceng d'Amérique lyiusée- national des beaux-arts du Québec ' Québec ¦ B OMmerique MI ES ES ibSkB Quebec es es CENPRT-DES CONGRÈS DE QUÉBEC¦ 1^1 Canadian Patrimoine Heritage canadien Conseil des Arts Canada Council du Canada\tfor the Arts Of MARQUIS Desjardins O la francophonie F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2015 LIVRES POÉSIE Le cœur au bord des larmes Jean Royer ne se console pas de la perte de l\u2019être aimé HUGUES CORRIVEAU TU n\u2019avais rien de plus / que les autres à donner, // que ce poème / de désespoir, // que la question / de la révolte // dans le langage / de Vamour».Ainsi va le chant des poèmes, la mesure exacte de ce nouveau recueil de Jean Royer, Avant Vautre nuit, tout à l\u2019écoute de son affliction, devant le creux laissé par l\u2019en-al-lée.Les grands signes qui habitent ces mots, forcément d\u2019une tendresse infinie, sont « mémoire » et « songe ».Devant le désastre de ce monde désaffecté, la douleur de l\u2019absence se fait aiguë, se prononce du bout des lèvres, tel un chant lancinant qui prend la peine recluse pour donner vie au chagrin.Le texte interroge alors l\u2019intensité de l\u2019âme, la crainte qu\u2019elle puisse être déshabitée.Ses textes donnent à penser que la vie précarisée ne tient plus qu\u2019à cette mémoire qui réactualise la présence amoureuse.«Inespérable» «Ne sommes-nous qu\u2019un amas de riens changés en mots ?qu\u2019un tas de papiers froissés ?que les passagers des ruines qui encombrent l\u2019horizon ?» Cette tragique question donne la mesure de cet abîme qui s\u2019est ouvert devant la parole qui voudrait surseoir à l\u2019angoisse par la survivance.L\u2019espoir semble tari, le creux qui fouit la vitalité même du poète n\u2019est guère plus que le signe pugnace du passage laissé par la mort dans son rapt.Le poète fore le cœur de sa propre survie pour deviner quelle place est encore pleine de cet amour enfui.Mais il ne s\u2019illusionne pas à ce point devant ce qu\u2019il nomme bellement «L\u2019inespérahle».Cet «inespérable» prend l\u2019avenir avec lui, éclaire et obscurcit, rend lucide et aveugle.Ce futur improbable, sinon impossible, des retrouvailles s\u2019incarne plutôt dans ce qui s\u2019immerge dans l\u2019âme, ce qu\u2019il reste en soi des sentiments partagés, de l\u2019ineffable souvenir.«Dans l\u2019autre nuit / Inconnaissable», l\u2019étincelle de la lumière est si faible que la route devient précaire.Il «apprend à vivre le passage» qui le mène, mots en avant, vers le langage de la désertion.Lui seul préserve encore la survivante pensée de l\u2019autre.Citant Louise Blouin, il ressent au plus profond de lui-même «le silence cousu à notre chair».Ce recueil ne tente en rien de renouveler le langage poétique.Il se tient au centre d\u2019une parole convenue, rehaussée par ce qu\u2019elle dit fort de la perte.En somme, on est devant un acte de vérité qui en rend le propos incontestable.Le sujet s\u2019impose par la force même des sentiments qui le portent.Laissons ainsi la mort se dire le centre vivant d\u2019un amour qui, malgré elle, perdure.Collaborateur Le Devoir AVANT L\u2019AUTRE NUIT Jean Royer Le Noroît Montréal, 2015,112 pages Le poète sera en séance de signatures au Salon du livre de Québec les samedi 11 et dimanche 12 avril.SALON INTERNAXIONAL DU LIVRE DE QUEBEC Activités du « coup de feu » Cy est «le coup de feu» au Salon international du livre de Québec (SILQ) durant les jours forcément plus achalandés du week-end.Rappelons que, cette année, le SILQ propose, au Centre des congrès de Québec, près de 140 animations, la présence de 1200 auteurs et celle de 675 éditeurs.Parmi le lot d\u2019activités, quelques suggestions du Devoir pour ces derniers jours.Samedi 11 avril La bibliothèque idéale des grands lecteurs que sont Bernard Pivot (président d\u2019honneur du Salon), le désormais «immortel» Dany Laferrière et Robert Lalonde.Les livres qui les ont guidés, qui font encore avancer leur pensée.A12 h.Jusqu\u2019où imaginer la liberté?Jusqu\u2019où «dire»?Et quelle place, aussi, pour la violence, pour la haine ?Avec Yanick La-hens, Jean Sioui et un représentant du Pen-Québec, centre qui veut protéger la liberté d\u2019expression et soutenir Jes auteurs aux droits bafoués.A13 h.Confidences d\u2019auteurs jeunesse Discussion, échange, partage d\u2019anecdotes entre Nathalie Choquette, Annie, Groovie et Jacques Goldstyn.A16 h.Est-ce que le glas a sonné pour le journalisme d\u2019enquête?Dans la tourmente d\u2019une grande mutation médiatique, le journalisme de combat et l\u2019enquête traditionnelle sont-ils en voie de disparition?Avec Jacques Keable, Pierre Cayquette et Jean-François Lépine.A17 h.Dimanche 12 avril Rencontre d\u2019auteurs avec Fa-tou Keïta, Emmelie Pophète et Emmanuelle Walters: imaginaires et réalités de la Côte d\u2019Ivoirq, d\u2019Haïti et des Amérindiens.A10 h.Le docteur Alain Vadeboncœur, le journaliste Vincent Marissal et l\u2019historien Laurent Turcot sont réunis pour cejte discussion entre auteurs.A11 h 30.Jusqu\u2019au dimanche 12 avril, 17h.Toute la programmation se retrouve au www.silq.ca.Le Devoir BASHILDY Panik, de Geneviève Drolet, se déroule à Igloolik, une petite communauté inuite du Nunavut près de l\u2019île de Baffin.LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Réchauffement climatique CHRISTIAN DESMEULES Expulsée de son école secondaire de Montréal après une violente altercation suivie d\u2019une fausse couche.Dorothée, 16 ans, quitte la froideur familiale pour atterrir à Igloolik, une petite communauté inuite du Nunavut près de l\u2019île de Baffin.Là-bas, Mike, une sorte de géant roux, un ami de son père dont elle n\u2019avait jamais entendu parler, doit la prendre en charge le temps que les choses se calment.Loin de l\u2019Anus et de la Méduse, surnoms affectueux qu\u2019elle donne à ses parents, elle pourra y terminer son secondaire sous supervision.Mike, que les Inuits appellent Tunik \u2014 mais que l\u2019adolescente «toute cabossée» rebaptisera vite «Yéti» \u2014, transporte lui aussi son lot de secrets sous ses ecchymoses.Sa femme, apprend-elle, serait morte d\u2019ailleurs dans des circonstances nébuleuses.Sa vie semble se limiter à visiter le dépotoir municipal pour améliorer sa cabane pourrie, panser ses plaies et «bosser» l\u2019adolescente dans son français cassé.De façon prévisible, les deux vont aussi lentement s\u2019apprivoiser.Loin d\u2019un père absent et d\u2019une mère sous médication, son nouvel environnement du 69® parallèle ne lui offre pas beaucoup plus de prises auxquelles se raccrocher: « [J] \u2019avais des parents qui stagnaient dans leur vie de vieux ploucs déçus, f avais le Yéti qui, chaque jour, me regardait de la même manière que je regardais mon chien lorsqu\u2019il se léchait les couilles, avec un mélange d\u2019incompréhension, de curiosité et une vague forme de dégoût, j\u2019avais une amie Inuk de dix ans qui n\u2019allait pas à l\u2019école et qui s\u2019occupait de ses trois cadets en allaitant son enfant, probablement issu d\u2019un viol.» Un chaud-froid A l\u2019évidence, la jeune narratrice de Panik \u2014 qui signifie « fille » en inuktitut \u2014 n\u2019a pas la langue dans sa poche, donnant libre cours à son humour cynique et incisif.Alternant avec le récit de Dorothée, des scènes où l\u2019on finit par deviner l\u2019histoire du Yéti, traitée de façon impressionniste, viennent alimenter le léger suspense.Avec ce quatrième roman, Geneviève Drolet, qui est également artiste de cirque, change quelque peu de registre, délaissant les «romans d\u2019amour noir» (comme Sexe chronique et Le reflet de la glace.Coup de tête, 2011 et 2012) pour se frotter à un monde en apparence plus lointain, à l\u2019exotisme glacé mais aussi source de chaleur humaine.Malheureusement, du désarroi de Dorothée après ses mésaventures et son exil forcé, tout comme de celui du Yéti, le lecteur saura peu de choses avant une finale surprise qui le laisse avec un paquet de tripes fumantes entre les mains.Une chute un peu pétaradante, avec laquelle PANIK l\u2019auteure prend le risque de dilapider en trois phrases trois cents pages menées sans trop de fausses notes.On pourra penser à La tempête (Editions XYZ) de Gabriel Anctil: même narrateur adolescent en colère, culminant en une révélation tirée par les cheveux.Dans tous les cas, rien qui n\u2019égale la vérité, la puissance et la finesse de La déesse des mouches à feu (Quartanier) de Geneviève Pettersen.Mais