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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-05-09, Collections de BAnQ.

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[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MAI 2015 â ¦O*'.» JEAN-FREDERIC LÉGARÉ-TREMBLAY Arpenter les steppes de la Mongolie, c\u2019est croiser des nomades au regard stoïque, impassible.Mais plus qu\u2019un regard, ce sont des caractères qui se forgent à coups d\u2019hivers sans merci, affrontés sans autre défense qu\u2019une yourte chauffée par un petit poêle carburant aux bouses séchées.Ce milieu, qui ne pardonne pas, est propice au polar.Dans son récent Les temps sauvages (Albin Michel), le Français lan Manook (alias Patrick Manoo-kian) retrouve cette implacable Mongolie avec l\u2019enquêteur Yerul-delgger, que l\u2019on a connu dans le polar éponyme paru en 2013.Grand bourlingueur qui a pris jeune l\u2019habitude de «voyager comme une éponge», Manook a arpenté le pays pendant plusieurs semaines en 2007 avec sa plus jeune fdle.11 peint ainsi une Mongolie que l\u2019on reconnaît pleinement, pour peu qu\u2019on la connaisse, et qui devient sous sa plume «un personnage à la fois charmant, séduisant et très violent», comme l\u2019affirme Mqnook en entrevue au Devoir.A preuve.Les temps sauvages s\u2019ouvre sur une steppe immaculée, splendide, mais vitrifiée par le froid et le blizzard du dzüüd, ce «malheur blanc» qui décime les troupeaux par milliers certains hivers.Telle une arme, le froid polaire lan Manook tiendra plusieurs personnages en joue tout au long du récit.«On pense que le nomadisme, c\u2019est un phénomène débonnaire où les gens déambulent gentiment dans un joli paysage.Mais pas du tout, dit-il.C\u2019est une technique de survie en milieu hostile.Il n\u2019y a pas de nomades sans milieu hostile.» Oulan-Bator, cruelle et fascinante Loin de se sédentariser dans la steppe, l\u2019histoire voyage en Russie, en France et, bien sûr, à Oulan-Bator, une capitale qui porte elle aussi sa part d\u2019hostilité.Là encore, les éléments font la vie dure aux habitants.Comme l\u2019air vicié, qui la place au deuxième rang des villes les plus polluées au monde et tue ses résidants par centaines chaque année.« Ce que j\u2019ai toujours aimé dans les villes, c\u2019est leur double face, avec les bas-fonds, les drames.Les villes sont comme des forteresses assiégées en permanence», affirme le voyageur en évoquant au passage le New York des années 1960 et le Berlin au temps du rideau de fer.«A Oulan-Bator, il y a ce côté postsoviétique qu\u2019on laisse se déliter.puis le côté ultramoderniste, qu on veut développer à tout prix, P ursuit-il.Et, enfin, ce retour à la vte spirituelle qui ferait d\u2019Oulan-Bator, avec le Tibet, la seule capitale du bouddhisme tibétain au monde.Cette combinaison des trois, c\u2019est fascinant.» Fiction d\u2019actualité Pourtant, chez Manook, la vie spirituelle s\u2019exprime avant tout dans le chamanisme.11 y a une raison : cette médiation entre les humains et les esprits connaît un énorme regain de popularité depuis la fin du communisme, au début des années 1990.Le chamanisme avait été marginalisé par le bouddhisme puis interdit par le régime soviétique.Mais aujourd\u2019hui, rares sont les Mongols qui, du désert de Gobi aux quartiers cossus d\u2019Oulan-Bator, ne consultent pas un chaman.Là aussi, le terreau était fertile pour l\u2019auteur.«La culture chamanique a une approche des notions essentielles au polar \u2014 la mort, la violence, le destin \u2014 qui est très différente des approches occidentales, indique Manook.Ça donne une aspérité différente à mes personnages.C\u2019est ce que j\u2019ai cultivé chez eux.» Dans Les temps sauvages, la fiction repose sur une actualité mongole bien réelle.Celle de l\u2019intrigue d\u2019abord, inspirée de véritables faits divers récents qui vont d\u2019un réseau occulte entre la France et le pays de Gengis Khan à une af-fafre mêlant espions et politiques mongols.Puis l\u2019actualité de la Mongolie elle-même, tiraillée entre deux mondes: celui des steppes et des nomades, que désire conserver Yeruldelgger, et celui des tours de verre et des Mac Book Pro, que sa collègue Oyun appelle de ses vœux.Deux Mongolie qui cohabitent non sans frictions, dans le contexte d\u2019une croissance économique catapultée par l\u2019exploitation minière.D\u2019ailleurs, presque exprès, Manook parsème son récit de iPhone et de chaînes stéréo Sound Tech Bose quî meublent les yourtes de la steppe.«Je l\u2019ai fait pour deux raisons, exphque-t-11.D\u2019une part, parce que j\u2019ai été véritablement surpris de capter en Mongolie mieux qu\u2019en France des communications avec mon téléphone intelligent.Mais aussi pour dire que ce n\u2019est pas ça qui va tuer le nomadisme.Son fossoyeur, c\u2019est le changement provoqué \u2014 consciemment ou non \u2014 par le VOIR PAGE F 2 : STEPPES Le goût des autres: la poète Annie Lafleur relit Marie Uguay Page F 2 Louis Hamelin sur la banalité du malheur et la diversion du bonheur Page F 5 PierreBOURGAIlLT ARCHIVES LE DEVOIR Affiche du RIN à l\u2019élection provinciale de 1966 INDEPENDANCE Une histoire du RIN Si, d\u2019aventure, vous voulez lancer un nouveau parti politique, parce que vous trouvez que le Parti québécois n\u2019est plus ce qu\u2019il était, que c\u2019était mieux dans le temps, quand René Lévesque n\u2019avait pas un sou et que tout était broche à foin, ce livre vous dira comment procéder.Vous saurez partir de rien.Ou de si peu.JONATHAN LIVERNOIS Ce livre, ce ne sera pas l\u2019histoire du RIN, mais une histoire, parmi d\u2019autres peut-être.Elle a été écrite par l\u2019avocat Claude Cardinal, qui rappelle, dans une note personnelle, qu\u2019il a lui-même adhéré au parti indépendantiste à l\u2019âge de 16 ans.Il faudra attendre 450 pages de cette Histoire du RIN pour voir apparaître de nouveau ce sujet, à travers, surtout, ses conclusîons sur l\u2019héritage du premier grand parti Indépendantiste, dans un style un peu grandiloquent qui détonne du reste.Entre les deux moments, une histoire, Intéressante, sous forme de chronique.Avec ce que le genre comporte de risques et d\u2019avantages.D\u2019abord, on se rappellera qu\u2019il faut toujours se sortir d\u2019un parti qui n\u2019est pas dans le vent.On aura la décence de ne pas en nommer un aujourd\u2019hui.L\u2019exemple de l\u2019époque est l\u2019Alliance laurentienne, jeune de cœur (1957) mais plutôt vieille d\u2019esprit.Le parti de Raymond Barbeau n\u2019est pas exactement un parti de gauche : la devise de sa revue, Lau-rentie, est «Dieu, famille, patrie».De ce parti se détachent rapidement les figures d\u2019André d\u2019Allemagne et de Marcel Chaput, qui ne sont pas à l\u2019aise dans cet environnement où le corporatisme et la religion prennent encore beaucoup de place.La mode de 1960 n\u2019est pas au motif Salazar.D\u2019Allemagne et Chaput fondent donc le Ralliement pour l\u2019indépendance nationale.Vous aiuez tous les détails de la vie et de la mort de ce mouvement: les finances, les toiunées, le passage au statut officiel de parti (en 1963), les réflexions idéologiques (l\u2019indépendance au bout du projet de société ou VOIR PAGE F 4 : RIN F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MAI 2015 LIVRES Marie dans les arbres Le goût des autres, c\u2019est ce lieu où un auteur lit, commente ou critique l\u2019oeuvre d\u2019un autre à qui il voue une très grande admiration.Aujourd\u2019hui, Annie Lafleur relit une énième fois le Journal de Marie Uguay, qui vient d\u2019être réédité.Née à Montréal en 1980, Lafleur est poète, et Rosebud (Quartanier, 2013) est son plus récent recueil.Elle est aussi du comité de rédaction de la revue Estuaire.ANNIE LAFLEUR Dans le cours de poésie québécoise du collège où j\u2019étudiais, le documentaire de Jean-Claude Labrecque achevait.Marie allait mourir.Les étudiants se levaient d\u2019un même mouvement, pressés d\u2019aller s\u2019asseoir ailleurs.J\u2019ai attendu que la classe se vide, immobile, tête tressée, tête baissée.Puis je me suis levée, comme pour prendre la parole.Mon professeur m\u2019a laissé pleurer sans rien ajouter d\u2019autre, sinon un livre beige et un livre turquoise.L\u2019outre-vie et Autoportraits-, éditions originales qui ne m\u2019ont plus quittée.La semaine précédente, j\u2019avais dû sortir de cette classe, prise d\u2019un fou rire irrépressible.Décidément.C\u2019était la faute de la poésie.Je lus L\u2019outre-vie (1979) en premier.C\u2019était un grand cahier d\u2019images qui faisaient craquer les mots.Il n\u2019y avait que des boucles, jamais de points.Beaucoup de blanc, de traits au plomb et de pattes de mouche légués par mon prof.Je voyais ces mots avec mes yeux d\u2019enfant.Je les lisais avec mes yeux d\u2019aujourd\u2019hui.L\u2019image d\u2019une joue contre le peuplier qui tangue doucement au vent, c\u2019étaient des kilomètres de cette race d\u2019arbre au fond du jardin chez ma marraine: «Je voudrais fléchir ma joue / sur la joue des peupliers».Marie avait repeuplé ma tête de vastes souvenirs.Avec ces poèmes venait le pacte de l\u2019abandon absolu à toutes les formes d\u2019être et de ressenti ; être exactement soi-même et éprouver le monde avec cette exigence radicale, vertigineuse.Cette façon de récolter des matériaux secs à proximité pour rallumer des sentiments lointains, encore humides, c\u2019est Marie Uguay.Et pour cela.L\u2019outre-vie est devenu mon livre d\u2019île déserte, un éblouissement qui me force à fermer les yeux pour en retenir la chaleur primaire.Tenir journal Enfant, ma mère avait compris que le journal intime saurait profiter de mon imagination exaltée, se chargeant de me fournir en stock de cahiers, lesquels s\u2019écoulaient rapidement, et dont certains voyaient leur fermoir à serrure étranglé et torturé par des pinces à menuiserie : clé introuvable.Hystérie.Je