Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

Le devoir, 2015-04-18, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AVRIL 2015 rt\t- ' ECOCRITIQUE Comment la nature pousse dans le roman québécois L\u2019écocritique ?C\u2019est une façon de lire les textes en portant attention aux questions environnementales.Ce courant analytique, d\u2019abord américain puis surtout anglo, polli-nise désormais d\u2019autres littératures, à mesure que le souci écologique augmente au thermomètre des préoccupations mondiales.Regard sur la manière dont la nature pousse dans le roman québécois.CATHERINE LALONDE U écocritique est née dans la mouvance du nature writing, des analyses de ce genre inclassable, hybride, marqué par les précurseurs Lawrence Buell, Ralph Waldo Emerson, John Burroughs, poursuivi par les Jim Harrison, David Vann ou Dan O\u2019Brien.Entre observations, réflexions philosophiques, écrits intimes, remarques scientifiques, entre essai et fiction, ces livres sont inspirés, imprégnés même de la nature.Ce regard critique se pose désormais ^ ?- sur toute œuvre.La doctorante en littérature Mariéve Isabel scrute de cette loupe le roman québécois.«Je pense que la question de la nature a souvent été écartée parce que vue comme quelque chose de naïf, de mièvre; ou à l\u2019opposé comme étant trop engagée, trop chargée idéologiquement.Mais c\u2019est présent dans beaucoup d\u2019œuvres.Chez Saint-Denys Garneau, par exemple: dans ses journaux, ses lettres, il est à Sainte-Catherine dans sa maison de campagne, il regarde par la fenêtre, il y ace lien au réel, à l\u2019environnement.Im question de la nature dans son œuvre est centrale.» \u20ac9 PLANETE VERTE Isabel a longtemps hésité entre l\u2019environnement et la littérature, jusqu\u2019à « décrocher» un court moment après son bac pour travailler dans une ferme.«J\u2019ai finalement décidé que je ne voulais pas choisir», dit la chargée de cours à l\u2019École d\u2019environnement de McGill, qui achève son mémoire.Ici, l\u2019écocritique peut débuter après le roman du terroir, où la nature n\u2019est que paysage.« Ce roman a été teinté par l\u2019agriculturisme, le catholicisme \u2014 qui faisait de l\u2019agriculture la vocation canadienne-fran-çaise \u2014, l\u2019antiétatisme \u2014 on s\u2019opposait beaucoup à l\u2019industrialisation, dans le clergé et dans l\u2019élite.Souvent, la terre est le décor, un acquis.Le champ est Tétat idéal\u201d.Les romans régiona-listes qui vont suivre se développent beaucoup en réaction à l\u2019industrialisation et à l\u2019uniformisation, en faisant ressortir les particularités des différents lieux, et leur culture \u2014 nature et culture deviennent indissociables.» Marie-Victorin, Damas Potvin, Blanche Lamontagne commencent à examiner la nature.«Ils la font valoir, la nature: les éléments environnementaux deviennent essentiels à la définition.Ce qui apparaît là, c\u2019est aussi un discours scientifique dans le roman: les sciences naturelles, la botanique, l\u2019éthologie.C\u2019est une des premières voies par lesquelles le discours environnemental entre en littérature: par le regard scientifique.» On le retrouve bien sûr chez Marie-Victorin (Récits lau-rentiens et Croquis laurentien, 1919 et 1920), dans Nikolski de Nicolas Dickner (2008), dans ù soleil des gouffres du collègue Louis Hamelin (1996) ou encore chez Pierre Morency.Une autre façon qu\u2019a la nature de germer entre les pages, c\u2019est par le « sentiment du lieu», le rapport au réel, la place de l\u2019humain dans le monde, l\u2019opposition du local au global.Mariéve Isabel nomme les œuvres de nature writing québécoises.Comme Le monde sur le flanc de la truite (1997), où Robert Lalonde «réfléchit sur notre rapport à la nature.Ça demeure tout de même de la fiction.Comme je l\u2019ai entendu dire: \u201cQuand j\u2019écris que je suis à la chasse avec mon chien, à terre en train de viser un canard, en fait je suis chez nous à ma table de travail à Montréal.\u2019\u2019Il y a toute cette idée de représentation du réel».S\u2019y glisse encore le travail de Louis Hamelin, «important autant par ses critiques que par ses livres», Pierre Monette, Jean-Pierre Issenhuth, Jean Désy, Jean Provencher, et même Cet été Robert Lalonde chantait (1972) de Gabrielle Roy.O Gabrielle Roy \\ Terres d\u2019Amérique Sur un territoire semblable, un même lieu, ne devrait-on pas s\u2019attendre à ce que les littératures qui s\u2019en inspirent, celles d\u2019Amérique du Nord, s\u2019apparentent?«Avec l\u2019indépendance, les Américains se sont beaucoup tournés vers le territoire, , alors qu\u2019ici on l\u2019a renié pour se concentrer sur les valeurs catholiques françaises.Quand Last of the Mohican [1826] de James Fenimore Cooper est sorti ici.Octave Crémazie a dit qu\u2019il était trop tard pour qu\u2019on fasse de la grande nature sauvage notre thème littéraire, puisque les Américains l\u2019avaient pris, et qu\u2019il fallait se concentrer sur l\u2019agriculture.A la limite, ici, la nature est hostile, comme dans Maria Chapdelaine [1913] où elle bouffe les personnages.Alors qu\u2019elle fera la marque des Etats-Unis.» Autre différence : la iron-tière nordique, moins tangible que les océans, qui semble au (Québec reculer sur un territoire hostile, presque infini.Germent ensuite les préoccupations « environ-nementalistes», incluant la justice environnementale, comme dans L\u2019isle au dragon (1976), VOIR PAGE F 4 : ÉCOCRITIQUE V Les prophètes du fjord de rÉternité: un livre de feu et de glace Page F 5 L\u2019appel à la dissidence de Jean Larose Page F 6 F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AVRIL 2015 LIVRES NOUVELLE COLLECTION Des bios québécoises pour jeunes LOUIS CORNELLIER / Ecrire de bons livres pour les jeunes est un art difficile.11 exige de viser la simplicité en évitant le simplisme et de présenter un contenu substantiel, qui captive, sans tomber dans la surcharge.Les jeunes, souvent, aiment lirq, mais sont rarement patients.A l\u2019ère numérique, conserver leur attention est un défi.Cet exercice devient encore plus difficile si on souhaite aussi instruire ces jeunes lecteurs, qui ne lisent pas par devoir, mais pour le plaisir.La nouvelle collection « Raconte-moi», lancée pour les 9 à 12 ans par les éditions Petit homme, la division jeunesse des éditions de l\u2019Homme, veut relever ce défi en publiant des biographies de personnalités québécoises.Cette saison, quatre titres sont proposés.On peut déjà prévoir que ceux qui sont consacrés à Carey Price et à Marie-Mai seront les plus populaires, à cause de leur sujet.Journaliste sportif au Journal de Montréal, Jean-François Chaumont connaît bien le gardien de but du Canadien de Montréal.En 2013, pour son joiunal, il s\u2019est rendu à Anahim Lake, le village d\u2019origine de Price, en Colombie-Britannique, pour réaliser un grand reportage.Joliment écrite, sa petite bio du célèbre athlète ravira les jeunes amateurs de hockey.L\u2019histoire de Price, en effet, est inspirante.Membre de la nation autochtone ulkatcho, originaire d\u2019un endroit pauvre et éloigné des grands centres, le jeune Price ne pouvait, au fond, que rêver de jouer un jour dans la grande ligue.Or, miracle, il a réussi.Chaumont, en retraçant son parcours, signe peut-être la plus efficace des quatre biographies dont il est ici question.On se serait passé, toutefois, de la phrase de conclusion selon laquelle «il n\u2019y a rien d\u2019impossible quand on y croit réellement».C\u2019est faux, évidemment.Le rêve américain ne se réalise pas souvent.Marie-Mai et Elvis Journaliste people chez Québécor Média, Patrick Delisle-Crevier raconte, pour sa part, l\u2019ascension de la chanteuse Marie-Mai vers les sommets du showbiz québécois.11 nous apprend que la jeune fdle originaire de Varennes a eu des difficultés à l\u2019école \u2014 elle avait un trouble de déficit d\u2019attention et était victime d\u2019intimidation \u2014 et souhaitait, dès l\u2019enfance, devenir chanteuse.Révélée par Star Académie en 2003, elle obtiendra, par la suite, le succès qu\u2019on connaît.Tant mieux poiu elle.Le problème, ici, est que Marie-Mai a quelque chose d\u2019Elvis Gratton.Son univers, en effet, est caractérisé par le «think big» quétaine incarné par le personnage de Ealardeau.Marie-Mai, par exemple, se fiance à New York et se marie à Hawaï.Lors de cette célébration, son