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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-05-02, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MAI 2015 i i.m) 0 0 é Longue- sur les revues L'INCONVÉNIENT SERIES CATHERINE LALONDE Elles sont dans le monde de l\u2019édition depuis des lunes, quelque part entre le quotidien et le livre, confrontées à la fois aux mêmes problèmes et à leurs propres enjeux.Plus discrètes, souvent dans l\u2019ombre des magazines glacés, elles se retrouvent rarement dans les salles d\u2019attente.Petite composition sur le monde des revues culturelles, avec ritardando sur les opus culturels.La différence entre les magazines \u2014 Châtelaine, L\u2019Actualité, Véro, Ricardo, Coup de pouce.Les Débrouillards et consorts \u2014 et ces revues?«On pourrait dire qu\u2019au Québec, la revue culturelle est un périodique qui se situe entre les publications savantes universitaires et les magazines grand public ou d\u2019intérét général.On est un médiateur entre le savoir très spécialisé et l\u2019information, définit Philippe Gendreau, directeur de la revue d\u2019art et politique Liberté.Ici, nous, on se voit beaucoup comme un complément d\u2019informations aux quotidiens.» Josiane Ouellet va dans le même sens.«Il y a dans les revues culturelles une volonté d\u2019analyser, d\u2019approfondir, de prendre une distance critique pour aller plus loin.Les pu- blications grand public vont rester dans l\u2019actualité, souvent, dans le moment présent», explique la présidente depuis un an de la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP), qui regroupe une quarantaine de revues \u2014 dont Esse, 24 images, Cap-aux-Diamants, Lurelu, Relations, entre autres.«C\u2019est toute une philosophie, qui fait la différence.» La taille importe aussi.Grosseur du lectorat, des ventes, des structures mêmes \u2014 «34% de nos revues membres n\u2019ont aucun employé à temps plein, illustre Josiane Ouellet, 42% n\u2019en ont qu\u2019un seul.» Alors que certains magazines ont les reins solides et des revenus conséquents, pour les revues, small is beautiful, envers et contre tous.Le contenu très précis \u2014 musique actuelle contemporaine, arts visuels, création littéraire, histoire \u2014 en fait des «produits de niche» qui visent des lecteurs aux goûts pointus.Certaines publications québécoises se vendent à quelque 300 exemplaires par numéro, alors que des magazines grand public rejoignent des centaines de milliers de lecteurs.Philippe Gendreau, à Liberté, n\u2019en est pas désolé.«On pense qu\u2019on ne peut pas se comparer à de grosses pointures comme les maga-zines^^l en France ou Harper\u2019s aux États-Unis, mais si on fait de bétes règles de trois, en se rappelant qu\u2019ici on travaille dans un marché de huit millions d\u2019habitants, on voit qu\u2019on occupe des segments de marché proportionnels.Mais dérisoires.On fait un bon score en termes absolus si on le rapporte au marché potentiel.Aux États-Unis, ils sont 320 millions d\u2019habitants; une revue qui va en chercher 1 % s\u2019écoule à trois millions.C\u2019est solide.Ici, à l%o, c\u2019est autre chose.Et ce calcul, il faut l\u2019appliquer à tout le secteur de la culture au Québec», estime le directeur.Dans ces circonstances, pour ces revues, les subventions, qui peuvent compter jusqu\u2019à 60% de leurs revenus, assurent la viabilité.Même les grandes publications populaires rentables comme 7 jours sont aussi sous perfusion étatique.Des bêtes à papier Dans notre monde en mutation, quels sont les enjeux actuels des revues?Le virage numérique, répond d\u2019emblée la présidente de la SODEP, qui travaille aussi au magazine québécois du patrimoine.Continuité.Le regroupement, depuis 2012, aide à la dématérialisation de ses revues membres.Et ce, «même si un sondage nous a indiqué que 47%) de nos lecteurs préfèrent le papier seul et que 45 % favorisent le papier en ayant une ouverture au numérique».«Ça nous fait 92 %o de lecteurs qui aiment davantage le papier.Mais dans le monde actuel, il faut faire les deux, pour les lecteurs qui ne jurent que par le numérique, pour les abonnements institutionnels, mais surtout pour les ventes à l\u2019extérieur du pays.» Les revues ,sont offertes sur le site du savoir Erudit depuis 2012 et les anciens numéros, dès qu\u2019ils sont vieux de plus de deux ans, s\u2019y retrouvent gratuitement.«Il fallait rendre les magazines disponibles pour les institutions, les bibliothèques VOIR PAGE F 4 : REVUES De quel poids Ve-book nous déleste-t-il?Page F 5 Deux coqs à la Maison-Blanche Page F 6 Le Pigeon un oiseau rare DOMINIC TARDIE Une nouvelle revue de création, en papier, vraiment?Bonjour la témérité ! Inspiré par le manifeste Pour une littérature-monde en français, signé en 2007 par un prestigieux aréopage d\u2019écrivains francophones, Le Pigeon prend son envol aux éditions de l\u2019Hexagone.«Le décloisonnement des littératures, s\u2019il ne doit pas abolir du même coup la question du territoire dans la pratique de l\u2019écriture, est pour nous essentiel», soulignent en édito la rédactrice en chef Mélikah Abdelmoumen, qui vit désormais en Erance, et l\u2019éditrice du Québec Annie Goulet.Ce dialogue entre toutes les littératures francophones qu\u2019elles appellent de leurs vœux ne pouvait faire l\u2019économie d\u2019un support physique.«Il est en quelque sorte la preuve tangible que cette communauté peut exister», expliquent-elles par courriel au sujet du semestriel, qui sera distribué en Amérique du Nord, eu Europe et en Afrique.Difficile cependant de ne pas sourciller en entendant Dany Lafer-rière, le parrain de la revue, dire dans l\u2019entretien lourd de poncifs inaugurant ce premier numéro qu\u2019il «serait intéressant de fermer les yeux sur cette question du territoire et d\u2019aller chercher ce que d\u2019autres revues ne font pas: tenter de prendre le pouls d\u2019une époque en rassemblant les gens autour d\u2019un thème».N\u2019est-ce pas précisément le modus operandi de la majorité des revues en kiosque ?Cohésion Malgré sa mission un brin alambiquée, Le Pigeon démontre dans son premier numéro \u2014 c\u2019est le plus important \u2014 un imaginatif sens du casting.Evoquons, entre autres, les contributions sur le thème «Lendemain» de Patrice Lessard, dans un anxiogène suspense déconstruit, de Claire Legendre, toujours aussi habile pour nommer l\u2019angoisse du quotidien, et de Roger Des Roches, dans un des deux textes en vers du numéro.La Tunisienne Iman Bassalah, VOIR PAGE F 4 : LE PIGEON F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE MAI 2015 LIVRES ROMAN HISTORIQUE Louis Caron, architecte des mots Début d\u2019une nouvelle saga de l\u2019auteur des Fils de la liberté MARIE-FRED BRIQUE DESBIENS Auteur des grandes sagas historiques Les fils de la liberté (Boréal, 1982-1990) et Les chemins du Nord (UArchi-pel, 1992-1999), Louis Caron renoue avec ce genre après 10 ans d\u2019absence dans le milieu littéraire.Sa nouvelle trilogie, Le temps des bâtisseursy met en scène une «dynastie d\u2019architectes».Caron nous invite à suivre le parcours de trois membres de la grande famille Saintonge : celui de Frédéric, le père, qui contribue à la fondation d\u2019une communauté francophone dans le Midwest américain ; celui de Frédéric, le fils «prodige», qui reviendra au Québec dans le second volet de la série pour y ériger des églises et des presbytères ; et, enfin, celui de Jean-Charles, un «affranchi»y qui défiera les conventions pour concrétiser ses idées modernes et que l\u2019on découvrira dans le dernier tome prévu pour 2016.S\u2019inspirant toujours du passé canadien-français, Caron puise aussi cette fois à ses origines familiales: «Sept architectes sont perchés dans les branches de mon arbre généalogique paternel, mon arrière-grand-père Louis, mon grand-père Louis, deux des frères de mon grand-père et un de mes grands-oncles.[.] Héritier du prénom comme du nom, j\u2019ai entendu très tôt l\u2019appel de la profession.Mais j\u2019avais une autre passion: l\u2019écriture.