me souviens de l\u2019un d\u2019entre eux particulièrement, un peu coussiné, au quadrillé mauve.Une Cadillac, stylo assorti.J\u2019avais 11 ans.J\u2019y consignais tout, à la minute près.Une seule page me revient encore à l\u2019esprit, là où j\u2019avouai une première pulsion de mort, où il était question d\u2019un couteau plein de reflets acérés et du désespoir insolent d\u2019un après-midi ensoleillé qu\u2019on me refusait.Vivement les Lego, Lili, Jean-Bernouille et la machine à écrire de ma cousine.Artillerie plus lourde que moi, que je finis par casser comme tout ce que je possédais, journaux inclus, chat en peluche exclus.Des années plus tard \u2014 J ONF Le réalisateur Jean-Claude Labrecque et la poète Marie Uguay lors du tournage du film Marie Uguay (1982) même cégep, autre cours \u2014, nous devions tenir journal et le remettre au professeur à la fin de la session.Moi qui avais délaissé ce rituel depuis l\u2019enfance, j\u2019eus quelques hésitations à me livrer à un exercice que je trouvais désormais ardu, pour ne pas dire répugnant.Tenir journal demandait une certaine discipline et un don de soi que je n\u2019arrivais plus à stimuler.Tout ce que j\u2019écrivais était rationné en poèmes.Force est d\u2019admettre que ce cahier n\u2019y échappa guère.J\u2019avais peur de son ombre, trop près de la mienne.En me refusant longtemps la forme du journal à l\u2019âge adulte, j\u2019écartai aussi celle que Marie Uguay, Sylvia Plath, Susan Sontag et Virginia Woolf privilégiaient: une alternance entre la pratique de l\u2019écriture et la pratique de soi.Ainsi, la somme de mes souvenirs est cryptée hermétiquement dans mes poèmes.Quelques rares fuites laissent entrevoir un frère, un jouet, une flèche, ce que le journal intime aurait probablement corroboré à sa manière.Mais encore.Un écrivain sans journal, est-ce encore un écrivain?Journal, poème, récit, nouvelle, roman, alouette; puisqu\u2019il s\u2019agit de retranscrire un sentiment avec intransigeance, pense Marie, alors qu\u2019importent la forme, le lieu, le territoire des mots?Jusqu\u2019à la dernière lettre, «l\u2019aventure, c\u2019est la texture même des mots».Douze cahiers Journal ou non, celui de Marie Uguay transcende la mort.Il survit à la mutilation du corps, à la vitalité désespérée, à la noirceur fulgurante et aux brûlures qui n\u2019éclairent rien.A l\u2019amour qui salive dans les arbres, derrière les fenêtres claires.C\u2019est l\u2019arène silencieuse où Marie nous apprend à lire sa voix, celle qui traverse l\u2019outre-monde : « Quand je renaîtrai d\u2019entre les laideurs, quel plaisir m\u2019éclairera en surface et en profondeur, fera de moi ce que je suis et qui m\u2019attend ?Moi seule sans regards et sans mains.Quand vaisfe voir et toucher et vivre ?» Les douze cahiers que compose le Journal de Marie Uguay ont la puissance d\u2019un esprit invaincu par la tragédie du corps.Ici, l\u2019appel du journal s\u2019est fait sentir aussi fortement que celui du poème, qui le traverse, le borde, l\u2019élève plus haut que le peuplier.C\u2019est le journal des possibles et des impossibles, «la pomme qui tombe, livrant le parfum de sa blessure».A la mémoire de Martine Paquet, ma grande amie emportée par un cancer le 2 mai 2013.JOURNAL Marie Uguay Boréal compact Montréal, 2015, 331 pages POESIE Carole David en noir et blanc HUGUES CORRIVEAU L> éclatement sous toutes < ses formes force le paysage urbain à se morceler, à se fractionner, multiplie les instantanés violents qui hantent la poète.Ville crépusculaire, mémoire démembrée qui met le point focal sur les petites filles brisées dans leurs désirs, accablées.Terrible temps, terrible époque.Le démantèlement dans les ruines tient le lieu en souffrance.On y survit à peine.C\u2019est déjà le glauque au cœur de l\u2019inhumain: «Nous avons aspiré les effluves du sanatorium : / résidus de poumons, cigarettes tronçonnées, / bêcher s incendiés, salle de l\u2019amour contaminé;/seule je fais l\u2019inventaire de nos maladies», confie l\u2019auteure du désarroi.Frissons d\u2019âme à l\u2019orée de l\u2019émoi.Qu\u2019elle retourne à l\u2019enfance ou à la manière dont la vie là se façonne, quelque beauté qui s\u2019y cache, toujours les couteaux, les bêtes du sombre qui ressurgissent pour tailler en pièce tout déterminisme.Nulle petite fille n\u2019a droit à la tranquillité du corps.Carole David sait que rien n\u2019y fait, que nulle illusion ne peut guérir l\u2019enfoui: «ma vie végétale faite de souvenirs cruels, / de crabes, disparaît; / je porte en moi des bijoux / trafiqués en poèmes, / rangés dans une boîte à cigares.» Petite reine d\u2019un château aux hommes douteux qu\u2019il faut combattre avec des couteaux à steak, prête pour la métamorphose radicale, oripeaux abandonnés sur le pas de la porte: «Je suis une épi-phanie jetée au sol sur des quartiers / de viande noircie; carcasses d\u2019animaux, / jeunes filles fantômes respirant l\u2019air froid de la cave./ (A quelle profondeur étions-nous / quand nous sommes disparues?» CAROLE DAVID L\u2019ANNÉE DE MA DISPARITION LÉS HERBES ROUGES / POESIE Photos en main, la poète sait de quoi parle le passé, marques af fichées des métamorphoses : femmes mères, femmes actrices, toutes femmes aux rôles qu\u2019on voudrait parfois obsolètes.Années 50, années 60, aujourd\u2019hui même, temps confondus, ouvertures béantes sur les désastres.Cette poésie incisive et pleine de couteaux parle du paysage habitable par une femme flouée, encombrée de la violence même de toute vie porteuse de mémoire.Elle s\u2019associe à «des fillettes guérillas aperçues en rêves», à de «jeunes mortes», «une hache en travers de la gorge» pour accéder à elle-même, autrement, «clous, épingles, barbelés fabriqués soigneusement./ Qn [1] \u2019attend au paradis des chiens».Divisé en trois parties, (Délivrez-moi du temps mort.Une sorte de don et Houdini me parle en rêve), le recueil tient le pari de la révolte, du regard frontal devant la déperdition.Et un dernier poème inattendu, où est convoqué Refus global, donne sa chance à l\u2019improbable, sans rédemption, mais plus optimiste : «Je suis là, debout sur un tapis de pissenlits, / les mots se sont perdus dans ces temps oubliés; // Hier, nous étions seuls et indécis / aujourd\u2019hui, deux ballerines aériennes / se mêlent à la lumière; / tout ce que nous dansons nous appartient.» Précaire possession quand les mots sont perdus, les mots d\u2019hier sans doute, pour laisser tout de même venir ceux de l\u2019avenir.Collaborateur Le Devoir UANNÉE DE MA DISPARITION Carole David Les Herbes rouges Montréal, 2015, 80 pages / / LITTERATURE QUEBECOISE L\u2019homme de sa vie Pierre Samson poursuit son exploration de la mémoire des relations père-fils CHRISTIAN DESMEULES Son père ayant été hospitalisé d\u2019urgence, rongé par un cocktail de pathologies et promis à une mort rapide, Lévy Chamberland doit vider à contrecœur le triplex que le vieil homme occupait fin seul dans la rue Parthenais à Montréal.Traducteur technique qui a depuis longtemps refoulé son désir de devenir écrivain, le trentenaire, dont la femme attend un enfant, y a connu une enfance solitaire et malheureuse, coincé entre une mère glaciale et un père relégué dans son atelier d\u2019ébéniste.Entre ses visites à l\u2019hôpital et ses allers-retours au triplex, Lévy fera la connaissance de Marie-Belle, alias Gitane, une jeune voisine à la langue bien pendue et aux accoutrements audacieux.Une «vieille adolescente » qui le fascine \u2014 et qui nous fascine aussi \u2014, qui connaissait son père, qui bricole des CD d\u2019ambiance sonore personnalisée et n\u2019hésite pas à se dénuder à l\u2019occasion pour stimuler la libido de quelques «bonshommes» du quartier contre espèces sonnantes et trébuchantes.En vidant la maison paternelle, Lévy fera ainsi la découverte d\u2019un coffret dans lequel son père conservait quelques reliques du passé familial proche et lointain : photographies, lettres, documents officiels, bulletins scolaires.Lévy va de surprise en surprise, découvrant par exemple l\u2019existence d\u2019une grand-mère bipolaire, écrivaine en herbe au destin tragique.Pour lui, cet homme «n\u2019était qu\u2019une masse froide qu\u2019une marée invisible déplaçait de pièce en pièce, de chaise droite en fauteuil inclinable, qu\u2019un bloc minéral, inentamable, résistant aux éléments capricieux.».S\u2019il va aussi déterrer au passage quelques secrets plus intimes \u2014 révélations somme toute facultatives, même si elles éclairent en partie son comportement \u2014, l\u2019homme réalisera que son père s\u2019était littéralement «métamorphosé en archéologue de son enfance», ayant accumulé au fil des années, et dans la plus parfaite discrétion, un nombre effarant d\u2019artefacts à son sujet.Héritages Mais la plus stupéfiante de ses découvertes, au-delà d\u2019apprendre que cet homme avait une mémoire et un cœur, est la suivante : son père, «l\u2019homme aux cheveux couverts de bran de scie», l\u2019avait aimé et avait même été fier de lui.Sans jamais toutefois le lui avoir dit ou le lui avoir laissé deviner.Une «interminable résurrection de la mémoire» qui s\u2019accompagne, on le comprendra, de sentiments contradictoires : colère, joie, tristesse, surprise ou mélancolie.Trop peu, trop tard?Un vrai «gâchis», dira Lévy.Au cœur du roman précédent de Pierre Samson, La maison des pluies (Les Herbes Pierre Samson FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR rouges, 2013, Grand Prix du livre de Montréal la même année), le fils japonais inconnu d\u2019un anthropologue débarquait à Montréal pour y mener sa petite enquête sur son géniteur.C\u2019est un peu, sous couvert d\u2019une autre exploration des relations père-fils, le même souci de legs et de transmission qui est à l\u2019œuvre dans L\u2019œil de cuivre.Qn pourra ainsi voir une allégorie du travail de l\u2019écrivain dans ces paroles du père, archiviste amateur et lui-même artiste timide: «J\u2019aurais voulu mieux préparer ma sortie et lisser les plis qui défigurent le peu que je lègue aux suivants, mais j\u2019ai reçu trop tard la révélation que nous, gens de ma condition, ne sommes pas nécessairement nés pour disparaître sans laisser de traces et que le polissage consciencieux de ce bois tendre, notre essence humaine, était louable.» Mais sous l\u2019histoire se cache aussi une autre vie, une tout autre histoire : celle des phrases de Pierre Samson.Qui peuvent au besoin se révéler piquantes, drôles, profondes ou vicieuses.Avec sa prose à la précision nabokovienne et ses dialogues taillés au scalpel, traversé de questions riches, les raisons de goûter L\u2019œil de cuivre ne manquent pas.Collaborateur Le Devoir UŒIL DE CUIVRE Pierre Samson Les Herbes rouges Montréal, 2015, 308 pages STEPPES SUITE DE LA PAGE F 1 gouvernement mongol, lui-même poussé par les minières multinationales qui ont besoin de s\u2019approprier la steppe.Par exemple, quand on incite à grossir les cheptels de chèvres et à ne vendre ensuite que la matière première \u2014 le cachemire \u2014 et non plus le produit tissé, on change le rapport matériel aux animaux et à la terre.Et 600 chèvres dans un cheptel, ça détruit des hectares de steppe qui ne repousseront plus, ce qui accélère la désertification déjà enclenchée.» Est-ce là un plaidoyer pour le traditionalisme d\u2019un Yeruldelg-ger?