mari lui compose une chanson.en anglais.Poiu marquer les grands moments de sa vie, la chanteuse se fait tatouer des formules.en anglais {«better together», «donc that»).Sa vision du monde se résume à un cliché repris par sa mère: « Quand on veut, on peut.» Un exemple pour la jeunesse ?De-lisle-Crevier, très complaisant, semble le croire.On peut avoir des critères plus exigeants.Raconter à des jeunes l\u2019aven- ture des Nordiques de Québec, une équipe qui n\u2019existe plus depuis 1995, n\u2019est pas chose facile.Le public cible de cette collection n\u2019était pas encore né quand l\u2019organisation a quitté le Québec.L\u2019affaire exige donc une mise en contexte.Journaliste sportif au Journal de Québec, Albert Ladouceur, avec l\u2019aide de Benoît Clairoux, le spécialiste des Nordiques, s\u2019acquitte bien de sa mission.11 crée le personnage de «l\u2019oncle Maurice» pour relater certains exploits de l\u2019équipe, «qui a toujours été prête à offrir une première chance [aux joueius et entraîneurs francophones] » et faire des liens entre le présent et le passé.Même les vieux fans des Nordiques prendront plaisir à replonger dans cette histoire.Ce livre, par ailleurs, est le seul des quatre à contenir une petite faute de français.11 utilise, en effet, le calque «signer un joueur» au lieu d\u2019employer les formules correctes «faire signer un contrat» ou «engager».Lévesque comme inspiration Karine R Nadeau a hérité de la mission la plus exigeante : raconter René Lévesque.Pour un jeune lecteur québécois, la vie du plus grand premier ministre de notre histoire s\u2019est ^déroulée dans un autre monde.A dix ans, l\u2019histoire et la politique nous sont généralement étrangères.Nadeau, pourtant, raconte presque tout: l\u2019enfance en Gas-pésie, les études, les années de journalisme, les mariages, l\u2019entrée en politique, la nationalisation de l\u2019électricité, le virage souverainiste, la Crise d\u2019octobre, la nuit des longs couteaux, la démission en 1985 et la mort en 1987.Quand il le faut, elle explique des notions (bilinguisme, camps de concentration, vulgarisation, syndicat.Révolution tranquille).L\u2019amalgame entre le style très simple, voire enfantin, du livre et un contenu aussi riche et complexe fait parfois naître chez le lecteur adulte une impression de bizarrerie, mais le résultat est surprenant.Les jeunes lecteurs de cette bio auront besoin de l\u2019accompagnement de leius pro-fesseius et parents poiu tout remettre en contexte, mais ils sortiront grandement édifiés de cette lecture.Permettons-nous de rêver : si on faisait de ce livre une lecture obligatoire pour tous les enfants du Québec, en fin d\u2019école primaire, ces derniers découvriraient que leur nation a déjà eu des hommes politiques d\u2019envergure.Ça donnerait peut-être le goût à ces citoyens en herbe de s\u2019en inspirer et de lire, dans quelques années, la grande biographie de Lévesque signée Pierre Godin.Collaborateur Le Devoir RACONTE-MOI CAREY PRICE Jean-François Chaumont RACONTE-MOI MARIE-MAI Patrick Delisle-Crevier RACONTE-MOI LES NORDIQUES Albert Ladouceur R4CONTE-MOI RENÉ LEVESQUE Karine R.Nadeau Petit homme Montréal, 2015, 144 pages pour les trois premiers et 136 pages pour le dernier PAUL CHIASSON LA PRESSE CANADIENNE Carey Price ANNIK MH DE CARUEEL LE DEVOIR Marie-Mai P René Lévesque TELE-QUEBEC n JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Quelques fans des Nordiques l_ES NORDIQUES E-dmoülDziembowski lîl Conférence-lancement Le Temps des bâtisseurs LE TEMPS DES BÂTISSEURS LE VISIONNAIRE Avec LOUIS CARON auteur Mercredi 22 avril 19 h 30 Entrée libre Librairie indépendante de quartier _\t2653 Masson, Montréal, Qc\t^ âulines 514 849-3585\tCONSEIL LITTERATURE QUEBECOISE Chasse aux fantômes DEs\u201cf'\" DE MONTRÉAL\tLiuei>ec«, CHRISTIAN DESMEULES En Allemagne, au début des années 1980, Dietrich Meinhart (Dirk, pour les rares intimes) et Rita Kohlweiss, nés tous les deux durant le Wirtschaftswunder, le « miracle économique» de l\u2019après-guerre, tombent amoureux.Elle poursuivait des études littéraires quand elle a été happée par ses yeux verts (ou plutôt « tsavorite »).11 terminait des études juridiques, sans attaches et sans famille.Dirk aime Rita, mais il ne veut pas d\u2019enfant, c\u2019est la «seule condition préalable à leur union ».Trente-deux ans plus tard, ils ont depuis déjà longtemps des vies parallèles.Rita est directrice de l\u2019équipe de lecteurs du plus important éditeur de Hambourg.Dirk, lui, est devenu un gros bonnet au ministère de la Culture.C\u2019est aussi un alcoolique qui se détruit lentement le foie à coup de beuveries épisodiques.Contre toute attente, ils ont eu deux enfants et sont déjà grands-parents.Le «pacte» n\u2019a pas été respecté et ces naissances rapprochées ont peut-être même accéléré la déchéance de Dirk, qui mourra dès les premières pages du neuvième roman de Hans-Jürgen Greif, Le photographe d\u2019ombres.Après La colère du faucon (L\u2019Instant même, 2013), l\u2019auteur de Solistes et à\u2019Orfeo (L\u2019Instant même, 1997 et 2003), né à Vôlklingen en 1941, situe une fois de plus sa fiction en Allemagne.Secrets Surpris un jour par sa femme en train de photographier un petit garçon dans la rue, Dirk lui avait avoué qu\u2019il éprouvait le «besoin de fixer l\u2019innocence et la confiance dans le regard d\u2019un enfant», refusant toutefois de montrer à Rita (ou même à quiconque) des photos, dit-il, qui ne parlent qu\u2019à lui.L\u2019ambiguïté est évidente, bien entendu, et le lecteur prête vite à Dirk des fantasmes ou une activité de pédophile.Mais l\u2019homme cache tant bien que mal une vieille blessure.Un secret que les 200 pages du roman permettront d\u2019élucider lentement.Une chasse aux fantômes qui finira par exhumer une vieille histoire de brutalité paternelle.Mais pourquoi ces atermoiements à propos de la paternité?Si la volonté de Dirk de ne jamais avoir d\u2019enfant avait été dès le début irrévocable, soyons pragmatiques, pourquoi ne pas s\u2019être fait simplement vasecto-miser?Le photographe d\u2019ombres perd ici en vraisemblance, il est vrai, ce qu\u2019il gagne en tension dramatique.Sous l\u2019histoire semi-tragique d\u2019un couple mal assorti, où chacun demeure bien campé dans ses secrets, ses «mensonges» ou son indifférence, se cache un homme meurtri, accroché toute sa vie à son secret comme un naufragé à une bouée.Rita finira bien sûr par découvrir la zone d\u2019ombre de son mari, un secret flou et peut-être pas si terrible mais quand même insuffisant pour effacer les «trente-deux [années] d\u2019horreur et de peur» que cet homme lui aura fait vivre.Si le thriller psychologique a des failles, l\u2019habituelle tonalité un peu clinique de Hans-Jûr-gen Greif, qui déroule ici le fil de quelques existences sous la lumière crue qui convient à une séance de dissection, est au rendez-vous.Mais cette histoire d\u2019un homme blessé à la recherche de l\u2019ombre d\u2019un bonheur perdu demeure beaucoup trop mince et fugace pour qu\u2019on y adhère vraiment.Collaborateur Le Devoir LE PHOTOGRAPHE D\u2019OMBRES Hans-Jürgen Greif L\u2019Instant même Québec, 2015, 192 pages SALON DU OVRE DE LA CÔTE-NORD Pour petits et grands DOMINIC TARDIE VOUS avez huit ou neuf ans et vous sillonnez avec vos camarades de classe les kiosques débordant d\u2019albums colorés et de romans aux titres intrigants d\u2019un salon du livre.Vous n\u2019avez pas un rond dans les poches de votre salopette.Avec quoi rentrerez-vous à la maison le soir venu ?Avec une pile de signets dédicacés?«Ça ne se passe pas comme ça au Salon du livre de la Côte-Nord!», s\u2019exclame au bout du fil la directrice générale, Méla-nie Devost.Pour une quatrième année, l\u2019initiative « Choisis ton livre ! » offre la chance à 300 élèves des écoles de la région de placer dans leur sac à dos un des titres d\u2019un auteur jeunesse présent lors de l\u2019événement.L\u2019idée, réalisée grâce au portefeuille du Club Qpti-miste local, sourirait autant aux enfants qu\u2019aux éditeurs.