il reste que Geneviève Drolet possède une voix.Une voix avec laquelle elle parvient à rendre vivant, dans un mélange convaincant d\u2019âpreté et de tendresse, funivers cru et sans concession du Grand Nord.Collaborateur Le Devoir PANIK Geneviève Drolet Tête première Montréal, 2015, 316 pages NOUVELLES Ce que peuvent les femmes GENEVIÈVE TREMBLAY Une idée revient incessamment, verbalisée ou non, dans les vingt-six nouvelles de ce recueil combatif: la liberté.Cet objet d\u2019écriture va de soi quand on sait que l\u2019écrivaine et militante Andrée Eerretti, femme résolue s\u2019il en est, a toujours laissé dépasser ses jupons.Du sable dans fengre-nage, à la lire, il en faut \u2014 la contestation est nécessaire.Ce n\u2019est pas pour rien que ses personnages sont ici des «pures et dures», des femmes volontaires qui mènent leurs combats bille en tête.Suivant une formule abécédaire, l\u2019écrivaine met en scène une variété de profils : une immigrante (Béatrice), une enfant (Cécile), une prostituée (Elore), une dame âgée souffrant d\u2019alzheimer (Adèle), une athée (Wanda), une itinérante (Thérèse), une amante adultère (Eve), une poète \u2014 Hélène Pedneault, en l\u2019occurrence, disparue en 2008, dont l\u2019au-teure s\u2019est inspirée pour sa Andrée tcrreUi nouvelle-hommage Hélène, très sentie.Par la force de son caractère en dépit du chaos de sa vie, par sa réponse butée à un choc, un traumatisme ou une ambition, chacune de ces femmes est un élément déclencheur à elle seule.Un nœud, un cœur.Andrée Eer-retti précise tant les pensées, s\u2019attarde tant aux détails, qu\u2019on est ici dans le portrait d\u2019abord, dans la nouvelle ensuite.Ici et là, c\u2019est une évidence, le Québec d\u2019aujourd\u2019hui (et d\u2019hier) affleure, saupoudré en allusions parfois culturelles, souvent politiques.Alors que Quétaine revient à demi-mot sur !\u2019« humiliation» du référendum de 1995, Diane vilipende la «bêtise contemporaine», évoque une «nation assiégée» et appelle au soulèvement.Ces paroles vives, parfois vindicatives, transigent par le regard des femmes.Il y a manifestement, dans cette superposition de fiction et d\u2019opinion voilée, l\u2019objectif de provoquer le changement \u2014 ou de montrer, à tout le moins, qu\u2019il est possible.Pour toutes.Et tous.Violences, fossés Le combat individuel de ces 26 femmes va du désir d\u2019écrire à celui d\u2019éveiller des consciences, du besoin de se réaliser à celui de rétablir un (ou des) équilibre (s).Mais il y en a aussi d\u2019autres, très durs.Des femmes assassinent leur mari, agressent à répétition, se vengent brutalement d\u2019un homme.Des fractures se consument et des fossés se creusent, parfois sans nuances, entre les genres.D\u2019où ce doute persistant: la violence et la vengeance qui émaillent Pures et dures, bien que légitimes à certains égards, ont-elles le pouvoir véritable d\u2019émanciper les femmes ?Une liberté acquise par des actes aussi graves ne réduit-elle pas plutôt la portée d\u2019un combat bien plus large ?Pures et dures, ces femmes le sont certainement.Assumées, aussi.Très peu de nouvelles, pourtant, arrivent à traduire une voix engagée cohérente \u2014 les fluctuations narratives, les idées en vrac, les structures très libres et les fins tragiques, comme des bombes, imposent une lecture au premier degré de la nouvelle et diluent les motifs, voire le fil que suivent les histoires.C\u2019est comme si les mots n\u2019avaient pas réussi à rendre la finesse et la force de ces femmes brillantes, indépendantes, aux idéaux pluriels.Mais leurs voix méritent néanmoins d\u2019être entendues, surtout qu\u2019Andrée Eerretti les a pensées pour refaire le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Le Devoir PURES ET DURES Andrée Eerretti XYZ Montréal, 2015,136 pages \" 3 Geneviève Damas lUistoire d\u2019un rr:itonheur r 'è- « Ça fait penser à Ensemble^ cest tout d\u2019Anna Gavalda.» - Anne Michaud, Radio-Canada En librairie .q C\".a.ir f 43^ RENCONTRE QUÉBÉCOISE INTERNATIONALE DES ÉCRIVAINS L'événement comme (pré)texte ACADEMIE DES LETTRES DU QUÉBEC feu qm dure 16 avril 18 h 00 17\tavril 18\th 00 Conférence inaugurale Maison des écrivains (3492, avenue Laval) Devant ce qui arrive, ou tes Prophéties Hubert Haddad Lecture publique Maison Ludger-Duvernay (82, Sherbrooke O.) Paul de Brancion, Michaël Glück, Hubert Haddad (France), Drazen Katunaric (Croatie), Âlvaro Uribe (Mexique), Hyam Yared (Liban), avec la participation de Thomas Heilman SRE F 0 d I 0| v- Spirale mmamn l L< pao- Dans le cadre de l\u2019événement Un printemps en BD EMMANUEL LEPAGE Itinéraire d\u2019un dessinateur voyageur Rencontre autour de son album La Lune est blanche, Éditions Futuropolis Animation ; Sylvain Cabot LE LUNDI 13 AVRILA 18H30 Librairie Monet Galeries Normandie, 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 Réservations: 514 337-4083 ou evenements@librairiemonet.com M Librairie . LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2015 F 3 LITTERATURE Du début à la fin, de la fin au début Danielle f Laurin Gabriel est perdu : premier roman de Julien Roy, 31 ans, originaire de la Gaspésie, qui passe sa vie entre Québec et Montréal.Rédacteur publicitaire, il est aussi blogueur.Et ça se sent, ça s\u2019entend.Sens de la formule, parfois un peu trop appliquée, forcée.Mais trouvailles surprenantes, métaphores filées.Style hachuré.Langue parlée, souvent brute, râpeuse.Parfois carrément vulgaire à l\u2019intérieur des dialogues.Expressions anglaises dans le lot.C\u2019est le genre de livre qui suscite en nous des tiraillements, des réactions contradictoires.Il arrive qu\u2019on se demande en cours de route pourquoi on continue.Ambivalence.Mais quelque chose nous tient qui nous échappe en même temps.Plusieurs irritants, à première yue, dans Gabriel est perdu.A commencer par les lieux communs, nombreux.Mais les pires clichés concernent sans doute les rapports entre hommes et femmes.Les rapports amoureux, sexuels.Alors que les protagonistes, dans la vingtaine, se veulent justement en marge, différents de la masse, innovateurs à tous points de vue.Commençons par le début.Un gars tout seul, dans un chalet, loin de tout.Il parle pourtant à quelqu\u2019un.Ou plutôt il lui écrit.Dans un carnet.« Te raconter l\u2019irréparable à partir du début, voyager dans le temps juste un moment.On est tous un mensonge qui rêve de prendre vie.Ou de ressusciter.» Plutôt énigmatique.A qui s\u2019adresse-t-il au juste, ce grand désespéré?On ne le saura clairement qu\u2019à la fin du roman, du carnet, même si on finit par s\u2019en douter chemin faisant.Le carnet, l\u2019écriture en train de se faire : ça revient constamment.Et ça devient lassant.Le prétexte de l\u2019écrivain qui se regarde écrire, se regarde penser?Et qui fait des pauses, qui médite en observant la nature qui l\u2019entoure ?Le lac majestueux, la brise fraîche, une pie qui se pose sur la galerie usée.Mais n\u2019est pas Robert Lalonde qui veut.Alternent des épisodes épars du passé.Mais dont on ne sait pas trop à quand ils remontent.Dont on soupçonne, par certains repères, qu\u2019ils appartiennent à des temps différents.Mais persiste une confusion dans la chronologie.Ce qu\u2019on apprend assez tôt: le narrateur du carnet et antihéros du roman, Gabriel, a vécu une rupture amoureuse.Mais quand ?Il y a longtemps ?Et quelle en est la cause?Quelques indices encore une fois, mais ça demeure flottant.Signature Il passe beaucoup de temps, à travers les scènes entrecoupées du passé, à reconstituer ses propres agissements.Sa nonchalance généralisée.Ses comportements d\u2019adolescent attardé, friand de jeux vidéo, de sites pornos, de brosses partagées et de joints échangés avec son meilleur ami dans les parcs le soir venu.\u2018niiillFr- -1'.'^ -'ilj; ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Gabriel est perdu est le premier roman de Julien Roy, 31 ans.Un livre qui suscite en nous des tiraillements, des réactions contradictoires.Tout à coup, ce qui ressemble à un monologue, en italique.On ne sait pas qui parle.A qui.Puis on découvre que c\u2019est signé, comme une déposition.On reconnaît le prénom d\u2019une amie du narrateur.Le procédé va revenir plus tard, sous une autre signature.Ainsi de suite.On finira par comprendre que le narrateur a fait quelque chose de grave, mais quoi?On déboule sans transition sur sa première rencontre avec son amoureuse, celle qu\u2019il a fini par perdre.Ou par laisser?Peu importe.Soudain, c\u2019est le romantisme qui prend le dessus.Il va aller en s\u2019accentuant.On aura droit au premier rapprochement physique : «Face à face.Fannie prend mon visage entre ses mains, je ne sais plus qui tient qui.Collision frontale de lèvres d\u2019été.J\u2019entends le Philharmonique de Berlin jouer Bach, Chopin, Beethoven.J\u2019entends tout.Les deux se transforment en un immense feu d\u2019artifice aux couleurs d\u2019un Picasso.Je suis le premier homme à marcher sur Mars.» Ce n\u2019est qu\u2019un début.On assiste ensuite au premier baiser, et ainsi de suite.