«Non.J\u2019ai un véritable attrait pour les deux Mongolie: celle qui pousse vers la modernité et celle des steppes et des nomades.Le pays n\u2019arrivera à rien sans l\u2019une et l\u2019autre.Et c\u2019est exactement le thème de mon troisième tome, sur lequel je travaille en ce moment.Yeruldelg-gery est vraiment confronté.» La Mongolie, c\u2019est donc un peu Yeruldelgger.Et dans les deux cas, c\u2019est à suivre.Le Devoir LES TEMPS SAUVAGES lan Manook Albin Michel Paris, 2015, 528 pages Les printemps meurtriers lan Manook sera cette semaine de passage au Québec, invité au festival de littérature policière Les Printemps meurtriers, qui se tient à Knowlton du 14 au 17 mai.Y seront aussi les auteurs Patrick Sénécal, Chrystine Brouillet, Martin Michaud, Roxanne Bouchard, Jean-Jacques Pelletier, Hervé Gagnon, Benoît Bouthillette et l\u2019expert en sciences judiciaires François Julien.Entre autres.Tous les renseignements à lesprin tempsm eurtriers.corn.A Montréal, Manook sera en séance de signatures le 14 mai à 17 h à la librairie Renaud-Bray, rue Saint-Denis. LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MAI 2015 F 3 LITTERATURE 3::.'îÆ PETER PRENGAMAN ASSOCIATED PRESS Scène de vie à Jacmel Haïti en dents de scie Danielle Laurin arie Larocque nous avait ébranlés il y a deux ans avec un premier roman rentre-dedans : Jeanne chez les autres (Tête première).On y suivait une fille poquée, aux prises avec une famille de déjantés, qui cherchait ses repères.Le ton était dur, sans concession, la langue rêche, crue.Même style mordant, irrévérencieux, dans le deuxième ouvrage de l\u2019auteure.Sauf qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019un récit, dont la trame est tirée d\u2019un blogue qu\u2019elle a tenu pour rendre compte d\u2019un séjour d\u2019un an en Haïti.C\u2019est frappant encore une fois : pas de gants blancs.Mots drus du quotidien, dans leur plus simple expression.Et sacres omniprésents.«En passant, réglons donc ça maintenant, je sacre beaucoup.J\u2019adore ça, ça ponctue comme aucun autre signe, ça nuance comme peu de mots peuvent le faire.S\u2019il fait chaud, chaud en estie, crissement chaud ou chaud en tabarnac, on comprend vite, on n\u2019a pas besoin ni d\u2019un complément ni d\u2019un thermomètre.» Mais outre la langue comme telle, il y a le regard.Dur.Et le propos, souvent brutal, choquant.Provocateur?«Les Noirs ne m\u2019attirent pas \u2014 plus \u2014 du tout.Je n\u2019aime pas leur façon mielleuse de m\u2019approcher, leurs lèvres trop grosses, leur look en général.Et leur odeur, ce tabou, ne me plaît pas non plus.Ça sonne un peu raciste, mais c\u2019est rien qu\u2019une question de goût.» Mémé attaque Haïti: c\u2019est le titre de l\u2019ouvrage, ça le dit, on est dans le contraire de la flatterie.Et on est dans le «je m\u2019assume, tant pis».«Mémé, c\u2019est moi.J\u2019ai quarante ans, je serai grand-mère dans quelques mois et je m\u2019en vante tout le temps.Je m\u2019appelle aussi Marie.» Haïti au quotidien Le récit, au présent, se situe en 2010.Marie, qui gagne sa vie comme traductrice et correctrice, a vendu son appartement montréalais et va s\u2019installer en Haïti, quelques mois après le tremblement de terre.Mère de cinq enfants, elle part avec ses deux petites dernières: Justine, 14 ans; Emmanuelle, 12 ans.Elle connaît déjà le pays.Elle avait 27 ans et quatre enfants lorsqu\u2019elle est débarquée à Port-au-Prince la première fois.Elle y est restée quatre ans, gagnant sa croûte comme enseignante de littérature dans un collège.Son but, cette fois : apporter son soutien à ses amis éprouvés par le tremblement de terre.«On ne va pas changer le monde ni pelleter des débris.Il fait trop chaud, je suis trop paresseuse et ce n\u2019est pas dans mes cordes, anyway.» Elle ambitionne de venir en aide à deux familles en particulier: celle de Gogo, son ancien voisin et presque frère, et celle de Erancine, son ancienne servante.Elle veut les aider chacun de leur côté, en leur fournissant un soutien financier pour mettre sur pied un petit commerce.Ils sont là pour l\u2019accueillir avec ses filles à l\u2019aéroport.Gogo, surtout, a changé.Celui qu\u2019on appelait l\u2019athlète, qui «roulait des pectoraux dignes d\u2019une pub de parfum, le sourire étiré en permanence», a perdu sa superbe.Il est devenu maigrichon.« Une tête d\u2019homme sur un corps de gamin.» Quant aux changements opérés dans la ville comme telle depuis son départ il y a près de 10 ans, ce qui frappe Marie à son arrivée, mis à part les traces évidentes du séisme: «C\u2019est calme, mais c\u2019est laid, c\u2019est bruyant et ça sent le Christ qu\u2019on aurait oublié sur sa croix, un mélange de charogne et de vidanges.La dignité collective semble avoir pris un sale coup, ça grouille de paumés, de perdus, d\u2019abrutis ou d\u2019ahuris.Dans un seul après-midi, on voit un gars se branler, deux chier et plusieurs se balader nus.En pleine rue.C\u2019est.nouveau.Et difficile.» Mais Port-au-Prince n\u2019est qu\u2019une escale, cette fois.C\u2019est à Jacmel qu\u2019elle s\u2019établit, sans trop de moyens.On va la suivre, au quotidien, tandis qu\u2019elle cherche son logement, puis une école pour ses filles.On va la voir s\u2019installer dans une maison rudimentaire, au sein d\u2019un quartier qu\u2019eUe juge sécuritaire.Loin des cartes postales Elle est tout feu tout flamme : «On est installés dans une grande cour, une sorte de minuscule village où tout le monde est le cousin, le frère, la tante ou la grand-mère de son voisin.La Cour David.Il y a des enfants partout, des arbres à profusion \u2014 bananiers, manguiers, cerisiers, orangers, citronniers,^ cocotiers, name it \u2014, de l\u2019ambiance, un grand sentiment de sérénité.Et, comble de confort, la zone est branchée presque seize heures par jour.» L\u2019aventure durera une année.Qu\u2019on vivra de l\u2019intérieur avec elle.C\u2019est la force de son récit pas du tout politiquement correct: nous montrer de l\u2019intérieur, sans fard, comment ça se passe là-bas au quotidien.Pour une Blanche, en particulier.Au passage, considérations de toutes sortes sur le racisme ambiant, sur l\u2019énorme fossé entre les riches et les pauvres, sur les critères de beauté féminine, sur la servitude des femmes, sur la préséance des superstitions et des bondieuseries.Réflexions aussi sur l\u2019omniprésence de la mort, souvent banalisée, vite balayée sous le tapis.«En Haïti, si on pleurait trop longtemps, on pleurerait tout le temps.La vie se passe aujourd\u2019hui.Hier est terminé, demain c\u2019est l\u2019avenir, et après-demain, c\u2019est de la science-fiction.» Ici et là, coups de gueule contre l\u2019impotence des organisations d\u2019aide humanitaire et contre le sensationnalisme des médias occidentaux à l\u2019égard des grandes et petites misères du peuple haïtien.A travers tout cela, une galerie de personnages plus grands que nature, dans leurs exploits comme dans leurs travers.Des bouts de dialogues en créole (traduits en bas de page).De l\u2019humour, de la drôlerie.Et du rythme, c\u2019est vivant.Mais surtout, surtout, malgré quelques propos discutables, malgré le refus affirmé et soutenu de l\u2019auteure de faire dans la dentelle, on sent l\u2019attachement de Marie Larocque pour Haïti et pour son peuple.De la dureté dans le regard, oui, mais de la tendresse, aussi.MÉMÉ ATTAQUE HAÏTI Marie Larocque VLB Montréal, 2015, 304 pages POLAR Au milieu des loups Bernie Gunther enquête sur le charnier de Katyn MICHEL BELAIR Bernie Gunther nous a déjà trimbalés dans tous les recoins de l\u2019abomination nazie.L\u2019ancien as policier de l\u2019Alex de Berlin \u2014 devenu SS par décret de Hitler à la fin des années 1930 \u2014 est un personnage plein de ressources, on le sait; inspiré par sa haine du national-socialisme, il nous a fait traverser plusieurs incarnations de l\u2019enfer dans la dizaine d\u2019aventures que lui a consacrées Philip Kerr.Avec lui, on a vu l\u2019arrivée des nazis au pouvoir, rencontré la plupart des «grands personnages» du Reich, vécu les principaux moments de la guerre et même exploré la filière argentine qui a permis à plusieurs hauts gradés de l\u2019armée allemande de s\u2019installer en Amérique du Sud au début des années 1950.Cette fois-ci, Gunther nous entraîne sur le front russe, à Smolensk en Pologne, après la cuisante défaite de Stalingrad.Au beau milieu du charnier de la forêt de Katyn.Entre