«C\u2019est vraiment notre mission de faire la promotion de la lecture chez les jeunes.Nous sommes un salon très familial», poursuit M\u201c® Devost, en précisant que les grands enfants trouveront aussi leur compte en passant «Du Salon à la chambre!», thème d\u2019une soirée de lectures grivoises organisée hors les murs au Centre des congrès (vendredi, 21h30).L\u2019invitation n\u2019est peut-être pas exactement à prendre au pied de la lettre (désolé.), mais Patrick Senécal, Claudia Laro-chelle, Roxanne Bouchard, Tristan Demers, Geneviève Lefebvre et Stéphane Dompierre ont la réputation de ne pas avoir peiu des propos salés.Activités Ce dernier, qui dirigeait l\u2019an dernier chez Québec Amérique l\u2019ouvrage Nu, échangera avec quelques collègues auteurs samedi à 15 h 45 au cours d\u2019une table ronde tout simplement baptisée «Les collectijs».Qn tentera à cette occasion de comprendre pourquoi les livres écrits à plusieurs mains pullulent ces temps-ci.Aline Apostolska et Claudia Laro-chelle, qui signaient chacune un titre de la série de quatre romans Vol 459 parue chez VLB cet automne, apporteront leurs lumières à la réflexion.Parmi ceux qui se livreront à l\u2019exercice de la grande entrevue, nommons la multicouronnée Andrée A.Michaud (dimanche, 12 h) ainsi que le globe-trotteiu DeniBéchard (samedi, 10 h 45).L\u2019ami des primates racontera aussi le lendemain à 10 h 15, au cours d\u2019une conférence, les pérégrinations africaines qu\u2019il a entreprises en amont de la rédaction de son essai-récjt Des bono-bos et des hommes (Ecosociété).L\u2019ubiquitaire Claudia LarocheÜe tentera d\u2019arracher des confidences au prolifique président d\u2019honneur Patrick Senécal (samedi, 13h30), «un éternel ami du Salon».Plus de 70 auteius se muscleront les avant-bras en signant des livres, un record selon la directrice.«Plusieurs éditeurs qui ne participaient pas habituellement se sont déplacés l\u2019an dernier pour notre SC anniversaire et ont décidé de revenir.» Toujours côté statistiques : 18 auteurs nord-côtiers retrouveront leur nom dans le programme de ce salon qui se revendique d\u2019une région et non pas d\u2019une ville, pour la simple et bonne raison qu\u2019il appartient à la Côte-Nord au complet.Des 9300 visiteurs qui ont passé le tourniquet l\u2019an dernier, «plusieurs arrivaient d\u2019Havre-Saint-Pierre, à deux heures ejdemie de route à l\u2019est de Sept-Iles, ou de Baie-Comeau, à deux heures et demie de route à l\u2019ouest.Ça vient de Tadoussac, de Blanc-Sablon, de partout.» Le Salon se rend même jusqu\u2019à ceux qui ne poiuront pas y venir: des conférences d\u2019écrivains seront retransmises par vidéoconférence dans certaines écoles de la Basse-Côte-Nord.Collaborateur Le Devoir Au cégep de Sept-Iles du 23 au 26 avril LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AVRIL 2015 F 3 LITTERATURE ESSAI POETIQUE Daniel Lavoie en quête de sens HUGUES CORRIVEAU Une modulation lente de langue.Un hurlement postmoderne avec des notes de lune qui allument le ciel», voilà l\u2019aspect que prend la parole de Daniel Lavoie qui cherche, circonspection oblige, à donner sens à sa vie, incarnée sur une terre si précaire qu\u2019elle tremble dans l\u2019espace habitable où elle tourne.Daniel Lavoie se fait observateur de la dérive contemporaine et s\u2019accroche au moindre mot, à la moindre image qui\tPLANETE pourrait sauver le VERTE monde d\u2019un désespoir qui en assombrit la beauté.Il lui faut la trouver dans les lieux les plus reculés : «Il y a des planètes où un nuage qui se frotte aux aiguilles d\u2019un pin, au fond d\u2019un ravin, y trouve un plaisir si intense que ça lui arrache des larmes.// Et alors ?Il pleut.» Offerts à la fois comme réflexions, contes pas sages, apophtegmes, descriptions ou poèmes, les textes qui constituent cet ouvrage imposent tous une parole réfléchie et trempée à une subversion douce : «Les idéologues bavent à la bouteille.Ils rotent dans le pouding comme des malotrus.Les idéologues crissent dans leur soupe comme des crotales.Ils pissent dans le ciment pour qu\u2019il soit encore plus dur, et le sang dégoutte comme un dégueulis de leurs crocs jeunes pourris de loup-garou.Crachats de grenouille.Fiente de hibou.» Grain de violoncelle Le talent d\u2019écrivain de Daniel Lavoie ne fait aucun doute.» et son goût de jouer avec la langue fait merveille.Il pense et sait comment transmettre cette vivacité d\u2019esprit qui lui permet de remettre en question la moindre évidence.Conscient du temps qui passe, il en fait l\u2019un des moteurs de son propos, voyant en son déferlement l\u2019image même des heurs et malheurs contemporains comme d\u2019un espoir forcené en ce que la vie trouve à s\u2019incarner dans le moindre souffle lumineux.Et de ce qui nous attend, «la perspective est serrée et la fin surprend.Comme un grain de violoncelle».A partir du microcosme des particules jusque dans les confins du big bang, le poète penseur trouve à réfléchir sur l\u2019évolution et l\u2019inéluctable : «Au début.Quand cette planète n\u2019était qu\u2019un sexe nu.De roche, de feu.Quand la matière cherchait sa raison de matière.Elle était chaude et impatiente.// Dans les nuages de soufre et d\u2019ammoniaque, il y avait le chaos.Dans sa sagesse de vieux chaos, le vieux chaos savait » Il y a là une forme de sagesse qui ne se renie jamais.Une tranquille présomption que la vie bat toujours sous le laid insuffle à ces mots une part belle d\u2019espoir, malgré tout, que, se sachant fragile, on puisse réagir au son passant du tendre.Collaborateur Le Devoir PARTICUUTÉS Daniel Lavoie Editions des Plaines Saint-Boniface, 2015,104 pages CRITIQUE Heeeeeere\u2019s Igor! DOMINIC TARDIE Stephen King ne s\u2019est jamais fait prier pour pester publiquement, avec plus ou moins de vigueur selon les entrevues, contre The Shining de Stanley Kubrick.Peu importe qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un des plus grands films d\u2019horreur de l\u2019histoire du genre (ce qu\u2019il reconnaît lui-même), l\u2019écrivain ne peut supporter le travestissement qu\u2019ont fait subir à son roman le cinéaste et la scénariste Diane Johnson.Voilà le type d\u2019anecdotes que Mathieu Handfield pioche de la page Wikipédia consacrée au film pour mieux la faire passer à travers le filtre de sa foisonnante et collégienne imagination dans Igor Grabonstine et le Shining.«Une histoire de fantômes! Elle a fait de mon livre une histoire de fantômes! Et Kubrick ! Il traite mes personnages comme s\u2019ils étaient des insectes! Des fourmis !», s\u2019indigne, après avoir avalé quinze gin tonies, le Stephen King ou-trancièrement amer et imbibé que l\u2019auteur caricature à partir d\u2019une certaine vérité.Quelque part entre la glose de geeks et l\u2019uchronie parodique, le troisième roman de l\u2019homme de théâtre raconte un tournage avorté, et complètement fabulé, qui aurait eu lieu avant le véritable tournage du Shining.Cet Igor Fedorovich Grabonstine inventé de toutes pièces avait, s\u2019il faut se fier à Handfield, d\u2019abord été retenu par Kubrick pour incarner le personnage de Jack Torrance (que tiendra en réalité Jack Nicholson).Il est, après tout, «l\u2019acteur le plus talentueux de sa génération, de la précédente et sans aucun doute de la suivante».Son ascendant sur le plateau, qu\u2019il domine en prince, sera secoué par l\u2019arrivée de Danny Lloyd, enfant au don presque surnaturel pour le jeu plus vrai que vrai, dont s\u2019entiche toute l\u2019équipe de production.Les conversations par télépathie de Grabonstine avec Scatman Crothers ou avec le fantôme d\u2019un vendeur de balayeuses ne seront d\u2019aucun conseil.La colère qu\u2019alimente son orgueil meurtri menace de faire pâlir son étoile au firmament des stars du grand écran.La référence partagée Igor Grabonstine et le Shining, comme plusieurs des livres des éditions de Ta Mère, carbure au plaisir de l\u2019anecdote pop culturelle malicieusement transfigurée et de la référence partagée.On notera en vrac, parmi les histoires de tournage que transforme Handfield, les clins d\u2019œil aux problèmes de santé et au jeu abominable de l\u2019actrice Shelley Duvall, ainsi qu\u2019à la présence spectrale d\u2019un Kubrick éternellement insatisfait.Cette posture du remixeur de faits amusants dessine à la fois les forces et les limites du roman, qui n\u2019entretient aucune autre ambition que de tordre la réalité et de faire rire.Handfield y parvient souvent d\u2019ailleurs, grâce à ses digressions échevelées et à ses ruptures bien orchestrées dans une narration qui surjoue pour l\u2019effet comique sa pompe.Les tirades homophobes ou misogynes d\u2019Igor ne servent cependant que le