«Je la prends contre le mur, sur le comptoir de la salle de bain, sur le plancher du salon, sur le divan, sur le fauteuil en coin, contre un autre mur et, finalement, dans le lit.Tourisme sexuel à la grandeur de l\u2019appartement.Les jeunes tourtereaux voyagent, d\u2019une manière ou d\u2019une autre.» Une boucle Bref, c\u2019est la fusion totale, le nirvana, le gars s\u2019émerveille de tout ce que la fille fait, même les pires niaiseries.On n\u2019est plus seulement dans le romantisme, on est dans le lyrisme.Jusqu\u2019à ce qu\u2019éclatent les premières chicanes de ménage, à coups de vaisselle fracassée.On quitte alors le lyrisme pour le théâtre de boulevard.Puis c\u2019est la rupture.KK Chaque rupture est un enlèvement.Le kidnapping de celui qu\u2019on était.)y Extrait de Gabriel s\u2019est perdu attendue, ou plutôt annoncée, depuis le début.Entre-temps, toutes sortes de considérations sur la société normative, désolante, cul-de-sac, dans laquelle les protagonistes peinent à trouver leur place.Le récit prend alors des allures d\u2019éditorial.Mais remâché.Pour les idées neuves, on GAÎRIEL repassera.Reste que, malgré son côté fourre-tout, ses maladresses, demeure une force soutenue dans le récit.Une logique interne gouverne Gabriel est perdu.Au-delà du travail de sape, de brouillage, de bousillage constant qui agit en surface.Il suffit sans doute de ne pas tout prendre au pied de la lettre.De ne surtout pas confondre l\u2019auteur et le narrateur.Ce narrateur auquel on peine à s\u2019identifier, qu\u2019on a tendance, plus on avance, à prendre en aversion, tant il s\u2019exprime et agit de façon cliché, rédhibitoire.Jusqu\u2019à ce qu\u2019on arrive à la fin du carnet, du roman.Retournement.Tout s\u2019éclaire, ou presque.Il était temps.L\u2019essentiel étant que la fin nous ramène au début.Et au titre même du roman.- Gabriel est perdu.Perdu, dans tous les sens du terme, Gabriel.GABRIEL EST PERDU Julien Roy XYZ Montréal, 2015, 164 pages L\u2019auteur sera en séance de signatures au Salon du livre de Québec le samedi 11 avril.Soirée littéraire Librairie Paulines Mardi 14 avril 19 h 30 Lise Gauvin Parenthèses Lise Cauvin Aventuriers et sédentaires Parcours du roman québéco Animation: Marie-Andrée Lamontagne Contribution suggérée: 5 $ Sylvie Massicotte AVANT D'ÉTEINDRE Les éditions de L'instant même félicitent chaleureusement Sylvie Massicotte, lauréate du Prix Adrienne-Choquette pour son recueil Avant d'éteindre.Sylvie Massicotte sera au Salon international du livre de Qjuébec samedi 11 avril de 14 à 16h et dimanche 12 avril de 13 à 15h Sylvie M AVANT D'ETEINDRE TRADUCTION Partir, trahir CHRISTIAN DESMEULES L> éclatement de l\u2019ex-Yougo-' slavie au début des années 1990 a entraîné son lot de débris et de naufragés.Parmi cette diaspora gavée de violence, d\u2019absurdité, d\u2019exil, un certain nombre d\u2019écrivains d\u2019envergure, surtout d\u2019origine serbe, ont d\u2019ailleurs pris racine au Canada \u2014 pensons seulement à David Albahari et à Vladimir Tasic.Ce n\u2019est pas tout à fait le cas de Josip Novakovich {Poisson d\u2019avril, Boréal, 2014) puisque ce Croatç né en 1956 a immigré aux Etats-Unis à l\u2019âge de vingt ans, c\u2019est-à-dire bien avant l\u2019éruption balkanique, avant de dériver encore un peu plus et de se retrouver à enseigner aujourd\u2019hui la création littéraire à l\u2019Université Concordia, à Montréal.Ce n\u2019est pas son cas, mais les onze nouvelles qui composent Infidélités, son plus récent recueil, sont toutes à leur manière nourries de guerre et d\u2019immigration.Une femme moitié Serbe, moihç Croate vivant aujourd\u2019hui aux Etats-Unis, victime d\u2019une tentative de viol durant la guerre de Yougoslavie, croit avoir reconnu en son nouvel amant bosniaque son agresseur de l\u2019époque {Spleen).L\u2019occasion d\u2019une leçon sur les jeux de l\u2019amour et du hasard: «Tout le monde sait qu\u2019amour et désir ne sont pas synonymes, mais là, je découvrais que haine et désir ne sont pas non plus antonymes.» La confession écrite d\u2019un jeune révolutionnaire boutonneux qui espérait lancer une grenade au passage de l\u2019archiduc Erançois-Eerdi-nand à Sarajevo en 1914, avant que son «ami» Gavrilo Princip ne le devance en sortant son arme.Erustré de son «désir d\u2019écrire l\u2019Histoire» mais pris de remords dans sa prison de Theresienstadt à la pensée des trois petits orphelins impériaux {Le timbre).Cicatrices et trahisons Alors que la Croatie déclare son indépendance, un petit commerçant d\u2019origine serbe coincé entre une invasion de miliciens serbes, des vagues de bombardement et un sentiment permanent de méfiance essaie de garder la tête froide {Voisins).Un soldat bosniaque, qui dit n\u2019être ni orthodoxe, ni catholique, ni musulman, mais bouddhiste, est accusé de trahison parce qu\u2019il n\u2019aurait pas prié le bon dieu : une plongée dans l\u2019absurde de la guerre fratricide et aveugle dans laquelle deux divisions d\u2019une même armée s\u2019entretuent {Grêle).Un écrivain engage la conversation avec une femme dans le métro de New York: «La moitié de ce que j\u2019écris Josip Novakovich puise avec diversité et amplitude dans les guerres, les époques, les émigrants, les cicatrices parle de l\u2019ex-Yougoslavie et l\u2019autre moitié.Je ne sais pas trop de quoi parle l\u2019autre moitié, et je m\u2019en soucie peu» {59^parallèle).Une femme dont le mari est disparu à la guerre est prête à tous les sacrifices pour que son fils puisse échapper à la conscription {Côtes).Josip Novakovich puise avec diversité et amplitude dans les guerres, les époques, les émigrants, les cicatrices.Celles des corps, des âmes ou de l\u2019Histoire.Il traque magistralement les petites ou les grandes trahisons, qu\u2019elles soient intimes ou collectives.Souligne l\u2019absurdité de ces situations et parvient avec beaucoup de doigté à envelopper ses histoires d\u2019un sentiment d\u2019inquiétude.Une finesse psychologique qui se transmet à ses personnages, forgés tout en nuances et en sentiments complexes.Collaborateur Le Devoir INFIDÉLITÉS Histoires de guerre ET DE LUXURE Josip Novakovich Traduit de l\u2019anglais par Hervé Juste Boréal Montréal, 2015, 272 pages t-sJ n aulines Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 CONSEIL I CODEC DES ARTS\t^ DE MONTRÉAL I LiueDüCoi ILmüantmme w\\AAA/.i nstantmeme.com PRIX DE CREATION LITTÉRAIRE 2015 BIBLIOTHÈQUE DE QUÉBEC ET SALON INTERNATIONAL DU LIVRE DE QUÉBEC Leméac Éditeur félicite chaleureusement Natalie Jean, lauréate d\u2019un Prix de création littéraire 2015 décerné par la Bibliothèque de Québec et le Salon international du livre de Québec pour son recueil de nouvelles Le vent dans le dos.