[.] C\u2019est ainsi que je suis devenu architecte des mots.» Entrelaçant grande et petite histoire, le romancier donne ainsi à lire une «vérité réinventée», au caractère plus intime.Exil américain Le visionnaire, tome inaugural qui vient de paraître, se concentre sur la trajectoire de Frédéric F\"', paysan de L\u2019Islet que tout éloigne bientôt du travail de la terre et de sa famille.Anticonformiste \u2014 à l\u2019image de la plupart des héros de Caron \u2014, il entretient des «rapports illicites» avec sa belle-sœur et un conflit ouvert avec le curé du village, qui donne d\u2019ailleurs lieu à l\u2019une des scènes les plus réjouissantes du récit: «Mon père, je m\u2019accuse de dénoncer mon curé devant toute la paroisse parce qu\u2019il profite de ce qu\u2019il entend au confessionnal pour attirer des femmes dans son presbytère.Ah! Il trempe ses mains dans l\u2019eau bénite, mais ce n\u2019est pas pour se purifier avant de toucher la Sainte Hostie.Non! C\u2019est plutôt pour les adoucir avant de les plonger dans le corsage de ses paroissiennes.» Dans l\u2019espoir de fonder «un petit Bas-Canada» aux Etats-Unis, il quitte le pays, entraînant son aîné avec lui.Mais, plutôt que terre promise, Sainte-Anne devient vite un enfer géré par un autre «diable en soutane».C\u2019est à Chicago, «la grande ville, paradis des bâtisseurs», que le destin des personnages se scellera.Le poids de Théritage Soyons juste : les attentes étaient grandes devant ce nouveau cru de Caron, qui a relancé la vogue du roman historique dans les années 1980 avec Le canard de bois, premier tome des Fils de la liberté, véritable chef-d\u2019œuvre du genre.Dans cette perspective, Le visionnaire déçoit.L\u2019intrigue sentimentale est banale LOUIS CARON LE TEMPS DES BATISSEURS LE VIStONNAIILC et nous détourne de la quête principale des protagonistes: l\u2019établissement d\u2019une enclave française au sud de la Michigan et le développement d\u2019un savoir-faire architectural proprement québécois.Le happy end tracé à gros traits mine la crédibilité de l\u2019entreprise, au sujet pourtant novateur.On regrette également certaines formules malheureuses {«le silence poussa un cri dans la cuisine», «le ciel a froncé les sourcils») et des répétitions qu\u2019un travail d\u2019édition plus rigoureux aurait permis d\u2019éviter.Mais, malgré ces notes discordantes, le souffle du conteur, qui caractérise toute l\u2019œuvre de Caron et qui en a fait la renommée depuis plus de 40 ans, demeure fort présent.Collaboratrice Le Devoir LÇ TEMPS DES BATISSEURS TomeI: le visionnaire Louis Caron Editions de L\u2019Archipel/Edipresse Montréal, 2015, 331 pages LITTERATURE DE VOYAGE Le vertige du derviche CHRISTIAN DESMEULES Cy était avant le tourisme exotique clés en main, bien avant Internet et la prolifération des vols low cost.Quand le bureau de poste ou le comptoir local d\u2019American Express servaient de points de chute le long d\u2019un itinéraire tracé d\u2019une main approximative.C\u2019est tout l\u2019exotisme \u2014 mais aussi le côté suranné \u2014 de Poste restante, où Louis Joli-cœur refait pour nous le long voyage de ses vingt ans sur les routes de l\u2019Europe et de l\u2019Asie.L\u2019heure est au souvenir, semble-t-il, pour les baby-boomers qui ont parcouru la hippie trail dans les années 1970, entre Istanbul et Katmandou.Pierre Graveline s\u2019est adonné récemment à l\u2019exercice {Voyageur, Fides, 2014), Louis Gauthier, dans un autre registre, est aussi passé par là (Voyage en Inde avec un grand détour, Fides, 2005).Avec son grand ami André, Louis Jolicœur échafaudait depuis longtemps des projets de grand voyage.Mais en septembre 1976, l\u2019heure n\u2019est plus aux rêveries dans des cafés du Vieux-Québec.Il s\u2019envole tout seul pour le Vieux Continent, projetant d\u2019aller rejoindre des amis installés à Auroville, une ville expérimentale près de Pondichéry, sur la côte est de l\u2019Inde.Journal d^époque A cet âge, le temps paraît élastique.Et l\u2019époque elle-même ajoutait une couche de lenteur: «Les années soixante-dix étaient lentes et langoureuses, nous avions tout le temps du monde.» Tandis que le Parti québécois gagne cet automne-là les élections, le jeune homme sillonne les routes de l\u2019Europe à bord d\u2019une Coccinelle prêtée par un ami de son père.Toute une année pendant laquelle des échos lointains lui CHRISTIAN DESMEULES «J\u2019ai toujours l\u2019impression de passer à côté de quelque chose.Le derviche en moi revient vite, que ferais-je ici ou là plus de deux jours?Je tourne et tourne et continue mon chemin», écrit Louis Jolicœur dans son récit de voyage.parviendront à travers des lettres qui lui seront adressées en poste restante à Athènes, à Téhéran ou à Delhi.Professeur de traduction à l\u2019Université Laval, lui-même traducteur de littérature hispano-américaine, nouvelliste et romancier {Saisir l\u2019absence, Le siège du Maure, L\u2019Instant même, 1994 et 2012), Louis Jolicœur emprunte ici un style plutôt télégraphique, qui semble droit sorti des carnets que tenait sans doute l\u2019auteur à l\u2019époque, erreurs factuelles en prime \u2014 il y situe par exemple une «île aux Princes» au milieu du Bosphore et présente le palais de Topkapi comme la «résidence des sultans ottomans de 1290 à 1920».«En matière de détours, je ne donne pas ma place.La différence, c\u2019est la finalité.Où est la mienne?» s\u2019interroge-t-il, donnant la preuve au passage qu\u2019il n\u2019y a peut-être pas de vrai voyage sans questionnement.Mais là où Louis Jolicœur touche la cible, c\u2019est dans sa manière de rendre l\u2019énergie de la jeunesse, de reconstituer le tourbillon du voyage, des déplacements et des rencontres: «Je les quitte le cœur gros, j\u2019ai toujours l\u2019impression de passer à côté de quelque chose.Le derviche en moi revient vite, que ferais-je ici ou là plus de deux jours ?Je tourne et tourne et continue mon chemin.» On croirait y être.Eprouver la faim, la fatigue, ressentir soi-même le vertige de la route.Enseigner l\u2019anglais à de jeunes militaires de Shiraz à l\u2019aube de la révolution iranienne qui commençait à gronder, se vider les boyaux en Inde, atteindre enfin le Népal en espérant apercevoir l\u2019Everest.Puis faire demi-tour, en avalant les kilomètres à bord du fameux Magic Bus, sachant que, même avec des milliers d\u2019images fortes plein la tête, on n\u2019aura rien vu.Alors que des enveloppes jaunies nous attendent peut-être encore quelque part, dans un bureau de poste oublié.Contagieux.Collaborateur Le Devoir POSTE RESTANTE Louis Jolicœur L\u2019Instant même Québec, 2015, 400 pages BDectives.renco Deux critiques littérens^et un libraire se rencontrent autour de^Üyres.Des lames de pierre Maxime Raymond Bock LIBERTÉ LE DEVOIR A R T & ?0 L QUE\tUBRE DE PENSER \u2022 « - GAI I IMARD» ^ Le triangle d'hiver Julia Deck ^e quet^U^art Nii Ayikweirarfss SAMEDI 9 MAI, 15 H Librairie Gallimard La Vitrine D'UNE MAIN SAUVAGE POESIE DTNE MAIN SAUVAGE Virginie Beauregard D.L\u2019écrou Montréal, 2014, 132 pages En lice pour le prix Émile-Nelligan 2015, qui sera remis le 4 mai, auprès de Natasha Kanapé Fontaine (voir la vitrine ci-dessous) et Roxane Desjardins, Virginie Beauregard D.inscrit sa quête d\u2019existence dans une poésie faite d\u2019à-coups, de regards suspendus et inquiets, au fil d\u2019un temps qu\u2019elle n\u2019a de cesse de cerner.Les lieux, quels qu\u2019ils soient, y sont le terreau de ce questionnement hoqueté.On devine une aquarelliste penchée sur l\u2019éphémère passage du vent, de la nuit, des mouvements de l\u2019air ambiant.Tout à coup, «il naît de l\u2019aube», pendant qu\u2019elle est là «à regarder dormir/ les heures et l\u2019enfant// sans savoir /pour qui s\u2019élancent / les arbres.» Dichotomie, sous cette apparente douceur se love une sourde colère.«Je ne tirerai pas sur le ciel aujourd\u2019hui / au pire/peut-être / un peu/pour faire peur», avoue-t-elle.En fait, pour la poète, le moindre geste, le moindre regard est surdimensionné, élabore quelque catastrophe dans le continuum létal des heures: «Je me coince la paupière / dans le rideau de ta chambre // l\u2019œil brisé / sur une fibre de couleur», «je regarde le monde / se transformer en lac / de sueur héréditaire».Vivre alors de ces riens d\u2019être qui permettent de souffler, d\u2019errer à travers la ville, les pensées lapidaires aidant à circonscrire des saynètes aux curiosités vagues.On accompagne la poète dans une sorte de dilettantisme singulier qui met en images des émotions fragiles et belles.Alors c{\\x\u2019«un chien mange des guenilles d\u2019oiseaux», «les minutes // ressemblent // à des insectes / écrasés».Hugues Corriveau POESIE Manifeste Assi Natasha Kanacé Fonta MANIFESTE ASSI Natasha Kanapé Fontaine Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2014, 88 pages Bien qu\u2019avouant dans son prologue : «puisque je suis ici à embrasser le sol de ma terre, Assi, je libérerai ses chants de femmes», Natasha Kanapé Fontaine accepte qu\u2019on inscrive «du même auteur», au masculin, dans les premières pages de son recueil.Pourtant, il s\u2019agit bel et bien d\u2019une parole au féminin, parole de combattante, consciente du peuple innu qui est le sien, de ses misères.En lice pour le prix Emile-Nelligan 2015, son Manifeste Assi s\u2019inscrit dans le courant de cette poésie qui interroge de plein fouet la conscience sociale, voix incarnée dans le politique, voix qui confronte l\u2019état d\u2019une nation.Publier alors «un manifeste amour un manifeste papier» en confesse d\u2019emblée l\u2019urgence : «Ma robe a une allure de fin du monde / survole les archipels //Je la revêts / mon ardeur / je m\u2019évanouis / nébuleuse / la rivière obscure / les nations.» Heureusement, la parole de Kanapé Fontaine n\u2019est jamais linéaire, elle se gorge au contraire de cassures, de méandres qui en multiplient les éclats.