l\u2019arbre et l\u2019écorce Nous sommes en 1943 et, ironie du sort, Gunther travaille maintenant au Bureau des crimes de guerre : dans un service dirigé par des juges issus de la vieille noblesse allemande antinazie, il a pour mission de faire la preuve de crimes de guerre commis, évidemment, par les armées ennemies.On le voit d\u2019abord passer tout près de coincer les Anglais qui ont coulé un navire-hôpital allemand, mais un raid aérien sur Berlin lui fait perdre son témoin clé.Sauvé in extremis, Bernie voit alors son patron l\u2019envoyer enquêter du côté de Smolensk, où un loup affamé aurait déterré un tibia humain dans la forêt de Katyn, tout près d\u2019un poste de communications allemand.Selon la rumeur, des milliers de soldats polonais exécutés par le NKVD soviétique seraient enterrés là.Une première visite sur le terrain permet à Gunther de vérifier le bien-fondé de ces rumeurs et il revient rapidement faire son rapport à Berlin.Convoqué par Goebels lui-même, qui voit là l\u2019occasion d\u2019une vaste opération de propagande visant à remonter le moral des troupes après Stalingrad, il se voit alors chargé de retourner à Smolensk avec une commission internationale indépendante.Son rôle est clair: amasser des preuves et voir à ce que la démonstration soit irréfutable aux yeux du monde.Rien ne change: quoi qu\u2019ü fasse, Bernie Gunther est encore et toujours coincé entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Complots divers A quelques semaines de la contre-offensive soviétique, il faudra faire vite.Ce sera d\u2019autant plus difficile que Bernie se trouvera bientôt au centre d\u2019une série de complots divers auxquels il ne parviendra que difficilement à échapper.Il devra faire face tout autant à la bêtise autoritaire de la hiérarchie allemande qu\u2019aux agents russes infiltrés.Il découvrira doulou-reusement que ces derniers sont très présents dans le secteur et qu\u2019on s\u2019acharne à faire disparaître les preuves accablantes qu\u2019il a déjà amassées.tout comme ceux qui les lui avaient fournies.Malgré tout, l\u2019imposant charnier livre chaque jour un peu plus ses secrets maintenant que le printemps est revenu et que la terre dégèle en révélant l\u2019abomination : plus de 4000 officiers polonais ont été exécutés dans cette forêt.Même si Bernie Gunther n\u2019a plus en mains les preuves irréfutables qu\u2019il détenait, les ombres de Katyn auront le dernier mot.Tout cela est comme d\u2019habitude livré dans une écriture d\u2019une redoutable efficacité, précise et limpide merveilleusement rendue par la traduction de Philippe Bonnet; en plus d\u2019être un historien méticuleux, Philip Kerr est un écrivain remarquable.Dans une note à la fin du roman, il rappelle qu\u2019au total ce sont 14 500 soldats massacrés par les Soviétiques qui ont été trouvés dans les fosses communes de la forêt de Katyn.La Eédération de Russie l\u2019a finalement reconnu officiellement en 1991.mais jamais le Parti communiste.Collaborateur Le Devoir LES OMBRES DE KATYN Philip Kerr Traduit de l\u2019anglais par Philippe Bonnet Editions du Masque Paris, 2015, 474 pages La Vitrine BANDE DESSINEE ANDRÉ LE GÉANT Box Brown Traduit de l\u2019anglais par Sophie Chisogne La Pastèque Montréal, 2015, 240 pages La huitième merveille du monde rencontre le neuvième art.Avec brio.Le géant Eerré, figure emblématique de la lutte professionnelle dans les années 1970 et 1980, au Québec et dans le monde, se fait lustrer le mythe dans cette mise en image très sensible de sa vie et de sa carrière qui va à la rencontre de l\u2019homme derrière la bête.Le bonhomme, que l\u2019on qualifiait de «merveille», mesurait quand même 2,24 mètres pour 235 kilos.Une « attraction » qui a fait vibrer les adeptes de ce «sport» aux États-Unis, mais aussi au Japon, où André René Roussimoff \u2014 de son vrai nom \u2014 était une star.L\u2019illustrateur américain Box Brown, marqué dans sa petite enfance par la pièce d\u2019homme, signe ici cette biographie un brin romancée d\u2019un personnage hors norme qui a été tour à tour phénomène, lutteur, acteur, tout en étant affligé d\u2019une acromégalie, cette maladie qui induit une croissance physique continue.Initialement publiée en anglais, l\u2019œuvre trouve ici une traduction parfaite sous la houlette de Sophie Chisogne.Fabien Deglise Le Canada français en images HISTOIRE DE L\u2019ART LE CANADA FRANÇAIS EN IMAGÉS Olga Hazan Fides Montréal, 2015, 76 pages De Jacques Cartier à Madeleine de Verchères, de La chasse-galerie au Vaisseau d\u2019or: entre 1921 et 1941, Uhistorien de l\u2019art et illustrateur Jean-Baptiste Lagacé (1868-1946) produisit des centaines d\u2019images du Canada français qui servirent soit à l\u2019instruction de générations d\u2019écoliers sous forme de tableaux affichés dans les classes, soit à la conception de chars allégoriques pour les défilés de la Saint-Jean-Baptiste.Ces images d\u2019Épinal au charme suranné, s\u2019inspirant aussi bien de héros de l\u2019histoire que de scènes de la vie d\u2019autrefois, de contes, de chansons ou de poèmes, constituent selon Olga Hazan un «trésor patrimonial » occulté pendant plus d\u2019un demi-siècle.Ce patrimoine nous est enfin restitué, soit en format papier, avec une trentaine de cartes postales détachables en prime, soit en format numérique réunissant plus de 680 illustrations.Cet ouvrage vient compléter le portrait du pédagogue infatigable qu\u2019était Lagacé, considéré comme le fondateur de l\u2019histoire de l\u2019art au Canada français, en explorant sa production artistique aux visées franchement didactiques et patriotiques.Paul Bennett O\tGaspard\" LE DEVOIR Palmarès Du 27 avril au 3 mai 2015 ,\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois Il Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 11 Double allégeance Anne Robillard/Wellan 1/4 2 1967 \u2022 Tome 1 L\u2019âme sœur Jean-Pierre Charland/Hurtubise 2/4 3 La nouvelle vie de Made Côté, retraitée Rosette Laberge/Les Editeurs réunis 3/4 4 Tu peux toujours courir\tValérie Chevalier/Hurtubise\t4/4 5 Ce qu\u2019il reste de moi\tMonique Proulx/Boréal\t5/2 6 Journal d\u2019un disparu\tMaxime Landry/Libre Expression\t7/12 7 Lépicerie Sansoucy \u2022 Tome 2 Les châteaux de cartes\tRichard Gougeon/Les Éditeurs réunis\t6/9 8 La promesse des Gélinas \u2022 Tome 1 Adèle\tErance Lorrain/Guy Saint-Jean\t8/4 9 Six degrés de liberté\tNicolas Dickner/Alto\t-/I 10 Une deuxième vie \u2022 Tome 1 Sous le soleil de minuit\tMylène Gilbert-Dumas/VLB\t9/5 Romans étrangers\t\t îl [instant présent\tGuillaume Musso/XQ\t1/6 2 Dans la ville en feu\tMichael Connelly/Calmann-Lévy\t-/I 3 Elle et lui\tMarc Levy/Robert Laffont | Versilio\t2/12 4 Georgian \u2022 Tome 4 Si vous me provoquez\tSylvia Day/Elammarion Québec\t-/I 5 [ombre de Gray Mountain\tJohn Grisham/Lattès\t4/4 6 Les ombres de Katyn\tPhilip Kerr/Du Masque\t6/6 7 After \u2022 Tome 2 La collision\tAnna Todd/Homme\t3/2 8 Tu me manques\tHarlan Coben/Belfond\t5/5 9 After \u2022 Tome 1 La rencontre\tAnna Todd/Homme\t7/5 10 Crossfire \u2022 Tome 4 Eascine-moi\tSylvia Day/Elammarion Québec\t9/12 Essais québécois\t\t îl Tout ce que les publicitaires ne vous disent pas\tArnaud Granata | Stéphane Mailhiot/La Presse\t1/2 2 Walmart.Journal d\u2019un associé\tHugo Meunier/Lux\t2/5 3 État du Québec 2015\tCollectif/Del Busse\t3/3 4 11 brefs essais contre l\u2019austérité\tCollectif/Somme toute\t5/5 5 La dictature du bonheur\tMarie-Claude Élie-Morin/VLB\t8/5 6 Jean-Erançois Lépine, sur la ligne de feu\tJean-Erançois Lépine/Libre Expression\t6/26 7 Sortir le Québec du pétrole\tCollectif/Somme toute\t-/I 8 Dépossession.Une histoire économique du Québec.\tCollectif/Lux\t-/I 9 La langue rapaillée.Combattre l\u2019insécurité linguistique des.\tAnne-Marie Beaudoin-Bégin/Somme toute\t-/I 10 Essais de littérature appliquée\tJean Larose/Boréal\t7/3 '?'Essais étrangers\t\t îl Du bonheur.Un voyage philosophique\tErédéric Lenoir/Eayard\t1/11 2 La chair interdite\tDiane Ducret/Albin Michel\t4/9 3 Réconciliez-vous!\tMarek Halter/Robert Laffont\t-/I 4 Tout peut changer.Capitalisme et changement climatique\tNaomi Klein/Lux\t2/8 5 [hydre mondiale, [oligopole bancaire\tErançois Morin/Lux\t9/2 6 Erançois parmi les loups\tMarco Politi/Philippe Rey\t5/2 7 La CIA et la torture\tDianne Eeinstein/Édito\t7/7 8 La grande crise.Comment en sortir autrement\tJames K.Galbraith/Seuil\t-/I 9 Jihad academy.Nos erreurs face à l\u2019État islamique\tNicolas Hénin/Eayard\t3/4 10 Nous sommes Charlie.60 écrivains unis pour la liberté.\tCollectif/Le Livre de poche\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Sasfaril sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Basjjaril et est constitué des relevés de caisse de 2B0 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Basjjaril.