« Le vent dans le dos est une œuvre à la fois aérienne et solidement enracinée.Lumineuse et poignante.La vie bat ici et maintenant et c\u2019est son pouis tantôt déii-cat, tantôt puissant que i\u2019on entend sourdre sous la plume de Natalie Jean.» Isabelle Forest Membre du jury des Prix de création littéraire 2015 Société de Uévtlopptment des entreprises\t'ë cuKurelles\t_____a> /-V y I ES ES ?514 524-5558lemeac@lemeac.com\tL^UêDCCESES ® F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2015 LITTERATURE La Vitrine BANDE DESSINÉE RED KETCHUP INTÉGRALE Volume ii Réal Godbout et Pierre Fournier La Pastèque Montréal, 2015, 152 pages Comme le facteur, Red Ketchup frappe toujours deux fois.Preuve en est faite avec ce volume II de l\u2019intégrale de l\u2019œuvre dessinée il y a plus de 30 ans par Réal Godbout et Pierre Fournier, qui rappelle au bon souvenir du présent cet antihéros presque sympathique et le regard mi-loufoque, mi-caustique qu\u2019il a posé sur son époque.Avec Red Ketchup s\u2019est échappé!, Le couteau aztèque et L\u2019oiseau aux sept surfaces \u2014 aventures placées sous cette couverture \u2014, le lecteur va se retrouver dans l\u2019excès \u2014 forcément \u2014, l\u2019abracadabrant et le décousu qui a fait les beaux jours de cette série.On rigole, pas parce que c\u2019est drôle, mais en raison d\u2019enjeux sociaux exposés ou de cadres géopolitiques qui désormais révèlent leur comique par un décalage amusant avec notre ici-maintenant, où Red Ketchup a toujours sa place, oui, mais parmi les meubles du 9® art.Douce ironie pour un hyperactif, d\u2019ailleurs.Les auteurs seront en séance de signatures au Salon du livre de Québec le samedi 11 avril Fabien Deglise POLAR LES TEMPS SAUVAGES lan Manook Albin Michel Paris, 2015, 523 pages À peine remis de ses émotions après avoir fait incarcérer un plein panier de flics ripous, revoici le commissaire Ye-ruldelgger d\u2019Oulan Bator.Ici, tout s\u2019amorce avec une très improbable « sculpture » de glace au milieu de la steppe mongole \u2014 un yak transpercé par une lance tenue par un cavalier sur un cheval, le tout en couches superposées ! \u2014 qui laisse supposer que le bovidé est tombé du ciel.Tout tourne autour de cette incongruité qui amènera le lecteur jusqu\u2019à une lugubre ville russe située tout juste de l\u2019autre côté de la frontière et dominée par la mafia.C\u2019est de là que part la trace d\u2019enfants disparus dispersés ensuite à travers l\u2019Europe jusqu\u2019au Havre, en France, où l\u2019on fera une macabre découverte.C\u2019est en fait une sordide histoire de trafic et de corruption impliquant l\u2019armée et même les services secrets qui tenteront, à tour de rôle, d\u2019éliminer Yeruldelgger en lui faisant porter le chapeau pour un meurtre qu\u2019il n\u2019a évidemment pas commis.En fin de course, on sera encore une fois époustouflé par la façon de raconter d\u2019Ian Manook même si certains se lasseront peut-être de ses tics d\u2019écriture et des quasi-pouvoirs de superhéros de Yeruldelgger.Pour les autres, c\u2019est du bonbon.Et du gros même.Michel Bélair AUTOBIOGRAPHIE La mer n\u2019aura pas le dernier mot La navigatrice Florence Arthaud livre un témoignage posthume émouvant CLAUDE LÉVESQUE Florence Arthaud, celle qu\u2019on a surnommée «la fiancée de l\u2019Atlantique», nous a quittés le 9 mars 2015, victime d\u2019un accident d\u2019hélicoptère survenu pendant le tournage d\u2019une téléréalité dans le nord de l\u2019Argentine.La mer avait déjà failli l\u2019engloutir plusieurs fois, mais elle l\u2019aura épargnée jusqu\u2019à la fin.Jusque-là, « ses étoiles », comme elle le disait, puisqu\u2019une seule n\u2019aurait pas suffi, l\u2019avaient protégée, et le diable n\u2019avait pas voulu d\u2019elle.Cette nuit, la mer est noire, c\u2019est le récit de la nuit d\u2019enfer qu\u2019elle a vécue le 29 octobre 2011, après être tombée de son bateau sans gilet de sauvetage en Méditerranée.On vit là son calvaire avec elle.Le suspense est intense, presque insoutenable.A moins d\u2019avoir suivi les événements à l\u2019époque et d\u2019en connaître le dénouement, le lecteur ne voit vraiment pas comment elle pourra s\u2019en sortir.Comment, en effet?Elle songe d\u2019abord à nager jusqu\u2019aux côtes corses, qu\u2019elle aperçoit au loin, à quinze milles de distance.Au bout d\u2019un long moment, elle se souvient qu\u2019elle a mis son téléphone portable, objet prosaïque mais salutaire, dans sa poche, contrairement à son habitude.Appels à sa mère, à son frère, à une amie, qui alertent les secouristes.Ces derniers finiront par la retrouver grâce à sa lampe frontale.Effronterie du destin, c\u2019est en hélicoptère qu\u2019on vient la repêcher.Mais entre-temps.«Malgré le halo de peur qui m\u2019entoure, je n\u2019en reviens toujours pas.Ma terreur a beau s\u2019amplifier, je ne parviens pas à croire à ce qui m\u2019arrive.Je résiste, je tente de survivre, je ne peux pas me rendre à l\u2019évidence et me résoudre à la mort.Ce n\u2019est pas possible! Je vis ce que les autres marins disparus ont vécu avant moi.» Elle en a connu plusieurs, dont le légendaire Éric Tabarly.«Seule et impuissante» face à son destin, elle s\u2019enfonce dans le silence «comme dans un puits» lorsqu\u2019elle ne trouve aucune possibilité de salut qui soit à sa portée.«Au silence du grand large, au silence de la GERARD JULIEN AGENCE ERANCE PRESSE Cette nuit, la mer est noire, c\u2019est le récit de la nuit d\u2019enfer que Florence Arthaud a vécue le 29 octobre 2011, après être tombée de son bateau sans gilet de sauvetage en Méditerranée.nuit vient se joindre effrayant, insupportable, cauchemardesque, ce silence de l\u2019effroi, il se dresse devant moi tel une muraille infranchissable, un mur glacé qui signifie que je vais mourir», écrit-elle.Chacun des courts chapitres relatant les péripéties du 29 octobre 2011 alterne avec un autre consacré à des événements passés et des souvenirs, dont on devine qu\u2019elle les a ressassés en se battant pour survivre.Si j\u2019étais un homme, je serais.Initiée à la voile dès l\u2019enfance par son père et son frère, c\u2019est dans les années 1970 qu\u2019elle décide d\u2019y consacrer sa vie.En 1976, elle veut participer à une course autour du monde, mais beaucoup de marins pensaient «qu\u2019une femme dans l\u2019équipage perturbe nécessairement les hommes qui ne sont pas de marbre.» «J\u2019opposai à ce jugement une réaction qui engagea toute ma vie.\u201cAllez vous faire foutre\u201d, me suis-je dit.Puisque c\u2019est ainsi, j\u2019irai naviguer toute seule», a-t-elle décidé.Elle participera à la Route du rhum en 1978, terminant 11®.Elle remportera cette célèbre épreuve en 1990.Ayant fait sauter le «verrou» des conventions bourgeoises posé sur sa jeunesse, elle est devenue «une sauvage qu\u2019aucun homme ni aucune loi ne pourraient plus jamais réprimer».L\u2019écriture, belle et limpide, pas trop technique, exprime à chaque phrase la passion de vivre et l\u2019amour de la mer.De la liberté aussi.Comme elle le dit, elle est passée «d\u2019aventure en aventure», dans tous les sens du mot.«Je n\u2019avais pas envie d\u2019une vie rangée.Mais lorsqu\u2019on fait l\u2019éloge de mon courage, je réponds souvent que les filles qui acceptent d\u2019aller toute leur vie à l\u2019usine ou même au bureau sont bien plus courageuses que moi.Moi je n\u2019aurais pu me résoudre à une vie pareille.» Le ton est juste.Florence Arhaud raconte son histoire sans vantardise ni fausse modestie.Pour quelqu\u2019un qui dit détester «le déballage d\u2019intimité et de sentiment», elle en déballe peut-être passablement dans ce récit, mais on lui pardonne volontiers, car il faut bien qu\u2019elle se livre pour définir ce personnage de femme forte et vraiment hors du commun.On a envie de savoir ce qui fait « tiquer» cette navigatrice qui avait déjà chaviré et failli y passer au large de Terre-Neuve en 1992, et qui a éprouvé toutes les difficultés imaginables en s\u2019attaquant à la Route du rhum.Quelques heures après avoir été secourue en ce 29 octobre 2011, elle prend la route \u2014 pas celle du rhum mais bien celle de la Corniche \u2014 puis s\u2019embarque sur un bateau pour aller récupérer son voilier devenu fantôme et le chat qui miaule désespérément à bord.Elle reprend la barre et ramène le Largade II à bon port.Elle accoste à Marseille exactement à l\u2019heure prévue, malgré le « détour» qui, lui, ne l\u2019était pas.Cette nuit, la mer est noire est publié à la maison d\u2019édition que son père avait dirigée dans les années 1970.Le livre est dédié à ce dernier.Cette publication peut paraître hâtive si tôt après le décès de la navigatrice.Mais n\u2019écrit-elle pas, au sujet de sa mésaventure au large de la Corse: «C\u2019estsans doute ce qui m\u2019oblige à témoigner 1.] Depuis la nuit des temps, des millions de femmes ont rêvé la liberté que j\u2019ai vécue.1.] Si par mon exemple elles peuvent se dire \u201coui, moi aussi, je peux exister\u201d, j\u2019aurai réussi ma vie» ?Collaborateur Le Devoir CETTE NUIT, LA MER EST NOIRE Florence Arthaud Arthaud Paris, 2015, 240 pages En librairie le 16 avril FERRON SUITE DE LA PAGE F 1 détermination à ne croire qu\u2019à son génie, à être, bien plus que Paul-Emile Borduas, «l\u2019âme» du mouvement automatiste montréalais.Proche des milieux d\u2019avant-garde sans en être.Perron connaît Gauvreau depuis longtemps lorsque, comme médecin, il côtoie le patient à l\u2019hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu (aujourd\u2019hui l\u2019Institut universitaire en santé mentale de Montréal).Il va jusqu\u2019à communier à sa folie, qu\u2019il admire.Il songe à la dernière image qu\u2019il garde de Gauvreau: le poète, à l\u2019asile, «avec sa cape et son chapeau», se penche «fraternellement sur un simple d\u2019esprit pour mieux l\u2019entendre, par sympathie, peut-être par humilité».Devant ce geste très humain.Perron se demande: «Et si la folie n\u2019était qu\u2019une révolte contre ce qui offense l\u2019humanité ?» D\u2019ailleurs, il expérimente clandestinement sur lui-même un remède antipsychotique, la chlorpromazine, pour partager le sort du fou qui le fascine et chasser les rêves qui l\u2019assaillent.