«Tour à tour reine guerrière nomade» et amoureuse, et fille de la terre, et femme de lignée, l\u2019auteure tient bon devant l\u2019adversité.Mais plus encore, elle est surtout «une poète pour son soleil noir / une allure de faon sur les arctiques / un chasseur à son épouse territoire / une femme de clan atiku / avec une balle flèche moderne/ en sa moelle».Hugues Corriveau ROMAN JEUNESSE LES FORCES DU DESORDRE Camille Bouchard Québec Amérique Montréal, 2015,152 pages Le romancier Camille Bouchard aime le vaste monde et souhaite le faire découvrir aux jeunes Québécois, grâce à des récits d\u2019aventures à saveur internationale.Les forces du désordre, comme le précédent Les chiens entre eux (Québec Amérique, 2014), nous plonge dans le Mexique sans merci des narcotrafiquants et des féminicides.Faustina Dupré, une jeune Québécoise de 15 ans dont la mère est d\u2019origine mexicaine, doit aller rendre visite à sa grand-mère, à Ciudad Juarez, pendant la semaine de relâche.Naïvement, pour faire un coup d\u2019argent, elle accepte l\u2019invitation d\u2019un petit caid de son école de devenir mule, c\u2019est-à-dire de rapporter de la drogue.Elle sera, on s\u2019en doute, démasquée et emprisonnée dans les infernales prisons mexicaines, avant de se retrouver, bien malgré elle, au cœur d\u2019une chasse aux tueurs de femmes.Simple, entraînant et très efficace, ce roman, dont les rebondissements sont parfois un peu forcés, raconte aussi l\u2019éveil d\u2019une conscience à la misère d\u2019autrui et à la justice.Bouchard, c\u2019est sa force, ne fait pas que divertir ses lecteurs, ados ou adultes.Il les amène ailleurs et les ébranle.Louis Cornellier LES ENFANTS DU MONDE ONT BESOIN DE VOTRE AIDE FONDATION JEUNES ET SOCIÉTÉ\to°c> O ^\t^ P \t A comme coopérant A comme bénévole A comme donateur (514) 387-2541, poste 240 Nous vous aiderons à les aider wwwmonde.ca LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MAI 2015 LITTERATURE ROMAN QUÉBÉCOIS La maison de l\u2019attente DANIELLE LAURIN Une maison est toujours plus qu\u2019une maison.Surtout quand il s\u2019agit de celle où on a grandi.Plus encore quand dans l\u2019enfance s\u2019est produit dans cette maison l\u2019inconcevable, l\u2019irréparable.Pour le héros des Questions orphelines : la disparition de sa mère quand il avait 10 ans.Plus de 25 ans plus tard, Billy l\u2019attend encore.Est-elle seulement vivante ?Et si oui, où est-elle?Mais surtout: pourquoi est-elle partie?Pourquoi a-t-elle abandonné ses deux fils et son mari?Ces questions demeureront insolubles.11 y aura bien des tentatives d\u2019explication, des supputations.Désaccord total entre les deux frères là-dessus.L\u2019aîné, Billy, trouve que c\u2019est trop facile d\u2019accuser le père, sa rigidité, son désir de contrôle incessant.11 y a certainement d\u2019autres raisons.Mais Micky, son cadet de quatre ans, a depuis longtemps choisi son camp.11 a tourné le dos à son père autoritaire et à son frère obéissant.Dès le départ, les deux garçons avaient réagi de façon totalement différente à la disparition subite de la mère.Le plus petit ne cessait de poser des questions au père muré dans la douleur, le silence.Le plus grand respectait l\u2019attitude de ce dernier.Mieux valait se concentrer sur les choses concrètes de la vie.Pour ne pas sombrer.Micky le rebelle, devenu poète, gagne sa croûte comme traducteur à Toronto ; Billy le bon garçon à son papa n\u2019a rien fait de sa vie, se débrouille tant bien que mal comme barman à Londres.On en est là.Quinze ans que les deux frères ne se sont pas vus quand commence le roman.Durant tout ce temps, Billy a continué à se préoccuper de son père, Samuel, même à distance.«Ma vie s\u2019est construite en fonction de Samuel, des grandes décisions de sa vie.Je l\u2019ai suivi puis je l\u2019ai quitté.Mais chaque ville dans laquelle j\u2019ai vécu est marquée par ma relation avec lui.Montréal, Boston, Londres.Et derrière cette relation, l\u2019ombre de ma mère, de ses décisions.Qu\u2019ai-je fait de ma propre vie ?» Durant tout ce temps : coups de téléphone réguliers à son ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR L\u2019auteure Morgan Le Thiec Quelque chose était mort en elle et pourrissait dans des territoires ensauvagés que je n\u2019ai Jamais pu atteindreyy Extrait de Les questions orphelines père, vacances à deux tous les étés.Mais jamais Billy n\u2019a osé lever le voile du silence entre eux.Jamais osé aborder l\u2019essentiel avec lui.Maintenant, il est trop tard.Espérances inachevées Le père est malade, il perd la mémoire, divague, halluciné.Placé dans un établissement depuis six mois.Devant la fenêtre de sa chambre qui donne sur l\u2019autoroute 40, il rétrécit de jour en jour.C\u2019est pour ça que Billy est de retour à Montréal.Pour veiller son père guetté par l\u2019agonie.Et pour régler ses affaires.11 est là pour disposer entre autres de cette foutue maison où c\u2019est si pénible pour lui de remettre les pieds.«Mais comment vider la maison alors que mon père est encore vivant et que survit encore, quelque part au fond de lui, l\u2019homme qui a voulu tout gardé?» Deux ans après la disparition de la mère, le père avait pourtant vendu la maison pour s\u2019établir avec ses fils aux Etats-Unis, son pays de naissance.Comment expliquer qu\u2019il l\u2019ait rachetée quelques années plus tard pour n\u2019en plus bouger?Au cas où la mère de ses enfants reviendrait un jour?Elle est partout, la mère, dans cette maison.Partout dans le «hurlement, silencieux, de sa disparition».Partout dans ses contradictions : «Elle souriait, puis elle s\u2019assombrissait.Elle faisait mille promesses, puis elle les oubliait.Il fallait aimer les moments avec elle pour ce qu\u2019ils étaient, des parenthèses lumineuses, magnifiques, pleines d\u2019espérances inachevées.» Nous naviguons entre l\u2019évocation poétique et le réalisme plus concret.Nous sommes tout du long dans la tête de Billy.En quatre temps.Quatre parties de roman inégales, de plus en plus courtes.C\u2019est très lent au début, l\u2019impression de tourner en rond, ce que fait lui-même Billy dans sa tête, en réalité.Des bribes d\u2019histoire ici et 1^ des souvenirs épars, des non-dits qui demeurent en l\u2019air.Dépasser l\u2019attente Puis ça revient, plus explicite, détaillé.Ça s\u2019accélère, on est moins dans le magma intérieur, même si encore dans la douleur, on est davantage dans l\u2019action, dans la nécessité d\u2019agir malgré tout.Enfin, ça se bouscule.Des révélations sont faites, des secrets révélés.Des liens s\u2019approfondissent.Et la vie bat, plus forte que tout.Même si le mystère premier demeure entier.Dialogue entre les deux frères : «\u2014 Tu crois qu\u2019on peut faire son deuil un jour, Billy ?Arrêter d\u2019attendre ?\u2014 Non.Je pense qu\u2019il faut apprendre à vivre avec cette attente, essayer de la dépasser.» Dans ce premier roman, Morgan Le Thiec, Montréalaise d\u2019origine française, au-teure de deux recueils de nouvelles, fouille avec minutie et doigté les blessures de l\u2019enfance.Elle puise surtout dans les voies de repli qui s\u2019offrent ensuite.Et propose quelque chose qui pourrait ressembler à une reconstruction, même tardive.Ou à son début.Collaboratrice Le Devoir LES QUESTIONS ORPHELINES Morgan Le Thiec Pleine lune Montréal, 2015,196 pages.LITTERATURE FRANÇAISE Échappée italienne CHRISTIAN DESMEULES « J^ avais du temps; mes journées étaient absolument vides et heureuses; elles se dilapidaient avec une ardeur de féerie.» En quelques mots.Yannick Haenel tient peut-être la définition exacte du farniente à l\u2019italienne.Avec sa femme.Italienne, et leur fille, avec armes et bagages, l\u2019auteur de Cercle (Gallimard, prix Décembre 2007), de Jan Karski (Gallimard, prix Interallié 2009) et des Renards pâles (Gallimard, 2013) quitte Paris pour s\u2019installer à Florence en 2011.L\u2019écrivain de 44 ans n\u2019y connaît pas une âme : c\u2019est son passeport pour de longues journées plongées dans la solitude et l\u2019écriture, «délivré du bavardage et de la dispersion», libre d\u2019arpenter ce musée à ciel ouvert qu\u2019est l\u2019Italie.«Je ne connais personne dans ce pays où l\u2019art s\u2019offre avec une exubérance folle: je suis seul avec cet art, ce débordement d\u2019églises, de fresques, de sculptures; et d\u2019une manière ambiguë, ma vie s\u2019accorde à ce pays ruiné, où rien ne semble tenir debout, à part ses cathédrales.» 