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite. F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MAI 2015 LITTERATURE RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Des étudiants du cégep de Lévis-Lauzon en pleine discussion pour le Prix littéraire des collégiens 2015 Les collégiens, ces critiques On le sait, le Prix littéraire des collégiens 2015 a couronné il y a quelques semaines U orangeraie (Alto) de Larry Tremblay.Parmi les 800 collégiens qui s\u2019engagent dans les débats sur les livres finalistes, certains se risquent en plus au concours de critique.En quelque 350 mots, ils doivent résumer, argumenter, convaincre.Voici donc les cinq textes gagnants \u2014 un par livre finaliste \u2014 choisis par Louise Gérin-Duffy, professeure à la retraite du collège Jean-de-Brébeuf, Charles Guilbert, du cégep du Vieux-Montréal, et Catherine Lalonde, journaliste responsable du cahier Livres du Devoir.Ci-dessus, quelques collégiens qui ont participé aux délibérations, croqués par notre photographe Renaud Philippe.L\u2019anodin, cette fiction MARGUERITE ROUSSEAU Cégep de Rimouski Les personnages de nos histoires préférées ont leurs particularités : un trait de personnalité, une vie, une vision du monde.Des personnages si réalistes, parfois, qu\u2019on oublie qu\u2019ils sont fictifs.Le recueil de nouvelles Fais pas cette tête de Jean-Paul Beaumier remet en question le caractère extraordinaire de la fiction.L\u2019ordinaire, le quotidien et l\u2019anodin peuvent-ils être les éléments directeurs de la littérature ?La vie dans toute sa simplicité, avec ses chagrins, ses joies et son humour subtil, est soigneusement illustrée dans cette œuvre par de brèves histoires dans lesquelles les personnages sont peu dessinés, incitant le lecteur à y assigner un visage familier.Parfois plus anonymes dans un récit que dans un autre, ces personnages interagissent au travers des récits.Le recueil agit comme un miroir, dans sa simplicité accessible, telle une sorte d\u2019ode à la vie quotidienne, cette vie que nous oublions si souvent, rêvant et souhaitant une situation autre que celle dans laquelle nous nous trouvons.Un miroir créant une réflexion dans laquelle notre propre visage ou ceux de nos proches sont assignés aux personnages quasi anonymes des nouvelles.Ces histoires montrent la beauté et la tristesse de la vie, ainsi que la fragilité des instants, clairement illustrés dans plusieurs textes, tels que Le bol à thé et La fourrière.Certaines sont tout de même légères, parfois humoristiques, comme la revanche d\u2019un petit frère envers sa sœur aînée dans Le lait, la vision « douteuse » d\u2019un professeur dans Le trou, et bien sûr cette Femme à la fenêtre.En rassemblant ces petites histoires, l\u2019auteur nous fait apprécier les instants auxquels nous accordons peu d\u2019importance.Fais pas cette tête dit justement cela : la vie n\u2019est que ce qu\u2019elle est.FAIS PAS CETTE TÊTE Jean-Paul Beaumier Druide Montréal, 2014, 144 pages Le mythe sous la poésie ZACHARIE BARABÉ-DESROSI ERS Cégep du Vieux-Montréal Le feu de mon père est une plongée dans la mythologie de Michael Delisle, auteur de ce récit qui donne envie de découvrir le reste de son œuvre, constituée de romans, de recueils de nouvelles et de poésie.On y retrouve des éléments fondateurs, exposés telle «une clavicule bien dure dans des relents de formol» : une carte postale sans réponse, un bébé servant de bouclier humain.On y retrouve aussi les membres de sa famille désunie, personnages plus grands que nature dont il a souvent honte : un criminel sans envergure, une mère fanée, un politicien dont on se moque, tous dévorés par des passions malsaines comme la religion ou l\u2019astrologie.Le Longueuil des années 1960, milieu populaire cana-dien-français, est décrit comme un désert affectif où chacun tente désespérément de trouver un sens à sa vie.En vieillissant, le narrateur prend la mesure de son incapacité à communiquer, à créer des liens.Loin du lyrisme traditionnel, il décrit le mouvement contradictoire qui l\u2019habite : «une envie de retenir l\u2019instant et une hâte que la vie finisse».De ce malaise viendra son besoin de communier par la poésie et les mots, une façon pour lui de «pallier l\u2019isolement».On comprend que le sens de sa vie, il le trouve dans la poésie qui vit en lui et qui rythme son existence.Le ton du récit, qui oscille entre tendresse et ironie, entraîne une sorte de détachement, de calme, qui permet au lecteur de respirer tout en se laissant absorber et même ébranler par l\u2019univers sans issue qui lui est dévoilé.L\u2019écriture, fluide, ne laisse pas un mot en plan et nous fait passer du symbolique au réel, de l\u2019aérien au très cru, toujours avec une grande finesse.C\u2019est ainsi qu\u2019est reconstituée l\u2019histoire authentique et touchante d\u2019un homme qui a su retrouver la beauté à travers l\u2019art.LE FEU DE MON PÈRE Michael Delisle Boréal Montréal, 2014, 128 pages La liberté d\u2019Ali Baba LOUIS-FRANÇOIS PERRY Cégep de la Gaspésie et des îles, campus de Gaspé TV yr on père avait toujours été ^ iVl un revenant.Jamais là, mais toujours susceptible de réapparaître.» Catherine Mavrikakis, dans son plus récent roman à saveur autobiographique, La ballade d\u2019Ali Baba, met en scène la relation mystérieuse d\u2019Erina Papadopoulos et de son père Vassili.Aussi bien à Alger qu\u2019à Montréal, en passant par New York, l\u2019histoire de Vassili, personnage tout aussi charmant qu\u2019élusif, est dévoilée graduellement et d\u2019une façon très habile.Simultanément, Erina retrace les souvenirs \u2014 parfois troublants, parfois touchants \u2014 d\u2019une jeune fille qui grandit avec un père absent, tiraillé par son besoin démesuré de liberté.L\u2019auteure semble fascinée par le kitsch américain, remarquablement bien représenté à travers les voyages des Papadopoulos sur les routes américaines.Les voitures, les bars, les motels ainsi que les panneaux publicitaires, tous des éléments évocateurs du rêve américain sonnent faux autant qu\u2019ils magnifient le paysage.Ce roman qui sent l\u2019Amérique, ce roman coloré et doté d\u2019un puissant caractère exotique, débute à Key West en 1968, alors que Vassili fait découvrir la mer à ses filles.Ce voyage teinte toute la relation entre le père absent et la fille incomprise.Après vingt ans sans avoir donné de nouvelles, Vassili réapparaît énigmatiquement dans la vie de sa fille pour lui faire une ultime requête.Tel le Hamlet de Shakespeare, Érina doit «venger» la mort de son père et libérer ce qui reste de lui : ses cendres.C\u2019est un retour à la case départ pour la fille, alors qu\u2019elle parcourt la route des Keys pour se rendre à Key West, où tout a commencé.Pour Érina, il s\u2019agit d\u2019une façon de clore le chapitre sur son père, et de commencer à écrire sa propre histoire.LA BALLADE D\u2019ALI BABA Catherine Mavrikakis Héliotrope Montréal, 2014, 212 pages That kind of girl EMILY ALBERTON Cégep de la Gaspésie et des îles harlotte Morgan avait siroté ^ son daiquiri en écoutant distraitement sa fille et lui avait répondu qu\u2019il n\u2019y avait pas lieu de s\u2019alarmer, que Zaza était précisément le genre de fille à disparaître et à réapparaître sans prévenir.That kind of girl, avait-elle lâché du bout des lèvres, et Sissy avait eu l\u2019impression de recevoir une gifle.» Et c\u2019est ce que tout le monde à Boundary Pond, entre le Maine et la Beauce, pense tout bas lorsqu\u2019on la retrouve estropiée dans un piège à ours.Zaza a eu ce qu\u2019elle méritait.C\u2019était une tease, une nymphette, le genre de fille à qui ça arrive, quoi.Attention, ce n\u2019est pas que la mort de Zaza ne dérange pas les vacanciers.Justement, elle dérange.Eté 1967: la mort interrompt ce glamping\u2014une fausse idée de la rura-lité qui fiisionne le glamour au camping \u2014 où ils s\u2019étaient habitués à vivre à côté de leurs voisins, murés dans des chalets clôturés, n\u2019en sortant que la fin de semaine pour faire les courses.Mais ce train de vie est brusquement chamboulé lorsqu\u2019on retrouve Sissy Morgan dans la même position que sa meilleure amie, la jambe déchiquetée par un autre piège, les cheveux arrachés.Décidément, un meurtrier vit parmi eux.Plus inquiétant encore, ces décès ressemblent au travail de Pierre Landry, un trappeur qui, selon la légende, s\u2019est suicidé à cause d\u2019une belle fille qui lui a refusé son amour.Jouxtant l\u2019anglais au français, les dialogues à la narration, le souvenir à la rétrospection, Bondrée, s\u2019il était une peinture, serait une des œuvres les plus féeriques et macabres de Bosch.L\u2019histoire est racontée avec un réalisme magnifié à travers les yeux des détectives et des vacanciers, dont ceux d\u2019Andrée Duchamp, une gamine de onze ans, oscillant entre girlhood et adolescence.Roman mi-policier, mi-initiatique, Bondrée est un portrait réussi de la non-communication, de la déconnexion de la nature et de sa propre nature.Bref, Bondrée oblige à affronter la vérité droit dans les yeux.BONDRÉE Andrée A.Michaud Québec Amérique Montréal, 2014, 296 pages Orange sanguine WIRA ALKOZAI Cégep de Lmoilou Amed et Aziz sont frères jumeaux, «deux gouttes d\u2019eau dans le désert».L\u2019un d\u2019entre eux devra se sacrifier et venger la mort des siens, parce que la guerre ne se soucie pas de l\u2019enfance, ni de l\u2019innocence.L\u2019orangeraie: seule indication que Larry Tremblay donnera du décor où cette histoire prend vie.Nous sommes transportés dans un pays «qui cherche encore son nom».Un lieu où des conflits dont les racines ont disparu «dans le tourbillon de l\u2019histoire» dictent encore le devoir de justice.Une terre sans avenir où on attend de la part des enfants le courage des adultes.C\u2019est dans ce lieu anonyme que les frères comprendront à leurs dépens que l\u2019apprentissage du bien et du mal n\u2019est pas sans risque, et qu\u2019entre l\u2019autre et soi, la différence n\u2019est parfois pas celle que l\u2019on croit connaître.Larry Tremblay impose une réflexion sur la perception du devoir et de l\u2019honneur.Quelle différence entre ces «assassins» et nous, qui, à l\u2019abri de ces conflits, portons inévitablement un regard teinté de subjectivité sur ces «bêtes féroces» aveuglées par le désir de se faire justice en tuant leurs semblables ?Au cœur d\u2019une guerre alimentée par l\u2019ignorance et les discours haineux, le lecteur réalise que les humains ne sont effectivement pas tous les mêmes, et que la terre est déchirée entre deux principes : le pardon et la haine.La bêtise n\u2019a pas de nationalité; la guerre, dont les conséquences se répercutent sur l\u2019ensemble de l\u2019humanité, n\u2019est pas l\u2019affaire d\u2019un seul peuple.Ainsi, nous portons en nous le deuil de toutes ses victimes; les voix qui résonnent dans la tête d\u2019Amed représentent l\u2019âme du monde et s\u2019expriment en chacun de nous.