Éblouissant pessimisme Attiré par la mort tragique en 1971, généralement vue comme un suicide, de celui qui devient à ses yeux de plus en plus son double mystérieux, il se reproche d\u2019avoir «oublié qu\u2019on peut mourir en continuant de vivre, se survivant sur terre comme en enfer».Il rappelle que, né en 1921 et donc quatre ans plus vieux que ne l\u2019était Gauvreau, il vient d\u2019avoir 50 ans.Numéro 1 des ventes aux États-Unis Best-sellers dans 25 pays LE r Z LA VIE ET L'EPOQUE DE JÉSUS «La réinterprétation que propose Aslan consiste à oublier tout ce qu\u2019enseigne le catéchisme traditionnel pour laisser surgir sous les mêmes mots un autre texte, profondément corrosif et au contenu politique affirmé.Ce qui le conduit très loin, notamment à faire de l\u2019homme de Nazareth un véritable leader révolutionnaire qui applique un principe implacable: \u201cLe règne de Dieu ne peut être installé sans l\u2019anéantissement des dirigeants en place.\u201d» - Christian Makarian, L'Express, avril 2014 En librairie dès maintenant.Lé jour a J\u2019ai fait carrière dans les lettres, mais sans Jouer le grand Jeu.Mes livres m\u2019importent moins que mes enfants.Extrait de Du fond de mon arrière-cuisine Il s\u2019adresse à lui-même dans un des plus beaux passages de la littérature québécoise : «Désabusé, vous aviez ressenti, avant la mort, avant la nuit, cette fatigue de vivre quand le soleil, encore haut, commençant à peine à s\u2019adoucir, couvait de sa chaleur un bel après-midi de juillet.» Il nous laisse l\u2019imaginer victime, à côté de Gauvreau, d\u2019une littérature et d\u2019un pays québécois incertains, même si, à la différence du poète fou, ce membre «d\u2019une caste sacerdotale », il ne cesse de se dire «amateur», «profanateur».Perron maintient que, legs d\u2019une société d\u2019analphabètes, «notre littérature orale était autrement plus riche que l\u2019autre».Malgré sa vision désespérée de l\u2019avenir de l\u2019écriture québécoise, il reste actuel pour nombre de connaisseurs fervents.Leméac publiera, cet automne, le second tome de sa correspondance avec sa sœur, la romancière Madeleine, et son beau-frère, le juge Robert Cliche.Plus tard, on pourra découvrir son volumineux échange de lettres avec l\u2019écrivain Jean-Marcel Paquette, grâce au travail de Marcel Olscamp.Pourquoi cette passion persistante?C\u2019est que Perron reste ineffaçable, surtout au détour d\u2019une phrase éblouissante dans une historiette ou une simple lettre.L\u2019écrivain évoque «un Québec qui n\u2019a pas d\u2019ailleurs, encore moins d\u2019au-delà, où les Québécois devront disparaître sur place comme on meurt, dans la plus grande confusion, avec les soubresauts et les secousses d\u2019un grand show organisé à leur insu, dont Octobre 1970 n\u2019aura été qu\u2019un lever de rideau académique, froid, bien calculé».Mais, infiniment plus que la catastrophe décrite, c\u2019est la beauté des mots et de la pensée qui fait frémir.La beauté ferronienne devient un espoir.Collaborateur Le Devoir DU FOND DE MON ARRIÈRE-CUISINE Jacques Ferron Édition préparée par Pierre Cantin avec la collaboration de Luc Gauvreau Bibliothèque québécoise Montréal, 2015, 272 pages Peter Gossage et J I Little UNE HISTOIRE.DU QUEBEC Entre tradition et modernité e société de Québécor (v CaMURS DUCmrREC\tHurtubise Un portrait économique et social du Québec, d\u2019hier à aujourd\u2019hui.UNE HISTOIRE DU QUÉBEC Peter Gossage et J.l.Little À PARAÎTRE LE 7 MAI 2015 Egalement disponible en version numérique ?Hurtubise www.editionshuitubise.coin LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2015 F 5 LIVRES Mordecai Richler was here Louis Hamelin ichler, comme le critique britannique Cyril Connolly, croyait que «la véritable fonction de l\u2019écrivain est de produire un chef-d\u2019œuvre».Il dit quelque part qu\u2019un écrivain digne de ce nom doit nourrir l\u2019ambition de produire, au moins une fois dans sa vie, un livre destiné à lui survivre.Gursky est, de tous ses romans, celui où ce flirt avec l\u2019immortalité est le plus évident, le plus abouti.On lui préféré souvent Le monde de Barney (Albin Michel) et c\u2019est peut-être normal.Barney est férocement comique, plus divertissant \u2014 au sens que le grand public accole en général à ce mot \u2014 parce que, entre autres, d\u2019une structure narrative plus simple.Barney est aussi plus sympathique que l\u2019élusif Solomon Gursky et que l\u2019aspirant biographe de ce dernier, Moses Berger, un des plus beaux losers de toute la littérature québécoise, écartelé entre la picole et les rivières à saumon.Barney est facile à aimer.Alors que Gursky, dans son vaste mouvement d\u2019appropriation territoriale et mythique, dans sa reconstruction épique d\u2019une histoire capable de rivaliser avec la version plus officielle et moins inventée qui s\u2019écrivait autrefois avec une majuscule, est tout ce que tout grand roman rêve ultimement d\u2019être: sa propre mythologie, aussi solide qu\u2019un empire.Dans un fol élan de l\u2019imagination, appuyée sur une recherche de moine, Richler fondait la légitimité nordique d\u2019une bande de bootleggers parvenus.La traduction de Solomon Gursky Was Here parue en mars est la première d\u2019une série de cinq nouvelles traductions, en français du Québec, de l\u2019œuvre du célèbre polémiqueur, buveur de Macallan, pilier du Grumpy\u2019s et du bar du Ritz, pourfendeur du Québec tribal et de sa police de la langue, inventeur de l\u2019aimable périphrase «truies reproductrices» pour décrire la mère canadienne-française traditionnelle, et j\u2019en passe.Dans Gursky, les Québécois francophones qui se réveillaient la nuit pour haïr cet exemplaire bouffeur de French pea soup ne trouveront pas grand aliment à leur ressentiment, à moins de retenir comme pièce à charge le passage où «monsieur Bernard» (le magnat de l\u2019alcool calqué sur Sam Bronfman) se moque des filles à marier canadiennes-françaises qui, pour leurs 16 ans, se faisaient arracher les dents avant de recevoir, dit-il, un dentier en cadeau, jugé plus joli.Etrange rite de passage en effet.Et bénis soient les membres du Peuple Élu, dont la circoncision, plus humaine, épargne les filles.Trois fois le « même » livre La «ligne correcte» sur Richler consiste à dire que sa verve satirique n\u2019épargne pas plus les juifs et les wasps que l\u2019ethnie majoritaire.Mais il y a une différence entre se moquer des travers des riches à craquer, comme dans Solomon Gursky, et ressasser les stéréotypes les plus péjoratifs au sujet des nègres blancs.On peut supposer que Richler, comme Conrad Black qui le recruta au National Post, n\u2019aurait pas craché sur la particule noble.Le sir Hyman idéalisé que devient le Solomon du roman ressemble beaucoup à un fantasme réalisé par la littérature.Lorsque Leonard Cohen, sur une scène de la ville la plus férue de chanson anglaise de l\u2019univers, entonne La Manie de Georges Dor, il manifeste une tout autre compréhension de la réalité québécoise.Voici donc, entassés sur ma table, l\u2019édition de poche de Penguin Books, le Gursky français de chez Calmann-Lévy (1992) et la nouvelle version québécoise: pas loin de 1900 pages de bonne prose en tout.Une masse rien de moins qu\u2019intimidante.Au fait, comment critique-t-on une traduction, quand on est un amoureux déclaré de la version originale, je veux dire, et sans se laisser obnubiler par la donnée première, cette espèce d\u2019exil du sens que représente la distance plus ou moins grande de la langue de départ et de l\u2019intention originale ?Impossible, dans le cas d\u2019un projet de ce genre, de ne pas tenir compte d\u2019un des objectifs avoués: «retrouver toute la richesse des allusions de Richler à la réalité canadienne et québécoise», selon le mot de l\u2019éditeur.Qui dit richesse dit comparaison.Devant ce monstre à trois langues, libre à chacun de mettre au point sa méthode.La mienne a consisté en la confrontation des avatars sémantiques et stylistiques de quelques passages préférés.Car le lecteur de Gursky a forcément des passages préférés.Dans son esprit, la cabane de Moses sur les hauteurs du Memphrémagog et le camp de pêche au saumon sur la Restigouche ont la même indélébile présence que les clochers de Martinville dans l\u2019imagination du proustien.Choisir Pour comprendre qu\u2019il se trouve bien devant un authentique chef-d\u2019œuvre, le lecteur de Gursky n\u2019a pas à attendre longtemps : les sept premières pages du premier chapitre de la première partie, avec leur inoubliable blizzard qui ensevelit le cercle arctique et l\u2019Estrie sous la même page blanche de début du monde, annoncent la couleur.Dès la troisième ligne, où le Magog de 1851 est qualifié de «pauvre village industriel», on peut avoir une idée des arpents de pièges qui attendaient la traduction.