11 y sera quatre ans, passant de l\u2019éblouissement au dégoût, de la stupeur au désenchantement.Vulgaire réalité Espérant mettre les pieds dans la Florence de Marche Ficin et de Pic de la Miran-dole, hautes figures de la Renaissance, Haenel atterrit plutôt en plein festival de vulgarité et de corruption.En 2011, souvenons-nous, Berlusconi DOMAINE PUBLIC En Italie, Yannick Haenel se confronte aux églises, aux sculptures, à lui-même et à l\u2019énigme de L\u2019Annonciation de Era Angelico (détail sur notre photo), retable réalisé entre 1430 et 1432.est dans le collimateur de la justice, l\u2019affaire « Bunga Bunga » bat son plein et Yannick Haenel est confronté à ce que l\u2019Italie a peut-être de plus laid : les fausses blondes, les mensonges siliconés, le décervelage télévisuel quotidien, la vulgarité des arts et de la politique, la privatisation du paysage.L\u2019impression, parfois, d\u2019évoluer dans une atmosphère d\u2019hyper-téléréalité permanente.Comme l\u2019annonce son titre.Je cherche l\u2019Italie est le récit d\u2019une quête \u2014 il fait aussi écTio aux premières paroles d\u2019Enée après son naufrage.Loin de la violence de l\u2019actualité, l\u2019écrivain qui «n\u2019existe qu\u2019à travers des éblouissements» a l\u2019ambition de jouir poétiquement de l\u2019existence.11 s\u2019impose de lire toute l\u2019œuvre de Georges Bataille, se confronte aux églises, aux sculptures, aux fresques, à lui-même et à l\u2019énigme de L\u2019Annonciation de Era Angelico.Fruit d\u2019une expérience honnête, lucide, qui prend parfois aussi un peu la pose,/e cherche l\u2019Italie n\u2019est peut-être pas à la hauteur des romans de Yannick Haenel, des fictions lestées de déambulations rêveuses et poétiques.Mais c\u2019est une échappée italienne qui fait réfléchir et qui fait envie.Collaborateur Le Devoir JE CHERCHE LTTALIE Yannick Haenel Gallimard Paris, 2015, 208 pages La Vitrine ROMAN FORÊT CONTRAIRE Hélène Erédérick Héliotrope Montréal, 2015,163 pages Clin d\u2019œil à Réjean Ducharme, retour à l\u2019immanence maternelle, plongée dans les sensations délicieuses, douloureuses, vicieuses de l\u2019amnésie.Eorêt contraire imagine l\u2019histoire d\u2019une Québécoise, déçue d\u2019un long séjour en France, qui se replonge dans la forêt originelle et matricielle d\u2019Inverness.Le prétexte ?Fuir des dettes et faire face à la plus importante, celle qui fonde l\u2019identité : le tatouage social et psychique.Elle affronte donc la nature, la famille, les voisins, la culture.«Elle, ce moi du passé», raconte et crache.Vomit son trop-plein d\u2019identité, devenant volcan en pleine forêt.Sa révolte est politique : elle naît dans le refus d\u2019être dominée.Là s\u2019élance la parole pleine, la « sensorialité », les effets duchar-miens de la réalité.Et de cette grande richesse symbolique surgit Lukas Bauer, un intellectuel allemand, venu d\u2019ailleurs à Montréal éclairer la violence latente.Il se passe quelque chose qui met le personnage en mouvement.La volonté d\u2019un avenir.Ce beau roman décloisonne les frontières et propose des voies de traverse à ce qui, pris dans l\u2019isolement, restera qne réponse violente aux diktats financiers devenus prisons.Energique, reflétant bien les inquiétudes actuelles, inscrites d\u2019ici dans un monde qui réfléchit.Guylaine Massoutre PHOTOGRAPHIE LE QUÉBEC À VOL D\u2019OISEAU 1922-1982 60 ANS DE PHOTOGRAPHIE AÉRIENNE Pierre Lahoud et Prances Caissie Les Publications du Québec Québec, 2015,200 pages Nadar, un des pionniers de la photographie, rêvait de monter dans le ciel à bord d\u2019une nacelle.Il fiit le premier à populariser les clichés aériens.L\u2019affaire devint un genre photographique en-soi.Ce livre de Pierre Lahoud et Frances Caissie affirme toutefois que c\u2019est un Américain à qui l\u2019on doit, en 1860, la toute première photographie du genre.Chose certaine, le développement de la photographie et de l\u2019aviation va révolutionner le rapport à l\u2019espace.A travers deux cents clichés aériens de toutes les régions du Québec, on observe dans ce nouveau livre d\u2019une riche série le territoire et ses habitations sous une perspective rare.Ces nouvelles «vues à vol d\u2019oiseau», comme on les appellera longtemps, ont des applications pratiques autres que militaires.Elles permettent notamment de dresser un inventaire des ressources forestières.Pierre Lahoud et Frances Caissie ont mis au jour dans les archives des documents dont certains possèdent une poésie intrinsèque évidente, par exemple cette ferme aux Eboule-ments, avec son four à pain, devant laquelle une calèche passe au moment même où, depuis un avion, un photographe fige cet instant à jamais.Jean-François Nadeau I^Gaspard'LE DEVOIR ALMARÈS Du 20 au 26 avril 2015 f\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois 1 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 11 Doubie aiiégeance\tAnne Robiiiard/Weiian\t1/3 2 1967 \u2022 Tome 1 L\u2019âme sœur\tJean-Pieire Chariand/Hurtubise\t2/3 3 La nouveiie vie de Mado Côté, retraitée\tRosette Laberge/Les Éditeurs réunis\t3/3 4 Tu peux toujours courir\tVaiérie Chevaiier/Hurtubise\t4/3 5 Ce qu\u2019ii reste de moi\tMonique Prouix/Boréai\t-/I 6 L\u2019épicerie Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t9/8 7 Journai d\u2019un disparu\tMaxime Landiy/Libre Expression\t6/11 8 La promesse des Géiinas \u2022 Tome 1 Adeie\tFrance Lorrain/Guy Saint-Jean\t5/3 9 Une deuxieme vie \u2022 Tome 1 Sous ie soieii de minuit\tMyiene Giibert-Dumas/VLB\t7/4 10 L\u2019épicerie Sansoucy \u2022 Tome 1\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t-/I W Romans étrangers\t\t 1 L\u2019instant présent\tGuiiiaume Musso/XO\t1/5 2 Eiieetiui\tMarc Levy/Robert Laffont j Versiiio\t3/11 3 After \u2022 Tome 2 La coiiision\tAnna Todd/Homme\t-/I 4 L\u2019ombre de Gray Mountain\tJohn Grisham/Lattes\t2/3 5 Tu me manques\tHarian Coben/Beifond\t4/4 6 Les ombres de Katyn\tPhiiip Kerr/Du Masque\t5/5 7 After \u2022 Tome 1 La rencontre\tAnna Todd/Homme\t8/4 8 Te retrouver\tFabio Voio/Michei Lafon\t6/2 9 Crossfire \u2022 Tome 4 Fascine-moi\tSyivia Day/Fiammarion Québec\t7/11 10 Personne ne ie croira\tPatricia J.MacDonaid/Aibin Michei\t-/I W Essais québécois\t\t 1 Tout ce que ies pubiicitaires ne vous disent pas\tArnaud Granata j Stéphane Maiihiot/La Presse\t-/I 2 Waimart.Journai d\u2019un associé\tHugo Meunier/Lux\t2/4 3 État du Québec 2015\tCoiiectif/Dei Bossu\t4/2 4 Sexe, amour et pouvoir, ii était une fois.a i\u2019université\tCoiiectif/Remue-ménage\t-/I 5 11 brefs essais contre i\u2019austérité\tCoiiectif/Somme toute\t3/4 6 Jean-François Lépine, sur ia iiqne de feu\tJean-François Lépine/Libre Expression\t5/25 7 Essais de iittérature appiiquée\tJean Larose/Boréai\t10/2 8 La dictature du bonheur\tMarie-Ciaude Éiie-Morin/VLB\t1/4 9 Honoré Beaugrand.La piume et i\u2019épée (1848-1906)\tJean-Phiiippe Wairen/Boréai\t9/4 10 Renouveier ie syndicaiisme.Pour changer ie Québec\tCoiiectif/Écosociété\t-/I ?'Essais étrangers\t\t 1 Du bonheur.Un voyage phiiosophique\tFrédéric Lenoir/Fayard\t1/10 2 Tout peut changer.Capitaiisme et changement ciimatique Naomi Kiein/Lux\t\t3/7 3 Jihad academy.Nos erreurs face a i\u2019État isiamique\tNicoias Hénin/Fayard\t2/3 4 La chair interdite\tDiane Ducret/Aibin Michei\t4/8 5 François paimi ies ioups\tMarco Poiiti/Phiiippe Rey\t-/I 6 Je suis Chariie.Liberté, j\u2019écris tes mots\tCoiiectif/First Editions\t6/3 7 La CiA et ia torture\tDianne Feinstein/Édito\t5/6 8 Les barbares.Essai sur ia mutation\tAiessandro Baricco/Gaiiimard\t7/6 9 L\u2019hydre mondiaie.L\u2019oiigopoie bancaire\tFrançois Morin/Lux\t-/I 10 Y a-t-ii un grand architecte dans i\u2019univers?\tStephen Hawking/Ddiie Jacob\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Sasparil sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de Ssspsnl et est constitue des releves de caisse de 2B0 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Ssspsril © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE MAI 2015 LIVRES LITTERATURE FRANÇAISE Une autre Grèce La pauvreté, conséquence de l\u2019austérité en Grèce, racontée par Vassilis Alexakis GUYLAINE MASSOUTRE AU moment où va s\u2019achever l\u2019exposition sur la Grèce au musée Pointe-à-Callières, il est possible d\u2019en prolonger la visite par les mots d\u2019un autre bâtisseur de monument, littéraire cette fois.Prix Albert-Camus, Prix Médicis pour La langue maternelle (Fayard) en 1995, Grand Prix de l\u2019Académie française, Vassilis Alexakis est surtout l\u2019homme d\u2019un prix : celui de la langue française.Il l\u2019a mérité de différentes manières, jusqu\u2019à ce titre que l\u2019ensemble de son œuvre lui a conféré en 2012.Voici La clarinette, son dix-huitième instrument, mi-fiction mi-récit, qu\u2019il relie à son œuvre, y compris aphorismes et dessins humoristiques.Les mots étrangers et Le premier mot (Stock, 2002 et 2010) étaient bel et bien des romans de la convivialité, portés par cette aptitude à dire deux mondes en détail, le français et le grec, à voir ce que les gens y vivent et à en deviser.Question de traduction ou d\u2019étymologie, il a toujours travaillé le bilinguisme, qui dit l\u2019origine et la naissance, et dont, dans La clarinette, il redit l\u2019enjeu chez un écrivain : à la fois rendre le sujet vivant dans ses deux langues et faire oublier son double visage.La Grèce, il y est né en 1927.Il l\u2019a quittée sous le régime des colonels, adoptant cette langue dérivée du grec, la française.En territoire d\u2019exil, devenu sa seconde patrie, un