«L\u2019espoir repose sur le regard qui ne craint pas de voir la vérité.» Ce sont ces voix qui révèlent à qui a le courage de les entendre l\u2019absurdité de la quête sanglante de l\u2019honneur et de la justice.L\u2019ORANGERAIE Larry Tremblay Alto Québec, 2013,168 pages RIN SUITE DE LA PAGE F 1 l\u2019inverse ?), l\u2019arrivée de Pierre Bourgault à la présidence.Ce n\u2019est pas fini : il y a la scission, c\u2019est-à-dire la fondation du Ralliement national, plus à droite qu\u2019à gauche, avec un certain Jean Garon, les guerres intestines entre les clans Ferretti et Bourgault, les négociations avec le Mouvement souveraineté-association de René Lévesque (pas le meilleur ami de Bourgault), le défilé de la Saint-Jean-Baptiste 1968, dont le thème était «Matraquons ensemble».Finalement, il y a cette manière qu\u2019a eue Bourgault de saborder son parti avec classe pour mieux embêter René Lévesque.Flambée Claude Cardinal trace un parcours qui ne néglige aucun moment de ces huit années déterminantes pour l\u2019histoire du Québec.Vous saurez tout, dans cette histoire.C\u2019est très bien documenté.Pourtant, il manque quelque chose, peut-être, qui pourrait fournir une explication à un phénomène qui ne cesse d\u2019étonner.Comment expliquer, pour citer L\u2019autorité du peuple (1965) de Pierre Vadeboncœur, que la «cha- rade patriotique édifiante et gratuite de 1958, c\u2019est-à-dire celle des premiers séparatistes, a pris les proportions d\u2019une force qui est en train de bouleverser le pays» ?Comment, en quelques années seulement, mon grand-père Denis est-il passé, comme Marcel Chaput, de l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, cette organisation secrète traditionaliste qui avait pour but de noyauter les milieux décisionnels, au RIN, ce mouvement politique moderne ?Et ce, malgré toutes les vexations que cette affiliation a pu lui causer dans ses fonctions de fonctionnaire provincial.La rapidité du mouvement est stupéfiante.Et la seule logique de la décolonisation ne dit pas tout.Qu\u2019est-ce qui a motivé tous ces gens qui ont privilégié la voie démocratique pour défendre un projet presque inexistant quelques années auparavant?L\u2019apologie de l\u2019épinette libérée Certes, Claude Cardinal rappelle les différents liens du RIN avec la décolonisation, avec la revue Parti pris, fondée en 1963.Pourtant, il manque parfois un peu d\u2019air de l\u2019extérieur.Les motifs des uns et des autres, ce qui les amène à quitter leur emploi (le cas de Marcel Chaput, fonctionnaire fédéral, est bien connu), la sécurité et, tant qu\u2019à y être, le confort et l\u2019indifférence, comment s\u2019expliquent-ils ?Qu\u2019est-ce qui Le RIN en quatre dates 10 septembre 1960 Fondation du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale autour d\u2019André d\u2019Allemagne et de Marcel Chaput.31 mai 1964 Pierre Bourgault devient président du RIN.Il a 30 ans.5 juin 1966 Pierre Bourgault, candidat riniste dans Duplessis, recueille 38% des votes, derrière le député libéral sortant Henri Coiteux.Il termine bon premier dans la ville de Sept-îles.26 octobre 1968 Le RIN se saborde.Pierre Bourgault invite les membres à se joindre au nouveau Parti québécois.René Lévesque n\u2019est pas content.pousse des gens à fonder un mouvement qui part de rien et qui va mener, en fin de compte, à un sabordage?L\u2019écrivain Hubert Aquin, entre «intensité existentielle et suicide», aurait pu incarner mieux que quiconque le drame de cet indépendantisme qui n\u2019a rien de l\u2019apologie de l\u2019épinette libérée.Pourtant, il est à peine évoqué dans cette histoire.Même chose pour Jacques Ferron.Il y aurait peut-être chez ces écrivains un début de réponse à cette flambée souverainiste qui n\u2019en finit plus de s\u2019éteindre.Une réponse, sans doute, qui ferait la part belle à l\u2019imaginaire, à l\u2019impulsion presque mythique de ce mouvement.Du RIN, l\u2019auteur fait, dit-on en quatrième de couverture, la «chronique dans un récit précis et incarné».C\u2019est vrai.Mais la chronique est-elle le genre qui convient ici ?Pour réussir à tracer sa voie dans ce passé touffu, pour y trouver de quoi nourrir son présent, il faudrait d\u2019abord des parcours fléchés, des perspectives larges qui expliquent mieux l\u2019imaginaire et les nœuds gordiens de ce mouvement.Autrement dit, l\u2019infrastructure avant la structure.Après, la chronique s\u2019imposera.Et, pour reprendre les mots de Walter Benjamin, c\u2019est peut-être dans un petit détail qu\u2019aura su identifier le chroniqueur qu\u2019on trouvera ce qui «attise dans le passé l\u2019étincelle de l\u2019espérance».C\u2019est à l\u2019avantage de tous.Collaboration spéciale Le Devoir UNE HISTOIRE DU RIN Claude Cardinal VLB éditeur Montréal, 2015, 503 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MAI 2015 F 5 LITTERATURE La banalité du malheur Louis Hamelin J y ai grandi dans une famille qui s\u2019assoyait au salon le samedi soir pour visionner La soirée du hockey en noir et blanc.Entre ma naissance et mon vingtième anniversaire, le Canadien a remporté la Coupe onze fois.Pendant la pause, mes parents sortaient la bouteille de Coke, les verres, le grand bol de chips, les barres de chocolat.J\u2019ai grandi dans une famille qui s\u2019assoyait au salon le dimanche soir pour regarder le capitaine Cousteau et les Scènes de la vie conjugale d\u2019Ingmar Bergman.Le résumé d\u2019un des épisodes de cette célèbre série de six téléfilms nous avait fait ricaner de saisissement: ce soir-là, nous annonçait-on, les deux protagonistes allaient tenter de se détruire psychologiquement et physiquement.Je devais avoir 15 ans, la vie de couple m\u2019était aussi étrangère que la flore du Kirghizistan septentrional.Une chose que je savais: mes parents n\u2019étaient pas en train de se détruire physiquement.Quand j\u2019ai lu «roman conjugal» sur la couverture de La guerre d\u2019hiver, j\u2019ai pensé à Bergman.La nationalité de l\u2019auteur, Linlandais suédo-phone, m\u2019encourageait à y voir un clin d\u2019œil, même si l\u2019épigraphe, lui, renvoie au Strindberg de Mariés!: «[.] ces petits riens ne sont pas sans importance dans la vie, car la vie est faite de petits riens.» Quant au titre, puisé directement dans l\u2019histoire et la mythologie nationales, il fait référence au fameux conflit de l\u2019hiver 1939-1940, quand une petite armée de biathloniens tout de blanc vêtus parvint à tenir en échec les divisions de Staline.Comme l\u2019a écrit Vaino Linna, auteur d\u2019un livre qu\u2019un personnage de prof du roman de Philip Teir met au programme de sa classe de lycée : «La Guerre d\u2019Hiver est la meilleure des guerres de tous les temps, puisque les deux parties en sont sorties victorieuses.» Toute enflure patriotarde mise à part (trois champions de Lormule 1 et l\u2019invention du téléphone portable, ça ne vous suffit donc pas ?), ce qui nous intéresse, ici, est moins la glorieuse résistance d\u2019un courageux petit peuple que sa guerre d\u2019hiver revendiquée en tant que métaphore du mariage.Erreurs En abordant le roman de Teir, et toujours sous l\u2019influence, quarante ans plus tard, du méthodique jeu de massacre du couple bergma-nien, je m\u2019attendais à me retrouver devant une autre implacable entreprise de démolition affective, un de ces enfers matrimoniaux dont raffole la fiction, où deux êtres qui s\u2019aimaient ou croyaient s\u2019aimer et continuent peut-être de s\u2019aimer vont se dépecer mutuellement en appuyant où ça fait mû et se ramasser en tous petits morceaux, surtout après une première phrase comme celle-ci : «Im première erreur de Max et Katrina cet hiver-là \u2014 et ils devaient en faire beaucoup d\u2019autres avant leur divorce \u2014fut de congeler le hamster de leur petite-fille.» Mais non.CINEMATOGRAPH AB Louis Hamelin a grandi dans une famille qui s\u2019assoyait au salon le dimanche soir pour regarder le capitaine Cousteau et les Scènes de la vie conjugale d\u2019Ingmar Bergman (notre photo).On connaissait déjà la banalité du mal.Avec Philip Teir, on découvre la banalité du malheur.«A une époque où la moitié des mariages se finissent en divorce, une histoire d\u2019infidélité est aussi originale qu\u2019un pack de lait.Mais le rêve du grand amour a la vie dure.» En cette ère où chaque nouvel auteur formaté en atelier d\u2019écriture se sent obligé de créer des personnages «étonnants» \u2014 vous n\u2019en avez pas assez, vous, de ces héros de roman qui sont nés sur un bateau d\u2019exploration dans l\u2019Antarctique, qui ont un père dompteur de lamantins, une mère détective privée, une sœur Asperger surdouée et qui sont secrètement amoureux de leur cousin transgenre?\u2014, les personnages de ce premier roman finissent par nous enchanter grâce à cet improbable ingrédient: leur normalité.Au-delà des caractères spécifiques et des destinées singulières, c\u2019est la généralité de leur condition qui, à la longue, s\u2019impose.Peut-être que chaque famille malheureuse l\u2019est à sa manière, comme l\u2019affirmait Tolstoï.Mais peut-être aussi que bonheur et malheur sont des mots trop définitifs pour pouvoir être d\u2019une quelconque utilité en 2015.Que l\u2019existence est devenue trop complexe pour accommoder la rassurante simplification qui faisait dire au père à\u2019Anna Karénine que heureuses se ressemblent» toutes les familles Choisir, quelle horreur Nos sociétés bien nourries demandent au bonheur d\u2019être davantage que l\u2019absence de malheur.En même temps, nous faisons de l\u2019absence de bonheur un malheur, problème que ne se posait pas mon ancêtre paysan levé avec le soleil pour pousser des bœufs sur la terre.La théorie de Max Paul, sociologue d\u2019Helsinki allant sur ses 60 ans, rendu célèbre par une étude sur la vie sexuelle des Einlandais, lie l\u2019insatisfaction contemporaine à «notre exposition permanente à une infinité de choix.Nous nous figurons que, pour être heureux, il nous suffit de faire le bon choix.Et cela imprègne tous les domaines de la vie.