«Village industriel», n\u2019est-ce pas un oxymore?«Ville industrielle», disait la RYAN REMIORZ LA PRESSE CANADIENNE Mordecai Richler croyait qu\u2019un écrivain digne de ce nom doit nourrir l\u2019ambition de produire, au moins une fois dans sa vie, un livre destiné à lui survivre.version concoctée à Paris, ce qui, pour décrire le Magog du milieu du dix-neuvième siècle, n\u2019est guère mieux.Comment alors traduire le «mill town» employé par Richler?Ayons une pensée charitable pour les professionnels qui doivent, presque à chaque virgule, opérer des choix.Plus loin, on trouve un bel exemple d\u2019une référence locale juste et heureuse, alors que le «landlocked salmon» devient «ouananiche» plutôt qu\u2019un «saumon prisonnier des glaces».Je m\u2019explique d\u2019autant plus mal la présence, deux lignes plus bas, d\u2019une «clairière où hivernaient les chevreuils», là où s\u2019imposait, il me semble, le magnifique québécisme d\u2019usage courant qu\u2019est «ravage».On pourrait continuer comme ça, mot à mot, jusqu\u2019à la fin des temps.Mais le Gursky nouveau passe aisément le test de la lecture fluide.On s\u2019ennuiera presque des inexplicables cocasseries de la traduction parisienne dans laquelle Moses, à la mouche, dans les eaux de la Restigouche, capturait, je vous le jure, un poulpe de 7 kilos.SOLOMON GURSKY Mordecai Richler Traduit de l\u2019anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné Boréal Montréal, 2015, 672 pages BUELESQUE SUITE DE LA PAGE F 1 Picaresque fabulation A la manière de Perec, il a imaginé Les demoiselles d\u2019A., centon constitué exclusivement de 750 citations, tirées de plus de 400 auteurs classiques.Il a reçu le Prix de l\u2019anticonformisme pour cet ouvrage, que la Mémoire du livre a réédité en 2000.Raymond Queneau a été l\u2019éditeur des Aventures du général Franco-quin.Il lui a donné une suite.Le condottiere (oui, le même titre que le polar de Perec.), en 1971, qui lui a valu le Prix de l\u2019humour noir.Si le pays des frères Cyclopus a échappé au Dictionnaire des lieux imaginaires de Man-guel (Actes Sud), il aura précédé le Dictionnaire Khazar (Belfond) de Pavic.De ce dernier ouvrage, dont il existe 103 éditions, plusieurs adaptations pour la scène et pour la radio, tant l\u2019invention et le génie s\u2019allient en toutes les langues.C\u2019est l\u2019esprit de la fable épique qui rapproche Rivais de ces univers de fantaisie et de philosophie sous-jacents.Fantasy, disçnt les Anglais.Éditeur de Rivais, Le Tri-pode, toute petite maison d\u2019édition audacieuse, mérite un coup de chapeau pour son catalogue.Porte de ses trouvailles, elle rend en 2015 un fier hommage à Jean-Jacques Pauvert, éditeur depuis les années 50 et décédé récemment.L\u2019esprit de liberté de ce dernier, esprit de contradiction et d\u2019insolence, a insufflé au monde des lettres les Sade, Breton, Roussel, Genet, Dominique Aury, Annie Le Brun et plusieurs autres.Le Tripode s\u2019en réclame.Ce Francoquin Rivais n\u2019a pas composé un dictionnaire, plus près des Voltaire et Diderot.Il a rêvé la conquête burlesque de l\u2019Amérique, selon des niveaux de langue étendus et variés.L\u2019épopée de Prancoquin, fresque de comédie, compte une petite centaine de personnages, que l\u2019auteur a tous dessinés et animés telles des marionnettes.Ces dessins, qui m MiSrfsK 'sésüiîS I ^ COLOf/fL LE TRIPODE Une des illustrations de Francoquin, de la main de l\u2019auteur Yak Rivais facilitent la lecture, sont reproduits dans cette édition.L\u2019histoire ?Absurde.Le général Prancoquin et sa maîtresse Pilasse, aidés de bandits et de mercenaires, s\u2019en vont conquérir le pays des Cyclopus et des Révolutionnaires.Chou-Baby, sa fille, tombe amoureuse d\u2019un ennemi.Au milieu des harangues de Prancoquin, la civilisation et ses travers se répandent \u2014 despotisme, amours tumultueuses, esclavagisme, chantages et parodies de justice, impossible d\u2019imaginer une belle fin \u2014 selon le principe que «ce sont toujours les souvenirs les plus épouvantables qui font rire les gens».Michel Leiris, Yves Bonne-foy, Alain Bosquet, Hervé Bazin, Michel Braudeau et bien d\u2019autres écrivains et critiques ont aimé ce roman.Plus d\u2019un s\u2019en sera inspiré à sa manière.Rivais publiait Tu causes, tu causes! (Plammarion, 2001) à propos des non-dits de la langue orale, décryptant dans ce qui est dit ce qu\u2019on croit y entendre et ce qui y est tu.Dans ces décalages, le rire fera toujours de saines émules en littérature.Collaboratrice Le Devoir AVENTURES DU GENERAL FRANCQQUIN AU PAYS DES FRERES CYCLOPUS Yak Rivais Le Tripode Paris, 2015, 599 pages LETTRES FRANCOPHONES Vivre en sursis LISE GAUVIN Abdellah Taïa a habitué son lecteur à fréquenter la misère humaine, une misère souvent peu visible à l\u2019œil nu, qui se cache sous des dehors trompeurs et provocants.Après Infidèles (Seuil, 2012), itinéraire d\u2019un jeune homme entraîné dans la logique Implacable de la violence et du terrorisme, Un pays pour mourir est constitué des monologues entrecroisés de deux Marocains exilés à Paris, Zahlra et Azlz, l\u2019une et l\u2019autre pratiquant la prostitution pour (sur)vivre.Zahira revoit son enfance au Maroc et les derniers moments d\u2019un père qu\u2019une étrange maladie avait isolé de sa famille.C\u2019était un «petit papa doux et furieux» qui «n\u2019a eu le temps pour rien.Ni pour bien vivre.Ni pour bien mourir».Elle s\u2019en veut de n\u2019avoir pas protesté, d\u2019avoir accepté cette mise à l\u2019écart.Dans le Paris de 2010 qu\u2019elle habite désormais, elle monologue^ à voix basse: «Je suis libre.A Paris et libre.Personne pour me ramener à mon statut de femme soumise.Je suis loin d\u2019eux.Loin du Maroc.Et je parle seule.Je cherche mon père dans mes souvenirs.» Mais cette liberté n\u2019est pas sans ombre.Et Sahira de rêver d\u2019épouser Igbal, un Sri Lankais riche \u2014 il possède cinq blanchisseries et cinq Lavomatic \u2014 dont elle est amoureuse.Elle va même jusqu\u2019à consulter des sorciers pour l\u2019aider dans son projet.Elle aimerait qu\u2019il lui arrive la même chose qu\u2019à Naima, une amie sauvée de la prostitution par un beau mariage et un prince charmant.L\u2019autre moi Aziz, l\u2019ami de Zahira, reçoit ses clients dans un appartement magnifique, décoré par des habitués reconnaissants.Il reproche à Zahira de se spécialiser dans l\u2019humanitaire, en ne Iréquentant que des «immigrés sales et sans le sou».Mais Aziz cherche à rompre avec son métier lucratif et veut à tput prix devenir une femme.Élevé avec ses sœurs, il s\u2019est toujours considéré comme l\u2019une d\u2019elles et il s\u2019apprête à subir une opération qui le rendra à sa vraie nature.«Le protocole de trois ans est terminé.J\u2019ai suivi toutes les instructions du docteur Johansson [.] Demain, je vais couper mon sexe.» Quelques mois plus tard, Aziz devenu Zannouba se retrouve en plein désarroi.