décalage de conscience lui a permis de Vassilis Alexakis est surtout l\u2019homme d\u2019un prix: celui de la langue française.faire fi du fait politique et du passé.Mais pas question d\u2019être aveugle à l\u2019asservissement des ,Grecs, à l\u2019arrogance de l\u2019Église orthodoxe, qui gère la crise sans se serrer la ceinture, à ce père, homme de théâtre devenant errant, et à la faim des enfants que, dans le quartier même où il est né, les parents ne peuvent plus nourrir.Le monument littéraire Touchantes observations sociales d\u2019un ex-journaliste.Dans ce dernier ouvrage, Alexakis discute avec son éditeur, son alter ego.Entre hommes d\u2019un âge avancé, ils tiennent un long conciliabule imaginaire sur leurs vies et celles des autres, et surtout sur ce nombril occidental qu\u2019est Athènes, dont les difficultés présentes font penser au corps entier à l\u2019agonie.Cette Grèce inventa le mot «Alètheia», la vérité, qui désigne ce qui est sans oubli.En dépit de toutes les philosophies qui se sont penchées sur le vrai et sur cette curieuse faculté trouée, la mémoire, Alexakis insiste : quand tout vient à manquer, il reste en- BERTRAND GUAY AGENCE ERANCE-PRESSE core cette mémoire qui permet de voir la vérité.De quoi se souvient-on, malgré les rétrécissements de l\u2019âge et du temps ?D\u2019une clarinette.Le narrateur a perdu ce mot, qui a fui au moment de se rendre utile, acte de plus en plus manqué, comme si la musique suffisait à cette chose qu\u2019on croyait immuable, les mots et les choses qui, alentour, se virtualisent.La Grèce, un instrument, pourtant, dans l\u2019orchestre des nations.Ruine.C\u2019est l\u2019état attristant de ce reste d\u2019empire, tant byzantin qu\u2019européen, ici en chute libre.Entre des maux inextricables, la Grèce souffre d\u2019être une porte battante pour les flots d\u2019immigrants venus risquer leur avenir en Europe.Athènes aux rideaux de fer baissés, accablée de misère.Athènes traumatisée, subissant les attaques xénophobes intestines, venin du parti d\u2019extrême droite.Aube dorée, avec ses dix-huit députés.Athènes soumise aux politiques contradictoires de l\u2019Europe, qui repousse ces immigrants pauvres dans un pays exsangue.Fantomatique Athènes, ruinée par ses divers dirigeants, usuriers et banquiers.Les mots d\u2019Alexakis décrivent, racontent la vie quotidienne, car il se rend souvent en Grèce.Sa perspective liée tant à sa culture qu\u2019à son âge fait ressentir ce que vivent les Grecs, qui fuient leur pays ou flottent dans l\u2019irréalité de leur nouvelle condition, une régression sociale majeure, la faim, tandis que la chronique se souvient de Périclès et de son célèbre discours, exaltant la bienveillance de sa cité envers les pauvres et la tolérance envers les étrangers.Collaboratrice Le Devoir LA CLARINETTE Vassilis Alexakis Seuil Paris, 2015, 351 pages REVUES SUITE DE LA PAGE E 1 et les abonnements numériques individuels», poursuit Ouellet.C\u2019est maintenant chose faite.«Mais ce n\u2019est pas facile.La concurrence est féroce, on lutte contre des conglomérats internationaux qui peuvent offrir des quantités phénoménales de magazines pour des prix dérisoires.Les cas sont différents, mais à Continuité, on arrive à couvrir nos frais de numérisation et à faire un tout petit peu plus.» Pour illustrer, Ouellet donne l\u2019exemple d\u2019un abonnement au panier culturel de la SODEP pour une université: «100$ fournissent un accès illimité à tout.Est-ce que ça enlève des abonnements individuels à nos éditeurs ?La crainte a été évoquée, et c\u2019est très difficile à mesurer.Notre gros défi, c\u2019est surtout de contrer l\u2019habitude de la gratuité sur Internet.D\u2019amener les gens à se rendre compte que s\u2019ils veulent encourager une revue, un type de contenu, ils doivent s\u2019abonner pour l\u2019encourager.» Certains éditeurs refusent sciemment de devenir une revue numérique \u2014 les cahiers littéraires Contre-jour ou Liberté, par exemple.Ce qui n\u2019empêche ni l\u2019un ni l\u2019autre de proposer des contenus virtuels, de chercher à investir, autrement, les réseaux sociaux et la Toile.«La présence électronique demeure un questionnement, indique Philippe Gendreau.Comment investir le Web sans être redondant par rapport à la revue papier et à ce qui existe déjà, avec une petite équipe et pas nécessairement de moyens supplémentaires à court terme?» Son équipe a choisi d\u2019être très active sur les réseaux sociaux, de proposer des animations et des débats, dont les captations sont ensuite lancées en ligne.On demeure loin des applications tablettes de pointe, qui semblent financièrement hors d\u2019atteinte.Se rendre au lecteur La diffusion taraude ce petit monde.Certains s\u2019appuient davantage sur les abonnements, d\u2019autres sur les ventes en kiosque.Depuis la faillite de Messageries de Presse Benjamin, il reste peu de distributeurs de magazines au Québec pour acheminer les imprimés jusqu\u2019aux étals \u2014 REVUE A BABORD ! NOUVELLES RÉSISTANCES, NOUVELLES VOIES D\u2019EMANCIPATION Avril-mai 2015, n\u201d 59, 52 pages La revue À bâbord!, comme son nom l\u2019indique, mène la charge à gauche, très à gauche, sur tous les terrains : politique québécoise et canadienne, scène internationale, féminisme, luttes autochtones, éducation et culture.Son mot d\u2019ordre: «sortir du capitalisme», comme le rappelle la politologue Diane Lamoureux dans ce numéro.Souvent près des idées de Québec solidaire, tout en critiquant les stratégies de ce parti (Simon Tremblay-Pepin), très critique du Parti québécois (Philippe Boudreau), la revue, qui donne voix à «des militantes et des militants de toutes origines», s\u2019insurge, cette saison, contre «la criminalisation de l\u2019action collective» parla répression policière et le projet de loi C-51, combat l\u2019austérité, qu\u2019elle assimile à une grossière stratégie néolibérale (Philippe Hurteau), dénonce «le ronron syndical» (Laure Blais et Élie Dion), prône une augmentation du salaire minimum (Mélanie Gauvin et Carole Henry) et cherche, en résumé, des solutions de rechange au capitalisme autres que l\u2019étatisation.Ce n\u2019est pas toujours convaincant, mais ça a le mérite de bousculer la pensée dominante.Louis Cornellier Du côté des magazines Si les revues culturelles sont à une extrémité du spectre des périodiques imprimés, les magazines grand public en seraient le pendant.Et ces derniers ont aussi leurs propres préoccupations : la taxe au recyclage imposée par le ministère de l\u2019Environnement; l\u2019absence de subventions provinciales \u2014 bien que certaines voix s\u2019opposent déjà aux subventions fédérales qui viennent parfois soutenir des magazines fort rentables ; les conséquences possibles sur les abonnements de la fin du service de livraison de courrier à domicile.Par exemple.Pour réfléchir sur ces grands dossiers, Félix Maltais (Les Débrouillards) et Robert Goyette {Reader\u2019s Digest) tentent de faire renaître l\u2019Association québécoise des éditeurs de magazines de ses cendres.LMPI et Messageries Dynamiques, essentiellement, même si certaines revues se sont tournées vers des distributeurs de livres (Gallimard, Flammarion, Dimedia).«On se retrouve avec peu d\u2019options, souligne Ouellet.Les revues culturelles ne sont pas de gros clients pour les distributeurs, qui vont avoir le réflexe de mettre en évidence et de faire la promotion des magazines qui leur rapportent le plus.On nous a demandé, pour augmenter le rendement, de diminuer la quantité de revues qu\u2019on envoie dans chaque point de vente.Mais on sait, statistiques à l\u2019appui, qu\u2019il faut au moins trois magazines expo- sés pour en vendre un.Donc, moins on distribue, moins on a de chances de vendre.Payer pour les frais d\u2019administration, pour les invendus, pour le stockage, faire le suivi, c\u2019est difficile à notre petite échelle.» Les questions se bousculent.Faut-il se regrouper pour faire le poids?Miser davantage sur une présence dans les librairies indépendantes?Se faire mieux connaître, que chaque éditeur développe son propre sous-réseau?Que la SODEP vise des points de vente davantage intéressés aux revues culturelles?A l\u2019évidence, les revues culturelles semblent destinées à devenir un village gaulois, ré- ONVENIENT REVUE L\u2019INCONVENIENT AVONS-NOUS PEUR DU POUVOIR?Printemps 2015, n° 60 Montréal, 68 pages Redisons-le : L\u2019Inconvénient est une excellente revue d\u2019idées, qui a choisi de penser le Québec et le monde à partir de l\u2019angle littéraire.Dans son numéro courant, elle explore le rapport malaisé que les Québécois entretiennent avec le pouvoir, principalement politique.L\u2019historien Éric Bédard, dans un solide essai, présente des portraits contrastés de L.-J.Papineau et de L.