[.] Sauf que lorsqu\u2019il s\u2019agit des questions vraiment importantes \u2014 celles qui concernent notre avenir \u2014, nous n\u2019avons pas vraiment le choix.Les décisions sont prises à des niveaux qui échappent à notre influence.Personne ne nous a demandé si nous voulions augmenter le parc des centrales nucléaires en Finlande, par exemple».Intéressante alternative.Pendant que je délibère avec application au moment de choisir entre 92 sortes de vin blanc, un pipeline me passe entre les jambes.L\u2019hédonisme sert de masque à notre impuissance.Une des filles de Max Paul se trouve d\u2019ailleurs à Londres pendant le mouvement Occupy.Que revendjquaient exactement ces jeunes gens, déjà?A part, je veux dire, leur dénonciation de «L\u2019ENCULAGE TOTAL DE NOTRE PLANÈTE».Rien qui ressemble à un programme politique.La politique, c\u2019est faire des chok.Les campeurs de Wall Street, de la City et du square Victoria, devant cette autre « infinité de choix», philosophiques et politiques, que leur offrait l\u2019histoire, se sont retrouvés pardy-sés, incapables de savoir où donner de la tête.Max Paul, lui, se ramasse avec un divorce, mais conduit sa fille à l\u2019autel.Comme dans la vraie vie, la vie continue.La doctrine militaire née du déploiement des armements atomiques se nomme «destruction mutuelle assurée» (MAD en anglais).La guerre d\u2019hiver, c\u2019est le contraire.LA GUERRE D\u2019HIVER Philip Teir Traduit du suédois par Rémi Cassaigne Albin Michel Paris, 2015, 378 pages MYTHES ET FICTIONS L\u2019écrivain, la mythologie, les monstres et l\u2019hydre de Leme Retour sur une rencontre internationale autour d\u2019Antoine Volodine et Alain Fleischer Les mythes vivent enfouis dans nos sociétés.Or les écrivains, préoccupés de ce qui les entoure, utilisent leurs invariants.Venue de temps immémoriaux, la parole se transmet ainsi jusqu\u2019à nous, qui ne voudrions pas revivre les maux de l\u2019Histoire.GUYLAINE MASSOUTRE Qu\u2019est-ce que la littérature ?Hercule face à l\u2019hydre de Lerne, ce monstre aux têtes renaissantes ?Lors d\u2019une rencontre internationale qui s\u2019est tenue en avril à Montréal, sur le thème «Puissances symboliques et fabulations mythiques dans les imaginaires sociaux», les professeurs Pierre Ouellet et Hervé Eischer ont conduit les débats.Quels sont les signes immortels chez les créateurs ?«Quel est ce cérémonial?» demande Eischer.«Quel est cet appel?» dit Ouellet.Attentifs aux lectures chamaniques, aux pièces musicales et aux figures de la «revenance», qu\u2019ils soient philosophes, sociologues, théoriciens ou créateurs, tous constatent la prégnance des symboles.Tapies, les idées fortes Les grands récits se font écho.Même en contexte désacralisé, la littérature re-mixe des mythes, des rites, des croyances, des images.«L\u2019idée généreuse d\u2019un monde égalitaire et meilleur demeure tapie au fond des rêves», martèle Antoine Volodine, Prix Médicis 2014, écrivain de life?-' \"\t, DOMAINE PUBLIC Œdipe à Colone, mythe incontournable, tragédie de Sophocle, ici peint par Fulchran-Jean Harriet (huile sur toile, 1798) tous ces semblants.Reconstruction?Rituels théâtraux?Vociférations?Quelle est cette mimesis, cette pénétration du monde par les héros, les poètes, les innocents?Un prolongement de l\u2019homme imparfait grâce aux outils qu\u2019il se donne, ici des mots ?Les écrivains, qui sont aussi artistes, en discutent.Ces «nouvelles histoires de la liberté humaine», dit le philosophe, c\u2019est «le monde tra- vaillé par la parole qui force», dit le professeur; c\u2019est Promé-thée, a dit l\u2019aède antique, léguant ses ressources à qui veut «transfigurer le banal», reprend le théoricien.«C\u2019est la figure d\u2019un vieux sage au-delà du savoir et du destin» et «c\u2019est la figure féminine, je la désire, je l\u2019appelle, manque de l\u2019éternel présent», dit Alain Eleischer devant «la récidive» du temps.Les écrivains chamans québécois l\u2019entendent bien.Volodine ou le réalisme socialiste magique «Plongée», répond Volodine sans hésiter à la question initiale.Inventeur d\u2019un Bardo habité par mille spectres, qui étirent une vie interminable inspirée du XX® siècle, il aura peaufiné ses œuvres comme un sculpteur, alliant les signes imaginaires et historiques.Des romans russes \u2014 Biély, le premier Gorki, Platonov, Chalamov et autres \u2014 à Garcia Mârquez, en passant par Bioy Casarès et Dos Passos, raconte-t-il au Devoir, il a appris comment, par les sons et les images, éveiller des affects et la fascination de ses lecteurs.«Est-ce maintenant que je ne suis plus rien que je suis un homme?» gémit Œdipe à Colone, aveugle et errant, passage que cite et raconte Eric Clemens.Chez Volodine, les créatures se délitent en tribulations, en vaticinations, en aventures tueuses, tortueuses et malheureuses, dans un sous-monde de camps ou de paysages détruits.Dans Terminus radieux \u2014 «je l\u2019ai écrit dix-sept fois», dit-il \u2014, un narrateur décrit leur état souffrant par des bouts de rêves et d\u2019utopies.On est dans V«insane», un mot que Volodine affectionne.«Mes romans sont historiques, pas mythologiques, précise l\u2019écrivain en entretien.À partir de la réalité, ils constituent une xéno-mythologie.Ce sont des formes étranges, non développées ailleurs, une mythologie non décrite qui s\u2019appuie sur des racines, des univers connus et partagés qui permettent à l\u2019image mythologique de naître après la lecture.» Qu\u2019est-ce qu\u2019un mythe?Une histoire de destin et d\u2019angoisse?Un récit passe-muraille, hors temps?Une mémoire obsédante, en définitive «l\u2019histoire des rapports entre l\u2019homme et la nature», selon Ouellet.«La ressemblance par contact est une illusion», mais «la pensée adductive remet en puissance le possible dans l\u2019actualité», dit Clemens de ces mythologies transfigurées.Le mystère de ces artificiers ?C\u2019est un lancer en boomerang du temps matérialisé.Le «réalisme socialiste magique» de Volodine appelle les Reines mordues, les Reines brûlées, litanies époustouflantes et cérémonie littéraire.De sa vok modulée, tonnante et tonitruante, il s\u2019adresse au silence des morts.Prisonniers du chant littéraire, ils sont ces féministes reconditionnées en liberté, porteurs de mythologie, qui disent l\u2019inceste, l\u2019amour, et qui font rimer les cosmogonies.Collaboratrice Le Devoir La rencontre internationale, dirigée par Hervé Fischer et Pierre Ouellet, s\u2019est tenue les 23 et 24 avril à la Maison Ludger-Duvernay et à la Chapelle historique du Bon-Pasteur.Avec Antoine Volodine, Alain Fleischer, Éric Clemens, Luc Dellisse, Hantu, Guillaume Asselin, Maxime McKinley et plusieurs autres invités.! HIHEVAL CANADllN ^ .HISTOIRE Claude Richer et Pearl Duval en collaboration avec Carolane Grenier SEPTENTRION.QC.CA LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 MAI 2015 ESSAIS André Langevin et le destin du Québec Louis CORNELLIER O Comme romancier, notamment dans Poussière sur la ville (1953), son oeuvre la plus célèbre, André Langevin (1927-2009) «a posé le problème du bonheur de l\u2019homme et de sa communion avec ses semblables», écrivait le professeur André Gaulin en 1973.Comme chroniqueur et essayiste, principalement dans Le Devoir, Le Nouveau Journal, Le Magazine Maclean et Liberté, «il a pris parti pour l\u2019homme d\u2019ici», en plaidant pour l\u2019école publique, gratuite et laïque, pour Funilinguisme français et pour une littérature ancrée dans la réalité québécoise, tout en tendant à Funiversel.Aujourd\u2019hui, l\u2019œuvre de Langevin est méconnue et peu lue, même si le romancier a reçu le prix Athanase-David, plus haute distinction littéraire au Québec, en 1998.«J\u2019ai toujours trouvé injuste qu\u2019il ait été oublié après qu\u2019on Veut porté si haut», confiait l\u2019écrivain Gilles Archambault au Devoir au lendemain de la mort de Langevin.En proposant, avec Cet étranger parmi nous, un recueil des principaux essais et chroniques de Langevin, Karim Larose, professeur de littérature à l\u2019Université de Montréal, nous invite à découvrir l\u2019élégante, perçante et parfois tragique prose d\u2019idées de cette grande figure de notre histoire littéraire.Si certains des textes de ce recueil sont datés, plusieurs ont conservé une énergie et une pertinence on ne peut plus actuelles, même s\u2019ils ont été écrits entre le milieu des années 1940 et le milieu des années 1970.Rôle de l\u2019écrivain A 20 ans, dans Le Devoir, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, Langevin livre un plaidoyer pour une littérature porteuse d\u2019espoir, capable de donner du sens à la vie.«Le rôle de l\u2019écrivain moderne, sug-gère-t-il, est de trouver au laboureur sur sa terre une raison de travailler qui ne soit pas celle de se nourrir; aux peines de l\u2019ouvrier une autre raison que celle de l\u2019argent; à l\u2019étudiant une autre raison à ses études que sa vie future à f 4- S PIERRE EILLION André Langevin en 1998, année où son œuvre, maintenant méconnue, est couronnée du prestigieux prix Athanase-David.gagner; à la femme qui enfante et nourrit une autre raison à son dévouement que la nécessité.» L\u2019humain a ses petitesses, mais la littérature doit surtout exprimer sa grandeur.«Mieux vaut mordre la terre en croyant à la lumière du ciel que de ramper dans la boue en aimant sa lâcheté», écrit un jeune Langevin lyrique.Allergique au nationalisme provincial de Duplessis, l\u2019écrivain incite cependant ses collègues à rejeter l\u2019universalisme abstrait.Comme son contemporain Robert Char-bonneau, il plaide pour «une littérature canadienne née au Canada et nourrie au sol canadien ».Selon lui, l\u2019idéal est d\u2019atteindre l\u2019universel à partir d\u2019une inspiration locale.