«Je suis dans le vide.Je n\u2019arrive pas à le combler», déclare-t-il.Et encore : «Personne ne parle de ce qui m\u2019arrive en ce moment.Personne n\u2019a osé décrire ce territoire où l\u2019on n\u2019est plus du tout défini.Où l\u2019on est en dehors de toutes les catégories, celles d\u2019hier comme celles d\u2019aujourd\u2019hui.» Triste constat accompagné d\u2019un rêve de retrouvailles avec l\u2019ancien moi disparu.La dernière partie du roman se passe en Indochine en 1954.On y retrouve Zineb, la tante de Zahira, devenue la maîtresse d\u2019un soldat français.Celle-ci rêve d\u2019aller en Inde pour faire une carrière d\u2019actrice au cinéma.Autre façon d\u2019échapper à un destin sans gloire.De ces histoires désenchantées émergent pourtant quelques moments de grâce et de légèreté.C\u2019est d\u2019abord la complicité fraternelle qui lie Abdellah TAÏA Aziz et Zahira, tous deux passionnés de cinéma.Aussi le regard bienveillant d\u2019Antoine, le fils de la concierge, qui s\u2019abstient de juger la courtisane.Mais surtout, la rencontre fortuite de Zahira avec un réfugié d\u2019origine iranienne, Mojtaba, qu\u2019elle héberge un temps et qui lui procure de véritables instants de bonheur : «De ma vie entière je n\u2019ai rien vu de plus beau que cette rencontre avec ce garçon qui venait de très loin et qui s\u2019est évanoui dans mes bras.» Un pays pour mourir renvoie aux laissés-pour-compte de la société, l\u2019amoureux noir de Zahira au Maroc durant sa jeunesse tout autant que les exilés marocains en Erance, tragiques survivants d\u2019un monde où seuls les rêves demeurent encore porteurs de liberté.Collaboratrice Le Devoir UN PAYS POUR MOURIR Abdellah Taïa Seuil Paris, 2015,164 pages Le premier livre jeunesse de WAJDI MOUAWAD LA PETITE PIELIVRE^^ QUI VOULAIT JOUER DU PIANO // illustré par STÉPHANE JORISCH F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 AVRIL 2015 ESSAIS La Vitrine ARTS VISUELS UAUTRE CÔTÉ André-Philippe Côté Alto Montréal, 2015, 74 pages On a tous un talent caché.Pour le caricaturiste du Soleil, André-Philippe Côté, c\u2019est certainement la maîtrise de la peinture, l\u2019acrylique sur toile, avec laquelle il s\u2019amuse discrètement dans son atelier depuis quelques années.Pour faire de la «caricature buissonnière», dit-il.Charmant.Caché, le talent ne l\u2019est désormais plus avec la publication de L\u2019autre Côté, sorte de catalogue de ses toiles qui dévoile un univers graphique lumineux, coloré, loufoque, surtout dense, loin de ses caricatures, mais qui pourrait finir par faire parler autant.Il y a de l\u2019intelligence sur la toile avec sa série d\u2019humains à tête d\u2019oiseaux, ses corps blasés socialisant autour d\u2019une table ou attendant dans l\u2019antichambre d\u2019une gare et, sans doute, d\u2019une clinique.Il y a de la critique, de la tristesse, de l\u2019introspection et parfois de la langueur, particulièrement lorsque ses pinceaux le rapprochent de l\u2019eau.Il appelle ça Les baigneurs.En guise de préface, John R.Porter, président de la Fondation du Musée national des beaux-arts du Québec, évoque ce temps qui permet au caricaturiste d\u2019aller au fond des choses.Il parle d\u2019un dialogue intime que Côté ouvrirait ici avec ses admirateurs.Avec raison.L\u2019auteur sera en séance de signatures au Salon du livre de Québec les samedi 11 et dimanche 12 avril.Une exposition des toiles est aussi présentée dans le hall du Salon.Fabien Deglise .ri'\t\" ''\t1 a.ANDRE PHILIPPE CÔTE PEDAGOGIE LES CÉGÉPIENS ET LA RÉUSSITE SCOLAIRE Un point de vue sociologique Jacques Roy Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2015, 202pages Quand on se penche sur les problématiques du rendement et de la persévérance scolaires, on cherche presque toujours des solutions pédagogiques ou didactiques, comme si la réussite et l\u2019échec étaient essentiellement déterminés par les institutions.Jacques Roy, qu\u2019on pourrait qualifier de sociologue des cégé-piens tant il a écrit sur eux depuis des années, veut en finir avec cette approche étriquée.Dans cette éclairante étude, il montre que ce sont surtout des facteurs extérieurs au monde scolaire qui influent sur la réussite des étudiants : leurs valeurs (importance accordée aux études et à l\u2019effort), leur genre des filles réussissent mieux que les garçons; la socialisation différenciée des unes et des autres influence leur rapport aux études), leur réseau social (importance du soutien de la famille et des amis) et le travail rémunéré pendant les études (quand il dépasse vingt heures par semaine, il nuit à la réussite) .Pour aider les cégépiens à obtenir de bons résultats et leur diplôme (un tiers d\u2019entre eux décrochent), il importe donc de tenir compte de leur vie en dehors de l\u2019école.Pour des raisons méthodologiques, l\u2019étude fait toutefois l\u2019impasse sur la condition socioéconomique des étudiants, qui est probablement le facteur le plus déterminant de la réussite scolaire.L\u2019auteur sera en séance de signatures au Salon du livre de Québec le samedi 11 avril.Louis Cornellier LIVRE PRATIQUE PRENDRE LA PAROLE Jean-Luc Mongrain Éditions de l\u2019Homme Montréal, 2015, 216 pages Prendre la parole Ce livre pratique aurait pu s\u2019intituler « Les trucs de Jean-Luc ».Prendre la parole en public est un exercice qui terrorise de nombreuses personnes.Le coloré animateur souhaite leur venir en aide en leur livrant ses techniques de vieux pro.« On ne naît pas orateur, écrit-il, on le devient par la pratique et l\u2019expérience.» Avec la collaboration du rédacteur Marc Sévigny, Mongrain, très simplement, expose sa méthode : connaître son auditoire, recourir à l\u2019émotion et à l\u2019humour avec modération, bien cerner son sujet et le présenter en trois étapes, ne pas dépasser vingt minutes, raconter au lieu de lire, parler clairement, s\u2019habiller sobrement et, surtout, se préparer, répéter.Rien de neuf, donc, mais un rappel efficace des règles de base pour réussir une conférence traditionnelle.«Même le charisme, écrit Mongrain, ça se travaille.» Démagogue de plus en plus classe, le célèbre animateur, lui, ne manque pas de cet ingrédient magique.Il sera, cette saison, à la télé de Radio-Canada, avec Pénélope McQuade.Remplacera-t-il Marie-France Bazzo à la radio l\u2019automne prochain ?La rumeur court et s\u2019enfle.Louis Cornellier Guerre fratricide à gauche Louis Cornellier P Le politologue Jean-Marc Piotte est, depuis 50 ans, une des figures les plus importantes de l\u2019extrême gauche québécoise.Membre fondateur de la revue Parti pris en 1963 et intellectuel marxiste auteur d\u2019une œuvre théorique et militante appréciable, Piotte, avec les années, a mis de l\u2019eau dans son vin révolutionnaire, mais demeure un mentor pour bien des contestataires du capitalisme.On peut trouver que le politologue est trop ceci et pas assez cela, le critiquer, quoi, mais on ne remet pas en question ses convictions de gauche.C\u2019est pourtant ce que fait, sans ménagement, son frère d\u2019armes Louis Gill dans Autopsie d\u2019un mythe.Réjlexions sur la pensée politique de Jean-Marc Piotte.Les deux hommes se connaissent très bien.Nés la même année (1940), ils ont participé à l\u2019aventure de Parti pris et milité ensemble dans le Syndicat des professeures et professeurs de l\u2019UQAM (SPUQ), où l\u2019un enseignait les sciences politiques et l\u2019autre, l\u2019économie.Ils se réclament tous deux du marxisme, gramscien dans le cas de Piotte et trotskiste dans le cas de Gill.Des amis au parcours semblable, donc.Or, aujourd\u2019hui, dans ce pamphlet, Gill, toujours fidèle à ses idéaux d\u2019origine, renie son collègue.Les mots sont durs.Gill dénonce V«attitude pontifiante et condescendante de donneur de leçons» qu\u2019il dit trouver chez Piotte, son «narcissisme» et son «défaitisme», son comportement «de pasteur de la pensée de gauche».La réputation de père du marxisme au Québec, attribuée à Piotte, serait «surfaite», écrit l\u2019économiste fâché.Capitalisme à visage humain Qu\u2019a donc fait le politologue pour mériter un tel procès ?Il aurait, selon son contempteur, abandonné à tort ses convictions socialistes et indépendantistes pour se contenter, aujourd\u2019hui, d\u2019un capitalisme à JACQUES GRENIER LE DEVOIR Dans son essai, Louis Gill analyse, non sans fiel, le parcours de Jean-Marc Piotte (notre photo) pour en faire ressortir les contradictions.visage humain, qu\u2019il souhaiterait contenir grâce à quelques contre-pouvoirs (syndicats, mouvements socjaux, coopératives, sociétés d\u2019État, etc.).Il est vrai que, dans ses derniers livres \u2014 Un certain espoir (Logiques, 2008) et Démocratie des urnes et démocratie de la rue (Québec Amérique, 2013) \u2014, Piotte tourne le dos à l\u2019utopie révolutionnaire et plaide pour la révolte et la réforme.