côté bédéesque de l\u2019univers, si bien que la réflexion sur l\u2019ego de l\u2019acteur que permettait d\u2019espérer la prémisse n\u2019est jamais vraiment prise à bras-le-corps.Un parti pris qui se justifie amplement, si l\u2019on considère la petite quantité de romans humoristiques québécois qui atterrissent ici.D\u2019un point de vue plus macroscopique, Igor Grabonstine et le\ttémoigne d\u2019une littérature en transformation qui, sous l\u2019influence d\u2019Internet et de l\u2019atomisation de la culture en une kyrielle de niches, foisonne dans une série de directions difficilement imaginables il y a encore quelques années.Collaborateur Le Devoir IGOR GRABONSTINE ET LE SHINING Mathieu Handfield Editions de Ta Mère Montréal, 2014, 168 pages / / ROMAN QUEBECOIS Portrait de lâcheté DANIELLE LAURIN Sèna: deuxième roman de Françoise de Luca après Pascale (Varia, 2003), déchirante histoire d\u2019une amitié trahie qui a valu à cette auteure d\u2019origine italienne, longtemps établie en France et installée au Québec depuis 15 ans, d\u2019être finaliste au prix Anne-Hébert et au Prix des libraires.Cinq ans plus tard, il y a eu un recueil de nouvelles tissé comme de la dentelle : Vingt-quatre mille baisers (Marchand de feuilles).C\u2019était en 2008.Puis, sauf pour un roman jeunesse, plus rien à se mettre sous la dent de la part de cette auteure au style raffiné mais jamais ampoulé, qui ne craint pas l\u2019intensité mais se refuse à la surenchère émotionnelle.Françoise de Luca n\u2019hésite pas à aller au fond des choses, au fond des êtres et de leurs contradictions, de leur dualité.Ça agit comme une lame de fond quand on la lit.C\u2019est encore vrai avec Sèna.Quelque chose en plus cependant.Comme un achèvement dans la maîtrise narrative, dans la façon de mettre les morceaux de l\u2019histoire ensemble, de les faire résonner.«Tu n\u2019es plus un voyageur.» Dès la première phrase, cette césure, cet avant et cet après.Et ce «tu» qui nous interpelle.Nous serions qet homme, dans une gare ?A moins que ce soit le «tu» de quelqu\u2019un qui se parle à lui-même, qui se voit comme un étranger, séparé de lui-même?«Tu as su que le train partirait sans toi», enchaîne Françoise de Luca.Et nous restons avec cet homme, qui n\u2019ira pas rejoindre sa femme, ses parents, dans le sud de la France.Non, il n\u2019ira pas vers la vie dont il ne veut plus, dont il n\u2019a jamais voulu à vrai dire.Une gare, un livre Nous restons avec lui, accoudé au bar du m^hique restaurant Le Train bleu de la gare de Lyon, un cognac dans les mains, les yeux rivés sur un livre qui changera tout, qui fait que le départ prévu est devenu impossible.Le lieu importe : «Il fallait un tel lieu pour ton bouleversement Il fallait un lieu pour le livre, un lieu emblématique et silencieux, pour le toucher, le sentir, pour l\u2019ouvrir et oser te souvenir.» Sèna N\u2019Dior: le nom sur la couverture du livre pas encore ouvert qui repose sur le ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Françoise de Luca revient avec un deuxième roman, après six ans de silence.comptoir ravive une blessure ancienne, ouvre une brèche que l\u2019homme a tout fait jusqu\u2019ici pour tenter de refermer, allant jusqu\u2019à se faire croire qu\u2019il y était arrivé.Avec le titre du livre.Rue étroite, ce nom-là forme une histoire qu\u2019il ne peut plus refouler: celle de sa lâcheté.Une fois la mise en place effectuée, c\u2019est cette lâcheté que nous allons revisiter.Sans pour autant arriver directement au cœur du sujet.En croyant s\u2019être un peu perdu en chemin.Quel besoin d\u2019abord de replonger dans l\u2019enfance, d\u2019où cette Sèna est absente ?Mais on finira par comprendre que cette lâcheté vient de plus loin que son histoire d\u2019amour foudroyante avec la belle Sénégalaise rencontrée à l\u2019université, celle qui lui ouvrait les bras dans sa petite chambre de bonne située dans une rue étroite de Strasbourg.Cela vient effectivement de sa plus tendre enfance, pas tendre du tout à vrai dire.Justement.Appartement austère, sans vie, où la richesse cède le pas à l\u2019affection.Père absent, indifférent au sort de son fils ; mère rêche, amère, contrôlante.Heureusement, une éclaircie dans tout cela, une porte de sortie : la voisine, ses jumeaux et son mari, des immigrés italiens qui lui servent en quelque sorte de famille d\u2019adoption.Pendant un temps.10 O nO cn CN , I CN CN a: liJ Q ^ liJ lu _i Cû -¦ O (/) cr Z I-< 'LU û Z L'E UR OP E À U T O U R D U M ON D E RENCONTRES, CONFERENCES, ATELIERS ET PLUS ! AVEC FRANCISCO JOSÉ VIEGAS - PORTUGAL OLGA GRJASNOWA - ALLEMAGNE MICHELA MURGIA - ITALIE PATRICK CHAMOISEAU - FRANCE PROGRAMMATION COMPLÈTE SUR LISEZLEUROPE.CA Puis viennent l\u2019adolescence, le début de la vie adulte, le désir d\u2019affranchissement, de liberté.Et l\u2019amour fou qui lui tombe dessus.«À Strasbourg tu étais vivant, tu étais toi-même.Quand le corps de Sèna était le corps de l\u2019amour avant d\u2019être un corps noir.Quand tu avais oublié d\u2019où tu venais.» Recommencer ?Mais encore là, ça ne dure qu\u2019un temps.La dualité fait son chemin, elle fait des ravages.Et la famille n\u2019a pas dit son dernier mot, au contraire.La mère, surtout.Plus tard, bien plus tard, c\u2019est-à-dire après avoir quitté Le Train bleu pour tenter de rattraper le temps perdu, de recoller les morceaux de sa vie passée et d\u2019identifier les trous noirs qui la parsèment, il constatera à quel point on s\u2019est joué de lui, on l\u2019a, manipulé, trompé, trahi.A quel point cela ressemble à un plan machiavélique.Mais le pire, le pire dans toute cette histoire, c\u2019est qu\u2019il a fini lui-même par abdiquer, par se désavouer.Le pire, c\u2019est sa lâcheté, cette lâcheté annoncée dès le début du livre.qu\u2019il n\u2019arrive pas à se pardonner, qu\u2019il traîne depuis trop longtemps comme un boulet.Un mur.Un mur en lui, et autour de lui.C\u2019est ce que cet homme a fini par ériger, comme ses parents avant lui.Et c\u2019est ce qu\u2019il veut à tout prix tenter de déconstruire aujourd\u2019hui.Dans sa vie à lui.Questions : Est-on condamné à reproduire le comportement, même honni, de ses parents pourtant honnis?Est-ce que la malveillance, le mépris pour les démunis, est-ce que la haine, le racisme s\u2019insinuent à notre insu dans notre inconscient?Est-ce que la lâcheté se transmet?Autres questions : Peut-on recommencer sa vie sur d\u2019autres bases?Jusqu\u2019à quel âge?Peut-on dire adieu à une vie par défaut?Jusqu\u2019à quand?Et finalement, peut-on se racheter de sa lâcheté ?Quand est-il trop tard pour se faire pardonner?Collaboratrice Le Devoir SÈNA Françoise de Luca Marchand de feuilles Montréal, 2015, 208 pages I^Gaspard-LE DEVOIR LMARÈS \u201c\u2014^^\tDu 6 au 12 avril 2015\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 II Les héritieis d'Enkidiev \u2022 Tome 11 Double allégeance\tAnne Robillard/Wellan\t-/I 2 1967 \u2022 Tome 1 L'âme sœur\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t-/I 3 La nouvelle vie de Mado Côté, retraitée\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t-/I 4 Journal d'un dispam\tMaxime Landry/Libre Expression\t1/9 5 Une deuxième vie \u2022 Tome 1 Sous le soleil de minuit\tMylène Gilbert-Dumas/VLB\t6/2 6 Tu peux toujours courir\tValérie Chevalier/Hurtubise\t-/I 7 La déesse des mouches à feu\tGeneviève Pettersen/Duartanier\t2/2 8 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 1 Adèle\tFrance Lorrain/Guy Saint-Jean\t-/I 9 Les gardiens de la lumière \u2022 Tome 4 Le paradis sur terre\tMichel Langlols/Hurtubise\t3/5 10 L'épicerte Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRichard Gougeorr/Les Éditeurs réunis\t4/6 Romans étrangers\t\t 1 11 Llnstant présent\tGuillaume Musso/XD\t1/3 2 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont i Versilio\t2/9 3 Tu me mangues\tHarlan Coben/Belfond\t5/2 4 L'ombre de Gray Mountain\tJohn Grisham/Lattès\t-/I 5 Les ombres de Katyn\tPhilip Kern/Du Masgue\t3/3 6 After \u2022 Tome 1 La rencontre\tAnna Todd/Homme\t4/2 7 CrassfIrB \u2022 Tome 4 Fascine-mol\tSylvia Day/Flammarion Duébec\t7/9 8 Temps glaciaires\tFred Vargas/Rammarion\t6/4 9 Monnaie de sang\tPatricia Cornwell/Flammarion Duébec\t8/4 10 Mr Mercedes\tStephen KIng/AlbIn Michel\t9/7 Essais québécois\t\t 1 11 La dictature du bonheur\tMarie-Claude Élie-Morin/VLB\t1/2 2 Walmart.Journal d'un associé\tHugo Meunier/Lux\t6/2 3 L'austérité au temps de l'abondance\tCollectif/Liberté\t5/4 4 11 brels essais contre l'austérité\tCollectif/Somme toute\t4/2 5 Jean-Frangois Lépine, sur la ligne de feu\tJean-Frangois Lépine/LIbre Expression\t3/23 6 La commission Charbonneau.Les aveux d'un système.