-H.La Fontaine, deux grandes figures de notre histoire.Radical, républicain et grand orateur, Papineau incarne l\u2019homme de l\u2019opposition permanente.Réformiste, libéral et «administrateur responsable», La Fontaine représente l\u2019homme de pouvoir pragmatique.Lun et l\u2019autre, toutefois, ont dù se contenter d\u2019un destin provincial.Cet obstacle, qui continue de s\u2019imposer, explique-t-il notre rapport trouble au pouvoir?Bédard le suggère.Ce dossier contient aussi un éclairant entretien avec le philosophe Daniel D.Jacques sur notre «fatigue politique» et un amusant «bestiaire de PKP», dans lequel le romancier Mauricio Segura tente de cerner la personnalité politique de Péladeau en s\u2019inspirant des «bêtes de prédilection du Moyen Age».Louis Cornellier REVUE ESTUAIRE CINÉMA DE POÉSIE Numéro 160 Outremont, 2015, 168 pages Après quelques remous qui ont secoué son organigramme, la revue trimestrielle de création poétique Estuaire revient, affichant un nouveau look.Nouveau format, nouveau graphisme, couleurs, illustrations pour cette année signées Annie Descô-teaux : de l\u2019enveloppe, peut-être, un écrin, mais qui met en valeur les textes de Daniel Canty, de Denise Desautels {«Hache c\u2019est hache sur le lit du pire.Nous coupe le cœur en quatre la question tension du gouffre»), de Simon Dumas, de Georgette LeBlanc {«Cécile avait rinque minutes de reste/ tchèques minutes au rêve pour s\u2019avancer longit»), d\u2019Aimée Verret, de Daphnée Azoulay.Entre autres.Des poètes de générations et d\u2019esthétiques différentes, forgeant et sculptant là une part de leur création.Catherine Lalonde sistant à la mondialisation, à la généralisation, parfois même à la numérisation?Pour la plupart des éditeurs questionnés, la spécialisation trace la voie.«Nous, on fait encore le pari du média généraliste, parce qu\u2019on pense qu\u2019il faut aborder la société comme un tout, pas par morceaux».indique de son côté le directeur de Liberté.Mais avec le désir, comme pour toutes les revues, de penser en profondeur, d\u2019analyser, de critiquer, de décortiquer et de préciser la réflexion.N\u2019est-ce pas là nécessaire ?Le Devoir LE PIGEON SUITE DE LA PAGE E 1 le Belge Nicolas Ancion, le Français Mathieu Picard et le Béninois (maintenant établi au Canada) Ryad Assani-Razaki représentent les francophonies hors de l\u2019Amérique.Soulagement: aucun de ces textes ne semble avoir été arraché à un fond de tiroir.Et si cette palpable cohésion d\u2019ensemble était à porter au compte d\u2019un précieux travail d\u2019édition, cette étape d\u2019émon-dage qui semble si souvent faire défaut à la concurrence ?Dans ,une nouvelle douce-amère, Éric Plamondon laisse tomber le rideau sur l\u2019espoir fragile de deux amoureux qui foncent vers le couchant, malgré les cahots qu\u2019ils appréhendent.Il s\u2019agit sans doute de la meilleure posture à adopter face à l\u2019avenir de la revue de création papier.Collaborateur Le Devoir LE PIGEON - NO 1 Collectif L\u2019Hexagone Montréal, 2015, 80 pages L\u2019HEXAGONE Détail d\u2019une œuvre de Mügluck qui illustre le premier numéro de la revue Le Pigeon. LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 MAI 2015 F 5 LITTERATURE BBÏHBST ÿ Les bibliothèques de rue, qui poussent un peu partout, ne sont-elles pas Un petit couac FACEME PSL/CC participatives», autant que bien des initiatives numériques?Christian P Desmeules - Le livre numérique produit son lot de nostalgiques et d\u2019insatisfaits \u2014 il m\u2019arrive d\u2019en être, mais je peux aussi en apprécier les mérites, surtout en ce qui concerne la portabilité.Virgile Stark, un bibliothécaire français qui publie sous pseudonyme un brûlot inquiet et indigné contre ce qu\u2019il appelle la «barbarie à visage numérique», fait partie de ce groupe sans l\u2019ombre d\u2019un doute.Il assume parfaitement sa position de «vieux sensualiste», attaché au poids des livres, condamnant sans réserve «l\u2019imprudence phénoménale avec laquelle nous avons forcé l\u2019éclosion du Printemps numérique».Crépuscule des bibliothèques est avant tout un appel à la prudence face aux incendiaires de la culture.«Nous sommes gavés de réponses à des questions qui ne sont jamais posées», martèle Virgile Stark au long de cette triste élégie pour le livre de papier.Pour les enthousiastes de la dématérialisation et de !\u2019« intégrisme technique», c\u2019est blanc bonnet et bonnet blanc: «Qu\u2019importe le flacon, pourvu qu\u2019on ait l\u2019ivresse ?» Au contraire, estime l\u2019auteur, le livre n\u2019a aucun véritable rival.C\u2019est un objet qui a atteint une forme parfaite, indépassable, «un chef-d\u2019œuvre adéquat à sa finalité», mariant de façon unique la forme et le fond.Il plaide pour un temps d\u2019arrêt.De quel poids, demande Stark, le e-book nous allège-t-il ?Quels étaient les limites et les désagréments du livre papier?Qui a vraiment besoin de se promener avec 1000 livres au creux de la main ?Lire sur écran est-il une expérience de même nature que de lire sur papier ?Le texte est-il tout ce qui compte ?«Le support n\u2019est pas indifférent», répond-il, tout en appelant à la résistance, au risque de devenir soi-même une chose numérique «exploitable par toutes les machines totalitaires».Virgile Stark a quant à lui été au premier rang de la révolution numérique mise en œuvre dans les bibliothèques publiques depuis déjà un certain nombre d\u2019années \u2014 il raconte avoir notamment travaillé à la BNF, rue de Tolbiac à Paris.Numérisation des collections, achat de livres numériques, prêts de liseuses, campagnes de littératie informatique, soirées consacrées aux jeux vidéo, accès à distance.Du café et des beignes avec ça?Ça se fait déjà.Mais de simples livres, du silence ?Épure numérique Tout est fait désormais pour «pimper» ces lieux qui semblent être devenus de grands espaces ludiques gavés au «supernouveau».Les bibliothèques ont quelquefois même changé d\u2019appellation, se muant en médiathèques, passant des lieux de savoir qu\u2019ils étaient à des lieux de divertissement.Toutes les initiatives sont bonnes afin de lutter contre les «stéréotypes négatifs qui pèsent sur l\u2019image de la bibliothèque».On y vient désormais pour «fureter» sur Wikipédia plutôt que pour consulter patiemment VEncyclopædia Universalis, devenue lourde avec ses trente volumes poussiéreux qu\u2019il faut manipuler, aride, voire ringarde, figée et terriblement non participative.De toute manière, la publication de la version papier a été arrêtée en 2012.Autant en emporte le vent.Pourtant, quoi de plus parti- a.Deviendrait-il un pseudo-Uvre accompli, avec des pseudopages souples et couvertes d\u2019une encre électronique renouvelable \u2014 comme on l\u2019annonce \u2014, il ne serait encore qu\u2019un ersatz du livre, honteux d\u2019être revenu à son point de départ, et dont la seule vertu serait qu\u2019il endiguerait la mort des arbres (mais au prix de la mort de combien d\u2019hommes, asphgxiés par la pollution de ses déchets indestructibles?).Il lui manquerait encore la diversité du format, la fragilité, les parfums et, tout simplement, l\u2019identité singulière.yy Extrait de Crépuscule des bibliothèques cipatifque l\u2019une de ces petites bibliothèques de rue, en forme d\u2019armoire, de cabane d\u2019oiseau ou de niche, qui fleurissent ici et là dans certains quartiers de Montréal?Des initiatives qui font des livres des objets vivants, organiques, palpables.Ce qu\u2019ils ont toujours été avant l\u2019espèce d\u2019hystérie hypnotique en faveur du numérique.A l\u2019automne 2013, la Ville de San Antonio, au Texas, ouvrait la Bexar County Digital Library, la première bibliothèque 100% numérique.Un espace épuré rempli d\u2019écrans et d\u2019ordinateurs, sans le moindre livre et sans poussière.Une terrifiante vision du futur.Une fenêtre ouverte sur l\u2019oubli, la marchandisation, la censure appréhendée.Certains fâcheux littéraires résistent à leur façon, tentent de ralentir à la force du poignet l\u2019avancée du rouleau compresseur du numérique et de son «bonheur comateux».Comme Milan Kundera, dit-on, qui interdit l\u2019adaptation de ses livres au format numérique.