«Je ne rêve plus à un être nouveau, écrit-il.f espère encore et tout au plus participer à des transformations sociales qui favoriseraient l\u2019expression du \u201cmieux\u201d au détriment du \u201cpire\u201d.» Or, pour Gill, le socialisme demeure non seulement possible, mais surtout «nécessaire pour sauver l\u2019humanité du désastre».Ce qui s\u2019est effondré en 1989, avec la chute du mur de Berlin, ce n\u2019est pas le socialisme, écrit l\u2019économiste, mais des «parodies du socialisme», des régimes bureaucratiques qui avaient trahi le projet révolutionnaire.Aussi, pour Gill, le défaitisme de Piotte est-il inacceptable et ne s\u2019explique-t-il que par une mauvaise compréhension de la théorie marxiste.Pour le lecteur québécois d\u2019aujourd\u2019hui, même politisé, un tel débat a quelque chose d\u2019hallucinant.Même à gauche, en effet, la démarche de Piotte semble aller de soi.Comment peut-on, en effet, se réclamer encore du marxisme révolutionnaire en 2015?Quand Piotte écrit ne plus croire «à un paradis possible» tout en insistant pour dire qu\u2019il continue de s\u2019accrocher à sa «croyance que le monde pourrait être meilleur», on ne peut, il me semble, qu\u2019acquiescer.Brillant théoricien.Gill développe, dans ce livre, de solides considérations sur la pertinence du marxisme et sur la nécessité du socialisme, mais les faits, têtus, nous retiennent de le suivre.Bien sûr, le capitalisme est destructeur et doit être encadré, contesté et contrebalancé, mais la solution de rechange socialiste révolutionnaire, dans cette entreprise, ne convainc plus.Désillusion Avec brio, mais non sans fiel.Gill analyse le parcours de Piotte pour en faire ressortir les contradictions.Il critique sa conception du syndicalisme de combat, pourtant très éclairante, en l\u2019accusant de trahir le marxisme (et puis après?a-t-on envie de dire), il souligne les virages, bien réels, de Piotte quant à la pertinence d\u2019un syndicalisme partenarial (mais quel militant attaché à l\u2019efficacité de son action n\u2019est pas passé par là?) et il déplore sa désertion de la cause indépendantiste.Dans ce dernier dossier, il faut reconnaître que les arguments de Piotte sont faibles.Le Parti québécois actuel, c\u2019est une évidence, ne peut que décevoir un militant de gauche, mais cela n\u2019entraîne pas que le projet souverainiste soit dépassé.Le statut particulier pour le Québec que réclame Piotte n\u2019est plus une option de Canada s\u2019y refuse) et le cadre fédéral canadien, depuis sa naissance, n\u2019a jamais été un terreau favorable à un projet de gauche.A cet égard.Gill, qui reconnaît contre Piotte la légitimité d\u2019un ancrage culturel au projet souverainiste, a raison.Pour le reste, cependant, même d\u2019un point de vue de gauche, la pensée de Piotte, malgré ses contradictions, s\u2019avère plus convaincante que celle de Gill.Entre le socialiste réaliste désillusionné mais toujours combatif et le socialiste utopiste, voire dogmatique, qui nous convie à un baroud d\u2019honneur, le choix du premier s\u2019impose, même si la parole du second a des vertus critiques.louisco@sympatico.ca AUTOPSIE D\u2019UN MYTHE Réflexions sur LA PENSÉE POLITIQUE DE Jean-Marc Piotte Louis GUI M éditeur Saint-Joseph-du-Lac, 2015, 144 pages ECONOMIE Le prix (sonnant) de la liberté RENAUD LUSSIER La condamnation morale de l\u2019esclavage est au centre du discours abolitionniste au XVIIL et au XIX® siècle, mais, comme le rappellent l\u2019historienne Caroline Oudin-Bastide et le sociologue Philippe Steiner, l\u2019argument économique a aussi été avancé à maintes occasions par les partisans de l\u2019émancipation.Cette étude pointue titrée Calcul et morale se concentre sur la France coloniale du début des années 1770 jusqu\u2019à l\u2019abolition définitive de l\u2019esclavage en 1848.Les auteurs analysent les calculs qui visaient, chez les abolitionnistes, à prouver le coût élevé du travail servile et la plus grande productivité d\u2019une main-d\u2019œuvre libre non pas motivée par le fouet, mais bien par un salaire et l\u2019espoir d\u2019un avenir meilleur.Cette « rhétorique calcula-toire » mise en œuvre par Pierre Samuel du Pont dans les Éphémérides du citoyen de 1771, puis reprise par d\u2019autres économistes de l\u2019époque, appuyait la cause de l\u2019émancipation des esclaves, sans pouvoir régler le problème de la transition vers le travail salarié dans le contexte colonial.Dans les textes étudiés par les auteurs, les considérations économiques entourant l\u2019abolition sont, dans tous les cas, intimement liées aux enjeux moraux associés à l\u2019exploitation des travailleurs agricoles.Pendant que les esclavagistes et les colons cherchaient DOMAINE PUBLIC Pierre Samuel du Pont était un des économistes abolitionnistes des XVIIP et XIX® siècles.avant tout à maintenir en place un système lucratif pour certains, mais reposant sur des idées fondamentalement racistes, les abolitionnistes proclamaient, de leur côté, «le primat du principe de justice sur les intérêts économiques».Débats d\u2019un autre temps sur la concordance du juste et de l\u2019utile qui ont repris de plus belle, sous d\u2019autres formes, à l\u2019ère de l\u2019économie capitaliste.Collaborateur Le Devoir CALCUL ET MORALE Coûts de l\u2019esclavage ET VALEUR DE L\u2019ÉMANCIPATION (XVIIP-XIX'^ SIÈCLE) Caroline Oudin-Bastide et Philippe Steiner Albin Michel Paris, 2015, 304 pages i^Gaspard'LE DEVOIR ALMARÈS Du 30 mars au 5 avril 2015 f\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois\t\t 1 Journal d\u2019un disparu\tMaxime Landry/Libre Fxpression\t1/8 2 La déesse des mouches a feu\tGenevieve Pettersen/Quartanier\t-/I 3 Les gardiens de la lumière \u2022 Tome 4 Le paradis sur terre\tMichel Langlois/Hurtubise\t3/4 4 L\u2019épicerie Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t2/5 5 La mort mene le bal\tChrystine Brouillet/Homme\t5/6 6 Une deuxieme vie * Tome 1 Sous le soleil de minuit\tMylene Gilbert-Dumas/VLB\t-/I 7 Six degrés de liberté\tNicolas Dickner/Alto\t4/3 8 Comment arranger son homme\tCatherine Bourgault/Les Éditeurs réunis\t6/4 9 Le prophète et la femme seule\tMarc Fisher/Un monde différent\t-/I 10 L\u2019épicerie Sansoucy \u2022 Tome 1\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t7/5 Romans étrangers\t\t 1 L\u2019instant présent\tGuillaume Musso/XO\t1/2 2 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t2/8 3 Les ombres de Katyn\tPhilip Kerr/Du Masque\t8/2 4 After \u2022 Tome 1 La rencontre\tAnna Todd/Homme\t-/I 5 Tu me manques\tHarian Coben/Belfond\t-/I 6 Temps glaciaires\tFred Vargas/Flammarion\t3/3 7 Crossfire \u2022 Tome 4 Fascine-moi\tSylvia Day/Flammarion Québec\t4/8 8 Monnaie de sang\tPatricia Cornwell/Flammarion Québec\t5/3 9 Mr Mercedes\tStephen King/Albin Michel\t6/6 10 L\u2019effet papillon\tJussi Adler-Qlsen/Albin Michel\t7/10 Essais québécois\t\t 1 La dictature du bonheur\tMarie-Claude Élie-Morin/VLB\t-/I 2 666 - Friedrich Nietzsche\tVictor-Lévy Beaulieu/Trois-Pistoles\t4/2 3 Jean-François Lépine, sur la ligne de feu\tJean-François Lépine/Libre Fxpression\t1/22 4 11 brefs essais contre l\u2019austérité\tCollectif/Somme toute\t-/I 5 L\u2019austérité au temps de l\u2019abondance\tCollectif/Liberté\t2/3 6 Walmart.Journal d\u2019un associé\tHugo Meunier/Lux\t-/I 7 Les acteurs ne savent pas mourir\tAlain Vadeboncoeur/Lux\t5/2 8 Demain, il sera trop tard, mon fils\tL.Pagé | J.Naidoo | K.Naidoo-Pagé/Stanké\t-/I 9 Honoré Beaugrand.La plume et l\u2019épée (1848-1906)\tJean-Philippe Wairen/Boréal\t-/I 10 Généalogie de la violence.Le tennrisme : piege pour la pensée\tGilles Bibeau/Mémoire d\u2019encrier\t-/I '?'Essais étrangers\t\t 1 Du bonheur.Un voyage philosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t1/7 2 Tout peut changer.Capitalisme et changement climatique Naomi Klein/Lux\t\t2/4 3 Les barbares.Fssai sur la mutation\tAlessandro Baricco/Gallimard\t6/3 4 La CIA et la torture\tDianne Feinstein/Édito\t4/3 5 Soeurs volées\tFmmanuelle Walter/Lux\t-/I 6 L\u2019État islamique.Multinationale de la violence\tLoretta Napoleoni/Calmann-Lévy\t7/2 7 La chair interdite\tDiane Ducret/Albin Michel\t3/5 8 Y a-t-il un grand architecte dans l\u2019univers?\tStephen Hawking/Ddile Jacob\t8/6 9 François paimi les loups\tMarco Politi/Philippe Rey\t9/8 10 Tueries de masse.Les grandes tueries modernes\tPaul Kennedy/Pages ouvertes\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Sasparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Ssspsnl et est constitue des releves de caisse de 2B0 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsril © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite "]
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