\tMiohel Pioard/Stanké\t-/I 7 Dépossession.Une histoire économigue du Duébec.\tColleotif/Lux\t-/I 8 Honoré Beaugrand.La plume et l'épée (1848-1906)\tJean-Philippe Warren/Boréal\t9/2 9 666 - Friedrich Nietzsche\tViotor-Lévy Beaulieu/Trais-Pistoles\t2/3 10 La fin des vaches sacrées Réflexions sur l'avenir du Duébec\tClaude Castonguay/La Presse\t-/I Essais étrangers\t\t 1 II Du bonheur.Un voyage philosophigue\tFrédério Lenoir/Fayard\t1/8 2 Tout peut changer.Capitalisme et changement climatigue\tNaomi Klein/Lux\t2/5 3 Les barbares.Essai sur la mutation\tAlessandro Bariooo/Gallimard\t3/4 4 La CIA et la torture\tDianne Feinsteirr/Édito\t4/4 5 Je suis Chariie.Liberté, j'écris tes mots\tColleotif/First Editions\t-/I 6 Y a-t-il un grand architecte dans l'univers?\tStephen Hawking/Ddile Jaoob\t8/7 7 L'État Islamigue.Multinationale de la violence\tLoretta Napoléon!/Calmann-Lévy\t6/3 8 Jihad academy.Nos eneurs face à l'État islamigue\tHénin, Nioolas/Fayard\t-/I 9 Soeurs volées\tEmmanuelle Walter/Lux\t5/2 10 La chair interdite\tDiane Dugret/Albin MIghel\t7/6 lEUNIC I CANADA I III I JIImILisezLEuiiope.cii BLI La BTLF (Société de gestion de ia Banque de titres de iangue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019anaiyse Ssspsnl sur ies ventes de iivres français au Canada.Ce paimarès est extrait de Baspari et est constitué des reievés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour ie projet Baspari.© BTLF, toute repraduction totaie ou partieiie est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AVRIL 2015 LITTERATURE LITTERATURE FRANÇAISE Le mystère de Rembrandt Dans une fiction biographique consacrée à la maîtresse du peintre, Claude Louis-Combet refait les toiles de Rembrandt.GUYLAINE MASSOUTRE Si Rembrandt (1606-1669) est un maître du clair-obscur, dans ses portraits bourgeois ou bibliques, sis dans de puissantes fresques, ses autoportraits sont aussi fameux.On ne connaît pas sa vie pour autant, masquée tant par les bouleversements politiques rapides du Grand Siècle que par l\u2019ombre de ses toiles, trouées d\u2019une lumière jaillissant du dedans.Encore moins connaît-on ses modèles.Mais se surprendra-t-on à les découvrir intimes, appartenant à sa vie comme sa propre chair?Lui qui passa si bien d\u2019un visage à l\u2019autre comme au sien, d\u2019une époque à l\u2019autre, d\u2019une religion à l\u2019autre \u2014 la protestante et la juive \u2014, de la Bible à l\u2019Âge d\u2019or d\u2019Àmsterdam, il a aimé.Un livre le raconte, selon la «mytho-biographie» chère à l\u2019auteur, qu\u2019il définit comme «une entreprise d\u2019écriture visant à traiter le matériel autobiographique à partir de ses éléments oniriques et mythologiques ».Or la langue de Louis-Combet est superbe.Cette époque où un artiste vit de commandites et selon les fortunes guerrières ne prédisposait pas à la gloire de Rembrandt : être le joyau du Rijksmuseum.Ce musée lui consacre en ce moment même une rétrospective de sa maturité.Ses toiles, dont plusieurs proviennent des grands musées de Londres, sont réunies pour la première fois.On peut y admirer notamment le portrait d\u2019Hendrickje Stoffels (1626-1663), qui fut son modèle et sa maîtresse, cette Bethsabée que raconte Louis-Combet, un écrivain secret et plutôt confidentiel, qui fait penser à Pierre Michon tant sa langue est ciselée, chargée de trésors imagés et de phrases denses.La muse « Quand elle posait nue, dans l\u2019atelier, assise sur un monceau de tapis et draperies, Hendrickje n\u2019en revenait pas d\u2019exposer son ventre immense au regard du Maître et de tous les hôtes de la nuit, cachés dans les recoins».Ainsi commence le récit d\u2019une vision de la chair opulente et sensuelle, tellement féminine, qui unit la servante au travail patient, extrêmement délicat, de la contemplation au toucher artistique.Tout est atmosphère, violence contenue et fougue transmise dans les couleurs si riches des essences minérales, végétales et huileuses qui prêtent corps au sacré, aux légendes, à l\u2019histoire biblique de Bethsabée et de David dans les Livres des Rois.Hors du monde, la femme offre son consentement sans réserve, et une grâce que Louis-Combet décrit en exaltant la richesse de l\u2019art et l\u2019éblouissement dans lequel le plonge Rembrandt, qui a alors quarante ans, quand Hendrickje en a vingt.L\u2019écrivain s\u2019évade dans le mythe de la rencontre où les aspirations profondes se satisfont.Que cela s\u2019appelle désir, amour, arcane du rêve, fête érotique, enfantement, adhésion à l\u2019étrangeté de l\u2019oubli de soi, pour mieux réapparaître, tout cela s\u2019écrit dans des pages vertigineuses de beauté.«Replis de la nuit, replis du corps, replis de l\u2019âme, la main les brassait dans son désir et, comme au commencement de la création, la lumière pointait, le temps était divisé, l\u2019espace prenait forme, la vie s\u2019insinuait dans les failles.» La Hollande Il y a quelque chose de Marguerite Yourcenar dans cette évocation.Le paysage, sans doute, qui donne aux plaisirs secrets d\u2019Hendrickje, femme du peuple, un supplément de magie, de sorcellerie.La guerre aussi, et les conflits omniprésents, le protestantisme, dont l\u2019écrivain fouille les interdits et les aspects cachés.Les étoiles, enfin, qui ouvrent les coins reculés du pays sur l\u2019éternité.Rembrandt a perdu Saskia, la précédente ; enfermé Geertje, la première ; la peste a mangé ses enfants.Hen- DOMAINE PUBUC Un des portraits de Hendrickje Stoffels peint par Rembrandt.Huile sur toile, autoiu de 1656.drickje entre en majesté, telle une reine de l\u2019Art qui la métamorphose.Le Maître se prend pour le Minotaure, tel un Picasso démesuré dans un autre siècle.Cela donne Pasiphaé, une toile refusée et interdite, parmi d\u2019autres de la même main; elle fut mise aux enchères auprès d\u2019un marchand d\u2019épices lorsque le peintre fit faillite, en 1656.Or la maison qui l\u2019accueillit brûla.Ce merveilleux roman aux allures d\u2019essai-voyage dans l\u2019espace et le temps, avec une qualité d\u2019ivresse qui lui fait rejoindre d\u2019autres figures épanouies des arts visuels, telles Beata Beatrix de Rossetti, les Yeux clos de Redon et Mademoiselle Rose de Delacroix.Titus et Cornelia, enfants des amants.Rembrandt peint la richesse que le quotidien leur refuse, quand à quatre ils campent dans une pièce unique.Le combat est perdu d\u2019avance, mais ses œuvres revues sous cet éclairage gagnent une éternelle bonté.Collaboratrice Le Devoir BETHSABÉE AU CLAIR COMME À L\u2019OBSCUR Claude Louis-Combet Editions Corti Paris, 2015,182 pages JOURNAL Crépuscule et adieux Gabriel Matzneff, dans son journal, se fait témoin de son propre déclin CHRISTIAN DESMEULES T ^ plains les gens qui ne tiennent pas leur journal intime, ils n\u2019ont aucune conscience de ce qu\u2019ils vivent, de ce qu\u2019ils ont vécu.Ce sont des ectoplasmes.» Provocateur, libertin religieux, dandy stoïque, Gabriel Matzneff connaît bien la solitude qu\u2019engendrent les opinions tranchées.Sa vie sexuelle et amoureuse, en outre, distille depuis longtemps une odeur de soufre et de rose.En témoigne son Carnet noir, titre qui englobe les tomes parus et encore à paraître de son journal intime qu\u2019il a tenu quasi religieusement de 1953 à 2008 \u2014 Mes amours décomposés, Les soleils révolus ou La prunelle de mes yeux.Esthète fini, viveur, longtemps \\\\ C\u2019est l\u2019art, et l\u2019art seul, qui justifie les pires erreurs, les pires extravagances, les pires péchés rr Extrait de Mais la musique soudain s\u2019est tue amateur d\u2019adolescents (penchants dont son œuvre témoigne en long et en large), sa sincérité pour le moins ostentatoire lui vaut encore quelques haines féroces.Mais à 78 ans, l\u2019auteur â\u2019Ivre du vin perdu tient le journal de son «crépuscule», hanté par son propre déclin, suffisamment pour caresser à répétition l\u2019idée du suicide.Ce qui n\u2019empêche pas ce disciple de Schopenhauer d\u2019écrire son bonheur d\u2019exister, malgré tout, et de chérir sa solitude.Les problèmes de santé et la précarité financière ne l\u2019empêchent pas de se rendre aussitôt que possible en Italie.Et Venise, Rome ou Naples lui sont autant d\u2019occasions de claquer son fric en beauté, comme s\u2019il allait mourir demain.Ce qu\u2019il fera peut-être d\u2019ailleurs («Je préfère les cimetières aux hôpitaux», confie-t-il sans surprise).Né à Neuilly-sur-Seine en 1936 au sein de l\u2019immigration russe, ami de Montherlant, de Cioran, d\u2019Hergé, immergé depuis toujours dans l\u2019Antiquité romaine et l\u2019orthodoxie chrétienne, ce «vieux clochard», comme il se décrit parfois lui-même, reste encore bien entouré de présence féminine.Un peu ronronnant et dépourvu de fulgurances, traversé d\u2019un bout à l\u2019autre par la lassitude de vivre.Mais la musique soudain s\u2019est tue nous offre le spectacle terrifiant mais encore digne d\u2019un viveur rattrapé par l\u2019implacable loi du temps.Terreur non pas face à la mort, mais devant le déclin et la perspective de ne plus être soi.Impossible de ne pas lliii' la ntU'i(|iK siHUlillllSIsllLIC être touché par ces frémissements \u2014 qui seront bientôt les nôtres \u2014, quoi que l\u2019on puisse penser de l\u2019homme.