«Le théâtre russe, écrit-il, ne s\u2019est pas propagé dans les autres pays parce qu\u2019il était réaliste ou symboliste, mais parce qu\u2019il reflétait l\u2019âme russe [.].» Il ne s\u2019agit pas d\u2019enrégimenter l\u2019écrivain dans une entreprise de nationalisation de notre lit- térature, mais de créer des œuvres incarnées.Bon nombre de nos romanciers n\u2019ont pas encore compris cela.Langevin, note Gaulin dans son étude de 1973, «n\u2019a jamais été séparatiste» et «a cru au Canada».Il était, toutefois, foncièrement «autonomiste» et plaidait sans compromis pour Funilinguisme français au Québec.C\u2019est dans ce débat, d\u2019ailleurs, que sa pensée est la plus forte.Langevin est un défenseur acharné d\u2019une langue française de qualité.«Il n\u2019y a pas, assène-t-il, deux manières d\u2019écrire en français.Il n\u2019y en a qu\u2019une et qui est d\u2019écrire correctement.» Il lui arrive de penser que «notre façon honteuse de parler français» n\u2019a rien à voir avec le statut politique du Québec et relève de notre incurie collective.Solution politique Toutefois, dès qu\u2019il pousse la réflexion, il dépasse ce premier réflexe pour affirmer que «les professeurs de réalisme auront beau prêcher que la seule compétence suffira â revaloriser le français, rien, si ce n\u2019est une solution politique, n\u2019arrêtera l\u2019effritement culturel qui est en voie de faire de la masse des Canadiens français des prolétaires de l\u2019esprit».Langevin parle de «génocide culturel larvé » et clame «qu\u2019une langue qui a cessé d\u2019être un instrument de travail est une langue â l\u2019agonie».C\u2019est la raison pour laquelle il est partisan de Funilinguisme français au Québec.Aux accusations d\u2019intolérance, il réplique qu\u2019il voit «mal qu\u2019on puisse considérer comme du fanatisme le refus de se suicider».Dans un texte de 1962, Langevin écrit que «seule la souveraineté du Québec peut arrêter une déperdition de force qui, autrement, sera fatale, â plus ou moins brève échéance».En 1967, il en appelle toutefois â «la négociation d\u2019un nouveau pacte» avec le Canada.Ce pacte, on le sait maintenant, a été résolument refusé par les Canadiens, et les fédéralistes québécois autonomistes, partisans de l\u2019unilinguisme français au Québec, sont disparus.«Je ne sais, écrivait Langevin en 1962, s\u2019il est possible de maintenir une culture contre la force des choses, contre l\u2019envahissement irrésistible d\u2019une civilisation étrangère qui nous pénètre et nous imprègne de partout.Je ne sais s\u2019il est possible de recréer en français notre part d\u2019Amérique, mais je sais que la fidélité â notre être collectif l\u2019exige, mais je sais que, hors de cette culture, nous ne sommes rien.» Qr, des esprits fidèles, cela existe-t-il encore au Québec?louisco @sympatico.ca ANDRÉ LANGEVIN Cet étranger parmi nous Textes choisis et présentés par Karim Larose Boréal Montréal, 2015, 272 pages HISTOIRE La politesse et le choc des cultures MICHEL LAPIERRE On croirait (pfUne histoire de la politesse au Québec, sous la direction de Laurent Turcot et Thierry Nootens, ne traite que de règles futiles.Selon l\u2019introduction, il s\u2019agit, en fait, de «comprendre les relations sociales» qui ont créé notre «identité».Dès 1901, avec mordant, la féministe Joséphine Marchand-Dandurand l\u2019exprima: «La politesse, les convenances, l\u2019étiquette sont les conquêtes de la civilisation sur l\u2019immoralité primitive des hommes.» Eille de Eélix-Gabriel Marchand, premier ministre libéral du Québec de 1897 à 1900 et dramaturge à ses heures, épouse de Raoul Dandu-rand, sénateur, également libéral, et diplomate, celle qui fut l\u2019une de nos premières femmes journalistes comptait sur les dames pour «corriger les fautes» des hommes contre le savoir-vivre et même pour leur apprendre «â bien voter».Dans le meilleur chapitre de l\u2019ouvrage collectif, Marise Bachand nous la présente en abordant «l\u2019espace domestique» de l\u2019élite québécoise.L\u2019historienne soutient qu\u2019après la Conquête, l\u2019influence de la bourgeoisie britannique a profondément transformé l\u2019espace domestique qui, hérité de la Nouvelle-Erance, permettait une plus grande sociabilité des hommes et des femmes ainsi qu\u2019une promiscuité plus intense entre les classes sociales et les groupes d\u2019âge.Suivant une nouvelle façon de voir, on finira par reléguer les hommes au fumoir ou au billard, les femmes au salon, les serviteurs à leurs réduits, les enfants à la salle de jeu et par exclure les vieux des bals.L\u2019impolitesse résistante Comme l\u2019explique si bien Marise Bachand, le conservateur Philippe Aubert de Gaspé, en 1863, dans son roman historique Les anciens Canadiens (Tides), dont Faction se passe autour de la Conquête (1759-1760), «cherchait â gommer les conflits entre maîtres et domestiques» selon la «logique paternaliste» que lui inspirait la Nouvelle-Erance.Un demi-siècle plus tard, la libérale Joséphine Marchand-Dandurand subit l\u2019influence de la compartimentation sociale chère à la nouvelle élite anglo-saxonne.Toute démocrate et moderne qu\u2019elle est, elle se plaint des tracas que lui causent les bonnes autant que les enfants.Néanmoins, elle vilipende le «défaut de sociabilité» des hommes, «cette plaie des classes élevées de notre pays».Ce qui la rend résolument progressiste.Adversaire de la ségrégation des hommes et des femmes, elle ouvre la voie au XX® siècle qui, selon la judicieuse formule de Marise Bachand, «sera un siècle d\u2019intégration ».Un autre des 13 collaborateurs du livre, Donald Tyson, en examinant l\u2019attrait de l\u2019usage des nouveaux titres honorifiques après 1760, constate, lui aussi, que «ce sont les Canadiens qui s\u2019adaptent au système de politesse anglais et non pas l\u2019inverse».Il ose «se poser une question finale» : le refus A\u2019«adapter les politesses anglaises n\u2019est-ce pas une forme de résistance» ?Quant à Maude-Emmanuelle Lambert, elle observe, chez les femmes du milieu aisé d\u2019une petite ville, le port, dès les années 1930, du pantalon ou d\u2019une robe décolletée, transgression des convenances qui provoquait les semonces du clergé.Cette audace annonçait, sans que l\u2019ouvrage traite du sujet, la révolution sexuelle des années 1960 qui fera éclater la notion de politesse.La sensibilité québécoise s\u2019apparentera, dès lors, à celle de tout FQccident.Collaborateur Le Devoir UNE HISTOIRE DE LA POLITESSE AU QUEBEC Normes et déviances, XVTP- XX'= siècles Sous la direction de Laurent Turcot et Thierry Nootens Septentrion Québec, 2015, 344 pages JAMES RICE BANQ Joséphine Marchand-Dandurand, une de nos premières journaiistes, comptait sur ies dames pour « corriger ies fautes » des hommes contre ie savoir-vivre et pour ieur apprendre «à bien voter».POLITIQUE Edmond Qtieniboi(^kl'| Une guerre mondiale au Siècle des lumières DAVE NOEL On dit généralement de la guerre de Sept Ans qu\u2019elle serait le premier véritable conflit mondial.Et pourtant, cette déflagration née aux confins du Canada n\u2019a pas souvent fait l\u2019objet d\u2019une analyse globale.L\u2019historien français Edmond Dziembowski relève ce défi avec brio dans un essai ambitieux paru à la fois chez Perrin et Septentrion.Sur la couverture de l\u2019édition québécoise de La guerre de Sept Ans, on aperçoit « l\u2019assassinat » du Canadien de Jumonville par les hommes de George Washington.Cette altercation de frontière survenue en 1754 met le feu aux poudres entre la Trance et la Grande-Bretagne.La couverture de l\u2019édition française est plutôt illustrée par une représentation du roi de Prusse, Erédéric II, dont les victoires spectaculaires relèguent le conflit colonial au second rang.Pour affronter sa rivale britannique et son allié prussien, la Prance se rapproche de l\u2019Autriche et de la Russie.Il s\u2019agit de «la plus importante refonte des rapports de force en Europe depuis la fin du Moyen Age», écrit Dziembowski.En nouant des alliances avec les grandes puissances continentales, Louis XV peut envisager un règlement rapide du conflit.Ses pronostics sont toutefois déjoués par les manœuvres audacieuses de Erédéric IL Défaites navales «La dimension politique de la guerre de Sept Ans s\u2019avère au moins aussi importante que sa dimension militaire », observe Fauteur.C\u2019est dans cette optique qu\u2019il présente les débats passionnés ayant secoué le Parlement britannique où brille William Pitt et le dilemme des ministres français déchirés entre guerre coloniale et européenne.Alors que les combats s\u2019enlisent sur le Vieux Continent, la Grande-Bretagne multiplie les conquêtes aux quatre coins du monde.Le général Montcalm \u2014 dont Fauteur dresse un portrait caricatural \u2014 est vaincu devant Québec tandis que son homologue des Indes, Lahy-Tollendal, capitule à Pondichéry.Pour Dziembowski, le sort des colonies s\u2019est joué sur les océans, où les vaisseaux français sont incapables de rivaliser avec ceux de la Royal Navy.Épuisés par les combats, les belligérants mettent un terme au conflit en 1763.«Louis XVa profité d\u2019une fenêtre de tir étroite pour offrir â ses sujets la paix la moins mauvaise qui soit», soutient Fauteur.La Prance récupère quelques îles et conserve ses droits de pêche sur les côtes de Terre-Neuve, ce qui permettra la renaissance de la marine royale à temps pour la Révolution américaine.Entre histoire politique et militaire, La guerre de Sept Ans présente un tour d\u2019horizon complet des différents théâtres d\u2019opérations du conflit, dont celui de l\u2019opinion publique.Remarquablement écrit, cet essai permet de mieux comprendre la complexité d\u2019un affrontement sanglant ayant fait plus d\u2019un million de morts au cœur du Siècle des lumières.Le Devoir LA GUERRE DE SEPT ANS Edmond Dziembowski Septentrion Québec, 2015, 670 pages "]
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