«Il m\u2019arrive de me tenir devant ma bibliothèque personnelle, écrit Virgile Stark, assis ou debout, et de la parcourir longtemps des yeux, comme un vitrail qui ne cesse jamais de révéler sa beauté et sa signification.J\u2019aime à croire qu\u2019elle est un temple édifié par ma quête et mon errance, un endroit secret, connu de moi seul, une cave profonde aux murs recouverts de chants et d\u2019axiomes, un musée de mes rencontres, parsemé de grandes statues vivantes qui se parlent, et dont les voix dissemblables se fondent pourtant en un concert harmonieux.» Un pilonnage en règle de l\u2019enthousiasme numérique, parfaitement conscient de déplaire.Un petit couac qui ne sera pas beaucoup entendu.CRÉPUSCULE , DES BIBLIOTHEQUES Virgile Stark Les Belles Lettres Paris, 2015, 210 pages TELESCOPE HUBBLE Après la déception, l\u2019éblouissement PAULINE GRAVEL Pour souligner le 25® anniversaire de la mise en orbite du télescope spatial Hubble, la maison d\u2019édition allemande Taschen immortalise en grand format les plus beaux clichés croqués par cet œil de lynx mis au point par la NASA avec la collaboration de l\u2019Agence spatiale européenne.C\u2019est en effet le 24 avril 1990 que la navette Discovery s\u2019envolait avec à son bord le télescope Hubble, que l\u2019on mettra en orbite à 560 kilomètres au-dessus de la Terre, où sa vision ne sera pas brouillée par l\u2019atmosphère terrestre.Les premières images transmises par Hubble déçoivent en raison d\u2019une imperfection de son miroir.L\u2019ajout d\u2019une len- tille correctrice permettra à cette prouesse technologique de nous offrir à partir de 1993 des photographies d\u2019une clarté inégalée, souligne dans Expanding Universe John Mace Grunsfeld, un ancien astronaute ayant participé à trois missions de maintenance du télescope.A partir de ce moment, Hubble n\u2019a pas cessé d\u2019éblouir scientifiques et simples quidams en dévoilant des étoiles en éclosion ou en processus de désintégration, des collisions entre galaxies, des nébuleuses, ces spectaculaires nuages de gaz et de poussières interstellaires, voire une galaxie située à 13,3 milliards d\u2019années-lu- mière et qui se serait formée 500 millions d\u2019années après le Big Bang, c\u2019est-à-dire quelques minutes à l\u2019échelle cosmique.Couleurs ajoutées Toutefois, il ne faut pas croire que les images qu\u2019Hub-ble envoie à la Terre sont les époustouflantes photographies aux teintes irisées qui émeuvent le grand public et qui composent l\u2019essentiel de ce beau livre.Hubble transmet de banals clichés en noir et blanc de très faible luminosité que l\u2019on enrichit de couleurs correspondant à d\u2019autres données collectées par le télescope, telles que les niveaux d\u2019infrarouges.d\u2019ultraviolets, de micro-ondes, de rayons X et de rayons gamma.Même s\u2019ils sont ajoutés, «les coloris ne sont pas arbitraires», précise Zoltan Levay, directeur de l\u2019équipe d\u2019imagerie du Space Telescope Science Institute.Principalement composé de photos, ce beau livre comprend aussi d\u2019intéressants commentaires en anglais, en allemand et en français.Le Devoir EXPANDING UNIVERSE Photographs from the Hubble space telescope Charles E Bolden Jr, Owen Edwards, John Mace Grunsfeld et Zoltan Levay Taschen Cologne, 2015, 262 pages La Vitrine IAN RANKIN DEBOUT DANS LA TOMBE DUN AUTRE POLAR DEBOUT DANS LA TOMBE D\u2019UN AUTRE Ian Rankin Traduit de l\u2019anglais par Freddy Michalski Éditions du Masque Paris, 2014, 477pages L\u2019inspecteur Rebus est à la retraite.Enfin, pas vraiment.Le voilà maintenant installé comme consultant aux «cold cases», l\u2019unité des crimes non résolus, puisque c\u2019est là qu\u2019on case en Écosse les flics retraités qui ne veulent pas vraiment oublier le métier et passer à autre chose.On se demande d\u2019ailleurs ce que ferait John Rebus s\u2019il n\u2019était pas flic.Surtout que son vieil « ami » Cafferty le mafieux lui colle aux fesses et que ça intéresse beaucoup Malcolm Fox, de la police des polices.Donc, Rebus enquête sur la disparition d\u2019une jeune fille le long de l\u2019A9 il y a 20 ans.lorsqu\u2019en survient une autre au même endroit.Le nouveau « retraité » trouvera le moyen de se faire réintégrer le temps de l\u2019enquête, et voilà, bien sûr, que Fox se lancera à ses trousses.Rebus parviendra-t-il à résoudre l\u2019affaire ?Sa réintégration ne sera-t-elle que temporaire ?Plongez dans cette histoire abracadabrante pimentée d\u2019humour noir et menée à fond de train.et vous verrez bien.Même que, garanti, la finale vous laissera pantois.Il y a longtemps que Rankin n\u2019avait semblé s\u2019amuser autant.Michel Bélair BANDE DESSINÉE UNE RESPIRATION LENTE ET PROEONDE Catherine Parent et Mathieu Forget Collection NSD Montréal, 2015, 52 pages Le sujet n\u2019est pas facile, mais il est plutôt bien mené : accompagner quelqu\u2019un dans la mort ne finit-il pas par tuer, pas abattre, par faire doucement disparaître ?C\u2019est la question que pose cette œuvre mi-sombre, mi-lumineuse, qui établit ses quartiers dans l\u2019antichambre du Grand Départ.On y suit le quotidien d\u2019une femme de 53 ans amenée chaque jour au chevet d\u2019un mari cancéreux et comateux.En voyant une vie sur le bord de l\u2019Achéron, elle va remonter le fil de la sienne en espérant y trouver le gain dans la perte.Scénarisée par Forget, illustrée par Parent, cette mise en image de l\u2019humanité a de la sensibilité dans le propos, comme dans le dessin, mais souffre ici et là d\u2019un découpage hasardeux qui finit par nuire à la densité de la démarche.Une démarche d\u2019ailleurs prépubliée dans la revue confidentielle et trimestrielle de bédé NSD Nul si découvert, qui a existé entre 2002 et 2004, avant de trouver son chemin dans une édition imprimée qui vient tout juste de sortir.Fabien Deglise ESSAI 11 BREFS ESSAIS CONTRE L\u2019AUSTERITE Sous la direction de lanik Mardi Somme toute Montréal, 2015,204 pages Trois arguments, note l\u2019économiste lanik Marcil, sont matraqués pour justifier les politiques d\u2019austérité : l\u2019état calamiteux des finances publiques, l\u2019urgence de renverser la situation pour éviter qn désastre et l\u2019obligation de réduire les dépenses de l\u2019État comme seule solution.Pourtant, continue Marcil, les trois arguments sont très contestables : le déficit actuel n\u2019est pas inquiétant, la dette québécoise n\u2019a pas augmenté par rapport à la taille de l\u2019économie depuis 2003 et la possibilité d\u2019augmenter les revenus pour équilibrer le budget existe.Il faut donc conclure que les politiques d\u2019austérité cachent une approche idéologique visant «la privatisation tranquille des services publics».Les douze auteurs réunis dans ce collectif exposent avec clarté les effets toxiques de ces politiques dans une foule de domaines.Ils font comprendre que l\u2019austérité est moralement injustifiable et économiquement inefficace.Au prétendu « réalisme » des gouvernements Harper et Couillard, ils opposent des solutions de rechange raisonnables et équitables.Louis Cornellier //fcre/s L'AUSTERTE Soirée littéraire avec Monique Proulx Photo: Martine Doyon Mercredi 6 mai 19 h 30 Une étonnante réflexion sur les liens qui nous unissent aux origines de Montréal Animation Claudia Larochelle Contribution suggeree 5 $ \t\t \t\t \t\t F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI ET DIMANCHE 3 MAI 2015 ESSAIS Dem coqs à la Maison-Blanche Louis CORNELLIER O ill Clinton et Barack Obama appartiennent, en principe, à la même famille, celle du Parti démocrate américain.Pourtant, s\u2019il faut en croire le journaliste Edward Klein, ils se détestent souverainement.Obama incarnerait l\u2019aile gauche du parti et n\u2019aurait jamais pardonné au centriste Clinton d\u2019avoir déclaré, en 1996, lors du discours sur l\u2019état de l\u2019Union, que «l\u2019ère de l\u2019Etat omniprésent est révolue».Plus encore, continue Klein, Obama détesterait Clinton parce qu\u2019il retrouverait chez lui ses propres attitudes, c\u2019est-à-dire «sa tendance à chapitrer les autres, sa foi en sa propre destinée, son insistance sur son importance politique».Selon une source anonyme rencontrée par Klein, Clinton, de son côté, aurait déclaré haïr Obama plus que n\u2019importe qui au monde.La vraie raison de cette antipathie réciproque, au fond, est simple : les deux hommes seraient engagés dans une guerre d\u2019influence pour le contrôle du Parti démocrate et, par conséquent, de la Maison-Blanche, guerre dans laquelle presque tous les coups sont permis.C\u2019est ce que raconte Edward Klein dans Obama vs Clinton.La guerre des clans, un passionnant ouvrage très controversé, qui a été un succès de librairie aux États-Unis en 2014 et que publient les éditions de l\u2019Homme au Québec.Mélange de grand reportage politique, d\u2019enquête et de journalisme à potins, ce livre nous entraîne dans les coulisses du pouvoir au moment où Obama tente de se faire réélire à la présidence en 2012./ Echange de bons procédés En août 2011, les sondages inquiètent le président et ses conseillers.La cote de popularité d\u2019Obama, à 41%, n\u2019annonce rien de bon.Que faire pour renverser la tendance ?David Plouffe, stratège d\u2019Obama, suggère de faire appel au démocrate le plus populaire du pays, Bill Clinton.En 2008, l\u2019appui de l\u2019animatrice Oprah Winfrey avait permis au candidat démocrate d\u2019amasser des millions de dollars et peut-être un million de voix.Cependant, pour 2012, Winfrey ne veut plus rien savoir.Elle a l\u2019impression d\u2019avoir été trahie par Obama, qui n\u2019a pas donné suite à sa promesse de lui réserver un accès privilégié à la Maison-Blanche.L\u2019appui de Bill Clinton devient donc la carte maîtresse du président.Or, on l\u2019a dit, les deux hommes ne peuvent pas se blairer.Selon Clinton, « Obama était un président faible, qui n\u2019avait pas gagné le droit de rester au pouvoir».Le clan du président, lui, accuse Clinton de vouloir prendre toute la place.Michelle Obama et Valerie Jarrett, la conseillère la plus proche du président, toutes deux Afro-Américaines, AU SEIN DE LA MAISON-BLANCHE POLITIQUE AMERICAINE AU SEIN DE LA MAISON-BLANCHE Charles-Philippe David Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2015,1184 pages Le politologue québécois Charles-Philippe David est un des plus éminents spécialistes francophones de la politique étrangère américaine.Dans cette somme, que l\u2019éditeur présente comme la «bible du système décisionnel américain», David explique brillamment et par le menu comment les présidents, depuis le milieu du XX'^ siècle, prennent leurs décisions en matière de politique étrangère.Les acteurs, dans ce processus, sont nombreux (président, conseillers, institutions, opinion publique) et leurs intérêts, souvent divergents, ce qui explique le caractère imprévisible des décisions.