«Je suis une chose, mon œuvre en est une autre», écrit Nietzsche dans Ecce Homo.Pour Matzneff, le même principe est à l\u2019œuvre : « C\u2019est l\u2019art, et l\u2019art seul, qui justifie les pires erreurs, les pires extravagances, les pires péchés.» Ne l\u2019oublions jamais.Collaborateur Le Devoir MAIS LA MUSIQUE SOUDAIN S\u2019EST TUE Journal 2009-2013 Gabriel Matzneff Gallimard Paris, 2015, 528 pages ÉCOCRITIQUE SUITE DE LA PAGE E 1 d\u2019un Jacques Godbout qui se serait déjà vanté d\u2019avoir «écrit le premier roman écologique québécois», dans Nikolski encore, dans Champagne (2008) de Monique Proulx et dans certains Yves Thériault.«Au Québec, les premières questions environnementales sont éclipsées par les questions nationale et identitaire.En 1960-1970, c\u2019est encore très lié», rappelle Mariève Isabel.Avec la crise du pétrole, la peur du nu- cléaire, la guerre froide, ces questions se scinderont.«Mais elles vont accentuer le discours catastrophiste qui dit que la culture québécoise est menacée de disparition: là, on ajoute que la Terre est menacée.» Intelligence et vie artificielles La dernière façon dont la nature croît dans notre imaginaire littéraire, c\u2019est en poussant comme un pissenlit entre les failles du bitume, en abordant les espaces transformés, les milieux artificiels, la robotisation et la mondialisation.Comme dans L\u2019hiver de force (1973) de Réjean Ducharme, où les personnages se promènent dans la ville, La flore lau-rentienne sous le bras, sans idéaliser la nature mais en la traquant là où elle résiste.On la trouve ainsi aussi chez Ga-brielle Roy {Bonheur d\u2019occasion, Alexandre Chenevert, Eragiles lumières de la terre, 1945, 1954, 1978) ou chez André Langevin {Poussière sur la ville, 1954).Le nouveau greffon du re- gard écocritique pousse maintenant en se posant sur les œuvres de science-fiction, les dys-topies d\u2019une ère sans nature.Comme dans Quatre Montréalais en l\u2019an 3000 (1962) de Suzanne Martel, où des rescapés d\u2019un Montréal devenu toxique vivent réfugiés dans un réseau souterrain.Ou dans Sous béton de Karoline Georges (2011), où plus rien, sinon de toutes petites graines de dissidence, ne pousse.La préoccupation environnementale, prédit Mariève Isabel, ne pourra que s\u2019épanouir davantage dans nos romans.Pour elle, l\u2019écocritique «est une manière de croire que la culture influence nos valeurs, qu\u2019il y a relation à double sens \u2014 le monde est influencé par les arts; les arts influencent le monde.Il n\u2019y aura pas, je crois, de solution toute prête qui va apparaître dans un roman, mais peut-être qu\u2019on va mieux comprendre notre monde.Et le but de la critique, c\u2019est toujours défaire apparaître de nouvelles interrogations qui sont dans les œuvres et qui témoignent du changement de notre relation au monde.» Le Devoir POLAR Pas de sang ici, pas de violence Donna Leon signe la 25® enquête de Bmnetti MICHEL BÉLAIR C> est presque l\u2019automne à Venise au moment où s\u2019amorce cette 25® enquête du commissaire Guido Brunetti.Un calme relatif se réinstalle sur la Sérénissime alors que les touristes se font moins nombreux, et les Brunetti savourent les bonheurs simples de la vie de famille.Le commissaire et sa femme Paola ont de plus en plus de temps à eux maintenant que les enfants, Raffi et Chiara, sont devenus grands.Assez du moins pour remarquer le décès du «garçon qui ne parlait pas» qui «travaillait» à la blanchisserie de leur quartier.Paola est bouleversée par la tristesse et l\u2019espèce d\u2019anonymat et de non-vie entourant le jeune homme dont elle ne connaît même pas le nom ; à peine a-t-elle appris comme tout le monde qu\u2019il était sourd et, semble-t-il, un peu attardé.Touché lui aussi, Brunetti essaie alors d\u2019en savoir plus sur les circonstances du décès.D\u2019autant plus que son patron, le vice-questeur Patta, l\u2019a chargé d\u2019une mission fumeuse visant à protéger la carrière du maire de Venise en s\u2019assurant qu\u2019il ne soit pas éclaboussé par une affaire de corruption.Vie ordinaire Le commissaire se met plutôt à fouiller les rapports de police et apprend que le jeune homme est mort étouffé après avoir avalé une quantité importante de somnifères prescrits à sa mère, Ana Cavanella.H la contacte pour qu\u2019elle identifie officiellement son fils.et découvre une femme froide, dure, calculatrice.Dans le quartier où elle habite depuis toujours ou presque, les gens se font silencieux dès qu\u2019il les aborde ; personne ne la connaît ni ne sait quoi que ce soit sur elle et son fils.Rapidement, Brunetti devine qu\u2019il vient de mettre le pied dans un nid de vipères.Surprise de taille, il se rend alors compte du fait que Davide Cavanella \u2014 c\u2019est le nom de ce mystérieux jeune homme \u2014 n\u2019existe pas.Il n\u2019a aucun papier d\u2019identité ni acte de naissance, n\u2019est inscrit nulle part, n\u2019a fréquenté aucune école ni aucun médecin et n\u2019a laissé aucune trace dans quelque administration que ce soit durant toute sa vie.Un fantôme.Une vie de fantôme plutôt, comme il l\u2019apprend en interrogeant sa mère.En creusant toujours, il fera bientôt le lien avec une «grande maison» où Ana a travaillé alors qu\u2019elle était jeune, et Brunetti comprendra ce qui unissait le «garçon qui ne parlait pas» à la famille du Roi du cuivre.Plus encore, on saisira avec lui pourquoi Davide Cavanella restait muet et quel sordide complot sa mère a mis en place durant toute sa vie dans le but d\u2019assurer ses vieux jours.On ne vous en dira pas plus.sauf que voilà l\u2019un des livres les plus forts et les plus touchants qu\u2019ait écrits Donna Leone.Il est d\u2019autant plus remarquable qu\u2019elle n\u2019ac-corde que quelques pages à l\u2019affaire officielle et délicate dont Patta charge Brunetti au départ et que tout le livre se déploie hors cadre, une petite touche de compassion après l\u2019autre.Pas de sang ici, pas de violence, sauf celle de la vie ordinaire.Et un amour profond pour des valeurs comme l\u2019écoute, la présence aux autres et le respect.