«De la combinaison d\u2019un style [présidentiel] personnel et d\u2019un mode de gestion naît une politique étrangère propre à chaque Administration [sic] », écrit David pour conclure cet éblouissant travail, qui ne laisse rien au hasard.Sur le même sujet, paraît aussi, en Erance, aux Presses de Sciences Po, sous la direction de Charles-Philippe David, La politique étrangère des Etats-Unis.Louis Cornellier soupçonnent même les Clinton d\u2019être racistes.Un accord tacite sera néanmoins conclu : Bill Clinton fera campagne pour Obama en échange de l\u2019appui de ce dernier à la candidature d\u2019Hillary Clinton à la présidence en 2016.«Les politiques, explique Klein, ressemblent aux Etats-nations: ils n\u2019ont pas d\u2019amis mais des intérêts permanents.» On ne saura jamais si les interventions de Bill Clinton lors de la campagne présidentielle de 2012 sont ce qui a permis la réélection d\u2019Obama.Klein raconte toutefois que l\u2019inimitié entre les deux clans n\u2019a pas connu d\u2019accalmie, bien au contraire.Obama, depuis, n\u2019a jamais voulu confirmer qu\u2019il appuierait Hillary en 2016 \u2014 le 11 avril dernier, jour précédant l\u2019annonce officielle de la candidature de M™'' Clinton, Obama s\u2019est contenté de déclarer qu\u2019«e//e ferait une excellente présidente» \u2014 et les Clinton continuent de saper l\u2019autorité du président par diverses manœuvres.Secrets intimes Klein, tout au long de son enquête, prend un malin plaisir à révéler les secrets intimes des protagonistes.Il présente Michelle Obama comme une femme «très autoritaire», imbue d\u2019elle-même et jalouse.Il dépeint Barack Obama en président arrogant et indifférent, qui passe ses vacances à fumer et à manger des chips et des caramels au lit.Les Obama, apprend-on, feraient chambre à part.Les Clinton, eux, mèneraient depuis vingt ans des vies distinctes et n\u2019auraient plus de rapports sexuels, selon une des meilleures amies d\u2019Hillary.Tous deux aux prises avec des problèmes de santé importants (un cœur fragile dans le cas de Bill et des problèmes de caillots de sang et de thyroïde dans le cas d\u2019Hillary), ils se disputeraient fréquemment, comme les Obama, et auraient subi des chirurgies esthétiques (une évidence pour l\u2019œil).Ces potins, reconnaissons-le, sont piquants et contribuent à la fascination qu\u2019exerce cet ouvrage sur le lecteur.Le problème tient à ce qu\u2019ils reposent presque toujours sur des sources anonymes, une méthode fréquemment reprochée à Klein.Dans une note au lecteur, Klein s\u2019en justifie en expliquant que ses sources, nombreuses, ont exigé cet anonymat et que, sans elles, il n\u2019aurait pu raconter des histoires importantes.On peut lui donner raison dans certains cas (enjeux politiques) et avoir des réserves dans d\u2019autres cas (secrets d\u2019alcôve).Le La Grande Guerre de l\u2019Ancien Monde Le conflit de 1914-1918 suscita au Québec un pacifisme novateur MICHEL LAPIERRE La Première Guerre mondiale provoque au Québec des réprobations morales méconnues.Henri Bourassa, directeur du Devoir, élabore, dès 1915, un pacifisme chrétien qui dépasse son opposition à l\u2019impérialisme britannique, au point où une partie du clergé d\u2019ici l\u2019accuse de saper l\u2019effort piilitaire du Canada.D\u2019un point de vue laïque, Éva Circé-Côté, dans Le Monde ouvrier, ira jusqu\u2019à préconiser une rééducation populaire pour «ne plus se laisser enrôler».Voilà des éléments saisissants qui, grâce à l\u2019ouvrage collectif Le Québec dans la Grande Guerre, publié sous la direction de Charles-Philippe Courtois et Laurent Veyssière, enrichissent nos connaissances des répercussions, chez nous, du conflit survenu entre 1914 et 1918.Dans l\u2019introduction, les deux historiens rappellent que «jamais dans l\u2019histoire de l\u2019humanité autant d\u2019hommes n\u2019ont été prêts à se battre en aussi peu de temps».C\u2019est dire que la paix urgente que souhaite Bourassa acquiert une dimension nouvelle, capitale, comme Jean-Philippe Warren, l\u2019un des 13 collaborateurs, le fait ressortir dans l\u2019excej-lent chapitre qu\u2019il consacre au journaliste.A M*\u2019\u2019 Paul Bruchési, archevêque de Montréal, qui soutient que le Canada et le reste des Alliés sont «les champions du droit et de la justice», le directeur du Devoir préfère écouter Benoît XV qui juge la notion de guerre juste «historiquement démodée et théologiquement inadéquate».L\u2019éducation A travers le monde, les conservateurs au sens le plus large faisaient, même parmi les catholiques, la sourde oreille à la voix du pape pacificateur et neutre qui s\u2019élevait contre «l\u2019horrible boucherie qui déshonore l\u2019Europe».Warren a raison de souligner que, tournée vers Rome, la noble pensée de Bourassa était inefficace, car la papauté, «si elle conservait une certaine audience spirituelle, avait désormais perdu à peu près toute influence temporelle».Quant à Cari Bouchard, il a le mérite 4\u2019aborder le pacifisme radical de la journaliste Éva Circé-Côté qui rejette, dans le Québec d\u2019alors, le cléricalisme et aussi «l\u2019orgueil de race» que vilipendait déjà Bourassa.Après l\u2019hécatombe de la Grande Guerre, la libre penseuse trouve «vains» les discours sur la paix «puisqu\u2019on ne tue pas le mal» ainsi, mais «en éduquant les enfants d\u2019une autre manière que par le passé».Caroline D\u2019Amours et Yves Tremblay établissent que le peu d\u2019empressement des Canadiens anglais de naissance à combattre en Europe, à l\u2019opposé des natifs de la Grande-Bretagne immigrés au Canada, les rapprochait plus qu\u2019on ne le croyait des Canadiens français.Cela confirme la vision qu\u2019avait Éva Circé-Côté des Canadiens: «Le militarisme ne nous emballe pas.Nous avons préféré nous battre avec les bataillons verts de nos forêts.» Comme si la guerre totale n\u2019était pas faite pour le Nouveau Monde.Collaborateur Le Devoir LE QUÉBEC DANS LA GRANDE GUERRE Engagements, reeus, héritages Sous la direction de Charles-Philippe Courtois et Laurent Veyssière Septentrion Québec, 2015, 216 pages MARK LENNIHAN ASSOCIATED PRESS PABLO MARTINEZ MONSIVAIS ASSOCIATED PRESS En septembre 2012, Barack Obama s\u2019apprête à prendre la parole lors d\u2019une conférence à New York de la Clinton Global Initiative.plaisir de lecture en est certes augmenté, mais la crédibilité en souffre.Ajoutons enfin que Klein, 78 ans, qui a travaillé au Newsweek et au New York Times et qui collabore aujourd\u2019hui au magazine Vanity Eair, cache mal son opposition au programme d\u2019Obama, qu\u2019il taxe d\u2019amateurisme et d\u2019extrême gauche (!), un parti pris déplaisant, mais compensé par l\u2019intérêt général de l\u2019ouvrage.louisco@sympatico.ca OBAMA VS CLINTON La guerre des clans Edward Klein Editions de l\u2019Homme Montréal, 2015, 240 pages Monique PROULX CE QU\u2019IL RESTE DE MOI «Un roman qui m\u2019a comblé.» René Homier-Roy, Radio-Canada, Culture club «D\u2019ores et déjà, Ce qu'il reste de moi mérite d\u2019être considéré comme un des grands romans sur Montréal, parce qu\u2019il est à l\u2019image de la ville: grandiose, stimulant, chaotique, ouvert aux marginaux et aux différences.» Martine Desjardins, L\u2019actualité «C\u2019est vraiment magistral, intéressant, intelligent, brillant ! » Chrystine Brouillet, TVA, Salut, Bonjour I Week-end «L\u2019éblouissante Monique Proulx livre avec Ce qu'il reste de moi un romanambitieux, à la portée universelle.» Marie-France Bornais, Le journal de Montréal «L\u2019équipe du Canadien, la Nuit blanche, la fondatrice Jeanne Mance, la crise du verglas, l\u2019émission Tout le monde en parle, les juifs hassidiques, l\u2019art contemporain, les Premières Nations, le mouvement Occupy: tout cela et tant d\u2019autres choses traversent, avec grâce.Ce qu'il reste de moi, nouveau roman de Monique Proulx.» Marie-Christine Blais, La Presse Monique Proulx CF.QU\u2019il RESTE DE MOI Boréal www.editionsboreal.qc.ca Roman PJ lîorcjl 432 pages \u2022 29,95 $ \u2022 pdf et ePub : 21,99 $ "]
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