À déguster lentement.Collaborateur Le Devoir LE GARÇON QUI NE PARLAIT PAS Donna Leon Traduit de l\u2019anglais par Gabriella Zimmermann Calmann-Lévy Paris 2015, 285 pages Donna LEON Le garçon qui ne parlait pas LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AVRIL 2015 F 5 LIVRES JOHN MCCONNICO ASSOCIATED PRESS Dans ce grand roman nordique, un pasteur danois du XVIIP siècie, missionnaire au Groeniand (notre photo), se confronte aux éiéments, à iui-même et aux prophètes du Qord de i\u2019Eternité.De feu et de glace Christian Desmeules f CM est un roman d\u2019une rare puissance.Ténébreux et exotique, soufflant le chaud et le froid.Kim Leine a construit avec Les prophètes du fjord de l\u2019Éternité un univers de silence et de fureur, de scorbut, de sexe et de folie.De solitude.Un grand fracas issu de la rencontre entre deux mondes.Né en Norvège en 1961, l\u2019écrivain s\u2019est installé à l\u2019âge de drx-sept ans au Danemark avant de partir en 1989 pour le Groenland, où il est resté une quinzaine d\u2019années.Quinze ans qui ont imprégné son roman de l\u2019énergie brute qui anime ces paysages et ces populations nordiques.Le parcours de cet homme, qui a grandi dans une famille de Témoins de Jéhovah, infirmier de formation avant de devenir écrivain, calque en quelque sorte l\u2019itinéraire géographique et moral qui est au cœur de son quatrième livre.Les prophètes du fjord de l\u2019Éternité, pour lequel il a obtenu en 2013 le Grand Prix de littérature du,Conseil nordique.A vingt ans, en 1782, Morten Pedersen quitte son village de Norvège pour aller faire ses études à Copenhague, au Danemark.Curieux de tout, passionné par les sciences naturelles, il souhaiterait étudier la médecine, mais fera plutôt des études de théologie en vue de devenir pasteur, comme le souhaite son père.Ce qui ne l\u2019empêchera pas de fréquenter la faculté de médecine dans ses temps libres, de recueillir les cadavres et de participer à des autopsies.Fasciné par la sexualité, il flâne aussi en voyeur dans les quartiers chauds de la capitale.Le poids de la liberté Porté par le vent de liberté qui souffle en cette fin de siècle jusqu\u2019au nord de l\u2019Europe, le jeune homme fait sienne la célèbre formule de Rousseau qui ouvre Du contrat social : «L\u2019homme est né libre et partout il est dans les fers!» Si Morten Pedersen, qui opte durant ses études pour le nom de Falck \u2014 plus danois \u2014, sent qu\u2019il «trahit la théologie au profit des sciences naturelles», il renie aussi son amour pour l\u2019une des filles de l\u2019imprimeur qui lui louait une chambre, rompant leurs fiançailles au nom de sa liberté.Le mariage, la sexualité, l\u2019amour?«Tout ça ne nous mène nulle part.» Porté par une observation froide et détachée de la nature humaine, l\u2019homme «se rend compte que tout ce qui se passe, que toutes les décisions qu\u2019il prend s\u2019annulent mutuellement.» C\u2019est ainsi qu\u2019après cinq années à Copenhague, Morten signe en 1787 un contrat de dix ans comme pasteur, représentant de la mission évangélique dans une colonie située sur la côte ouest du Groenland \u2014 déjà possession du Danemark.Après plusieurs semaines en mer, il débarque à Sukkertoppen \u2014 surtout peuplé d\u2019Inuits et de Métis \u201c, en compagnie d\u2019une vache déjà maigre et coiffé d\u2019une perruque poudrée où grouillent depuis longtemps les poux.\t___ Mais six ans plus tard, en 1793, le malheur et l\u2019adversité ont pris le dessus sur cet homme incertain, enlisé dans une profonde crise personnelle et à la merci d\u2019un environnement impitoyable.L\u2019existence rude du Groenland a ruiné sa santé et sérieusement ébranlé son moral \u2014 jusqu\u2019à sa foi qui en a souffert.Devenu «mélancolique et renfrogné », il a de graves problèmes de digestion et a perdu la moitié de ses dents et la vue de son œil gauche dans des circonstances presque invraisemblables.«Existe-t-il un pardon pour le mal que l\u2019on à soi-même ?» prophètes (ju fjoni Kt O D ^en M « RC fr É^NBRIDGE Québec HH = BECpP iilDKVOiR ÏCRI LCQ ^m/^issoc»nm idrDESÊTl^S ¦'çij'Éifaw.çfi.ç NUIT BLANCHE magazine littiraire LES JUIFS DE QUEBEC Quatre cents ans d\u2019histoire Sous la direction de Pierre Anctil et Simon Jacobs 2015 PAPIER Conseil des arts Canada Council du Canada\tfor the Arts PUQ.CA \"I Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 AVRIL 2015 ESSAIS Jean Larose et les nouveaux barbares Louis CORNELLIER O U Jean Larose, ça bouscule, ça décape, ça rentre dedans.Essayiste racé qui n\u2019a pas la souveraineté rampante, pamphlétaire de grand style qui cultive jusqu\u2019à la brûlure le souci de l\u2019exigence culturelle, non pas au sens élitiste et bourgeois du terme mais au sens existentiel, le penseur est animé par un esprit furieusement québécois dans sa critique sans compromis du Québec.Gaston Miron, écrit-il dans un hommage au poète, «ne s\u2019est évidemment jamais ra-paillé, mais toujours fendu en quatre pour rester réellement québécois, ce qui exigeait selon lui de poétiser sans la trahir l\u2019aliénation de son peuple écarté de l\u2019histoire».Ce pari, c\u2019est aussi celui de Jean Larose, qui n\u2019a de cesse d\u2019inviter les Québécois de la Révolution tranquille à «se montrer fidèles à un mouvement inachevé et [àl tenter \u2014 en aggravant un conflit qui couve depuis toujours \u2014 de remplir la promesse que s\u2019étaient faite certains de leurs ancêtres de s\u2019épanouir un jour ici nationalement en français».Larose se fait rare.Ses Essais de littérature appliquée ne constituent que son quatrième recueil \u2014 il a aussi publié deux romans \u2014 en presque trente ans.L\u2019homme préfère la densité à la profusion.On ne lit pas ses textes en ayant l\u2019esprit vagabond.Dans ce recueil, Larose monte à l\u2019assaut de «la contre-culture de consommation » qui, dans les années récentes, est parvenue à «triompher de façon décisive de la \u201cgrande culture\u201d associée à l\u2019humanisme moderne», phénomène qui s\u2019est accompagné de «la dévaluation de l\u2019écrit et de la parole réfléchie».Cette nouvelle barbarie n\u2019est pas sans lien avec la déroute du mouvement indépendantiste québécois, dont l\u2019élan s\u2019est dégradé «en langue de bois souverainiste».«Le Parti québécois, explique Larose, n\u2019a pas compris que le succès du mouvement qu\u2019il incarnait dépendait de sa fidélité à la tradition qui liait, dans le mouvement vers l\u2019indépendance nationale, une langue de culture et l\u2019humanisme moderne.» Ce n\u2019est pas l\u2019actuelle course à la chefferie du parti qui nous convaincra qu\u2019une re- PEDRO RUIZ LE DEVOIR «On croit apparemment que l\u2019humanité est héréditaire», se désole Larose.naissance en ce sens s annonce.On y cherche, en effet, le sens de l\u2019histoire, le souci de la tradition culturelle, une pensée, quoi, et on n\u2019y trouve que des slogans.En entretien téléphonique, Larose refuse de se dire désespéré \u2014 «ce n\u2019est pas dans ma nature», confie-t-il \u2014, mais il reconnaît un profond scepticisme.Contre-culture Dans un éloge qu\u2019il consacre au poète et essayiste Paul Chamberland, Larose retrace la genèse de la nouvelle barbarie qu\u2019il pourfend.Hier, écrit-il, les barbares, poètes, comme Rimbaud, s\u2019élevaient, au nom d\u2019une culture libératrice, «contre la morne insignifiance du conformisme bourgeois».Or, le marché est passé par là et a tout récupéré à son compte.La contre-culture antibourgeoise est devenue une «contre-culture de consommation», qui a rejeté toute la culture, sauf celle qui s\u2019inscrit dans une logique industrielle, dans la poubelle de l\u2019humanité.«La dissidence historique de l\u2019art et de la littérature modernes, constate Larose, aboutit ainsi au conformisme rebelle [.1.Le marché fait passer son hégémonie pour un progrès démocratique vers l\u2019altérité, alors qu\u2019il efface partout les différences culturelles et populaires pour tout refaire à sa ressemblance.» L\u2019insoumission et la subversion, aujourd\u2019hui, celles des nouveaux barbares, s\u2019expriment dans un «y\u2019a rien là» généralisé, qui remplace la loi morale et l\u2019autorité culturelle, tout en assimilant l\u2019héritage culturel à une contrainte.Le jeune barbare Chamberland voulait la culture libératrice.Il se retrouve aujourd\u2019hui, par fidélité à son élan initial, forcé de lutter contre une époque qui veut se libérer de la culture.Transmettre cette dernière est désormais considéré comme une atteinte à la liberté.«On croit apparemment que l\u2019humanité est héréditaire», se désole Larose.Retrouver la honte La tendance est occidentale, voire mondiale, et le Québec n\u2019y échappe pas.Le projet indépendantiste,\t_ tout entier animé, dans ses fondements, par un souci culturel, se trouve ainsi frappé de plein fouet.«Le Canadien français, écrit Larose dans une des éblouissantes for-mules assassines dont il a le secret, était un épais complexé; le Québécois est un épais sans complexe.» Se croyant libéré de la morale, de la religion, de la culture, du français, même, il n\u2019a plus honte de ne pas vivre dans une nation souveraine \u2014 honte de cette aliénation collective et individuelle qui blessait si profondément un Pierre Ealar-deau \u2014 parce que le sens de rjïniî \\Ti III.M\u2019I'l.lOl K l\u2019existence humaine, de la solidarité collective et de la culture antérieure, d\u2019un héritage à conquérir pour le transformer en un élan de libération, ne l\u2019intéresse plus.«Pourquoi la souveraineté, résume Larose, quand le fun suffit?» Larose n\u2019a pas de solutions toutes faites à proposer pour contrer cette débandade.Quand son jeune fils lui demande ce qu\u2019est l\u2019appartenance, il lui répond que «c\u2019est quand, par exemple, on se trouve tellement chez soi dans une forêt qu\u2019à l\u2019idée qu\u2019elle va mourir, on a un chagrin immense, comme si on allait mourir soi-même».Comment sauver le Québec, lui offrir la chance d\u2019une renaissance ?Peut-être, répond l\u2019essayiste, par «un retour massif à la poésie dans l\u2019éducation, les médias, la politique, l\u2019aménagement du territoire, la religion même.Qui sait, elle nous rendrait peut-être la honte».Larose évoque sou-vent, au passage, un certain «génie québécois», singulier, caractérisé par une «beauté exorbitante», mais en panne de confirmation.Dans ce fivre, ce génie est souverain.louisco@sympatico.ca ESSAIS DÇ LITTÉRATURE APPLIQUEE Jean Larose Boréal Montréal, 2015, 152 pages ECOLOGIE Des esclaves énergétiques ?Andrew Nikiforuk prône un retour à la sagesse contre la crise écologique \u20ac9 MICHEL LAPIERRE Il peut paraître saugrenu d\u2019affirmer qu\u2019à «l\u2019ancienne énergie des esclaves humains» s\u2019est substituée «une nouvelle forme de servitude, alimentée parles combustibles fossiles».Voilà pourtant la thèse qu\u2019An-drew Nikiforuk soutient avec brio dans L\u2019énergie des esclaves.L\u2019urgence morale de mettre fin au règne honteux du pétrole, le journaliste et essayiste canadien anglophone ne la compare qu\u2019à celle, jadis, d\u2019abolir l\u2019esclavage.En plus de s\u2019appuyer sur la raison, ce parallèle frappe l\u2019imagination comme au théâtre.D\u2019ailleurs, le dramaturge québécois Dominic Champagne, sensible à la tragédie traitée dans le livre, signe la préface de l\u2019édition française pour rappeler, à titre de militant environnementaliste, que la prospérité pétrolière «est un mirage» et que «notre monde carbure au poison même qui le mène à sa perte».Nikiforuk est conscient On pourrait commencer par une méditation sur les mots de Léon Tolstoï: \u201cVousparlez d\u2019énergie ?Elle a pour base l\u2019amour et l\u2019amour ne se donne pas à volonté \u201d )) Extrait de L\u2019énergie des esclaves PLANETE VERTE que «la plupart des gens ne voient pas le pétrole comme du carburant pour esclaves énergétiques».MsisV ère \u2014 de l\u2019or noir, commencée par l\u2019exploitation industrielle de celui-ci aux États-Unis, dès la seconde moitié du XIX® siècle et illustrée par John D.Rockefeller, premier milliardaire de l\u2019histoire, a permis aux Nord-Américains, explique-t-il, de succéder aux maîtres d\u2019autrefois en rendant leurs esclaves invisibles.S\u2019affranchir Par un colonialisme subtil qui s\u2019est transformé en partenariat, sinon en concurrence, les États-Unis ont répandu à travers le monde, du Venezuela à l\u2019Arabie Saoudite, le ANDREW N K FORUK U ENERGIE DES ESCLAVES forage pétrolier afin de satisfaire leurs besoins.Plus tard, le Canada s\u2019est imposé sur la scène du capitalisme international grâce aux sables bitumineux de l\u2019Alberta, ce succédané du pétrole conventionnel.Inventée par l\u2019architecte et philosophe américain Richard Buckminster Euller en 1940, l\u2019expression «esclave énergétique» permet à Nikiforuk de donner aux arguments scientifiques des écologistes une portée morale.Euller estimait que le charbon et le pétrole avaient fourni 39 esclaves énergétiques à chaque citoyen des États-Unis.On imagine, extrapole l\u2019essayiste canadien, à quel point les Nord-Américains actuels contribuent à la pollution atmosphérique, ne serait-ce que par la combustion de l\u2019essence de leur auto.En envisageant les problèmes de manière aussi générale, il en vient, à la lumière de savantes recherches, à douter qu\u2019une utilisation massive des énergies éolienne et solaire puisse satisfaire l\u2019appétit du capitalisme et ne pas causer des bouleversements climatiques, différents de ceux dont le pétrole est responsable mais inquiétants eux aussi.Nikiforuk s\u2019inspire des traditions spirituelles de l\u2019humanité pour proposer la seule solution à la crise écologique : l\u2019exploitation des énergies, même des nouvelles, avec beaucoup de sobriété.C\u2019est dire qu\u2019une vision du monde inédite devra révolutionner la vie de tous les jours.Collaborateur Le Devoir L\u2019ÉNERGIE DES ESCLAVES Le pétrole et la nouvelle SERVITUDE Andrew Nikiforuk Traduit de l\u2019anglais par Hugo Hardy Ecosociété Montréal, 2015, 280 pages La Vitrine GEOPOETIQUE PETITE GÉOGRAPHIE DE LA FUITE Essai de géopoétique Thierry Pardo Editions du Passage Montréal, 2015, 64 pages «Partir n\u2019est pas un acte de raison.» Que ce soit pour remettre en cause le système, en quête de rédemption ou d\u2019illumination, Thierry Pardo, spécialiste des solutions de remplacement éducatives, né en 1970, nous invite à «redéfinir notre panorama intérieur».Il dresse ici une typologie où se rencontrent le déserteur (forcément associé au.désert), le pirate, l\u2019exilé volontaire et l\u2019ermite.Une posture libertaire qui manque de concret, de sable et d\u2019air marin.Après tout, la «géographie faite de chiffres et de cartes n\u2019a pour put que de sécuriser l\u2019humanité dans son besoin de contrôle».A coup de sophismes posés dans un bel écrin de papier, dans une prose gonflée de romantisme et de fantasmes de grands départs \u2014 à la fois opaque et éthérée \u2014, l\u2019auteur de Petite géographie de la fuite y fait surtout la preuve qu\u2019il est possible de prendre l\u2019expression «pelleter des nuages» au pied de la lettre.Christian Desmeules \\rislot( ANTHOLOGIE ARISTOTE.ŒUVRES Ethiques, Politique, Rhétorique, Poétique, Métaphysique Sous la direction de Richard Bodéüs Gallimard Paris, 2014, 1622 pages Longtemps surnommé «le philosophe» tant ü représentait une fi^re centrale de la pensée dans le monde occidental, Aristote vient de faire son entrée dans la collection «La Pléiade».Dirigé par le professeur à l\u2019Université de Montréal Richard Bodéüs, ce premier tome rassemble les traités consacrés aux «affaires humaines», comme l\u2019éthique, la politique et la métaphysique.Ces traductions inédites, à la seule exception de VEthique à Nicomaque ici révisée, sont le fi'uit d\u2019un travail colossal qui a entre autres comme objectif de rendre le texte accessible tout en tenant compte des recherches récentes portant sur l\u2019une des œuvres les plus lues, les plus commentées et les plus discutées de la philosophie ancienne.«Tous les hommes par nature désirent savoir», peut-on lire dans l\u2019ouverture de la Métaphysique, et le lecteur moderne avide de réflexions sur le bonheur, l\u2019amitié, la justice, la vie en société et la science ne peut qu\u2019être frappé par la diversité et l\u2019universalité des questions posées par le philosophe que l\u2019on redécouvre dans cette importante édition.Renaud Lussier PHOTOGRAPHIE DEPAYSE Serge Clément Kehrer Paris, 2014, 192 pages Photographe lyrique indissociable du noir et blanc, Serge Clément exposait à Paris, à l\u2019automne, 50 clichés jamais montrés, tirés de 40 ans de pratique artistique.Le catalogue qui découle de cette expo.Dépaysé, est un objet bien à part.Zéro texte, zéro description.Comme dans le précédent livre de Clément {Courants contre-courants, Marval, 2007), la place est tout à la photo.Chaque image couvre l\u2019entièreté de la page, comme si elle devait se poursuivre au-delà de l\u2019imprimé.Le motif de la surface, mur ou vitre, opaque ou transparent, y gagne en importance, accentuant l\u2019idée de la distance avec le sujet, de ce dépaysement évoqué par le titre.Les thèmes abordés, eux, sont multiples: scènes urbaines surtout, hiver comme été, détaü d\u2019une ombre ou d\u2019un reflet, avec un penchant pour la vie nocturne.Partout où Serge Clément peut, le mieux, exploiter les contrastes de lumière.Jérôme Delgado LANCEMENT-TABLE RONDE-PROJECTION Sous la direction de Mouloud Idir et Martin Jalbert Stigmate-machine : altérisation et racisation par le haut i\tPORTFOLIO I\tClaire Moeder présente J\tSayeh Sarfaraz ï\tFORMES DE VIE/POLITIQUE DU PRÉSENT ^\tMachinations saisies en acte Alexandre St-Onge 23 AVRIL 2015 17 h AU BAR SALON CINÉAAATHÈQUE QUÉBÉCOISE "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.